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AJAMAIS WAROQUIER
WARCUTER ET PINON
DM
Mercha
Oct - Nov
1725
HEIM
Presentedby
John
Bigelow
to the
Century
Association
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
OCTOBRE 1725.
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
(GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXV.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRA
835145
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
19057
Es
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
-
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonbiteront
avoir le Mercure de France de
la premierè main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef-
Jageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fols,
2329
MERCURE.
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROY
OCTOBRE 1725.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXX ***
PIECES FUGITIVES ,
en Profe & en Vers.
LETTRE écrite aux Auteurs du
Mercure de France fur une Queftion
de Diplomatique.
'Amour de la verité & du bien
L public m'engage , Meffieurs , à
vous prier de vouloir bien publier
dans vôtre Journal une
Queftion , qui, comme vous l'allez voir,
intereffe non -feulement la République
A ij des
2330 MERCURE DE FRANCE.
des Lettres , mais encore la focieté civi
Je , & à laquelle tout le monde
prendre part.
peut
QUESTION PROPOSE'E
aux Sçavans .
A laquelle des deux autoritez il faut
donner la préference , à des Chartes revê
tues de toutes leurs formalitez , mais qui
ne s'accordent pas avec l'Histoire ? ou à
'Hiftoire , qui dit le contraire des Chartes
?
Ce qui donne lieu à cette propofition ,
vous paroîtra auffi digne d'attention , &
auffi curieux que la Queſtion même . Voi :
ci , Meffieurs , dequoi il s'agit .
FAIT,
11 y a dans les Archives de l'Abbaye
du Mont S. Michel deux Chartes , l'une
de Jean Bâtard d'Orleans , fi connu dans
l'Hiftoire fous le nom fameux de Comte
de Dunois , dattée de Tours le 28. Mars
1424. avant Pâques , & l'autre du Roi
Charles VII. en datte du 31. Mai 1443 .
& donnée à Poitiers.
Dans la premiere , Jean d'Orleans fe
qualifie Comte de Mortaing , Vicomte
de S. Sauveur , Seigneur de Vaulbonnois,
&
OCTOBRE 1725. 2331
& Grand- Chambellan de France , Capitaine
Garde & Gouverneur des Abbaye
Ville & Fortereffe du Mont S. Michel.
Cette Charte eft adreflée à Nicole Painel
, fon Lieutenant dans cette Place ,
& donnée pour faire jouir le (a ) Vicaire
& les Religieux de l'Abbaye des Appaftis
, (b) c'eſt- à- dire des contributions qui
auroient été levées , fuivant les loix de
la guerre , fur les vaffaux de cette Abbaye.
Le motif de cette conceffion étoit pour
fubvenir à la mifere où les Religieux
étoient réduits par l'invafion des Anglois
, qui occupoient alors toute la Normandie
, à l'exception du Mont S. Michel
, place qui tint toûjours ferme , &
(a) En ce temps - là l'Abbaye étoit regie par
un Vicaire , nommé par le Pape & du corps
des Religieux , à caufe de la défertion de
Robert Jolivet , leur Abbé , qui s'étoit retiré
à Rouen auprès du Roi d'Angleterre. Alors
Charles VII. mit des Gouverneurs au Mont
S. Michel en la place de cet Abbé qui l'étoit
de droit par les privileges de l'Abbaye. Ces
Gouverneurs furent fucceffivement Jean de
Harcourt , Jean d'Orleans & Louis d'Eftouteville.
(b) Appaftis , felon du Cange , c'eft la même
chofe que Pactum , Conventio. On faifoit un
accord , une convention pour payer telle contribution
, afin de s'exempter des executions
militaires .
A iij
demeu2332
MERCURE DE FRANCE.
demeura fidele au Roi Charles VII .
La Charte eft fcellée en queue d'un
fceau de cire rouge , fur lequel on voit
un Ecuffon panché fous un cafque , qui
fert de Cimier. L'Ecu eft chargé de trois
fleurs- de- lys , avec un lambel de trois
pieces , & une barre brochant fur le tout.
Enfin elle eft fignée en cette maniere :
J. Bâtard d'Orleans , & plus bas par
Monfeigneur . Le Comte de Voafte &
Vous fon Tréforier prefents, & figné en
fin Champeaux .
La feconde Charte , dattée comme on
l'a dit , du 31. Mai 1443. eft fcellée d'un
grand fceau,fain & entier , & tel qu'on
le voit dans les Lettres Patentes de nos
Rois. Elle eſt donnée pour une pareille
conceffion que celle qui eft énoncée dans
la Charte de Jean d'Orleans , ou plutôt
pour proroger encore pour trois ans
celle que ce Roi avoit accordée par une
autre Charte , qu'elle rapporte en fon entier
, dattée de Tours le 24. Janvier
1438. de fon Regne le xv1 . & dite
fcellé de fon fcel en l'abfence du Grand.
Ces deux Chartes expofent que l'Ab .
baye du Mont S, Michel avoit beaucoup
fouffert pour ſe maintenir en l'obéïffance
de Charles VII . & qu'elle fouffroit encore
de telle forte , qu'il étoit difficile
d'y pouvoir fubfifter . Cette extrêmité eſt
un
OCTOBRE 1725. 2333
un des motifs des Chartes , lefquelles
devoient encore fervir de Lettres de
fauve- garde , & de fauf-conduit , pour
ceux des vaffaux de l'Abbaye , qui s'en
trouveroient munis par des copies en
bonne forme .
Quelques Critiques prétendent que
ces deux Chartes ne s'accordent pas en
certains points avec l'Hiftoire ; ce qui
joint à d'autres moindres circonftances ,
les a déterminez à les croire faulles &
fuppofées.
Voici les moyens qu'ils alleguent contre
chaque Charte en particulier.
Moyens contre la Charte de Jean d'Orleans .
La qualité de Grand - Chambellan de
France prife par Jean d'Orleans eft le
principal , & prefque le feul de ces
moyens Les Critiques difent que Charles
VII . ne commença de regner que le
22. Octobre 142 2. auquel temps Jean
Bâtard d'Orleans n'avoit tout au plus
que 19. ans , étant né en 1403. de Marguerite
Mariette d'Enghien , Dame de
Cani , Maîtreffe de Louis de France ,
Duc d'Orleans , & par confequent en
1424. qui eft la datte de cette Charte ,
le Prince à qui on la donne , n'avoit que
21. ans . Ils ajoûtent qu'il ne commença à
A iiij fe
2334 MERCURE DE FRANCE.
fe diftinguer qu'en 1427. au fiege de
Gergeau & de Montargis , & qu'ainfi
c'eft fans apparence de verité qu'il eſt
qualifié Grand- Chambellan de France en
1424. dans la Charte en queftion.
Il est vrai , difent- ils , que le Bâtard
d'Orleans a été Grand - Chambellan de
France ; mais fuivant la fucceffion chronologique
des Grands- Chambellans , ce
Prince n'a été honoré de cette Dignité
qu'après le Seigneur de la Trimoüille
mort en 1446. lequel avoit fuccedé à
Jean II . Seigneur de Montmorency , qui
en avoit été pourvû en 1424. & qui
s'en étoit démis en faveur du Seigneur de
la Trimoüille.
•
Ils prétendent auffi que les Comtez de
Mortaing , de Vertus , & de Dunois ne
furent donnez à Jean d'Orleans qu'après
qu'il fut legitimé , & ce depuis l'année
1424. Enfin que la Vicomté de S. Sauveur
, dont il eft auffi qualifié dans cette
Charte , ne lui a jamais appartenu , &
qu'en 1424. elle appartenoit au Comte
d'Angoulême .
Moyens contre la Charte de Charles VII.
Cette Charte du XXXI . Mai M.
CCCC. XLIII . en rapporte une autre
du même Prince , dattée du XXIV. Janvier
M. CCCC. XXXVIII . & de fon
regne
OCTOBRE 1725. 2335
a
ne
regne le xvi . datte qui fournit un premier
moyen ; car fuivant l'ancien calcul ,
aboli par Charles IX. en 1564. où l'on
commençoit de compter l'année au jour
de Pâques , ce n'étoit point alors la xvi .
année du regne du Roi , mais la xvII.
déja commencée & avancée de trois mois ;
en effet ce Prince n'ayant commencé de
regner que le 22. Octobre 1422. on
trouve que fa xvI . année commençoit le
même jour de ce mois en 1437. & devoit
concourir avec le mois de Janvier dans
la même année , laquelle ne devoit finir
qu'à Pâques fuivant.
On tire un fecond moyen de la circonftance
d'un fceau ordonné en l'abfence
de du Grand , dont la Charte de 1443. dit
re que celle de 1438. qu'elle rapporte , a
rès été fcellée . De toutes les Chartes , ditée
on , ou Lettres Patentes expediées fous
Charles VII. avant & depuis 1438. &
en 1438. il n'y en a aucune où il foit fait
& mention d'un fcel ordonné en l'abfence
du Grand toutes ont été expediées fous
le grand fceau , ou fous le fcel fecret du
Roi.
tte
nte
Enfin cette Charte paroît fufpecte aux
M. Critiques , en ce que le fujet pour lerequel
on prétend qu'elle fut donnée
c'eft à-dire la levée des Appaftis , fur les
fon vaffaux de l'Abbaye , ne peut pas s'ac-
A v corder
n
2336 MERCURE DE FRANCE.
corder avec l'Hiftoire , & renferme une
contrarieté manifefte : lorfque Charles.
VII . la donna , auffi bien que celle dont
elle refere une copie , la Province de
Normandie étoit également fous la puiffance
des Anglois , comme au temps de
la Charte de Jean d'Orleans. Il étoit
donc bien inutile , difent- ils , d'expedier
des Chartes pour lever des contributions
dans un pays dont le Roi étoit dépouillé.
Raifons pour la défenfe des deux Chartes »
& premierement de celle de Jean
d'Orleans.
Les Défenfeurs des Chartes oppofent
d'abord le principe general établi par
Dom Mabillon dans fon grand ouvrage
fur la Diplomatique. Hiftoricorum , dit
ce fçavant homme , aut Infcriptionum
teftimonia legi imis Chartis non ita prejudicare
debere , ut illorum præferatur autoritas.
Et venant enfuite au fait particulier
de la Charte de Jean Bâtard d'Orleans
ils prennent l'Hiftoire de ce Prince dès
fa naiffance , telle qu'elle eft rapportée
dans ( a ) l'Hiftoire de la Maifon d'Harcourt
, par M. de la Roque , à l'occafion
de fon fecond Mariage avec Marie de
(a) T. 1. L. ix. Ch. VII.
Har-1
OCTOBRE 1725. 2337
e
τ
r
S
é.
nt
ar
gel
dit
um
au⋅
ier
ns
des
tée
Har
fion
=
de!
Har
Harcourt , qu'il époufa en 1439 .
Selon cet Auteur , fi fçavant dans nos
antiquitez , Jean Bâtard d'Orleans , né
en 1402. fut élevé pendant fa jeunelle
auprès du Dauphin de France , qui fut
depuis Charles VII. Ce Prince le confidera
fi fort , que n'étant encore que Regent
du Royaume , il lui donna d'abord
la terre de Vaulbonnois en Dauphiné ,
par des Lettres du 4. Novembre 1421 .
Î'année d'après il lui donna plufieurs autres
terres dans le même pays ; & dans
les Lettres de cette donation , qui font
du 31. Juillet 1422. il l'appelle fon
fidele coufin , fon Confeiller & Chambellan
En 1423. ce Prince devenu Roi , lui
donna encore la Ville & le Comté de
Gien , fuivant les Regiftres du Parlement
du 1. Decembre 1424.
Enfin il fut en fi haute eftime auprès
de Charles VII . qu'il le donna en ĉtage
en 1424. au Duc de Bretagne pour la fureté
de la perfonne du Duc de Richemont
fon frere.
L'Hiftorien d'Harcourt après avoir
rapporté de quelle maniere le Bâtard
d'Orleans s'é oit diftingué en plufieurs
occafions , & fingulierement à la levée
du fiege d'Orleans , dit que le Roi
Le Roi perfuadé
par tant de victoires & de prifes d;
A vj Villes ,
2338 MERCURE DE FRANCE.
Villes , que Jean d'Orleans étoit d'une
vertu très-rare , il voulut l'honorer de la
Charge de Grand- Chambellan , doni la
fonction l'attiroit près de fa perfonne . Les
Lettres en font données à Montrichart le
13. Octobre 1436. qui est une confirmation
d'autres Lettres précedentes expediées
dès l'avenement de S. M. à la Couronne
qui l'appelle fon cher & feal couſin &
Confeiller.
» Il ſe remarque , dit le même Hiſto-
>> rien , par le compte de Guillaume Cha-
» rier , Receveur des Finances , depuis
» le 1. Janvier 1427. jufqu'au 1. Sep-
» tembre 1429. que le Roi Charles VII.
>> lui avoit donné une fomme de mille
» livres , de monnoye Delphinale , en
» confideration de fes grands & notables
» ſervices , par fes Lettres du 1. Mars
» 1427. dans lesquelles il eft appellé
» Comte de Mortain , Seigneur de Vaul-
>> bonnois & Grand - Chambellan de
» France.
Les Défenfeurs de la Charte ajoûtent
à ces autoritez que le P. Lobineau , dans
fes preuves de l'Hiftoire de Bretagne
rapporte un Traité fait entre ce Bâtard
& le Vicomte de Rohan du 18. Octobre
1434. lequel commence ainfi : Jean Bâtard
d'Orleans , Comte de Perigord , Seigneur
de Romorantin , Grand- Chambellan
de
OCTOBRE 1725. 2339
S
S
S
de France : & eft figné J. Bâtard d'Orleans
.
Ce n'est donc point par un vain titre ,
encore moins par une fuppofition de celui
qui a dreffé la Charte , que ce Prince
y a pris en l'année 14.24. la qualité de
Grand-Chambellan de France , puifque
les Provifions qu'il en eut en 1436. n'étoient
qu'une confirmation d'autres Lettres
, expediées dès l'avenement de Charles
VII. à la Couronne ; or cet avenement
eft de l'année 1422. comme les
Critiques de la Charte le reconnoiffent
eux -mêmes .
Pour ce qui eft de l'Epoque qu'ils établiffent
pour cette dignité , en faveur de
Jean d'Orleans , fçavoir l'année 1446 .
1 on leur foutient qu'elle n'eft pas juſte ,
puifque non - feulement on l'en voit qualifié
en 1434. fuivant le Traité rapporté
par le P. Lobineau , mais auffi en 1424.
fuivant le compte de G. Charier , les
Lettres Patentes par lui rapportées dans
ce compte , & fuivant l'Hiftorien d'Harcourt
, dont le témoignage appuyé fur
les Hiftoriens , fur les Chartes , & fur
les autres Titres qu'il a confultez , remontent
, comme on vient de le voir ,
jufqu'au commencement du regne de
Charles VII.
t
S
e
de
Deux chofes peuvent tromper les
Cria
2340 MERCURE DE FRANCE.
Critiques : c'eft que fans rien approfondir
, ils croyent qu'il n'y avoit que celui
qui exerçoit actuellement la Charge de
Grand- Chambellan , qui pouvoit en prendre
le titre : ils croyent auffi que le Prince
qui a donné la Charte , dont il s'agit ,
n'ayant tout au plus que 2 2. ans en 1424.
( année de fa datte ) il n'y a gueres d'apparence
que dans un âge dans un âge fi peu avancé ,
il fut revêtu d'une fi grande Dignité. On
leur foutient que ces deux raifóns ne font
qu'apparentes , & les Défenfeurs fe flattent
de démontrer par deux remarques ,
qu'elles ne font ici d'aucune application
contre la validité de la Charte.
1 ° Sous un même regne , & dans le
même temps , on voit plufieurs Seigneurs
qualifiez du Titre de Grands - Chambellans
de France. Jacques II . de Bourbon en
fut pourvû en 1397. & mourut en 1438 .
Guy de Courfan exerçoit cette Charge
en 1401. & 1407. Jacques de Montmorency
en a dû recevoir les Provifions
en 142 4. & le Seigneur de la Trimoüille
en 1427. de forte qu'en l'année 142 8 .
on a vû quatre Seigneurs , qui pouvoient
prendre la qualité de Grands- Chambellans
, & qui la prenoient en effet. On
peut voir là- deffus le P. Anfeline qui
rapporte d'autres exemples .
A la ceremonie de l'hommage rendu
au
*
OCTOBRE 1725. 2341
S
au Roi par le Duc de Bretagne en 1457.
Pierre de Brezé en faifoit les fonctions ,
& Pafquier dans fes Recherches de la
France , le qualifie de Grand - Chambellan
de France. Cependant J. Bâtard
d'Orleans l'étoit aufli alors.
Cette confufion caufée par la circonftance
des temps , a fans doute trompé les
Hiſtoriens , & a fait que jufqu'à preſent
ils n'ont rien donné d'exact touchant les
Grands Chambellans ; ils ont feulement
effayé d'en dreffer des Chronologies . Ils
n'ont connu les uns que par les fonctions
de cette Charge , les autres que par la
qualité qu'ils en ont prife , très peu par
leur Inftitution. En forte que fi on s'en
rapporte à ce qu'ils en ont écrit , il faut
neceffairement fuppofer que plufieurs
Seigneurs ont été honorez en même temps
de cette qualité , & on n'en peut pas
douter après les Titres citez .
Il y a tout lieu de croire que le P.
Anfelme , quoiqu'il ait écrit exprès fur
cette matiere , n'a pas eu connoiffance
des Titres dont on vient de parler , puif
que dans fon Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne , il s'eft contenté de
dire T. 11. pag . 1261. que Jean Bâtard
d'Orleans poffedoit la Charge de Grand-
Chambellan de France dès l'année 1443 .
comme il s'apprend du v. compte de Xaincoins
,
2342 MERCURE DE FRANCE.
coins , Receveur General des Finances . On
efpere que dans la nouvelle Edition de
cet ouvrage , revûë , corrigée & augmentée
, que prépare actuellement le R.
P. Ange , cet article fera plus étendu ,
& qu'il fera rendu juſtice à la verité.
20 La grande jeuneffe de ce Prince n'a
pas dû l'empêcher de parvenir à cette
Dignité , car on voit d'autres Grands-
Chambellans dans un âge.encore moins
avancé ; tel fut Claude d'Orleans , Duc
de Longueville , qui mourut au fiege de
Pavie en 1537. à l'âge de 17. ans , &
François d'Orleans qui mourut en 1551.
à l'âge feulement de 16. ans.
Les grands hommes tel qu'a été le Batard
d'Orleans , fe diftinguent de bonne
heure , & meritent dès leur jeuneffe les
Dignitez & le Commandement : tel a été
Dom Juan d'Autriche , Bâtard de Charles
Quint , qui à l'âge ( a ) de 24. ans com-
(a ) Cet âge eft expreffement marqué fur une
Medaille de ce Prince , frappée dans le temps
de la bataille de Lepante. On y voit d'un côté
fon Bufte , avec cette Infcription , JOANNES
AUSTRIA CAROLI V. FIL. AT. ANN.
XXIII. & de l'autre fa Statue en pied élevée
fur une colomne roftrale , & couronnée par
les mains de la Victoire. Pour Legende CLASSE
TURCICA AD NAUPACTUM DELETA. A l'Exergue.
DIE VII . OCTOBR. 171 .
Tel a encore été en Espagne le Comte de
manda
OCTOBRE 1725. 2343
e
15
I-
1-1
-33
manda l'armée navale de la Chrétienté
confederée , & la mit à couvert de l'invaſion
des Turcs , en gagnant la fameuſe
bataille de Lepante en 1571. L'Hiſtoire
fournit d'autres exemples de jeunes Princes
, de (a ) Seigneurs parvenus aux premieres
Dignitez , & au commandement
des armées.
D'ailleurs le Prince dont il s'agit ici
quoiqu'encore aflez jeune en 1424. étoit
déja marié avec la fille du Prefident Louvet
, principal Miniftre fous Charies
VII. Če Magiftrat voyant que le Roi
cheriffoit particulierement ce Prince ,
crût ne pouvoir mieux s'affermir dans
le Miniftere , que par cette alliance . 11
eft vrai qu'elle fut pendant quelquetemps
préjudiciable au Prince , car le Prefident
étant devenu odieux aux principaux de
la Cour , & fur tout au Duc de Bretagne ,
Lemos , Dom Francifco de Caftro , qui avant
e que d'avoir de la barbe au menton , felon l'expreffion
de Vitrian dans fan Commentaire fur
Ph. de Commines , commença à remplir les
plus grands Emplois de la Monarchie d'Efpagne
, fçavoir , de Prefident du Conſeil des indes
, de Viceroi de Naples : & de Prefident
d'Italie & s'en étoit acquitté avec une fatisfaction
univerfelle .
(a) He: ri Deffiat de Cinq - Mars fut fait
Grand Ecuyer de France par leRoi Louis XIII.
en 1639. à l'âge de dix-neuf ans.
que
2344 MERCURE DE FRANCE.
que
le Roi Charles VII . avoit alors intereft
de menager , ce Duc demanda que
le Prefident & fon gendre fortiffent de
la Cour & fuffent defappointez de leurs
Charges & Gouvernemens .
"
Cela fut executé à l'égard du Prefident
Louvet , & à l'égard du Prince ( a )
Bâtard , s'il ne fortit pas de la Cour , il
fut deftitué du Gouvernement du Mont
S. Michel , fuivant une Charte de Charles
VII. dans les Archives de l'Abbaye
avec un autre de la même année , laquelle
défend à la garnifon de cette Place de
laiffer entrer ni le Prince , ni les fiens ,
& commet un autre Gouverneur en fon
lieu & place. Ce contre- temps , pendant
lequel le Seigneur de la Trimouille entra
dans le Miniftere , fait entrevoir que
le Bâtard d'Orleans , que le Roi avoit
tant favorifé jufqu'alors , n'exerça fa
Charge de Grand - Chambellan qu'après
la mort du Seigneur de la Trimouille
qui , comme on l'a vû cy-devant , en fut
pourvû en l'année 1427.
(a) Il y a quelque apparence que ce Prince
s'éloigna pour un temps de la Cour , car quelques
Hiftoriens , parlant de fon rappel , &
Bouchet dans fes Annal. d'Aquitaine , & le
Feron , citez par M. de la Roque , affurent
même que le Roi lui donna alors la Charge
de Connétable.
Pour
OCTOBRE 1725. 2345
Pour ce qui eft des qualitez de Comte
de Mortaing & de Vicomte de S. Sauveur
prifes dans cette Charte par Jean
d'Orleans , & que les Critiques prétendent
ne lui avoir pas appartenu en l'année
1424. datte de la même Charte ,
on leur foutient qu'ils fe trompent encore
dans ce fecond moyen , comme dans
le premier. Car la Charte attaquée n'eſt
pas le feul & unique titre , qui prouve
qu'en ce temps- là le Bâtard d'Orleans
étoit Comte de Mortaing ; le Roi Charles
VII. lui donne cette même qualité
dans fes Lettres du 1. Mars 1427. rapportées
dans le compte de G. Charier
Receveur General des Finances , comme
on la vû cy -deffus. De plus , les Défenfeurs
citent & font en état de rapporter
la Charte même du don qui fut fait à
Jean d'Orleans par Charles VII. du
Comté de Mortaing , laquelle Charte
eft auffi du mois de Mars 1424. ce qui
ne laiffe aucun lieu de douter , à moins
que les Critiques ne fe croyent en droit
de douter de tout.
Ils disent gratuitement & fans preuves
, que la Vicomté de S. Sauveur ne
lui a jamais appartenu ; les en croira t'on
au préjudice de la Charte , qui marque
le contraire , & qui fera peut être confirmée
là - deffus par d'autres Titres ,
qu'une
2346 MERCURE DE FRANCE.
"
qu'une recherche plus exacte pourra dée
couvrir dans la fuite ?
A l'égard des Comtez de Vertus & de
Dunois , Jean d'Orleans n'en prenant
pas la qualité dans la Charte en queſtion,
les Défenfeurs n'en admettent`ni n'en
rejettent point l'Epoque , fixée par les
Critiques comme il leur plaît , elle eſt
ici très-indifferente.
Défenfe de la Charte de Charles VII.
Le premier moyen employé contre cette
Charte , ou plutôt contre celle qu'elle rapporte
en fon entier . Donné àTours leXXIV
Janvier M.CCCC.XXXVIII .& de nôtre
Regne le xvj, confiſte à dire que l'année
ayant commencé au jour de Pâques , fuivant
l'ancien Calendrier , ce n'étoit point
alors la xvi . année du Regne de Charles
VII. mais le troifiéme mois de la xvii.
comme on l'a expliqué cy - devant .
Ce calcul eft jufte , & le principe certain
; mais l'induction eft frivole , & ne
peut fervir qu'à montrer combien les
Adverfaires font peu verfez dans l'étude
des Chartes , & de nos Antiquitez . Ils .
ignorent fans doute , que quoiquece fut
un ufage certain , introduit fous la troifiéme
race de nos Rois , de compter l'année
du jour de fâques , cet ufage ne fut
pas
匙
*
OCTOBRE 1725. 2347
1,
es
pas fi univerfellement pratiqué , qu'il
n'y ait plufieurs exemples authentiques
du contraire . Auffi le P. Mabillon en
parlant de cet ufage , n'affure pas de tous
les Actes en general ; mais (a ) de prefque
tous , qu'ils étoient dattez , fuivant
ce calcul.
M. Ducange après avoir établi le même
ufage , ajoûte , neque tamen obftitit
quin Kalenda Fanuarii primus anni dies
femper habitus fit. En quoi il eſt ſuivi
par le P. Mabillon , & ils donnent l'un
& l'autre pour exemple , la datte d'une
Charte de Dragon de Vinacourt , ainſi
EP exprimée. Fait en l'an de l'Incarnation
de N. S. J. 1183. au mois de Janvier , le
lendemain du 1. jour de l'an,
ée Le P. Mabillon en a donné un autre
exemple , page 174. de la Diplom . pris
int d'une Charte de Charles , Roi de Sicile
af & Duc d'Anjou , pour l'Abbaye de Touffain
d'Angers , qui eft ainfi dattée : anno
1274. prima Februarii fecunda In lictiocer
nis , ce qu'il dit revenir au calcul que
ne nous fuivons aujourd'hui , parce que
cette feconde Indiction ne peut fe renles
ude
fuc
roi-
(a) Modus ifte Gallicanus longe ufitatiorfuit
fub tertia ftirpe , quo tempore Acta publica
pleraque omnia admodum iftius calculi componebantur
, defumendo anni principium à
Pafchate,
Contrer
2348 MERCURE DE FRANCE .
contrer qu'en fuppofant qu'on l'a dattée
en comptant l'année du mois de Janvier.
Les Défenfeurs citent plufieurs autres
Titres femblables , où l'on a fuivi le
calcul que nous fuivons aujourd'hui en
commençant l'année au 1. Janvier. Entr'autres
, deux Actes pris de l'Hiftoire ,
de Gerberoy , page 351. & trois Actes
tirez de l'Hiftoire de Harcourt , T. 3 .
page 424. T. 4. page 1476. & p. 1266 ..
Ce n'eft donc pas , difent- ils , une
chofe fans exemple de voir des Chartes
& des Actes dattez fuivant ce calcul
avant l'Edit de Charles IX. & c'eft par
de pareilles obfervations que l'on reconnoît
veritablement le calcul qu'on fuivoit
avant que la France eut été ramenée
* à l'uniformité ſur ce fujet.
Ainfi la Charte de Charles VII . ayant
été dattée fuivant nôtre nouveau calcul ,
quoiqu'alors moins ufité , on trouve que
la xvi . année du Regne de ce Prince qui
commençoit le 22. Octobre 1437. concouroit
avec le mois de Janvier fuivant ,
de l'an 1438. que l'on aura commencé
à compter de ce même mois de Janvier.
Donc , bien loin que cette Charte doive
être foupçonnée , par cette efpece de fingularité
, elle confirme au contraire l'exception
que Dom Mabillon a fi judicieufement
}
OCTOBRE 1725. 2349
e
l
fement faite touchant l'ancien ufage de
datter les Chartes .
Mais fi malgré ces raifons les Critiques
veulent abfolument qu'il y ait un
défaut dans cette datte , ce défaut ne peut
jamais être regardé que comme une inadvertance
de l'Ecrivain , dans la copie
qu'il a faite de la Charte de M. Cccc.
XXXVIII. dans celle de M. CCCC.
XLIII. faute qui peut être aifément arrivée
, ou par l'omiffion du chiffre ( 1 ) après
ceux cy xvI . ou par l'addition du même
chiffre à ceux - là M. CCCC. XXXVII.
Ces fortes de défauts qui peuvent ſe
gliffer non-feulement dans des copies ,
telles que celle dont il s'agit ici , mais
même dans des originaux , ne peuvent
jamais nuire à la fincerité du Titre où
ils fe rencontrent . Unum aut alterum defectum
, dit le P. Mabillon , L. 3. ch . 6..
modo effentialis non fit legitimis Autogra
phis obeffe non debere , cum in finceris
Diplomatibus qua vidimus occurrant ejuf
modi leviores defectus . Sur quoi il donne
tdeux exemples .
11
11.
ant
al ,
que
qui
nce
Ger.
ive
in
ex
eu
ent
L'un , d'une Charte de Philippe I. ou
la Lettre M. pour fignifier mille , avoit
été omife , & enfuite marquée d'un autre
encre. L'autre d'une Charte de Guillaume
, Archevêque de Rheims , dans
Laquelle en rapportant une Charte de
fon
2350 MERCURE DE FRANCE.
fon prédeceffeur , ainfi dattée par ces
chiffres M. CLXVII . il ne la cite dattée que
de l'an M. CLXVI .
Venons au fecond moyen . La Charte
de 1443. marque que l'original de celle
de 1438. a été fcellé d'un fceau ordonné
en l'abfence du Grand. Ce qui paroît aux
Critiques une chofe inouie , & fentir la
fraude & la fuppofition . Mais on eft bien
affuré que les fçavans porteront un jugement
tout contraire de cette circonftance ,
C'étoit en effet une chofe fi peu rare
de fceller d'un autre Sceau que du grand ,
qu'il y avoit chez le Roi un Office de
Garde Scel , ordonné en l'abſence du Grand ;
Office que poffedoit Louis (a) de Harcourt
, Evêque de Bayeux en 1471. Rien
enfin n'eſt fi ordinaire que de voir des
Lettres Patentes fcellées de ce Sceau avec
la même formule ordonné en l'abfence du
Grand. On pourroit en citer plufieurs
exemples tirez tant des Chartes que ( b)
des Hiftoriens , fi on n'étoit perfuadé que
que toutes les perfonnes un peu verfées
dans ce genre d'érudition , conviendront
aifément de cette verité.
Refte le troifiéme & dernier moyen ,
(a) M. de la Roque , T. iv. p. 1602.
(b) Belleforeft , p. 437.
Le P. Martene , T. 1. & 11. Anecd. & autres.
૧ પમાં
OCTOBRE 1725. 235T
e.
re
re
d ),
de
723
31-
des
curs
(b
que
roc
yen
av
qui eft commun aux deux Chartes , à refuter.
Les Défenfeurs n'ignorent pas , que
dans le temps qu'elles ont été données ,
la Normandie étoit occupée par les Anglois
, mais ils nient la confequence tirée
par les Critiques ; fçavoir , qu'il étoit abfurde
& inutile d'accorder par ces Chartes
la levée des Appaftis , ou contributions
en faveur des Religieux du Mont
S. Michel , fur des vallaux qui étoient
fous une domination étrangere.
Car , quoiqu'il foit certain par l'Hiftoire,
qu'en general les Anglois étoient alors
les Maîtres dans cette Province , il n'eft
pas moins certain par les Hiftoriens , que
le Roi Charles VII. n'avoit pas abfolument
abandonné la Normandie ; ce Prince
avoit toûjours des troupes dans le pays,
témoins les garnifons que les ennemis
étoient obligez de tenir dans les places
qui leur étoient foumifes , pour les défendre
contre les frequentes entrepriſes
des François.
Voyons brièvement , & felon l'ordre
des temps , ce que difent là - deffus nos
Hiftoriens. En 1424. le Duc d'Alençon
ayant affemblé une armée de 18000.
hommes , vint au fecours d'Yvry. Monf
trelet , T. 2. p. 13. En 1425. le Comte
de Richemont , depuis Connétable de
France , fut long- temps devant Pont - Or-
B fon
么
2352 MERCURE DE FRANCE.
t
fon avec environ 25000. hommes , &
il y eut un rude combat donné entre les
François & les Anglois du côté d'Avranches
. Belleforeft . En 1430. & 1431. le
Sire de Vignole prit la Ville de Louviers
, & peu s'en fallut que Rouen ne
fut furpris par les François . Monftrelet,
En 1431. le Seigneur de Lore furprend
la Ville de Caën ; mais ne pouvant pas
la garder , il en enleve un grand butin ,
fait quantité de prifonniers , ne renvoyant
que les gens d'Eglife , & ceux
qui avoient des fauf- conduits de Charles
VII. ou de fes Generaux. Belleforeft.
En 1433. & 1434. le même Commandant
paroît devant Avranches avec un
corps de 5000. hommes , & défait les Anglois
en plufieurs rencontres . Belleforest,
En 1438. le Roi , felon le même
Auteur , après la prife de Meaux ,
envoya le Connétable en Normandie
pour y faire la guerre aux Anglois , &
le Connétable alla droit à Avranches
pour affieger cette Ville. On ne finiroit
point s'il falloit fuivre , ( a ) l'Hiftoire à
(a) L'Hiftoire d'Angleterre , écrite par Baker,
confirme tout cela , & ajoûte que nonfeulement
les Normands étoient toûjours prêts
à fecouer le joug des Anglois ; mais que bien
des Anglois mêmes étoient dans les interefts
de Charles II.
la
t
OCTOBRE 1725. 2353
un
ches
ro
re
Ba
not
Press
prets
:3
>
la main , tous les mouvemens & les
progrès des armes du Roi dans la Normandie
, jufqu'à l'entiere , réduction de
cette Province.
On fe contentera d'obferver avec ce
dernier (a) Annalifte , que prefque tous
les Gentilshommes Normands , Manceaux
, Angevins , & c. ayant mieux aimé
perdre tout leur bien que de fe foumettre
à l'Anglois , fe tenoient près les
frontieres du pays occupé par l'ennemi .
prêts toûjours à choquer & s'expofans à
taut hazard , tant pour le fervice du Roi
que pour entretenir leur état , n'ayant d'autre
moyen que par les courfes & rançonnemens
faits en guerre.
que
Croira-t'on d'ailleurs que l'élite de la
Nobleffe de la Province qui fe tenoit
dans le Mont S. Michel avec une forte
Garnifon au milieu d'un ennemi , qu'elle
fçût toûjours vaincre , reftoit tranquillement
dans cette place , fans en fortir ,
pour chercher ailleurs fur ce rocher
affreux les munitions neceffaires ? Il n'eft
feulement permis de le penfer après
pas
ce qui s'étoit paffé au fiege de cette Place,
formé par lleess Anglois Anglois en 1423. fiege
qu'ils furent obligez de lever avec une
perte confiderable , par la genereufe défenfe
que firent 1 19. Gentilhommes Nor-
Bij mans ,
(4) Belleforeft , an. 1437. pag. 460.
2354 MERCURE DE FRANCE.
mans qui s'y étoient enfermez , & dont
on voit encore les noms & les armes dans
l'Eglife de l'Abbaye .
Il étoit donc très - poffible de lever au
nom du Roi des contributions en Normandie
, & particulierement dans la
baffe , qui étoit alors le Theatre de la
guerre. Donc les Chartes dont il s'agit ici
avoient leur effet ; & en procurant quelque
avantage aux Religieux du Mont
Saint Michel dans leur indigence , elles
étoient encore favorables & utiles aux
Vaffaux de cette Abbaye , en les mettant
à couvert des courfes des partis François.
Telles font les raifons alleguées de
part & d'autre , pour & contre l'authenticité
de ces deux Chartes ; c'eft aux fçavans
dans cette forte d'érudition à décider.
Je vous prie , Meffieurs , de vouloir
bien les y inviter , en rendant ma
Lettre publique , & de publier auſſi dans
vôtre Journal ce qui vous viendra de
leur part fur cette matiere, laquelle , comme
je l'ai dit au commencement , eft égaleinent
curieufe & intereffante. Je fuis ,
Meffieurs , & c.
A...... le 20. Septembre 1725.
Sur
OCTOBRE 1725. 2355
XX:XXXXXX : XXXXXXX
SUR L'ARRIVE'E DE LA REINE,
au mois de Septembre 1725 .
Depuis cinq mois la Bize , & les fiers
Aquilons
Narguent Phoebus dans fa carriere ;
L'Aftre du jour qui marche à reculons ,
Refuſe à nos befoins fa chaleur coutumiere ,
Cent nuages épais , humides tourbillons ,
A nos yeux effrayez dérobent la lumiere ;
Un déluge nouveau , qui coule à gros bouil
lons ,
Inondant plaines & vallons ,
Le trifte Laboureur dans fa froide chaumiere ,
Déplore la moiffon noyée en fes fillons ,
Et déja la famine , à la dent meurtriere ,
Paroît , & vient ouvrir fon vafte cimetiere.
Pour appaifer le celefte couroux ,
Le Clergé , le Pontife , & fa fuite pieuſe ,
Au pied des faints Autels tombent à deux
genoux ;
Magiftrats , Citoyens , Troupe dévotieuſe ,
Suivent la Châffe glorieufe ,
Dans nos preffans befoins , infaillible fecours :
B11) L'An2356
MERCURE DE FRANCE.
L'Ange exterminateur dardant fon oeil fevere
Nous pourfuit , nous menace , & Dieu dans
fa colere ,
Infenfible à nos maux en prolonge le cours.
François, reprenons l'efperance ,
Auprès d'un Dieu vengeur contre nous irrité ,
Nôtre Monarque a pris nôtre défenſe ,
En fa faveur ce Dieu follicité ,
Va changer les decrets de fa jufte vengeance :
C'eft peu , l'excès de fa clemence
Veut furpaffer celui de nôtre iniquité ;
Pour ce Prince cheri fon amour excité ,
Puife dans les trésors de fa magnificence ,
D'un de ces purs efprits , nourris de fon effence,
Dont le pied de fon Trône eft fans ceſſe habité,
Il fait choix , & l'ornant de gloire & de puiffance
,
Il en forme une Reine , il la donne à la
France ,
Comme un gage certain de fa benignité.
François , cette Reine s'avance ,
Aftre nouveau , vrai figne d'alliance ,
Elle vient diffiper nôtre calamité.
A fa fuite voyez la douce humanité ,
La fainte pieté, la modefte prudence ,
Et
OCTOBRE 2357 1725.
Et l'heureufe fecondité !
C'en est fait déſormais fon augufte preſence ,
A la campagne , à la Cité,
Affure pour toûjours la joye & l'abondance ,
Son nom même annonce d'avance
FELICITE *
* La Reine fe nomme Marie Sophie Felicité.
Barean Devarabe , Procureur du Roi
an Bureau des Finances de la Rochelle.
XXX:XXXXXXXXX :XXX
LETTRE du R. P. Tournemine
V
Jefuite , à M. de la R.
Ous fouhaitez , Monfieur , que je
vous envoye ce que j'ai trouvé dans
des Hiftoriens celebres de Pologne & de
Bohéme fur le Roi Staniflas , & fur fa
très- ancienne , & très - illuftre Maiſon ;
je ne puis rien refufer à un homme , à
qui le Public doit tous les mois une lecture
agréable & inftructive. J'ai permis de
faire plufieurs copies de ce Memoire Hif
torique , & j'ai montré à tous ceux qui
l'ont defiré , dans les Auteurs mêmes , les
endroits que vous allez lire . Enfin rien
n'ei de moi dans ce Memoire , que peu
Bij de
2358 MERCURE DE FRANCE.
de réflexions fur le merite , & le definte
reffement parfait des témoins que j'y cite .
EXTRAIT
D'une Lettre Latine d'André Zaluski ,
Evêque de Varmie , Grand- Chancelier
de Pologne à un ami intime , amico confidenti
, écrite le 11. Septembre 1696.
Elle eft dans le Recüeil Latin des Me .
moires de cet Evêque , un des plus grands
hommes que la Pologne ait produit , &
qui y a été l'Oracle des Diettes pendant
trois regnes .
P
» Le huitiéme de Septembre , après-
» midi , la Reine donna audience dans fa
>> chambre aux Nonces de la Grande Pologne
, qui felon la coutume venoient
» lui marquer la douleur que les peuples
>> reffentoient de la mort du Roi Jean
>> III. Staniflas Lefciynski , Capitaine ,
>> c'eſt-à - dire , Gouverneur d'Odolanow ,
fils unique du General de la grande Po-
» logne porta la parole . On l'appelle
» tout d'une voix , les délices du genre
» humain , l'ornement de la Pologne ,
» l'amour de la Patrie , il fera un jour la
» gloire de nôtre fiecle , il fait déja le
bonheur du peuple Polonois ; car on
» ne peut pas le voir fans l'aimer , ni
» l'entendre fans l'admirer par le privilege
de fa vertu il a paffé les bornes
de
OCTOBRE . 1725. 2359
de fon âge , on n'a remarqué en lui , «
ni la molleffe de l'enfance , ni les fail. «
lies imprudentes de la jeuneffe , il a «
été d'abord meur , & capable des affai- «.
res , tout eft dans lui au plus haut dé- «
gré la naiffance , le genie , l'efprit , «
la vertu , auffi attend- on tout , efpere- «
t'on tout de lui , ce fentiment eit ge- «
neral. «
k
Voilà ce que penſoit du Roi Staniſlas ,
qui n'avoit pas eennccoorree vviinnggtt ans , la meilleure
tête de Pologne.
Le même Grand- Chancelier dans une
Lettre écrite le 27. Septembre 1697 .
apprend à un de fes amis que le Roi a
donné la Charge de Grand Echanfon à
Staniflis Lefczinski , qui fe faifant des
exemples de fon pere autant de loix ,
avoit dans fon printemps toute la maturité
de l'automne. Pour juger de cet éloge
il faut fçavoir ce que Zaluski penfoit
du pere du Roi Staniflas Raphaël Lefczinski.
On le voit dans une Lettre écrite
le 4 Avril 1703. « Il joignoir , dit- il , «
une vertu excellente à une parfaite «
connoiffance des affaires , fa vûë atti- ce
roit le refpect , & l'on comptoit fur le «
fuccès de toutes fes entreprifes , il étoit «
laborieux , adroit à conduire un deffein , «
intrepide dans le peril , prévoyant & «
foigneux , prompt enfin dans l'execu- <<
Bv tion .
2360 MERCURE DE FRANCE.
» tion. On doit à fa prudente activité le
» fecours de Vienne , & l'heureuſe con-
>> clufion de la Diette où ce fecours fut
» réfolu. Ainfi le titre de Liberateur de
>>
l'Empire & de la Chrétienté lui eſt dû .
» Ce n'eft pas mon jugement feul que je
produits , c'eft le jugement public . Per-
>> fonne n'a rempli tant de poftes émi-
» nents , perfonne ne les a remplis avec
» autant d'éclat.
Okolski , dans le monde Polonois Orbis
Polonus , tome 3. page 291. & 292 .
parlant de la Maifon de Leczinski . » Tous
les titres d'honneur , dit- il , ont choiſi
» leur fiege dans cette Maifon , les Evê-
» ques , les Senateurs qu'elle a donné à
» la Pologne , ont été autant de modeles .
>> C'eft par les Leczinski , que la Religion
Chrétienne eft entrée dans la Pologne
, c'eft par eux qu'elle y a été
>> confervée.
33
>>
Pour entendre cet éloge des Leczinski
, il faut fçavoir qu'ils font originaires
de Moravie , qu'ils y tenoient un rang
confiderable dès le milieu du 1x . fiecle
fous le nom de Vienhawa , Barons de
Pernftein , qu'en 965. Philippe , Baron
de Pernftein conduifit en Pologne la
Princeffe Dambrouque , que Boeflas ,
premier Roi de Boheme avoit accordée à
Mieciflas , Prince Souverain de Pologne,
OCTOBRE 1725. 2361
à condition qu'il ſe feroit Chrétien. Mieciflas
reçût le Baptême , Fhilippe fut fon
Parrain , & le Prince, le retint pour être
fon premier Miniftre , & pour travailler
à la converfion de la nation Polonoife.
Les foins de Fhilippe , foutenus de
fes exemples réüffirent. Ses petits - fils ,
Archevêque de Gnefne , & Evêque de
Cujavie acheverent fon ouvrage , & cette
magnanime nation doit aux Leczinski un
attachement à la veritable Eglife qui ne
s'eft jamais démenti.
Philippe porta la foi jufques dans la
Hongrie , où elle s'établit par le mariage
d'Adelaide , foeur de Mieciflas avec
Geiza , pere du Roi S. Etienne . Le Roi
Stanillas defcend de mâle en mâle de
Philippe Baron de Fernſtein .
Voici un témoin encore moins fufpect,
c'eſt le fameux Balbinus , tome 1. de
l'Hiftoire de Bohéme , page 19 .
Celui -là n'a aucune connoillance de «
la Pologne , qui ne connoît pas la Mai- «
fon de Leczinski . Cette Maifon à la- «
quelle la Pologne doit tant de grands
Generaux , tant de Palatins , ornemens «
de fon Senat , tant d'Evêques , d'Ar- «
chevêques . «
Cz
Balbinus a imprimé ce premier tome
l'année le Roi Staniflas eft né . L'ouque
B vj vrage
2362 MERCURE DE FRANCE:
vrage d'Okolski eft imprimé avant la
naiffance de ce Prince.
J'ajoûterai que la Maiſon Opalinski ,
dont eft la mere de nôtre augufte Reine,
a ce glorieux rapport avec la Maifon
paternelle de la Reine , que les Leczinski
ont porté le Chriftianifme dans la Pologne
, il y a fept cens cinquante ans ,
& que les Opalinski ont été les premiers
à le recevoir. Okolski , déja cité,
parle de la Maifon Opalinski en ces termes.
» C'eft une Maifon falutaire à l'Etat,
» neceffaire à l'Eglife Romaine , quelle
Charge , quel Titre ne leur a pas été
» accordé ? quelle mitre n'ont ils pas
» portée ? quels honneurs , quelles prée-
» minences militaires n'ont -ils pas meri-
» tées & obtenues ? quelle negociation
» ne leur a pas été confiée ; c'eſt à eux
» que les Rois & la République ont eu
» recours dans les befoins les plus pref-
>> fans.
>>
·
La Maiſon de Jablonowski , dont fort
la mere du Roi Staniflas , Maifon feconde
en Heros , defcend des anciens Rois
de Pruffe. S. Staniflas , Evêque de Cracovie
& Martyr , étoit de la premiere
branche de cette Maifon. J'omets pour
n'être pas trop long ce qu'on lit dans
Crommer , Michovius , Hildenſtein &
Paprouski.
SUR
OCTOBRE 1725 .
2363
SUR LE MARIAGE DU ROY ,
Cupidon au Trône.
UN Roi jeune & charmant inſpiré par les
Dieux ,
Aux loix d'Hymen a fon ame foumife ,
Hymen en eft à bon droit glorieux ;
Pareil honneur vaut qu'on le folemnife.
Guirlande & fleurs parent fes blonds cheveux ,
Autour de lui voltigent ris & jeux ,
Carracolant , folátrant à leur guiſe >
Aucun chantant Hymnes joyeux ,
Autre traçant chiffre ou devife.
C'est vrai plaifir de voir au milieu d'eux ,
Côte à côte d'Hymen d'un pas majeſtueux ,
Marcher en noble arroy la Princeffe promiſe ;
Ainfi jufqu'au pied des Autels
Elle eft en triomphe amenée ;
A la face des immortels ,
La foi des deux Epoux eft faintement donnée ,
Et par les mains d'Hymen l'Epoufe eft couronnée.
Au départir mille plaifirs offerts ,
Celebrent à l'envi cette augufte journée.
Dans
2364 MERCURE DE FRANCE .
Dans ces beaux lieux diriez les Cieux ouverts.
Sur tapis fomptueux chef- d'oeuvres d'excellence
,
Brille partout la fuperbe opulence ,
Elore y répand fes dons divers';
Ici graces & ris menent joyeuſe danfe ;
Là Cerés & Bacchus promenent l'abondance ,
Apollon y fournit doux accords & concerts ;
Jupiter même à la fête s'employe ›
Ce Dieubruyant , parmi d'agréables éclairs ,
Sur Vulcain embrafé , tonne , éclatte , foudroye
,
Et lance traits de feu que Vulcain lui renvoye ;
Jeux plaifans , qui perçant jufqu'au plus haut
des airs ,
Annoncent à tout l'Univers ,
Du fpeâateur ravi le bonheur & la joye.
Au bruit de ce divin fracas ,
Le tendre Cupidon s'éveille ,
Il apperçoit d'Hymen la gloire fans pareille ,
Jaloux , vîte il accourt & mene fur fes pas
Non jeux badins , non folâtres ébats ,
Mais ferme amour, du monde la merveille »
Au doux maintien , aux celeftes appas ,
Fille de paix , pudique Colombelle ,
Qu'un
OCTOBRE 1725. 2365
Qu'un Roi Louis (a) des bons Rois le modele,
Sur fleurs -de- lys jà long-temps hebergea ,
Et que Maître Clement ( 6 ) en beau Temple (c)
logea ,
Il voit affis au rang fuprême ,
Les Epoux entourez de leurs fujets heureux .
Et des mortels , & des Dieux même,
Recevant à leur gré le tribut & les voeux.
C'étoit le temps de faire fon hommage ,
Le Dieu paroît , de ferme amour fuivi ,
Au pied du Trône , où d'extaſe ravi ,
Franc & naïf il tient ce doux langage :
Royaux Epoux il n'eſt bien que d'aimer.
0: Tous les honneurs qu'à vos yeux on étale ,
Tous les plaifirs qui viennent vous charmer ,
A ce vrai bien n'ont rien qui les égale ,
Or , cette- cy ma compagne loyale ,
Bien tant parfait fçaura vous confirmer ;
Je la vous donne en faveur Nuptiale ,
Et c'eft prefent que devez eftimer.
Il dit ; foudain de fa bouche s'exhale
Souffle divin , air pur , doux & perçant ,
(a ) Louis XII.
(b) Clement Marot.
(c) Le Temple de Cupido.
Tout
2366 MERCURE DE FRANCE.
Tout droit au coeur des Epoux fe gliffant :
Lors chacun d'eux épris d'ardeur égale ,
Attire à foi ferme amour fa feale ,
En vive joye à l'avoir s'empreffant ,
A qui mieux mieux ores la careffant , `
Aux yeux de tous mêmement l'embraffant ;
Puis l'affocie à la Pompe Royale,
En grand honneur près de foi la plaçant ,
Au haut du Trône où Cupidon l'inftale .
De noble gloire au loin refplendiffant.
A donc dans ce grand jour , Hymen ordonne,
apprête ,
Maint Dieu s'employe , & fe montre empreffé,
Tandis que Cupidon fur le Trône place ,
Des Rois Epoux dont il fait fa conquête ,
En ferme amour accueilli , careffé ,
Reçoit les honneurs de la fête.
Ces deux Pieces de vers du même Auteur
ont eu l'honneur d'être prefentées
à leurs Majeftez , qui les ont reçûës très ;
favorablement.
Ep
LETTRE
OCTOBRE 1725. 2367
LETTRE écrite de Conftantinople le 15 .
de Fevrier 1725. par M. D.
à M. de la R.....
V
Oici , Monfieur , pour continuer
de remplir mon engagement , ce
qui s'eſt paſſé de confiderable , ou qui
me paroît meriter vôtre attention depuis
ma derniere Lettre .
*
Le premier jour de l'an on apprit que
le General Romanshof , envoyé de Sa
Majefté Czarienne à la Porte , étoit à
40. lieues d'ici feulement ; que ce Seigneur
devoit arriver le 4. à Ponte Picolo,
cù il féjourneroit le 5. pour y celebrer
la Fête de Noël , qui tombe ce jour - là ,
fuivant le vieux ftile qui eft en ufage
chez les Mofcovites , & qu'il feroit le .
lendemain fon entrée à Pera.
Sur cet avis M. de Neplieuf, Réfident
de Mofcovie ayant infinué que les équipages
du General devant être extrêmement
fatiguez , il auroit befoin de chevaux
rais pour faire fon entrée , le Vicomte
d'Andrez 1 , le Marquis de Bonnac &
* Village à 4 ou 5. lieues de Conftantinople
, fur le chemin d'Andrinople , qui aboutit
à un petit Pont , dont il tire fon nom.
l'Am2368
MERCURE DE FRANCE .
l'Ambaffadeur de V enife envoyerent par
politeffe chacun leur Ecuyer ( ce dernier
même y joignit fon carole ) au- devant
de M. le General à Ponte Picolo : le Grand
Vifir y envoya auffi du monde & des
chevaux mais le (a ) Chiaoux - Bacchi
n'y fut point , comme l'avoit demandé
M. de Romanshof , cet honneur ne s'accordant
qu'à ceux qui font revêtus du
caractere d'Ambaffadeurs à la Porte ; pour
lui donner cependant quélque diftinction
particuliere on y envoya un (b) Capigi-
Bacchi.
(a) C'eft le Chef des Huiffiers , il fait dans
les audiences du Grand Vifir , & du Grand
Seigneur les fonctions de Grand- Maître des
Ceremonies , & d'Introducteur des Ambaffadeurs.
(b) Ou Chef des Portiers eft à la Cour Ottomanne
ce qu'eft à la Cour de France un
Gentilhomme ordinaire du Roi.
Entrée de M. le General de Romanshof
à Pera le 6. Janvier.
Le 6. Janvier vers les trois heures
après - midi parurent d'abord quelques
domestiques à cheval , qui avoient pris
les devants , & qui accompagnoient un
petit chariot tiré par cinq chevaux , dont
trois attelez de front au brancart , fçavoir
un au milieu , & un de chaque côté
à
OCTOBRE 1725. 2369
à la volée ; les deux autres étoient attachez
par la queue avec une corde liée à
chaque bout du brancart , maniere d'atteler
, qui parut à tous les fpectateurs auffi
nouvelle que dure pour
les chevaux.
Une heure après , M. l'Envoyé arriva
à l'extrémité de (a ) Beyoglou , & pafla
au milieu d'une Compagnie de 60. Janiflaires
formant une double haye la
marche qui commença - là , fe fit dans l'ordre
fuivant.
¡ Un
Un Janiffaire de M. de Neplieuf ,
Résident de Mofcovie étoit à la tête .
Enfuite quatre (6) Chiaoux à petit Turban
& la plume deffus : (c) 20. Chiaoux
à grand Turban qui avoient été au- devant
de M. l'Envoyé jufques aux vignes
de Beyoglou feulement.
(a ) Beyoglou , eft le quartier qui confine
d'un bout à Pera , & de l'autre s'étend jufques
dans la campagne , ce mot fignifie en
Turc , fils de Prince ou de Commandant.
(b) Ces Chiaoux s'appellent Alays- Chiaoux,
comme qui diroit en François Huiffiers d'efcorte
ou de convoi ; auffi le Grand Seigneur
en avoit - il envoyé fix jufques à Bender audevant
de M de Romanshof : ils font du même
corps que les autres Chiaoux , mais ils changent
de nom & de coëffure fuivant les fonctions
où on les employe.
(c) Ceux-cy s'appellent Divant - Chiaoux à
caufe du grand Turban de ceremonie qu'ils
portoient , & qu'ils portent quand ils vont
au Divan . L'Ecuyer
2370 MERCURE DE FRANCE.
L'Ecuyer de M. le Vicomte d'Andre
zel avec trois chevaux de main .
Celui de l'Ambaffadeur de Veniſe immediatement
après avec trois chevaux
de main auffi , & celui de M. le Marquis
de Bonnac avec un pareil nombre de
chevaux .
Enfuite deux Cors de Chaffe du Regiment
de fix mille hommes des Gardes
de Sa Majesté Czarienne , dont M. de
Romanshof eft Major General , habillez
d'un drap verd foncé , avec un large
galon d'or fur toutes les coutures , &
portant l'inftrument de leur profeffion
autour du corps paffé en écharpe.
L'Ecuyer de l'Envoyé avec cinq chevaux
de main caparaçonnez de magnifiques
peaux de Tigre , appliquées fur un
drap rouge.
Quatre Valets- de - Chambre.
Deux Pages , dont un eft du nombre
des quatre enfans de Langue que M. de
Bonnac avoit permis aux Capucins de
Pera de recevoir dans leur College , pour
y apprendre à fervir un jour d'Interpretes
aux Miniftres du Czar à la Porte :
ces Pages étoient habillez comme les Valets
-de -pied , à l'exception que leur drap
étoit plus fin & plus galonné , & qu'ils
portoient fur l'épaule un noeud de ruban
d'argent au lieu d'une éguillette ,
Douze
OCTOBRE 2371 1725 .
اہ
1
· -
Douze Valets de Pied vêtus d'un
drap gris couleur de noiſette , avec la
velte , & les paremens de drap rouge ;
le tout orné d'une très - petite boutonniere
, & d'un fort large bordé d'argent ,
accompagné d'une éguillette fur l'épaule ,
& furmonté de très- grands chapeaux .
Deux Chiaoux , de ceux qui portent
le petit Turban & la plume , fuivoient
tout ce qui vient de préceder , & avec
eux commençoient à défiler , de part &
d'autre , la Compagnie de Janillaires ,
que le Grand Vifir avoit envoyé au- devant
de M. de Romanshof jufques au
cimetiere de Beyoglou .
Après venoient un (a ) Vifir Aga qui
avoit été avec les fix Alays - Chiaoux julques
à Bender.
,
Le Capigi-Bachi , dont il a été déja
parlé , vêtu d'un magnifique Caftan
doublé de Martre- Zibeline , & enfin le
General de Romanshof , monté fur un
très-beau cheval fuperbement harnaché ,
& du nombre des 30. que le Grand Seigneur
lui avoit envoyé pour lui & fa
fuite à Ponte Picolo : ce Seigneur avoit
de chaque côté un Heiduque à pied , por-
(a) Les Vifirs Agaffi font des Gentilshommes
du Grand Vifir , qui le fuivent quand il
va quelque part , & qu'il envoye auffi en
Campagne , pour des commiffions honorables.
tant
2372 MERCURE DE FRANCE .
tant la hache d'armes fur l'épaule , &
habillé à leur maniere , de même drap
que fes Valets-de - Pied : il étoit environné
de M. Stoltoy , neveu du Miniftre
de ce nom , qui a été Ambaffadeur à la
Porte pour la paix du Prut , & avec lequel
M. de Romanshof lui- même vint
alors à Conftantinople , du Baron Rennes
, fils du General Rennes , qui prit
Braylo à la campagne du Prut ( ce Baron
eft Ingenieur du Czar , & Officier de fes
Gardes ) du Prince Mechersky , de M¹s
Arlof & Yrafkin , auffi Officiers principaux
dans le même Corps , & de plufieurs
Officiers fubalternes & Ingenieurs
que ce Miniftre a amenez exprès avec
lui ; le principal fujet de fa commiffion
étant d'aller d'ici en Perfe , regler les
limites du terrain à partager dans le Chirvan
entre Tamavchib , fils du Sophi détrôné
par l'Ufurpateur Miry - Mamouth ,
le Grand Seigneur & Sa Majefté Czarienne
.
,
Toute cette marche fut fermée par
le caroffe de l'Ambaffadeur de Venife
attelé de fix chevaux blancs ; à deux cens
pas duquel venoient une quinzaine de
chaifes roulantes , longues de fept à huit
pieds , ou M. de Romanshof , & les perfonnes
qualifiées de fa fuite couchoient
prefque toûjours dans la route ,
faute de
lieux
OCTOBRE
1725. 2373
lieux convenables pour fe retirer la nuit ,
& 30. à 40. tant petits chariots , qu'ef
pece de cariolles , qui portoient les équi
pages , le tout tiré par des chevaux , des
bufles , ou des boeufs.
?
En arrivant , l'Envoyé alla loger avec
tout fon monde dans trois maiſons , loüées
à Pera aux dépens du Grand Seigneur ,
cù il trouva une garde de Janiflaires
commandée par un de leurs Officiers.
Le lendemain 7. il affifta aux ( a) reprefentations
de la Tragedie de Mitridate
, & de la Comedie du Mariage forcé
que M. l'Ambaffadeur de France fit jouer
fur un Theatre dreffé dans le Palais de
France , où toutes les Dames de . Pera ,
& de Galata furent invitées : elles formoient
un fort beau coup d'oeil , tant par
leurs agrémens perfonnels , que par leurs
pierreries , & leurs autres ornemens à la
Gréque : M. le General & les princi--
paux de fa fuite furent auffi du grand
foupé , qui fucceda à ce divertiflement
& qu'il donnoit ce jour - là pour la folemnité
de la Fête des Rois , aux Amballadeurs
d'Angleterre & de Venife , aux
Réfidens de l'Empereur & du Czar , &
(a) Les enfans de M. l'Ambaffadeur , quelques-
uns des Gentilshommes qui font venus
avec lui , & les Enfans de Langue en étoient
Les Acteurs.
autres
2374 MERCURE DE FRANCE.
autres perfonnes de confideration des
deux fexes .
Le 14. le Vicomte d'Andrezel ayant
fait prier les Dames de Galata & de Peles
Ambafladeurs & Enque
ra , ainfi
voyez des Cours Etrangeres , de venir
à une feconde reprefentation de la Tragedie
de Mitridate , leur donna fucceffivement
un magnifique ambigu , un grand
bal qui dura juſqu'à trois heures du matin
, & un réveillon pour ceux qui reſterent
.
Le 20. le Grand Viſir accorda à l'Envoyé
ce qu'on appelle le ( a) Tain , qui
fut fixé à 60. écus par jour , à commencer
de celui de fon entrée à Pera : on
lui en paya les arrerages , & l'on continuera
à le payer fur le même pied juf
ques à la fin de la negociation.
Le 21. l'Envoyé donna un fplendide
dîner , où se trouverent entr'autres per
fonnes de rang & de caractere le Vicomte
d'Andrezel , le Marquis & la
Marquise de Bonnac , l'Ambaffadeur de
Hollande , M. Dierling , Réfident de
l'Empereur & la Dame fon époufe , &c.
Il fe but dans ce repas beaucoup d'excel-
(a) C'est une espece de fubfiftance que le
Grand Seigneur donne aux Miniftres Etrangers
qui font employez pour fon ſervice dans
quelques negociations,
lent
OCTOBRE 1725. 2375
C₁
ns
lent vin de Tokay , que l'Envoyé prefenta.
ge ,
Le 23. l'Envoyé fortit à pied de fa
maifon, à 5. heures du foir , accompagné
du Réfident de Mofcovie , & de tous les
Seigneurs & particuliers de cette nation.
qui font à Pera , & vint en ceremonie
prefenter à M. le Marquis de Bonnac le
Cordon de Saint André , confiftant en un
cordon bleu , comme celui de l'Ordre du
S. Efprit , mais plus ondé , & plus lard'où
pend une Croix de S. André ,
fur laquelle le Saint eft reprefenté en
émail . Cette Croix eft appliquée ſur un
Aig'e à deux têtes , avec une Couronne
Imperiale au- deffus , qui tient de chaque
côté par un anneau mouvant aux têtes de
l'Aigle . Derriere cette piece eft une banderole
d'émail bleu , qui entoure le corps
de l'Aigle , dont le plumage eft parfaitement
bien executé , fur laquelle eft écrit
en Langue Ruffienne , PROTECTEUR DE
LA RUSSIE. La derniere piece de cet Or
dre eft une Etoile de cinq pouces de diametre,
à douze pointes , dont fix grandes
& fix moyennes , dans l'intervale de chacune
defquelles s'élevent des rayons de
differente grandeur : le milieu de cette
Etoile eft rempli d'une, Croix de Saint
André en or , fans effigie , autour de laquelle
eft écrit en grands caracteres Ru
C fiens
2376 MERCURE DE FRANCE.
fiens , POUR LA FOY ET LA FIDELITE ' .
Tout cela fut porté par un Ayde de
Camp , depuis la maifon du General , jufques
à la porte de la chambre de M. le
Marquis de Bonnac , logé dans le Palais
de France , dans un baffin de vermeil
doré , couvert d'un papier blanc. Quand
toute la Compagnie fut arrivée à la porte,
M. Stoltoy prit le baffin de celui qui le
tenoit , & entra dans la chambre.
Immediatement après M. de Romanshof
fit au Marquis de Bonnac un compli
ment de la part du Czar , & lui prefenta
les marques de l'Ordre , à quoi le Marquis
de Bonnac répondit entr'autres chofes
, que M. le General fçavoit bien luimême
, qu'il ne pouvoit pas accepter un
pareil honneur d'un Souverain Etranger
fans la permiffion du Roi fon Maître ;
qu'il recevoit cependant ces marques de
la bienveillance de Sa Majefté Czarienne
, mais qu'il ne s'en orneroit point
qu'il n'en eut reçû l'agrément de S. M.
lequel il efperoit trouver à fon arrivée
à Toulon ; qu'en attendant s'il ne les
portoit pas en public fur fa perfonne , il
les porteroit avec une reconnoiffance infinie
dans le fond de fon, coeur,
Les complimens finis de part & d'autre
, M. de Romanshof , & M. Stoltoy
prirent chacun un carreau de velours , les
pofeOCTOBRE
1725. 2377
poferent à terre l'un fur l'autre : le Marquis
de Bonnac mit un genot deffus ,
M. Stoltoy en fit autant ; & faifant femblant
de lui attacher l'Etoile au côté
gauche , il la retira fur le champ , & la
lui remit' entre les mains ; puis prenant
le cordon bleu , le lui paffa en écharpe ›
le Marquis de Bonnac l'ôta auffi- tôt , témo
ʻgnant de nouveau à l'affemblée le
plaifir qu'il auroit de le porter , après
avoir reçû la permiffion du Roi.
Le lendemain 24. vers les dix heures
du matin , les deux Cors de Chaffe du
Regiment des Gardes de Sa Majeſté Czarienne
, vinrent en habit de ceremonie
donner une melodieufe aubade avec leur
inftrument qu'ils poffedent dans la perfection
, à M. le Marquis de Bonnac , qui
paya liberalement leur fymphonie , &
qui pendant qu'ils fonnoient du Cors ,
envoya par fon Ecuyer à M. le General
un cheval Turc de grand prix , & ri
chement harnaché , la felle , la houffe ,
& les faux-fourreaux étant d'un velours
cramoily , chargé d'une broderie d'or &
d'argent parfaitement belle , & relevé en
boffe . Il y joignit jufques à fes piftolets
enrichis d'ornemens de vermeil doré , &
à fes armes .
Le 25. le Réfident de Mofcovie donna
à ſouper à plus de cent perfonnes de
Cij
l'un
2378 MERCURE DE FRANCE.
l'un & de l'autre fexe , où fe trouverent
les Dames de Pera , prefque tous les Miniftres
, & M. le General , avec les plus
qualifiez de fon cortege : il y avoit quatre
tables dans quatre chambres qui furent
toutes fervies avec autant d'ordre ,
de délicateffe & de fomptuofité , qu'on
le pourroit faire en France , & où les
vins de Bourgogne , de Champagne , &
de Tokay coulerent abondamment , auſſi
bien que
les liqueurs. Ce feftin fut précedé
d'un bal qui s'ouvrit vers les fept
heures du foirs on y danfa jufques à
neuf, à la Françoife , à la Gréque , à
Allemande , & à la Polonoife. Après
quoi on fe mit à table jufques à onze , que
recommença le bal qui dura juſqu'à une
heure après minuit.
Le 31. du même mois de Janvier M.
l'Envoyé alla prendre fa feconde audience
du Grand Seigneur , & recevoir la
ratification de S. H. du Traité , en échange
de celle du Czar , qu'il lui avoit portée
a fa premiere audience. Il partit à pied
de Pera à cinq heures du matin , & fit ſa
route de la même maniere , que la premiere
fois. On lui fit l'honneur de (a)
(a) Cette paye fe fait tous les trois mois ,
& quand il y a quelque nouveau Miniftie
Etranger à la Porte le Grand Vifir , ne manque
pas de remettre au jour de cette paye celui
de fon audience.
payer
OCTOBRE 1725. 2379
payer devant lui fix à fept mille Janiffaires
, la Cavalerie , & quelques domef
tiques du Serrail . Il vit auffi dans le Divan
rendre la juftice à la Turque , c'eſt - àdire
, avec une très -prompte expedition ;
car là , les Plaideurs fçavent bien - tôt
leur fort : une heure fuffit pour y juger
une vingtaine de procès en dernier reffort
. Les caufes vuidées , on dreffa plufieurs
tables , à l'une defquelles l'Envové
fe mit avec le Réfident de Moſcovie
& le Grand Vifir : les autres furent
remplies des perfonnes de fa fuite , & de
quelques Seigneurs Turcs. Enfuite on
conduifit l'Envoyé & fa compagnie au
fond de la cour , lieu où l'on diftribue les
Caftans . On lui en donna & à quatorze
autres perfonnes de fa fuite , après quoi
on le conduifit à l'appartement du Grand
Seigneur , dans la chambre duquel il fut
introduit , lui feptiéme , ayant gardé fes
bottes , ainsi que le Réfident , mais fans
épée , fuivant l'uflage.
Dès qu'il eut fait fes reverences ,
le
Grand Vifir prit d'auprès du Grand Seigneur
, la ratification , & une Lettre de
Sa Hauteffe à Sa Majefté Czarienne , enfermées
feparément dans deux petits fachets
d'étoffe de foye , felon la coutume,
& fit à l'Envoyé un compliment fort
court , puis baifa les Lettres , les porta
Cij à
2380 MERCURE DE FRANCE.
à fon front , & s'inclina en les prefentant
à l'Envoyé , qui s'inclinant de même
pour les recevoir, les baifa auffi . Enfuite
le Grand Vifir & le Drogman de la Porte
reculerent trois pas ; ce dernier mit un
genou en terre , & interpretant tout haut
en Italien , ce que le Grand Vifir avoit
dit en Turc. Voici , dit - il , ( en regardant
l'Envoyé ) la ratification du Traité
de paix de Sa Hauteffe : le très - Sereniffime
Empereur , mon Maître , promet
d'en executer les articles de fon côté ,
auffi fidelement qu'il efpere que vous les
executerez du vôtre. Quoique l'Envoyé
n'entendit pas ce qu'on lui difoit , on
fuppofa que la Langue Italienne lui étoit
familiere , car on le congedia au dernier
mot de ce difcours , fans lui donner le
temps d'avoir recours à fon Interprete
qui étoit prefent , & qui ne pût lui expliquer
ce dont il s'agiffoit , que quand
ils furent fortis. Quelques perfonnes qui
tournerent la tête , en fe retirant , s'apperçûrent
que le Grand Seigneur entra
en converfation avec le Grand Vifir ,
dès
que l'Envoyé fut hors de fa chambre ,
& marqua par fon air riant , & par fes
geftes la fatisfaction qu'il avoit de tout
ce qui venoit de fe paffer.
Quand on fut forti chacun monta à
cheval , on vit défiler les Janiffaires , &
paffer
OCTOBRE 1725. 2381
paffer le Grand Vifir , après quoi M.
l'Envoyé & ſa ſuite fe retirerent . Etant
arrivez à la Marine , l'Envoyé reçût avis ,
que s'il vouloit être falué des Vaiffeaux
du Roi , il falloit qu'il paffat devant &
près d'eux ( car j'ai oublié de dire qu'au
retour de fa premiere audience du Grand
Seigneur , pour s'en être trop éloigné , il
n'eut point de falut , parce qu'on ne l'apperçut
pas. Il fuivit donc ce confeil , &
chaque Vaiffeau lui fit à fon paffage une
falve de 15. coups de canon .
Voilà , Monfieur , ce qui s'eft paffé de
plus remarquable dans la miffion de M.
le General de Romanshof à la Forte , où
il n'a plus rien à faire , comptant de
partir dès le beau temps lui permet que
tra d'aller en Perfe executer fa commif
fion pour le reglement des limites.
J'ajoûte à ma Lettre , pour en égayer
un peu le ferieux , la copie d'une Epître
que j'ai eu l'honneur de prefenter à M.
le Vicomte d'Andrezel , le premier jour
de l'an , avec une petite Offrande dont il
eft parlé dans la même Epître , S. Exc.
ayant eu affez de bonté pour agréer l'une
& l'autre . Je ſuis toûjours , Monfieur
& c.
>
Cij EFI2382
MERCURE DE FRANCE.
*******************
EPITRE à M. le Vicomte d' Andrezel,
Ambaffadeur de France à la Porte , prefentée
le 1. jour de l'an 1725. par
M. D.
UN pauvre Scribe d'Apollon ,
Dupe amateur de l'Harmonię
Amant tranfi fur l'Helicon ,
Des fçavantes Soeurs d'Uranie :
Un petit Marchand nouveau né ,
Qui par une étoile perverſe ,
Eft déja des trois quarts ruiné ,
Pour fon debut dans le commerce
Enfin D.......
Monfeigneur ,
Vôtre inutile ferviteur ,
Malgré fa prompte décadence ,
Qui le réduit à preſque rien :
Malgré fa prochaine indigence ,
Qu'il regarde en Stoïcien ,
Ofe offrir à vôtre Excellence ,
Le peu qui lui reste de bien ,
Confiltant en dix -huit bouteilles ,
Qui peut- être encor par malheur ,
Sont de liqueurs à deux oreilles ,
QuoiOCTOBRE
2335
1725.
Quoique de Jacques la faveur.
La faveur, c'est pourtant tout dire ;
C'eſt le plus fin Diſtillateur ,
Et le plus doux empoiſonneur ,
Qu'en débauche l'on puiſſe élire.
Il fçait par fon art enchanteur ,
Soumettre à l'amoureux empire ,
Une Belle dont la rigueur ,
Contre fon tendre amant confpire',
Et d'un petit Maître en fureur .
Perfectionner le délire.
Ah ! maudit Art , Art affaffin ,
Tu ferois de tous Arts le pire ,
N'étoit celui du Medecin !
Quoiqu'il en foit , Seigneur , enfin ,
Pour revenir à nos bouteilles ,
Vous en aurez douze pareilles
D'Eau- forte , qu'on nomme Cedra ,
Propre à jetter dans les brouffailles ,
Celui qui par trop en boira ,
Et lui corroder les entrailles ,
Le coeur , le foye & catera ,
Plusdeux autre de Citronelle ,
* Celebre ftillateur de Montpellier.
Cy Qu'ac2384
MERCURE DE FRANCE.
Qu'accompagnent deux de Canelle ,
Auffi-bien que deux d'Ufquebac
Le tout ami de l'eftomac ,
Et très - délicieux à boire ,
Au dire du fieur la Faveur.
;
Refte à fçavoir s'il faut l'en croire ,
Vous en jugerez , Monseigneur.
Quant à moi, fincere en mes rimes.
Marchands de vin & de liqueurs ,
Charlatans , bigots & menteurs ,
Sont à peu près mots fynonimes.
Mais c'eft trop long- temps s'écarter ,
Des devoirs de cette journée :
Il s'agit de vous fouhaiter ,
Outre le cours de cette année ,
Exempt de tout fâcheux hazard ,
Une vie en tout fortunée ,
Et qui fe termine fi tard ,
Qu'elle foit auffi loin menée
Que celle de Mathufalem ;
Puis ( car c'eſt- là le grand Item , }
Au bout de vôtre deſtinée ,
La celefte Jerufalem .
De ces fouhaits je le confeffe ,
11
OCTOBRE
1725. 2385
Il en eft d'inconfiderez ,
Et qui par l'efprit de juſteſſe ,
N'ont pas été bien meſurez ;
Mais quoiqu'ils paroiffent outrez ,
Leur hyperbole eft naturelle ,
Ce font des fougues de mon zele ,
Qui trop rempli de ſa grandeur
Brife fon frein , fort de tutelle ,
Et s'abandonne à fon ardeur :
C'eft de mon tendre interieur
Une image naïve & pure ,
>
Dont l'art par fon pinceau flateur ;
N'a point embelli la peinture ;
Ainfi j'efpere , Monſeigneur
Que le tableau venant du coeur ,
Vous ferez grace à la bordure.
Mais ces bouteilles , vertuchou !
Me donnent de la tablature.
Je ne fçais comment , ni par où ,
Leur trouver une couverture.
Il faut , direz-vous , étre fou ,
Pour fe donner telle licence
Comment ! pour étrennes à moi ,
Qui reprefente ici le Roi ,
C vj
Encor
2386 MERCURE DE FRANCE.
Encor, quel Roi ? le Roi de France ,
A moi doublement Excellence ,
Par ma perfonne & mon Emploi ,
On ofe outrer l'extravagance ,
Jufqu'à m'offrir au jour de l'an ,
Dix huit Ampoulettes chetives ,
Dont deux font pleines de * fafran
Et les autres d'eaux corrofives ?
Hé fy , le trait eft impudent.
Jamais on ne fit tel prefent ,
Qu'à quelque Préfet de College.
\
A ces beaux dits que répondrai - je ?
Rien , car d'abord j'accorde tout.
Mais fi pourtant jufques au bout ,
Vôtre Excellence me protege ,
N'avouera- t'elle pas auffi ,
Que chacun dans ce monde- cy ,
Joüit du trifte privilege ,
De ne faire que ce qu'il peut ;
Et pas un zefte davantage ?
Dame ! on ne fait pas ce qu'on veut ,
Vous le fçavez , & j'en enrage.
* L'Ufquebac eft fait avec du fafran.
S
Si
OCTOBRE
2387 1725.
Si
Si j'étois maître des tréfors ,
Qu'enferme le fein de la terre ;
Ou que pour moi feul fur fes bords,
La Mer jetta ceux qu'elle enferre ,
Alors , vous ne verriez alors ,
Reprendre pour vous ces merveilles ,
D'auffi bon coeur que mes bouteilles ;
De même fi par le fecours ,
De mes ferventes patenôtres ,
J'obtenois du Ciel que mes jours ,
Se puffent coudre au bout des vôtres ;
Dès demain divifant leur cours Y
J'en prendrois pour moi de fort courts ,
Et vous gratifierois des autres.
Mais , helas ! frivoles difcours !
Ces voeux paffent mon efperance ;
Ainfi n'ayant rien à mon choix ,
Qui cadre à ma reconnoiffance ,
J'imite dans mon impuiſſance,
Ce que fit un jour autrefois ,
Le bon Frederic de Florence ,
Qui comme fçait vôtre Excellence ,
Après avoir tout fricaffé ,
Auprès
2388 MERCURE DE FRANCE .
Auprès de l'ingrate Clitie ,
N'avoit de fon bien éclipfé ,
Qu'un Faucon plus cher que fa vie.
Que fit- il le pauvre garçon ?
Contraint de feftoyer fa mie
Et n'ayant rien à la maison ,
Que du pain fec & bonne envie ,
Il lui fit manger fon faucon ,
Un tel ragoût pour telle Hôteffe ,
N'étoit fans doute pas trop bon
Cependant la belle Tygreffe ,
En fut touchée avec raiſon ,
Et de ce feul trait de tendreffe ,
Lui fçût cent fois plus gré, dit- on ,
Que de ceux de toute autre espece ,
Venons à la comparaifon ,
Nos fortunes font fort pareilles ,
Il n'avoit plus que fon faucon ,
Et je n'ai plus que mes bouteilles.
學琴
LETOCTOBRE
1725 . 2385
ET.
:
********
LETTRE écrite à M. Gerbier , Profeffeur
Royal de Mathematiques , par
le R. P. Mattet , Profeffeur de Philofophie
au College de Marseille , fur le
Phenoméne arrivé dans le Port de cette
Ville.
'Ai tâché , Monfieur , dans le temps
J'Aque cette grande émotion arriva dans
l'eau du Port de Marfeille , d'apprendre
les circonstances d'un Phenoméne fi furprenant
, pour pouvoir en donner quelque
explication, du moins approchante de
la verité ; mais tout ce que je pus en fçavoir
alors étoit fi vague & fi general , &
même fi contredit , que je n'ofai avanturer
mes conjectures . Je fouhaitois` en
apprendre jufques aux moindres circonf
tances , puifque c'étoit elles qui devoient
en déterminer la caufe. Les chofes generales
que l'on en publioit le faiſant attribuer
à plufieurs differentes cauſes tout
à la fois. Malheureuſement pour moi il
ne fe trouva pas des Phyficiens fur le
Port dans le temps que cet accident arriva
, où s'il s'en trouva , ils n'étoient pas
priez de fe rendre attentifs pour bien obferver
ce qui alloit arriver.
A
2390 MERCURE DE FRANCE .
A la fin le public eft convenu de certaines
circonftances fur ce fait que perfonne
ne nie aujourd'hui ; c'eft fur ces
circonftances conftantes que je fonde une
hypothefe qui me vint hier dans l'efprit.
Je prends la liberté de vous la communiquer
, ayant appris que vous travailliez
à la même chofe , & que vous prétendiez
trouver dans un vent qui fouloit
le 29. du mois de Juin dernier la caufe
du Phenoméne dont il s'agit .
Tout ce que l'on publie de l'émotion
arrivée dans l'eau du Port de cette Ville
le 29. du mois de Juin dernier fur les
huit heures du foir, fe réduit 1. à une diminution
d'eau dans le Port plus ou moins
grande , felon les differens fentimens ; ce
dégré de diminution ne change rien à
mon hypothefe , il fuffit qu'il y en ait eu
quelqu'une. 2. A un reflux qui fucceda
à la diminution d'eau , tout le monde ne
convient pas auffi de la quantité du reflux
, mais le fait eft conftant. 3. A une
grande puanteur. 4. Cette émotion ne
s'eft fait fentir que dans le Port de Marfeille
avec cette violence digne d'étonnement.
On n'a fait que s'en appercevoir
dans quelques lieux du rivage voifin
de Marfeille , & on n'en a rien fçû
que par les relations , à Toulon , à la
Ciotat , & aux autres Ports au-delà de
-
fix
OCTOBRE 1725. 2391
Ies
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Een
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Eniins
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ne
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aronce.
de
fix
fix à fept lieuës . Sur ces quatre circonf
tançes j'appuye mon fentiment , & voici
comment je croi expliquer ce Pheno -`
méne.
7. Je juge que la caufe de cet accident
n'eft autre que la caufe ordinaire des
tremblemens de terre. On fçait par les
obfervations que l'on a faites , & furtout
par la fameufe experience de M.
I'Emery que les parties fulfurcufes qui
font dans la terre , s'enflamment de temps
en temps , & que les pays qui abondent
le plus en fouffre , éprouvent très- fouvent
les fuites fâcheufes de ces inflammations ,
les effets en font differens felon les differens
pays , & felon les obftacles que
trouve cette matiere enflammée. Dans certains
lieux elles caufent des tremblemens
de terre , dans d'autres des ouragans qui
déracinent les arbres , abbattent les maifons
, & tuent même les hommes qui
ne prennent pas les précautions de s'en
garantir. Dans la terre de Labour & en
Sicile ces inflammations fe font jour par
des ouvertures fur la furface de la terre ,
& ne font d'autre mal que de couvrir de
cendres les campagnes voifines ; quel
quefois elles élevent des colomnes d'eau
dans la Mer , & cela arrive lorfque les
vapeurs fulfureufes s'échapent par un
endroit de la terre qui eft fous la Mer.
Les
1392 MERCURE DE FRANCE.
Les colomnes d'eau qui s'élevent quelquefois
fur la Mer , & qui font aux Matelots
les finiftres préfages d'un prompt
naufrage , font des faits conftants , & jufques
à prefent on n'en a trouvé d'autre
caufe que les vapeurs fulfureufes qui fortent
de la terre par les inflammations foudaines.
Je remarquerai encore que ces
inflammations arrivent ordinairement en
Eté ; l'experience conftante nous l'apprend
, & c'eft auffi en Eté que M. l'Ëmery
imita artificiellement ces inflammations
naturelles .
Tout cela femble nous faire croire que
l'accident arrivé dans le Port de Marfeille
, eft une fuite de ces colomnes
d'eau , dont les gens de Mer éprouvent
quelquefois la violence. 1. L'eau a diminué
dans le Port par le courant qui s'eft
formé pour aller prendre la place de
l'eau qui s'étoit élevée . Cela eft fondé
fur les principes les plus communs , &
fur les premieres connoiffances de la
Phyfique. 2. Le reflux qui a fuccedé à
cette diminution a été caufé par la chûte
violente de la colomne d'eau. 3. L'eau
remuée avec tant de violence a produit la
puanteur par l'envoi des corpufcules de
ces matieres extrêmement fales , dont on
fçait que l'eau du Port eft chargée , lef
quelles matieres n'étant point mêlées
'
avec
OCTOBRE 1725.
2393
re
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déà,
hure !
J'eau
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es
de
22 : ດາ
lef
elbes
avec
avec l'eau , le font fentir fans être remuées
; d'ailleurs la bouë qui fe trouve
dans le fond du Port eft bien capable de
produire cette infection . 4. On n'a ſenti
l'émotion de l'eau que dans les lieux
voifins de l'endroit de la Mer où s'eft
élevée la colomne d'eau ; on ne peut attribuer
tant de violence dans quelques
lieux particuliers , qu'à une caufe particuliere
qui agit dans ces lieux - là . Si
l'on veut que cette cauſe foit generale ,
comment prouvera t'on qu'il peut fe
faire que l'eau du Port de Marfeille ait
été dans un très - grand mouvement jufqu'à
faire fubmerger quelques Bâtimens
fans que les Ports à fix & à neuf lieuës
feulement de Marfeille s'en foient apperçûs
? Voilà , Monfieur , ce que je
penfe de ce Phenoméne , & j'ajoûterai
que les vents par lefquels vous prétendez
l'expliquer paroiflent des cauſes
étrangeres de cet accident , tel qu'il eft
expofé. Les vents , felon le fentiment &
les obfervations d'un habile Phyficien
moderne qui étudie la nature depuis plus
de quarante ans , ont une caufe generale
, bien differente de celle que l'on prétend
démontrer par l'experience de l'Eo- /
lypile , c'eft la chûte de l'air amaffé autour
du Pole qui produit les vents , &
ce. air s'y amaffe par les courants perpetuels
2394 MERCURE DE FRANCE.
tuels vers cette partie de la terre, où
l'air trouve moins de preflion & d'agitation
que dans la partie renfermée entre
les deux Tropiques . Voilà la caufe gene- ,
rale des vents , & fi l'on ne voit pas
fouffler ordinairement un même vent en
même temps dans tout l'hemifphere ,
comme cela devroit arriver , c'eſt que
cette chûte d'air eft déterminée par des
montagnes qui font que dans certains
lieux les vents foufflent d'un autre côté
que de celui du Pole , & que dans d'autres
ils font ou moins forts , ou même
qu'on ne les fent point du tout . Cela
pofé , peut- on dire qu'un vent auffi furieux
qu'il faut que vous le fuppofiez
pour foulever l'eau du Port , ne fe faffe
fentir que dans une partie de trois ou
quatre lieues tout au plus , & que dans'
le voifinage il regne un calme parfait
ainfi qu'il arriva lors de cet accident . Je
vous prie d'excufer , Monfieur , la liberté
que je prends , & de me faire la grace
de me dire vôtre fentiment fur mon hypotheſe
. Je fuis avec beaucoup de refpect
vôtre très - humble , & très - obéïffant
ferviteur , Mottet de l'Oratoire ,
Profeffeur de hilofophie.
>
RE'-
OCTOBRE
2395 1725.
REPONSE DE M. GERBIER.
It
Left vrai , mon R. P. que j'ai été
prié par une perfonne que j'honore
beaucoup , de donner par écrit mon fentiment
fur le Phenoméne du 29. Juin dernier
; mais il eſt vrai aufli que je ne le
ferai qu'au cas que je puifle être inftruit
avec certitude de quelques circonftances ,
5fur lefquelles l'on m'a promis de m'éclaircir
pour fixer ce qui en eft dit diverfement.
Je parle de ce qui s'eft paffé au
larges car je fus informé dans le temps
de ce qui fe paffà ici , & ce que l'on
m'en a dit depuis s'y accorde affez , à
quelque chofe près , que je ne negligerai
pas . Ce feroit trop aventurer que d'anticiper
par une explication qui ne fatisfeas
roit peut être pas à tout.
12z
it ,
Tact
Pour ce qui regarde l'honneur que
Je vous me faites de me communiquer vôert
tre hypothefe avant que j'aye celui d'ê
tre connu de vous , je vous en fuis , mon
hy R. P. très - fenfiblementobligé ; mais
rel; c'eft un peu trop de m'en demander mon
eifentiment , parce qu'il ne doit pas prévaire
, loir fur celui d'une perfonne qui penfe
aufli bien que vous faites.
RE
.
Les quatre faits à quoi vous réduifez
tout ce qui arriva dans le Port, me paroif
fent
2396 MERCURE DE FRANCE.
fent très -ingenieufement expliquez par
la formation & la chûte d'une colomne
d'eau , de la maniere dont vous en parlez
. Mais j'avoue que s'il faut vous accorder
qu'il ne fe foit rien paffé au-delà
du rivage , voifin de Marſeille , a'nfi que
vous l'affeurez , la réalité d'une telle colomne
pourroit bien trouver des contradicteurs.
Car où faudra - t'il fuppofer
qu'elle fe foit élevée ? Ce ne fera pas
dans le Port ni dans la Rade , parce que
pour produire l'effet dont il s'agit , elle
auroit dû être affez groffe & aflez hautepour
n'être pas invifible , il y avoit des
pêcheurs fort au large , & c . Ce fera donc
beaucoup plus loin . Et comment en cecas-
là pouvez - vous accorder fon effet
avec le calme qui regnoit dans toute l'étenduë
de la Rade ? D'ailleurs en fuppofant
avec vous , mon R. P. que les colomnes
, femblables à celle qui eſt accufée
du defordre du Port , n'ayent point
d'autre caufe que les vapeurs fulfureufes
, qu'une foudaine inflammation fait élever
des terres qui font au- deffous de la
Mer ( ce que l'on ne pourroit bien ne
pas accorder ) quelqu'un faifant attention
au poids & à la fluidité de l'eau , & à la
nature de ces vapeurs , ne pourroit- il pas
croire que celle - ci auroit dû être diffipée
avant que d'être parvenue à la hauteur
conOCTOBRE
1725. 2397
e
-C
er
as
ue
le
te
Hes
ce
po-
>
co.
convenable ? Car enfin il falloit qu elle
s'élevât en maffe à une hauteur bien
grande pour que fa chûte pût caufer juf
ques dans le Port le reflux qui y fut fi
fenfible. Je craindrois de vous ennuyer ,
mon R. P, en continuant des objections
que vous trouverez foibles , fans doute ,
mais que je ne propofe que pour vous
marquer combien j'ai l'honneur d'être ,
mon R. P vôtre très -humble & trèsob
iffant ferviteur GERBIER.
=
J'oubliois de vous dire , mon R. P.
que l'on ne m'a pas fait juftice en vous
allurant que je prétends trouver dans un
nc vent qui fouffloit le 29. du mois de Juin
dernier la caufe du Phenoméne dont il s'afet
git. Cette raifon ne m'a jamais paru
fuffie.
fante , & je m'en pafferois même trèsbien
, fi je n'étois perfuadé qu'il ne faut
rien oublier de ce qui peut aider ou nuire
aux conjectures . Je ne crois pas non plus
avoir rien dit à perfonne qui ait pû donner
lieu à me faire obferver que les
vents ont une caufe generale bien differente
de celle que l'on prétend démontrer
par l'experience de l'Eolypile . Car
ionil ne s'eft nullement agi de cette matierę
à la \
dans aucune converfation.
cu
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eu
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Con
AD2398
MERCURE DE FRANCE
ADDITION à la Relation du Mariage
du Roi.
Uelques particularitez , & quelques
Pieces qui meritent d'être
rapportées , n'ayant pas été reçues affez
tôt pour pouvoir entrer dans le fecond
volume du Mercure de Septembre , nous
donnons ici ce petit Supplement.
Harangue de M. de Biouville , Premier
Echevin , & Maire perpetuel de Metz,
à la Reine,
MADAME ,
L'Hiftoire qui fait l'éloge d'une Reine *.
de France ,
illuftre par fon efprit , par
prudence , par fa fageffe &
fa
fa & par fa pieté ,
femble faire en même temps celui de
vôtre Majesté. En effet , MADAME , ce
font ces mêmes vertus qui ont fixé en
vôtre faveur le coeur & le choix du plus
grand Roi du monde , & l'ont engagé
d'affocier à fon Trône ce que l'éduca
tion , la nature & la Religion ont formé
La Reine Blanche , mere de S, Louis,
·
de
1
OCTOBRE 1725. 2399
ne
té ,
de
ce
en
-lus
age
Luca
.
rmé
d
de plus parfait . Le Ciel , qui pour venger
les outrages d'un fort injufte , a , par
des routes inconnues aux hommes , con.
duit V. M. à l'élevation où nous la
voyons , fçaura couronner fon ouvrage ,
& verfer fur cette augufte Alliance fes
benedictions les plus précieufes : une
heureuſe fecondité qui en doit être le
premier fruit , fait l'objet le plus ardent
& le plus impatient de nos voeux. C'eſt
d'elle que dépend le repos & 1a tranquillité
de l'Etat , & c'eft fur les vertus
de V. M. que nous fondons les plus folides
efperances de nôtre bonheur.
Nous nous flatons , MADAME , d'en
reffentir bien-tôt les effets , & de trouver
dans ces glorieux avantages une fource
de profperitez intariffable. Faffe le
Ciel que V. M. joüiffe long temps de
celles qu'elle merite , en les partageant
avec le plus aimable , & le plus aimé
des Princes ! Falle que fes bontez s'étendent
auffi loin que nôtre fidelité , & que
reglant fes affections fur les nôtres , il
foit encore plus fenfible à l'amour de
fes peuples , qu'à l'éclat de la gloire qui
l'environne , &c.
On entendit une falve de toute l'artillerie
de la Ville & de la Citadelle lorfque
la Reine fit fon entrée à Metz : on
en fit une feconde lorfqu'elle arriva à la
D Cathe
335445
2400 MERCURE DE FRANCE.
› Cathedrale , où l'Evêque de Metz reçût
S. M. à la tête de fon Clergé , & une
troifiéme lorfqu'elle mit pied à terre au
Gouvernement où l'on avoit préparé fon
logement .
Les Magiftrats qui attendoient la Reine
à la porte de la Ville , lui en preſenterent
les clefs dans un baffin , avec les
ceremonies ordinaires , & un Dais
qu'on porta enfuite devant le caroffe de
S. M. ce qui a été obfervé dans les autres
Villes de fon paffage , avec les mêmes
falves d'artillerie dans celles où il y
a du canon .
La Reine fut complimentée en ces termes
, à fon arrivée à Châlons , par M.
de Lambert , ancien Curé de Nôtre. Da .
me de Châlons , & Prieur Commandataire
de Pollez .
MADAME,
Le Dieu des armées qui tient le coeur
des Rois dans fa main , vous éleve aujourd'hui
fur le Trône du plus floriflant
Royaume de l'Univers. C'étoit , MADAME
, aux rares vertus de V. M. &
à toutes les éminentes qualitez , qui ont
fait l'admiration du plus puillant Monarque
du monde , qu'étoit dû le triomphe
d'un
OCTOBRE 1725. 2401
d'un coeur dont vous venez de faire la
conquête..
La France attentive à l'aggrandiflement
de la Maifon Royale , ne foupire
après l'augufte ceremonie de vôtre Mariage
, que pour avoir le bonheur de contempler
de plus près dans V. M. cet
amas de grandeurs & de vertus qui furpa
Tent infiniment ce que la Renommée
nous en avoit appris.
Toute autre que V. M. élevée au
premier
rang du monde , auroit été éblouie
par l'éclat de la plus brillante de toutes
is Couronnes ; mais toûjours égale à
elle- même , malgré l'inconftance des évenemens
, elle a fçû penetrer dans le fecret
de cet art , fi difficile & fi
peu connu
, qui confifte à démêler dans une élevation
fuprême , ce qu'il y a de la grandur
de Dieu dans ce qui flate l'orgueil
& la vanité de l'efprit humain.
A peine la Providence vous ent- elle
honorée du titre de Reine , que la haute
pieté qui accompagne toutes vos actions ,
& qui coule de fource de la Maifon de
vos Ayeux , femble n'avoir fervi qu'à
vous faire oublier toute la pompe qui
l'environne , que pour vous fouvenir que
vous en devez toute la gloire à celui devant
qui les fceptres fe brifent , & les
TêtesCouronnées ne font que de la cendre .
Dij S'il
#402 MERCURE DE FRANCE.
i
2
S'il nous étoit permis de fouiller dans
l'antiquité , & de remonter de fiecles en
fiecles , nous ne trouverions rien de comparable
au ſpectacle qui fait aujourd'hui
l'attention de toute la terre : fpectacle
qui nous reprefente dans V. M. une
étendue de genie , à qui rien ne peut
échaper , une penetration d'efprit dont
les traits fe font admirer dans vos réponfes
, une connoiffance des Lettres , foutenuë
de ces nobles expreffions qui char
ment & qui enlevent tous ceux qui ont
le bonheur de vous approcher ; & , fi je
l'ofe dire , une Reine que fes malheurs
même malgré les tentations du fiecle les
plus délicates & les plus touchantes ,
ont rendu plus refpectable aux Nations ,
& plus venerable à toute l'Eglife,
›
Ce font , MADAME , ces grands
exemples qui vont briller comme autant
de miracles , aux yeux de la Cour la plus
magnifique & la plus fuperbe du monde .
Ils nous impofent un devoir auffi refpectueux
que legitime , de renouveller nos
voeux vers le Tout- puiffant , afin qu'il
répande fa benediction fur le fils aîné de
fon Eglife. Que fa pofterité répandue dans
tous les fiecles , & fuivie de continuels
prodiges , puiffe être pour jamais la gloire
de V. M. l'affermiffement de fon Trôla
felicité des peuples , la tranquillité
ne ,
dę
OCTOBRE 1725. 2403
S
S
1
e
s
de
de l'Etat , & l'étonnement de toutes les
Nations .
Lorfque le Grand Confeil fut à Fontainebleau
pour faire la reverence à leurs
Majeftez , M. d'Aby , Premier Avocat
General , porta la parole , en ces termes.
SIRE ,
Le Mariage de V. M. étoit neceffaires
vous prenez une Epoufe choifie. Vous donnez
à la France une mere attenduë ,
la terre acquiert des Heros .
MADAME ,
نم
:.ce
Le Roi vous a pris pour Epouse
choix , MADAME , eft vôtre éloge , c'eſt
l'éloge du Roi.
Le Roi vous a choifie , il devoit cette
préference à vos Ayeux , à vos vertus . Le
Roi vous a preferée , c'eft fa gloire , c'eſt
nôtre bonheur.
Le 13. de Septembre les Harangeres de
la Halle firent chanter dans l'Eglife de
S. Sauveur un Te Deum folemnel , pour.
le Mariage du Roi. M. le Lieutenant
General de Police y affifta . Ces Dames
Dij alle2404
MERCURE
DE FRANCE.
allerent quelques jours après à Fontainebleau
, où elles eurent l'honneur de
faire la reverence au Roi & à la Reine ,
dont elles furent reçûës très - favorablement
, voiturées & traitées aux dépens
de S. M.
Le Dimanche 9. Septembre on chanta
folemnellement dans l'Egliſe de l'Abbaye
Royale de S. Germain des Prez un Te
Deum , au fujet du Mariage du Roi , &
le foir il y eut un grand feu allumé dans
chacune des deux grandes cours exterieures
de l'Abbaye , avec des illuminations
extraordinaires aux fenêtres , & fur
les corniches des bâtimens de dehors , on
tira auffi plufieurs coups de Coulevrines
placées dans le grand jardin des Religieux.
Nous ne croyons pas devoir omettre ici
un remerciment fait au Roi , pour la bonté
dont il honore de jeunes Seigneurs que
le feu Roi jugea dignes de fon attention &
de fes liberalitez . Comme on y joint un
compliment à Sa Majefté fur fon augufte
Mariage , c'eft une nouvelle raifon pour
nous de tranfcrire cette Piece , dont on a
répandu dans le Public des copies infideles
, où plufieurs vers font défigurez . Au
refte ce compliment dans l'intention de
l'AuOCTOBRE
1725. 2405
:
l'Auteur , avoit plutôt été fait pour être
reité , que pour être imprimé.
AU ROY.
Auguftefucceffeur d'un de nos plus grands
Rois ,
Heros par fes vertus , plus que par fes exploits
,
LOUIS , de tes Ayeux vive & parfaite image ,
De nos Mufes reçoit le tribut & l'hommage.
Ta bonté leur accorde un favorable accès ,
Non pour folliciter , mais chanter tes bienfaits.
Non , non , le temps n'eft plus , où les Mufes
tremblantes ,
Ne s'approchoient des Rois que comme fuppliantes
,
Et toûjours mandiant le prix de leurs travaux,
De fes proptes exploits fatiguoient un Heròs.
Louis , le grand Loüis , par de nobles largeffes ,
Au merite épargna ces honteufes baffeffes ,
Et d'avance il paya pour tous fes defcendans ,
Tout ce que l'Helicon leur offriroit d'encens .
A l'ombre defon nom nos Mufes fortunées,
Ont fenti fes bienfaits croître avec fes années ,
Et c'eſt encor ce nom , gravé dans tous les
coeurs ,
Dij Qui
2406 MERCURE DE FRANCE.
Qui fur nôtre Parnaffe attire tes faveurs .
Faut il donc s'étonner que dans nos jeunes
ames ,
La gloire ait allumé de genereufes flâmes ?
Grand Prince , que tes dons pour nos coeurs
ont d'appas !
Que pour les meriter nous livrons de combats !
Ah ! que fera-ce un jour , quand la valeur
guerriere ,
Nous ouvrira de Mars la brillante carriere !
Soutenus , animez par tes nobles regards ,
De quel ceil verrons-nous les plus affreux
hazards !
Mais , que dis- je , Louis fans combats &
fans guerre ,
Par de plus douces loix fçait maîtriſer la terre ;
Il tient comme enchaînez tous les coeurs en
fes mains ,
Et fans armer fon bras , tout cede à fes deffeins.
Au pouvoir du Très - haut fon Empire eft
femblable ,
Et pour être abfolu , n'en eft pas moins aimable.
Regne toûjours ainfi , pacifique vainqueur ,
L'Amour te fervira bien mieux que la terreur.
Que toûjours le Dieu Mars , oubliant le carnage
,
Ne
OCTOBRE 1725. 2407 .
1
Ne t'offre des combats qu'une innocente
image ;
Ou plutôt qu'à jamais éloigné de ta Cour ,
Il laiſſe à l'Hymenée un ſi charmant ſéjour ,
A ce Dieu qui joindra par une heureufe chaîne,
Au Roi le plus aimé , la plus aimable Reine.
Hymen fi bien formé , que mille & mille
voix ,
Dans l'Europe , grand Prince , ont prévenu
ton choix !
Tu rends à STANISLAS plus que fon Diadême
;
Et tu fais fur ton Trône affeoir la vertu même.
C'eſt la Religion qui forma ces doux noeuds ;
Tu lui foumis d'abord & ton choix & tes
voeux ;
Elle retrouve en toi ton Bifayeul , ton pere ,
Un Roi qui la défend , un fils qui la revere .
Regnez , heureux Epoux , & que les plus
beaux jours ,
De vôtre commun Regne accompagnent le
cours ;
Regnez , & pour remplir tous nos defirs enfemble
,
Que de vous bien- tôt naiffe un fils qui vous
reffemble.
SJID Y On
2408 MERCURE DE FRANCE.
On mande de Champagne que lorf
que la Reine paffa par la Ville de Sainte
Menehoud , le Comte de Joyeufe- Grand-
Pré , Lieutenant General de la Province
, fut au - devant de S. M. jufqu'au lieu
où il avoit fait préparer une chaffe du
Chevreuil. On fit alte , plufieurs perfonnes
de la fuite de S.: M. chafferent , &
on fit fi bien que toute la chafle paffa devant
la Reine. Après quoi on fervit une
magnifique colation , & on diftribua quantité
de rafraîchiffemens à tout le monde.
S. M. entra dans Sainte Menehoud au
bruit du canon , reçût les prefens de
Ville , & fut complimentée. Après fon
fouper elle vit une illumination de 3 .
piramides de lumieres très-bien expofées ,
au bas de la montagne des Capucins , en
face de la maifon où la Reine avoit pris
fon logement. Enfuite on tira un feu
d'artifice qui commença par quantité de
fufées. Le nom de S. M. parut au milieu
d'un Soleil d'artifice , dont les rayons
avoient plus de 60. pieds de diametre.
Tout le feu étoit compofé de ce qu'il y a
de plus recherché , & fut terminé par
une grande Girande des plus magnifiques.
On écrit de Genève que M. de la
Clofure , Réfident de France , donna à
Hôtel de Ville le 6. de ce mois , à
l'occa
OCTOBRE 1725. 2409
P'occafion du Mariage du Roi , une magnifique
fête ; elle commença par un fuperbe
dîner , où le Confeil & un grand
nombre de perfonnes de diftinction étoient
invitez . Ce repas qui dura jufqu'au foir ,
fut fuivi d'un magnifique bal qu'on continua
pendant une grande partie de la
nuit , & pendant lequel on donna toutes
fortes de rafraîchiffemens avec grande
abondance , & on fit couler des fontaines
de vin pour le peuple. Le bal fut ouvert
par M. le Réfident & par l'époufe de M.
Sartoris , premier Syndic de la République
. Il y eut trois décharges de cent
pieces de canon aux fantez du Roi de
France , de la nouvelle Reine , du Roi
Stanislas , & de la Reine fon épouſe . On
falua auffi du canon , mais d'un moindre
nombre de coups , felon les gradations
convenables , les fantez de la Maifon
Royale , du Duc d'Orleans , du Duc de
Bourbon , & c. du Comte de Morville ,
Miniftre des affaires étrangeres , du Réfident
, à la profperité de la République
& des Confeils , & c. & l'on finit par
une falve de toute l'Artillerie , à l'accompliffement
des voeux de la France
dans ce Mariage.
Le 21. de Septembre les fix Corps des
Marchands de la Ville de Paris , étang,
prefentez par le Duc de Gefvres , Cou
D vj verneur
2410 MERCURE DE FRANCE.
verneur de Paris , eurent l'honneur de
complimenter le Roi & la Reine fur
leur Mariage.
Le Te Deum fut chanté le 2 5. Septembre
dernier dans l'Eglife principale de la
Ville de Caën , où tout le Clergé , &
tous les Corps fe trouverent ; le Marquis
de Mathan , Lieutenant de Roi de la
Ville & du Château , alluma le feu dans
la place de S. Pierre , au bruit du canon
du Château la Compagnie des Grenadiers
du Regiment de Vendôme étoit au
tour du feu avec les drapeaux du Regiment
, & un gros détachement de la
Bourgeoifie étoit fous les armes aux avenuës
de la place. Ils firent tous une décharge
quand le feu fut allumé. La Compagnie
des Grenadiers alla rejoindre quatre
autres Compagnies du même Regiment
, qui étoient en bataille dans une
grande prairie à l'entrée de la Ville
toutes les Compagnies enfemble firent
l'Exercice , & tous les mouvemens militaires.
Après quoi le Corps de Ville fit
tirer à l'entrée de la même prairie , visà-
vis la porte de la Ville , grand nombre
de fufées volantes , ce qui fut fuivi d'un
feu d'artifice , de cinquante pieds de haut,
élevé fur 4. pilliers .
Au fommet paroiffoit une figure vêtue
à la Polonoife : fur les quatre faces
on
OCTOBRE 1725. 241Y
on voyoit quatre emblêmes , d'un côté
étoit peint un gros diamant expofé aux
rayons du Soleil avec ces mots Eſpagnols
, tanio mas centillante , d'un autre
côté on voyoit une Etoile brillante au
travers d'un nuage , avec ces mots latins ,
Celari nefcia virtus , d'un autre côté paroifloit
une Aigle blanc regardant le Soleil
avec ces mots Italiens , Cofi caro come
ard.nte ; enfin fur la quatrième face on
voyoit un bel épi debout & un Soleil audeffus
avec ces mots Italiens , al Tempo
dara frutto.
>
Quand le feu d'artifice ceffa tout le
monde rentra dans la Ville , où toutes
les maifons fe trouverent illuminées , &
où il y avoit des feux allumez devant
toutes les portes ; celle de M. d'Aube
Intendant , étoit éclairée de grands flambeaux
de cire blanche à toutes les fenêtres
, il y avoit aux deux côtez de fa
porte deux fontaines de vin , dont le haut
étoit orné des armes du Roi & de la
Reine , le vin y coula depuis huit heures
du foir jufques à minuit , toute fa
Cour , qui eft bordée d'un quarré de bâtimens
étoit éclair'e de lampions. Il y
eut cinq tables , où fe trouverent tout
ce qu'il y a de gens plus confiderables
dans la Ville & aux environs , au nombre
de quatre - vingt - quatre , & après
ce
2412 MERCURE DE FRANCE :
ce fouper commença un bal , qui dura
toute la nuit . Il y eut auffi un grand fouà
l'Hôtel de Ville ; toute la Ville fut
en joye , & tout le paffa avec beaucoup
d'ordre.
per
* Jakt : Jakakakit *
RE’JOUISS ANCES faites à Grenoble
au fujet du Mariage du Roi. Extrait
d'une Lettre écrite aux Auteurs du
Mercure le 28. Septembre 1725. par
Ms les Confuls de Grenoble.
C
Omme la Ville de Grenoble eſt la
Capitale du Dauphiné , nous avons
crâ devoir faire mettre dans vôtre Journal
la relation des réjouiffances faites dans
nôtre Ville , au fujet du 'Mariage du Roi .
Sur les ordres de la Cour , envoyez à
M. l'Evêque & Prince de Grenoble pour
faire chanter le Te Deum , à l'occafion du
Mariage du Roi , & aux Cours Superieures
pour y affifter , on choifit d'un
commun accord avec M. le Marquis de
Marcieu , Gouverneur de la Citadelle &
Ville de Grenoble , le Dimanche 23. de
Septembre .
Les Confuls toûjours attentifs à remplir
leurs devoirs , donnerent les ordres
neceffaires pour cette grande ceremonie .
Dès
OCTOBRE 1725. 2413
Dès le matin de cette belle journée ,
on fit publier une Ordonnance , portant
qu'auffi- tôt que la nuit feroit venuë ,
chaque Bourgeois fit illuminer la façade
de fa maifon , & allumer un feu devant
fa porte.
M. de Fontanieu , Intendant de la Province
, fit couler dès le matin plufieurs
fontaines de vin , aux côtez de la porte
de l'Hôtel de Ville, où il fait la demeure ;
elles étoient ornées des armes du Roi
& de la Reine , illuminées de pots à feu,
de lampions , & accompagnées d'une architecture
de verdure , dont l'afpect étoit
très-agréable.
Vers le midy toute la Nobleffe & les
perfonnes de diftinction fe rendirent chez
M. de Marcieu qui donna un repas fort
fplendide ; il y eut plufieurs tables fervies
également . Le Chevalier de Marcieu
, Inſpecteur d'Infanterie , Colo.
nel du Royal Vaiffeau , faifoit les honneurs
d'une table , où étoient les Officiers
, & le Marquis de Marcieu , faifoit
les honneurs d'une autre , où étoit
la Nobleffe de la Ville.
Au commencement du fecond fervice
le Marquis de Marcieu s'étant levé ,
invita toute la compagnie , le verre à la
main , à boire la fanté du Roi & de la
Reine , ce que tout le monde executa
auff
2414 MERCURE DE FRANCE.
auffi debout & découvert. On entendit
en même temps plufieurs décharges d'Artillerie
, & de grands cris de joye de
VIVE LE ROY.
Sur les 4. heures les Confuls , accompagnez
du Lieutenant General de Police
, & du Procureur du Roi , précedez
des haut- bois & des violons , & au bruit
des fanfares , fe rendirent au Gouvernement
, où le Chevalier de la Baume , pre
mier Conful , invita le Gouverneur au Te
Deum que l'on alloit chanter à la Cathedrale
, où on alla en gardant le même
ordre que l'on avoit tenu auparavant , le
Corps de Ville marchant le premier ,
fuivi du Gouverneur , accompagné de la
Nobleffe .
y
Dès que l'on fut placé dans l'Eglife ,
le Parlement en robbes rouges , & la
Chambre des Comptes s'y rendirent.
M. l'Evêque entonna le Te Deum qui
fut continué par la fymphonie & les voix.
de l'Académie de Mufique , établie à
Grenoble .
Le Choeur de la Cathedrale étoit orné
de riches tapifferies de velours bleu , ſemées
de fleurs - de - lys d'or.
Après que tout fut fini , le Gouverneur
avec le Corps de Ville , marcherent dans.
le même ordre qu'ils étoient venus jufqu'à
la place d'Armes , où la Ville avoit
fait
OCTOBRE 1725. 2415
fait dreffer un grand bucher ; fur la faceoppofée
au côté par lequel on y arrivoit ,
on avoit peint les armes du Roi & de la
Reine , de l'autre côté les armes de M.
le Duc d'Orleans , Gouverneur de la Province
; d'une autre côté étoient les armes
du Dauphiné , & au quatrième étoient
les armes de la Ville. Tous les angles de
ce bucher étoient ornez de rubans blancs
en feftons parfemez de fleurs- de- lys &
de Dauphins.
Le Bataillon de Royal Artillerie , occupoit
la moitié de la place , & la Milice
Bourgeoife l'autre .
Des que l'on fut entré dans le cercle
le Gouverneur ayant falué la Nobleffe
qui l'avoit accompagné , fe détacha pour
venir fe mettre à la tête de la Maiſon
de Ville ; & après avoir fait les trois
tours accoutumez , & avoir reçû un flambeau
qu'on lui prefenta , alluma le feu
au bruit de plufieurs décharges d'Artillerie
, & aux acclamations du peuple.
Sur les 7. heures toutes les Dames &
la Nobleffe fe rendirent chez M. de Fontanieu
, où l'on vit toute la façade de
l'Hôtel de Ville entierement illuminée.
Quand toute la nombreuſe compagnie
fut affemblée chez M. l'Intendant , le
Chevalier de la Baume , premier Conful
, vint prier Madame de Fontanieu de
you
2416 MERCURE DE FRANCE.
vouloir faire l'honneur à la Ville de
mettre le feu aux artifices que les Confuls
avoient fait dretler fur le milieu de
la riviere d'Ifere , vis- à- vis les terraces
du jardin de l'Hôtel de Ville.
A huit heures Madame de Fontanieu ,
& les Daines qui l'accompagnoient vinrent
occuper les places qu'on leur avoit
prépares , & où l'on avoit élevé plufieurs
tentes pour les garantir du ferein .
Le parterze , les terraffes , & tout le
jardin étoient illuminez de pots à fèu ,
de bobéches & de lumignons , dont le
nombre. & Parrangement furprenoit
agréablement. Quand Madame de Fontanieu
& les autres Dames furent placées ,
le Chevalier de la Baume la pria de vouloir
mettre le feu à un Dragon qui devoit
partir des terraffes pour aller allu
mer & faire jouer tout l'artifice , q..i
fut parfaitement bien executé.
Il y eut enfuite bal , durant lequel o
fervit avec abondance toutes fortes de
rafraîchiffemens , & le bal ne finit qu'avec
la nuit.
Il feroit trop long d'entrer dans le
détail de toutes les differentes illuminations
que l'on voyoit de tous côtez dans
la Ville , les plus diftinguées parurent
au Palais Epifcopal , chez M. de Grammont
, & aux principaux Hôtels qui
étoient
.
OCTOBRE 1725. 2417
étoient tous illuminez d'une maniere
differente & finguliere.
FESTE donnée à Venife , au sujet di
Mariage du Roi , par le Comte de
Gergi , Ambaffadeur de France le 12 .
Septembre 1725.
M
R le Comte de Gergi donna dans
fon Palais le 12. de ce mois , une
grande & magnifique Fête à l'occafion
du Mariage du Roi. La fête fut annoncée
fur les 4. heures après- midy par une
décharge de boëtes. Aux approches de la
nuit tout le Palais , & toute la rue dans
* laquelle il eft fitué , fe trouverent illuminez
par des pots à feu , tout le quartier
étant bien aife de donner dans cette cccafion
des marques de -fon zele & de fa joye
Un des pavillons qui eft au bout du
Falais , & qui eft ſitué ſur la Mer , étoit
illuminé de lampions , difpofez en maniere
d'arcades , ce qui faifoit un arc de
triomphe tout- à- fait brillant. Au haut de
la principale arcade on voyoit les armes
de France , au deflus defquelles on avoit
#eprefenté un Soleil Levant ; au haut des
arcades laterales , on avoit élevé deux
pyramides , fur lefquelles on voyoit les
chiffres
2418 MERCURE DE FRANCE.
chiffres du Roi & de la Reine .
Afin que tout le monde eut part à
cette grande Fête , on fit couler plufieurs
fontaines de vin , & Madame l'Ambaſſadrice
après avoir fait diftribuer toutes
fortes de rafraîchiffemens , diftribua ellemême
de l'argent , en le répandant au
peuple avec profufion par fon balcon .
Comme on étoit averti qu'il y auroit
bal , à peine le fignal fut- il donné , qu'on
vit arriver une quantité prodigieufe de
mafques , & on affure qu'il y en eft venu
fucceffivement jufqu'à vingt mille .
Outre que les perfonnes de grande
qualité , qui font dans Venife , fe
font trouvées à cette Fête , on y a compté
un grand nombre d'Etrangers de la premiere
diftinction .
Il y eut à la fuite du bal une ferenade ,
dont les paroles convenables au fujet ,
furent fort applaudies , la Mufique étoit
du fieur Vivaldi , le plus habile compofiteur
qui foit à Veniſe.
>
Les ordres qu'on avoit donnez pour
cette Fête , ont été fi bien executez
qu'il n'y a pas eu le moindre embarfas
, ni le moindre defordre , de forte
que tout le monde en fortit également
rempli d'admiration & de fatisfaction .
RELA
OCTOBRE 1725. 2419
RELATION des marques publiques
de réjouiffance que le Marquis d'Avaray
, Ambaffadeur du Roi en Suiffe , a
données à Soleure , à l'occafion du Mcriage
de Sa Majefté , les 17. 18. 19 ,
20. Septembre 1725,
commença
Lauquel Ambaffadeux faifoit the
Es préparatifs pour le feu d'artifice ,
vailler depuis long- temps , n'ayant pû
être faits avant le 17. Septembre , ce ne
fut que ce jour là que fon Excellence
à donner des marques publiques
de réjouiflance fur ce grand évepement.
La Fête fut annoncée le matin
par une falve de toute l'Artillerie des
remparts; ffuurr lleess 9. heures S. E. précedée
de toute fa Maifon , & accompagnée
d'une nombreuſe députation du Confeil
d'Etat de Soleure , fe rendit à la Maiſon
de Ville , où elle prononça , le Confeil
affemblé , un Difcours très - éloquent.
Après quelques momens d'entretien
avec les principaux Chefs , S. E. retourna
à fon Hôtel dans le même ordre , &
avec le même cortege , & donna pref
que auffi- tôt audience au Confeil d'Etat
venu en Corps pour la remercier de la
part
2420 MERCURE DE FRANCE . ,
part qu'elle venoit de leur donner du
Mariage du Roi , le Chef de la République
portant la parole , ce qu'il fit avec
beaucoup d'éloquence & de dignité .
A 11. heures elle fe mit en marche
pour fe rendre à l'Eglife , précedée comme
auparavant , & accompagnée de tout
le Confeil d'Etat , & d'un grand nombre
d'Oficiers Suiffes au fervice de S. M.
En fortant elle trouva la Bourgeoifie
fous les armes rangée en deux lignes depuis
la porte de l'Hôtel jufqu'au grand
portail de l'Eglife , où elle fut reçûë
par le Prevôt du Chapitre en chape ,
ainfi que les deux affiftans à la tête de
tous les Chanoines en habits de ceremonie
, qui lui prefenta l'Eau benite .
Après avoir entendu la Meffe , & le
Te Deum chantez par une belle Mufique
, & au bruit tant de la Moufqueterie
que de l'Artillerie , S. E. retourna chez
elle dans le même ordre , fuivie de plus,
de tout le Grand Confeil , ayant enfuite
donné audience au Clergé venu auffi en
Corps pour la complimenter fur cet augufte
Mariage , où fe mit à table au nombre
de 150. perfonnes , pendant 5. heures
que
dura le repas , auquel elle avoit
fait inviter le Petit & Grand Confeil ,
le Chapitre , & c. les fantez du Roi & de
la Reine furent celebrées plufieurs fois au
"
bruit .
OCTOBRE 1725. 2421
bruit de toute l'Artillerie . Les memes
tables , & quelques autres d augmentation
furent enfuite fervies de nouveau
Four plus de 200. perfonnes de la Bourgeoilie
, & ce repas ne dura pas moins
que le premier.
Le lendemain 18. fur les 7. heures
du foir , M. l'Ambaſſadeur & Madame
l'Ambaffadrice fe rendirent aux flambeaux
au bord de la riviere pour voir le
feu d'artifice on leur avoit préparé , à .
} leur famille & à leur fuite , une tente
fort vafte ouverte par le devant , & pour
le Petit & Grand Confeil , le Chapitre,
& toutes les autres perfonnes de diftinction
des deux fexes , des places également
commodes .
L'édifice qui reprefentoit le Temple
des Vertus , étoit conftruit en quarré fur
deux grands batteaux , chaque face de 20.
pieds de large , & d'une hauteur proportionnée
à chacune on voyoit un portique
de 1o. pieds de haut & de 5. de large
, les armes du Roi , & de la Reine
au-deffus avec plufieurs ornemens d'architecture
; à l'un & à l'autre côté de ces
portiques une figure de hauteur plus
qu'humaine , reprefentant une vertu avec
les Symboles de fes principaux attributs ,
& une Infeription qui avoit raport au
Roi ou à la Reine, Cet édifice enfermé
par
2422 MERCURE DE FRANCE.
par une balustrade de 5. pieds de large ,
portoit un autre bâtiment de pareille
ftructure , dont les dimenfions étoient
proportionnées au premier, avecdes portiques
de même , fermez par des toilles
tranfparantes , chargées d'emblêmes & de
devifes convenables au fujet . Ce fecond
édifice étoit entouré d'une gallerie qui
regnoit fur l'entablement des portiques
du premier ordre , & il étoit couronné
d'un autre de fa propre largeur ; le tout
peint & orné avec goût ; de deux côtez
de ce fecond étage s'élevoient deux piramides
de 15. pieds de haut , fur leurs
pieds deftaux de 4. chargez des chiffres
du Roi & de la Reine , couronnez de
fleurs de - lys fans nombre à fonds d'azur ;
chaque piramide portant à fon fommet un
foleil plein d'artifice , & entre deux les
armes de leurs Majeftez , auffi remplies
d'artifices qui s'illuminerent tout à-coup,
ainfi que les deux Soleils , par la fufée à
laquelle S. E. mit le feu de l'endroit où
elle étoit affife.
Outre ce bâtiment , illuminé en dedans
, par un très grand nombre de lampions
, & en dehors par des pots à feu , il
y avoit un batteau chargé de pieces d'artifice
pour l'eau, & de l'autre côté de la
riviere à l'oppofite plufieurs mortiers
qui ne cefferent pendant une heure que
le
OCTOBRE 1725. 2425
le feu dura , de jetter des bombes , qui
éclatant en l'air , firent un fort bel effet ;
on tira auffi du même endroit quantité
de groffes fufées , entre lefquelles il y
en avoit du poids de 15. livres , dont le
bruit , joint à celui du canon qui ne ceffa
point non plus de tirer , contribua beaucoup
au plaifir de cette belle foirée , le
tout ayant réüffi parfaitement.
Après le feu S. E. retourna chez elle
à pied avec toute fa fuite , accompagnée
des Principaux de l'Etat en entrant dans
la cour , on trouva l'Hôtel illuminé du
haut jufqu'en bas de plus de 7000. lampions
, indépendamment d'une piramide
au milieu , de 40. pieds de haut , qui en
étoit chargée jufqu'au fommet , d'où voltigeoit
un étendart aux armes du Roi &
de la Reine , les 4. faces de la baſe contenant
autant d'emblêmes toutes convenables
au fujet de la Fête.
Madame l'Ambaſſadrice ayant fait inviter
les Dames à fouper , & leurs Excellences
ayant retenu tous ceux qui les
avoient accompagnez au feu , & reconduis
, il y eut 6. tables de 20. & 15 .
couverts , toutes remplies , & également
bien fervies . Le repas dura jufqu'à près
de minuit que le bal commença . L'appar
tement à côté de la falle où l'on danfoit
étoit rempli de tables couvertes de toutes
E fortes
2424 MERCURE DE FRANCE.
•
fortes de rafraîchiffemens , liqueurs , con
fitures feches & liquides. Le bal dura jufqu'à
4. heures.
Le Mercredi 19. S. E. retint à dîné
plufieurs perfonnes , tant de la Ville
qu'Etrangers , & il y eut 3. tables de
15. couverts. A deux heures S. E. fe
rendit dans une maiſon qui lui avoit été
préparée dans la grande rue , d'où elle
pouvoit voir commodément les differentes
fontaines de vin blanc & rouge qu'on
y avoit faites par fes ordres , qui coulerent
jufqu'à la nuit ; & du balcon où
elle étoit , elle jetta de l'or & de l'argent
au peuple , à plufieurs repriſes , pendant
Madame l'Ambaffadrice , & les principales
perfonnes de leur fuite en jettoient
de toutes les croifées , ce qui dura
affez long-temps , & avoit attiré un nombre
fi prodigieux de gens de la campagne
, que la Ville pouvoit à peine les
que
contenir.
Leurs Excellences donnerent enfuite
un concert de Mufique Françoife & Italienne
, dont la parfaite execution fit
beaucoup de plaifir.
Le Jeudi 20. M. l'Ambaffadeur fit
donner à toutes les Confrairies de la Ville
, & aux Communautez Religieufes
d'Hommes & de Filles , une fomme d'argent
proportionnée à la quantité de perfonnes
OCTOBRE 1725. 2425
fonnes dont elles font compofées , avec
cela de grandes largeffes aux pauvres , à
la Bourgeoifie qui avoit été fous les
armes , aux canoniers & à tous les
gens qui ont été employez à cette Fête
à laquelle Mrs de Soleure ont contribué
de très-bonne grace de leur Artillerie.
On ne vit jamais plus de joye , ni plus
de démonſtrations de refpect & de zele
qu'il en a paru pour leurs Majeftez dans
cette occafion fi intereffante.
Complimens faits au Roi & à la Reine
le 13. Septembre 1725. par l'Univerfite
de Paris , M. Dagoumer , Recteur,
portant la parole.
SIRE ,
AU ROY.
- Si l'Univerfité avoit ofé vous adreffer
fes voeux , V. M. l'auroit vûë, profternée
, à fes pieds la ſupplier de donner
à fon peuple la confolation qu'elle vient
de lui accorder.
Vous prêter , SIRE , à fes beſoins , &
à ceux de l'Europe , faire regner avec
E ij
Vous
2426 MERCURE DE FRANCE:
vous , & couronner une Princeſſe heri
tiere de ces grandes qualitez qui ont élevé
fon augufte Pere , au titre fuprême de
Majefté , c'eft le triomphe de fa vertu &
celui de vôtre fageffe.
Que le Dieu de lumiere qui a infpiré
ces fentimens à V. M. daigne combler
de fes benedictions vôtre augufte Mariage
, qu'une de ces benedictions , sire ;
foit la naiffance d'un Dauphin ; ce fera
la joye de toute l'Europe , & le comble
du bonheur de la France ; ce font mes
voeux , SIRE , & ceux de vôtre Univerfité
.
A LA REINE.
MADAME.
Les hommages que l'Univerfité rend
aujourd'hui à V. M. font auffi finceres
que le fujet qui les caufe eft confolant.
Cette Compagnie , MADAME , comme
fujette du Roi , attendoit avec une impatience
égale à nos befoins , une Souveraine
qui pût nous donner des Princes
dignes de leurs peres , & comme fa fille
aînée elle faifoit des voeux pour avoir
dans nôtre Souveraine une mere qui fut
ornée de ces grands talens , & de ces
qualii
OCTOBRE 1725. 2427
qualitez excellentes que l'Europe admire
dans V. M.
Le Roi , MADAME , vient de nous
accorder plus que nous n'ofions fouhaiter
: à l'âge de Salomon , & doüé de
fa fageffe , il a connu que vôtre vertu
étoit la jufte valeur de fa Couronne , &
le feul titre qui pût la meriter ; & pour
affurer à l'Etat des Princes capables d'en
foutenir le poids éclatant , il vient de la
mettre fur la tête de V. M.
Cet évenement , MADAME , qui
Yous couronne de gloire nous comble de
joye. Mais comme nos tranfports font
infiniment au- deffus de nos expreffions ,
nous n'apportons aux pieds du Trône de
vôtre Majefté , que des fentimens d'admiration
& de dévouement , les plus
zelez , les plus refpectueux , & les plus
foumis .
Le Dimanche 14. de ce mois les
Maîtres & Gouverneurs de l'Archi- Confrerie
Royale des Chevaliers , Voyageurs
& Palmiers du S. Sepulcre de Jerufalem ,
érigée par le Roi S. Louis dans l'Eglife
des PP. Cordeliers du Grand Convent de
Paris , firent chanter , au nom de toute la
Societé, dans leur Chapelle , un Te Deum
en Mufique , & enfuite l'Exaudiat , en
action de graces de l'heureux Mariage du
E iij Roi
2428 MERCURE DE FRANCE.
Roi avec la Princefle Marie. La Cha
pelle étoit extraordinairement parée &
illuminée , M. Marchand y toucha l'Orgue
, & on entendit deux décharges de
boëtes & d'artifice.
Free greate ર
Le Bourgeois de Village fenfible au Mariage
de Louis XV. Bouts - rimez Languedociens
remplis , Par M. l'Abbé
Plomet , Chanoine .
L
SONNE T.
Ou Rey fes maridat , Anenfi de Lefine ,
Per un mes vau louga la lire d' Apollon.
Sautaray , bondirai cent fes mai qu'un Ballon
Trataray mous parens , lous amis , ma Vefine.
Counfervas nous , Grand Diou ! Louis &
Melufine,
Qu'un Dauphin poulidet , plus fort que lou
Moilon
M: tte as fers la difcorde & la pax au Foulon ,
Las Perdrix fumaran alors dins ma Coufine.
Pourtaray
OCTOBRE 1725 .
2429
Faray pefca fur Mar Tartane & , Brigantin ,
Pourtaray lou Damas , la vefte de Satin
Plaçaray fous Pourtraits dins une belle Ovale
Mufes ajudas me , cantas fur l'
Helicon
Vive Lou Rey Loüis . Cefar lou Rubicon ',
N'égalara jamays la ſene ta
Rivale.
CAUSE plaidée au College de Louis
Le Grand , le 31. Aouft 1725 .
il
Et exercice a pour fin d'effayer les ta
Clents des jeunes Eleves, une affemblée
nombreufe & diftinguée l'honore de fa prefence
& de fes éloges ; le P. Porée en
étoit chargé cette année : comme il n'a
en vûë que d'être utile à fes difciples ,
même dans les plus legers exercices ,
s'applique en particulier à celui - ci comme
plus propre à leur former l'efprit &
le coeur ; il leur en fournit le fujet , il
dirige leur travail , il exerce les Acteurs
avec un foin égal au fuccès ; mais la fageffe
regle & domine la délicateſſe du
E iiij goût
2430 MERCURE DE FRANCE .
gout dans le choix des Plaidoyers , il
cherche à inftruire autant qu'il fçait
plaire , & il a fait valoir jufqu'ici ce que
> T'amitié peut infpirer de plus genereux ,
l'amour paternel ou filial éprouver de
plus fenfible , le zele pour la Patrie executer
de plus heroïque , la diverfité des
conditions offrir de plus intereffant , l'induftrie
inventer de plus curieux , la cha
rité & la politique établir de plus utile ,
les beaux Arts renfermer de plus folide ,
le barreau même agiter de plus litigieux.
Cette multitude de fujets prouve un genie
heureux & fecond , la maniere ingenieufe
& obligeante dont il les a traitez
ne lui fait pas moins d'honneur. Dans un
perfonnage , & dans une avanture imaginaire
on découvroit fouvent & des
rapports heureux avec les Acteurs , &
certains traits flateurs pour leur famille.
La cauſe prefente roule toute entiere
fur le plus pur zele , & la plus juſte reconnoiffance.
Ctesiphon eut quatre enfans , trois
garçons & une fille ; tous quatre eurent
le malheur de donner chacun dans un
vice different : Theomaque donna dans
le libertinage d'efprit , Lyfias dans le libertinage
de coeur , Adrafte dans la fainéantife
, & Teffeville dans la paffion du
jeu. Tous quatre eurent le bonheur de
trou-
ร
OCTOBRE 1725. 2431
trouver des perfonnes zelées & habiles
qui les firent revenir de leur égarement.
Ariftonous détrompa l'efprit de Theomaque
, Sophronime regla le coeur de Lyfias
, Ergafte rendit Adrafte laborieux ,
& Phidolie guerit Tefleville de fa paffion
pour le jeu. Ctefiphon voulut confacrer
la memoire de ces quatre fervices
par un Acte authentique ; & après avoir
laiffé par fon Teſtament fon bien partagé
entre fes quatre enfans , il legua par un
codicile aux quatre perfonnes , qui les
avoient aidez de leurs confeils , tout ce
qui faifoit la richeffe de fon cabinet , 1 .
un diamant de prix , 2 ° une pendule
d'un travail exquis , 3 deux tableaux
de pieté faits par un des plus habiles
Maîtres , 4° une petite bibliotheque compofée
de livres choifis ; il témoigna fouhaiter
que ces meubles tous précieux ;
mais d'un prix inégal fuffent adjugez fuivant
la grandeur des fervices rendus à
fes enfans. Il s'agit donc d'examiner l'im
portance des quatre fervices , & de montrer
en quel rang on les doit placer ,
pour leur affigner à chacun leur récompenſe.
♥
M. de la Porte faifoit la fonction de
Juge avec cette dignité gracieufe , qui
l'a diftingué dans plufieurs pieces de
Theatre , où il a foutenu les rôles les plus
E v beaux
2432 MERCURE DE FRANGE .
beaux & les plus difficiles. Ce font ;
( dit-il , en ouvrant la féance ) ce font
prefque toûjours des paffions criminelles
qu'on cite au Tribunal de la Juftice ,
pour folliciter la peine qui leur eft dûë ;
mais aujourd'hui ce font des vertus fecretes
, que la vertu veut rendre publiques
pour les récompenfer . Il détaille
enfuite le fait , & exhorte les bienfaiteurs
à expofer leurs fervices ; il y a de
l'art à les faire plaider eux- mêmes leur
caufe , les difcours en feront plus animez
& plus touchans .
Un diſcours , s'il y a de l'efprit & du
fentiment , perd toûjours dans l'extrait
qu'on en fait on fupprime alors ces
-tours vifs & délicats , ce ftile nombreux
& fleuri , ces figures nobles & brillantes
, qui font comme les traits & le coloris
d'une belle éloquence ; ce qui remuoit
, touchoit , tranfportoit l'Auditeur
, n'eft offert à un lecteur tranquille
que d'un air fec & froid . Qu'on ne juge
donc pas tout- à - fait des 4. Plaidoyers par
ce précis , eut- il même le bonheur d'être
goûté.
1. Plaidoyer. Ariftonous parla le premier
par la bouche de M. l'Efcalopier
de Nourar , qui fut applaudi. Il reprefenta
le libertinage d'efprit en matiere de
ReliOCTOBRE
1725. 243 3
Religion comme le vice , 1 le plus
hipocrite , 2 le plus incurable .
•
Il remarque d'abord que c'eſt le feul ,
ou prefque le feul vice , qui s'eftime &
fe pare des beaux noms de force , de
fageffe , de candeur & de probité ; pour
démafquer ce vice impofteur , il fait
voir fa force n'eſt
que que
foibleffe , que
fa fageffe n'eft folie
, que
que fa candeur
n'eft que déguiſement , & qu'il cache
une vraie iniquité fous une probité apparente.
Aucun caractere de force ne peut convenir
à un efprit libertin , qui fe trouve
comme accablé ſous le poids d'une Religion
fainte & pure , & qui ſe fait violence
pour en fecouer le joug ; qui n'ofe
lever les yeux vers l'Auteur de fon être,
& qui craint de fixer fes regards fur l'ob
fcurité lumineufe de nos myfteres.
L'Orateur touche ici la veritable raifon
qui fait les incredules ; ils font profeffion
de nier ce qu'ils n'ofent pratiquer
, & ils ne deviennent hardis que
par defefpoir.
Il est vrai qu'ils fe piquent de fageffe ,
& qu'ils nous accufent de croire trop
legerement ; mais Ariftonous démontre
d'une maniere vive & précife , que nôtre
creance eft appuyée fur les motifs
les plus forts & les plus nombreux , fur
E vj
des
2434 MERCURE DE FRANCE.
des témoins intrépides & irreprochables :
puis il ajoûte. Sur la foi de qui ce prétendu
fage fe repofe- t'il dans fon incrédulité
? fur la foi d'un petit nombre d'impies
qui ont été regardez comme des
monftres dans les fiecles , qui ont eu le
malheur de les produire. A qui s'en
rapporte-t'il dans la matiere du monde la
plus importante ? à nos Epicures modernes
, à des Philofophes , qui ont puifé
leur fageffe dans l'Ecole de l'Indolence
, ou de la Volupté . Que confulte -t'il
dans les doutes qui le troublent & qui
l'agitent des efprits flotans dans leurs
opinions , des hommes que la corruption
de leur coeur , auffi bien que l'égarement
de leur efprit , tranſporte d'un fentiment
à un autre , & rend le jouet de leurs
frivoles penfées , comme de leurs fou
gueufes paffions.
Le faux fage fe couvre encore aux
yeux des perfonnes fimples & credules
d'un mafque de candeur & de probité ;
mais doit-on compter fur la bonne foi
d'un homme , qui a déja violé fes plus
faints engagemens ? Peut- on s'affurer de
la probité d'un homme , qui ne reconnoît
aucun témoin de fes penfées , aucun
Juge de fes defirs , aucun vengeur de fes
actions fecrettes ?
Cette partie finit par expofer avec
force
OCTOBRE 1725. 2435
force les malheurs qu'attireroient bientôt
des hommes de ce caractere , fi leur
nombre venoit à prévaloir : on a tout à
craindre de qui ne craint rien , & celuilà
ne craint rien , qui ne veut rien
croire .
Il n'étoit pas facile de convaincre Theomaque
de ces veritez , & le libertinage
d'efprit eft encore le plus opiniâtre &
le plus incurable.
Pour fe détacher d'un vice , il faut &
le connoître & le détefter : deux conditions
qui manquent prefque toûjours à
l'incredule.
3
Qu'on lui montre fon erreur , il refuſe
de la reconnoître il fait plus , il fe tient
en garde contre ceux qui pourroient le
détromper ; s'il dévoile fes fentimens impies
, ce n'eft que devant quelques efprits
auffi foibles que fuperficiels , quelques
femmes auffi credules que curieufes
, quelques hommes auffi mauvais Philofophes
que mauvais Chrétiens ; c'eſtlà
qu'il prend fon champ de bataille
ceft là que d'un ton audacieux il attaque
la fainteté de nos myfteres ; & qu'après
avoir ébloui des yeux foibles par la
fauffe lueur d'un argument captieux , il
s'applaudit , il triomphe , comme s'il
avoit remporté une victoire complette .
Trouve-t'il au contraire quelque efprit
fubtil
2436 MERCURE DE FRANCE.
fubtil & penetrant , il évite le combat
ou s'il eft forcé d'entrer en difpute , il
Iâche bien-tôt pied, & fe contente de lancer
quelque trait en fuyant , mais fans
force & fans effet ; fi fon adverfaire le
pourfuit & le preffe , il ne fe défend
qu'en voltigeant de côté & d'autre , pour
éluder les coups qu'on lui porte ; s'il
peut oppofer à quelque trait invincible
un bon mot , ou une mauvaiſe plaiſanterie
, il fe felicite ; & tout convaincu ,
tout defarmé , tout percé qu'il eft de
bleffures , il diffimule fa défaite par un
ris mocqueur , il s'en cache la honte à
lui- même .
Peut on mieux repreſenter le lâche
aveuglement d'un prétendu efprit fort ?
Il faut pourtant avouer qu'il entre voit
fon erreur ; mais il l'aime , il s'y attache
, & il craint de s'en défaire ; le
temps même qui amortit prefque tous
les autres vices , n'affoiblit point l'opiniâtreté
de l'incredule ; il porte fes erreurs
dans tous les âges , & les retient ,
pour ainfi dire , malgré elles ; il rougiroit
de conferver encore les flâmes de
l'impureté fous les glaces de la vieilleЛle ,
il fait gloire de retenir fes vieilles erreurs
, & de les défendre avec une voix
ufée & tremblante.
Ariftonous conclut qu'après avoir gueri
TheomaOCTOBRE
1725. 2437
Theomaque d'un mal auffi grand & auffi
opiniâtre , on ne peut lui difputer la préference
, fans fe rendre coupable envers
la Religion , ni lui enlever la récompenfe
qu'il mérite , fans commettre une efpece
de facrilege.
2. Plaid . Mr. de Rippert de Monclar,
plaidoit fous le nom de Sophronime. It a
de quoi foutenir le caractere d'un homme
qui perfuade la vertu , fa déclamation
vive & touchante attendrit juſqu'aux
larmes , fon feul début fpirituel & genereux
prévint en fa faveur .
Il déclara que fon coeur fouffroit violence
, & qu'il reveloit malgré lui , un
myftere qu'il voudroit enfevelir dans un
oubli éternel ; je n'en parleray , dit- il ,
que pour feconder les intentions d'un pere
& d'un fils reconnoiffant , mais j'en parlerai
peut-être avec plus de retenue que
n'ont fait l'un & l'autre je me contenterai
de faire voir en general , qu'en retirant
Lyfias du libertinage de coeur , je l'ai
guéri d'un vice , dont 1 ° . les attraits font
les plus féduifants , 2. les effets font les
plus funeftes , le recit des avantures de Lyfias
fert de preuve à la 1. partie , qui n'eft
qu'une peinture de moeurs , naturelle &
fenfible ; nous en allons effleurer & réünir
les principaux traits: fi le Lecteur s'apperçoit
que nous fommes moins courts , nous
nous
2438 MERCURE DE FRANCE:
nous flattons qu'il nous en fçaura gré.
On reprefente d'abord les inclinations
de ce jeune homme & le fuccès de fon
éducation . Lyfias , né avec un temperament
doux & facile , un efprit vif & enjoué
, une humeur agréable & un peu
legere , refpiroit le plaifir avant que de
le connoître. Ctesiphon , attentif aux divers
caracteres de fes enfans , comprit
qu'il y avoit beaucoup à efperer , mais
encore plus à craindre de celui - ci ; il n'omit
rien pour le former à la vertu ; tout
fut employé , tout profita.
On expofe enfuite les caufes & les circonftances
de fa chute. Après plufieurs
années d'inftruction , on le met en liberté
fuivant l'uſage ; par tout où il paroît,
fon air modefte annonce la pureté de fes
moeurs , & fait l'éloge de fon éducation :
mais il tombe bien- tôt entre les mains de
jeunes libertins , qui ne pouvant fouffrir
qu'on leur propofe pour modelle une perfonne
de leur âge , forment le deffein d'attaquer
fa vertu . Sophronime fait le détail
des criminels artifices qu'ils emploierent
pour corrompre Lyfias , infinuations flatteufes
, louanges empoifonnées, fines railleries
, leçons prétendues de politeffe ,
exemples féduifants , vives follicitations.
C'eft ici que commencent les démarches
courageufes d'un ami fage & zelé ;
fon
OCTOBRE 1725. 2439
fon ardeur , fa patience , fon bonheur même
, répondirent à la grandeur de l'entreprife.
Il avoue que penetré de la plus
jufte douleur il balança s'il devoit renouer
commerce avec Lyfias ( un pere tendre
& irrité avoit fait de vains efforts pour
toucher un fils voluptueux ) le zele & l'amitié
l'emporterent fur les doutes : Je
l'allai voir , dit - il , je trouvai en lui la même
politeffe , qui m'avoit charmé autrefois
, mais il m'entretint avec un air froid
& glacé qui me furprit , il ofoit à peine
lever les yeux & les attacher fur moi ,
l'inquiétude étoit peinte fur fon vifage ,
le défordre regnoit dans fes difcours &
le trouble de fon ame étoit répandu fur
tout fon exterieur.
Cette entrevue découvrit la profondeur
des plaïes que fon coeur avoit reçûës ;
pour le guerir , Sophronime s'infinue peu
à peu dans fon efprit ; & par des progrès
lents , mais fenfibles , il l'engage à une
confidence entiere. Lyfias craignoit de
s'ouvrir , il diffimule , il héfite , il nie ;
enfin voyant qu'il ne peut échapper , il
fait l'aveu humiliant de fa malheureuſe
fituation ; mais comme pour fe dédommager
de ſa ſincerité , il ajoûte en foupirant
d'un air chagrin & plein de dépit, qu'il ne
lui eft pas poffible de rompre fes chaînes.
Il fallut alors combattre Lyfias & ſes
faux
1440 MERCURE DE FRANCE.
faux amis , l'enlever à la puiflance de fes
vainqueurs & l'arracher, pour ainsi dire, à
lui-même. Ces obftacles ( continue Sophronime
) animerent ma compaffion , en-
Hammerent mon zele : tendrement cruel
j'ufai de menagements & de violence , .je
preffai , je follicitai , je conjurai : le Ciel
fut fenfible à mes voeux ; le charme qui
aveugloit Lyfias fe diffipa tout à coup
il m'embraffe ; Je fuis libre , dit - il , &
vous êtes mon liberateur , regardez • moi
comme votre conquête.
Il fentit en ce moment & n'a jamais
oublié depuis,la grandeur du fervice qu'on
venoit de lui rendre ; pour la faire comprendre
aux rivaux de Sophronime , il
faut encore expofer les funeftes effets du
libertinage de coeur.
Dans la 2. partie auffi belle & plus
variée que la i . l'Orateur paffe fous filence
, ce qui fait le plus à fa caufe , mais
ce qu'il peut le plus aifément fuppofer
comme inconteftable , & qui convient
moins foit au caractere qu'il foutient , ſoit
au lieu dans lequel il parle : il fe borne
à ce qui peut davantage intereffer la vie
préfente fans égard aux preffans motifs
de la Religion ; & il montre que l'état
d'un homme livré à cette forte de paffion ,
n'eft ni moins à plaindre ni moins furprenant
que celui d'un frenetique.
Quel
OCTOBRE 1725. 2448
Quel trouble ! quel embarras dans fon
imagination ! tout occupé des images d'un
plaifir trompeur il ne fe poffede plus ; ik
regarde & ne voit pas , il entend & ne
difcerne il fe cherche & ne fe trou- pas ,
ve pas , ou plutôt il s'abandonne , il s'égare
, il fe perd. Ainfi Lyfias épris des
objets de fa folle paffion , n'étoit prefque
jamais avec lui - même , & c.
Quel renverfement encore plus incomprehenfible
dans fa maniere de penfer !
ce jeune homme , qui avoit des idées fi
juftes & fi nettes fur la nature & fur l'étenduë
de fes devoirs , tombe tout à coup
dans d'épaiffes tenebres, qui lui déguiſent
l'horreur des vices les plus honteux &
qui lui cachent des veritez , que la raifon
, l'instinct même , découvre aux perfonnes
les plus groffieres.
Quelle infenfibilité fur la perte de fa
réputation ! tandis qu'on le montre au
doigt avec un ris moqueur , tandis que
les gens de bien par des regards timides,
par des foupirs échappez , lui reprochent
la honte de fes débordemens , il eft fourd
à ces reproches , il brave les plaintes &
les murmures , il fe confole avec fes amis
de débauche , de l'indignation du public .
Enfin il ne menage ni bien ni fanté
il donne dans ces excès qui affoibliffent
les temperaments les plus vigoureux¸ &
qui
#442 MERCURE DE FRANCE :
qui moiffonnent quelquefois dans leur
printems les plus cheres efperances des
familles les plus illuftres .
Sophronime fe felicite de ce que Ly
fias vit encore, il fouhaite qu'il vive longtemps
, & pour fervir de modelle à ceux
qui , comme lui , auroient eu le malheur
de s'égarer , & le bonheur de revenir ;
& pour n'oublier jamais la main qui l'a
fauvé. Il finit par interpreter les intentions
& par louer la fagelfe de Ctefiphon ,
qui en refufant de s'expliquer fur la préference
dûe à un fi grand fervice , a voulu
qu'il fut récompenfé par un jugement
d'autant plus honorable , qu'il feroit authentique.
3. Plaid. Mr. de Tourmont de Gour
nay parloit au nom d'Ergafte , fon air
doux & naif le fit écouter avec plaisir,
fon application & fon activité dans un
age foible , pourroient animer l'indolence
même. Il commence par une fuppofition
finguliere & piquante.
Si quelqu'un par un artifice auffi fubtil
qu'officieux , imprimoit du mouvement
à un homme immobile , s'il inſpiroit
du fentiment à celui qui feroit tombé
dans un affoupiffement létargique ,
s'il donnoit une ame à un corps inanimé,
ne -pouroit-on pas l'appeller avec raifont
le
pere & le Créateur de celui à qui fon
<
induf
OCTOBRE 1725: 2443
induftrie auroit rendu un fervice fi important
?
C'est ce qu'Ergafte prétend avoir fait
à l'égard d'Adrafte . Comme il ne lui convient
pas d'être oifif ou timide dans une
cauſe perfonelle & facile , après avoir
réüffi par zele dans l'entrepriſe la plus
difficile , il avance pour montrer la grandeur
de fon bienfait , que l'oifiveté malgré
le nom de fes Sectateurs , malgré les
raifonnements de fes Apologiftes , doit
être détestée comme un vice qui fait 19,
que tout devient à charge au fainéant , 2º.
que le fainéant eft à charge à tout le
monde.
Il regne dans la 1. partie une grande
jufteffe de penſées & d'expreffions . Tout
homme a des devoirs à remplir , foit à
l'égard du Créateur , dont il eft l'ouvra
ge , foit à l'égard de la Patrie , dont il
eft citoyen , foit à l'égard de la famille
dont il eſt membre . Ces devoirs par leur
poids & par leur multitude , doivent effrayer
, accabler un homme lâche & pareffeux
.
Un Dieu inviſible exige le facrifice de
l'efprit ; mais comment un efprit enſeveli
dans l'oifiveté prendra- t- il l'effort
pour contempler l'être fuprême ? Un Dieu
bon & liberal , veut que l'homme reconnoiffant
, au facrifice de l'efprit joigne
celui
2444 MERCURE DE FRANCE.
celui du coeur ; mais comment un coeur
qui n'eft que froideur & que glace , s'enflammera-
t-il , brulera- t- il d'amour à la
yeüe d'un pere fi aimable ? Un Dieu
Créateur & Souverain , demande , outre
le culte interieur & fpirituel , des refpects
& des hommages fenfibles ; mais
avec quelle lenteur & quelle nonchalance
, de quel air & dans quelle poſture
le fainéant s'acquitera -t-il de tous ces
devoirs de Religion ?
Ergafte paffe à une autre efpece d'obligations.
Chaque citoyen doit fervir fa
Patrie , foit en l'éclairant par la fagefle
de fes confeils , foit en la deffendant par
la force des armes , foit en l'enrichiffant
par de nouvelles acquifitions , foit en l'ornant
par d'illuftres Ouvrages.
Mais on demande encore quels confeils
la Patrie recevra d'un homme , qui ne ,
prevoit rien , qui ne s'inquiete de rien,
qui ne s'intereffe à rien ? quels combats
livrera pour elle un homme qui porte
peut- être l'épée moins comme un fimbole
de bravoure , que comme un titre
de fainéantife ? quelles richeffes lui procurera
un homme qui femble ne vivre.
que pour confumer dans l'inaction les
biens que lui ont acquis & confervez les
foins & les travaux de fes peres ? de quel
ouvrage l'embellira un homme qui croit
que
3
OCTOBRE 1725. 2445
que c'eft faire beaucoup que de fe maintenir
dans la poffeffion de ne rien faire ?
Peut-être que par pudeur & par modeftie
il ne veut pas le donner en fpectacle au
Public , pour s'adonner tout entier à fes
affaires domeftiques vaine idée ! s'il
eft pere de famille , il negligera l'éducation
de fes enfans , il abandonnera
fes domeftiques à leur propre conduite)
il deviendra l'efclave de fes ferviteurs
il confiera fes biens à des mains étrangeres
& fouvent infidelles : cependant il
gemira , comme s'il portoit tout le faix
de fa maiſon fur fes épaules , femblable à
ces ftatues qu'on taille quelquefois dans
les colomnes , & qui courbent la tête fous
un fardeau , dont elles ne foutiennent que
la moindre partie .
Ergaſte ,, pour achever le tableau du
fainéant , le reprefente encore infidele aux
devoirs de l'amitié : ne croyez pas , dit- il,
qu'il cherche l'occafion de prouver fon
zele par des effets , qu'il la faififfe ; fi
elle fe prefente , qu'il ne la laiffe pas
échapper ; fi elle eft entre fes mains , qu'il
fe remue à propos , & qu'il agile affez
promptement , pour empêcher des concurrents
actifs de prévenir fon ami.
. Il conclut de quelle efpece eft donc
cet homme qui connoît une Religion &
qui en neglige tous les devoirs , qui eft
mem
1446 MERCURE DE FRANCE:
membre d'un Etat , & qui ne lui rend
aucun fervice , qui eft chargé d'une famille
, & qui n'en prend aucun foín ; enfin
qui eft homme , qui vit parmi les hommes
, & qui ne s'intereſſe à rien de ce qui
concerne les autres hommes ? Aufſi eſt- it
à charge à tout le monde.
Son inaction le rend inutile à fa Patrie;
& la comparaifon qu'elle en fait avec les
citoyens laborieux , le rend odieux & infupportable
.
L'indignation de fa famille eft encore
plus jufte quel opprobre répandu fur
elle par un lâche , qui ternit la gloire
de les ancêtres ! quel déplaifir pour elle
de nourrir & d'entretenir un ingrat , qui
a trompé fes efperances les plus legiti
mes ?
Pour vous , tendres & fideles amis ;
yous concevez bien fon amitié vous
que
fera plus onereuſe qu'avantageule, & vous
éprouvez , qu'on ne peut fans une espece
de miracle mettre en oeuvre un homme
déterminé à vivre fans rien faire.
Ergafte prétend avoir operé ce prodige
; cet ami patient , actif & induftrieux ,
fait jouer des refforts capables d'imprimer
du mouvement à un corps immobile,
a imaginé le fecret d'échauffer un coeur ,
que le repos avoit glacé. Il finit en rabaiffant
les fervices de ces rivaux qu'il
fou
1
OCTOBRE 1725. 2447
foutient être renfermez dans celui qu'il
a rendu il en prend à témoin tous ceux
qui ont connu Adrafte devant & après cet
état , qu'il appelle celui de fa Metamor
phofe , & qui en a fait un Chrétien fidele
, un Citoyen zelé , un parent utile
& un ami genereux.
>
4. Plaid . Mr. Bazin plaidoit pour Phidolie
, fous le nom d'Evagoras . Cette
circonftance fit le fonds & la beauté de
l'Exorde , qui plût même aux Dames ,
qui s'y trouverent dépeintes. L'Auteur
dont le pinceau délicat & gratieux , s'eſt
toujours refufé au fiel de la Satire , n'en
a répandu fur ce portrait une teinture
legere & innocente , que pour l'égayer
& l'embellir.
Evagoras fe plaint que l'entrée du Barreau
& l'exercice public de la parole ,
foient interdits à un fexe naturellement
difert , & qui fans le fecours de l'art ,
po fede en lui- même un fonds inépuifable
d'Eloquence . Il demande pourquoi on
ferme la bouche aux femmes dans un lieu.
où préfide une Déeffe ? Craint - on , ( dit - iľ
pour les juftifier ) que par une fuperfluité
de paroles , elles n'allongent trop les
audiences , & ne rendent les conteftations
en quelque forte éternelles ? mais cette
abondance fuperflue eft- elle fi particuliere
aux femmes , qu'elle ne foit point com-
F mune
2448 MERCURE
DE FRANCE
.
mune à beaucoup
de ceux qui font admis
à parler devant les Tribunaux
?
Il s'offre enfin , pour fervir d'interprete
à Phidolie , qui refpecte la feverité
des loix fans en penetrer les motifs , &
pour expofer aux Juges ce qu'elle fçût
perfuader à Telleville ; mais avec une
force , une vivacité & une éloquence ,
la pafdont
il fe fent incapable : 1°. que
fion du jeu qui paroît la plus innocente,
eft fouvent la plus furieufe.
Que fait la fureur dans l'homme qui
en eft faifi ? ' elle l'aveugle & elle le tranf
porte ; effets fenfibles de la paffion du
jeu dans une femme , qui en eft poffe.
dée !
Un détail éloquent & moral fait fentir
jufqu'où va fon aveuglement
.
le
La Religion
lui ordonne de foulager
& l'indigent
, mais une joueu- pauvre
fe ne connoît de pauvre qu'elle- même ;
& tandis que l'or & l'argent roulent entre
fes doigts , elle protefte de fon indigence.
L'équité réclame les droits de fes créanciers
; refufera-t - elle auffi de payer fes
dettes ? elle en payera quelques-unes & même de confiderables
; mais ce feront
celles qu'elle a contractées
au jeu , les
créanciers
privilegiez
feront les joueurs :
elle fe fait un point d'honneur
de leur
donner
OCTOBRE 1725. 2449
donner avant qu'ils demandent , lors méme
qu'ils refufent ; pour les autres , qui
à leurs frais & par leurs fueurs , ont acquis
le droit de préference , ils font dif
ferez , rebutez , écartez.
De malheureux domestiques font inf
tance pour obtenir leurs gages ; mais ce
n'eft pas impunément , ou c'eft en vain;
ils vieilliront dans une ingrate fervitude,
& ils perdront toute efperance de liberté
, à moins qu'ils ne fe déterminent à
perdre le fruit de leurs travaux .
L'Orateur pouflant plus loin la pitié
& l'indignation : qui font , dit- il , ces
enfans , que je vois fi négligez , qui portent
fur le front un caractere de Nobleſſe
que dément un air de pauvreté ? font ils
orphelins ? ont- ils encore une mere ? oui,
ils en ont une , mais une mere que la
paffion du jeu a renduë impitoyable , une
mere qui ne les regarde qu'en couroux,
une mère qui fe repent d'être mere ; que
dis -je ? elle ne l'eft plus , c'eft une marâtre
, c'eſt une Medée , qui oublie tout
à la fois ce qu'exigent d'elle la Religion ,
l'équité , la nature , l'intereft de fa famille
, le devoir de fa condition , la bienféance
même de fon fexe.
Une belle & vive defcription exprime
les tranfports d'une femme paffionnée
pour le jeu , emportée par l'amour d'un
Fij gain
2450 MERCURE DE FRANCE .
gain hazardeux , elle court facrifier à
Plutus & à la Fortune ; l'Orateur la fuit,
il remarque avec quel empreffement elle
prend fa place auprès de la table fatale ,
qui va recevoir les offrandes ; avec quelle
ardeur elle faifit les inftrumens de fon
bonheur ou de fon malheur , avec quelle
follicitude elle y cherche & croit lire
les préfages de fon fort , il obferve les
divers mouvemens de crainte & d'efperance
, de joye & de trifteffe , qui
s'élevent tour à tour , ou fe confondent
enſemble fur fon vilage auffi bien
que dans fon coeur ; elle veut diffimuler
fon tranfport , mais un mauvais coup la
trahit ; fon filence même & fa tranquillité
affectée annoncent fon trouble & fon
défordre ; fes yeux étincellent , fes levres
tremblent , fon vifage pâlit , dans le chagrin
qui la dévore , chacun s'éloigne
une flatteufe efperance vient la raffurer
& va caufer fa ruine.
La 1 , perte que font les joueurs , c'eſt
celle du temps , ils la regardent comme
un gain ; mais , quoiqu'ils difent , ils en
ont un autre en vue : rien ne leur paroît
fi doux que de faifir la fortune fans courir
après elle . L'experience fait voir qu'ils
fe trompent : ils apportent prefque toûjours
plus d'argent au jeu qu'ils n'en retirent
, le bonheur les aveugle , la cupi-
>
dicé
OCTOBRE 1725. 2451
dité eft infatiable , & un coup funefte leur
enleve d'ordinaire le fruit de plufieurs
victoires.
le' La néceffité de reparer fes pertes ,
défaut de crédit fait engager & aliéner les
fonds ; & de là la ruine fubite & imprévûe
des familles les plus opulentes.
Le fainéant & le voluptueux font- ils
jamais par leur negligence , ou par leurs
profufions , des
des pertes
auffi promptes &
auffi generales ? on fremit du danger où
ils font pour le falut ; mais la paffion du
jeu ne fait- elle point de breche à la confcience
? quand on eft fi avide de gain ,
quand on peut gagner par fraude , quand
on eft für que la fraude demeurera fecrete
, quand on la regarde peut- être comme
un jeu ou comme une partie de l'habileté
au jeu , n'eft - on pas tenté de tromper
? ne fuccombe - t- on jamais à la tentation
?
A tant de pertes faut - il ajoûter celle de
la réputation & de la fanté ? ce dernier
bien n'intereffe perfonne. Une famille
ruinée par un joueur forme fouvent contre
lui des fouhaits criminels , & le defefpoir
les infpire quelquefois au joueur
même .
Phidolie a préfervé Teffeville de tous
ces malheurs , où la fureur du jeu l'alloit
précipiter; c'eft par- là , conclut Evagoras ,
Fiij qu'elle
2452 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle l'esporte fur fes concurrens =
prévenir une perte certaine , c'eft rendre
un plus grand fervice que de le réparer.
Chacun de ceux qui ont plaidé , tâchoit
en finiffant de fe rendre fon Juge favorable
; un Juge formé à la pieté par les foins
d'un *
pere tendre & vertueux , animé
au travail par les leçons d'un pere laborieux
& appliqué , ennemi de la fraude
à l'exemple d'un pere habile & qui aime
à marcher dans les voyes les plus fimples
; un tel Juge pouvoit- il manquer d'ê-`
tre follicité vivement ?
Examen & jugement de la Caufe.
C'eft ce qu'il y a de plus intereffant :
le Juge fe place dans tous les differents
jours fous fefquels on peut envifager la
caufe , il découvre & fait fentir les rapports
les plus fins & les plus juftes , qui
peuvent mettre de l'inégalité dans les
bienfaits , il fe fixe du côté où il voit la
Religion , l'équité, la faine raifon fe réünir
& briller avec plus d'éclat ; enfin il
rend juftice aux Acteurs , par des récompenfes
proportionnées à leurs fervices ,
& par des compliments conformes à leurs
caracteres.
* M. De la Porte , Fermier general.
Il
OCTOBRE 1725 , 2453
Il remarque d'abord , qu'en faifant va
loir la grandeur des fervices , on en a rendu
la difference plus incertaine ; mais qu'il
ne la faut chercher que dans la nature
de chaque vûe & dans la malignité
de
Les effets.
Le libertinage d'efprit attaque la Majefté
de Dieu , le libertinage
de coeur
viole la fainteté de fa loi , l'oifiveté s'étend
à tous les objets de nos obligations ,
la paffion du jeu facrifie tout à une aveugle
fortune.
Les effets du libertinage d'efprit font
les plus funeftes , mais on peut douter fi
ce font les plus étendus ; les fuites du libertinage
de coeur fon auffi étendues que
funeftes , mais les dereglemens
de l'un
diminuent avec l'âge , & les égaremens
de l'autre augmentent avec les années;
l'oiſiveté anéantit l'homme en quelque
forte ; elle fait plus ; elle le rend coupa
ble & infupportable
; fi les effets du jeu
ne font pas les plus déplorables , ils font
les plus fenfibles & les plus irrepara
bles.
Ainfi à n'écouter que la voix de l'intereſt
temporel , il faudroit couronner en
premier lieu le zele qui a déraciné cette
derniere paffion ; mais on foutient que
des Juges éclairez & zelez pour la sûreté
de l'Etat le feront toûjours pour la con-
Fiiij
ferva2454
MERCURE DE FRANCE.
vation de la foy ; & qu'ils ne fépareront
jamais des interêts indivifibles ceux de la
Religion & de la Patrie , ceux de Dieu
& du Prince.
Sur ce principe on décerne la premiere
récompenfe à l'habileté d'Ariftonous , qui
a gueri Theomaque de fon incredulité
& pour prix du bon ufage qu'il a fait de
fa fcience , on lui adjuge la Bibliotheque
de Ctefiphon. Notre décifion , ajoûte le
Juge , eft appuyée fur les leçons qu'Ariftonous
reçoit de fon illuftre pere , ( a )
qui fçait fi bien allier les divers interefts
confiez à fes foins vigilans , que le Prince
eft obéi , le peuple foulagé & Dieu
fervi.
L'efprit & le coeur ont trop de liaiſon
pour les féparer dans le jugement qu'on
porte des vices de l'un & de l'autre : ainfi
les deux tableaux de pieté font remis à
Sophronime, qui a fçû arracher Lyfias des
bras de la volupté. L'entrepriſe étoit difficile;
mais Sophronime pouvoit- il manquer
'de foin pour un ami , tandis qu'il voit (b)
un de fes proches fe confacrer au fervice
d'une Province entiere avec un efprit également
appliqué & defintereffé ?
. ( a ) M. l'Eſçalopier , Intendant de Champagne.
(b ) M. de Beaumont , député des Etats de
Provence .
Si
OCTOBRE 1725. 2455
Si Adrafte eût été faineant par nature
& par temperament , Ergafte auroit fait
un miracle qui le mettroit au deffus de
tous les rivaux ; mais parce qu'il n'a guéri
qu'une mauvaiſe habitude fondée fur une
faulle opinion , on accorde la préference
& le diamant précieux à Phidolie , & on
felicite fon Avocat fur des fuccès multipliez
qui font l'efperance & la confolation
d'un ( a ) pere fenfible & modefte.
Ergafte , qui a fi bien employé fon
temps auprès d'Adrafte merite la Pendule,
& on la lui donne comme un fimbole
de fa régularité : avec cette difference ,
que le progrès de cette machine eft imperceptible
& que ceux d'Ergafte font
fenfibles ; mais on l'avertit qu'il lui faudra
courir fans relâche s'il veut atteindre
l'habileté d'un ( b ) pere fi verfé dans la
connoiffance des loix & dans la fcience
du Barreau.
Finitfons , dit le Juge , & gardons- nous
bien d'avoir jamais beſoin , qu'on nous
rende aucun des fervices qui ont merité
nos éloges, & à qui nous venons d'adjuger
des recompenfes .
Cette Caufe devoit être jugée beaucoup
plutôt qu'elle ne le fut , deux des fils de
( 4 ) M. Bazin.
( 5 ) M. de Tourmont , Confeiller au Parle
ment,
Fy M.
2456 MERCURE DE FRANCE.
M. Dormeflon étoient Acteurs , il tom
berent malades ; l'envie de les faire
paroître
& d'obliger par là leur illuftre
fit differer , mais en vain : ceux qui
les remplaçoient en temoignerent leurs
juftes regrets , & déclarerent qu'ils occupoient
leur place fans pouvoir la remplir.
pere ,
PREMIERE ENIGME.
ON peut fans déroger avec art me conftruire
;
Brûlant quand on me fait, il faut encor me
cuire ;
Avant qu'on me touche du doigt,
On fouffle , enfin , je deviens froid ,
Et même plus froid qu'une fouche ;
J'ai très fouvent le pied plus petit que la bou
che ,
Comme un Cameleon je change de couleur ;
Sans crainte des jaloux , je donne avec douceur
Un baiſer amoureux à la fage Climene ,
Je la foulage dans fa peine ,
Je recommence au gré de fon defir ,
Et je fuis infenfible à ce charmant plaifir.
Dans
OCTOBRE 17258 2457
Dans un combat , je brille & je me fait en
tendre ;
Par accident , par divertiffement ,
On me détruit impitoyablement ;
Mais comme le Phénix , je renais de ma cen
dre.
DEUXIEME ENIG ME.
Uelquefois je fuis mâle & quelquefois
femelle ;
Je me foutiens en l'air fans le fecours de l'âile;
Sur un chemin blanchi mon pied eft à l'étroit,
Je vas ,je viens , je tourne & faute en affurance
,
Mais fi je ne marche bien droit ,
La chute tout à coup interrompt ma cadence.
Je procure un plaifir meflé d'émotion ;
Un utile tribut fait mon ambition :
Admirez le caprice où mon deftin me livre ;
Ce qui fait perir l'un , fert à me faire vivre.
Les 5. Enigmes propofées dans les deux
volumes du mois de Septembre dernier
avoient été faites fur l'oreiller , la poudre à
poudrer, la toile d'araignée , fur les moushes
des Dames , & fur Eve.
F vj NOU.
2458 MERCURE DE FRANCE.
XX :XXXXXX : XXXXXXX
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS & c.
Cu
OUTUMES du Pays & Duché d'An
jou , conferées avec les Coûtumes
voisines , & corrigées fur l'ancien original
manufcrit , avec le Commentaire de
M. Gabriel Dupineau , &c. A Paris , rue
S. Jacques , chez J. B. Coignard , 1725-
2. vol. in fol. de près de 1600. pages .
LE HEROS . Traduit de l'Eſpagnol de
Baltazar Gratien , avec des Remarques .
A Paris , Quay des Auguftins , chez N.
Piffot , 1725. in 12. de 368 .
LE GRAND DICTIONNAIRE HISTORI
QUE , ou le mêlange curieux de l'Hiftoire
facrée & prophane , &c. Par M. Louis
Morery, &c. nouvelle Edition . A Paris ,
rue S. Jacques , chez J. B. Coignard &
P. Mariette , 6. vol. in fol. 1725 .
MANDEMENT & Inftruction Paftoraledu
Cardinal de Biffi , Evêque de Meaux,
& c. Contenant la Réfutation d'un écrit
adopté par les Evêques de Pamiers , de
Senez,
OCTOBRE 1725. 2459
Senez , de Montpellier , de Boulogne
d'Auxerre & de Mâcon , intitulé ; Réponſe
à l'Inftruction Paftorale de M. le
Cardinal de Biffi de 1722. fur la Conf
titution Unigenitus . A Paris , chez J. B.
Coignard , fils , 1725. in 4. de 3 10 .
pages.
LETTRES à M ***. au fujet de la
Lettrejcritique de M. Befle , contre l'idée
generale de l'oeconomie animale & les
Obfervations fur la petite verole , par
M. Helvetius , Medecin , &c . A Paris,
aux dépens d'Aniffon , Directeurs de
l'Imprimerie Royale, 1725. in 8 °. de
443. pages.
L'ANATOMIE CHIRURGICALE de M.
Palfin , avec figures . A Paris , ruë S. Jac-.
ques , chez G. Cavelier , 1725. 2. vol .
in 8°.
LE CATECHISME des Dimanches & des
principales Feftes de l'année , avec des
Inftructions fur les Pelerinages , fur les
Confreries & fur les Paroiffes. A Paris,
ruë S. Jacques , chez Lottin , 172 5. in 18 .
L'EXISTENCE DE DIEU démontrée
par
les merveilles de la nature , & c. 1725
A Paris , ruë S. Severin , chez Jac. Vinsent
, in 4º,
PRINT
2460 MERCURE DE FRANCE:
PRINCIPES & SENTIMENS DE PENT
TENCE , avec des motifs qui doivent animer
l'efperance du Salut , 1725. chez le
même , in 12 .
DES FONCTIONS , & du principal de →
voir d'un Officier de Cavalerie . A Paris ,
ruë S. Jacques , chez Et . Ganeau , 1725
in 12. de près de 200. pages.
NEGOCIATIONS SECRETTES touchant
la paix de Munſter & d'Olnabrug , ou
Recueil general des Préliminaires , Inftructions
, Memoires , &c. concernant
ees negociations , depuis le commencement
en 1642. jufqu'à leurs conclu
fions en 1648. avec les dépêches de M.
de Vautorte , & autres Pieces au fujet du
même Traité , jufqu'en 1554. inclufivement.
A la Haye , chez J. Neaulme ,
1725. 2. vol. in fol . de plus de 950. p.
LE DICTIONNATRE Italien & François
, & François & Italien de Veneroni ,
augmenté. A Amfterdam , chez la veuve
Desbordes , 1725. 2. vol. in 4° .
LES BATAILLES gagnées par le Prin
Be Eugene de Savoye , &c. deffinées &
gravées en taille-douce par J. Hugtemburg,
Peintre renommé , avec des Explica
OCTOBRE 1725. 2461
plications Hiftoriques , par M. J. du
Mont , Hiftoriographe de l'Empereur ,
en forme d'Atlas . A la Haye , chez Albert.
L'INDISCRET , Comedie de M. de
Voltaire. A Paris , Quay des Auguftins ,
chez N. Piffot & F. Flahaut , 1725.
in 8 ° de 59. pages , le prix eft de 20. fo
On a donné l'Extrait de cette Piece
dans le dernier Mercure: Après le comp
te qu'on en a rendu , il ne reste plus qu'à
parler de la petite Dedicace qui eſt à la
tête , addreffée à la Marquiſe de *** en
cette maniere .
Vous qui poffedez la beauté
Sans être vaine , ni coquette,
Et l'extrême vivacité ,
Sans être jamais indifcrete ;
Vous , à qui donnerent les Dieux
Tant de lumieres naturelles ,
Un efprit jufte , gracieux ,
Solide dans le ferieux ,
Et charmant dans les bagatelles ;
Souffrez qu'on prefente à vos yeux
L'avanture d'un témeraire ,
2462 MERCURE DE FRANCE
Qui perd ce qu'il aime le mieux ,
Pour s'être vanté de trop plaire .
Si l'Heroine de la Piece
eut eu vôtre beauté ,
On excuferoit la foibleffe ,
Qu'elle eut de s'être un peu vanté,
Quel Amant ne feroit tenté
De parler de telle Maîtreſſe
Par un excès de vanité ,
Ou par un excès de tendreffe ?
M. Secouffe qui a aprouvé cette Pie
ce , la trouve très- digne de l'impreffion.
Il y regne , dit- il , un Comique noble
& épuré , qui inſtruit en amuſant.
HISTOIRE des trois Ordres Reguliers
& Militaires des Templiers , des Teutons
& des Chevaliers de Malthe , divifée
en deux volumes in 12. tome premier
, page 383. tome fecond , p. 380.
A Paris , chez Lottin , ruë S. Jacques
& Chaubert , Quay des Auguftins .
Ce Livre eft dédié à ſon Alteffe Sereniffime
Monfeigneur le Comte de Clermont.
La Preface contient les Regles de
Hiftoire , & la methode de bien écrire
les
y
OCTOBRE 1725. 2463
les faits qu'on veut tranfmettre à la pofterité.
L'Auteur y montre à bien juger
d'une narration , & fonde fes preuves
fur des exemples tirez des meilleurs Ecrivains.
Il parle en premier lieu des Che
valiers de Malthe , c'eft l'objet le plus
confiderable de fon Livre ; il rapporte
leur fondation , les batailles où ils fe font
diftinguez dans la Paleftine , leur retraite
après la prife d'Acre à la Ville de Limiffon
dans l'Ile de Chipre , la conquête
de Rhodes , les differens fieges qu'ils ont
foutenus dans cette place , leurs combats
& les victoires qu'ils ont rapportés fur
Mer contre les infideles ; la perte de
Rhodes , leurs Chapitres Generaux , leur
féjour à Meffine , à Nice en Provence ,
leur retraite à Malthe , leurs expeditions
en Afrique , les Schifmes qui les ont divifez
, le fiege de Malthe par les infideles
, & les avantages que les Chevaliers
ont remportez fur eux en les combattans
fur Mer. Enfin il n'omet rien de ce qu'ils
ont fait de memorable depuis leur établiffement
jufqu'aujourd'hui . Cette Hif
toire eft divifée en quatre livres . Le
cinquiéme Livre comprend l'Hiftoire des
Chevaliers Teutons ; l'explication du
terme Teuton eft rapportée felon l'ancienne
Hiftoire d'Allemagne ; on voit
dans ce même Livre l'établiffement de
cet
2464 MERCURE DE FRANCE
}
cet Ordre dans la Ville d'Acre dans la Paleftine
, par quels motifs ces Chevaliers
furent appellez en Pologne , la conquête
qu'ils ont faite de la Pruffe , les guerres
qu'ils ont foutenues contre la Pomera
nie , la Lituanie , la Pologne , & même
contre les Tartares . On y voit la converfion
de la Pruffe à la foi Catholique ,
fa divifion en quatre Evêchez . L'Auteur
rapporte l'apoftafie de cet Ordre qui
embraffa la Doctrine de Luther ; le Trai
té du dernier Grand- Maître qui étoit '
frere de l'Electeur de Brandebourg , la
divifion de la Pruffe en Pruffe Ducale ,
& Pruffe Royale , l'érection de la Curlande
en Duché , & la fin de cet Ordre
Regulier dans ce pays.
On voit dans le fixiéme Livre l'ori
gine des Templiers , leurs reglemens ,
les differens combats qu'ils ont livrez
dans la Paleſtine , aux ennemis de la foi ,
leurs richeffes & leur vanité , leur retraite
dans l'Ile de Chypre , après la
perte de la Paleſtine : les accufations differentes
qu'on rapporte contre eux , la
caufe de ces accufations , la procedure
qu'on fit pour les declarer coupables , les
differens Conciles qui fe font textus en
France , en Italie , en Espagne & en Allemagne
fur cette affaire. Les défenfes
qu'ils ont rapportées pour prouver leur
innocen-
1
OCTOBRE 1725 :
2465
innocence , leur condamnation , & leur
abolition ; & la mort tragique du dernier
Grand-Maître de cet Ordre , toute
cette Hiftoire eft rapportée fuivant l'ordre
chronologique. Cet ouvrage eft
écrit avec beaucoup d'exactitude & de
netteté.
LE VICE PUNI , OU CARTOUCHE ,
Poëme. A Anvers , chez Nicolas Grand- ,
veau , rue des Rats , à l'Enfeigne du Clavecin
, 1725. in 8º de 152. pages , fans
y comprendre un Dictionnaire Argot-
François , à deux colomnes , & un avis
au Lecteur. Le Frontispice eft orné d'une
planche , où l'on voit en haut la Juftice.
Laverne , Déeffe des Voleurs , fuit à fon
afpec , plus bas on voit la porte de la prifon
du Châtelet , où des Archers menent
des Voleurs , tandis que d'autres fuyent
& emportent le butin qu'ils ont fait. On
lit au bas dans un Cartouche.
Raro antecedentem fceleftum ,
Deferuit pede poena Claudo.
Hor. Od. 2. lib. 3.
Si jamais ouvrage a été du reffort du
Mercure , c'eft fans doute celui - ci où
l'on voit un tiffu continuel de chofes plaifantes
, badines & qui peuvent amufer
agréable2466
MERCURE DE FRAŃCE.
agréablement. M. de Grandval , conriu
par quantité de très-bons ouvrages de
Mufique , & Maître de Clavecin , d'un
naturel badin & enjoüé , en eft l'Auteur .
Il avoue lui -même dans fon Avertiffement
qu'il n'eft point Poëte , & que c'eſt
ici une débauche d'efprit , pour laquelle
il demande excufe à fes lecteurs . L'Homme
eft fragile , dit - il , le Diable m'a
renté .
Tout l'ouvrage eft divifé en 13. chants
prefque fémé partout de vers des meilleures
Pieces de Theatre , & d'autres
bons Poëmes , que l'Auteur a employez ,
tant pris en entier que parodiez ou imitez
, ils font en italique , afin qu'on puiffe
les reconnoître , & l'on en voit plufieurs
fi plaifamment placez qu'on ne fçauroit
les lire fans furprife & fans rire.
Le premier chant commence ainfi
Je chante les combats & ce fameux Voleur ,
Qui par fa vigilance & fa rare valeur ,
Fit trembler tout Paris , arrêta maint caroffe ,
Vola , frappa , tua , fit partout playe & boffe.
Mufe , raconte-moi par quels heureux hazards
Il trompa fi fouvent les Exempts , les Mouchards
,
Et comme enfin , après tant de vaines pourfuites
II
OCTOBRE 1725. 2467
Il reçut le loyer de fes rares merites.
Dans Paris , ce beau lieu toûjours fi fre
quenté ,
Perfonne ne pouvoit marcher en fureté ;
Cartouche & fes fuppôts , de richeffes avides,
Rempliffoient la Cité de vols & d'homicides.
Les Archers les plus fiers & les plus valeureux
,
Abatus , confternez , n'ofoient marcher contre
eux.
Cartouche étoit pour lors à la fleur de fon
âge ,.
Brun , fec , maigre , petit , mais grand par
le courage,
Entreprenant , hardi , robuſte , alerte , adroit ,
Atravers les perils fans frayeur il couroit ;
Il avoit de valeur provifion très - ample ,
Marchoit toûjours devant , montroit à tous
l'exemple,
S'il fe faifoit en tout vingt vols fur le Pontneuf,
Cartouche pour fa part en rapportoit dix-neuf.
Heureux fi ce grand coeur déteſtant l'injuſtice,
Eut fait pour la vertu ce qu'il fit pour le vice !
Ses compagnons fçavans à faire un digne
choix ,
L'avoient élut pour Chef d'une commune
Auf voix ,
2468 MERCURE DE FRANCE .
Auffi meritoit-il cette honorable place.
Quoique jeune , il avoit cette ardeur , certe
audace ›
Qui fçait conduire à fin les plus hardis projets.
Il avoit l'oeil à tout , ne repofoit jamais :
Soutenant tout le poids de la cauſe commune ■
Et contre la juftice , & contre la fortune :
Cheri dans fon parti , des Exempts reſpecté ,
Cedant felon les temps , mais toûjours redouté
;
Vaillant dans les combats , fçavant dans les
retraites ,
Ferme dans le malheur , fobre dans les Guinguettes
,
Fidele à fes pareils , tranquille , moderé ,
Et des traîtres furtout ennemi declaré.
Après ce portrait on voit le détail de
l'affemblée , où Cartouche aidé des fuffrages
de fes compagnons , prend la réfolution
de rester à Paris , malgré les vives
recherches qu'on fait de lui ,
Dans le fecond livre Cartouche prêt
à quitter fa maîtreffe , pour aller travailler
avec les camarades , au vol de
l'Hôtel Defmarets , en reçoit ces reproches
, mêlez d'inftances & de prieres.
J'ai
OCTOBRE
1725. 2469
fai méprisé pour toi le nom d'honnête fille ,
Je t'ai cherché moi- même au fond de la Courtille.
Au nom de nôtre enfant, de ce gentil Poupart,
Differe au moins d'unjour ce funefte départ ;
Crains les Archers , ce Guet fi vaillant , fi ter-
*
riblee ;
Mais je te prie envain , tu parois infléxible
Sur ton barbare coeur mes pleurs font fans
pouvoir.
Ce n'eft , répondit - il , qu'à la loi du devoir
Qu'il faut , ô Jeanneton ! qu'un grand coeur
obéiffe ;
Crois -moi , feche tes pleurs , que leur fource
tarifle.
Je n'oublierai jamais les folides plaifirs ,?
Dont ton amour prodigue a comblé mes defirs.
Avant que tes faveurs fortent de ma memoire ,
On verra fans filoux , & l'une & l'autre Foire ;
Mais l'heure enfin s'avance , il faut quitter ce
lieu.
Adieu, ma Jeanneton , adieu , ma Reine, adieu :
Dans le troifiéme chant Cartouche fauvé
par le fecours de Laverne , eft tranf-
.porté chez une vieille femme qui avoit
paffé toute la vie dans la débauche , &
dans
1470 MERCURE DE FRANCE.
dans le larcin , laquelle lui raconte fes
avantures.
Dans le 4. dans le 5. & dans le 6.
chant , c'eſt Cartouche qui à fon tour ra
conte fes avantures à la vieille.
Au 5. chant Cartouche formant fa
compagnie , pour encourager les difciples
, leur cite ces grands exemples ."
Dans la Fable , Jupin ce Dieu fi refpectable ,
Du fceptre paternel n'eſt - il pas raviſſeur ?
De combien de tendrons a- t'il ravi l'honneur ?
Pluton épargna- t'il Proferpine ? Mercure
N'a t'il pas de Venus dérobé la ceinture ?
Du blond Phoebus le Lut ? d'Admete les trou
peaux ?
De Mars le bouclier? de Vulcain les Marteaux ?
Prometée autrefois vola le feu celefte ;
Nous avons , croyez-moi , des exemples de
refte.
Les gens de qualité volent leurs creanciers
5
L'Ulurier tous les jours vole les Officiers ;
Les Poëtes fameux comme les fubalternes
,
Pillent les anciens & fouvent les modernes s
Bref, il eft des voleurs de toutes nations',
De tout rang , de tous Arts , Métiers , Profeffions.
Entre plufieurs portraits qu'il fait de
fes
OCTOBRE 1725. 2471
fes camarades , en voici un des plus marquez
:
Du Chatelet poffede une valeur très-rare ;
Mais il eſt inhumain , dur , feroce , barbare ,
Ne pardonne jamais aux moindres ennemis ,
Sans pitié les maffacre à fes genoux foumis ;
Et pouffant juſqu'au bout cette fureur brutale,
Il leur mange le coeur comme un vrai cannibale
,
Non, je ne comprends pas , Madame , en verité,
Comment on peut fi loin pouffer la cruauté.
Celui qui fit mourir feu Madame fa mere ,
Tout Diable qu'on le peint , étoit moins fan
guinaire ,
Moins feroce , moins chien , fcelerat moins
complet ,
Et moins Neron , enfin, que n'eſt Du Chatelet.
Cartouche raconte enfuite comment il
établit une école où il y avoit des prix
differens pour récompenfer l'adreffe &
la valeur . Après le recit d'un grand combat
dont il fort vainqueur , dans le 6 .
chant , fes compagnons celebrent fon
triomphe , dont le recit eft terminé
ces 4. vers.
par
Enfin jufques au bout youlant me faire fête ,
On me peint en Heros un Laurier fur la tête ,
G Et
2472 MERCURE DE FRANCE.
Et deffous mon portrait on met en Lettres d'or
Vivat Cartouchius Furum Imperator.
Le 7. chant eft celui qu'on trouve le
plus imité de l'Eneide , il contient le
voyage de Cartouche aux Enfers. Pour
réuffir dans fon deffein , & fçavoir fa deftinée,
il va trouver une fameufe forciere,
il frappe , &c.
Une vieille à la porte arrive fans coëffure ,
Il contemple , furpris , fa groteſque figure.
De crins blancs , jadis roux , fon crâne eft
ombragé ,
Son front en vingt fillons fe trouve partagé ,
D'épais fourcils grifons , un ceil creux & farouche
,
Une jouë enfoncée , une profonde bouche ,
Sepulcre d'os pourris, fur qui le nez tombé,
Va baifer en pleurant , un menton recourbé.
Elle le fait entrer dans un taudis très - fale ;
Pour tout meuble il y trouve une chaiſe , une
malle ,
Une table rompuë , un tabouret boiteux ,
Une cruche égueulée , un verre tout craffeux ,
De la graiffe de loup , un vieux parchemin
vierge ,
Un pot-de-chambre uſé que l'urine ſubmerge ,
Un manche de ballet pour aller au fabat ,
Et
OCTOBRE 1725. 2473
Et pour tapifferie & tableaux , maint crachat
Dans le centre d'un cercle établiſſant la ſcene ;
Sur un autel la vieille alluma la Verveine ,
Rappella de fon art tous les fecrets divers ,
Dont la force la rend maîtreffe des Enfers :
Et la baguette en main , fit des cercles magiques
,
Gromela dans fes dents quelques mots hebraïques
,
Friffona , grimaça , touffa , cracha , peta ,
Et le magique Pet trois fois fe repeta.
L'Oracle du Deftin.
Cartouche , après tant de travaux ,
Tu goûteras dans peu la douceur du repos.
La fortune , mon fils , qui des humains fe
jouë ,
S'apprête à te placer au plus haut de fa rouë.
D'une garde nombreuſe en public eſcorté ,
Dedans un char affis tu te verras porté.
Tu verras à ta fuite un cortege innombrable ,
D'un peuple curieux , avide , infatiable.
Dans un Palais fameux , attentive à ta voix ,
Themis t'écoutera , puis prononçant fes loix ,
Gij Sur
2474 MERCURE DE FRANCE
Sur un Trône élevé , digne de ta vaillance ,
Tu recevras enfin ta jufte récompenſe ,
C'eſt-là que ta valeur doit conduire tes pas.
Cet Oracle eft plus fur que celui de Calchas,
Le 8. chant contient plufieurs tours
de foupleffe de Cartouche , le 9. fa fuite
en Angleterre , où il va trouver Shepard
fameux voleur Anglois , fon retour en
France , & fon projet de brûler le Châtelet.
Le 10. chant eft orné de la defcription
d'une Guinguette , à l'imitation du
Temple de l'Amour du Poëme de la Ligue.
Cartouche & fes camarades y font
en grand repas , dans lequel le Chef de
la bande apprend aux convives l'origine
de l'argot , & on chante divers couplets
de chanfon en cette Langue.
Le 11. chant contient plufieurs avan
tures du Heros du Poëme , il eft terminé
par fa capture. Le 12. eft rempli de fon
interrogatoire , de la fuite qu'il tente . &
comme il eft repris fur le point de fe ſau -
ver. Dans le 13. voyant que fes compagnons
lui ont manque de parole , illes
accufe à 1 Hôtel de Ville , où il les fait
tous venir , & enfuite bien repentant ,
contrit & humilié , il reçoit la punition
de fes crimes.
M.
OCTOBRE 1725.
2475
M. de Chevigney de Befançon a fait
impromptu , ce quatrain , à l'occafion des
vers de Me Duluc fur la Pareffe , &
qui fe trouvent dans le Je ne fçai quoi.
Malgré vôtre délicateffe ,
Malgré ce tour enchanteur ,
Iris , en prêchant la Pareffe ,
Vous en avez tiré mon coeur.
Briaffon , Libraire à Paris , rue Saint
Jacques , à la Science , vend , les Lettres
fur les Anglois & les François , & les
Voyages , in 8 ° 1725. Ce Livre contient
une Critique fine & délicate des moeurs
& des manieres de l'une & de l'autre nation
.
SCRIPTORES RERUM ITALICA RUM , & C.
Edidit D. Ludovicus Antonius Muratorius
, in fol. 6. vol . Mediolani , alia volu
mina fub Pralo..
LE TRAITE ' de la Pureté Chrétienne ,
tiré de l'Ecriture Sainte , par Cl . le Pelletier
, in 8 ° Liege 1725.
Le même Libraire a fait imprimer un
grand Catalogue in 8° des Livres Latins
& François qui fe trouvent chez lui , &
il vient d'y faire un fupplement qui contient
une grande partie des Livres nou-
G iij veaux
2476 MERCURE DE FRANCE:
veaux des Pays Etrangers pendant cette
année. Il en donnera un tous les ans , &
l'on trouvera chez lui les meilleurs Livres
d'Italie , d'Allemagne , d'Hollande &
d'Angleterre , & dans leurs nouveautez ;
il fait auffi venir les Journaux Etrangers
dès qu'ils paroillent dans le lieu de leur
nailfance.
Charles Ofmont , Libraire à Paris ,
vient d'imprimer une feuille volante en
Latin , pour avertir les Gens de Lettres ,
qu'il travaille à l'impreffion d'un ouvrage
, qui aura pour titre Vetus Difciplina
Monaftica , &c. Ancienne Diſcipline
Monaftique , ou Recueil des Auteurs de
P'Ordre de S. Benoît , qui pour la plûpart
n'ont point encore paru , & qui ont écrit
au-deffus de fix cens ans , fur la Difcipline
Monaftique , foit en Italie , en France
, en Allemagne , &c. On promet dans
cet Avertiffement , que cet ouvrage renfermera
, non- feulement des chofes curieufes
& neceffaires pour tous les Religieux
, mais encore qui pourront donner
des éclairciffemens pour l'Hiftoire Ecclefiaftique.
Voici quelques - unes des Pieces
de ce Recueil du nombre de celles dont
il eft parlé dans l'Avertiffement.
La Difcipline Monaftique du Mont
Caffin , par Pierre Diacre , tirée d'un Manufcrit
OCTOBRE 1725. 2477
nufcrit écrit de la main de l'Auteur , & qui
eft dans la Bibliotheque du Mont Caſſin.
Les ufages du Mont Caffin écrits par
Theodemar , & envoyez à l'Empereur
Charlemagne vers la fin du v111. fiecle
Les Rits & les Couturnes de l'Abbaye.
de Luxueil , & c. On fçait que les PP.
D. Jean Mabillon , & D. Luc Dachery ,
étoient fi perfuadez de la neceffité d'avoir
un corps de Difcipline Monaftique , capable
d'illuftrer , non - feulement l'Hiftoire
Monacale , mais encore tout ce qui
regarde l'Hiftoire de l'Eglife , qu'ils
avoient pris la réfolution de donner au
Public un Recueil des Auteurs qui en
ont traité mais on fait en même temps
que ces fçavans Religieux en ont été détournez
par d'autres occupations , dont le
Public a profité. C'eft pour executer leur
projet qu'un Religieux Benedictin de
l'Abbaye de Saint Blaife , dans la Foreſt
noire , a entrepris l'ouvrage dont nous
venons de parler.
Ce Religieux qui demeure aujourd'hui
à l'Abbaye S. Germain des Prez , fait
travailler actuellement à l'impreffion du
premier volume , qui fera fuivi de plufieurs
autres , in 4°.
On apprend de Londres , que M.
Durand ,Miniftre refugié , y a publié une
G iiij
Tra2478
MERCURE DE FRANCE .
Traduction du 2 4e. Livre de Pline , qui
traite de la Peinture. Cet ouvrage est
accompagné de Notes , & porte le titre
d'Hiftoire de la Peintures
Le même Auteur propofe par foufcription
l'Hiftoire de la Sculpture , tirée
auffi de Pline . Ces deux Livres font in
folio , & la foufcription du dernier eſt
d'une Guinée.
On a appris que le 2 6. Aouft dernier
les Membres de la nouvelle Académie
des Sciences , établie à Petersbourg par
le feu Czar , & les nouveaux Frofefleurs
que la Czarine a fait venir des Pays
Etrangers , ayant à leur tête M. de Dlumentroft
, premier Medecin de Sa M.
Cz. & Prefident de l'Académie , eut
l'honneur de complimenter cette Princeffe.
Mr Herman & Bulfinger , Profeffeurs
, porterent la parole , l'un en
François , l'autre en Allemand. La Czarine
les reçût avec beaucoup de bonté ,
les affura de fa protection , & leur donna
fa main à baiſer. Après cette audience ,
l'Académie alla faluer le Duc & la Ducheffe
d'Holftein , la Princeſſe Czarienne,
& le Prince Menzikoff , & enfuite elle
fut regalée par les premiers Officiers de
S. M. Cz.
On
OCTOBRE 1725. 2479
On a établi depuis peu à Vienne , un
Concert reglé de voix & d'inftrumens ,
dont la direction a été donnée par l'Empereur
au Prince Louis Pio de Savoye.
M. Perfon , habile Peintre François
Chevalier de l'Ordre de S. Lazare , Directeur
de l'Académie Françoife de Peinture
& Sculpture, établie à Rome , y mourut
le 1. Septembre d'une attaque d'apo- .
plexie. Il fut inhumé le 3. dans l'Eglife
Nationale de S. Louis .
On mande de Munich , qu'on a dé
couvert dans les Etats de l'Electeur de
Baviere , du côté des Montagnes du Tirol
, une mine d'argent, qui , par les premieres
épreuves qu'on en a faites , a donné
un produit affez confiderable , pour
engager l'Electeur à faire venir de Drefde
un Saxon experimenté , afin de la mettre
en valeur.
On nous prie d'inferer cette Correction à
faire dans le 1. volume de l'Hiftoire de Paris.
Il y a une tranfpofition d'une note marginale
mife par erreur au bas de la page 123. où il y
a en marge, Moreau de Mautour. Obfervations.
Au lieu d'avoir placé cette note au haut de
la page
fuivante 124. à la marge de ces mots ,
Ceux qui ont examiné cette figure avec de bons:
yeux , &c.
Pour justifier que c'eft une méprife , voicy
un
2480 MERCURE DE FRANCE.
•
un extrait d'un article du troifiéme volume
des Memoires de l'Académie des belles Lettres,
imprimé au Louvre en 1723 .
Cet article qui a pour titre , Remarques fur
quelques fingularitez de la ville de Paris , commence
à la page 296. Et à la page 300. on y
lit :
R
Dɔ
55
53
D?
La troifiéme opinion vulgaire que M. de
» Mautour combat , concerne une prétendue
figure de Cerés que l'on affeure être pofée au
haut du pignon de l'Eglife des Carmelites du
faubourg S. Jacques. Ce fentiment eft fondé
fur le témoignage de quelques Auteurs mo-
D. dernes qui ont écrit , mais fans preuve , que
cette Eglife, connuë auparavant fous le nom
de Nôtre- Dame des Champs , avoit été an-
>> ciennement un Temple de Cerés. M. de Mautour
oppoſe à ce témoignage hazardé celui de
fes propres yeux. Il a voulu s'éclaircir par
lui -même de la verité; & après avoir examiné
plus d'une fois cette figure avec des lunettes
de longue veue , il a apperçu diftinctement
que cette ftatue eft de pierre , qu'elle a le vifage
d'un jeune homme fans barbe, & qu'elleeft
veftue d'une draperie depuis le col jufqu'aux
pieds. La tefte eft nuë , panchée fur
» l'épaule gauche, & a des cheveux fort courts.
Derriere la tête il y a cinq grandes pointes de
fer qui fortent d'une groffe branche qui fert à
foutenir la figure , & qui la traverſe. De la
main gauche elle tient des balances dans chacun
des baffins on voir une petite figure d'ena
fant , & celui du côté droit defcend plus bas
que l'autre. Au haut de la pointe du pignon
on lit en chiffres Romains M. DC . V. quieft
» l'époque de la conftruction du mur, auffi- bien
» que de la pofition de la figure. Tout cela fait
juger à M. de Mautour que cette figure ne re-
က
by
50
59
က
prefente
OCTOBRE
1725. 2481
prefente autre chose que faint Michel qui pefe
les ames dans une balance.
Ainfi l'on voit que c'eft M. de Mautour qui
le premier a fait cette découverte pour détruire
l'opinion des Auteurs modernes qui ont écrit
avant lui fur cette fingularité.
Defprez & Defeffarts , Libraires , rue faint
Jacques , délivrent cet Imprimé à ceux qui ont
acheté ou qui acheteront PHiftoire de la ville
de Paris .
Le 10. de ce mois au matin , l'Uni--
verfité affemblée aux Mathurins , élut
pour Recteur , à la place de M. Dagoumer
, ancien Profeffeur de Philofophie
& Provifeur du College d'Harcour ,” M.
de Laval , Profeffeur de Rethorique du
College de la Marche .
Nous croyons faire beaucoup de plaifir
au Public de lui donner un memoire
des magnifiques Eftampes que le Chevalier
Dorigni a gravées d'après les plusgrands
Maîtres , tant en Italie où il a demeuré
28. ans , qu'en Angleterre , où il
a demeuré 13. ans , & d'où il eft revenus
depuis quelque tems . I eft de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture
établie à Paris . Les amateurs des beaux
Arts & les vrays curieux , auront une
grande fatisfaction de voir chez lui , ruë
de Efcharpe , proche la Place Royale ,
tous les beaux Ouvrages de gravure qu'il
G vj
2482 MERCURE DE FRANCE .
•
a faits , qui font d'une execution & d'un
choix admirable .
A Rome , quatre Tableaux d'Autels
de l'Eglife de S. Pierre dans le Vatican
fçavoir ,
Le Miracle de l'Eſtropié gueri par faint
Pierre , & S. Jean à la belle porte du
Temple , du Cigoli , Noble Florentin
Notre Seigneur, & S. Pierre marchants
fur les eaux , communément dit , la Bar--
que du Lanfranc .
S. Sebaftien qu'on éleve fur le poteau
pour être martyrifé à coups de fleche , du
Dominiquain.
Sainte Petronille qu'on retire du tombeau
, du Guerchin.
La Ste Trinité , peinte par le Guide
à Rome , dans l'Eglife de la Trinité des -
Pelerins .
Les quatre Evangeliftes , peints par le ·
Dominiquain , dans l'Eglife de S. André
de la Valle , à Rome.
Un Livre en neuf- feuilles des Planetes
, executées de mofaïque , fur les def
feins de RAPHAEL , dans l'Eglife de Notre
Dame de la porte du Peuple , à Rome:
cet ouvrage n'avoit jamais été gravé.
Deux fujets de la fable de Salmacis &
d'Hermaphrodite peints par- l'Albane
dont les Tableaux originaux font à M. lé
Prince de Vendôme.
La
OCTOBRE 1725. 2483
La
Transfiguration de Nôtre Seigneur
fur le Mont Tabor, peint par RAPHAEL,
& fon chef- d'oeuvre , eftimé par les connoiffeurs
le plus beau Tableau de Rome.
Il eft au Maître Autel de S. Pierre
in Montorio.
La defcente de Croix de Daniel Volterre
, & fon chef- d'oeuvre , qui , au jugement
du Pouffin , tient le premier rang`
après la Transfiguration .
Les Actes des Apôtres en huit feuilles
, y compris la Dedicace , dont les
Cartons originaux de RAPHAEL font dans
le Palais d'Hampton court , Maiſon Roya
le d'Angleterre . En confideration de cet
Ouvrage , l'Auteur a été fait Chevalier
par le Roy de la Grande Bretagne .
M. Tavernier , Peintre du Roy , Pro
feffeur & Secretaire perpetuel de l'Aca
demie Royale de Peinture & de Sculpture
, mourut le 10. du mois paffé ; &
dans l'Affemblée du 28. du même mois ,
cette Academie donna la charge de Secretaire
perpetuel à M. de Saint Gelais , ſon
Hiftoriographe , & choifit pour remplir la
place de Profeffeur , M. de Favanne , un
des Adjoints Profeffeur , felon la regle.
M. Tourniere , Conſeiller , eût les voix
pour celle d'Adjoint , M. du Change ,
Graveur , pour celle de Conſeiller & le
Che
2484 MERCURE DE FRANCE.
:
Chevalier Dorigni , pour fa reception .
Pierre Mignard, iffu d'une Famille Noble
de Troye , Peintre & Architecte de
la Reine Marie Therefe d'Autriche , Chevalier
de l'Ordre de Chrift , de l'Academie
Royale de Peinture & Sculpture ,
eft mort à Avignon , le to. Avril 1725 .
âgé de 86. ans . Il a laiffé dans cette Ville
un grand nombre de Tableaux de fa compofition
, eftimez des connoiffeurs . Son'
Cabinet qui eft en vente , contient grand
nombre de Tableaux originaux des plusgrands
Maîtres, plufieurs de Nicolas Mignard
fon pere, Premier Peintre du Roy ,
plufieurs de Pierre Mignard fon oncle
auffi premier Peintre du Roy . Outre les
Tableaux , il y a un recueil confiderable
d'Estampes des plus celebres Graveurs &
grand nombre de Livres d'Architecture
& de Peinture. Pierre Mignard ayant
cultivé toute fa vie les beaux Arts qu'il
aimoit par une fucceffion hereditaire . Il
joignoit beaucoup de politeffe & de bonté
à des connoiffances très étenduës , & c.
On prétend qu'il s'eft gliffé une faute
dans notreJournal du mois d'Août dernier,
Пous yavons dit, page 1807. qu'on croioit
communément , que le fameux morceau
de Poëfie Françoiſe intitulé , le Temple
de
SPES
XV.REX
LUDOVICUS
MATURE
DUVIVIER
XXV . AUGUSTI
MD CC. XXV.
B.
CHRI
ISSIMUS.
FELICITATIS
OCTOBRE 1725. 2485
de la mort , étoit de Philippe Habert , frere
de Germain Habert , Abbé de Cerifi , de
l'Académie Françoife , Auteur de la Metamorphofe
des yeux de Philis en Aftres
On nous affure que ces deux pieces font
de feu M. Chambon , Curé dans la ville
de S. Flour , en Auvergne.
C
Medaille du Roy.
' Eft la coûtume de prefenter au Roy
tous les ans une Medaille le jour
de S. Louis . Comme le mariage de S. M.
n'étoit
pas loin de fon accompliffement ,
l'Académie Royale des belles Lettres
&c. qui a compofé celle de cette année ,
en a fait rouler l'idée fur l'efperance , que
ce prochain mariage donnoit de rendre
bien-tôt la France heureufe. On y voit
d'un côté le Bufte du Roy , gravé par
M. du Vivier , avec cette Infcription ,
LUDOVICUS XV. REX CHRISTIANISSI
MUS , & fur le revers , la France affife
fur un Globe femé de fleurs - de - lys..
L'Hymenée lui prefente d'une main une
Couronne de Myrte , & tient de l'autre,
fon flambeau. On lit ces mots autour ,
SPES MATURE FELICITATIS , & dans
l'Exergue xxv. AUGUSTI . M. DCCxxv.ce
revers eft de M. le Blanc..
CHAN2486
MERCURE DE FRANCE.
CHANSON.
E croiois que l'Amour par les doux traite-
JE
mens ,
Ne faifoit qu'augmenter dans le coeur des
Amans ;
Mais mon experience , helas ! m'a convaincue,
Que dans un coeur leger ,
Tel que celui de mon Berger ,
L'Amour content chaque jour diminue.
On nous prie de publier cet avis.
Le Sieur ROUSSEL , feul & unique Eleve
de feu M. de la LIGERIE , qui eft le premier
qui ait mis laPoudre d'Alkermes en reputation;
donne avis au Public , qu'il fait la compofition
& preparation de ladite Poudre, pour l'utilité
du Public.
Cette Poudre eft excellente pour les maladies
qui viennent de caufes internes. Elle convient
parfaitement aux Fluxions de poitrine , aux
Pleurefies , aux Coliques nefretiques , aux Vomiffemens
, aux Aigreurs qui viennent à la
gorge , à la Jauniffe , aux Etourdiffemens , à
toutes fortes de Fiévres , foit intermittentes
ou continuës , & à toutes fortes de maladies
Epidemiques. Elle convient auffi aux approches
de la petite Verolle qu'elle fait fortir
promptement ; elle chaffe la Bile , & eft admirable
pour les enfans , dont les maladies
venant prefque toûjours de plenitude , elle les
vuide trèspromptement
. Ce
ก
K
es
es
es
S
-
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR; LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
Octobre 172
Je croyois quellimour
HE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
OCTOBRE 1725. 2487
•
Ce Remede convient encore aux Hydropiques
, à ceux qui ont la Gravelle , les pâles
Couleurs , en le mêlant avec une Eau minerale
compofée dudit Aurefique , & que ledit
Rouffel diftribuë auffi.
Enfin cette Poudre d'Alkermes a un fi
grand nombre de vertus & d'ufages , qu'en la
diftribuant , on y joindra un Imprimé qui inftruira
plus amplement de fes proprieteż & de
la maniere de s'en fervir.
Lefieur Rouffel , qui fera la diftribution de
ce Remede , demeure chez un Vitrier · au prémier
étage , ruë S. Dominique , au bout qui
donne dans la ruë d'Enfer , proche du Luxembourg.
A Paris.
Jikakakakakakakakakakakakakak
SPECTACLES.
LE25.Septembre on vit fur le Thea
tre François trois Pieces d'un Acte
chacune , qui n'avoient pas été reprefentées
depuis très long-temps . Les Précieufes
Ridicules de Moliere. La Methamor
phofe Amoureuse du fieur le Grand , Piece
très - réjoüiffante & bien écrite , & let
: Mari retrouvé , du fieur Dancourt , qui
eft une Piece très - plaifante par ellemême
; mais qui l'étoit bien davantage
dans fa nouveauté , il y a environ 25.-
ans : car c'eſt une allegorie jufte & précife
du faux ou vrai la Pivardere , procès
2488 MERCURE DE FRANCE .
cès qui faifoit l'entretien de tout Paris
en ce temps- là. Tout le monde fçait
avec quelle legereté & quel art le fieur
Dancour faififloit & traitoit les Vaudevilles.
Ces trois Comedies ont fait beaucoup
de plaifir ; mais ce qui en a fait à
ne pouvoir l'exprimer , c'eft de voir la .
petite Dlle d'Angeville , âgée de 9. ans ,
déguifée en Crifpin , jouer avec une intelligence
, un feu & une fineffe admirable.
Les Précieufes Ridicules n'ont pas eur
grand fuccès , quoiqu'il y ait plus de 30 .
ans que cette Piece n'ait paru fur nôtre
Theatre. C'eft la troifiéme des Comedies
de Moliere , qu'il compofa à Paris ,
peu de temps après fon établiffement
fur le Theatre du petit Bourbon en 1659.
& la premiere qui ait paru imprimée de
lui. M. de Grimarêt , Auteur de la vie
de ce grand homme , parle ainfi de cette
Piece. Moliere au commencement qu'il
fut établi à Paris avec la troupe , craignit
d'expofer fur le Theatre des pieces de fa
compofition , ne concevant pas qu'elles.
puffent meriter le fuccès qu'elles avoient'
eu en Province. C'eſt le propre des Auteurs
du premier ordre , de ne pouvoir
fe contenter eux - mêmes lorfqu'ils contentent
tout le monde ; mais Paris fut
encore plus fenfible que la Province aux
agré-
R
OCTOBRE 1725. 2489
agrémens des pieces de cet Auteur. Il y
parut bien à la reprefentation des Précieufes
Ridicules ; car à la deuxième
repreſentation on fut obligé de la mettret
au double , à caufe de la foule incroyable
qui y étoit accouruë la premiere fois . On
y admira quatre mois de fuite le bon fens,
& les traits naturels de la critique que
Moliere faifoit des moeurs , & le fecret
qu'il trouva de mettre le ridicule deş
hommes dans tout fon jour.
Le 2 3. Septembre les Princes de Baviere
allerent à l'Opera pour voir Acis
& Galatée , Paftorale heroïque , qui n'avoit
pas été repriſe depuis le mois d'Aouft
1718. La Dile le Maure chanta le rôle
de Galatée avec beaucoup d'applaudiffement
, le fieur Muraire chanta une ancienne
Ariete Italienne qui fit beaucoup
de plaifir , & tout le divertiffement fut
terminé par les caracteres de la danfe
que la Dile Prevoft danfa avec la grace ,
la vivacité & la legereté que tout le
monde lui connoît.
Le 25. l'Opera Comique de la Foire
S. Laurent reprefenta fur le même Theatre
trois anciennes petites Pieces d'un
Acte chacune , avec des agrémens , intitulées
, les Funerailles de la Foire , fon
rappel
2490 MERCURE DE FRANCE.
rappel à la vie , le monde renversée . Ce
divertiffement fut honoré de la prefence
de S. A. R. Madame la Duchefle d'Orleans
, de la Duchelle d'Orleans ,fa Bru ,
& des Princelles d'Orleans fes filles .
Le 30. les Princes de Baviere n'ayant
point vû le Ballet des Elemens , L'Académie
Royale de Mufique en donna une'
reprefentation qui leur fit beaucoup de
plaifir . On y joua à la fin le Caprice .
qui eft un excellent morceau de fympho
nie du fieur Rebel .
L'Opera Comique joua les 4 jours
fuivans fur le Theatre de l'Opera , &
ajoûta aux trois pieces dont on vient de
parler celle des Animaux raisonnables.
Le fieur Amoche y chanta un Pot - pourry
, compofé d'airs ferieux de divers
Opera , mêlez avec des Vaudevilles , qui
fit beaucoup de plaifir.
,
Le Mercredi 17. Octobre on reprefenta
für le Theatre François une-
Piece , ornée de quatre Intermedes de
chants & de danfes , de M. Fuzellier
fous le titre d'Amuſemens de l'Automne.
Une jeune Comteffe prête à fe remarier à
un Colonel de Dragons , donne lieu à
ces fêtes , & à la repreſentation de deux
Me
Pieces
OCTOBRE 172 5. 2491
Pieces d'un Acte chacune , intitulées le
Temple d'Ephefe , & le Temple de Gnide.
La Scene le palle à la campagne dans le
Château de la Comteffe . On y celebre ſa
fête. Gamainville , perfonnage ridicule ,
outrément paffionné pour la Mufique Italienne
, veut lui donner pour bouquet un
concert de Sonnates , de Cantates , d'Arietes
, & c. Les amateurs de cetteMufique
yfont peu louez. Les airs du Mercure &
le Livre des mois que l'Auteur a fait
venir-là , y font mis en fort bonne compagnie
. Comme cet ouvrage n'a point été
goûté du public , on n'entrera dans aucun
détail. Les Divertiffemens font jolis.
Le fieur Dangeville , Danfeur de l'Opera
en a fait le Ballet ; fes enfans y ont
danfé , & ont même joué plufieurs rôles
d'une maniere admirable. Le fieur Quinaut
l'aîné a fait les airs & les fymphonies
des Divertiffemens qui y ont été
goûtez.
L'Académie Royale de Mufique continue
toûjours les reprefentations d'Acis
& Galathée. On y a ajoûté l'Acte de la
Provençale deM³s . de la Font & Mouret ,
dont la gayeté & l'execution font un extrême
plaifir.
La nuit du Dimanche 21. de ce mois
on donna le Bal public fur le Theatre de
l'Opera,
2492 MERCURE DE FRANCE .
l'Opera , à l'occafion des Princes de Baviere
qui y furent déguiſez .
L'Opera de Telegone , Tragedie nouvelle
qu'on repete actuellement , fera
joué au commencement du mois prochain.
Le Lundi 1. de ce mois les Comediens
Italiens repreſenterent devant leurs Majeſtez
, à Fontainebleau , la Double Inconftance
, Comedie en 3. Actes , fuivie.
du Mauvais Menage , Parodie de la Tragedie
de Mariamne.
Le Mercredi 3. l'Avare de Moliere &
la Parifienne , par les Comediens François
.
Le 6. la Tragedie d'Heraclius , fuivie
du Bon Soldat , par les François.
Le 9. Arlequin Sauvage , Comedie
Françoife en 3. Actes , & Arlequin
Marchand Prodigue , Comedie Italienne
réduite en un Acte.
Le 11. le Joueur & l'Avocat Patelin ;
par les François.
Le 13. les Italiens donnerent Arlequin
Enfant , Stame & Perroquet. Piece Italienne
en 5. Actes , fuivie de la Folle raifonnable
, Comedie d'un Acte en François
, & en vers , mife au Theatre par
le
OCTOBRE 1725.
2493
le fieur Dominique , Comedien du Roi,
Le 16. Berenice & le Concert Ridicule,
par les François,
Le 18. l'Embarras des Richeffes ,
Comedie Françoife en 3. Actes , & Arlequin
Ducliffe , Piece Italienne en un
Acte.
Le 20. les Bourgeoifes à la mode , &
l'Aveugle Clair- voyant , petite Piece du
fieur le Grand , Comedien du Roi.
Le 23. Arlequin Medecin volant , Comedie
Italienne en 3. Actes , fuivie de la
Meridienne , Comedie Françoile en un
Acte.
NOU
2494 MERCURE DE FRANCE.
*******************
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE.
Na encore appris le détail qu'on va
fire fur les affaires de Perfe. Vers le mois
de May dernier , Miry- Mamouth , Prince de
Candahar , ayant envoyé d'Ifpahan à Candahar
un Commiffaire pour y lever quelques Troupes
, celui -cy s'en alla vers le neveu de ce
Prince nommé Efchref Chan , dont Miry-Mamouth
avoit fait mourir le pere : dans ce temslà
il fit auffi mourir le precedent Roi de Perfe,
nommé Huffein avec ceux de fes enfans qui
fe trouvoient pour lors à Ifpahan.
Quelque tems après , Miry - Mamouth fut
attaqué d'une maladie qui lui fit perdre le
jugement. Efchref Chan en ayant été averti
fe rendit à Ifpahan avec les Commiffaires
dont on vient de parler ; il y cultiva l'amitié
du premier Miniftre de Miry- Mamouth : Ce
Miniftre avoit confeillé à fon Maître de nommer
Efchref- Chan pour fon fucceffeur , ce
qui fut executé. Il prit poffeffion dù Gouvernement
à Ifpahan , & d'abord après il déclara
Miry- Mamouth incapable de gouverner .
le fit mettre en prifon & peu de jours après
il le fit mourir par la main de quelques Armeniens.
Efchref Chan , après être monté fur .
le Frône , fit mourir grand nombre des plus
confiderables perfonnes qui lui parurent ſuſpectes
, pour s'y affermir. ,,
Peu de tems avant fa mort , Miry- Mamouth
avoit envoyé 7000. hommes dans les Montagnes
,
OCTOBRE 1725. 2495
gnes , entre Ifpahan & Cafbin. Le jeune Roy
de Perfe Schah Dagmarib. l'ayant appris , forma
un Détachement de 15coo. hommes de
fes Troupes , fe mit à la tête , livra combat
aux Perfans rebelles & remporta l'avantage.
Le fucceffeur de Miry Mamouth ayant appris
cette défaite , détacha encore 7000. hommes
pour aller joindre les Troupes battuës & les
mettre en état de refifter au jeune Roy de
Perfe , qui les attaqua de nouveau & les défit
entierement. Après avoir reçû cette fâcheufe
nouvelle , Efchref Chan envoya fon Tréfor
hors d'Ifpahan afin de pouvoir , en cas de néceffité,
le faire tranſporter à Candahar , & s'avança
lui-même pour s'oppofer au Roi de
Perfe qui marchoit vers Ipahan.
On mande de Conftantinople qu'il eft certain
que les Perfans font demeurez fideles au
jeune Roy de Perfe , qui jufqu'à prefent a
donné de grandes marques de valeur.
On mande du Caire le 20. Juillet dernier,que
le Pacha d'Egypte quitta ce jour là le Château
pour fe retirer dans une Maiſon de la
Ville deftinée pour les Gouverneurs dépo
fez ; la veille au matin , ce Pacha donna un
ordre pour déclarer Mehemet Cherquas , rebelle
; fur quoi celui- cy affembla fur le champ
dans fa maifon les Chefs de Milice , les Beys
& autres Grands du païs ; & après avoir tenu
un Divan ou Confeil qui durà jufqu'au foir ,
il fut réfolu qu'on déclareroit au Pacha qu'il
eût à abdiquer volontairement , finon qu'on
l'y forceroit ; les Moulas & Docteurs de la
Mofquée des Fleurs , firent quelque difficulté
de figner la réfolution prifé par le Divans
mais enfin on trouva moyen de lever tous
leurs fcrupules, en leur faifant diftribuer quel
ques prefens ; & en confequence on notifia
H le
2496 MERCURE DE FRANCE .
}
le foir au Pacha le réfultat du Divan , confirmé
par la Milice & par les Docteurs du
Caire, pour qu'il eut à fortir du Château , ce
qu'il promit de faire le lendemain ; ainfi la
Ville qui étoit fur le point de fe voir exposée
à une grande révolution , a repris fa premiere
tranquillité. Toutes les Troupes étant réunies
fous le commandement de Mehemet Cherquas,
font encore campées devant le Château , mais
l'on croit qu'avant la nuit elles fe retireront
toutes , chacun chez foi , & que les Boutiques
des Bafars , qui ont été fermées , feront ouvertes
comme à l'ordinaire.
Le 21. Août un Courrier dépêché par Achmet
, Bacha de Babylone , apporta à Conftantinople
la nouvelle de la prife de Tauris ,
jadis Capitale de la Perfe , qui eft encore aujourdui
la plus grande & la plus confiderable
Ville de ce Royaume après Ifpahan , elle en
eft éloignée d'environ cent lieuës.
Le 22. on publia cette nouvelle avec les
eirconftances fuivantes . L'Armée du Grand
Seigneur qui formoit le Siege de cette Place ,
fe difpofant vers la fin du mois de Juillet à
donner un affaut general , les Perfans fo rirent
de la Ville au nombre d'environ 200000. tant
Soldats qu'Habitans , & le combat s'étant engagé
dans le Camp des Turcs , dura depuis la
pointe du jour jufqu'au Soleil couchant , que
les Perfans ayant été mis en déroute , prirent
la fuite pour fe retirer vers la Ville . Les Turcs
les pourfuivirent & entrerent avec eux dans
la Ville : les Perfans fe ralliant , fe défendirent
avec beaucoup de courage de quartier en quartier
& de rue en ruë. Le Combat dura prefque
fans relâche pendant trois jours & trois
nuits. Des huit quartiers dont Tauris eft compofe
, il n'y en eut que deux qui fe rendirent
OCTOBRE 1725. 2497
à difcretion , les Habitans ayant bien voulu
fe foumettre à l'efclavage ; ceux des fix autres
quartiers furent paffez au fil de l'épée : de ce
nombre font prefque tous les Ouvriers des
Manufactures en Étoffes de Soye , Or & Argent
, qui faifoient la grande richeffe de cette
Ville , dont le pillage a été abandonné aux
Soldats.
1
On compte qu'il y a près de 200. mille
Perfans tuez dans le combat ; & comme on a
fçû que Schah - Thamas, nouveau Roi de Perfe,
étoit le premier jour dans la Ville , on ignore
s'il a pû fe fauver , ou s'il aura été trouvé
dans le nombre des morts.
qui
Ofman Bacha , Gouverneur d'Ourfa ,
commandoit l'aîle droite de l'ArméeOttomane,
a été tué dans le combat , ainfi que plufieurs
Generaux de diftinction & environ20000 Turcs
avec un pareil nombre de bleffez . Toute la
gloire de cette Expedition eft dûë à Achmet ,
Bacha de Babylone , qui avoit le principal
Commandement de l'Armée du Grand- Seigneur.
Le bruit court qu'on lui a envoyé ordre
de pourfuivre fes Conquêtes & de marcher
vers Ipahan.
On a celebré cette Victoire à Conftantinople
par des fêtes qui ont duré cinq jours. Le
31. Août on tira le Canon du Serrail pour
la priſe de deux autres Places fituées à quatre
lieuës d'Amadan.
Le Seliktar ou Porte- Epée du Grand Seigneur
, qui avoit été fait Bacha & que Sa
Hautelle avoit envoyé en Perfe avec quel
ques Troupes de renfort , a été condamné à
avoir la tête tranchée , pour n'avoir pas joint
affez tôt l'Armée qui faifoit le Siege de
Tauris
Le Grand-Seigneur a nommé Oifer, Aga ,
Hij Cha
2498 MERCURE DE FRANCE.
Chalender , c'eft- à-dire Chef Juge des Marchands
, pour aller refider de fa part à la Cour
de Vienne, conformément au Traité de Comnerce
qui a été fait avec l'Empereur après
celui de Paffarowits. C'eft le même qui en
1719. accompagna Ibrahim Effendi , l'un des
Plenipotentiaires de la Porte pour la fignature
de ce Traité , & qui fut honoré alors du
Titre de Bacha.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Tunis
le 9. Septembre 1725 .
Es quatre Vaiffeaux du Grand- Seigneur
Lcommandez par Abdi -Raix , arriverent le
3. de ce mois à Portefarine , de retour d'Afger
où ils ont été dix jours . M. le Chevalier
de Vatan, commandant deux Vaiffeaux du Roi,
y arriva quatre jours avant leur départ. Il fa-
Jua le Commandant de 15. coups de Canon ,
il lui en fut rendu autant. Le Dey d'Alger
ne permit d'abord qu'au Capigy de defcendre
à terre ; celui- cy luf remit la Lettre du Grand-
Seigneur ; & fans entrer en négotiation avec
cet Ambaffadeur , le Dey lui donna deux jours
après une Lettre qu'il écrivoit en réponſe au
Grand Seigneur , dans laquelle il remontre à
Sa Hauteffe , qu'il n'eft pas poffible de faire
reftituer le Vaiffeau de la Compagnie d'Of
tende, chargé de Caffé , que les Corlaires d'Alger
prirent dans le mois de Juillet de l'année
derniere , encore moins d'en rendre la valeur;
& qu'à l'égard de la paix avec l'Empereur , il ·
la fera s'ilveut lui affigner des fonds pour payer
la folde aux Turcs qui font au fervice de la République:
Le Dey ne voulut pas permettre que
le Commiffaire de l'Empereur deſcendît à ter-
Te , il ne vouloit pas même qu'aucun Furc
OCTOBRE . 1725. 2499
fe débarquât , mais ils firent tant d'inftances
le jour de leur Beyran ou Pâques , qu'il ne
put le leur refufer ; ils font revenus très - mécontens
des Algeriens qui ne leur ont fait au
cune honnêteté. Il n'en fera pas de même des
Tunifiens. Le Bey eft difpofé à leur faire beaucoup
de prefens & à avoir beaucoup de politeffe
pour eux ; mais il n'eft pas moins réfolu
de leur refufer la paix qu'ils demandent . Il fera
faire la lecture de la Lettre du Grand - Seigneur
dans le Divan , qui certainement refufera de
confentir à une paix qui leur feroit encore plus
defavantageufe qu'aux Algériens . Il n'eft au
jourd'hui point de Turc ni de Maure qui ne
penfe de même. Le Capigi - Bachi eft arrivé de
Porte- Farine depuis une heure , il ira demain
voir le Bey,
Le Conful de France envoya fon Drogman à
Porte-Farine offrir fes fervices au Capigi- Bachi
& au Commiffaire de l'Empereur ; ce dernier
lui fit dire qu'il étoit malade depuis deux
mois & qu'il feroit bien - aife de defcendre
à terre.Le Capigi- Bachi lui fit dire d'enparler
au Bey.ce qu'il fit. Il lui fut permis de venir
dans Porte- Farine , il viendra demain à Tunis ,
& il logera chez le Conful.
LETTRE écrite d'Alger , lei Septembre
1725. au sujet de l'arrivée de
l'Efcadre de Vaiffeaux de Guerre dis
Grand Seigneur en ce Port, & c . Extrait.
Lu o,& ann arrivées,
Es quatre Sultanes ou grands Vaiffeaux
>
nous donnent matiere à vous écrire : Elles
jetterent l'Ancre devant cette Ville le 18 du
mois paffé au matin , à une petite portée du
Canon. Le Commandant , Vice- Amiral , de
H iij foixante
2500 MERCURE DE FRANCE.
foixante & feize Canons , falua le premier,
contre l'attente de tout le monde, de 14 coups ;
un autre Vaiffeau de dix coups , le troifiéme de
14 ; & leContre- Amiral de huit.La Ville répondit
auffi - tôt par 18. Un Capigi - Bachi embarqué
fur le Commandant avec un Chaou - Bachi ,
chargé des Lettres du Grand- Seigneur , débarqua
le 19 au matin . En mettant pied à terre , il
trouva un Cheval pour lui & un pour fon Collégue
, ayant été falué auparavant de quelques
coups de Canon : On les conduifit à la maiſon
qui leur avoit été préparée . Tout le ceremonial
avoit été réglé avant le débarquement , le Dey
ou Chefde la Republique , ayant eu la précaution
de recommander que perfonne débarquâs
le jour de l'arrivée. Le 20. le Divan , ou Affemblée
generale de toute la Milice, ayant été convoqué
pour le matin , on envoya un Cheval au
Capigi- Bachi pour s'y rendre ; il fe plaignit de
ce qu'il n'y en avoit point pour fon Collegues
on lui en donna un pour le retour Le Divan
affemblé dans la maifon , dite du Roy, qui étoit
toute pleine , depuis le bas jufqu'au haut des
Terraffes : Le Dey affis fur une Eitrade , au milieu
de la Cour , ayant à fes côtez les Envoyez
de la Porte: Les Lettres furent d'abord préfentées
avec les ceremonies ordinaires , & lûes à
haute voix par un des grands Ecrivains . O tre
la Lettre du Grand- Seigneur , il y en avoit une
du Grand- Vifir ; une autre du Capitan Bacha
ou Amiral , & une quatriéme des Kadileskers
ou principaux Chefs de la Juftice . La lecture
finie , le Dey prit la parole pour demander à
l'aflemblée fi elle avoit bien compris ce que le
Grand Seigneur demandoit & ordonnoit par
ces Lettres : Elles portent des ordres formels &
pofitifs aux Algeriens de reftituer le Vaiffeau
Oftende avec tout fon chargement & équi-
Page
OCTOBRE 1725. 2501
לכ
ל כ
page , & de plus de faire la paix avec l'Empereur
& avec tous fes fujets.Ils répondirent tous
qu'ils avoient bien entendu & qu'ils approuve .
roient tout ce qu'il feroit là- deffus , qu'il étois
leur Dey & leur Maître ; mais le Dey qui avoit
déclaréplus d'une fois qu'il fouffriroit plutô
la ruine totale d'Alger que de rendre la moindre
chofe de ce Vaiffeau & de faire la paix avec
l'Empereur , n'a pas voulu prendre fur lui feul
une affaire de cette confequence, il en connoiffoit
trop les fuites & le danger pour fa tête ; il
repliqua fort modeftement : » il eft vrai que
je fuis votre Dey & que vous m'avez choift
» pour Chef, mais je n'ai de pouvoir qu'autant
» que je fuis appuyé par la Taife ou Milice , &
» je ne prétens rien faire que de fon confente-
»ment. Alors tout le Divan bien informé d'ailleers
de l'intention du Dey , commença à crier
à haute voix : Point de reftitution, poini depaix
avec l'Empereur. Le Capigi- Bachi ayant pris
la parole, pria l'affemblée de faire bien attention
aux Ordres du Grand- Seigneur fon Maître
& le leur; mais il n'eut point d'autre réponfe
que la premiere . Alors le Commandant
homme de poids & de tête , fit un difcours à
Paffemblée , pour lui faire comprendre les fuites
fâcheufes que pourroit avoir la réfolution
qu'elle prenoit mal à propos contre l'obéiffance
, la foûmiffion & le refpect qu'elle devoit au
Grand - Seigneur , que ce n'étoit pas moins
qu'une rebellion formelle que Sa Hauteffe ne
pourroit diffimuler.
Les Algeriens qui fe vantent d'être bons
Mufulmans , & qui fe difent les efclaves de Sa
Hauteffe , piquez du difcours un peu vif du
Commandant , ne refterent pas court . Ils alleguerent
fur le champ un bon nombre de rai.
ions pour leur deffenfe ; ils protefterent toute
Hj foumiffion
2502 MERCURE DE FRANCE.
foûmiffion & refpect au Grand - Seigneur leur
Souverain & unique Maître, après Dieu; & que
même leur obéiffance étoit telle que fi Sa Hauteffe
envoyoit le dernier des hommes avec un
Sabre à la main pour leur couper la tête , il
n'y en a pas un qui ne donnât la fienne fans
réfiftance , ou que fi elle leur ordonnoit d'abandonner
le pais & de le livrer aux Chrétiens
, ils s'y réfoudroient fans héfiter ; ajoûtant
qu'en ce cas ils retourneroient dans les
maifons de leurs Peres pour y labourer la terre
& y garder les Beftiaux , & c. mais qu'ils ne
pouvoient faire de paix avec l'Empereur.
Le Capitaine du Vaiſſeau Oftendois , fes Ecrivains
, Pilotes , Chirurgiens & autres de cet
équipage font gardez fort étroitement depuis
la tenue du Divan , & M. Cadiou , Malouin ,
âgé de 26 ans , & qui étoit le principal Marchand
du Vaiffeau, a été dépofé de l'office d'Ecrivain
de Belik qu'il occupoit depuis neuf
- mois, & mis à la chaine. Le Dey a peur qu'ils
ne gagnent les Vaiffeaux.
L'Envoyé de l'Empereur ayant écrit à Maître
Ordan , Marchand Anglois , icy établi , pour
le prier de lui envoyer 200 Sequins à bord; celui-
cy en étant allé demander la permiffion au
Dey , qui avoit déja défendu de leur rien envoyer;
le Dey la lui refufa abfolument , & lui
renouvella fortement la deffenſe de lui envoyer
la moindre chofe , ni à lui , ni à qui que ce foit.
Il ne voulut pas non plus que M. Durand
Conful de France , allât à bord ; & le Capigi-
Bachi & autres lui ayant fait de nouvelles inf
tances pour qu'il rendit au moins l'équipage
du Vaiffeau en queſtion, lui reprefentant qu'ils
ne pouvoient s'en retourner à Conftantinople
fans l'emmener avec eux .
Le Dey leur répondit qu'en ce cas ils n'a-
1
voient
OCTOBRE. 1725. 2503
voient qu'à retter à Alger , eux & leurs Vaiffeaux
; mais il n'auroit pas été long- temps à
fe retracter s'ils l'avoient pris au mot , car tout
lui fait ombrage , & il s'embaraffe peu des menaces
étrangères.
Enfin les quatre Sultanes firent voile la nuit
du 29 au 30 d'Aouft, pour aller rendre compte
du fuccès de leur négociation.
Nos deux Vaiffeaux de Guerre François , commandez
par M. le Chevalier de Vatan , arriverent
le 26 au foir ; ils ont mouillé proche des
Sultanes fans fe faluer . Le 27 au matin , ils furent
faluez par la Ville , felon la coutume.
Le 28 , le Commandant François falua les
Sultanes de onze coups de Canon, avec la condition
dont ils étoient convenus , que le Vice-
Almiral rendroit un pareil nombre de coups ,
ce qui fut execuré.
Le 29 , le Chevalier de Vatan , accompagné
de M.de la Valette qui commande le Tigre, &
de quantité d'Officiers , s'eft débarqué , a fahé
le Dey , a diné chez M. le Conful , & eft:
retourné coucher à fon bord pour n'en plus
defcendre. Je fuis , & c.
Nous venons d'apprendre que les deux Vaiffeaux
du Roy, dont il eft parlé dans cette Lettre
, avoient été armez pour naviger pendantle
Printems & l'Eté fur les côtes de Barbarie >>
& qu'après avoir paru fur celles d'Italie , dans
les Ports des trois Républiques , de Tripoli , de
Tunis & d'Alger , & fur les côtes d'Espagne, ils
font rentrez dans le Port de Toulon au commencement
de ce mois.
Les Lettres de Naples portent qu'ony a ap
pris que la Regence d'Alger avoit réfolu de
s'expofer aux dernieres extrêmitez , plutôt que
de confentir à la reftitution du Vaiffeau de la
Compagnie d'Oftende , ce qui décourageroit
Hv Sous
2504 MERCURE DE FRANCE.
tous fes Armateurs . Ces Lettres ajoutent que
le Dey continuoit de faire executer à mort ,
les membres de la Regence qui lui ont été op .
pofez; que fes cruautez augmentoient de jour
en jour le nombre de fes ennemis ; & que fon
fils allant à la Meque avec un trefor confidérable
, avoit été tué fur la route par un Seigneur
Turc , qui s'étoit faifi de fes richeffes.
On a eu avis de Livourne que le Maître
d'une Tartane Françoife , arrivée depuis peu ,
avoit rapporté que le Dey d'Alger avoit été
maffacré le lendemain du départ des quatre
Sultanes, & que près de mille perfonnes, complices
de fes cruautez , avoient péri dans la
fédition .
Len
RUSSIE.
E Comte de Sara eft parti de Peterſbourg
en qualité d'Ambaffadeur de Ruffie auprès
de l'Empereur de la Chine . Il a un grand nombre
de Marchands à fa fuite qui ont profité de
cette occafion pour établir leur correfpondance
de négoce dans ce païs - là.
Il est arrivé à Petersbourg , par le nouveau
Canal , un Bâtiment leger, venant d'Aftracan ,
chargé de Marchandifes de Perfe tres - précieufes
,pour le compte de la Compagnie Orientale
de ce païs . C'eft le premier Bâtiment qui a
fait cette route : Les Interreffez conçoivent de
grandes efperances de la réüffite de cette navigation.
,
Suivant les Lettres du Gouverneur de Derbent
, le jeune Roy de Perfe pourfuivant fes
conquêtes,s'étoit emparé d'Ifpaham & y avoit
fait une entrée triomphante , malgré l'oppofition
du fucceffeur de Miry- Mamouth.
La Czarine ayant réfolu d'entretenir dans le
Port
5
OCTOBRE. 1725. 2505
Port de Revel une Efcadre de 12 Vaiffeaux de
guerre & de 14 Fregates , avec 4000 Matelots
qui y pafferont l'hyver , on a expedié des ordres
pour faire partir de Cronsloot quelques
Vaiffeaux deftinez à former cette Efcadre.
M. de Campredon, Miniftre Plenipotentiaire
de France à Petersbourg , a donné , à l'occafion
du mariage du Roy Tres- Chrétien , un repas
magnifique au Duc d'Holftein , aux Miniftres
Etrangers & aux principaux Seigneurs de la
Cour. Le 16 du mois dernier ce Miniftre reçût
dans la Chapelle de fon Hôtel , le Cordon 'de
Ordre de S Lazare. La ceremonie fut faite par
M. Monicault de Villardeau , chargé de la procuration
du Duc d'Orleans , Grand - Maître de
cet Ordre , en préfence de plufieurs Officiers
Generaux & d'autres perfonnes de confideration.
50000
La Maifon du Duc d'Holftein eft compofée
prefentement de 400 perfonnes , & la Czarine
a augmenté fa penfion annuelle de soooo Roubles
, fans y comprendre les revenus particuliers
de la Ducheffe d'Holſtein qui font fort
confiderables .
>
Un Gentilhomme dépêché par le Roy Stanillas
, arriva le 13 Septembre à Peterſbourg
& il eut une audience particuliere de la Czarine
, à laquelle il fit part du mariage de la
Princeffe fa fille avec le Roy de France.
POLOGNE .
L'ont retirez de Varfovie , parce que le peu-
Es Miniftres d'Angleterre & de Pruffe fe
ple commençoit à infulter leurs domeftiques ;.
le Roy leur a donné une garde des Troupes de
la Couronne pour la fureté de leurs perfonnes.
Le Primat du Royaume a prefenté un Mémoire
H vj
1506 MERCURE DE FRANCE. '
moire au Roy au fujet d'un Ordre qui a été publié
dans la Pruffe contre les Jéfuites , en vertu
duquel leur College de Linden a été fermé. Il
demande fatisfaction de cette entrepriſe , tant
en fon nom qu'au nom des autres Evêques du
Royaume, qui menacent d'ufer de reprefailles
contre les Proteftans établis dans leurs Diocèfes.
L'Evêque de Cracovie a fait publier dans
fon Dioceſe une ordonnance , par laquelle il
prétend ôter aux Non- conformistes le libre
exercice de leur Religion.
Le 30 du mois dernier , les Députez du Palatinat
de Lublin , eurent audiance particuliere
du Roy, dans laquelle ils fupplierent Sa Majeſté
de ne donner les mains à aucun accommodement
avec les Proteftans ; ce qui n'a pas
empêché le Roy de conferer avec M. Finch
Miniftre d'Angleterre , auquel S. M. continuë
cependant de refufer une audiance publique .
,
Le Pr. Lubomirski , le grand General de l'armée
de la Couronne , & le Palatin de Culm
ont été jufqu'à prefent à la tête de ceux qui
refufent d'accorder les propofitions d'accommodement
qui ont été faites en differens temps.
L
ALLEMAGNE .
E Prince Emanuel de Naffau - Siegen , que
l'Empereur a fait Capitaine de la noble
Garde des Archers de l'Archiducheffe , Gouvernante
des Pais- Bas, eft parti de Vienne pour
Bruxelles.
On mande de Stokolm que le Comte de Cereft
Brancas , Miniftre Plenipotentiaire de
France auprès du Roy & de la Reine de Suede ,
s'étoit rendu le 22 Septembre chez le Comte
de Horn, pour lui remettre fes Lettres de créan-
་
OCTOBRE . 1725. 1507
ce ; & que le 24 il avoit eu fa premiere audience
particuliere de leurs Majeftez.
On écrit d'Hambourg , que le Confeil de
cette Ville , affemblé en Corps le 4 de ce mois ,
foufcrivit à la continuation des impôts ordinaires
& à l'établiffement d'une contribution
extraordinaire , pour donner de l'ouvrage aux
pauvres qui font en état de travailler, & fournir
à la nourriture & à l'entretien des infirmes,
afin de les empêcher de mandier dans les rues.
Ce nouvel impôt fe levera fur les Beftiaux &
fur les Enterremens , fuivant le Tarif qui en
fera publié.
Il y a à Vienne deux prétendus Princes qui
fe font nommerPaleologues , & qui fe difputent
la Grande- Maîtrife de l'ancien Ordre de l'Ange
d'Or de Conftantin . On eft occupé à examiner
leurs preuves , pour connoître fi ce font des
impofteurs , comme le prétend l'Auteur d'une
Brochure qui a été publiée par ordre du Duc .
de Parme.
IT ALIE.
Lau'quirinal un Confiftoire fecret ,dans le-
Es du mois dernier , le Pape tint au Palais
quel Sa Sainteté propofa au facré College l'abolition
des Jeux ou Lotterie de Gênes. Enfuite
le Pape nomma le Cardinal Coſcia pour
fon Coadjuteur à l'Archevêché de Benevent.
Le Cardinal Ottoboni , Protecteur des affaires
de France , propofa l'Evêché de la Rochelle &
l'Abbaye de S.Pierre deMelun, Diocèse de Sens ,
pour l'Abbé de Brancas , Aumônier du Roy
Tres-Chrétien . Il préconifa enfuite , l'Abbé de
Bezons , pour l'Abbaie de Notre - Dame de la
Grace , Diocèſe de Carcaffonne.
Le 9 Septembre le Nonce du Pape à Venife
regala
2508 MERCURE DE FRANCE.
regala magnifiquement M. Marc Gradenigox
nouveau Patriarche de cette Ville avec vingt
autres Prélats de Terre-ferme. Le 10 au matin
ce Patriarche accompagné de douze Evêques
& précedé du Clergé regulier , fe rendit à l'Eglife
de S. Sauveur , où il fut reçu par les No-
Bles en habits de ceremonie. Après avoir entendu
la Meffe , il alla avec le même Cortege à
la Salle du Sénat , où il fe plaça à la droite du
Doge , qu'il complimenta ; après quoi il fut
reconduit à fon Palais dans une magnifique
Gondole. Le 13 , le Doge accompagné du Nonce
du Pape & des Sénateurs , s'étant rendu au
Palais du Patriarche , il le conduifit avec les
ceremonies accoutumées , à l'Eglife Patriarchale
de Caftello , ou il le mit en poffeffion de
fa nouvelle dignité.
Le 10 du même mois ' , on publia à Rome
une Ordonnance du Pape , par laquelle il eft
deffendu , fous des peines tres - rigoureufes , à
tous les Religieux ou autres perfonnes qui vivent
en Cominunauté , de prendre aucun interêt
dans les Lotteries ou Jeux de Gênes.
On a appris qu'au Royaume de Tunquin , le
P. Buccarelli , Jefuite Florentin , a eu la tête
tranchée pour y avoir prêché l'Evangile ; un
autre Jefuite y eft mort dans les prifons, & l'on
y a fait perir plufieurs Catechiftes
I ! eft arrivé à Gênes plufieurs recrues de
Suiffes , qu'on a embarquées pour l'Espagne ,
où l'on doit former neuf Compagnies de 200
hommes chacune .
On apprend de Turin que M. le Plat , Secretaire
des Etats Generaux , y eut une audiance
particuliere du Roy, à qui il prefenta une Lettre
de leursHautes Puiffances ,par laquelle elles
reconnoiffent Sa Majesté en qualité de Roy de
Sardaigne.
Le
OCTOBRE 1725. 2509
Le 19. Septembre , M. Capello , Ambaffadeur
de la République de Veniſe à Rome , y
fut fait Chevalier de l'Etoile d'or & de l'Eperon
, par le Pape , accompagné de plufieurs
Cardinaux , & c. & en prefence de la principale
Nobleffe qui s'étoit affemblée dans la
falle ordinaire du Confiftoire , où cette Ceremonie
fe fit avec les formalitez accoutumées .
On écrit de Florence , que le Marquis Corfini
, ci- devant envoyé à la Cour de France
y étoit arrivé , & que l'Abbé Jules Franchini
avoit été nommé pour refider dans la même
Cour avec un femblable caractere .
Le Grand Duc a accordé depuis peu au
fieur Meucci un privilege exclufif , pour fa
briquer pendant dix ans des étoffes dans le
gout de la Chine , qu'il imite parfaitement.
On apprend de Turin , que la Commiffion
établie pour inftruire le Procès du Commandeur
Ricardi , ci - devant Intendant General du
Duché de Savoye , l'avoit condamné à avoir
la tête tranchée , pour n'avoir pas inftruit le
Roy de Sardaigne de la conduite & des démarches
dangereufes du Comte de Sals , Gouverneur
General du même Duché ; que S. M. avoit
eu la bonté de commuer la peine de mort , en
celle d'un exil dans la Province de N ce; &
qu'après avoir dégradé le Commandeur Ri-
Icardi de fes titres & de l'Ordre de S. Maurice
, il les avoit accordé à ſon fils.
ESPAGNE.
N mande de Barcelone , que le Marquis
de Richbourg , Gouverneur & Capitaine
General de la Catalogne , y étoit de retour de
la vifite qu'il étoit allé faire par ordre de la
Cour , de toutes les Places de cette Principauté
,
1510 MERCURE DE FRANCE.
pauté , & que l'on continuoit de travailler
avec toute la diligence poffible aux fortifications
de Girone , d'Oftalric , de Wick & de
Cardone.
Le bruit court que l'augmentation des troupes
qui avoit été refolue dans le Confeil ,
n'aura pas lieu cette année.
Le 28. Juillet , le Marquis de Fimarcon ,
LieutenantGeneral des armées de S. M. T. Ch.
fou Commandant General en Rouffillon &
F'Intendant de cette Province , M. le Gras de
Luart , Commiffaires nommez par la France
pour la Conference dont on va parler , fe rendirent
de Perpignan à Bellegarde , chez le
Comte de Pertus , Commandant dans ce Gouvernement
, & le Baron d'Huart , Lieutenant
General des armées de S. M, Catholique , &
Commis General dans le Lampourdan avec
Dom Jofeph Ventura , Miniftre de la Royale
Audiance de Catalogne , Commiffaires nommez
de la
part de l'Espagne pour cette Conference
, fe rendirent à Figuieres le même
jour.
Le 29. le Baron d'Huart fit marcher vers la
frontiere la Compagnie des Grenadiers à cheval
du Regiment des Dragons de Numancia ,
avec fon Aide de camp ; pour complimenter
de fa part Mes les Commiffaires de France &
pour leur fervir d'efcorte. A fix heures du matin
le Baron d'Huart fortit de Figuieres avec
leMiniftre de l'Audiance , avec quatre caroffes,
dont deux étoient attelez de fix mules dans
lefquels étoient cinq Colonels de la Garnifon
de Girone & autres Officiers de fa fuite ,
avec un Efcadron de Dragons , pour aller
recevoir fur la frontiere les Commiffaires
François. Il pafla le Pont de Molins , & dans
Ja plaine d'Oftalric , il rencontra les Commiffaires
OCTOBRE. 1725. 25TY
faires François dans deux Carroffes attelez de
fix Chevaux , accompagnez d'un grand cortege
d'Officiers de diftinction de la Garnifon
de Perpignan & de 20. Gardes du Duc de
Noailles , Gouverneur du Rouffillon . Auffitôt
les Commiffaires Efpagnols fortirent de
feurs Caroffes & ceux de France en firent de
même ; ils s'embrafferent ; & après quelques
complimens , les Commiffaires François entrerent
dans le Caroffe de ceux d'Espagne &
fe rendirent à l'Eglife Collegiale de Figuieres
pour y entendre la Meffe ; le Baron d'Huart
avoit fait mettre dans le Choeur un fauteuil'
& un carreau de velours cramoifi , pour le
Marquis de Fimarcon , lui rendant les honneurs
de Commandant General de Province .
Après la Meffe , les Commiffaires fuivis de
leur cortege , fe rendirent à la Maiton du
General Elpagnol , lequel ordonna la Garde
du General François d'une Compagnie des
Grenadiers du Regiment de Cordoua , Efpa
gnol , prefentant les armes & le tambour battant
aux champs pour le General François.
Il ordonna la Garde de l'Intendant de Rouffillon
, d'un Sergent & 15. Grenadiers , & pour
fa Garde , elle ne fut que fuivant les ordonnances
du Roy fon Maître , d'un Lieutenan
& 25. Grenadiers , le tambour appellant . Le
General François & fon collegue furent complimentez
par le Clergé & la Maiſon de
Ville.
A l'heure du diner , on fervit deux tables
de quinze converts chacune , avec autant de
magnificence que de propreté & d'abondance
, dans les mets , les vins & les liqueurs
les plus exquifes , ce qui a continué foir &
matin avec la même délicateffe pendant le
temps de la Conference , avec une excellen252
MERCURE DE FRANCE .
te fimphonie de hautbois & de cors de chaffe.
Le General Espagnol avoit ordonné que plus
de cent perfonnes & au moins 60. chevaux
des deux corteges , fuffent deffrayez à fes dépens
pendant tout le temps de la Conference
qui finit en trois feances. Les Commiffaires
de S. M. T. Chrétienne & Catholique , fe donnerent
reciproquement le 31. les articles arrê ·
tez pour être approuvez des Rois leurs Maîtres.
Les Commiffaires fe font feparez très
contents les uns des autres.
Le 25. du mois dernier , on publia à Madrid
avec les ceremonies accoutumées , le traité
de Paix qui a été conclu à Vienne , entre
l'Empereur, l'Empire & S. M. Cat . Le foir il
y eut a cette occafion des feux , des illuminations
& d'autres marques de rejouiffance
dans toutes les rues.
On affure que le Roy d'Espagne a refolu
de rétablir à Seville le commerce des Indes.
Occidentales , qui a été transporté à Cadix
depuis nombre d'années , & que Don Jofeph
Varras , a été nommé Prefident de la Chambre
de commerce , à la place de Don Jofeph Patino
, qui étoit Préfident de la Chambre à
Cadix.
Suivant les Lettres de Cadix , le Vaiffeau
de guerre & les deux Fregates Mofcovites
qui y font arrivez vers le milieu du mo's paffé,
en vertu de la permiffion accordée il y a environ
deux ans , ont debarqué des bois de
conftruction , des fers , des cuirs , des Canons
& d'autres armes qui font en ufage
fur mer ; mais comme on a exigé dix pour
cent de droit d'entrée , que les Officiers Mofcovite
s n'avoient pas commiffion de payer, ces
marchandifes ont été confignées à M. Jacob
Euwzeinoff , Conful de la Nation Rufienne
&
"
OCTOBRE 1725. 2513
•
& à M. Leon Femenikoff , Negociant Mofcovite
établi à Cadix .
On a appris par la voye de Lisbonne, qu'une
Flute Hollandoife de 600. tonneaux , chargée
à Amfterdam pour aller commercer dans
les Oüefts de l'Amerique & fur les côtes de
la mer du Sud , étoit entrée dans le Rio de
Janeiro , dans l'efperance d'y vendre une partie
de fa Cargaifon , qu'un Vaiffeau Portugais
qui étoit dans cette riviere , l'avoit attaquée ,
qu'après un combat de deux heures , le Capitaine
Perez qui le commandoit , avoit ca
le malheur d'être tué ; mais que la Flute Hollandoife
ayant reçeu plufieurs bordées du canon
de ce Vaiffeau , & refufant de fe rendre,
avoit été coulée à fond , & que prefque tour
l'équipage avoit été noyé.
On apprend auffi de Lisbonne , que M. Dormer
, Brigadier General des troupes du Roy
d'Angleterre , & fon Envoyé Extraordinaire
en Portugal , à la place du Lord Sanderfon ,
entra dans la riviere de Lisbonne vers le milieu
du mois dernier , à bord d'un Paquet-
Boat qui a fait la traverfée en dix jours .
GRANDE- BRETAGNE.
M. Trevor , Auditeur de la Maifon du
Prince de Galles , qui eft mort depuis
peu , a laiffé par fon Teftament soo. livres
fterlin , pour eriger une ftatue Equeftre au feu
Roy Guillaume dans la Place de S. James ,
ou dans telle autre place que fes Executeurs
Teftamentaires voudront choifir. Il laiffe auffi
une pareille fomme pour acheter un diamant
pour le Prince Guillaume Augufte lorfqu'il
fera fait Chevalier de la Jarretiere .
HOL2514
MERCURE DE FRANCE.
HOLLANDE ET PAIS BAS.
LE 20. de Septembre , les Etats Generaux nommerent pour leur Ambaffadeur à la
Cour de France M. Guillaume Borcel , Echevin
de la Ville d'Amfterdam & Directeur de
la Compagnie des Indes Orientales.
Les Magiftrats de Bruxelles ont ordonné aux
Bourgeois qui demeurent dans les rues par
où l'Archiducheffe Gouvernante doit paffer
lorfqu'elle fera fon entrée , d'orner le devant
de leurs maifons , & à tous les jeunes gens depuis
18. ans jufqu'à 30. de fe tenir prêts à fe
mettre fous les armes.
Le Chapitre de l'Eglife Collegiale de S. Paul
de Liege , a élu l'Electeur de Cologne pour
remplir la place de Prevôt de cette Eglife ,
vacante par la mort de l'Evêque de Namur.
La Comteffe de Moirmont , veuve du General
Galliot de Salamanque , a été nommée
Grande Maîtreffe des Dames d'Honneur de
l'Archiducheffe. Les Comtes de Lannoy &
d'Arberg ont été faits fes Chambellans.
On apprend de Louvain que cette Princeffe
y étoit arrivée le 5. de ce mois , vers les cinq
heures du foir ; qu'elle avoit été complimentée
à la porte de la Ville par M. Herkenrode
, premier Bourguemettre qui lui en
avoit prefenté les clefs ; que le 6. les Magiftrats
en Corps lui avoient porté le vin de
Ville que le 7. & le 8. T'Archiducheffe
avoit tenu Chapelle publique dans l'Eglife
des Auguftins & dans celle des Jefuites ,
& qu'elle devoit partir le 10. pour conti
Auer fa route & fe rendre à Bruxelles.
RELAOCTOBRE
1725. 2515
RELATION de ce qui s'eft passé à
l'arrivée à Bruxelles de l'Archiducheffe
Marie Elifabeth , Gouvernante des
Pays - Bas Autrichiens .
N s'eft reglé dans cette occafion fur les
ceremonies les folemniter obfervées
pour le Prince Ferdinand , Cardinal Infant ,
trere de Philippe IV, Roi d'Eſpagne , lorfqu'il
arriva dans les Pays- Bas en 1634. en
qualité de Gouverneur General.
Le Comte de Daun , Gouverneur par interim
, & Capitaine General de ces Provinces
envoya un détachement de Cavalerie fur les
frontieres au- delà de Tirlemont pour fervir
d'efcorte à l'Archiducheffe , & un détache
ment d'Infanterie pour faire la garde devant
fon logement , tant à Tirlemont qu'à Louvain
.
Les Etats de Brabant nommerent des Députez
de leur Corps pour la complimenter fur
les frontieres de cetteProvince ; fçavoir , de la
part du Clergé , l'Evêque d'Anvers , l'Abbé
de Vilerbeeck , Ordre de S. Benoît , l'Abbé
de Villers , Ordre de S Bernard , & l'Abbé de
Grimberghen , Ordre de Prémontré ; pour
la Nobleffe , le Duc d'Arfchot , le Prince de
Rubempré , le Baron de Spangen , & le Baron
de Kiefegen , & pour le Tiers- Erat , les Bourguemeftres
des trois principales Villes , de
Louvain , Bruxelles & Anvers , affiftez de M.
Vanden - Broeck , Confeiller- Penfionnaire &
Greffier des Etats.
Le 3. d'Octobre , après - midi , l'Archidu
cheffe traverfa la Ville de Maftricht au bruit
d'une triple falve de 125. pieces de canon , &
ay
2516 MERCURE DE FRANCE.
au fon des Cloches de toutes les Eglifes . La
Garnison étoit rangée en double haye depuis
la porte d'Allemagne jufqu'à celle de Bruxelles.
Dès la pointe du jour , le Prince Guillaume
de Helle Caffel , Gouverneur de Maftricht
avoit détaché le Colonel Scravenmore
avec fon Regiment de Cavalerie , pour aller
recevoir l'Archiducheffe au Village de Beeck ,
fur les limites du Duché de Juliers & des Provinces
Unies , & lui fervir d'efcorte jufqu'à
Mastricht . Cette Princeffe étant arrivée à un
quart de lieuë de la Ville , elle y fut complimentée
, au nom des Etats Generaux , par le
Prince de Heffe -Caffel , qui s'y étoit rendu à
cheval , accompagné de M. d'Amerongen ,
Commandant de la Place , & d'une nombreufe
cavalcade de perfonnes de diftinction & de
volontaires : il affura la Princeffe , Gouvernante
des Pays Bas , de la haute eftime & confideration
de L. H. P. pour fon illuftre Perfonne
, & qu'elles ne negligeroient aucune
occafion de lui donner des preuves éclatantes
de leur fincere amitié. Surquoi , l'Archiducheffe
pria le Prince de remercier L H. P. de
fa part , & de leur témoigner combien elle
étoit fenfible à ces affurances d'amitié .
Cette Princeffe traverfa enfuite la Ville ,
précedée du Prince de Heffe Caflel & de fa
cavalcade ; & pendant qu'on changeoit les
630. chevaux de relais hors de la porte de
Bruxelles , elle témoigna au Prince qu'elle ne
pouvoit affez exprimer fa fatisfaction des
grands honneurs qu'il venoit de lui rendre au
nom des Etats Generaux , & qu'elle fe réjouiffoit
de fe trouver dans leur voifinage , & de
pouvoir leur donner dans toute occafion des
preuves de fon defir fincere de vivre en bonne
harmonie , & amitié avec L. H. P. Pendant
que
OCTOBRE 1725.
2517
que l'Archiducheffe adreffoit ainfi la parole.
au Prince , à qui elle fit auffi un compliment
très gracieux , on entendit une feconde triple
falve de tout le canon de la Ville. Cette Princefle
continua fa route , fous l'escorte du Regiment
de Trimbor , qui fut relevé à moitié
chemin de Tongres , par celui du Prince de
Heffe-Philipsdhal qui l'efcorta jufqu'à Tongres
où elle alla coucher.
Le 4 l'Archiducheffe dina dans l'Abbaye de
S. Tron , & arriva le foir à Tirlemont , elle
y fut reçûë avec tous les honneurs poffibles ;
la Bourgeoifie a été fous les armes , tant à
fon entrée qu'à fon départ. Elle fut reçûë à la
porte par le Magiftrat en corps qui lui prefenta
à genoux les clefs de la Ville dans un
baffin d'argent , après quoi ils l'accompagnerent
jufqu'à fon logement , étant fuivis de so.
Bourgeois qui portoient chacun un flambeau
de cire blanche allumé. Le Comte de Daun
eut l'honneur de lui prefenter les Députez des
Etats de Brabant.
On fonna toutes les cloches des principales
Eglifes , & on orna les maifons des rues par
où elle paffa . Le foir il y eut des feux de joye
& des illuminations par toute la Ville où elle
a été logée avec fa fuite le plus commodement
qu'il a été poffible .
Le lendemain le Magiftrat lui prefenta le
vin d'honneur ; a fon départ on lui a rendu les
mêmes honneurs qu'à fon arrivée .
Le Prince de Rubempré prêta ferment à
Tirlemont pour fa Charge de Grand Ecuyer,
Le 5. l'Archiducheffe arriva à Louvain à
quelque diftance de cette Ville , on avoit rangé
les quatre Sermens des Bourgeois en double
haye avec leurs drapeaux déployez . Cette
Princeffe y fut reçûë au bruit du canon , &
an
2518 MERCURE DE FRANCE .
au fon de la groffe cloche , & de celles des
principales Eglifes & Convents. Elle fut complimentée
par le Magiftrat en Corps qui lui
prefenta à genoux deux clefs dorées dans un
baffin d'argent. 60. Bourgeois en robbes noires
, portant chacun un flambeau allumé , accompagnerent
cette Princeffe jufqu'à fon logement
dans l'Abbaye de Sainte Gertrude , ou
elle a été défrayée pendant fon féjour à Louvain
aux dépens des Etats de Brabant. Toutes
les maifons des rues par où elle paffa furent
auffi ornées.
Le Recteur magnifique & l'Univerfité en
Corps , & en robbes de ceremonie , lui rendi
rent les honneurs accoutumez en pareille occafion
, & elle répondit en Latin à leurs complimens
de felicitation .
Le foir il y eut des feux de joye & des illuminations
par toute la Ville. Le lendemain le
Magiftrat lui prefenta le vin d'honneur en
cercle très - bien orné , & tiré fur un char. A
fon départ on mit de nouveau la Bourgeoifie
fous les armes , & les 60. Bourgeois dont on a
parlé , avec les quatre Sermens , l'accompagne
rent jufqu'à la porte de Bruxelles.
La Compagnie des Carabiniers , & un ECcadron
du Regiment Imperial de Cuiraffiers du
Prince de Portugal avec leurs Trompettes &
Timballes , furent poftez fur le grand chemin
de Bruxelles à Louvain , pour y attendre
l'Archiducheffe , & fe mettre enfuite à la tête
de la marche qui fut fermée par un autre Efcadron.
Les Bourgeois de chaque quartier de
la Ville de Bruxelles furent rangez en double
haye le long de la chauffée , hors de la porte
de Louvain , avec défenſe de tirer avant que la
Princeffe fut paffée , & de quitter leur pofte
fans ordre de leurs Capitaines. La noble garde
des
OCTOBRE 1725. 2519 .
des Archers avec leur Guidon , & la Garde
Royale des Hallebardiers , fe trouverent auffi
hors la même porte pour faire leur fonction
auprès de l'Archiducheffe. Cette Princeffe
après avoir féjourné trois jours à Louvain ,
arriva le 9. fur la hauteur à la barriere , on fit
alors la premiere falve Royale du canon des
remparts. Le Magiftrat en Corps l'attendit dans
une Loge , tendue de drap d'écarlate , pour la
complimenter , & lui prefenter les clefs de la
Ville dans un baffin d'argent.
Après le compliment on entendit un concert
de divers inftrumens , placez au - deffus de
la premiere porte de la Ville. La feconde porte
étoit magnifiquement ornée de verdure, avec
des Infcriptions , Emblêmes & Deviſes , en
forme d'Arc de Triomphe. Vingt hommes de
chaque Serment , faifant enfemble le nombre
de cent , revêtus de leurs robbes , & tenant
chacun un flambeau de cire blanche allumé ,
le rangerent en haye pour marcher des deux
côtez. du Caroffe de l'Archiducheffe . Cette
Princeffe étoit précedée des Doyens , auffi au
nombre de cent , & tenant pareillement un
flambeau allumé. On fonna alors toutes les
cloches des principales Eglifes.
Il y eut des Arcs de Triomphe dans les ruës
où elle paffa , & les maifons furent ornées de
tapifferies , de tableaux , de verdure , d'emblê
mes, de Devifes , & d'autres embelliffemens
& illuminations .
Sur la Place de Louvain il y avoit un Arc de
Triomphe reprefentant le Pays -Bas , avec
cette Infcription :
MARIA ELISABETHA LUCIA A CAROLO SEXTO
CASARE BILGIO AUSTRIACO PRAFICTA.
I II
2520 MERCURE MERCUR DE FRANCE.
Il y eut auffi un très- bel Arc devant le Portail
de l'Eglife de Sainte Gudule , avec ce
Chronographe.
RELIGIOSISSIMÆ PRINCIPI ECCLESIA
COLLEGIATA BRVXELLENSIS.
L'Archiducheffe defcendit devant cette
Eglife pour y remercier Dieu de fon heureuſe
arrivée. Elle y fut reçûë par l'Archevêque de
Malines , en habits Pontificaux , à la tête du
Chapitre , & ce Prélat lui prefenta les Reliques
de la Sainte Croix , fur un Prie- Dieu
couvert d'un tapis de velours cramoifi , garni
de galons d'or avec des carreaux .
L'Archevêque la complimenta enfuite ,
ainfi que le Doyen au nom du Chapitre :
après quoi elle fut conduite proceffionnellement
, & au fon des Trompettes & des Timballes
vers le Choeur de cette Eglife , pour
adorer le S. Sacrement de Miracle qui y étoit
expofé. La Princeffe fut placée fous un Dais ;
le Choeur étoit tendu des plus belles tapifferies
, & toute l'Eglife illuminée. Après le Te
Deum , qui fut chanté par la Mufique de la
Cour , on donna la benediction ; après quoi
on fit la feconde falve Royale du canon des
remparts L'Archiducheffe fut enfuite accompagnée
jufqu'à la porte de Eglife de la même
maniere qu'elle y avoit été reçûë.
Etant remontée en caroffe , elle continua
fa marche avec fa fuite par la rue des Peres
Dominicains , dans laquelle on dreffa un peu
plus bas que la Chapelle de S. Eloy , un Arc
de Triomphe reprefentant la Ville de Bruxelles
, & les fept Familles Patriciennes , furmontées
de S. Michel l'Archange , Patron de
cette Ville , avec cette Infcription ;
MAGNO
OCTOBRE
2525 1725.
MAGNO BRUXELLAS CUSTODE TUERE.
En allant dans la rue des Frippiers , on
voyoit
des Arcades avec des Fontaines à l'entrée
de la rue de l'Evêque. Les Fontaines des
trois Deeffes , près de l'Eglife de S. Nicolas ,
étoient pareillement ornées Dans la ruë au
Beurre il y avoit un Arc de Triomphe , repiefentant
la vertu & la Juftice , avec ce Ĉronographe.
THEMIDI BELGICA FORTI
INTERRITA INTEGRA INEXPVGNABILI.
On traverfa enfuite le grand marché qui
étoit magnifiquement embelli & illuminé. La
gallerie de la Maifon de Ville , & la Tour de
S. Michel étoient illuminées avec des lanternes
, & les fontaines devant la maiſon du Pain
étoient ornées de verdure.
On continua la marche par la ruë de la
Magdelaine vers le Canterfteen , on voyoit
près du Palais du Prince de Ligne un Arc
reprefentant le Triomphe de la Maiſon d'Autriche
avec cette Inſcription :
Ut ftruit Auguftus dextra victrice tropheum ,
Sie nu virginea plantabis pacis olivam.
En arrivant à la Cour on trouva la garnifon
rangée , & fous les armes , qui fit une triple
décharge après que l'Archiducheffe fut entrée.
Les Dames affemblées dans la chambre
des Miroirs , defcendirent à l'approche de
cette Princeffe pour la recevoir au bas de l'ef-
Bij calier :
2522 MERCURE DE FRANCE.
, calier : elles étoient toutes en habit de Galla
felon l'étiquette de la Cour de Vienne , le
Comte de Daun l'attendoit dans la chambre
des Generaux , affis dans fa chaife. Le foir
l'Archiducheffe foupa en public. Le 10. elle
donna audience au Marquis Beretti - Landi ,
Ambaffadeur d'Efpagne , qu'elle reçût debout
& fans dais.
La Cour & les maifons des Miniftres ont
été illuminées pendant trois jours avec des
flambeaux de cire blanche , & les autres réjouiflances
publiques ont été auffi continuées
pendant trois jours , en réiterant chaque foir
les falves Royales. Le lendemain de l'arrivée de
l'Archiducheffe & les jours fuivans , elle reçût
les complimens de felicitation fur fon arrivée
, de la part des Confeils , des Etats des
Provinces , & des Magiftrats des principales
Villes de ces Provinces.
Le Magiftrat de Bruxelles alla en Corps
complimenter l'Archiducheffe , & lui prefenta
le vin d'honneur en cercle , tiré fur un
char de Triomphe , attelé de fix chevaux , &
orné de drapeaux & d'Infcriptions , & furmonté
d'un Etudiant qui reprefentoit la Ville
de Bruxelles. Il étoit précedé d'une belle cavalcade
d'Etudians duCollege desPeres Jefuites,
qui étoient richement habillez , reprefentant
les neuf Nations , fous lefquelles les divers
Corps de Métiers de cette Ville font divifez ,
& il fut auffi précedé de plufieurs Geans , &
de quantité d'Animaux montez de petits enfans
très-fuperbement habillez .
L'Archiducheffe en témoigna beaucoup de
fatisfaction . Cette Princeffe pour fignaler le
commencement de fon Gouvernement-par un
Acte de clemence , a promis de rappeller les
Doyens des Corps de Métiers qui furent ban
nis en 17199
FRAN
1
OCTOBRE 1725. 2523
"
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris ; &c .
E 6. Septembre , le Grand Aumônier,
Le Chevalier- d'Honneur , la Dane
d'Honneur, laDame d'Atours , le Chancelier
,le PremierEcuyer, lePremier Maîtred'Hôtel
, le Surintendant des Finances ,
l'Intendant , le Premier Medecin , & le
Secretaire des Commandemens, prêteront
ferment entre les mains de la Reine , par
le miniftere du Comte de Maurepas , Secretaire
d'Etat , Commandeur des ordres
du Roi.
Le Roi a donné au Prince d'Ifenghien,
Chevalier de fes ordres , & Lieutenant
General de fes Armées , le Gouverne-
- ment de la Ville & Citadelle d'Arras ,
vacant par la mort du Maréchal de Montefquiou.
M. Pelletier , Abbé de S. Aubin , &
frere de l'ancien Premier Prefident du
Parlement , a été élû Superieur General
dé tous les Seminaires qui dépendent de
celui de S. Sulpice , à la place de feu M.
l'Eſchaffier.
Par les bons ordres qu'on a donné , le
I iij prix
2524 MERCURE DE FRANCE .
prix du bled eft très - confiderablement
diminué , & le pain qui a valu juſqu'à
7. & 8. fols la livre en vaut moins de
4. par les foins du Brevoft des Marhands
, & du Lieutenant General de
Police il y a actuellement dans les
Ports de Paris de grandes provifions de
bled pour cette Ville.
Le 3. les Princes de Baviére furent
regalez à Meudon , & fervis par les
Officiers du Duc de Bourbon . Il y eut
pendant le repas un grand concert de
voix & d'inftrumens , & enfuite une
battuë de Lapins.
Le Roi a donné le Gouvernement de .
la Citadelle de Verdun , qui vacquoit par
la mort de M. de Monbartier , à M.
Doigni , Lieutenant - Colonel du Regiment
d'Alface , & Maire perpetuel de la
Ville de Metz.
Par Edit du Roi du mois de Septembre
, regiſtré en Parlement le 7. du même
mois, le Roi permet à M. Paul Henry
Cagnard , fieur de Marcy , Doyen des
Confeillers du Bailliage de S. Quentin ,
& à fes affociez , de faire conftruire à
leurs frais & dépens , conformément à
leurs offres , uh canal de communication
de la riviere de Somme à celle d'Oife
, à commencer depuis l'étang de la
Ville de S. Quentin , paffant par Harly ,
HomOCTOBRE
1725. 2525
Hombliere , Marcy , Regny & Siffy -fur-
Oife , jufqu'à la Fere , & d'élargir , curer
& approfondir le bras de la riviere
d'Oife , depuis Siffy jufqu'à Chauny ;
comme auffi de rendre la riviere de
Somme navigable depuis Saint Quentin
juſqu'à Amiens , & depuis Amiens jufqu'à
Pequigny , en faisant deffecher les
marais dans lefquels cette riviere fe perd,
& en lui faifant un lit de 45. pieds ,
avec des bords , levées & des éclufes
dans les endroits qui feront jugez neceffaires
, & c.
Le 12. de ce mois les Princes de Baviere
allerent chez M. Rondé , Jouail
lier , Garde des Pierreries de la Cou
ronne , où ils virent quantité de riches
ouvrages , & des bijoux de grand prix .
Ils allerent le même jour à l'Attelier
de M. Oudri , Peintre de l'Académie ,
qui leur montra quantité de fes ouvrages.
Le Roi Staniflas & la Reine fon
époufe , qui étoient partis de Strafbourg
le 22. du mois dernier pour fe rendre
au Château Royal de Chambor , où ils
doivent faire leur féjour , arriverent au
Château de Bouron , près Fontainebleau ,
le 15. de ce mois après- midi. Le même
jour la Reine , accompagnée de Mademoifelle
de Clermont , Princeffe du Sang,
I iiij des
2526 MERCURE DE FRANGÉ.
des Dames de fa Cour , & de fes princi
paux Officiers , alla à Bouron voir le
Roi Staniflas & la Reine fon époufe , qui
reçûrent le 16. la vifite du Roi. La Reine
y dîna ce jour - là , comme elle a fait
tous les jours que le Roi Staniflas & la
Reine fon épouſe ont féjourné à Bouron
, d'où ils font partis le 19. pouz
Chambor.
Le 22. de ce mois le Prince Electoral
de Baviere , & le Duc Ferdinand fon
frere , partirent de Paris , après y avoir
été incognito plus de fix femaines . L'Electeur
de Cologne , & l'Evêque de Ratifbonne
leurs freres n'en partirent qu'à
la fin du mois . Le Roi a fait preſent au
Prince Electoral d'une épée d'or ornée
de 70. gros Diamans , au Prince Ferdinand
, d'une rofe de Diamant pour Te
chapeau , à l'Electeur de Cologne , d'un
gros Diamant brillant monté en bague ,
& à l'Evêque de Ratisbonne , d'une Boucle
de ceinture en pierrerie.
Le 21. de ce mois , la Reine accompagnée
des Dames de fa Cour , alla entendre
la Grande Meffe à la Paroiffe de
Fontainebleau. L'après- midi , S. M. affifta
aux Vêpres & au Salut. Le lendemain ,
la Reine alla entendre le Salut dans l'Eglife
du Couvent des Carmes des Baffes-
Loges.
Le
OCTOBRE 1725. 2527
Le 21. l'Abbé de Brancas , Evêque de
la Rochelle fut facré dans l'Eglife du
Noviciat des Jefuites de Paris ,, par le
Cardinal de Rohan , Grand - Aumônier
de France , affifté des Evêques de Lizieux
& de Châlons .
On a appris par des Lettres de M. de
Benneville , Capitaine des Vaiffeaux du
Roy , commandant l'Elifabeth de 60. Canons
qui a été envoyé avec le Jaſon ,
monté par M. de Radouay , de pareille
force , pour proteger la pêche de la moruë
fur le Banc de Terreneuve , que le 7.
Juillet dernier ils curent connoiffance à
la pointe du jour d'un Forban de 14. Canons
qui pilloit 3. Bâtimens pêcheurs
les Vaiffeaux du Roy le pourfuivirent
auffi- tôt , fi il faifoit peu de vent , que
l'on ne pût le joindre , & la nuit qui
furvint le cacha entierement , le 8. à 5-
heures du matin le fieur de Beneville le
découvrit encore ; il reprit la chaffe avec
le Jafon , à inidi l'Eliſabeth étoit dans les
Eaux de ce Forban , faifant 3. lieues un
tiers par heure, à fix du foir il n'étoit plus
qu'à la petite portée du Canon , mais
une bruine très épaiffe en ôta une feconde
fois la connoiffance , au bout de 40 .
heures d'une pourſuite de 60. lieues. On
doute que ce Pirate foit revenu après une
auffi vive allarme ; il eft . Anglois , natif
I v
2528 MERCURE DE FRANCE.
tif de la Jamayque , fon équipage étoit
compofé de 40. hommes . M. de Benneville
jugea à propos de parcourir enfuite
tout le Banc pour raffeurer les pêcheurs
, & ceux à qui il parla lui dirent.
qu'ils n'avoient point été troublez.
On a lancé à l'eau à Rochefort le 2 2 .
Septembre un Vaiffeau du Roy , nommé
le Jufte , percé pour 74. Canon , le
fieur Geflain maître Conftructeur en a
Conduit l'ouvrage.
Le Vaiffeau l'Aimable de 66. Canons,
bâti cette année à Breft par le fieur Helie,
Chef des conftructions en ce port , a auffi
été mis à l'eau , auffi bien que la Flute
la Baleyne de 6ce . Tonneaux , bâtie au
Havre , par le fieur Poirier , maître
Conftructeur entretenu par le Roy.
Fait extraordinaire arrivé àFontainebleau,
La Cour y étant.
E nommé Michel Chrétien , garçon
de Caffé à Fontainebleau , chez la
Dame la Motte , rue des trois pucelles ,
fut marié en l'année 1715. avec Anne
Beaufils , fille d'un Cocher , qui le quitta
il y a environ 8. ans , fans l'avoir revue
depuis..
قا
Cet homme qui ne penfoit plus à fa
femme , étant le 14. Septembre dernier
dans
1
OCTOBRE 1725. 2529
>
dans la Salle des Cent - Suiffes , y appergut
une Demoiſelle qui étoit avec fa mere
, & après qu'il l'eût bien confiderée
il s'imagina que c'étoit fa femme ; il la
fit remarquer à fon beau - frere , qui étoit
avec lui , lequel la regarda attentivement ;
mais après l'avoir bien examinée , il dit
qu'il fe trompoit , & qu'il ne lui confeiloit
point de l'aller attaquer , ce qui ne
fit aucune impreffion , & n'empêcha pas
le prétendu mari de l'aborder , en lui fai
fant des reproches & lui difant des injures
groffieres. La Demoiſelle crut d'abord
que cet homme étoit yvre , ou fou , &
lui dit de fe retirer. L'homme toujours
frappé de fa premiere imagination , &
croyant abfolument parler à fa femme ,
s'emporta contre elle horriblement.
Malgré tout ce que la Demojfelle &
fa mere purent alleguer , il prétendit
toujours l'emmener avec lui , mais la
mere s'y oppofa fortement . Alors il prit
la mere à partie , & la traitta le plus indignement
du monde.
Ce débat attira tant de monde dans la
falle des Cent- Suiffes , que M. de Cour
tenvaux fut obligé de faire fortir les Conreftans
; mais comme la mere & la fille
paffoit dans la Cour ovale , toujours pour--
fuivis du garçon de Caffé , il furvint encore
tant de monde , & le bruit augmenta
Dvj fil
2530 MERCURE DE FRANCE.
fi fort , que le Roi & toute la Cour l'ayant
entendu , S. M. vint fur les balcons , qui
donnent fur cette Cour , pour fçavoir ce
que c'étoit.
Enfin , l'affaire devint fi ferieuſe par
l'opiniâtreté de ce garçon , que l'on fut
obligé de demander main forte. Alors le
fieur de la Tour Concierge du Château ,
qui reconnut que la Dlle infultée étoit
fabelle foeur , dit qu'il la reclamoit , &
demanda qu'on la lui remit , offrant d'en
répondre , ce qui lui fut accordé , & on
mit en prifon le garçon.
Un moment après , dans l'efperance
qu'il reconnoitroit fa faute , on le conduifit
chez le fieur de la Tour , pour lui
reprefenter la Dle en queftion ; & comme
il avoit dit que la Daine la Motte l'avoit
connue , on la fit venir auffi , pour
fçavoir fi elle la reconnoîtroit . Après que
celle - ci l'eût bien examinée , elle dit ,
qu'il y avoit beaucoup de reffemblance
mais que La femme étoit plus grande , &
n'avoit pas le même ton de voix ; fon
bea -frere y vint auffi , qui dit la même
cho fe . Cela n'empêcha cependant pas ce
garçon de s'obftiner dans fa premiere idée,
de forte qu'on le reconduifit en prifon
en attennt d'autres eclairciffemens.
La Dile de f-n côté a produit tous les
Actes necellaires pour justifier qu'elle
n'étoit
OCTOBRE 1725. 2531
n'étoit point la femme de cet avanturier ,
& fur tout l'Acte de celebration de fon
mariage du 6. Decembre 1724. faite en
la Paroiffe de S. Merry , à Paris , avec
le fieur Blaife Gatien Mouffard du Vaugarnier
, Secretaire de feu M. de Caumartin
, Confeiller d'Etat , & fils de Blaife.
Mouffard , ci -devant Receveur en Charge
au Grenier à Sel de Montereau Faux-
Yonne , & de Françoiſe Breton .
Mais malgré tous ces Actes , la difference
des noms , & plufieurs autres circonftances
, le garçon perfifta toujours
à dire que c'étoit fa femme .
L'affaire portée devant les Officiers du
Grand Prevôt de l'Hôtel & murement
difcutée ; il intervint Sentence le 24-
Septembre 1725. qui porre » que pour
le fcandale commis par ledit Michel "
Chrétien , & pour l'infulte par lui faite <<<
à la Dlle Mouffard du Vaugarnier , dans «<
la falle des Cent- Suiffes de S. M. le Roi «
y étant , & attendu le libertinage actuel « ›
dudit Michel Chrétien , & autres cas «<<
mentionnez au procès , il fera conduit «<
au Château de Bicêtre comme Maifon «
de force , pour y refter en correction «
pendant deux années , ce fait , chaffé «
de la fuite de la Cour , & même de la «
Ville & Baulieuë de Paris , avec deffenfe
d'y revenir fous peine de punition <<>
exemplaire. <<
Le
.
532 MERCURE DE FRANCE .
Le Mardy 21. Août , il fut rendu à
Audiance de la Grand-Chambre un Arreft
fur les Conclufions de M. l'Avocat
General Gilbert de Voifins , par lequel le
Parlement a déclaré nul un mariage contracté
en 1692. entre deux Religionnaires
, domiciliez à Sedan , qui n'ayant pû
vaincre les difficultez que leur faifoit le
Curé de leur Paroiſſe , ni voulu ſe ſoumettre
aux épreuves qu'il exigeoit d'eux,
avant que de leur donner la Benediction
Nuptiale , étoient allez celebrer leur ma-
Firge dans une Eglife de la ville de Liege
, où ils firent en même temps abjuration
de leurs erreurs . Ils étoient revenus
auffi-tôt à Sedan , où ils avoient toujours
vécu publiquement comme mari & femme
, & même dans une grande union
avec leurs parens de part & d'autre , qui
tous avoient reconnu ce mariage. Cependant
après la mort du mari arrivée 32 .
ans après , une de fes foeurs , qui avoit
elle-même reconnu & approuvé fon mariage
par plufieurs lettres , en interjetta
appel comme d'abus , pour frustrer fa
veuve d'un don mutuel , que les contractans
s'étoient fait n'ayant point d'enfans.
En vain la veuve oppofa - t- elle contre
cet appel le laps de 32. années , la
mort du mari en poffeffion de fon état
& la reconnoiffance de leurs familles
y
&
OCTOBRE 1725. 2533
& de l'Appellante même ; ces fins de nonrecevoir
ne purent militer contre l'abus
qui fe trouvoit dans ce mariage celebré
Fors la prefence du propre Curé des Parties
, ce défaut étant un vice effentiel
qui avoit rendu la Celebration nulle dans
fon principe , & que la plus longue prefcription
, & la reconnoiffance des parens
n'avoient pû couvrir.
Il y a eu quelque changement dans les
départemens de Meffieurs les Secretaires
d'Etat , à l'occafion de la mort du Marquis
de la Vrilliere ; en voici l'état arrêté
à Fontainebleau le 17. Septembre
1725.
LE Doc DE BOURBON , Principale
Miniftre & Sur- Intendant General des
Poftes.
LE COMTE DE MAUREPAS . La Maifon
du Roy , le Clergé , la Marine , les Penfions
, les Galeres , le Commerce Maritime
, les Colonies Etrangeres , les Dons
& Brevets , autres que des Officiers de
Guerre ou des Etrangers , pour les Provinces
de fon département .
Provinces & Generalitez.
Paris , qui comprend l'Ile de France
& partie de la Brie , Soiffons , Orleans,
avec la partie du Perche qui en dépend,
Poi-
F .
2534 MERCURE DE FRANCE.
Poitou , la Rochelle , qui comprend la
Saintonge , le Pays d'Aunis , Brouage ,
les Iles de Ré & d'Oleron .
: LE COMTE DE MORVILLE . Les affaires
Etrangeres , avec toutes les Penſions
& Expeditions qui en dépendent , les Dons
& Brevets , autres que des Officiers de
guerre , pour les Provinces de fon département.
Provinces & Generalitez.
La Guyenne haute & baffe , ce qui
comprend les Intendances de Bordeaux &
d'Aufch. Normandie qui comprend les
Generalitez de Rouen , Caen & Alençon.
Champagne & la partie de la Brie
qui dépend de la Generalité de Châlons .
La Souveraineté de Sedan. La Ville &
Generalité de Lyon. Navarre , Bearn ,
Bigorre & Nebouzan .
LE COMTE DE S. FLORENTIN. Les af
faires Generales de la Religion prétendue
Reformée , l'expedition de la feuille des
Benefices , les Dons & Brevets , autres
que des Officiers de guerre ou des Etrangers
, pour les Provinces de fon département.
neraOCTOBRE
1725. 2538
Provinces & Generalitez.
Le Languedoc haut& bas , & la Generalité
de Montauban , Provence , Bourgogne
, Breffe , Bugey , Valromey &
Gex , Bretagne, le Comté de Foix , Picardie
& Boulonnois , Berry , la Generalité
de Tours , l'Auvergne qui comprend la
Generalité de Riom , la Generalité de
Moulins , qui comprend le Bourbonnois ,
le Nivernois & la haute Marche , limoges
, qui comprend l'Angoumois & Ja
bafle Marche.
LE MARQUIS DE BRETEUIL , La
Guerre , le Taillon , les Maréchauffées
l'Artillerie , les Penfions des gens de
Guerre , tous les Etats Majors , à l'exception
des Gouverneurs Generaux des
Provinces , des Lieutenans Generaux des
Provinces , & des Lieutenans de Roi
des Provinces.
Provinces & Generalitez.
Les trois Evêchez , de Metz , Toul &
Verdun. Le Barrois , l'Artois , la Flandre
, Haynault , Alface, Franche - Comté ,
Rouffillon , Dauphiné .
La Lieutenance de Roi de Valencienne
,
2536 MERCURE DE FRANCE.
ne , vacante par le decès de M. d'Orbeffan
, a été donnée à M. de S. Maurice ,
Meftre de Camp réformé , à la fuite du
Regiment du Roi , Infanterie .
La Lieutenance de Roi de Peronne ,
vacante par la mort de M. de Brazilly ,
au Chevalier d'Arcy , Lieutenant- Colonel
du Regiment de Pons .
La Majorité de Narbonne , au fieur du
Bos de Prémont , Ayde -Major de la même
Ville.
On a eu avis que la nuit du 27. au 28.
du mois d'Aouft dernier , le Chameau
Vaiffeau du Roi , commandé par M.
S. James , qui étoit parti de Rochefort
pour Quebec au mois de Juillet dernier ,
avoit eu le malheur de perir fur des
battures , à un quart de lieuë de l'Ile
Royale , & à 3. lieuës de Louiſbourg.
M. de Chazel , cy - devant Commiſſaire
General à Breft , nommé à l'Intendance
de Canadas , à la place de M. Robert ,
qui mourut l'année paffée dans la traverfée
, y a peri , ainfi que le Capitaine &
1es fieurs Montrioux , Lieutenant d'Artillerie
, Peaudiere , Enfeigne de Vaif
feau , Courcy , fous- Lieutenant d'Artillerie
, & Coquet , Chef de Brigade des
Gardes de la Marine , Morville , Brigadier
& les fieurs de la Salle , des Goulles ,
du Deffant , du Verger , le Chevalier de
CheOCTOBRE
1725. 2537
Chefac , & le Chevalier de Coetlogon
Gardes de la Marine , & avec 60. pallagers
, du nom defquels font les fieurs de
Louvigny & de Ramefay , Officiers des
troupes en Canadas , 132. hommes de
l'équipage , & 104. foldats de recruë.
Le Procès entre les Archevêques de
Vienne & de Cambray , au ſujet du Prieu
ré de S. Martin des Champs , a été jugé
le 2 1. de ce mois au Confeil du Roi. Le
dernier a gagné tout d'une voix.
,
Le Roi Stanislas qui partit le 20. de
ce mois de Bouron , fut reçû à Bellegarde
, par le Duc d'Antin , avec beaucoup
de magnificence. Tous les Gentilshommes
de fon voifinage s'y étoient rendus.
Ce Prince eft ( accompagné du Regiment
de Beringhen , Cavalerie.
Il fut reçû le 23. à Châteauneuf- fur-
Loire par les Comtes de Maurepas & de
S. Florentin , & par Mefdames leurs
époules , & une très-nombreuſe compafé.
gnie de gens de diftinction . S. M. y
journa le 24. & le 2 5. elle alla coucher
à Clery , le 26. à Blois , & le 27. à
Chambor .
Chambor eft une Maiſon Royale dans
le Blaifois , à quatre lieues de Blois du
côté d'Orleans , le Roi François Premier
fit commencer ce Château un peu avant
fa mort , & Henri II . fon fils le fit achever
$538 MERCURE DE FRANCE.
yer. Il est au milieu d'un grand Parc ,
fur le bord de la petite riviere de Couffon
qui l'environne prefque tout . Le corps
du Château eft compofé de quatre Pavillons
, & au milieu eft un efcalier d'une
ftructure admirable , fait en coquille ,
avec deux montées au dedans l'une de
l'autre , où plufieurs perfonnes peuvent
monter fans le voir , bien qu'elles puiffent
parler enfemble . Il y avoit autrefois
une belle Faifanderie , & une Canar
diere qu'on admiroit parmi d'autres
beautez qu'on voyoit dans ce Château ,
qui fut bati fur les deffeins de Jacques
Barozzi de Vignole , fameux Architecte
Italien.
Le 19. de ce mois les 4. Princes dé
Baviere fignerent les articles du Contrat
de Mariage de Mademoiſelle de Pontchartrain
avec le Comte de Baviere.
Le 28 l'Electeur de Cologne & l'Evêque
de Ratisbonne , furent regalez à
dîner au Luxembourg , chez la Ducheffe
de Brunswick , Ils fouperent le foir au
Palais Royal , & le lendemain ils partirent
de Paris en pofte , pour Bruxelles ,
où le Prince Electoral , & le Duc Ferdinand
, leurs freres , fe font rendus .
On écrit de Nantes que M. Duchaffeaut
, Confeiller au Parlement de Bretagne
, qui eft à fon Château de la Se
nardie-
1
OCTOBRE 1725. 2539
mardiere , près de cette Ville , y a été
très - heureuſement taillé de la pierre par
le fieur Gerard , Chirurgien -Juré à Paris
, & de l'Hôpital de la Charité , qui
avoit été mandé exprès.
Les Religieux Mathurins étant revenus
en France avec un nombre confiderables
d'Efclaves Chrétiens , qu'ils ont ra
chetez dans les Royaumes de Maroc &
d'Alger , firent leur Proceffion le 18. à
Fontainebleau , & pafferent devant le
Roi & la Reine , avec les Captifs . Le 22.
& le 23 , ils firent la même Proceffion à
Paris ; les Efclaves furent traitez par Madaine
de Bourbon , Abbeffe de S. Antoi
ne , à fon Abbaye , d'où la premiere Procelion
partit , pour fe rendre à l'Eglife
des Mathurins . La Proceffion du jour
fuivant partit de la même Eglife des Mathurins
, fe rendit à celle des Theating
d'où elle revint par la rue Saint Honoré ,
& c. au lieu de fon départ.
Le fpectacle de ces pauvres Efclaves
rachetez , parmi lefquels étoit un Ecclefiaftique
Syrien , parut des plus touchans ,
& la modeftie des charitables Religieux
qui les accompagnoient édifia beaucoup le
Public.
›
Le Concert Spirituel du Palais des
Thuilleries , que M. Philidor a fait exeper
le jour de la Touflaint , a été extrême2540
MERCURE DE FRANCE
trêmement applaudi par une très - nombreuſe
affemblée . On y a chanté le De
profundis de M. Deftouches , & un Motet
nouveau de M. Courbois , Omnes gentes
plaudite , & c. dont la compofition &
l'execution ont reçû de grands applaudiflemens.
La Demoiſelle Antier a chanté
dans l'un & dans l'autre Motet . Les
fieurs Battifte & Guignon , fameux Violons
, ont joué feparément des Pieces de
Symphonie qui ont fait un plaifir infini.
Ce Concert recommencera le 8. Decembre
prochain & le jour de Noël.
MORTS MARIAGES,
D
&
Naiffance.
Ame Angelique de Langlé , veuve de
Louis , Comte de Guifcard , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant General de fes
armées , Gouverneur de la Ville & Principauté
de Sedan , & auparavant Ambaffadeur
extraordinaire de S. M. à la Cour du Roi de
Suede , mourut en cette Ville le 29. du mois
dernier dans la 72. année de fon âge.
Dame Charlotte de Laubefpine , veuve de
Claude , Duc de S. Simon , Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Vidame de
Chartres , Gouverneur de la Ville , Château
& Comté de Blaye , Grand Bailly & Gouverneur
de Senlis , de Pont - Saint -Maixence ,
SeiOCTOBRE
1725. 2541
1.
Seigneur Chatelain de la Ferté Armand & de
Beaufort , mourut à Paris le 7. de ce mois
dans la 85. année de fon âge.
Dame Marguerite le Fevre de la Barre ,
veuve de M. Thierry Sevin , Prefident en la
deuxième Chambre des Enquêtes , mourut à
Paris le 30. Septembre dernier , âgée de 7c .
ans .
On nous écrit de Montpellier que le fieur
Lazaroni , fameux Operateur Italien , établi
dans cette Ville depuis plufieurs années , y eft
mort dans ce mois d'Octobre , âgé de cent
cinq ans & trois mois .
On nous mande auffi de la même Ville que.
Madame de Bernage de Saint Maurice , époufe
de M. de Bernage , Intendant de Languedoc,
y eft morte dans le même mois.
Le 28. Aout Louis François , Chevalier ,
Marquis de la Bourdonnaie , Maître des Requêtes
, fils mineur de Yves- Marie , Chevalier
, Marquis de la Bourdonnale , Seigneur
de Couetion , Gaffilli , &c. & de feuë Dame
Catherine de Ribere , époufa Demoiselle Ma.
rie Françoife Talon , fille mineure de Omer
Talon , Chevalier , Marquis du Boulay , Colonel
du Regiment d'Orleanois , & de Dame
Loüife Mole. La celebration fut faite par M,
Jean-Louis de la Bourdonnaye , Evêque &
Comte de Laon , dans la Chapelle de la Maifon
de la Prefidente Talon.
Le 1. Septembre Meffire Antoine Huet ,
Chevalier , Seigneur d'Ambrun , Mettre de
Camp.de Cavalerie Chevalie: de l'Ordre Militaire
de S. Louis , époufa Demoiselle Angelique-
Marie Pecquot , fille de Meffire Pierre
Pecquot , Seigneur de S. Maurice , Confeiller
honoraire du Parlement en la Grand Chambre,
& de Marie- Claude Dapogny.
Dame
2542 MERCURE DE FRANCE.
Dame Louife Françoife Phelippeaux de la
Vrilliere , fille de feu M. le Marquis de la
Vrilliere , Miniftre & Secretaire d'Etat , &
femme de Meffire Louis - Robert- Hippolite de
Brehan , Comte de Plelo ; Meftre de Camp
d'un Regiment de Dragons de fon nom , accoucha
le 29. Octobre d'un fils.
le
RONDEAU , à PAuteur du Dixain
fur l' Amour , imprimé dans le Mercure
du mois d'Aouft , page 1773. pour
confoler de ce que fes vers font devenus
publics.
P
Our te cacher eut-il fallu , beau Sire ,
Si tendrement chanter du Dieu d'Amour,
Et les douceurs & l'aimable martyre ,
Devois fçavoir que fous un tel empire ,
Secret envain veut fe fouftraire au jour
Pareil fujet a donc ne faut élire ,
Et fur ce ton ne plus monter ta lyre ;
Car te le dis , c'eft un mauvais détour ,
Pour te cacher,
Mais me diras ; demangement d'écrire ,
Bien fort me point , n'y vois d'autre fecours
Que de G ** imiter le contour ,
Troquer d'efprit. Nul ne voudras me lire ,
Eh !
OCTOBRE . 1725. 2543
Eh bien ! tant mieux , ce fera le vrai tour ,
*****
Pour te cacher.
********
EDITS , ARRESTS , & c.
RREST dus. Juin , portant établiſſe-
Ament d'un Bureau General de Correfpondance
entre tous les fujets du Roi , pour faciliter
la recette des Rentes , Gages Augmentations
de gages , Penfions , & autres fommes
payables à Paris , par lequel il eft ordonné ce
qui fuit.
1
"
ARTICLE
PREMIER.
Qu'il fera inceffamment établi à Paris un
Bureau general par le fieur Brehamel ; à l'effet
de recevoir pour les Particuliers qui le requerront
, tous arrerages de Rentes , Gages , Augmentations
de gages , Penfions , & autres fommes
de quelque nature que ce foit , payables
à Paris , tant par les Tréforiers , Receveurs &
Payeurs des Deniers Royaux , que par
les autres
Sujets de Sa Majefté , & ce durant le
cours de vingt années ; à quoi Sa Majesté a
fixé la durée du Privilege porté par le preſent
Arreſt. 11.
Pourront neanmoins les Rentiers , Parties
prenantes & autres , faire toucher leurs Deniers
par qui bon leur femblera , & en ufer à
cet égard ainfi qu'ils auroient pû faire par le
paffé; Sa Majefté n'entendant par le prefent
déroger à cet égard , aux droits & ufages ac
coutumez.
III.
Ledit fieur Brehamel aura des Affociez au
nombre de quatre au moins , qui n'auront
K qu'une
· 2544 MERCURE DE FRANCE.
par
qu'une Caifle commune , & demeureront fo
lidairement garans & refponfables en leurs
propres & privez noms , des Deniers qui auront
été reçûs pour le Public , tant par eux
que par leurs Commis & prépofez ; & ne
pourront lefdits deniers être employez ni dé
livrez qu'en vertu des ordres de ceux à qui
ils appartiendront , fous les peines portées
IV. les Ordonnances.
Ledit fieur Brehamel & fes Affociez , tiendront
chacun à leur égard , des Regiltres cottez
& paraphez fans frais , par le fieur Lieutenant
General de Police de la Ville de Paris ,
fur lefquels ils enregistreront journellement &
de fuite , fans aucun blanc , conformément à
l'Edit du mois de Juin 1716. & à la Declaration
du 4. Octobre 1723. toutes les Quittances
& décharges qui leur feront fournies , enfemble
toutes les fommes qu'ils recevront ;
lefquelles ils feront tenus de remettre incon
tinent après que le payement leur en aura été
fait , aux Proprietaires , leurs Procureurs ou
ayans caufe , à défaut de quoi ledit fieur Bre .
hamel & fes Affociez y feront contraints par
toutes voyes.
V.
Ils feront pareillement tenus de donner avis
aux Rentiers , Parties prenantes & autres ,
des fomnes qu'ils auront reçûes pour chacun
d'eux ; & ce dans les trois jours fuivans immédiatement
la Recette . VI .
Les deniers appartenans à ceux qui demeurent
à Paris , feront délivrez par le Caiffier du
dit Bureau general , fur leurs ordres par écrit ,
à la prefentation defdits ordres ; & les fonds
de ceux qui font domiciliez en Province , feront
payez à Paris fur leurs Lettres de change
à vûë , tirées für ladite Caiffe , ou leur feront
envoyez en Lettres de change payables à leur
ordre
OCTOBRE 1725 2545
ordre à vûë , dans le lieu le plus prochain de
leur domicile où il y aura Bureau des droits
du Roi. VII.
Ordonne Sa Majefté qu'il ne pourra être
fait aucune faifie ni oppofitions ès mains dudit
fieur Brehamel ou fes Affociez , pour les
empêcher de délivrer aux Proprietaires les deniers
qu'ils auront reçûs ; & en payant par
eux aufdits Proprietaires , fans avoir égard
aux oppofitions & autres empêchemens qui
pourroient furvenir , ils en demeureront bien
& valablement déchargez.
VIII.
Permet Sa Majesté audit fieur Brehamel &
fes Affociez , de retenir par leurs mains pour
leurs falaires & droits de recouvrement , quatre
deniers pour livre fur les fommes qu'ils.
auront reçûës , fans qu'ils puiffent exiger autres
ou plus grands droits , à peine de concuffion
; bien entendu neanmoins qu'ils feront
en outre rembourfez par ceux qui s'adrefferont
à eux , des ports de lettres & paquets
qu'ils recevront au fujet de leurs affai-
IX. res.
En cas de conteftations pour raifon des
fonctions dudit fieur Brehamel & de fes Affeciez
, la connoiffance en appartiendra à la
Jurifdiction des Juges- Confuls des Marchands
de la Ville de Paris , aufquels Sa Majesté attribue
à cet effet toute Cour & Jurifdiction
icelle interdifant à tous autres Juges ; pour
être lesdites conteftations par eux jugées fui.
vant & conformément aux regles prefcritespar
l'Edit de leur établiffement , & par les
Declarations , Arrefts & Reglemens rendus
en confequence , &c.
(
ARREST du 18. Octobre , qui ordonne
Kij que
2546 MERCURE DE FRANCE .
que les Ecus de dix au marc , fabriquez ou
reformez en confequence des Edits des mois
de May 1718. & Septembre 1720. Enſemble
les Tiers , Sixièmes & Douziémes defdits
Ecus , continueront d'avoir cours jufques &
compris le dernier jour du mois de Decembre
prochain.
III. à
•
300. liv.
Par Ordonnance du Roy du 25. Juin der
nier , concernant les Capitaines & Lieutenans
reformez d'Infanterie de Cavalerie & de
Dragons , S. M. a reglé les Penfions qui feront
données auxdits Officiers fuivant l'ancienneté
de leurs commiffions, à commencer au 1- Juil.
let dernier , fçavoir , 36. Capitaines d'Infanterie
réformez à 400. liv. par an , 458. autres
Capitaines, à 300. liv. 136. à 250. liv. & 65.
à 200. l. 147. Lieutenans à 159. liv. 219. Capi- 1.
taines de Cavalerie à 600. liv. 179. à 500. liv.
liv. 400.
Lieutenans à 115.
336. à 250. liv. 48. à 200 liv. 57. Capitai
nes de Dragons à 500. liv . 85. à 400. liv.
37. à 300. liv . 47. Lieutenans à 250. liv . 70.
à 200. liv. & 5. à 150. liv. Il y a outre le
nombre de tous lefdits Officiers dénommez
par ladite Ordonnance , 23. Capitaines réformez
qui ont confervé leurs anciens apointemens
, & 17. Capitaines & quatre Lieutenans
qui ont obtenu leur réformé en recompenfe
des fervices qu'ils ont rendu pendant la con .
tagion de Provence. Par la même Ordonnance
S. M. accorde à tous ces Officiers réformez,
la permiffion de refter chez eux , où elle fera
payer leurs Penfions fur des Certificats de
vie , &c.
Le Roy, par fon Ordonnance du 25 Septembre
dernier , ayant jugé pour le bien de
fon
OCTOBRE 1725. 2947
fon fervice de faire une augmentation dans
fes Troupes , a augmenté les Compagnies
des Regiments de fon Infanterie Françoife
de huit hommes chacune , & celles des Regiments
de Carabiniers , de Cavalerie & de
Huffarts , de dix Maîtres auffi chacune : &
voulant faciliter cette levée en donnant aux
Officiers un temps fuffifant pour faire leurs
recrues , & n'amener à leurs Compagnies que
des hommes en état de bien fervir , S. Ma
trouvé bon de leur accorder fix mois , pour
rendre leurs Compagnies complettes ; fçavoir
, celle d'Infanterie fur le pied de 40. hommes
, & celles de Carabiniers , de Cavalerie
& de Huffarts fur le pied de 35. Maîtres chacune
, les Officiers non compris , & c.
Par autre Ordonnance du 10. Octobre ,
S. M. a fait une diminution de 480. Gardes ,
fur les quatres Compagnies des Gardes du
Corps , à raifon de 120. Gardes par Compagnie
& de 20. par Brigade.
Par autre Ordonnance du même jour , S. M.
ayant confideré que les 200. Privileges accordez
pour la Compagnie des Gendarmes
de fa Garde par les Roys predeceffeurs de
S. M. ont toujours fubfifté fur le même pied
fans variation , S. M. s'eft déterminée en confervant
ces Privileges dans leur entier , a retrancher
feulement la paye de 40 Gendarmes
de ladite Compagnie , à commencer du
premier Novembre , en les y laiffant comme
réformez fans paye , & pour cet effet elle trouve
bon , qu'à l'exception de la paye , ils jouiffent
de tous les droits & Privileges , dont
-jouiffent ou doivent jouir les autres Gendarme
de fa Garde ordinaire , & c.
K iij Par
2548 MERCURE DE FRANCE.
Par autre Ordonnance du même jour.S. M.
conferve auffi les 200. Privileges accordez à
la Compagnie des Chevaux- Legers de fa Garde
ordinaire , S. M. retranche ſeulement la
paye de 40. defdits Chevaux - Legers , à commencer
au 1 Novembre , jouiront auffi de tous
les droits & Privileges des autres Chevaux-
Legers de fa Garde ordinaire , & c.
Par autre Ordonnance du même jour , S. M.
ordonne qu'à commencer audit jour 1. Novembre
, il fera reformé so. Moufquetaires
du Roy de chaque Compagnie , pour ne les
plus entretenir que fur le pied de 150. chacune
,y compris les Brigadiers & les Sous-
Brigadiers , &c.
Par autre Ordonnance du même jour , S. M.
ordonne que fa Compagnie de Grenadiers à
Cheval , compofée de 134. fera reduite au 1 .
Novembre à 84. compris quatre Tambours ,
S. M. trouvant bon que les Grenadiers qui fe
trouveront furnumeraires , demeurent à la
fuite de ladite Compagnie , pour y être entretenus
à pied , à raifon de onze fols par
jour jufqu'à ce qu'il y ait des places vacantes
our les remplir , &c.
J
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
Octobre , & j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris , le s . Novembre
1725 .
HARDION.
TABLE
L
Ettre fur une Queſtion de Diplomatiqué.
2319
2355
Vers fur l'arrivée de la Reine.
Lettre fur le Roi Stanillas , & fur fa Maifon.
2357
Cupidon au Trône , fur le Mariage du Roi .
2363
Lettre de Conftantinople , entrée du General
Romanshof , & c.
2367
Epître en vers. 2382
feille.
Réponse de M. Gerbier.
Lettre fur le Phenoméne du Port de Mar-
Addition a la Relation du Mariage du Roi.
2389
2395
Harangue faite à Metz à la Reine.
Autre Harangue à Châlons.
Harangues du Grand Confeil.
Réjouiffances à Genève.
2398
Ibid.
2400
2403-
Remerciment en vers fait au Roi , & c. 2404
Te Deum & Réatices & Caqnos) > mai
Réjouiffances à Grenoble.
Fête à Venife pa le Comte de Gergi .
A Soleure par le Marquis d'Avaray.
Compliment de l'Univerfité au Roi &
•
Reine .
2408
2412
2417
2419
à la
2428
2425
Sonnet Gafcon fur le Mariage du Roi .
Caufe plaidée au College de Louis le Grand ,
& c.
Enigmes & Explications.
2428
2456
Nouvelles Litteraires des beaux Arts , & c.
L'Indifcret , Comedie .
2458
2461
Hiftoire des trois Ordres Militaires , Regulers
, & c.
Le Vice Puni , ou Cartouche , Poëme .
2462
2465
Nouvelles Eltampes du Chevalier Dorigni
2481
Chanfon.
2486
Spectacles , les Précieufes Ridicules , &c. 2487
Nouvelles du Temps , de Perfe , &c.
Extrait d'une Lettre écrite de Tunis.
Lettre écrite d'Alger , & c.
2494
2498
-2499
Nouvelles de Ruffie , de Pologne , & c. 2504
Relation de ce qui s'eft paffé à Bruxelles à
l'arrivée de l'Archiducheffe , Gouvernante
des Pays- Bas.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
2515
2523
Fait fingulier arrivé à Fontainebleau. 2528
Arreft celebre , Mariage caffé. 2532
Nouvel Etat & départemens des Miniftres &
Secretaires d'Etat
2533
Naufrage.
2536
Proceffion des Efclaves rachetez.
2539
2540
2542
Morts , Mariages & Naiffances.
Rondeau.
Edits , Arrefts , Ordonnances pour la réforme
& augmentation des Troupes , & pour
les Penfions des Officiers réformez.
Medaillontray 2485.
Errata de Septembre , 2. volume,
PAge2i
2546
Age 2 i 57. 1. 9. Meziere , Ville de Champa ,
gne fur la Meuze , & c . lifez Meziere
petit Village de l'Evêché de Metz.
Page 2168. ligne 9. Jean fut tué , lifez Jean,
Duc de Bourgogne , furnommé Jean fans
peur , fut tué.
Page 2206. ligne 11. ajoûteż au dernier mot
REX.
A la même page le Graveur en Taille - douce
de la Medaille du Roi , a mis dans l'Exer
gue Pontis bellaqueo , pour Fonti bellaqueo.
La Medaille gravée doit regarder ja p. 2485
L'dir noté regarde la page 2486
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIE AU ROT
NOVEMBRE 1725.
QUÆ COLLIGIT SPARGIT
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXV.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
AVIS.
L
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
Cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port .
comine cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Eirangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
de
la premiere main , & plus promptement,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs pa-
& de les faire quets fans perte temps ,
porterfur l'heure à la Pote , ou aux Mef
Jageries qu'on lui in liquera.
Le prix eft de 30.
fols.
2549
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
Ror
NOVEMBRE 1725.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
A LA REINE ,
En lui prefentant le Poëme de Clovis,
Ue j'aime à contempler de fi pompeules
Fêtes !
L'Hymenée & l'Amour de fleurs
parent leurs têtes ;
Et jamais de concert allumant leurs flambeaux
,
A ij lls
2550
MERCURE DE FRANCE.
Ils n'ont brillé de feu ni fi purs ni fi beaux.
Ils font les fürs garants du bonheur de nôtre
âge .
REINE , de vos vertus ce bonheur eft l'ou
vrage :
C'eſt en yous , en mon Roi , que l'Eternel a
mis
Le principe fécond des biens qu'il a promis .
Regnez par vos vertus , & qu'à ce vafte
Empire
Vôtre exemple éclatant à jamais les infpire :
Digne de commander à l'Univers entier ,
Des Trônes les plus hauts occupez le premier
:
Vous avez de Louis captivé la tendreffe ;
La bonté genereuſe , & la douce fageſſe ,
Les graces , les attraits des volontez vainqueurs
,
Un mot , un feul regard vous gagnent tous
les coeurs.
De l'Empire François celebrant la miffance
,
Je m'applique à traçer fa premiere puiffance ,
A montrer que les Rois fucceffeurs de Clovis ,
Ont été par le Ciel fur le Trône établis
Que vôtre pieté , vôtre foi , vôtre zele ,
Pour
C
NOVEMBRE.
1725. 255
Pour retracer Clotilde offrent un beau modeles
Des plus hautes vertus fi je veux l'animer ,
C'eft fur vous feulement que je dois la for
mer :
C'est vous que j'attendois pour puifer dans .
vôtre ame ,
Des traits de cette foi, de cette vive flame ,
Dont autrefois Clotilde embrafa les François
1
Comme d'elle , le Ciel de vous auroit fait
choix :
Bien-tôt de fa promeffe un fils fera fe gage :
Et le Pere & le Fils admirez de nôtre âge ,
Rendront à l'Univers ce Roi fi regretté ,
Le modele éternel de la pofterité :
Vous aimerez encore à montrer à la Seine ,
La vertu du Heros , honneur du Boriftene.
Pour chanter le beau noeud qui vous joint
à LOUIS ,
Je fufpends des travaux à fa gloire entrepris :
Les Sciences , les Arts , que vôtre afpect ranime
,
Vont par d'heureux efforts meriter vôtre eftime
:
D'un accueil favorable honorez mon projet ,
REINE, un prix fi flateur eft mon unique objet.
S. DISDIER , Chevalier de S. Lazare.
A iij CLA2552
MERCURE DE FRANCE.
CLAVECIN pour les yeux , avec
l'art de Peindre les fons , & toutes
fortes de Pieces de Mufique..
Lettre écrite de Paris le 20. Fevrier 17 254.
par le R. P. Caftel , Jefuite , à M.
Decourt , à Amiens..
Ardon , mon très - cher Monfieur , fi
Pievous ai fait filong -temps attendre
le plaifir que vôtre amitié vous fait trou
ver dans ce que vous voulez bien appeller
mes découvertes . Je ne fuis pas
naturellement myfterieux , & je pourrois
l'être pour bien d'autres , que je ne
le ferois nullement pour vous. Mais je
ne vois pas qu'il y ait rien à perdre , ent
communiquant au Public fes penſées
lorfqu'elles font nouvelles ; c'eft l'unique
creufet dont l'épreuve puiffe nous
en faire connoître la folidité ou le foible :
ainfi vous ferez de ce que je m'en vais
vous dire , tout l'ufage que vous jugerez
à propos montrez- le , ne le montrez
pas , le voici :
Je ne crains pas d'en dire trop , lorf
que je donne le nom de belle , ou du
moins de jolie chofe au Clavecin en
queſtion.
NOVEMBRE 1725.
2553
queftion. Car que peut- on en fait d'art
imaginer de plus curieux que de rendre
vifible le fon , & de faire les yeux confidents
de tous les plaifirs que la Mufique
peut donner aux oreilles ? & que diroit
Brebeuf, lui qui prodigue les plus magnifiques
éloges à la fimple écriture
qu'il appelle l'art ingenieux de peindre
la parole & de parler aux yeux que diroit-
il de l'art non de réveiller fimplement
l'idée de la parole , & du fon par
des caracteres arbitraires & inanimez ,
tels que font les lettres de l'Alphabet , ou
les notes de la Mufique ; mais de peindre
ce fon & toute la Mufique dont il
eft capable ; de les peindre , dis - je , réelą
Lement , ce qui s'appelle peindre , avec
des couleurs , & avec leurs propres couleurs
; en un mot , de les rendre fenfibles
& prefents aux yeux , comme ils le font
aux oreilles , de maniere qu'un fourd
puiffe jouir & juger de la beauté d'une
Mafique , auffi bien que celui qui l'entend
, & que reciproquement , malgré le
proverbe, un aveugle puiffe juger par les
oreilles de la beauté des couleurs.
Vous regardez d'abord ceci comme des
Paradoxes d'une fpeculation outrée , que
la realité doit anéantir comme tant d'autres
; mais non , je n'en rabats rien , & je
yous declare que vous ne fçauriez prendre
A iiij trop
2554 MERCURE DE FRANCE:
trop en rigueur ce que je vous en dis : mair
je ne me contenterai pas d'affirmer & de
promettre je vous connois opiniâtre à
ne vous rendre qu'à des raifons de fait
& de Geometrie : en voici , je penfe
de cette double forte ; car il ne faut pas
croire que par ce qu'on dit des chofes
nouvelles , on foit moins fondé en preuves
que la plupart de ceux qui ne nous
difent que des chofes communes & furannées.
Pour moi , que la chofe foit vieille
ou nouvelle , je n'eftime que ce qui eft
prouvé , & non- feulement je confens ,
mais je vous exhorte même à ne vous
rendre à ce que je vais vous dire qu'autant
que vous le trouverez démontré. Je
veux même, en ſtile de Socrate, que la démonftration
précede la propofition & la
conftruction de la chofe , afin que vous
ayez le plaifir vous - même d'en faire la
découverte , car vous fçavez que j'aime
fort l'analife ; commençons
.
De tout temps on a compare la lumiere
avec le fon ; mais je ne connois
perfonne qui ait pouffé ce parallele plus
Join que vôtre bon ami Kircher , lequel
effectivement n'étoit point homme à
effleurer poëtiquement une comparaiſon
& qui étoit né pour épuifer toutes les
idées un peu fecondes : auffi tous fes ourages
font-ils pleins defemences de décou
?
verNOVEMBRE
1725. 2555
vertes , témoin celles que tant d'Auteurs
du fecond ordre en tirent tous les jours.
Jamais homme n'a eu à un plus
haut degré que Kircher l'efprit Geometrique
d'analogie & de comparaifon qui
fait les découvertes , & érige les chofes
en fyftême , c'est- à - dire , en corps de
fcience . Je fçais bien qu'il y a des gens ,
& j'en connois même qui n'aiment pas
toutes ces analogies ; mais entre nous les
efprits fuperficiels ne font pas rares ,
je fçais bien que tout le monde n'a pas
l'efprit de la Geometrie ; car vous êtes
trop Geometre pour ignorer que toute la
Geometrie elt analogique dans la marche ,
& que jamais dans aucune fcience on ne
peut découvrir une verité quelconque
qui ne foit le quatrième ou troifiéme
terme d'une analogie , par laquelle on
compare entr'elles des chofes connues
pour découvrir cette verité inconnuë.
&
Or Kircher appelle fans façon le fon ,
le Singe de la lumiere , fimiam lucis , &
avance hardiment , non fans y avoir bien
penſé ,
, que tout ce qui fe rend fenfible
aux yeux , peut être rendu fenfible aux
oreilles , & reciproquement que tout ce
qui eft l'objet de l'ouie , peut devenir
Pobjet de la vûë , cela eft fort , mais cet
ho nme-là n'eft vôtre bon ami , que par-
A v
2556 MERCURE DE FRANCE.
ce qu'il eft de la fecte de ceux qui n'a→
vancent rien fans preuve.
Il fait donc remarquer 1 ° que le fon
fe répand tout autour comme la lumiere :
en lignes droites . 2 ° . Qu'à la rencontre
des corps impenétrables il fe réflechit ,
& fe réflechit 3 ° à angles égaux comme
la lumiere. 4° Que fi les corps font penetrables
, il les penetre , en fouffrant comme
la lumiere une réfraction qui le détourne
un peu de fon chemin. Sont - ce - là
des preuves , ou n'eft ce qu'une analogie
vague mais ce n'eft pas tout , &
nous ne faifons que commencer ; fuivons
donc nôtre Allemand. 5 ° La lumiere
rencontrant un corps concave fe
réflechit en un point où fa réunion forme
un foyer ardent : le fon à la rencontre
des corps concaves fe réflechit en un
point où fa réunion forme auffi un foyer
réfonnant , c'est- à - dire , un écho . En voi--
ci bien d'autres , mais toûjours des faits .
6. On fait des Lunettes de longue vûë ,
qui rendent prefents aux yeux les objets
éloignez Kircher ne nous a- t'il pas appris
à faire des Lunettes de longue ouie ,.
c'eft- à - dire , des Trompettes parlantes ,
foi difant d'Angleterre , ou du Chevalier
Morland , qui a fçû s'en faire l'inventeur
27. ou 30. ans après Kircher. Je poufferai
la comparaifon jufqu'au bout , quand.
Les
4
NOVEMBRE 1725. 2557
les anti- Analogiftes en devroient enra
ger. 7 ° On fait des Microscopes pour
diftinguer les plus petits objets : croirezvous
bien qu'on faffe des Microscopes
d'oreille pour diftinguer les fons les plus
petits & les plus inarticulez ? & ne faiton
pas , & Kircher n'apprend- il pas a
faire des Cornets qu'un fourd met à fon
oreille pour recüeillir les fons les moins
forts & les chambres parlantes , dont
le même Auteur donne auffi l'artifice , &
dont vous en avez vû ici à l'Obfervatoire,
ne font- elles pas de vrais Microscopes·
auriculaires qui font diftinguer les fons
qu'on feroit bien éloigné de diftinguer
fans ce fecours ? Enfin 8 pour terminer
ce parallele qui n'eft pas fi Poëtiquet
qu'il ne foit auffi tout Philofophique , le
fon & la lumiere ne confiftent- ils
également dans les tremouffemens in--
fenfibles des corps fonores & lumineux ,
& du milieu qui les tranfmet juſqu'à
nos oreilles ?
pas
Pourquoi donc , difois -je , en fuivant
le fil de cette analogie ? Pourquoi ne fe--
roit on pas des Clavecins oculaires , comme
on en fait d'auriculaires ? C'eft encore
à nôtre bon ami que je dois la naif--
fance d'une fi riante idée. Je lifois fa'
Mufurgie il y a deux ans : j'y trouvai
quelque part , que fi dans le temps d'un
A-vj beau
!
2558 MERCURE DE FRANCE.
beau concert , nous pouvions voir l'air
agité de tous les fremillemens divers que
les voix & les inftrumens y excitent
nous ferions tout étonnez de le voir femé
des couleurs les plus vives , & les
mieux afforties ; voilà une de ces idées
que j'appelle des femences de découvertes.
Jugez li je la faifis bien vîte avec le goût
que j'ai pour tout ce qui va à la perfection
des Arts & des Sciences , & fi je
m'empreffai de la faire éclore & de la
meurir , mais à loifir ; car il ne faut pas
croire qu'une découverte raifonnée fe
falle tout d'un coup , & par une espece
de hazard , comme le difoit l'autre jour
un bel efprit , qui furement n'en a jamais
fait , fi ce n'eft peut- être de celles
qui fe font par hazard.
י
Ici je repreads mon parallele entre la
lumiere & le fon , ou plutôt je l'éleve
un dégré plus haut , & ce font déformais
les affections de la lumiere que je compare
avec celles du fon. La lumiere modifiée
fait les couleurs, le fon modifié fait
les Tons. Les couleurs mêlées font la
peinture , les Tons mêlez forment la Mufique.
Il s'agit donc de voir fi l'analogie
ébauchée entre la lumiere & le fon , fe
foutient entre les couleurs & les Tons ,
entre la Peinture & la Mufique , rien
m'eft mieux foutenu , défiez- moi de le
prou
NOVEMBRE 1725. 2559
ver ; mais je ne vous le confeille pass
car 1 ° j'ai toûjours mon Allemand à mon
côté qui m'apprend encore que les couleurs
fuivent la proportion des Tons de
la Mufique , & qu'à chaque Ton répond
chaque couleur ; il eft vrai que Kircher
ne donne point de preuve bien précife de
ce qu'il dit -là , il en parle en homme que
la force de l'analogie & du fyftême entraîne
, & qui fent bien plus ce qu'il dit ,
qu'il ne peut le rendre fenfible à tout
autre qui auroit à un moindre dégré
l'efprit d'analogie & de fyftême ; en un
mot, il en fait la découverte , eu plutôt il
découvre la chofe , laiffant à d'autres le
foin d'en découvrir les preuves préciſes..
Du refte, 2 fon fentiment s'accorde avec
celui de ceux qui l'ont le meilleur à cet
égard : confultez les Peintres , entendez les
parler, lifez leurs livres ; fans ceffe ils nous
parlent de Tons & de demi Tons de couleurs
, d'accords de couleurs , d'harmo
nie de couleurs , de diffonances même
de couleurs , tout comme Kircher . Entendez
parler d'un autre côté les Muficiens
, je dis ceux qui fçavent parler ,
& qui ont quelque connoiffance des Belles
-Lettres & des beaux Arts , ils vous
diront que telle piece de Clavecin eft
bien deffinée , que le chant a fes figures ,
que les diffonances doivent être nuan-
, cées
,
2560 MERCURE DE FRANCE.
cées , que leur mêlange avec les accords
confonants imitent le clair- obfcur , &
mille autres chofes femblables , qu'il vous
faut , fi vous le voulez bien , regarder
comme des affaires de fait , étant des affaires
de fentiment fondé fur les plus fimples
& les plus conftantes experiences.
Mais le fait eft certain , les cou
leurs ont leurs Tons précis qui fuivent
entr'eux les mêmes proportions que les
Tons de la Mufique , c'eft ce qu'a verifié
le celebre Anglois M. Newton , tant il
eft vrai que nôtre Allemand avoit l'odorat
& le fentiment bon , tant il eft vrai
que l'analogie eft une bonne clef pour
faire des découvertes , & les premieres
découvertes des chofes. Comme vous
avez , je penfe , l'Optique de M. Newton
, c'eft- là que je vous renvoye pour
y voir toutes les couleurs bien diapafonnées
, avec leurs octaves , quintes , tierces
, & feptiémes. Je vous dirai même
que fi vous voulez vous donner la peine
ou plutôt le plaifir de faire les belles experiences
qui font dans cet excellent Livre
,
1
il ne tiendra qu'à vous de trouver
les repliques , le chromatique , & tout un
clavier de couleurs , à la réſerve de la'
quarte & des bémols qui en dérivent ,
que vous ne trouverez jamais jufte , parce
que la nature dans les couleurs , non
་
plus
NOVEMBRE 1725. 2561
plus que dans les Tons , ne nous donne
point de diffonance , & qu'elle eft l'ouvrage
de l'art , ainfi que je vous l'ai autrefois
démontré par les nombres , qui
font de furs garants de l'incommensurabilité
de cette quarte bemolifée & diffonante
; je dis la quarte du Ton , & non
celle qui n'eft que le renversement de la
quinte , car celle- ci eft confonante com
me la quinte qu'elle reprefente.
·
Voilà mes préliminaires pour parvenir
à la conftruction de mon Clavecin
oculaire ; car quand j'en fuis- là , je me
trouve fort avancé , mais je fçais bien
que tout n'eft pas fait ; je vous avoüerai
même que le plus difficile refte à faire ,
ou pour mieux dire , tout refte à faire ;
car jufques- là ce n'eft que la partie theo--
rique de l'art ; or c'eft la pratique que
vous demandez , & que je vous ai promife
; mais dans les nouveautez il faut
toûjours commencer , pour fe concilier
l'attention , par , par bien établir la poffibilité ::
venons donc au fait , mais toûjours pas
pas ; car ce n'eft pas en artiſan , mais en
Philofophe que j'ai entrepris de vous démontrer
ce nouvel art : quand je parle à
un Luthier je lui dis faites ceci , faites
cela , mais à vous je dis , voici comme
j'ai crê devoir faire.
Un des grands obftacles que j'ai d'a
à
bord
2562 MERCURE DE FRANCE.
bord trouvé à réduire ma fpeculation
en pratique , a été comme il arrive dans
l'idée même de la chofe ; car les nouvelles
découvertes ont toûjours à combattre
bien plus d'obftacles imaginaires que de
réels . La lumiere & les fons qui d'abord
m'avoient paru marcher fur des lignes
paralleles , m'ont de plus près paru s'éloigner
par un endroit , où moins opiniâtre
que moi, eut defefperé de pouvoir
jamais les concilier ; j'y trouvois une
difference effentielle par rapport à la
pratique . On fixe fur une toile les couleurs
, & on les manie affez comme on
veut mais les fons intraitables , & toujours
fugitifs ne fçauroient être fixez
dans l'air ou dans le corps qui les produit
ceci merite une très grande attention
, & il y a bien des égards à avoir
& bien des réflexions à faire pour acheminer
une entreprife comme la mienne
à fon but : prêtez - vous un peu à ce que
je vous dis ici.
Qu'un Peintre & un Muficien viennent
en même temps pratiquer leur art
dans ma chambre quand ils en forti
ront , l'un me laiffera un beau tableau ,
que je pourrai contempler à loifir , au
lieu que l'autre qui n'a travaillé que fur
l'air , & tout-à -fait en l'air , laiffera cet
ais même fur lequel il a travaillé , dans
toure
NOVEMBRE 1725. 2565
toute fa fimplicité , & en quelque forte
dans tout le dénument où il l'a trouvé.
C'eft toûjours une table rafe fur laquelle
on a veritablement l'avantage de pouvoir
travailler de nouveau ; mais fur la
quelle on eft en effet obligé de travailler
fur nouveaux frais , toutes les fois qu'on
veut en tirer quelque chofe qui falſe
plaifir. Les beautez de la Mufique ne
fubfiftent que dans l'inftant où on les enfante
, & comment une piece entiere de
Mufique furvivroit-elle à fa naiflance ?
les divers morceaux de la même piece
ne fubfiftent jamais enſemble , l'un renaiffant
comme des cendres de l'autre.
Ce n'eft que par imagination & par fouvenir
que nous pouvons envifager toute
une piece de Mufique en même temps.
Et ce caractere fugitif eft fi effentiel à
cet art , que dans le Clavecin où les fons
ne font pas naturellement fort durables ,
ils le feroient même trop , fi côte à côte
de la petite plume qui fait parler les cordes
, on ne mettoit un petit morceau d'écarlatte
, qui leur coupe en quelque forte
brufquement la parole. Vous fçavez
même que les plus grandes beautez de la
Mufique.confiftent dans les fugues qui
rendent encore plus fenfible fon caractere
volage & fugitif.
Remarquez cependant que le fon ne
Jaiffe
2564 MERCURE DE FRANCE.
}
laiffe pas d'être auffi durable qu'on le
veut , témoin le fon de l'Orgue qui dure
au gré de l'Organifte : il femble donc
qu'on pourroit rendre une piece de Mufique
auffi durable qu'un Tableau , en
rendant durables les fons qui la compofent.
Mais c'est là que la Mufique pas
roît effentiellement differente de la Peinture.
Les couleurs d'un Tableau s'y confervent
feparées & bien diftinctes dans
l'ordre & la combinaifon qu'il a plû au
Peintre de leur donner ; mais dans l'air
tous les fons qui fubfiftent en même
temps , s'y confondent , & font bien éloignez
de s'y prefenter diftincts dans l'ordre
que demande une piece de Mufique
pour être entendue. Les couleurs fuivent
Î'étendue des lieux , les lieux font fixes
& permanents ; mais les fons fuivent l'étendue
des temps ; or les temps font
effentiellement fucceffifs & inalliables.
Voilà la difference précife qui ne vient
pas , comme on l'imagine , de ce que le
fon paffe , puifqu'on pourroit le faire
durer , mais de ce qu'il eft effentiel à la
Mufique , qu'il paffe pour ceder la place
à d'autres fons qui lui fuccedent , & qui
fans cela fe confondroient avec lui , en fe
répandant dans le même efpace d'air
qu'il occupe , au lieu que les couleurs
fe tiennent feparées dans les diverfes parties
NOVEMBRE 1725. 2565
ties du même efpace , de la même étenduë.
On ne peut donc faire avec les fons
tout ce qu'on fait avec les couleurs. Mais
ne peut on faire avec les couleurs tout
ce qu'on fait avec les fons ? C'eft là une
autre affaire ; car fi le plus parfait eft
défendu , le moins parfait ne l'eft pas de
même. Le fon eft volage , il feroit plus
parfait de le fixer , on ne le peut ; mais
la couleur eft fixe , il feroit moins parfait
de la rendre volage , & cependant
ce moins parfait feroit une nouvelle perfection
pour le plan que je propofe ; faudra
t'il y renoncer ? non fans doute. Car
dès qu'on connoît un peu la nature des
chofes , on fçait bien qu'il eft toûjours
facile de gâter une bonne chofe , au lieu
que le plus fouvent il eft impoffible d'en
ameliorer une mauvaiſe ..
Or la nature nous a prévenus , elle ne
nous donne point de fon fixe comme les
couleurs ; mais elle étale partout des cou
leurs volages comme le fon. Combien
d'oifeaux dont les plumes ont des cou
leurs fugitives à caufe de leur tranfparence
anguleufe , comme l'a remarqué.
M. Newton après Kircher ? Ce qu'on raconte
même de l'inftabilité des couleurs
du Chameleon , n'eft pas fi fabuleux que
le penfent ceux qui n'ont rien vû , &
qui
2566 MERCURE DE FRANCE
qui n'ont que des yeux pour juger de la
poffibilité des chofes . Les hommes mêmes
n'ont-ils pas l'art de faire des étoffes,
dont les couleurs font variables ; mais le
Prifme paffe en ce genre tout le refte.
C'eft avec ce Prifme que j'avois d'a
bord tenté l'execution de mon Clavecin
oculaire , mais il ne m'a pas fallu bien
du temps pour m'en defabuſer : j'ai eſſayé
bien d'autres manieres ; mais enfin il a
fallu en revenir à celle qui m'avoit d'a
bord paru la plus fimple & la plus facile,
& que j'avois negligé uniquement , parce
qu'elle eft fimple & facile. Vous la mépriferez
peut-être auffi lorfque je vous
l'aurai dite , parce que fous l'idée d'un
Clavecin oculaire , vous vous êtes déja
forgé des refforts & des machines , &
mille je ne fçais quels Palais enchantez ;
je ne doute pas même qu'il n'y en ait
tel qui foupçonne d'abord du grimoire ,
& prefque de la Magie , & qui en voyant
la chofe ne dife comme les Badauts de
Christophe Colomb , quoi ? n'est- ce que
cela ? j'en ferois bien autant ; car rien
n'eſt fi facile à trouver qu'une choſe déja
trouvée ; enfin vous en penferez ce que
vous voudrez ; voici le dénouement de
ce merveilleux Problême .
Qu'eft ce qu'un Clavecin ? c'eſt une
fuite de cordes tendues qui fuivent dans
leus
NOVEMBRE 1725. 2587
leur longueur , & dans leur groffeur une
certaine proportion harmonique qui leur
fait rendre , au moyen d'une languette
qui les pince , tous les divers fons & accords
de la Mufique . Or les couleurs fuivent
la même proportion harmonique ;
prenez- en donc autant qu'il en faut pour
former un clavier complet , & les difpofez
de maniere qu'en appliquant les.
doigts à certaines touches elles paroiflent
dans le même ordre , & la même combinaifon
que fe feroient entendre les fons
correfpondants à ces touches ; mais l'affaire
eft de les difpofer , dites - vous , j'en
conviens , mais il ne fera pas dit qu'on
explique tout à un homme d'efprit comme
vous , fans lui laiffer rien à deviner ;
quand je dis , difpofer , vous comprenez
bien que je n'entends pas qu'il faille les
mettre en l'air , ni même fur une même
toile , puifqu'il faut que l'une puiffe paroître
fans l'autre , ou avec telle autre
que les touches pourront amener fur la
fcene. Avez - vous vû de ces machines
qu'on porte dans les rues , dans lefquelles
à travers un verre on montre au peuple
ce que l'on appelle la curiofité, la
rareté ? C'eft en tirant de petites cordes
qu'on fait paffer en revûe devant les
yeux , des Villes , des Châteaux , des
batailles , & tout ce qu'il vous plaira. Il
faut
2568 MERCURE DE FRANCE:
faut ici qu'en remuant les doigts comme
fur un Clavecin ordinaire , le mouvement
des touches falle paroître les couleurs
avec leurs combinaifons & leurs
accords ; en un mot , avec toute leur harmonie
, qui correfponde préciſement à
celle de toute forte de Mufique. Si vous
étiez ici , je vous expliquerois tout cela
plus en détail , je në fuis pas fâché cependant
que vous cherchiez de vôtre côté
des manieres & des induftries pour la
facilité du jeu , & pour la perfection de
la Machine ; car je ne me flate pas d'avoir
atteint à cette perfection , & j'attends
beaucoup de vôtre fçavoir - faire ,
& de celui des perfonnes à qui vous
Communiquerez tout ceci.
Mais à quoi bon cela ? me diront ceux
qui avant que d'en entrevoir l'execution,
le regardoient comme une fi belle chofe
qu'ils l'auroient crâ parfaitement impoffibles
gens également incapables de faire
des découvertes dans les Arts ; & d'eftimer
ce qu'elles valent , celles qui font
faites par d'autres que par eux fera- ce
donc , diront-ils , un fi grand agrément
pour les yeux, de voir de fimples couleurs
fe acceder l'une à l'autre , ou fe combiner
dff remment enfemble ? étrange fituation
que celle où fe trouve quiconque a quelque
chofe de nouveau à propofer au Public
!
NOVEMRE . 1725. 1569
blic ! on dit que ce Public aime la nouveauté
, & moi je m'engagerois à démontrer
par l'Hiftoire de tous les fiecles
que ce qu'on appelle des nouveautez font
toûjours fort vieillies avant que ce tublic
ait pû feulement parvenir , je ne dis pas
à les aimer , mais même à les comprendre
, & à s'en faire une jufte idée : j'ai
déja trouvé quelques- uns de ces ama
teurs de vieilles nouveautez, & qu'on traite
prefque de Novateurs , parce que par une
grande vivacité de genie ils goûtent un
fyftême cent ans après la mort de l'Au-.
teur ; je leur ai propofé mon deffein , ils:
l'ont d'abord traité de chimerique , mais
lorfque je leur en ai démontré l'execu
tion fi facile que rien n'eft plus facile
ils l'ont méprifée comme chofe trop facile
en effet ; cependant , leur difois - je ,
Pexecution répond préciſement au deffein,
or le deffein vous paroiffoit fi beau que
l'execution vous en paroifloit impoffible.
Le mal de tout ceci c'eft que la plupart
ne connoiffent point où git préciſement
le bien ou le mal , le facile ou le difficile
, le poffible ou l'impoffible de chaque
chofe. Or c'eft à vous que je veux bien
rendre un peu raifon de tout ceci .
Vous aimez fort la Mufique , & vous
ne doutez pas de la beauté d'un Clavecin
ordinaire , parce que vous en avez l'expenence
;
2570 MERCURE DE FRANČE.
perience ; mais concevez- vous bien en
quoi confifte tout le charme de cette Mufique
& de cet inftrument ? car il faut
que des gens comme vous s'accoutument
à raisonner fur ce que le peuple fe contente
de fentir & d'éprouver. Croyez-.
vous que de foi les fons flatent plus
agréablement l'oreille que les couleurs
ne flatent les yeux ? au contraire les plaifirs
des yeux font infiniment plus piquants
, étant plus développez & plus
fenfibles que ceux des oreilles ; fouvenez
- vous du vers d'Horace Segnius irri
tant , &c. En effet prenez en particulier
chacun des fons qui compofent le plus
bel air de Mufique , rien n'eft plus infipide
que ces fons ifolez , fouvent même
rien n'est plus aigre : quoi de plus
aigre ou de plus plat que le fon d'une
Timballe , d'un Baffon , d'un Serpent ,
d'une Trompette même , & de divers
jeux de l'Orgue & du Clavecin ? trouvez-
vous bien charmant de foi le fon d'une
Cloche , ou d'un morceau de bois , ou
même d'un chaudron ? & cependant une
fuite melodieufe ou harmonique de fons
fur tous ces inftrumens , & en particulier
fur des Timballes , des Cloches , des
morceaux de bois , ne laiffe pas de plaire
beaucoup à l'oreille : Kircher ne nous raconte
t'il pas qu'un Prince d'Italie ou
d'AlleNOVEMBRE
1725. 2571
d'Allemagne étant tombé dans une profonde
mélancolie où tout lui paroiffoit
fade & dégoûtant , il n'y eut qu'un Muficien
qui fçût trouver le moyen de le
divertir par un Clavecin d'une nouvelle
forte devinez quel Clavecin ? il rangea
des touches à l'ordinaire , & y mit
des fautereaux armez de pointes trèsperçantes
; or chaque pointe répondoit
au derriere d'un Chat , d'âge , de taille
& de voix competente pour faire un
miaulis bien diapafonné felon toutes les
regles après cela il convint au Prince
de fortir de fa mélancolie , car qui n'en
riroit ? mais c'étoit- là un badinage , que
je ne vous cite que pour faire remarquer
, qu'en effet les fons n'ont d'euxmêmes
aucune beauté , & que toutes les
beautez de la Mufique viennent non du
fon , mais de la fuite melodieufe , & de
la combinaifon harmonique de ce fon multiplié
& varié à propos . Ordinis hac virtus
erit & venus , aut ego fallor.
:
Je raiſonne maintenant , & je concluds
que la même fuite , & les mêmes
combinaifons étant données aux couleurs,
leur procureront les mêmes beautez &
les mêmes charines ; ce qui eft d'autant
plus vrai que les couleurs font par ellesmêmes
infiniment plus riantes & plus
agréables pour les yeux , que les fons
B. ne
2572 MERCURE DE FRANCE .
ne le font pour les oreilles. Tel eft ce
pouvoir de l'harmonie & de la melodie ,
que quoique de foi les couleurs plaifent
plus que les fons ; il eft vrai neanmoins
qu'une belle Mufique fait plus de plaifir
, & a quelque chofe de plus faifillant
que la plus belle Peinture , laquelle eft
par confequent jufqu'ici fort imparfaite
puifqu'avec un fonds plus riche , elle fait
de moindres effets que la Mufique.
Ajoûtez qu'une des principales beautez
de la Mufique vient du naturel fugitif
& volage des fons , & du mouvement
que leur mobilité excite & entretient
dans nôtre ame ; on n'a pas le temps
de fe laffer de ce qui ne fe montre qu'à
un premier coup d'oeil : volages , nous
aimons tout ce qui eft volage : fugitifs ,
nous volons après tout ce qui fuit ; il
fuffit qu'un objet ne fe montre à nous
qu'en paffant pour que nous courions
après. Tout ce qui change eft d'ailleurs
plus fufceptible de var eté , foit parce
que l'objet fe renouvelle fans ceffe , foit
parce qu'après avoir diſparu un moment,
le même objet peut reparoître avec avantage
fur la fcene , & nous paroître tout
nouveau , foit même parce que le même
objet reparoiffant dans un point de vûë,
& dans un aflortiment tout nouveau , il
eft en effet tout renouvellé , & réellement
NOVEMBRE 1725. 2573
ment tout autre. Le principal avantage
de ce nouveau Clavecin , eft donc de
donner aux couleurs , outre l'ordre har
monique , une certaine pointe de vivacité
& de legereté qu'elles n'ont jamais
fur une toile immobile & inanimée.
Mais il faut que je vous communique
une autre maniere encore plus facile de
peindre la Mufique & les fons , en les
fixant même fur une toile , fur une tapifferie.
Concevez - vous bien ce que ce
fera qu'une chambre tapiffée de Rigaudons
& de Menuets , de Sarabandes &
de Paffacailles , de Sonates & de Cantates
, & fi vous le voulez bien d'une reprefentation
très -complette de toute la
Mufique d'un Opera ? On aime à voir .
les couleurs jettées au hazard fur un marbre
, fur une tapifferie , & jufques fur
un papier marbré : laiffons ce plaifir au
peuple ignorant , je vous parle ici d'un
plaifir qui ne laiffera pas d'être fort fenfible
pour l'ignorant , mais qui fera plein .
d'intelligence & d'inftruction pour l'ef
prit le plus fçavant & le plus profond .
Du refte , quoique je n'en aye pas encore
fait l'épreuve , j'ofe vous dire que la
chofe eft certaine , & que la pratique
n'en peut manquer : ayez toutes vos couleurs
diapafonnées , & rangez les fur une
toile dans la fuite la combinaison & le
Bij mêlan574
MERCURE DE FRANCE .
82 mêlange précis des tons , des parties , &
des accords de la piece de Mufique que
vous voudrez peindre , en obfervant toutes
les valeurs , fyncopes , foupirs , croches
, blanches , & c. & rangeant toutes
les parties , deffus , haute contre , taille ,
baffe , & autres , par ordre de contrepoint.
Vous voyez bien que ceci au moins
n'eft pas impoffible , ni difficile, même
pour un Peintre de quatre jours , & que
pour le moins une pareille ta pilferie
vaudra bien celles où les couleurs ne
font que jettées au hazard comme fur le
marbre .
Le Clavecin n'eft pas fi facile à executer
, par un endroit que je vous laiffe
à deviner l'execution en eft pourtant
certaine , au moins jufqu'à un certain
point qui peut fuffire ; mais je n'ai pas
eu encore le temps de le porter au point
où je vife ; fon grand avantage , eft que
fans être Peintre , quiconque joue du Clavecin
ordinaire , peut à chaque inftant
fe donner le plaifir de mille nouvelles
peintures , & de peintures fçavantes &
regulieres , & d'un ordre fuperieur à
tout ce qu'on en a vû jufqu'ici : ce Clavecin
eft , j'ofe le dire , une grande Ecole
les Peintres , qui pourront y trou- pour
ver tous les fecrets des combinaiſons des
couleurs , & de ce qu'ils appellent le
"
claire
NOVEMBRE 1725. 2575
clair-obfcur , & qui y apprendront à par
ler avec intelligence des tons , des diffonances
, & de l'harmonie des couleurs ,
dont ils ne parlent jufqu'ici que par goût
& par fentiment. Mais nos tapifleries
harmoniques auront auffi leurs avantages
; car outre la beauté du coup d'oeil
qui fera pour tout le monde , on pourra
y contempler à loifir , ce qu'on ne peut
jufqu'ici qu'entendre rapidement en paf
fant , & fans réflexion , & puis ne comp
tez vous pour rien le plaifir de voir des
couleurs dans une difpofition veritable
ment harmonique , & dans cette varieté
infinie de difpofitions que l'harmonie
nous fournit. Le feul deffein d'un Tableau
fait plaifir ; il y a certainement un deffein
dans une piece reguliere de Mufique :
or ce deffein ne fe rend pas aflez fenfible
lorsqu'on la joiie rapidement ; l'oeil
le contemplera ici à loifir , il verra le
concert , le contrafte de toutes les parties
, l'effet de l'une contre l'autre , les
fugues , les imitations , les expreffions ,
l'enchaînement des cadences , les progrès
de la modulation. Et croyez- vous
que ces endroits pathetiques , ces grands
traits d'harmonie , ces changemens inefpérez
de tons , qui caufent à tous momens
des fufpenfions , des langueurs ,
des émotions , & mille fortes de peri-
B iij peties
2576 MERCURE DE FRANCE.
peties dans l'ame qui s'y abandonne ,
perdent ren de leur force & de leur
énergie en paflant des oreilles aux yeux,
& de la Mafique a la Peinture , qui déformais
pourra être appellée à bien plus
jufte titre qu'elle ne l'a été jufqu'ici ,
une Mjque muettes mais d'autant plus
efficace pour aller jufqu'au coeur , qu'elle
s'y infinuera avec moins de bruit & de
fracas.
Far exemple , quel effet ne feroit point
une prece de Mulique travaillée comme
celles de M. Raineau que vous estimez
tant , & en particulier fon entretien des
Mufes que les connoiffeurs regardent
comme la piece qui ait jamais été le
mieux deffinée pour le Clavecin , & que.
j'appellerois volontiers le concert des Anges.
Je fuppofe que vous avez vû ces
nouvelles pieces ; l'Auteur y porte la
Mufique pratique à la même perfection ,
à laquelle il en a porté la theorie dans
fon Traité de l'Harmonie.
Voilà , mon très- cher Monfieur , tout
ce que j'avois à vous dire là - deffus ; je
n'ai pas crû devoir vous dire la choſe
nument, & fans l'accompagner de tous
fes principes & raifonnemens auxiliaires
, craignant que vous ne m'accablaffiez
d'objections telles qu'en peut meriter
une chofe fi nouvelle , & que peut vous.
en
NOVEMBRE 1725. 2579
én fournir vôtre bon caractere d'efprit
qui va toûjours à la raiſon des choſes , &
ne fe paye ni de promeffes , ni de paro
les. Adieu, comptez toûjours fur mon amitié
, puifque vous êtes affuré de mon eftime.
J'attends avec impatience le fuccès
de yos petrifications. Caftel , Jef
A Paris , ce 20. Fevrier 1725.
MKKKKKEMaa
LES FETES BISANTINES
Cantate, à l'occafion duMariage du Roi
CO
Le Doux.
Oulez , mes eaux , coulez dans une paig
profonde ,
Trop heureux qui comme vôtre onde ,
Voit dans un plein repos couler fes plus beaux
jours ;
Infpirez , infpirez à tous les coeurs du mondes
Les tranquilles douceurs de vôtre aimable
cours :
Coulez , mes eaux , coulez dans une paix profonde.
Mais quel éclat nouveau ! quels fons hare
monieux
B iiij frap
2578 MERCURE DE FRANCE
Trappent les échos de ces lieux !
Le terrible Dieu de la guerre
Menace- t'il ces rochers fourcilleux ?
Dois - je craindre que fon tonnerre
N'écarte de mes bords les plaifirs & les jeux ?
Le terrible Dieu de la guerre
Vient- il troubler la paix de cet azile heureux 7
La Renommée.
Je ne viens point fur ce rivage
Porter la terreur & l'effror :
Tant que Louis vous donnera la loi ,
4
L'abondance & la paix feront vôtre partage ?
Un nouveau foin pour lui m'engage ;
Dieu de ces bords écoutez- moi.
L'Amour qui fur les Dieux remporte la vic
toire ,
Et qui foumet tout l'Univers ,
N'ofant lui prefenter fes fers ,
Les lui fait offrir par la gloire.
Un, doux Himen a comblé fes defirs ,
Publiez fes bienfaits , celebrez fes plaifirs.
Enfemble.
Un doux Himen a comblé fes defirs ,
Publions fes bienfaits , celebrons fes plaifirs .
2
Le
NOVEMBRE 1725. 2579
Le Doux..
Raffemblez - vous , Nimphes craintives
Venez fur ces aimables rives.
Entré: de Nimphes & de Silvains
de Bergers & de Bergeres.
Que nos coeurs
Choeur.
Contents de leurs Chaînes
Dans leurs tendres peines
Trouvent de douceurs !
Dans nos retraites ,
Sur nos Mufettes ,
Chantons toûjours
Le pouvoir des amours
Sombres boccages >
Charmans ombrages ,
Azile heureux ,
Vous comblez tous nos voeux.
Trifte vieilleffe ,
Des lieux fi doux
Ne font point pour vous.
Riante jeuneffe ,
Reperez fans cefſe ,
B F
Que
2580 MERCURE DE FRANCE .
}
Que nos coeurs
Contents de leurs chaînes
Dans leurs tendres peines
Trouvent de douceurs..
Un Berger.
Lance tes traits , fignale ta puiffance
Regne , triomphe , tendre amour ;
Tes faveurs font nôtre efperance ,
L'on ne craint point tes feux dans ce chap
mant féjour ,
L'on n'y craint que l'indifference.
Lance tes traits , fignale ta puiffance ,
Regne , triomphe , tendre àmour ,
Tes faveurs font nôtre efperance.-
Une Bergere.
Dieu des Amans ,
Je me livre à tes armes s
Dieu des Amans ,
Que tes feux font charmans !
Quand mon coeur évitoit tes allarmes ,
Il ignoroit quel en étoit le prix ,
Mais aujourd'hui j'en connois tous les charmes,
De mon Berger l'autre jour je l'appris.
NOVEMBRE 1725. 258-1.
Le Doux.
A ces jeux , à ces chants qui flatent vos defirs
Mêlez le nom de vôtre augufte maître.
En goûtant vos plaifirs ,
Chantez celui qui les fait naître.
Un
Berger.
Quand pour le mettre au rang des plus far
meux vainqueurs ,
La victoire déja tient ſes Couronnes prêtes ›
Il fait fur nos coeurs
L'effai des plus grandes conquêtes.
Le Doux & la Renommée.
Chantez une Reine charmante ,
Animez vos voix & vos choeurs
Chantez fa beauté triomphante ,
De fon empire annoncez les douceurs
Coeur.
Chantons une Reine charmante , &c.
Le Doux.
Qu'à vôtre zele tout réponde ,
Reverez fes vertus , admirez fes beaux yeux
Quel triomphe eft plus glorieux !
Ses appas ont foumis le plus grand Roi du
monde.
B vj
Chaur
2582 MERCURE DE FRANCE .
Choeur.
¿Qu'à vôtre zele tout réponde , &c.
Le grand Choeur.
De leur augufte nom que ce lieu retentiffe .
Que l'Amour à l'Himen s'uniffe
Pour rendre leurs plaiſirs conftans :
Que le Ciel à nos voeux propice,
Fafle naître à leurs yeux mille nouveaux prin
temps.
Par M. Marin de Chavigni de Be
Sançon.
BELILAHLUI
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Evrense
J
le 30 Septembre 1725. par M. L'E.
à M .... au fujer des explications de
l'Epitap' e de Poiffy , inférées dans le
Mercure de France du mois d'Aonft
1725. pages 1748. .1750.
E n'ai reçû , Monfieur , que depuis
deux jours les Mercures de France
que nôtre Libraire fait venir pour nôtre
Pays : vous verrez dans celui du mois
d'Aouft , deux efpeces d'explications ,
qu'on a données à l'Epitaphe de Poiffy ,
infeNOVEMBRE
1725. 2583
inferée dans le 1. volume du mois de
Juin , page 1194. Je croi que vous ferez
bien furpris du Paradoxe qu'on ofe
avancer dans la premiere de ces explications
; fçavoir , que le R. P. Daniel n'étoit
pas obligé parſon projet de faire mention
de la fepulture des enfans de nos Rois.
Je voudrois bien entendre le P. Daniel
lui-même, pour fçavoir, s'il conviendroit
de ce qu'on ofe ainfi avancer. Bien loin ,
Monfieur , de m'imaginer , que le R. P.
ait rejetté , ou méprifé cette Epitaphe
je croi plutôt qu'il n'en a point eu connoiffance.
Pourroit - on trouver dans toutés
les Bibliotheques une Hiftoire , dans
laquelle on ait omis , ou dans laquelle on
ait dû omettre une telle circonftance .
Pourroit-on trouver quelques curieux ,
qui travaillent à l'Hiftoire , ou qui la lifent
, capables de ne pas fe recrier contre
une pareille propofition.
y
Si dans l'Hiftoire des Rois on doit
parler de la naiffance de leurs enfans ,
on doit de même parler de leur mort ,
ce qu'on ne peut pas naturellement
faire , fans parler & de leurs fepultures
& de leurs Epitaphes . Vous fçavez ,
Monfieur , que ce n'eft , pour ainfi
dire , que par les Epitaphes , que
nous connoiffons les anciennes Hif
toires , & Dieu préferve les nouveaux
Hilto
3584 MERCURE DE FRANCE.
> Hiftoriens de les omettre , elles renfer
ment ordinairement , ou elles doivent
renfermer en peu de mots l'Hiftoire des
perfonnes pour lefquelles on les a dref-
Tées. Ce n'eft point mon fentiment particulier
, c'eft celui de tous ceux qui ai¬
ment l'Hiftoire parmi nous , que l'Epitaphe
dont il s'agit ici , devoit fe trouver
dans l'Hiftoire de France compofée par
le P. D. Elle n'y auroit point été étrangere
, & l'obfcurité de cet Epitaphe qui
n'eft point éclaircie par les deux réponfes
inferées dans le Mercure , avoit befoin
d'un genie auffi clair , & aufſi juſte
que celui du P. Daniel , pour nous en
donner une veritable interpretation . Le
P. Anfelme , dit - on , & MM. de Sainte
Marthe , ont rapporté l'Epitaphe. Mais en
ont-ils levé l'obfcurité en ont- ils donné
la conftruction litterale que nous demandons
?
L'Auteur de la premiere réponfe nous
explique deux mots , & nous lui demandons
l'explication de deux vers . L'Auteur
de la feconde ne dit rien du premier
vers de cet Epitaphe , & nous
donne un apparemment dans fon explication
du mot Reliquo , & c'eft l'expli
cation du premier vers que nous fouhaiterions
, avec toute la certitude qu'on
gourroit fubftituer à cet apparemment.
Enfin
NOVEMBRE 1725. 1585
Enfin nous demandons aux Auteurs des
deux Lettres , la grace de defcendre
pour ainfi dire , en fixième , & de nous
y faire regulierement les parties du theme
pour ce qui regarde les deux premiers
vers. Si vous voulez bien , Monfieur
, leur faire part de cette feconde
Lettre , par la même voye que vous leur
avez communiqué la premiere , je vous
ferai infiniment obligé. Je fuis toûjours
vôtre , & c.
Compliment de la France au Roi Stanislas,.
paffant à Troye en Champagne.
B Rulant de te marquer mon reſpect ; m²
tendreffe ,
Sur l'aîle du defir je vole à mon Mentor ,
Grand Prince , dans ces murs tu répands l'al
legreffe ,
La nouvelle Ilium y voit un autre Hector ;
Hector par le courage , auffi grand qu'Hes
roique ,
Tu veux par les bienfaits reffembler à Titus ,
Puifque tu m'as donné dans une fille unique ;
La Religion même , & toutes les vertus .
Par M. de Caux , Contrôleur General des Ga
belles à Troyes,
EX
2586 MERCURE DE FRANCE .
XX:XXXXXXX XXXX :XX
EXTRAIT de diverfes Lettres de Baffe-
Normandie fur un hauffement & baiffement
fubit de la Mer , écrites à M.
Abbé de S. Pierre.
E Vendredi 13. Juillet de cette
Lannée 17 25. vers le troifiéme jour
de la Lune entre fix & fept heures de
l'après- midi , au Port de Flamanville, visà-
vis , & à la vûë des Ifles de Grenezey ,
il arriva un mouvement de la Mer , qui
fut très- furprenant , & qui fut remarqué
le long de la côte , & dans toute la
Baye ou Anfe qui a trois lieuës de large ,
depuis Flamanville jufqu'à Jobour.
Le temps étoit calme , le vent fouffloit
foiblement du Sud-Oueft , la Mer qui
monte dans ces fortes,de Marées fur ce
te côte d'environ dix pieds , avoit déja
commencé à monter depuis trois heures
& demie , lorfque fur les fix heures &
demie , au lieu de continuer à monter
lentement durant trois heures , elle fe retira
tout d'un coup d'environ cinq pieds
de hauteur , & en moins d'un demi quart
d'heure revint fur les pas , & monta à
T'endroit qu'elle venoit de quitter , nonfeulement
cinq pieds plus haut , & à
Pea
&
NOVEMBRE, 1725. 2587
l'endroit où elle étoit venue dans fa grande
hauteur de la Marée précedente , mais
encore cinq pieds plus haut , c'eft - à -dire
plus de 15. pieds en tout , & puis en un
demi quart d'heure elle baiffa & redef
cendit promptement au point où elle étoit
lorfqu'elle defcendit fi promptement la
premiere fois , au lieu de continuer à
monter .
Enfin à fept heures elle continua à
monter à fon ordinaire environ durant
deux heures & demie , & il ne parut
plus rien d'extraordinaire dans fon flux
& reflux les jours fuivans .
Ce qui eft de fingulier , c'eft que l'on
affure que ce baiffement & cette crue fi
fenfible de la Mer ne s'eft point fait fentir
, ni fur la côte de Cherbourg qui n'eft
qu'à neuf ou dix lieues par Mer , à la
droite de Flamanville , ni à Carteret ,
qui eft à la gauche à fix lieuës , ni même
au Rofel , qui n'en eft pas éloigné de trois
lieuës.
Réflexions.
Ce baiffement & ce hauffement de la
Mer reffemble à celui qui eft arrivé au
Port de Marſeille le 29. Juin 14. jours
auparavant , le R. Pere Caftel ; Jefuite ,
foutient que ces baiffemens & ces hauffemens
font fort frequens le long des côtes
de
2588 MERCURE DE FRANCE.
de Languedoc , & que ceux qui frequen
tent le bord de la Mer y font tous accoutumez
; mais la chofe a paru nouvelle en'
Normandie ; il eft vrai que de vieux habitans
de Cherbourg fe fouviennent d'avoir
oui dire , étant jeunes, à leurs vieux
grands peres qu'ils avoient vu un évenement
pareil à Cherbourg , vers le temps
qu'il y avoit de la pefte , & cette pefte y
vint vers 1624.
A fon Alteffe ferenifime Mademoiselle
de Clermont.
DAignerez-vous , Princeffe , offrir à nôtre
Mon zele , mes refpects , & les fruits de ma
veine ?
Un Poëte guerrier vous implore aujourd'hui
Accordez à du V.... un genereux appui ;
Pour l'obtenir , Princeffe , il ofe ici vous dire ,
Ce qu'à tous les mortels vôtre preſence in
ſpire ;
Qui comme vous aux Dieux eft ſemblable en
beauté ,
Doit fe faire un plaifir d'imiter leur bonté.
A
NOVEMBRE 1725. 2589
A LA REINE.
Difciple du Dieu de la Lyre ,
Rangé fous les drapeaux de Mars ,
Pour ces vers que la gloire infpire ,
Reine , j'implore vos regards ,
Je veux , utile a ma patrie ,
Minftruire dans l'art des Guerriers
Pour mon Roi prodigu / r ma vie ,
Tâcher d'unir les deux Lauriers.
Par un Brevet de Capitaine ,
Seront accomplis tous mes voeux;
Je crois l'obtenir d'une Reine ,
Qui regne pour nous rendre heureux.
En ce jour d'un Monarque aimable ,
Vôtre Hymen comble les fouhaits ;
Quel moment fut plus favorable !
Quel temps plus propre à vos bienfaits *
Par M. B. D ....
T
LET
2590 MERCURE DE FRANCE :
XXX:XXXXXXXXX :XXX
LETTRE écrite par M. le B ………..
Sou-Chantre de l'Eglife d'Auxerre , à
M. De la R. fur l'origine du nom d' Armand.
' Ai fait attention , Monfieur , à la
J'queftion qui a été propofée dans le
fecond volume du Mercure de Juin de
l'année préfente , touchant le nom d'Armand
, què plufieurs grands hommes ont
porté : l'un des plus connus dans l'Eglife
après le Cardinal de Richelieu , eſt à
mon avis le fameux Reformateur de l'Abbaye
de la Trappe. Il ne feroit peut - être
pas impoffible de fçavoir envers quel
S. cet Abbé avoit une dévotion particuliere
, ni quel étoit celui qu'il regardoit
comme fon Patron . Il pouvoit avoir eu
fur ce Saint des connoiffances auxquelles
il nous feroit difficile de parvenir : il y
étoit plus intereffé que nous. Et quoique
je ne croye pas que fes grandes occupations
lui ayent permis de ramaffer fur
fon Saint Patron un volume in folio ;
comme a fait M. Du Sauffay Evêque de
Toul , fur Saint André , dont il portoit
le nom ; ( a ) il pourroit fe faire cepen-
(a) Ce volume eft intitulé : La Gloire de fains
André.
dant
NOVEMBRE. 1725. 2591
dant qu'il auroit recueilli fur S. Armand
quelques remarques dignes d'être mifes
en luiniere, & qui fatisferoient tout d'un
coup la curiofité de ceux qui ont fait propofer
la queſtion .
Mais à bien prendre cette queſtion
je vois qu'il ne s'agit pas de fçavoir quel
jour de l'année eft la Fête de S. Armand.
On convient affez qu'il n'y a pas eu de
Saint de ce nom , puifqu'on dit qu'aucun
Martyrologe ni Calendrier n'en a jamais
fait mention . On tombe auffi d'accord ,
qu'il ne faut point aller chercher ce nom
dans l'antiquité Payenne. Il y a cela dè
different entre ce nom & plufieurs autres
, qui quoique portez par des Chrétiens
, ne tirent cependant leur origine
que du Paganifme : tels que font ceux
d'Hector & de Scipion , &c. L'Antiquité
Payenne ne fourniffant rien fur le nom,
d'Armandus ; ce nom même étant d'un
ufage affez recent parmi les Chétiens , je
fuis porté à croire que c'eft un des noms
úfitez anciennement parmi les Chrétiens ,
& que la fuite des temps a rendu méconnoiffable
,, par les Lettres qu'on y a changé
ou tranfpofé.
Il eft certain que ce n'eft pas dans tousles
temps qu'on a obligé les Chrétiens à
porter le nom d'un Saint canonifé . Les
Rituels où l'on voit des Liftes de noms
de
2592 MERCURE DE FRANCE .
de Saints qu'on pourra donner au Baptême
ne font pas d'une antiquité bien reculée.
Il étoit feulement recommandé
parmi les Chrétiens , de ne donner à
leurs enfans que des noms reçus dans le
Chriftianifme ; chez les Grecs , par exemple
, on fe faifoit un devoir de donner
les noms des Martyrs ( a ) & en plufieurs
endroits de l'Orient c'étoit les noms
des Apôtres qu'on prenoit par refpect
& par dévotion envers eux . (b) Mais auffi
ailleurs , fur tout dans le moyen âge ,
on fe contentoit de s'attacher au nom
d'une perfonne de diftinction de la même,
famille. Quoique cette coutûme eût été
blâmée par S. Jean Chryfoftome (c ) elle
eut cependant cours en Occident ; & c'est
delà que nous font venus ces noms d'Annibal
, Palamedes & autres femblables .
Le nom d'Armand pourroit être venu
par un femblable canal , fans avoir été
un nom de remarque chez les Payens . Il
paroît avoir été en ufage indifferemment
chez les Chrétiens du Nord.ll a dû en effet
être écrit originairement Arthmannus &
même avec une afpiration , Harthman-
(a )Theodoret. Serm . 8. de Græcar. affect,
curationibus .
(6 ) Eufeb lib . 7. Hift. c . 25. Nicephor.
Hift . lib. 6. C 22 .
(c) Chryfoft. Hom. 21. in Genefim .
nus :
NOVEMBRE 1725.
2593
nus : & c'eſt abufivement , qu'en francifant
ce nom on eft venu à l'écrire Armandus
& à le prononcer de même. Il
fuffira de vous rapporter 1 - deffus un
exemple qui fera fenfible : c'est celui du
mot Norman. Quoiqu'aujourd'hui on foit
très informé qu'il faudroit écrire Northmannus
ou Nordmannus , cela n'empê
che pas qu'il ne foit vrai qu'on a limé
ce nom à un tel point , qu'on écrit en
François , Normand : de forte qu'in fenfiblement
on pourra bien dire un jour
en latin Normandus . Il n'y a plus qu'un
petit pas à faire pour y parvenir , &
après cela la parité fera entiere. Si l'on
n'a pas encore fi fort innové fur le terme
de Norman que fur celui d'Arman
c'est parce que les Hiftoriens originaux
qui traitent des Normans font perpetuellement
fous les yeux des Lecteurs
ce qui fait qu'on fe tranfmet de l'un à
l'autre le terme Northmannus . Mais com
me le nom d'Harthman ne fe trouve pas
fi communément fous la vue & qu'il a
quelque rapport avec le gerondif d'un
verbe latin , on s'eft accoutumé plus facilement
à l'écrire fans les deux afpirations
ni fans mettre de tou de dau milieu,
parce que ces lettres étant ainfi placées
font plus convenables à la prononciation
Teutonique ou Germanique : & comme
les
2594 MERCURE DE FRANCE:
les lettres terminales d'un nom fe pren
nent fouvent fur le modele d'un autre
nom , il peut fe faire qu'on a ajoûté un
d au nom d'Arman , par imitation du mot
de Normand où cette lettre eft de fur- `
croit ; & qu'enfuite l'on ait formé le
nom latin Armandus fur le françois Ar
mand , qui n'eft que celui d'Harthmán
addouci & déchargé de fon Teutonifine .
Vous ferez tel ufage qu'il vous plaira
de ma conjecture. Ce que je fçai sûrement
, c'est qu'il y a eu des Harihmannus
dans l'antiquité ; rien n'étoit plus com
mun autrefois en Allemagne que ce nom,
On y a vû au X. & XI. fiecles des Abbez
d'Ebersheim , de Tuitz , de Saint-
Gal qui le portoient . Un autre Hartman
étoit Doyen de l'Abbaye d'Einfidlen
, dite aujourd'hui Notre Dame des
Ermites ou de l'Ermitage , proche le lac
de Zurich , lorfqu'il fut élevé à l'Evêché
de Coire au pays des Grifons. Il fe
nommoit Hartman de Planterre . Ce fut
lui que l'Empereur Conrad envoya l'an
1028. en France , d'où il remporta en
paffant par Auxerre une partie du Chef
de notre S. Juft , enfant martyr , fur lequel
il y a tant eu de conteftations , &
qui le donna enfuite à cette Abbaye
d'Einfidlen . Ce fait eft rapporté par un
Moine de la même Abbaye , qui fe nommoit
NOVEMBRE 1725. 2595
& noit Chriftophorus - Hartmannus ,
que M. Chaſtelain dans fa Note ſur faint
Meinrad au xxI . Janvier appelle Chrif
tophe- Armand . Il y a auffi eu un Saint IÍ
Evêque de ce nom plus avant dans l'Allemagne.
C'eſt S. Hartman , Chanoine Regulier
& Prevôt de Neubourg fur le
Danube , puis Evêque de Brixen , qui
mourut au Tirol l'an 1142. le 23. Decembre.
Vous pouvez confulter là- deffus
Bucelin dans fon Germania Sacra.
Au refte le retranchement des deux
afpirations dans le mot Harthmannus , ne
doit furprendre perfonne. Les Latins ſe
font accoutumez il y a long- temps à retrancher
les afpirations dans une infinité
de mots , tant dans ceux qui viennent
de l'Hebreu comme Halleluia , Johannes,
que dans d'autres , comme Hadrianus ,
Helladius & femblables . Le changement
de la lettre n en d , lorfqu'il y a double
nn dans un mot , ne doit pas non plus
paffer pour nouveau , ni être regardé
comme particulier aux mots Normand &
Armand. On peut faire la même attention
fur celui de Bertrand , qui primitivement
étoit écrit , Bertichramnus & Berzichrannus
, qui enfuite a été écrit Bertramnus
& Bertrannus , puis Bertrandus.
Si on remonte juſqu'au ſeptiéme fiecle ,
où ces noms Teutoniques commencerent
C à
# 596 MERCURE DE FRANCE.
à être fort communs dans le Chriftianif
me , on trouve un S. Bertran , Archidiacre
de Paris , qui mourut Evêque du
Mans l'an 623. dont le vrai nom étoit
Bertichramnus. Qu'on cherche enfuite
ceux qui portoient le même nom au douziéme
fiecle , on trouvera qu'ils fignoient
Bertrandus. C'est ainsi qu'en l'efpace de
cinq fiecles les noms ont été changez , &
que la rudeffe de ceux qui étoient Teutoniques
s'eft vû adoucie. Un Saint Archidiacre
de Toulouſe qui mourut Evêde
Comminges vers l'an 1125. fe
nommoit Bertranius.
que
Je pense que la vraie époque de la
nailfance du nom d'Armand dans le Chrif
tianifme eft auffi du feptiéme fiecle ou
environ. Ce fut vers ce temps- là que la
Foi fe répandant de plus en plus dans les
pays Septentrionaux , les noms Teutoniques
fi rudes & fi barbares dans leur
prononciation originale , commencerent
à l'emporter, au moins en France , fur les
noms Latins ou Grecs . Si l'on veut fe
donner la peine de confulter les Hiftoriens
de ces temps- là , & même les veritables
Catalogues des Evêques du 7.
fiecle , on s'appercevra de la verité de ce
que je dis. Entre les quarante Evêques
de France , ou environ , qui aflifterent au
Concile de Rheims vers l'an 625. on
en
J
NOVEMBRE 1725.
2597
en compte au moins vingt- cinq dont les
noms font Teutoniques. Ce font des Modoald
, Cagnoald , Childoald , des Bertergifile
, Villegible , des Chunibert ; des
Leudebert , des Ragnobert. (4) Auffi les ,
fçavans Agiographes nous apprennent
que dès-là que le nom d'un Saint Evêque
, par exemple , ou d'un autre Chrétien
illuftre eft reconnu Teutonique , il
faut fe donner de garde de croire qu'il
ait vêcu dans les premiers fiecles , à
moins qu'on n'ait un titre autre que la
tradition populaire , un titre pofitif &
réel qui puiffe faire une exception formelle.
Ils ont fait l'application de ce principe
fur beaucoup de Saints , dont les
noms finiffent en aldus , ardus , bertus ,
& en particulier fur ceux qui ont porté
le nom d'Eodald , Agard , Aglibert , &
fur celui de Ragnobert , qui n'est qu'un
premier adouciffement de Rachnobert , &
ils ont fait remarquer avec foin , que lorf
que des noms Teutoniques , encore plus
adoucis & plus limez par l'ufage que ne
le font ceux que je viens de rapporter ,
(a) Floboard , Hift lib . 2. cap . 10 Les Evêques
de Tréves & de Langres s'appelloient
tous deux Modoald. Les fieges des autres Evêques
nommez cy - deffus font , Laon , Avranches
, Chartres , Toulouse , Cologne , Paris ,
Bayeux.
C ij fe
1598 MERCURE DE FRANCE.
fe trouvent placez dans des temps anterieurs
, aux irruptions des Barbares dans
les Gaules , il ne faut faire aucun fond
fur de telles autoritez ; mais les regarder
au moins comme très - fufpectes , & trèsfujettes
à caution . Je fuis , Monfieur ,
&c.
A Auxerre , ce 21. Aoust 1725.
******************
綠茶
S
A LA JEUNE IRIS.
Ans vous , j'euffe laiffé dans un profond
-oubli
Mon trifte ouvrage enfeveli :
C'étoit mon intereſt que loin de la lumiere ,
Il fut caché dans la pouffiere.
Devois-je , jeune Iris , efperer quelqu'honneur
,
En produifant mes vers aux yeux de mon
vainqueur ?
Mais vous me l'ordonnez , en faut-il davan
age ?
Je vous les donne avec mon coeur.
Je n'oferois.cn leur faveur
Vous demander vôtre fuffrage >
Lifez les feulement , & voilà leur bonheur...
Quoi !
NOVEMBRE 1725. 2599
Quoi ! finirois - je ici ? non , je ne puis me taire,
Je vous veux , belle Itis , découvrir un myftere,
Que jufqu'ici vous ont caché les Dieux ,
Ils vous firent , Iris , pour charmer tous les
yeux.
Que les ris , les plaiſirs , les graces , la jeunelle
,
Les jeux , & les amours fuivent vos pas fans
ceffe :
Croiffez , & vous verrez mille amans affidus ,
Venir accompagnez de la délicateffe ,
Adorer vos appas , & loüer vos vertus.
akakakakakakakakakak
Le Progrès de l'Aftronomie fous le Regne
par la protection de Louis le Grand.
ن م
POEME AU ROY.
A Nimé du beau feu qui dans mon fein
s'allume ,
Pour parler de mon Roi je prends en main la
plume ;
Je ne fçai point loüer , mais je fens dans mon
coeur ,
Pour dire fes vertus une fi belle ardeur ,
Que j'ofe me flater que d'un fujet fidele ,
C iij
Un
2600 MERCURE DE FRANCE .
U. Roi digne de l'être , approuvera le zele
Louis , die he tier du Trône des François ,
Qu'on eft tranquille , heureux , fous tes aimae
bles loix !
Tes peuples pene rez d'une amour infinie ,
Font des voeux éternels pour conferver ta vie.
Qui peut mieux publier d'un Prince adolefcent
,
La vertu , la ca deur , l'air doux & careffant ,
Que de voir fes fujets , embrafiz de tendroffe ,
Mêler toûjours fon nom dans leurs chants
d'allogr.ffe ?
Une durable paix par tes foins glorieux , 1
Met à l'abri nos jours , & nos biens précieux
Fait fleurirtous les Arts & toutes les Sciences,
D'un regne fortuné brillantes influences ,
Et les troubles confus de la Religion
Se calment pour jamais par ton attention.
Que tu fuis bien les pas du plus grand de nos
Princes ,
Qui dans tes jeunes mains dépofa fes Pros
vinces !
Que fa gloire eut d'éclat , que fon regne fut
beau ,
Mufes , chantez encore au pied de fon tombeau.
Grand Roi, dont le nom feul faifoit trembler
la terre
Louis ,
NOVEMBRE 1725 . 2601
Louis , que le Ciel même arma de fon tons
nerre ,
Permets que je retrace aux yeux de l'Univers ,
De tes genereux foins les monumens divers .
Durant le cours heureux de ta brillante vie ,
Tu fus également pere de la patrie ,
Et zelé protecteur des Lettres & des Arts ,
D'un Monarque parfait illuftres étendarts
Non loin des riches bords où la paifible Seine
Apperçoit les Palais de la nouvelle Athéne ,
S'éleve un édifice , oùs'obfervent toûjours ,
Des aftres lumineux l'inconftance & le cours
C'eft-là que de fçavans une troupe choifie ,
Par taprotection fit dans l'Aftronomie ,
Des progrès fi fameux que dans l'antiquité
Ce qui fut découvert a perdu fa clarté.
Les uns du vaſte globe , ou par la Renommée
Ton éclatante gloire en tous lieux fut femée :
Après mille travaux dignes d'un nom facré ,
Firent de fa mefure un calcul affuré.
Par cet heureux fuccès la terre mieux connue
N'offre plus à nos fens une immenſe étenduë ;
Il n'eft Ville , ni Bourg , Mer , Riviere , ni Port,
Que le papier à l'oeil ne prefente d'abord.
C iiij
Er
?
2602 MERCURE DE FRANCE :
Et nos Vaiffeaux fendant le vafte fein des
ondes ,
Semblent vouloir aller chercher de nouveaux
monies ;
Non , il n'est plus pour eux d'inacceffibles
bords ,
Ils reviennent chargez des plus riches tréſors.
Il en eft qui des airs raprochant les limites ,
De Saturne ont trouvé l'Anneau , les Satelites.
La Comete autrefois qui jettoit dans les coeurs,
Par fon terrible afpect tant de vaines terreurs
Qu'on croyoit préfager toujours quelques
defaltres ,
Fut reconnue alors & mife au rang des aftres
Qui parcourant les airs au hazard & fans loix,
A nos timides yeux fe montrent quelquefois.
Pour perfectionner cette utile Science ,
Et donner plus d'éclat à ta magnificence ,
Par tes ordres , grand Roi , pour obferver les
Cieux ,
On vit chez 1 Etranger des Sçavans en cent
lieux .
Chafte fille du Ciel , divine Aftronomie ,
Que d'auguftes Heros t'ont tendrement cherie !
Mais malgré leur amour ou leur fçavante ardeur
,
£' eſt au fameux Louis que tu dois ta fplendeur.
Oui ,
NOVEMBRE 1725. 2603
Oui , Prince genereux , on faifoit des conquêtes
,
Sur ces globes brillans qui roulent fur nos
tetes ,
Tandis que ta valeur dans les fanglants com
bats ,
Faifoit tout fuccomber fous l'effort de ton
bras.
Le Ciel nous l'a ravi cet augufte Monarque;
Mais du moins fes hauts faits font exempts de
la Parque.
Onparlera toûjours des travaux inoüis ,
Qui furent achevez par les foins de Lours.
Un charme fans égal vient faifir nos entrailles ,
A l'afpect éclatant du Château de Verſailles ;
Jamais rien de fi beau ne vint frapper les yeux,
Ce fuperbe Palais femble fait pour les Dieux ,
Quel noble monument de tes vertus folides
Que le pompeux azile offert aux Invalides !
Que ce Temple nous montre une riche ſplen--
deur
Qu'il parle éloquemment de toute ta ' gran
deur !
Ce ne fut pas affez que ton amour de pere ,.
Au Solat mutilé donna le necellaire ,
La noble ambition reglant tous tes bienfaits ,,
C Von-
!
2604 MERCURE DE FRANCE.
-
Voulut qu'il fut logé dans un vafte Palais.
On étoit effrayé d'une inteftine guerre ,
Qui du fang le plus pur faifoit rougir la terre:
Mais tu fçûs mettre fin à ce defordre affreux
Profcrivant les Duels par un Edit fameux ;
Monarque fans pareil , tes grandes deftinées ,
Au bien de tes fujets ne furent pas bornées ;
Les Rois perfecutez , chaffez de leurs Etats ,
Trouverent à ta Cour un deftin plein d'appasa
Tu fus le ferme appui de la fainte Juſtice,
Et l'ennemi terrible & du crime & du vice ;
Mais pour payer tes foins fur l'empire des lys..
Le Ciel te fait regner dans un autre Loüis ..
Priere pour le Roi.
Auteur de la belle lumiere ,
Qui haque jour frappe nos yeux ,
Sois , ô mon Dieu , fenfible à ma priere , ›
Ecoute- la du haut des Cieux ,
Conferve des François le précieux Monarque , ..
Fai que des jours fi beaux bravent long - temps
·la Parque ,
Les ardens fouhaits que je fais , -
Sont ceux que font tous fes fujets.
Beari: qui cuftodiunt judicium & faciunz
Juftitiam in tempore ! Pf. 10s. V. 3 .
EX
NOVEMBRE. 1725. 2605
EXTRAIT d'une Lettre écrite le 2
Octobre 1725. aux Auteurs du Mercu
re , par M. Duhan , Curé de S. Andre
de Chartres.
O
N trouva dernierement dans mon
Eglife , en faisant l'ouverture d'un
caveau , fept corps très- fains , & trèsentiers.
De ces corps , il y en avoit quatre
d'hommes , deux de femmes , & unt
d'un enfant d'environ de trois ans. Il y
en avoit un entr'autres , mort depuis cinquante
ans , dont les traits fe font fi
bien confervez , qu'il fut auffi tôt reconnu
par les anciens Bourgeois de cette:
Ville , fon bras droit étoit ceint d'une
bandelette , fous laquelle on remarqua
la piqueure d'une lancette , qui étoit
auffi fraîche , que fi elle eut été faite dans
la journée.
Si par le moyen de vôtre Journal,
Meffieurs , vous vouliez bien nous procurer
les fentimens des Phyficiens für cet
fujet , cela nous feroit beaucoup de plai
fir . Il eft bon là- deffus de vous dire que"
ce caveau eft fitué dans l'épaifleur d'une
arche immenfe , qui embraffe toute la
Riviere d'Eure , & fur laquelle eft bâti
Cvj le:
2606 MERCURE DE FRANCE.
le Choeur de l'Eglife de S. André , ma
Paroifle , ouvrage , qui pour le dire en
paffant , à caufe de fa fingularité , & de
Ia hardieffe de l'execution , fait l'admiration
des Etrangers ; enforte que M. de
Vauban en rendant compte au feu Roi
des chofes les plus rares qu'il avoit vûës ,
en faifant le voyage de France , par ordre
de S. M. ne pût s'empêcher de mettre
ce bâtiment au rang des merveilles du
Royaume.
SONNET fur les Bouts -rime , donnez
au mois d'Aouft 1724.
MAint exageratif des bords de la Garonne's
Préfere fon Domaine à tout l'or du Perou,
Nous vante fon Château retraite de Hibou,
Et fes nobles ayeuls foutiens de la Couronne .
On n'époufa chez lui que Marquife ou Ba
ronne,
A tout autre on auroit crié d'abord Houbou ,
Dans un long verbiage il parle comme un
Fou ,
Et fe croit plus fçavant qu'un Docteur de
Sorbonne.
La.
NOVEMBRE 1725 2607
La raison de cela c'eſt qu'il à lû
Feuilleté tous les ans un nouvel
Balzac
Almanach •
Voilà ce qui le rend bien plus fier qu'un Miniftre
Monté fur fon bidet & pouffif & Ragot s
Portant derriere lui fes hardes en
Fagot
Il est hardi , galant , & craffeux comme un
Cuiftre
M. de R. Chevalier de Malthe
Nous employons la Piece qui fuit avec
d'autant plus de plaifir & de juftice , que
c'eft l'unique qu'on ait bien voulu nous
envoyer de Provence , fur l'augufte Mariage
qui en fait le fujet.
Réjouiffances faites à Pelifane , en Pro
vence, au fujet du Mariage du Roi..
Lettre écrite d'Arles le 10. Octobre
1725 .
J
E vous envoye , Meffieurs , une Relation
qui merite d'avoir une place
dans votre Journal. La chofe ne demanderoit
point d'attention fi elle s'étoit paffée
dans quelque Ville confiderable ,
mais la petiteffe du lieu lui donne du
prix.
2608 MERCURE DE FRANCE.
prix. En paffant près d'un Bourg de Provence
nommé Peliffane , qui n'eft pas
éloigné de la route d'Aix à Toulouſe
environ fur les fix à fept heures du ſoir ,
je vis un feu qui me parut d'abord être
dans le Ciel , & qui augmentoit confiderablement
à mefure que je continuois
mon chemin ; ce qui me fit juger que
de feu devoit être fur quelque montagne
voifine , je n'y faifois prefque plus d'attention
lorfque j'entendis un bruit comme
de quelques coups tirez , & je vis
des feux en l'air , qui me firent comprendre
qu'il y avoit quelque Fête dans
Je lieu. Je fentis naître en moi la curio
fité de la voir , quoique je m'écartaffe de
ma route. En m'approchant du Bourg je
vis que le feu qui avoit excité ma pre--
miere curiofité , étoit une grande illumination
, & fort bien entenduë , qu'on
avoit faite à la tour du Clocher , & en entrant
dans le Bourg j'entendis un bruit
de tambours , & d'autres inftrumens ,.
mêlez avec des cris de vive le Roi & la
Reine qui faifoient retentir l'air agréablement.
Je ne doutai plus alors que ce
ne fut- là la fuite de la Fête que l'on ce
lebroit au fujet du Mariage du Roi . Je
m'avançai vers une place où je voyois un
grand monde affemblé . Il y avoit au milieu
un feu de joye fort élevé , orné de
bandeNOVEMBRE
1725 2609
banderoles de diverfes couleurs , & d'autres
embelliffemens bien entendus , à travers
plufieurs rangs d'arbres , qui fembloient
avoir été plantez à cette occafion.
Le portail de l'Hôtel de Ville , devant
lequel ce feu étoit placé , formoit un arc
de triomphe parfaitement bien imaginé s
quatre colomnes ornées avec beaucoup
d'art , mais où il y avoit plus de propreté
que de magnificence , foutenoient un balcon
où l'on avoit placé les portraits du
Roi & de la Reine. On lifoit cette Infcription
, & ces vers au- deſſous :
A LA MEMOIRE PERPETUELLE DU MAJRIAGE
DE LOUIS XV. ROY DE FRAN
CE , AVEC MARIE , PRINCESSE DE PO
LOGNE ...
France de ton bonheur voici l'heureux préfage
,.
Ce couple glorieux de fplendeur revêtu ,
Des plus beaux dons du Ciel fait briller l'af
'femblage ,
Et la gloire en ce jour couronne la vertu.
A peine eus -je achevé de lire'ces verst
que je vis arriver les Magiftrats du lieu,
précedez de quelques foldats fous les ar--
mes , des Tambours , & d'autres inftrumens.
Ils étoient au nombre de fix , portant
de grands flambeaux de cire blanche
allumez.
1610 MERCURE DE FRANCE.
*
?
ils
allumez. Les Confuls en chaperon , s'ap
procherent du feu avec beaucoup de dignité
; & après en avoir fait le tour ,
l'allumerent au bruit redoublé des boëtes ,
au fon des inftrumens , & aux cris de vive
lé Roi , tout cela dans un fi bel ordre ,
& fi peu de confufion , que j'en étois furpris
dans un lieu tel que celui - là . Je
croyois la fête achevée , lorfqu'un nouveau
bruit m'ayant obligé de tourner la
tête du côté d'où il venoit , je vis paroître
une clarté dont je ne m'étois pas apperçû
; c'étoit une efpece de couronne de
fer , à trois cercles , à ce que j'en pus
juger dans l'éloignement , car elle étoit
fufpendue au haut de la tour de l'Horlo .
ge : elle étoit garnie d'une grande quantité
de bougies , & j'en vis fortir à l'inftant
un nombre infini d'artifice de toute
efpece , qui me cauferent une furpriſe
d'autant plus agréable , que je m'y atten
dois moins. Je paffai tout le temps que la
Fête dura encore à admirer le zele , &
l'amour que ce pauvre peuple faifoit paroître
pour le Roi dans cette occafion.
Ces réflexions & la clarté extraordinaire
de l'illumination qui étoit.fort belle , me
jetterent dans une agréable rêverie , &
mon Apollon m'infpira dans ce moment
les vers qui finiront ma narration ..
Le
NOVEMBRE 1725. 2611
Le Soleil retiré dans l'onde ,
Avoit cedé la place à fon aimable foeur ,
Et du foin d'éclairer le monde ,
Il alloit lui ceder l'honneur :
Quand on vit tout à coup une flâme nowvelle
,
Chaffer les ombres de la nuit ,
Et répandre dans l'air une clarté plus belle ,
Que celle que l'on voit quand cet aſtre nous
luit.
LOUIS, pour celebrer ton illuftre Hymenée ,
Qui doit rendre à jamais la France fortunée ;
Et confondre tes envieux ,
Le zele de ton peuple éclate en ces beaux
lieux ;
Et lorfque la nature à ſes voeux ſe refuſe ,
A ta gloire , grand Roi , ravi de prendre part₂
Par une ingenieuſe ruſe
Il cherche le fecours de l'art
LET
2612 MERCURE DE FRANCE.
L1ETTRE écrite par M. Des R. à
M. D. L. R. de Pera lez Conftantinople
, le 15. Avril 1725 .
Suite d'un Journal de Confininople pour
le mois de Mars dernier.
L
E 6. Mars vers les huit heures du
foir M. le Comte de Collier , Ainbailadeur
de Hollande à la Porte , mou
rut à Pera dans fa 69. année , après trois
jours feulement de maladie.
La famille du défunt , fuivant l'ufage
de Hollande , où l'on garde ordinaire
men. les corps morts trois jours , & pour
avoir auffi le temps de préparer les obfe.
ques , les fixa au neuf du même mois.
Vers les trois heures après- midi de ce
jour , la plupart de ceux qui avoient été
priez d'affifter au Convoi , fe sendirent
en fon Palais , où ils trouverent d'un
côté fa Maiſon affligée , & d'un autre
côté une table couverte de biſcuits , de
vin & de liqueurs pour ceux qui voulurent
fe rafraîchir ; outre cela les Domeftiques
de la Maifon , prefenterent à chacun
des affiftans une orange , dans la
quelle étoit plantée une petite branche
de
NOVEMBRE. 1725. 26.13
de romarin , pour à porter a l'Enterrement
, fuivan: la coutume , pour garentin
de la mauvaile odeur.
Qand tout le cortege fut affemblé
`on fe init en marche de la maniere qu'on
va le dire.
Comme la Nation Hollandoife vouloit
faire tout l'honneur de la ceremonie à
l'Ambaffadeur d'Angleterre , fous la protection
duquel elle eft mife depuis peu ,
en attendant les ordres des Etats Generaux
, la Maifon de l'Ambaffadeur d'Angleterre
commença à marcher fur deux
files , précedée par deux Janiflaires , que
fuivoient un Ecuyer , douze Valets - de-
Pied , quatre Valets de- Chambre , quatre
Drogmans , le Chancelier de la Na
tion d'Hollande à la droite , & le Secretaire
à la gauche , ayant chacun derriere foi
un Valet- de-Pied de la livrée du défunt
Après venoit la Maiſon de l'Ambaffadeur
de Venife marchant dans le même
ordre. Enfuite parurent les gens de M.
Dierling , Réfident de l'Empereur ; fçavoir,
quatre Janiffaires , huit Valets-de
Pied , & huit Enfans de Langue , ou
Drogmans ; & enfin ceux qu'envoya le
premier Drogman de la Porte. Tout cela
étoit fuivi immediatement de la Maiſon
du défunt & du reste du Convoi en cet
ordre .
>
Qua
Г
2614 MERCURE DE FRANCE.
Quatre Janiffaires avec leur habillement
ordinaire , & leurs Teskerets , ou
grands bonnets de ceremonie ; un Ecuyer
& fix Valets - de - Pied , habillez de deuil
& en longues robes ; trois Chevaux couverts
de grandes houfles de drap noir
fur lefquelles étoient des armoiries de
chaque côté ; un Valet - de- Chambre , un
Miniftre , un Secretaire , & enfin le cer
cueil que portoient fur leurs épaules huit
domestiques . Ce cercueil pofé fur un
brancard , étoit couvert d'un poifle , ou
drap mortuaire fort ample , élevé de neuf
à dix pieds de haut par des cerceaux qui
le foutenoient ; les extrêmitez en étoient
tenues par douze perfonnes , & il y avoit
deffus, aux quatre coins , les armoiries du
défunt .
Toute la marche fut terminée par fept
ou huit perfonnes de la famille en grand
deuil , & par une nombreuſe foule de
Grecs , d'Armeniens , de Turcs , & d'autres
Nations , que la curiofité , malgré le
mauvais temps , & l'éloignement du Cimetiere
dans la campagne , au- delà de
Pèra , fit fuivre la Pompe funebre.
A l'entrée du Cimetiere , le Miniftre
& les perfonnes du deuil fe découvrirent
, & le mirent à pfalmodier lentement
jufques à la foffe , qui étoit profonde
, & revêtuë de brique , tant au
fond
NOVEMBRE 1725. 2615
fond qu'aux quatre côtez . Après qu'on y
eut defcendu le corps , le Miniftre continua
encore la Pfalmodie pendant une demie
heure ; enfuite dequoi on rompit le
brancard , & les cerceaux qui avoient
fervi à
porter le cercueil & le roifle ; on
en jetta les morceaux fur la bierre , chacun
y jetta de même fon orange & fon
romarin ; on combla la foffe de terre
jufques au haut des petits murs de brique
, fur lefquels on pofa des madriers
ou pieces de bois , que l'on couvrit auffi
de terre , en attendant qu'on éleve deſſus
le Mautolée qui a été projetté ; après
quoi tout le monde fe retira fans obferver
d'ordre ni de rang .
Le Comte de Collier , au refte , étoit
un homme plein d'efprit , & qui connoiffoit
parfaitement cette Cour , poffedant
la plupart des differentes langues qui
font ici en ufage. Il nâquit en Hollande ,
& n'avoit que dix ans lorfqu'il vint à
Conftantinople avec fon pere , que les
Etats Generaux y envoyerent d'abord en
qualité de leur Réfident à la Porte , &
qu'ils revêtirent enfuite du caractere
d'Ambaffadeur , avec lequel il mourut il
y a plus de cinquante ans .
M. de Collier dont il eſt ici queſtion ,
* La Relation de fon Voyage fut imprimée
à Paris en 1672. traduite du Flamand.
étoit
2616 MERCURE DE FRANCE.
étoit alors Secretaire de l'Ambaſſade , &
peu de temps après ayant été ( comme fon
pere ) honnoré de la Dignité d'Ambaſadeur
, il s'en eft toûjours acquité avec
beaucoup de diftinction . Entre plufieurs
negociations importantes il fit paroître fa
capacité à la paix de Carlowitz . L'Empereur
le fit alors Comte de l'Empire , &
lui envoya fon portrait enrichi de diamans.
Les Colliers font originaires d'Ecoffe
, & d'une branche de la grande Maifon
de Robertfon , dont ils n'ont quitté
le nom que par un évenement fingulier ,
que je me difpenfe de rapporter pour
être plus court.
Le 7. du même mois de Mars on eut
avis des Dardanelles , que les Vaiffeaux
du Roi qui reportoient M. le Marquis
de Bonnac en France , ne s'y arrêterent
point , M. de Beauquaire qui les commandoit,
voulant profiter du vent qui étoit
affez favorable ; & que quand les Vaiffeaux
pafferent devant les Châteaux ,
ceux - ci les faluerent les premiers.
Le 12. qui fuivant la fupputation du
vieux ftile , eft le premier du mois pour
les Grecs , les rues de Galata & de Pera
furent couvertes des débris de la terraille
ou vaiffelle de terre , qu'on y jetta le foir
par les fenêtres & par les portes , chacun
caffant fes pots , cruches , terrines ,
affiettes ,
NOVEMBRE 1725.
2617
affiettes , &c. pour les renouveller le
Tendemain : cet ufage dont le fondement
eft plus aifé à deviner que l'époque, a ſans
doute
commencé d'abord par un principe
de propreté , auquel la
fuperftition s'eft
jointe dans la fuite : les Grecs qui l'obfervent
religieufement ,
témoignent nonfeulement
la joye qu'il ont du retour du
Printemps , que leur annonce le mois de
Mars ; mais ils croyent encore fe déli
vrer par là de tous les infectes domeftiques
, qui les
incommodent fi fort durant
les chaleurs de l'Eté , puces , punaifes ,
rats , fouris , & c. Ils chantent plufieurs
couplets , qui expriment les vûës dans
lefquelles ils font cette grande deſtruction
de leur vieille vaillelle ; en voici
deux des plus à la mode , en Grec vulgaire
que j'écris ici en caracteres Fran
çois , avec la traduction au- deſſous.
Oxo , pondiki kai pfili ,
Dehors les rats
les puces ,
Meffa Martis kai chara ,
Et que le Mois de Mars vienne avec lajoye.
Autre.
Oxo , pfili kai korious,
Dehors les puces & les punaifes,
Meffa illios kai corous ,
Et dedans le Soleil & les danfes,
2618 MERCURE DE FRANCE : 1
Le même jour 12. fix jeunes Grecs ,
garçons Peliffiers ou Foureurs de Con
ftantinople , jouant enfemble aux cartes
en pleine campagne , fe fentirent fubitement
attaquez tous fix d'un violent mal
de tête , dont cinq font morts , à quelques
jours les uns des autres , & le fixiéme
eft encore malade : les uns prétendent
qu'ils ont été frappez d'un coup de
Soleil , & d'autres de la pefte . Cette derniere
opinion paroît la plus probable ;
car outre le grand foin qu'on a eu de les
enterrer le moment d'après leur mort ,
c'eft que les coups de Soleil fe guerifent
ici fort aifément de la maniere qui fuit.
On prend une bouteille , dont le gouleau
et évalé par en haut ; on la remplit
d'eau fraîche , & on la pofe renver
fee fur la partie de la tête , où le malade
fent le plus de douleur . A mesure que
la chaleur qui la caufe eft attirée dans la
bouteille par la fraîcheur , on voit l'eau
bouillonner , & fon bouillonnement ne
ceffe qu'avec le mal .
Le 16. il fut réfolu au Divan que M.
Romanshof & M. Dalion , qui comp.
toient d'aller par terre aux frontieres de
Perfe , pour le partage des limites s'em- ·
barqueroient à Conftantinople jufques à
Trebizonde , lorfqu'il feroit queftion de
leur départ , fur un Vailleau de guerre
que
NOVEMBRE 1725: 2619
que le Grand Seigneur fait armer pour
ce fujet.
Le 20. à 7. heures du foir on fit plu
fieurs décharges d'artillerie , tant du Serrail
,, que de Topana , au grand étonnement
de tout le monde , l'ufage n'étant
pas de tirer la nuit à
Conftantinople , fi
ce n'eft feulement un coup , lorſqu'on
jette à la Mer le corps de quelque Seigneur
, dont on, s'eft défait dans le Serrail
. Le fujet de la grande canonade dont
il s'agit , étoit bien different de celui- là ;
puifqu'au lieu de fignifier la mort de
quelqu'un , elle annonçoit la naiffance
d'un Prince , dont la Sultane favorite
BACH - KADEN venoit d'accoucher, & que
le Grand Seigneur nomma fur le champ
fuivant la coutume , Abdul - Hemit , c'eſt
à-dire favori de Dieu.
>
Le 21. un Tellal , ou Heraut annonça
au peuple par toute la Ville la naiffance
de ce Prince , & l'invita , à l'ordinaire , à
prier Dieu pour fa confervation : dans la
imatinée de ce jour & des deux fuivans ,
on tira encore beaucoup de coups de canon
de plufieurs endroits , & à diverſes repriſes
; on avoit même crû qu'il y auroit
une fête generale pendant trois jours ,
ainfi qu'il fe pratique en pareille occafion
; mais comme ces fortes de réjouiffances
font fort à charge au peuple , dont
D le
2620 MERCURE DE FRANCE.
le travail eft interrompu tant qu'elles
durent , & que celles qu'il a faites depuis
peu pour les prifes d'Hamadan &
d'Erivan lui ont beaucoup coûté , les démonftrations
de joye publiques n'ont pas
été pouffées plus loin , d'autant plus que
Sa Hauteffe ayant encore , fans ce nouveau
né , cinq autres Princes en vie , on
ne craint pas qu'elle manque de fucceffeurs
de fon Sang.
Le 29. le Chevalier de S. Mery , fecond
fils de M. l'Ambaffadeur de France ,
lava les pieds à douze petits pauvres dans
une falle du Palais. Après cette pieufe
fonction M. l'Ambaffadeur leur fit donner
à chacun dequoi leur faire une robe
de drap bleu, & ils dînerent au Palais.
Le 30. jour du Vendredi Saint la Confrairie
de Sainte Anne , établie chez les
R. P. Jefuites , à Galata , y fit vers les 7 .
heures du foir fon Service ordinaire de ce
grand jour , qui fe termina par une Proceffion
, dans laquelle l'Archevêque de
Conftantinople porta la Sainte . Epine :
cette Proceffion commence dans l'Eglife ,
& fe continue publiquement dans la ruë
jufques à la porte du jardin des Reverends
Peres , qu'elle traverse , & par lequel
elle remonte à la même Eglife . Je
yous parlerai plus amplement de cette
Confrairie le mois prochain au fujet d'une
1
NOVEMBRE 1725. ་
2621
ne autre Proceffion beaucoup plus grande
, qu'elle fait la nuit du Samedi Saint
au Dimanche de Pâques.
D ....
A M. le Marquis de Nangis , Chevalier
d'Honneur de la Reine.
Oi , qui me tiens lieu de Mecene ,
Toi ,
Dans la Cour d'une augufte Reine ,
Nangis , que ne te dois je pas ?
Tout mon bonheur eft ton ouvrage ,
Et mes chants feroient fans appas ,
Si tu retirois ton fuffrage.
C'eſt par tes feuls bienfaits , genereux Protec
teur ,
Que ma Souveraine m'écoute ,
C'eft toi qui m'applanis la route ,
Pour arriver jufqu'à fon coeur.
Point de faveur pour moi , que par toi je n'ob
tienne ;
Mais vers toi qui peut m'acquitter?
Que mille voix pour te chanter,
Se réuniffent à la mienne.
Oui , Nangis , au gré de mes voeux
Dij
Ta
2622 MERCURE DE FRANCE .
Ta gloire doit être immortelle ,
Si la reconnoiffance infpire un même zele
A tous ceux que tu rends heureux ,
jikakakakakakakakakakakakak t
EXTRAIT d'une autre Lettre de
Conftantinople , du 10. Septembre
1725. contenant quelques particularitex
fur la prise de Tauris , les réjouiffancesfaites
à cette occafion , &c.
L
E 21. Aouft fur lequel tomboit le
dernier jour de la Fête du petit Bairam
, le Grand Seigneur étant à * SADIABATH
, les uns difent à ſe divertir
chez le Kiaia , ou Lieutenant du Grand
Vifir , qui lui donnoit à dîner , & d'autres
pour y tenir un confeil ſecret , à
l'occafion de quelques troubles excitez
dans le Serrail , deux Tartares arrivez
de Tauris en 17. jours , vinrent annoncer
la prise de cette Ville à Sa Hauteffe,
Jamais nouvelle n'a peut- être furpris
plus agréablement , ni n'eft venue plus à
propos que celle- là ; car d'un côté on
fçavoit à Conftantinople que le 22 .
Juil
Nouvelle maifon de plaifance du G. S.
dont la defcription est dans le Mercure de
Juin 1724.
let
NOVEMBRE 1725. 26.23
let Abdula Kupruli Pacha , qui devoit
affieger Tauris , n'avoit pas encore paru
devant cette Place , & de l'autre on fentoit
de quelle confequence il étoit , qu'el
le ne tardât pas à être réduite pour calmer
l'efprit du peuple , inquiet de la longueur
, & du peu de profit de la guerre
de Perfes mais par un bonheur qui femble
attaché aux perfonnes du Grand Sei
gneur & du Grand Vifir , & qu'on ne peut
trop remarquer , l'arinée Ottomane compofée
de cent dix mille hommes venant
à paroître le 27. du même mois de Juillet
, les Perfans firent une fortie , ce qui
engagea d'abord un combat qui dura jufqu'au
coucher du Soleil , que les Perfans
furent entierement rompus , & obligez
de fe fauver en defordre dans Tauris,
où les Turcs entrerent pêle- mêle avec
les fuyards le carnage fut terrible , car
ceux des Perfans qui n'avoient point été
de la fortie , ayant eu le temps d'achever
leurs retranchemens dans les neuf contrées
ou quartiers qui forment cette
grande Ville , ils défendirent leur terrain
avec autant d'opiniâtreté , que les Turcs
l'attaquerent avec acharnement ; cet affreux
combat continua durant cinq nuits
& quatre jours ( c'est - à - dire depuis la
nuit du 27. Juillet jufqu'à celle du 31 .
inclufivement ) pendant lequel temps
Diij fept
2624 MERCURE DE FRANCE.
1
fept quartiers furent emportez ; les deux
autres quartiers réfifteren jufqu'à ce que
les Turcs accorderent enfin , par capitulation
, la liberté à ceux qui y étoient , de
fe retirer en toute fureté à Ardebil , Ville
fituée à 22. lieues de Tauris , avec ce
qu'ils pourroient emporter fur eux .
On a fû depuis par une Lettre du
Pacha Kupruli , écrite au Grand Seigneur,
qu'il avoit fait revenir dans cette Ville .
défolée , tout ce qui avoit échapé au carnage
, avec les femmes & les enfans ,
qui avoient déja pris la fuite , avant l'arrivée
de l'armée Turque , & qu'il avoit
promis toute forte de protection à ce
refte nombreux d'habitans , pourvû qu'ils
fuffent fideles à leur nouveau Souverain ,
fans quoi , comme il le mande au Grand
Seigneur , pour justifier fa clemence auprès
de Sa Hauteffe , cette vafte Cité fe
feroit trouvée entierement déferte.
Les Turcs de leur propre aveu , ont
eu dans cette longue & chaude action
25. milles hommes de tuez , & autant
de bleffez , dont plufieurs Seigneurs font
du nombre des premiers , entr'autres Of
man Pacha d'Alep , qui commandoit l'aîle
droite , & qui s'eft fignalé jufqu'à la
mort , par une bravoure des plus diftinguées.
Il y en a qui difent que les Perfans
y ont perdu 200. mille hommes , &
d'au
NOVEMBRE 1725. 2625
d'autres avec plus de vrai- femblance net
font monter leur perte qu'à 60. mille .
Ce grand évenement nous a procuré
ici le Donanema pendant cinq jours &
quatre nuits. Dès que le Grand Vifir ent
eut reçû la nouvelle , il envoya fes ordres
à Conftantinople , pour qu'on l'annonçat
par plufieurs décharges de canon
du Serrail , & d'autres endroits , ce qui
fut réiteré felon la coutume trois fois par
chacun des jours que dura la Fête : il fit
prier tous les Miniftres Etrangers d'ordonner
que tous les cabarets & tavernes
de leur quartier fuffent fermez , & qu'on
fit feverement défenfe à qui que ce fut
de vendre , ou donner du vin ; moyennant
cette fage précaution qu'on prend
toûjours en pareil cas , la Fête s'eft paffée
fans aucun defordre , les portes de Conftantinople
& de Galata ont été ouvertes
jour & nuit , on s'eft promené librement,
à la clarté des illuminations , dont toute
la Ville , & les Fauxbourgs étoient remplis
: le Fauxbourg de Pera , furtout , s'eft
diftingué à l'ordinaire , par les Arcs de
triomphe , les lumieres , & les autres
* Donanema fignifie en general , ornement ,
décoration , & en particulier, réjouiffance pu
blique , parce que pour celebrer quelqu'heureux
évenement on orne exterieurement les
maifons , &c.:
Diiij déco
2626 MERCURE DE FRANCE.
décorations , dont les Miniftres Etrangers
, qui y demeurent , firent orner le
devant de leurs Palais , pour témoigner
au Grand Seigneur la part que leurs
Maîtres prenoient à fa victoire.
Le troifiéme jour de cette réjouiffance
fut marqué par quelque chofe de plus
brillant . Le Grand Vifir étant à Sadiabath
avec le Grand Seigneur , fit inviter
tous les Miniftres Etrangers de s'y trouver.
Ils y furent reçûs avec toute forte
de politeffe dans le Kios ou Pavillon du
* Selictar Aga , qu'on leur avoit preparé
pour voir tirer un fort beau feu d'artifice
& les illuminations de près de 400 .
maiſons ifolées , & bâties amycôte , des
deux côtez d'un fort long canal : ces maifons
étoient fi chargées de lampes & de
lampions , qu'elles en paroiffoient tout
en feu , & offroient un fpectacle des plus
finguliers.
Le 23. Aouft on apprit la réduction
'du Château de Lory , près de Gandja , &
le 30. celle de trois petites Villes , dont
Selictar Aga , ou Porte-Epée du G. S:
c'eft Mehemil Pacha Beglyerbey de Natolie.
Il étoit autrefois favori du Sultan , ce qui lui
ayant attiré l'envie des Miniftres de la Porte ,
ils ont fi bien travaillé à le perdre peu à peu
dans l'efprit de Sa Hauteffe , qu'elle vient de
lui envoyer demander fa tête , fous prétexte
qu'ilne s'eft pas rendu affez tôt devant Tauris.
l'une
4
NOVEMBRE 1725. 2627
l'une s'appelle Affiftan , mais qui pour
être peu confiderable , & dans un chemin
de traverfe , ne fe trouvent point
fur les Cartes . On affure feulement qu'elles
ne font qu'à 6. ou 7. journées d'Hifpaham
, dont elles ouvrent le chemin , &
où le Pacha de Babylone a , dit- on , ordre
de marcher , en faifant avertir Efchereff
Sultan , fucceffeur de Miry- Mamouth ,
que s'il ne reconnoiffoit pas la protection
du Grand Seigneur , on agiroit contre lui
offenfivement , & qu'il feroit traité en
rebelle , fans que pour cela on craignit
de rien faire de contraire à la loi. Il s'agit
de fçavoir de quelle maniere ce Sultan
aura reçû un fi fier avertiffement ;
car l'on vient d'apprendre qu'il a battu &
diffipé entierement l'armée de Schah
Tahmas , lequel s'eft fauvé feulement lui
huitiéme dans le Mazendran , contrée voifine
de la Mer Cafpienne , ayant même
abandonné juſqu'à fa famille , & fes domeſtiques
au pouvoir du vainqueur.
Les Mofcovites pouffent auffi leur conquête
deleur côté dans le Ghilan , Pays voifin
de la même Mer, & M. de Romanshoff
a reçû dernierement un courier de Peterfbourg,
chargé d'une relation qui contient
en fubftance, que le 30.Mai ( vieux ftile )
M. Matuskin , Lieutenant General , &
commandant en chef l'armée Ruffienne
Dv ayant
2628 MERCURE DE FRANCE.
靠
où:
ayant été informé que l'ancien Kam du
Ghilan avoit affemblé 2 5. mille hommes
à Lafcemadan , & fait conftruire une
Forterelle proche la riviere de Paſſahan ,
y envoya auffi-tôt un gros détachement ,.
commandé par un Brigadier ; que les
Mofcovites ayant d'abord donné l'aflaut
à cette Fortereffe , elle fut , après une legere
réfiſtance , abandonné par les Perfans
qui fe fauverent à Laſcemadan ,
ils furent pourfuivis par la Cavalerie :
Ruffienne que fur ces entrefaites , l'In--
fanterie de la même Nation ayant joint
le Kam étoit forti pour la combattre ;
mais qu'après s'être foiblement défendu ,.
il avoit été obligé d'abandonner la Ville,
qui fut d'abord pillée & faccagée , & de
fe fauver dans le Mazendran ; que dans :
cette occafion les Perfans avoient eu environ
15. mille hommes de tuez , & ungrand
nombre des leurs faits Efclaves ;
que le refte de cette armée Perfanne étoit
difperfé dans les bois & dans les montagnes
; que les Mofcovites y avoient perdu
fort peu de monde ; & qu'enfin ces
derniers avoient détruit la Fortereffe
nouvellement conftruite , & enlevé toutes
les munitions , & tous les équipages de
guerre , entre autres la grande trompette
de bronze que les Perfans nomment la
Generale:
SONA
1
NOVEMBRE 1725. 2629
jik sk at skal ji j
SONNET fur les Bouts- rimez du mois
de Septembre 1724 .
Ous préferve le Ciel de la foudre & la
Nous
De rencontrer jamais affamé
Et le jour caqueter babillarde-
Gréle ,
Loup-garon 5
D'entendre miauler la nuit un vieux Matou ,
Femelle,
D'une prude Catin fe donnant pour Pucelle,
D'un convive glóuton , craffeux comme un
Poitou ,
Du vol de ce métail qui nous vient du Pérou ,
De jeune Medecin , & de vieille Nacelle
D'un Juge Villageois qui fe croit un Préteur,
D'un Cadet étourdi fans argent & Breteur ,
D'un rimailleur qui penfe être maître du
Pinde
L
D'un noble campagnard ayant l'air visigot
D'un Auberge en Hyver fans cotteret ni Fagot, .
Et d'un Gafcon pliant autant que fon Olindes
Mi de R. Chev . de Malthes
Divj RELA
2630 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXXXXXXXXXX
RELATION de la fonction folemnelie
de l'Eftoc & du Chapeau , envoyez
par notre S. P. Le Pape Benoît XIII.
à S. A. E. Don Antoine Manoel de
Vilhena , Grand -Maître de l'Ordre de
S. Jean de Jerufalem , prefentez à S. E.
par M. Abbati Olivieri , Camerier
d'honneur de S. S. & Chevalier du
même Ordre.
N
Ous avons promis dans nos préce
dens Journaux de donner en fon
temps la Relation de cette ceremonie ;
c'eft pour fatisfaire à nôtre engagement
que nous l'inferons ici , traduite de l'Itafien
, & telle que S. E. M. le Baillif de
Mefme , Ambaffadeur de Malthe à la
Cour de France , a eu la bonté de nous la
communiquer.
A Malthe le 9. Mai 1725.
Par les Lettres que le Baillif , Baron
de Schaden , Ambaſſadeur de la Religion ,
à Rome , écrivit le 17. Janvier 1.725 . au
Grand- Maître , S. E. apprit que le Pape
confiderant la gloire que l'Ordre s'eft
acquis dans tous les temps par un nombre
infini de valeureufes actions pour la
défense de la Chrétienté , & touché d'ailleurs
NOVEMBRE 1725. 263 1
leurs des exemples continuels de vertu
& de vigilance que le Grand- Maître donne
à fon Ordre , excitant inceffamment
fes Chevaliers à obferver leur Inftitut.
avec plus de vigueur , & à travailler à
l'augmentation de la gloire du Seigneur
S. S. s'étoit déterminée de fon propre
mouvement de lui envoyer l'Eftoc & le
Chapeau benits , & qu'elle avoit choisi
pour les lui prefenter , M. Abbati Olivieri
neveu du Cardinal de ce nom , &
Ghevalier de Malthe . Cette nouvelle
caufa une joye univerfelle. Le Grand-
Maître voyant que l'Ordre entier participoit
à cet honneur , en donna part à fon
Confeil, & y propofa le venerable Grand-
Baillif , Comte de Neffelrode , le vene-
⚫rable Grand - Prieur de Saint Gilles Grimaldi
, le venerable Grand - Prieur de
Lombardie Solaro , & le venerable Baiklif
du Saint Sepulcre Contreras , pour
Commiffaires qui feroient chargez du
foin de regler un ceremonial propre
une fonction fi augufte . Les Commiffai
res firent chercher exactement dans la
Chancellerie , s'il s'en trouveroit quelque
exemple , la recherche fut inutile , cet
honneur n'ayant jamais été accordé à aucun
Grand Maître : ils prirent donc le
parti de dreffer un ceremonial convena
ble, fe promettant de le foumettre à l'e
xamen
2632 MERCURE DE FRANCE .
xamen du Prélat. Ce Prélat s'étoit embarqué
à Livourne fur un Vaiffeau François
il arriva heureuſement dans ce
Port le 19. Avril. Le Grand - Maître en
ayant été averti envoya à bord du Vaiffeau
le Commandeur Cevoli , Secretaire
de fes Commandemens pour l'Italie ,
pour concerter avec ce Prélat la maniere
dont il devoit être reçû , & lui communiquer
le ceremonial qui avoit été dreffé,
dans le deffein de rendre la fonction plus
noble , & plus capable de répondre à la
fainte intention du Pape . M. l'Ablegat
ayant trouvé tout bien concerté , le Commandeur
Cevoli en vint rendre compte
au Grand- Maître . S. E. députa en l'abfence
du Commandeur de Romieu , font
premier Maître - d'Hôtel , le Commandeur
de Chabrillan , fon premier Ecuyer,
pour complimenter de fa part M. l'Ablegat
, & le conduire à l'Hôtel Carnero
qui avoit été deſtiné pour lui.
Le Commandeur de Chabrillan , accompagné
de quatre Chevaliers Palatins ,
s'acquitta de cette commiffion le même
jour à cinq heures du foir. M. l'Ablegat
débarqua avec fa fuite dans la Felouque
de la Galere Capitane que l'on avoit
parée magnifiquement à ce fujet . Il fut
falué de toute l'artillerie du Vaiffeau
fur lequel il étoit venu ; il mit pied àterre
NOVEMBRE 1725. 2633
terre au mole du côté des Fours à Chaux,,
& monta dans un caroffe à fix chevaux ,
fuivi de plufieurs autres ; il defcendit de
carofle à la porte Royale , où il fut reçû
par le Clergé de la grande Eglife conventuelle
de S. Jean , & par tous les Or--
dres Religieux de cette Ville. La Proceffion
le condui fit au fon des cloches ,.
& au bruit de l'artillerie , jufqu'à la
grande Eglife ; il y adora le très - Saint
Sacrement , rendit graces à Dieu de fon :
heureuſe arrivée ; & après avoir remer--
cié le Clergé , il remonta en caroffe ,›
toûjours accompagné du premier Ecuyer
de S. E. & alla defcendre en fon Hôtelles
cloches ne ceffant de fonner , & l'ar--
tillerie de tirer. Il fut reçû par les Commandeurs
Savigni & Citadella , choifis
par S. E. pour faire les honneurs de fa
maiſon pendant fon féjour à Malthe.
Le lendemain 20. Avril M. l'Able--
gat prit ce jour pour fe délaffer des fatigues
de fon voyage : le même jour il fit:
prefenter de fa part par fon Secretaire à
S. E. deux grands Agnus Dei d'Innocent
XI. un autre de S. Pie V. tous trois dans
des bordures d'argent , une petite croix
de cristal montée en filigrame , & renfer
mant un morceau de la vraye Croix ; elle
étoit dans une bourſe brodée en or. Dans
une autre bourfe auffi femblable un Reli
quaire
2634 MERCURE DE FRANCE.
quaire d'or , contenant des Reliques de
Sainte Elizabeth , Reine de Portugal , de
Saint Antoine de Pade , de Saint Paul , &
de Saint Jean - Baptifte , & un chapelet de
lapis -lazuli , avec une Medaille d'or ,
S. S. y ayant attaché des Indulgences
très - étendues , énoncées dans un Bref
particulier ; deux grands baffins d'Agnus
Dei , avec un autre baffin rempli de gands
très-fins .
M. l'Ablegat voulant paroître en Public
, & remplir fa commiffion , fit demander
le même jour 20. Avril fa premiere
audience à S. E. le Prince la lui
accorda pour le lendemain matin à 8 .
heures. Ce jour 2 1. Avril le Commandeur
de Chabrillan fe rendit à l'heure
marquée à l'Hôtel du Prélat dans un caroffe
à fix chevaux , fuivi de plufieurs
autres deſtinez pour les gens de fa fuite,
& l'ayant conduit au Palais , il y fut reçû
avec les mêmes ceremonies qui fe pratiquent
dans la premiere audience de M.
l'Inquifiteur. Le Prélat expofa d'abord
au Grand- Maître le ſujet de fa commiffion
, & finit par l'affurer qu'il ne pouvoit
que foiblement exprimer les bontez
particulieres du S. Pere , la parfaite confideration
du Cardinal , fon oncle , & en
fon particulier fa veneration pour S. E.
Son audience finie il retourna en fon Hôtel
<
NOVEMBRE 1725. 2635
tel avec le même cortege , il fut vifité le
même jour par tout le Confeil , & par
tous les Chevaliers de l'Ordre.
Deux jours après il demanda une nou→
velle audience , dans laquelle il preſenta
à S. E. le Bref de la confirmation generale
des Privileges de l'Ordre , & une autre
Bulle particuliere portant confirmation
d'autres graces accordées par Sixte V.
Dans cette même audience le Jeudi 3.
fut defigné pour la fonction. Ce jour fut
choifi , parce que l'Eglife celebre ce jourlà
la Fête de l'Invention de la Sainte
Croix , & par le rapport qu'a cette Fête
avec l'établiflement de l'Ordre , qui met
toute fa gloire à combattre fous l'éten
dart de la Croix .
La veille du 3. Mai , pour folemnifer
un évenement fi glorieux , & pour don
ner des marques d'une joye univerfelle ,
toutes les cloches fonnerent à l'entrée de
la nuit , toute l'artillerie tira , & toute la
Ville fut illuminée , ce qui fut continué
les deux nuits fuivantes.
Le 3. Mai à huit heures du matin le
premier Ecuyer de S. E. accompagné du
cortege dont nous avons déja parlé , alla
à l'Hôtel de M. l'Ablegat , où étant arrivez
ils monterent l'un & l'autre dans un
caroffe à fix chevaux , & fe mirent ainſi
en marche. A la tête marchoit une Compagnie
2636 MERCURE DE FRANCE.
pagnie de Dragons avec leurs Officiers ,
leurs Timballes & leurs Trompettes . Let
Secretaire du Prélat venoit enſuite , mon
té fur un fuperbe cheval magnifiquement
harnaché. Il portoit à la main l'Eftoc &
le Chapeau pofé fur la pointe de l'Eſtoc ,
& étoit environné d'un détachement de
la garde du Prince , les carolles du Prélat
fermoient la marche.
Avant que d'arriver à la porte du Palais
, le Secretaire mit pied à terre , les
Dragons fe rangerent en haye , le carofle
avança , & M. l'Ablegat en defcendit devant
la porte . La garde du Grand - Maître
étoit à l'entrée du Palais prefentant les
armes. En cet endroit le Prélat fe revêtit
de l'habit rouge doublé d'hermine , que
les Cameriers- d'Honneur de S. S. por
tent dans les grandes fonctions. Il s'a
vança fuivi de fon Secretaire. Il alloit
monter lorfqu'il rencontra le Grand-
Maître , qui le reçût avec des démonftrations
d'une confideration parfaite. S. E.
prit enfuite le chemin de la grande Eglife
de Saint Jean , précedée du Secretaire ,
portant à la main l'Eftoc & le Chapeau
& d'un nombreux cortege de Chevaliers .
Le Prélat marchoit à la gauche du Prince
, un pas en arriere , & étoit fuivi de
tous les Seigneurs de la Grand'Croix en
habit de ceremonie , la Compagnie des
Gardes
NOVEMBRE 1725.
2637
28
Gardes du Grand- Maître ayant formé
deux rangs , entre lefquels la Cour marchoit
.
Le Regiment de la Ville & les troupes
des Galeres formoient une haye de
puis le Palais jufqu'à la porte de l'Eglife ,
leurs Officiers à leur tête en Soubrevefte
faluerent S. E. qui le fut enfuite par une
falve generale de toute la moufqueterie .
Le Grand- Maître étant arrivé à Saint
Jean , M. Melchior Alpheran , Grand-
Prieur de l'Eglife , le falua. Ce Prélat étoit
en fa place dans fes habits pontificaux.
Pendant que S. E. fe plaça fous fon dars
le Maître des Ceremonies conduifit let
Secretaire auprès de l'Autel du côté de
l'Epître , où il tint toûjours élevez l'Ef
toc & le Chapeau. Immediatement après
le Maître des Ceremonies conduifit M.
Ablegat à la place qui lui avoit été deſ
tinée , elle étoit couverte d'un tapis &
de carreaux de damas rouge.
Auffi -tôt la Proceffion generale commença
: M. le Prieur de l'Eglife , la mitre
en tête , portoit fous un dais la précieufe
Relique du bois de la vraye Croix,
le dais étoit porté par quatre Grands-
Croix , le Secretaire fuivoit immediatement
, portant l'Eftoc & le Chapeau. Le
Grand- Maître venoit enfuite , fuivi de
M. l'Ablegat , de tous les Grands - Croix y
2638 MERCURE DE FRANCE .
& de tout l'Ordre. La Proceffion fit le
tour que font les Proceffions les plus fo.
lemnelles , & pendant ce temps toutes les
cloches ne difcontinuerent point de fonner
, & l'Artillerie de toutes les Fortereffes
ne ceffa de tirer.
•
La Proceffion étant rentrée , chacun re
prit fa place , & la Meffe commença pontificalement
avec une excellente Mufi
que. Le pontifical fini , M. le Prieur de
l'Eglife fe deshabilla , s'étant mis en chappe
, & la Mitre en tête , il alla à l'Autel,
& s'y mit dans un Faldiſtoire , eſpece de
fiege , qui étoit appuyé contre l'Autel .
M. l'Ablegat , conduit par le Maître
des Ceremonies , s'avança jufqu'au dernier
dégré de l'Autel du côté de l'Epître,
& il prononça un Difcours très - élegant ,
dans lequel il expofa le fujet de fa commiffion
; & après qu'il l'eut fini , il prefenta
au Grand- Maître le Bref de S. S.
le Prince baifa refpectueufement ce Bref,
& le donna au Prieur d'Aix Alpheran ,
Secretaire de fes Commandemens pour
France , qui étant en habit de Choeur fe
mit à côté du fauteuil du Grand- Maître
pour en faire la lecture .
Après la lecture de ce Bref M. le
Grand Maître remercia M. l'Ablegat
dans des termes fort obligeans .
-
Enfuite le Prince alla à l'Autel , & ſe
mit
NOVEMBRE 1725. 2639
•
mit à genoux fur un carreau pofé fur le
premier dégré , devant M. le Prieur de
I'Eglife ; alors M. l'Ablegat ayant pris
des mains de fon Secretaire l'Eftoc , le
tira de fon fourreau , & le donna nud à
ce Prélat, qui le tenant en main, prononça
en Latin un petit Difcours , dont voici
la traduction .
Les Souverains Pontifes ont coutu- «<
me de benir la veille de Noël , au nom «
du Seigneur , une épée & un Chapeau , «<
cette fonction a fon rit folemnel & par, «
ticulier , ce Saint & ancien ufage de «
l'Eglife Romaine convient parfaite- «<
ment à la Fête de la naiffance de Jefus- «<
Chrift , puifqu'il nous rappelle le com- «
bat que le Fils unique de Dieu s'étant તા
fait homme , a livré pour nous , &
dont le fuccès admirable & jufte , a fait se
triompher à fon tour la mort du Dé- «
mon , fon Auteur , & nous tirant du «
fond des tenebres , nous a mis en état «
de jouir de la lumiere du Seigneur , & «
d'avoir part à fon Royaume il eſt donc «<
jufte , très- éminent Prince , vous qui «
êtes le Chef d'un Ordre fi valeureux , «
vous qui travaillez fi utilement pour le «
* falut de la Chrétienté , il eſt juſfte , dis- «
je , que vous receviez par mes mains . «
avec des fentimens de joye & de dévo- «
tion , cette épée benite , cette épée du «
Sei
2640 MERCURE DE FRANCE.
» Seigneur , ce glaive du tout Puiſſant.
» N. S. P. Benoit XIII. vous la donne
» comme un ornement digne de vôtre
a valeur , & comme une marque fingu-
» liere de fa bienveillance paternelle.
- M. le Prieur de l'Eglife remit enfuite
1'Eftoc à fon Eminence , & dit une Oraifon
Latine , dont voici encore le fens.
} » Que vôtre main devienne inébranlable
, que vôtre bras foit exalté , que
» ce glaive Saint attire fur vous de nou-
» velles forces du Ciel , qu'il brille aux
Cieux de toute la terre à la confufion
» des ennemis de la Croix , & à la gloire
» de l'Eglife nôtre Sainte Mere par le
» fecours de nôtre Seigneur Jefus- Chrift,
» qui étant Dieu vit & regne , & c.
2 M. l'Ablegat ayant pris enfuite le Chapeau
des mains de fon Secretaire , il le
donna à M. le Prieur de l'Eglife , qui le
mit fur la tête de S. E. en prononçant en
latin l'Oraifon fuivante .
» Recevez auffi ce Chapeau , qu'il foit
» pour vous un cafque de falut & de for-
» ce , afin que dans les combats vous foyez
>>>toûjours couvert de la lumiere du Ciel,
» que l'efprit de force & de confeil foit
» en vous pour terraffer les ennemis de
la foi , & donner à la Chrétienté la
» paix que Jefus- Chrift nous a apportée
» du Ciel , qui étant Dieu vit , & c.
Cette
NOVEMBRE 1725.
2645
Cette Oraifon étant finie , le Grand-
Maître fe leva , M. le Prieur de l'Eglife
l'embrasla , & enfuite S. E. retourna fous
fon dais . Le Commandeur d'Angeville ,
Capitaine de fes Gardes portoit l'Eftoc
& le Chapeau , & précedoit le Grand-
Maître. M. le Prieur de l'Eglife s'étant
levé entonna le Te Deum , qui fut chanté
par la Mufique , au fon des cloches , &
au bruit de toute l'artillerie , ce qui ne
cefla que quand le Grand- Maître fut rentré
au Palais. Après le Te Deum on donna
la benediction paftorale , & S. E. précedée
du Capitaine de fes Gardes , qui
étoit reſté juſqu'alors fous le dais avec
l'Eftoc & le Chapeau , rentra dans fon
Palais accompagné de tout l'Ordre . Ce
jour- là M. l'Ablegat , le Prieur de l'Eglife
, les quatre Commiffaires , les Bail-
Tifs de Lefle , Pinto , & Ruffo dînerent
avec S. E.
Le repas fut magnifique , la fanté de
S. S. y fut bûe par le Grand- Maître , &
par les conviez au fon des Timballes
& des Trompettes , & au bruit de l'artillerie.
L'Eftoc & le Chapeau furent expofez
pendant trois jours dans un des appartemens
du Palais , pour fatisfaire à la devotion
, & à la curiofité des peuples . Ces
trois jours paffez , le Grand - Maître fit
mettre
2642 MERCURE DE FRANCE.
་
mettre l'Eftoc & le Chapeau dans la Sacriftie
de la grande Eglife de S. Jean
dans le même lieu où font les Reliques.
春Le 6. Mai M. l'Ablegat fit demander
au Grand- Maître fon audience de congé
, elle lui fut accordée pour le lendemain
, M. l'Ablegat fe rendit au Palais
avec le même cortege qui l'avoit accompagné
à fa premiere audience. S. E. voulant
témoigner fa reconnoiffance à M.
l'Ablegat lui donna une Croix de Malthe
garnie de diamans , une riche bague
la Bulle d'une penfion de deux cens
trente - huit ducats de Naples fur un
Grand Prieuré , plufieurs chofes rares
venant des Indes , une Medaille d'or reprefentant
d'un côté S. E. & de l'autre
le Fort Manoel , & c .
L'Eftoc eft une épée d'argent doré ,
longue d'environ cinq pieds . Le Chapeau
eft une efpece de bonnet de velours
, de couleur de pourpre , brode d'or ,
enrichi d'un S. Efprit de perles . Le Public
nous fçaura gré , fans doute , de trouver
ici la figure très -bien gravée de l'un &
de l'autre.
RE'
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
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TILDEN FOUNDATIONS ,
THE
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NOVEMBRE 1725. 2643
1
Maaaaakkkkkkk
RE’JOUISSANCES faites à Marseille
fur les Galeres du Roi , & à l'Arcenal ,
à l'occafion du Mariage de S. M, Extrait
d'une Lettre écrite de Marfeille ,
• le 25. Octobre 1725.
A
Près avoir reçû les ordres de la
Cour , le Commiflaire Ordonnateur
des Galeres , fe rendit chez M. de
Barras , alors Commandant dans le Port
de Marfeille , pour conferer enſemble ,
& déterminer un jour pour cette Fête
laquelle fut fixée au Dimanche 14. Octobre
, pour donner le loifir , furtout
aux Comites , de fe préparer pour l'illumination
des Galeres .
3
Le 13. on ordonna à tout le monde
de fe tenir prêt pour le lendemain , tant
fur les Galeres que dans l'Arcenal , &
aux foldats en particulier , de fe trouver
chacun fur la Galere , avec un Officier
à l'heure de midi , parce que le Te Deum
devoit être chanté fur la Galere Reale ,
à trois heures du même jour. Cela fut
executé avec beaucoup de folemnité en
prefence des Officiers , M. de Barras ,
Commandant à leur tête. A la fin du Te
Deum la Reale fit un falut de quatre
1
E coups
1644 MERCURE DE FRANCE.
coups de canon , après lequel chacun fe
retira , excepté les Officiers & les foldats
, qui refferent fur les Galeres , jufques
à la fin , pour y faire obferver les
ordres neceffaires , & c.
Sur les fix heures du foir M. de Bar-
Tas vint à l'Arcenal , où fe rendirent les
Officiers , plufieurs Dames , & d'autres
perfonnes diftinguées de la Ville , pour
d'une des terraffes voir l'illumination des
Galeres , qui fut très-belle & magnifique
tous les lampions qui la compofoient,
furent élevez , & parurent en forme
de Tende fur les Galeres , d'abord
après le fignal d'une fufée volante , tirée
de deffus la terraffe , & fuivie du fifflet
des Comites ; ce qui fit paroître prefque
en un moment les Galeres toutes en feu :
fpectacle le plus brillant , & le plus
grand qu'on puiffe voir en ce genre.
Une autre fufée tirée du même lieu
fut le fignal de la moufqueterie. Les Officiers
de chaque Galere , ayant ordonné
aux foldats de tirer dans ce moment , &
tout de fuite aux Canoniers de tirer de
chaque Galere quatre coups de canon ,
On vit auffi dans le même temps tirer de
chaque Galere une infinité de fufées ,
& d'autres artifices .
L'Arcenal , tant l'ancien que le nouyeau
, & la Maifon du Roi , où demeure
I'InNOVEMBRE
1725. 2645
l'Intendant des Galeres , étoient auffi extraordinairement
illuminez , & répondi
rent à la premiere décharge des Galeres
par un grand nombre de boëtes & de
gerbes de fufées volantes .
Les Galeres recommencerent par une
feconde décharge de canons & de moufqueterie
, par des fufées , &c à laquelle
Arcenal & la Maiſon du Roi répondirent
de la même maniere , ce qui fut continué
pour la troifiéme fois par les Galeres.
Cette derniere décharge fut fuivie
d'une femblable de la part de l'Arcenal
& de la Maifon du Roi , pendant tout
lequel temps cette grande illumination
continua par tout , & ne ceffa que bien
avant dans la nuit.
aaaaaaaaaakkkkk
RE’JOUISS ANCES faites à Toulon
à l'occafion du Mariage du Roi . Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville le
28. Octobre 1725.
L
Es réjouiffances de nôtre Marine
ont commencé ici par un Te Deum
folemnellement chanté en Mufique fur
le Vaiffeau Amiral , auquel M. P'Intendant
, les Principaux Officiers , & tous
les autres Officiers , tant d'épée que de
E ij plu2646
MERCURE DE FRANCE
me , affifterent. On entendit à la fin , des
cris redoublez de VIVE LE ROY , & lest
troupes de la Marine , qui étoient fous
les armes , firent trois décharges de moufqueterie
. Le Vaiffeau Amiral en fit autant
de toute fon artillerie. M. de Vattan
qui avoit mouillé la veille au Cros
S. George en vûë du Port , & M. de Valette
revenant tous deux de Tunis , d'Alger
, & c. firent de pareilles décharges de
leurs Vaiffeaux après l'Amiral .
Le refte du jour fe paffa en réjouiffances
& en feftins ; le foir yenu , on alluma
des feux devant toutes les portes des
maifons avec des illuminations aux fenêtres.
Les Bourgeois de Toulon , qui
avoient déja fait des réjouiflances , les recommencerent
ce jour - là.
Toutes les troupes qui étoient fous les
armes autour du feu d'artifice , dont on
va parler , firent , avant qu'il fut allumé,
trois décharges de moufqueterie , & en
même temps on tira trois bordées de tous
les canons de l'Amiral , & de 50. pieces
de canon du Parc d'Artillerie. Mis de
Vattan & de Valette en firent autant de
leurs Vaifleaux .
Defcription dufeu d'artifice.
M. Mithon , Intendant de la Marine ,
de
NOVEMBRE 1725. 2647
à
de concert avec M. Dupont , Comman
dant de Toulon , trouverent propos de
placer l'Edifice , non pas dans la vieille
Darce , comme on avoit fait dans quelques
occafions , mais fur les glacis dans
l'endroit le plus élevé , d'où l'on pouvoit
mieux le voir des maifons de la Ville &
des remparts . Cet Edifice élevé par les
ordres de M. l'Intendant , étoit un grand
quarré de charpente, dont les faces avoient
28. pieds de largeur , & 25. pieds de
hauteur , avec un couronnement d'une
élevation proportionnée . On avoit peint
fur chaque face un Arc de triomphe d'une
même architecture , ayant fur les côtez,
entre autres ornemens, deux Statuës,
& des Cartouches pour les Emblêmes &
les Devifes.
A l'Arc de triomphe de la premiere
face qui regardoit la Ville , étoient les
Armes du Roi , & fur l'Attique on lifoit
cette Inſcription :
LUDOVICO DECIMO - QUINTO ,
ETERNITATI GALLICI NOMINIS DATO
CLEMENTIA ET
CARO
HUMANITATE POPULIS
RELIGIONE ET PIETATE SUPERIS ACCEPTISSIMO.
Les deux Statues qui étoient à côté de
l'Arc de triomphe reprefentoient , l'une
E iij la
2648 MERCURE DE FRANCE.
la Juftice , l'autre la Force , accompa
gnées des Einblêmes fuivans. Le premier
étoit un Soleil levant avec cette Deviſe
Spl ndet ab ortu , le fecond un Arc - en-
Ciel , avec ces paroles , Spes publica , le
troifiéme un Lys qui commence à s'épanouir
avec ce mot Italien , Si monftra
gia il mio cuore. Le quatriéme un Lys
qui s'éleve bien au-deflus des fleurs d'un
Parterre , Supereminet omnes .
On voyoit fur la feconde face les armes
de la Reine au milieu de l'Arc de
triomphe , & fur l'Attique cette Infcription.
MARIA REGINÆ ,
GRATIS ET VIRTUTIBUS ORNATÆ ,
SOLEMNIBUS VOTIS EXPETITÆ ,
PUBLICIS GRATULATIONIBUS EXCEPTA
L'une des Statues qui étoient aux deux
côtez de l'Arc , repreſentoit la Pieté ,
& l'autre la Prudence , qui font le principal
caractere de la Reine , avec les Emblêmes
& les Devifes qui fuivent . 1. Une
Aigle qui prend fon effort vers le Ciel ,
In Jovis folio quiefcet. 2. Une Aigle qui
tient dans fes ferres la foudre de lupiter
, Clemens abftulit arma Jovi . 3. Une
Aigle qui regarde fixement le Soleil ,
Non alium miratur neque amat.4 . Les Armes
de Pologne , qui font une Aigle couronnée
NOVEMBRE. 1725. 2649
ronnée , avec ce vers Latin pour Devile .
Hanc habuit partam propria virtute coronans &
Déja par fes vertus elle étoit couronnée.
Les deux autres faces , dont l'une portoit
les Symboles de l'Hymen , & l'autre
ceux de la Marine , étoient plus negligées
dans leurs ornemens , & dans les
Emblêmes & les , Devifes ; ce qui empêche
de les rapporter ici pour ne point
trop allonger ma Lettre , & pour venir
plutôt à l'execution du feu d'artifice.
D'abord après les décharges du canon
& de la moufqueterie dont on a parlé ,
on commença à le tirer par le fignal de
deux bombes : tout l'édifice étoit cependant
illuminé d'une infinité de lampions,
prefque depuis le rez - de chauffée jufqu'au
faîte du couronnement , & cela par
une nuit des plus obfcures , & par un
temps fort calme , ce qui fit un effet merveilleux
, & donna un fpectacle des plus
brillans. Après les premieres bombes tirées
, qui répandoient dans l'air une infinité
d'étoiles , une pluye d'or , & c. le
Chevalier de Châteauneuf qui avoit la
direction du feu , fit partir quantité de
fufées , & joier d'autres artifices qui
réüffirent parfaitement bien , obfervant
de faire tirer des bombes par intervale
>'
E iiij quand
2650 MERCURE DE FRANCE
quand le feu fe ralentiffoit ; enforte qu'on
ne peut pas donner en ce genre un ſpectacle
plus agréable , mieux entendu , &
plus long-temps continué , auffi tout le
monde en fut très - fatisfait .
M. l'Intendant donna enfuite un ma- -
gnifique foupé aux principaux Officiers
de la Marine & de Terre , & à pluſieurs
perfonnes de qualité qui étoient venuës
à Toulon pour prendre part à cette Fête .
Entre les plus diftinguées, M. & Madame
de Vintimille , Madame la Marquife Dargens
, M. & Madame la Baronne de la
Garde .
Un Bal devoit fuivre le foupés mais
la fituation de Madame l'Intendante , qui
étoit accouchée la veille , ne le permit
pas , & le fit remettre à un autre temps ;
on fe dédommagea du Bal par la longueur
du repas , & par la profufion des
meilleurs vins , & des autres liqueurs
qui y furent répanduës.
RENOVEMBRE
1725. 2651
********************
RE'JOUISSANCES faites à Rochefort,
à Breft , au Port Louis , & au Havre
de Grace , au fujet du Mariage du Roi .
Extrait de diverfès Lettres.
R de la Rochalar , Chef d'Efca-
Mare ,Commandant la Marine à
,
Rochefort , fit chanter folemnellement le
Te Deum fur le Vaiffeau portant Pavillon
d'Amiral dans ce Port , au bruit du
canon & de trois décharges de moufqueterie
de toutes les troupes aflemblées.
On comptoit de tirer le foir un beau feu
d'artifice ; mais les grands vents mêlez de
pluyes continuelles , en empêcherent
l'execution & les réjoüiffances finirent
par un fouper , auquel M. de la Rochalar
avoit invité les Officiers Generaux , &
plufieurs autres Officiers. Le lendemain
les mêmes perfonnes furent regalées par
M. de Beauharnois , Intendant de la Marine
, à Rochefort.
Le 7. Octobre M. le Comte de Champmeſlain
, Lieutenant General des Armées
Navales , Commandant & Grand- Croix
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Commandant
la Marine à Breft , fe rendit
fur les quatre heures après - midi dans la
Ev Cha2652
MERCURE DE FRANCE:
Chapelle de l'Arcenal avec Mis Robert ;
Intendant de la Marine , du Guaytroüin ,
Chef d'Eſcadre , & les autres Officiers
de Marine. Les Jefuites , les Aumôniers
des Vaiffeaux , & les PP. de l'Hôpital y
chanterent le Te Deum , à la fin duquel
le Bataillon des Compagnies Franches
de la Marine , de 600. hommes , s'étant
mis en bataille fur le Quai devant le
Magafin general , fit trois décharges de
moufqueterie. A la fin de la derniere on
commença à tirer des boëtes , qui furent
fuivies du bruit des canons placez le
long des Quais des vivres , de ceux des
batteries Royales , & du fer à cheval &
de l'Artillerie du Château de Mingant
du Camp de Kelerne & de Camaret . A
l'entrée de la nuit on alluma des lam-
›
pions à la porte de la maifon
du Roi ,
ainfi qu'à celle du General
, & de tous
les Officiers
, & des autres perfonnes
attachées
à la Marine . La Maiſon des Jefuites
, le Monaftere
des Capucins
, &
1'Hôpital
qui font fituez fur des hauteurs,
prefentoient
un fort beau fpectacle
par une brillante illumination
, laquelle
ne
fut interrompue
que par une grande
pluye qui furvint vers le milieu de la nuit. La Lettre
de Breft porte qu'on y a
tiré à cette occafion
260. coups de canon,
& 130. boëtes.
M.
NOVEMBRE 1725. 2653
M. du Parc , Captaine de Vaiffeau ,
commandant la Marine au Port - Louis ,
ayant ordonné toutes les difpofitions neceffaires
fur le Vaiffeau du Roi , où eft
arboré le pavillon Amiral , le Te Deum
Y fut chanté après la grande Meffe , les
troupes firent trois décharges de moufqueterie
, & on tira 2 1. coups de canon ,
qui furent fuivis de 63. autres des Vaiſfeaux
de la Compagnie des Indes . Au retour
M. du Parc donna à dîner à M. de
Riquebourg , Brigadier des armées du
Roi , Commandant au Gouvernement de
Port-Louis , & à un grand nombre d'Officiers.
Le foir toutes les maifons furent
illuminées , & M. de Riquebourg donna
à fouper aux mêmes Officiers tant de
de mer.
terre que
M. le Comte de la Luzerne Briqueville
, Chef d'Efcadre des Armées Navales
, Commandant la Marine au Havre de
Grace , a fait chanter un Te Deum le 7-
Octobre dans la Chapelle de l'Arcenal.
Il fut précedé de deux décharges de toute
l'artillerie , qui eft en batterie fur le Per
ret , proche la Jettée du Nord - Ouest. On
fit auffi dans l'Arcenal , & autour du
baffin trois décharges de boëtes , & enfuite
une troifiéme décharge d'artillerie
M. le Comte de la Luzerne avo't fait
préparer un très - beau feu d'artifice ; mais
E vj
Ja
2554 MERCURE DE FRANCE.
la crainte des accidens , que le grand
vent qui furvint auroit pû caufer , empêcha
de le tirer . Ce Commandant raffembla
le foir tous les Officiers du Corps ,
& leur donna un grand fouper , où chacun
fit paroître des marques fenfibles de
la joye que caufe l'heureux Mariage de
Sa Majeſté .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Touloufe.
Réjouiffances faites dans cette
Ville pour le Mariage du Roi.
:
E 3. Octobre M. le Mazuyer de
Montaigu .Procureur de
Parlement de Touloufe , donna des preuves
de fon zele au fujet du Mariage du
Roi il fit fervir un grand repas dans la
cour de fon Hôtel à tous les Corps de
Métiers de la Ville , qui étoient ce jourlà
fous les armes , formant 37. Compagnies.
Elles entrerent toutes fucceffivement
, & en très-bon ordre dans l'Hôtel,
& firent plufieurs décharges. Ce Magiftrat
fit la même choſe à l'égard d'une
multitude de peuple affemblé , qui fit de
grandes acclamations , à mesure que la
fanté du Roi étoit bûe par le Chef , &
par les Officiers de fa Compagnie , lefquels
NOVEMRE . 1725. 2655
quels avoient été invitez à un plendide
feftin . Ces réjoüiffances ne finirent que
dans la nuit par plufieurs décharges que,
firent les mêmes Compagnies , fous le
commandement des Capitouls , dans la
plus grande place de Touloufe , où le feu
d'artifice que la Ville avoit ordonné , fut
tiré & executé avec beaucoup de fuccès.
Le 15. du mois dernier le Comte de
Rottembourg, Ambaſſadeur de France à
Berlin , donna une grande Fête , à l'ocafion
du Mariage du Roi , dans une maifon
de charpente que l'on avoit conftruite
exprès dans le Parc fur le Sprée. A la
fin d'un grand fouper également délicat
& magnifique , auquel le Roi de Pruffe
affifta avec le Prince Royal , tous les
Margraves de Brandebourg , & divers
Princes , Generaux , Miniftres , & autres
perfonnes de diſtinction , on tira deux
beaux feux d'artifices , le premier placé
au milieu de la riviere , & le fecond mis
en perfpective dans le même alignement,
& fitué fur le rivage de l'autre côté. Il
en fortit pendant une heure une quantité
d'artifices très recherchez , reprefentant
des monftres Marins , & d'autres figures
extraordinaires. La fimphonie ne ceffa
point pendant toute la Fête , & rien ne
fut oublié de ce qui pouvoit la rendre
fomp
-
2656 MERCURE DE FRANCE.
fomptueule & agréable . Elle fut terminée
par la diftribution d'une grande quantité
de Medailles avec des Devifes convenables
au fujet.
HOME EXEM:3EBLIME
VERS prefentez à la Reine.
Fille de ce Guerrier qu'une fage Province ,
Eleva juftement au comble des honneurs ;
Qui fçût vivre en Heros , en Philofophe , en
Prince ,
Au- deffus des revers , au - deffus des grandeurs
.
Du Ciel qui vous cherit , la ſageſſe profonde,
Vous amene aujourd'hui dans l'empire François
Pour y fervir d'exemple , & pour donner des
loix ;
La fortune fouvent fait les maîtres du monde,
Mais dans votre maifon la vertu fait les Rois.
Du Trône redouté que vous rendez aimable ,
Jettez fur cet écrit un coup d'oeil favorable ,
Daignez m'encourager d'un feul de vos regards.
Et
NOVEMBRE
1725 2657
Et fongez que Pallas cette auguſte Déeſſe ,
Dont vous avez le port , la bonté , la fageffe ,
Eft la divinité qui prefide aux beaux Arts.
Par M. de V.
EVENEMENT fingulier arrivé fur la
Mer, & confirmation de ce qui a été
dit fur l'Homme Marin.
Es Vaiffeaux du Roi l'Elifabeth &
LeJafon, commandez par Mrs de Ben- le
neville & de Radouay , Capitaines de
Vailleau , que Sa Majefté avoit envoyé
fur le grand banc de Terreneuve pour
proteger les Navires François , employez
à la pêche de la Moruë , font revenus à
Breft le 15. Octobre , ayant tenu la Mer
cinq mois de fuite , pendant lefquels ils
ont obligé un Forban d'abandonner deux
prifes qu'il avoit fait . Le 8. Octobre l'Elifabeth
effuya fur le Cap - Finiftere une
tempête terrible qui le mit en danger de
perir , le vent ayant jetté dans le Vaiſleau
une quantité prodigieufe d'eau avec tant
de violence , que plufieurs gens de l'équipage
en furent tuez & d'autres bleffez.
On regarde comme une chofe bien
Lingu2658
MERCURE DE FRANCE:
finguliere , & peut- être fans exemple ,
que fix hommes qui travailloient fur le
Gaillard d'avant , ayant été emportez à
la Mer, deux furent rejettez par les lames
ou vagues dans le Vaiffeau .
Nous faififfons cette occafion pour
apprendre à nos Lecteurs , que non - ſeulement
l'apparition de l'Homme Marin ,
dont il eft parlé dans le 1. volume de nôtre
Journal du mois de Septembre dernier
, eft vraye & autentiquement certifiée
; mais encore qu'elle eft arrivée au
même endroit où les deux Vaiffeaux du
Roi dont il eft parlé cy - deffus , viennent
de naviger pour favorifer la pêche de la
Moruë , c'eſt- à -dire fur le grand banc de
Terreneuve.
A la verité ce n'eft pas une avanture
fort recente , car elle s'eft paffée le 8 .
Aouft de l'année 1720. mais elle n'en eft
pas moins certaine & moins furprenante.
On l'auroit ignorée en France fans la relâche
qu'a fait à Breft , cet Eté dernier, un
Bâtiment de S. Malo , fur lequel Jean-
Martin , Pilote , dont il eft parlé dans la
Relation étoit embarqué . Ce Pilote après
avoir été interrogé fur ce fait par M. le
Comte de Hautefort , Cominandant à
Breft , lui remit fon Journal , qui en contient
tout le détail , Journal qui a été
depuis dépofé au Greffe de l'Amirauté
de
NOVEMBRE 1725. 2659
de Breft , après avoir été certifié veritable
par fon Auteur.
"
Non content de cela , en vertu d'une
autorité fuperieure qui a bien voulu agir
en faveur de la verité , Guillaume Laumofne
de la Ville de Honfleur , Contre-
Maitre du Navire la Marie de Grace
commandé par Olivier Morin qui eft de
cedé , a paffé fa declaration en bonne forine
au Greffe de l'Amirauté d'Honfleur ,
le 16. Aouft dernier , contenant la Re-
Iation du fait en queftion très conforme
dans les principales circonftances à celle
que nous avons fait imprimer ; elle eſt
certifiée & fignée par les Officiers de
cette Amirauté dans l'Expedition en forme
qui nous en a été envoyée. Le Navire
la Marie de Grace étoit alors à la pêche
de la Moruë fur le banc de Terreneuve
, & c'eft ce même Guill. Laumofne
, contre Maître , qui apperçût le
premier l'Homme Marin , & qui l'examina
plus curieufement que tous les autres
pendant deux heures. Il rapporte
une circonftance par laquelle nous finirons
, & qui fait connoître qu'il n'auroit
tenu qu'aux gens du Navire de prendre
ce Monftre , s'ils n'avoient pas été faifis
de la peur . Le Capitaine me défendit ,
dit- il , de le frapp , mais je ne laiſſai
pas de le faire , & de lui donner fur
la
2660 MERCURE DE FRANCE.
la tête un coup de gaffe. Je vis alors le
Monftre s'avancer vers moi , je redoublai
de deux autres coups , ce qui ne l'empêcha
pas de faire tous fes efforts pour fe jetter
dans le Navires cela épouventa tellement
l'équipage que les Matelots fe fanverent
tous fur le Gaillard. J'attefte enfin que fi
on n'avoit pas eu peur de lui depuis les
10. beures jusqu'à midi qu'il a été le long
de nôtre bord , on l'auroit pris avec la
main, n'étant diftant du Navire que d'un
pied ou deux tout au plus.
G
PREMIERE ENIGME.
Entils fans fard , vigoureux fans audace ,
L'art nous forma : nature n'eut pû mieux.
Tel pour parer fes enfans avec grace ,
Enprunte encor nos habits , quoique vieux ;
En folatrant , menant efbas joyeux ,
Maints d'entre nous ont paffé pour lubriques,
Maints ont paru libertins vicieux ,
Les plus devots fe font faits heretiques.
DEUNOVEMBRE
1725. 2661
DEUXIE'ME ENIGME.
Ans crainte & fans effroi tout à coup
j'obscurcis ,
S Ans
La chofe la plus claire & la moins inconnuë ,
Mais en l'obfcurciffant toûjours je l'éclaircis ,
Et l'augmente toûjours quand je la diminuë,
Les deux Enigmes du mois dernier
ont été faites fur le verre à boire , & fur
le Danfeur de corde .
2
MMMMMMMMMMMMK
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &.c.
A
MOURS DE SAPHO de Mytilene.
A Paris , chez A. Cl. Briaffon , raë
S. Jacques , 1724. in 12 .
AMUSEMENS de la Compagnie , Ibid.
AVANTURES & vie de Robinſon Cru
foë , 1723. 3. vol . in 12. Ibid.
DICTIONNAIRE des Rimes. Par Richelet
, in 8 ° . A Paris , Ibid . 1721 .
DI2662
MERCURE DE FRANCE .
DIRECTEUR des Ames Penitentes ,
Ibid. in 12.
1
DISCOURS fur l'Eloquence , 1723 .
Ibid.
ELEGIES d'Ovide pendant fon exil ,
avec des Remarques , Lat. Franç. Ibid.
1724.
EPITRES ET EVANGILES pour toute
l'année , avec l'ordinaire de la Meffe.
Par un Benedictin. Paris , Ibid. 1722 .
EXILEZ de Mad. de Villedieu , Ibid.
GEOGRAPHIE du Pere Buffier , fig.
\Ibid.
GRAMMAIRE FRANÇOISE . Par le P.
Chifflet , in 8 ° . Ibid.
Lettres à M. *** pour fervir de Réponſe
au P. le Grand , & à la Differta .
tion fur la maniere dont les Benefices
fimples font acquis & poffedez par quelques
Congregations Religieufes. A Paris
, de l'Imprimerie de Jacques Vincent,
1725. in 12. p . 242. Ces Lettres font
bien écrites , & meritent d'ailleurs d'être
lûës.
DE
NOVEMBRE 1725. 2663
DE LA PERSPECTIVE PRATIQUE , avec
des Remarques fur l'Architecture , fuivies
de quelques édifices confiderables ,
mis en perfpective , & de l'invention de
P'Auteur. Ouvrage très- utile aux amateurs
de l'Architecture & de la Peinture.
Par M. Courtonne , Architecte . A Paris ,
rue Saint Severin , chez J. Vincent , in
fol. de 116.pges.
Le Heros , traduit de l'Eſpagnol de
Baltazar Gracien , avec des Remarques.
Dédié à M. le Duc de Bourbon. A Paris,
chez Noël Piffot , Quai des Auguftins ,
à la Croix d'Or , 1725. 1. vol . in 8 *
P. 368.
Le fonds de cet ouvrage , auffi bien
que la Traduction , & les Remarques
de l'Editeur , paroiffent, meriter l'attention
du Public , & n'avoir rien d'inferieur
à un autre ouvrage du même Auteur
Efpagnol , traduit & publié par le même
Editeur en 1723. nous en avons parlé en
fon temps,
Memoire pour fervir à l'inftruction
de l'Hiftoire naturelle des Plantes de
Ruffie , & à l'établiſſement d'un Jardin
Botanique à Saint - Petersbourg. Divife
en deux parties , par M. DESCHISAUX ,
1725.
Pre2664
MERCURE DE FRANCE.
Premiere Partie.
Cet ouvrage n'eft que l'eflai d'un plus
grand , qui eft projetté & annoncé par
l'Auteur , lequel apres avoir rendu raifon
du fujet de fon voyage en Ruffie ,
où il n'a pû obferver les plantes des environs
de Saint - Petersbourg , les quatre
derniers mois.de fon féjour dans cette Capitale
, à caufe des neiges , entre dans la
Critique des Auteurs & des Voyageurs
qui ont parlé de la Ruffie , lefquels n'ont
traité que vulgairement des plantes communes
; & s'ils ont voulu faire mention
de plantes un peu extraordinaires comme
de l'agneau fcytique , ou bonares , plante
moitié animal , qui dévore toute l'herbe
qui fe trouve autour d'elle , & qui n'eft
autre chofe ( felon M. Geoffroy le Medecin
) qu'une efpece de fougere , arbre
qui par fon ombrage empêche de croî're
les herbes autour d'elle , de la rhubarbe
d'Aftracan , qui n'eft auffi peut être
qu'une efpece de Rapontic , ou de Patience
, ils fe font copiez les uns les
autres .
·
L'Auteur fait un brief- état des Sçavans
modernes de cette nouvelle Athénes
, des raretez de la nature & de l'art ,
que Sa Majefté Czarienne a fait recueillir
dans fes differens voyages , avec un
choix fingulier & des travaux infatigables,
dans
NOVEMBRE 1725. 2665
dans la chambre des raretez , appellée en
Ruffen cons cambre , de fa nombreuſe
Bibliotheque fur toutes fortes de matieres
arrangée methodiquement ; il entre
dans un détail des plantes plus particulieres
qu'il a obſervé autour de Peter f
bourg ; fçavoir , le ciftus rorifmarini
folio ou rofinarin fauvage , un ales dans
les eaux qui pourroit bien être Laizoon de
Emery , page 20. arum palustre arundinacea
radice , de la racine de cette
plante les Chinois font du pain dont
ils fe nourriffent dans la difette des vivres
ordinaires , vitis idea foliis non
crenatis . Les mêmes Chinois s'enyvrent
du jus de fon fruit pour oublier leur
chagrin , cicuta aquatica , dont la racine
eft un poifon pour les hommes , peutêtre
le vaccinia paluftris on loxicoccus
qui eft un petit fruit rouge femblable à
celui du vitis idea que les Ruffiens mangent
affez communément , il s'appelle
dans le pays brouffenit , & eft décrit dans
un Auteur de la cons -cambre qui fait mention
de l'avoir obfervé à Archangel :.
l'Auteur rapporte auffi le catalogue des
Mineraux , Animaux & Vegetaux qui fe
trouvent en Ruffie , extrait pour la plus
grande partie des Auteurs & Voyageurs
de ce vafte Empire.
Il pourfuit les differens moyens qu'il
veut
2666 MERCURE DE FRANCE.
veut employer four perfectionner l'Hif
toire naturelle de ces climats feptentrionnaux
, dont le principal eft la conftruction
d'un jardin botanique où l'on cultivera
particulierement les plantes qui
croiffent dans le pays .
Deuxième Partie.
Il paroît par les avantages que l'on
fait à l'Auteur , & par la compofition de
cette deuxième partie , à laquelle il a été
engagé par le premier Medecin de Ruffie,
que l'on eft dans l'intention de former
cet établiffement dans cette Capitale de
l'Empire.
L'Auteur foutient que les grands froids
ne font
pas un obftacle à la multiplication
des plantes , au moins de celles du
pays , il donne le plan de fon jardin botanique
; & après avoir refuté pour l'ordre
des plantes les fyftêmes des differens methodistes
, il s'arrête à celui de M. Tournefort
corrigé , il ajoûte corrigé à caufe
des tranfpofitions & des fautes confiderables
, felon M. Vaillant , que les grandes
occupations de cet illuftre Botanifte
de la France , & l'étenduë de la matiere
qu'il a embraffée lui ont fait commettre ,
qu'il faut attendre la perfection de cette
methode des foins , & des veilles d'un
Bota
NOVEMBRE 1725. 2667
Botanifte confommé par des obfervations
d'une longue fuite d'années .
Le refte de cette deuxième partie n'eſt
qu'une diftribution de toutes les parties
de fon jardin , de la clôture des eaux
qu'il faut diftribuer dans plufieurs baffins
par des canaux ou tuyaux aboutiffans aux
deux rivieres qui environnent le terrain.
deftiné pour cet établiſſement .
Il faut bien prendre garde de ne pas
trop donner d'ombrage aux plantes neceflaires
par une multiplication d'arbres
inutiles , il ne faut pas qu'elles foient
privées de l'influence de l'air , furtout
dans les heures que le Soleil paroît.
L'Auteur après avoir déterminé l'étendue
qu'il veut donner à fon jardin ,
rapporte les differentes manieres d'augmenter
le nombre des plantes , & de les
faire vegeter par une varieté de culture
merveilleufe , dont la meilleure , &
la plus prompte , mais auffi la plus labcrieufe
, eft la tranſplantation des plantes
des jardins & de la campagne , dans le
jardin botanique.
La clôture de cet ouvrage contient
les livres principaux de la Botanique
dont doit être pourvûr le Botaniste qui
aura la direction de cet établiſſement ;
fçavoir , inftitutiones rei herbaria de M.
Tournefort , le Pinax de Gafpard Bau-
F hin ,
2668 MERCURE DE FRANCE .
bin, l'Hiftoire des Plantes ; par Jean Bauhin
, Comelin pour les plantes graffes ou
pleines de fuc , telles que font ces aloës
les opuntia , & les autres .
A la fin de cet imprimé eft la verſion
latine de cette deuxième partie du Memoire.
ARCHITECTURE HISTORIQUE , par M.
Bernard Fifeher , reprefentant en 93 .
planches , gravées en taille- douce par les
plus habiles Maîtres , plufieurs bâtimens
antiques , Juifs , Egyptiens , Syriens ,
Perlans & Grecs : plufieurs autres Bâtimens
antiques moins connus que les premiers
; les plus celebres Bâtimens Arabes
& Turcs , comme auffi plufieurs deffeins
de l'Architecture Perfane moderne
, Siamoife , Chinoife & Japonoife :
avec quelques Bâtimens de l'invention
& de l'execution de l'Auteur , & divers
vafes antiques , Egyptiens , Grecs , Romains
& modernes . Le tout accompagné
d'une explication hiftorique , tirée des
meilleurs Hiftoriens & Voyageurs anciens
& modernes . A Leipfic , 1725. in
fol. en large.
LES OEUVRES du Pere René Rapin ,
Jefuite , qui contiennent les comparaifons
des Grands Hommes de l'antiquité
qui
NOVEMBRE 1725. 2669
qui ont excellé dans les Belles- Lettres ;
des Réflexions fur l'Eloquence , la Poëtique
, l'Hiftoire & la Philofophie , & c.
L'Efprit du Chriftianifme , l'Importance
du Salut , la Foi des derniers fiecles , la
vie des Prédeftinez . Neuviéme Edition ,
augmentée du Poëme des Jardins . A la
Haye , 1725. 3. vol . in 12.
RECUEIL de penfées du Comte J. O,
fur divers fujets. A Francfort , 1722 .
5. vol . in 80 fe vend à Paris , rue
S. Jacques , chez Cavelier.
ANECDOTES Secrettes de l'Empire
Othoman , 1722 . Amfterdam , & ſe
vend à Paris , ruë S. Jacques , chez Briaf
fon , 2. vol. in 12 .
GENIES ANGLOIS , ou l'Hiftoire des
Révolutions de la Grande Bretagne . A
Dublin , 1723. in 12. fe vend chez
Le mê ne.
HISTOIRE de Louis XIV . par Larray.
A Amfterdam , & fe vend , idem.
in 89 1723.
9. vol.
HISTOIRE & Avantures de Dona
Rufine , Courtifane de Seville. Ibid. 2 .
vol . in 12. avec fig.
Fij
Mr2670
MERCURE DE FRANCE.
+
MEMOIRES de Brantome. Ibid. 10. vol.
1722.
MENTOR MODERNE , Difcours fur les
Moeurs du fiecle. Par Adiffon , traduit
de l'Anglois. A la Haye , ibid. 1723 , 3 .
vol. in 12 .
REFLEXIONS fur les Mathematiques ,
avec l'Arithmetique démontrée , &c.
Amfterdam , 1725. Par M. Crouzas , in
12. ibid.
André Cailleau , Libraire à Paris ,
Place Sorbonne , fe prépare à imprimer
un ouvrage , que le R. P. Caftel , Jefuite
, a compofé fur les Coquillages . Les
Gens de Lettres qui voudront communiquer
leurs Memoires & leurs Obfervations
fur cette matiere , avec la defcription
abregée des Coquillages , & des Petrifications
Marines , qu'ils poffedent ,
pourront les adreffer au Libraire cité
cy-deffus. On fera mention des chofes
communiquées , & des perfonnes qui les
auront procurées. Le même Auteur donnera
auffi une idée de tous les cabinets
curieux en ce genre , qui font en France
, & ailleurs. Et afin que l'on fçache
quelle efpece de Memoires & d'obfervations
on pourra communiquer , voici
le
NOVEMBRE 1725. 2671
le deffein du P. Caftel . Il divife fon ouvrage
en deux parties . La premiere contient
la Defcription & les figures d'une
infinite de Coquillages avec toute leur
Hiftoire naturelle. La feconde renferme
'Hiftoire Philofophique & raifonnée des
Coquillages , c'eft - à - dire , leur generation ,
tant de ceux qu'on trouve dans les Mers,
que de ceux qu'on trouve partout dans
les terres , & fur les montagnes , les plus
hautes , & les plus éloignées de la Mer.
A l'occafion des premiers , l'Auteur donne
le fyftême , ou plutôt l'Hiftoire fyftêmatique
, de la generation des Corps
organifez en general , & des infectes , &
des Coquillages en particulier. A l'occafion
des feconds il développe fon fyftême
d'organiſation , & de circulation terreftres
, pour montrer que les Coquillages,
ou plutôt les Coquilles qu'on trouve
dans les terres , & fur les plus hautes
montagnes , y ont éte portées , & y font
tous les jours portées de nouveau ( comme
les eaux , qu'on trouve fur ces montagnes
, & qui en découlent ) par voye
de circulation fouterraine.
Jean Villette , fils , Libraire , rue Saint
Jacques , à S. Bernard. Vient d'imprimer
& vend actuellement un Calendrier choi-
·Si pour l'année 1726. contenant un Abregé
Fij des
1672 MERCURE DE FRANCE
J
des chofes les plus utiles dans le commerce
& pour l'ufage de la vie civile , enrichi
de Cartes Geographiques , d'une Table de
la distance des principales Villes du Royau
me entre elles , & d'un nouveau plan de
Paris réduit , dont l'ufage eft fort étendu
, quoiqu'en foi il paroiffe fort petit .
Le même Libraire avertit le Public
que le temps de la Soufcription pour les
Negociations de la Paix de Munſter &
d'Osnabrug , en 4. volumes in folio , dont
il a donné le projet dans les Journaux
précedens , fera fermé au premier Janvier
1726. Ainfi ceux qui voudront
jouir du benefice accordé aux Soufcripteurs
, peuvent encore fe précautionner
là- deffus. L'on délivre prefentement les
deux premiers volumes à ceux qui foufcrivent
pour les deux derniers , lefquels
paroîtront au commencement de 1726.
On trouve chez le même les Livres
fuivans , imprimez nouvellement en
Hollande.
Joannis Keill , M. D. Regia Soc.
Lond. Socii in Acad . Oxon. Aftronomia
Profefforis Saviliani Introductiones ad
veram Phyficam & veram Aftronomiam .
Quibus accedunt Trigonometria. De viribus
centralibus . De legibus attractionis.
Lugd. Batavorum , 1725. in 4° cum fig.
Chriftiani Hugenii Zulichemii dum
viveret
NOVEMBRE 1725. 2673.
viveret Zelemii Topatchæ , Opera varia
. Lugd. Bat . 1724. in 4° 2. vol.
cum fig.
Les faveurs & les difgraces de l'Amour
, ou les Amans heureux , trompez
& malheureux . Hiftoires Galantes . A la
Haye , 2. vol . in 12. avec fig.
Ultima verba factaque & ultimæ voluntates
morientium Philofophorum virorumque
& foeminarum illuftrium nec
non Imperatorum , Regum , Principum .
Item fummorum Pontificum , S. R. E.
Cardinalium , Epifcoporum , Sanctorum ,
& c. Plurimis è Scriptoribus defcripta ,
compilata , collecta , ordine alphabetico
difpofita , & variis è linguis in Latinam
linguam tranflata , ftudio & opera Jacobi
de Richebourg , Jurifconfulti Antuerpienfis
, fol . 2. vol. Antuerpiæ, C'est- àdire
, les derniers momens , ou les dernieres
paroles , actions & volontez des
Philofophes , & autres perfonnes illuf
tres des deux fexes , & c. des Empereurs,
Rois , Princes , &c. des Papes , Cardinaux
, Evêques , Saints , &c. recueillis
& compilez d'un grand nombre d'Auteurs.
traduits en Latin , & diftribuez par
ordre alphabetique , par les foins de Jacques
de Richebourg , Jurifconfulte d'An .
vers , 2. vol. fol. A Anvers .
Fiiij Le
2674 MERCURE DE FRANCE .
Le troifiée Tome du Gallia Chriftia
na , dont nous avons parlé au mois de
Juin dernier dans l'éloge du R. P. de
Sainte Marthe , fe débite à l'Imprimerie
du Louvre . Ce volume contient les trois
Metropoles de Cambray , de Cologne &
d'Embrun , avec les Evêchez fuffragans
& les Abbayes qui en dépendent. On y
trouve d'abord , outre la table des Archevêchez
, Evêchez & Abbayes , contenuës
dans ce tome , trois Chapitres , qui
comprennent les changemens arrivez
dans le Clergé depuis l'impreffion de ce
volume , & des deux précèdens : enfuite
un pareil nombre de Chapitres , d'additions
& de corrections fur les 3. 2. & I.
tomes , où l'on remarque avec plaifir, que
l'illuftre Auteur ne s'cft point épargné , &
qu'il corrige avec beaucoup d'exactitude
tout ce qui avoit pû échapper à fes premieres
recherches. Tout le refte eft dans
le même ordre que dans les premiers
tomes. Le quatriéme s'imprime actuellement
, & l'ouvrage eft continué par les
foins des RR. PP. Dom Jean Thiroux ,
D. Jofeph Duclou , & D. Felix Hodin ,
affociez depuis long- temps aux études
du R. P. de Sainte Marthe.
L'explication du cachet de bronze antique
, dont nous avons parlé dans le
Mercure du mois d'Aouft dernier , a
NOVEMBRE . 1725. 2675
paru ingenieuſe à quelques Antiquai-
-res . Nous avons cependant reçû une autre
explication du même cachet . Je me
fuis attaché , dit celui qui nous l'envoye,
à quelque chofe de plus fimple , & je
crois que c'étoit le cachet d'une Sextia
Pythia , fille d'un Butius , ou Bution.
Quoiqu'il n'y eut point de T. dans Sextia
, dont je ne fais qu'un mot , je crois
qu'il peut être imperceptiblement au
haut de la Lettre I. par une espece de
Monogramme ou Chiffre , qui eft ordinaire
dans certaines Medailles & monumens
antiques.
Le 25. du mois d'Aouft dernier , jour
de S. Louis , l'Académie de Bordeaux celebra
, fuivant fa coutume , la Fête du
Roi dans la Chapelle du College de
Guyenne. M. l'Abbé Defcors , Chanoine
de la Collegiale & Académicien Affocié,
y prononça le Panegyrique du Saint avec
beaucoup d'applaudiffement . I fit voir
dans la premiere partie que Saint Louis
avoit rehauffé la gloire du Trône par la
fimplicité des oeuvres de la Foi : par,
ce qu'il avoit fçû fe garentir des dangers
du Trône par les exercices de la penitence
& de l'humilité Chrétienne , exercices
qui nous rendent veritablement
grands aux yeux de tous les hommes :
FV
2
2676 MERCURE DE FRANCE.
par
2 ° parce qu'il avoit rempli tous les de
voirs du Trône par des hommages d'adoration
& de fidelité à l'égard de Dieu ,
& par des foins de bonté & de fecours à
l'égard de fes peuples. Car il eft également
glorieux à un Prince de rendre un
culte religieux au Souverain Etre , & de
devenir lui-même les délices & le pere
de fes fujets. Dans la feconde partie . M.
l'Abbé Defcors prouva que Saint Louis
avoit accredité les oeuvres de la foi par le
heroïfme propre de la Royauté : 1 ° parce
qu'il les foutint par la fageffe de fon
gouvernement : 2 ° parce qu'il les releva
fa valeur dans les combats : 3 ° parce
qu'il les honora par fa conftance dans les
épreuves. Dans l'expofition de ces differentes
preuves l'Orateur fit fentir avec
force que les vertus Chrétiennes loin
d'affoiblir la prudence , éclairent l'ame ,
& que les vûës d'intereft nous faifant
agir avec précipitation & avec défiance ,
nous donnent moins d'habileté que les
maximes de la Religion qui nous infpirent
de la moderation , & un genereux
defintereffement . En décrivant les actions
de courage & de bravoure de S. Louis ,
il fit voir que la douceur de la devotion
n'excluoit aucun des caracteres de la valeur
; mais qu'elle l'animoit , & qu'elle
la rafluroit dans les perils contre les horreurs
NOVEMBRE 1725. 2677
reurs de la mort . Enfin en expofant les
circonftances de la captivité de S. Louis ,
& fa noble majefté au milieu des fèrs ,
l'Orateur conclut que la conftance qui a
la foi pour principe eft au -deffus de la
fierté qui naît de l'orgueil . M. l'Abbé
Defcors termina ce Difcours par une
Priere éloquente qu'il adreffa au Saint
pour attirer les benedictions du Ciel fur
le Mariage de nôtre jeune Monarque
avec la plus vertueufe Princeffe de l'Europe.
Le 13. de ce mois le fieur Delifle ,
Aftronome , Profeffeur de Mathematique
au College Royal , & Membre des
Académies des Sciences de France , d'Angleterre
& de Prufe , partit de Paris
pour fe rendre à S. Petersbourg , à · la demande
de la Czarine . Son frere Delifle
de la Croyere , auffi Aftronome , & de
l'Académie Royale des Sciences , l'accompagne
dans ce voyage . Il y a déja
quelques années que le Czar dans le deffein
de fonder une Académie des Sciences
en Ruffie , avoit invité le fieur Delifle
de venir à S. Petersbourg pour don
ner fes lumieres & fes réflexions fur cet
établiffement , pour y fonder un Obfervatoire
, y ordonner les ouvrages &
les inftrumens neceffaires à cette Acadé-
F.vj mie
2678 MERCURE DE FRANCE.
mie , & à cet Obfervatoire , & pour
faire lui -même les Obfervations Aftronomiques
qu'il jugeroit à propos . Depuis
ce temps - là ce Prince a fait conftrui
re deux belles maifons , l'une pour fon
Académie , & l'autre pour fa Bibliotheque
, & a fait élever un Obfervatoire ,
dont il a conduit lui - même le bâtiment ,
& qu'il a vû finir avant fa mort . Les
avantages que le fieur Delifle efpere tirer
de ce voyage pour l'avancement de
l'Aftronomie dans un climat fi different
de ceux des autres Obfervatoires , & la
correfpondance de celui - la avec celui de
Paris l'ont enfin déterminé à cette entreprife
, furtout ayant engagé le fieur Delifle
de la Croyere fon frere , de l'aider
dans les Obſervations pour rendre cet
établiffement encore plus utile aux Sciences.
En faveur, de cet avantage les fieurs
Delifle ont obtenu par deux Brevets du
Roi l'agrément & la permiffion de Sa
Majefté de s'abfenter pendant quatre ans,
avec la confervation de leurs places &
de penfions qui y font attachées.
On mande de Suiffe que M. Bernouli
le fils eft parti il y a quelques mois pour
fe rendre auffi en Ruffie , & y exercer
fes grands talens dans la Geometrie.
Le Mercredi 14. Novembre l'Académie
NOVEMBRE . 1725. 2679
mie Royale des Sciences fe raffembla ,
& felon la coutume cette premiere Affemblée
fut publique . M. de Fontenelle ,
Secretaire perpetuel de cette Académie ,
y lût l'Eloge du feu Czar , qui étoit honoraire
de cette Académie.
M. Geofroy , l'aîné , lût enfuite un
Memoire , dans lequel il donne le moyen
de faire la couleur , appellée bleu de
Pruſſe , ainſi nommée , parce qu'on la tire
de ce pays- là. M. Geofroy donne dans ce
Memoire un moyen plus fimple que ceux
qui étoient connus , pour parvenir à la
compofition de cette couleur .
La féance finit par la lecture d'un Memoire
de M. Dufay fur la Catoptrique ,
dans lequel il rapporte plufieurs experiences
qu'il a faites fur des miroirs concaves
, de differentes figures , placez à
differentes diſtances , & qui réflechiſ
fent les rayons de lumiere qui partent
d'un de leurs foyers , & vont le réunir
en un autre point où ils brûlent les matieres
que M. Dufay y expoſe.
M. de Lagny , Directeur prefidoit à
cette Affemblée , en l'abfence de l'ancien
Evêque de Frejus , Preſident , & de M.
l'Abbé Bignon , Vice - Prefident , qu'une
indifpofition a empêché de s'y trouver .
On donnera des Extraits de ces Memoires
, & on parlera dans le Mercure
pro2680
MERCURE DE FRANCE.
prochain de l'Affemblée publique de l'Académie
Royale des Belles - Lettres , & c.
EEXXTTRRAIT d'une Lettre de M. de Seigneux
, Confeiller au Confeil de Lauzanne,
en Suiffe, du 5. Septembre 1725.
aufujet d'un évenement extraordinaire ,
dont il eft parlé dans le Mercure du
mois d'Avril dernier.
La
1
'Avanture du Païfan eft . averée
avec cette difference que ce ne fut
pas lui-même qui fe fit l'operation , mais
un autre Païfan qui avoit été Sergent
dans nos troupes Suiffes en Hollande , &
qui s'étoit trouvé prefent à une operation
pareille , fans avoir eu aucun principe
ni leçon d'aucun Chirurgien . Il fit
cependant avec une ferpette l'operation
du haut appareil fans les précautions accoutumées
, tira une groffe pierre de la
veffie , & guerit fon malade par des applications
fort fimples. Ce malade qui
s'appelle Bulart de Gimel eft encore vivant
au Village de Burfins , à une lieuë
de Rolle & du Lac Leman . Son nom
avec des particularitez plus précifes de
cette cure ont été envoyés à Mts de l'Académie
Royale des Sciences.
On mande de Madrid que dans les tra
vaux
NOVEMBRE 1725.
OVEMB 2681
vaux qu'on fait pour applanir les montagnes
, & conftruire un grand chemin
entre l'Efcurial & S. Ildefonſe , on a
trouvé en faifant fauter les veftiges d'un
ancien bâtiment 112. Medailles de divers
Empereurs & Confuls Romains .
Entr'autres deux Othons en bronze , &
une de Fauftine en or , avec ces mots
pour Legende , Fauftina Diva Augusta ,
& au Revers , Diva aternitas.
que
On mande de New- caftle , de Carliſle
& de Fawkirk dans la Grande Bretagne ,
M. Alexandre Gourdon , Bourgeois.
d'Aberdeen , Membre de la Societé des ·
Antiquaires de Londres , avoit achevé de
mefurer & de lever le plan de la muraille
que les Empereurs Severe & Adrien
firent bâtir , pour feparer l'Angleterre
de l'Ecoffe , & arrêter les courfes des
anciens Pictés , & qu'il devoit bien- tôt
fe rendre à Londres pour faire imprimer
ce grand ouvrage par foufcription , fous
le titre d'Itinerarium feptentrionale , qui
renfermera auffi le plan de la chauffée de
Graham , avec les camps des Romains ,
& quelques autres monumens d'antiquité.
On apprend de Lisbonne que M. Louis
Baden , Anglois , a ouvert depuis peu une
Acadé
2682 MERCURE DE FRANCE.
Académie publique dans l'Hôtel du Comte
de Saint Michel , où il expliquera les
fyftêmes des Philofophes anciens & modernes
, & donnera des leçons de Mathematique
, d'Optique , d'Hydraulique ,
& des autres parties de la Phyfique.
On écrit de Florence que M. Lifon ,
Secretaire d'Ambaffade de l'Empereur , y
a acheté des PP. Chartreux un Manuf
crit Grec très - ancien , des ouvrages de .
Platon qu'on a trouvé dans leur Bibliotheque
, & qui doit être mis dans celle de
S. M. I. qui en a fait payer 300. piftoles.
Le z. Octobre les Princes de Baviere ,
accompagnez du Comte de Charolois , &
conduits par M. de Cotte , Premier Architecte
, Contrôleur des Bâtimens du
Roi , allerent aux Galleries du Louvre
pour y voir les rares ouvrages dans divers
genres , que font les excellens Maîtres
, de differente profeffion , qui y font
logez .
Ils commencerent par voir l'Imprimerie
Royale , conftruite depuis fon établiffement
à l'extrêmité de la grande Gallerie
, proche de la Monnoye des Medailles
; elle a été mife depuis peu dans un
nouvel ordre avec beaucoup de dépenfe
& de goût , par les ordres du Duc d'Antin
, Surintendant des Bâtimens du Roi.
M.
NOVEMBRE 1725. 2683
M. Anillon , Libraire , qui en a la Direction
depuis quelques années , & dont la
capacité eft connue , n'oublie rien de
tout ce qui peut contribuer à la perfectionner.
M. Defnoyers , Secretaire d'Etat , &
Şurintendant des Bâtimens , fi on ofe le
dire ici en paffant , qui cultivoit les beaux
Arts avec un foin extrême , & qui les
foutenoit de tout fon credit , eft le preinier
qui établit l'Imprimerie Royale ,
vers l'an 1640. Les impreffions magni-"
fiques qui en font forties ont été admirées
de toute l'Europe .
Ces Princes allerent enfuite chez M.
Coypel , Peintre de l'Académie , & Garde
des deffeins du Roi. Ils virent divers
ouvrages de ce Peintre , & parcoururent
plufieurs Porte feuilles des deffeins des
plus grands Maîtres .
Ils entrerent enfuite , en parcourant le
Corridor ou petite Galerie , chez M. Bâ¬
lin , Orfevre , où les Princes virent
beaucoup d'ouvrages d'Orfevrerie , d'une
grande beauté.
Chez M. du Vivier , Graveur de Medailles
, qui leur fit voir des poinçons &
carrez avec leurs empreintes , & un modele
en cire , pour une grande Medaille ,
du portrait de la Reine , qu'il a fait depuis
peu , & qu'on trouva très - reffemblant
, & très -beau. Chez
>
2684 MERCURE DE FRANCE .
Chez M. Reniers , Armurier , qui
étala des Fufils fort ornez , & d'un travail
infini , des Piftolets , des Fournimens
, & autres uftenciles de Chaffe.
Chez M. Boule , Ebenifte , où l'on vit
des ouvrages de Marqueterie , & en bronze
, d'une grande magnificence.
Chez M. Germain , Orfevre , entre
plufieurs excellens ouvrages d'Orfevrerie
, on vit le Calice d'or prefque
achevé , qui avoit été ordonné par le feu
Electeur de Cologne , oncle de ces Princes
. Ce morceau fait beaucoup d'honneur
à cet excellent Maître, & peut fatisfaire le
goût des plus délicats , & des plus habiles .
Ils virent chez M. d'Hermand les curiofitez
, prefque en tout genre , dont fon
cabinet eft rempli.
Les Princes pafferent enfuite dans les
fales de l'Académie Royalé de Peinture
& Sculpture ; & après en avoir vû les
Tableaux , les Statues , Bas- reliefs , &t.
ils allerent pour la feconde fois voir les
plans qu'on garde dans la galerie , dont
la longueur eft de 227. toiles , & de 4.
toifes 5. pieds de largeur .
Ces plans reprefentent en relief les
principales Fortereffes de l'Europe , particulierement
celles du Royaume. Ils
font placez dans la partie de la galerie la
plus proche du Louvre . On en compre
enviNOVEMBRE
1725. 2685
environ 160. entre leſquels il y en a qui
ont coûté de très - grandes fommes . On y
voit marqué en relief jufqu'aux moindres
parties des travaux & des édifices particuliers
des Villes & des places de guerre
, ce qui eft d'autant plus curieux qu'il
ne fe voit rien ailleurs de pareil. M. Jean
Berthier a conftruit la plupart de ces
plans avec une intelligence , & une
patience admirable.
Les illuftres dans leur profeffion , dont
on vient de parler , & plufieurs autres
que nous n'avons pas eu occafion de nommer
, ont leurs atteliers fous la grande
galerie. Ces logemens leur font accordez
par brevet du Roi , avec diftinction ,
pour animer & récompenfer leur habileté.
Le Roi Henri le Grand a accordé le premier
cette grace à quelques illuftres de
fon temps. Par des Lettres, Fatentes du
22. Decembre 1608. il leur donna le
Privilege de travailler pour le Public ,
indépendemment de tous les autres Maîtres
de Paris & du Royaume , fans être
fujets à vifite , & de faire des apprentifs
qui peuvent s'établir où il leur plaît , ce
qui a été confirmé par plufieurs Arreſts
du Confeil rendus depuis ce temps - là .
L'expofe de ces Lettres Patentes qui
nous font tombées entre les mains , nous a
paru fingulier. Le voici :
Com2686
MERCURE DE FRANCE.
Comme entre les infinis biens qui font
caufez par la paix , celui qui provient de
la culture des Arts , n'eft pas des moindres
, fe rendant grandement floriffans par
icelle , & dont le Public reçoit une trèsgrande
commodité : nous avons eu auffi cet
égard en la conftruction de notre galerie
du Louvre , d'en difpofer le bâtiment en
telle forme que nous y puffions commodement
loger quantité des meilleurs ouvriers ,
plus fuffifans Maîtres qui fe pourroient
recouvrer , tant de Peinture , Sculpture ,
Orfevrerie , Horlogerie , Infculptures en
pierreries , qu'autres de plufieurs excellens
Ats , tant pour nous fervir d'iceux,
comme pour être par ce même moyen employez
par nos fujets en ce qu'ils auroient
befoin de leur industrie, & auffi pour faire
comme une pepiniere d'ouvriers, de laquelle
fous l'apprent ffage de fi bons Maîtres il
en fortiroit plufieurs , qui par après le répandroient
par tout notre Royaume , & qui
fçauroient très bien fervir le public , &c.
Le Prince Electoral de Baviere , & le
Prince Ferdinand fon frere , accompagnez
de M. le Comte d'Albert , & de plufieurs
Seigneurs Allemands , & conduits par
M. d'Ofmond , Premier Gentilhomme
du Duc de Bourbon , allerent le 19. Octobre
dernier vifiter le cabinet du fieur
Paul
NOVEMBRE. 1725. 2687
Paul Lucas , Antiquaire du Roi , & Maréchal
des Logis de feu Madame la Dauphine
, fi connu par fes voyages en Levant
, d'où l'on fçait qu'il a rapporté un
grand nombre de raretez qui ont enrichi
le cabinet du Roi .
Il a compofé pour lui - même un cabinet
très - curieux de Medailles , pierres
gravées , agathes , & autres pierres Orien
tales de toute efpece , bronzes & marbres
antiques , coquilles rares & fingulieres.
Il a outre cela un Herbier qui contient
près de 3000. plantes toutes differentes
& un Droguier où l'on voit plufieurs.
animaux très curieux , des mineraux , des
congelations , des vafes précix , un
Bezoard Oriental le plus beau qu'on ait
jamais vû , & beaucoup d'autres productions
de la nature , des armes de differentes
nations & de beaux Tableaux .
Ces Princes admirerent auffi quantité
de cruches fecondes d'Egypte , qui produifent
en moins de 5. jours toutes fortes
de verdures , & de petites falades ad- .
mirables. Nous parlerons plus amplement
de ces vaiffeaux finguliers .
Les deux Princes qui demeurerent
près de trois heures à examiner toutes les
curiofitez en parurent très fatisfaits . Le
fieur
2638 MERCURE DE FRANCE.
"
fieur Paul Lucas leur offrit du Serkis ,
les Princes en goûterent , & trouverent
cette boiffon très -agréable , ils en emporterent
une provifion que le fieur Paul Lucas
les pria d'agréer , & le Prince Electoral
, pour lui marquer fa fatisfaction ,
lui fit prefent d'une belle montre d'Angleterre
à repetition .
* Le Serkis eft une petite Plante cotonnée ,
dont on prend l'infufion comme celle du Thé ,
elle a un goût très - agréable. Celui dont les
Sultanes du Serrail ufent , eft cultivé auprès de
la Mecque. Le Serkis dont il eft ici queſtion a
été apporté par le fieur Paul Lucas de l'Arabie
Petrée.
Le Pere D. Ange Quinquet , Theatin ,
Prédicateur ordinaire du Roi , mourut à
Paris le 22. Octobre 1725. âgé de 51 .
ans. Il étoit natif de Soiffons , d'une des
plus honorables familles de cette Ville ,
& dès l'âge de 16. ans il entra dans la
Congregation des Theatins , où il donna
dès la jeuneffe de très -grandes efperances
de ce qu'il devoit être un jour. A peine
avoit- il achevé fes études de Theologie
, qu'il fe dévoüa tout entier au minif
tere de la Prédication , & l'on peut dire
de lui , à la lettre , qu'il commença avec
plus de fuccès que les autres ne finiffent .
Il n'avoit pas plus de 25. ans qu'il rempliffoit
NOVEMBRE 1725. 2689
*
pliffoit avec éclat les premieres Chaires
de Paris , & à peine en avoit- il trente
qu'il fut nommé pous prêcher à la Cour,
où la douceur de fon éloquence , & fa
maniere de prêcher , pleine de graces &
d'onction , plûrent infiniment au feu Roi ,
qui l'honora de ſa bienveillance. Il a continué
pendant vingt- cinq ans à la Cour
& à la Ville avec un applaudiffement
toûjours égal ; & ce qui lui avoit acquis
une eftime generale , c'eft qu'il a toujours
foutenu la parole de fon exemple ,
& honoré fon miniftere par la regularité
de fes moeurs .
Nous avons parlé dans le mois d'Aouft
de nouveaux Ecrans donnez par Rondet ,
comme d'un meuble utile dans cette faifon
, & propre auffi à orner l'efprit par
le choix des matieres qui les compofent.
Le fuccès ayant répondu à ce qu'on en
devoit attendre , Rondet vient de donner
huit nouvelles feuilles , dont fept contiendront
les évenemens du Regne de
Loüis XIV. recueillis avec beaucoup de
foin , & rangez par ordre alphabetique ,
ce qui ne peut être que très- commode
pour fe rappeller les nombreux ' exploits
de ce grand Monarque , dont il eſt
comme impoffible, fans ce fecours , de retenir
toutes les dattes & toutes les circonftan2690
MERCURE DE FRANCE.
conftances qui font exactement rapportées
dans ces Ecrans. Le huitiéme eft autant
curieux que tous les autres font utiles
. Il contient d'un côté l'origine de la
Maifon du Roi Stanislas , & de fes Armes
, & de l'autre côté eft la Genealogie
de nôtre Reine. Le fieur Rondet , Libraire
demeure rue S. Jacques , au Com..
pas , près la Fontaine S. Severin .
Le fieur Briart , demeurant ruë de la Harpe,
vis -à-vis la Croix de Fer , y fait toûjours un
débit confiderable de fes cuirs à repaffer les
rafoirs. L'experience en a appris l'utilité ,
furtout à ceux qui fe rafent eux - mêmes , qui
font en voyage , ou éloignez des Villes. Avec
ce fecours on n'a nul befoin de pierre à repaffer.
On avertit qu'on les contrefait. Afin
qu'on n'y foit point trompé , le fieur Briart
donne l'explication pour l'ufage & la durée
de ces cuirs , écrite de fa main.
Le veritable Suc de Regliffe & de Guimauve
qui guerit le Rhume , fortifie la poitrine ,
détache & fait cracher la pituite , fe vend de
l'aveu & approbation de M. le Premier Medecin
de Sa Majefté , chez Mademoiſelle Defmoulins
qui feule en a le fecret. Elle demeure
prefentement rue Guenegaud , Fauxbourg
S. Germain , chez un Boulanger , près la ruë
Mazarine , au premier appartement.
CHANT
生
Air, Sericu
அ
B
Oiseaux, Sitou
NOVEMBRE 1725. 2691
**: *********** : **
CHANSON
De M. de Bruéys.
Ifeaux ,fi tous les ans vous quittez ces
Dès que le trifte Hyver dépouille nos bocages,
Ce n'eft pas feulement pour chercher des ombrages
,
Ni pour éviter les frimars ;
Mais c'eft que vôtre deftinée ;
Ne vous permet d'aimer qu'en la faifon des
fleurs ,
Et quand elle a paſſé , vous la cherchez ailleurs
,
Afin d'aimer toute l'année.
L
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique donna
le 6. de ce mois la premiere repreſentation
de Telegone , Tragedie . Les
applaudiffemens qu'on a donnez à cette
Piece en font efperer un grand fuccès.
L'Auteur Anonyme de ce Poëme , a pris
G Тол
2692 MERCURE DE FRANCE.
fon fujet dans Dictys de Crete. Voici ce
que ce celebre Scholiafte en dit dans fon
fixiéme Livre :
Ulifle troublé par des augures , & par
des fonges , confulta les oracles des Dieux ,
qui fui répondirent qu'il devoit fe garder
de fon fils . Ses foupçons tombant ſur
Telemaque , il l'éxila. Cependant Telegone
, fils d'Uliffe & de Circé vint en
Itaque pour fe faire reconnoître à ſon
pere , les Gardes lui ayant voulu défendre
l'entrée du Palais d'Uliffe , il fe mit
en état de s'y faire jour malgré eux.
Uliffe accourut au bruit ; & ne doutant
point que ce ne fut quelque affaffin envoyé
par fon fils Telemaque pour le
tuer , il lui darda une lance qui ne le
frappa point ; mais Telegone , fans le connoître
, lui lança un javelot dont il fut
mortellement bleffé . Uliffe expirant lui
demanda qui il étoit , il apprit que c'étoit
un fils qu'il avoit eu autrefois de
Circé , & reconnut par là que les Oracles
des Dieux étoient juftifiez , Voici la
Fable de l'Auteur Anonyme :
Circé ayant été abandonnée par Uliffe,
en fut fi irritée , qu'elle éleva Telegone ,
qu'elle avoit eu de cet infidele , dans
l'ignorance de fon fort , qu'elle lui promit
de lui reveler , quand il fe feroit
ren lu digne des Auteurs de fa naiſſance.
Tele
NOVEMBRE 1725. 2693
pro-
Telegone n'eut pas plutôt atteint un âge
où il pût fe faire un nom , qu'il alla
chercher la gloire. Sa deftinée le conduifit
chez la Reine de Corcyre. Il y devint
éperdument amoureux de la Princeffe
fa fille. Les fervices qu'il rendit à
cette Reine la déterminerent à lui
mettre Elifmene , c'eft le nom que l'Auteur
donne à la Princeffe de Corcyre ;
mais avant que d'en faire fon gendre , elle
voulut fçavoir de quel fang il étoit né.
Telegone ne pouvant l'éclaircir fur le
champ , partit de Corcyre pour aller trouver
Circe , qui feule pouvoit l'inftruire
de fon fort. Quelque temps après fon
départ de Corcyre , Uliffe y fut jetté par
un orage. La Reine n'ayant aucune nouvelle
de Telegone , ne pût refufer à
Uliffe , Elifmene qu'il lui demanda pour
fon fils Telemaque . Le mariage fut arrêté,
& la Princeffe de Corcyre fut conduite
dans Itaque. C'eft là que l'Auteur établit
le lieu de la Scene ; nous allons con
tinuer cet Extrait , Acte par Acte , &
Scene par Scene.
Gij AC2694
MERCURE DE FRANCE.
ACTE PREMIER.
Le Theatre reprefente le rivage d'Itaque.
SCENE I.
Elifmene.
Elifmene fe plaint de ce que Telema
que eft accablé d'une douleur mortelle
dans un jour où elle doit être unie pour
jamais avec lui.
SCENE I I.
Telemaque , Elifmene,
Elifmene dit à Telemaque , qu'il a
affez donné de larmes à la mort de Pene
lope , & qu'elle ne fçauroit être heureufe
, tant qu'elle le verra plongé dans la
trifteffe. Telemaque lui jure qu'il l'aime
toûjours ; mais que ce jour qui devroit
être le plus beau jour de fa vie, en eſt le
plus affreux : il lui explique ce myftere ,
en lui apprenant que Neptune lui a annoncé
autrefois que le jour de fon Hymen
feroit le jour de la mort de fon
pere,
SCENE
NOVEMBRE 1725. - 2699.
SCENE III.
Uliffe , Telemaque , Elifmene , troupe
de peuples d'Itaque & de Matelots.
Cette Fête eft un anniverfaire du jour
où Uliffe arriva dans Itaque après le fiege
de Troye. La Fête eft troublée par un
orage , qui jette un Vaiffeau fur le riva
ge . Uliffe implore le fecours de Neptune
pour ces malheureux qu'il voit prêts à
perir. Neptune fort du fond des flots ;
& brûlant de colere contre Uliffe , il lui
annonce qu'il va vanger fon fils Polipheme.
La terrible menace de Neptune n'empêche
pas Uliffe d'aller au fecours de ces
malheureux , dont le vaiffeau vient de
perir à les yeux.
ACTE II.
Le Theatre reprefente le même lien , & ne
change qu'au milieu de l'Alte.
SCENE 1.
Telegone.
Telegone fauvé par Uliffe , qu'il ne
connoît pas encore , fe plaint de la rigueur
des Dieux. Il fait connoître qu'il
étoit parti des rives de Corcyre pour
G iij aller
2696 MERCURE DE FRANCE.
aller interroger Circé fur fon fort ; mais
que Neptune l'a empêché d'aborder dans
File d'Aée , par de continuels orages.
SCENE I I.
Vliffe , Telegone!
Uliffe fe fait connoître à Telegone.
Cette Scene eft une demie reconnoiffance
, la nature parle dans le pere & dans
le fils en voici quelque vers. Uliffe
voyant combien Telegone eft fenfible au
fecours qu'il a reçû de lui , lui répond
en ces termes :
Que d'un fi tendre aveu mon coeur eft fatisfait !
C'eſt ma plus douce récompenſe.
Quand on peut infpirer tant de reconnoiſſance,
On est trop payé du bienfait.
Uliffe demande à Telegone de quel
fang les Dieux l'ont fait naître ; Telegone
lui répond que ,tout ce qu'il fçait
de fon fort , c'eft qu'une main immortelle
a pris foin de fon enfance , mais
qu'on lui laiffe ignorer de quel pere il
eft né. Uliffe lui offre des Vaiffeaux pour
continuer fon voyage , quoiqu'il fouhaire
ardemment de le retenir auprès de lui.
Voici comment la nature s'explique fecretement
dans le pere & dans le fils .
Ulife.
NOVEMBRE 2697 1725. 1725 .
Vliffe.
Tous mes fecours yous font offerts ;
Mais , à vos yeux , fi ma prefence eft chere ,
Pourquoi quitter des lieux , où vous trouvez
un pere ,
Que vous allez chercher au bout de l'univers ?
Telegone.
En d'autres lieux l'Amour m'appelle :
Que je parte , & bien-tôt à vos ordres fou
mis ,
Je rapporte à vos pieds , dans un fujet fidele ,
Toute la tendreffe d'un fils .
La fin de cette Scene eft très - affligean.
te pour l'un & pour l'autre. Uliffe apprend
que Telegone aime cette même
Elifmene que Telemaque va épouſer ; il
annonce triftèment à Telegone que la
Princeffe de Corcyre eft promife à un autre
il le quite pour aller. implorer le
fecours de Minerve , fa protectrice.
SCENE III.
Telegone.
1
Telegone mortellement frappé de ce
qu'Uliffe vient de lui annoncer , & d'ailleurs
affoibli par fon nauftrage , tombe
fur un lit de gazon.
Giiij SCENE
2698 MERCURE DE FRANCE.
SCENE IV.
Telegone , Circé.
Circé arrive à travers des nuages qui
la cachent d'abord aux fpectateurs : elle
ordonne que ces lieux s'embelliffent , &
qu'un nuage épais les dérobe aux regards
de tout le monde. Elle fait connoître que
Telegone eft fon fils ; elle ordonne aux
Démons qui la reconnoiffent pour leur
Souveraine, de fe transformer en plaiſirs ,
& de flatter la douleur de Telegone.
Après la Fête , Telegone s'éveille , il reconnoît
Circé , qui lui dit qu'elle vient
à fon fecours ; mais que pour meriter les
bienfaits , il faut il qu'il la vange d'un
Mortel qui l'a offenfée. Telegone lui promet
.de fervir fa colere. Il la prie de lui
apprendre fon fort ; elle lui répond
qu'elle ne l'en inftruira qu'après qu'il
laura vangée. Elle lui annonce qu'Elifmene
eft dans Itaque , qu'elle eft prête
à trahir fa foi , mais qu'il ne doit rien
craindre tant que Circé fera pour lui.
SCENE V.
Telegone , Elifmene .
Elifmene furpriſe de trouver Telegone
dans Itaque , veut le fuir . Telegone l'arrête
,
NOVEMBRE 1725. 2699
rête , en lui diſant qu'il fçait tout. Eliſmene
lui avoue qu'elle doit époufer Telemaque
, mais qu'elle ne fait qu'obéïr.
SCENE VI.
Telegone.
Telegone fe flatte qu'Elifmene, ne faifant
qu'obéïr , pourra lui être renduë
par le fecours de Circé. Il fe détermine
à vanger cette Déeffe irritée , pour
déterminer à le fervir dans fon amour.
ACTE III.
la
Le Theatre reprefente la partie exterieure
du Temple de Minerve.
SCENE I.
Circé.
Circé balance entre fon amour & fa
haine pour Uliffe.
SCENE I I.
Circé, Meliffe.
Meliffe dit à Circé qu'elle a executé
fes ordres , & qu'Uliflè viendra bientôt
auprès d'elle . Dans cette Scene , Circé
parlant à Meliffe , fait entendre aux
Gv Specta
2700 MERCURE DE FRANCE.
Spectateurs , que le fils qu'elle a eu d'Uliffe
n'a pas été immolé , comme elle l'a
fait croire à Uliffe , & qu'elle l'a réfervé
à fa vangeance , elle veut tenter un
dernier effort fur le coeur de fon infidele .
SCENE III.
Circe , Vliffe.
Cette Scene a paru la plus belle de la
Piece Circé employe d'abord la ten-,
drelle pour regagner le coeur d'Uliffe.
Elle fait plus , elle lui promet de lui rendre
fon fils , pourvû qu'il lui rende fa
foi. Uliffe ne la croit que foiblement , il
la conjure de lui rendre ce cher gage de
leur premier amour ; mais voyant que
Circé exige de lui qu'il l'époufe , avant
qu'elle lui rende fon fils , il rentre dans
fa défiance. Il s'explique par ces vers :
Ah ! je vois trop ton artifice.
Qu'entreprends-tu , barbare ? ô projet inhumain
!
Si j'ofois accepter ta main ,
Du meurtre de mon fils , je deviendrois
complice.
Ce nouvel outrage acheve de déterminer
Circé à la vangeance . Voici comment
elle s'exprime :
Quel
NOVEMBRE 1725. 2701
Quel outrage nouveau : frappons ; plus de
retour.
Otoi , qui m'as donné le jour ,
Soleil , reconnois- tu ta fille ?
Faut- il que ta clarté ne brille ,
Que pour voir le mépris qu'on fait de mon
amour ?
Attens. Tu vas me voir, à punir qui m'offenſe,
Plus prompte que ton char à traverfer les
Cieux ,
Tu ne répandras plus ta lumiere en ces lieux ,
Que pour éclairer ma vangeance.
SCENE IV.
Uliffe , Telemaque , Elifmene , le Grand
Prêtre de Minerve , troupe e Prêtres
& de Prêtreffes de Minerve.
Uliffe prie le Grand Prête de Minerve
d'obtenir que cette Déelle l'éclaire fur
fon fort. Le Grand- Prêtre dans fon enthoufiafine
s'explique ainsi :
La nuit de l'avenir fe dévoile à mes yeux.'
O Ciel ! quel fpectacle odieux !
Du crime d'un mortel le deftin eft complice.
Quel fang! quelle main ! j'en fremis.
Garde- toi , malheureufe Uliffe,
De la main de ton propre fils.
G vj
Cet
2702 MERCURE DE FRANCE.
Cet Oracle qui femble defigner Telemaque
, produit une Scene tendre entre
le pere & le fils. Uliffe perfuadé de la
vertu de Telemaque fe défie de l'Oracle.
Cependant ne voulant rien mettre au hazard
; & craignant que fon fils ne devienne
parricide , par quelque coup du
fort , comme l'Oracle le fait entendre ,
il prend le parti de fe feparer de Telemaque
, & d'aller regner dans Corcyre
avec la mere d'Elifmene qui lui offre fa
main , Telemaque finit l'Acte par ces
deux vers.
Ah ! puifque vous n'avez à redouter que moi ,
Pour vos jours précieux mon coeur eft fans
effroi .
ACTE I V.
Le Theatre reprefente une Foreft.
SCENE I.
Circé.
Circé balance encore entre l'amour &
la vangeance. Elle fe détermine enfin
pour cette derniere paffion .
SCENE
NOVEMBRE 1725. 2703
SCENE. II.
Telegone , Circé.
Telegone vient demander à Circé
l'effet de fa promeffe. Circé lui demande
à fon tour s'il eft prêt à lui tenir parole.
Telegone lui répond qu'elle peut compter
fur fon zele ; & voyant que Circé ne
für
l'en croit pas affez , il la raffure par un
ferment. Circé lui nomme Uliffe , Telegone
fremit à ce nom d'un Roi qui
vient de lui fauver le jour . Circé lui dit
qu'il ne merite pas d'être heureux , puif,
qu'il fe refufe à une vangeance qu'il
vient de jurer aux Dieux . Voici comment
ils s'expriment tous deux :
Circé.
A fervir ma fureur pourquoi balances- tu ?
De ton ferment trahi tu deviens la victime.
Telegone.
Ah ! quand le ferment eft un crime ›
Le parjure eft une vertu.
Circé ne pouvant ébranler la vertu de
Telegone , lui livre un dernier affaut
par la jaloufie. Elle lui annonce que Telemaque
va époufer Elifmene , & que
l'Autel eft déja dreffé . A ces mots Telegone
2704 MERCURE DE FRANCE.
gone fe livre à fes tranfports jaloux , &
jure la mort de fon Rival .
SCENE
Circé.
III.
Circé ne fe contente pas d'avoir armé
Telegone contre Telemaque. Elle ne ſe
croit pas aflez vangée , à moins d'un
parricide. Elle évoque les trois furies ,
& tous les Démons qui doivent fervir
fa vangeance , elle leur ordonne d'animer
ceux que la tempête a jettez fur les
rives d'Itaque avec Telegone ; mais furtout
de conduire la main de ce dernier
jufqu'au fein paternel. Les trois Furies
& les Démons qui les fuivent promettent
de remplir la vangeance de Circé
par ces vers qui annoncent la cataſtrophe.
Que l'efprit de trouble & d'erreur ,
Répande dans les airs un funefte nuage ,
Qui cache le crime au vangeur : .
Faifons regner fur ce rivage ,
Et la mort & l'horreur.
ACTE
NOVEMBRE 1725. 2705
ACTE V.
Le Theatre reprefente le Palais d'Uliffe ,
on y voit un Trône dreflé pour
Telemaque & Elifmene.
SCENE I.
Elifmene.
Elifmene s'applaudit de fon Hymen
avec Telemaque .
SCENE II.
Telegone , Elifmene .
Telegone arrête Elifmene qui veut fe
retirer à fon approche , il fe plaint de
fon infidelité. Elifmene s'excufe fur l'inégalité
de leurs conditions . Telegone fenfible
à ce mépris jure la perte de Telemaque.
SCENE III.
Telemaque , Elifmene.
Elifmene éperdue apprend à Telemaque
le peril qui le menace de la part
d'un Rival furieux . Telemaque méprife
ce peril , ne croyant pas avoir beaucoup
à craindre d'un homme feul , ou très- peu
accompagné. Il prie Elifmene de ne point
trou2705
MERCURE DE FRANCE:
troubler par d'injuftes allarmes une Fête
qui n'eft confacrée qu'à l'amour.
SCENE IV.
Uliffe , Telemaque & Elifmene , troupe
d'habitans d'Itaque & de Corcyre.
Uliffe fait proclamer Telemaque &
Elifmene , comme il l'a réfolu dans le
troifiéme Acte. L'Hymen fuit le couronnement
; à peine le ferment des deux
Epoux eft-il fait qu'on entend un bruit
féditieux derriere le Theatre. Uliffe
fort pour reprimer les mutins , fuivi de
Telemaque & des peuples. Telegone
qui eft à la tête des féditieux tuë Uliſſe
en voulant tuer Telemaque . A peine at'il
reconnu fon erreur , qu'il revient fur
la Scene , defefperé. Il fe jette aux
pieds d'Uliffe mourant qu'il prie de lui
faire donner la mort . Uliffe lui reproche
fon ingratitude , & fe confole de la mort
par ces deux vers :
Va , je meurs trop heureux , les Dieux n'ont
pas permis
Que je fuffe immolé par la main de mon fils.
Cette confolation ne dure gueres. Cir
cé paroît à l'inftant , & lui apprend tout
fon malheur par ces deux vers :
Sors
NOVEMBRE 2707 1725 .
Sors d'erreur , trop coupable pere ,
Telegone eft ton fils , il a vangé ſa mére.
A ces mots Ulifle expire , & Tele
gone fe donne la mort . Circé au defefpoir
ordonne aux Démons d'embrafer let
Trône & le Palais.
La Mufique de cette Tragedie eft de
la compofition de M. de la Çofte , Auteur
de Philomele qui eut un grand fuccès
quand on le donna pour la premiere fois ,
& qui a foutenu la réputation à la reprife.
Il a dédié la Mufique de ce dernier à
S. A. S. Madame la Ducheffe d'Orleans .
Voici l'Epître Dedicatoire :
A fon Alteffe Sereniffime Madame
la Ducheffe d'Orleans.
Envain , dans la carriere , où la gloire me
guide ,
Mes Juges autrefois ont daigné m'applaudir ;
J'y rentre encor d'un pas timide ,
Et mes premiers fuccès ne peuvent m'enhardir
;
Mais un nom refpectable appuyant mon ouvrage
,
Je fens ranimer mon courage,
Oüi , Princeſſë , il fuffit de vôtre illuftre nom ,
Pour
2708 MERCURE DE FRANCE
Pour me répondre du fuffrage ,
De tous les enfans d'Apollon.
Que ne puis-je afpirer à l'honneur de vous
plaire !
Quelques favorables regards ,
Produiroient fur les coeurs leur effet ordinaire,
Cé goût fi reconnu , fi für pour les beaux Arts,
Forceroit l'Envie à fe taire ;
Contre la Critique fevere ,
Faudroit-il de plus forts remparts ?
• Quel champ s'ouvre à mes yeux mais
quel zele m'emporte !
Mille vertus en foule ont beau fe prefenter ;
Je fens trop que pour les chanter ,
Je n'ai pas la voix affez forte :
C'eſt à la France entiere à porter juſqu'aux
Cieux ,
Un nom à jamais glorieux.
Eh ! peut- elle affez reconnoître ,
Le prefent dont l'Hymen vient d'enrichir ces
lieux.¡
Du plus beau fang du monde , un Heros vient
de naître
Nos Princes font nos demi Dieux i
France , après ton Augufte Maître
As-tu rien de plus précieux ?
VoiNOVEMBRE
1725. 2709
Voilà ce qui , jufqu'à prefent , concerne
l'Opera de Telegone ; fi l'on nous
envoye quelque Differtation critique fur
cette Tragedie , nous en ferons part au
Public ; au refte tout le monde convient
que cet Opera eft le triomphe de Mlle Antier
, tant pour le chant , que pour le jeu .
Les autres Acteurs ont eu leur part à la
gloire.
Au commencement de ce mois une
partie des Comediens François qui étoient
à Fontainebleau vinrent à Paris , & y
reprefenterent les Tragedies de Polyeucte
& de Berenice , au grand contentement
du Fublic. La Dile le Couvreur qui joua
lės principaux rôles dans ces deux Pieces
, remplit celui d'Hortenfe dans la petite
Comedie du Florentin , qu'on donna
enfuite , ce qui furprit agréablement une
très- nombreuſe affemblée , qui l'applaudit
autant qu'elle avoit fait dans les rôles
ferieux.
Le Lundi 5. de ce mois les Comediens
François qui n'ont pas fuivi la Cour , donnerent
la premiere reprefentation d'une
Piece nouvelle , ornée d'Intermedes , du
fieur le Grand , Comedien du Roi , intitulée
l'Impromptu de la Folie . C'eft une idée
plaifante & ingenieufe , executée d'une
maniere extrêmement falote & badine .
Com2710
MERCURE DE FRANCE.
Comme cette Piece a un grand fuccès
on en parlera plus ampleinent , ainfi que
des Acteurs & des circonftances qui contribuent
à la faire réüffir.
On mande de Naples que le premier
Octobre le Cardinal Viceroi fe rendit
au Theatre de S. Barthelemi pour y voir
la premiere repreſentation d'un nouvel
Opera , intitulé l'Amour & la Fortune ,
qui fut generalement applaudi.
Le 4. du même mois jour de S. Charles
, Fête de l'Empereur , on reprefenta
à Vienne fur le Theatre du Palais le nouvel
Opera de Vinceflas , Roi de Pologne,
avec un grand fuccès.
中華學™
NOUNOVEMBRE
1725. 27 I I
XXX:XXXXXXXXX :XXX
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE .
que
N mande de Conftantinople , qu'outre
Efchreff-Kan , fucceffeur de Miry - Ma
mouth & Schach- Tamas , dont on a parlé ,
il s'étoit prefenté un troifiéme Acteur dont
on n'avoit point encore fait mention , &
l'on difoit être fils du vieux Schach-Huffein ,
& frere aîné de Schach- Tamas , qui avoit été
nommé par fon pere dans un Confeil fecret
pour fon fucceffeur , avant le premier Siege
d'Ifpahan ; & qu'alors trouvant Miri - Mamouth
en poffeffion de cette Capitale , il s'étoit retiré
& caché à Chiras , d'où il n'avoit paru
fur la Scene , qu'après avoir appris la mort
de Schach- Huffein & celle de Miri Mamouth
prétendant que fon pere lui avoit refigné le
Royaume , ne confiderant fon frere Schach-
Thamas que comme General des Troupes
Perfanes. On dit que le Peuple couroit en
foule pour voir ce nouveau Roy ; mais on
ajoûte que plufieurs perfonnes croyoient ce
nouveau Prince un impofteur , qui avoit pris
le nom du fils de Schach Huffein , d'autant
plus que lorfque ce dernier avoit fait fortis
Schach- Thamas d'Ifpahan pour affembler une
Armée à Cafbin , fon pere l'avoit déclaré non
feulement Generaliffime , mais encore fon heritier
préfomptif,
RUSSI
2712 MERCURE DE FRANCE.
RUSSIE.
E 27 Septembre , on lança à l'eau à Pe-
Lteribourg , le Beau Yacht , bâti depuis peu
pour le Duc d'Holftein. Vers les fix heures
du foir la Czarine y entra avec les Princeffes
fes filles & les principales Dames de la Cour ,
elles y furent magnifiquement régalées par ce
Prince.
Le 3. Octobre M. Strognoff , Chambellan
de la Czarine , alla prendre en fon Hôtel à
Petersboug , M. de Campredon , Miniftre &
Plenipotentiaire du Roy de France , & le conduifit
en ceremonie dans la Salle d'Audiance
où étoit S. M. Czarine , accompagnée de toutes
les Dames de fa Cour , de fes Miniftres
d'Etat , des Officiers Generaux de fes Troupes
& des Grands Officiers de la Couronne. Les
Dames & les Seigneurs étoient rangez en haye
à la droite & à la gauche de la Čzarine. M.
de Campredon lui remit une Lettre du Roy
T Ch. par laquelle il lui donnoit part de la
celebration de fon Mariage ; après quoi il fut
reconduit à fon Hôtel - par le même Chambellan
, avec les mêmes ceremonies & dans
la Barge de la Czarine , avec laquelle on avoit
été le prendre. Le lendemain ce Miniftre donna
un repas magnifique au Duc d'Holftein ,
au Prince Menzikoff , aux autres Ministres d'Etat
, à ceux des Puiffances Etrangeres & aux
Officiers Generaux. Le foir fon Hôtel fut illuminé
& on y fit couler des fontaines de
vin pendant toute la nuit.
M. Kovig , Secretaire des Commandemens
du Duc d'Holftein eft parti de Petersbourg
pour aller recevoir à Riga les 300. mille Roubles
, affignez fur la Livonie , pour la dot de 1
NOVEMBRE 1725. 2713
la Ducheffe Epoufe de ce Prince.
On a commencé par ordre de la Czarine.
à faire un état des biens Ecclefiaftiques de fes
Etats , ce qui fait croire qu'on executera le
projet que le feu Czar avoit formé de réduire
les revenus des plus riches Monafteres.
On a appris par les dernieres dépêches du
Major General Romanshoff , Envoyé Extraordinaire
de la Czarine , à la Porte , que le
Grand-Seigneur l'avoit fait affarer qu'il ne
feroit aucune entrepriſe fur les Provinces conquifes
en Perfe par le feu Czar ; mais qu'il
exigeoit que la Czarine ne donnât aucun fecours
aux Generaux de Perfe , ni aux Princes
de Georgie,
POLOGNE .
N mande de Leopold du 17. Octobre
Oque le Grand- General de l'Armée de la
Couronne У avoit donné Audiance le 15. à
un Aga dépêché de Conftantinople pour offrir
à la République les fecours dont elle auroit
befoin , en cas qu'elle fût obligée d'entrer
en guerre.
On a reiteré les ordres expediées par le
Grand- General de l'Armée de la Couronne ,
de congedier tous les Officiers & les Soldats
Proteftans qui refuferont d'embraffer la Religion
Catholique.
Le Roi a donné au Comte Sapiecha , le
Chargé de Grand - Maître de l'Artillerie du
Duché de Lithuanie , qui vaquoit depuis peu
par la demiffion du General Denhof.
ALLEMAGNE..
1
N écrit de Hambourg , qu'un Prince
Americain y dit arrive dans le deflein
de
H
2714 MERCURE DE FRANCE .
1
de vifiter quelques Cours de l'Europe . Il mene
avec lui quelques Chevaux Americains , dont
la courfe eft fi legere qu'ils font quatre lieuës
par heure.
On apprend auffi de Drefde qu'il y eft arrivé
deux Princes Americains qui s'étoient
fait inftruire dans la Religion Lutherienne
avoient été baptifez le 6. Octobre & que le
11. ils étoient partis pour aller faluer le Roy
de Pologne à Varfovie.
On a affiché de nouveau à Berlin l'Edit du
Roy de Pruffe , par lequel il eft ordonné aux
parens des jeunes gens qui fe font abfentez
l'occafion des enrollemens , de les reprefenter
dans un certain temps , fous peine d'étre
déclarez déchûs du droit de fucceder à
leurs peres & meres.
On continue par ordre de l'Empereur , la
levée des Recrues neceffaires pour rendre les
Regimens complets.
On a appris par les dernieres nouvelles de
Rome , que le Pape prétendoit que l'Empereur
, en qualité de Roy de Sicile , reçut de
lui l'Inveftiture de ce Royaume comme celle
du Royaume de Naples . On affure que S. M. L.
a envoyé ordre au Cardinal Cienfuegos de
reprefenter à S. S. que fi le S. Siege eft en état
de prouver fuffifamment fon droit à cet égard,
elle ne manqueroit pas de le fatisfaire.
Les Lettres d'Hanovre portent que le Roy
d'Angleterre , qui continuë fon féjour à Gohr,
y avoit pris dans les toiles près de 400. bêtes
fauves , dans le nombre defquelles il s'étoit
trouvé un Cerf avec un collier , par lequel
on a reconnu qu'il avoit été pris il y a près
de cent ans par le Duc Augufte de Brunswick ,
& qu'on l'avoit relâché après lui en avoir remis
un autre portant la datte de ſa premiere
prife & celle de la feconde, ITALIE
NOVEMBRE 1725. 2715
ITALIE.
E 8. Octobre on ouvrit à Veniſe , par permiffion
du Gouvernement , les Theatres.
de S. Sauveur , de S. Moyfe & de S. Samuel ,
le concours des Spectateurs y fut très con
fiderable .
On mande de Florence que le bruit y cou
roit que le Grand Duc alloit faire publier une
Ordonnance , par laquelle il feroit deffendu à
fes Sujets de prêter aucun argent au Roy & à
la République de Pologne , & que les propofitions
d'emprunts , faites par le Comte de
Warsdorff , avoient été rejettées.
Ces Lettres ajoûtent, que le fils d'un riche
Juif de cette Ville fe fauva il y a quelques
jours de la maifon de fon pere chez les Catechumenes,
où il demanda à être baptifé ; mais
fa mere s'étant déguiſée en pauvre mandiante,
trouva moyen d'y entrer & de l'en retirer.
L'Inquifition en ayant eu avis , a fait arrêter
la mere & reprendre le jeune homme , qu'elle
fait inftruire & dont elle prend foin.
On écrit de Naples que les Vendanges y ont
été très-abondantes.
Le Maître d'un Bâtiment François , arrivé
depuis peu à Livourne des Côtes de Barbarie
a affure que le Commiffaire de L'Empereur qui
étoit fur l'Efcadre du G. S. avoit conclu un
Traité de Paix entre S. M. I. & les Regences
de Tunis & de Tripoli ; mais qu'il n'y avoit
pas d'apparence qu'il y en pût conclure un
Lemblable cette année avec la Regence d'Alger,
ESPAGNE.
E premier d'Octobre , le Roi rendit pu-
Lplique
plique la convention du double Mariage
H du
2716 MERCURE DE FRANCE.
du Prince des Afturies avec l'Infante de Portugal
, & du Prince du Brefil avec l'Infante
d'Efpagne ; le même jour on chanta à cette
Occafion un Te Deum folemnel dans l'Eglife
Collegiale de S. Ildefonfe, & le foir le Château
fut illuminé.
S. M. C. ayant réfolu de former la Maiſon
du Prince des Afturies , a nommé le Duc de
Bejar pour être Mayordome- Mayor , le Comte
de San-Eftevan del Puerto , pour fon Grand-
Ecuyer , & le Comte de Salazar pour Sommelier
du Corps. Dom Charles de Arizaga ,
Gouverneur & Premier Ecuyer de ce Prince
a été continué pour faire les mêmes fonctions ;
le Duc de Gandia & le Marquis de Los - Balbazés
, Gentilshommes de fa Chambre , les Comtes
de Arenalés & de Safateli , fes Mayordomes
de Semaine ; Dom Ignace Aefferden & Dom
Jofeph Lofada , fes Gentilshommes de la
Manche , confervent leurs mêmes Emplois ;
le Pere Bermudés , Jefuite , Confeffeur du Roy
continuera de confeffer le Prince des Afturies?
Dom Jean- Baptifte le Gandre a été nommé
Secretaire de fa Chambre , & Dom Ferdinand
de Figueroa , fils du Marquis del Surco , a
obtenu la furvivance de la Charge de Premier
Ecuyer, pour en faire les fonctions pendant
l'abfence ou l'indifpofition de Dom Charles
Arifaga.
On mande de Catalogne que le Marquis
de Rifbourg , Capitaine General de cette Principauté
, fait travailler aux nouvelles Fortifications
du Château de Montjoui , il fait travailler
auffi aux Fortifications de Gironne & deg
autres Places le long de la Riviere du Ter,
PORTUGAS
NOVEMBRE
1725. 2717
PORTUGAL .
R. de Montagnac , Conful de la Nation
MFrançoite à Lifbonne, a donné a l'occafion
du Mariage du Roi T.Ch. une Fête publique qui
a duré depuis le 24. jufqu'au 26. du mois de
Septembre. Il y eut chez lui pendant trois jours.
Comedie , Feú d'Artifice & Bal , où les Miniftres
Etrangers fe trouverent, ainfi que le plus
grand nombre des Seigneurs de la Cour.
Le 9. Octobre on rendit publique à Liſbonne
la convention du double Mariage du Prince
du Brefil avec l'Infante d'Espagne , & du
Prince des Afturies avec l'Infante de Portugal,
& à cette occafion ou chanta un Te Deum
folemnel , & il y eut de grandes réjoüiffances
publiques.
GRANDE- BRETAGNE.
N mande d'Edimbourg que les Armes
rendues par les Montagnards d'Ecofle ,
montent déja à près de 300. mille , que les
Troupes du Roi prendront inceffamment leurs
quartiers de rafraîchiffement & qu'on ne finira
que l'été prochain le défarmement du refte
des Montagnards.
Le tumulte arrivé à Glafcow , dans le même.
Royaume , dont on a tant parlé , s'eft terminé
en cette maniere : les nommez Walter Buchanan
, George Mac Farland , Henry Lake , Robert
Douglaff , Guillaume Hamilton , Robere
Main , Patrice Mirchel & Jeannette Belleny
convaincus d'avoir eu part à ce tumulte , ont
été condamnez a être tranfportez en Amerique,
après avoir été fuftigez cinq fois dans la Ville
Glafcow, & cette Jeannette Belleny qui doit.
Hij
être
2718 MERCURE DE FRANCE.
être feulement expofée deux fois au Pillory.
On écrit de Londres que les Lettres qu'on y
a reçûës de Philadelphie,portent que les Habitans
de la Nouvelle Efpagne fe font foulevés
contre leur Vice- Roi ; qu'ils l'ont dépofé; qu'ils
demandent la liberté du Commerce avec les
Etrangers , & qu'ils fe tiennent attroupez en
differens endroits au nombre de 60000. hom
mes.
PAYS-BAS.
Archiducheffe, Gouvernante des Païs - Bas,
L'n'a pas voulu permettre aux Etats de Bra
bant de la défrayer depuis fon arrivée en ce
Païs jufqu'à fon entrée à Bruxelles.
Le 16. de ce mois les Neuf Nations confentirent
unanimement au prefent de 30000.
florins qui doivent être donnez à cette Princeffe
au nom de la Ville de Bruxelles , le Care
dinal ayant eu une pareille fomme à fon arrivée,
Le 28. du mois dernier , on fit un détachement
de 60. Gardes à cheval & de 100. hommes
du Regiment des Gardes Infanterie , qui
partit le même jour de la Haye pour Vianne ,
Seigneurie nouvellement acquife par la Province
d'Hollande. Le Comte de Hompefch's'y
rendit le 2. de ce mois avec un plein pouvoir
des Députez des Etats de Hollande ; il reçût
en leur nom l'hommage & le ferment de tous
les Magiftrats , Colleges & Officiers de cette
Ville & des lieux dépendans de cette Seigneurie
, après que les mêmes Etats en eurent été
déclarez Souverains . Cette Terre qui appartenoit
autrefois à la Maifon de Brederod , étoit
un des principaux effets de la fucceffion d'Amelie
, Comteffe de Dona , mere de Frederic
Adolfe , Comte de la Lippe De tnold , morte
au mois de Février 1700. & ce Comte qui l'a
poffedés
NOVEMBRE 1725 : 2719
1
poffedée jufqu'au 3. Septembre dernier , l'ayant
vendue au Comte Hompefch , General de la
Cavalerie des Etats d'Hollande , ce dernier
en prit poffeffion en fon propre nom le 23 .
du mois dernier , & le 2. de ce mois il en fit
tranfport aux Etats de la Province d'Hollande
& deWeftfrile , fuivant les conventions faites
entre eux ,
M. Jofeph Spinelli , Nonce du Pape , fut
facré Archevêque de Corinthe le 28. Septembre
dans l'Eglife Metropolitaine de Malines ,
par le Cardinal d'Alface , Archevêque de la
même Ville , affifté des Evêques d'Anvers &
de Trical.
Le Prince Electoral de Baviere & le Duc
'Ferdinand fon frere , arriverent à Bruxelles le
premier de ce mois. Le 9. après avoir pris
congé de l'Archiducheffe Gouvernante , ils en
partirent pour Anvers . L'Electeur de Cologne
& l'Evêque de Ratisbonne leur frere , arriwerent
à Bruxelles le 4. au foir. Ces deux premiers
Princes arriverent à la Haye ; & après
y avoir féjourné quatre jours, ils en partirent
le 13. de ce mois pour Amfterdam , d'où ils
doivent retourner inceffamment à la Cour de
1'Electeur leur pere. Pendant leur féjour à la
Haye , ils ont été régalez magnifiquement par
le Marquis de Fenelon , Ambaffadeur de France
& par la Ducheffe d'Albemarle. L'Electeur
de Cologne & l'Evêque de Ratisbonne
fon frere , doivent partir inceffamment de
Bruxelles pour retourner à Bonne.
Le Comte de Daun , cy- devant Gouverneur
par Interim des Pays- Bas , a été nommé
Gouverneur du Milanez à la place du
Comte de Colloredo.
Hij Morts
2720 MERCURE DE FRANCE .
Morts des Pays Etrangers.
E Cardinal François Del Giudice , Doyen
du Sacré College , aprés une longue maladie
, mourut à Rome le zo. du mois dernier
âgé de 79. ans & dans la 36º de fon
Cardinalat. Il laiffe au Pape un Calice d'or
avec fa Patene. Son corps qui a été ouvert
& embaumé, doit être tranfporté à Naples
pour y être inhumé dans l'Eglife des Carmes ,
où eft le Tombeau de fes Ancêtres .
Le Chevalier Alexandre Scarlati , fameux
Muficien & Maître de la Chapelle Royale du
Palais à Naples , y mourut vers la fin du mois
d'Octobre dans un âge fort avancé .
Don Manuel Antoine de Azevedo Ibagnez
-Comte de Torre-Hermofa , Chevalier de l'Ordre
de Calatrava , Confeiller au Confeil Suprême
de Caftille & Prefident de la Junte
Royale, mourut le 6. d'Octobre , âgé de 54 ans.
Dom Laurent Verzufo de Beretti Landi ,
Marquis de Caftelleta Scazzolo , Comte de
Cerretto , Chevalier de l'Ordre Militaire de
de S Jacques , Gentil-homme de la Chambre
du Roi d'Espagne , cy - devent Miniftre Plenipotentiaire
de S. M. Cath, au Congrès de Cam.
bray , nommé à l'Ambaſſade de Venife , mourut
à Bruxelles le 27. Octobre dans la 47 an-
-née de fon âge , fans avoir pris d'alliance. Il
étoit originaire de laifance , d'une famille
diftinguée dans les Etats du Duc de Parme , &
fils de Mutio Beretti , celebre parmi les Sçavans.
Après avoir été le principal Miniftre du
feu Duc de Mantouë , il étoit paffé au fervice
du.
NOVEMBRE 1725. 2720
du Roi d'Espagne qui l'avoit employé en dis
verfes negociations , après lefquelles il avoit
été fon Ambaffdeur auprès des Cantons Suiffes
, & auprès des Etats Generaux des Provinces-
unies .
Le 27 du mois dernier mourut à la Haye le
Baron Jacques Hop , Confeiller d'Etat , &
Grand Tréforier des Provinces unies , dans fa
72. année d'une efpece de goute remontée ,
après avoir fervi la République plus de cinquante
années , tant dans les Commiffionsétrangeres
, aux Cours de l'Empereur , des-
Rois de la Grande Bretagne & de Danemark ,
& de differens Pinces de l'Empire , que dans
plufieurs Charges de l'Etat , & en particulier
celle de Grand Tréforier depuis l'année 1709.
dont il s'eft acquitté avec un applaudiffement
fi general , que tant dedans que dehors le Païs,
on l'a regardé comme un Miniftre des plus in ,
regres & des plus éclairez.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
' Abbé de Fourbin d'Oppede , a été
Lnommé Aumônier du Roi , à la place
de l'Abbé de Brancas , Evêque de la Rochelle
.
Le 20. du mois dernier les Députez
de l'Affemblée generale du Clergé eurent
audience du Roi , comme ils l'ont
ordinairement lorsqu'ils finiffent leur
Hiiij Affem1722
MERCURE DE FRANCE
Affemblé , & l'Evêque , Duc de Langres,
porta la parole. Ils furent prefentez à
S. M. avec les ceremonies ordinaires par
le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat
, & conduits par M. Desgranges ,
Maître des Ceremonies .
Le 21. les Députez des Etats d'Artois
eurent l'honneur de complimenter
le Roi & la Reine fur leur mariage . Ils
furent prefentez par le Duc d'Elbeuf ,
Gouverneur de la Province , & par le
Marquis de Breteuil , Secretaire d'Etat ,
& conduits en la maniere ordinaire par
M. des Granges .
Le 31. du mois dernier , veille de la
Fête de tous les Saints , le Roi revêtu
du Grand Collier de l'Ordre du Saint
Efprit , fe rendit dans la Chapelle du
Château de Fontainebleau , où S. M. entendit
la Meffe & communia par les
mains du Cardinal de Rohan , Grand Aumônier
de France. Enfuite le Roi toucha
un grand nombre de malades.
Le même jour la Reine entendit la
Meffe & communia par les mains de l'ancien
Evêque de Fréjus , fon Grand- Aumônier
.
L'après- midi L. M. entendirent dans
la même Chapelle les premieres Vêpres
chantées par la Mufique , & aufquelles
l'Evêque , Comte de Châlons , Premier
AumôNOVEMBRE
1725. 2723
Aumônier de la Reine , officia pontifica
lement .
Le premier Novembre , jour de la
Fête , le Roi & la Reine entendirent la
grande Mefle , celebrée pontificalement
par l'Evêque , Comte de Châlons , &
chantée par laMufique . L'après-midi L.M.
entendirent le Sermon de l'Abbé de la
Pauſe , enfuite les fecondes Vêpres &
celles des morts qui furent chantées par
la Mufique , aufquelles le même Prélat
officia.
Le 2. jour des Trépaffez , le Roi & la
Reine entendirent la Meffe de Requiem ,
pendant laquelle le De profundis fut
chanté par la Mufique.
Le Roi s'étant trouvé indifpofé le 4.
de ce mois au foir , garda la chambre le
lendemain , & le 6. fa fanté étant parfaitement
rétablie , S. M. donna audience
particuliere de congé au Baron Hop
Ambaffadeur de la République d'Hollande
, qui eut enfuite audience de la
Reine pour
le même fujet , & c.
Le même jour , le Baron de Montigny
, Envoyé extraordinaire du Duc de
Wirtemberg , eut audience du Roi , qu'il
complimenta fur fon Mariage , étant conduit
avec les ceremonies ordinaires .
M. de Vauchoux , Ecuyer ordinaire
A v Le
2724 MERCURE DE FRANCE
de la Reine , a obtenu le grand Cordon
de l'Ordre de Saint Louis .
Le Roi Staniflas ne paffa point par
Blois en arrivant à Chambor , comme
on l'a dit le mois paffé fur de faux Memoires.
Ce Prince y alla le 6. de ce mois.
.S. M. y fut reçûë par le Corps de Ville ,
avec les ceremonies ordinaires , la Bourgeoifie
étant fous les armes . Elle fut regalée
à dîner avec la Reine fon épouſe ,
par l'Evêque de Blois , qui les reçût
avec beaucoup de magnificence . Toute
la Nobleffe des environs du Château
de Chambor , s'empreffent d'aller faire
leur cour au Roi Stanislas , dont les manieres
nobles & polies charment tous
ceux qui ont l'honneur d'approcher de
S. M.
Le 26. Octobre la Reine a donné au
Marquis de Merinville , & au Comte du
Fargis , Capitaines - Lieutenants de fes
Gendarmes & de fes Chevaux - Legers , les
entrées de fa chambre , & 4000. liv . de
penfion à chacun d'eux , ces deux Compagnies
font très - anciennes , d'une grande
diftinction , & les feules troupes que
la Reine a dans fa maiſon.
L'ouverture du Parlement s'eft faite à
l'ordinaire le lendemain de la S. Martin
avec les ceremonies accoutumées . Après
une Meffe folemnelle , celebrée dans la
ChaNOVEMBRE
172 56 2785
Chapelle de la grande falle du Palais ,
par l'Abbé Champigni , Tréforier de la
Sainte Chapelle , & chantée par une excellente
Mufique , à laquelle le Parle
ment affifta en Corps & en Robes rouges .
Toute la compagnie paffa enfuite dans la
Grand'Chambre , où M. Portail , Premier
Prefident fit un petit Difcours pour
remercier ceux qui avoient affifté à cette
ceremonie. Il donna enfuite à dîner avec.
beaucoup de magnificence aux principaux
du Parlement , & à plufieurs autres
perfonnes de condition .
Quoiqu'on faffe l'ouverture du Parle
ment ce jour - là , c'eft feulement 15 %
jours ou 3. femaines après , que l'on entre
pour plaider ; car la femaine que le
Parlement rentre doit être fans Fêtes , du
nombre defquelles font les Fêtes du Palais
, comme Sainte Catherine. Ce n'eft
pas que dès le lendemain de la S. Martin
les délais ne courent , & que les Procu
reurs ne commencent à faire des pourfuites
, comme fi l'on entroit . C'eft le
jour que le Parlement recommence fes
féances , que fe font les Harangues du
Premier Prefident , & des Gens du Roi,
Le même jour 12. Novembre on entre
à la Cour des Aydes ; & comme on
continue à entrer , & qu'on plaide les
H vj jours
2726 MERCURE DE FRANCE
jours fuivans , on y fait les Harangues dès
ce même jour.
On a eu avis , que dans le Vaiffeau
nommé le Chameau , qui alloit en Canada
, les Peres Modefte & Ubalde ,
Miffionnaires Recollets , dont dont le premier
étoit Superieur du Convent de
Quebec , & de la Miffion des Sauvages,
ont peri dans le naufrage du même Vaiffeau.
EXTRAIT d'une Lettre écrite à S. E.
Monfeigneur le Bailly de Mefmes , par
M. le Chevalier de Grille , Commandant
des Vaiffeaux de la Religion , de
Cadix en date du 22. Octobre 1725.
N
>
Ous avons croifé depuis trente- fix
jours dans la Mer Oceane , nous y
avons pris fur un Corfaire Algerien une
groffe Flute Hollandoife , qu'il avoit
prife à l'entrée de la Barre de Lisbonne
depuis douze jours . Cette prife eft eſtimée
cent mille piaftres .
Le Roi a donné le Commandement de
la Fere , vacant par la mort de M. de
Frades , à M. de Rohan , ci - devant Commandant
au Château de S. Sebaſtien .
La Lieutenance de Roi d'Epernay , vacante
par la mort de M. Parchappe des
Noyers , à M. Vinay de Tincourt ,
Lieu
NOVEMBRE 1725. 2727
Lieutenant au Regiment Royal- Rouf
fillon , Cavalerie , fils dudit fieur Parchappe.
La Lieutenance de Roi de la Citadelle
de Cambray , vacante par la mort
de M. de Bonnafau , à M. de Mulety
ci -devant Commandant pour le Roi à
S. Beat.
La Majorité de Montreuil fur mer ,
vacante par la mort de M. Guirand de la
Tour , à M. du Tronquoy , Capitaine
au Regiment de Brie .
و
Celle d'Entrevaux vacante par la
retraite de M. de Préfontaine , à M. de
la Crapiniere , Capitaine Reformé d'In
fanterie .
CEREMONIE faite dans l'Eglife de la
grande Chartreufe. Extrait d'une let
tre écrite de Grenoble le 3. Octobre
1725.
M
R de Marcieu , Chevalier des Ordres
Royaux , militaires & Hofpitaliers
de Nôtre - Dame de Mont - Carmel
, & de S. Lazare de Jerufalem , Brigadier
, & Infpecteur General d'Infan
terie , Colonel du Regiment Royal des
Vaiffeaux Gouverneur des Ville &
Citadelle de Valence, en vertu d'un Brevet
de S. A. S. Monfeigneur le Duc
d'Or
›
2728 MERCURE DE FRANCE .
d'Orleans , Grand- Maître de l'Ordre de
S. Lazare , a reçû le 30. Octobre dernier
, Chevaliers de ces Ordres M. de
Mongeffon & M. de Montainard : comme
ce premier eft neveu du P. General
des Chartreux , la Ceremonie de la
reception a été faite dans l'Eglife de la
grande Chartreufe , à la fin d'une Meffe
folemnelle , à laquelle a affifté le R. P.
General , avec toute fa nombreuſe Communauté
les trois nouveaux Chevaliers
ont reçû des mains de M. de Marcieu
la Croix avec les ceremonies ordinaires.
Mrs Duclaux de la Rochette , Bertrand ,
du May ,
de Souven Defperouſe , de
Bouville , & de Saliere , Chevaliers du
même Ordre , y ont affifté. Tout s'eft
paffé dans cette Ceremonie avec beaucoup
d'ordre , de gravité , & de modef
tie . Le R. P. General a donné enfuite
à tous les Chevaliers un dîner magnifique,
& dans le temps de leur féjour en
Chartreuse , le R. P. & fes Officiers
n ont pas ceffé de leur donner des marques
de generofité , de bonté , & de
politeffe.
RENOVEMRE.
1725. 2720
•
REJOUISSANCES faites dans la Ville
de Clermont en Beauvoifis au fujet du
Mariage du Roi. Extrait d'une Lettre
écrite de cette Ville le 10. Novembre
1725.
Es Habitans de la Ville de Clermont
Len Beauvoifis , ont donné des
preu
ves éclatantes de leur attachement fingulier
pour les Princes de la Royale
Maifon de Bourbon , leurs anciens Seigneurs
, dans les réjouiffances qu'ils ont
faites pour l'heureux accompliffement du
Mariage du Roi.
D'abord que M. le Gras , Maire de:
cette Ville , eut reçû les ordres du Cointe
d'Evreux , Gouverneur de la Provin
ce , il fit , au fon de la cloche , affembler
tous les Officiers & principaux Ha
bitans , à qui il les communiqua , & on
commença dès le même jour les réjouiffances
par la reprefentation de la Tragedie
de Phedre & Hyppolite , de l'illuſtre
M. de Racine. Cette reprefentation fut
donnée le 25. Octobre au foir dans
la grande Salle du Château , avec tout
le fuccès qu'on pouvoit efperer. M's Bofquillon
, Grelier , de Neuville , & Parmentier
, & les D'es de Longrois , Damam
, Cuvelier , Grelier , & Parmenties
(
1730 MERCURE DE FRANCE.
tier jouerent leurs rôles d'une maniere
qui furprit les perfonnes les plus diftinguées
de la Province , & les Habitans
des Villes voifines , qui affifterent en
très grand nombre à ce fpectacle , lequel
fut fuivi d'un fouper & d'un bal qui dura
jufqu'au lendemain .
Les quatre jours fuivans furent employez
en parties de plaiſirs , tant à la
Ville qu'à la campagne , en bals & en
repas , qui n'ont point ceffé , jufqu'au
Dimanche trentiéme du même mois ,
qu'à l'iffuë de la Meffe Paroiffiale , la
Ceremonie d'un Te Deum , & les feux
de joye furent annoncez par le fon de
toutes les cloches de la Ville , & par le
bruit des Tambours des fix Compagnies
de Bourgeoifie.
Sur les trois heures ces fix Compagnies
fe rendirent en armes fur la Place
, où après le Te Deum chanté , auquel
les Officiers du Bailliage & de la Ville
affifterent en Corps , le feu fut allumé
par le Maire & par les Officiers du Bailliage
& de la Ville.
A fix heures du foir on fit annoncer
au bruit des Tambours , les illuminations
des maisons qui furent très - bien
executées , & jointes aux feux particuliers
allumez dans toutes les rues de la
Ville .
Les
OCTOBRE. 1725. 2731
Les Officiers du Bailliage & de la
Ville fouperent chez le fieur le Gras ,
Maire & Agent de S. A. S. Monfeigneur
le Duc ; on y but refpectueufement les
fantez du Roi , de la Reine , & celle de
S. A. S, au bruit de la Moufqueterie ,
des Tambours , & des Violons . Cette
journée finit par le bal qui fut donné
dans la maiſon du fieur Grelier , Prevôt
Royal de la Ville .
Le lendemain ces réjouiffances finirent
par plufieurs autres Fêtes , & par
un grand bal , qui termina le ſeptiéme
jour des réjoüiffances publiques , ſuivant
qu'il avoit été arrêté & déliberé dans le
Confeil de Ville.
ரார்
BENEFICES DONNEZ .
Lie
E Prieuré perpetuel de Sainte Marie
de Bify- lès - Vernon , Ordre de
S. Benoift , Diocèfe d'Evreux , vacant par
le décès de la Dame de la Mairie , a été
donné à Me de Baudry de Piancourt du
Tilleul , Religieufe du même Ordre.
L'Abbaye Reguliere de Sainte Marieaux-
Bois de Ruiffeauville Ordre de
S. Auguftin , Diocèfe de Boulogne , vacante
par la démiffion de Dom Campron
1732 MERCURE DE FRANCE.
pron , à Dom Etienne - Marie Loyfel .
Religieux du même Ordre.
L'Abbaye Commandataire de Bitaine,
Ordre de Cîteaux , Diocèſe de Befançon
, vacante par le décès du fieur Doroz
, au fieur Marie- François Boquet de
Courbouzon , Clerc Tonfuré du même
Diocèle.
L'Abbaye Commandataire de Gaftines,
Ordre de S. Auguftin , Diocèle de Tours,
vacante par le décès du fieur de Gaft ,
au fieur Bertrand Tafchereau de Liniefes
, Prêtre du Diocèſe de Tours .
L'Abbaye Commandataire de Peffan ,
Ordre de S. Benoist , Diocèse d'Auch ,
vacante par le décès de M. de Chaulnes,
Evêque de Grenoble , à l'Abbé Danes ,
Confeiller -Clerc au Parlement de Paris,
& Profeffeur de Sorbonne.
L'Abbaye de Nôtre- Dame hors des
murs de la Ville de Saintes , Ordre de
S. Benoift , vacante par la démiffion de
Madame de Caumont de Lauzun , à Madame
de Duras , Religieufe à Conflans .
L'Evêché d'Arras , vacant par le décès
de M. Guy de Séve de Rochechoüart,
à l'Abbé de la Salle , Prêtre.
Le Canonicat de la Sainte - Chapelle
de Paris , vacant par le décès du fieur de
Voulmy , au fieur Jacques- François Mercier
, Clerc du Diocèle de Paris , fils de
Madame la Nourice
NOVEMBRE 1725. 2733
L'Abbé de Briffac a été nommé Aumônier
du Roi , à la place vacante par la nomination
de l'Abbé Milon à l'Evêché de
Valence .
DEPART du Roi Stanislas de Bouron
Jon paffage à Beaumont , & fon arrivée
à Bellegarde.
E Roi Staniflas , & la Reine fon
LEpoule ,partirent de Bourele Ven
dredy 19. Octobre , accompagnez des
Seigneurs & Dames de leur Cour , pour
aller au Château de Beaumont en Gâtinois
, qui appartient à M. de Montmorency-
Luxembourg , Prince de Tingry.
Leurs Majeftez ( qui étoient efcortées
par les Officiers , & 5o. Maîtres
du Régiment de Beringhen , Cavalerie ,
M. le Premier, leur Colonel , à leur
tête ) y arriverent fur les 5. heures du
foir. Elles y furent reçûës par M. & Madame
la Princeffe de Tingry , au bruit
du canon & des boëtes . Les Ducs de
Montmorency & d'Olonne , les Duc &
Ducheffe d'Efpernon , & le Comte de
Ligny neveux & niece du Prince de
Tingry , s'y étoient rendus , ainfi que
le Duc d'Antin , le Duc de Gefvres , le
Duc de Bethune , le Prince de Chalais,
le Marquis de Dreux , & un grand
nombre de Gentilshommes des environs .
,
Le
2734 MERCURE DE FRANCE
Le Roi & la Reine furent conduits dans
les appartemens qui leur étoient prépatez
, lefquels étoient parfaitement illuminez
, ainfi que tous ceux du Château ;
l'illumination des cours faite avec art
rendoit ce beau lieu très-brillant.
Sur les 8. heures , la table du Roi
( qui étoit de 25. Couverts ) fur la
quelle le Cadenas fut pofé , & où les pèrfonnes
qualifiées eurent l'honneur de fouper
avec Sa Majefté ) fut fervie en maigre
avec toute la délicateffe , le goût ,
l'ordre & la magnificence imaginable ;
le fruit ne fut pas moins admiré par fa
beauté , & par fa décoration ingenieuſe .
M. le Prince de Tingry eut l'honneur
de donner à laver au Roi , avant & après
le repas ; Sa Majefté étoit fervie par un
Gentilhomme , & les Seigneurs par des
Valets de Chambre . Aux côtez du Roi
à certaine diftance ) étoient le Prince
de Tingry , & le Duc d'Antin.
La table de la Reine ( où étoit un Cadenas
) fut auffi fervie magnifiquement
en maigre à la même heure que celle du
Roi ; la Princeffe de Tingry , la Comteffe
de Linange , Dame d'Honneur de
la Reine , Madame de Beuzeval , & la
Ducheffe d'Efpernon , eurent l'honneur
d'y manger ; cette premiere, Dame préfenta
la ferviette moüillée à Sa Majeſté
pour
NOVEMBRE 1725. 2735
pour laver avant & après le repas. Un
Gentilhomme fervoit la Reine , & leș
Dames étoient fervies par des Pages.
Une troifiéme table de 18 Couverts,
où étoient les Seigneurs de la Cour de
leurs Majeftez , qui n'avoient point eu .
de place à la table du Roi , fut auffi parfaitement
bien fervie en maigre , au même
inftant que celles de leurs Majeftez ,
Les gens de livrée du Prince de Tingry
fervoient à cette table. ) Outre la
profufion des mets , les vins & liqueurs
les plus rares , & les plus exquis y
étoient en abondance.
Une table pour les D'les d'Honneur
de la Reine , & plufieurs autres , furent
fervies avec une attention toute , parti
culiere.
Le Roi & la Reine permirent avec
bonté , qu'un grand nombre de perfonnes
qui étoient venues de differens endroits
, euffent l'honneur de voir fou
per leurs Majeftez.
La Cavalerie qui avoit rafraîchi en
arrivant , fut traitée avec foin , & eụt
de tout en abondance , ainfi que toutes
les perfonnes de la fuite en general juſ,
qu'au départ de leurs Majeftez .
Le lendemain 20. quelque temps
après le lever du Roi , Sa Majefté palla
dans la Tribune de la Chapelle du Château
2736 MERCURE DE FRANCE:
teau , qui étoit très - ornée , d'où elle entendit
la Meffe.
Enfuite le Roi monta en caleche accompagné
du Prince de Tingry , & alla
fe promener dans le Parc , qui eft des
plus grands , & très -bien percé. Outre
les parterres , & des allées d'arbres de
haute futaye , il y a une très- belle piece
d'eau , dans laquelle tombe continuellement
une nappe d'eau qui fait un trésbel
effet, & qui fournit auffi aux foffez
qui entourent le Château , lequel eft flanqué
de 4. tours. S. M. qui étoit ſuivie
de plufieurs Seigneurs dans des caleches ,
parut fort contente de ce beau lieu.
Pendant la promenade du Roi , la
Reine entendit la Meffe dans la Tribune.
A midi les tables de leurs Majeftez
furent fervies , & décorées differemment
du jour précedent , ce qui plût beaucoup
par la nouveauté . Les autres tables furent
affi pareillement bien fervies .
Le Roi & la Reine partirent fur les
3. heures du Château de Beaumont au
bruit du canon & des boëtes , pour aller
à celui de Bellegarde , qui appartient au
Duc d'Antin , où M. & Madame de Tingry
fe rendirent le lendemain 21. pour
faire leur Cour à leurs Majeftez .
On peut dire du Prince & de la Prin
selle
NOVEMBRE 1725. 2737
eeffe de Tingry , que les ordres qu'ils
avoient donnez, ont été parfaitement bien
executez , & qu'il eft difficile ( pour ne
pas dire impoffible ) de donner , plus
qu'ils ont fait des marques fenfibles
de leur attention , & que l'on ne peut
faire les honneurs d'une Maifon avec plus.
de nobleffe .
›
EXTRAIT d'une déliberation de l'Affemblée
des Maîtres Chirurgiens de
S. Côme , qu'on nous prie d'inferer içi,
au fujet du Livre intitulé , le Guidon
du Chef- d'oeuvre de S. Côme , compofe
par le fieur de Janfon.
Malgré le refus qui a été fait par
Compagnie , & par plufieurs
? de fes Membres d'approuver ce Livre
parce qu'il eft contraire à l'honneur de
la Profeffion , & qu'il contient des fautes
groffieres , des principes non feule
ment peu folides mais encore pernicieux
; enfin , une pratique meurtriere ,
qui n'a jamais été enfeignée par les Chirurgiens
de S. Côme , & qui jette les
Afpirans & autres dans l'erreur , en s'imaginant
trouver dans cet Ouvrage tout
ce que doit fçavoir un Chirurgien , & c .
qu'il allie au peu de chofes utiles , qu'il
renferme un amas monftrueux de dif
Cours
;
2738 MERCURE DE FRANCE.
cours ridicules , de preceptes obfcurs &
mal digerez , très dangereux , & infiniment
éloignez des fentimens des habiles
Maîtres , &c. Sur quoi a été arrêté d'une
commune voix , que le Public feroit averti
, que ce Livre eft pernicieux , contraire
à ce qui s'enſeigne à S. Côme , à
la Théorie , & à la pratique de la Chirurgie
, & que cet Ouvrage eft très dans
gereux .
EM.
AVIS
N confequence du Privilege accordé
M. Bechamel & Compagnie , par Arreſt
du Confeil du 3 Juin 1725. & Lettres Patentes
expediées en confequence , pour l'établiffement
pendant 20. années d'un Bureau
general de Correfpondance en la Ville de
Paris , ledit fieur Bechamel & fa Compagnie
ont établi ce Bureau à Paris ruë neuve Saint
Euftache.
Cet établiffement a pour objet , ainfi qu'on
l'a vu par ledit Arreit , de faciliter aux Particuliers
qui le requerront ( à la remife de
quatre deniers pour livre ) la recette des
Rentes fur la Ville de Paris , Gages & Augmentations
de Gages , Penfions , & autres
dettes , de quelque nature qu'elles foient , &
d'en faire toucher les deniers aux Proprietaires
dans le lieu le plus prochain de leur
domicile.
Le bien que cet établiffement procure principalemen
NOVEMBRE 1725. 2739
cipalement aux particuliers domiciliez dans .
toutes les Provinces du Royaume , a déja attiré
à cette Compagnie un grand nombre de
Commiffions ; & comme elle paroît difpofée
à donner au Public toutes les furetez
qu'il pourra defirer dans les Recouvremens
& Commiffions , au fujet defquels il s'adreffera
à cette Compagnie , qui établira inceffamment
dans chacune des principales Villes
du Royaume , un Correfpondant , auquel
elle donnera pouvoir de recevoir en fon nom
des particuliers , non feulement les effets ,
dont le payement doit être fait à Paris , mais
encore ceux qui feront payables dans toute
l'étendue du Royaume dont elle fe chargera
de faire folliciter le payement par lefdits
Correfpondans , & d'en faire toucher
auffi tôt les deniers dans les Villes & lieux ,
qui pourront le mieux convenir aux arran
gemens defdits Particuliers , fuppofé qu'ils
n'aimaffent mieux les tirer en Lettres de change
à vue fur ladite Compagnie , ainſi qu'ils
ont la liberté de le faire.
Lorfqu'un Particulier voudra charger cette
Compagnie , de recevoir pour lui le paye--
ment d'une partie de Rente , perpetuelle ou
viagere , il lui adreffera fa procuration , le
nom du Procureur en blanc , en obfervant
aux Rentes viageres de faire certifier par le
Juge du lieu la vie du Proprietaire de la
Rente.
Pour Augmentations de Gages il envoyera
de même fa procuration.
Pour les Penfions il envoyera un Certificat
de vie , fon blanc feing en parchemin , &
l'Ordonnance, s'il en eft porteur, finon la Compagnie
fe charge d'en folliciter l'expedition
au Bureau de la Guerre ou ailleurs.
I Pour
2740 MERCURE DE FRANCE .
Pour loyers de maifons il envoyera fes quittances
par quartiers .
Pour revenus de terres il envoyera fon
mandement ſur les Fermiers ou Receveurs .
Pour les effets à ordre les Proprietaires les
pafferont à celui de ladite Compagnie , &
lorfque ce font des billets ou effets pures &
fimples , ils les accompagneront feulement de
la lettre d'envoi.
On peut charger auffi ladite Compagnie
des rembourfemens de Charges & Offices de
telles natures qu'elles foient , converfions de
recepiffez pour rentes perpetuelles , ou viageres
, Rembourfemens de Contrats fur particuliers
, Obligations , & autres dettes de
telles natures qu'elles puiffent être.
La Compagnie accufera la reception de
tous les effets à elle adreffez par une lettre
qu'elle écrira au Particulier , qui lui fera un
renvoi , & ce dans l'inftant qu'elle recevra les
effets dont on la chargera de folliciter le recouvrement
en l'affranchiffant des ports &
paquets .
La fufcription des lettres qui feront adreffées
à ladite Compagnie , portera à Meffieurs
de la Correfpondance generale , ruë neuvefaint
Euftache à Paris.
Bouts-rimez à remplir.
Difparate
An
Ecarlate
Talifman
Carotte
Menotte
Brin
Fregate
Perfan
Cantate
Ocean,
Negre
Maigre
Membrin
NOVEMBRE . 1725. 2741
akakakakakakakakakakakakatik
MORTS , NAISSANCES , &c.
J
Ulien Fleury , Chanoine de l'Eglife
de Chartres , Profeffeur en Eloquence
au College de Navarre , l'un des Scholiaftes
Dauphins , & qui avoit une parfaite
connoiffance des Langues Grecque
Hebraïque , Syriaque , &c. mourut à Paris
le 15. Septembre dernier , après avoir
été taillé de la pierre , âgé de 78. ans.
Paul de Chaulnes , Evêque de Grenoble
, & Abbé de Peſtan , mourut dans
fon Diocèſe le 22. Octobre.
Ifaac Jacques de Verthamon , Evêque
de Couferans , mourut vers ce temps- là
en retournant dans fon Diocèſe.
Frere Antoine de Tenarre de Montmain
, Chevalier de l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem , Maréchal des Camps &
armées du Roi , cy- devant Infpecteur de
la Gendarmerie , & Capitaine-Lieutenant
de la Compagnie des Chevaux - Legers
d'Orleans , mourut à Paris le 5. de ce
mois , âgé d'environ 55. ans , trois jours ,
après qu'on lui eut coupé une jambe , à
laquelle il fentoit depuis 15. ans de
grandes douleurs caufées par des bleſſures
reçûës à la guerre.
I ij
Da
..
....
2742 MERCURE DE FRANCE.
Damoifelle Marguerite Pancatelin ,
Superieure generale des Hôpitaux &
Maifons de la Salpêtriere , la Pitié , Bifcêtre
, Scipion , les Enfans Rouges , le
S. Efprit , & c. mourut en l'une defdites
Maifons , appellée la Salpêtriere , le Vendredi
26. du mois d'Octobre dernier ,
après avoir gouverné lafdits Hôpitaux
pendant l'espace de 54. années . Son merite
diftingué & fon efprit fuperieur à
celui de fon fexe , quoiqu'avec un air de
fimplicité & de modeftie fans exemple,
lui attirerent fouvent l'éloge , & furtout
la confiance particuliere des plus celebres
Magiftrats & Chefs de l'Eglife. Son
nom fut redoutable aux perfonnes de
moyene vertu .
Dame Marguerite Dugaigneau , veuve
de M. François de Berbizy , Chevalier
, Seigneur de la Houffaye , decedée
le 21. Octobre , âgée de 95. ans 4 .
mois .
M. Bernard Joifel , Seigneur de Mauny
, Douy , la Ramée , &c. Chevalier
de S. Louis , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , decedé le 2 4. Octobre ,
âgé de 55. ans environ.
Madame Magdelaine Silvie de Sainte
Hermine , époufe du Lord André de
Drummont Comte de Melfort , decedée
le 31. Octobre , âgée de 33. ans .
Jac
NOVEMBRE 1725. 2743
•
Jacques Eleonor Rouxel de Medavi
de Grancey , Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Gouverneur
de la Ville & Principauté de Sedan ,
mourut fubitement à Paris le 6. de ce
mois dans la 70. année de fon âge. Rouxel
de Medavi porte d'argent à 3. cogs
de gueulle.
Dame Marguerite de Beauharnois
veuve de Guillaume de Némond , Prefident
à Mortier au Parlement , mourut
à Paris le 6. de ce mois , âgée de 80 .
ans , qu'elle avoit paffez dans un exercice
continuel de toutes les vertus Chrétiennes
.
Dame Catherine de Bethune , veuve
de François- Jofeph de Tertulle , Marquis
de la Roque , & Gouverneur des
Fort & Château de S. André & de Villeneuve
d'Avignon , mourut à Paris le
6. Novembre , âgée de 85. ans. Cette
Dame qui a paffé toute fa viduité dans
la retraite , & dans les exercices de pieté
, étoit fille aînée d'Hippolite de Bethune
, Comte de Selles , &c. Chevalier des
Ordres du Roi, & d'honneur de la Reine
Marie-Therefe d'Autriche , & d'Anne-
Marie de Beauvilliers Saint Aignan.
Bethune porte d'argent à la face de gueulle.
Le 16. Novembre M. Louis-Gabriel
Pallard , Seigneur de S. Ecobille , Con-
I iij feiller
2744 MERCURE DE FRANCE.
feiller de la Grand'Chambre du Parlement
, mourut à Paris , âgé de 67. ans .
•
Dame Marie- Françoife de Levi , époufe
de Jofeph- François de la Croix , Marquis
de Caftries , Seigneur de Pey , Baron
de Gourdiege , de Caftelnau , & c.
Baron des Etats de Languedoc , Lieutenant
de Roi de la même Province , Gou .
verneur de la Ville & Citadelle de Montpellier
, de la Ville & Port de Cete , Maréchal
des Camps & Armées du Roi ,
Chevalier des Ordres de S. M. & Chevalier
d'Honneur de S. A. R. Madame la '
Ducheffe d'Orleans , accoucha d'un fils
le 18. Octobre dernier. Il fut tenu fur
les fonts & nommé Armand- François par
Armand Pierre de la Croix de Caftries ,
Archevêque d'Alby , & par Dame Françoife
d'Albert , époufe de Charles Eugene
, Duc de Levi , Pair de France , Lieutenant
General des Armées du Roi , Gouverneur
de Mezieres , Commandant en
Franche-Comté .
·
Le 30. du même mois Dame Loüife-
Françoife Phelyppeaux de la Vrilliere ,
époufe de Louis Robert - Hippolite de
Brehan , Comte de Plelo , Colonel de
Dragons , accoucha d'un fils qui fut nommé
Theodore Cerbonnet par Jean-René-
François de Brehan , Comte de Moron ,
& par Dame Marie-Jeanne Phelyppeaux
de
NOVEMBRE 1725. 2745
de la Vrilliere , époufe de M. Jean - Frederic
Phelyppeaux de Pontchartrain ,
Comte de Maurepas , Miniftre & Secretaire
d'Etat.
Le 11. Novembre Dame Catherine
Felicité du Bellay , Princeffe de Robec ,
époufe de Anne- Augufte de Montmo
rency , Prince de Robec , Grand d'Efpagne
de la premiere Claffe , Chevalier
de l'Ordre de la Toifon d'Or , Lieutenant
General des Armées du Roi , Grand-
Maître de la Maifon de la Reine d'Efpague
, feconde douairiere , accoucha d'un
fils , lequel par permiffion de M. le Cardinal
de Noailles fut ondoyé le même
jour ; les pere & mere efperant que le
Roi d'Efpagne leur fera l'honneur d'en
être le parrain .
Madame la Comteffe de la Vieuville
accoucha le 17. d'Octobre d'un fecond fils ,
qui a été tenu fur les fonts de Baptême
par Madame la Comtelle de Parabere &
M. le Duc de Briffac.
Le 16. de ce mois la Comteffe de Touloufe
accoucha d'un fils , au Château de
Rambouillet.
I iiij
EDITS ,
2746 MERCURE DE FRANCE.
EDITS , DECLARATIONS,
E
ARRESTS , & c
DIT du Roi , portant fuppreffion des Offices
de Receveurs & Contrôleurs Generaux
des Domaines & Bois . Et nouvelle création
de pareils Offices. Donné à Paris au
mois de Juin 1725. Regiftré en Parlement le
même jour , le Roi féant en fon Lit de Juftice
, & c. par lequel S. M. ordonne ce qui
fuit.
ARTICLE PREMIER.
Nous avons par le prefent Edit perpetuel
& irrevocable , éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons les Offices de Receveurs generaux
& Contrôleurs generaux de nos Domaines
& Bois , créez par Edits des mois d'Avril
1685. Decembre 1689. & Decembre 1701.
Les Offices de Receveurs particuliers de nos
Bois , créez par autre Edit du même mois de
Decembre 1701. enfemble le fol pour livre de
nos droits cafuels , attribué à nos Procureurs
aux Bureaux des Finances , par Edit du mois
d'Avril 1694. fans que les pourvûs defdies
Offices de Receveurs & Contrôleurs generaux
de nos Domaines & Bois , Receveurs
particuliers de nos Bois , puiffent s'entremettre
en l'exercice ou fonction d'iceux , ni
nos Procureurs aux Bureaux des Finances en
la perception dudit droit de fol pour livre ,
paflé le dernier Decembre de la prefente
année.
IL.
NOVEMBRE 1725. 2747
I I.
Voulons que les Titulaires & Proprietaires
defdits Offices & droits fupprimez , foient
tenus de faire proceder à la liquidation de
leurs Finances , par les Commiffaires de nôtre
Confeil qui feront par Nous nommez à cet
effet , pour être enfuite rembourfez en nôtre
Tréfor Royal , des fonds qui feront à ce deftinez
; fans neanmoins que lefdits Receveurs
generaux & particuliers puiffent recevoir leur
remboursement , qu'après qu'ils auront compté
de tous leurs exercices.
I I I.
Et de la même authorité que deffus , Nous
avons créé & érigé , créons & érigeons en
titre d'Offices formez , en chacune Province &
Generalité de nôtre Royaume où lefdits Receveurs
generaux ont été établis , trois nos
Confeillers Receveurs generaux anciens ,
alternatifs & triennaux ; & trois nos Confeillers
-Contrôleurs generaux anciens , alterna-
.tifs & triennaux de nos Domaines & Bois ; &
-trois nos Confeillers - Receveurs particuliers
anciens , alternatifs & triennaux de nos Bois ,
dans les mêmes lieux où. lefdits Offices ont
été précedemment créez ; lefquels triennaux
demeureront réunis aux anciens & alterhatifs
, pour être lefdits Offices poffedez fous le
titre d'anciens my triennaux , & d'alternatifsmytriennaux
, & exercez alternativement année
par année , à commencer du premier Jan
vier 1726 conformément aufdits Edits des
mois d'Avril 1685. Decembre 1689. & De
-cembre 1701. aux mêmes fonctions , taxations
, tant fur nos Bois que fur les droits ca
fuels de nos Domaines , droits de chauffage ,
franc- falé & autres droits , privileges & exemptions
attribuées par lefdits Edits , & par ceux,
Ly des
2748 MERCURE DE FRANCE.
des mois d'Octobre 169 ;. Fevrier 1705. Novembre
& Mai 1710. 1707.
IV.
Attribuons aufdits Offices créez par le prefent
Edit , des gages au denier vingt - cinq du
montant de la Finance à laquelle chacun defdits
Offices aurà été fixé , ſuivant les Rôles
qui en feront arrêtez en nôtre Confeil , &c.
EDIT du Roy , portant que le Denier de
la Conftitution fera & demeurera fixé à raifon
du Denier Vingt du capital . Donné à
Verfailles au mois de Juin 1725. Regiftré en
Parlement le 8, le Roi leant en fon Lit de Juftice
: par lequel il eft dit ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
Qu'à compter du jour de la publication du
prefent Edit , le denier de la Conftitution fera
& demeurera fixé dans toute l'étendue de
notre Roiaume , Païs , Terres & Seigneuries
de notre obéiffance , à raifon du Denier vingt
du capital , nonobftant tous Edits , Declarations
ou autres Reglemens à ce contraires ,
aufquels Nous avons dérogé & dérogeons par
notre preſent Edit.
I I.
Permettons en confequence à tous Notaires
, Tabellions & autres perfonnes publiques,
ayant droit de paffer & recevoir des Contrats,
de les paffer à l'avenir fur ledit pied du Denier
Vingt ; fans neanmoins qu'ils puiffent en
paffer fur un pied plus fort, à peine de privation
de leurs Offices d'être lefdits Contrats
declarez ufuraires , & d'être procedé extraosdinairemeut
contre les prêteurs.
III.
Ordonnons en confequence à tous Juges ,
dans les Jugemens qu'ils auront à prononcer
portant
NOVEMBRE 1725. 2749
portant condamnation d'interefts , de les prononcer
à l'avenir fur le pied du Denier Vingt.
IV.
Nous n'entendons neanmoins rien innover
aux Contrats de Conftitution , Billets portant
promefle de paffer Contrats de Conftitution,
& autres Actes faits jufqu'au jour de
la publication du prefent Edit , lefquels feront
executez comme ils l'auroient pû être
auparavant , &c.
EDIT du Roi , portant création de Maîtrifes
d'Arts & Mêtiers dans toutes les Villes
du Royaume , à l'occafion du Mariage du
Roi . Donné à Verſailles au mois de Juin
1725. Regiftré en Parlement le 8. le Roi féant
en fon Lit de Juftice , par lequel il eft dit ce
qui fuit. Nous avons , en confideration de notre
Mariage , créé , érigé & établi , créons ,
érigeons & établiffons par le prefent Edit ,
Six Maîtres de chacun Art & Mêtier dans
notre bonne Ville & Fauxbourgs de Paris ;
Quatre dans chacune de nos Villes où il y a
Cour fuperieure ; Trois dans celles où il y a
Prefidial , Bailliage ou Senéchauffée ; Et deux
feulement dans toutes les autres Villes & autres
lieux de notre Roiaume où il y a Jurande
, pour y être pourvú par Nous , de telles
perfonnes que Nous voudrons choifir ; en
Nous payant par eux la Finance qui fera reglée
fuivant les Rolles qui en feront arrêtez
en notre Confeil . Voulons que fur la Quittance
de Finance qui leur fera expediée des
fommes par eux payées , il leur foit delivré
toutes Commiffions neceffaires , pour chacune
defquelles il ne fera payé que Six livres
feulement ; en vertu defquelles Commiffions
Nous entendons que les pourvus defdites
Mai-
I vj
2750 MERCURE DE FRANCE.
Maîtrifes foient incontinent reçûs & inftallez
par nos Baillifs , Senechaux , Prevôts ou autres
Juges à qui elles feront adreffées , &
qu'ils en jouiffent avec tels & femblables
droits , franchiſes , libertez & privileges dont
joüiffent les autres Maîtres Jurez defdits Mêtiers
, fans qu'ils foient tenus de faire aucun
chef-d'oeuvre ou experiences , ni fubir aucun
examen , payer banquets , droits de Confrairies
& de boëtes , ni aucuns autres droits que
les Jurez de chaque Mêtier ont accoûtumé de
prendre & faire payer à ceux qui veulent être
reçûs Maîtres , dont Nous les avons exceptez
& difpenfez , exceptons & difpenfons par
le prefent Edit. N'entendons comprendre dans
la préfente création les Chirurgiens , Apotiquaires
& Orfévres que nous en avons excepté
& exceptons.
ARREST du 28. Juillet , qui regle les temps
& la maniere dont la levée du Cinquantiéme
du revenu des Biens pendant douze années
doit être faite en execution de la Declaration
du 5. Juin 1725. par lequel S. M. ordonne
ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
La premiere des douze années du Cinquantiéme
qui fera levé en argent fur le revenu
des Maifons , Charges , Employs , Rentes
& Intercits , commencera au premier Aouft
1725, & finira au dernier Juillet 1737 .
II.
La premiere des douze années du Cinquantiéme
qui fe levera en nature fur les Vins ,
Cidres & autres Boiffons , enſemble fur les
Bois & Taillis , commencera , fçavoir ; pour
les Vins & autres Boiffons , aux vendanges
& recoltes de fruits à preffurer de la prefente
année,
NOVEMBRE 1725. 2751
année. Et pour les Bois & Taillis , par les
coupes de la même année ; Et la derniere finira
par les vendanges & recoltes de fruits à
preffurer , & par les coupes des Bois & Taillis
de l'année 1736.
III.
La premiere des douze années du Cinquantiéme
qui fe levera de même en nature , fur
tout ce qui fera recueilli dans les autres Terres
labourables , Prez & autres fonds d'heritages
, commencera par les Recoltes & Moiffons
de l'année 1726. Et la derniere finira par
les Recoltes & Moiffons 1737.
IV.
Les Bois de haute futaye qui feront coupez
par extraordinaire ; & après avoir obtenu
les permiffions neceffaires à cet effet , & qui
ne font point partie d'une coupe annuelle
qui tient lieu de revenu , ne feront point fujets
au Cinquantiéme , à quelque âge que la coupe
en foit fixée.
V.
Veut Sa Majefté , qu'à l'égard des Moulins.
de toute efpece , Eftangs & autres natures de
Biens dont la levée du Cinquantiéme en nature
feroit fujette à trop de difcuffions , le
Cinquantiéme en foit payé fur le Cinquantiéme
du prix des Baux , fur le pied du Cinquantiéme
du produit en argent fuivant l'eftimation
qui en fera faite par les Sieurs Intendans
; Et à l'égard des Verreries , Forges
& autres Ufuines & Fabriques de pareille nature
, le Cinquantiéme fera pareillement perçû
fur le pied du Cinquantième du prix du
Bail , fi elles font affermées , finon fur le pied
du Cinquantiéme du produit effectif en argent
, déduction faite du prix des bois confommez
pour l'ufage des Ufuines , journées
d'ou
2752 MERCURE DE FRANCE
d'ouvriers & autres frais neceffaires pour l'exploitation
, de laquelle évaluation il fera par
lefdits Sieurs Intendans ou Commiffaires départis
, dreffé des états qu'ils envoyeront au
Confeil pour être enfuite arêté des Rolles :-
Et les particuliers dénommez feront tenus de
payer les fommes y portées , en deux termes
égaux , l'un au premier Decembre , & l'autre
au premier Avril de chacune année , entre les
mains du Prépofé , à peine d'y être contraints
.
V I.
Les Proprietaires ou Poffeffeurs des Maifons
, tant de la Ville & Fauxbourgs de Paris
, que des Villes & Fauxbourgs du Royaume
, fourniront dans quinzaine , du jour de la
publication du prefent Atreft , leur declaration
du revenu deídites Maiſons , fur les modelles
qui leur en feront remis ; Sçavoir , pour les
Maifons de la Ville & Fauxbourgs de Paris ,
entre les mains du fieur Prevoſt des Marchands
de ladite Ville ; Et pour celles des Provinces
entre les mains des Šieurs Intendans & Commiffaires
départis , ou leurs Subdeleguez , defquelles
declarations ils dreferont des états
qu'ils envoyeront pareillement au Confeil ,
pour en être de même arrêté des Rolles , &
les Particuliers y compris feront tenus de
payer les fommes y portées , en deux termes
égaux , l'un au premier Avril de chaque année,
& l'autre au premier Septembre fuivant,
conformément à ladite Declaration.
VI I.
Le Cinquantiéme qui fera levé en nature de
Fruits fur les Grains , Bois , Foins , Vins ,
Cidres & autres productions , fera donné par
Adjudication au plus offrant & dernier encheriffeur
, après trois Publications de huitainc
NOVEMBRE 1725. 2753
ne en huitaine , qui feront commencées les
premiers jours d'Avril de chaque année , &
indiquées par des affiches aux portes des
Eglifes , Places & Carrefours des Villes ,
Bourgs , Paroiffes & Communautez.
VIII
Les Adjudications feront faites en confequence
, par les Sieurs Intendans & Commiffaires
départis dans les differens chefslieux
des Elections , ou autres lieux qui feront
par eux indiquez , foit devant eux , leurs
Subdeleguez ou tels autres qu'ils nommeront.
I X..
Celles defdites Adjudications qui feront
faites par les Subdeleguez ou autres à ce
commis , feront envoyées aufdits Sieurs Intendans
, pour être par eux confirmées après
la quinzaine du jour de ladite Adjudication ;
fauf aufdits Sieurs Intendans à ordonner une
quatriéme publication devant eux , lorsqu'il
leur aura été fait dans ladite quinzaine des offres
plus fortes que le prix de l'Adjudication
, par perfonnes bonnes & folvables , ou
que par les circonftances du prix ou de la forme
de l'Adjudication , ils le jugeront neceffaire
ou plus convenable aux interefts de Sa
Majefté.
X.
Les Encheres & Surencheres qui furviendront
pendant ladite quinzaine , fur le prix
des Adjudications faites devant les Subdeleguez
, ne pourront eftre moindres que du dixiéme
en fus du prix de l'Adjudication , &
feront reçues au Greffe de l'Intendance ou
de la Subdelegation , au choix des encheriffeurs
; aufquels lieux toutes perfonnes pourront
en prendre communication ; Et la quinzaine
expirée , l'Adjudication définitive fera
faite
2754 MERCURE DE FRANCE .
•
faite au dernier encheriffeur. par Mrs les
Intendans , fans qu'après l'Adjudication définitive
, il puiffe eftre receu aucun doublement
ni tiercement .
+
1
!
.
X I.
Les Adjudications du Cinquantiéme des
Vins , Cidres & autres boiffons feront faites
pour la prefente année feulement fur une feule
publication à huitaine , laquelle fera confirmée
dans les cas & en la maniere expliquée
ci- deffus , par les Sieurs Intendans , quinzaine
après.
XII.
Les Adjudicataites feront tenus de donner
bonne & valable caution , ou de payer comptant
moitié au moins du prix de leur Adjudication
, qui leur tiendra lieu de cautionnenement
, s'ils n'ont des biens fuffifans pour en
répondre.
X II I.
Les Adjudicataires feront tenus de payer
le prix de leur adjudication , en deux termes
égaux , l'un au premier Janvier de chaque année
, & l'autre au premier Mai, à peine d'y
eftre contraints ; Et neanmoins , fans tirer à
confequence , ie prix des adjudications de la
prefente année fera payé en trois termes
égaux , fçavoir , au premier Janvier 1726. premier
Avril & premier Juillet fuivans.
XIV.
Les Adjudicataires joüiront du jour de leur
Adjudication & pendant l'année fuivante , de
l'exemption de Collecte , Tutelle , Curatelle
Nomination à icelles , Corvées , Guet & Garde,
Milice , Logement de gens de guerre & autres
charges publiques , de la même maniere
qu'en ont joui les prépofez au recouvrement
du Dixiéme ; & ne pourront eftre augmentez
NOVEMBRE 1725. 273%
.
mentez à la Taille pendant ledit temps , dans
lés Pays de Taille perfonnelle , & à la Capitation
dans les Pays de Taille réelle , finon
au fol la livre de l'augmentation , ou diminuez
à proportion , pourquoi ils feront taxez
d'office N'entend neanmoins Sa Majefté ,
qu'il foit rien changé aux Nominations de
Collecte , & à l'execution des Rolles des
Tailles & de Capitation qui fe trouveront
eftre faits au jour defdites adjudications.
X V.
Les Adjudicataires ou autres prépofez à la
levée du Cinquantiéme en nature de fruits ,
en feront la perception fans retarder l'enlevement
defdits fruits ; & il fera loifible aux
Fermiers & Laboureurs , après avoir averti
l'Adjudicataire qui ne fe feia point prefenté
de laiffer fur le champ la portion qui doit
lui revenir , & d'enlever le furplus , fans
qu'audit cas l'Adjudicataire puiffe prétendre
davantage que la portion qui lui aura été laiffée
, ainfi qu'il fe pratique pour la Dixme.
Veut Sa Majefté que la Dixme appartenant
au Curé du lieu pour la Defferte de la Cure ,
foit exempte du Cinquantiéme , & qu'en
confequence elle foit levée avant le Cinquantiéme
, qui ne fera perçû que fur le furplus ,
ladite Dixme prélevée ; & qu'à l'égard des
autres Dixmes , elles ne foient levées qu'après
le Cinquantiéme.
"
XV I.
Le Cinquantiéme fur la recolte des Vins ,
Cidres & autres boiffons , fera levé ainfi que
la Dixme c'est- à - dire , ou par hottées de
vendange , ou à raifon de la cinquantiéme
pinte ou cinquantiéme tonneau , fuivant l'ufage
des lieux.
XVII,
1756.MERCURE DE FRANCE .
XVIII
L'Adjudication du Cinquantiéme des Bois
qui feront en coupe la prefente année ,"fera
jointe à l'adjudication des Foins , Grains &
Vins de l'année prochaine 1726. & il en fera
ufé de même à l'avenir ; en forte que le Cinquantiéme
des Bois de chaque année fera toûjours
joint à l'adjudication du Cinquantiéme
de l'année fuivante.
XVIII.
Les Receveurs des Tailles dans les Pays
d'Elections , & les Receveurs ordinaires &
particuliers dans les Pays d'Etats , pourront
être prefens aufdites Adjudications , pour
prendre connoiffance des facultez de l'Adjudicataire
& de fa caution.
XIX.
Le Recouvrement des deniers provenans dudit
Cinquantiéme , fera fait par lefdits Receveurs
des Tailles , dans les Pays d'Elections ,
& dans les Pays d'Etats , par lefdits Receveurs
ordinaires & particuliers , lefquels en
remettront le fonds aux Receveurs generaux
des Finances , pour être par eux remis au
Comptable cy- après nommé.
X X.
Les deniers qui proviendront du Cinquantiéme
, à compter du premier Aouft 1715.
jufqu'au premier Octobre 1726. feront reçûs
par ceux defdits Receveurs generaux & particuliers
qui entreront en exercice l'année
1726.
X X I.
Les deniers qui proviendront du Cinquantiéme
des Maifons , dans les Villes & Fauxbourgs
du Royaume où il n'y aura point d'adjudication
de fruits , feront reçûs par les prépofez
à La Recette de la Capitation , ou autres
qui
NOVEMBRE 1725. 2757
qui feront nommez par le fieur Prevolt des
Marchands pour la Ville & Fauxbourgs de
Paris , & par les fieurs Intendans & Commiffaires
départis pour les autres Villes & Fauxbourgs
du Royaume , lefquels prépofez remettront
lefdits deniers ; fçavoir , pour la
Ville & Fauxbourgs de París , au fieur Bou.
cot , Receveur des deniers communs & d'Octrois
; & pour les Provinces aux Receveurs
des Tailles des Pays d'Elections , ou autres .
Receveurs ordinaires & particuliers des autres
Provinces.
XXII.
>
Tous les Fonds provenans de la perception
du Cinquantiéme dans l'étendue du Royaume,
fans exception , feront remis par lefdits Receveurs
generaux des Finances des Provinces &
Generalitez , & par ledit fieur Boucot en la
Ville de Paris , au fieur Gondoüin que Sa Majefté
a choifi & nommé pour Receveur &
Comptable particulier des deniers de la Caiſſe
commune du Cinquantiéme.
XXIII.
Tous les Comptables chargez de la Recette
& Dépenfe dudit Cinquantiéme , en tiendront
un Journal feparé de leurs autres Recettes
, & dans la même forme , dont ils envoyeront
des Copies tous les mois au Confeil,
conformément à l'Edit du mois de Juin 1716.
Declaration du 4. Octobre 1723. & Regle
mens rendus en confequence.
XXIV .
Les Rôles ou Erats du Cinquantiéme qui
fera levé en argent , feront executez , & les
Redevables contraints au payement des fommes
y portées , par les mêmes voyes ainfi que
pour la Capitation.
XXV .
1758 MERCURE DE FRANCE.
X X V.
Il fera expedié trois doubles des Rôles &
des Adjudications , qui feront remis , l'un au
Receveur des Tailles ou Receveur ordinaire
& particulier , l'autre à l'Adjudicataire ou au
Préposé , & l'autre au Greffe de l'Intendance ,
pour lesquelles trois Copies de l'adjudication, il
fera payé par l'Adjudicataire trente fols pour
tous frais , au Greffe de la Subdelegation.
XX VI.
Les Fermiers , les Détempteurs d'heritages ,
& autres tenans des biens chargez de Rentes
foncieres , foit en argent , grains ou autre nature
de fruits , auront droit de retenir à leur
profit le Cinquantiéme du prix annuel des
Baux ou Rentes dont font chargez leurs heritages
, fans pouvoir faire plus grande retenue
que le Cinquantiéme du prix du Bail ou de la
Rente par eux dûë , fous prétexte que le Cinquantiéme
par eux payé à Sa Majetté feroit
plus fort que celui par eux retenu , l'excedent
qui pourroit s'y trouver , devant être à leur
charge comme une impofition fur leur exploi
tation , dont ils n'ont pas plus de droit de prétendre
une in lemnité, que d'une augmentation
de Taille furvenue depuis leur Bail ; &
neanmoins Sa Majeſté voulant traiter favorablement
lefdits Fermiers & Détempteurs , elle
a déchargé & décharge le produit de leur
baffe-cour , de la levée dudit Cinquantiéme ,
& c.
ORDONNANCE de Police du 9. Octobre
, qui défend de vendre la Viande de Boucherie
, fçavoir les Morceaux choifis plus de
fept fols , celle au - de Tous de la même qualité
& auff belle plus de fix fols , & la baffe Viande
NOVEMBRE 1725.
2759
de à proportion, à peine de cinq cens livres
d'amende.
AVIS.
Les évenemens du temps ont occupé
beaucoup de place dans les derniers Mercures.
Plufieurs Pieces intereffantes qui
peuvent piquer la curiofité du Public ,
Jent demeurées en arriere , ce qui obligera
à donner deux volumes le mois prochain.
Le fecond fervira de Supplement à la pre-
Sente année 1725.
APPROBATIO N.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur
le Garde
des Sceaux
le Mercure
de France
du mois
de Novembre
, & j'ay crû qu'on
pouvoit
en permettre
l'impreffion
. A Paris , le 1. Decembre
8725.
HARDION,
2760 MERCURE DE FRANCE.
TABLE
IECES Fugitives , vers à la Reine. 2549
Clavecin pour les yeux , avec l'art' de
peindre les fons , & toute forte de pieces
de Mufique , & c 2552
2557
Les Fêtes Bifantines , Cantate à l'occafion du
Mariage du Roi.
Extrait de Lettre fur l'Epitaphe de Poiffy. 2582
Compliment de la France au Roi Stanillas.
2585
Flux & reflux de la Mer , extraordinaire. 2586
Vers à la Reine , & à MademoMelle de Clermont.
Lettre fur l'origine du nom d'Armand.
A la jeune Iris , vers .
2588
2590
2598
Poëme fur le progrès de l'Aftronomie . 2599
Lettre écrite de Chartres fur des corps trouvez
entiers.
Bouts rimez,
2605.
Réjouiffances faites à Peliffane en Provence
Lettre de Conftantinople.
Vers au Marquis de Nangis.
2606
2607
2612
2621
Autre Lettre de Conftantinople , priſe de Taut
ris , & c.
2622
Bouts - rimez , Sonnet . 2629
Relation de la fonction de l'Eftoc , &c fig
2630
Réjoüiffances à Marseille. 2643
Réjouiffances à Toulon. 2645
Réjouiffances à Rochefort , & c. 2611
Réjoülffances à Toulouſe , & à Berlin. 2654
Vers prefentez à la Reine. 2656
Evenement fingulier arrivé fur Mer & confir
mation de ce qui a été dit de l'Homme Ma
rin.
1
Enigmes.
Nouvelles Litteraires , & c.
2657
2660
2661
Memoire fur l'Hiftoire naturelle des Plantes
de Ruffie.
Ouvrage fur les coquillages.
2663
2670
Nouveau Calendrier pour l'année 1726. 2671
Troifiéme volume du Gallia Chriftiana. 2674
Panegyrique de S. Louis à l'Académie de Bor
deaux.
2675
Ouverture de l'Académie Royale des Sciences
.
Mort du Pere Quinquer.
Nouveaux Ecrans.
Chanfon .
Spectacles , Opera de Telegone,
Nouvelles du Temps , de Turquie , de Ruffie
& c.
2678
2688
2689
2691
Ibid.
>
2711
Morts des Pays Etrangers.
Nouvelles de la Cour , de Paris.
2720
2721
Ceremonie faite à Grenoblė , & c. ~
2727
Réjoüiffances à Clermont.
2729
Benefices donnez.
2731
Arrivée du Roi Staniſlas à Beaumont , & c.
2735
Avis fur le Bureau de la Correſpondance , &c.
2738
Bouts-rimez .
2.740
Morts , Naiffances , & c.
2741
Edits , Declarations , Arrefts , & c.
2747
Avis.
2759
Errata d'Ottobre.
Age 23 30 ligne 22. 1724. lifez 1424 .
Pge 2366. ligne 4. du bas , ces deux pieces
, lifez ces deux dernieres pieces .
Page 2387. ligne 6. reprendre , lifez répandre,
Page 2453. ligne s . vûë , lifez vice.
Page 2537. ligne 3. du nom , lifez du nombre,
Page 2541 ligne 29. Evêque & Comte de
Laon , lifez de Leon .
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 2651. ligne 4. du bas , Commandant ,
lifez Commandeur.
L'Air noté regarde la page
La Planche gravée ,
2691
page 2642
WARCUTER ET PINON
DM
Mercha
Oct - Nov
1725
HEIM
Presentedby
John
Bigelow
to the
Century
Association
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
OCTOBRE 1725.
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
(GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXV.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRA
835145
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
19057
Es
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
-
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonbiteront
avoir le Mercure de France de
la premierè main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef-
Jageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fols,
2329
MERCURE.
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROY
OCTOBRE 1725.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXX ***
PIECES FUGITIVES ,
en Profe & en Vers.
LETTRE écrite aux Auteurs du
Mercure de France fur une Queftion
de Diplomatique.
'Amour de la verité & du bien
L public m'engage , Meffieurs , à
vous prier de vouloir bien publier
dans vôtre Journal une
Queftion , qui, comme vous l'allez voir,
intereffe non -feulement la République
A ij des
2330 MERCURE DE FRANCE.
des Lettres , mais encore la focieté civi
Je , & à laquelle tout le monde
prendre part.
peut
QUESTION PROPOSE'E
aux Sçavans .
A laquelle des deux autoritez il faut
donner la préference , à des Chartes revê
tues de toutes leurs formalitez , mais qui
ne s'accordent pas avec l'Histoire ? ou à
'Hiftoire , qui dit le contraire des Chartes
?
Ce qui donne lieu à cette propofition ,
vous paroîtra auffi digne d'attention , &
auffi curieux que la Queſtion même . Voi :
ci , Meffieurs , dequoi il s'agit .
FAIT,
11 y a dans les Archives de l'Abbaye
du Mont S. Michel deux Chartes , l'une
de Jean Bâtard d'Orleans , fi connu dans
l'Hiftoire fous le nom fameux de Comte
de Dunois , dattée de Tours le 28. Mars
1424. avant Pâques , & l'autre du Roi
Charles VII. en datte du 31. Mai 1443 .
& donnée à Poitiers.
Dans la premiere , Jean d'Orleans fe
qualifie Comte de Mortaing , Vicomte
de S. Sauveur , Seigneur de Vaulbonnois,
&
OCTOBRE 1725. 2331
& Grand- Chambellan de France , Capitaine
Garde & Gouverneur des Abbaye
Ville & Fortereffe du Mont S. Michel.
Cette Charte eft adreflée à Nicole Painel
, fon Lieutenant dans cette Place ,
& donnée pour faire jouir le (a ) Vicaire
& les Religieux de l'Abbaye des Appaftis
, (b) c'eſt- à- dire des contributions qui
auroient été levées , fuivant les loix de
la guerre , fur les vaffaux de cette Abbaye.
Le motif de cette conceffion étoit pour
fubvenir à la mifere où les Religieux
étoient réduits par l'invafion des Anglois
, qui occupoient alors toute la Normandie
, à l'exception du Mont S. Michel
, place qui tint toûjours ferme , &
(a) En ce temps - là l'Abbaye étoit regie par
un Vicaire , nommé par le Pape & du corps
des Religieux , à caufe de la défertion de
Robert Jolivet , leur Abbé , qui s'étoit retiré
à Rouen auprès du Roi d'Angleterre. Alors
Charles VII. mit des Gouverneurs au Mont
S. Michel en la place de cet Abbé qui l'étoit
de droit par les privileges de l'Abbaye. Ces
Gouverneurs furent fucceffivement Jean de
Harcourt , Jean d'Orleans & Louis d'Eftouteville.
(b) Appaftis , felon du Cange , c'eft la même
chofe que Pactum , Conventio. On faifoit un
accord , une convention pour payer telle contribution
, afin de s'exempter des executions
militaires .
A iij
demeu2332
MERCURE DE FRANCE.
demeura fidele au Roi Charles VII .
La Charte eft fcellée en queue d'un
fceau de cire rouge , fur lequel on voit
un Ecuffon panché fous un cafque , qui
fert de Cimier. L'Ecu eft chargé de trois
fleurs- de- lys , avec un lambel de trois
pieces , & une barre brochant fur le tout.
Enfin elle eft fignée en cette maniere :
J. Bâtard d'Orleans , & plus bas par
Monfeigneur . Le Comte de Voafte &
Vous fon Tréforier prefents, & figné en
fin Champeaux .
La feconde Charte , dattée comme on
l'a dit , du 31. Mai 1443. eft fcellée d'un
grand fceau,fain & entier , & tel qu'on
le voit dans les Lettres Patentes de nos
Rois. Elle eſt donnée pour une pareille
conceffion que celle qui eft énoncée dans
la Charte de Jean d'Orleans , ou plutôt
pour proroger encore pour trois ans
celle que ce Roi avoit accordée par une
autre Charte , qu'elle rapporte en fon entier
, dattée de Tours le 24. Janvier
1438. de fon Regne le xv1 . & dite
fcellé de fon fcel en l'abfence du Grand.
Ces deux Chartes expofent que l'Ab .
baye du Mont S, Michel avoit beaucoup
fouffert pour ſe maintenir en l'obéïffance
de Charles VII . & qu'elle fouffroit encore
de telle forte , qu'il étoit difficile
d'y pouvoir fubfifter . Cette extrêmité eſt
un
OCTOBRE 1725. 2333
un des motifs des Chartes , lefquelles
devoient encore fervir de Lettres de
fauve- garde , & de fauf-conduit , pour
ceux des vaffaux de l'Abbaye , qui s'en
trouveroient munis par des copies en
bonne forme .
Quelques Critiques prétendent que
ces deux Chartes ne s'accordent pas en
certains points avec l'Hiftoire ; ce qui
joint à d'autres moindres circonftances ,
les a déterminez à les croire faulles &
fuppofées.
Voici les moyens qu'ils alleguent contre
chaque Charte en particulier.
Moyens contre la Charte de Jean d'Orleans .
La qualité de Grand - Chambellan de
France prife par Jean d'Orleans eft le
principal , & prefque le feul de ces
moyens Les Critiques difent que Charles
VII . ne commença de regner que le
22. Octobre 142 2. auquel temps Jean
Bâtard d'Orleans n'avoit tout au plus
que 19. ans , étant né en 1403. de Marguerite
Mariette d'Enghien , Dame de
Cani , Maîtreffe de Louis de France ,
Duc d'Orleans , & par confequent en
1424. qui eft la datte de cette Charte ,
le Prince à qui on la donne , n'avoit que
21. ans . Ils ajoûtent qu'il ne commença à
A iiij fe
2334 MERCURE DE FRANCE.
fe diftinguer qu'en 1427. au fiege de
Gergeau & de Montargis , & qu'ainfi
c'eft fans apparence de verité qu'il eſt
qualifié Grand- Chambellan de France en
1424. dans la Charte en queftion.
Il est vrai , difent- ils , que le Bâtard
d'Orleans a été Grand - Chambellan de
France ; mais fuivant la fucceffion chronologique
des Grands- Chambellans , ce
Prince n'a été honoré de cette Dignité
qu'après le Seigneur de la Trimoüille
mort en 1446. lequel avoit fuccedé à
Jean II . Seigneur de Montmorency , qui
en avoit été pourvû en 1424. & qui
s'en étoit démis en faveur du Seigneur de
la Trimoüille.
•
Ils prétendent auffi que les Comtez de
Mortaing , de Vertus , & de Dunois ne
furent donnez à Jean d'Orleans qu'après
qu'il fut legitimé , & ce depuis l'année
1424. Enfin que la Vicomté de S. Sauveur
, dont il eft auffi qualifié dans cette
Charte , ne lui a jamais appartenu , &
qu'en 1424. elle appartenoit au Comte
d'Angoulême .
Moyens contre la Charte de Charles VII.
Cette Charte du XXXI . Mai M.
CCCC. XLIII . en rapporte une autre
du même Prince , dattée du XXIV. Janvier
M. CCCC. XXXVIII . & de fon
regne
OCTOBRE 1725. 2335
a
ne
regne le xvi . datte qui fournit un premier
moyen ; car fuivant l'ancien calcul ,
aboli par Charles IX. en 1564. où l'on
commençoit de compter l'année au jour
de Pâques , ce n'étoit point alors la xvi .
année du regne du Roi , mais la xvII.
déja commencée & avancée de trois mois ;
en effet ce Prince n'ayant commencé de
regner que le 22. Octobre 1422. on
trouve que fa xvI . année commençoit le
même jour de ce mois en 1437. & devoit
concourir avec le mois de Janvier dans
la même année , laquelle ne devoit finir
qu'à Pâques fuivant.
On tire un fecond moyen de la circonftance
d'un fceau ordonné en l'abfence
de du Grand , dont la Charte de 1443. dit
re que celle de 1438. qu'elle rapporte , a
rès été fcellée . De toutes les Chartes , ditée
on , ou Lettres Patentes expediées fous
Charles VII. avant & depuis 1438. &
en 1438. il n'y en a aucune où il foit fait
& mention d'un fcel ordonné en l'abfence
du Grand toutes ont été expediées fous
le grand fceau , ou fous le fcel fecret du
Roi.
tte
nte
Enfin cette Charte paroît fufpecte aux
M. Critiques , en ce que le fujet pour lerequel
on prétend qu'elle fut donnée
c'eft à-dire la levée des Appaftis , fur les
fon vaffaux de l'Abbaye , ne peut pas s'ac-
A v corder
n
2336 MERCURE DE FRANCE.
corder avec l'Hiftoire , & renferme une
contrarieté manifefte : lorfque Charles.
VII . la donna , auffi bien que celle dont
elle refere une copie , la Province de
Normandie étoit également fous la puiffance
des Anglois , comme au temps de
la Charte de Jean d'Orleans. Il étoit
donc bien inutile , difent- ils , d'expedier
des Chartes pour lever des contributions
dans un pays dont le Roi étoit dépouillé.
Raifons pour la défenfe des deux Chartes »
& premierement de celle de Jean
d'Orleans.
Les Défenfeurs des Chartes oppofent
d'abord le principe general établi par
Dom Mabillon dans fon grand ouvrage
fur la Diplomatique. Hiftoricorum , dit
ce fçavant homme , aut Infcriptionum
teftimonia legi imis Chartis non ita prejudicare
debere , ut illorum præferatur autoritas.
Et venant enfuite au fait particulier
de la Charte de Jean Bâtard d'Orleans
ils prennent l'Hiftoire de ce Prince dès
fa naiffance , telle qu'elle eft rapportée
dans ( a ) l'Hiftoire de la Maifon d'Harcourt
, par M. de la Roque , à l'occafion
de fon fecond Mariage avec Marie de
(a) T. 1. L. ix. Ch. VII.
Har-1
OCTOBRE 1725. 2337
e
τ
r
S
é.
nt
ar
gel
dit
um
au⋅
ier
ns
des
tée
Har
fion
=
de!
Har
Harcourt , qu'il époufa en 1439 .
Selon cet Auteur , fi fçavant dans nos
antiquitez , Jean Bâtard d'Orleans , né
en 1402. fut élevé pendant fa jeunelle
auprès du Dauphin de France , qui fut
depuis Charles VII. Ce Prince le confidera
fi fort , que n'étant encore que Regent
du Royaume , il lui donna d'abord
la terre de Vaulbonnois en Dauphiné ,
par des Lettres du 4. Novembre 1421 .
Î'année d'après il lui donna plufieurs autres
terres dans le même pays ; & dans
les Lettres de cette donation , qui font
du 31. Juillet 1422. il l'appelle fon
fidele coufin , fon Confeiller & Chambellan
En 1423. ce Prince devenu Roi , lui
donna encore la Ville & le Comté de
Gien , fuivant les Regiftres du Parlement
du 1. Decembre 1424.
Enfin il fut en fi haute eftime auprès
de Charles VII . qu'il le donna en ĉtage
en 1424. au Duc de Bretagne pour la fureté
de la perfonne du Duc de Richemont
fon frere.
L'Hiftorien d'Harcourt après avoir
rapporté de quelle maniere le Bâtard
d'Orleans s'é oit diftingué en plufieurs
occafions , & fingulierement à la levée
du fiege d'Orleans , dit que le Roi
Le Roi perfuadé
par tant de victoires & de prifes d;
A vj Villes ,
2338 MERCURE DE FRANCE.
Villes , que Jean d'Orleans étoit d'une
vertu très-rare , il voulut l'honorer de la
Charge de Grand- Chambellan , doni la
fonction l'attiroit près de fa perfonne . Les
Lettres en font données à Montrichart le
13. Octobre 1436. qui est une confirmation
d'autres Lettres précedentes expediées
dès l'avenement de S. M. à la Couronne
qui l'appelle fon cher & feal couſin &
Confeiller.
» Il ſe remarque , dit le même Hiſto-
>> rien , par le compte de Guillaume Cha-
» rier , Receveur des Finances , depuis
» le 1. Janvier 1427. jufqu'au 1. Sep-
» tembre 1429. que le Roi Charles VII.
>> lui avoit donné une fomme de mille
» livres , de monnoye Delphinale , en
» confideration de fes grands & notables
» ſervices , par fes Lettres du 1. Mars
» 1427. dans lesquelles il eft appellé
» Comte de Mortain , Seigneur de Vaul-
>> bonnois & Grand - Chambellan de
» France.
Les Défenfeurs de la Charte ajoûtent
à ces autoritez que le P. Lobineau , dans
fes preuves de l'Hiftoire de Bretagne
rapporte un Traité fait entre ce Bâtard
& le Vicomte de Rohan du 18. Octobre
1434. lequel commence ainfi : Jean Bâtard
d'Orleans , Comte de Perigord , Seigneur
de Romorantin , Grand- Chambellan
de
OCTOBRE 1725. 2339
S
S
S
de France : & eft figné J. Bâtard d'Orleans
.
Ce n'est donc point par un vain titre ,
encore moins par une fuppofition de celui
qui a dreffé la Charte , que ce Prince
y a pris en l'année 14.24. la qualité de
Grand-Chambellan de France , puifque
les Provifions qu'il en eut en 1436. n'étoient
qu'une confirmation d'autres Lettres
, expediées dès l'avenement de Charles
VII. à la Couronne ; or cet avenement
eft de l'année 1422. comme les
Critiques de la Charte le reconnoiffent
eux -mêmes .
Pour ce qui eft de l'Epoque qu'ils établiffent
pour cette dignité , en faveur de
Jean d'Orleans , fçavoir l'année 1446 .
1 on leur foutient qu'elle n'eft pas juſte ,
puifque non - feulement on l'en voit qualifié
en 1434. fuivant le Traité rapporté
par le P. Lobineau , mais auffi en 1424.
fuivant le compte de G. Charier , les
Lettres Patentes par lui rapportées dans
ce compte , & fuivant l'Hiftorien d'Harcourt
, dont le témoignage appuyé fur
les Hiftoriens , fur les Chartes , & fur
les autres Titres qu'il a confultez , remontent
, comme on vient de le voir ,
jufqu'au commencement du regne de
Charles VII.
t
S
e
de
Deux chofes peuvent tromper les
Cria
2340 MERCURE DE FRANCE.
Critiques : c'eft que fans rien approfondir
, ils croyent qu'il n'y avoit que celui
qui exerçoit actuellement la Charge de
Grand- Chambellan , qui pouvoit en prendre
le titre : ils croyent auffi que le Prince
qui a donné la Charte , dont il s'agit ,
n'ayant tout au plus que 2 2. ans en 1424.
( année de fa datte ) il n'y a gueres d'apparence
que dans un âge dans un âge fi peu avancé ,
il fut revêtu d'une fi grande Dignité. On
leur foutient que ces deux raifóns ne font
qu'apparentes , & les Défenfeurs fe flattent
de démontrer par deux remarques ,
qu'elles ne font ici d'aucune application
contre la validité de la Charte.
1 ° Sous un même regne , & dans le
même temps , on voit plufieurs Seigneurs
qualifiez du Titre de Grands - Chambellans
de France. Jacques II . de Bourbon en
fut pourvû en 1397. & mourut en 1438 .
Guy de Courfan exerçoit cette Charge
en 1401. & 1407. Jacques de Montmorency
en a dû recevoir les Provifions
en 142 4. & le Seigneur de la Trimoüille
en 1427. de forte qu'en l'année 142 8 .
on a vû quatre Seigneurs , qui pouvoient
prendre la qualité de Grands- Chambellans
, & qui la prenoient en effet. On
peut voir là- deffus le P. Anfeline qui
rapporte d'autres exemples .
A la ceremonie de l'hommage rendu
au
*
OCTOBRE 1725. 2341
S
au Roi par le Duc de Bretagne en 1457.
Pierre de Brezé en faifoit les fonctions ,
& Pafquier dans fes Recherches de la
France , le qualifie de Grand - Chambellan
de France. Cependant J. Bâtard
d'Orleans l'étoit aufli alors.
Cette confufion caufée par la circonftance
des temps , a fans doute trompé les
Hiſtoriens , & a fait que jufqu'à preſent
ils n'ont rien donné d'exact touchant les
Grands Chambellans ; ils ont feulement
effayé d'en dreffer des Chronologies . Ils
n'ont connu les uns que par les fonctions
de cette Charge , les autres que par la
qualité qu'ils en ont prife , très peu par
leur Inftitution. En forte que fi on s'en
rapporte à ce qu'ils en ont écrit , il faut
neceffairement fuppofer que plufieurs
Seigneurs ont été honorez en même temps
de cette qualité , & on n'en peut pas
douter après les Titres citez .
Il y a tout lieu de croire que le P.
Anfelme , quoiqu'il ait écrit exprès fur
cette matiere , n'a pas eu connoiffance
des Titres dont on vient de parler , puif
que dans fon Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne , il s'eft contenté de
dire T. 11. pag . 1261. que Jean Bâtard
d'Orleans poffedoit la Charge de Grand-
Chambellan de France dès l'année 1443 .
comme il s'apprend du v. compte de Xaincoins
,
2342 MERCURE DE FRANCE.
coins , Receveur General des Finances . On
efpere que dans la nouvelle Edition de
cet ouvrage , revûë , corrigée & augmentée
, que prépare actuellement le R.
P. Ange , cet article fera plus étendu ,
& qu'il fera rendu juſtice à la verité.
20 La grande jeuneffe de ce Prince n'a
pas dû l'empêcher de parvenir à cette
Dignité , car on voit d'autres Grands-
Chambellans dans un âge.encore moins
avancé ; tel fut Claude d'Orleans , Duc
de Longueville , qui mourut au fiege de
Pavie en 1537. à l'âge de 17. ans , &
François d'Orleans qui mourut en 1551.
à l'âge feulement de 16. ans.
Les grands hommes tel qu'a été le Batard
d'Orleans , fe diftinguent de bonne
heure , & meritent dès leur jeuneffe les
Dignitez & le Commandement : tel a été
Dom Juan d'Autriche , Bâtard de Charles
Quint , qui à l'âge ( a ) de 24. ans com-
(a ) Cet âge eft expreffement marqué fur une
Medaille de ce Prince , frappée dans le temps
de la bataille de Lepante. On y voit d'un côté
fon Bufte , avec cette Infcription , JOANNES
AUSTRIA CAROLI V. FIL. AT. ANN.
XXIII. & de l'autre fa Statue en pied élevée
fur une colomne roftrale , & couronnée par
les mains de la Victoire. Pour Legende CLASSE
TURCICA AD NAUPACTUM DELETA. A l'Exergue.
DIE VII . OCTOBR. 171 .
Tel a encore été en Espagne le Comte de
manda
OCTOBRE 1725. 2343
e
15
I-
1-1
-33
manda l'armée navale de la Chrétienté
confederée , & la mit à couvert de l'invaſion
des Turcs , en gagnant la fameuſe
bataille de Lepante en 1571. L'Hiſtoire
fournit d'autres exemples de jeunes Princes
, de (a ) Seigneurs parvenus aux premieres
Dignitez , & au commandement
des armées.
D'ailleurs le Prince dont il s'agit ici
quoiqu'encore aflez jeune en 1424. étoit
déja marié avec la fille du Prefident Louvet
, principal Miniftre fous Charies
VII. Če Magiftrat voyant que le Roi
cheriffoit particulierement ce Prince ,
crût ne pouvoir mieux s'affermir dans
le Miniftere , que par cette alliance . 11
eft vrai qu'elle fut pendant quelquetemps
préjudiciable au Prince , car le Prefident
étant devenu odieux aux principaux de
la Cour , & fur tout au Duc de Bretagne ,
Lemos , Dom Francifco de Caftro , qui avant
e que d'avoir de la barbe au menton , felon l'expreffion
de Vitrian dans fan Commentaire fur
Ph. de Commines , commença à remplir les
plus grands Emplois de la Monarchie d'Efpagne
, fçavoir , de Prefident du Conſeil des indes
, de Viceroi de Naples : & de Prefident
d'Italie & s'en étoit acquitté avec une fatisfaction
univerfelle .
(a) He: ri Deffiat de Cinq - Mars fut fait
Grand Ecuyer de France par leRoi Louis XIII.
en 1639. à l'âge de dix-neuf ans.
que
2344 MERCURE DE FRANCE.
que
le Roi Charles VII . avoit alors intereft
de menager , ce Duc demanda que
le Prefident & fon gendre fortiffent de
la Cour & fuffent defappointez de leurs
Charges & Gouvernemens .
"
Cela fut executé à l'égard du Prefident
Louvet , & à l'égard du Prince ( a )
Bâtard , s'il ne fortit pas de la Cour , il
fut deftitué du Gouvernement du Mont
S. Michel , fuivant une Charte de Charles
VII. dans les Archives de l'Abbaye
avec un autre de la même année , laquelle
défend à la garnifon de cette Place de
laiffer entrer ni le Prince , ni les fiens ,
& commet un autre Gouverneur en fon
lieu & place. Ce contre- temps , pendant
lequel le Seigneur de la Trimouille entra
dans le Miniftere , fait entrevoir que
le Bâtard d'Orleans , que le Roi avoit
tant favorifé jufqu'alors , n'exerça fa
Charge de Grand - Chambellan qu'après
la mort du Seigneur de la Trimouille
qui , comme on l'a vû cy-devant , en fut
pourvû en l'année 1427.
(a) Il y a quelque apparence que ce Prince
s'éloigna pour un temps de la Cour , car quelques
Hiftoriens , parlant de fon rappel , &
Bouchet dans fes Annal. d'Aquitaine , & le
Feron , citez par M. de la Roque , affurent
même que le Roi lui donna alors la Charge
de Connétable.
Pour
OCTOBRE 1725. 2345
Pour ce qui eft des qualitez de Comte
de Mortaing & de Vicomte de S. Sauveur
prifes dans cette Charte par Jean
d'Orleans , & que les Critiques prétendent
ne lui avoir pas appartenu en l'année
1424. datte de la même Charte ,
on leur foutient qu'ils fe trompent encore
dans ce fecond moyen , comme dans
le premier. Car la Charte attaquée n'eſt
pas le feul & unique titre , qui prouve
qu'en ce temps- là le Bâtard d'Orleans
étoit Comte de Mortaing ; le Roi Charles
VII. lui donne cette même qualité
dans fes Lettres du 1. Mars 1427. rapportées
dans le compte de G. Charier
Receveur General des Finances , comme
on la vû cy -deffus. De plus , les Défenfeurs
citent & font en état de rapporter
la Charte même du don qui fut fait à
Jean d'Orleans par Charles VII. du
Comté de Mortaing , laquelle Charte
eft auffi du mois de Mars 1424. ce qui
ne laiffe aucun lieu de douter , à moins
que les Critiques ne fe croyent en droit
de douter de tout.
Ils disent gratuitement & fans preuves
, que la Vicomté de S. Sauveur ne
lui a jamais appartenu ; les en croira t'on
au préjudice de la Charte , qui marque
le contraire , & qui fera peut être confirmée
là - deffus par d'autres Titres ,
qu'une
2346 MERCURE DE FRANCE.
"
qu'une recherche plus exacte pourra dée
couvrir dans la fuite ?
A l'égard des Comtez de Vertus & de
Dunois , Jean d'Orleans n'en prenant
pas la qualité dans la Charte en queſtion,
les Défenfeurs n'en admettent`ni n'en
rejettent point l'Epoque , fixée par les
Critiques comme il leur plaît , elle eſt
ici très-indifferente.
Défenfe de la Charte de Charles VII.
Le premier moyen employé contre cette
Charte , ou plutôt contre celle qu'elle rapporte
en fon entier . Donné àTours leXXIV
Janvier M.CCCC.XXXVIII .& de nôtre
Regne le xvj, confiſte à dire que l'année
ayant commencé au jour de Pâques , fuivant
l'ancien Calendrier , ce n'étoit point
alors la xvi . année du Regne de Charles
VII. mais le troifiéme mois de la xvii.
comme on l'a expliqué cy - devant .
Ce calcul eft jufte , & le principe certain
; mais l'induction eft frivole , & ne
peut fervir qu'à montrer combien les
Adverfaires font peu verfez dans l'étude
des Chartes , & de nos Antiquitez . Ils .
ignorent fans doute , que quoiquece fut
un ufage certain , introduit fous la troifiéme
race de nos Rois , de compter l'année
du jour de fâques , cet ufage ne fut
pas
匙
*
OCTOBRE 1725. 2347
1,
es
pas fi univerfellement pratiqué , qu'il
n'y ait plufieurs exemples authentiques
du contraire . Auffi le P. Mabillon en
parlant de cet ufage , n'affure pas de tous
les Actes en general ; mais (a ) de prefque
tous , qu'ils étoient dattez , fuivant
ce calcul.
M. Ducange après avoir établi le même
ufage , ajoûte , neque tamen obftitit
quin Kalenda Fanuarii primus anni dies
femper habitus fit. En quoi il eſt ſuivi
par le P. Mabillon , & ils donnent l'un
& l'autre pour exemple , la datte d'une
Charte de Dragon de Vinacourt , ainſi
EP exprimée. Fait en l'an de l'Incarnation
de N. S. J. 1183. au mois de Janvier , le
lendemain du 1. jour de l'an,
ée Le P. Mabillon en a donné un autre
exemple , page 174. de la Diplom . pris
int d'une Charte de Charles , Roi de Sicile
af & Duc d'Anjou , pour l'Abbaye de Touffain
d'Angers , qui eft ainfi dattée : anno
1274. prima Februarii fecunda In lictiocer
nis , ce qu'il dit revenir au calcul que
ne nous fuivons aujourd'hui , parce que
cette feconde Indiction ne peut fe renles
ude
fuc
roi-
(a) Modus ifte Gallicanus longe ufitatiorfuit
fub tertia ftirpe , quo tempore Acta publica
pleraque omnia admodum iftius calculi componebantur
, defumendo anni principium à
Pafchate,
Contrer
2348 MERCURE DE FRANCE .
contrer qu'en fuppofant qu'on l'a dattée
en comptant l'année du mois de Janvier.
Les Défenfeurs citent plufieurs autres
Titres femblables , où l'on a fuivi le
calcul que nous fuivons aujourd'hui en
commençant l'année au 1. Janvier. Entr'autres
, deux Actes pris de l'Hiftoire ,
de Gerberoy , page 351. & trois Actes
tirez de l'Hiftoire de Harcourt , T. 3 .
page 424. T. 4. page 1476. & p. 1266 ..
Ce n'eft donc pas , difent- ils , une
chofe fans exemple de voir des Chartes
& des Actes dattez fuivant ce calcul
avant l'Edit de Charles IX. & c'eft par
de pareilles obfervations que l'on reconnoît
veritablement le calcul qu'on fuivoit
avant que la France eut été ramenée
* à l'uniformité ſur ce fujet.
Ainfi la Charte de Charles VII . ayant
été dattée fuivant nôtre nouveau calcul ,
quoiqu'alors moins ufité , on trouve que
la xvi . année du Regne de ce Prince qui
commençoit le 22. Octobre 1437. concouroit
avec le mois de Janvier fuivant ,
de l'an 1438. que l'on aura commencé
à compter de ce même mois de Janvier.
Donc , bien loin que cette Charte doive
être foupçonnée , par cette efpece de fingularité
, elle confirme au contraire l'exception
que Dom Mabillon a fi judicieufement
}
OCTOBRE 1725. 2349
e
l
fement faite touchant l'ancien ufage de
datter les Chartes .
Mais fi malgré ces raifons les Critiques
veulent abfolument qu'il y ait un
défaut dans cette datte , ce défaut ne peut
jamais être regardé que comme une inadvertance
de l'Ecrivain , dans la copie
qu'il a faite de la Charte de M. Cccc.
XXXVIII. dans celle de M. CCCC.
XLIII. faute qui peut être aifément arrivée
, ou par l'omiffion du chiffre ( 1 ) après
ceux cy xvI . ou par l'addition du même
chiffre à ceux - là M. CCCC. XXXVII.
Ces fortes de défauts qui peuvent ſe
gliffer non-feulement dans des copies ,
telles que celle dont il s'agit ici , mais
même dans des originaux , ne peuvent
jamais nuire à la fincerité du Titre où
ils fe rencontrent . Unum aut alterum defectum
, dit le P. Mabillon , L. 3. ch . 6..
modo effentialis non fit legitimis Autogra
phis obeffe non debere , cum in finceris
Diplomatibus qua vidimus occurrant ejuf
modi leviores defectus . Sur quoi il donne
tdeux exemples .
11
11.
ant
al ,
que
qui
nce
Ger.
ive
in
ex
eu
ent
L'un , d'une Charte de Philippe I. ou
la Lettre M. pour fignifier mille , avoit
été omife , & enfuite marquée d'un autre
encre. L'autre d'une Charte de Guillaume
, Archevêque de Rheims , dans
Laquelle en rapportant une Charte de
fon
2350 MERCURE DE FRANCE.
fon prédeceffeur , ainfi dattée par ces
chiffres M. CLXVII . il ne la cite dattée que
de l'an M. CLXVI .
Venons au fecond moyen . La Charte
de 1443. marque que l'original de celle
de 1438. a été fcellé d'un fceau ordonné
en l'abfence du Grand. Ce qui paroît aux
Critiques une chofe inouie , & fentir la
fraude & la fuppofition . Mais on eft bien
affuré que les fçavans porteront un jugement
tout contraire de cette circonftance ,
C'étoit en effet une chofe fi peu rare
de fceller d'un autre Sceau que du grand ,
qu'il y avoit chez le Roi un Office de
Garde Scel , ordonné en l'abſence du Grand ;
Office que poffedoit Louis (a) de Harcourt
, Evêque de Bayeux en 1471. Rien
enfin n'eſt fi ordinaire que de voir des
Lettres Patentes fcellées de ce Sceau avec
la même formule ordonné en l'abfence du
Grand. On pourroit en citer plufieurs
exemples tirez tant des Chartes que ( b)
des Hiftoriens , fi on n'étoit perfuadé que
que toutes les perfonnes un peu verfées
dans ce genre d'érudition , conviendront
aifément de cette verité.
Refte le troifiéme & dernier moyen ,
(a) M. de la Roque , T. iv. p. 1602.
(b) Belleforeft , p. 437.
Le P. Martene , T. 1. & 11. Anecd. & autres.
૧ પમાં
OCTOBRE 1725. 235T
e.
re
re
d ),
de
723
31-
des
curs
(b
que
roc
yen
av
qui eft commun aux deux Chartes , à refuter.
Les Défenfeurs n'ignorent pas , que
dans le temps qu'elles ont été données ,
la Normandie étoit occupée par les Anglois
, mais ils nient la confequence tirée
par les Critiques ; fçavoir , qu'il étoit abfurde
& inutile d'accorder par ces Chartes
la levée des Appaftis , ou contributions
en faveur des Religieux du Mont
S. Michel , fur des vallaux qui étoient
fous une domination étrangere.
Car , quoiqu'il foit certain par l'Hiftoire,
qu'en general les Anglois étoient alors
les Maîtres dans cette Province , il n'eft
pas moins certain par les Hiftoriens , que
le Roi Charles VII. n'avoit pas abfolument
abandonné la Normandie ; ce Prince
avoit toûjours des troupes dans le pays,
témoins les garnifons que les ennemis
étoient obligez de tenir dans les places
qui leur étoient foumifes , pour les défendre
contre les frequentes entrepriſes
des François.
Voyons brièvement , & felon l'ordre
des temps , ce que difent là - deffus nos
Hiftoriens. En 1424. le Duc d'Alençon
ayant affemblé une armée de 18000.
hommes , vint au fecours d'Yvry. Monf
trelet , T. 2. p. 13. En 1425. le Comte
de Richemont , depuis Connétable de
France , fut long- temps devant Pont - Or-
B fon
么
2352 MERCURE DE FRANCE.
t
fon avec environ 25000. hommes , &
il y eut un rude combat donné entre les
François & les Anglois du côté d'Avranches
. Belleforeft . En 1430. & 1431. le
Sire de Vignole prit la Ville de Louviers
, & peu s'en fallut que Rouen ne
fut furpris par les François . Monftrelet,
En 1431. le Seigneur de Lore furprend
la Ville de Caën ; mais ne pouvant pas
la garder , il en enleve un grand butin ,
fait quantité de prifonniers , ne renvoyant
que les gens d'Eglife , & ceux
qui avoient des fauf- conduits de Charles
VII. ou de fes Generaux. Belleforeft.
En 1433. & 1434. le même Commandant
paroît devant Avranches avec un
corps de 5000. hommes , & défait les Anglois
en plufieurs rencontres . Belleforest,
En 1438. le Roi , felon le même
Auteur , après la prife de Meaux ,
envoya le Connétable en Normandie
pour y faire la guerre aux Anglois , &
le Connétable alla droit à Avranches
pour affieger cette Ville. On ne finiroit
point s'il falloit fuivre , ( a ) l'Hiftoire à
(a) L'Hiftoire d'Angleterre , écrite par Baker,
confirme tout cela , & ajoûte que nonfeulement
les Normands étoient toûjours prêts
à fecouer le joug des Anglois ; mais que bien
des Anglois mêmes étoient dans les interefts
de Charles II.
la
t
OCTOBRE 1725. 2353
un
ches
ro
re
Ba
not
Press
prets
:3
>
la main , tous les mouvemens & les
progrès des armes du Roi dans la Normandie
, jufqu'à l'entiere , réduction de
cette Province.
On fe contentera d'obferver avec ce
dernier (a) Annalifte , que prefque tous
les Gentilshommes Normands , Manceaux
, Angevins , & c. ayant mieux aimé
perdre tout leur bien que de fe foumettre
à l'Anglois , fe tenoient près les
frontieres du pays occupé par l'ennemi .
prêts toûjours à choquer & s'expofans à
taut hazard , tant pour le fervice du Roi
que pour entretenir leur état , n'ayant d'autre
moyen que par les courfes & rançonnemens
faits en guerre.
que
Croira-t'on d'ailleurs que l'élite de la
Nobleffe de la Province qui fe tenoit
dans le Mont S. Michel avec une forte
Garnifon au milieu d'un ennemi , qu'elle
fçût toûjours vaincre , reftoit tranquillement
dans cette place , fans en fortir ,
pour chercher ailleurs fur ce rocher
affreux les munitions neceffaires ? Il n'eft
feulement permis de le penfer après
pas
ce qui s'étoit paffé au fiege de cette Place,
formé par lleess Anglois Anglois en 1423. fiege
qu'ils furent obligez de lever avec une
perte confiderable , par la genereufe défenfe
que firent 1 19. Gentilhommes Nor-
Bij mans ,
(4) Belleforeft , an. 1437. pag. 460.
2354 MERCURE DE FRANCE.
mans qui s'y étoient enfermez , & dont
on voit encore les noms & les armes dans
l'Eglife de l'Abbaye .
Il étoit donc très - poffible de lever au
nom du Roi des contributions en Normandie
, & particulierement dans la
baffe , qui étoit alors le Theatre de la
guerre. Donc les Chartes dont il s'agit ici
avoient leur effet ; & en procurant quelque
avantage aux Religieux du Mont
Saint Michel dans leur indigence , elles
étoient encore favorables & utiles aux
Vaffaux de cette Abbaye , en les mettant
à couvert des courfes des partis François.
Telles font les raifons alleguées de
part & d'autre , pour & contre l'authenticité
de ces deux Chartes ; c'eft aux fçavans
dans cette forte d'érudition à décider.
Je vous prie , Meffieurs , de vouloir
bien les y inviter , en rendant ma
Lettre publique , & de publier auſſi dans
vôtre Journal ce qui vous viendra de
leur part fur cette matiere, laquelle , comme
je l'ai dit au commencement , eft égaleinent
curieufe & intereffante. Je fuis ,
Meffieurs , & c.
A...... le 20. Septembre 1725.
Sur
OCTOBRE 1725. 2355
XX:XXXXXX : XXXXXXX
SUR L'ARRIVE'E DE LA REINE,
au mois de Septembre 1725 .
Depuis cinq mois la Bize , & les fiers
Aquilons
Narguent Phoebus dans fa carriere ;
L'Aftre du jour qui marche à reculons ,
Refuſe à nos befoins fa chaleur coutumiere ,
Cent nuages épais , humides tourbillons ,
A nos yeux effrayez dérobent la lumiere ;
Un déluge nouveau , qui coule à gros bouil
lons ,
Inondant plaines & vallons ,
Le trifte Laboureur dans fa froide chaumiere ,
Déplore la moiffon noyée en fes fillons ,
Et déja la famine , à la dent meurtriere ,
Paroît , & vient ouvrir fon vafte cimetiere.
Pour appaifer le celefte couroux ,
Le Clergé , le Pontife , & fa fuite pieuſe ,
Au pied des faints Autels tombent à deux
genoux ;
Magiftrats , Citoyens , Troupe dévotieuſe ,
Suivent la Châffe glorieufe ,
Dans nos preffans befoins , infaillible fecours :
B11) L'An2356
MERCURE DE FRANCE.
L'Ange exterminateur dardant fon oeil fevere
Nous pourfuit , nous menace , & Dieu dans
fa colere ,
Infenfible à nos maux en prolonge le cours.
François, reprenons l'efperance ,
Auprès d'un Dieu vengeur contre nous irrité ,
Nôtre Monarque a pris nôtre défenſe ,
En fa faveur ce Dieu follicité ,
Va changer les decrets de fa jufte vengeance :
C'eft peu , l'excès de fa clemence
Veut furpaffer celui de nôtre iniquité ;
Pour ce Prince cheri fon amour excité ,
Puife dans les trésors de fa magnificence ,
D'un de ces purs efprits , nourris de fon effence,
Dont le pied de fon Trône eft fans ceſſe habité,
Il fait choix , & l'ornant de gloire & de puiffance
,
Il en forme une Reine , il la donne à la
France ,
Comme un gage certain de fa benignité.
François , cette Reine s'avance ,
Aftre nouveau , vrai figne d'alliance ,
Elle vient diffiper nôtre calamité.
A fa fuite voyez la douce humanité ,
La fainte pieté, la modefte prudence ,
Et
OCTOBRE 2357 1725.
Et l'heureufe fecondité !
C'en est fait déſormais fon augufte preſence ,
A la campagne , à la Cité,
Affure pour toûjours la joye & l'abondance ,
Son nom même annonce d'avance
FELICITE *
* La Reine fe nomme Marie Sophie Felicité.
Barean Devarabe , Procureur du Roi
an Bureau des Finances de la Rochelle.
XXX:XXXXXXXXX :XXX
LETTRE du R. P. Tournemine
V
Jefuite , à M. de la R.
Ous fouhaitez , Monfieur , que je
vous envoye ce que j'ai trouvé dans
des Hiftoriens celebres de Pologne & de
Bohéme fur le Roi Staniflas , & fur fa
très- ancienne , & très - illuftre Maiſon ;
je ne puis rien refufer à un homme , à
qui le Public doit tous les mois une lecture
agréable & inftructive. J'ai permis de
faire plufieurs copies de ce Memoire Hif
torique , & j'ai montré à tous ceux qui
l'ont defiré , dans les Auteurs mêmes , les
endroits que vous allez lire . Enfin rien
n'ei de moi dans ce Memoire , que peu
Bij de
2358 MERCURE DE FRANCE.
de réflexions fur le merite , & le definte
reffement parfait des témoins que j'y cite .
EXTRAIT
D'une Lettre Latine d'André Zaluski ,
Evêque de Varmie , Grand- Chancelier
de Pologne à un ami intime , amico confidenti
, écrite le 11. Septembre 1696.
Elle eft dans le Recüeil Latin des Me .
moires de cet Evêque , un des plus grands
hommes que la Pologne ait produit , &
qui y a été l'Oracle des Diettes pendant
trois regnes .
P
» Le huitiéme de Septembre , après-
» midi , la Reine donna audience dans fa
>> chambre aux Nonces de la Grande Pologne
, qui felon la coutume venoient
» lui marquer la douleur que les peuples
>> reffentoient de la mort du Roi Jean
>> III. Staniflas Lefciynski , Capitaine ,
>> c'eſt-à - dire , Gouverneur d'Odolanow ,
fils unique du General de la grande Po-
» logne porta la parole . On l'appelle
» tout d'une voix , les délices du genre
» humain , l'ornement de la Pologne ,
» l'amour de la Patrie , il fera un jour la
» gloire de nôtre fiecle , il fait déja le
bonheur du peuple Polonois ; car on
» ne peut pas le voir fans l'aimer , ni
» l'entendre fans l'admirer par le privilege
de fa vertu il a paffé les bornes
de
OCTOBRE . 1725. 2359
de fon âge , on n'a remarqué en lui , «
ni la molleffe de l'enfance , ni les fail. «
lies imprudentes de la jeuneffe , il a «
été d'abord meur , & capable des affai- «.
res , tout eft dans lui au plus haut dé- «
gré la naiffance , le genie , l'efprit , «
la vertu , auffi attend- on tout , efpere- «
t'on tout de lui , ce fentiment eit ge- «
neral. «
k
Voilà ce que penſoit du Roi Staniſlas ,
qui n'avoit pas eennccoorree vviinnggtt ans , la meilleure
tête de Pologne.
Le même Grand- Chancelier dans une
Lettre écrite le 27. Septembre 1697 .
apprend à un de fes amis que le Roi a
donné la Charge de Grand Echanfon à
Staniflis Lefczinski , qui fe faifant des
exemples de fon pere autant de loix ,
avoit dans fon printemps toute la maturité
de l'automne. Pour juger de cet éloge
il faut fçavoir ce que Zaluski penfoit
du pere du Roi Staniflas Raphaël Lefczinski.
On le voit dans une Lettre écrite
le 4 Avril 1703. « Il joignoir , dit- il , «
une vertu excellente à une parfaite «
connoiffance des affaires , fa vûë atti- ce
roit le refpect , & l'on comptoit fur le «
fuccès de toutes fes entreprifes , il étoit «
laborieux , adroit à conduire un deffein , «
intrepide dans le peril , prévoyant & «
foigneux , prompt enfin dans l'execu- <<
Bv tion .
2360 MERCURE DE FRANCE.
» tion. On doit à fa prudente activité le
» fecours de Vienne , & l'heureuſe con-
>> clufion de la Diette où ce fecours fut
» réfolu. Ainfi le titre de Liberateur de
>>
l'Empire & de la Chrétienté lui eſt dû .
» Ce n'eft pas mon jugement feul que je
produits , c'eft le jugement public . Per-
>> fonne n'a rempli tant de poftes émi-
» nents , perfonne ne les a remplis avec
» autant d'éclat.
Okolski , dans le monde Polonois Orbis
Polonus , tome 3. page 291. & 292 .
parlant de la Maifon de Leczinski . » Tous
les titres d'honneur , dit- il , ont choiſi
» leur fiege dans cette Maifon , les Evê-
» ques , les Senateurs qu'elle a donné à
» la Pologne , ont été autant de modeles .
>> C'eft par les Leczinski , que la Religion
Chrétienne eft entrée dans la Pologne
, c'eft par eux qu'elle y a été
>> confervée.
33
>>
Pour entendre cet éloge des Leczinski
, il faut fçavoir qu'ils font originaires
de Moravie , qu'ils y tenoient un rang
confiderable dès le milieu du 1x . fiecle
fous le nom de Vienhawa , Barons de
Pernftein , qu'en 965. Philippe , Baron
de Pernftein conduifit en Pologne la
Princeffe Dambrouque , que Boeflas ,
premier Roi de Boheme avoit accordée à
Mieciflas , Prince Souverain de Pologne,
OCTOBRE 1725. 2361
à condition qu'il ſe feroit Chrétien. Mieciflas
reçût le Baptême , Fhilippe fut fon
Parrain , & le Prince, le retint pour être
fon premier Miniftre , & pour travailler
à la converfion de la nation Polonoife.
Les foins de Fhilippe , foutenus de
fes exemples réüffirent. Ses petits - fils ,
Archevêque de Gnefne , & Evêque de
Cujavie acheverent fon ouvrage , & cette
magnanime nation doit aux Leczinski un
attachement à la veritable Eglife qui ne
s'eft jamais démenti.
Philippe porta la foi jufques dans la
Hongrie , où elle s'établit par le mariage
d'Adelaide , foeur de Mieciflas avec
Geiza , pere du Roi S. Etienne . Le Roi
Stanillas defcend de mâle en mâle de
Philippe Baron de Fernſtein .
Voici un témoin encore moins fufpect,
c'eſt le fameux Balbinus , tome 1. de
l'Hiftoire de Bohéme , page 19 .
Celui -là n'a aucune connoillance de «
la Pologne , qui ne connoît pas la Mai- «
fon de Leczinski . Cette Maifon à la- «
quelle la Pologne doit tant de grands
Generaux , tant de Palatins , ornemens «
de fon Senat , tant d'Evêques , d'Ar- «
chevêques . «
Cz
Balbinus a imprimé ce premier tome
l'année le Roi Staniflas eft né . L'ouque
B vj vrage
2362 MERCURE DE FRANCE:
vrage d'Okolski eft imprimé avant la
naiffance de ce Prince.
J'ajoûterai que la Maiſon Opalinski ,
dont eft la mere de nôtre augufte Reine,
a ce glorieux rapport avec la Maifon
paternelle de la Reine , que les Leczinski
ont porté le Chriftianifme dans la Pologne
, il y a fept cens cinquante ans ,
& que les Opalinski ont été les premiers
à le recevoir. Okolski , déja cité,
parle de la Maifon Opalinski en ces termes.
» C'eft une Maifon falutaire à l'Etat,
» neceffaire à l'Eglife Romaine , quelle
Charge , quel Titre ne leur a pas été
» accordé ? quelle mitre n'ont ils pas
» portée ? quels honneurs , quelles prée-
» minences militaires n'ont -ils pas meri-
» tées & obtenues ? quelle negociation
» ne leur a pas été confiée ; c'eſt à eux
» que les Rois & la République ont eu
» recours dans les befoins les plus pref-
>> fans.
>>
·
La Maiſon de Jablonowski , dont fort
la mere du Roi Staniflas , Maifon feconde
en Heros , defcend des anciens Rois
de Pruffe. S. Staniflas , Evêque de Cracovie
& Martyr , étoit de la premiere
branche de cette Maifon. J'omets pour
n'être pas trop long ce qu'on lit dans
Crommer , Michovius , Hildenſtein &
Paprouski.
SUR
OCTOBRE 1725 .
2363
SUR LE MARIAGE DU ROY ,
Cupidon au Trône.
UN Roi jeune & charmant inſpiré par les
Dieux ,
Aux loix d'Hymen a fon ame foumife ,
Hymen en eft à bon droit glorieux ;
Pareil honneur vaut qu'on le folemnife.
Guirlande & fleurs parent fes blonds cheveux ,
Autour de lui voltigent ris & jeux ,
Carracolant , folátrant à leur guiſe >
Aucun chantant Hymnes joyeux ,
Autre traçant chiffre ou devife.
C'est vrai plaifir de voir au milieu d'eux ,
Côte à côte d'Hymen d'un pas majeſtueux ,
Marcher en noble arroy la Princeffe promiſe ;
Ainfi jufqu'au pied des Autels
Elle eft en triomphe amenée ;
A la face des immortels ,
La foi des deux Epoux eft faintement donnée ,
Et par les mains d'Hymen l'Epoufe eft couronnée.
Au départir mille plaifirs offerts ,
Celebrent à l'envi cette augufte journée.
Dans
2364 MERCURE DE FRANCE .
Dans ces beaux lieux diriez les Cieux ouverts.
Sur tapis fomptueux chef- d'oeuvres d'excellence
,
Brille partout la fuperbe opulence ,
Elore y répand fes dons divers';
Ici graces & ris menent joyeuſe danfe ;
Là Cerés & Bacchus promenent l'abondance ,
Apollon y fournit doux accords & concerts ;
Jupiter même à la fête s'employe ›
Ce Dieubruyant , parmi d'agréables éclairs ,
Sur Vulcain embrafé , tonne , éclatte , foudroye
,
Et lance traits de feu que Vulcain lui renvoye ;
Jeux plaifans , qui perçant jufqu'au plus haut
des airs ,
Annoncent à tout l'Univers ,
Du fpeâateur ravi le bonheur & la joye.
Au bruit de ce divin fracas ,
Le tendre Cupidon s'éveille ,
Il apperçoit d'Hymen la gloire fans pareille ,
Jaloux , vîte il accourt & mene fur fes pas
Non jeux badins , non folâtres ébats ,
Mais ferme amour, du monde la merveille »
Au doux maintien , aux celeftes appas ,
Fille de paix , pudique Colombelle ,
Qu'un
OCTOBRE 1725. 2365
Qu'un Roi Louis (a) des bons Rois le modele,
Sur fleurs -de- lys jà long-temps hebergea ,
Et que Maître Clement ( 6 ) en beau Temple (c)
logea ,
Il voit affis au rang fuprême ,
Les Epoux entourez de leurs fujets heureux .
Et des mortels , & des Dieux même,
Recevant à leur gré le tribut & les voeux.
C'étoit le temps de faire fon hommage ,
Le Dieu paroît , de ferme amour fuivi ,
Au pied du Trône , où d'extaſe ravi ,
Franc & naïf il tient ce doux langage :
Royaux Epoux il n'eſt bien que d'aimer.
0: Tous les honneurs qu'à vos yeux on étale ,
Tous les plaifirs qui viennent vous charmer ,
A ce vrai bien n'ont rien qui les égale ,
Or , cette- cy ma compagne loyale ,
Bien tant parfait fçaura vous confirmer ;
Je la vous donne en faveur Nuptiale ,
Et c'eft prefent que devez eftimer.
Il dit ; foudain de fa bouche s'exhale
Souffle divin , air pur , doux & perçant ,
(a ) Louis XII.
(b) Clement Marot.
(c) Le Temple de Cupido.
Tout
2366 MERCURE DE FRANCE.
Tout droit au coeur des Epoux fe gliffant :
Lors chacun d'eux épris d'ardeur égale ,
Attire à foi ferme amour fa feale ,
En vive joye à l'avoir s'empreffant ,
A qui mieux mieux ores la careffant , `
Aux yeux de tous mêmement l'embraffant ;
Puis l'affocie à la Pompe Royale,
En grand honneur près de foi la plaçant ,
Au haut du Trône où Cupidon l'inftale .
De noble gloire au loin refplendiffant.
A donc dans ce grand jour , Hymen ordonne,
apprête ,
Maint Dieu s'employe , & fe montre empreffé,
Tandis que Cupidon fur le Trône place ,
Des Rois Epoux dont il fait fa conquête ,
En ferme amour accueilli , careffé ,
Reçoit les honneurs de la fête.
Ces deux Pieces de vers du même Auteur
ont eu l'honneur d'être prefentées
à leurs Majeftez , qui les ont reçûës très ;
favorablement.
Ep
LETTRE
OCTOBRE 1725. 2367
LETTRE écrite de Conftantinople le 15 .
de Fevrier 1725. par M. D.
à M. de la R.....
V
Oici , Monfieur , pour continuer
de remplir mon engagement , ce
qui s'eſt paſſé de confiderable , ou qui
me paroît meriter vôtre attention depuis
ma derniere Lettre .
*
Le premier jour de l'an on apprit que
le General Romanshof , envoyé de Sa
Majefté Czarienne à la Porte , étoit à
40. lieues d'ici feulement ; que ce Seigneur
devoit arriver le 4. à Ponte Picolo,
cù il féjourneroit le 5. pour y celebrer
la Fête de Noël , qui tombe ce jour - là ,
fuivant le vieux ftile qui eft en ufage
chez les Mofcovites , & qu'il feroit le .
lendemain fon entrée à Pera.
Sur cet avis M. de Neplieuf, Réfident
de Mofcovie ayant infinué que les équipages
du General devant être extrêmement
fatiguez , il auroit befoin de chevaux
rais pour faire fon entrée , le Vicomte
d'Andrez 1 , le Marquis de Bonnac &
* Village à 4 ou 5. lieues de Conftantinople
, fur le chemin d'Andrinople , qui aboutit
à un petit Pont , dont il tire fon nom.
l'Am2368
MERCURE DE FRANCE .
l'Ambaffadeur de V enife envoyerent par
politeffe chacun leur Ecuyer ( ce dernier
même y joignit fon carole ) au- devant
de M. le General à Ponte Picolo : le Grand
Vifir y envoya auffi du monde & des
chevaux mais le (a ) Chiaoux - Bacchi
n'y fut point , comme l'avoit demandé
M. de Romanshof , cet honneur ne s'accordant
qu'à ceux qui font revêtus du
caractere d'Ambaffadeurs à la Porte ; pour
lui donner cependant quélque diftinction
particuliere on y envoya un (b) Capigi-
Bacchi.
(a) C'eft le Chef des Huiffiers , il fait dans
les audiences du Grand Vifir , & du Grand
Seigneur les fonctions de Grand- Maître des
Ceremonies , & d'Introducteur des Ambaffadeurs.
(b) Ou Chef des Portiers eft à la Cour Ottomanne
ce qu'eft à la Cour de France un
Gentilhomme ordinaire du Roi.
Entrée de M. le General de Romanshof
à Pera le 6. Janvier.
Le 6. Janvier vers les trois heures
après - midi parurent d'abord quelques
domestiques à cheval , qui avoient pris
les devants , & qui accompagnoient un
petit chariot tiré par cinq chevaux , dont
trois attelez de front au brancart , fçavoir
un au milieu , & un de chaque côté
à
OCTOBRE 1725. 2369
à la volée ; les deux autres étoient attachez
par la queue avec une corde liée à
chaque bout du brancart , maniere d'atteler
, qui parut à tous les fpectateurs auffi
nouvelle que dure pour
les chevaux.
Une heure après , M. l'Envoyé arriva
à l'extrémité de (a ) Beyoglou , & pafla
au milieu d'une Compagnie de 60. Janiflaires
formant une double haye la
marche qui commença - là , fe fit dans l'ordre
fuivant.
¡ Un
Un Janiffaire de M. de Neplieuf ,
Résident de Mofcovie étoit à la tête .
Enfuite quatre (6) Chiaoux à petit Turban
& la plume deffus : (c) 20. Chiaoux
à grand Turban qui avoient été au- devant
de M. l'Envoyé jufques aux vignes
de Beyoglou feulement.
(a ) Beyoglou , eft le quartier qui confine
d'un bout à Pera , & de l'autre s'étend jufques
dans la campagne , ce mot fignifie en
Turc , fils de Prince ou de Commandant.
(b) Ces Chiaoux s'appellent Alays- Chiaoux,
comme qui diroit en François Huiffiers d'efcorte
ou de convoi ; auffi le Grand Seigneur
en avoit - il envoyé fix jufques à Bender audevant
de M de Romanshof : ils font du même
corps que les autres Chiaoux , mais ils changent
de nom & de coëffure fuivant les fonctions
où on les employe.
(c) Ceux-cy s'appellent Divant - Chiaoux à
caufe du grand Turban de ceremonie qu'ils
portoient , & qu'ils portent quand ils vont
au Divan . L'Ecuyer
2370 MERCURE DE FRANCE.
L'Ecuyer de M. le Vicomte d'Andre
zel avec trois chevaux de main .
Celui de l'Ambaffadeur de Veniſe immediatement
après avec trois chevaux
de main auffi , & celui de M. le Marquis
de Bonnac avec un pareil nombre de
chevaux .
Enfuite deux Cors de Chaffe du Regiment
de fix mille hommes des Gardes
de Sa Majesté Czarienne , dont M. de
Romanshof eft Major General , habillez
d'un drap verd foncé , avec un large
galon d'or fur toutes les coutures , &
portant l'inftrument de leur profeffion
autour du corps paffé en écharpe.
L'Ecuyer de l'Envoyé avec cinq chevaux
de main caparaçonnez de magnifiques
peaux de Tigre , appliquées fur un
drap rouge.
Quatre Valets- de - Chambre.
Deux Pages , dont un eft du nombre
des quatre enfans de Langue que M. de
Bonnac avoit permis aux Capucins de
Pera de recevoir dans leur College , pour
y apprendre à fervir un jour d'Interpretes
aux Miniftres du Czar à la Porte :
ces Pages étoient habillez comme les Valets
-de -pied , à l'exception que leur drap
étoit plus fin & plus galonné , & qu'ils
portoient fur l'épaule un noeud de ruban
d'argent au lieu d'une éguillette ,
Douze
OCTOBRE 2371 1725 .
اہ
1
· -
Douze Valets de Pied vêtus d'un
drap gris couleur de noiſette , avec la
velte , & les paremens de drap rouge ;
le tout orné d'une très - petite boutonniere
, & d'un fort large bordé d'argent ,
accompagné d'une éguillette fur l'épaule ,
& furmonté de très- grands chapeaux .
Deux Chiaoux , de ceux qui portent
le petit Turban & la plume , fuivoient
tout ce qui vient de préceder , & avec
eux commençoient à défiler , de part &
d'autre , la Compagnie de Janillaires ,
que le Grand Vifir avoit envoyé au- devant
de M. de Romanshof jufques au
cimetiere de Beyoglou .
Après venoient un (a ) Vifir Aga qui
avoit été avec les fix Alays - Chiaoux julques
à Bender.
,
Le Capigi-Bachi , dont il a été déja
parlé , vêtu d'un magnifique Caftan
doublé de Martre- Zibeline , & enfin le
General de Romanshof , monté fur un
très-beau cheval fuperbement harnaché ,
& du nombre des 30. que le Grand Seigneur
lui avoit envoyé pour lui & fa
fuite à Ponte Picolo : ce Seigneur avoit
de chaque côté un Heiduque à pied , por-
(a) Les Vifirs Agaffi font des Gentilshommes
du Grand Vifir , qui le fuivent quand il
va quelque part , & qu'il envoye auffi en
Campagne , pour des commiffions honorables.
tant
2372 MERCURE DE FRANCE .
tant la hache d'armes fur l'épaule , &
habillé à leur maniere , de même drap
que fes Valets-de - Pied : il étoit environné
de M. Stoltoy , neveu du Miniftre
de ce nom , qui a été Ambaffadeur à la
Porte pour la paix du Prut , & avec lequel
M. de Romanshof lui- même vint
alors à Conftantinople , du Baron Rennes
, fils du General Rennes , qui prit
Braylo à la campagne du Prut ( ce Baron
eft Ingenieur du Czar , & Officier de fes
Gardes ) du Prince Mechersky , de M¹s
Arlof & Yrafkin , auffi Officiers principaux
dans le même Corps , & de plufieurs
Officiers fubalternes & Ingenieurs
que ce Miniftre a amenez exprès avec
lui ; le principal fujet de fa commiffion
étant d'aller d'ici en Perfe , regler les
limites du terrain à partager dans le Chirvan
entre Tamavchib , fils du Sophi détrôné
par l'Ufurpateur Miry - Mamouth ,
le Grand Seigneur & Sa Majefté Czarienne
.
,
Toute cette marche fut fermée par
le caroffe de l'Ambaffadeur de Venife
attelé de fix chevaux blancs ; à deux cens
pas duquel venoient une quinzaine de
chaifes roulantes , longues de fept à huit
pieds , ou M. de Romanshof , & les perfonnes
qualifiées de fa fuite couchoient
prefque toûjours dans la route ,
faute de
lieux
OCTOBRE
1725. 2373
lieux convenables pour fe retirer la nuit ,
& 30. à 40. tant petits chariots , qu'ef
pece de cariolles , qui portoient les équi
pages , le tout tiré par des chevaux , des
bufles , ou des boeufs.
?
En arrivant , l'Envoyé alla loger avec
tout fon monde dans trois maiſons , loüées
à Pera aux dépens du Grand Seigneur ,
cù il trouva une garde de Janiflaires
commandée par un de leurs Officiers.
Le lendemain 7. il affifta aux ( a) reprefentations
de la Tragedie de Mitridate
, & de la Comedie du Mariage forcé
que M. l'Ambaffadeur de France fit jouer
fur un Theatre dreffé dans le Palais de
France , où toutes les Dames de . Pera ,
& de Galata furent invitées : elles formoient
un fort beau coup d'oeil , tant par
leurs agrémens perfonnels , que par leurs
pierreries , & leurs autres ornemens à la
Gréque : M. le General & les princi--
paux de fa fuite furent auffi du grand
foupé , qui fucceda à ce divertiflement
& qu'il donnoit ce jour - là pour la folemnité
de la Fête des Rois , aux Amballadeurs
d'Angleterre & de Venife , aux
Réfidens de l'Empereur & du Czar , &
(a) Les enfans de M. l'Ambaffadeur , quelques-
uns des Gentilshommes qui font venus
avec lui , & les Enfans de Langue en étoient
Les Acteurs.
autres
2374 MERCURE DE FRANCE.
autres perfonnes de confideration des
deux fexes .
Le 14. le Vicomte d'Andrezel ayant
fait prier les Dames de Galata & de Peles
Ambafladeurs & Enque
ra , ainfi
voyez des Cours Etrangeres , de venir
à une feconde reprefentation de la Tragedie
de Mitridate , leur donna fucceffivement
un magnifique ambigu , un grand
bal qui dura juſqu'à trois heures du matin
, & un réveillon pour ceux qui reſterent
.
Le 20. le Grand Viſir accorda à l'Envoyé
ce qu'on appelle le ( a) Tain , qui
fut fixé à 60. écus par jour , à commencer
de celui de fon entrée à Pera : on
lui en paya les arrerages , & l'on continuera
à le payer fur le même pied juf
ques à la fin de la negociation.
Le 21. l'Envoyé donna un fplendide
dîner , où se trouverent entr'autres per
fonnes de rang & de caractere le Vicomte
d'Andrezel , le Marquis & la
Marquise de Bonnac , l'Ambaffadeur de
Hollande , M. Dierling , Réfident de
l'Empereur & la Dame fon époufe , &c.
Il fe but dans ce repas beaucoup d'excel-
(a) C'est une espece de fubfiftance que le
Grand Seigneur donne aux Miniftres Etrangers
qui font employez pour fon ſervice dans
quelques negociations,
lent
OCTOBRE 1725. 2375
C₁
ns
lent vin de Tokay , que l'Envoyé prefenta.
ge ,
Le 23. l'Envoyé fortit à pied de fa
maifon, à 5. heures du foir , accompagné
du Réfident de Mofcovie , & de tous les
Seigneurs & particuliers de cette nation.
qui font à Pera , & vint en ceremonie
prefenter à M. le Marquis de Bonnac le
Cordon de Saint André , confiftant en un
cordon bleu , comme celui de l'Ordre du
S. Efprit , mais plus ondé , & plus lard'où
pend une Croix de S. André ,
fur laquelle le Saint eft reprefenté en
émail . Cette Croix eft appliquée ſur un
Aig'e à deux têtes , avec une Couronne
Imperiale au- deffus , qui tient de chaque
côté par un anneau mouvant aux têtes de
l'Aigle . Derriere cette piece eft une banderole
d'émail bleu , qui entoure le corps
de l'Aigle , dont le plumage eft parfaitement
bien executé , fur laquelle eft écrit
en Langue Ruffienne , PROTECTEUR DE
LA RUSSIE. La derniere piece de cet Or
dre eft une Etoile de cinq pouces de diametre,
à douze pointes , dont fix grandes
& fix moyennes , dans l'intervale de chacune
defquelles s'élevent des rayons de
differente grandeur : le milieu de cette
Etoile eft rempli d'une, Croix de Saint
André en or , fans effigie , autour de laquelle
eft écrit en grands caracteres Ru
C fiens
2376 MERCURE DE FRANCE.
fiens , POUR LA FOY ET LA FIDELITE ' .
Tout cela fut porté par un Ayde de
Camp , depuis la maifon du General , jufques
à la porte de la chambre de M. le
Marquis de Bonnac , logé dans le Palais
de France , dans un baffin de vermeil
doré , couvert d'un papier blanc. Quand
toute la Compagnie fut arrivée à la porte,
M. Stoltoy prit le baffin de celui qui le
tenoit , & entra dans la chambre.
Immediatement après M. de Romanshof
fit au Marquis de Bonnac un compli
ment de la part du Czar , & lui prefenta
les marques de l'Ordre , à quoi le Marquis
de Bonnac répondit entr'autres chofes
, que M. le General fçavoit bien luimême
, qu'il ne pouvoit pas accepter un
pareil honneur d'un Souverain Etranger
fans la permiffion du Roi fon Maître ;
qu'il recevoit cependant ces marques de
la bienveillance de Sa Majefté Czarienne
, mais qu'il ne s'en orneroit point
qu'il n'en eut reçû l'agrément de S. M.
lequel il efperoit trouver à fon arrivée
à Toulon ; qu'en attendant s'il ne les
portoit pas en public fur fa perfonne , il
les porteroit avec une reconnoiffance infinie
dans le fond de fon, coeur,
Les complimens finis de part & d'autre
, M. de Romanshof , & M. Stoltoy
prirent chacun un carreau de velours , les
pofeOCTOBRE
1725. 2377
poferent à terre l'un fur l'autre : le Marquis
de Bonnac mit un genot deffus ,
M. Stoltoy en fit autant ; & faifant femblant
de lui attacher l'Etoile au côté
gauche , il la retira fur le champ , & la
lui remit' entre les mains ; puis prenant
le cordon bleu , le lui paffa en écharpe ›
le Marquis de Bonnac l'ôta auffi- tôt , témo
ʻgnant de nouveau à l'affemblée le
plaifir qu'il auroit de le porter , après
avoir reçû la permiffion du Roi.
Le lendemain 24. vers les dix heures
du matin , les deux Cors de Chaffe du
Regiment des Gardes de Sa Majeſté Czarienne
, vinrent en habit de ceremonie
donner une melodieufe aubade avec leur
inftrument qu'ils poffedent dans la perfection
, à M. le Marquis de Bonnac , qui
paya liberalement leur fymphonie , &
qui pendant qu'ils fonnoient du Cors ,
envoya par fon Ecuyer à M. le General
un cheval Turc de grand prix , & ri
chement harnaché , la felle , la houffe ,
& les faux-fourreaux étant d'un velours
cramoily , chargé d'une broderie d'or &
d'argent parfaitement belle , & relevé en
boffe . Il y joignit jufques à fes piftolets
enrichis d'ornemens de vermeil doré , &
à fes armes .
Le 25. le Réfident de Mofcovie donna
à ſouper à plus de cent perfonnes de
Cij
l'un
2378 MERCURE DE FRANCE.
l'un & de l'autre fexe , où fe trouverent
les Dames de Pera , prefque tous les Miniftres
, & M. le General , avec les plus
qualifiez de fon cortege : il y avoit quatre
tables dans quatre chambres qui furent
toutes fervies avec autant d'ordre ,
de délicateffe & de fomptuofité , qu'on
le pourroit faire en France , & où les
vins de Bourgogne , de Champagne , &
de Tokay coulerent abondamment , auſſi
bien que
les liqueurs. Ce feftin fut précedé
d'un bal qui s'ouvrit vers les fept
heures du foirs on y danfa jufques à
neuf, à la Françoife , à la Gréque , à
Allemande , & à la Polonoife. Après
quoi on fe mit à table jufques à onze , que
recommença le bal qui dura juſqu'à une
heure après minuit.
Le 31. du même mois de Janvier M.
l'Envoyé alla prendre fa feconde audience
du Grand Seigneur , & recevoir la
ratification de S. H. du Traité , en échange
de celle du Czar , qu'il lui avoit portée
a fa premiere audience. Il partit à pied
de Pera à cinq heures du matin , & fit ſa
route de la même maniere , que la premiere
fois. On lui fit l'honneur de (a)
(a) Cette paye fe fait tous les trois mois ,
& quand il y a quelque nouveau Miniftie
Etranger à la Porte le Grand Vifir , ne manque
pas de remettre au jour de cette paye celui
de fon audience.
payer
OCTOBRE 1725. 2379
payer devant lui fix à fept mille Janiffaires
, la Cavalerie , & quelques domef
tiques du Serrail . Il vit auffi dans le Divan
rendre la juftice à la Turque , c'eſt - àdire
, avec une très -prompte expedition ;
car là , les Plaideurs fçavent bien - tôt
leur fort : une heure fuffit pour y juger
une vingtaine de procès en dernier reffort
. Les caufes vuidées , on dreffa plufieurs
tables , à l'une defquelles l'Envové
fe mit avec le Réfident de Moſcovie
& le Grand Vifir : les autres furent
remplies des perfonnes de fa fuite , & de
quelques Seigneurs Turcs. Enfuite on
conduifit l'Envoyé & fa compagnie au
fond de la cour , lieu où l'on diftribue les
Caftans . On lui en donna & à quatorze
autres perfonnes de fa fuite , après quoi
on le conduifit à l'appartement du Grand
Seigneur , dans la chambre duquel il fut
introduit , lui feptiéme , ayant gardé fes
bottes , ainsi que le Réfident , mais fans
épée , fuivant l'uflage.
Dès qu'il eut fait fes reverences ,
le
Grand Vifir prit d'auprès du Grand Seigneur
, la ratification , & une Lettre de
Sa Hauteffe à Sa Majefté Czarienne , enfermées
feparément dans deux petits fachets
d'étoffe de foye , felon la coutume,
& fit à l'Envoyé un compliment fort
court , puis baifa les Lettres , les porta
Cij à
2380 MERCURE DE FRANCE.
à fon front , & s'inclina en les prefentant
à l'Envoyé , qui s'inclinant de même
pour les recevoir, les baifa auffi . Enfuite
le Grand Vifir & le Drogman de la Porte
reculerent trois pas ; ce dernier mit un
genou en terre , & interpretant tout haut
en Italien , ce que le Grand Vifir avoit
dit en Turc. Voici , dit - il , ( en regardant
l'Envoyé ) la ratification du Traité
de paix de Sa Hauteffe : le très - Sereniffime
Empereur , mon Maître , promet
d'en executer les articles de fon côté ,
auffi fidelement qu'il efpere que vous les
executerez du vôtre. Quoique l'Envoyé
n'entendit pas ce qu'on lui difoit , on
fuppofa que la Langue Italienne lui étoit
familiere , car on le congedia au dernier
mot de ce difcours , fans lui donner le
temps d'avoir recours à fon Interprete
qui étoit prefent , & qui ne pût lui expliquer
ce dont il s'agiffoit , que quand
ils furent fortis. Quelques perfonnes qui
tournerent la tête , en fe retirant , s'apperçûrent
que le Grand Seigneur entra
en converfation avec le Grand Vifir ,
dès
que l'Envoyé fut hors de fa chambre ,
& marqua par fon air riant , & par fes
geftes la fatisfaction qu'il avoit de tout
ce qui venoit de fe paffer.
Quand on fut forti chacun monta à
cheval , on vit défiler les Janiffaires , &
paffer
OCTOBRE 1725. 2381
paffer le Grand Vifir , après quoi M.
l'Envoyé & ſa ſuite fe retirerent . Etant
arrivez à la Marine , l'Envoyé reçût avis ,
que s'il vouloit être falué des Vaiffeaux
du Roi , il falloit qu'il paffat devant &
près d'eux ( car j'ai oublié de dire qu'au
retour de fa premiere audience du Grand
Seigneur , pour s'en être trop éloigné , il
n'eut point de falut , parce qu'on ne l'apperçut
pas. Il fuivit donc ce confeil , &
chaque Vaiffeau lui fit à fon paffage une
falve de 15. coups de canon .
Voilà , Monfieur , ce qui s'eft paffé de
plus remarquable dans la miffion de M.
le General de Romanshof à la Forte , où
il n'a plus rien à faire , comptant de
partir dès le beau temps lui permet que
tra d'aller en Perfe executer fa commif
fion pour le reglement des limites.
J'ajoûte à ma Lettre , pour en égayer
un peu le ferieux , la copie d'une Epître
que j'ai eu l'honneur de prefenter à M.
le Vicomte d'Andrezel , le premier jour
de l'an , avec une petite Offrande dont il
eft parlé dans la même Epître , S. Exc.
ayant eu affez de bonté pour agréer l'une
& l'autre . Je ſuis toûjours , Monfieur
& c.
>
Cij EFI2382
MERCURE DE FRANCE.
*******************
EPITRE à M. le Vicomte d' Andrezel,
Ambaffadeur de France à la Porte , prefentée
le 1. jour de l'an 1725. par
M. D.
UN pauvre Scribe d'Apollon ,
Dupe amateur de l'Harmonię
Amant tranfi fur l'Helicon ,
Des fçavantes Soeurs d'Uranie :
Un petit Marchand nouveau né ,
Qui par une étoile perverſe ,
Eft déja des trois quarts ruiné ,
Pour fon debut dans le commerce
Enfin D.......
Monfeigneur ,
Vôtre inutile ferviteur ,
Malgré fa prompte décadence ,
Qui le réduit à preſque rien :
Malgré fa prochaine indigence ,
Qu'il regarde en Stoïcien ,
Ofe offrir à vôtre Excellence ,
Le peu qui lui reste de bien ,
Confiltant en dix -huit bouteilles ,
Qui peut- être encor par malheur ,
Sont de liqueurs à deux oreilles ,
QuoiOCTOBRE
2335
1725.
Quoique de Jacques la faveur.
La faveur, c'est pourtant tout dire ;
C'eſt le plus fin Diſtillateur ,
Et le plus doux empoiſonneur ,
Qu'en débauche l'on puiſſe élire.
Il fçait par fon art enchanteur ,
Soumettre à l'amoureux empire ,
Une Belle dont la rigueur ,
Contre fon tendre amant confpire',
Et d'un petit Maître en fureur .
Perfectionner le délire.
Ah ! maudit Art , Art affaffin ,
Tu ferois de tous Arts le pire ,
N'étoit celui du Medecin !
Quoiqu'il en foit , Seigneur , enfin ,
Pour revenir à nos bouteilles ,
Vous en aurez douze pareilles
D'Eau- forte , qu'on nomme Cedra ,
Propre à jetter dans les brouffailles ,
Celui qui par trop en boira ,
Et lui corroder les entrailles ,
Le coeur , le foye & catera ,
Plusdeux autre de Citronelle ,
* Celebre ftillateur de Montpellier.
Cy Qu'ac2384
MERCURE DE FRANCE.
Qu'accompagnent deux de Canelle ,
Auffi-bien que deux d'Ufquebac
Le tout ami de l'eftomac ,
Et très - délicieux à boire ,
Au dire du fieur la Faveur.
;
Refte à fçavoir s'il faut l'en croire ,
Vous en jugerez , Monseigneur.
Quant à moi, fincere en mes rimes.
Marchands de vin & de liqueurs ,
Charlatans , bigots & menteurs ,
Sont à peu près mots fynonimes.
Mais c'eft trop long- temps s'écarter ,
Des devoirs de cette journée :
Il s'agit de vous fouhaiter ,
Outre le cours de cette année ,
Exempt de tout fâcheux hazard ,
Une vie en tout fortunée ,
Et qui fe termine fi tard ,
Qu'elle foit auffi loin menée
Que celle de Mathufalem ;
Puis ( car c'eſt- là le grand Item , }
Au bout de vôtre deſtinée ,
La celefte Jerufalem .
De ces fouhaits je le confeffe ,
11
OCTOBRE
1725. 2385
Il en eft d'inconfiderez ,
Et qui par l'efprit de juſteſſe ,
N'ont pas été bien meſurez ;
Mais quoiqu'ils paroiffent outrez ,
Leur hyperbole eft naturelle ,
Ce font des fougues de mon zele ,
Qui trop rempli de ſa grandeur
Brife fon frein , fort de tutelle ,
Et s'abandonne à fon ardeur :
C'eft de mon tendre interieur
Une image naïve & pure ,
>
Dont l'art par fon pinceau flateur ;
N'a point embelli la peinture ;
Ainfi j'efpere , Monſeigneur
Que le tableau venant du coeur ,
Vous ferez grace à la bordure.
Mais ces bouteilles , vertuchou !
Me donnent de la tablature.
Je ne fçais comment , ni par où ,
Leur trouver une couverture.
Il faut , direz-vous , étre fou ,
Pour fe donner telle licence
Comment ! pour étrennes à moi ,
Qui reprefente ici le Roi ,
C vj
Encor
2386 MERCURE DE FRANCE.
Encor, quel Roi ? le Roi de France ,
A moi doublement Excellence ,
Par ma perfonne & mon Emploi ,
On ofe outrer l'extravagance ,
Jufqu'à m'offrir au jour de l'an ,
Dix huit Ampoulettes chetives ,
Dont deux font pleines de * fafran
Et les autres d'eaux corrofives ?
Hé fy , le trait eft impudent.
Jamais on ne fit tel prefent ,
Qu'à quelque Préfet de College.
\
A ces beaux dits que répondrai - je ?
Rien , car d'abord j'accorde tout.
Mais fi pourtant jufques au bout ,
Vôtre Excellence me protege ,
N'avouera- t'elle pas auffi ,
Que chacun dans ce monde- cy ,
Joüit du trifte privilege ,
De ne faire que ce qu'il peut ;
Et pas un zefte davantage ?
Dame ! on ne fait pas ce qu'on veut ,
Vous le fçavez , & j'en enrage.
* L'Ufquebac eft fait avec du fafran.
S
Si
OCTOBRE
2387 1725.
Si
Si j'étois maître des tréfors ,
Qu'enferme le fein de la terre ;
Ou que pour moi feul fur fes bords,
La Mer jetta ceux qu'elle enferre ,
Alors , vous ne verriez alors ,
Reprendre pour vous ces merveilles ,
D'auffi bon coeur que mes bouteilles ;
De même fi par le fecours ,
De mes ferventes patenôtres ,
J'obtenois du Ciel que mes jours ,
Se puffent coudre au bout des vôtres ;
Dès demain divifant leur cours Y
J'en prendrois pour moi de fort courts ,
Et vous gratifierois des autres.
Mais , helas ! frivoles difcours !
Ces voeux paffent mon efperance ;
Ainfi n'ayant rien à mon choix ,
Qui cadre à ma reconnoiffance ,
J'imite dans mon impuiſſance,
Ce que fit un jour autrefois ,
Le bon Frederic de Florence ,
Qui comme fçait vôtre Excellence ,
Après avoir tout fricaffé ,
Auprès
2388 MERCURE DE FRANCE .
Auprès de l'ingrate Clitie ,
N'avoit de fon bien éclipfé ,
Qu'un Faucon plus cher que fa vie.
Que fit- il le pauvre garçon ?
Contraint de feftoyer fa mie
Et n'ayant rien à la maison ,
Que du pain fec & bonne envie ,
Il lui fit manger fon faucon ,
Un tel ragoût pour telle Hôteffe ,
N'étoit fans doute pas trop bon
Cependant la belle Tygreffe ,
En fut touchée avec raiſon ,
Et de ce feul trait de tendreffe ,
Lui fçût cent fois plus gré, dit- on ,
Que de ceux de toute autre espece ,
Venons à la comparaifon ,
Nos fortunes font fort pareilles ,
Il n'avoit plus que fon faucon ,
Et je n'ai plus que mes bouteilles.
學琴
LETOCTOBRE
1725 . 2385
ET.
:
********
LETTRE écrite à M. Gerbier , Profeffeur
Royal de Mathematiques , par
le R. P. Mattet , Profeffeur de Philofophie
au College de Marseille , fur le
Phenoméne arrivé dans le Port de cette
Ville.
'Ai tâché , Monfieur , dans le temps
J'Aque cette grande émotion arriva dans
l'eau du Port de Marfeille , d'apprendre
les circonstances d'un Phenoméne fi furprenant
, pour pouvoir en donner quelque
explication, du moins approchante de
la verité ; mais tout ce que je pus en fçavoir
alors étoit fi vague & fi general , &
même fi contredit , que je n'ofai avanturer
mes conjectures . Je fouhaitois` en
apprendre jufques aux moindres circonf
tances , puifque c'étoit elles qui devoient
en déterminer la caufe. Les chofes generales
que l'on en publioit le faiſant attribuer
à plufieurs differentes cauſes tout
à la fois. Malheureuſement pour moi il
ne fe trouva pas des Phyficiens fur le
Port dans le temps que cet accident arriva
, où s'il s'en trouva , ils n'étoient pas
priez de fe rendre attentifs pour bien obferver
ce qui alloit arriver.
A
2390 MERCURE DE FRANCE .
A la fin le public eft convenu de certaines
circonftances fur ce fait que perfonne
ne nie aujourd'hui ; c'eft fur ces
circonftances conftantes que je fonde une
hypothefe qui me vint hier dans l'efprit.
Je prends la liberté de vous la communiquer
, ayant appris que vous travailliez
à la même chofe , & que vous prétendiez
trouver dans un vent qui fouloit
le 29. du mois de Juin dernier la caufe
du Phenoméne dont il s'agit .
Tout ce que l'on publie de l'émotion
arrivée dans l'eau du Port de cette Ville
le 29. du mois de Juin dernier fur les
huit heures du foir, fe réduit 1. à une diminution
d'eau dans le Port plus ou moins
grande , felon les differens fentimens ; ce
dégré de diminution ne change rien à
mon hypothefe , il fuffit qu'il y en ait eu
quelqu'une. 2. A un reflux qui fucceda
à la diminution d'eau , tout le monde ne
convient pas auffi de la quantité du reflux
, mais le fait eft conftant. 3. A une
grande puanteur. 4. Cette émotion ne
s'eft fait fentir que dans le Port de Marfeille
avec cette violence digne d'étonnement.
On n'a fait que s'en appercevoir
dans quelques lieux du rivage voifin
de Marfeille , & on n'en a rien fçû
que par les relations , à Toulon , à la
Ciotat , & aux autres Ports au-delà de
-
fix
OCTOBRE 1725. 2391
Ies
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Een
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Eniins
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ne
ne
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aronce.
de
fix
fix à fept lieuës . Sur ces quatre circonf
tançes j'appuye mon fentiment , & voici
comment je croi expliquer ce Pheno -`
méne.
7. Je juge que la caufe de cet accident
n'eft autre que la caufe ordinaire des
tremblemens de terre. On fçait par les
obfervations que l'on a faites , & furtout
par la fameufe experience de M.
I'Emery que les parties fulfurcufes qui
font dans la terre , s'enflamment de temps
en temps , & que les pays qui abondent
le plus en fouffre , éprouvent très- fouvent
les fuites fâcheufes de ces inflammations ,
les effets en font differens felon les differens
pays , & felon les obftacles que
trouve cette matiere enflammée. Dans certains
lieux elles caufent des tremblemens
de terre , dans d'autres des ouragans qui
déracinent les arbres , abbattent les maifons
, & tuent même les hommes qui
ne prennent pas les précautions de s'en
garantir. Dans la terre de Labour & en
Sicile ces inflammations fe font jour par
des ouvertures fur la furface de la terre ,
& ne font d'autre mal que de couvrir de
cendres les campagnes voifines ; quel
quefois elles élevent des colomnes d'eau
dans la Mer , & cela arrive lorfque les
vapeurs fulfureufes s'échapent par un
endroit de la terre qui eft fous la Mer.
Les
1392 MERCURE DE FRANCE.
Les colomnes d'eau qui s'élevent quelquefois
fur la Mer , & qui font aux Matelots
les finiftres préfages d'un prompt
naufrage , font des faits conftants , & jufques
à prefent on n'en a trouvé d'autre
caufe que les vapeurs fulfureufes qui fortent
de la terre par les inflammations foudaines.
Je remarquerai encore que ces
inflammations arrivent ordinairement en
Eté ; l'experience conftante nous l'apprend
, & c'eft auffi en Eté que M. l'Ëmery
imita artificiellement ces inflammations
naturelles .
Tout cela femble nous faire croire que
l'accident arrivé dans le Port de Marfeille
, eft une fuite de ces colomnes
d'eau , dont les gens de Mer éprouvent
quelquefois la violence. 1. L'eau a diminué
dans le Port par le courant qui s'eft
formé pour aller prendre la place de
l'eau qui s'étoit élevée . Cela eft fondé
fur les principes les plus communs , &
fur les premieres connoiffances de la
Phyfique. 2. Le reflux qui a fuccedé à
cette diminution a été caufé par la chûte
violente de la colomne d'eau. 3. L'eau
remuée avec tant de violence a produit la
puanteur par l'envoi des corpufcules de
ces matieres extrêmement fales , dont on
fçait que l'eau du Port eft chargée , lef
quelles matieres n'étant point mêlées
'
avec
OCTOBRE 1725.
2393
re
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hure !
J'eau
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de
22 : ດາ
lef
elbes
avec
avec l'eau , le font fentir fans être remuées
; d'ailleurs la bouë qui fe trouve
dans le fond du Port eft bien capable de
produire cette infection . 4. On n'a ſenti
l'émotion de l'eau que dans les lieux
voifins de l'endroit de la Mer où s'eft
élevée la colomne d'eau ; on ne peut attribuer
tant de violence dans quelques
lieux particuliers , qu'à une caufe particuliere
qui agit dans ces lieux - là . Si
l'on veut que cette cauſe foit generale ,
comment prouvera t'on qu'il peut fe
faire que l'eau du Port de Marfeille ait
été dans un très - grand mouvement jufqu'à
faire fubmerger quelques Bâtimens
fans que les Ports à fix & à neuf lieuës
feulement de Marfeille s'en foient apperçûs
? Voilà , Monfieur , ce que je
penfe de ce Phenoméne , & j'ajoûterai
que les vents par lefquels vous prétendez
l'expliquer paroiflent des cauſes
étrangeres de cet accident , tel qu'il eft
expofé. Les vents , felon le fentiment &
les obfervations d'un habile Phyficien
moderne qui étudie la nature depuis plus
de quarante ans , ont une caufe generale
, bien differente de celle que l'on prétend
démontrer par l'experience de l'Eo- /
lypile , c'eft la chûte de l'air amaffé autour
du Pole qui produit les vents , &
ce. air s'y amaffe par les courants perpetuels
2394 MERCURE DE FRANCE.
tuels vers cette partie de la terre, où
l'air trouve moins de preflion & d'agitation
que dans la partie renfermée entre
les deux Tropiques . Voilà la caufe gene- ,
rale des vents , & fi l'on ne voit pas
fouffler ordinairement un même vent en
même temps dans tout l'hemifphere ,
comme cela devroit arriver , c'eſt que
cette chûte d'air eft déterminée par des
montagnes qui font que dans certains
lieux les vents foufflent d'un autre côté
que de celui du Pole , & que dans d'autres
ils font ou moins forts , ou même
qu'on ne les fent point du tout . Cela
pofé , peut- on dire qu'un vent auffi furieux
qu'il faut que vous le fuppofiez
pour foulever l'eau du Port , ne fe faffe
fentir que dans une partie de trois ou
quatre lieues tout au plus , & que dans'
le voifinage il regne un calme parfait
ainfi qu'il arriva lors de cet accident . Je
vous prie d'excufer , Monfieur , la liberté
que je prends , & de me faire la grace
de me dire vôtre fentiment fur mon hypotheſe
. Je fuis avec beaucoup de refpect
vôtre très - humble , & très - obéïffant
ferviteur , Mottet de l'Oratoire ,
Profeffeur de hilofophie.
>
RE'-
OCTOBRE
2395 1725.
REPONSE DE M. GERBIER.
It
Left vrai , mon R. P. que j'ai été
prié par une perfonne que j'honore
beaucoup , de donner par écrit mon fentiment
fur le Phenoméne du 29. Juin dernier
; mais il eſt vrai aufli que je ne le
ferai qu'au cas que je puifle être inftruit
avec certitude de quelques circonftances ,
5fur lefquelles l'on m'a promis de m'éclaircir
pour fixer ce qui en eft dit diverfement.
Je parle de ce qui s'eft paffé au
larges car je fus informé dans le temps
de ce qui fe paffà ici , & ce que l'on
m'en a dit depuis s'y accorde affez , à
quelque chofe près , que je ne negligerai
pas . Ce feroit trop aventurer que d'anticiper
par une explication qui ne fatisfeas
roit peut être pas à tout.
12z
it ,
Tact
Pour ce qui regarde l'honneur que
Je vous me faites de me communiquer vôert
tre hypothefe avant que j'aye celui d'ê
tre connu de vous , je vous en fuis , mon
hy R. P. très - fenfiblementobligé ; mais
rel; c'eft un peu trop de m'en demander mon
eifentiment , parce qu'il ne doit pas prévaire
, loir fur celui d'une perfonne qui penfe
aufli bien que vous faites.
RE
.
Les quatre faits à quoi vous réduifez
tout ce qui arriva dans le Port, me paroif
fent
2396 MERCURE DE FRANCE.
fent très -ingenieufement expliquez par
la formation & la chûte d'une colomne
d'eau , de la maniere dont vous en parlez
. Mais j'avoue que s'il faut vous accorder
qu'il ne fe foit rien paffé au-delà
du rivage , voifin de Marſeille , a'nfi que
vous l'affeurez , la réalité d'une telle colomne
pourroit bien trouver des contradicteurs.
Car où faudra - t'il fuppofer
qu'elle fe foit élevée ? Ce ne fera pas
dans le Port ni dans la Rade , parce que
pour produire l'effet dont il s'agit , elle
auroit dû être affez groffe & aflez hautepour
n'être pas invifible , il y avoit des
pêcheurs fort au large , & c . Ce fera donc
beaucoup plus loin . Et comment en cecas-
là pouvez - vous accorder fon effet
avec le calme qui regnoit dans toute l'étenduë
de la Rade ? D'ailleurs en fuppofant
avec vous , mon R. P. que les colomnes
, femblables à celle qui eſt accufée
du defordre du Port , n'ayent point
d'autre caufe que les vapeurs fulfureufes
, qu'une foudaine inflammation fait élever
des terres qui font au- deffous de la
Mer ( ce que l'on ne pourroit bien ne
pas accorder ) quelqu'un faifant attention
au poids & à la fluidité de l'eau , & à la
nature de ces vapeurs , ne pourroit- il pas
croire que celle - ci auroit dû être diffipée
avant que d'être parvenue à la hauteur
conOCTOBRE
1725. 2397
e
-C
er
as
ue
le
te
Hes
ce
po-
>
co.
convenable ? Car enfin il falloit qu elle
s'élevât en maffe à une hauteur bien
grande pour que fa chûte pût caufer juf
ques dans le Port le reflux qui y fut fi
fenfible. Je craindrois de vous ennuyer ,
mon R. P, en continuant des objections
que vous trouverez foibles , fans doute ,
mais que je ne propofe que pour vous
marquer combien j'ai l'honneur d'être ,
mon R. P vôtre très -humble & trèsob
iffant ferviteur GERBIER.
=
J'oubliois de vous dire , mon R. P.
que l'on ne m'a pas fait juftice en vous
allurant que je prétends trouver dans un
nc vent qui fouffloit le 29. du mois de Juin
dernier la caufe du Phenoméne dont il s'afet
git. Cette raifon ne m'a jamais paru
fuffie.
fante , & je m'en pafferois même trèsbien
, fi je n'étois perfuadé qu'il ne faut
rien oublier de ce qui peut aider ou nuire
aux conjectures . Je ne crois pas non plus
avoir rien dit à perfonne qui ait pû donner
lieu à me faire obferver que les
vents ont une caufe generale bien differente
de celle que l'on prétend démontrer
par l'experience de l'Eolypile . Car
ionil ne s'eft nullement agi de cette matierę
à la \
dans aucune converfation.
cu
int
eu
éle
la
ne
pas
spee
eur
Con
AD2398
MERCURE DE FRANCE
ADDITION à la Relation du Mariage
du Roi.
Uelques particularitez , & quelques
Pieces qui meritent d'être
rapportées , n'ayant pas été reçues affez
tôt pour pouvoir entrer dans le fecond
volume du Mercure de Septembre , nous
donnons ici ce petit Supplement.
Harangue de M. de Biouville , Premier
Echevin , & Maire perpetuel de Metz,
à la Reine,
MADAME ,
L'Hiftoire qui fait l'éloge d'une Reine *.
de France ,
illuftre par fon efprit , par
prudence , par fa fageffe &
fa
fa & par fa pieté ,
femble faire en même temps celui de
vôtre Majesté. En effet , MADAME , ce
font ces mêmes vertus qui ont fixé en
vôtre faveur le coeur & le choix du plus
grand Roi du monde , & l'ont engagé
d'affocier à fon Trône ce que l'éduca
tion , la nature & la Religion ont formé
La Reine Blanche , mere de S, Louis,
·
de
1
OCTOBRE 1725. 2399
ne
té ,
de
ce
en
-lus
age
Luca
.
rmé
d
de plus parfait . Le Ciel , qui pour venger
les outrages d'un fort injufte , a , par
des routes inconnues aux hommes , con.
duit V. M. à l'élevation où nous la
voyons , fçaura couronner fon ouvrage ,
& verfer fur cette augufte Alliance fes
benedictions les plus précieufes : une
heureuſe fecondité qui en doit être le
premier fruit , fait l'objet le plus ardent
& le plus impatient de nos voeux. C'eſt
d'elle que dépend le repos & 1a tranquillité
de l'Etat , & c'eft fur les vertus
de V. M. que nous fondons les plus folides
efperances de nôtre bonheur.
Nous nous flatons , MADAME , d'en
reffentir bien-tôt les effets , & de trouver
dans ces glorieux avantages une fource
de profperitez intariffable. Faffe le
Ciel que V. M. joüiffe long temps de
celles qu'elle merite , en les partageant
avec le plus aimable , & le plus aimé
des Princes ! Falle que fes bontez s'étendent
auffi loin que nôtre fidelité , & que
reglant fes affections fur les nôtres , il
foit encore plus fenfible à l'amour de
fes peuples , qu'à l'éclat de la gloire qui
l'environne , &c.
On entendit une falve de toute l'artillerie
de la Ville & de la Citadelle lorfque
la Reine fit fon entrée à Metz : on
en fit une feconde lorfqu'elle arriva à la
D Cathe
335445
2400 MERCURE DE FRANCE.
› Cathedrale , où l'Evêque de Metz reçût
S. M. à la tête de fon Clergé , & une
troifiéme lorfqu'elle mit pied à terre au
Gouvernement où l'on avoit préparé fon
logement .
Les Magiftrats qui attendoient la Reine
à la porte de la Ville , lui en preſenterent
les clefs dans un baffin , avec les
ceremonies ordinaires , & un Dais
qu'on porta enfuite devant le caroffe de
S. M. ce qui a été obfervé dans les autres
Villes de fon paffage , avec les mêmes
falves d'artillerie dans celles où il y
a du canon .
La Reine fut complimentée en ces termes
, à fon arrivée à Châlons , par M.
de Lambert , ancien Curé de Nôtre. Da .
me de Châlons , & Prieur Commandataire
de Pollez .
MADAME,
Le Dieu des armées qui tient le coeur
des Rois dans fa main , vous éleve aujourd'hui
fur le Trône du plus floriflant
Royaume de l'Univers. C'étoit , MADAME
, aux rares vertus de V. M. &
à toutes les éminentes qualitez , qui ont
fait l'admiration du plus puillant Monarque
du monde , qu'étoit dû le triomphe
d'un
OCTOBRE 1725. 2401
d'un coeur dont vous venez de faire la
conquête..
La France attentive à l'aggrandiflement
de la Maifon Royale , ne foupire
après l'augufte ceremonie de vôtre Mariage
, que pour avoir le bonheur de contempler
de plus près dans V. M. cet
amas de grandeurs & de vertus qui furpa
Tent infiniment ce que la Renommée
nous en avoit appris.
Toute autre que V. M. élevée au
premier
rang du monde , auroit été éblouie
par l'éclat de la plus brillante de toutes
is Couronnes ; mais toûjours égale à
elle- même , malgré l'inconftance des évenemens
, elle a fçû penetrer dans le fecret
de cet art , fi difficile & fi
peu connu
, qui confifte à démêler dans une élevation
fuprême , ce qu'il y a de la grandur
de Dieu dans ce qui flate l'orgueil
& la vanité de l'efprit humain.
A peine la Providence vous ent- elle
honorée du titre de Reine , que la haute
pieté qui accompagne toutes vos actions ,
& qui coule de fource de la Maifon de
vos Ayeux , femble n'avoir fervi qu'à
vous faire oublier toute la pompe qui
l'environne , que pour vous fouvenir que
vous en devez toute la gloire à celui devant
qui les fceptres fe brifent , & les
TêtesCouronnées ne font que de la cendre .
Dij S'il
#402 MERCURE DE FRANCE.
i
2
S'il nous étoit permis de fouiller dans
l'antiquité , & de remonter de fiecles en
fiecles , nous ne trouverions rien de comparable
au ſpectacle qui fait aujourd'hui
l'attention de toute la terre : fpectacle
qui nous reprefente dans V. M. une
étendue de genie , à qui rien ne peut
échaper , une penetration d'efprit dont
les traits fe font admirer dans vos réponfes
, une connoiffance des Lettres , foutenuë
de ces nobles expreffions qui char
ment & qui enlevent tous ceux qui ont
le bonheur de vous approcher ; & , fi je
l'ofe dire , une Reine que fes malheurs
même malgré les tentations du fiecle les
plus délicates & les plus touchantes ,
ont rendu plus refpectable aux Nations ,
& plus venerable à toute l'Eglife,
›
Ce font , MADAME , ces grands
exemples qui vont briller comme autant
de miracles , aux yeux de la Cour la plus
magnifique & la plus fuperbe du monde .
Ils nous impofent un devoir auffi refpectueux
que legitime , de renouveller nos
voeux vers le Tout- puiffant , afin qu'il
répande fa benediction fur le fils aîné de
fon Eglife. Que fa pofterité répandue dans
tous les fiecles , & fuivie de continuels
prodiges , puiffe être pour jamais la gloire
de V. M. l'affermiffement de fon Trôla
felicité des peuples , la tranquillité
ne ,
dę
OCTOBRE 1725. 2403
S
S
1
e
s
de
de l'Etat , & l'étonnement de toutes les
Nations .
Lorfque le Grand Confeil fut à Fontainebleau
pour faire la reverence à leurs
Majeftez , M. d'Aby , Premier Avocat
General , porta la parole , en ces termes.
SIRE ,
Le Mariage de V. M. étoit neceffaires
vous prenez une Epoufe choifie. Vous donnez
à la France une mere attenduë ,
la terre acquiert des Heros .
MADAME ,
نم
:.ce
Le Roi vous a pris pour Epouse
choix , MADAME , eft vôtre éloge , c'eſt
l'éloge du Roi.
Le Roi vous a choifie , il devoit cette
préference à vos Ayeux , à vos vertus . Le
Roi vous a preferée , c'eft fa gloire , c'eſt
nôtre bonheur.
Le 13. de Septembre les Harangeres de
la Halle firent chanter dans l'Eglife de
S. Sauveur un Te Deum folemnel , pour.
le Mariage du Roi. M. le Lieutenant
General de Police y affifta . Ces Dames
Dij alle2404
MERCURE
DE FRANCE.
allerent quelques jours après à Fontainebleau
, où elles eurent l'honneur de
faire la reverence au Roi & à la Reine ,
dont elles furent reçûës très - favorablement
, voiturées & traitées aux dépens
de S. M.
Le Dimanche 9. Septembre on chanta
folemnellement dans l'Egliſe de l'Abbaye
Royale de S. Germain des Prez un Te
Deum , au fujet du Mariage du Roi , &
le foir il y eut un grand feu allumé dans
chacune des deux grandes cours exterieures
de l'Abbaye , avec des illuminations
extraordinaires aux fenêtres , & fur
les corniches des bâtimens de dehors , on
tira auffi plufieurs coups de Coulevrines
placées dans le grand jardin des Religieux.
Nous ne croyons pas devoir omettre ici
un remerciment fait au Roi , pour la bonté
dont il honore de jeunes Seigneurs que
le feu Roi jugea dignes de fon attention &
de fes liberalitez . Comme on y joint un
compliment à Sa Majefté fur fon augufte
Mariage , c'eft une nouvelle raifon pour
nous de tranfcrire cette Piece , dont on a
répandu dans le Public des copies infideles
, où plufieurs vers font défigurez . Au
refte ce compliment dans l'intention de
l'AuOCTOBRE
1725. 2405
:
l'Auteur , avoit plutôt été fait pour être
reité , que pour être imprimé.
AU ROY.
Auguftefucceffeur d'un de nos plus grands
Rois ,
Heros par fes vertus , plus que par fes exploits
,
LOUIS , de tes Ayeux vive & parfaite image ,
De nos Mufes reçoit le tribut & l'hommage.
Ta bonté leur accorde un favorable accès ,
Non pour folliciter , mais chanter tes bienfaits.
Non , non , le temps n'eft plus , où les Mufes
tremblantes ,
Ne s'approchoient des Rois que comme fuppliantes
,
Et toûjours mandiant le prix de leurs travaux,
De fes proptes exploits fatiguoient un Heròs.
Louis , le grand Loüis , par de nobles largeffes ,
Au merite épargna ces honteufes baffeffes ,
Et d'avance il paya pour tous fes defcendans ,
Tout ce que l'Helicon leur offriroit d'encens .
A l'ombre defon nom nos Mufes fortunées,
Ont fenti fes bienfaits croître avec fes années ,
Et c'eſt encor ce nom , gravé dans tous les
coeurs ,
Dij Qui
2406 MERCURE DE FRANCE.
Qui fur nôtre Parnaffe attire tes faveurs .
Faut il donc s'étonner que dans nos jeunes
ames ,
La gloire ait allumé de genereufes flâmes ?
Grand Prince , que tes dons pour nos coeurs
ont d'appas !
Que pour les meriter nous livrons de combats !
Ah ! que fera-ce un jour , quand la valeur
guerriere ,
Nous ouvrira de Mars la brillante carriere !
Soutenus , animez par tes nobles regards ,
De quel ceil verrons-nous les plus affreux
hazards !
Mais , que dis- je , Louis fans combats &
fans guerre ,
Par de plus douces loix fçait maîtriſer la terre ;
Il tient comme enchaînez tous les coeurs en
fes mains ,
Et fans armer fon bras , tout cede à fes deffeins.
Au pouvoir du Très - haut fon Empire eft
femblable ,
Et pour être abfolu , n'en eft pas moins aimable.
Regne toûjours ainfi , pacifique vainqueur ,
L'Amour te fervira bien mieux que la terreur.
Que toûjours le Dieu Mars , oubliant le carnage
,
Ne
OCTOBRE 1725. 2407 .
1
Ne t'offre des combats qu'une innocente
image ;
Ou plutôt qu'à jamais éloigné de ta Cour ,
Il laiſſe à l'Hymenée un ſi charmant ſéjour ,
A ce Dieu qui joindra par une heureufe chaîne,
Au Roi le plus aimé , la plus aimable Reine.
Hymen fi bien formé , que mille & mille
voix ,
Dans l'Europe , grand Prince , ont prévenu
ton choix !
Tu rends à STANISLAS plus que fon Diadême
;
Et tu fais fur ton Trône affeoir la vertu même.
C'eſt la Religion qui forma ces doux noeuds ;
Tu lui foumis d'abord & ton choix & tes
voeux ;
Elle retrouve en toi ton Bifayeul , ton pere ,
Un Roi qui la défend , un fils qui la revere .
Regnez , heureux Epoux , & que les plus
beaux jours ,
De vôtre commun Regne accompagnent le
cours ;
Regnez , & pour remplir tous nos defirs enfemble
,
Que de vous bien- tôt naiffe un fils qui vous
reffemble.
SJID Y On
2408 MERCURE DE FRANCE.
On mande de Champagne que lorf
que la Reine paffa par la Ville de Sainte
Menehoud , le Comte de Joyeufe- Grand-
Pré , Lieutenant General de la Province
, fut au - devant de S. M. jufqu'au lieu
où il avoit fait préparer une chaffe du
Chevreuil. On fit alte , plufieurs perfonnes
de la fuite de S.: M. chafferent , &
on fit fi bien que toute la chafle paffa devant
la Reine. Après quoi on fervit une
magnifique colation , & on diftribua quantité
de rafraîchiffemens à tout le monde.
S. M. entra dans Sainte Menehoud au
bruit du canon , reçût les prefens de
Ville , & fut complimentée. Après fon
fouper elle vit une illumination de 3 .
piramides de lumieres très-bien expofées ,
au bas de la montagne des Capucins , en
face de la maifon où la Reine avoit pris
fon logement. Enfuite on tira un feu
d'artifice qui commença par quantité de
fufées. Le nom de S. M. parut au milieu
d'un Soleil d'artifice , dont les rayons
avoient plus de 60. pieds de diametre.
Tout le feu étoit compofé de ce qu'il y a
de plus recherché , & fut terminé par
une grande Girande des plus magnifiques.
On écrit de Genève que M. de la
Clofure , Réfident de France , donna à
Hôtel de Ville le 6. de ce mois , à
l'occa
OCTOBRE 1725. 2409
P'occafion du Mariage du Roi , une magnifique
fête ; elle commença par un fuperbe
dîner , où le Confeil & un grand
nombre de perfonnes de diftinction étoient
invitez . Ce repas qui dura jufqu'au foir ,
fut fuivi d'un magnifique bal qu'on continua
pendant une grande partie de la
nuit , & pendant lequel on donna toutes
fortes de rafraîchiffemens avec grande
abondance , & on fit couler des fontaines
de vin pour le peuple. Le bal fut ouvert
par M. le Réfident & par l'époufe de M.
Sartoris , premier Syndic de la République
. Il y eut trois décharges de cent
pieces de canon aux fantez du Roi de
France , de la nouvelle Reine , du Roi
Stanislas , & de la Reine fon épouſe . On
falua auffi du canon , mais d'un moindre
nombre de coups , felon les gradations
convenables , les fantez de la Maifon
Royale , du Duc d'Orleans , du Duc de
Bourbon , & c. du Comte de Morville ,
Miniftre des affaires étrangeres , du Réfident
, à la profperité de la République
& des Confeils , & c. & l'on finit par
une falve de toute l'Artillerie , à l'accompliffement
des voeux de la France
dans ce Mariage.
Le 21. de Septembre les fix Corps des
Marchands de la Ville de Paris , étang,
prefentez par le Duc de Gefvres , Cou
D vj verneur
2410 MERCURE DE FRANCE.
verneur de Paris , eurent l'honneur de
complimenter le Roi & la Reine fur
leur Mariage.
Le Te Deum fut chanté le 2 5. Septembre
dernier dans l'Eglife principale de la
Ville de Caën , où tout le Clergé , &
tous les Corps fe trouverent ; le Marquis
de Mathan , Lieutenant de Roi de la
Ville & du Château , alluma le feu dans
la place de S. Pierre , au bruit du canon
du Château la Compagnie des Grenadiers
du Regiment de Vendôme étoit au
tour du feu avec les drapeaux du Regiment
, & un gros détachement de la
Bourgeoifie étoit fous les armes aux avenuës
de la place. Ils firent tous une décharge
quand le feu fut allumé. La Compagnie
des Grenadiers alla rejoindre quatre
autres Compagnies du même Regiment
, qui étoient en bataille dans une
grande prairie à l'entrée de la Ville
toutes les Compagnies enfemble firent
l'Exercice , & tous les mouvemens militaires.
Après quoi le Corps de Ville fit
tirer à l'entrée de la même prairie , visà-
vis la porte de la Ville , grand nombre
de fufées volantes , ce qui fut fuivi d'un
feu d'artifice , de cinquante pieds de haut,
élevé fur 4. pilliers .
Au fommet paroiffoit une figure vêtue
à la Polonoife : fur les quatre faces
on
OCTOBRE 1725. 241Y
on voyoit quatre emblêmes , d'un côté
étoit peint un gros diamant expofé aux
rayons du Soleil avec ces mots Eſpagnols
, tanio mas centillante , d'un autre
côté on voyoit une Etoile brillante au
travers d'un nuage , avec ces mots latins ,
Celari nefcia virtus , d'un autre côté paroifloit
une Aigle blanc regardant le Soleil
avec ces mots Italiens , Cofi caro come
ard.nte ; enfin fur la quatrième face on
voyoit un bel épi debout & un Soleil audeffus
avec ces mots Italiens , al Tempo
dara frutto.
>
Quand le feu d'artifice ceffa tout le
monde rentra dans la Ville , où toutes
les maifons fe trouverent illuminées , &
où il y avoit des feux allumez devant
toutes les portes ; celle de M. d'Aube
Intendant , étoit éclairée de grands flambeaux
de cire blanche à toutes les fenêtres
, il y avoit aux deux côtez de fa
porte deux fontaines de vin , dont le haut
étoit orné des armes du Roi & de la
Reine , le vin y coula depuis huit heures
du foir jufques à minuit , toute fa
Cour , qui eft bordée d'un quarré de bâtimens
étoit éclair'e de lampions. Il y
eut cinq tables , où fe trouverent tout
ce qu'il y a de gens plus confiderables
dans la Ville & aux environs , au nombre
de quatre - vingt - quatre , & après
ce
2412 MERCURE DE FRANCE :
ce fouper commença un bal , qui dura
toute la nuit . Il y eut auffi un grand fouà
l'Hôtel de Ville ; toute la Ville fut
en joye , & tout le paffa avec beaucoup
d'ordre.
per
* Jakt : Jakakakit *
RE’JOUISS ANCES faites à Grenoble
au fujet du Mariage du Roi. Extrait
d'une Lettre écrite aux Auteurs du
Mercure le 28. Septembre 1725. par
Ms les Confuls de Grenoble.
C
Omme la Ville de Grenoble eſt la
Capitale du Dauphiné , nous avons
crâ devoir faire mettre dans vôtre Journal
la relation des réjouiffances faites dans
nôtre Ville , au fujet du 'Mariage du Roi .
Sur les ordres de la Cour , envoyez à
M. l'Evêque & Prince de Grenoble pour
faire chanter le Te Deum , à l'occafion du
Mariage du Roi , & aux Cours Superieures
pour y affifter , on choifit d'un
commun accord avec M. le Marquis de
Marcieu , Gouverneur de la Citadelle &
Ville de Grenoble , le Dimanche 23. de
Septembre .
Les Confuls toûjours attentifs à remplir
leurs devoirs , donnerent les ordres
neceffaires pour cette grande ceremonie .
Dès
OCTOBRE 1725. 2413
Dès le matin de cette belle journée ,
on fit publier une Ordonnance , portant
qu'auffi- tôt que la nuit feroit venuë ,
chaque Bourgeois fit illuminer la façade
de fa maifon , & allumer un feu devant
fa porte.
M. de Fontanieu , Intendant de la Province
, fit couler dès le matin plufieurs
fontaines de vin , aux côtez de la porte
de l'Hôtel de Ville, où il fait la demeure ;
elles étoient ornées des armes du Roi
& de la Reine , illuminées de pots à feu,
de lampions , & accompagnées d'une architecture
de verdure , dont l'afpect étoit
très-agréable.
Vers le midy toute la Nobleffe & les
perfonnes de diftinction fe rendirent chez
M. de Marcieu qui donna un repas fort
fplendide ; il y eut plufieurs tables fervies
également . Le Chevalier de Marcieu
, Inſpecteur d'Infanterie , Colo.
nel du Royal Vaiffeau , faifoit les honneurs
d'une table , où étoient les Officiers
, & le Marquis de Marcieu , faifoit
les honneurs d'une autre , où étoit
la Nobleffe de la Ville.
Au commencement du fecond fervice
le Marquis de Marcieu s'étant levé ,
invita toute la compagnie , le verre à la
main , à boire la fanté du Roi & de la
Reine , ce que tout le monde executa
auff
2414 MERCURE DE FRANCE.
auffi debout & découvert. On entendit
en même temps plufieurs décharges d'Artillerie
, & de grands cris de joye de
VIVE LE ROY.
Sur les 4. heures les Confuls , accompagnez
du Lieutenant General de Police
, & du Procureur du Roi , précedez
des haut- bois & des violons , & au bruit
des fanfares , fe rendirent au Gouvernement
, où le Chevalier de la Baume , pre
mier Conful , invita le Gouverneur au Te
Deum que l'on alloit chanter à la Cathedrale
, où on alla en gardant le même
ordre que l'on avoit tenu auparavant , le
Corps de Ville marchant le premier ,
fuivi du Gouverneur , accompagné de la
Nobleffe .
y
Dès que l'on fut placé dans l'Eglife ,
le Parlement en robbes rouges , & la
Chambre des Comptes s'y rendirent.
M. l'Evêque entonna le Te Deum qui
fut continué par la fymphonie & les voix.
de l'Académie de Mufique , établie à
Grenoble .
Le Choeur de la Cathedrale étoit orné
de riches tapifferies de velours bleu , ſemées
de fleurs - de - lys d'or.
Après que tout fut fini , le Gouverneur
avec le Corps de Ville , marcherent dans.
le même ordre qu'ils étoient venus jufqu'à
la place d'Armes , où la Ville avoit
fait
OCTOBRE 1725. 2415
fait dreffer un grand bucher ; fur la faceoppofée
au côté par lequel on y arrivoit ,
on avoit peint les armes du Roi & de la
Reine , de l'autre côté les armes de M.
le Duc d'Orleans , Gouverneur de la Province
; d'une autre côté étoient les armes
du Dauphiné , & au quatrième étoient
les armes de la Ville. Tous les angles de
ce bucher étoient ornez de rubans blancs
en feftons parfemez de fleurs- de- lys &
de Dauphins.
Le Bataillon de Royal Artillerie , occupoit
la moitié de la place , & la Milice
Bourgeoife l'autre .
Des que l'on fut entré dans le cercle
le Gouverneur ayant falué la Nobleffe
qui l'avoit accompagné , fe détacha pour
venir fe mettre à la tête de la Maiſon
de Ville ; & après avoir fait les trois
tours accoutumez , & avoir reçû un flambeau
qu'on lui prefenta , alluma le feu
au bruit de plufieurs décharges d'Artillerie
, & aux acclamations du peuple.
Sur les 7. heures toutes les Dames &
la Nobleffe fe rendirent chez M. de Fontanieu
, où l'on vit toute la façade de
l'Hôtel de Ville entierement illuminée.
Quand toute la nombreuſe compagnie
fut affemblée chez M. l'Intendant , le
Chevalier de la Baume , premier Conful
, vint prier Madame de Fontanieu de
you
2416 MERCURE DE FRANCE.
vouloir faire l'honneur à la Ville de
mettre le feu aux artifices que les Confuls
avoient fait dretler fur le milieu de
la riviere d'Ifere , vis- à- vis les terraces
du jardin de l'Hôtel de Ville.
A huit heures Madame de Fontanieu ,
& les Daines qui l'accompagnoient vinrent
occuper les places qu'on leur avoit
prépares , & où l'on avoit élevé plufieurs
tentes pour les garantir du ferein .
Le parterze , les terraffes , & tout le
jardin étoient illuminez de pots à fèu ,
de bobéches & de lumignons , dont le
nombre. & Parrangement furprenoit
agréablement. Quand Madame de Fontanieu
& les autres Dames furent placées ,
le Chevalier de la Baume la pria de vouloir
mettre le feu à un Dragon qui devoit
partir des terraffes pour aller allu
mer & faire jouer tout l'artifice , q..i
fut parfaitement bien executé.
Il y eut enfuite bal , durant lequel o
fervit avec abondance toutes fortes de
rafraîchiffemens , & le bal ne finit qu'avec
la nuit.
Il feroit trop long d'entrer dans le
détail de toutes les differentes illuminations
que l'on voyoit de tous côtez dans
la Ville , les plus diftinguées parurent
au Palais Epifcopal , chez M. de Grammont
, & aux principaux Hôtels qui
étoient
.
OCTOBRE 1725. 2417
étoient tous illuminez d'une maniere
differente & finguliere.
FESTE donnée à Venife , au sujet di
Mariage du Roi , par le Comte de
Gergi , Ambaffadeur de France le 12 .
Septembre 1725.
M
R le Comte de Gergi donna dans
fon Palais le 12. de ce mois , une
grande & magnifique Fête à l'occafion
du Mariage du Roi. La fête fut annoncée
fur les 4. heures après- midy par une
décharge de boëtes. Aux approches de la
nuit tout le Palais , & toute la rue dans
* laquelle il eft fitué , fe trouverent illuminez
par des pots à feu , tout le quartier
étant bien aife de donner dans cette cccafion
des marques de -fon zele & de fa joye
Un des pavillons qui eft au bout du
Falais , & qui eft ſitué ſur la Mer , étoit
illuminé de lampions , difpofez en maniere
d'arcades , ce qui faifoit un arc de
triomphe tout- à- fait brillant. Au haut de
la principale arcade on voyoit les armes
de France , au deflus defquelles on avoit
#eprefenté un Soleil Levant ; au haut des
arcades laterales , on avoit élevé deux
pyramides , fur lefquelles on voyoit les
chiffres
2418 MERCURE DE FRANCE.
chiffres du Roi & de la Reine .
Afin que tout le monde eut part à
cette grande Fête , on fit couler plufieurs
fontaines de vin , & Madame l'Ambaſſadrice
après avoir fait diftribuer toutes
fortes de rafraîchiffemens , diftribua ellemême
de l'argent , en le répandant au
peuple avec profufion par fon balcon .
Comme on étoit averti qu'il y auroit
bal , à peine le fignal fut- il donné , qu'on
vit arriver une quantité prodigieufe de
mafques , & on affure qu'il y en eft venu
fucceffivement jufqu'à vingt mille .
Outre que les perfonnes de grande
qualité , qui font dans Venife , fe
font trouvées à cette Fête , on y a compté
un grand nombre d'Etrangers de la premiere
diftinction .
Il y eut à la fuite du bal une ferenade ,
dont les paroles convenables au fujet ,
furent fort applaudies , la Mufique étoit
du fieur Vivaldi , le plus habile compofiteur
qui foit à Veniſe.
>
Les ordres qu'on avoit donnez pour
cette Fête , ont été fi bien executez
qu'il n'y a pas eu le moindre embarfas
, ni le moindre defordre , de forte
que tout le monde en fortit également
rempli d'admiration & de fatisfaction .
RELA
OCTOBRE 1725. 2419
RELATION des marques publiques
de réjouiffance que le Marquis d'Avaray
, Ambaffadeur du Roi en Suiffe , a
données à Soleure , à l'occafion du Mcriage
de Sa Majefté , les 17. 18. 19 ,
20. Septembre 1725,
commença
Lauquel Ambaffadeux faifoit the
Es préparatifs pour le feu d'artifice ,
vailler depuis long- temps , n'ayant pû
être faits avant le 17. Septembre , ce ne
fut que ce jour là que fon Excellence
à donner des marques publiques
de réjouiflance fur ce grand évepement.
La Fête fut annoncée le matin
par une falve de toute l'Artillerie des
remparts; ffuurr lleess 9. heures S. E. précedée
de toute fa Maifon , & accompagnée
d'une nombreuſe députation du Confeil
d'Etat de Soleure , fe rendit à la Maiſon
de Ville , où elle prononça , le Confeil
affemblé , un Difcours très - éloquent.
Après quelques momens d'entretien
avec les principaux Chefs , S. E. retourna
à fon Hôtel dans le même ordre , &
avec le même cortege , & donna pref
que auffi- tôt audience au Confeil d'Etat
venu en Corps pour la remercier de la
part
2420 MERCURE DE FRANCE . ,
part qu'elle venoit de leur donner du
Mariage du Roi , le Chef de la République
portant la parole , ce qu'il fit avec
beaucoup d'éloquence & de dignité .
A 11. heures elle fe mit en marche
pour fe rendre à l'Eglife , précedée comme
auparavant , & accompagnée de tout
le Confeil d'Etat , & d'un grand nombre
d'Oficiers Suiffes au fervice de S. M.
En fortant elle trouva la Bourgeoifie
fous les armes rangée en deux lignes depuis
la porte de l'Hôtel jufqu'au grand
portail de l'Eglife , où elle fut reçûë
par le Prevôt du Chapitre en chape ,
ainfi que les deux affiftans à la tête de
tous les Chanoines en habits de ceremonie
, qui lui prefenta l'Eau benite .
Après avoir entendu la Meffe , & le
Te Deum chantez par une belle Mufique
, & au bruit tant de la Moufqueterie
que de l'Artillerie , S. E. retourna chez
elle dans le même ordre , fuivie de plus,
de tout le Grand Confeil , ayant enfuite
donné audience au Clergé venu auffi en
Corps pour la complimenter fur cet augufte
Mariage , où fe mit à table au nombre
de 150. perfonnes , pendant 5. heures
que
dura le repas , auquel elle avoit
fait inviter le Petit & Grand Confeil ,
le Chapitre , & c. les fantez du Roi & de
la Reine furent celebrées plufieurs fois au
"
bruit .
OCTOBRE 1725. 2421
bruit de toute l'Artillerie . Les memes
tables , & quelques autres d augmentation
furent enfuite fervies de nouveau
Four plus de 200. perfonnes de la Bourgeoilie
, & ce repas ne dura pas moins
que le premier.
Le lendemain 18. fur les 7. heures
du foir , M. l'Ambaſſadeur & Madame
l'Ambaffadrice fe rendirent aux flambeaux
au bord de la riviere pour voir le
feu d'artifice on leur avoit préparé , à .
} leur famille & à leur fuite , une tente
fort vafte ouverte par le devant , & pour
le Petit & Grand Confeil , le Chapitre,
& toutes les autres perfonnes de diftinction
des deux fexes , des places également
commodes .
L'édifice qui reprefentoit le Temple
des Vertus , étoit conftruit en quarré fur
deux grands batteaux , chaque face de 20.
pieds de large , & d'une hauteur proportionnée
à chacune on voyoit un portique
de 1o. pieds de haut & de 5. de large
, les armes du Roi , & de la Reine
au-deffus avec plufieurs ornemens d'architecture
; à l'un & à l'autre côté de ces
portiques une figure de hauteur plus
qu'humaine , reprefentant une vertu avec
les Symboles de fes principaux attributs ,
& une Infeription qui avoit raport au
Roi ou à la Reine, Cet édifice enfermé
par
2422 MERCURE DE FRANCE.
par une balustrade de 5. pieds de large ,
portoit un autre bâtiment de pareille
ftructure , dont les dimenfions étoient
proportionnées au premier, avecdes portiques
de même , fermez par des toilles
tranfparantes , chargées d'emblêmes & de
devifes convenables au fujet . Ce fecond
édifice étoit entouré d'une gallerie qui
regnoit fur l'entablement des portiques
du premier ordre , & il étoit couronné
d'un autre de fa propre largeur ; le tout
peint & orné avec goût ; de deux côtez
de ce fecond étage s'élevoient deux piramides
de 15. pieds de haut , fur leurs
pieds deftaux de 4. chargez des chiffres
du Roi & de la Reine , couronnez de
fleurs de - lys fans nombre à fonds d'azur ;
chaque piramide portant à fon fommet un
foleil plein d'artifice , & entre deux les
armes de leurs Majeftez , auffi remplies
d'artifices qui s'illuminerent tout à-coup,
ainfi que les deux Soleils , par la fufée à
laquelle S. E. mit le feu de l'endroit où
elle étoit affife.
Outre ce bâtiment , illuminé en dedans
, par un très grand nombre de lampions
, & en dehors par des pots à feu , il
y avoit un batteau chargé de pieces d'artifice
pour l'eau, & de l'autre côté de la
riviere à l'oppofite plufieurs mortiers
qui ne cefferent pendant une heure que
le
OCTOBRE 1725. 2425
le feu dura , de jetter des bombes , qui
éclatant en l'air , firent un fort bel effet ;
on tira auffi du même endroit quantité
de groffes fufées , entre lefquelles il y
en avoit du poids de 15. livres , dont le
bruit , joint à celui du canon qui ne ceffa
point non plus de tirer , contribua beaucoup
au plaifir de cette belle foirée , le
tout ayant réüffi parfaitement.
Après le feu S. E. retourna chez elle
à pied avec toute fa fuite , accompagnée
des Principaux de l'Etat en entrant dans
la cour , on trouva l'Hôtel illuminé du
haut jufqu'en bas de plus de 7000. lampions
, indépendamment d'une piramide
au milieu , de 40. pieds de haut , qui en
étoit chargée jufqu'au fommet , d'où voltigeoit
un étendart aux armes du Roi &
de la Reine , les 4. faces de la baſe contenant
autant d'emblêmes toutes convenables
au fujet de la Fête.
Madame l'Ambaſſadrice ayant fait inviter
les Dames à fouper , & leurs Excellences
ayant retenu tous ceux qui les
avoient accompagnez au feu , & reconduis
, il y eut 6. tables de 20. & 15 .
couverts , toutes remplies , & également
bien fervies . Le repas dura jufqu'à près
de minuit que le bal commença . L'appar
tement à côté de la falle où l'on danfoit
étoit rempli de tables couvertes de toutes
E fortes
2424 MERCURE DE FRANCE.
•
fortes de rafraîchiffemens , liqueurs , con
fitures feches & liquides. Le bal dura jufqu'à
4. heures.
Le Mercredi 19. S. E. retint à dîné
plufieurs perfonnes , tant de la Ville
qu'Etrangers , & il y eut 3. tables de
15. couverts. A deux heures S. E. fe
rendit dans une maiſon qui lui avoit été
préparée dans la grande rue , d'où elle
pouvoit voir commodément les differentes
fontaines de vin blanc & rouge qu'on
y avoit faites par fes ordres , qui coulerent
jufqu'à la nuit ; & du balcon où
elle étoit , elle jetta de l'or & de l'argent
au peuple , à plufieurs repriſes , pendant
Madame l'Ambaffadrice , & les principales
perfonnes de leur fuite en jettoient
de toutes les croifées , ce qui dura
affez long-temps , & avoit attiré un nombre
fi prodigieux de gens de la campagne
, que la Ville pouvoit à peine les
que
contenir.
Leurs Excellences donnerent enfuite
un concert de Mufique Françoife & Italienne
, dont la parfaite execution fit
beaucoup de plaifir.
Le Jeudi 20. M. l'Ambaffadeur fit
donner à toutes les Confrairies de la Ville
, & aux Communautez Religieufes
d'Hommes & de Filles , une fomme d'argent
proportionnée à la quantité de perfonnes
OCTOBRE 1725. 2425
fonnes dont elles font compofées , avec
cela de grandes largeffes aux pauvres , à
la Bourgeoifie qui avoit été fous les
armes , aux canoniers & à tous les
gens qui ont été employez à cette Fête
à laquelle Mrs de Soleure ont contribué
de très-bonne grace de leur Artillerie.
On ne vit jamais plus de joye , ni plus
de démonſtrations de refpect & de zele
qu'il en a paru pour leurs Majeftez dans
cette occafion fi intereffante.
Complimens faits au Roi & à la Reine
le 13. Septembre 1725. par l'Univerfite
de Paris , M. Dagoumer , Recteur,
portant la parole.
SIRE ,
AU ROY.
- Si l'Univerfité avoit ofé vous adreffer
fes voeux , V. M. l'auroit vûë, profternée
, à fes pieds la ſupplier de donner
à fon peuple la confolation qu'elle vient
de lui accorder.
Vous prêter , SIRE , à fes beſoins , &
à ceux de l'Europe , faire regner avec
E ij
Vous
2426 MERCURE DE FRANCE:
vous , & couronner une Princeſſe heri
tiere de ces grandes qualitez qui ont élevé
fon augufte Pere , au titre fuprême de
Majefté , c'eft le triomphe de fa vertu &
celui de vôtre fageffe.
Que le Dieu de lumiere qui a infpiré
ces fentimens à V. M. daigne combler
de fes benedictions vôtre augufte Mariage
, qu'une de ces benedictions , sire ;
foit la naiffance d'un Dauphin ; ce fera
la joye de toute l'Europe , & le comble
du bonheur de la France ; ce font mes
voeux , SIRE , & ceux de vôtre Univerfité
.
A LA REINE.
MADAME.
Les hommages que l'Univerfité rend
aujourd'hui à V. M. font auffi finceres
que le fujet qui les caufe eft confolant.
Cette Compagnie , MADAME , comme
fujette du Roi , attendoit avec une impatience
égale à nos befoins , une Souveraine
qui pût nous donner des Princes
dignes de leurs peres , & comme fa fille
aînée elle faifoit des voeux pour avoir
dans nôtre Souveraine une mere qui fut
ornée de ces grands talens , & de ces
qualii
OCTOBRE 1725. 2427
qualitez excellentes que l'Europe admire
dans V. M.
Le Roi , MADAME , vient de nous
accorder plus que nous n'ofions fouhaiter
: à l'âge de Salomon , & doüé de
fa fageffe , il a connu que vôtre vertu
étoit la jufte valeur de fa Couronne , &
le feul titre qui pût la meriter ; & pour
affurer à l'Etat des Princes capables d'en
foutenir le poids éclatant , il vient de la
mettre fur la tête de V. M.
Cet évenement , MADAME , qui
Yous couronne de gloire nous comble de
joye. Mais comme nos tranfports font
infiniment au- deffus de nos expreffions ,
nous n'apportons aux pieds du Trône de
vôtre Majefté , que des fentimens d'admiration
& de dévouement , les plus
zelez , les plus refpectueux , & les plus
foumis .
Le Dimanche 14. de ce mois les
Maîtres & Gouverneurs de l'Archi- Confrerie
Royale des Chevaliers , Voyageurs
& Palmiers du S. Sepulcre de Jerufalem ,
érigée par le Roi S. Louis dans l'Eglife
des PP. Cordeliers du Grand Convent de
Paris , firent chanter , au nom de toute la
Societé, dans leur Chapelle , un Te Deum
en Mufique , & enfuite l'Exaudiat , en
action de graces de l'heureux Mariage du
E iij Roi
2428 MERCURE DE FRANCE.
Roi avec la Princefle Marie. La Cha
pelle étoit extraordinairement parée &
illuminée , M. Marchand y toucha l'Orgue
, & on entendit deux décharges de
boëtes & d'artifice.
Free greate ર
Le Bourgeois de Village fenfible au Mariage
de Louis XV. Bouts - rimez Languedociens
remplis , Par M. l'Abbé
Plomet , Chanoine .
L
SONNE T.
Ou Rey fes maridat , Anenfi de Lefine ,
Per un mes vau louga la lire d' Apollon.
Sautaray , bondirai cent fes mai qu'un Ballon
Trataray mous parens , lous amis , ma Vefine.
Counfervas nous , Grand Diou ! Louis &
Melufine,
Qu'un Dauphin poulidet , plus fort que lou
Moilon
M: tte as fers la difcorde & la pax au Foulon ,
Las Perdrix fumaran alors dins ma Coufine.
Pourtaray
OCTOBRE 1725 .
2429
Faray pefca fur Mar Tartane & , Brigantin ,
Pourtaray lou Damas , la vefte de Satin
Plaçaray fous Pourtraits dins une belle Ovale
Mufes ajudas me , cantas fur l'
Helicon
Vive Lou Rey Loüis . Cefar lou Rubicon ',
N'égalara jamays la ſene ta
Rivale.
CAUSE plaidée au College de Louis
Le Grand , le 31. Aouft 1725 .
il
Et exercice a pour fin d'effayer les ta
Clents des jeunes Eleves, une affemblée
nombreufe & diftinguée l'honore de fa prefence
& de fes éloges ; le P. Porée en
étoit chargé cette année : comme il n'a
en vûë que d'être utile à fes difciples ,
même dans les plus legers exercices ,
s'applique en particulier à celui - ci comme
plus propre à leur former l'efprit &
le coeur ; il leur en fournit le fujet , il
dirige leur travail , il exerce les Acteurs
avec un foin égal au fuccès ; mais la fageffe
regle & domine la délicateſſe du
E iiij goût
2430 MERCURE DE FRANCE .
gout dans le choix des Plaidoyers , il
cherche à inftruire autant qu'il fçait
plaire , & il a fait valoir jufqu'ici ce que
> T'amitié peut infpirer de plus genereux ,
l'amour paternel ou filial éprouver de
plus fenfible , le zele pour la Patrie executer
de plus heroïque , la diverfité des
conditions offrir de plus intereffant , l'induftrie
inventer de plus curieux , la cha
rité & la politique établir de plus utile ,
les beaux Arts renfermer de plus folide ,
le barreau même agiter de plus litigieux.
Cette multitude de fujets prouve un genie
heureux & fecond , la maniere ingenieufe
& obligeante dont il les a traitez
ne lui fait pas moins d'honneur. Dans un
perfonnage , & dans une avanture imaginaire
on découvroit fouvent & des
rapports heureux avec les Acteurs , &
certains traits flateurs pour leur famille.
La cauſe prefente roule toute entiere
fur le plus pur zele , & la plus juſte reconnoiffance.
Ctesiphon eut quatre enfans , trois
garçons & une fille ; tous quatre eurent
le malheur de donner chacun dans un
vice different : Theomaque donna dans
le libertinage d'efprit , Lyfias dans le libertinage
de coeur , Adrafte dans la fainéantife
, & Teffeville dans la paffion du
jeu. Tous quatre eurent le bonheur de
trou-
ร
OCTOBRE 1725. 2431
trouver des perfonnes zelées & habiles
qui les firent revenir de leur égarement.
Ariftonous détrompa l'efprit de Theomaque
, Sophronime regla le coeur de Lyfias
, Ergafte rendit Adrafte laborieux ,
& Phidolie guerit Tefleville de fa paffion
pour le jeu. Ctefiphon voulut confacrer
la memoire de ces quatre fervices
par un Acte authentique ; & après avoir
laiffé par fon Teſtament fon bien partagé
entre fes quatre enfans , il legua par un
codicile aux quatre perfonnes , qui les
avoient aidez de leurs confeils , tout ce
qui faifoit la richeffe de fon cabinet , 1 .
un diamant de prix , 2 ° une pendule
d'un travail exquis , 3 deux tableaux
de pieté faits par un des plus habiles
Maîtres , 4° une petite bibliotheque compofée
de livres choifis ; il témoigna fouhaiter
que ces meubles tous précieux ;
mais d'un prix inégal fuffent adjugez fuivant
la grandeur des fervices rendus à
fes enfans. Il s'agit donc d'examiner l'im
portance des quatre fervices , & de montrer
en quel rang on les doit placer ,
pour leur affigner à chacun leur récompenſe.
♥
M. de la Porte faifoit la fonction de
Juge avec cette dignité gracieufe , qui
l'a diftingué dans plufieurs pieces de
Theatre , où il a foutenu les rôles les plus
E v beaux
2432 MERCURE DE FRANGE .
beaux & les plus difficiles. Ce font ;
( dit-il , en ouvrant la féance ) ce font
prefque toûjours des paffions criminelles
qu'on cite au Tribunal de la Juftice ,
pour folliciter la peine qui leur eft dûë ;
mais aujourd'hui ce font des vertus fecretes
, que la vertu veut rendre publiques
pour les récompenfer . Il détaille
enfuite le fait , & exhorte les bienfaiteurs
à expofer leurs fervices ; il y a de
l'art à les faire plaider eux- mêmes leur
caufe , les difcours en feront plus animez
& plus touchans .
Un diſcours , s'il y a de l'efprit & du
fentiment , perd toûjours dans l'extrait
qu'on en fait on fupprime alors ces
-tours vifs & délicats , ce ftile nombreux
& fleuri , ces figures nobles & brillantes
, qui font comme les traits & le coloris
d'une belle éloquence ; ce qui remuoit
, touchoit , tranfportoit l'Auditeur
, n'eft offert à un lecteur tranquille
que d'un air fec & froid . Qu'on ne juge
donc pas tout- à - fait des 4. Plaidoyers par
ce précis , eut- il même le bonheur d'être
goûté.
1. Plaidoyer. Ariftonous parla le premier
par la bouche de M. l'Efcalopier
de Nourar , qui fut applaudi. Il reprefenta
le libertinage d'efprit en matiere de
ReliOCTOBRE
1725. 243 3
Religion comme le vice , 1 le plus
hipocrite , 2 le plus incurable .
•
Il remarque d'abord que c'eſt le feul ,
ou prefque le feul vice , qui s'eftime &
fe pare des beaux noms de force , de
fageffe , de candeur & de probité ; pour
démafquer ce vice impofteur , il fait
voir fa force n'eſt
que que
foibleffe , que
fa fageffe n'eft folie
, que
que fa candeur
n'eft que déguiſement , & qu'il cache
une vraie iniquité fous une probité apparente.
Aucun caractere de force ne peut convenir
à un efprit libertin , qui fe trouve
comme accablé ſous le poids d'une Religion
fainte & pure , & qui ſe fait violence
pour en fecouer le joug ; qui n'ofe
lever les yeux vers l'Auteur de fon être,
& qui craint de fixer fes regards fur l'ob
fcurité lumineufe de nos myfteres.
L'Orateur touche ici la veritable raifon
qui fait les incredules ; ils font profeffion
de nier ce qu'ils n'ofent pratiquer
, & ils ne deviennent hardis que
par defefpoir.
Il est vrai qu'ils fe piquent de fageffe ,
& qu'ils nous accufent de croire trop
legerement ; mais Ariftonous démontre
d'une maniere vive & précife , que nôtre
creance eft appuyée fur les motifs
les plus forts & les plus nombreux , fur
E vj
des
2434 MERCURE DE FRANCE.
des témoins intrépides & irreprochables :
puis il ajoûte. Sur la foi de qui ce prétendu
fage fe repofe- t'il dans fon incrédulité
? fur la foi d'un petit nombre d'impies
qui ont été regardez comme des
monftres dans les fiecles , qui ont eu le
malheur de les produire. A qui s'en
rapporte-t'il dans la matiere du monde la
plus importante ? à nos Epicures modernes
, à des Philofophes , qui ont puifé
leur fageffe dans l'Ecole de l'Indolence
, ou de la Volupté . Que confulte -t'il
dans les doutes qui le troublent & qui
l'agitent des efprits flotans dans leurs
opinions , des hommes que la corruption
de leur coeur , auffi bien que l'égarement
de leur efprit , tranſporte d'un fentiment
à un autre , & rend le jouet de leurs
frivoles penfées , comme de leurs fou
gueufes paffions.
Le faux fage fe couvre encore aux
yeux des perfonnes fimples & credules
d'un mafque de candeur & de probité ;
mais doit-on compter fur la bonne foi
d'un homme , qui a déja violé fes plus
faints engagemens ? Peut- on s'affurer de
la probité d'un homme , qui ne reconnoît
aucun témoin de fes penfées , aucun
Juge de fes defirs , aucun vengeur de fes
actions fecrettes ?
Cette partie finit par expofer avec
force
OCTOBRE 1725. 2435
force les malheurs qu'attireroient bientôt
des hommes de ce caractere , fi leur
nombre venoit à prévaloir : on a tout à
craindre de qui ne craint rien , & celuilà
ne craint rien , qui ne veut rien
croire .
Il n'étoit pas facile de convaincre Theomaque
de ces veritez , & le libertinage
d'efprit eft encore le plus opiniâtre &
le plus incurable.
Pour fe détacher d'un vice , il faut &
le connoître & le détefter : deux conditions
qui manquent prefque toûjours à
l'incredule.
3
Qu'on lui montre fon erreur , il refuſe
de la reconnoître il fait plus , il fe tient
en garde contre ceux qui pourroient le
détromper ; s'il dévoile fes fentimens impies
, ce n'eft que devant quelques efprits
auffi foibles que fuperficiels , quelques
femmes auffi credules que curieufes
, quelques hommes auffi mauvais Philofophes
que mauvais Chrétiens ; c'eſtlà
qu'il prend fon champ de bataille
ceft là que d'un ton audacieux il attaque
la fainteté de nos myfteres ; & qu'après
avoir ébloui des yeux foibles par la
fauffe lueur d'un argument captieux , il
s'applaudit , il triomphe , comme s'il
avoit remporté une victoire complette .
Trouve-t'il au contraire quelque efprit
fubtil
2436 MERCURE DE FRANCE.
fubtil & penetrant , il évite le combat
ou s'il eft forcé d'entrer en difpute , il
Iâche bien-tôt pied, & fe contente de lancer
quelque trait en fuyant , mais fans
force & fans effet ; fi fon adverfaire le
pourfuit & le preffe , il ne fe défend
qu'en voltigeant de côté & d'autre , pour
éluder les coups qu'on lui porte ; s'il
peut oppofer à quelque trait invincible
un bon mot , ou une mauvaiſe plaiſanterie
, il fe felicite ; & tout convaincu ,
tout defarmé , tout percé qu'il eft de
bleffures , il diffimule fa défaite par un
ris mocqueur , il s'en cache la honte à
lui- même .
Peut on mieux repreſenter le lâche
aveuglement d'un prétendu efprit fort ?
Il faut pourtant avouer qu'il entre voit
fon erreur ; mais il l'aime , il s'y attache
, & il craint de s'en défaire ; le
temps même qui amortit prefque tous
les autres vices , n'affoiblit point l'opiniâtreté
de l'incredule ; il porte fes erreurs
dans tous les âges , & les retient ,
pour ainfi dire , malgré elles ; il rougiroit
de conferver encore les flâmes de
l'impureté fous les glaces de la vieilleЛle ,
il fait gloire de retenir fes vieilles erreurs
, & de les défendre avec une voix
ufée & tremblante.
Ariftonous conclut qu'après avoir gueri
TheomaOCTOBRE
1725. 2437
Theomaque d'un mal auffi grand & auffi
opiniâtre , on ne peut lui difputer la préference
, fans fe rendre coupable envers
la Religion , ni lui enlever la récompenfe
qu'il mérite , fans commettre une efpece
de facrilege.
2. Plaid . Mr. de Rippert de Monclar,
plaidoit fous le nom de Sophronime. It a
de quoi foutenir le caractere d'un homme
qui perfuade la vertu , fa déclamation
vive & touchante attendrit juſqu'aux
larmes , fon feul début fpirituel & genereux
prévint en fa faveur .
Il déclara que fon coeur fouffroit violence
, & qu'il reveloit malgré lui , un
myftere qu'il voudroit enfevelir dans un
oubli éternel ; je n'en parleray , dit- il ,
que pour feconder les intentions d'un pere
& d'un fils reconnoiffant , mais j'en parlerai
peut-être avec plus de retenue que
n'ont fait l'un & l'autre je me contenterai
de faire voir en general , qu'en retirant
Lyfias du libertinage de coeur , je l'ai
guéri d'un vice , dont 1 ° . les attraits font
les plus féduifants , 2. les effets font les
plus funeftes , le recit des avantures de Lyfias
fert de preuve à la 1. partie , qui n'eft
qu'une peinture de moeurs , naturelle &
fenfible ; nous en allons effleurer & réünir
les principaux traits: fi le Lecteur s'apperçoit
que nous fommes moins courts , nous
nous
2438 MERCURE DE FRANCE:
nous flattons qu'il nous en fçaura gré.
On reprefente d'abord les inclinations
de ce jeune homme & le fuccès de fon
éducation . Lyfias , né avec un temperament
doux & facile , un efprit vif & enjoué
, une humeur agréable & un peu
legere , refpiroit le plaifir avant que de
le connoître. Ctesiphon , attentif aux divers
caracteres de fes enfans , comprit
qu'il y avoit beaucoup à efperer , mais
encore plus à craindre de celui - ci ; il n'omit
rien pour le former à la vertu ; tout
fut employé , tout profita.
On expofe enfuite les caufes & les circonftances
de fa chute. Après plufieurs
années d'inftruction , on le met en liberté
fuivant l'uſage ; par tout où il paroît,
fon air modefte annonce la pureté de fes
moeurs , & fait l'éloge de fon éducation :
mais il tombe bien- tôt entre les mains de
jeunes libertins , qui ne pouvant fouffrir
qu'on leur propofe pour modelle une perfonne
de leur âge , forment le deffein d'attaquer
fa vertu . Sophronime fait le détail
des criminels artifices qu'ils emploierent
pour corrompre Lyfias , infinuations flatteufes
, louanges empoifonnées, fines railleries
, leçons prétendues de politeffe ,
exemples féduifants , vives follicitations.
C'eft ici que commencent les démarches
courageufes d'un ami fage & zelé ;
fon
OCTOBRE 1725. 2439
fon ardeur , fa patience , fon bonheur même
, répondirent à la grandeur de l'entreprife.
Il avoue que penetré de la plus
jufte douleur il balança s'il devoit renouer
commerce avec Lyfias ( un pere tendre
& irrité avoit fait de vains efforts pour
toucher un fils voluptueux ) le zele & l'amitié
l'emporterent fur les doutes : Je
l'allai voir , dit - il , je trouvai en lui la même
politeffe , qui m'avoit charmé autrefois
, mais il m'entretint avec un air froid
& glacé qui me furprit , il ofoit à peine
lever les yeux & les attacher fur moi ,
l'inquiétude étoit peinte fur fon vifage ,
le défordre regnoit dans fes difcours &
le trouble de fon ame étoit répandu fur
tout fon exterieur.
Cette entrevue découvrit la profondeur
des plaïes que fon coeur avoit reçûës ;
pour le guerir , Sophronime s'infinue peu
à peu dans fon efprit ; & par des progrès
lents , mais fenfibles , il l'engage à une
confidence entiere. Lyfias craignoit de
s'ouvrir , il diffimule , il héfite , il nie ;
enfin voyant qu'il ne peut échapper , il
fait l'aveu humiliant de fa malheureuſe
fituation ; mais comme pour fe dédommager
de ſa ſincerité , il ajoûte en foupirant
d'un air chagrin & plein de dépit, qu'il ne
lui eft pas poffible de rompre fes chaînes.
Il fallut alors combattre Lyfias & ſes
faux
1440 MERCURE DE FRANCE.
faux amis , l'enlever à la puiflance de fes
vainqueurs & l'arracher, pour ainsi dire, à
lui-même. Ces obftacles ( continue Sophronime
) animerent ma compaffion , en-
Hammerent mon zele : tendrement cruel
j'ufai de menagements & de violence , .je
preffai , je follicitai , je conjurai : le Ciel
fut fenfible à mes voeux ; le charme qui
aveugloit Lyfias fe diffipa tout à coup
il m'embraffe ; Je fuis libre , dit - il , &
vous êtes mon liberateur , regardez • moi
comme votre conquête.
Il fentit en ce moment & n'a jamais
oublié depuis,la grandeur du fervice qu'on
venoit de lui rendre ; pour la faire comprendre
aux rivaux de Sophronime , il
faut encore expofer les funeftes effets du
libertinage de coeur.
Dans la 2. partie auffi belle & plus
variée que la i . l'Orateur paffe fous filence
, ce qui fait le plus à fa caufe , mais
ce qu'il peut le plus aifément fuppofer
comme inconteftable , & qui convient
moins foit au caractere qu'il foutient , ſoit
au lieu dans lequel il parle : il fe borne
à ce qui peut davantage intereffer la vie
préfente fans égard aux preffans motifs
de la Religion ; & il montre que l'état
d'un homme livré à cette forte de paffion ,
n'eft ni moins à plaindre ni moins furprenant
que celui d'un frenetique.
Quel
OCTOBRE 1725. 2448
Quel trouble ! quel embarras dans fon
imagination ! tout occupé des images d'un
plaifir trompeur il ne fe poffede plus ; ik
regarde & ne voit pas , il entend & ne
difcerne il fe cherche & ne fe trou- pas ,
ve pas , ou plutôt il s'abandonne , il s'égare
, il fe perd. Ainfi Lyfias épris des
objets de fa folle paffion , n'étoit prefque
jamais avec lui - même , & c.
Quel renverfement encore plus incomprehenfible
dans fa maniere de penfer !
ce jeune homme , qui avoit des idées fi
juftes & fi nettes fur la nature & fur l'étenduë
de fes devoirs , tombe tout à coup
dans d'épaiffes tenebres, qui lui déguiſent
l'horreur des vices les plus honteux &
qui lui cachent des veritez , que la raifon
, l'instinct même , découvre aux perfonnes
les plus groffieres.
Quelle infenfibilité fur la perte de fa
réputation ! tandis qu'on le montre au
doigt avec un ris moqueur , tandis que
les gens de bien par des regards timides,
par des foupirs échappez , lui reprochent
la honte de fes débordemens , il eft fourd
à ces reproches , il brave les plaintes &
les murmures , il fe confole avec fes amis
de débauche , de l'indignation du public .
Enfin il ne menage ni bien ni fanté
il donne dans ces excès qui affoibliffent
les temperaments les plus vigoureux¸ &
qui
#442 MERCURE DE FRANCE :
qui moiffonnent quelquefois dans leur
printems les plus cheres efperances des
familles les plus illuftres .
Sophronime fe felicite de ce que Ly
fias vit encore, il fouhaite qu'il vive longtemps
, & pour fervir de modelle à ceux
qui , comme lui , auroient eu le malheur
de s'égarer , & le bonheur de revenir ;
& pour n'oublier jamais la main qui l'a
fauvé. Il finit par interpreter les intentions
& par louer la fagelfe de Ctefiphon ,
qui en refufant de s'expliquer fur la préference
dûe à un fi grand fervice , a voulu
qu'il fut récompenfé par un jugement
d'autant plus honorable , qu'il feroit authentique.
3. Plaid. Mr. de Tourmont de Gour
nay parloit au nom d'Ergafte , fon air
doux & naif le fit écouter avec plaisir,
fon application & fon activité dans un
age foible , pourroient animer l'indolence
même. Il commence par une fuppofition
finguliere & piquante.
Si quelqu'un par un artifice auffi fubtil
qu'officieux , imprimoit du mouvement
à un homme immobile , s'il inſpiroit
du fentiment à celui qui feroit tombé
dans un affoupiffement létargique ,
s'il donnoit une ame à un corps inanimé,
ne -pouroit-on pas l'appeller avec raifont
le
pere & le Créateur de celui à qui fon
<
induf
OCTOBRE 1725: 2443
induftrie auroit rendu un fervice fi important
?
C'est ce qu'Ergafte prétend avoir fait
à l'égard d'Adrafte . Comme il ne lui convient
pas d'être oifif ou timide dans une
cauſe perfonelle & facile , après avoir
réüffi par zele dans l'entrepriſe la plus
difficile , il avance pour montrer la grandeur
de fon bienfait , que l'oifiveté malgré
le nom de fes Sectateurs , malgré les
raifonnements de fes Apologiftes , doit
être détestée comme un vice qui fait 19,
que tout devient à charge au fainéant , 2º.
que le fainéant eft à charge à tout le
monde.
Il regne dans la 1. partie une grande
jufteffe de penſées & d'expreffions . Tout
homme a des devoirs à remplir , foit à
l'égard du Créateur , dont il eft l'ouvra
ge , foit à l'égard de la Patrie , dont il
eft citoyen , foit à l'égard de la famille
dont il eſt membre . Ces devoirs par leur
poids & par leur multitude , doivent effrayer
, accabler un homme lâche & pareffeux
.
Un Dieu inviſible exige le facrifice de
l'efprit ; mais comment un efprit enſeveli
dans l'oifiveté prendra- t- il l'effort
pour contempler l'être fuprême ? Un Dieu
bon & liberal , veut que l'homme reconnoiffant
, au facrifice de l'efprit joigne
celui
2444 MERCURE DE FRANCE.
celui du coeur ; mais comment un coeur
qui n'eft que froideur & que glace , s'enflammera-
t-il , brulera- t- il d'amour à la
yeüe d'un pere fi aimable ? Un Dieu
Créateur & Souverain , demande , outre
le culte interieur & fpirituel , des refpects
& des hommages fenfibles ; mais
avec quelle lenteur & quelle nonchalance
, de quel air & dans quelle poſture
le fainéant s'acquitera -t-il de tous ces
devoirs de Religion ?
Ergafte paffe à une autre efpece d'obligations.
Chaque citoyen doit fervir fa
Patrie , foit en l'éclairant par la fagefle
de fes confeils , foit en la deffendant par
la force des armes , foit en l'enrichiffant
par de nouvelles acquifitions , foit en l'ornant
par d'illuftres Ouvrages.
Mais on demande encore quels confeils
la Patrie recevra d'un homme , qui ne ,
prevoit rien , qui ne s'inquiete de rien,
qui ne s'intereffe à rien ? quels combats
livrera pour elle un homme qui porte
peut- être l'épée moins comme un fimbole
de bravoure , que comme un titre
de fainéantife ? quelles richeffes lui procurera
un homme qui femble ne vivre.
que pour confumer dans l'inaction les
biens que lui ont acquis & confervez les
foins & les travaux de fes peres ? de quel
ouvrage l'embellira un homme qui croit
que
3
OCTOBRE 1725. 2445
que c'eft faire beaucoup que de fe maintenir
dans la poffeffion de ne rien faire ?
Peut-être que par pudeur & par modeftie
il ne veut pas le donner en fpectacle au
Public , pour s'adonner tout entier à fes
affaires domeftiques vaine idée ! s'il
eft pere de famille , il negligera l'éducation
de fes enfans , il abandonnera
fes domeftiques à leur propre conduite)
il deviendra l'efclave de fes ferviteurs
il confiera fes biens à des mains étrangeres
& fouvent infidelles : cependant il
gemira , comme s'il portoit tout le faix
de fa maiſon fur fes épaules , femblable à
ces ftatues qu'on taille quelquefois dans
les colomnes , & qui courbent la tête fous
un fardeau , dont elles ne foutiennent que
la moindre partie .
Ergaſte ,, pour achever le tableau du
fainéant , le reprefente encore infidele aux
devoirs de l'amitié : ne croyez pas , dit- il,
qu'il cherche l'occafion de prouver fon
zele par des effets , qu'il la faififfe ; fi
elle fe prefente , qu'il ne la laiffe pas
échapper ; fi elle eft entre fes mains , qu'il
fe remue à propos , & qu'il agile affez
promptement , pour empêcher des concurrents
actifs de prévenir fon ami.
. Il conclut de quelle efpece eft donc
cet homme qui connoît une Religion &
qui en neglige tous les devoirs , qui eft
mem
1446 MERCURE DE FRANCE:
membre d'un Etat , & qui ne lui rend
aucun fervice , qui eft chargé d'une famille
, & qui n'en prend aucun foín ; enfin
qui eft homme , qui vit parmi les hommes
, & qui ne s'intereſſe à rien de ce qui
concerne les autres hommes ? Aufſi eſt- it
à charge à tout le monde.
Son inaction le rend inutile à fa Patrie;
& la comparaifon qu'elle en fait avec les
citoyens laborieux , le rend odieux & infupportable
.
L'indignation de fa famille eft encore
plus jufte quel opprobre répandu fur
elle par un lâche , qui ternit la gloire
de les ancêtres ! quel déplaifir pour elle
de nourrir & d'entretenir un ingrat , qui
a trompé fes efperances les plus legiti
mes ?
Pour vous , tendres & fideles amis ;
yous concevez bien fon amitié vous
que
fera plus onereuſe qu'avantageule, & vous
éprouvez , qu'on ne peut fans une espece
de miracle mettre en oeuvre un homme
déterminé à vivre fans rien faire.
Ergafte prétend avoir operé ce prodige
; cet ami patient , actif & induftrieux ,
fait jouer des refforts capables d'imprimer
du mouvement à un corps immobile,
a imaginé le fecret d'échauffer un coeur ,
que le repos avoit glacé. Il finit en rabaiffant
les fervices de ces rivaux qu'il
fou
1
OCTOBRE 1725. 2447
foutient être renfermez dans celui qu'il
a rendu il en prend à témoin tous ceux
qui ont connu Adrafte devant & après cet
état , qu'il appelle celui de fa Metamor
phofe , & qui en a fait un Chrétien fidele
, un Citoyen zelé , un parent utile
& un ami genereux.
>
4. Plaid . Mr. Bazin plaidoit pour Phidolie
, fous le nom d'Evagoras . Cette
circonftance fit le fonds & la beauté de
l'Exorde , qui plût même aux Dames ,
qui s'y trouverent dépeintes. L'Auteur
dont le pinceau délicat & gratieux , s'eſt
toujours refufé au fiel de la Satire , n'en
a répandu fur ce portrait une teinture
legere & innocente , que pour l'égayer
& l'embellir.
Evagoras fe plaint que l'entrée du Barreau
& l'exercice public de la parole ,
foient interdits à un fexe naturellement
difert , & qui fans le fecours de l'art ,
po fede en lui- même un fonds inépuifable
d'Eloquence . Il demande pourquoi on
ferme la bouche aux femmes dans un lieu.
où préfide une Déeffe ? Craint - on , ( dit - iľ
pour les juftifier ) que par une fuperfluité
de paroles , elles n'allongent trop les
audiences , & ne rendent les conteftations
en quelque forte éternelles ? mais cette
abondance fuperflue eft- elle fi particuliere
aux femmes , qu'elle ne foit point com-
F mune
2448 MERCURE
DE FRANCE
.
mune à beaucoup
de ceux qui font admis
à parler devant les Tribunaux
?
Il s'offre enfin , pour fervir d'interprete
à Phidolie , qui refpecte la feverité
des loix fans en penetrer les motifs , &
pour expofer aux Juges ce qu'elle fçût
perfuader à Telleville ; mais avec une
force , une vivacité & une éloquence ,
la pafdont
il fe fent incapable : 1°. que
fion du jeu qui paroît la plus innocente,
eft fouvent la plus furieufe.
Que fait la fureur dans l'homme qui
en eft faifi ? ' elle l'aveugle & elle le tranf
porte ; effets fenfibles de la paffion du
jeu dans une femme , qui en eft poffe.
dée !
Un détail éloquent & moral fait fentir
jufqu'où va fon aveuglement
.
le
La Religion
lui ordonne de foulager
& l'indigent
, mais une joueu- pauvre
fe ne connoît de pauvre qu'elle- même ;
& tandis que l'or & l'argent roulent entre
fes doigts , elle protefte de fon indigence.
L'équité réclame les droits de fes créanciers
; refufera-t - elle auffi de payer fes
dettes ? elle en payera quelques-unes & même de confiderables
; mais ce feront
celles qu'elle a contractées
au jeu , les
créanciers
privilegiez
feront les joueurs :
elle fe fait un point d'honneur
de leur
donner
OCTOBRE 1725. 2449
donner avant qu'ils demandent , lors méme
qu'ils refufent ; pour les autres , qui
à leurs frais & par leurs fueurs , ont acquis
le droit de préference , ils font dif
ferez , rebutez , écartez.
De malheureux domestiques font inf
tance pour obtenir leurs gages ; mais ce
n'eft pas impunément , ou c'eft en vain;
ils vieilliront dans une ingrate fervitude,
& ils perdront toute efperance de liberté
, à moins qu'ils ne fe déterminent à
perdre le fruit de leurs travaux .
L'Orateur pouflant plus loin la pitié
& l'indignation : qui font , dit- il , ces
enfans , que je vois fi négligez , qui portent
fur le front un caractere de Nobleſſe
que dément un air de pauvreté ? font ils
orphelins ? ont- ils encore une mere ? oui,
ils en ont une , mais une mere que la
paffion du jeu a renduë impitoyable , une
mere qui ne les regarde qu'en couroux,
une mère qui fe repent d'être mere ; que
dis -je ? elle ne l'eft plus , c'eft une marâtre
, c'eſt une Medée , qui oublie tout
à la fois ce qu'exigent d'elle la Religion ,
l'équité , la nature , l'intereft de fa famille
, le devoir de fa condition , la bienféance
même de fon fexe.
Une belle & vive defcription exprime
les tranfports d'une femme paffionnée
pour le jeu , emportée par l'amour d'un
Fij gain
2450 MERCURE DE FRANCE .
gain hazardeux , elle court facrifier à
Plutus & à la Fortune ; l'Orateur la fuit,
il remarque avec quel empreffement elle
prend fa place auprès de la table fatale ,
qui va recevoir les offrandes ; avec quelle
ardeur elle faifit les inftrumens de fon
bonheur ou de fon malheur , avec quelle
follicitude elle y cherche & croit lire
les préfages de fon fort , il obferve les
divers mouvemens de crainte & d'efperance
, de joye & de trifteffe , qui
s'élevent tour à tour , ou fe confondent
enſemble fur fon vilage auffi bien
que dans fon coeur ; elle veut diffimuler
fon tranfport , mais un mauvais coup la
trahit ; fon filence même & fa tranquillité
affectée annoncent fon trouble & fon
défordre ; fes yeux étincellent , fes levres
tremblent , fon vifage pâlit , dans le chagrin
qui la dévore , chacun s'éloigne
une flatteufe efperance vient la raffurer
& va caufer fa ruine.
La 1 , perte que font les joueurs , c'eſt
celle du temps , ils la regardent comme
un gain ; mais , quoiqu'ils difent , ils en
ont un autre en vue : rien ne leur paroît
fi doux que de faifir la fortune fans courir
après elle . L'experience fait voir qu'ils
fe trompent : ils apportent prefque toûjours
plus d'argent au jeu qu'ils n'en retirent
, le bonheur les aveugle , la cupi-
>
dicé
OCTOBRE 1725. 2451
dité eft infatiable , & un coup funefte leur
enleve d'ordinaire le fruit de plufieurs
victoires.
le' La néceffité de reparer fes pertes ,
défaut de crédit fait engager & aliéner les
fonds ; & de là la ruine fubite & imprévûe
des familles les plus opulentes.
Le fainéant & le voluptueux font- ils
jamais par leur negligence , ou par leurs
profufions , des
des pertes
auffi promptes &
auffi generales ? on fremit du danger où
ils font pour le falut ; mais la paffion du
jeu ne fait- elle point de breche à la confcience
? quand on eft fi avide de gain ,
quand on peut gagner par fraude , quand
on eft für que la fraude demeurera fecrete
, quand on la regarde peut- être comme
un jeu ou comme une partie de l'habileté
au jeu , n'eft - on pas tenté de tromper
? ne fuccombe - t- on jamais à la tentation
?
A tant de pertes faut - il ajoûter celle de
la réputation & de la fanté ? ce dernier
bien n'intereffe perfonne. Une famille
ruinée par un joueur forme fouvent contre
lui des fouhaits criminels , & le defefpoir
les infpire quelquefois au joueur
même .
Phidolie a préfervé Teffeville de tous
ces malheurs , où la fureur du jeu l'alloit
précipiter; c'eft par- là , conclut Evagoras ,
Fiij qu'elle
2452 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle l'esporte fur fes concurrens =
prévenir une perte certaine , c'eft rendre
un plus grand fervice que de le réparer.
Chacun de ceux qui ont plaidé , tâchoit
en finiffant de fe rendre fon Juge favorable
; un Juge formé à la pieté par les foins
d'un *
pere tendre & vertueux , animé
au travail par les leçons d'un pere laborieux
& appliqué , ennemi de la fraude
à l'exemple d'un pere habile & qui aime
à marcher dans les voyes les plus fimples
; un tel Juge pouvoit- il manquer d'ê-`
tre follicité vivement ?
Examen & jugement de la Caufe.
C'eft ce qu'il y a de plus intereffant :
le Juge fe place dans tous les differents
jours fous fefquels on peut envifager la
caufe , il découvre & fait fentir les rapports
les plus fins & les plus juftes , qui
peuvent mettre de l'inégalité dans les
bienfaits , il fe fixe du côté où il voit la
Religion , l'équité, la faine raifon fe réünir
& briller avec plus d'éclat ; enfin il
rend juftice aux Acteurs , par des récompenfes
proportionnées à leurs fervices ,
& par des compliments conformes à leurs
caracteres.
* M. De la Porte , Fermier general.
Il
OCTOBRE 1725 , 2453
Il remarque d'abord , qu'en faifant va
loir la grandeur des fervices , on en a rendu
la difference plus incertaine ; mais qu'il
ne la faut chercher que dans la nature
de chaque vûe & dans la malignité
de
Les effets.
Le libertinage d'efprit attaque la Majefté
de Dieu , le libertinage
de coeur
viole la fainteté de fa loi , l'oifiveté s'étend
à tous les objets de nos obligations ,
la paffion du jeu facrifie tout à une aveugle
fortune.
Les effets du libertinage d'efprit font
les plus funeftes , mais on peut douter fi
ce font les plus étendus ; les fuites du libertinage
de coeur fon auffi étendues que
funeftes , mais les dereglemens
de l'un
diminuent avec l'âge , & les égaremens
de l'autre augmentent avec les années;
l'oiſiveté anéantit l'homme en quelque
forte ; elle fait plus ; elle le rend coupa
ble & infupportable
; fi les effets du jeu
ne font pas les plus déplorables , ils font
les plus fenfibles & les plus irrepara
bles.
Ainfi à n'écouter que la voix de l'intereſt
temporel , il faudroit couronner en
premier lieu le zele qui a déraciné cette
derniere paffion ; mais on foutient que
des Juges éclairez & zelez pour la sûreté
de l'Etat le feront toûjours pour la con-
Fiiij
ferva2454
MERCURE DE FRANCE.
vation de la foy ; & qu'ils ne fépareront
jamais des interêts indivifibles ceux de la
Religion & de la Patrie , ceux de Dieu
& du Prince.
Sur ce principe on décerne la premiere
récompenfe à l'habileté d'Ariftonous , qui
a gueri Theomaque de fon incredulité
& pour prix du bon ufage qu'il a fait de
fa fcience , on lui adjuge la Bibliotheque
de Ctefiphon. Notre décifion , ajoûte le
Juge , eft appuyée fur les leçons qu'Ariftonous
reçoit de fon illuftre pere , ( a )
qui fçait fi bien allier les divers interefts
confiez à fes foins vigilans , que le Prince
eft obéi , le peuple foulagé & Dieu
fervi.
L'efprit & le coeur ont trop de liaiſon
pour les féparer dans le jugement qu'on
porte des vices de l'un & de l'autre : ainfi
les deux tableaux de pieté font remis à
Sophronime, qui a fçû arracher Lyfias des
bras de la volupté. L'entrepriſe étoit difficile;
mais Sophronime pouvoit- il manquer
'de foin pour un ami , tandis qu'il voit (b)
un de fes proches fe confacrer au fervice
d'une Province entiere avec un efprit également
appliqué & defintereffé ?
. ( a ) M. l'Eſçalopier , Intendant de Champagne.
(b ) M. de Beaumont , député des Etats de
Provence .
Si
OCTOBRE 1725. 2455
Si Adrafte eût été faineant par nature
& par temperament , Ergafte auroit fait
un miracle qui le mettroit au deffus de
tous les rivaux ; mais parce qu'il n'a guéri
qu'une mauvaiſe habitude fondée fur une
faulle opinion , on accorde la préference
& le diamant précieux à Phidolie , & on
felicite fon Avocat fur des fuccès multipliez
qui font l'efperance & la confolation
d'un ( a ) pere fenfible & modefte.
Ergafte , qui a fi bien employé fon
temps auprès d'Adrafte merite la Pendule,
& on la lui donne comme un fimbole
de fa régularité : avec cette difference ,
que le progrès de cette machine eft imperceptible
& que ceux d'Ergafte font
fenfibles ; mais on l'avertit qu'il lui faudra
courir fans relâche s'il veut atteindre
l'habileté d'un ( b ) pere fi verfé dans la
connoiffance des loix & dans la fcience
du Barreau.
Finitfons , dit le Juge , & gardons- nous
bien d'avoir jamais beſoin , qu'on nous
rende aucun des fervices qui ont merité
nos éloges, & à qui nous venons d'adjuger
des recompenfes .
Cette Caufe devoit être jugée beaucoup
plutôt qu'elle ne le fut , deux des fils de
( 4 ) M. Bazin.
( 5 ) M. de Tourmont , Confeiller au Parle
ment,
Fy M.
2456 MERCURE DE FRANCE.
M. Dormeflon étoient Acteurs , il tom
berent malades ; l'envie de les faire
paroître
& d'obliger par là leur illuftre
fit differer , mais en vain : ceux qui
les remplaçoient en temoignerent leurs
juftes regrets , & déclarerent qu'ils occupoient
leur place fans pouvoir la remplir.
pere ,
PREMIERE ENIGME.
ON peut fans déroger avec art me conftruire
;
Brûlant quand on me fait, il faut encor me
cuire ;
Avant qu'on me touche du doigt,
On fouffle , enfin , je deviens froid ,
Et même plus froid qu'une fouche ;
J'ai très fouvent le pied plus petit que la bou
che ,
Comme un Cameleon je change de couleur ;
Sans crainte des jaloux , je donne avec douceur
Un baiſer amoureux à la fage Climene ,
Je la foulage dans fa peine ,
Je recommence au gré de fon defir ,
Et je fuis infenfible à ce charmant plaifir.
Dans
OCTOBRE 17258 2457
Dans un combat , je brille & je me fait en
tendre ;
Par accident , par divertiffement ,
On me détruit impitoyablement ;
Mais comme le Phénix , je renais de ma cen
dre.
DEUXIEME ENIG ME.
Uelquefois je fuis mâle & quelquefois
femelle ;
Je me foutiens en l'air fans le fecours de l'âile;
Sur un chemin blanchi mon pied eft à l'étroit,
Je vas ,je viens , je tourne & faute en affurance
,
Mais fi je ne marche bien droit ,
La chute tout à coup interrompt ma cadence.
Je procure un plaifir meflé d'émotion ;
Un utile tribut fait mon ambition :
Admirez le caprice où mon deftin me livre ;
Ce qui fait perir l'un , fert à me faire vivre.
Les 5. Enigmes propofées dans les deux
volumes du mois de Septembre dernier
avoient été faites fur l'oreiller , la poudre à
poudrer, la toile d'araignée , fur les moushes
des Dames , & fur Eve.
F vj NOU.
2458 MERCURE DE FRANCE.
XX :XXXXXX : XXXXXXX
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS & c.
Cu
OUTUMES du Pays & Duché d'An
jou , conferées avec les Coûtumes
voisines , & corrigées fur l'ancien original
manufcrit , avec le Commentaire de
M. Gabriel Dupineau , &c. A Paris , rue
S. Jacques , chez J. B. Coignard , 1725-
2. vol. in fol. de près de 1600. pages .
LE HEROS . Traduit de l'Eſpagnol de
Baltazar Gratien , avec des Remarques .
A Paris , Quay des Auguftins , chez N.
Piffot , 1725. in 12. de 368 .
LE GRAND DICTIONNAIRE HISTORI
QUE , ou le mêlange curieux de l'Hiftoire
facrée & prophane , &c. Par M. Louis
Morery, &c. nouvelle Edition . A Paris ,
rue S. Jacques , chez J. B. Coignard &
P. Mariette , 6. vol. in fol. 1725 .
MANDEMENT & Inftruction Paftoraledu
Cardinal de Biffi , Evêque de Meaux,
& c. Contenant la Réfutation d'un écrit
adopté par les Evêques de Pamiers , de
Senez,
OCTOBRE 1725. 2459
Senez , de Montpellier , de Boulogne
d'Auxerre & de Mâcon , intitulé ; Réponſe
à l'Inftruction Paftorale de M. le
Cardinal de Biffi de 1722. fur la Conf
titution Unigenitus . A Paris , chez J. B.
Coignard , fils , 1725. in 4. de 3 10 .
pages.
LETTRES à M ***. au fujet de la
Lettrejcritique de M. Befle , contre l'idée
generale de l'oeconomie animale & les
Obfervations fur la petite verole , par
M. Helvetius , Medecin , &c . A Paris,
aux dépens d'Aniffon , Directeurs de
l'Imprimerie Royale, 1725. in 8 °. de
443. pages.
L'ANATOMIE CHIRURGICALE de M.
Palfin , avec figures . A Paris , ruë S. Jac-.
ques , chez G. Cavelier , 1725. 2. vol .
in 8°.
LE CATECHISME des Dimanches & des
principales Feftes de l'année , avec des
Inftructions fur les Pelerinages , fur les
Confreries & fur les Paroiffes. A Paris,
ruë S. Jacques , chez Lottin , 172 5. in 18 .
L'EXISTENCE DE DIEU démontrée
par
les merveilles de la nature , & c. 1725
A Paris , ruë S. Severin , chez Jac. Vinsent
, in 4º,
2460 MERCURE DE FRANCE:
PRINCIPES & SENTIMENS DE PENT
TENCE , avec des motifs qui doivent animer
l'efperance du Salut , 1725. chez le
même , in 12 .
DES FONCTIONS , & du principal de →
voir d'un Officier de Cavalerie . A Paris ,
ruë S. Jacques , chez Et . Ganeau , 1725
in 12. de près de 200. pages.
NEGOCIATIONS SECRETTES touchant
la paix de Munſter & d'Olnabrug , ou
Recueil general des Préliminaires , Inftructions
, Memoires , &c. concernant
ees negociations , depuis le commencement
en 1642. jufqu'à leurs conclu
fions en 1648. avec les dépêches de M.
de Vautorte , & autres Pieces au fujet du
même Traité , jufqu'en 1554. inclufivement.
A la Haye , chez J. Neaulme ,
1725. 2. vol. in fol . de plus de 950. p.
LE DICTIONNATRE Italien & François
, & François & Italien de Veneroni ,
augmenté. A Amfterdam , chez la veuve
Desbordes , 1725. 2. vol. in 4° .
LES BATAILLES gagnées par le Prin
Be Eugene de Savoye , &c. deffinées &
gravées en taille-douce par J. Hugtemburg,
Peintre renommé , avec des Explica
OCTOBRE 1725. 2461
plications Hiftoriques , par M. J. du
Mont , Hiftoriographe de l'Empereur ,
en forme d'Atlas . A la Haye , chez Albert.
L'INDISCRET , Comedie de M. de
Voltaire. A Paris , Quay des Auguftins ,
chez N. Piffot & F. Flahaut , 1725.
in 8 ° de 59. pages , le prix eft de 20. fo
On a donné l'Extrait de cette Piece
dans le dernier Mercure: Après le comp
te qu'on en a rendu , il ne reste plus qu'à
parler de la petite Dedicace qui eſt à la
tête , addreffée à la Marquiſe de *** en
cette maniere .
Vous qui poffedez la beauté
Sans être vaine , ni coquette,
Et l'extrême vivacité ,
Sans être jamais indifcrete ;
Vous , à qui donnerent les Dieux
Tant de lumieres naturelles ,
Un efprit jufte , gracieux ,
Solide dans le ferieux ,
Et charmant dans les bagatelles ;
Souffrez qu'on prefente à vos yeux
L'avanture d'un témeraire ,
2462 MERCURE DE FRANCE
Qui perd ce qu'il aime le mieux ,
Pour s'être vanté de trop plaire .
Si l'Heroine de la Piece
eut eu vôtre beauté ,
On excuferoit la foibleffe ,
Qu'elle eut de s'être un peu vanté,
Quel Amant ne feroit tenté
De parler de telle Maîtreſſe
Par un excès de vanité ,
Ou par un excès de tendreffe ?
M. Secouffe qui a aprouvé cette Pie
ce , la trouve très- digne de l'impreffion.
Il y regne , dit- il , un Comique noble
& épuré , qui inſtruit en amuſant.
HISTOIRE des trois Ordres Reguliers
& Militaires des Templiers , des Teutons
& des Chevaliers de Malthe , divifée
en deux volumes in 12. tome premier
, page 383. tome fecond , p. 380.
A Paris , chez Lottin , ruë S. Jacques
& Chaubert , Quay des Auguftins .
Ce Livre eft dédié à ſon Alteffe Sereniffime
Monfeigneur le Comte de Clermont.
La Preface contient les Regles de
Hiftoire , & la methode de bien écrire
les
y
OCTOBRE 1725. 2463
les faits qu'on veut tranfmettre à la pofterité.
L'Auteur y montre à bien juger
d'une narration , & fonde fes preuves
fur des exemples tirez des meilleurs Ecrivains.
Il parle en premier lieu des Che
valiers de Malthe , c'eft l'objet le plus
confiderable de fon Livre ; il rapporte
leur fondation , les batailles où ils fe font
diftinguez dans la Paleftine , leur retraite
après la prife d'Acre à la Ville de Limiffon
dans l'Ile de Chipre , la conquête
de Rhodes , les differens fieges qu'ils ont
foutenus dans cette place , leurs combats
& les victoires qu'ils ont rapportés fur
Mer contre les infideles ; la perte de
Rhodes , leurs Chapitres Generaux , leur
féjour à Meffine , à Nice en Provence ,
leur retraite à Malthe , leurs expeditions
en Afrique , les Schifmes qui les ont divifez
, le fiege de Malthe par les infideles
, & les avantages que les Chevaliers
ont remportez fur eux en les combattans
fur Mer. Enfin il n'omet rien de ce qu'ils
ont fait de memorable depuis leur établiffement
jufqu'aujourd'hui . Cette Hif
toire eft divifée en quatre livres . Le
cinquiéme Livre comprend l'Hiftoire des
Chevaliers Teutons ; l'explication du
terme Teuton eft rapportée felon l'ancienne
Hiftoire d'Allemagne ; on voit
dans ce même Livre l'établiffement de
cet
2464 MERCURE DE FRANCE
}
cet Ordre dans la Ville d'Acre dans la Paleftine
, par quels motifs ces Chevaliers
furent appellez en Pologne , la conquête
qu'ils ont faite de la Pruffe , les guerres
qu'ils ont foutenues contre la Pomera
nie , la Lituanie , la Pologne , & même
contre les Tartares . On y voit la converfion
de la Pruffe à la foi Catholique ,
fa divifion en quatre Evêchez . L'Auteur
rapporte l'apoftafie de cet Ordre qui
embraffa la Doctrine de Luther ; le Trai
té du dernier Grand- Maître qui étoit '
frere de l'Electeur de Brandebourg , la
divifion de la Pruffe en Pruffe Ducale ,
& Pruffe Royale , l'érection de la Curlande
en Duché , & la fin de cet Ordre
Regulier dans ce pays.
On voit dans le fixiéme Livre l'ori
gine des Templiers , leurs reglemens ,
les differens combats qu'ils ont livrez
dans la Paleſtine , aux ennemis de la foi ,
leurs richeffes & leur vanité , leur retraite
dans l'Ile de Chypre , après la
perte de la Paleſtine : les accufations differentes
qu'on rapporte contre eux , la
caufe de ces accufations , la procedure
qu'on fit pour les declarer coupables , les
differens Conciles qui fe font textus en
France , en Italie , en Espagne & en Allemagne
fur cette affaire. Les défenfes
qu'ils ont rapportées pour prouver leur
innocen-
1
OCTOBRE 1725 :
2465
innocence , leur condamnation , & leur
abolition ; & la mort tragique du dernier
Grand-Maître de cet Ordre , toute
cette Hiftoire eft rapportée fuivant l'ordre
chronologique. Cet ouvrage eft
écrit avec beaucoup d'exactitude & de
netteté.
LE VICE PUNI , OU CARTOUCHE ,
Poëme. A Anvers , chez Nicolas Grand- ,
veau , rue des Rats , à l'Enfeigne du Clavecin
, 1725. in 8º de 152. pages , fans
y comprendre un Dictionnaire Argot-
François , à deux colomnes , & un avis
au Lecteur. Le Frontispice eft orné d'une
planche , où l'on voit en haut la Juftice.
Laverne , Déeffe des Voleurs , fuit à fon
afpec , plus bas on voit la porte de la prifon
du Châtelet , où des Archers menent
des Voleurs , tandis que d'autres fuyent
& emportent le butin qu'ils ont fait. On
lit au bas dans un Cartouche.
Raro antecedentem fceleftum ,
Deferuit pede poena Claudo.
Hor. Od. 2. lib. 3.
Si jamais ouvrage a été du reffort du
Mercure , c'eft fans doute celui - ci où
l'on voit un tiffu continuel de chofes plaifantes
, badines & qui peuvent amufer
agréable2466
MERCURE DE FRAŃCE.
agréablement. M. de Grandval , conriu
par quantité de très-bons ouvrages de
Mufique , & Maître de Clavecin , d'un
naturel badin & enjoüé , en eft l'Auteur .
Il avoue lui -même dans fon Avertiffement
qu'il n'eft point Poëte , & que c'eſt
ici une débauche d'efprit , pour laquelle
il demande excufe à fes lecteurs . L'Homme
eft fragile , dit - il , le Diable m'a
renté .
Tout l'ouvrage eft divifé en 13. chants
prefque fémé partout de vers des meilleures
Pieces de Theatre , & d'autres
bons Poëmes , que l'Auteur a employez ,
tant pris en entier que parodiez ou imitez
, ils font en italique , afin qu'on puiffe
les reconnoître , & l'on en voit plufieurs
fi plaifamment placez qu'on ne fçauroit
les lire fans furprife & fans rire.
Le premier chant commence ainfi
Je chante les combats & ce fameux Voleur ,
Qui par fa vigilance & fa rare valeur ,
Fit trembler tout Paris , arrêta maint caroffe ,
Vola , frappa , tua , fit partout playe & boffe.
Mufe , raconte-moi par quels heureux hazards
Il trompa fi fouvent les Exempts , les Mouchards
,
Et comme enfin , après tant de vaines pourfuites
II
OCTOBRE 1725. 2467
Il reçut le loyer de fes rares merites.
Dans Paris , ce beau lieu toûjours fi fre
quenté ,
Perfonne ne pouvoit marcher en fureté ;
Cartouche & fes fuppôts , de richeffes avides,
Rempliffoient la Cité de vols & d'homicides.
Les Archers les plus fiers & les plus valeureux
,
Abatus , confternez , n'ofoient marcher contre
eux.
Cartouche étoit pour lors à la fleur de fon
âge ,.
Brun , fec , maigre , petit , mais grand par
le courage,
Entreprenant , hardi , robuſte , alerte , adroit ,
Atravers les perils fans frayeur il couroit ;
Il avoit de valeur provifion très - ample ,
Marchoit toûjours devant , montroit à tous
l'exemple,
S'il fe faifoit en tout vingt vols fur le Pontneuf,
Cartouche pour fa part en rapportoit dix-neuf.
Heureux fi ce grand coeur déteſtant l'injuſtice,
Eut fait pour la vertu ce qu'il fit pour le vice !
Ses compagnons fçavans à faire un digne
choix ,
L'avoient élut pour Chef d'une commune
Auf voix ,
2468 MERCURE DE FRANCE .
Auffi meritoit-il cette honorable place.
Quoique jeune , il avoit cette ardeur , certe
audace ›
Qui fçait conduire à fin les plus hardis projets.
Il avoit l'oeil à tout , ne repofoit jamais :
Soutenant tout le poids de la cauſe commune ■
Et contre la juftice , & contre la fortune :
Cheri dans fon parti , des Exempts reſpecté ,
Cedant felon les temps , mais toûjours redouté
;
Vaillant dans les combats , fçavant dans les
retraites ,
Ferme dans le malheur , fobre dans les Guinguettes
,
Fidele à fes pareils , tranquille , moderé ,
Et des traîtres furtout ennemi declaré.
Après ce portrait on voit le détail de
l'affemblée , où Cartouche aidé des fuffrages
de fes compagnons , prend la réfolution
de rester à Paris , malgré les vives
recherches qu'on fait de lui ,
Dans le fecond livre Cartouche prêt
à quitter fa maîtreffe , pour aller travailler
avec les camarades , au vol de
l'Hôtel Defmarets , en reçoit ces reproches
, mêlez d'inftances & de prieres.
J'ai
OCTOBRE
1725. 2469
fai méprisé pour toi le nom d'honnête fille ,
Je t'ai cherché moi- même au fond de la Courtille.
Au nom de nôtre enfant, de ce gentil Poupart,
Differe au moins d'unjour ce funefte départ ;
Crains les Archers , ce Guet fi vaillant , fi ter-
*
riblee ;
Mais je te prie envain , tu parois infléxible
Sur ton barbare coeur mes pleurs font fans
pouvoir.
Ce n'eft , répondit - il , qu'à la loi du devoir
Qu'il faut , ô Jeanneton ! qu'un grand coeur
obéiffe ;
Crois -moi , feche tes pleurs , que leur fource
tarifle.
Je n'oublierai jamais les folides plaifirs ,?
Dont ton amour prodigue a comblé mes defirs.
Avant que tes faveurs fortent de ma memoire ,
On verra fans filoux , & l'une & l'autre Foire ;
Mais l'heure enfin s'avance , il faut quitter ce
lieu.
Adieu, ma Jeanneton , adieu , ma Reine, adieu :
Dans le troifiéme chant Cartouche fauvé
par le fecours de Laverne , eft tranf-
.porté chez une vieille femme qui avoit
paffé toute la vie dans la débauche , &
dans
1470 MERCURE DE FRANCE.
dans le larcin , laquelle lui raconte fes
avantures.
Dans le 4. dans le 5. & dans le 6.
chant , c'eſt Cartouche qui à fon tour ra
conte fes avantures à la vieille.
Au 5. chant Cartouche formant fa
compagnie , pour encourager les difciples
, leur cite ces grands exemples ."
Dans la Fable , Jupin ce Dieu fi refpectable ,
Du fceptre paternel n'eſt - il pas raviſſeur ?
De combien de tendrons a- t'il ravi l'honneur ?
Pluton épargna- t'il Proferpine ? Mercure
N'a t'il pas de Venus dérobé la ceinture ?
Du blond Phoebus le Lut ? d'Admete les trou
peaux ?
De Mars le bouclier? de Vulcain les Marteaux ?
Prometée autrefois vola le feu celefte ;
Nous avons , croyez-moi , des exemples de
refte.
Les gens de qualité volent leurs creanciers
5
L'Ulurier tous les jours vole les Officiers ;
Les Poëtes fameux comme les fubalternes
,
Pillent les anciens & fouvent les modernes s
Bref, il eft des voleurs de toutes nations',
De tout rang , de tous Arts , Métiers , Profeffions.
Entre plufieurs portraits qu'il fait de
fes
OCTOBRE 1725. 2471
fes camarades , en voici un des plus marquez
:
Du Chatelet poffede une valeur très-rare ;
Mais il eſt inhumain , dur , feroce , barbare ,
Ne pardonne jamais aux moindres ennemis ,
Sans pitié les maffacre à fes genoux foumis ;
Et pouffant juſqu'au bout cette fureur brutale,
Il leur mange le coeur comme un vrai cannibale
,
Non, je ne comprends pas , Madame , en verité,
Comment on peut fi loin pouffer la cruauté.
Celui qui fit mourir feu Madame fa mere ,
Tout Diable qu'on le peint , étoit moins fan
guinaire ,
Moins feroce , moins chien , fcelerat moins
complet ,
Et moins Neron , enfin, que n'eſt Du Chatelet.
Cartouche raconte enfuite comment il
établit une école où il y avoit des prix
differens pour récompenfer l'adreffe &
la valeur . Après le recit d'un grand combat
dont il fort vainqueur , dans le 6 .
chant , fes compagnons celebrent fon
triomphe , dont le recit eft terminé
ces 4. vers.
par
Enfin jufques au bout youlant me faire fête ,
On me peint en Heros un Laurier fur la tête ,
G Et
2472 MERCURE DE FRANCE.
Et deffous mon portrait on met en Lettres d'or
Vivat Cartouchius Furum Imperator.
Le 7. chant eft celui qu'on trouve le
plus imité de l'Eneide , il contient le
voyage de Cartouche aux Enfers. Pour
réuffir dans fon deffein , & fçavoir fa deftinée,
il va trouver une fameufe forciere,
il frappe , &c.
Une vieille à la porte arrive fans coëffure ,
Il contemple , furpris , fa groteſque figure.
De crins blancs , jadis roux , fon crâne eft
ombragé ,
Son front en vingt fillons fe trouve partagé ,
D'épais fourcils grifons , un ceil creux & farouche
,
Une jouë enfoncée , une profonde bouche ,
Sepulcre d'os pourris, fur qui le nez tombé,
Va baifer en pleurant , un menton recourbé.
Elle le fait entrer dans un taudis très - fale ;
Pour tout meuble il y trouve une chaiſe , une
malle ,
Une table rompuë , un tabouret boiteux ,
Une cruche égueulée , un verre tout craffeux ,
De la graiffe de loup , un vieux parchemin
vierge ,
Un pot-de-chambre uſé que l'urine ſubmerge ,
Un manche de ballet pour aller au fabat ,
Et
OCTOBRE 1725. 2473
Et pour tapifferie & tableaux , maint crachat
Dans le centre d'un cercle établiſſant la ſcene ;
Sur un autel la vieille alluma la Verveine ,
Rappella de fon art tous les fecrets divers ,
Dont la force la rend maîtreffe des Enfers :
Et la baguette en main , fit des cercles magiques
,
Gromela dans fes dents quelques mots hebraïques
,
Friffona , grimaça , touffa , cracha , peta ,
Et le magique Pet trois fois fe repeta.
L'Oracle du Deftin.
Cartouche , après tant de travaux ,
Tu goûteras dans peu la douceur du repos.
La fortune , mon fils , qui des humains fe
jouë ,
S'apprête à te placer au plus haut de fa rouë.
D'une garde nombreuſe en public eſcorté ,
Dedans un char affis tu te verras porté.
Tu verras à ta fuite un cortege innombrable ,
D'un peuple curieux , avide , infatiable.
Dans un Palais fameux , attentive à ta voix ,
Themis t'écoutera , puis prononçant fes loix ,
Gij Sur
2474 MERCURE DE FRANCE
Sur un Trône élevé , digne de ta vaillance ,
Tu recevras enfin ta jufte récompenſe ,
C'eſt-là que ta valeur doit conduire tes pas.
Cet Oracle eft plus fur que celui de Calchas,
Le 8. chant contient plufieurs tours
de foupleffe de Cartouche , le 9. fa fuite
en Angleterre , où il va trouver Shepard
fameux voleur Anglois , fon retour en
France , & fon projet de brûler le Châtelet.
Le 10. chant eft orné de la defcription
d'une Guinguette , à l'imitation du
Temple de l'Amour du Poëme de la Ligue.
Cartouche & fes camarades y font
en grand repas , dans lequel le Chef de
la bande apprend aux convives l'origine
de l'argot , & on chante divers couplets
de chanfon en cette Langue.
Le 11. chant contient plufieurs avan
tures du Heros du Poëme , il eft terminé
par fa capture. Le 12. eft rempli de fon
interrogatoire , de la fuite qu'il tente . &
comme il eft repris fur le point de fe ſau -
ver. Dans le 13. voyant que fes compagnons
lui ont manque de parole , illes
accufe à 1 Hôtel de Ville , où il les fait
tous venir , & enfuite bien repentant ,
contrit & humilié , il reçoit la punition
de fes crimes.
M.
OCTOBRE 1725.
2475
M. de Chevigney de Befançon a fait
impromptu , ce quatrain , à l'occafion des
vers de Me Duluc fur la Pareffe , &
qui fe trouvent dans le Je ne fçai quoi.
Malgré vôtre délicateffe ,
Malgré ce tour enchanteur ,
Iris , en prêchant la Pareffe ,
Vous en avez tiré mon coeur.
Briaffon , Libraire à Paris , rue Saint
Jacques , à la Science , vend , les Lettres
fur les Anglois & les François , & les
Voyages , in 8 ° 1725. Ce Livre contient
une Critique fine & délicate des moeurs
& des manieres de l'une & de l'autre nation
.
SCRIPTORES RERUM ITALICA RUM , & C.
Edidit D. Ludovicus Antonius Muratorius
, in fol. 6. vol . Mediolani , alia volu
mina fub Pralo..
LE TRAITE ' de la Pureté Chrétienne ,
tiré de l'Ecriture Sainte , par Cl . le Pelletier
, in 8 ° Liege 1725.
Le même Libraire a fait imprimer un
grand Catalogue in 8° des Livres Latins
& François qui fe trouvent chez lui , &
il vient d'y faire un fupplement qui contient
une grande partie des Livres nou-
G iij veaux
2476 MERCURE DE FRANCE:
veaux des Pays Etrangers pendant cette
année. Il en donnera un tous les ans , &
l'on trouvera chez lui les meilleurs Livres
d'Italie , d'Allemagne , d'Hollande &
d'Angleterre , & dans leurs nouveautez ;
il fait auffi venir les Journaux Etrangers
dès qu'ils paroillent dans le lieu de leur
nailfance.
Charles Ofmont , Libraire à Paris ,
vient d'imprimer une feuille volante en
Latin , pour avertir les Gens de Lettres ,
qu'il travaille à l'impreffion d'un ouvrage
, qui aura pour titre Vetus Difciplina
Monaftica , &c. Ancienne Diſcipline
Monaftique , ou Recueil des Auteurs de
P'Ordre de S. Benoît , qui pour la plûpart
n'ont point encore paru , & qui ont écrit
au-deffus de fix cens ans , fur la Difcipline
Monaftique , foit en Italie , en France
, en Allemagne , &c. On promet dans
cet Avertiffement , que cet ouvrage renfermera
, non- feulement des chofes curieufes
& neceffaires pour tous les Religieux
, mais encore qui pourront donner
des éclairciffemens pour l'Hiftoire Ecclefiaftique.
Voici quelques - unes des Pieces
de ce Recueil du nombre de celles dont
il eft parlé dans l'Avertiffement.
La Difcipline Monaftique du Mont
Caffin , par Pierre Diacre , tirée d'un Manufcrit
OCTOBRE 1725. 2477
nufcrit écrit de la main de l'Auteur , & qui
eft dans la Bibliotheque du Mont Caſſin.
Les ufages du Mont Caffin écrits par
Theodemar , & envoyez à l'Empereur
Charlemagne vers la fin du v111. fiecle
Les Rits & les Couturnes de l'Abbaye.
de Luxueil , & c. On fçait que les PP.
D. Jean Mabillon , & D. Luc Dachery ,
étoient fi perfuadez de la neceffité d'avoir
un corps de Difcipline Monaftique , capable
d'illuftrer , non - feulement l'Hiftoire
Monacale , mais encore tout ce qui
regarde l'Hiftoire de l'Eglife , qu'ils
avoient pris la réfolution de donner au
Public un Recueil des Auteurs qui en
ont traité mais on fait en même temps
que ces fçavans Religieux en ont été détournez
par d'autres occupations , dont le
Public a profité. C'eft pour executer leur
projet qu'un Religieux Benedictin de
l'Abbaye de Saint Blaife , dans la Foreſt
noire , a entrepris l'ouvrage dont nous
venons de parler.
Ce Religieux qui demeure aujourd'hui
à l'Abbaye S. Germain des Prez , fait
travailler actuellement à l'impreffion du
premier volume , qui fera fuivi de plufieurs
autres , in 4°.
On apprend de Londres , que M.
Durand ,Miniftre refugié , y a publié une
G iiij
Tra2478
MERCURE DE FRANCE .
Traduction du 2 4e. Livre de Pline , qui
traite de la Peinture. Cet ouvrage est
accompagné de Notes , & porte le titre
d'Hiftoire de la Peintures
Le même Auteur propofe par foufcription
l'Hiftoire de la Sculpture , tirée
auffi de Pline . Ces deux Livres font in
folio , & la foufcription du dernier eſt
d'une Guinée.
On a appris que le 2 6. Aouft dernier
les Membres de la nouvelle Académie
des Sciences , établie à Petersbourg par
le feu Czar , & les nouveaux Frofefleurs
que la Czarine a fait venir des Pays
Etrangers , ayant à leur tête M. de Dlumentroft
, premier Medecin de Sa M.
Cz. & Prefident de l'Académie , eut
l'honneur de complimenter cette Princeffe.
Mr Herman & Bulfinger , Profeffeurs
, porterent la parole , l'un en
François , l'autre en Allemand. La Czarine
les reçût avec beaucoup de bonté ,
les affura de fa protection , & leur donna
fa main à baiſer. Après cette audience ,
l'Académie alla faluer le Duc & la Ducheffe
d'Holftein , la Princeſſe Czarienne,
& le Prince Menzikoff , & enfuite elle
fut regalée par les premiers Officiers de
S. M. Cz.
On
OCTOBRE 1725. 2479
On a établi depuis peu à Vienne , un
Concert reglé de voix & d'inftrumens ,
dont la direction a été donnée par l'Empereur
au Prince Louis Pio de Savoye.
M. Perfon , habile Peintre François
Chevalier de l'Ordre de S. Lazare , Directeur
de l'Académie Françoife de Peinture
& Sculpture, établie à Rome , y mourut
le 1. Septembre d'une attaque d'apo- .
plexie. Il fut inhumé le 3. dans l'Eglife
Nationale de S. Louis .
On mande de Munich , qu'on a dé
couvert dans les Etats de l'Electeur de
Baviere , du côté des Montagnes du Tirol
, une mine d'argent, qui , par les premieres
épreuves qu'on en a faites , a donné
un produit affez confiderable , pour
engager l'Electeur à faire venir de Drefde
un Saxon experimenté , afin de la mettre
en valeur.
On nous prie d'inferer cette Correction à
faire dans le 1. volume de l'Hiftoire de Paris.
Il y a une tranfpofition d'une note marginale
mife par erreur au bas de la page 123. où il y
a en marge, Moreau de Mautour. Obfervations.
Au lieu d'avoir placé cette note au haut de
la page
fuivante 124. à la marge de ces mots ,
Ceux qui ont examiné cette figure avec de bons:
yeux , &c.
Pour justifier que c'eft une méprife , voicy
un
2480 MERCURE DE FRANCE.
•
un extrait d'un article du troifiéme volume
des Memoires de l'Académie des belles Lettres,
imprimé au Louvre en 1723 .
Cet article qui a pour titre , Remarques fur
quelques fingularitez de la ville de Paris , commence
à la page 296. Et à la page 300. on y
lit :
R
Dɔ
55
53
D?
La troifiéme opinion vulgaire que M. de
» Mautour combat , concerne une prétendue
figure de Cerés que l'on affeure être pofée au
haut du pignon de l'Eglife des Carmelites du
faubourg S. Jacques. Ce fentiment eft fondé
fur le témoignage de quelques Auteurs mo-
D. dernes qui ont écrit , mais fans preuve , que
cette Eglife, connuë auparavant fous le nom
de Nôtre- Dame des Champs , avoit été an-
>> ciennement un Temple de Cerés. M. de Mautour
oppoſe à ce témoignage hazardé celui de
fes propres yeux. Il a voulu s'éclaircir par
lui -même de la verité; & après avoir examiné
plus d'une fois cette figure avec des lunettes
de longue veue , il a apperçu diftinctement
que cette ftatue eft de pierre , qu'elle a le vifage
d'un jeune homme fans barbe, & qu'elleeft
veftue d'une draperie depuis le col jufqu'aux
pieds. La tefte eft nuë , panchée fur
» l'épaule gauche, & a des cheveux fort courts.
Derriere la tête il y a cinq grandes pointes de
fer qui fortent d'une groffe branche qui fert à
foutenir la figure , & qui la traverſe. De la
main gauche elle tient des balances dans chacun
des baffins on voir une petite figure d'ena
fant , & celui du côté droit defcend plus bas
que l'autre. Au haut de la pointe du pignon
on lit en chiffres Romains M. DC . V. quieft
» l'époque de la conftruction du mur, auffi- bien
» que de la pofition de la figure. Tout cela fait
juger à M. de Mautour que cette figure ne re-
က
by
50
59
က
prefente
OCTOBRE
1725. 2481
prefente autre chose que faint Michel qui pefe
les ames dans une balance.
Ainfi l'on voit que c'eft M. de Mautour qui
le premier a fait cette découverte pour détruire
l'opinion des Auteurs modernes qui ont écrit
avant lui fur cette fingularité.
Defprez & Defeffarts , Libraires , rue faint
Jacques , délivrent cet Imprimé à ceux qui ont
acheté ou qui acheteront PHiftoire de la ville
de Paris .
Le 10. de ce mois au matin , l'Uni--
verfité affemblée aux Mathurins , élut
pour Recteur , à la place de M. Dagoumer
, ancien Profeffeur de Philofophie
& Provifeur du College d'Harcour ,” M.
de Laval , Profeffeur de Rethorique du
College de la Marche .
Nous croyons faire beaucoup de plaifir
au Public de lui donner un memoire
des magnifiques Eftampes que le Chevalier
Dorigni a gravées d'après les plusgrands
Maîtres , tant en Italie où il a demeuré
28. ans , qu'en Angleterre , où il
a demeuré 13. ans , & d'où il eft revenus
depuis quelque tems . I eft de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture
établie à Paris . Les amateurs des beaux
Arts & les vrays curieux , auront une
grande fatisfaction de voir chez lui , ruë
de Efcharpe , proche la Place Royale ,
tous les beaux Ouvrages de gravure qu'il
G vj
2482 MERCURE DE FRANCE .
•
a faits , qui font d'une execution & d'un
choix admirable .
A Rome , quatre Tableaux d'Autels
de l'Eglife de S. Pierre dans le Vatican
fçavoir ,
Le Miracle de l'Eſtropié gueri par faint
Pierre , & S. Jean à la belle porte du
Temple , du Cigoli , Noble Florentin
Notre Seigneur, & S. Pierre marchants
fur les eaux , communément dit , la Bar--
que du Lanfranc .
S. Sebaftien qu'on éleve fur le poteau
pour être martyrifé à coups de fleche , du
Dominiquain.
Sainte Petronille qu'on retire du tombeau
, du Guerchin.
La Ste Trinité , peinte par le Guide
à Rome , dans l'Eglife de la Trinité des -
Pelerins .
Les quatre Evangeliftes , peints par le ·
Dominiquain , dans l'Eglife de S. André
de la Valle , à Rome.
Un Livre en neuf- feuilles des Planetes
, executées de mofaïque , fur les def
feins de RAPHAEL , dans l'Eglife de Notre
Dame de la porte du Peuple , à Rome:
cet ouvrage n'avoit jamais été gravé.
Deux fujets de la fable de Salmacis &
d'Hermaphrodite peints par- l'Albane
dont les Tableaux originaux font à M. lé
Prince de Vendôme.
La
OCTOBRE 1725. 2483
La
Transfiguration de Nôtre Seigneur
fur le Mont Tabor, peint par RAPHAEL,
& fon chef- d'oeuvre , eftimé par les connoiffeurs
le plus beau Tableau de Rome.
Il eft au Maître Autel de S. Pierre
in Montorio.
La defcente de Croix de Daniel Volterre
, & fon chef- d'oeuvre , qui , au jugement
du Pouffin , tient le premier rang`
après la Transfiguration .
Les Actes des Apôtres en huit feuilles
, y compris la Dedicace , dont les
Cartons originaux de RAPHAEL font dans
le Palais d'Hampton court , Maiſon Roya
le d'Angleterre . En confideration de cet
Ouvrage , l'Auteur a été fait Chevalier
par le Roy de la Grande Bretagne .
M. Tavernier , Peintre du Roy , Pro
feffeur & Secretaire perpetuel de l'Aca
demie Royale de Peinture & de Sculpture
, mourut le 10. du mois paffé ; &
dans l'Affemblée du 28. du même mois ,
cette Academie donna la charge de Secretaire
perpetuel à M. de Saint Gelais , ſon
Hiftoriographe , & choifit pour remplir la
place de Profeffeur , M. de Favanne , un
des Adjoints Profeffeur , felon la regle.
M. Tourniere , Conſeiller , eût les voix
pour celle d'Adjoint , M. du Change ,
Graveur , pour celle de Conſeiller & le
Che
2484 MERCURE DE FRANCE.
:
Chevalier Dorigni , pour fa reception .
Pierre Mignard, iffu d'une Famille Noble
de Troye , Peintre & Architecte de
la Reine Marie Therefe d'Autriche , Chevalier
de l'Ordre de Chrift , de l'Academie
Royale de Peinture & Sculpture ,
eft mort à Avignon , le to. Avril 1725 .
âgé de 86. ans . Il a laiffé dans cette Ville
un grand nombre de Tableaux de fa compofition
, eftimez des connoiffeurs . Son'
Cabinet qui eft en vente , contient grand
nombre de Tableaux originaux des plusgrands
Maîtres, plufieurs de Nicolas Mignard
fon pere, Premier Peintre du Roy ,
plufieurs de Pierre Mignard fon oncle
auffi premier Peintre du Roy . Outre les
Tableaux , il y a un recueil confiderable
d'Estampes des plus celebres Graveurs &
grand nombre de Livres d'Architecture
& de Peinture. Pierre Mignard ayant
cultivé toute fa vie les beaux Arts qu'il
aimoit par une fucceffion hereditaire . Il
joignoit beaucoup de politeffe & de bonté
à des connoiffances très étenduës , & c.
On prétend qu'il s'eft gliffé une faute
dans notreJournal du mois d'Août dernier,
Пous yavons dit, page 1807. qu'on croioit
communément , que le fameux morceau
de Poëfie Françoiſe intitulé , le Temple
de
SPES
XV.REX
LUDOVICUS
MATURE
DUVIVIER
XXV . AUGUSTI
MD CC. XXV.
B.
CHRI
ISSIMUS.
FELICITATIS
OCTOBRE 1725. 2485
de la mort , étoit de Philippe Habert , frere
de Germain Habert , Abbé de Cerifi , de
l'Académie Françoife , Auteur de la Metamorphofe
des yeux de Philis en Aftres
On nous affure que ces deux pieces font
de feu M. Chambon , Curé dans la ville
de S. Flour , en Auvergne.
C
Medaille du Roy.
' Eft la coûtume de prefenter au Roy
tous les ans une Medaille le jour
de S. Louis . Comme le mariage de S. M.
n'étoit
pas loin de fon accompliffement ,
l'Académie Royale des belles Lettres
&c. qui a compofé celle de cette année ,
en a fait rouler l'idée fur l'efperance , que
ce prochain mariage donnoit de rendre
bien-tôt la France heureufe. On y voit
d'un côté le Bufte du Roy , gravé par
M. du Vivier , avec cette Infcription ,
LUDOVICUS XV. REX CHRISTIANISSI
MUS , & fur le revers , la France affife
fur un Globe femé de fleurs - de - lys..
L'Hymenée lui prefente d'une main une
Couronne de Myrte , & tient de l'autre,
fon flambeau. On lit ces mots autour ,
SPES MATURE FELICITATIS , & dans
l'Exergue xxv. AUGUSTI . M. DCCxxv.ce
revers eft de M. le Blanc..
CHAN2486
MERCURE DE FRANCE.
CHANSON.
E croiois que l'Amour par les doux traite-
JE
mens ,
Ne faifoit qu'augmenter dans le coeur des
Amans ;
Mais mon experience , helas ! m'a convaincue,
Que dans un coeur leger ,
Tel que celui de mon Berger ,
L'Amour content chaque jour diminue.
On nous prie de publier cet avis.
Le Sieur ROUSSEL , feul & unique Eleve
de feu M. de la LIGERIE , qui eft le premier
qui ait mis laPoudre d'Alkermes en reputation;
donne avis au Public , qu'il fait la compofition
& preparation de ladite Poudre, pour l'utilité
du Public.
Cette Poudre eft excellente pour les maladies
qui viennent de caufes internes. Elle convient
parfaitement aux Fluxions de poitrine , aux
Pleurefies , aux Coliques nefretiques , aux Vomiffemens
, aux Aigreurs qui viennent à la
gorge , à la Jauniffe , aux Etourdiffemens , à
toutes fortes de Fiévres , foit intermittentes
ou continuës , & à toutes fortes de maladies
Epidemiques. Elle convient auffi aux approches
de la petite Verolle qu'elle fait fortir
promptement ; elle chaffe la Bile , & eft admirable
pour les enfans , dont les maladies
venant prefque toûjours de plenitude , elle les
vuide trèspromptement
. Ce
ก
K
es
es
es
S
-
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR; LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
Octobre 172
Je croyois quellimour
HE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
OCTOBRE 1725. 2487
•
Ce Remede convient encore aux Hydropiques
, à ceux qui ont la Gravelle , les pâles
Couleurs , en le mêlant avec une Eau minerale
compofée dudit Aurefique , & que ledit
Rouffel diftribuë auffi.
Enfin cette Poudre d'Alkermes a un fi
grand nombre de vertus & d'ufages , qu'en la
diftribuant , on y joindra un Imprimé qui inftruira
plus amplement de fes proprieteż & de
la maniere de s'en fervir.
Lefieur Rouffel , qui fera la diftribution de
ce Remede , demeure chez un Vitrier · au prémier
étage , ruë S. Dominique , au bout qui
donne dans la ruë d'Enfer , proche du Luxembourg.
A Paris.
Jikakakakakakakakakakakakakak
SPECTACLES.
LE25.Septembre on vit fur le Thea
tre François trois Pieces d'un Acte
chacune , qui n'avoient pas été reprefentées
depuis très long-temps . Les Précieufes
Ridicules de Moliere. La Methamor
phofe Amoureuse du fieur le Grand , Piece
très - réjoüiffante & bien écrite , & let
: Mari retrouvé , du fieur Dancourt , qui
eft une Piece très - plaifante par ellemême
; mais qui l'étoit bien davantage
dans fa nouveauté , il y a environ 25.-
ans : car c'eſt une allegorie jufte & précife
du faux ou vrai la Pivardere , procès
2488 MERCURE DE FRANCE .
cès qui faifoit l'entretien de tout Paris
en ce temps- là. Tout le monde fçait
avec quelle legereté & quel art le fieur
Dancour faififloit & traitoit les Vaudevilles.
Ces trois Comedies ont fait beaucoup
de plaifir ; mais ce qui en a fait à
ne pouvoir l'exprimer , c'eft de voir la .
petite Dlle d'Angeville , âgée de 9. ans ,
déguifée en Crifpin , jouer avec une intelligence
, un feu & une fineffe admirable.
Les Précieufes Ridicules n'ont pas eur
grand fuccès , quoiqu'il y ait plus de 30 .
ans que cette Piece n'ait paru fur nôtre
Theatre. C'eft la troifiéme des Comedies
de Moliere , qu'il compofa à Paris ,
peu de temps après fon établiffement
fur le Theatre du petit Bourbon en 1659.
& la premiere qui ait paru imprimée de
lui. M. de Grimarêt , Auteur de la vie
de ce grand homme , parle ainfi de cette
Piece. Moliere au commencement qu'il
fut établi à Paris avec la troupe , craignit
d'expofer fur le Theatre des pieces de fa
compofition , ne concevant pas qu'elles.
puffent meriter le fuccès qu'elles avoient'
eu en Province. C'eſt le propre des Auteurs
du premier ordre , de ne pouvoir
fe contenter eux - mêmes lorfqu'ils contentent
tout le monde ; mais Paris fut
encore plus fenfible que la Province aux
agré-
R
OCTOBRE 1725. 2489
agrémens des pieces de cet Auteur. Il y
parut bien à la reprefentation des Précieufes
Ridicules ; car à la deuxième
repreſentation on fut obligé de la mettret
au double , à caufe de la foule incroyable
qui y étoit accouruë la premiere fois . On
y admira quatre mois de fuite le bon fens,
& les traits naturels de la critique que
Moliere faifoit des moeurs , & le fecret
qu'il trouva de mettre le ridicule deş
hommes dans tout fon jour.
Le 2 3. Septembre les Princes de Baviere
allerent à l'Opera pour voir Acis
& Galatée , Paftorale heroïque , qui n'avoit
pas été repriſe depuis le mois d'Aouft
1718. La Dile le Maure chanta le rôle
de Galatée avec beaucoup d'applaudiffement
, le fieur Muraire chanta une ancienne
Ariete Italienne qui fit beaucoup
de plaifir , & tout le divertiffement fut
terminé par les caracteres de la danfe
que la Dile Prevoft danfa avec la grace ,
la vivacité & la legereté que tout le
monde lui connoît.
Le 25. l'Opera Comique de la Foire
S. Laurent reprefenta fur le même Theatre
trois anciennes petites Pieces d'un
Acte chacune , avec des agrémens , intitulées
, les Funerailles de la Foire , fon
rappel
2490 MERCURE DE FRANCE.
rappel à la vie , le monde renversée . Ce
divertiffement fut honoré de la prefence
de S. A. R. Madame la Duchefle d'Orleans
, de la Duchelle d'Orleans ,fa Bru ,
& des Princelles d'Orleans fes filles .
Le 30. les Princes de Baviere n'ayant
point vû le Ballet des Elemens , L'Académie
Royale de Mufique en donna une'
reprefentation qui leur fit beaucoup de
plaifir . On y joua à la fin le Caprice .
qui eft un excellent morceau de fympho
nie du fieur Rebel .
L'Opera Comique joua les 4 jours
fuivans fur le Theatre de l'Opera , &
ajoûta aux trois pieces dont on vient de
parler celle des Animaux raisonnables.
Le fieur Amoche y chanta un Pot - pourry
, compofé d'airs ferieux de divers
Opera , mêlez avec des Vaudevilles , qui
fit beaucoup de plaifir.
,
Le Mercredi 17. Octobre on reprefenta
für le Theatre François une-
Piece , ornée de quatre Intermedes de
chants & de danfes , de M. Fuzellier
fous le titre d'Amuſemens de l'Automne.
Une jeune Comteffe prête à fe remarier à
un Colonel de Dragons , donne lieu à
ces fêtes , & à la repreſentation de deux
Me
Pieces
OCTOBRE 172 5. 2491
Pieces d'un Acte chacune , intitulées le
Temple d'Ephefe , & le Temple de Gnide.
La Scene le palle à la campagne dans le
Château de la Comteffe . On y celebre ſa
fête. Gamainville , perfonnage ridicule ,
outrément paffionné pour la Mufique Italienne
, veut lui donner pour bouquet un
concert de Sonnates , de Cantates , d'Arietes
, & c. Les amateurs de cetteMufique
yfont peu louez. Les airs du Mercure &
le Livre des mois que l'Auteur a fait
venir-là , y font mis en fort bonne compagnie
. Comme cet ouvrage n'a point été
goûté du public , on n'entrera dans aucun
détail. Les Divertiffemens font jolis.
Le fieur Dangeville , Danfeur de l'Opera
en a fait le Ballet ; fes enfans y ont
danfé , & ont même joué plufieurs rôles
d'une maniere admirable. Le fieur Quinaut
l'aîné a fait les airs & les fymphonies
des Divertiffemens qui y ont été
goûtez.
L'Académie Royale de Mufique continue
toûjours les reprefentations d'Acis
& Galathée. On y a ajoûté l'Acte de la
Provençale deM³s . de la Font & Mouret ,
dont la gayeté & l'execution font un extrême
plaifir.
La nuit du Dimanche 21. de ce mois
on donna le Bal public fur le Theatre de
l'Opera,
2492 MERCURE DE FRANCE .
l'Opera , à l'occafion des Princes de Baviere
qui y furent déguiſez .
L'Opera de Telegone , Tragedie nouvelle
qu'on repete actuellement , fera
joué au commencement du mois prochain.
Le Lundi 1. de ce mois les Comediens
Italiens repreſenterent devant leurs Majeſtez
, à Fontainebleau , la Double Inconftance
, Comedie en 3. Actes , fuivie.
du Mauvais Menage , Parodie de la Tragedie
de Mariamne.
Le Mercredi 3. l'Avare de Moliere &
la Parifienne , par les Comediens François
.
Le 6. la Tragedie d'Heraclius , fuivie
du Bon Soldat , par les François.
Le 9. Arlequin Sauvage , Comedie
Françoife en 3. Actes , & Arlequin
Marchand Prodigue , Comedie Italienne
réduite en un Acte.
Le 11. le Joueur & l'Avocat Patelin ;
par les François.
Le 13. les Italiens donnerent Arlequin
Enfant , Stame & Perroquet. Piece Italienne
en 5. Actes , fuivie de la Folle raifonnable
, Comedie d'un Acte en François
, & en vers , mife au Theatre par
le
OCTOBRE 1725.
2493
le fieur Dominique , Comedien du Roi,
Le 16. Berenice & le Concert Ridicule,
par les François,
Le 18. l'Embarras des Richeffes ,
Comedie Françoife en 3. Actes , & Arlequin
Ducliffe , Piece Italienne en un
Acte.
Le 20. les Bourgeoifes à la mode , &
l'Aveugle Clair- voyant , petite Piece du
fieur le Grand , Comedien du Roi.
Le 23. Arlequin Medecin volant , Comedie
Italienne en 3. Actes , fuivie de la
Meridienne , Comedie Françoile en un
Acte.
NOU
2494 MERCURE DE FRANCE.
*******************
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE.
Na encore appris le détail qu'on va
fire fur les affaires de Perfe. Vers le mois
de May dernier , Miry- Mamouth , Prince de
Candahar , ayant envoyé d'Ifpahan à Candahar
un Commiffaire pour y lever quelques Troupes
, celui -cy s'en alla vers le neveu de ce
Prince nommé Efchref Chan , dont Miry-Mamouth
avoit fait mourir le pere : dans ce temslà
il fit auffi mourir le precedent Roi de Perfe,
nommé Huffein avec ceux de fes enfans qui
fe trouvoient pour lors à Ifpahan.
Quelque tems après , Miry - Mamouth fut
attaqué d'une maladie qui lui fit perdre le
jugement. Efchref Chan en ayant été averti
fe rendit à Ifpahan avec les Commiffaires
dont on vient de parler ; il y cultiva l'amitié
du premier Miniftre de Miry- Mamouth : Ce
Miniftre avoit confeillé à fon Maître de nommer
Efchref- Chan pour fon fucceffeur , ce
qui fut executé. Il prit poffeffion dù Gouvernement
à Ifpahan , & d'abord après il déclara
Miry- Mamouth incapable de gouverner .
le fit mettre en prifon & peu de jours après
il le fit mourir par la main de quelques Armeniens.
Efchref Chan , après être monté fur .
le Frône , fit mourir grand nombre des plus
confiderables perfonnes qui lui parurent ſuſpectes
, pour s'y affermir. ,,
Peu de tems avant fa mort , Miry- Mamouth
avoit envoyé 7000. hommes dans les Montagnes
,
OCTOBRE 1725. 2495
gnes , entre Ifpahan & Cafbin. Le jeune Roy
de Perfe Schah Dagmarib. l'ayant appris , forma
un Détachement de 15coo. hommes de
fes Troupes , fe mit à la tête , livra combat
aux Perfans rebelles & remporta l'avantage.
Le fucceffeur de Miry Mamouth ayant appris
cette défaite , détacha encore 7000. hommes
pour aller joindre les Troupes battuës & les
mettre en état de refifter au jeune Roy de
Perfe , qui les attaqua de nouveau & les défit
entierement. Après avoir reçû cette fâcheufe
nouvelle , Efchref Chan envoya fon Tréfor
hors d'Ifpahan afin de pouvoir , en cas de néceffité,
le faire tranſporter à Candahar , & s'avança
lui-même pour s'oppofer au Roi de
Perfe qui marchoit vers Ipahan.
On mande de Conftantinople qu'il eft certain
que les Perfans font demeurez fideles au
jeune Roy de Perfe , qui jufqu'à prefent a
donné de grandes marques de valeur.
On mande du Caire le 20. Juillet dernier,que
le Pacha d'Egypte quitta ce jour là le Château
pour fe retirer dans une Maiſon de la
Ville deftinée pour les Gouverneurs dépo
fez ; la veille au matin , ce Pacha donna un
ordre pour déclarer Mehemet Cherquas , rebelle
; fur quoi celui- cy affembla fur le champ
dans fa maifon les Chefs de Milice , les Beys
& autres Grands du païs ; & après avoir tenu
un Divan ou Confeil qui durà jufqu'au foir ,
il fut réfolu qu'on déclareroit au Pacha qu'il
eût à abdiquer volontairement , finon qu'on
l'y forceroit ; les Moulas & Docteurs de la
Mofquée des Fleurs , firent quelque difficulté
de figner la réfolution prifé par le Divans
mais enfin on trouva moyen de lever tous
leurs fcrupules, en leur faifant diftribuer quel
ques prefens ; & en confequence on notifia
H le
2496 MERCURE DE FRANCE .
}
le foir au Pacha le réfultat du Divan , confirmé
par la Milice & par les Docteurs du
Caire, pour qu'il eut à fortir du Château , ce
qu'il promit de faire le lendemain ; ainfi la
Ville qui étoit fur le point de fe voir exposée
à une grande révolution , a repris fa premiere
tranquillité. Toutes les Troupes étant réunies
fous le commandement de Mehemet Cherquas,
font encore campées devant le Château , mais
l'on croit qu'avant la nuit elles fe retireront
toutes , chacun chez foi , & que les Boutiques
des Bafars , qui ont été fermées , feront ouvertes
comme à l'ordinaire.
Le 21. Août un Courrier dépêché par Achmet
, Bacha de Babylone , apporta à Conftantinople
la nouvelle de la prife de Tauris ,
jadis Capitale de la Perfe , qui eft encore aujourdui
la plus grande & la plus confiderable
Ville de ce Royaume après Ifpahan , elle en
eft éloignée d'environ cent lieuës.
Le 22. on publia cette nouvelle avec les
eirconftances fuivantes . L'Armée du Grand
Seigneur qui formoit le Siege de cette Place ,
fe difpofant vers la fin du mois de Juillet à
donner un affaut general , les Perfans fo rirent
de la Ville au nombre d'environ 200000. tant
Soldats qu'Habitans , & le combat s'étant engagé
dans le Camp des Turcs , dura depuis la
pointe du jour jufqu'au Soleil couchant , que
les Perfans ayant été mis en déroute , prirent
la fuite pour fe retirer vers la Ville . Les Turcs
les pourfuivirent & entrerent avec eux dans
la Ville : les Perfans fe ralliant , fe défendirent
avec beaucoup de courage de quartier en quartier
& de rue en ruë. Le Combat dura prefque
fans relâche pendant trois jours & trois
nuits. Des huit quartiers dont Tauris eft compofe
, il n'y en eut que deux qui fe rendirent
OCTOBRE 1725. 2497
à difcretion , les Habitans ayant bien voulu
fe foumettre à l'efclavage ; ceux des fix autres
quartiers furent paffez au fil de l'épée : de ce
nombre font prefque tous les Ouvriers des
Manufactures en Étoffes de Soye , Or & Argent
, qui faifoient la grande richeffe de cette
Ville , dont le pillage a été abandonné aux
Soldats.
1
On compte qu'il y a près de 200. mille
Perfans tuez dans le combat ; & comme on a
fçû que Schah - Thamas, nouveau Roi de Perfe,
étoit le premier jour dans la Ville , on ignore
s'il a pû fe fauver , ou s'il aura été trouvé
dans le nombre des morts.
qui
Ofman Bacha , Gouverneur d'Ourfa ,
commandoit l'aîle droite de l'ArméeOttomane,
a été tué dans le combat , ainfi que plufieurs
Generaux de diftinction & environ20000 Turcs
avec un pareil nombre de bleffez . Toute la
gloire de cette Expedition eft dûë à Achmet ,
Bacha de Babylone , qui avoit le principal
Commandement de l'Armée du Grand- Seigneur.
Le bruit court qu'on lui a envoyé ordre
de pourfuivre fes Conquêtes & de marcher
vers Ipahan.
On a celebré cette Victoire à Conftantinople
par des fêtes qui ont duré cinq jours. Le
31. Août on tira le Canon du Serrail pour
la priſe de deux autres Places fituées à quatre
lieuës d'Amadan.
Le Seliktar ou Porte- Epée du Grand Seigneur
, qui avoit été fait Bacha & que Sa
Hautelle avoit envoyé en Perfe avec quel
ques Troupes de renfort , a été condamné à
avoir la tête tranchée , pour n'avoir pas joint
affez tôt l'Armée qui faifoit le Siege de
Tauris
Le Grand-Seigneur a nommé Oifer, Aga ,
Hij Cha
2498 MERCURE DE FRANCE.
Chalender , c'eft- à-dire Chef Juge des Marchands
, pour aller refider de fa part à la Cour
de Vienne, conformément au Traité de Comnerce
qui a été fait avec l'Empereur après
celui de Paffarowits. C'eft le même qui en
1719. accompagna Ibrahim Effendi , l'un des
Plenipotentiaires de la Porte pour la fignature
de ce Traité , & qui fut honoré alors du
Titre de Bacha.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Tunis
le 9. Septembre 1725 .
Es quatre Vaiffeaux du Grand- Seigneur
Lcommandez par Abdi -Raix , arriverent le
3. de ce mois à Portefarine , de retour d'Afger
où ils ont été dix jours . M. le Chevalier
de Vatan, commandant deux Vaiffeaux du Roi,
y arriva quatre jours avant leur départ. Il fa-
Jua le Commandant de 15. coups de Canon ,
il lui en fut rendu autant. Le Dey d'Alger
ne permit d'abord qu'au Capigy de defcendre
à terre ; celui- cy luf remit la Lettre du Grand-
Seigneur ; & fans entrer en négotiation avec
cet Ambaffadeur , le Dey lui donna deux jours
après une Lettre qu'il écrivoit en réponſe au
Grand Seigneur , dans laquelle il remontre à
Sa Hauteffe , qu'il n'eft pas poffible de faire
reftituer le Vaiffeau de la Compagnie d'Of
tende, chargé de Caffé , que les Corlaires d'Alger
prirent dans le mois de Juillet de l'année
derniere , encore moins d'en rendre la valeur;
& qu'à l'égard de la paix avec l'Empereur , il ·
la fera s'ilveut lui affigner des fonds pour payer
la folde aux Turcs qui font au fervice de la République:
Le Dey ne voulut pas permettre que
le Commiffaire de l'Empereur deſcendît à ter-
Te , il ne vouloit pas même qu'aucun Furc
OCTOBRE . 1725. 2499
fe débarquât , mais ils firent tant d'inftances
le jour de leur Beyran ou Pâques , qu'il ne
put le leur refufer ; ils font revenus très - mécontens
des Algeriens qui ne leur ont fait au
cune honnêteté. Il n'en fera pas de même des
Tunifiens. Le Bey eft difpofé à leur faire beaucoup
de prefens & à avoir beaucoup de politeffe
pour eux ; mais il n'eft pas moins réfolu
de leur refufer la paix qu'ils demandent . Il fera
faire la lecture de la Lettre du Grand - Seigneur
dans le Divan , qui certainement refufera de
confentir à une paix qui leur feroit encore plus
defavantageufe qu'aux Algériens . Il n'eft au
jourd'hui point de Turc ni de Maure qui ne
penfe de même. Le Capigi - Bachi eft arrivé de
Porte- Farine depuis une heure , il ira demain
voir le Bey,
Le Conful de France envoya fon Drogman à
Porte-Farine offrir fes fervices au Capigi- Bachi
& au Commiffaire de l'Empereur ; ce dernier
lui fit dire qu'il étoit malade depuis deux
mois & qu'il feroit bien - aife de defcendre
à terre.Le Capigi- Bachi lui fit dire d'enparler
au Bey.ce qu'il fit. Il lui fut permis de venir
dans Porte- Farine , il viendra demain à Tunis ,
& il logera chez le Conful.
LETTRE écrite d'Alger , lei Septembre
1725. au sujet de l'arrivée de
l'Efcadre de Vaiffeaux de Guerre dis
Grand Seigneur en ce Port, & c . Extrait.
Lu o,& ann arrivées,
Es quatre Sultanes ou grands Vaiffeaux
>
nous donnent matiere à vous écrire : Elles
jetterent l'Ancre devant cette Ville le 18 du
mois paffé au matin , à une petite portée du
Canon. Le Commandant , Vice- Amiral , de
H iij foixante
2500 MERCURE DE FRANCE.
foixante & feize Canons , falua le premier,
contre l'attente de tout le monde, de 14 coups ;
un autre Vaiffeau de dix coups , le troifiéme de
14 ; & leContre- Amiral de huit.La Ville répondit
auffi - tôt par 18. Un Capigi - Bachi embarqué
fur le Commandant avec un Chaou - Bachi ,
chargé des Lettres du Grand- Seigneur , débarqua
le 19 au matin . En mettant pied à terre , il
trouva un Cheval pour lui & un pour fon Collégue
, ayant été falué auparavant de quelques
coups de Canon : On les conduifit à la maiſon
qui leur avoit été préparée . Tout le ceremonial
avoit été réglé avant le débarquement , le Dey
ou Chefde la Republique , ayant eu la précaution
de recommander que perfonne débarquâs
le jour de l'arrivée. Le 20. le Divan , ou Affemblée
generale de toute la Milice, ayant été convoqué
pour le matin , on envoya un Cheval au
Capigi- Bachi pour s'y rendre ; il fe plaignit de
ce qu'il n'y en avoit point pour fon Collegues
on lui en donna un pour le retour Le Divan
affemblé dans la maifon , dite du Roy, qui étoit
toute pleine , depuis le bas jufqu'au haut des
Terraffes : Le Dey affis fur une Eitrade , au milieu
de la Cour , ayant à fes côtez les Envoyez
de la Porte: Les Lettres furent d'abord préfentées
avec les ceremonies ordinaires , & lûes à
haute voix par un des grands Ecrivains . O tre
la Lettre du Grand- Seigneur , il y en avoit une
du Grand- Vifir ; une autre du Capitan Bacha
ou Amiral , & une quatriéme des Kadileskers
ou principaux Chefs de la Juftice . La lecture
finie , le Dey prit la parole pour demander à
l'aflemblée fi elle avoit bien compris ce que le
Grand Seigneur demandoit & ordonnoit par
ces Lettres : Elles portent des ordres formels &
pofitifs aux Algeriens de reftituer le Vaiffeau
Oftende avec tout fon chargement & équi-
Page
OCTOBRE 1725. 2501
לכ
ל כ
page , & de plus de faire la paix avec l'Empereur
& avec tous fes fujets.Ils répondirent tous
qu'ils avoient bien entendu & qu'ils approuve .
roient tout ce qu'il feroit là- deffus , qu'il étois
leur Dey & leur Maître ; mais le Dey qui avoit
déclaréplus d'une fois qu'il fouffriroit plutô
la ruine totale d'Alger que de rendre la moindre
chofe de ce Vaiffeau & de faire la paix avec
l'Empereur , n'a pas voulu prendre fur lui feul
une affaire de cette confequence, il en connoiffoit
trop les fuites & le danger pour fa tête ; il
repliqua fort modeftement : » il eft vrai que
je fuis votre Dey & que vous m'avez choift
» pour Chef, mais je n'ai de pouvoir qu'autant
» que je fuis appuyé par la Taife ou Milice , &
» je ne prétens rien faire que de fon confente-
»ment. Alors tout le Divan bien informé d'ailleers
de l'intention du Dey , commença à crier
à haute voix : Point de reftitution, poini depaix
avec l'Empereur. Le Capigi- Bachi ayant pris
la parole, pria l'affemblée de faire bien attention
aux Ordres du Grand- Seigneur fon Maître
& le leur; mais il n'eut point d'autre réponfe
que la premiere . Alors le Commandant
homme de poids & de tête , fit un difcours à
Paffemblée , pour lui faire comprendre les fuites
fâcheufes que pourroit avoir la réfolution
qu'elle prenoit mal à propos contre l'obéiffance
, la foûmiffion & le refpect qu'elle devoit au
Grand - Seigneur , que ce n'étoit pas moins
qu'une rebellion formelle que Sa Hauteffe ne
pourroit diffimuler.
Les Algeriens qui fe vantent d'être bons
Mufulmans , & qui fe difent les efclaves de Sa
Hauteffe , piquez du difcours un peu vif du
Commandant , ne refterent pas court . Ils alleguerent
fur le champ un bon nombre de rai.
ions pour leur deffenfe ; ils protefterent toute
Hj foumiffion
2502 MERCURE DE FRANCE.
foûmiffion & refpect au Grand - Seigneur leur
Souverain & unique Maître, après Dieu; & que
même leur obéiffance étoit telle que fi Sa Hauteffe
envoyoit le dernier des hommes avec un
Sabre à la main pour leur couper la tête , il
n'y en a pas un qui ne donnât la fienne fans
réfiftance , ou que fi elle leur ordonnoit d'abandonner
le pais & de le livrer aux Chrétiens
, ils s'y réfoudroient fans héfiter ; ajoûtant
qu'en ce cas ils retourneroient dans les
maifons de leurs Peres pour y labourer la terre
& y garder les Beftiaux , & c. mais qu'ils ne
pouvoient faire de paix avec l'Empereur.
Le Capitaine du Vaiſſeau Oftendois , fes Ecrivains
, Pilotes , Chirurgiens & autres de cet
équipage font gardez fort étroitement depuis
la tenue du Divan , & M. Cadiou , Malouin ,
âgé de 26 ans , & qui étoit le principal Marchand
du Vaiffeau, a été dépofé de l'office d'Ecrivain
de Belik qu'il occupoit depuis neuf
- mois, & mis à la chaine. Le Dey a peur qu'ils
ne gagnent les Vaiffeaux.
L'Envoyé de l'Empereur ayant écrit à Maître
Ordan , Marchand Anglois , icy établi , pour
le prier de lui envoyer 200 Sequins à bord; celui-
cy en étant allé demander la permiffion au
Dey , qui avoit déja défendu de leur rien envoyer;
le Dey la lui refufa abfolument , & lui
renouvella fortement la deffenſe de lui envoyer
la moindre chofe , ni à lui , ni à qui que ce foit.
Il ne voulut pas non plus que M. Durand
Conful de France , allât à bord ; & le Capigi-
Bachi & autres lui ayant fait de nouvelles inf
tances pour qu'il rendit au moins l'équipage
du Vaiffeau en queſtion, lui reprefentant qu'ils
ne pouvoient s'en retourner à Conftantinople
fans l'emmener avec eux .
Le Dey leur répondit qu'en ce cas ils n'a-
1
voient
OCTOBRE. 1725. 2503
voient qu'à retter à Alger , eux & leurs Vaiffeaux
; mais il n'auroit pas été long- temps à
fe retracter s'ils l'avoient pris au mot , car tout
lui fait ombrage , & il s'embaraffe peu des menaces
étrangères.
Enfin les quatre Sultanes firent voile la nuit
du 29 au 30 d'Aouft, pour aller rendre compte
du fuccès de leur négociation.
Nos deux Vaiffeaux de Guerre François , commandez
par M. le Chevalier de Vatan , arriverent
le 26 au foir ; ils ont mouillé proche des
Sultanes fans fe faluer . Le 27 au matin , ils furent
faluez par la Ville , felon la coutume.
Le 28 , le Commandant François falua les
Sultanes de onze coups de Canon, avec la condition
dont ils étoient convenus , que le Vice-
Almiral rendroit un pareil nombre de coups ,
ce qui fut execuré.
Le 29 , le Chevalier de Vatan , accompagné
de M.de la Valette qui commande le Tigre, &
de quantité d'Officiers , s'eft débarqué , a fahé
le Dey , a diné chez M. le Conful , & eft:
retourné coucher à fon bord pour n'en plus
defcendre. Je fuis , & c.
Nous venons d'apprendre que les deux Vaiffeaux
du Roy, dont il eft parlé dans cette Lettre
, avoient été armez pour naviger pendantle
Printems & l'Eté fur les côtes de Barbarie >>
& qu'après avoir paru fur celles d'Italie , dans
les Ports des trois Républiques , de Tripoli , de
Tunis & d'Alger , & fur les côtes d'Espagne, ils
font rentrez dans le Port de Toulon au commencement
de ce mois.
Les Lettres de Naples portent qu'ony a ap
pris que la Regence d'Alger avoit réfolu de
s'expofer aux dernieres extrêmitez , plutôt que
de confentir à la reftitution du Vaiffeau de la
Compagnie d'Oftende , ce qui décourageroit
Hv Sous
2504 MERCURE DE FRANCE.
tous fes Armateurs . Ces Lettres ajoutent que
le Dey continuoit de faire executer à mort ,
les membres de la Regence qui lui ont été op .
pofez; que fes cruautez augmentoient de jour
en jour le nombre de fes ennemis ; & que fon
fils allant à la Meque avec un trefor confidérable
, avoit été tué fur la route par un Seigneur
Turc , qui s'étoit faifi de fes richeffes.
On a eu avis de Livourne que le Maître
d'une Tartane Françoife , arrivée depuis peu ,
avoit rapporté que le Dey d'Alger avoit été
maffacré le lendemain du départ des quatre
Sultanes, & que près de mille perfonnes, complices
de fes cruautez , avoient péri dans la
fédition .
Len
RUSSIE.
E Comte de Sara eft parti de Peterſbourg
en qualité d'Ambaffadeur de Ruffie auprès
de l'Empereur de la Chine . Il a un grand nombre
de Marchands à fa fuite qui ont profité de
cette occafion pour établir leur correfpondance
de négoce dans ce païs - là.
Il est arrivé à Petersbourg , par le nouveau
Canal , un Bâtiment leger, venant d'Aftracan ,
chargé de Marchandifes de Perfe tres - précieufes
,pour le compte de la Compagnie Orientale
de ce païs . C'eft le premier Bâtiment qui a
fait cette route : Les Interreffez conçoivent de
grandes efperances de la réüffite de cette navigation.
,
Suivant les Lettres du Gouverneur de Derbent
, le jeune Roy de Perfe pourfuivant fes
conquêtes,s'étoit emparé d'Ifpaham & y avoit
fait une entrée triomphante , malgré l'oppofition
du fucceffeur de Miry- Mamouth.
La Czarine ayant réfolu d'entretenir dans le
Port
5
OCTOBRE. 1725. 2505
Port de Revel une Efcadre de 12 Vaiffeaux de
guerre & de 14 Fregates , avec 4000 Matelots
qui y pafferont l'hyver , on a expedié des ordres
pour faire partir de Cronsloot quelques
Vaiffeaux deftinez à former cette Efcadre.
M. de Campredon, Miniftre Plenipotentiaire
de France à Petersbourg , a donné , à l'occafion
du mariage du Roy Tres- Chrétien , un repas
magnifique au Duc d'Holftein , aux Miniftres
Etrangers & aux principaux Seigneurs de la
Cour. Le 16 du mois dernier ce Miniftre reçût
dans la Chapelle de fon Hôtel , le Cordon 'de
Ordre de S Lazare. La ceremonie fut faite par
M. Monicault de Villardeau , chargé de la procuration
du Duc d'Orleans , Grand - Maître de
cet Ordre , en préfence de plufieurs Officiers
Generaux & d'autres perfonnes de confideration.
50000
La Maifon du Duc d'Holftein eft compofée
prefentement de 400 perfonnes , & la Czarine
a augmenté fa penfion annuelle de soooo Roubles
, fans y comprendre les revenus particuliers
de la Ducheffe d'Holſtein qui font fort
confiderables .
>
Un Gentilhomme dépêché par le Roy Stanillas
, arriva le 13 Septembre à Peterſbourg
& il eut une audience particuliere de la Czarine
, à laquelle il fit part du mariage de la
Princeffe fa fille avec le Roy de France.
POLOGNE .
L'ont retirez de Varfovie , parce que le peu-
Es Miniftres d'Angleterre & de Pruffe fe
ple commençoit à infulter leurs domeftiques ;.
le Roy leur a donné une garde des Troupes de
la Couronne pour la fureté de leurs perfonnes.
Le Primat du Royaume a prefenté un Mémoire
H vj
1506 MERCURE DE FRANCE. '
moire au Roy au fujet d'un Ordre qui a été publié
dans la Pruffe contre les Jéfuites , en vertu
duquel leur College de Linden a été fermé. Il
demande fatisfaction de cette entrepriſe , tant
en fon nom qu'au nom des autres Evêques du
Royaume, qui menacent d'ufer de reprefailles
contre les Proteftans établis dans leurs Diocèfes.
L'Evêque de Cracovie a fait publier dans
fon Dioceſe une ordonnance , par laquelle il
prétend ôter aux Non- conformistes le libre
exercice de leur Religion.
Le 30 du mois dernier , les Députez du Palatinat
de Lublin , eurent audiance particuliere
du Roy, dans laquelle ils fupplierent Sa Majeſté
de ne donner les mains à aucun accommodement
avec les Proteftans ; ce qui n'a pas
empêché le Roy de conferer avec M. Finch
Miniftre d'Angleterre , auquel S. M. continuë
cependant de refufer une audiance publique .
,
Le Pr. Lubomirski , le grand General de l'armée
de la Couronne , & le Palatin de Culm
ont été jufqu'à prefent à la tête de ceux qui
refufent d'accorder les propofitions d'accommodement
qui ont été faites en differens temps.
L
ALLEMAGNE .
E Prince Emanuel de Naffau - Siegen , que
l'Empereur a fait Capitaine de la noble
Garde des Archers de l'Archiducheffe , Gouvernante
des Pais- Bas, eft parti de Vienne pour
Bruxelles.
On mande de Stokolm que le Comte de Cereft
Brancas , Miniftre Plenipotentiaire de
France auprès du Roy & de la Reine de Suede ,
s'étoit rendu le 22 Septembre chez le Comte
de Horn, pour lui remettre fes Lettres de créan-
་
OCTOBRE . 1725. 1507
ce ; & que le 24 il avoit eu fa premiere audience
particuliere de leurs Majeftez.
On écrit d'Hambourg , que le Confeil de
cette Ville , affemblé en Corps le 4 de ce mois ,
foufcrivit à la continuation des impôts ordinaires
& à l'établiffement d'une contribution
extraordinaire , pour donner de l'ouvrage aux
pauvres qui font en état de travailler, & fournir
à la nourriture & à l'entretien des infirmes,
afin de les empêcher de mandier dans les rues.
Ce nouvel impôt fe levera fur les Beftiaux &
fur les Enterremens , fuivant le Tarif qui en
fera publié.
Il y a à Vienne deux prétendus Princes qui
fe font nommerPaleologues , & qui fe difputent
la Grande- Maîtrife de l'ancien Ordre de l'Ange
d'Or de Conftantin . On eft occupé à examiner
leurs preuves , pour connoître fi ce font des
impofteurs , comme le prétend l'Auteur d'une
Brochure qui a été publiée par ordre du Duc .
de Parme.
IT ALIE.
Lau'quirinal un Confiftoire fecret ,dans le-
Es du mois dernier , le Pape tint au Palais
quel Sa Sainteté propofa au facré College l'abolition
des Jeux ou Lotterie de Gênes. Enfuite
le Pape nomma le Cardinal Coſcia pour
fon Coadjuteur à l'Archevêché de Benevent.
Le Cardinal Ottoboni , Protecteur des affaires
de France , propofa l'Evêché de la Rochelle &
l'Abbaye de S.Pierre deMelun, Diocèse de Sens ,
pour l'Abbé de Brancas , Aumônier du Roy
Tres-Chrétien . Il préconifa enfuite , l'Abbé de
Bezons , pour l'Abbaie de Notre - Dame de la
Grace , Diocèſe de Carcaffonne.
Le 9 Septembre le Nonce du Pape à Venife
regala
2508 MERCURE DE FRANCE.
regala magnifiquement M. Marc Gradenigox
nouveau Patriarche de cette Ville avec vingt
autres Prélats de Terre-ferme. Le 10 au matin
ce Patriarche accompagné de douze Evêques
& précedé du Clergé regulier , fe rendit à l'Eglife
de S. Sauveur , où il fut reçu par les No-
Bles en habits de ceremonie. Après avoir entendu
la Meffe , il alla avec le même Cortege à
la Salle du Sénat , où il fe plaça à la droite du
Doge , qu'il complimenta ; après quoi il fut
reconduit à fon Palais dans une magnifique
Gondole. Le 13 , le Doge accompagné du Nonce
du Pape & des Sénateurs , s'étant rendu au
Palais du Patriarche , il le conduifit avec les
ceremonies accoutumées , à l'Eglife Patriarchale
de Caftello , ou il le mit en poffeffion de
fa nouvelle dignité.
Le 10 du même mois ' , on publia à Rome
une Ordonnance du Pape , par laquelle il eft
deffendu , fous des peines tres - rigoureufes , à
tous les Religieux ou autres perfonnes qui vivent
en Cominunauté , de prendre aucun interêt
dans les Lotteries ou Jeux de Gênes.
On a appris qu'au Royaume de Tunquin , le
P. Buccarelli , Jefuite Florentin , a eu la tête
tranchée pour y avoir prêché l'Evangile ; un
autre Jefuite y eft mort dans les prifons, & l'on
y a fait perir plufieurs Catechiftes
I ! eft arrivé à Gênes plufieurs recrues de
Suiffes , qu'on a embarquées pour l'Espagne ,
où l'on doit former neuf Compagnies de 200
hommes chacune .
On apprend de Turin que M. le Plat , Secretaire
des Etats Generaux , y eut une audiance
particuliere du Roy, à qui il prefenta une Lettre
de leursHautes Puiffances ,par laquelle elles
reconnoiffent Sa Majesté en qualité de Roy de
Sardaigne.
Le
OCTOBRE 1725. 2509
Le 19. Septembre , M. Capello , Ambaffadeur
de la République de Veniſe à Rome , y
fut fait Chevalier de l'Etoile d'or & de l'Eperon
, par le Pape , accompagné de plufieurs
Cardinaux , & c. & en prefence de la principale
Nobleffe qui s'étoit affemblée dans la
falle ordinaire du Confiftoire , où cette Ceremonie
fe fit avec les formalitez accoutumées .
On écrit de Florence , que le Marquis Corfini
, ci- devant envoyé à la Cour de France
y étoit arrivé , & que l'Abbé Jules Franchini
avoit été nommé pour refider dans la même
Cour avec un femblable caractere .
Le Grand Duc a accordé depuis peu au
fieur Meucci un privilege exclufif , pour fa
briquer pendant dix ans des étoffes dans le
gout de la Chine , qu'il imite parfaitement.
On apprend de Turin , que la Commiffion
établie pour inftruire le Procès du Commandeur
Ricardi , ci - devant Intendant General du
Duché de Savoye , l'avoit condamné à avoir
la tête tranchée , pour n'avoir pas inftruit le
Roy de Sardaigne de la conduite & des démarches
dangereufes du Comte de Sals , Gouverneur
General du même Duché ; que S. M. avoit
eu la bonté de commuer la peine de mort , en
celle d'un exil dans la Province de N ce; &
qu'après avoir dégradé le Commandeur Ri-
Icardi de fes titres & de l'Ordre de S. Maurice
, il les avoit accordé à ſon fils.
ESPAGNE.
N mande de Barcelone , que le Marquis
de Richbourg , Gouverneur & Capitaine
General de la Catalogne , y étoit de retour de
la vifite qu'il étoit allé faire par ordre de la
Cour , de toutes les Places de cette Principauté
,
1510 MERCURE DE FRANCE.
pauté , & que l'on continuoit de travailler
avec toute la diligence poffible aux fortifications
de Girone , d'Oftalric , de Wick & de
Cardone.
Le bruit court que l'augmentation des troupes
qui avoit été refolue dans le Confeil ,
n'aura pas lieu cette année.
Le 28. Juillet , le Marquis de Fimarcon ,
LieutenantGeneral des armées de S. M. T. Ch.
fou Commandant General en Rouffillon &
F'Intendant de cette Province , M. le Gras de
Luart , Commiffaires nommez par la France
pour la Conference dont on va parler , fe rendirent
de Perpignan à Bellegarde , chez le
Comte de Pertus , Commandant dans ce Gouvernement
, & le Baron d'Huart , Lieutenant
General des armées de S. M, Catholique , &
Commis General dans le Lampourdan avec
Dom Jofeph Ventura , Miniftre de la Royale
Audiance de Catalogne , Commiffaires nommez
de la
part de l'Espagne pour cette Conference
, fe rendirent à Figuieres le même
jour.
Le 29. le Baron d'Huart fit marcher vers la
frontiere la Compagnie des Grenadiers à cheval
du Regiment des Dragons de Numancia ,
avec fon Aide de camp ; pour complimenter
de fa part Mes les Commiffaires de France &
pour leur fervir d'efcorte. A fix heures du matin
le Baron d'Huart fortit de Figuieres avec
leMiniftre de l'Audiance , avec quatre caroffes,
dont deux étoient attelez de fix mules dans
lefquels étoient cinq Colonels de la Garnifon
de Girone & autres Officiers de fa fuite ,
avec un Efcadron de Dragons , pour aller
recevoir fur la frontiere les Commiffaires
François. Il pafla le Pont de Molins , & dans
Ja plaine d'Oftalric , il rencontra les Commiffaires
OCTOBRE. 1725. 25TY
faires François dans deux Carroffes attelez de
fix Chevaux , accompagnez d'un grand cortege
d'Officiers de diftinction de la Garnifon
de Perpignan & de 20. Gardes du Duc de
Noailles , Gouverneur du Rouffillon . Auffitôt
les Commiffaires Efpagnols fortirent de
feurs Caroffes & ceux de France en firent de
même ; ils s'embrafferent ; & après quelques
complimens , les Commiffaires François entrerent
dans le Caroffe de ceux d'Espagne &
fe rendirent à l'Eglife Collegiale de Figuieres
pour y entendre la Meffe ; le Baron d'Huart
avoit fait mettre dans le Choeur un fauteuil'
& un carreau de velours cramoifi , pour le
Marquis de Fimarcon , lui rendant les honneurs
de Commandant General de Province .
Après la Meffe , les Commiffaires fuivis de
leur cortege , fe rendirent à la Maiton du
General Elpagnol , lequel ordonna la Garde
du General François d'une Compagnie des
Grenadiers du Regiment de Cordoua , Efpa
gnol , prefentant les armes & le tambour battant
aux champs pour le General François.
Il ordonna la Garde de l'Intendant de Rouffillon
, d'un Sergent & 15. Grenadiers , & pour
fa Garde , elle ne fut que fuivant les ordonnances
du Roy fon Maître , d'un Lieutenan
& 25. Grenadiers , le tambour appellant . Le
General François & fon collegue furent complimentez
par le Clergé & la Maiſon de
Ville.
A l'heure du diner , on fervit deux tables
de quinze converts chacune , avec autant de
magnificence que de propreté & d'abondance
, dans les mets , les vins & les liqueurs
les plus exquifes , ce qui a continué foir &
matin avec la même délicateffe pendant le
temps de la Conference , avec une excellen252
MERCURE DE FRANCE .
te fimphonie de hautbois & de cors de chaffe.
Le General Espagnol avoit ordonné que plus
de cent perfonnes & au moins 60. chevaux
des deux corteges , fuffent deffrayez à fes dépens
pendant tout le temps de la Conference
qui finit en trois feances. Les Commiffaires
de S. M. T. Chrétienne & Catholique , fe donnerent
reciproquement le 31. les articles arrê ·
tez pour être approuvez des Rois leurs Maîtres.
Les Commiffaires fe font feparez très
contents les uns des autres.
Le 25. du mois dernier , on publia à Madrid
avec les ceremonies accoutumées , le traité
de Paix qui a été conclu à Vienne , entre
l'Empereur, l'Empire & S. M. Cat . Le foir il
y eut a cette occafion des feux , des illuminations
& d'autres marques de rejouiffance
dans toutes les rues.
On affure que le Roy d'Espagne a refolu
de rétablir à Seville le commerce des Indes.
Occidentales , qui a été transporté à Cadix
depuis nombre d'années , & que Don Jofeph
Varras , a été nommé Prefident de la Chambre
de commerce , à la place de Don Jofeph Patino
, qui étoit Préfident de la Chambre à
Cadix.
Suivant les Lettres de Cadix , le Vaiffeau
de guerre & les deux Fregates Mofcovites
qui y font arrivez vers le milieu du mo's paffé,
en vertu de la permiffion accordée il y a environ
deux ans , ont debarqué des bois de
conftruction , des fers , des cuirs , des Canons
& d'autres armes qui font en ufage
fur mer ; mais comme on a exigé dix pour
cent de droit d'entrée , que les Officiers Mofcovite
s n'avoient pas commiffion de payer, ces
marchandifes ont été confignées à M. Jacob
Euwzeinoff , Conful de la Nation Rufienne
&
"
OCTOBRE 1725. 2513
•
& à M. Leon Femenikoff , Negociant Mofcovite
établi à Cadix .
On a appris par la voye de Lisbonne, qu'une
Flute Hollandoife de 600. tonneaux , chargée
à Amfterdam pour aller commercer dans
les Oüefts de l'Amerique & fur les côtes de
la mer du Sud , étoit entrée dans le Rio de
Janeiro , dans l'efperance d'y vendre une partie
de fa Cargaifon , qu'un Vaiffeau Portugais
qui étoit dans cette riviere , l'avoit attaquée ,
qu'après un combat de deux heures , le Capitaine
Perez qui le commandoit , avoit ca
le malheur d'être tué ; mais que la Flute Hollandoife
ayant reçeu plufieurs bordées du canon
de ce Vaiffeau , & refufant de fe rendre,
avoit été coulée à fond , & que prefque tour
l'équipage avoit été noyé.
On apprend auffi de Lisbonne , que M. Dormer
, Brigadier General des troupes du Roy
d'Angleterre , & fon Envoyé Extraordinaire
en Portugal , à la place du Lord Sanderfon ,
entra dans la riviere de Lisbonne vers le milieu
du mois dernier , à bord d'un Paquet-
Boat qui a fait la traverfée en dix jours .
GRANDE- BRETAGNE.
M. Trevor , Auditeur de la Maifon du
Prince de Galles , qui eft mort depuis
peu , a laiffé par fon Teftament soo. livres
fterlin , pour eriger une ftatue Equeftre au feu
Roy Guillaume dans la Place de S. James ,
ou dans telle autre place que fes Executeurs
Teftamentaires voudront choifir. Il laiffe auffi
une pareille fomme pour acheter un diamant
pour le Prince Guillaume Augufte lorfqu'il
fera fait Chevalier de la Jarretiere .
HOL2514
MERCURE DE FRANCE.
HOLLANDE ET PAIS BAS.
LE 20. de Septembre , les Etats Generaux nommerent pour leur Ambaffadeur à la
Cour de France M. Guillaume Borcel , Echevin
de la Ville d'Amfterdam & Directeur de
la Compagnie des Indes Orientales.
Les Magiftrats de Bruxelles ont ordonné aux
Bourgeois qui demeurent dans les rues par
où l'Archiducheffe Gouvernante doit paffer
lorfqu'elle fera fon entrée , d'orner le devant
de leurs maifons , & à tous les jeunes gens depuis
18. ans jufqu'à 30. de fe tenir prêts à fe
mettre fous les armes.
Le Chapitre de l'Eglife Collegiale de S. Paul
de Liege , a élu l'Electeur de Cologne pour
remplir la place de Prevôt de cette Eglife ,
vacante par la mort de l'Evêque de Namur.
La Comteffe de Moirmont , veuve du General
Galliot de Salamanque , a été nommée
Grande Maîtreffe des Dames d'Honneur de
l'Archiducheffe. Les Comtes de Lannoy &
d'Arberg ont été faits fes Chambellans.
On apprend de Louvain que cette Princeffe
y étoit arrivée le 5. de ce mois , vers les cinq
heures du foir ; qu'elle avoit été complimentée
à la porte de la Ville par M. Herkenrode
, premier Bourguemettre qui lui en
avoit prefenté les clefs ; que le 6. les Magiftrats
en Corps lui avoient porté le vin de
Ville que le 7. & le 8. T'Archiducheffe
avoit tenu Chapelle publique dans l'Eglife
des Auguftins & dans celle des Jefuites ,
& qu'elle devoit partir le 10. pour conti
Auer fa route & fe rendre à Bruxelles.
RELAOCTOBRE
1725. 2515
RELATION de ce qui s'eft passé à
l'arrivée à Bruxelles de l'Archiducheffe
Marie Elifabeth , Gouvernante des
Pays - Bas Autrichiens .
N s'eft reglé dans cette occafion fur les
ceremonies les folemniter obfervées
pour le Prince Ferdinand , Cardinal Infant ,
trere de Philippe IV, Roi d'Eſpagne , lorfqu'il
arriva dans les Pays- Bas en 1634. en
qualité de Gouverneur General.
Le Comte de Daun , Gouverneur par interim
, & Capitaine General de ces Provinces
envoya un détachement de Cavalerie fur les
frontieres au- delà de Tirlemont pour fervir
d'efcorte à l'Archiducheffe , & un détache
ment d'Infanterie pour faire la garde devant
fon logement , tant à Tirlemont qu'à Louvain
.
Les Etats de Brabant nommerent des Députez
de leur Corps pour la complimenter fur
les frontieres de cetteProvince ; fçavoir , de la
part du Clergé , l'Evêque d'Anvers , l'Abbé
de Vilerbeeck , Ordre de S. Benoît , l'Abbé
de Villers , Ordre de S Bernard , & l'Abbé de
Grimberghen , Ordre de Prémontré ; pour
la Nobleffe , le Duc d'Arfchot , le Prince de
Rubempré , le Baron de Spangen , & le Baron
de Kiefegen , & pour le Tiers- Erat , les Bourguemeftres
des trois principales Villes , de
Louvain , Bruxelles & Anvers , affiftez de M.
Vanden - Broeck , Confeiller- Penfionnaire &
Greffier des Etats.
Le 3. d'Octobre , après - midi , l'Archidu
cheffe traverfa la Ville de Maftricht au bruit
d'une triple falve de 125. pieces de canon , &
ay
2516 MERCURE DE FRANCE.
au fon des Cloches de toutes les Eglifes . La
Garnison étoit rangée en double haye depuis
la porte d'Allemagne jufqu'à celle de Bruxelles.
Dès la pointe du jour , le Prince Guillaume
de Helle Caffel , Gouverneur de Maftricht
avoit détaché le Colonel Scravenmore
avec fon Regiment de Cavalerie , pour aller
recevoir l'Archiducheffe au Village de Beeck ,
fur les limites du Duché de Juliers & des Provinces
Unies , & lui fervir d'efcorte jufqu'à
Mastricht . Cette Princeffe étant arrivée à un
quart de lieuë de la Ville , elle y fut complimentée
, au nom des Etats Generaux , par le
Prince de Heffe -Caffel , qui s'y étoit rendu à
cheval , accompagné de M. d'Amerongen ,
Commandant de la Place , & d'une nombreufe
cavalcade de perfonnes de diftinction & de
volontaires : il affura la Princeffe , Gouvernante
des Pays Bas , de la haute eftime & confideration
de L. H. P. pour fon illuftre Perfonne
, & qu'elles ne negligeroient aucune
occafion de lui donner des preuves éclatantes
de leur fincere amitié. Surquoi , l'Archiducheffe
pria le Prince de remercier L H. P. de
fa part , & de leur témoigner combien elle
étoit fenfible à ces affurances d'amitié .
Cette Princeffe traverfa enfuite la Ville ,
précedée du Prince de Heffe Caflel & de fa
cavalcade ; & pendant qu'on changeoit les
630. chevaux de relais hors de la porte de
Bruxelles , elle témoigna au Prince qu'elle ne
pouvoit affez exprimer fa fatisfaction des
grands honneurs qu'il venoit de lui rendre au
nom des Etats Generaux , & qu'elle fe réjouiffoit
de fe trouver dans leur voifinage , & de
pouvoir leur donner dans toute occafion des
preuves de fon defir fincere de vivre en bonne
harmonie , & amitié avec L. H. P. Pendant
que
OCTOBRE 1725.
2517
que l'Archiducheffe adreffoit ainfi la parole.
au Prince , à qui elle fit auffi un compliment
très gracieux , on entendit une feconde triple
falve de tout le canon de la Ville. Cette Princefle
continua fa route , fous l'escorte du Regiment
de Trimbor , qui fut relevé à moitié
chemin de Tongres , par celui du Prince de
Heffe-Philipsdhal qui l'efcorta jufqu'à Tongres
où elle alla coucher.
Le 4 l'Archiducheffe dina dans l'Abbaye de
S. Tron , & arriva le foir à Tirlemont , elle
y fut reçûë avec tous les honneurs poffibles ;
la Bourgeoifie a été fous les armes , tant à
fon entrée qu'à fon départ. Elle fut reçûë à la
porte par le Magiftrat en corps qui lui prefenta
à genoux les clefs de la Ville dans un
baffin d'argent , après quoi ils l'accompagnerent
jufqu'à fon logement , étant fuivis de so.
Bourgeois qui portoient chacun un flambeau
de cire blanche allumé. Le Comte de Daun
eut l'honneur de lui prefenter les Députez des
Etats de Brabant.
On fonna toutes les cloches des principales
Eglifes , & on orna les maifons des rues par
où elle paffa . Le foir il y eut des feux de joye
& des illuminations par toute la Ville où elle
a été logée avec fa fuite le plus commodement
qu'il a été poffible .
Le lendemain le Magiftrat lui prefenta le
vin d'honneur ; a fon départ on lui a rendu les
mêmes honneurs qu'à fon arrivée .
Le Prince de Rubempré prêta ferment à
Tirlemont pour fa Charge de Grand Ecuyer,
Le 5. l'Archiducheffe arriva à Louvain à
quelque diftance de cette Ville , on avoit rangé
les quatre Sermens des Bourgeois en double
haye avec leurs drapeaux déployez . Cette
Princeffe y fut reçûë au bruit du canon , &
an
2518 MERCURE DE FRANCE .
au fon de la groffe cloche , & de celles des
principales Eglifes & Convents. Elle fut complimentée
par le Magiftrat en Corps qui lui
prefenta à genoux deux clefs dorées dans un
baffin d'argent. 60. Bourgeois en robbes noires
, portant chacun un flambeau allumé , accompagnerent
cette Princeffe jufqu'à fon logement
dans l'Abbaye de Sainte Gertrude , ou
elle a été défrayée pendant fon féjour à Louvain
aux dépens des Etats de Brabant. Toutes
les maifons des rues par où elle paffa furent
auffi ornées.
Le Recteur magnifique & l'Univerfité en
Corps , & en robbes de ceremonie , lui rendi
rent les honneurs accoutumez en pareille occafion
, & elle répondit en Latin à leurs complimens
de felicitation .
Le foir il y eut des feux de joye & des illuminations
par toute la Ville. Le lendemain le
Magiftrat lui prefenta le vin d'honneur en
cercle très - bien orné , & tiré fur un char. A
fon départ on mit de nouveau la Bourgeoifie
fous les armes , & les 60. Bourgeois dont on a
parlé , avec les quatre Sermens , l'accompagne
rent jufqu'à la porte de Bruxelles.
La Compagnie des Carabiniers , & un ECcadron
du Regiment Imperial de Cuiraffiers du
Prince de Portugal avec leurs Trompettes &
Timballes , furent poftez fur le grand chemin
de Bruxelles à Louvain , pour y attendre
l'Archiducheffe , & fe mettre enfuite à la tête
de la marche qui fut fermée par un autre Efcadron.
Les Bourgeois de chaque quartier de
la Ville de Bruxelles furent rangez en double
haye le long de la chauffée , hors de la porte
de Louvain , avec défenſe de tirer avant que la
Princeffe fut paffée , & de quitter leur pofte
fans ordre de leurs Capitaines. La noble garde
des
OCTOBRE 1725. 2519 .
des Archers avec leur Guidon , & la Garde
Royale des Hallebardiers , fe trouverent auffi
hors la même porte pour faire leur fonction
auprès de l'Archiducheffe. Cette Princeffe
après avoir féjourné trois jours à Louvain ,
arriva le 9. fur la hauteur à la barriere , on fit
alors la premiere falve Royale du canon des
remparts. Le Magiftrat en Corps l'attendit dans
une Loge , tendue de drap d'écarlate , pour la
complimenter , & lui prefenter les clefs de la
Ville dans un baffin d'argent.
Après le compliment on entendit un concert
de divers inftrumens , placez au - deffus de
la premiere porte de la Ville. La feconde porte
étoit magnifiquement ornée de verdure, avec
des Infcriptions , Emblêmes & Deviſes , en
forme d'Arc de Triomphe. Vingt hommes de
chaque Serment , faifant enfemble le nombre
de cent , revêtus de leurs robbes , & tenant
chacun un flambeau de cire blanche allumé ,
le rangerent en haye pour marcher des deux
côtez. du Caroffe de l'Archiducheffe . Cette
Princeffe étoit précedée des Doyens , auffi au
nombre de cent , & tenant pareillement un
flambeau allumé. On fonna alors toutes les
cloches des principales Eglifes.
Il y eut des Arcs de Triomphe dans les ruës
où elle paffa , & les maifons furent ornées de
tapifferies , de tableaux , de verdure , d'emblê
mes, de Devifes , & d'autres embelliffemens
& illuminations .
Sur la Place de Louvain il y avoit un Arc de
Triomphe reprefentant le Pays -Bas , avec
cette Infcription :
MARIA ELISABETHA LUCIA A CAROLO SEXTO
CASARE BILGIO AUSTRIACO PRAFICTA.
I II
2520 MERCURE MERCUR DE FRANCE.
Il y eut auffi un très- bel Arc devant le Portail
de l'Eglife de Sainte Gudule , avec ce
Chronographe.
RELIGIOSISSIMÆ PRINCIPI ECCLESIA
COLLEGIATA BRVXELLENSIS.
L'Archiducheffe defcendit devant cette
Eglife pour y remercier Dieu de fon heureuſe
arrivée. Elle y fut reçûë par l'Archevêque de
Malines , en habits Pontificaux , à la tête du
Chapitre , & ce Prélat lui prefenta les Reliques
de la Sainte Croix , fur un Prie- Dieu
couvert d'un tapis de velours cramoifi , garni
de galons d'or avec des carreaux .
L'Archevêque la complimenta enfuite ,
ainfi que le Doyen au nom du Chapitre :
après quoi elle fut conduite proceffionnellement
, & au fon des Trompettes & des Timballes
vers le Choeur de cette Eglife , pour
adorer le S. Sacrement de Miracle qui y étoit
expofé. La Princeffe fut placée fous un Dais ;
le Choeur étoit tendu des plus belles tapifferies
, & toute l'Eglife illuminée. Après le Te
Deum , qui fut chanté par la Mufique de la
Cour , on donna la benediction ; après quoi
on fit la feconde falve Royale du canon des
remparts L'Archiducheffe fut enfuite accompagnée
jufqu'à la porte de Eglife de la même
maniere qu'elle y avoit été reçûë.
Etant remontée en caroffe , elle continua
fa marche avec fa fuite par la rue des Peres
Dominicains , dans laquelle on dreffa un peu
plus bas que la Chapelle de S. Eloy , un Arc
de Triomphe reprefentant la Ville de Bruxelles
, & les fept Familles Patriciennes , furmontées
de S. Michel l'Archange , Patron de
cette Ville , avec cette Infcription ;
MAGNO
OCTOBRE
2525 1725.
MAGNO BRUXELLAS CUSTODE TUERE.
En allant dans la rue des Frippiers , on
voyoit
des Arcades avec des Fontaines à l'entrée
de la rue de l'Evêque. Les Fontaines des
trois Deeffes , près de l'Eglife de S. Nicolas ,
étoient pareillement ornées Dans la ruë au
Beurre il y avoit un Arc de Triomphe , repiefentant
la vertu & la Juftice , avec ce Ĉronographe.
THEMIDI BELGICA FORTI
INTERRITA INTEGRA INEXPVGNABILI.
On traverfa enfuite le grand marché qui
étoit magnifiquement embelli & illuminé. La
gallerie de la Maifon de Ville , & la Tour de
S. Michel étoient illuminées avec des lanternes
, & les fontaines devant la maiſon du Pain
étoient ornées de verdure.
On continua la marche par la ruë de la
Magdelaine vers le Canterfteen , on voyoit
près du Palais du Prince de Ligne un Arc
reprefentant le Triomphe de la Maiſon d'Autriche
avec cette Inſcription :
Ut ftruit Auguftus dextra victrice tropheum ,
Sie nu virginea plantabis pacis olivam.
En arrivant à la Cour on trouva la garnifon
rangée , & fous les armes , qui fit une triple
décharge après que l'Archiducheffe fut entrée.
Les Dames affemblées dans la chambre
des Miroirs , defcendirent à l'approche de
cette Princeffe pour la recevoir au bas de l'ef-
Bij calier :
2522 MERCURE DE FRANCE.
, calier : elles étoient toutes en habit de Galla
felon l'étiquette de la Cour de Vienne , le
Comte de Daun l'attendoit dans la chambre
des Generaux , affis dans fa chaife. Le foir
l'Archiducheffe foupa en public. Le 10. elle
donna audience au Marquis Beretti - Landi ,
Ambaffadeur d'Efpagne , qu'elle reçût debout
& fans dais.
La Cour & les maifons des Miniftres ont
été illuminées pendant trois jours avec des
flambeaux de cire blanche , & les autres réjouiflances
publiques ont été auffi continuées
pendant trois jours , en réiterant chaque foir
les falves Royales. Le lendemain de l'arrivée de
l'Archiducheffe & les jours fuivans , elle reçût
les complimens de felicitation fur fon arrivée
, de la part des Confeils , des Etats des
Provinces , & des Magiftrats des principales
Villes de ces Provinces.
Le Magiftrat de Bruxelles alla en Corps
complimenter l'Archiducheffe , & lui prefenta
le vin d'honneur en cercle , tiré fur un
char de Triomphe , attelé de fix chevaux , &
orné de drapeaux & d'Infcriptions , & furmonté
d'un Etudiant qui reprefentoit la Ville
de Bruxelles. Il étoit précedé d'une belle cavalcade
d'Etudians duCollege desPeres Jefuites,
qui étoient richement habillez , reprefentant
les neuf Nations , fous lefquelles les divers
Corps de Métiers de cette Ville font divifez ,
& il fut auffi précedé de plufieurs Geans , &
de quantité d'Animaux montez de petits enfans
très-fuperbement habillez .
L'Archiducheffe en témoigna beaucoup de
fatisfaction . Cette Princeffe pour fignaler le
commencement de fon Gouvernement-par un
Acte de clemence , a promis de rappeller les
Doyens des Corps de Métiers qui furent ban
nis en 17199
FRAN
1
OCTOBRE 1725. 2523
"
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris ; &c .
E 6. Septembre , le Grand Aumônier,
Le Chevalier- d'Honneur , la Dane
d'Honneur, laDame d'Atours , le Chancelier
,le PremierEcuyer, lePremier Maîtred'Hôtel
, le Surintendant des Finances ,
l'Intendant , le Premier Medecin , & le
Secretaire des Commandemens, prêteront
ferment entre les mains de la Reine , par
le miniftere du Comte de Maurepas , Secretaire
d'Etat , Commandeur des ordres
du Roi.
Le Roi a donné au Prince d'Ifenghien,
Chevalier de fes ordres , & Lieutenant
General de fes Armées , le Gouverne-
- ment de la Ville & Citadelle d'Arras ,
vacant par la mort du Maréchal de Montefquiou.
M. Pelletier , Abbé de S. Aubin , &
frere de l'ancien Premier Prefident du
Parlement , a été élû Superieur General
dé tous les Seminaires qui dépendent de
celui de S. Sulpice , à la place de feu M.
l'Eſchaffier.
Par les bons ordres qu'on a donné , le
I iij prix
2524 MERCURE DE FRANCE .
prix du bled eft très - confiderablement
diminué , & le pain qui a valu juſqu'à
7. & 8. fols la livre en vaut moins de
4. par les foins du Brevoft des Marhands
, & du Lieutenant General de
Police il y a actuellement dans les
Ports de Paris de grandes provifions de
bled pour cette Ville.
Le 3. les Princes de Baviére furent
regalez à Meudon , & fervis par les
Officiers du Duc de Bourbon . Il y eut
pendant le repas un grand concert de
voix & d'inftrumens , & enfuite une
battuë de Lapins.
Le Roi a donné le Gouvernement de .
la Citadelle de Verdun , qui vacquoit par
la mort de M. de Monbartier , à M.
Doigni , Lieutenant - Colonel du Regiment
d'Alface , & Maire perpetuel de la
Ville de Metz.
Par Edit du Roi du mois de Septembre
, regiſtré en Parlement le 7. du même
mois, le Roi permet à M. Paul Henry
Cagnard , fieur de Marcy , Doyen des
Confeillers du Bailliage de S. Quentin ,
& à fes affociez , de faire conftruire à
leurs frais & dépens , conformément à
leurs offres , uh canal de communication
de la riviere de Somme à celle d'Oife
, à commencer depuis l'étang de la
Ville de S. Quentin , paffant par Harly ,
HomOCTOBRE
1725. 2525
Hombliere , Marcy , Regny & Siffy -fur-
Oife , jufqu'à la Fere , & d'élargir , curer
& approfondir le bras de la riviere
d'Oife , depuis Siffy jufqu'à Chauny ;
comme auffi de rendre la riviere de
Somme navigable depuis Saint Quentin
juſqu'à Amiens , & depuis Amiens jufqu'à
Pequigny , en faisant deffecher les
marais dans lefquels cette riviere fe perd,
& en lui faifant un lit de 45. pieds ,
avec des bords , levées & des éclufes
dans les endroits qui feront jugez neceffaires
, & c.
Le 12. de ce mois les Princes de Baviere
allerent chez M. Rondé , Jouail
lier , Garde des Pierreries de la Cou
ronne , où ils virent quantité de riches
ouvrages , & des bijoux de grand prix .
Ils allerent le même jour à l'Attelier
de M. Oudri , Peintre de l'Académie ,
qui leur montra quantité de fes ouvrages.
Le Roi Staniflas & la Reine fon
époufe , qui étoient partis de Strafbourg
le 22. du mois dernier pour fe rendre
au Château Royal de Chambor , où ils
doivent faire leur féjour , arriverent au
Château de Bouron , près Fontainebleau ,
le 15. de ce mois après- midi. Le même
jour la Reine , accompagnée de Mademoifelle
de Clermont , Princeffe du Sang,
I iiij des
2526 MERCURE DE FRANGÉ.
des Dames de fa Cour , & de fes princi
paux Officiers , alla à Bouron voir le
Roi Staniflas & la Reine fon époufe , qui
reçûrent le 16. la vifite du Roi. La Reine
y dîna ce jour - là , comme elle a fait
tous les jours que le Roi Staniflas & la
Reine fon épouſe ont féjourné à Bouron
, d'où ils font partis le 19. pouz
Chambor.
Le 22. de ce mois le Prince Electoral
de Baviere , & le Duc Ferdinand fon
frere , partirent de Paris , après y avoir
été incognito plus de fix femaines . L'Electeur
de Cologne , & l'Evêque de Ratifbonne
leurs freres n'en partirent qu'à
la fin du mois . Le Roi a fait preſent au
Prince Electoral d'une épée d'or ornée
de 70. gros Diamans , au Prince Ferdinand
, d'une rofe de Diamant pour Te
chapeau , à l'Electeur de Cologne , d'un
gros Diamant brillant monté en bague ,
& à l'Evêque de Ratisbonne , d'une Boucle
de ceinture en pierrerie.
Le 21. de ce mois , la Reine accompagnée
des Dames de fa Cour , alla entendre
la Grande Meffe à la Paroiffe de
Fontainebleau. L'après- midi , S. M. affifta
aux Vêpres & au Salut. Le lendemain ,
la Reine alla entendre le Salut dans l'Eglife
du Couvent des Carmes des Baffes-
Loges.
Le
OCTOBRE 1725. 2527
Le 21. l'Abbé de Brancas , Evêque de
la Rochelle fut facré dans l'Eglife du
Noviciat des Jefuites de Paris ,, par le
Cardinal de Rohan , Grand - Aumônier
de France , affifté des Evêques de Lizieux
& de Châlons .
On a appris par des Lettres de M. de
Benneville , Capitaine des Vaiffeaux du
Roy , commandant l'Elifabeth de 60. Canons
qui a été envoyé avec le Jaſon ,
monté par M. de Radouay , de pareille
force , pour proteger la pêche de la moruë
fur le Banc de Terreneuve , que le 7.
Juillet dernier ils curent connoiffance à
la pointe du jour d'un Forban de 14. Canons
qui pilloit 3. Bâtimens pêcheurs
les Vaiffeaux du Roy le pourfuivirent
auffi- tôt , fi il faifoit peu de vent , que
l'on ne pût le joindre , & la nuit qui
furvint le cacha entierement , le 8. à 5-
heures du matin le fieur de Beneville le
découvrit encore ; il reprit la chaffe avec
le Jafon , à inidi l'Eliſabeth étoit dans les
Eaux de ce Forban , faifant 3. lieues un
tiers par heure, à fix du foir il n'étoit plus
qu'à la petite portée du Canon , mais
une bruine très épaiffe en ôta une feconde
fois la connoiffance , au bout de 40 .
heures d'une pourſuite de 60. lieues. On
doute que ce Pirate foit revenu après une
auffi vive allarme ; il eft . Anglois , natif
I v
2528 MERCURE DE FRANCE.
tif de la Jamayque , fon équipage étoit
compofé de 40. hommes . M. de Benneville
jugea à propos de parcourir enfuite
tout le Banc pour raffeurer les pêcheurs
, & ceux à qui il parla lui dirent.
qu'ils n'avoient point été troublez.
On a lancé à l'eau à Rochefort le 2 2 .
Septembre un Vaiffeau du Roy , nommé
le Jufte , percé pour 74. Canon , le
fieur Geflain maître Conftructeur en a
Conduit l'ouvrage.
Le Vaiffeau l'Aimable de 66. Canons,
bâti cette année à Breft par le fieur Helie,
Chef des conftructions en ce port , a auffi
été mis à l'eau , auffi bien que la Flute
la Baleyne de 6ce . Tonneaux , bâtie au
Havre , par le fieur Poirier , maître
Conftructeur entretenu par le Roy.
Fait extraordinaire arrivé àFontainebleau,
La Cour y étant.
E nommé Michel Chrétien , garçon
de Caffé à Fontainebleau , chez la
Dame la Motte , rue des trois pucelles ,
fut marié en l'année 1715. avec Anne
Beaufils , fille d'un Cocher , qui le quitta
il y a environ 8. ans , fans l'avoir revue
depuis..
قا
Cet homme qui ne penfoit plus à fa
femme , étant le 14. Septembre dernier
dans
1
OCTOBRE 1725. 2529
>
dans la Salle des Cent - Suiffes , y appergut
une Demoiſelle qui étoit avec fa mere
, & après qu'il l'eût bien confiderée
il s'imagina que c'étoit fa femme ; il la
fit remarquer à fon beau - frere , qui étoit
avec lui , lequel la regarda attentivement ;
mais après l'avoir bien examinée , il dit
qu'il fe trompoit , & qu'il ne lui confeiloit
point de l'aller attaquer , ce qui ne
fit aucune impreffion , & n'empêcha pas
le prétendu mari de l'aborder , en lui fai
fant des reproches & lui difant des injures
groffieres. La Demoiſelle crut d'abord
que cet homme étoit yvre , ou fou , &
lui dit de fe retirer. L'homme toujours
frappé de fa premiere imagination , &
croyant abfolument parler à fa femme ,
s'emporta contre elle horriblement.
Malgré tout ce que la Demojfelle &
fa mere purent alleguer , il prétendit
toujours l'emmener avec lui , mais la
mere s'y oppofa fortement . Alors il prit
la mere à partie , & la traitta le plus indignement
du monde.
Ce débat attira tant de monde dans la
falle des Cent- Suiffes , que M. de Cour
tenvaux fut obligé de faire fortir les Conreftans
; mais comme la mere & la fille
paffoit dans la Cour ovale , toujours pour--
fuivis du garçon de Caffé , il furvint encore
tant de monde , & le bruit augmenta
Dvj fil
2530 MERCURE DE FRANCE.
fi fort , que le Roi & toute la Cour l'ayant
entendu , S. M. vint fur les balcons , qui
donnent fur cette Cour , pour fçavoir ce
que c'étoit.
Enfin , l'affaire devint fi ferieuſe par
l'opiniâtreté de ce garçon , que l'on fut
obligé de demander main forte. Alors le
fieur de la Tour Concierge du Château ,
qui reconnut que la Dlle infultée étoit
fabelle foeur , dit qu'il la reclamoit , &
demanda qu'on la lui remit , offrant d'en
répondre , ce qui lui fut accordé , & on
mit en prifon le garçon.
Un moment après , dans l'efperance
qu'il reconnoitroit fa faute , on le conduifit
chez le fieur de la Tour , pour lui
reprefenter la Dle en queftion ; & comme
il avoit dit que la Daine la Motte l'avoit
connue , on la fit venir auffi , pour
fçavoir fi elle la reconnoîtroit . Après que
celle - ci l'eût bien examinée , elle dit ,
qu'il y avoit beaucoup de reffemblance
mais que La femme étoit plus grande , &
n'avoit pas le même ton de voix ; fon
bea -frere y vint auffi , qui dit la même
cho fe . Cela n'empêcha cependant pas ce
garçon de s'obftiner dans fa premiere idée,
de forte qu'on le reconduifit en prifon
en attennt d'autres eclairciffemens.
La Dile de f-n côté a produit tous les
Actes necellaires pour justifier qu'elle
n'étoit
OCTOBRE 1725. 2531
n'étoit point la femme de cet avanturier ,
& fur tout l'Acte de celebration de fon
mariage du 6. Decembre 1724. faite en
la Paroiffe de S. Merry , à Paris , avec
le fieur Blaife Gatien Mouffard du Vaugarnier
, Secretaire de feu M. de Caumartin
, Confeiller d'Etat , & fils de Blaife.
Mouffard , ci -devant Receveur en Charge
au Grenier à Sel de Montereau Faux-
Yonne , & de Françoiſe Breton .
Mais malgré tous ces Actes , la difference
des noms , & plufieurs autres circonftances
, le garçon perfifta toujours
à dire que c'étoit fa femme .
L'affaire portée devant les Officiers du
Grand Prevôt de l'Hôtel & murement
difcutée ; il intervint Sentence le 24-
Septembre 1725. qui porre » que pour
le fcandale commis par ledit Michel "
Chrétien , & pour l'infulte par lui faite <<<
à la Dlle Mouffard du Vaugarnier , dans «<
la falle des Cent- Suiffes de S. M. le Roi «
y étant , & attendu le libertinage actuel « ›
dudit Michel Chrétien , & autres cas «<<
mentionnez au procès , il fera conduit «<
au Château de Bicêtre comme Maifon «
de force , pour y refter en correction «
pendant deux années , ce fait , chaffé «
de la fuite de la Cour , & même de la «
Ville & Baulieuë de Paris , avec deffenfe
d'y revenir fous peine de punition <<>
exemplaire. <<
Le
.
532 MERCURE DE FRANCE .
Le Mardy 21. Août , il fut rendu à
Audiance de la Grand-Chambre un Arreft
fur les Conclufions de M. l'Avocat
General Gilbert de Voifins , par lequel le
Parlement a déclaré nul un mariage contracté
en 1692. entre deux Religionnaires
, domiciliez à Sedan , qui n'ayant pû
vaincre les difficultez que leur faifoit le
Curé de leur Paroiſſe , ni voulu ſe ſoumettre
aux épreuves qu'il exigeoit d'eux,
avant que de leur donner la Benediction
Nuptiale , étoient allez celebrer leur ma-
Firge dans une Eglife de la ville de Liege
, où ils firent en même temps abjuration
de leurs erreurs . Ils étoient revenus
auffi-tôt à Sedan , où ils avoient toujours
vécu publiquement comme mari & femme
, & même dans une grande union
avec leurs parens de part & d'autre , qui
tous avoient reconnu ce mariage. Cependant
après la mort du mari arrivée 32 .
ans après , une de fes foeurs , qui avoit
elle-même reconnu & approuvé fon mariage
par plufieurs lettres , en interjetta
appel comme d'abus , pour frustrer fa
veuve d'un don mutuel , que les contractans
s'étoient fait n'ayant point d'enfans.
En vain la veuve oppofa - t- elle contre
cet appel le laps de 32. années , la
mort du mari en poffeffion de fon état
& la reconnoiffance de leurs familles
y
&
OCTOBRE 1725. 2533
& de l'Appellante même ; ces fins de nonrecevoir
ne purent militer contre l'abus
qui fe trouvoit dans ce mariage celebré
Fors la prefence du propre Curé des Parties
, ce défaut étant un vice effentiel
qui avoit rendu la Celebration nulle dans
fon principe , & que la plus longue prefcription
, & la reconnoiffance des parens
n'avoient pû couvrir.
Il y a eu quelque changement dans les
départemens de Meffieurs les Secretaires
d'Etat , à l'occafion de la mort du Marquis
de la Vrilliere ; en voici l'état arrêté
à Fontainebleau le 17. Septembre
1725.
LE Doc DE BOURBON , Principale
Miniftre & Sur- Intendant General des
Poftes.
LE COMTE DE MAUREPAS . La Maifon
du Roy , le Clergé , la Marine , les Penfions
, les Galeres , le Commerce Maritime
, les Colonies Etrangeres , les Dons
& Brevets , autres que des Officiers de
Guerre ou des Etrangers , pour les Provinces
de fon département .
Provinces & Generalitez.
Paris , qui comprend l'Ile de France
& partie de la Brie , Soiffons , Orleans,
avec la partie du Perche qui en dépend,
Poi-
F .
2534 MERCURE DE FRANCE.
Poitou , la Rochelle , qui comprend la
Saintonge , le Pays d'Aunis , Brouage ,
les Iles de Ré & d'Oleron .
: LE COMTE DE MORVILLE . Les affaires
Etrangeres , avec toutes les Penſions
& Expeditions qui en dépendent , les Dons
& Brevets , autres que des Officiers de
guerre , pour les Provinces de fon département.
Provinces & Generalitez.
La Guyenne haute & baffe , ce qui
comprend les Intendances de Bordeaux &
d'Aufch. Normandie qui comprend les
Generalitez de Rouen , Caen & Alençon.
Champagne & la partie de la Brie
qui dépend de la Generalité de Châlons .
La Souveraineté de Sedan. La Ville &
Generalité de Lyon. Navarre , Bearn ,
Bigorre & Nebouzan .
LE COMTE DE S. FLORENTIN. Les af
faires Generales de la Religion prétendue
Reformée , l'expedition de la feuille des
Benefices , les Dons & Brevets , autres
que des Officiers de guerre ou des Etrangers
, pour les Provinces de fon département.
neraOCTOBRE
1725. 2538
Provinces & Generalitez.
Le Languedoc haut& bas , & la Generalité
de Montauban , Provence , Bourgogne
, Breffe , Bugey , Valromey &
Gex , Bretagne, le Comté de Foix , Picardie
& Boulonnois , Berry , la Generalité
de Tours , l'Auvergne qui comprend la
Generalité de Riom , la Generalité de
Moulins , qui comprend le Bourbonnois ,
le Nivernois & la haute Marche , limoges
, qui comprend l'Angoumois & Ja
bafle Marche.
LE MARQUIS DE BRETEUIL , La
Guerre , le Taillon , les Maréchauffées
l'Artillerie , les Penfions des gens de
Guerre , tous les Etats Majors , à l'exception
des Gouverneurs Generaux des
Provinces , des Lieutenans Generaux des
Provinces , & des Lieutenans de Roi
des Provinces.
Provinces & Generalitez.
Les trois Evêchez , de Metz , Toul &
Verdun. Le Barrois , l'Artois , la Flandre
, Haynault , Alface, Franche - Comté ,
Rouffillon , Dauphiné .
La Lieutenance de Roi de Valencienne
,
2536 MERCURE DE FRANCE.
ne , vacante par le decès de M. d'Orbeffan
, a été donnée à M. de S. Maurice ,
Meftre de Camp réformé , à la fuite du
Regiment du Roi , Infanterie .
La Lieutenance de Roi de Peronne ,
vacante par la mort de M. de Brazilly ,
au Chevalier d'Arcy , Lieutenant- Colonel
du Regiment de Pons .
La Majorité de Narbonne , au fieur du
Bos de Prémont , Ayde -Major de la même
Ville.
On a eu avis que la nuit du 27. au 28.
du mois d'Aouft dernier , le Chameau
Vaiffeau du Roi , commandé par M.
S. James , qui étoit parti de Rochefort
pour Quebec au mois de Juillet dernier ,
avoit eu le malheur de perir fur des
battures , à un quart de lieuë de l'Ile
Royale , & à 3. lieuës de Louiſbourg.
M. de Chazel , cy - devant Commiſſaire
General à Breft , nommé à l'Intendance
de Canadas , à la place de M. Robert ,
qui mourut l'année paffée dans la traverfée
, y a peri , ainfi que le Capitaine &
1es fieurs Montrioux , Lieutenant d'Artillerie
, Peaudiere , Enfeigne de Vaif
feau , Courcy , fous- Lieutenant d'Artillerie
, & Coquet , Chef de Brigade des
Gardes de la Marine , Morville , Brigadier
& les fieurs de la Salle , des Goulles ,
du Deffant , du Verger , le Chevalier de
CheOCTOBRE
1725. 2537
Chefac , & le Chevalier de Coetlogon
Gardes de la Marine , & avec 60. pallagers
, du nom defquels font les fieurs de
Louvigny & de Ramefay , Officiers des
troupes en Canadas , 132. hommes de
l'équipage , & 104. foldats de recruë.
Le Procès entre les Archevêques de
Vienne & de Cambray , au ſujet du Prieu
ré de S. Martin des Champs , a été jugé
le 2 1. de ce mois au Confeil du Roi. Le
dernier a gagné tout d'une voix.
,
Le Roi Stanislas qui partit le 20. de
ce mois de Bouron , fut reçû à Bellegarde
, par le Duc d'Antin , avec beaucoup
de magnificence. Tous les Gentilshommes
de fon voifinage s'y étoient rendus.
Ce Prince eft ( accompagné du Regiment
de Beringhen , Cavalerie.
Il fut reçû le 23. à Châteauneuf- fur-
Loire par les Comtes de Maurepas & de
S. Florentin , & par Mefdames leurs
époules , & une très-nombreuſe compafé.
gnie de gens de diftinction . S. M. y
journa le 24. & le 2 5. elle alla coucher
à Clery , le 26. à Blois , & le 27. à
Chambor .
Chambor eft une Maiſon Royale dans
le Blaifois , à quatre lieues de Blois du
côté d'Orleans , le Roi François Premier
fit commencer ce Château un peu avant
fa mort , & Henri II . fon fils le fit achever
$538 MERCURE DE FRANCE.
yer. Il est au milieu d'un grand Parc ,
fur le bord de la petite riviere de Couffon
qui l'environne prefque tout . Le corps
du Château eft compofé de quatre Pavillons
, & au milieu eft un efcalier d'une
ftructure admirable , fait en coquille ,
avec deux montées au dedans l'une de
l'autre , où plufieurs perfonnes peuvent
monter fans le voir , bien qu'elles puiffent
parler enfemble . Il y avoit autrefois
une belle Faifanderie , & une Canar
diere qu'on admiroit parmi d'autres
beautez qu'on voyoit dans ce Château ,
qui fut bati fur les deffeins de Jacques
Barozzi de Vignole , fameux Architecte
Italien.
Le 19. de ce mois les 4. Princes dé
Baviere fignerent les articles du Contrat
de Mariage de Mademoiſelle de Pontchartrain
avec le Comte de Baviere.
Le 28 l'Electeur de Cologne & l'Evêque
de Ratisbonne , furent regalez à
dîner au Luxembourg , chez la Ducheffe
de Brunswick , Ils fouperent le foir au
Palais Royal , & le lendemain ils partirent
de Paris en pofte , pour Bruxelles ,
où le Prince Electoral , & le Duc Ferdinand
, leurs freres , fe font rendus .
On écrit de Nantes que M. Duchaffeaut
, Confeiller au Parlement de Bretagne
, qui eft à fon Château de la Se
nardie-
1
OCTOBRE 1725. 2539
mardiere , près de cette Ville , y a été
très - heureuſement taillé de la pierre par
le fieur Gerard , Chirurgien -Juré à Paris
, & de l'Hôpital de la Charité , qui
avoit été mandé exprès.
Les Religieux Mathurins étant revenus
en France avec un nombre confiderables
d'Efclaves Chrétiens , qu'ils ont ra
chetez dans les Royaumes de Maroc &
d'Alger , firent leur Proceffion le 18. à
Fontainebleau , & pafferent devant le
Roi & la Reine , avec les Captifs . Le 22.
& le 23 , ils firent la même Proceffion à
Paris ; les Efclaves furent traitez par Madaine
de Bourbon , Abbeffe de S. Antoi
ne , à fon Abbaye , d'où la premiere Procelion
partit , pour fe rendre à l'Eglife
des Mathurins . La Proceffion du jour
fuivant partit de la même Eglife des Mathurins
, fe rendit à celle des Theating
d'où elle revint par la rue Saint Honoré ,
& c. au lieu de fon départ.
Le fpectacle de ces pauvres Efclaves
rachetez , parmi lefquels étoit un Ecclefiaftique
Syrien , parut des plus touchans ,
& la modeftie des charitables Religieux
qui les accompagnoient édifia beaucoup le
Public.
›
Le Concert Spirituel du Palais des
Thuilleries , que M. Philidor a fait exeper
le jour de la Touflaint , a été extrême2540
MERCURE DE FRANCE
trêmement applaudi par une très - nombreuſe
affemblée . On y a chanté le De
profundis de M. Deftouches , & un Motet
nouveau de M. Courbois , Omnes gentes
plaudite , & c. dont la compofition &
l'execution ont reçû de grands applaudiflemens.
La Demoiſelle Antier a chanté
dans l'un & dans l'autre Motet . Les
fieurs Battifte & Guignon , fameux Violons
, ont joué feparément des Pieces de
Symphonie qui ont fait un plaifir infini.
Ce Concert recommencera le 8. Decembre
prochain & le jour de Noël.
MORTS MARIAGES,
D
&
Naiffance.
Ame Angelique de Langlé , veuve de
Louis , Comte de Guifcard , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant General de fes
armées , Gouverneur de la Ville & Principauté
de Sedan , & auparavant Ambaffadeur
extraordinaire de S. M. à la Cour du Roi de
Suede , mourut en cette Ville le 29. du mois
dernier dans la 72. année de fon âge.
Dame Charlotte de Laubefpine , veuve de
Claude , Duc de S. Simon , Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Vidame de
Chartres , Gouverneur de la Ville , Château
& Comté de Blaye , Grand Bailly & Gouverneur
de Senlis , de Pont - Saint -Maixence ,
SeiOCTOBRE
1725. 2541
1.
Seigneur Chatelain de la Ferté Armand & de
Beaufort , mourut à Paris le 7. de ce mois
dans la 85. année de fon âge.
Dame Marguerite le Fevre de la Barre ,
veuve de M. Thierry Sevin , Prefident en la
deuxième Chambre des Enquêtes , mourut à
Paris le 30. Septembre dernier , âgée de 7c .
ans .
On nous écrit de Montpellier que le fieur
Lazaroni , fameux Operateur Italien , établi
dans cette Ville depuis plufieurs années , y eft
mort dans ce mois d'Octobre , âgé de cent
cinq ans & trois mois .
On nous mande auffi de la même Ville que.
Madame de Bernage de Saint Maurice , époufe
de M. de Bernage , Intendant de Languedoc,
y eft morte dans le même mois.
Le 28. Aout Louis François , Chevalier ,
Marquis de la Bourdonnaie , Maître des Requêtes
, fils mineur de Yves- Marie , Chevalier
, Marquis de la Bourdonnale , Seigneur
de Couetion , Gaffilli , &c. & de feuë Dame
Catherine de Ribere , époufa Demoiselle Ma.
rie Françoife Talon , fille mineure de Omer
Talon , Chevalier , Marquis du Boulay , Colonel
du Regiment d'Orleanois , & de Dame
Loüife Mole. La celebration fut faite par M,
Jean-Louis de la Bourdonnaye , Evêque &
Comte de Laon , dans la Chapelle de la Maifon
de la Prefidente Talon.
Le 1. Septembre Meffire Antoine Huet ,
Chevalier , Seigneur d'Ambrun , Mettre de
Camp.de Cavalerie Chevalie: de l'Ordre Militaire
de S. Louis , époufa Demoiselle Angelique-
Marie Pecquot , fille de Meffire Pierre
Pecquot , Seigneur de S. Maurice , Confeiller
honoraire du Parlement en la Grand Chambre,
& de Marie- Claude Dapogny.
Dame
2542 MERCURE DE FRANCE.
Dame Louife Françoife Phelippeaux de la
Vrilliere , fille de feu M. le Marquis de la
Vrilliere , Miniftre & Secretaire d'Etat , &
femme de Meffire Louis - Robert- Hippolite de
Brehan , Comte de Plelo ; Meftre de Camp
d'un Regiment de Dragons de fon nom , accoucha
le 29. Octobre d'un fils.
le
RONDEAU , à PAuteur du Dixain
fur l' Amour , imprimé dans le Mercure
du mois d'Aouft , page 1773. pour
confoler de ce que fes vers font devenus
publics.
P
Our te cacher eut-il fallu , beau Sire ,
Si tendrement chanter du Dieu d'Amour,
Et les douceurs & l'aimable martyre ,
Devois fçavoir que fous un tel empire ,
Secret envain veut fe fouftraire au jour
Pareil fujet a donc ne faut élire ,
Et fur ce ton ne plus monter ta lyre ;
Car te le dis , c'eft un mauvais détour ,
Pour te cacher,
Mais me diras ; demangement d'écrire ,
Bien fort me point , n'y vois d'autre fecours
Que de G ** imiter le contour ,
Troquer d'efprit. Nul ne voudras me lire ,
Eh !
OCTOBRE . 1725. 2543
Eh bien ! tant mieux , ce fera le vrai tour ,
*****
Pour te cacher.
********
EDITS , ARRESTS , & c.
RREST dus. Juin , portant établiſſe-
Ament d'un Bureau General de Correfpondance
entre tous les fujets du Roi , pour faciliter
la recette des Rentes , Gages Augmentations
de gages , Penfions , & autres fommes
payables à Paris , par lequel il eft ordonné ce
qui fuit.
1
"
ARTICLE
PREMIER.
Qu'il fera inceffamment établi à Paris un
Bureau general par le fieur Brehamel ; à l'effet
de recevoir pour les Particuliers qui le requerront
, tous arrerages de Rentes , Gages , Augmentations
de gages , Penfions , & autres fommes
de quelque nature que ce foit , payables
à Paris , tant par les Tréforiers , Receveurs &
Payeurs des Deniers Royaux , que par
les autres
Sujets de Sa Majefté , & ce durant le
cours de vingt années ; à quoi Sa Majesté a
fixé la durée du Privilege porté par le preſent
Arreſt. 11.
Pourront neanmoins les Rentiers , Parties
prenantes & autres , faire toucher leurs Deniers
par qui bon leur femblera , & en ufer à
cet égard ainfi qu'ils auroient pû faire par le
paffé; Sa Majefté n'entendant par le prefent
déroger à cet égard , aux droits & ufages ac
coutumez.
III.
Ledit fieur Brehamel aura des Affociez au
nombre de quatre au moins , qui n'auront
K qu'une
· 2544 MERCURE DE FRANCE.
par
qu'une Caifle commune , & demeureront fo
lidairement garans & refponfables en leurs
propres & privez noms , des Deniers qui auront
été reçûs pour le Public , tant par eux
que par leurs Commis & prépofez ; & ne
pourront lefdits deniers être employez ni dé
livrez qu'en vertu des ordres de ceux à qui
ils appartiendront , fous les peines portées
IV. les Ordonnances.
Ledit fieur Brehamel & fes Affociez , tiendront
chacun à leur égard , des Regiltres cottez
& paraphez fans frais , par le fieur Lieutenant
General de Police de la Ville de Paris ,
fur lefquels ils enregistreront journellement &
de fuite , fans aucun blanc , conformément à
l'Edit du mois de Juin 1716. & à la Declaration
du 4. Octobre 1723. toutes les Quittances
& décharges qui leur feront fournies , enfemble
toutes les fommes qu'ils recevront ;
lefquelles ils feront tenus de remettre incon
tinent après que le payement leur en aura été
fait , aux Proprietaires , leurs Procureurs ou
ayans caufe , à défaut de quoi ledit fieur Bre .
hamel & fes Affociez y feront contraints par
toutes voyes.
V.
Ils feront pareillement tenus de donner avis
aux Rentiers , Parties prenantes & autres ,
des fomnes qu'ils auront reçûes pour chacun
d'eux ; & ce dans les trois jours fuivans immédiatement
la Recette . VI .
Les deniers appartenans à ceux qui demeurent
à Paris , feront délivrez par le Caiffier du
dit Bureau general , fur leurs ordres par écrit ,
à la prefentation defdits ordres ; & les fonds
de ceux qui font domiciliez en Province , feront
payez à Paris fur leurs Lettres de change
à vûë , tirées für ladite Caiffe , ou leur feront
envoyez en Lettres de change payables à leur
ordre
OCTOBRE 1725 2545
ordre à vûë , dans le lieu le plus prochain de
leur domicile où il y aura Bureau des droits
du Roi. VII.
Ordonne Sa Majefté qu'il ne pourra être
fait aucune faifie ni oppofitions ès mains dudit
fieur Brehamel ou fes Affociez , pour les
empêcher de délivrer aux Proprietaires les deniers
qu'ils auront reçûs ; & en payant par
eux aufdits Proprietaires , fans avoir égard
aux oppofitions & autres empêchemens qui
pourroient furvenir , ils en demeureront bien
& valablement déchargez.
VIII.
Permet Sa Majesté audit fieur Brehamel &
fes Affociez , de retenir par leurs mains pour
leurs falaires & droits de recouvrement , quatre
deniers pour livre fur les fommes qu'ils.
auront reçûës , fans qu'ils puiffent exiger autres
ou plus grands droits , à peine de concuffion
; bien entendu neanmoins qu'ils feront
en outre rembourfez par ceux qui s'adrefferont
à eux , des ports de lettres & paquets
qu'ils recevront au fujet de leurs affai-
IX. res.
En cas de conteftations pour raifon des
fonctions dudit fieur Brehamel & de fes Affeciez
, la connoiffance en appartiendra à la
Jurifdiction des Juges- Confuls des Marchands
de la Ville de Paris , aufquels Sa Majesté attribue
à cet effet toute Cour & Jurifdiction
icelle interdifant à tous autres Juges ; pour
être lesdites conteftations par eux jugées fui.
vant & conformément aux regles prefcritespar
l'Edit de leur établiffement , & par les
Declarations , Arrefts & Reglemens rendus
en confequence , &c.
(
ARREST du 18. Octobre , qui ordonne
Kij que
2546 MERCURE DE FRANCE .
que les Ecus de dix au marc , fabriquez ou
reformez en confequence des Edits des mois
de May 1718. & Septembre 1720. Enſemble
les Tiers , Sixièmes & Douziémes defdits
Ecus , continueront d'avoir cours jufques &
compris le dernier jour du mois de Decembre
prochain.
III. à
•
300. liv.
Par Ordonnance du Roy du 25. Juin der
nier , concernant les Capitaines & Lieutenans
reformez d'Infanterie de Cavalerie & de
Dragons , S. M. a reglé les Penfions qui feront
données auxdits Officiers fuivant l'ancienneté
de leurs commiffions, à commencer au 1- Juil.
let dernier , fçavoir , 36. Capitaines d'Infanterie
réformez à 400. liv. par an , 458. autres
Capitaines, à 300. liv. 136. à 250. liv. & 65.
à 200. l. 147. Lieutenans à 159. liv. 219. Capi- 1.
taines de Cavalerie à 600. liv. 179. à 500. liv.
liv. 400.
Lieutenans à 115.
336. à 250. liv. 48. à 200 liv. 57. Capitai
nes de Dragons à 500. liv . 85. à 400. liv.
37. à 300. liv . 47. Lieutenans à 250. liv . 70.
à 200. liv. & 5. à 150. liv. Il y a outre le
nombre de tous lefdits Officiers dénommez
par ladite Ordonnance , 23. Capitaines réformez
qui ont confervé leurs anciens apointemens
, & 17. Capitaines & quatre Lieutenans
qui ont obtenu leur réformé en recompenfe
des fervices qu'ils ont rendu pendant la con .
tagion de Provence. Par la même Ordonnance
S. M. accorde à tous ces Officiers réformez,
la permiffion de refter chez eux , où elle fera
payer leurs Penfions fur des Certificats de
vie , &c.
Le Roy, par fon Ordonnance du 25 Septembre
dernier , ayant jugé pour le bien de
fon
OCTOBRE 1725. 2947
fon fervice de faire une augmentation dans
fes Troupes , a augmenté les Compagnies
des Regiments de fon Infanterie Françoife
de huit hommes chacune , & celles des Regiments
de Carabiniers , de Cavalerie & de
Huffarts , de dix Maîtres auffi chacune : &
voulant faciliter cette levée en donnant aux
Officiers un temps fuffifant pour faire leurs
recrues , & n'amener à leurs Compagnies que
des hommes en état de bien fervir , S. Ma
trouvé bon de leur accorder fix mois , pour
rendre leurs Compagnies complettes ; fçavoir
, celle d'Infanterie fur le pied de 40. hommes
, & celles de Carabiniers , de Cavalerie
& de Huffarts fur le pied de 35. Maîtres chacune
, les Officiers non compris , & c.
Par autre Ordonnance du 10. Octobre ,
S. M. a fait une diminution de 480. Gardes ,
fur les quatres Compagnies des Gardes du
Corps , à raifon de 120. Gardes par Compagnie
& de 20. par Brigade.
Par autre Ordonnance du même jour , S. M.
ayant confideré que les 200. Privileges accordez
pour la Compagnie des Gendarmes
de fa Garde par les Roys predeceffeurs de
S. M. ont toujours fubfifté fur le même pied
fans variation , S. M. s'eft déterminée en confervant
ces Privileges dans leur entier , a retrancher
feulement la paye de 40 Gendarmes
de ladite Compagnie , à commencer du
premier Novembre , en les y laiffant comme
réformez fans paye , & pour cet effet elle trouve
bon , qu'à l'exception de la paye , ils jouiffent
de tous les droits & Privileges , dont
-jouiffent ou doivent jouir les autres Gendarme
de fa Garde ordinaire , & c.
K iij Par
2548 MERCURE DE FRANCE.
Par autre Ordonnance du même jour.S. M.
conferve auffi les 200. Privileges accordez à
la Compagnie des Chevaux- Legers de fa Garde
ordinaire , S. M. retranche ſeulement la
paye de 40. defdits Chevaux - Legers , à commencer
au 1 Novembre , jouiront auffi de tous
les droits & Privileges des autres Chevaux-
Legers de fa Garde ordinaire , & c.
Par autre Ordonnance du même jour , S. M.
ordonne qu'à commencer audit jour 1. Novembre
, il fera reformé so. Moufquetaires
du Roy de chaque Compagnie , pour ne les
plus entretenir que fur le pied de 150. chacune
,y compris les Brigadiers & les Sous-
Brigadiers , &c.
Par autre Ordonnance du même jour , S. M.
ordonne que fa Compagnie de Grenadiers à
Cheval , compofée de 134. fera reduite au 1 .
Novembre à 84. compris quatre Tambours ,
S. M. trouvant bon que les Grenadiers qui fe
trouveront furnumeraires , demeurent à la
fuite de ladite Compagnie , pour y être entretenus
à pied , à raifon de onze fols par
jour jufqu'à ce qu'il y ait des places vacantes
our les remplir , &c.
J
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
Octobre , & j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris , le s . Novembre
1725 .
HARDION.
TABLE
L
Ettre fur une Queſtion de Diplomatiqué.
2319
2355
Vers fur l'arrivée de la Reine.
Lettre fur le Roi Stanillas , & fur fa Maifon.
2357
Cupidon au Trône , fur le Mariage du Roi .
2363
Lettre de Conftantinople , entrée du General
Romanshof , & c.
2367
Epître en vers. 2382
feille.
Réponse de M. Gerbier.
Lettre fur le Phenoméne du Port de Mar-
Addition a la Relation du Mariage du Roi.
2389
2395
Harangue faite à Metz à la Reine.
Autre Harangue à Châlons.
Harangues du Grand Confeil.
Réjouiffances à Genève.
2398
Ibid.
2400
2403-
Remerciment en vers fait au Roi , & c. 2404
Te Deum & Réatices & Caqnos) > mai
Réjouiffances à Grenoble.
Fête à Venife pa le Comte de Gergi .
A Soleure par le Marquis d'Avaray.
Compliment de l'Univerfité au Roi &
•
Reine .
2408
2412
2417
2419
à la
2428
2425
Sonnet Gafcon fur le Mariage du Roi .
Caufe plaidée au College de Louis le Grand ,
& c.
Enigmes & Explications.
2428
2456
Nouvelles Litteraires des beaux Arts , & c.
L'Indifcret , Comedie .
2458
2461
Hiftoire des trois Ordres Militaires , Regulers
, & c.
Le Vice Puni , ou Cartouche , Poëme .
2462
2465
Nouvelles Eltampes du Chevalier Dorigni
2481
Chanfon.
2486
Spectacles , les Précieufes Ridicules , &c. 2487
Nouvelles du Temps , de Perfe , &c.
Extrait d'une Lettre écrite de Tunis.
Lettre écrite d'Alger , & c.
2494
2498
-2499
Nouvelles de Ruffie , de Pologne , & c. 2504
Relation de ce qui s'eft paffé à Bruxelles à
l'arrivée de l'Archiducheffe , Gouvernante
des Pays- Bas.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
2515
2523
Fait fingulier arrivé à Fontainebleau. 2528
Arreft celebre , Mariage caffé. 2532
Nouvel Etat & départemens des Miniftres &
Secretaires d'Etat
2533
Naufrage.
2536
Proceffion des Efclaves rachetez.
2539
2540
2542
Morts , Mariages & Naiffances.
Rondeau.
Edits , Arrefts , Ordonnances pour la réforme
& augmentation des Troupes , & pour
les Penfions des Officiers réformez.
Medaillontray 2485.
Errata de Septembre , 2. volume,
PAge2i
2546
Age 2 i 57. 1. 9. Meziere , Ville de Champa ,
gne fur la Meuze , & c . lifez Meziere
petit Village de l'Evêché de Metz.
Page 2168. ligne 9. Jean fut tué , lifez Jean,
Duc de Bourgogne , furnommé Jean fans
peur , fut tué.
Page 2206. ligne 11. ajoûteż au dernier mot
REX.
A la même page le Graveur en Taille - douce
de la Medaille du Roi , a mis dans l'Exer
gue Pontis bellaqueo , pour Fonti bellaqueo.
La Medaille gravée doit regarder ja p. 2485
L'dir noté regarde la page 2486
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIE AU ROT
NOVEMBRE 1725.
QUÆ COLLIGIT SPARGIT
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXV.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
AVIS.
L
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
Cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port .
comine cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Eirangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
de
la premiere main , & plus promptement,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs pa-
& de les faire quets fans perte temps ,
porterfur l'heure à la Pote , ou aux Mef
Jageries qu'on lui in liquera.
Le prix eft de 30.
fols.
2549
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
Ror
NOVEMBRE 1725.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
A LA REINE ,
En lui prefentant le Poëme de Clovis,
Ue j'aime à contempler de fi pompeules
Fêtes !
L'Hymenée & l'Amour de fleurs
parent leurs têtes ;
Et jamais de concert allumant leurs flambeaux
,
A ij lls
2550
MERCURE DE FRANCE.
Ils n'ont brillé de feu ni fi purs ni fi beaux.
Ils font les fürs garants du bonheur de nôtre
âge .
REINE , de vos vertus ce bonheur eft l'ou
vrage :
C'eſt en yous , en mon Roi , que l'Eternel a
mis
Le principe fécond des biens qu'il a promis .
Regnez par vos vertus , & qu'à ce vafte
Empire
Vôtre exemple éclatant à jamais les infpire :
Digne de commander à l'Univers entier ,
Des Trônes les plus hauts occupez le premier
:
Vous avez de Louis captivé la tendreffe ;
La bonté genereuſe , & la douce fageſſe ,
Les graces , les attraits des volontez vainqueurs
,
Un mot , un feul regard vous gagnent tous
les coeurs.
De l'Empire François celebrant la miffance
,
Je m'applique à traçer fa premiere puiffance ,
A montrer que les Rois fucceffeurs de Clovis ,
Ont été par le Ciel fur le Trône établis
Que vôtre pieté , vôtre foi , vôtre zele ,
Pour
C
NOVEMBRE.
1725. 255
Pour retracer Clotilde offrent un beau modeles
Des plus hautes vertus fi je veux l'animer ,
C'eft fur vous feulement que je dois la for
mer :
C'est vous que j'attendois pour puifer dans .
vôtre ame ,
Des traits de cette foi, de cette vive flame ,
Dont autrefois Clotilde embrafa les François
1
Comme d'elle , le Ciel de vous auroit fait
choix :
Bien-tôt de fa promeffe un fils fera fe gage :
Et le Pere & le Fils admirez de nôtre âge ,
Rendront à l'Univers ce Roi fi regretté ,
Le modele éternel de la pofterité :
Vous aimerez encore à montrer à la Seine ,
La vertu du Heros , honneur du Boriftene.
Pour chanter le beau noeud qui vous joint
à LOUIS ,
Je fufpends des travaux à fa gloire entrepris :
Les Sciences , les Arts , que vôtre afpect ranime
,
Vont par d'heureux efforts meriter vôtre eftime
:
D'un accueil favorable honorez mon projet ,
REINE, un prix fi flateur eft mon unique objet.
S. DISDIER , Chevalier de S. Lazare.
A iij CLA2552
MERCURE DE FRANCE.
CLAVECIN pour les yeux , avec
l'art de Peindre les fons , & toutes
fortes de Pieces de Mufique..
Lettre écrite de Paris le 20. Fevrier 17 254.
par le R. P. Caftel , Jefuite , à M.
Decourt , à Amiens..
Ardon , mon très - cher Monfieur , fi
Pievous ai fait filong -temps attendre
le plaifir que vôtre amitié vous fait trou
ver dans ce que vous voulez bien appeller
mes découvertes . Je ne fuis pas
naturellement myfterieux , & je pourrois
l'être pour bien d'autres , que je ne
le ferois nullement pour vous. Mais je
ne vois pas qu'il y ait rien à perdre , ent
communiquant au Public fes penſées
lorfqu'elles font nouvelles ; c'eft l'unique
creufet dont l'épreuve puiffe nous
en faire connoître la folidité ou le foible :
ainfi vous ferez de ce que je m'en vais
vous dire , tout l'ufage que vous jugerez
à propos montrez- le , ne le montrez
pas , le voici :
Je ne crains pas d'en dire trop , lorf
que je donne le nom de belle , ou du
moins de jolie chofe au Clavecin en
queſtion.
NOVEMBRE 1725.
2553
queftion. Car que peut- on en fait d'art
imaginer de plus curieux que de rendre
vifible le fon , & de faire les yeux confidents
de tous les plaifirs que la Mufique
peut donner aux oreilles ? & que diroit
Brebeuf, lui qui prodigue les plus magnifiques
éloges à la fimple écriture
qu'il appelle l'art ingenieux de peindre
la parole & de parler aux yeux que diroit-
il de l'art non de réveiller fimplement
l'idée de la parole , & du fon par
des caracteres arbitraires & inanimez ,
tels que font les lettres de l'Alphabet , ou
les notes de la Mufique ; mais de peindre
ce fon & toute la Mufique dont il
eft capable ; de les peindre , dis - je , réelą
Lement , ce qui s'appelle peindre , avec
des couleurs , & avec leurs propres couleurs
; en un mot , de les rendre fenfibles
& prefents aux yeux , comme ils le font
aux oreilles , de maniere qu'un fourd
puiffe jouir & juger de la beauté d'une
Mafique , auffi bien que celui qui l'entend
, & que reciproquement , malgré le
proverbe, un aveugle puiffe juger par les
oreilles de la beauté des couleurs.
Vous regardez d'abord ceci comme des
Paradoxes d'une fpeculation outrée , que
la realité doit anéantir comme tant d'autres
; mais non , je n'en rabats rien , & je
yous declare que vous ne fçauriez prendre
A iiij trop
2554 MERCURE DE FRANCE:
trop en rigueur ce que je vous en dis : mair
je ne me contenterai pas d'affirmer & de
promettre je vous connois opiniâtre à
ne vous rendre qu'à des raifons de fait
& de Geometrie : en voici , je penfe
de cette double forte ; car il ne faut pas
croire que par ce qu'on dit des chofes
nouvelles , on foit moins fondé en preuves
que la plupart de ceux qui ne nous
difent que des chofes communes & furannées.
Pour moi , que la chofe foit vieille
ou nouvelle , je n'eftime que ce qui eft
prouvé , & non- feulement je confens ,
mais je vous exhorte même à ne vous
rendre à ce que je vais vous dire qu'autant
que vous le trouverez démontré. Je
veux même, en ſtile de Socrate, que la démonftration
précede la propofition & la
conftruction de la chofe , afin que vous
ayez le plaifir vous - même d'en faire la
découverte , car vous fçavez que j'aime
fort l'analife ; commençons
.
De tout temps on a compare la lumiere
avec le fon ; mais je ne connois
perfonne qui ait pouffé ce parallele plus
Join que vôtre bon ami Kircher , lequel
effectivement n'étoit point homme à
effleurer poëtiquement une comparaiſon
& qui étoit né pour épuifer toutes les
idées un peu fecondes : auffi tous fes ourages
font-ils pleins defemences de décou
?
verNOVEMBRE
1725. 2555
vertes , témoin celles que tant d'Auteurs
du fecond ordre en tirent tous les jours.
Jamais homme n'a eu à un plus
haut degré que Kircher l'efprit Geometrique
d'analogie & de comparaifon qui
fait les découvertes , & érige les chofes
en fyftême , c'est- à - dire , en corps de
fcience . Je fçais bien qu'il y a des gens ,
& j'en connois même qui n'aiment pas
toutes ces analogies ; mais entre nous les
efprits fuperficiels ne font pas rares ,
je fçais bien que tout le monde n'a pas
l'efprit de la Geometrie ; car vous êtes
trop Geometre pour ignorer que toute la
Geometrie elt analogique dans la marche ,
& que jamais dans aucune fcience on ne
peut découvrir une verité quelconque
qui ne foit le quatrième ou troifiéme
terme d'une analogie , par laquelle on
compare entr'elles des chofes connues
pour découvrir cette verité inconnuë.
&
Or Kircher appelle fans façon le fon ,
le Singe de la lumiere , fimiam lucis , &
avance hardiment , non fans y avoir bien
penſé ,
, que tout ce qui fe rend fenfible
aux yeux , peut être rendu fenfible aux
oreilles , & reciproquement que tout ce
qui eft l'objet de l'ouie , peut devenir
Pobjet de la vûë , cela eft fort , mais cet
ho nme-là n'eft vôtre bon ami , que par-
A v
2556 MERCURE DE FRANCE.
ce qu'il eft de la fecte de ceux qui n'a→
vancent rien fans preuve.
Il fait donc remarquer 1 ° que le fon
fe répand tout autour comme la lumiere :
en lignes droites . 2 ° . Qu'à la rencontre
des corps impenétrables il fe réflechit ,
& fe réflechit 3 ° à angles égaux comme
la lumiere. 4° Que fi les corps font penetrables
, il les penetre , en fouffrant comme
la lumiere une réfraction qui le détourne
un peu de fon chemin. Sont - ce - là
des preuves , ou n'eft ce qu'une analogie
vague mais ce n'eft pas tout , &
nous ne faifons que commencer ; fuivons
donc nôtre Allemand. 5 ° La lumiere
rencontrant un corps concave fe
réflechit en un point où fa réunion forme
un foyer ardent : le fon à la rencontre
des corps concaves fe réflechit en un
point où fa réunion forme auffi un foyer
réfonnant , c'est- à - dire , un écho . En voi--
ci bien d'autres , mais toûjours des faits .
6. On fait des Lunettes de longue vûë ,
qui rendent prefents aux yeux les objets
éloignez Kircher ne nous a- t'il pas appris
à faire des Lunettes de longue ouie ,.
c'eft- à - dire , des Trompettes parlantes ,
foi difant d'Angleterre , ou du Chevalier
Morland , qui a fçû s'en faire l'inventeur
27. ou 30. ans après Kircher. Je poufferai
la comparaifon jufqu'au bout , quand.
Les
4
NOVEMBRE 1725. 2557
les anti- Analogiftes en devroient enra
ger. 7 ° On fait des Microscopes pour
diftinguer les plus petits objets : croirezvous
bien qu'on faffe des Microscopes
d'oreille pour diftinguer les fons les plus
petits & les plus inarticulez ? & ne faiton
pas , & Kircher n'apprend- il pas a
faire des Cornets qu'un fourd met à fon
oreille pour recüeillir les fons les moins
forts & les chambres parlantes , dont
le même Auteur donne auffi l'artifice , &
dont vous en avez vû ici à l'Obfervatoire,
ne font- elles pas de vrais Microscopes·
auriculaires qui font diftinguer les fons
qu'on feroit bien éloigné de diftinguer
fans ce fecours ? Enfin 8 pour terminer
ce parallele qui n'eft pas fi Poëtiquet
qu'il ne foit auffi tout Philofophique , le
fon & la lumiere ne confiftent- ils
également dans les tremouffemens in--
fenfibles des corps fonores & lumineux ,
& du milieu qui les tranfmet juſqu'à
nos oreilles ?
pas
Pourquoi donc , difois -je , en fuivant
le fil de cette analogie ? Pourquoi ne fe--
roit on pas des Clavecins oculaires , comme
on en fait d'auriculaires ? C'eft encore
à nôtre bon ami que je dois la naif--
fance d'une fi riante idée. Je lifois fa'
Mufurgie il y a deux ans : j'y trouvai
quelque part , que fi dans le temps d'un
A-vj beau
!
2558 MERCURE DE FRANCE.
beau concert , nous pouvions voir l'air
agité de tous les fremillemens divers que
les voix & les inftrumens y excitent
nous ferions tout étonnez de le voir femé
des couleurs les plus vives , & les
mieux afforties ; voilà une de ces idées
que j'appelle des femences de découvertes.
Jugez li je la faifis bien vîte avec le goût
que j'ai pour tout ce qui va à la perfection
des Arts & des Sciences , & fi je
m'empreffai de la faire éclore & de la
meurir , mais à loifir ; car il ne faut pas
croire qu'une découverte raifonnée fe
falle tout d'un coup , & par une espece
de hazard , comme le difoit l'autre jour
un bel efprit , qui furement n'en a jamais
fait , fi ce n'eft peut- être de celles
qui fe font par hazard.
י
Ici je repreads mon parallele entre la
lumiere & le fon , ou plutôt je l'éleve
un dégré plus haut , & ce font déformais
les affections de la lumiere que je compare
avec celles du fon. La lumiere modifiée
fait les couleurs, le fon modifié fait
les Tons. Les couleurs mêlées font la
peinture , les Tons mêlez forment la Mufique.
Il s'agit donc de voir fi l'analogie
ébauchée entre la lumiere & le fon , fe
foutient entre les couleurs & les Tons ,
entre la Peinture & la Mufique , rien
m'eft mieux foutenu , défiez- moi de le
prou
NOVEMBRE 1725. 2559
ver ; mais je ne vous le confeille pass
car 1 ° j'ai toûjours mon Allemand à mon
côté qui m'apprend encore que les couleurs
fuivent la proportion des Tons de
la Mufique , & qu'à chaque Ton répond
chaque couleur ; il eft vrai que Kircher
ne donne point de preuve bien précife de
ce qu'il dit -là , il en parle en homme que
la force de l'analogie & du fyftême entraîne
, & qui fent bien plus ce qu'il dit ,
qu'il ne peut le rendre fenfible à tout
autre qui auroit à un moindre dégré
l'efprit d'analogie & de fyftême ; en un
mot, il en fait la découverte , eu plutôt il
découvre la chofe , laiffant à d'autres le
foin d'en découvrir les preuves préciſes..
Du refte, 2 fon fentiment s'accorde avec
celui de ceux qui l'ont le meilleur à cet
égard : confultez les Peintres , entendez les
parler, lifez leurs livres ; fans ceffe ils nous
parlent de Tons & de demi Tons de couleurs
, d'accords de couleurs , d'harmo
nie de couleurs , de diffonances même
de couleurs , tout comme Kircher . Entendez
parler d'un autre côté les Muficiens
, je dis ceux qui fçavent parler ,
& qui ont quelque connoiffance des Belles
-Lettres & des beaux Arts , ils vous
diront que telle piece de Clavecin eft
bien deffinée , que le chant a fes figures ,
que les diffonances doivent être nuan-
, cées
,
2560 MERCURE DE FRANCE.
cées , que leur mêlange avec les accords
confonants imitent le clair- obfcur , &
mille autres chofes femblables , qu'il vous
faut , fi vous le voulez bien , regarder
comme des affaires de fait , étant des affaires
de fentiment fondé fur les plus fimples
& les plus conftantes experiences.
Mais le fait eft certain , les cou
leurs ont leurs Tons précis qui fuivent
entr'eux les mêmes proportions que les
Tons de la Mufique , c'eft ce qu'a verifié
le celebre Anglois M. Newton , tant il
eft vrai que nôtre Allemand avoit l'odorat
& le fentiment bon , tant il eft vrai
que l'analogie eft une bonne clef pour
faire des découvertes , & les premieres
découvertes des chofes. Comme vous
avez , je penfe , l'Optique de M. Newton
, c'eft- là que je vous renvoye pour
y voir toutes les couleurs bien diapafonnées
, avec leurs octaves , quintes , tierces
, & feptiémes. Je vous dirai même
que fi vous voulez vous donner la peine
ou plutôt le plaifir de faire les belles experiences
qui font dans cet excellent Livre
,
1
il ne tiendra qu'à vous de trouver
les repliques , le chromatique , & tout un
clavier de couleurs , à la réſerve de la'
quarte & des bémols qui en dérivent ,
que vous ne trouverez jamais jufte , parce
que la nature dans les couleurs , non
་
plus
NOVEMBRE 1725. 2561
plus que dans les Tons , ne nous donne
point de diffonance , & qu'elle eft l'ouvrage
de l'art , ainfi que je vous l'ai autrefois
démontré par les nombres , qui
font de furs garants de l'incommensurabilité
de cette quarte bemolifée & diffonante
; je dis la quarte du Ton , & non
celle qui n'eft que le renversement de la
quinte , car celle- ci eft confonante com
me la quinte qu'elle reprefente.
·
Voilà mes préliminaires pour parvenir
à la conftruction de mon Clavecin
oculaire ; car quand j'en fuis- là , je me
trouve fort avancé , mais je fçais bien
que tout n'eft pas fait ; je vous avoüerai
même que le plus difficile refte à faire ,
ou pour mieux dire , tout refte à faire ;
car jufques- là ce n'eft que la partie theo--
rique de l'art ; or c'eft la pratique que
vous demandez , & que je vous ai promife
; mais dans les nouveautez il faut
toûjours commencer , pour fe concilier
l'attention , par , par bien établir la poffibilité ::
venons donc au fait , mais toûjours pas
pas ; car ce n'eft pas en artiſan , mais en
Philofophe que j'ai entrepris de vous démontrer
ce nouvel art : quand je parle à
un Luthier je lui dis faites ceci , faites
cela , mais à vous je dis , voici comme
j'ai crê devoir faire.
Un des grands obftacles que j'ai d'a
à
bord
2562 MERCURE DE FRANCE.
bord trouvé à réduire ma fpeculation
en pratique , a été comme il arrive dans
l'idée même de la chofe ; car les nouvelles
découvertes ont toûjours à combattre
bien plus d'obftacles imaginaires que de
réels . La lumiere & les fons qui d'abord
m'avoient paru marcher fur des lignes
paralleles , m'ont de plus près paru s'éloigner
par un endroit , où moins opiniâtre
que moi, eut defefperé de pouvoir
jamais les concilier ; j'y trouvois une
difference effentielle par rapport à la
pratique . On fixe fur une toile les couleurs
, & on les manie affez comme on
veut mais les fons intraitables , & toujours
fugitifs ne fçauroient être fixez
dans l'air ou dans le corps qui les produit
ceci merite une très grande attention
, & il y a bien des égards à avoir
& bien des réflexions à faire pour acheminer
une entreprife comme la mienne
à fon but : prêtez - vous un peu à ce que
je vous dis ici.
Qu'un Peintre & un Muficien viennent
en même temps pratiquer leur art
dans ma chambre quand ils en forti
ront , l'un me laiffera un beau tableau ,
que je pourrai contempler à loifir , au
lieu que l'autre qui n'a travaillé que fur
l'air , & tout-à -fait en l'air , laiffera cet
ais même fur lequel il a travaillé , dans
toure
NOVEMBRE 1725. 2565
toute fa fimplicité , & en quelque forte
dans tout le dénument où il l'a trouvé.
C'eft toûjours une table rafe fur laquelle
on a veritablement l'avantage de pouvoir
travailler de nouveau ; mais fur la
quelle on eft en effet obligé de travailler
fur nouveaux frais , toutes les fois qu'on
veut en tirer quelque chofe qui falſe
plaifir. Les beautez de la Mufique ne
fubfiftent que dans l'inftant où on les enfante
, & comment une piece entiere de
Mufique furvivroit-elle à fa naiflance ?
les divers morceaux de la même piece
ne fubfiftent jamais enſemble , l'un renaiffant
comme des cendres de l'autre.
Ce n'eft que par imagination & par fouvenir
que nous pouvons envifager toute
une piece de Mufique en même temps.
Et ce caractere fugitif eft fi effentiel à
cet art , que dans le Clavecin où les fons
ne font pas naturellement fort durables ,
ils le feroient même trop , fi côte à côte
de la petite plume qui fait parler les cordes
, on ne mettoit un petit morceau d'écarlatte
, qui leur coupe en quelque forte
brufquement la parole. Vous fçavez
même que les plus grandes beautez de la
Mufique.confiftent dans les fugues qui
rendent encore plus fenfible fon caractere
volage & fugitif.
Remarquez cependant que le fon ne
Jaiffe
2564 MERCURE DE FRANCE.
}
laiffe pas d'être auffi durable qu'on le
veut , témoin le fon de l'Orgue qui dure
au gré de l'Organifte : il femble donc
qu'on pourroit rendre une piece de Mufique
auffi durable qu'un Tableau , en
rendant durables les fons qui la compofent.
Mais c'est là que la Mufique pas
roît effentiellement differente de la Peinture.
Les couleurs d'un Tableau s'y confervent
feparées & bien diftinctes dans
l'ordre & la combinaifon qu'il a plû au
Peintre de leur donner ; mais dans l'air
tous les fons qui fubfiftent en même
temps , s'y confondent , & font bien éloignez
de s'y prefenter diftincts dans l'ordre
que demande une piece de Mufique
pour être entendue. Les couleurs fuivent
Î'étendue des lieux , les lieux font fixes
& permanents ; mais les fons fuivent l'étendue
des temps ; or les temps font
effentiellement fucceffifs & inalliables.
Voilà la difference précife qui ne vient
pas , comme on l'imagine , de ce que le
fon paffe , puifqu'on pourroit le faire
durer , mais de ce qu'il eft effentiel à la
Mufique , qu'il paffe pour ceder la place
à d'autres fons qui lui fuccedent , & qui
fans cela fe confondroient avec lui , en fe
répandant dans le même efpace d'air
qu'il occupe , au lieu que les couleurs
fe tiennent feparées dans les diverfes parties
NOVEMBRE 1725. 2565
ties du même efpace , de la même étenduë.
On ne peut donc faire avec les fons
tout ce qu'on fait avec les couleurs. Mais
ne peut on faire avec les couleurs tout
ce qu'on fait avec les fons ? C'eft là une
autre affaire ; car fi le plus parfait eft
défendu , le moins parfait ne l'eft pas de
même. Le fon eft volage , il feroit plus
parfait de le fixer , on ne le peut ; mais
la couleur eft fixe , il feroit moins parfait
de la rendre volage , & cependant
ce moins parfait feroit une nouvelle perfection
pour le plan que je propofe ; faudra
t'il y renoncer ? non fans doute. Car
dès qu'on connoît un peu la nature des
chofes , on fçait bien qu'il eft toûjours
facile de gâter une bonne chofe , au lieu
que le plus fouvent il eft impoffible d'en
ameliorer une mauvaiſe ..
Or la nature nous a prévenus , elle ne
nous donne point de fon fixe comme les
couleurs ; mais elle étale partout des cou
leurs volages comme le fon. Combien
d'oifeaux dont les plumes ont des cou
leurs fugitives à caufe de leur tranfparence
anguleufe , comme l'a remarqué.
M. Newton après Kircher ? Ce qu'on raconte
même de l'inftabilité des couleurs
du Chameleon , n'eft pas fi fabuleux que
le penfent ceux qui n'ont rien vû , &
qui
2566 MERCURE DE FRANCE
qui n'ont que des yeux pour juger de la
poffibilité des chofes . Les hommes mêmes
n'ont-ils pas l'art de faire des étoffes,
dont les couleurs font variables ; mais le
Prifme paffe en ce genre tout le refte.
C'eft avec ce Prifme que j'avois d'a
bord tenté l'execution de mon Clavecin
oculaire , mais il ne m'a pas fallu bien
du temps pour m'en defabuſer : j'ai eſſayé
bien d'autres manieres ; mais enfin il a
fallu en revenir à celle qui m'avoit d'a
bord paru la plus fimple & la plus facile,
& que j'avois negligé uniquement , parce
qu'elle eft fimple & facile. Vous la mépriferez
peut-être auffi lorfque je vous
l'aurai dite , parce que fous l'idée d'un
Clavecin oculaire , vous vous êtes déja
forgé des refforts & des machines , &
mille je ne fçais quels Palais enchantez ;
je ne doute pas même qu'il n'y en ait
tel qui foupçonne d'abord du grimoire ,
& prefque de la Magie , & qui en voyant
la chofe ne dife comme les Badauts de
Christophe Colomb , quoi ? n'est- ce que
cela ? j'en ferois bien autant ; car rien
n'eſt fi facile à trouver qu'une choſe déja
trouvée ; enfin vous en penferez ce que
vous voudrez ; voici le dénouement de
ce merveilleux Problême .
Qu'eft ce qu'un Clavecin ? c'eſt une
fuite de cordes tendues qui fuivent dans
leus
NOVEMBRE 1725. 2587
leur longueur , & dans leur groffeur une
certaine proportion harmonique qui leur
fait rendre , au moyen d'une languette
qui les pince , tous les divers fons & accords
de la Mufique . Or les couleurs fuivent
la même proportion harmonique ;
prenez- en donc autant qu'il en faut pour
former un clavier complet , & les difpofez
de maniere qu'en appliquant les.
doigts à certaines touches elles paroiflent
dans le même ordre , & la même combinaifon
que fe feroient entendre les fons
correfpondants à ces touches ; mais l'affaire
eft de les difpofer , dites - vous , j'en
conviens , mais il ne fera pas dit qu'on
explique tout à un homme d'efprit comme
vous , fans lui laiffer rien à deviner ;
quand je dis , difpofer , vous comprenez
bien que je n'entends pas qu'il faille les
mettre en l'air , ni même fur une même
toile , puifqu'il faut que l'une puiffe paroître
fans l'autre , ou avec telle autre
que les touches pourront amener fur la
fcene. Avez - vous vû de ces machines
qu'on porte dans les rues , dans lefquelles
à travers un verre on montre au peuple
ce que l'on appelle la curiofité, la
rareté ? C'eft en tirant de petites cordes
qu'on fait paffer en revûe devant les
yeux , des Villes , des Châteaux , des
batailles , & tout ce qu'il vous plaira. Il
faut
2568 MERCURE DE FRANCE:
faut ici qu'en remuant les doigts comme
fur un Clavecin ordinaire , le mouvement
des touches falle paroître les couleurs
avec leurs combinaifons & leurs
accords ; en un mot , avec toute leur harmonie
, qui correfponde préciſement à
celle de toute forte de Mufique. Si vous
étiez ici , je vous expliquerois tout cela
plus en détail , je në fuis pas fâché cependant
que vous cherchiez de vôtre côté
des manieres & des induftries pour la
facilité du jeu , & pour la perfection de
la Machine ; car je ne me flate pas d'avoir
atteint à cette perfection , & j'attends
beaucoup de vôtre fçavoir - faire ,
& de celui des perfonnes à qui vous
Communiquerez tout ceci.
Mais à quoi bon cela ? me diront ceux
qui avant que d'en entrevoir l'execution,
le regardoient comme une fi belle chofe
qu'ils l'auroient crâ parfaitement impoffibles
gens également incapables de faire
des découvertes dans les Arts ; & d'eftimer
ce qu'elles valent , celles qui font
faites par d'autres que par eux fera- ce
donc , diront-ils , un fi grand agrément
pour les yeux, de voir de fimples couleurs
fe acceder l'une à l'autre , ou fe combiner
dff remment enfemble ? étrange fituation
que celle où fe trouve quiconque a quelque
chofe de nouveau à propofer au Public
!
NOVEMRE . 1725. 1569
blic ! on dit que ce Public aime la nouveauté
, & moi je m'engagerois à démontrer
par l'Hiftoire de tous les fiecles
que ce qu'on appelle des nouveautez font
toûjours fort vieillies avant que ce tublic
ait pû feulement parvenir , je ne dis pas
à les aimer , mais même à les comprendre
, & à s'en faire une jufte idée : j'ai
déja trouvé quelques- uns de ces ama
teurs de vieilles nouveautez, & qu'on traite
prefque de Novateurs , parce que par une
grande vivacité de genie ils goûtent un
fyftême cent ans après la mort de l'Au-.
teur ; je leur ai propofé mon deffein , ils:
l'ont d'abord traité de chimerique , mais
lorfque je leur en ai démontré l'execu
tion fi facile que rien n'eft plus facile
ils l'ont méprifée comme chofe trop facile
en effet ; cependant , leur difois - je ,
Pexecution répond préciſement au deffein,
or le deffein vous paroiffoit fi beau que
l'execution vous en paroifloit impoffible.
Le mal de tout ceci c'eft que la plupart
ne connoiffent point où git préciſement
le bien ou le mal , le facile ou le difficile
, le poffible ou l'impoffible de chaque
chofe. Or c'eft à vous que je veux bien
rendre un peu raifon de tout ceci .
Vous aimez fort la Mufique , & vous
ne doutez pas de la beauté d'un Clavecin
ordinaire , parce que vous en avez l'expenence
;
2570 MERCURE DE FRANČE.
perience ; mais concevez- vous bien en
quoi confifte tout le charme de cette Mufique
& de cet inftrument ? car il faut
que des gens comme vous s'accoutument
à raisonner fur ce que le peuple fe contente
de fentir & d'éprouver. Croyez-.
vous que de foi les fons flatent plus
agréablement l'oreille que les couleurs
ne flatent les yeux ? au contraire les plaifirs
des yeux font infiniment plus piquants
, étant plus développez & plus
fenfibles que ceux des oreilles ; fouvenez
- vous du vers d'Horace Segnius irri
tant , &c. En effet prenez en particulier
chacun des fons qui compofent le plus
bel air de Mufique , rien n'eft plus infipide
que ces fons ifolez , fouvent même
rien n'est plus aigre : quoi de plus
aigre ou de plus plat que le fon d'une
Timballe , d'un Baffon , d'un Serpent ,
d'une Trompette même , & de divers
jeux de l'Orgue & du Clavecin ? trouvez-
vous bien charmant de foi le fon d'une
Cloche , ou d'un morceau de bois , ou
même d'un chaudron ? & cependant une
fuite melodieufe ou harmonique de fons
fur tous ces inftrumens , & en particulier
fur des Timballes , des Cloches , des
morceaux de bois , ne laiffe pas de plaire
beaucoup à l'oreille : Kircher ne nous raconte
t'il pas qu'un Prince d'Italie ou
d'AlleNOVEMBRE
1725. 2571
d'Allemagne étant tombé dans une profonde
mélancolie où tout lui paroiffoit
fade & dégoûtant , il n'y eut qu'un Muficien
qui fçût trouver le moyen de le
divertir par un Clavecin d'une nouvelle
forte devinez quel Clavecin ? il rangea
des touches à l'ordinaire , & y mit
des fautereaux armez de pointes trèsperçantes
; or chaque pointe répondoit
au derriere d'un Chat , d'âge , de taille
& de voix competente pour faire un
miaulis bien diapafonné felon toutes les
regles après cela il convint au Prince
de fortir de fa mélancolie , car qui n'en
riroit ? mais c'étoit- là un badinage , que
je ne vous cite que pour faire remarquer
, qu'en effet les fons n'ont d'euxmêmes
aucune beauté , & que toutes les
beautez de la Mufique viennent non du
fon , mais de la fuite melodieufe , & de
la combinaifon harmonique de ce fon multiplié
& varié à propos . Ordinis hac virtus
erit & venus , aut ego fallor.
:
Je raiſonne maintenant , & je concluds
que la même fuite , & les mêmes
combinaifons étant données aux couleurs,
leur procureront les mêmes beautez &
les mêmes charines ; ce qui eft d'autant
plus vrai que les couleurs font par ellesmêmes
infiniment plus riantes & plus
agréables pour les yeux , que les fons
B. ne
2572 MERCURE DE FRANCE .
ne le font pour les oreilles. Tel eft ce
pouvoir de l'harmonie & de la melodie ,
que quoique de foi les couleurs plaifent
plus que les fons ; il eft vrai neanmoins
qu'une belle Mufique fait plus de plaifir
, & a quelque chofe de plus faifillant
que la plus belle Peinture , laquelle eft
par confequent jufqu'ici fort imparfaite
puifqu'avec un fonds plus riche , elle fait
de moindres effets que la Mufique.
Ajoûtez qu'une des principales beautez
de la Mufique vient du naturel fugitif
& volage des fons , & du mouvement
que leur mobilité excite & entretient
dans nôtre ame ; on n'a pas le temps
de fe laffer de ce qui ne fe montre qu'à
un premier coup d'oeil : volages , nous
aimons tout ce qui eft volage : fugitifs ,
nous volons après tout ce qui fuit ; il
fuffit qu'un objet ne fe montre à nous
qu'en paffant pour que nous courions
après. Tout ce qui change eft d'ailleurs
plus fufceptible de var eté , foit parce
que l'objet fe renouvelle fans ceffe , foit
parce qu'après avoir diſparu un moment,
le même objet peut reparoître avec avantage
fur la fcene , & nous paroître tout
nouveau , foit même parce que le même
objet reparoiffant dans un point de vûë,
& dans un aflortiment tout nouveau , il
eft en effet tout renouvellé , & réellement
NOVEMBRE 1725. 2573
ment tout autre. Le principal avantage
de ce nouveau Clavecin , eft donc de
donner aux couleurs , outre l'ordre har
monique , une certaine pointe de vivacité
& de legereté qu'elles n'ont jamais
fur une toile immobile & inanimée.
Mais il faut que je vous communique
une autre maniere encore plus facile de
peindre la Mufique & les fons , en les
fixant même fur une toile , fur une tapifferie.
Concevez - vous bien ce que ce
fera qu'une chambre tapiffée de Rigaudons
& de Menuets , de Sarabandes &
de Paffacailles , de Sonates & de Cantates
, & fi vous le voulez bien d'une reprefentation
très -complette de toute la
Mufique d'un Opera ? On aime à voir .
les couleurs jettées au hazard fur un marbre
, fur une tapifferie , & jufques fur
un papier marbré : laiffons ce plaifir au
peuple ignorant , je vous parle ici d'un
plaifir qui ne laiffera pas d'être fort fenfible
pour l'ignorant , mais qui fera plein .
d'intelligence & d'inftruction pour l'ef
prit le plus fçavant & le plus profond .
Du refte , quoique je n'en aye pas encore
fait l'épreuve , j'ofe vous dire que la
chofe eft certaine , & que la pratique
n'en peut manquer : ayez toutes vos couleurs
diapafonnées , & rangez les fur une
toile dans la fuite la combinaison & le
Bij mêlan574
MERCURE DE FRANCE .
82 mêlange précis des tons , des parties , &
des accords de la piece de Mufique que
vous voudrez peindre , en obfervant toutes
les valeurs , fyncopes , foupirs , croches
, blanches , & c. & rangeant toutes
les parties , deffus , haute contre , taille ,
baffe , & autres , par ordre de contrepoint.
Vous voyez bien que ceci au moins
n'eft pas impoffible , ni difficile, même
pour un Peintre de quatre jours , & que
pour le moins une pareille ta pilferie
vaudra bien celles où les couleurs ne
font que jettées au hazard comme fur le
marbre .
Le Clavecin n'eft pas fi facile à executer
, par un endroit que je vous laiffe
à deviner l'execution en eft pourtant
certaine , au moins jufqu'à un certain
point qui peut fuffire ; mais je n'ai pas
eu encore le temps de le porter au point
où je vife ; fon grand avantage , eft que
fans être Peintre , quiconque joue du Clavecin
ordinaire , peut à chaque inftant
fe donner le plaifir de mille nouvelles
peintures , & de peintures fçavantes &
regulieres , & d'un ordre fuperieur à
tout ce qu'on en a vû jufqu'ici : ce Clavecin
eft , j'ofe le dire , une grande Ecole
les Peintres , qui pourront y trou- pour
ver tous les fecrets des combinaiſons des
couleurs , & de ce qu'ils appellent le
"
claire
NOVEMBRE 1725. 2575
clair-obfcur , & qui y apprendront à par
ler avec intelligence des tons , des diffonances
, & de l'harmonie des couleurs ,
dont ils ne parlent jufqu'ici que par goût
& par fentiment. Mais nos tapifleries
harmoniques auront auffi leurs avantages
; car outre la beauté du coup d'oeil
qui fera pour tout le monde , on pourra
y contempler à loifir , ce qu'on ne peut
jufqu'ici qu'entendre rapidement en paf
fant , & fans réflexion , & puis ne comp
tez vous pour rien le plaifir de voir des
couleurs dans une difpofition veritable
ment harmonique , & dans cette varieté
infinie de difpofitions que l'harmonie
nous fournit. Le feul deffein d'un Tableau
fait plaifir ; il y a certainement un deffein
dans une piece reguliere de Mufique :
or ce deffein ne fe rend pas aflez fenfible
lorsqu'on la joiie rapidement ; l'oeil
le contemplera ici à loifir , il verra le
concert , le contrafte de toutes les parties
, l'effet de l'une contre l'autre , les
fugues , les imitations , les expreffions ,
l'enchaînement des cadences , les progrès
de la modulation. Et croyez- vous
que ces endroits pathetiques , ces grands
traits d'harmonie , ces changemens inefpérez
de tons , qui caufent à tous momens
des fufpenfions , des langueurs ,
des émotions , & mille fortes de peri-
B iij peties
2576 MERCURE DE FRANCE.
peties dans l'ame qui s'y abandonne ,
perdent ren de leur force & de leur
énergie en paflant des oreilles aux yeux,
& de la Mafique a la Peinture , qui déformais
pourra être appellée à bien plus
jufte titre qu'elle ne l'a été jufqu'ici ,
une Mjque muettes mais d'autant plus
efficace pour aller jufqu'au coeur , qu'elle
s'y infinuera avec moins de bruit & de
fracas.
Far exemple , quel effet ne feroit point
une prece de Mulique travaillée comme
celles de M. Raineau que vous estimez
tant , & en particulier fon entretien des
Mufes que les connoiffeurs regardent
comme la piece qui ait jamais été le
mieux deffinée pour le Clavecin , & que.
j'appellerois volontiers le concert des Anges.
Je fuppofe que vous avez vû ces
nouvelles pieces ; l'Auteur y porte la
Mufique pratique à la même perfection ,
à laquelle il en a porté la theorie dans
fon Traité de l'Harmonie.
Voilà , mon très- cher Monfieur , tout
ce que j'avois à vous dire là - deffus ; je
n'ai pas crû devoir vous dire la choſe
nument, & fans l'accompagner de tous
fes principes & raifonnemens auxiliaires
, craignant que vous ne m'accablaffiez
d'objections telles qu'en peut meriter
une chofe fi nouvelle , & que peut vous.
en
NOVEMBRE 1725. 2579
én fournir vôtre bon caractere d'efprit
qui va toûjours à la raiſon des choſes , &
ne fe paye ni de promeffes , ni de paro
les. Adieu, comptez toûjours fur mon amitié
, puifque vous êtes affuré de mon eftime.
J'attends avec impatience le fuccès
de yos petrifications. Caftel , Jef
A Paris , ce 20. Fevrier 1725.
MKKKKKEMaa
LES FETES BISANTINES
Cantate, à l'occafion duMariage du Roi
CO
Le Doux.
Oulez , mes eaux , coulez dans une paig
profonde ,
Trop heureux qui comme vôtre onde ,
Voit dans un plein repos couler fes plus beaux
jours ;
Infpirez , infpirez à tous les coeurs du mondes
Les tranquilles douceurs de vôtre aimable
cours :
Coulez , mes eaux , coulez dans une paix profonde.
Mais quel éclat nouveau ! quels fons hare
monieux
B iiij frap
2578 MERCURE DE FRANCE
Trappent les échos de ces lieux !
Le terrible Dieu de la guerre
Menace- t'il ces rochers fourcilleux ?
Dois - je craindre que fon tonnerre
N'écarte de mes bords les plaifirs & les jeux ?
Le terrible Dieu de la guerre
Vient- il troubler la paix de cet azile heureux 7
La Renommée.
Je ne viens point fur ce rivage
Porter la terreur & l'effror :
Tant que Louis vous donnera la loi ,
4
L'abondance & la paix feront vôtre partage ?
Un nouveau foin pour lui m'engage ;
Dieu de ces bords écoutez- moi.
L'Amour qui fur les Dieux remporte la vic
toire ,
Et qui foumet tout l'Univers ,
N'ofant lui prefenter fes fers ,
Les lui fait offrir par la gloire.
Un, doux Himen a comblé fes defirs ,
Publiez fes bienfaits , celebrez fes plaifirs.
Enfemble.
Un doux Himen a comblé fes defirs ,
Publions fes bienfaits , celebrons fes plaifirs .
2
Le
NOVEMBRE 1725. 2579
Le Doux..
Raffemblez - vous , Nimphes craintives
Venez fur ces aimables rives.
Entré: de Nimphes & de Silvains
de Bergers & de Bergeres.
Que nos coeurs
Choeur.
Contents de leurs Chaînes
Dans leurs tendres peines
Trouvent de douceurs !
Dans nos retraites ,
Sur nos Mufettes ,
Chantons toûjours
Le pouvoir des amours
Sombres boccages >
Charmans ombrages ,
Azile heureux ,
Vous comblez tous nos voeux.
Trifte vieilleffe ,
Des lieux fi doux
Ne font point pour vous.
Riante jeuneffe ,
Reperez fans cefſe ,
B F
Que
2580 MERCURE DE FRANCE .
}
Que nos coeurs
Contents de leurs chaînes
Dans leurs tendres peines
Trouvent de douceurs..
Un Berger.
Lance tes traits , fignale ta puiffance
Regne , triomphe , tendre amour ;
Tes faveurs font nôtre efperance ,
L'on ne craint point tes feux dans ce chap
mant féjour ,
L'on n'y craint que l'indifference.
Lance tes traits , fignale ta puiffance ,
Regne , triomphe , tendre àmour ,
Tes faveurs font nôtre efperance.-
Une Bergere.
Dieu des Amans ,
Je me livre à tes armes s
Dieu des Amans ,
Que tes feux font charmans !
Quand mon coeur évitoit tes allarmes ,
Il ignoroit quel en étoit le prix ,
Mais aujourd'hui j'en connois tous les charmes,
De mon Berger l'autre jour je l'appris.
NOVEMBRE 1725. 258-1.
Le Doux.
A ces jeux , à ces chants qui flatent vos defirs
Mêlez le nom de vôtre augufte maître.
En goûtant vos plaifirs ,
Chantez celui qui les fait naître.
Un
Berger.
Quand pour le mettre au rang des plus far
meux vainqueurs ,
La victoire déja tient ſes Couronnes prêtes ›
Il fait fur nos coeurs
L'effai des plus grandes conquêtes.
Le Doux & la Renommée.
Chantez une Reine charmante ,
Animez vos voix & vos choeurs
Chantez fa beauté triomphante ,
De fon empire annoncez les douceurs
Coeur.
Chantons une Reine charmante , &c.
Le Doux.
Qu'à vôtre zele tout réponde ,
Reverez fes vertus , admirez fes beaux yeux
Quel triomphe eft plus glorieux !
Ses appas ont foumis le plus grand Roi du
monde.
B vj
Chaur
2582 MERCURE DE FRANCE .
Choeur.
¿Qu'à vôtre zele tout réponde , &c.
Le grand Choeur.
De leur augufte nom que ce lieu retentiffe .
Que l'Amour à l'Himen s'uniffe
Pour rendre leurs plaiſirs conftans :
Que le Ciel à nos voeux propice,
Fafle naître à leurs yeux mille nouveaux prin
temps.
Par M. Marin de Chavigni de Be
Sançon.
BELILAHLUI
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Evrense
J
le 30 Septembre 1725. par M. L'E.
à M .... au fujer des explications de
l'Epitap' e de Poiffy , inférées dans le
Mercure de France du mois d'Aonft
1725. pages 1748. .1750.
E n'ai reçû , Monfieur , que depuis
deux jours les Mercures de France
que nôtre Libraire fait venir pour nôtre
Pays : vous verrez dans celui du mois
d'Aouft , deux efpeces d'explications ,
qu'on a données à l'Epitaphe de Poiffy ,
infeNOVEMBRE
1725. 2583
inferée dans le 1. volume du mois de
Juin , page 1194. Je croi que vous ferez
bien furpris du Paradoxe qu'on ofe
avancer dans la premiere de ces explications
; fçavoir , que le R. P. Daniel n'étoit
pas obligé parſon projet de faire mention
de la fepulture des enfans de nos Rois.
Je voudrois bien entendre le P. Daniel
lui-même, pour fçavoir, s'il conviendroit
de ce qu'on ofe ainfi avancer. Bien loin ,
Monfieur , de m'imaginer , que le R. P.
ait rejetté , ou méprifé cette Epitaphe
je croi plutôt qu'il n'en a point eu connoiffance.
Pourroit - on trouver dans toutés
les Bibliotheques une Hiftoire , dans
laquelle on ait omis , ou dans laquelle on
ait dû omettre une telle circonftance .
Pourroit-on trouver quelques curieux ,
qui travaillent à l'Hiftoire , ou qui la lifent
, capables de ne pas fe recrier contre
une pareille propofition.
y
Si dans l'Hiftoire des Rois on doit
parler de la naiffance de leurs enfans ,
on doit de même parler de leur mort ,
ce qu'on ne peut pas naturellement
faire , fans parler & de leurs fepultures
& de leurs Epitaphes . Vous fçavez ,
Monfieur , que ce n'eft , pour ainfi
dire , que par les Epitaphes , que
nous connoiffons les anciennes Hif
toires , & Dieu préferve les nouveaux
Hilto
3584 MERCURE DE FRANCE.
> Hiftoriens de les omettre , elles renfer
ment ordinairement , ou elles doivent
renfermer en peu de mots l'Hiftoire des
perfonnes pour lefquelles on les a dref-
Tées. Ce n'eft point mon fentiment particulier
, c'eft celui de tous ceux qui ai¬
ment l'Hiftoire parmi nous , que l'Epitaphe
dont il s'agit ici , devoit fe trouver
dans l'Hiftoire de France compofée par
le P. D. Elle n'y auroit point été étrangere
, & l'obfcurité de cet Epitaphe qui
n'eft point éclaircie par les deux réponfes
inferées dans le Mercure , avoit befoin
d'un genie auffi clair , & aufſi juſte
que celui du P. Daniel , pour nous en
donner une veritable interpretation . Le
P. Anfelme , dit - on , & MM. de Sainte
Marthe , ont rapporté l'Epitaphe. Mais en
ont-ils levé l'obfcurité en ont- ils donné
la conftruction litterale que nous demandons
?
L'Auteur de la premiere réponfe nous
explique deux mots , & nous lui demandons
l'explication de deux vers . L'Auteur
de la feconde ne dit rien du premier
vers de cet Epitaphe , & nous
donne un apparemment dans fon explication
du mot Reliquo , & c'eft l'expli
cation du premier vers que nous fouhaiterions
, avec toute la certitude qu'on
gourroit fubftituer à cet apparemment.
Enfin
NOVEMBRE 1725. 1585
Enfin nous demandons aux Auteurs des
deux Lettres , la grace de defcendre
pour ainfi dire , en fixième , & de nous
y faire regulierement les parties du theme
pour ce qui regarde les deux premiers
vers. Si vous voulez bien , Monfieur
, leur faire part de cette feconde
Lettre , par la même voye que vous leur
avez communiqué la premiere , je vous
ferai infiniment obligé. Je fuis toûjours
vôtre , & c.
Compliment de la France au Roi Stanislas,.
paffant à Troye en Champagne.
B Rulant de te marquer mon reſpect ; m²
tendreffe ,
Sur l'aîle du defir je vole à mon Mentor ,
Grand Prince , dans ces murs tu répands l'al
legreffe ,
La nouvelle Ilium y voit un autre Hector ;
Hector par le courage , auffi grand qu'Hes
roique ,
Tu veux par les bienfaits reffembler à Titus ,
Puifque tu m'as donné dans une fille unique ;
La Religion même , & toutes les vertus .
Par M. de Caux , Contrôleur General des Ga
belles à Troyes,
EX
2586 MERCURE DE FRANCE .
XX:XXXXXXX XXXX :XX
EXTRAIT de diverfes Lettres de Baffe-
Normandie fur un hauffement & baiffement
fubit de la Mer , écrites à M.
Abbé de S. Pierre.
E Vendredi 13. Juillet de cette
Lannée 17 25. vers le troifiéme jour
de la Lune entre fix & fept heures de
l'après- midi , au Port de Flamanville, visà-
vis , & à la vûë des Ifles de Grenezey ,
il arriva un mouvement de la Mer , qui
fut très- furprenant , & qui fut remarqué
le long de la côte , & dans toute la
Baye ou Anfe qui a trois lieuës de large ,
depuis Flamanville jufqu'à Jobour.
Le temps étoit calme , le vent fouffloit
foiblement du Sud-Oueft , la Mer qui
monte dans ces fortes,de Marées fur ce
te côte d'environ dix pieds , avoit déja
commencé à monter depuis trois heures
& demie , lorfque fur les fix heures &
demie , au lieu de continuer à monter
lentement durant trois heures , elle fe retira
tout d'un coup d'environ cinq pieds
de hauteur , & en moins d'un demi quart
d'heure revint fur les pas , & monta à
T'endroit qu'elle venoit de quitter , nonfeulement
cinq pieds plus haut , & à
Pea
&
NOVEMBRE, 1725. 2587
l'endroit où elle étoit venue dans fa grande
hauteur de la Marée précedente , mais
encore cinq pieds plus haut , c'eft - à -dire
plus de 15. pieds en tout , & puis en un
demi quart d'heure elle baiffa & redef
cendit promptement au point où elle étoit
lorfqu'elle defcendit fi promptement la
premiere fois , au lieu de continuer à
monter .
Enfin à fept heures elle continua à
monter à fon ordinaire environ durant
deux heures & demie , & il ne parut
plus rien d'extraordinaire dans fon flux
& reflux les jours fuivans .
Ce qui eft de fingulier , c'eft que l'on
affure que ce baiffement & cette crue fi
fenfible de la Mer ne s'eft point fait fentir
, ni fur la côte de Cherbourg qui n'eft
qu'à neuf ou dix lieues par Mer , à la
droite de Flamanville , ni à Carteret ,
qui eft à la gauche à fix lieuës , ni même
au Rofel , qui n'en eft pas éloigné de trois
lieuës.
Réflexions.
Ce baiffement & ce hauffement de la
Mer reffemble à celui qui eft arrivé au
Port de Marſeille le 29. Juin 14. jours
auparavant , le R. Pere Caftel ; Jefuite ,
foutient que ces baiffemens & ces hauffemens
font fort frequens le long des côtes
de
2588 MERCURE DE FRANCE.
de Languedoc , & que ceux qui frequen
tent le bord de la Mer y font tous accoutumez
; mais la chofe a paru nouvelle en'
Normandie ; il eft vrai que de vieux habitans
de Cherbourg fe fouviennent d'avoir
oui dire , étant jeunes, à leurs vieux
grands peres qu'ils avoient vu un évenement
pareil à Cherbourg , vers le temps
qu'il y avoit de la pefte , & cette pefte y
vint vers 1624.
A fon Alteffe ferenifime Mademoiselle
de Clermont.
DAignerez-vous , Princeffe , offrir à nôtre
Mon zele , mes refpects , & les fruits de ma
veine ?
Un Poëte guerrier vous implore aujourd'hui
Accordez à du V.... un genereux appui ;
Pour l'obtenir , Princeffe , il ofe ici vous dire ,
Ce qu'à tous les mortels vôtre preſence in
ſpire ;
Qui comme vous aux Dieux eft ſemblable en
beauté ,
Doit fe faire un plaifir d'imiter leur bonté.
A
NOVEMBRE 1725. 2589
A LA REINE.
Difciple du Dieu de la Lyre ,
Rangé fous les drapeaux de Mars ,
Pour ces vers que la gloire infpire ,
Reine , j'implore vos regards ,
Je veux , utile a ma patrie ,
Minftruire dans l'art des Guerriers
Pour mon Roi prodigu / r ma vie ,
Tâcher d'unir les deux Lauriers.
Par un Brevet de Capitaine ,
Seront accomplis tous mes voeux;
Je crois l'obtenir d'une Reine ,
Qui regne pour nous rendre heureux.
En ce jour d'un Monarque aimable ,
Vôtre Hymen comble les fouhaits ;
Quel moment fut plus favorable !
Quel temps plus propre à vos bienfaits *
Par M. B. D ....
T
LET
2590 MERCURE DE FRANCE :
XXX:XXXXXXXXX :XXX
LETTRE écrite par M. le B ………..
Sou-Chantre de l'Eglife d'Auxerre , à
M. De la R. fur l'origine du nom d' Armand.
' Ai fait attention , Monfieur , à la
J'queftion qui a été propofée dans le
fecond volume du Mercure de Juin de
l'année préfente , touchant le nom d'Armand
, què plufieurs grands hommes ont
porté : l'un des plus connus dans l'Eglife
après le Cardinal de Richelieu , eſt à
mon avis le fameux Reformateur de l'Abbaye
de la Trappe. Il ne feroit peut - être
pas impoffible de fçavoir envers quel
S. cet Abbé avoit une dévotion particuliere
, ni quel étoit celui qu'il regardoit
comme fon Patron . Il pouvoit avoir eu
fur ce Saint des connoiffances auxquelles
il nous feroit difficile de parvenir : il y
étoit plus intereffé que nous. Et quoique
je ne croye pas que fes grandes occupations
lui ayent permis de ramaffer fur
fon Saint Patron un volume in folio ;
comme a fait M. Du Sauffay Evêque de
Toul , fur Saint André , dont il portoit
le nom ; ( a ) il pourroit fe faire cepen-
(a) Ce volume eft intitulé : La Gloire de fains
André.
dant
NOVEMBRE. 1725. 2591
dant qu'il auroit recueilli fur S. Armand
quelques remarques dignes d'être mifes
en luiniere, & qui fatisferoient tout d'un
coup la curiofité de ceux qui ont fait propofer
la queſtion .
Mais à bien prendre cette queſtion
je vois qu'il ne s'agit pas de fçavoir quel
jour de l'année eft la Fête de S. Armand.
On convient affez qu'il n'y a pas eu de
Saint de ce nom , puifqu'on dit qu'aucun
Martyrologe ni Calendrier n'en a jamais
fait mention . On tombe auffi d'accord ,
qu'il ne faut point aller chercher ce nom
dans l'antiquité Payenne. Il y a cela dè
different entre ce nom & plufieurs autres
, qui quoique portez par des Chrétiens
, ne tirent cependant leur origine
que du Paganifme : tels que font ceux
d'Hector & de Scipion , &c. L'Antiquité
Payenne ne fourniffant rien fur le nom,
d'Armandus ; ce nom même étant d'un
ufage affez recent parmi les Chétiens , je
fuis porté à croire que c'eft un des noms
úfitez anciennement parmi les Chrétiens ,
& que la fuite des temps a rendu méconnoiffable
,, par les Lettres qu'on y a changé
ou tranfpofé.
Il eft certain que ce n'eft pas dans tousles
temps qu'on a obligé les Chrétiens à
porter le nom d'un Saint canonifé . Les
Rituels où l'on voit des Liftes de noms
de
2592 MERCURE DE FRANCE .
de Saints qu'on pourra donner au Baptême
ne font pas d'une antiquité bien reculée.
Il étoit feulement recommandé
parmi les Chrétiens , de ne donner à
leurs enfans que des noms reçus dans le
Chriftianifme ; chez les Grecs , par exemple
, on fe faifoit un devoir de donner
les noms des Martyrs ( a ) & en plufieurs
endroits de l'Orient c'étoit les noms
des Apôtres qu'on prenoit par refpect
& par dévotion envers eux . (b) Mais auffi
ailleurs , fur tout dans le moyen âge ,
on fe contentoit de s'attacher au nom
d'une perfonne de diftinction de la même,
famille. Quoique cette coutûme eût été
blâmée par S. Jean Chryfoftome (c ) elle
eut cependant cours en Occident ; & c'est
delà que nous font venus ces noms d'Annibal
, Palamedes & autres femblables .
Le nom d'Armand pourroit être venu
par un femblable canal , fans avoir été
un nom de remarque chez les Payens . Il
paroît avoir été en ufage indifferemment
chez les Chrétiens du Nord.ll a dû en effet
être écrit originairement Arthmannus &
même avec une afpiration , Harthman-
(a )Theodoret. Serm . 8. de Græcar. affect,
curationibus .
(6 ) Eufeb lib . 7. Hift. c . 25. Nicephor.
Hift . lib. 6. C 22 .
(c) Chryfoft. Hom. 21. in Genefim .
nus :
NOVEMBRE 1725.
2593
nus : & c'eſt abufivement , qu'en francifant
ce nom on eft venu à l'écrire Armandus
& à le prononcer de même. Il
fuffira de vous rapporter 1 - deffus un
exemple qui fera fenfible : c'est celui du
mot Norman. Quoiqu'aujourd'hui on foit
très informé qu'il faudroit écrire Northmannus
ou Nordmannus , cela n'empê
che pas qu'il ne foit vrai qu'on a limé
ce nom à un tel point , qu'on écrit en
François , Normand : de forte qu'in fenfiblement
on pourra bien dire un jour
en latin Normandus . Il n'y a plus qu'un
petit pas à faire pour y parvenir , &
après cela la parité fera entiere. Si l'on
n'a pas encore fi fort innové fur le terme
de Norman que fur celui d'Arman
c'est parce que les Hiftoriens originaux
qui traitent des Normans font perpetuellement
fous les yeux des Lecteurs
ce qui fait qu'on fe tranfmet de l'un à
l'autre le terme Northmannus . Mais com
me le nom d'Harthman ne fe trouve pas
fi communément fous la vue & qu'il a
quelque rapport avec le gerondif d'un
verbe latin , on s'eft accoutumé plus facilement
à l'écrire fans les deux afpirations
ni fans mettre de tou de dau milieu,
parce que ces lettres étant ainfi placées
font plus convenables à la prononciation
Teutonique ou Germanique : & comme
les
2594 MERCURE DE FRANCE:
les lettres terminales d'un nom fe pren
nent fouvent fur le modele d'un autre
nom , il peut fe faire qu'on a ajoûté un
d au nom d'Arman , par imitation du mot
de Normand où cette lettre eft de fur- `
croit ; & qu'enfuite l'on ait formé le
nom latin Armandus fur le françois Ar
mand , qui n'eft que celui d'Harthmán
addouci & déchargé de fon Teutonifine .
Vous ferez tel ufage qu'il vous plaira
de ma conjecture. Ce que je fçai sûrement
, c'est qu'il y a eu des Harihmannus
dans l'antiquité ; rien n'étoit plus com
mun autrefois en Allemagne que ce nom,
On y a vû au X. & XI. fiecles des Abbez
d'Ebersheim , de Tuitz , de Saint-
Gal qui le portoient . Un autre Hartman
étoit Doyen de l'Abbaye d'Einfidlen
, dite aujourd'hui Notre Dame des
Ermites ou de l'Ermitage , proche le lac
de Zurich , lorfqu'il fut élevé à l'Evêché
de Coire au pays des Grifons. Il fe
nommoit Hartman de Planterre . Ce fut
lui que l'Empereur Conrad envoya l'an
1028. en France , d'où il remporta en
paffant par Auxerre une partie du Chef
de notre S. Juft , enfant martyr , fur lequel
il y a tant eu de conteftations , &
qui le donna enfuite à cette Abbaye
d'Einfidlen . Ce fait eft rapporté par un
Moine de la même Abbaye , qui fe nommoit
NOVEMBRE 1725. 2595
& noit Chriftophorus - Hartmannus ,
que M. Chaſtelain dans fa Note ſur faint
Meinrad au xxI . Janvier appelle Chrif
tophe- Armand . Il y a auffi eu un Saint IÍ
Evêque de ce nom plus avant dans l'Allemagne.
C'eſt S. Hartman , Chanoine Regulier
& Prevôt de Neubourg fur le
Danube , puis Evêque de Brixen , qui
mourut au Tirol l'an 1142. le 23. Decembre.
Vous pouvez confulter là- deffus
Bucelin dans fon Germania Sacra.
Au refte le retranchement des deux
afpirations dans le mot Harthmannus , ne
doit furprendre perfonne. Les Latins ſe
font accoutumez il y a long- temps à retrancher
les afpirations dans une infinité
de mots , tant dans ceux qui viennent
de l'Hebreu comme Halleluia , Johannes,
que dans d'autres , comme Hadrianus ,
Helladius & femblables . Le changement
de la lettre n en d , lorfqu'il y a double
nn dans un mot , ne doit pas non plus
paffer pour nouveau , ni être regardé
comme particulier aux mots Normand &
Armand. On peut faire la même attention
fur celui de Bertrand , qui primitivement
étoit écrit , Bertichramnus & Berzichrannus
, qui enfuite a été écrit Bertramnus
& Bertrannus , puis Bertrandus.
Si on remonte juſqu'au ſeptiéme fiecle ,
où ces noms Teutoniques commencerent
C à
# 596 MERCURE DE FRANCE.
à être fort communs dans le Chriftianif
me , on trouve un S. Bertran , Archidiacre
de Paris , qui mourut Evêque du
Mans l'an 623. dont le vrai nom étoit
Bertichramnus. Qu'on cherche enfuite
ceux qui portoient le même nom au douziéme
fiecle , on trouvera qu'ils fignoient
Bertrandus. C'est ainsi qu'en l'efpace de
cinq fiecles les noms ont été changez , &
que la rudeffe de ceux qui étoient Teutoniques
s'eft vû adoucie. Un Saint Archidiacre
de Toulouſe qui mourut Evêde
Comminges vers l'an 1125. fe
nommoit Bertranius.
que
Je pense que la vraie époque de la
nailfance du nom d'Armand dans le Chrif
tianifme eft auffi du feptiéme fiecle ou
environ. Ce fut vers ce temps- là que la
Foi fe répandant de plus en plus dans les
pays Septentrionaux , les noms Teutoniques
fi rudes & fi barbares dans leur
prononciation originale , commencerent
à l'emporter, au moins en France , fur les
noms Latins ou Grecs . Si l'on veut fe
donner la peine de confulter les Hiftoriens
de ces temps- là , & même les veritables
Catalogues des Evêques du 7.
fiecle , on s'appercevra de la verité de ce
que je dis. Entre les quarante Evêques
de France , ou environ , qui aflifterent au
Concile de Rheims vers l'an 625. on
en
J
NOVEMBRE 1725.
2597
en compte au moins vingt- cinq dont les
noms font Teutoniques. Ce font des Modoald
, Cagnoald , Childoald , des Bertergifile
, Villegible , des Chunibert ; des
Leudebert , des Ragnobert. (4) Auffi les ,
fçavans Agiographes nous apprennent
que dès-là que le nom d'un Saint Evêque
, par exemple , ou d'un autre Chrétien
illuftre eft reconnu Teutonique , il
faut fe donner de garde de croire qu'il
ait vêcu dans les premiers fiecles , à
moins qu'on n'ait un titre autre que la
tradition populaire , un titre pofitif &
réel qui puiffe faire une exception formelle.
Ils ont fait l'application de ce principe
fur beaucoup de Saints , dont les
noms finiffent en aldus , ardus , bertus ,
& en particulier fur ceux qui ont porté
le nom d'Eodald , Agard , Aglibert , &
fur celui de Ragnobert , qui n'est qu'un
premier adouciffement de Rachnobert , &
ils ont fait remarquer avec foin , que lorf
que des noms Teutoniques , encore plus
adoucis & plus limez par l'ufage que ne
le font ceux que je viens de rapporter ,
(a) Floboard , Hift lib . 2. cap . 10 Les Evêques
de Tréves & de Langres s'appelloient
tous deux Modoald. Les fieges des autres Evêques
nommez cy - deffus font , Laon , Avranches
, Chartres , Toulouse , Cologne , Paris ,
Bayeux.
C ij fe
1598 MERCURE DE FRANCE.
fe trouvent placez dans des temps anterieurs
, aux irruptions des Barbares dans
les Gaules , il ne faut faire aucun fond
fur de telles autoritez ; mais les regarder
au moins comme très - fufpectes , & trèsfujettes
à caution . Je fuis , Monfieur ,
&c.
A Auxerre , ce 21. Aoust 1725.
******************
綠茶
S
A LA JEUNE IRIS.
Ans vous , j'euffe laiffé dans un profond
-oubli
Mon trifte ouvrage enfeveli :
C'étoit mon intereſt que loin de la lumiere ,
Il fut caché dans la pouffiere.
Devois-je , jeune Iris , efperer quelqu'honneur
,
En produifant mes vers aux yeux de mon
vainqueur ?
Mais vous me l'ordonnez , en faut-il davan
age ?
Je vous les donne avec mon coeur.
Je n'oferois.cn leur faveur
Vous demander vôtre fuffrage >
Lifez les feulement , & voilà leur bonheur...
Quoi !
NOVEMBRE 1725. 2599
Quoi ! finirois - je ici ? non , je ne puis me taire,
Je vous veux , belle Itis , découvrir un myftere,
Que jufqu'ici vous ont caché les Dieux ,
Ils vous firent , Iris , pour charmer tous les
yeux.
Que les ris , les plaiſirs , les graces , la jeunelle
,
Les jeux , & les amours fuivent vos pas fans
ceffe :
Croiffez , & vous verrez mille amans affidus ,
Venir accompagnez de la délicateffe ,
Adorer vos appas , & loüer vos vertus.
akakakakakakakakakak
Le Progrès de l'Aftronomie fous le Regne
par la protection de Louis le Grand.
ن م
POEME AU ROY.
A Nimé du beau feu qui dans mon fein
s'allume ,
Pour parler de mon Roi je prends en main la
plume ;
Je ne fçai point loüer , mais je fens dans mon
coeur ,
Pour dire fes vertus une fi belle ardeur ,
Que j'ofe me flater que d'un fujet fidele ,
C iij
Un
2600 MERCURE DE FRANCE .
U. Roi digne de l'être , approuvera le zele
Louis , die he tier du Trône des François ,
Qu'on eft tranquille , heureux , fous tes aimae
bles loix !
Tes peuples pene rez d'une amour infinie ,
Font des voeux éternels pour conferver ta vie.
Qui peut mieux publier d'un Prince adolefcent
,
La vertu , la ca deur , l'air doux & careffant ,
Que de voir fes fujets , embrafiz de tendroffe ,
Mêler toûjours fon nom dans leurs chants
d'allogr.ffe ?
Une durable paix par tes foins glorieux , 1
Met à l'abri nos jours , & nos biens précieux
Fait fleurirtous les Arts & toutes les Sciences,
D'un regne fortuné brillantes influences ,
Et les troubles confus de la Religion
Se calment pour jamais par ton attention.
Que tu fuis bien les pas du plus grand de nos
Princes ,
Qui dans tes jeunes mains dépofa fes Pros
vinces !
Que fa gloire eut d'éclat , que fon regne fut
beau ,
Mufes , chantez encore au pied de fon tombeau.
Grand Roi, dont le nom feul faifoit trembler
la terre
Louis ,
NOVEMBRE 1725 . 2601
Louis , que le Ciel même arma de fon tons
nerre ,
Permets que je retrace aux yeux de l'Univers ,
De tes genereux foins les monumens divers .
Durant le cours heureux de ta brillante vie ,
Tu fus également pere de la patrie ,
Et zelé protecteur des Lettres & des Arts ,
D'un Monarque parfait illuftres étendarts
Non loin des riches bords où la paifible Seine
Apperçoit les Palais de la nouvelle Athéne ,
S'éleve un édifice , oùs'obfervent toûjours ,
Des aftres lumineux l'inconftance & le cours
C'eft-là que de fçavans une troupe choifie ,
Par taprotection fit dans l'Aftronomie ,
Des progrès fi fameux que dans l'antiquité
Ce qui fut découvert a perdu fa clarté.
Les uns du vaſte globe , ou par la Renommée
Ton éclatante gloire en tous lieux fut femée :
Après mille travaux dignes d'un nom facré ,
Firent de fa mefure un calcul affuré.
Par cet heureux fuccès la terre mieux connue
N'offre plus à nos fens une immenſe étenduë ;
Il n'eft Ville , ni Bourg , Mer , Riviere , ni Port,
Que le papier à l'oeil ne prefente d'abord.
C iiij
Er
?
2602 MERCURE DE FRANCE :
Et nos Vaiffeaux fendant le vafte fein des
ondes ,
Semblent vouloir aller chercher de nouveaux
monies ;
Non , il n'est plus pour eux d'inacceffibles
bords ,
Ils reviennent chargez des plus riches tréſors.
Il en eft qui des airs raprochant les limites ,
De Saturne ont trouvé l'Anneau , les Satelites.
La Comete autrefois qui jettoit dans les coeurs,
Par fon terrible afpect tant de vaines terreurs
Qu'on croyoit préfager toujours quelques
defaltres ,
Fut reconnue alors & mife au rang des aftres
Qui parcourant les airs au hazard & fans loix,
A nos timides yeux fe montrent quelquefois.
Pour perfectionner cette utile Science ,
Et donner plus d'éclat à ta magnificence ,
Par tes ordres , grand Roi , pour obferver les
Cieux ,
On vit chez 1 Etranger des Sçavans en cent
lieux .
Chafte fille du Ciel , divine Aftronomie ,
Que d'auguftes Heros t'ont tendrement cherie !
Mais malgré leur amour ou leur fçavante ardeur
,
£' eſt au fameux Louis que tu dois ta fplendeur.
Oui ,
NOVEMBRE 1725. 2603
Oui , Prince genereux , on faifoit des conquêtes
,
Sur ces globes brillans qui roulent fur nos
tetes ,
Tandis que ta valeur dans les fanglants com
bats ,
Faifoit tout fuccomber fous l'effort de ton
bras.
Le Ciel nous l'a ravi cet augufte Monarque;
Mais du moins fes hauts faits font exempts de
la Parque.
Onparlera toûjours des travaux inoüis ,
Qui furent achevez par les foins de Lours.
Un charme fans égal vient faifir nos entrailles ,
A l'afpect éclatant du Château de Verſailles ;
Jamais rien de fi beau ne vint frapper les yeux,
Ce fuperbe Palais femble fait pour les Dieux ,
Quel noble monument de tes vertus folides
Que le pompeux azile offert aux Invalides !
Que ce Temple nous montre une riche ſplen--
deur
Qu'il parle éloquemment de toute ta ' gran
deur !
Ce ne fut pas affez que ton amour de pere ,.
Au Solat mutilé donna le necellaire ,
La noble ambition reglant tous tes bienfaits ,,
C Von-
!
2604 MERCURE DE FRANCE.
-
Voulut qu'il fut logé dans un vafte Palais.
On étoit effrayé d'une inteftine guerre ,
Qui du fang le plus pur faifoit rougir la terre:
Mais tu fçûs mettre fin à ce defordre affreux
Profcrivant les Duels par un Edit fameux ;
Monarque fans pareil , tes grandes deftinées ,
Au bien de tes fujets ne furent pas bornées ;
Les Rois perfecutez , chaffez de leurs Etats ,
Trouverent à ta Cour un deftin plein d'appasa
Tu fus le ferme appui de la fainte Juſtice,
Et l'ennemi terrible & du crime & du vice ;
Mais pour payer tes foins fur l'empire des lys..
Le Ciel te fait regner dans un autre Loüis ..
Priere pour le Roi.
Auteur de la belle lumiere ,
Qui haque jour frappe nos yeux ,
Sois , ô mon Dieu , fenfible à ma priere , ›
Ecoute- la du haut des Cieux ,
Conferve des François le précieux Monarque , ..
Fai que des jours fi beaux bravent long - temps
·la Parque ,
Les ardens fouhaits que je fais , -
Sont ceux que font tous fes fujets.
Beari: qui cuftodiunt judicium & faciunz
Juftitiam in tempore ! Pf. 10s. V. 3 .
EX
NOVEMBRE. 1725. 2605
EXTRAIT d'une Lettre écrite le 2
Octobre 1725. aux Auteurs du Mercu
re , par M. Duhan , Curé de S. Andre
de Chartres.
O
N trouva dernierement dans mon
Eglife , en faisant l'ouverture d'un
caveau , fept corps très- fains , & trèsentiers.
De ces corps , il y en avoit quatre
d'hommes , deux de femmes , & unt
d'un enfant d'environ de trois ans. Il y
en avoit un entr'autres , mort depuis cinquante
ans , dont les traits fe font fi
bien confervez , qu'il fut auffi tôt reconnu
par les anciens Bourgeois de cette:
Ville , fon bras droit étoit ceint d'une
bandelette , fous laquelle on remarqua
la piqueure d'une lancette , qui étoit
auffi fraîche , que fi elle eut été faite dans
la journée.
Si par le moyen de vôtre Journal,
Meffieurs , vous vouliez bien nous procurer
les fentimens des Phyficiens für cet
fujet , cela nous feroit beaucoup de plai
fir . Il eft bon là- deffus de vous dire que"
ce caveau eft fitué dans l'épaifleur d'une
arche immenfe , qui embraffe toute la
Riviere d'Eure , & fur laquelle eft bâti
Cvj le:
2606 MERCURE DE FRANCE.
le Choeur de l'Eglife de S. André , ma
Paroifle , ouvrage , qui pour le dire en
paffant , à caufe de fa fingularité , & de
Ia hardieffe de l'execution , fait l'admiration
des Etrangers ; enforte que M. de
Vauban en rendant compte au feu Roi
des chofes les plus rares qu'il avoit vûës ,
en faifant le voyage de France , par ordre
de S. M. ne pût s'empêcher de mettre
ce bâtiment au rang des merveilles du
Royaume.
SONNET fur les Bouts -rime , donnez
au mois d'Aouft 1724.
MAint exageratif des bords de la Garonne's
Préfere fon Domaine à tout l'or du Perou,
Nous vante fon Château retraite de Hibou,
Et fes nobles ayeuls foutiens de la Couronne .
On n'époufa chez lui que Marquife ou Ba
ronne,
A tout autre on auroit crié d'abord Houbou ,
Dans un long verbiage il parle comme un
Fou ,
Et fe croit plus fçavant qu'un Docteur de
Sorbonne.
La.
NOVEMBRE 1725 2607
La raison de cela c'eſt qu'il à lû
Feuilleté tous les ans un nouvel
Balzac
Almanach •
Voilà ce qui le rend bien plus fier qu'un Miniftre
Monté fur fon bidet & pouffif & Ragot s
Portant derriere lui fes hardes en
Fagot
Il est hardi , galant , & craffeux comme un
Cuiftre
M. de R. Chevalier de Malthe
Nous employons la Piece qui fuit avec
d'autant plus de plaifir & de juftice , que
c'eft l'unique qu'on ait bien voulu nous
envoyer de Provence , fur l'augufte Mariage
qui en fait le fujet.
Réjouiffances faites à Pelifane , en Pro
vence, au fujet du Mariage du Roi..
Lettre écrite d'Arles le 10. Octobre
1725 .
J
E vous envoye , Meffieurs , une Relation
qui merite d'avoir une place
dans votre Journal. La chofe ne demanderoit
point d'attention fi elle s'étoit paffée
dans quelque Ville confiderable ,
mais la petiteffe du lieu lui donne du
prix.
2608 MERCURE DE FRANCE.
prix. En paffant près d'un Bourg de Provence
nommé Peliffane , qui n'eft pas
éloigné de la route d'Aix à Toulouſe
environ fur les fix à fept heures du ſoir ,
je vis un feu qui me parut d'abord être
dans le Ciel , & qui augmentoit confiderablement
à mefure que je continuois
mon chemin ; ce qui me fit juger que
de feu devoit être fur quelque montagne
voifine , je n'y faifois prefque plus d'attention
lorfque j'entendis un bruit comme
de quelques coups tirez , & je vis
des feux en l'air , qui me firent comprendre
qu'il y avoit quelque Fête dans
Je lieu. Je fentis naître en moi la curio
fité de la voir , quoique je m'écartaffe de
ma route. En m'approchant du Bourg je
vis que le feu qui avoit excité ma pre--
miere curiofité , étoit une grande illumination
, & fort bien entenduë , qu'on
avoit faite à la tour du Clocher , & en entrant
dans le Bourg j'entendis un bruit
de tambours , & d'autres inftrumens ,.
mêlez avec des cris de vive le Roi & la
Reine qui faifoient retentir l'air agréablement.
Je ne doutai plus alors que ce
ne fut- là la fuite de la Fête que l'on ce
lebroit au fujet du Mariage du Roi . Je
m'avançai vers une place où je voyois un
grand monde affemblé . Il y avoit au milieu
un feu de joye fort élevé , orné de
bandeNOVEMBRE
1725 2609
banderoles de diverfes couleurs , & d'autres
embelliffemens bien entendus , à travers
plufieurs rangs d'arbres , qui fembloient
avoir été plantez à cette occafion.
Le portail de l'Hôtel de Ville , devant
lequel ce feu étoit placé , formoit un arc
de triomphe parfaitement bien imaginé s
quatre colomnes ornées avec beaucoup
d'art , mais où il y avoit plus de propreté
que de magnificence , foutenoient un balcon
où l'on avoit placé les portraits du
Roi & de la Reine. On lifoit cette Infcription
, & ces vers au- deſſous :
A LA MEMOIRE PERPETUELLE DU MAJRIAGE
DE LOUIS XV. ROY DE FRAN
CE , AVEC MARIE , PRINCESSE DE PO
LOGNE ...
France de ton bonheur voici l'heureux préfage
,.
Ce couple glorieux de fplendeur revêtu ,
Des plus beaux dons du Ciel fait briller l'af
'femblage ,
Et la gloire en ce jour couronne la vertu.
A peine eus -je achevé de lire'ces verst
que je vis arriver les Magiftrats du lieu,
précedez de quelques foldats fous les ar--
mes , des Tambours , & d'autres inftrumens.
Ils étoient au nombre de fix , portant
de grands flambeaux de cire blanche
allumez.
1610 MERCURE DE FRANCE.
*
?
ils
allumez. Les Confuls en chaperon , s'ap
procherent du feu avec beaucoup de dignité
; & après en avoir fait le tour ,
l'allumerent au bruit redoublé des boëtes ,
au fon des inftrumens , & aux cris de vive
lé Roi , tout cela dans un fi bel ordre ,
& fi peu de confufion , que j'en étois furpris
dans un lieu tel que celui - là . Je
croyois la fête achevée , lorfqu'un nouveau
bruit m'ayant obligé de tourner la
tête du côté d'où il venoit , je vis paroître
une clarté dont je ne m'étois pas apperçû
; c'étoit une efpece de couronne de
fer , à trois cercles , à ce que j'en pus
juger dans l'éloignement , car elle étoit
fufpendue au haut de la tour de l'Horlo .
ge : elle étoit garnie d'une grande quantité
de bougies , & j'en vis fortir à l'inftant
un nombre infini d'artifice de toute
efpece , qui me cauferent une furpriſe
d'autant plus agréable , que je m'y atten
dois moins. Je paffai tout le temps que la
Fête dura encore à admirer le zele , &
l'amour que ce pauvre peuple faifoit paroître
pour le Roi dans cette occafion.
Ces réflexions & la clarté extraordinaire
de l'illumination qui étoit.fort belle , me
jetterent dans une agréable rêverie , &
mon Apollon m'infpira dans ce moment
les vers qui finiront ma narration ..
Le
NOVEMBRE 1725. 2611
Le Soleil retiré dans l'onde ,
Avoit cedé la place à fon aimable foeur ,
Et du foin d'éclairer le monde ,
Il alloit lui ceder l'honneur :
Quand on vit tout à coup une flâme nowvelle
,
Chaffer les ombres de la nuit ,
Et répandre dans l'air une clarté plus belle ,
Que celle que l'on voit quand cet aſtre nous
luit.
LOUIS, pour celebrer ton illuftre Hymenée ,
Qui doit rendre à jamais la France fortunée ;
Et confondre tes envieux ,
Le zele de ton peuple éclate en ces beaux
lieux ;
Et lorfque la nature à ſes voeux ſe refuſe ,
A ta gloire , grand Roi , ravi de prendre part₂
Par une ingenieuſe ruſe
Il cherche le fecours de l'art
LET
2612 MERCURE DE FRANCE.
L1ETTRE écrite par M. Des R. à
M. D. L. R. de Pera lez Conftantinople
, le 15. Avril 1725 .
Suite d'un Journal de Confininople pour
le mois de Mars dernier.
L
E 6. Mars vers les huit heures du
foir M. le Comte de Collier , Ainbailadeur
de Hollande à la Porte , mou
rut à Pera dans fa 69. année , après trois
jours feulement de maladie.
La famille du défunt , fuivant l'ufage
de Hollande , où l'on garde ordinaire
men. les corps morts trois jours , & pour
avoir auffi le temps de préparer les obfe.
ques , les fixa au neuf du même mois.
Vers les trois heures après- midi de ce
jour , la plupart de ceux qui avoient été
priez d'affifter au Convoi , fe sendirent
en fon Palais , où ils trouverent d'un
côté fa Maiſon affligée , & d'un autre
côté une table couverte de biſcuits , de
vin & de liqueurs pour ceux qui voulurent
fe rafraîchir ; outre cela les Domeftiques
de la Maifon , prefenterent à chacun
des affiftans une orange , dans la
quelle étoit plantée une petite branche
de
NOVEMBRE. 1725. 26.13
de romarin , pour à porter a l'Enterrement
, fuivan: la coutume , pour garentin
de la mauvaile odeur.
Qand tout le cortege fut affemblé
`on fe init en marche de la maniere qu'on
va le dire.
Comme la Nation Hollandoife vouloit
faire tout l'honneur de la ceremonie à
l'Ambaffadeur d'Angleterre , fous la protection
duquel elle eft mife depuis peu ,
en attendant les ordres des Etats Generaux
, la Maifon de l'Ambaffadeur d'Angleterre
commença à marcher fur deux
files , précedée par deux Janiflaires , que
fuivoient un Ecuyer , douze Valets - de-
Pied , quatre Valets de- Chambre , quatre
Drogmans , le Chancelier de la Na
tion d'Hollande à la droite , & le Secretaire
à la gauche , ayant chacun derriere foi
un Valet- de-Pied de la livrée du défunt
Après venoit la Maiſon de l'Ambaffadeur
de Venife marchant dans le même
ordre. Enfuite parurent les gens de M.
Dierling , Réfident de l'Empereur ; fçavoir,
quatre Janiffaires , huit Valets-de
Pied , & huit Enfans de Langue , ou
Drogmans ; & enfin ceux qu'envoya le
premier Drogman de la Porte. Tout cela
étoit fuivi immediatement de la Maiſon
du défunt & du reste du Convoi en cet
ordre .
>
Qua
Г
2614 MERCURE DE FRANCE.
Quatre Janiffaires avec leur habillement
ordinaire , & leurs Teskerets , ou
grands bonnets de ceremonie ; un Ecuyer
& fix Valets - de - Pied , habillez de deuil
& en longues robes ; trois Chevaux couverts
de grandes houfles de drap noir
fur lefquelles étoient des armoiries de
chaque côté ; un Valet - de- Chambre , un
Miniftre , un Secretaire , & enfin le cer
cueil que portoient fur leurs épaules huit
domestiques . Ce cercueil pofé fur un
brancard , étoit couvert d'un poifle , ou
drap mortuaire fort ample , élevé de neuf
à dix pieds de haut par des cerceaux qui
le foutenoient ; les extrêmitez en étoient
tenues par douze perfonnes , & il y avoit
deffus, aux quatre coins , les armoiries du
défunt .
Toute la marche fut terminée par fept
ou huit perfonnes de la famille en grand
deuil , & par une nombreuſe foule de
Grecs , d'Armeniens , de Turcs , & d'autres
Nations , que la curiofité , malgré le
mauvais temps , & l'éloignement du Cimetiere
dans la campagne , au- delà de
Pèra , fit fuivre la Pompe funebre.
A l'entrée du Cimetiere , le Miniftre
& les perfonnes du deuil fe découvrirent
, & le mirent à pfalmodier lentement
jufques à la foffe , qui étoit profonde
, & revêtuë de brique , tant au
fond
NOVEMBRE 1725. 2615
fond qu'aux quatre côtez . Après qu'on y
eut defcendu le corps , le Miniftre continua
encore la Pfalmodie pendant une demie
heure ; enfuite dequoi on rompit le
brancard , & les cerceaux qui avoient
fervi à
porter le cercueil & le roifle ; on
en jetta les morceaux fur la bierre , chacun
y jetta de même fon orange & fon
romarin ; on combla la foffe de terre
jufques au haut des petits murs de brique
, fur lefquels on pofa des madriers
ou pieces de bois , que l'on couvrit auffi
de terre , en attendant qu'on éleve deſſus
le Mautolée qui a été projetté ; après
quoi tout le monde fe retira fans obferver
d'ordre ni de rang .
Le Comte de Collier , au refte , étoit
un homme plein d'efprit , & qui connoiffoit
parfaitement cette Cour , poffedant
la plupart des differentes langues qui
font ici en ufage. Il nâquit en Hollande ,
& n'avoit que dix ans lorfqu'il vint à
Conftantinople avec fon pere , que les
Etats Generaux y envoyerent d'abord en
qualité de leur Réfident à la Porte , &
qu'ils revêtirent enfuite du caractere
d'Ambaffadeur , avec lequel il mourut il
y a plus de cinquante ans .
M. de Collier dont il eſt ici queſtion ,
* La Relation de fon Voyage fut imprimée
à Paris en 1672. traduite du Flamand.
étoit
2616 MERCURE DE FRANCE.
étoit alors Secretaire de l'Ambaſſade , &
peu de temps après ayant été ( comme fon
pere ) honnoré de la Dignité d'Ambaſadeur
, il s'en eft toûjours acquité avec
beaucoup de diftinction . Entre plufieurs
negociations importantes il fit paroître fa
capacité à la paix de Carlowitz . L'Empereur
le fit alors Comte de l'Empire , &
lui envoya fon portrait enrichi de diamans.
Les Colliers font originaires d'Ecoffe
, & d'une branche de la grande Maifon
de Robertfon , dont ils n'ont quitté
le nom que par un évenement fingulier ,
que je me difpenfe de rapporter pour
être plus court.
Le 7. du même mois de Mars on eut
avis des Dardanelles , que les Vaiffeaux
du Roi qui reportoient M. le Marquis
de Bonnac en France , ne s'y arrêterent
point , M. de Beauquaire qui les commandoit,
voulant profiter du vent qui étoit
affez favorable ; & que quand les Vaiffeaux
pafferent devant les Châteaux ,
ceux - ci les faluerent les premiers.
Le 12. qui fuivant la fupputation du
vieux ftile , eft le premier du mois pour
les Grecs , les rues de Galata & de Pera
furent couvertes des débris de la terraille
ou vaiffelle de terre , qu'on y jetta le foir
par les fenêtres & par les portes , chacun
caffant fes pots , cruches , terrines ,
affiettes ,
NOVEMBRE 1725.
2617
affiettes , &c. pour les renouveller le
Tendemain : cet ufage dont le fondement
eft plus aifé à deviner que l'époque, a ſans
doute
commencé d'abord par un principe
de propreté , auquel la
fuperftition s'eft
jointe dans la fuite : les Grecs qui l'obfervent
religieufement ,
témoignent nonfeulement
la joye qu'il ont du retour du
Printemps , que leur annonce le mois de
Mars ; mais ils croyent encore fe déli
vrer par là de tous les infectes domeftiques
, qui les
incommodent fi fort durant
les chaleurs de l'Eté , puces , punaifes ,
rats , fouris , & c. Ils chantent plufieurs
couplets , qui expriment les vûës dans
lefquelles ils font cette grande deſtruction
de leur vieille vaillelle ; en voici
deux des plus à la mode , en Grec vulgaire
que j'écris ici en caracteres Fran
çois , avec la traduction au- deſſous.
Oxo , pondiki kai pfili ,
Dehors les rats
les puces ,
Meffa Martis kai chara ,
Et que le Mois de Mars vienne avec lajoye.
Autre.
Oxo , pfili kai korious,
Dehors les puces & les punaifes,
Meffa illios kai corous ,
Et dedans le Soleil & les danfes,
2618 MERCURE DE FRANCE : 1
Le même jour 12. fix jeunes Grecs ,
garçons Peliffiers ou Foureurs de Con
ftantinople , jouant enfemble aux cartes
en pleine campagne , fe fentirent fubitement
attaquez tous fix d'un violent mal
de tête , dont cinq font morts , à quelques
jours les uns des autres , & le fixiéme
eft encore malade : les uns prétendent
qu'ils ont été frappez d'un coup de
Soleil , & d'autres de la pefte . Cette derniere
opinion paroît la plus probable ;
car outre le grand foin qu'on a eu de les
enterrer le moment d'après leur mort ,
c'eft que les coups de Soleil fe guerifent
ici fort aifément de la maniere qui fuit.
On prend une bouteille , dont le gouleau
et évalé par en haut ; on la remplit
d'eau fraîche , & on la pofe renver
fee fur la partie de la tête , où le malade
fent le plus de douleur . A mesure que
la chaleur qui la caufe eft attirée dans la
bouteille par la fraîcheur , on voit l'eau
bouillonner , & fon bouillonnement ne
ceffe qu'avec le mal .
Le 16. il fut réfolu au Divan que M.
Romanshof & M. Dalion , qui comp.
toient d'aller par terre aux frontieres de
Perfe , pour le partage des limites s'em- ·
barqueroient à Conftantinople jufques à
Trebizonde , lorfqu'il feroit queftion de
leur départ , fur un Vailleau de guerre
que
NOVEMBRE 1725: 2619
que le Grand Seigneur fait armer pour
ce fujet.
Le 20. à 7. heures du foir on fit plu
fieurs décharges d'artillerie , tant du Serrail
,, que de Topana , au grand étonnement
de tout le monde , l'ufage n'étant
pas de tirer la nuit à
Conftantinople , fi
ce n'eft feulement un coup , lorſqu'on
jette à la Mer le corps de quelque Seigneur
, dont on, s'eft défait dans le Serrail
. Le fujet de la grande canonade dont
il s'agit , étoit bien different de celui- là ;
puifqu'au lieu de fignifier la mort de
quelqu'un , elle annonçoit la naiffance
d'un Prince , dont la Sultane favorite
BACH - KADEN venoit d'accoucher, & que
le Grand Seigneur nomma fur le champ
fuivant la coutume , Abdul - Hemit , c'eſt
à-dire favori de Dieu.
>
Le 21. un Tellal , ou Heraut annonça
au peuple par toute la Ville la naiffance
de ce Prince , & l'invita , à l'ordinaire , à
prier Dieu pour fa confervation : dans la
imatinée de ce jour & des deux fuivans ,
on tira encore beaucoup de coups de canon
de plufieurs endroits , & à diverſes repriſes
; on avoit même crû qu'il y auroit
une fête generale pendant trois jours ,
ainfi qu'il fe pratique en pareille occafion
; mais comme ces fortes de réjouiffances
font fort à charge au peuple , dont
D le
2620 MERCURE DE FRANCE.
le travail eft interrompu tant qu'elles
durent , & que celles qu'il a faites depuis
peu pour les prifes d'Hamadan &
d'Erivan lui ont beaucoup coûté , les démonftrations
de joye publiques n'ont pas
été pouffées plus loin , d'autant plus que
Sa Hauteffe ayant encore , fans ce nouveau
né , cinq autres Princes en vie , on
ne craint pas qu'elle manque de fucceffeurs
de fon Sang.
Le 29. le Chevalier de S. Mery , fecond
fils de M. l'Ambaffadeur de France ,
lava les pieds à douze petits pauvres dans
une falle du Palais. Après cette pieufe
fonction M. l'Ambaffadeur leur fit donner
à chacun dequoi leur faire une robe
de drap bleu, & ils dînerent au Palais.
Le 30. jour du Vendredi Saint la Confrairie
de Sainte Anne , établie chez les
R. P. Jefuites , à Galata , y fit vers les 7 .
heures du foir fon Service ordinaire de ce
grand jour , qui fe termina par une Proceffion
, dans laquelle l'Archevêque de
Conftantinople porta la Sainte . Epine :
cette Proceffion commence dans l'Eglife ,
& fe continue publiquement dans la ruë
jufques à la porte du jardin des Reverends
Peres , qu'elle traverse , & par lequel
elle remonte à la même Eglife . Je
yous parlerai plus amplement de cette
Confrairie le mois prochain au fujet d'une
1
NOVEMBRE 1725. ་
2621
ne autre Proceffion beaucoup plus grande
, qu'elle fait la nuit du Samedi Saint
au Dimanche de Pâques.
D ....
A M. le Marquis de Nangis , Chevalier
d'Honneur de la Reine.
Oi , qui me tiens lieu de Mecene ,
Toi ,
Dans la Cour d'une augufte Reine ,
Nangis , que ne te dois je pas ?
Tout mon bonheur eft ton ouvrage ,
Et mes chants feroient fans appas ,
Si tu retirois ton fuffrage.
C'eſt par tes feuls bienfaits , genereux Protec
teur ,
Que ma Souveraine m'écoute ,
C'eft toi qui m'applanis la route ,
Pour arriver jufqu'à fon coeur.
Point de faveur pour moi , que par toi je n'ob
tienne ;
Mais vers toi qui peut m'acquitter?
Que mille voix pour te chanter,
Se réuniffent à la mienne.
Oui , Nangis , au gré de mes voeux
Dij
Ta
2622 MERCURE DE FRANCE .
Ta gloire doit être immortelle ,
Si la reconnoiffance infpire un même zele
A tous ceux que tu rends heureux ,
jikakakakakakakakakakakakak t
EXTRAIT d'une autre Lettre de
Conftantinople , du 10. Septembre
1725. contenant quelques particularitex
fur la prise de Tauris , les réjouiffancesfaites
à cette occafion , &c.
L
E 21. Aouft fur lequel tomboit le
dernier jour de la Fête du petit Bairam
, le Grand Seigneur étant à * SADIABATH
, les uns difent à ſe divertir
chez le Kiaia , ou Lieutenant du Grand
Vifir , qui lui donnoit à dîner , & d'autres
pour y tenir un confeil ſecret , à
l'occafion de quelques troubles excitez
dans le Serrail , deux Tartares arrivez
de Tauris en 17. jours , vinrent annoncer
la prise de cette Ville à Sa Hauteffe,
Jamais nouvelle n'a peut- être furpris
plus agréablement , ni n'eft venue plus à
propos que celle- là ; car d'un côté on
fçavoit à Conftantinople que le 22 .
Juil
Nouvelle maifon de plaifance du G. S.
dont la defcription est dans le Mercure de
Juin 1724.
let
NOVEMBRE 1725. 26.23
let Abdula Kupruli Pacha , qui devoit
affieger Tauris , n'avoit pas encore paru
devant cette Place , & de l'autre on fentoit
de quelle confequence il étoit , qu'el
le ne tardât pas à être réduite pour calmer
l'efprit du peuple , inquiet de la longueur
, & du peu de profit de la guerre
de Perfes mais par un bonheur qui femble
attaché aux perfonnes du Grand Sei
gneur & du Grand Vifir , & qu'on ne peut
trop remarquer , l'arinée Ottomane compofée
de cent dix mille hommes venant
à paroître le 27. du même mois de Juillet
, les Perfans firent une fortie , ce qui
engagea d'abord un combat qui dura jufqu'au
coucher du Soleil , que les Perfans
furent entierement rompus , & obligez
de fe fauver en defordre dans Tauris,
où les Turcs entrerent pêle- mêle avec
les fuyards le carnage fut terrible , car
ceux des Perfans qui n'avoient point été
de la fortie , ayant eu le temps d'achever
leurs retranchemens dans les neuf contrées
ou quartiers qui forment cette
grande Ville , ils défendirent leur terrain
avec autant d'opiniâtreté , que les Turcs
l'attaquerent avec acharnement ; cet affreux
combat continua durant cinq nuits
& quatre jours ( c'est - à - dire depuis la
nuit du 27. Juillet jufqu'à celle du 31 .
inclufivement ) pendant lequel temps
Diij fept
2624 MERCURE DE FRANCE.
1
fept quartiers furent emportez ; les deux
autres quartiers réfifteren jufqu'à ce que
les Turcs accorderent enfin , par capitulation
, la liberté à ceux qui y étoient , de
fe retirer en toute fureté à Ardebil , Ville
fituée à 22. lieues de Tauris , avec ce
qu'ils pourroient emporter fur eux .
On a fû depuis par une Lettre du
Pacha Kupruli , écrite au Grand Seigneur,
qu'il avoit fait revenir dans cette Ville .
défolée , tout ce qui avoit échapé au carnage
, avec les femmes & les enfans ,
qui avoient déja pris la fuite , avant l'arrivée
de l'armée Turque , & qu'il avoit
promis toute forte de protection à ce
refte nombreux d'habitans , pourvû qu'ils
fuffent fideles à leur nouveau Souverain ,
fans quoi , comme il le mande au Grand
Seigneur , pour justifier fa clemence auprès
de Sa Hauteffe , cette vafte Cité fe
feroit trouvée entierement déferte.
Les Turcs de leur propre aveu , ont
eu dans cette longue & chaude action
25. milles hommes de tuez , & autant
de bleffez , dont plufieurs Seigneurs font
du nombre des premiers , entr'autres Of
man Pacha d'Alep , qui commandoit l'aîle
droite , & qui s'eft fignalé jufqu'à la
mort , par une bravoure des plus diftinguées.
Il y en a qui difent que les Perfans
y ont perdu 200. mille hommes , &
d'au
NOVEMBRE 1725. 2625
d'autres avec plus de vrai- femblance net
font monter leur perte qu'à 60. mille .
Ce grand évenement nous a procuré
ici le Donanema pendant cinq jours &
quatre nuits. Dès que le Grand Vifir ent
eut reçû la nouvelle , il envoya fes ordres
à Conftantinople , pour qu'on l'annonçat
par plufieurs décharges de canon
du Serrail , & d'autres endroits , ce qui
fut réiteré felon la coutume trois fois par
chacun des jours que dura la Fête : il fit
prier tous les Miniftres Etrangers d'ordonner
que tous les cabarets & tavernes
de leur quartier fuffent fermez , & qu'on
fit feverement défenfe à qui que ce fut
de vendre , ou donner du vin ; moyennant
cette fage précaution qu'on prend
toûjours en pareil cas , la Fête s'eft paffée
fans aucun defordre , les portes de Conftantinople
& de Galata ont été ouvertes
jour & nuit , on s'eft promené librement,
à la clarté des illuminations , dont toute
la Ville , & les Fauxbourgs étoient remplis
: le Fauxbourg de Pera , furtout , s'eft
diftingué à l'ordinaire , par les Arcs de
triomphe , les lumieres , & les autres
* Donanema fignifie en general , ornement ,
décoration , & en particulier, réjouiffance pu
blique , parce que pour celebrer quelqu'heureux
évenement on orne exterieurement les
maifons , &c.:
Diiij déco
2626 MERCURE DE FRANCE.
décorations , dont les Miniftres Etrangers
, qui y demeurent , firent orner le
devant de leurs Palais , pour témoigner
au Grand Seigneur la part que leurs
Maîtres prenoient à fa victoire.
Le troifiéme jour de cette réjouiffance
fut marqué par quelque chofe de plus
brillant . Le Grand Vifir étant à Sadiabath
avec le Grand Seigneur , fit inviter
tous les Miniftres Etrangers de s'y trouver.
Ils y furent reçûs avec toute forte
de politeffe dans le Kios ou Pavillon du
* Selictar Aga , qu'on leur avoit preparé
pour voir tirer un fort beau feu d'artifice
& les illuminations de près de 400 .
maiſons ifolées , & bâties amycôte , des
deux côtez d'un fort long canal : ces maifons
étoient fi chargées de lampes & de
lampions , qu'elles en paroiffoient tout
en feu , & offroient un fpectacle des plus
finguliers.
Le 23. Aouft on apprit la réduction
'du Château de Lory , près de Gandja , &
le 30. celle de trois petites Villes , dont
Selictar Aga , ou Porte-Epée du G. S:
c'eft Mehemil Pacha Beglyerbey de Natolie.
Il étoit autrefois favori du Sultan , ce qui lui
ayant attiré l'envie des Miniftres de la Porte ,
ils ont fi bien travaillé à le perdre peu à peu
dans l'efprit de Sa Hauteffe , qu'elle vient de
lui envoyer demander fa tête , fous prétexte
qu'ilne s'eft pas rendu affez tôt devant Tauris.
l'une
4
NOVEMBRE 1725. 2627
l'une s'appelle Affiftan , mais qui pour
être peu confiderable , & dans un chemin
de traverfe , ne fe trouvent point
fur les Cartes . On affure feulement qu'elles
ne font qu'à 6. ou 7. journées d'Hifpaham
, dont elles ouvrent le chemin , &
où le Pacha de Babylone a , dit- on , ordre
de marcher , en faifant avertir Efchereff
Sultan , fucceffeur de Miry- Mamouth ,
que s'il ne reconnoiffoit pas la protection
du Grand Seigneur , on agiroit contre lui
offenfivement , & qu'il feroit traité en
rebelle , fans que pour cela on craignit
de rien faire de contraire à la loi. Il s'agit
de fçavoir de quelle maniere ce Sultan
aura reçû un fi fier avertiffement ;
car l'on vient d'apprendre qu'il a battu &
diffipé entierement l'armée de Schah
Tahmas , lequel s'eft fauvé feulement lui
huitiéme dans le Mazendran , contrée voifine
de la Mer Cafpienne , ayant même
abandonné juſqu'à fa famille , & fes domeſtiques
au pouvoir du vainqueur.
Les Mofcovites pouffent auffi leur conquête
deleur côté dans le Ghilan , Pays voifin
de la même Mer, & M. de Romanshoff
a reçû dernierement un courier de Peterfbourg,
chargé d'une relation qui contient
en fubftance, que le 30.Mai ( vieux ftile )
M. Matuskin , Lieutenant General , &
commandant en chef l'armée Ruffienne
Dv ayant
2628 MERCURE DE FRANCE.
靠
où:
ayant été informé que l'ancien Kam du
Ghilan avoit affemblé 2 5. mille hommes
à Lafcemadan , & fait conftruire une
Forterelle proche la riviere de Paſſahan ,
y envoya auffi-tôt un gros détachement ,.
commandé par un Brigadier ; que les
Mofcovites ayant d'abord donné l'aflaut
à cette Fortereffe , elle fut , après une legere
réfiſtance , abandonné par les Perfans
qui fe fauverent à Laſcemadan ,
ils furent pourfuivis par la Cavalerie :
Ruffienne que fur ces entrefaites , l'In--
fanterie de la même Nation ayant joint
le Kam étoit forti pour la combattre ;
mais qu'après s'être foiblement défendu ,.
il avoit été obligé d'abandonner la Ville,
qui fut d'abord pillée & faccagée , & de
fe fauver dans le Mazendran ; que dans :
cette occafion les Perfans avoient eu environ
15. mille hommes de tuez , & ungrand
nombre des leurs faits Efclaves ;
que le refte de cette armée Perfanne étoit
difperfé dans les bois & dans les montagnes
; que les Mofcovites y avoient perdu
fort peu de monde ; & qu'enfin ces
derniers avoient détruit la Fortereffe
nouvellement conftruite , & enlevé toutes
les munitions , & tous les équipages de
guerre , entre autres la grande trompette
de bronze que les Perfans nomment la
Generale:
SONA
1
NOVEMBRE 1725. 2629
jik sk at skal ji j
SONNET fur les Bouts- rimez du mois
de Septembre 1724 .
Ous préferve le Ciel de la foudre & la
Nous
De rencontrer jamais affamé
Et le jour caqueter babillarde-
Gréle ,
Loup-garon 5
D'entendre miauler la nuit un vieux Matou ,
Femelle,
D'une prude Catin fe donnant pour Pucelle,
D'un convive glóuton , craffeux comme un
Poitou ,
Du vol de ce métail qui nous vient du Pérou ,
De jeune Medecin , & de vieille Nacelle
D'un Juge Villageois qui fe croit un Préteur,
D'un Cadet étourdi fans argent & Breteur ,
D'un rimailleur qui penfe être maître du
Pinde
L
D'un noble campagnard ayant l'air visigot
D'un Auberge en Hyver fans cotteret ni Fagot, .
Et d'un Gafcon pliant autant que fon Olindes
Mi de R. Chev . de Malthes
Divj RELA
2630 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXXXXXXXXXX
RELATION de la fonction folemnelie
de l'Eftoc & du Chapeau , envoyez
par notre S. P. Le Pape Benoît XIII.
à S. A. E. Don Antoine Manoel de
Vilhena , Grand -Maître de l'Ordre de
S. Jean de Jerufalem , prefentez à S. E.
par M. Abbati Olivieri , Camerier
d'honneur de S. S. & Chevalier du
même Ordre.
N
Ous avons promis dans nos préce
dens Journaux de donner en fon
temps la Relation de cette ceremonie ;
c'eft pour fatisfaire à nôtre engagement
que nous l'inferons ici , traduite de l'Itafien
, & telle que S. E. M. le Baillif de
Mefme , Ambaffadeur de Malthe à la
Cour de France , a eu la bonté de nous la
communiquer.
A Malthe le 9. Mai 1725.
Par les Lettres que le Baillif , Baron
de Schaden , Ambaſſadeur de la Religion ,
à Rome , écrivit le 17. Janvier 1.725 . au
Grand- Maître , S. E. apprit que le Pape
confiderant la gloire que l'Ordre s'eft
acquis dans tous les temps par un nombre
infini de valeureufes actions pour la
défense de la Chrétienté , & touché d'ailleurs
NOVEMBRE 1725. 263 1
leurs des exemples continuels de vertu
& de vigilance que le Grand- Maître donne
à fon Ordre , excitant inceffamment
fes Chevaliers à obferver leur Inftitut.
avec plus de vigueur , & à travailler à
l'augmentation de la gloire du Seigneur
S. S. s'étoit déterminée de fon propre
mouvement de lui envoyer l'Eftoc & le
Chapeau benits , & qu'elle avoit choisi
pour les lui prefenter , M. Abbati Olivieri
neveu du Cardinal de ce nom , &
Ghevalier de Malthe . Cette nouvelle
caufa une joye univerfelle. Le Grand-
Maître voyant que l'Ordre entier participoit
à cet honneur , en donna part à fon
Confeil, & y propofa le venerable Grand-
Baillif , Comte de Neffelrode , le vene-
⚫rable Grand - Prieur de Saint Gilles Grimaldi
, le venerable Grand - Prieur de
Lombardie Solaro , & le venerable Baiklif
du Saint Sepulcre Contreras , pour
Commiffaires qui feroient chargez du
foin de regler un ceremonial propre
une fonction fi augufte . Les Commiffai
res firent chercher exactement dans la
Chancellerie , s'il s'en trouveroit quelque
exemple , la recherche fut inutile , cet
honneur n'ayant jamais été accordé à aucun
Grand Maître : ils prirent donc le
parti de dreffer un ceremonial convena
ble, fe promettant de le foumettre à l'e
xamen
2632 MERCURE DE FRANCE .
xamen du Prélat. Ce Prélat s'étoit embarqué
à Livourne fur un Vaiffeau François
il arriva heureuſement dans ce
Port le 19. Avril. Le Grand - Maître en
ayant été averti envoya à bord du Vaiffeau
le Commandeur Cevoli , Secretaire
de fes Commandemens pour l'Italie ,
pour concerter avec ce Prélat la maniere
dont il devoit être reçû , & lui communiquer
le ceremonial qui avoit été dreffé,
dans le deffein de rendre la fonction plus
noble , & plus capable de répondre à la
fainte intention du Pape . M. l'Ablegat
ayant trouvé tout bien concerté , le Commandeur
Cevoli en vint rendre compte
au Grand- Maître . S. E. députa en l'abfence
du Commandeur de Romieu , font
premier Maître - d'Hôtel , le Commandeur
de Chabrillan , fon premier Ecuyer,
pour complimenter de fa part M. l'Ablegat
, & le conduire à l'Hôtel Carnero
qui avoit été deſtiné pour lui.
Le Commandeur de Chabrillan , accompagné
de quatre Chevaliers Palatins ,
s'acquitta de cette commiffion le même
jour à cinq heures du foir. M. l'Ablegat
débarqua avec fa fuite dans la Felouque
de la Galere Capitane que l'on avoit
parée magnifiquement à ce fujet . Il fut
falué de toute l'artillerie du Vaiffeau
fur lequel il étoit venu ; il mit pied àterre
NOVEMBRE 1725. 2633
terre au mole du côté des Fours à Chaux,,
& monta dans un caroffe à fix chevaux ,
fuivi de plufieurs autres ; il defcendit de
carofle à la porte Royale , où il fut reçû
par le Clergé de la grande Eglife conventuelle
de S. Jean , & par tous les Or--
dres Religieux de cette Ville. La Proceffion
le condui fit au fon des cloches ,.
& au bruit de l'artillerie , jufqu'à la
grande Eglife ; il y adora le très - Saint
Sacrement , rendit graces à Dieu de fon :
heureuſe arrivée ; & après avoir remer--
cié le Clergé , il remonta en caroffe ,›
toûjours accompagné du premier Ecuyer
de S. E. & alla defcendre en fon Hôtelles
cloches ne ceffant de fonner , & l'ar--
tillerie de tirer. Il fut reçû par les Commandeurs
Savigni & Citadella , choifis
par S. E. pour faire les honneurs de fa
maiſon pendant fon féjour à Malthe.
Le lendemain 20. Avril M. l'Able--
gat prit ce jour pour fe délaffer des fatigues
de fon voyage : le même jour il fit:
prefenter de fa part par fon Secretaire à
S. E. deux grands Agnus Dei d'Innocent
XI. un autre de S. Pie V. tous trois dans
des bordures d'argent , une petite croix
de cristal montée en filigrame , & renfer
mant un morceau de la vraye Croix ; elle
étoit dans une bourſe brodée en or. Dans
une autre bourfe auffi femblable un Reli
quaire
2634 MERCURE DE FRANCE.
quaire d'or , contenant des Reliques de
Sainte Elizabeth , Reine de Portugal , de
Saint Antoine de Pade , de Saint Paul , &
de Saint Jean - Baptifte , & un chapelet de
lapis -lazuli , avec une Medaille d'or ,
S. S. y ayant attaché des Indulgences
très - étendues , énoncées dans un Bref
particulier ; deux grands baffins d'Agnus
Dei , avec un autre baffin rempli de gands
très-fins .
M. l'Ablegat voulant paroître en Public
, & remplir fa commiffion , fit demander
le même jour 20. Avril fa premiere
audience à S. E. le Prince la lui
accorda pour le lendemain matin à 8 .
heures. Ce jour 2 1. Avril le Commandeur
de Chabrillan fe rendit à l'heure
marquée à l'Hôtel du Prélat dans un caroffe
à fix chevaux , fuivi de plufieurs
autres deſtinez pour les gens de fa fuite,
& l'ayant conduit au Palais , il y fut reçû
avec les mêmes ceremonies qui fe pratiquent
dans la premiere audience de M.
l'Inquifiteur. Le Prélat expofa d'abord
au Grand- Maître le ſujet de fa commiffion
, & finit par l'affurer qu'il ne pouvoit
que foiblement exprimer les bontez
particulieres du S. Pere , la parfaite confideration
du Cardinal , fon oncle , & en
fon particulier fa veneration pour S. E.
Son audience finie il retourna en fon Hôtel
<
NOVEMBRE 1725. 2635
tel avec le même cortege , il fut vifité le
même jour par tout le Confeil , & par
tous les Chevaliers de l'Ordre.
Deux jours après il demanda une nou→
velle audience , dans laquelle il preſenta
à S. E. le Bref de la confirmation generale
des Privileges de l'Ordre , & une autre
Bulle particuliere portant confirmation
d'autres graces accordées par Sixte V.
Dans cette même audience le Jeudi 3.
fut defigné pour la fonction. Ce jour fut
choifi , parce que l'Eglife celebre ce jourlà
la Fête de l'Invention de la Sainte
Croix , & par le rapport qu'a cette Fête
avec l'établiflement de l'Ordre , qui met
toute fa gloire à combattre fous l'éten
dart de la Croix .
La veille du 3. Mai , pour folemnifer
un évenement fi glorieux , & pour don
ner des marques d'une joye univerfelle ,
toutes les cloches fonnerent à l'entrée de
la nuit , toute l'artillerie tira , & toute la
Ville fut illuminée , ce qui fut continué
les deux nuits fuivantes.
Le 3. Mai à huit heures du matin le
premier Ecuyer de S. E. accompagné du
cortege dont nous avons déja parlé , alla
à l'Hôtel de M. l'Ablegat , où étant arrivez
ils monterent l'un & l'autre dans un
caroffe à fix chevaux , & fe mirent ainſi
en marche. A la tête marchoit une Compagnie
2636 MERCURE DE FRANCE.
pagnie de Dragons avec leurs Officiers ,
leurs Timballes & leurs Trompettes . Let
Secretaire du Prélat venoit enſuite , mon
té fur un fuperbe cheval magnifiquement
harnaché. Il portoit à la main l'Eftoc &
le Chapeau pofé fur la pointe de l'Eſtoc ,
& étoit environné d'un détachement de
la garde du Prince , les carolles du Prélat
fermoient la marche.
Avant que d'arriver à la porte du Palais
, le Secretaire mit pied à terre , les
Dragons fe rangerent en haye , le carofle
avança , & M. l'Ablegat en defcendit devant
la porte . La garde du Grand - Maître
étoit à l'entrée du Palais prefentant les
armes. En cet endroit le Prélat fe revêtit
de l'habit rouge doublé d'hermine , que
les Cameriers- d'Honneur de S. S. por
tent dans les grandes fonctions. Il s'a
vança fuivi de fon Secretaire. Il alloit
monter lorfqu'il rencontra le Grand-
Maître , qui le reçût avec des démonftrations
d'une confideration parfaite. S. E.
prit enfuite le chemin de la grande Eglife
de Saint Jean , précedée du Secretaire ,
portant à la main l'Eftoc & le Chapeau
& d'un nombreux cortege de Chevaliers .
Le Prélat marchoit à la gauche du Prince
, un pas en arriere , & étoit fuivi de
tous les Seigneurs de la Grand'Croix en
habit de ceremonie , la Compagnie des
Gardes
NOVEMBRE 1725.
2637
28
Gardes du Grand- Maître ayant formé
deux rangs , entre lefquels la Cour marchoit
.
Le Regiment de la Ville & les troupes
des Galeres formoient une haye de
puis le Palais jufqu'à la porte de l'Eglife ,
leurs Officiers à leur tête en Soubrevefte
faluerent S. E. qui le fut enfuite par une
falve generale de toute la moufqueterie .
Le Grand- Maître étant arrivé à Saint
Jean , M. Melchior Alpheran , Grand-
Prieur de l'Eglife , le falua. Ce Prélat étoit
en fa place dans fes habits pontificaux.
Pendant que S. E. fe plaça fous fon dars
le Maître des Ceremonies conduifit let
Secretaire auprès de l'Autel du côté de
l'Epître , où il tint toûjours élevez l'Ef
toc & le Chapeau. Immediatement après
le Maître des Ceremonies conduifit M.
Ablegat à la place qui lui avoit été deſ
tinée , elle étoit couverte d'un tapis &
de carreaux de damas rouge.
Auffi -tôt la Proceffion generale commença
: M. le Prieur de l'Eglife , la mitre
en tête , portoit fous un dais la précieufe
Relique du bois de la vraye Croix,
le dais étoit porté par quatre Grands-
Croix , le Secretaire fuivoit immediatement
, portant l'Eftoc & le Chapeau. Le
Grand- Maître venoit enfuite , fuivi de
M. l'Ablegat , de tous les Grands - Croix y
2638 MERCURE DE FRANCE .
& de tout l'Ordre. La Proceffion fit le
tour que font les Proceffions les plus fo.
lemnelles , & pendant ce temps toutes les
cloches ne difcontinuerent point de fonner
, & l'Artillerie de toutes les Fortereffes
ne ceffa de tirer.
•
La Proceffion étant rentrée , chacun re
prit fa place , & la Meffe commença pontificalement
avec une excellente Mufi
que. Le pontifical fini , M. le Prieur de
l'Eglife fe deshabilla , s'étant mis en chappe
, & la Mitre en tête , il alla à l'Autel,
& s'y mit dans un Faldiſtoire , eſpece de
fiege , qui étoit appuyé contre l'Autel .
M. l'Ablegat , conduit par le Maître
des Ceremonies , s'avança jufqu'au dernier
dégré de l'Autel du côté de l'Epître,
& il prononça un Difcours très - élegant ,
dans lequel il expofa le fujet de fa commiffion
; & après qu'il l'eut fini , il prefenta
au Grand- Maître le Bref de S. S.
le Prince baifa refpectueufement ce Bref,
& le donna au Prieur d'Aix Alpheran ,
Secretaire de fes Commandemens pour
France , qui étant en habit de Choeur fe
mit à côté du fauteuil du Grand- Maître
pour en faire la lecture .
Après la lecture de ce Bref M. le
Grand Maître remercia M. l'Ablegat
dans des termes fort obligeans .
-
Enfuite le Prince alla à l'Autel , & ſe
mit
NOVEMBRE 1725. 2639
•
mit à genoux fur un carreau pofé fur le
premier dégré , devant M. le Prieur de
I'Eglife ; alors M. l'Ablegat ayant pris
des mains de fon Secretaire l'Eftoc , le
tira de fon fourreau , & le donna nud à
ce Prélat, qui le tenant en main, prononça
en Latin un petit Difcours , dont voici
la traduction .
Les Souverains Pontifes ont coutu- «<
me de benir la veille de Noël , au nom «
du Seigneur , une épée & un Chapeau , «<
cette fonction a fon rit folemnel & par, «
ticulier , ce Saint & ancien ufage de «
l'Eglife Romaine convient parfaite- «<
ment à la Fête de la naiffance de Jefus- «<
Chrift , puifqu'il nous rappelle le com- «
bat que le Fils unique de Dieu s'étant તા
fait homme , a livré pour nous , &
dont le fuccès admirable & jufte , a fait se
triompher à fon tour la mort du Dé- «
mon , fon Auteur , & nous tirant du «
fond des tenebres , nous a mis en état «
de jouir de la lumiere du Seigneur , & «
d'avoir part à fon Royaume il eſt donc «<
jufte , très- éminent Prince , vous qui «
êtes le Chef d'un Ordre fi valeureux , «
vous qui travaillez fi utilement pour le «
* falut de la Chrétienté , il eſt juſfte , dis- «
je , que vous receviez par mes mains . «
avec des fentimens de joye & de dévo- «
tion , cette épée benite , cette épée du «
Sei
2640 MERCURE DE FRANCE.
» Seigneur , ce glaive du tout Puiſſant.
» N. S. P. Benoit XIII. vous la donne
» comme un ornement digne de vôtre
a valeur , & comme une marque fingu-
» liere de fa bienveillance paternelle.
- M. le Prieur de l'Eglife remit enfuite
1'Eftoc à fon Eminence , & dit une Oraifon
Latine , dont voici encore le fens.
} » Que vôtre main devienne inébranlable
, que vôtre bras foit exalté , que
» ce glaive Saint attire fur vous de nou-
» velles forces du Ciel , qu'il brille aux
Cieux de toute la terre à la confufion
» des ennemis de la Croix , & à la gloire
» de l'Eglife nôtre Sainte Mere par le
» fecours de nôtre Seigneur Jefus- Chrift,
» qui étant Dieu vit & regne , & c.
2 M. l'Ablegat ayant pris enfuite le Chapeau
des mains de fon Secretaire , il le
donna à M. le Prieur de l'Eglife , qui le
mit fur la tête de S. E. en prononçant en
latin l'Oraifon fuivante .
» Recevez auffi ce Chapeau , qu'il foit
» pour vous un cafque de falut & de for-
» ce , afin que dans les combats vous foyez
>>>toûjours couvert de la lumiere du Ciel,
» que l'efprit de force & de confeil foit
» en vous pour terraffer les ennemis de
la foi , & donner à la Chrétienté la
» paix que Jefus- Chrift nous a apportée
» du Ciel , qui étant Dieu vit , & c.
Cette
NOVEMBRE 1725.
2645
Cette Oraifon étant finie , le Grand-
Maître fe leva , M. le Prieur de l'Eglife
l'embrasla , & enfuite S. E. retourna fous
fon dais . Le Commandeur d'Angeville ,
Capitaine de fes Gardes portoit l'Eftoc
& le Chapeau , & précedoit le Grand-
Maître. M. le Prieur de l'Eglife s'étant
levé entonna le Te Deum , qui fut chanté
par la Mufique , au fon des cloches , &
au bruit de toute l'artillerie , ce qui ne
cefla que quand le Grand- Maître fut rentré
au Palais. Après le Te Deum on donna
la benediction paftorale , & S. E. précedée
du Capitaine de fes Gardes , qui
étoit reſté juſqu'alors fous le dais avec
l'Eftoc & le Chapeau , rentra dans fon
Palais accompagné de tout l'Ordre . Ce
jour- là M. l'Ablegat , le Prieur de l'Eglife
, les quatre Commiffaires , les Bail-
Tifs de Lefle , Pinto , & Ruffo dînerent
avec S. E.
Le repas fut magnifique , la fanté de
S. S. y fut bûe par le Grand- Maître , &
par les conviez au fon des Timballes
& des Trompettes , & au bruit de l'artillerie.
L'Eftoc & le Chapeau furent expofez
pendant trois jours dans un des appartemens
du Palais , pour fatisfaire à la devotion
, & à la curiofité des peuples . Ces
trois jours paffez , le Grand - Maître fit
mettre
2642 MERCURE DE FRANCE.
་
mettre l'Eftoc & le Chapeau dans la Sacriftie
de la grande Eglife de S. Jean
dans le même lieu où font les Reliques.
春Le 6. Mai M. l'Ablegat fit demander
au Grand- Maître fon audience de congé
, elle lui fut accordée pour le lendemain
, M. l'Ablegat fe rendit au Palais
avec le même cortege qui l'avoit accompagné
à fa premiere audience. S. E. voulant
témoigner fa reconnoiffance à M.
l'Ablegat lui donna une Croix de Malthe
garnie de diamans , une riche bague
la Bulle d'une penfion de deux cens
trente - huit ducats de Naples fur un
Grand Prieuré , plufieurs chofes rares
venant des Indes , une Medaille d'or reprefentant
d'un côté S. E. & de l'autre
le Fort Manoel , & c .
L'Eftoc eft une épée d'argent doré ,
longue d'environ cinq pieds . Le Chapeau
eft une efpece de bonnet de velours
, de couleur de pourpre , brode d'or ,
enrichi d'un S. Efprit de perles . Le Public
nous fçaura gré , fans doute , de trouver
ici la figure très -bien gravée de l'un &
de l'autre.
RE'
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NOVEMBRE 1725. 2643
1
Maaaaakkkkkkk
RE’JOUISSANCES faites à Marseille
fur les Galeres du Roi , & à l'Arcenal ,
à l'occafion du Mariage de S. M, Extrait
d'une Lettre écrite de Marfeille ,
• le 25. Octobre 1725.
A
Près avoir reçû les ordres de la
Cour , le Commiflaire Ordonnateur
des Galeres , fe rendit chez M. de
Barras , alors Commandant dans le Port
de Marfeille , pour conferer enſemble ,
& déterminer un jour pour cette Fête
laquelle fut fixée au Dimanche 14. Octobre
, pour donner le loifir , furtout
aux Comites , de fe préparer pour l'illumination
des Galeres .
3
Le 13. on ordonna à tout le monde
de fe tenir prêt pour le lendemain , tant
fur les Galeres que dans l'Arcenal , &
aux foldats en particulier , de fe trouver
chacun fur la Galere , avec un Officier
à l'heure de midi , parce que le Te Deum
devoit être chanté fur la Galere Reale ,
à trois heures du même jour. Cela fut
executé avec beaucoup de folemnité en
prefence des Officiers , M. de Barras ,
Commandant à leur tête. A la fin du Te
Deum la Reale fit un falut de quatre
1
E coups
1644 MERCURE DE FRANCE.
coups de canon , après lequel chacun fe
retira , excepté les Officiers & les foldats
, qui refferent fur les Galeres , jufques
à la fin , pour y faire obferver les
ordres neceffaires , & c.
Sur les fix heures du foir M. de Bar-
Tas vint à l'Arcenal , où fe rendirent les
Officiers , plufieurs Dames , & d'autres
perfonnes diftinguées de la Ville , pour
d'une des terraffes voir l'illumination des
Galeres , qui fut très-belle & magnifique
tous les lampions qui la compofoient,
furent élevez , & parurent en forme
de Tende fur les Galeres , d'abord
après le fignal d'une fufée volante , tirée
de deffus la terraffe , & fuivie du fifflet
des Comites ; ce qui fit paroître prefque
en un moment les Galeres toutes en feu :
fpectacle le plus brillant , & le plus
grand qu'on puiffe voir en ce genre.
Une autre fufée tirée du même lieu
fut le fignal de la moufqueterie. Les Officiers
de chaque Galere , ayant ordonné
aux foldats de tirer dans ce moment , &
tout de fuite aux Canoniers de tirer de
chaque Galere quatre coups de canon ,
On vit auffi dans le même temps tirer de
chaque Galere une infinité de fufées ,
& d'autres artifices .
L'Arcenal , tant l'ancien que le nouyeau
, & la Maifon du Roi , où demeure
I'InNOVEMBRE
1725. 2645
l'Intendant des Galeres , étoient auffi extraordinairement
illuminez , & répondi
rent à la premiere décharge des Galeres
par un grand nombre de boëtes & de
gerbes de fufées volantes .
Les Galeres recommencerent par une
feconde décharge de canons & de moufqueterie
, par des fufées , &c à laquelle
Arcenal & la Maiſon du Roi répondirent
de la même maniere , ce qui fut continué
pour la troifiéme fois par les Galeres.
Cette derniere décharge fut fuivie
d'une femblable de la part de l'Arcenal
& de la Maifon du Roi , pendant tout
lequel temps cette grande illumination
continua par tout , & ne ceffa que bien
avant dans la nuit.
aaaaaaaaaakkkkk
RE’JOUISS ANCES faites à Toulon
à l'occafion du Mariage du Roi . Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville le
28. Octobre 1725.
L
Es réjouiffances de nôtre Marine
ont commencé ici par un Te Deum
folemnellement chanté en Mufique fur
le Vaiffeau Amiral , auquel M. P'Intendant
, les Principaux Officiers , & tous
les autres Officiers , tant d'épée que de
E ij plu2646
MERCURE DE FRANCE
me , affifterent. On entendit à la fin , des
cris redoublez de VIVE LE ROY , & lest
troupes de la Marine , qui étoient fous
les armes , firent trois décharges de moufqueterie
. Le Vaiffeau Amiral en fit autant
de toute fon artillerie. M. de Vattan
qui avoit mouillé la veille au Cros
S. George en vûë du Port , & M. de Valette
revenant tous deux de Tunis , d'Alger
, & c. firent de pareilles décharges de
leurs Vaiffeaux après l'Amiral .
Le refte du jour fe paffa en réjouiffances
& en feftins ; le foir yenu , on alluma
des feux devant toutes les portes des
maifons avec des illuminations aux fenêtres.
Les Bourgeois de Toulon , qui
avoient déja fait des réjouiflances , les recommencerent
ce jour - là.
Toutes les troupes qui étoient fous les
armes autour du feu d'artifice , dont on
va parler , firent , avant qu'il fut allumé,
trois décharges de moufqueterie , & en
même temps on tira trois bordées de tous
les canons de l'Amiral , & de 50. pieces
de canon du Parc d'Artillerie. Mis de
Vattan & de Valette en firent autant de
leurs Vaifleaux .
Defcription dufeu d'artifice.
M. Mithon , Intendant de la Marine ,
de
NOVEMBRE 1725. 2647
à
de concert avec M. Dupont , Comman
dant de Toulon , trouverent propos de
placer l'Edifice , non pas dans la vieille
Darce , comme on avoit fait dans quelques
occafions , mais fur les glacis dans
l'endroit le plus élevé , d'où l'on pouvoit
mieux le voir des maifons de la Ville &
des remparts . Cet Edifice élevé par les
ordres de M. l'Intendant , étoit un grand
quarré de charpente, dont les faces avoient
28. pieds de largeur , & 25. pieds de
hauteur , avec un couronnement d'une
élevation proportionnée . On avoit peint
fur chaque face un Arc de triomphe d'une
même architecture , ayant fur les côtez,
entre autres ornemens, deux Statuës,
& des Cartouches pour les Emblêmes &
les Devifes.
A l'Arc de triomphe de la premiere
face qui regardoit la Ville , étoient les
Armes du Roi , & fur l'Attique on lifoit
cette Inſcription :
LUDOVICO DECIMO - QUINTO ,
ETERNITATI GALLICI NOMINIS DATO
CLEMENTIA ET
CARO
HUMANITATE POPULIS
RELIGIONE ET PIETATE SUPERIS ACCEPTISSIMO.
Les deux Statues qui étoient à côté de
l'Arc de triomphe reprefentoient , l'une
E iij la
2648 MERCURE DE FRANCE.
la Juftice , l'autre la Force , accompa
gnées des Einblêmes fuivans. Le premier
étoit un Soleil levant avec cette Deviſe
Spl ndet ab ortu , le fecond un Arc - en-
Ciel , avec ces paroles , Spes publica , le
troifiéme un Lys qui commence à s'épanouir
avec ce mot Italien , Si monftra
gia il mio cuore. Le quatriéme un Lys
qui s'éleve bien au-deflus des fleurs d'un
Parterre , Supereminet omnes .
On voyoit fur la feconde face les armes
de la Reine au milieu de l'Arc de
triomphe , & fur l'Attique cette Infcription.
MARIA REGINÆ ,
GRATIS ET VIRTUTIBUS ORNATÆ ,
SOLEMNIBUS VOTIS EXPETITÆ ,
PUBLICIS GRATULATIONIBUS EXCEPTA
L'une des Statues qui étoient aux deux
côtez de l'Arc , repreſentoit la Pieté ,
& l'autre la Prudence , qui font le principal
caractere de la Reine , avec les Emblêmes
& les Devifes qui fuivent . 1. Une
Aigle qui prend fon effort vers le Ciel ,
In Jovis folio quiefcet. 2. Une Aigle qui
tient dans fes ferres la foudre de lupiter
, Clemens abftulit arma Jovi . 3. Une
Aigle qui regarde fixement le Soleil ,
Non alium miratur neque amat.4 . Les Armes
de Pologne , qui font une Aigle couronnée
NOVEMBRE. 1725. 2649
ronnée , avec ce vers Latin pour Devile .
Hanc habuit partam propria virtute coronans &
Déja par fes vertus elle étoit couronnée.
Les deux autres faces , dont l'une portoit
les Symboles de l'Hymen , & l'autre
ceux de la Marine , étoient plus negligées
dans leurs ornemens , & dans les
Emblêmes & les , Devifes ; ce qui empêche
de les rapporter ici pour ne point
trop allonger ma Lettre , & pour venir
plutôt à l'execution du feu d'artifice.
D'abord après les décharges du canon
& de la moufqueterie dont on a parlé ,
on commença à le tirer par le fignal de
deux bombes : tout l'édifice étoit cependant
illuminé d'une infinité de lampions,
prefque depuis le rez - de chauffée jufqu'au
faîte du couronnement , & cela par
une nuit des plus obfcures , & par un
temps fort calme , ce qui fit un effet merveilleux
, & donna un fpectacle des plus
brillans. Après les premieres bombes tirées
, qui répandoient dans l'air une infinité
d'étoiles , une pluye d'or , & c. le
Chevalier de Châteauneuf qui avoit la
direction du feu , fit partir quantité de
fufées , & joier d'autres artifices qui
réüffirent parfaitement bien , obfervant
de faire tirer des bombes par intervale
>'
E iiij quand
2650 MERCURE DE FRANCE
quand le feu fe ralentiffoit ; enforte qu'on
ne peut pas donner en ce genre un ſpectacle
plus agréable , mieux entendu , &
plus long-temps continué , auffi tout le
monde en fut très - fatisfait .
M. l'Intendant donna enfuite un ma- -
gnifique foupé aux principaux Officiers
de la Marine & de Terre , & à pluſieurs
perfonnes de qualité qui étoient venuës
à Toulon pour prendre part à cette Fête .
Entre les plus diftinguées, M. & Madame
de Vintimille , Madame la Marquife Dargens
, M. & Madame la Baronne de la
Garde .
Un Bal devoit fuivre le foupés mais
la fituation de Madame l'Intendante , qui
étoit accouchée la veille , ne le permit
pas , & le fit remettre à un autre temps ;
on fe dédommagea du Bal par la longueur
du repas , & par la profufion des
meilleurs vins , & des autres liqueurs
qui y furent répanduës.
RENOVEMBRE
1725. 2651
********************
RE'JOUISSANCES faites à Rochefort,
à Breft , au Port Louis , & au Havre
de Grace , au fujet du Mariage du Roi .
Extrait de diverfès Lettres.
R de la Rochalar , Chef d'Efca-
Mare ,Commandant la Marine à
,
Rochefort , fit chanter folemnellement le
Te Deum fur le Vaiffeau portant Pavillon
d'Amiral dans ce Port , au bruit du
canon & de trois décharges de moufqueterie
de toutes les troupes aflemblées.
On comptoit de tirer le foir un beau feu
d'artifice ; mais les grands vents mêlez de
pluyes continuelles , en empêcherent
l'execution & les réjoüiffances finirent
par un fouper , auquel M. de la Rochalar
avoit invité les Officiers Generaux , &
plufieurs autres Officiers. Le lendemain
les mêmes perfonnes furent regalées par
M. de Beauharnois , Intendant de la Marine
, à Rochefort.
Le 7. Octobre M. le Comte de Champmeſlain
, Lieutenant General des Armées
Navales , Commandant & Grand- Croix
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Commandant
la Marine à Breft , fe rendit
fur les quatre heures après - midi dans la
Ev Cha2652
MERCURE DE FRANCE:
Chapelle de l'Arcenal avec Mis Robert ;
Intendant de la Marine , du Guaytroüin ,
Chef d'Eſcadre , & les autres Officiers
de Marine. Les Jefuites , les Aumôniers
des Vaiffeaux , & les PP. de l'Hôpital y
chanterent le Te Deum , à la fin duquel
le Bataillon des Compagnies Franches
de la Marine , de 600. hommes , s'étant
mis en bataille fur le Quai devant le
Magafin general , fit trois décharges de
moufqueterie. A la fin de la derniere on
commença à tirer des boëtes , qui furent
fuivies du bruit des canons placez le
long des Quais des vivres , de ceux des
batteries Royales , & du fer à cheval &
de l'Artillerie du Château de Mingant
du Camp de Kelerne & de Camaret . A
l'entrée de la nuit on alluma des lam-
›
pions à la porte de la maifon
du Roi ,
ainfi qu'à celle du General
, & de tous
les Officiers
, & des autres perfonnes
attachées
à la Marine . La Maiſon des Jefuites
, le Monaftere
des Capucins
, &
1'Hôpital
qui font fituez fur des hauteurs,
prefentoient
un fort beau fpectacle
par une brillante illumination
, laquelle
ne
fut interrompue
que par une grande
pluye qui furvint vers le milieu de la nuit. La Lettre
de Breft porte qu'on y a
tiré à cette occafion
260. coups de canon,
& 130. boëtes.
M.
NOVEMBRE 1725. 2653
M. du Parc , Captaine de Vaiffeau ,
commandant la Marine au Port - Louis ,
ayant ordonné toutes les difpofitions neceffaires
fur le Vaiffeau du Roi , où eft
arboré le pavillon Amiral , le Te Deum
Y fut chanté après la grande Meffe , les
troupes firent trois décharges de moufqueterie
, & on tira 2 1. coups de canon ,
qui furent fuivis de 63. autres des Vaiſfeaux
de la Compagnie des Indes . Au retour
M. du Parc donna à dîner à M. de
Riquebourg , Brigadier des armées du
Roi , Commandant au Gouvernement de
Port-Louis , & à un grand nombre d'Officiers.
Le foir toutes les maifons furent
illuminées , & M. de Riquebourg donna
à fouper aux mêmes Officiers tant de
de mer.
terre que
M. le Comte de la Luzerne Briqueville
, Chef d'Efcadre des Armées Navales
, Commandant la Marine au Havre de
Grace , a fait chanter un Te Deum le 7-
Octobre dans la Chapelle de l'Arcenal.
Il fut précedé de deux décharges de toute
l'artillerie , qui eft en batterie fur le Per
ret , proche la Jettée du Nord - Ouest. On
fit auffi dans l'Arcenal , & autour du
baffin trois décharges de boëtes , & enfuite
une troifiéme décharge d'artillerie
M. le Comte de la Luzerne avo't fait
préparer un très - beau feu d'artifice ; mais
E vj
Ja
2554 MERCURE DE FRANCE.
la crainte des accidens , que le grand
vent qui furvint auroit pû caufer , empêcha
de le tirer . Ce Commandant raffembla
le foir tous les Officiers du Corps ,
& leur donna un grand fouper , où chacun
fit paroître des marques fenfibles de
la joye que caufe l'heureux Mariage de
Sa Majeſté .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Touloufe.
Réjouiffances faites dans cette
Ville pour le Mariage du Roi.
:
E 3. Octobre M. le Mazuyer de
Montaigu .Procureur de
Parlement de Touloufe , donna des preuves
de fon zele au fujet du Mariage du
Roi il fit fervir un grand repas dans la
cour de fon Hôtel à tous les Corps de
Métiers de la Ville , qui étoient ce jourlà
fous les armes , formant 37. Compagnies.
Elles entrerent toutes fucceffivement
, & en très-bon ordre dans l'Hôtel,
& firent plufieurs décharges. Ce Magiftrat
fit la même choſe à l'égard d'une
multitude de peuple affemblé , qui fit de
grandes acclamations , à mesure que la
fanté du Roi étoit bûe par le Chef , &
par les Officiers de fa Compagnie , lefquels
NOVEMRE . 1725. 2655
quels avoient été invitez à un plendide
feftin . Ces réjoüiffances ne finirent que
dans la nuit par plufieurs décharges que,
firent les mêmes Compagnies , fous le
commandement des Capitouls , dans la
plus grande place de Touloufe , où le feu
d'artifice que la Ville avoit ordonné , fut
tiré & executé avec beaucoup de fuccès.
Le 15. du mois dernier le Comte de
Rottembourg, Ambaſſadeur de France à
Berlin , donna une grande Fête , à l'ocafion
du Mariage du Roi , dans une maifon
de charpente que l'on avoit conftruite
exprès dans le Parc fur le Sprée. A la
fin d'un grand fouper également délicat
& magnifique , auquel le Roi de Pruffe
affifta avec le Prince Royal , tous les
Margraves de Brandebourg , & divers
Princes , Generaux , Miniftres , & autres
perfonnes de diſtinction , on tira deux
beaux feux d'artifices , le premier placé
au milieu de la riviere , & le fecond mis
en perfpective dans le même alignement,
& fitué fur le rivage de l'autre côté. Il
en fortit pendant une heure une quantité
d'artifices très recherchez , reprefentant
des monftres Marins , & d'autres figures
extraordinaires. La fimphonie ne ceffa
point pendant toute la Fête , & rien ne
fut oublié de ce qui pouvoit la rendre
fomp
-
2656 MERCURE DE FRANCE.
fomptueule & agréable . Elle fut terminée
par la diftribution d'une grande quantité
de Medailles avec des Devifes convenables
au fujet.
HOME EXEM:3EBLIME
VERS prefentez à la Reine.
Fille de ce Guerrier qu'une fage Province ,
Eleva juftement au comble des honneurs ;
Qui fçût vivre en Heros , en Philofophe , en
Prince ,
Au- deffus des revers , au - deffus des grandeurs
.
Du Ciel qui vous cherit , la ſageſſe profonde,
Vous amene aujourd'hui dans l'empire François
Pour y fervir d'exemple , & pour donner des
loix ;
La fortune fouvent fait les maîtres du monde,
Mais dans votre maifon la vertu fait les Rois.
Du Trône redouté que vous rendez aimable ,
Jettez fur cet écrit un coup d'oeil favorable ,
Daignez m'encourager d'un feul de vos regards.
Et
NOVEMBRE
1725 2657
Et fongez que Pallas cette auguſte Déeſſe ,
Dont vous avez le port , la bonté , la fageffe ,
Eft la divinité qui prefide aux beaux Arts.
Par M. de V.
EVENEMENT fingulier arrivé fur la
Mer, & confirmation de ce qui a été
dit fur l'Homme Marin.
Es Vaiffeaux du Roi l'Elifabeth &
LeJafon, commandez par Mrs de Ben- le
neville & de Radouay , Capitaines de
Vailleau , que Sa Majefté avoit envoyé
fur le grand banc de Terreneuve pour
proteger les Navires François , employez
à la pêche de la Moruë , font revenus à
Breft le 15. Octobre , ayant tenu la Mer
cinq mois de fuite , pendant lefquels ils
ont obligé un Forban d'abandonner deux
prifes qu'il avoit fait . Le 8. Octobre l'Elifabeth
effuya fur le Cap - Finiftere une
tempête terrible qui le mit en danger de
perir , le vent ayant jetté dans le Vaiſleau
une quantité prodigieufe d'eau avec tant
de violence , que plufieurs gens de l'équipage
en furent tuez & d'autres bleffez.
On regarde comme une chofe bien
Lingu2658
MERCURE DE FRANCE:
finguliere , & peut- être fans exemple ,
que fix hommes qui travailloient fur le
Gaillard d'avant , ayant été emportez à
la Mer, deux furent rejettez par les lames
ou vagues dans le Vaiffeau .
Nous faififfons cette occafion pour
apprendre à nos Lecteurs , que non - ſeulement
l'apparition de l'Homme Marin ,
dont il eft parlé dans le 1. volume de nôtre
Journal du mois de Septembre dernier
, eft vraye & autentiquement certifiée
; mais encore qu'elle eft arrivée au
même endroit où les deux Vaiffeaux du
Roi dont il eft parlé cy - deffus , viennent
de naviger pour favorifer la pêche de la
Moruë , c'eſt- à -dire fur le grand banc de
Terreneuve.
A la verité ce n'eft pas une avanture
fort recente , car elle s'eft paffée le 8 .
Aouft de l'année 1720. mais elle n'en eft
pas moins certaine & moins furprenante.
On l'auroit ignorée en France fans la relâche
qu'a fait à Breft , cet Eté dernier, un
Bâtiment de S. Malo , fur lequel Jean-
Martin , Pilote , dont il eft parlé dans la
Relation étoit embarqué . Ce Pilote après
avoir été interrogé fur ce fait par M. le
Comte de Hautefort , Cominandant à
Breft , lui remit fon Journal , qui en contient
tout le détail , Journal qui a été
depuis dépofé au Greffe de l'Amirauté
de
NOVEMBRE 1725. 2659
de Breft , après avoir été certifié veritable
par fon Auteur.
"
Non content de cela , en vertu d'une
autorité fuperieure qui a bien voulu agir
en faveur de la verité , Guillaume Laumofne
de la Ville de Honfleur , Contre-
Maitre du Navire la Marie de Grace
commandé par Olivier Morin qui eft de
cedé , a paffé fa declaration en bonne forine
au Greffe de l'Amirauté d'Honfleur ,
le 16. Aouft dernier , contenant la Re-
Iation du fait en queftion très conforme
dans les principales circonftances à celle
que nous avons fait imprimer ; elle eſt
certifiée & fignée par les Officiers de
cette Amirauté dans l'Expedition en forme
qui nous en a été envoyée. Le Navire
la Marie de Grace étoit alors à la pêche
de la Moruë fur le banc de Terreneuve
, & c'eft ce même Guill. Laumofne
, contre Maître , qui apperçût le
premier l'Homme Marin , & qui l'examina
plus curieufement que tous les autres
pendant deux heures. Il rapporte
une circonftance par laquelle nous finirons
, & qui fait connoître qu'il n'auroit
tenu qu'aux gens du Navire de prendre
ce Monftre , s'ils n'avoient pas été faifis
de la peur . Le Capitaine me défendit ,
dit- il , de le frapp , mais je ne laiſſai
pas de le faire , & de lui donner fur
la
2660 MERCURE DE FRANCE.
la tête un coup de gaffe. Je vis alors le
Monftre s'avancer vers moi , je redoublai
de deux autres coups , ce qui ne l'empêcha
pas de faire tous fes efforts pour fe jetter
dans le Navires cela épouventa tellement
l'équipage que les Matelots fe fanverent
tous fur le Gaillard. J'attefte enfin que fi
on n'avoit pas eu peur de lui depuis les
10. beures jusqu'à midi qu'il a été le long
de nôtre bord , on l'auroit pris avec la
main, n'étant diftant du Navire que d'un
pied ou deux tout au plus.
G
PREMIERE ENIGME.
Entils fans fard , vigoureux fans audace ,
L'art nous forma : nature n'eut pû mieux.
Tel pour parer fes enfans avec grace ,
Enprunte encor nos habits , quoique vieux ;
En folatrant , menant efbas joyeux ,
Maints d'entre nous ont paffé pour lubriques,
Maints ont paru libertins vicieux ,
Les plus devots fe font faits heretiques.
DEUNOVEMBRE
1725. 2661
DEUXIE'ME ENIGME.
Ans crainte & fans effroi tout à coup
j'obscurcis ,
S Ans
La chofe la plus claire & la moins inconnuë ,
Mais en l'obfcurciffant toûjours je l'éclaircis ,
Et l'augmente toûjours quand je la diminuë,
Les deux Enigmes du mois dernier
ont été faites fur le verre à boire , & fur
le Danfeur de corde .
2
MMMMMMMMMMMMK
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &.c.
A
MOURS DE SAPHO de Mytilene.
A Paris , chez A. Cl. Briaffon , raë
S. Jacques , 1724. in 12 .
AMUSEMENS de la Compagnie , Ibid.
AVANTURES & vie de Robinſon Cru
foë , 1723. 3. vol . in 12. Ibid.
DICTIONNAIRE des Rimes. Par Richelet
, in 8 ° . A Paris , Ibid . 1721 .
DI2662
MERCURE DE FRANCE .
DIRECTEUR des Ames Penitentes ,
Ibid. in 12.
1
DISCOURS fur l'Eloquence , 1723 .
Ibid.
ELEGIES d'Ovide pendant fon exil ,
avec des Remarques , Lat. Franç. Ibid.
1724.
EPITRES ET EVANGILES pour toute
l'année , avec l'ordinaire de la Meffe.
Par un Benedictin. Paris , Ibid. 1722 .
EXILEZ de Mad. de Villedieu , Ibid.
GEOGRAPHIE du Pere Buffier , fig.
\Ibid.
GRAMMAIRE FRANÇOISE . Par le P.
Chifflet , in 8 ° . Ibid.
Lettres à M. *** pour fervir de Réponſe
au P. le Grand , & à la Differta .
tion fur la maniere dont les Benefices
fimples font acquis & poffedez par quelques
Congregations Religieufes. A Paris
, de l'Imprimerie de Jacques Vincent,
1725. in 12. p . 242. Ces Lettres font
bien écrites , & meritent d'ailleurs d'être
lûës.
DE
NOVEMBRE 1725. 2663
DE LA PERSPECTIVE PRATIQUE , avec
des Remarques fur l'Architecture , fuivies
de quelques édifices confiderables ,
mis en perfpective , & de l'invention de
P'Auteur. Ouvrage très- utile aux amateurs
de l'Architecture & de la Peinture.
Par M. Courtonne , Architecte . A Paris ,
rue Saint Severin , chez J. Vincent , in
fol. de 116.pges.
Le Heros , traduit de l'Eſpagnol de
Baltazar Gracien , avec des Remarques.
Dédié à M. le Duc de Bourbon. A Paris,
chez Noël Piffot , Quai des Auguftins ,
à la Croix d'Or , 1725. 1. vol . in 8 *
P. 368.
Le fonds de cet ouvrage , auffi bien
que la Traduction , & les Remarques
de l'Editeur , paroiffent, meriter l'attention
du Public , & n'avoir rien d'inferieur
à un autre ouvrage du même Auteur
Efpagnol , traduit & publié par le même
Editeur en 1723. nous en avons parlé en
fon temps,
Memoire pour fervir à l'inftruction
de l'Hiftoire naturelle des Plantes de
Ruffie , & à l'établiſſement d'un Jardin
Botanique à Saint - Petersbourg. Divife
en deux parties , par M. DESCHISAUX ,
1725.
Pre2664
MERCURE DE FRANCE.
Premiere Partie.
Cet ouvrage n'eft que l'eflai d'un plus
grand , qui eft projetté & annoncé par
l'Auteur , lequel apres avoir rendu raifon
du fujet de fon voyage en Ruffie ,
où il n'a pû obferver les plantes des environs
de Saint - Petersbourg , les quatre
derniers mois.de fon féjour dans cette Capitale
, à caufe des neiges , entre dans la
Critique des Auteurs & des Voyageurs
qui ont parlé de la Ruffie , lefquels n'ont
traité que vulgairement des plantes communes
; & s'ils ont voulu faire mention
de plantes un peu extraordinaires comme
de l'agneau fcytique , ou bonares , plante
moitié animal , qui dévore toute l'herbe
qui fe trouve autour d'elle , & qui n'eft
autre chofe ( felon M. Geoffroy le Medecin
) qu'une efpece de fougere , arbre
qui par fon ombrage empêche de croî're
les herbes autour d'elle , de la rhubarbe
d'Aftracan , qui n'eft auffi peut être
qu'une efpece de Rapontic , ou de Patience
, ils fe font copiez les uns les
autres .
·
L'Auteur fait un brief- état des Sçavans
modernes de cette nouvelle Athénes
, des raretez de la nature & de l'art ,
que Sa Majefté Czarienne a fait recueillir
dans fes differens voyages , avec un
choix fingulier & des travaux infatigables,
dans
NOVEMBRE 1725. 2665
dans la chambre des raretez , appellée en
Ruffen cons cambre , de fa nombreuſe
Bibliotheque fur toutes fortes de matieres
arrangée methodiquement ; il entre
dans un détail des plantes plus particulieres
qu'il a obſervé autour de Peter f
bourg ; fçavoir , le ciftus rorifmarini
folio ou rofinarin fauvage , un ales dans
les eaux qui pourroit bien être Laizoon de
Emery , page 20. arum palustre arundinacea
radice , de la racine de cette
plante les Chinois font du pain dont
ils fe nourriffent dans la difette des vivres
ordinaires , vitis idea foliis non
crenatis . Les mêmes Chinois s'enyvrent
du jus de fon fruit pour oublier leur
chagrin , cicuta aquatica , dont la racine
eft un poifon pour les hommes , peutêtre
le vaccinia paluftris on loxicoccus
qui eft un petit fruit rouge femblable à
celui du vitis idea que les Ruffiens mangent
affez communément , il s'appelle
dans le pays brouffenit , & eft décrit dans
un Auteur de la cons -cambre qui fait mention
de l'avoir obfervé à Archangel :.
l'Auteur rapporte auffi le catalogue des
Mineraux , Animaux & Vegetaux qui fe
trouvent en Ruffie , extrait pour la plus
grande partie des Auteurs & Voyageurs
de ce vafte Empire.
Il pourfuit les differens moyens qu'il
veut
2666 MERCURE DE FRANCE.
veut employer four perfectionner l'Hif
toire naturelle de ces climats feptentrionnaux
, dont le principal eft la conftruction
d'un jardin botanique où l'on cultivera
particulierement les plantes qui
croiffent dans le pays .
Deuxième Partie.
Il paroît par les avantages que l'on
fait à l'Auteur , & par la compofition de
cette deuxième partie , à laquelle il a été
engagé par le premier Medecin de Ruffie,
que l'on eft dans l'intention de former
cet établiffement dans cette Capitale de
l'Empire.
L'Auteur foutient que les grands froids
ne font
pas un obftacle à la multiplication
des plantes , au moins de celles du
pays , il donne le plan de fon jardin botanique
; & après avoir refuté pour l'ordre
des plantes les fyftêmes des differens methodistes
, il s'arrête à celui de M. Tournefort
corrigé , il ajoûte corrigé à caufe
des tranfpofitions & des fautes confiderables
, felon M. Vaillant , que les grandes
occupations de cet illuftre Botanifte
de la France , & l'étenduë de la matiere
qu'il a embraffée lui ont fait commettre ,
qu'il faut attendre la perfection de cette
methode des foins , & des veilles d'un
Bota
NOVEMBRE 1725. 2667
Botanifte confommé par des obfervations
d'une longue fuite d'années .
Le refte de cette deuxième partie n'eſt
qu'une diftribution de toutes les parties
de fon jardin , de la clôture des eaux
qu'il faut diftribuer dans plufieurs baffins
par des canaux ou tuyaux aboutiffans aux
deux rivieres qui environnent le terrain.
deftiné pour cet établiſſement .
Il faut bien prendre garde de ne pas
trop donner d'ombrage aux plantes neceflaires
par une multiplication d'arbres
inutiles , il ne faut pas qu'elles foient
privées de l'influence de l'air , furtout
dans les heures que le Soleil paroît.
L'Auteur après avoir déterminé l'étendue
qu'il veut donner à fon jardin ,
rapporte les differentes manieres d'augmenter
le nombre des plantes , & de les
faire vegeter par une varieté de culture
merveilleufe , dont la meilleure , &
la plus prompte , mais auffi la plus labcrieufe
, eft la tranſplantation des plantes
des jardins & de la campagne , dans le
jardin botanique.
La clôture de cet ouvrage contient
les livres principaux de la Botanique
dont doit être pourvûr le Botaniste qui
aura la direction de cet établiſſement ;
fçavoir , inftitutiones rei herbaria de M.
Tournefort , le Pinax de Gafpard Bau-
F hin ,
2668 MERCURE DE FRANCE .
bin, l'Hiftoire des Plantes ; par Jean Bauhin
, Comelin pour les plantes graffes ou
pleines de fuc , telles que font ces aloës
les opuntia , & les autres .
A la fin de cet imprimé eft la verſion
latine de cette deuxième partie du Memoire.
ARCHITECTURE HISTORIQUE , par M.
Bernard Fifeher , reprefentant en 93 .
planches , gravées en taille- douce par les
plus habiles Maîtres , plufieurs bâtimens
antiques , Juifs , Egyptiens , Syriens ,
Perlans & Grecs : plufieurs autres Bâtimens
antiques moins connus que les premiers
; les plus celebres Bâtimens Arabes
& Turcs , comme auffi plufieurs deffeins
de l'Architecture Perfane moderne
, Siamoife , Chinoife & Japonoife :
avec quelques Bâtimens de l'invention
& de l'execution de l'Auteur , & divers
vafes antiques , Egyptiens , Grecs , Romains
& modernes . Le tout accompagné
d'une explication hiftorique , tirée des
meilleurs Hiftoriens & Voyageurs anciens
& modernes . A Leipfic , 1725. in
fol. en large.
LES OEUVRES du Pere René Rapin ,
Jefuite , qui contiennent les comparaifons
des Grands Hommes de l'antiquité
qui
NOVEMBRE 1725. 2669
qui ont excellé dans les Belles- Lettres ;
des Réflexions fur l'Eloquence , la Poëtique
, l'Hiftoire & la Philofophie , & c.
L'Efprit du Chriftianifme , l'Importance
du Salut , la Foi des derniers fiecles , la
vie des Prédeftinez . Neuviéme Edition ,
augmentée du Poëme des Jardins . A la
Haye , 1725. 3. vol . in 12.
RECUEIL de penfées du Comte J. O,
fur divers fujets. A Francfort , 1722 .
5. vol . in 80 fe vend à Paris , rue
S. Jacques , chez Cavelier.
ANECDOTES Secrettes de l'Empire
Othoman , 1722 . Amfterdam , & ſe
vend à Paris , ruë S. Jacques , chez Briaf
fon , 2. vol. in 12 .
GENIES ANGLOIS , ou l'Hiftoire des
Révolutions de la Grande Bretagne . A
Dublin , 1723. in 12. fe vend chez
Le mê ne.
HISTOIRE de Louis XIV . par Larray.
A Amfterdam , & fe vend , idem.
in 89 1723.
9. vol.
HISTOIRE & Avantures de Dona
Rufine , Courtifane de Seville. Ibid. 2 .
vol . in 12. avec fig.
Fij
Mr2670
MERCURE DE FRANCE.
+
MEMOIRES de Brantome. Ibid. 10. vol.
1722.
MENTOR MODERNE , Difcours fur les
Moeurs du fiecle. Par Adiffon , traduit
de l'Anglois. A la Haye , ibid. 1723 , 3 .
vol. in 12 .
REFLEXIONS fur les Mathematiques ,
avec l'Arithmetique démontrée , &c.
Amfterdam , 1725. Par M. Crouzas , in
12. ibid.
André Cailleau , Libraire à Paris ,
Place Sorbonne , fe prépare à imprimer
un ouvrage , que le R. P. Caftel , Jefuite
, a compofé fur les Coquillages . Les
Gens de Lettres qui voudront communiquer
leurs Memoires & leurs Obfervations
fur cette matiere , avec la defcription
abregée des Coquillages , & des Petrifications
Marines , qu'ils poffedent ,
pourront les adreffer au Libraire cité
cy-deffus. On fera mention des chofes
communiquées , & des perfonnes qui les
auront procurées. Le même Auteur donnera
auffi une idée de tous les cabinets
curieux en ce genre , qui font en France
, & ailleurs. Et afin que l'on fçache
quelle efpece de Memoires & d'obfervations
on pourra communiquer , voici
le
NOVEMBRE 1725. 2671
le deffein du P. Caftel . Il divife fon ouvrage
en deux parties . La premiere contient
la Defcription & les figures d'une
infinite de Coquillages avec toute leur
Hiftoire naturelle. La feconde renferme
'Hiftoire Philofophique & raifonnée des
Coquillages , c'eft - à - dire , leur generation ,
tant de ceux qu'on trouve dans les Mers,
que de ceux qu'on trouve partout dans
les terres , & fur les montagnes , les plus
hautes , & les plus éloignées de la Mer.
A l'occafion des premiers , l'Auteur donne
le fyftême , ou plutôt l'Hiftoire fyftêmatique
, de la generation des Corps
organifez en general , & des infectes , &
des Coquillages en particulier. A l'occafion
des feconds il développe fon fyftême
d'organiſation , & de circulation terreftres
, pour montrer que les Coquillages,
ou plutôt les Coquilles qu'on trouve
dans les terres , & fur les plus hautes
montagnes , y ont éte portées , & y font
tous les jours portées de nouveau ( comme
les eaux , qu'on trouve fur ces montagnes
, & qui en découlent ) par voye
de circulation fouterraine.
Jean Villette , fils , Libraire , rue Saint
Jacques , à S. Bernard. Vient d'imprimer
& vend actuellement un Calendrier choi-
·Si pour l'année 1726. contenant un Abregé
Fij des
1672 MERCURE DE FRANCE
J
des chofes les plus utiles dans le commerce
& pour l'ufage de la vie civile , enrichi
de Cartes Geographiques , d'une Table de
la distance des principales Villes du Royau
me entre elles , & d'un nouveau plan de
Paris réduit , dont l'ufage eft fort étendu
, quoiqu'en foi il paroiffe fort petit .
Le même Libraire avertit le Public
que le temps de la Soufcription pour les
Negociations de la Paix de Munſter &
d'Osnabrug , en 4. volumes in folio , dont
il a donné le projet dans les Journaux
précedens , fera fermé au premier Janvier
1726. Ainfi ceux qui voudront
jouir du benefice accordé aux Soufcripteurs
, peuvent encore fe précautionner
là- deffus. L'on délivre prefentement les
deux premiers volumes à ceux qui foufcrivent
pour les deux derniers , lefquels
paroîtront au commencement de 1726.
On trouve chez le même les Livres
fuivans , imprimez nouvellement en
Hollande.
Joannis Keill , M. D. Regia Soc.
Lond. Socii in Acad . Oxon. Aftronomia
Profefforis Saviliani Introductiones ad
veram Phyficam & veram Aftronomiam .
Quibus accedunt Trigonometria. De viribus
centralibus . De legibus attractionis.
Lugd. Batavorum , 1725. in 4° cum fig.
Chriftiani Hugenii Zulichemii dum
viveret
NOVEMBRE 1725. 2673.
viveret Zelemii Topatchæ , Opera varia
. Lugd. Bat . 1724. in 4° 2. vol.
cum fig.
Les faveurs & les difgraces de l'Amour
, ou les Amans heureux , trompez
& malheureux . Hiftoires Galantes . A la
Haye , 2. vol . in 12. avec fig.
Ultima verba factaque & ultimæ voluntates
morientium Philofophorum virorumque
& foeminarum illuftrium nec
non Imperatorum , Regum , Principum .
Item fummorum Pontificum , S. R. E.
Cardinalium , Epifcoporum , Sanctorum ,
& c. Plurimis è Scriptoribus defcripta ,
compilata , collecta , ordine alphabetico
difpofita , & variis è linguis in Latinam
linguam tranflata , ftudio & opera Jacobi
de Richebourg , Jurifconfulti Antuerpienfis
, fol . 2. vol. Antuerpiæ, C'est- àdire
, les derniers momens , ou les dernieres
paroles , actions & volontez des
Philofophes , & autres perfonnes illuf
tres des deux fexes , & c. des Empereurs,
Rois , Princes , &c. des Papes , Cardinaux
, Evêques , Saints , &c. recueillis
& compilez d'un grand nombre d'Auteurs.
traduits en Latin , & diftribuez par
ordre alphabetique , par les foins de Jacques
de Richebourg , Jurifconfulte d'An .
vers , 2. vol. fol. A Anvers .
Fiiij Le
2674 MERCURE DE FRANCE .
Le troifiée Tome du Gallia Chriftia
na , dont nous avons parlé au mois de
Juin dernier dans l'éloge du R. P. de
Sainte Marthe , fe débite à l'Imprimerie
du Louvre . Ce volume contient les trois
Metropoles de Cambray , de Cologne &
d'Embrun , avec les Evêchez fuffragans
& les Abbayes qui en dépendent. On y
trouve d'abord , outre la table des Archevêchez
, Evêchez & Abbayes , contenuës
dans ce tome , trois Chapitres , qui
comprennent les changemens arrivez
dans le Clergé depuis l'impreffion de ce
volume , & des deux précèdens : enfuite
un pareil nombre de Chapitres , d'additions
& de corrections fur les 3. 2. & I.
tomes , où l'on remarque avec plaifir, que
l'illuftre Auteur ne s'cft point épargné , &
qu'il corrige avec beaucoup d'exactitude
tout ce qui avoit pû échapper à fes premieres
recherches. Tout le refte eft dans
le même ordre que dans les premiers
tomes. Le quatriéme s'imprime actuellement
, & l'ouvrage eft continué par les
foins des RR. PP. Dom Jean Thiroux ,
D. Jofeph Duclou , & D. Felix Hodin ,
affociez depuis long- temps aux études
du R. P. de Sainte Marthe.
L'explication du cachet de bronze antique
, dont nous avons parlé dans le
Mercure du mois d'Aouft dernier , a
NOVEMBRE . 1725. 2675
paru ingenieuſe à quelques Antiquai-
-res . Nous avons cependant reçû une autre
explication du même cachet . Je me
fuis attaché , dit celui qui nous l'envoye,
à quelque chofe de plus fimple , & je
crois que c'étoit le cachet d'une Sextia
Pythia , fille d'un Butius , ou Bution.
Quoiqu'il n'y eut point de T. dans Sextia
, dont je ne fais qu'un mot , je crois
qu'il peut être imperceptiblement au
haut de la Lettre I. par une espece de
Monogramme ou Chiffre , qui eft ordinaire
dans certaines Medailles & monumens
antiques.
Le 25. du mois d'Aouft dernier , jour
de S. Louis , l'Académie de Bordeaux celebra
, fuivant fa coutume , la Fête du
Roi dans la Chapelle du College de
Guyenne. M. l'Abbé Defcors , Chanoine
de la Collegiale & Académicien Affocié,
y prononça le Panegyrique du Saint avec
beaucoup d'applaudiffement . I fit voir
dans la premiere partie que Saint Louis
avoit rehauffé la gloire du Trône par la
fimplicité des oeuvres de la Foi : par,
ce qu'il avoit fçû fe garentir des dangers
du Trône par les exercices de la penitence
& de l'humilité Chrétienne , exercices
qui nous rendent veritablement
grands aux yeux de tous les hommes :
FV
2
2676 MERCURE DE FRANCE.
par
2 ° parce qu'il avoit rempli tous les de
voirs du Trône par des hommages d'adoration
& de fidelité à l'égard de Dieu ,
& par des foins de bonté & de fecours à
l'égard de fes peuples. Car il eft également
glorieux à un Prince de rendre un
culte religieux au Souverain Etre , & de
devenir lui-même les délices & le pere
de fes fujets. Dans la feconde partie . M.
l'Abbé Defcors prouva que Saint Louis
avoit accredité les oeuvres de la foi par le
heroïfme propre de la Royauté : 1 ° parce
qu'il les foutint par la fageffe de fon
gouvernement : 2 ° parce qu'il les releva
fa valeur dans les combats : 3 ° parce
qu'il les honora par fa conftance dans les
épreuves. Dans l'expofition de ces differentes
preuves l'Orateur fit fentir avec
force que les vertus Chrétiennes loin
d'affoiblir la prudence , éclairent l'ame ,
& que les vûës d'intereft nous faifant
agir avec précipitation & avec défiance ,
nous donnent moins d'habileté que les
maximes de la Religion qui nous infpirent
de la moderation , & un genereux
defintereffement . En décrivant les actions
de courage & de bravoure de S. Louis ,
il fit voir que la douceur de la devotion
n'excluoit aucun des caracteres de la valeur
; mais qu'elle l'animoit , & qu'elle
la rafluroit dans les perils contre les horreurs
NOVEMBRE 1725. 2677
reurs de la mort . Enfin en expofant les
circonftances de la captivité de S. Louis ,
& fa noble majefté au milieu des fèrs ,
l'Orateur conclut que la conftance qui a
la foi pour principe eft au -deffus de la
fierté qui naît de l'orgueil . M. l'Abbé
Defcors termina ce Difcours par une
Priere éloquente qu'il adreffa au Saint
pour attirer les benedictions du Ciel fur
le Mariage de nôtre jeune Monarque
avec la plus vertueufe Princeffe de l'Europe.
Le 13. de ce mois le fieur Delifle ,
Aftronome , Profeffeur de Mathematique
au College Royal , & Membre des
Académies des Sciences de France , d'Angleterre
& de Prufe , partit de Paris
pour fe rendre à S. Petersbourg , à · la demande
de la Czarine . Son frere Delifle
de la Croyere , auffi Aftronome , & de
l'Académie Royale des Sciences , l'accompagne
dans ce voyage . Il y a déja
quelques années que le Czar dans le deffein
de fonder une Académie des Sciences
en Ruffie , avoit invité le fieur Delifle
de venir à S. Petersbourg pour don
ner fes lumieres & fes réflexions fur cet
établiffement , pour y fonder un Obfervatoire
, y ordonner les ouvrages &
les inftrumens neceffaires à cette Acadé-
F.vj mie
2678 MERCURE DE FRANCE.
mie , & à cet Obfervatoire , & pour
faire lui -même les Obfervations Aftronomiques
qu'il jugeroit à propos . Depuis
ce temps - là ce Prince a fait conftrui
re deux belles maifons , l'une pour fon
Académie , & l'autre pour fa Bibliotheque
, & a fait élever un Obfervatoire ,
dont il a conduit lui - même le bâtiment ,
& qu'il a vû finir avant fa mort . Les
avantages que le fieur Delifle efpere tirer
de ce voyage pour l'avancement de
l'Aftronomie dans un climat fi different
de ceux des autres Obfervatoires , & la
correfpondance de celui - la avec celui de
Paris l'ont enfin déterminé à cette entreprife
, furtout ayant engagé le fieur Delifle
de la Croyere fon frere , de l'aider
dans les Obſervations pour rendre cet
établiffement encore plus utile aux Sciences.
En faveur, de cet avantage les fieurs
Delifle ont obtenu par deux Brevets du
Roi l'agrément & la permiffion de Sa
Majefté de s'abfenter pendant quatre ans,
avec la confervation de leurs places &
de penfions qui y font attachées.
On mande de Suiffe que M. Bernouli
le fils eft parti il y a quelques mois pour
fe rendre auffi en Ruffie , & y exercer
fes grands talens dans la Geometrie.
Le Mercredi 14. Novembre l'Académie
NOVEMBRE . 1725. 2679
mie Royale des Sciences fe raffembla ,
& felon la coutume cette premiere Affemblée
fut publique . M. de Fontenelle ,
Secretaire perpetuel de cette Académie ,
y lût l'Eloge du feu Czar , qui étoit honoraire
de cette Académie.
M. Geofroy , l'aîné , lût enfuite un
Memoire , dans lequel il donne le moyen
de faire la couleur , appellée bleu de
Pruſſe , ainſi nommée , parce qu'on la tire
de ce pays- là. M. Geofroy donne dans ce
Memoire un moyen plus fimple que ceux
qui étoient connus , pour parvenir à la
compofition de cette couleur .
La féance finit par la lecture d'un Memoire
de M. Dufay fur la Catoptrique ,
dans lequel il rapporte plufieurs experiences
qu'il a faites fur des miroirs concaves
, de differentes figures , placez à
differentes diſtances , & qui réflechiſ
fent les rayons de lumiere qui partent
d'un de leurs foyers , & vont le réunir
en un autre point où ils brûlent les matieres
que M. Dufay y expoſe.
M. de Lagny , Directeur prefidoit à
cette Affemblée , en l'abfence de l'ancien
Evêque de Frejus , Preſident , & de M.
l'Abbé Bignon , Vice - Prefident , qu'une
indifpofition a empêché de s'y trouver .
On donnera des Extraits de ces Memoires
, & on parlera dans le Mercure
pro2680
MERCURE DE FRANCE.
prochain de l'Affemblée publique de l'Académie
Royale des Belles - Lettres , & c.
EEXXTTRRAIT d'une Lettre de M. de Seigneux
, Confeiller au Confeil de Lauzanne,
en Suiffe, du 5. Septembre 1725.
aufujet d'un évenement extraordinaire ,
dont il eft parlé dans le Mercure du
mois d'Avril dernier.
La
1
'Avanture du Païfan eft . averée
avec cette difference que ce ne fut
pas lui-même qui fe fit l'operation , mais
un autre Païfan qui avoit été Sergent
dans nos troupes Suiffes en Hollande , &
qui s'étoit trouvé prefent à une operation
pareille , fans avoir eu aucun principe
ni leçon d'aucun Chirurgien . Il fit
cependant avec une ferpette l'operation
du haut appareil fans les précautions accoutumées
, tira une groffe pierre de la
veffie , & guerit fon malade par des applications
fort fimples. Ce malade qui
s'appelle Bulart de Gimel eft encore vivant
au Village de Burfins , à une lieuë
de Rolle & du Lac Leman . Son nom
avec des particularitez plus précifes de
cette cure ont été envoyés à Mts de l'Académie
Royale des Sciences.
On mande de Madrid que dans les tra
vaux
NOVEMBRE 1725.
OVEMB 2681
vaux qu'on fait pour applanir les montagnes
, & conftruire un grand chemin
entre l'Efcurial & S. Ildefonſe , on a
trouvé en faifant fauter les veftiges d'un
ancien bâtiment 112. Medailles de divers
Empereurs & Confuls Romains .
Entr'autres deux Othons en bronze , &
une de Fauftine en or , avec ces mots
pour Legende , Fauftina Diva Augusta ,
& au Revers , Diva aternitas.
que
On mande de New- caftle , de Carliſle
& de Fawkirk dans la Grande Bretagne ,
M. Alexandre Gourdon , Bourgeois.
d'Aberdeen , Membre de la Societé des ·
Antiquaires de Londres , avoit achevé de
mefurer & de lever le plan de la muraille
que les Empereurs Severe & Adrien
firent bâtir , pour feparer l'Angleterre
de l'Ecoffe , & arrêter les courfes des
anciens Pictés , & qu'il devoit bien- tôt
fe rendre à Londres pour faire imprimer
ce grand ouvrage par foufcription , fous
le titre d'Itinerarium feptentrionale , qui
renfermera auffi le plan de la chauffée de
Graham , avec les camps des Romains ,
& quelques autres monumens d'antiquité.
On apprend de Lisbonne que M. Louis
Baden , Anglois , a ouvert depuis peu une
Acadé
2682 MERCURE DE FRANCE.
Académie publique dans l'Hôtel du Comte
de Saint Michel , où il expliquera les
fyftêmes des Philofophes anciens & modernes
, & donnera des leçons de Mathematique
, d'Optique , d'Hydraulique ,
& des autres parties de la Phyfique.
On écrit de Florence que M. Lifon ,
Secretaire d'Ambaffade de l'Empereur , y
a acheté des PP. Chartreux un Manuf
crit Grec très - ancien , des ouvrages de .
Platon qu'on a trouvé dans leur Bibliotheque
, & qui doit être mis dans celle de
S. M. I. qui en a fait payer 300. piftoles.
Le z. Octobre les Princes de Baviere ,
accompagnez du Comte de Charolois , &
conduits par M. de Cotte , Premier Architecte
, Contrôleur des Bâtimens du
Roi , allerent aux Galleries du Louvre
pour y voir les rares ouvrages dans divers
genres , que font les excellens Maîtres
, de differente profeffion , qui y font
logez .
Ils commencerent par voir l'Imprimerie
Royale , conftruite depuis fon établiffement
à l'extrêmité de la grande Gallerie
, proche de la Monnoye des Medailles
; elle a été mife depuis peu dans un
nouvel ordre avec beaucoup de dépenfe
& de goût , par les ordres du Duc d'Antin
, Surintendant des Bâtimens du Roi.
M.
NOVEMBRE 1725. 2683
M. Anillon , Libraire , qui en a la Direction
depuis quelques années , & dont la
capacité eft connue , n'oublie rien de
tout ce qui peut contribuer à la perfectionner.
M. Defnoyers , Secretaire d'Etat , &
Şurintendant des Bâtimens , fi on ofe le
dire ici en paffant , qui cultivoit les beaux
Arts avec un foin extrême , & qui les
foutenoit de tout fon credit , eft le preinier
qui établit l'Imprimerie Royale ,
vers l'an 1640. Les impreffions magni-"
fiques qui en font forties ont été admirées
de toute l'Europe .
Ces Princes allerent enfuite chez M.
Coypel , Peintre de l'Académie , & Garde
des deffeins du Roi. Ils virent divers
ouvrages de ce Peintre , & parcoururent
plufieurs Porte feuilles des deffeins des
plus grands Maîtres .
Ils entrerent enfuite , en parcourant le
Corridor ou petite Galerie , chez M. Bâ¬
lin , Orfevre , où les Princes virent
beaucoup d'ouvrages d'Orfevrerie , d'une
grande beauté.
Chez M. du Vivier , Graveur de Medailles
, qui leur fit voir des poinçons &
carrez avec leurs empreintes , & un modele
en cire , pour une grande Medaille ,
du portrait de la Reine , qu'il a fait depuis
peu , & qu'on trouva très - reffemblant
, & très -beau. Chez
>
2684 MERCURE DE FRANCE .
Chez M. Reniers , Armurier , qui
étala des Fufils fort ornez , & d'un travail
infini , des Piftolets , des Fournimens
, & autres uftenciles de Chaffe.
Chez M. Boule , Ebenifte , où l'on vit
des ouvrages de Marqueterie , & en bronze
, d'une grande magnificence.
Chez M. Germain , Orfevre , entre
plufieurs excellens ouvrages d'Orfevrerie
, on vit le Calice d'or prefque
achevé , qui avoit été ordonné par le feu
Electeur de Cologne , oncle de ces Princes
. Ce morceau fait beaucoup d'honneur
à cet excellent Maître, & peut fatisfaire le
goût des plus délicats , & des plus habiles .
Ils virent chez M. d'Hermand les curiofitez
, prefque en tout genre , dont fon
cabinet eft rempli.
Les Princes pafferent enfuite dans les
fales de l'Académie Royalé de Peinture
& Sculpture ; & après en avoir vû les
Tableaux , les Statues , Bas- reliefs , &t.
ils allerent pour la feconde fois voir les
plans qu'on garde dans la galerie , dont
la longueur eft de 227. toiles , & de 4.
toifes 5. pieds de largeur .
Ces plans reprefentent en relief les
principales Fortereffes de l'Europe , particulierement
celles du Royaume. Ils
font placez dans la partie de la galerie la
plus proche du Louvre . On en compre
enviNOVEMBRE
1725. 2685
environ 160. entre leſquels il y en a qui
ont coûté de très - grandes fommes . On y
voit marqué en relief jufqu'aux moindres
parties des travaux & des édifices particuliers
des Villes & des places de guerre
, ce qui eft d'autant plus curieux qu'il
ne fe voit rien ailleurs de pareil. M. Jean
Berthier a conftruit la plupart de ces
plans avec une intelligence , & une
patience admirable.
Les illuftres dans leur profeffion , dont
on vient de parler , & plufieurs autres
que nous n'avons pas eu occafion de nommer
, ont leurs atteliers fous la grande
galerie. Ces logemens leur font accordez
par brevet du Roi , avec diftinction ,
pour animer & récompenfer leur habileté.
Le Roi Henri le Grand a accordé le premier
cette grace à quelques illuftres de
fon temps. Par des Lettres, Fatentes du
22. Decembre 1608. il leur donna le
Privilege de travailler pour le Public ,
indépendemment de tous les autres Maîtres
de Paris & du Royaume , fans être
fujets à vifite , & de faire des apprentifs
qui peuvent s'établir où il leur plaît , ce
qui a été confirmé par plufieurs Arreſts
du Confeil rendus depuis ce temps - là .
L'expofe de ces Lettres Patentes qui
nous font tombées entre les mains , nous a
paru fingulier. Le voici :
Com2686
MERCURE DE FRANCE.
Comme entre les infinis biens qui font
caufez par la paix , celui qui provient de
la culture des Arts , n'eft pas des moindres
, fe rendant grandement floriffans par
icelle , & dont le Public reçoit une trèsgrande
commodité : nous avons eu auffi cet
égard en la conftruction de notre galerie
du Louvre , d'en difpofer le bâtiment en
telle forme que nous y puffions commodement
loger quantité des meilleurs ouvriers ,
plus fuffifans Maîtres qui fe pourroient
recouvrer , tant de Peinture , Sculpture ,
Orfevrerie , Horlogerie , Infculptures en
pierreries , qu'autres de plufieurs excellens
Ats , tant pour nous fervir d'iceux,
comme pour être par ce même moyen employez
par nos fujets en ce qu'ils auroient
befoin de leur industrie, & auffi pour faire
comme une pepiniere d'ouvriers, de laquelle
fous l'apprent ffage de fi bons Maîtres il
en fortiroit plufieurs , qui par après le répandroient
par tout notre Royaume , & qui
fçauroient très bien fervir le public , &c.
Le Prince Electoral de Baviere , & le
Prince Ferdinand fon frere , accompagnez
de M. le Comte d'Albert , & de plufieurs
Seigneurs Allemands , & conduits par
M. d'Ofmond , Premier Gentilhomme
du Duc de Bourbon , allerent le 19. Octobre
dernier vifiter le cabinet du fieur
Paul
NOVEMBRE. 1725. 2687
Paul Lucas , Antiquaire du Roi , & Maréchal
des Logis de feu Madame la Dauphine
, fi connu par fes voyages en Levant
, d'où l'on fçait qu'il a rapporté un
grand nombre de raretez qui ont enrichi
le cabinet du Roi .
Il a compofé pour lui - même un cabinet
très - curieux de Medailles , pierres
gravées , agathes , & autres pierres Orien
tales de toute efpece , bronzes & marbres
antiques , coquilles rares & fingulieres.
Il a outre cela un Herbier qui contient
près de 3000. plantes toutes differentes
& un Droguier où l'on voit plufieurs.
animaux très curieux , des mineraux , des
congelations , des vafes précix , un
Bezoard Oriental le plus beau qu'on ait
jamais vû , & beaucoup d'autres productions
de la nature , des armes de differentes
nations & de beaux Tableaux .
Ces Princes admirerent auffi quantité
de cruches fecondes d'Egypte , qui produifent
en moins de 5. jours toutes fortes
de verdures , & de petites falades ad- .
mirables. Nous parlerons plus amplement
de ces vaiffeaux finguliers .
Les deux Princes qui demeurerent
près de trois heures à examiner toutes les
curiofitez en parurent très fatisfaits . Le
fieur
2638 MERCURE DE FRANCE.
"
fieur Paul Lucas leur offrit du Serkis ,
les Princes en goûterent , & trouverent
cette boiffon très -agréable , ils en emporterent
une provifion que le fieur Paul Lucas
les pria d'agréer , & le Prince Electoral
, pour lui marquer fa fatisfaction ,
lui fit prefent d'une belle montre d'Angleterre
à repetition .
* Le Serkis eft une petite Plante cotonnée ,
dont on prend l'infufion comme celle du Thé ,
elle a un goût très - agréable. Celui dont les
Sultanes du Serrail ufent , eft cultivé auprès de
la Mecque. Le Serkis dont il eft ici queſtion a
été apporté par le fieur Paul Lucas de l'Arabie
Petrée.
Le Pere D. Ange Quinquet , Theatin ,
Prédicateur ordinaire du Roi , mourut à
Paris le 22. Octobre 1725. âgé de 51 .
ans. Il étoit natif de Soiffons , d'une des
plus honorables familles de cette Ville ,
& dès l'âge de 16. ans il entra dans la
Congregation des Theatins , où il donna
dès la jeuneffe de très -grandes efperances
de ce qu'il devoit être un jour. A peine
avoit- il achevé fes études de Theologie
, qu'il fe dévoüa tout entier au minif
tere de la Prédication , & l'on peut dire
de lui , à la lettre , qu'il commença avec
plus de fuccès que les autres ne finiffent .
Il n'avoit pas plus de 25. ans qu'il rempliffoit
NOVEMBRE 1725. 2689
*
pliffoit avec éclat les premieres Chaires
de Paris , & à peine en avoit- il trente
qu'il fut nommé pous prêcher à la Cour,
où la douceur de fon éloquence , & fa
maniere de prêcher , pleine de graces &
d'onction , plûrent infiniment au feu Roi ,
qui l'honora de ſa bienveillance. Il a continué
pendant vingt- cinq ans à la Cour
& à la Ville avec un applaudiffement
toûjours égal ; & ce qui lui avoit acquis
une eftime generale , c'eft qu'il a toujours
foutenu la parole de fon exemple ,
& honoré fon miniftere par la regularité
de fes moeurs .
Nous avons parlé dans le mois d'Aouft
de nouveaux Ecrans donnez par Rondet ,
comme d'un meuble utile dans cette faifon
, & propre auffi à orner l'efprit par
le choix des matieres qui les compofent.
Le fuccès ayant répondu à ce qu'on en
devoit attendre , Rondet vient de donner
huit nouvelles feuilles , dont fept contiendront
les évenemens du Regne de
Loüis XIV. recueillis avec beaucoup de
foin , & rangez par ordre alphabetique ,
ce qui ne peut être que très- commode
pour fe rappeller les nombreux ' exploits
de ce grand Monarque , dont il eſt
comme impoffible, fans ce fecours , de retenir
toutes les dattes & toutes les circonftan2690
MERCURE DE FRANCE.
conftances qui font exactement rapportées
dans ces Ecrans. Le huitiéme eft autant
curieux que tous les autres font utiles
. Il contient d'un côté l'origine de la
Maifon du Roi Stanislas , & de fes Armes
, & de l'autre côté eft la Genealogie
de nôtre Reine. Le fieur Rondet , Libraire
demeure rue S. Jacques , au Com..
pas , près la Fontaine S. Severin .
Le fieur Briart , demeurant ruë de la Harpe,
vis -à-vis la Croix de Fer , y fait toûjours un
débit confiderable de fes cuirs à repaffer les
rafoirs. L'experience en a appris l'utilité ,
furtout à ceux qui fe rafent eux - mêmes , qui
font en voyage , ou éloignez des Villes. Avec
ce fecours on n'a nul befoin de pierre à repaffer.
On avertit qu'on les contrefait. Afin
qu'on n'y foit point trompé , le fieur Briart
donne l'explication pour l'ufage & la durée
de ces cuirs , écrite de fa main.
Le veritable Suc de Regliffe & de Guimauve
qui guerit le Rhume , fortifie la poitrine ,
détache & fait cracher la pituite , fe vend de
l'aveu & approbation de M. le Premier Medecin
de Sa Majefté , chez Mademoiſelle Defmoulins
qui feule en a le fecret. Elle demeure
prefentement rue Guenegaud , Fauxbourg
S. Germain , chez un Boulanger , près la ruë
Mazarine , au premier appartement.
CHANT
生
Air, Sericu
அ
B
Oiseaux, Sitou
NOVEMBRE 1725. 2691
**: *********** : **
CHANSON
De M. de Bruéys.
Ifeaux ,fi tous les ans vous quittez ces
Dès que le trifte Hyver dépouille nos bocages,
Ce n'eft pas feulement pour chercher des ombrages
,
Ni pour éviter les frimars ;
Mais c'eft que vôtre deftinée ;
Ne vous permet d'aimer qu'en la faifon des
fleurs ,
Et quand elle a paſſé , vous la cherchez ailleurs
,
Afin d'aimer toute l'année.
L
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique donna
le 6. de ce mois la premiere repreſentation
de Telegone , Tragedie . Les
applaudiffemens qu'on a donnez à cette
Piece en font efperer un grand fuccès.
L'Auteur Anonyme de ce Poëme , a pris
G Тол
2692 MERCURE DE FRANCE.
fon fujet dans Dictys de Crete. Voici ce
que ce celebre Scholiafte en dit dans fon
fixiéme Livre :
Ulifle troublé par des augures , & par
des fonges , confulta les oracles des Dieux ,
qui fui répondirent qu'il devoit fe garder
de fon fils . Ses foupçons tombant ſur
Telemaque , il l'éxila. Cependant Telegone
, fils d'Uliffe & de Circé vint en
Itaque pour fe faire reconnoître à ſon
pere , les Gardes lui ayant voulu défendre
l'entrée du Palais d'Uliffe , il fe mit
en état de s'y faire jour malgré eux.
Uliffe accourut au bruit ; & ne doutant
point que ce ne fut quelque affaffin envoyé
par fon fils Telemaque pour le
tuer , il lui darda une lance qui ne le
frappa point ; mais Telegone , fans le connoître
, lui lança un javelot dont il fut
mortellement bleffé . Uliffe expirant lui
demanda qui il étoit , il apprit que c'étoit
un fils qu'il avoit eu autrefois de
Circé , & reconnut par là que les Oracles
des Dieux étoient juftifiez , Voici la
Fable de l'Auteur Anonyme :
Circé ayant été abandonnée par Uliffe,
en fut fi irritée , qu'elle éleva Telegone ,
qu'elle avoit eu de cet infidele , dans
l'ignorance de fon fort , qu'elle lui promit
de lui reveler , quand il fe feroit
ren lu digne des Auteurs de fa naiſſance.
Tele
NOVEMBRE 1725. 2693
pro-
Telegone n'eut pas plutôt atteint un âge
où il pût fe faire un nom , qu'il alla
chercher la gloire. Sa deftinée le conduifit
chez la Reine de Corcyre. Il y devint
éperdument amoureux de la Princeffe
fa fille. Les fervices qu'il rendit à
cette Reine la déterminerent à lui
mettre Elifmene , c'eft le nom que l'Auteur
donne à la Princeffe de Corcyre ;
mais avant que d'en faire fon gendre , elle
voulut fçavoir de quel fang il étoit né.
Telegone ne pouvant l'éclaircir fur le
champ , partit de Corcyre pour aller trouver
Circe , qui feule pouvoit l'inftruire
de fon fort. Quelque temps après fon
départ de Corcyre , Uliffe y fut jetté par
un orage. La Reine n'ayant aucune nouvelle
de Telegone , ne pût refufer à
Uliffe , Elifmene qu'il lui demanda pour
fon fils Telemaque . Le mariage fut arrêté,
& la Princeffe de Corcyre fut conduite
dans Itaque. C'eft là que l'Auteur établit
le lieu de la Scene ; nous allons con
tinuer cet Extrait , Acte par Acte , &
Scene par Scene.
Gij AC2694
MERCURE DE FRANCE.
ACTE PREMIER.
Le Theatre reprefente le rivage d'Itaque.
SCENE I.
Elifmene.
Elifmene fe plaint de ce que Telema
que eft accablé d'une douleur mortelle
dans un jour où elle doit être unie pour
jamais avec lui.
SCENE I I.
Telemaque , Elifmene,
Elifmene dit à Telemaque , qu'il a
affez donné de larmes à la mort de Pene
lope , & qu'elle ne fçauroit être heureufe
, tant qu'elle le verra plongé dans la
trifteffe. Telemaque lui jure qu'il l'aime
toûjours ; mais que ce jour qui devroit
être le plus beau jour de fa vie, en eſt le
plus affreux : il lui explique ce myftere ,
en lui apprenant que Neptune lui a annoncé
autrefois que le jour de fon Hymen
feroit le jour de la mort de fon
pere,
SCENE
NOVEMBRE 1725. - 2699.
SCENE III.
Uliffe , Telemaque , Elifmene , troupe
de peuples d'Itaque & de Matelots.
Cette Fête eft un anniverfaire du jour
où Uliffe arriva dans Itaque après le fiege
de Troye. La Fête eft troublée par un
orage , qui jette un Vaiffeau fur le riva
ge . Uliffe implore le fecours de Neptune
pour ces malheureux qu'il voit prêts à
perir. Neptune fort du fond des flots ;
& brûlant de colere contre Uliffe , il lui
annonce qu'il va vanger fon fils Polipheme.
La terrible menace de Neptune n'empêche
pas Uliffe d'aller au fecours de ces
malheureux , dont le vaiffeau vient de
perir à les yeux.
ACTE II.
Le Theatre reprefente le même lien , & ne
change qu'au milieu de l'Alte.
SCENE 1.
Telegone.
Telegone fauvé par Uliffe , qu'il ne
connoît pas encore , fe plaint de la rigueur
des Dieux. Il fait connoître qu'il
étoit parti des rives de Corcyre pour
G iij aller
2696 MERCURE DE FRANCE.
aller interroger Circé fur fon fort ; mais
que Neptune l'a empêché d'aborder dans
File d'Aée , par de continuels orages.
SCENE I I.
Vliffe , Telegone!
Uliffe fe fait connoître à Telegone.
Cette Scene eft une demie reconnoiffance
, la nature parle dans le pere & dans
le fils en voici quelque vers. Uliffe
voyant combien Telegone eft fenfible au
fecours qu'il a reçû de lui , lui répond
en ces termes :
Que d'un fi tendre aveu mon coeur eft fatisfait !
C'eſt ma plus douce récompenſe.
Quand on peut infpirer tant de reconnoiſſance,
On est trop payé du bienfait.
Uliffe demande à Telegone de quel
fang les Dieux l'ont fait naître ; Telegone
lui répond que ,tout ce qu'il fçait
de fon fort , c'eft qu'une main immortelle
a pris foin de fon enfance , mais
qu'on lui laiffe ignorer de quel pere il
eft né. Uliffe lui offre des Vaiffeaux pour
continuer fon voyage , quoiqu'il fouhaire
ardemment de le retenir auprès de lui.
Voici comment la nature s'explique fecretement
dans le pere & dans le fils .
Ulife.
NOVEMBRE 2697 1725. 1725 .
Vliffe.
Tous mes fecours yous font offerts ;
Mais , à vos yeux , fi ma prefence eft chere ,
Pourquoi quitter des lieux , où vous trouvez
un pere ,
Que vous allez chercher au bout de l'univers ?
Telegone.
En d'autres lieux l'Amour m'appelle :
Que je parte , & bien-tôt à vos ordres fou
mis ,
Je rapporte à vos pieds , dans un fujet fidele ,
Toute la tendreffe d'un fils .
La fin de cette Scene eft très - affligean.
te pour l'un & pour l'autre. Uliffe apprend
que Telegone aime cette même
Elifmene que Telemaque va épouſer ; il
annonce triftèment à Telegone que la
Princeffe de Corcyre eft promife à un autre
il le quite pour aller. implorer le
fecours de Minerve , fa protectrice.
SCENE III.
Telegone.
1
Telegone mortellement frappé de ce
qu'Uliffe vient de lui annoncer , & d'ailleurs
affoibli par fon nauftrage , tombe
fur un lit de gazon.
Giiij SCENE
2698 MERCURE DE FRANCE.
SCENE IV.
Telegone , Circé.
Circé arrive à travers des nuages qui
la cachent d'abord aux fpectateurs : elle
ordonne que ces lieux s'embelliffent , &
qu'un nuage épais les dérobe aux regards
de tout le monde. Elle fait connoître que
Telegone eft fon fils ; elle ordonne aux
Démons qui la reconnoiffent pour leur
Souveraine, de fe transformer en plaiſirs ,
& de flatter la douleur de Telegone.
Après la Fête , Telegone s'éveille , il reconnoît
Circé , qui lui dit qu'elle vient
à fon fecours ; mais que pour meriter les
bienfaits , il faut il qu'il la vange d'un
Mortel qui l'a offenfée. Telegone lui promet
.de fervir fa colere. Il la prie de lui
apprendre fon fort ; elle lui répond
qu'elle ne l'en inftruira qu'après qu'il
laura vangée. Elle lui annonce qu'Elifmene
eft dans Itaque , qu'elle eft prête
à trahir fa foi , mais qu'il ne doit rien
craindre tant que Circé fera pour lui.
SCENE V.
Telegone , Elifmene .
Elifmene furpriſe de trouver Telegone
dans Itaque , veut le fuir . Telegone l'arrête
,
NOVEMBRE 1725. 2699
rête , en lui diſant qu'il fçait tout. Eliſmene
lui avoue qu'elle doit époufer Telemaque
, mais qu'elle ne fait qu'obéïr.
SCENE VI.
Telegone.
Telegone fe flatte qu'Elifmene, ne faifant
qu'obéïr , pourra lui être renduë
par le fecours de Circé. Il fe détermine
à vanger cette Déeffe irritée , pour
déterminer à le fervir dans fon amour.
ACTE III.
la
Le Theatre reprefente la partie exterieure
du Temple de Minerve.
SCENE I.
Circé.
Circé balance entre fon amour & fa
haine pour Uliffe.
SCENE I I.
Circé, Meliffe.
Meliffe dit à Circé qu'elle a executé
fes ordres , & qu'Uliflè viendra bientôt
auprès d'elle . Dans cette Scene , Circé
parlant à Meliffe , fait entendre aux
Gv Specta
2700 MERCURE DE FRANCE.
Spectateurs , que le fils qu'elle a eu d'Uliffe
n'a pas été immolé , comme elle l'a
fait croire à Uliffe , & qu'elle l'a réfervé
à fa vangeance , elle veut tenter un
dernier effort fur le coeur de fon infidele .
SCENE III.
Circe , Vliffe.
Cette Scene a paru la plus belle de la
Piece Circé employe d'abord la ten-,
drelle pour regagner le coeur d'Uliffe.
Elle fait plus , elle lui promet de lui rendre
fon fils , pourvû qu'il lui rende fa
foi. Uliffe ne la croit que foiblement , il
la conjure de lui rendre ce cher gage de
leur premier amour ; mais voyant que
Circé exige de lui qu'il l'époufe , avant
qu'elle lui rende fon fils , il rentre dans
fa défiance. Il s'explique par ces vers :
Ah ! je vois trop ton artifice.
Qu'entreprends-tu , barbare ? ô projet inhumain
!
Si j'ofois accepter ta main ,
Du meurtre de mon fils , je deviendrois
complice.
Ce nouvel outrage acheve de déterminer
Circé à la vangeance . Voici comment
elle s'exprime :
Quel
NOVEMBRE 1725. 2701
Quel outrage nouveau : frappons ; plus de
retour.
Otoi , qui m'as donné le jour ,
Soleil , reconnois- tu ta fille ?
Faut- il que ta clarté ne brille ,
Que pour voir le mépris qu'on fait de mon
amour ?
Attens. Tu vas me voir, à punir qui m'offenſe,
Plus prompte que ton char à traverfer les
Cieux ,
Tu ne répandras plus ta lumiere en ces lieux ,
Que pour éclairer ma vangeance.
SCENE IV.
Uliffe , Telemaque , Elifmene , le Grand
Prêtre de Minerve , troupe e Prêtres
& de Prêtreffes de Minerve.
Uliffe prie le Grand Prête de Minerve
d'obtenir que cette Déelle l'éclaire fur
fon fort. Le Grand- Prêtre dans fon enthoufiafine
s'explique ainsi :
La nuit de l'avenir fe dévoile à mes yeux.'
O Ciel ! quel fpectacle odieux !
Du crime d'un mortel le deftin eft complice.
Quel fang! quelle main ! j'en fremis.
Garde- toi , malheureufe Uliffe,
De la main de ton propre fils.
G vj
Cet
2702 MERCURE DE FRANCE.
Cet Oracle qui femble defigner Telemaque
, produit une Scene tendre entre
le pere & le fils. Uliffe perfuadé de la
vertu de Telemaque fe défie de l'Oracle.
Cependant ne voulant rien mettre au hazard
; & craignant que fon fils ne devienne
parricide , par quelque coup du
fort , comme l'Oracle le fait entendre ,
il prend le parti de fe feparer de Telemaque
, & d'aller regner dans Corcyre
avec la mere d'Elifmene qui lui offre fa
main , Telemaque finit l'Acte par ces
deux vers.
Ah ! puifque vous n'avez à redouter que moi ,
Pour vos jours précieux mon coeur eft fans
effroi .
ACTE I V.
Le Theatre reprefente une Foreft.
SCENE I.
Circé.
Circé balance encore entre l'amour &
la vangeance. Elle fe détermine enfin
pour cette derniere paffion .
SCENE
NOVEMBRE 1725. 2703
SCENE. II.
Telegone , Circé.
Telegone vient demander à Circé
l'effet de fa promeffe. Circé lui demande
à fon tour s'il eft prêt à lui tenir parole.
Telegone lui répond qu'elle peut compter
fur fon zele ; & voyant que Circé ne
für
l'en croit pas affez , il la raffure par un
ferment. Circé lui nomme Uliffe , Telegone
fremit à ce nom d'un Roi qui
vient de lui fauver le jour . Circé lui dit
qu'il ne merite pas d'être heureux , puif,
qu'il fe refufe à une vangeance qu'il
vient de jurer aux Dieux . Voici comment
ils s'expriment tous deux :
Circé.
A fervir ma fureur pourquoi balances- tu ?
De ton ferment trahi tu deviens la victime.
Telegone.
Ah ! quand le ferment eft un crime ›
Le parjure eft une vertu.
Circé ne pouvant ébranler la vertu de
Telegone , lui livre un dernier affaut
par la jaloufie. Elle lui annonce que Telemaque
va époufer Elifmene , & que
l'Autel eft déja dreffé . A ces mots Telegone
2704 MERCURE DE FRANCE.
gone fe livre à fes tranfports jaloux , &
jure la mort de fon Rival .
SCENE
Circé.
III.
Circé ne fe contente pas d'avoir armé
Telegone contre Telemaque. Elle ne ſe
croit pas aflez vangée , à moins d'un
parricide. Elle évoque les trois furies ,
& tous les Démons qui doivent fervir
fa vangeance , elle leur ordonne d'animer
ceux que la tempête a jettez fur les
rives d'Itaque avec Telegone ; mais furtout
de conduire la main de ce dernier
jufqu'au fein paternel. Les trois Furies
& les Démons qui les fuivent promettent
de remplir la vangeance de Circé
par ces vers qui annoncent la cataſtrophe.
Que l'efprit de trouble & d'erreur ,
Répande dans les airs un funefte nuage ,
Qui cache le crime au vangeur : .
Faifons regner fur ce rivage ,
Et la mort & l'horreur.
ACTE
NOVEMBRE 1725. 2705
ACTE V.
Le Theatre reprefente le Palais d'Uliffe ,
on y voit un Trône dreflé pour
Telemaque & Elifmene.
SCENE I.
Elifmene.
Elifmene s'applaudit de fon Hymen
avec Telemaque .
SCENE II.
Telegone , Elifmene .
Telegone arrête Elifmene qui veut fe
retirer à fon approche , il fe plaint de
fon infidelité. Elifmene s'excufe fur l'inégalité
de leurs conditions . Telegone fenfible
à ce mépris jure la perte de Telemaque.
SCENE III.
Telemaque , Elifmene.
Elifmene éperdue apprend à Telemaque
le peril qui le menace de la part
d'un Rival furieux . Telemaque méprife
ce peril , ne croyant pas avoir beaucoup
à craindre d'un homme feul , ou très- peu
accompagné. Il prie Elifmene de ne point
trou2705
MERCURE DE FRANCE:
troubler par d'injuftes allarmes une Fête
qui n'eft confacrée qu'à l'amour.
SCENE IV.
Uliffe , Telemaque & Elifmene , troupe
d'habitans d'Itaque & de Corcyre.
Uliffe fait proclamer Telemaque &
Elifmene , comme il l'a réfolu dans le
troifiéme Acte. L'Hymen fuit le couronnement
; à peine le ferment des deux
Epoux eft-il fait qu'on entend un bruit
féditieux derriere le Theatre. Uliffe
fort pour reprimer les mutins , fuivi de
Telemaque & des peuples. Telegone
qui eft à la tête des féditieux tuë Uliſſe
en voulant tuer Telemaque . A peine at'il
reconnu fon erreur , qu'il revient fur
la Scene , defefperé. Il fe jette aux
pieds d'Uliffe mourant qu'il prie de lui
faire donner la mort . Uliffe lui reproche
fon ingratitude , & fe confole de la mort
par ces deux vers :
Va , je meurs trop heureux , les Dieux n'ont
pas permis
Que je fuffe immolé par la main de mon fils.
Cette confolation ne dure gueres. Cir
cé paroît à l'inftant , & lui apprend tout
fon malheur par ces deux vers :
Sors
NOVEMBRE 2707 1725 .
Sors d'erreur , trop coupable pere ,
Telegone eft ton fils , il a vangé ſa mére.
A ces mots Ulifle expire , & Tele
gone fe donne la mort . Circé au defefpoir
ordonne aux Démons d'embrafer let
Trône & le Palais.
La Mufique de cette Tragedie eft de
la compofition de M. de la Çofte , Auteur
de Philomele qui eut un grand fuccès
quand on le donna pour la premiere fois ,
& qui a foutenu la réputation à la reprife.
Il a dédié la Mufique de ce dernier à
S. A. S. Madame la Ducheffe d'Orleans .
Voici l'Epître Dedicatoire :
A fon Alteffe Sereniffime Madame
la Ducheffe d'Orleans.
Envain , dans la carriere , où la gloire me
guide ,
Mes Juges autrefois ont daigné m'applaudir ;
J'y rentre encor d'un pas timide ,
Et mes premiers fuccès ne peuvent m'enhardir
;
Mais un nom refpectable appuyant mon ouvrage
,
Je fens ranimer mon courage,
Oüi , Princeſſë , il fuffit de vôtre illuftre nom ,
Pour
2708 MERCURE DE FRANCE
Pour me répondre du fuffrage ,
De tous les enfans d'Apollon.
Que ne puis-je afpirer à l'honneur de vous
plaire !
Quelques favorables regards ,
Produiroient fur les coeurs leur effet ordinaire,
Cé goût fi reconnu , fi für pour les beaux Arts,
Forceroit l'Envie à fe taire ;
Contre la Critique fevere ,
Faudroit-il de plus forts remparts ?
• Quel champ s'ouvre à mes yeux mais
quel zele m'emporte !
Mille vertus en foule ont beau fe prefenter ;
Je fens trop que pour les chanter ,
Je n'ai pas la voix affez forte :
C'eſt à la France entiere à porter juſqu'aux
Cieux ,
Un nom à jamais glorieux.
Eh ! peut- elle affez reconnoître ,
Le prefent dont l'Hymen vient d'enrichir ces
lieux.¡
Du plus beau fang du monde , un Heros vient
de naître
Nos Princes font nos demi Dieux i
France , après ton Augufte Maître
As-tu rien de plus précieux ?
VoiNOVEMBRE
1725. 2709
Voilà ce qui , jufqu'à prefent , concerne
l'Opera de Telegone ; fi l'on nous
envoye quelque Differtation critique fur
cette Tragedie , nous en ferons part au
Public ; au refte tout le monde convient
que cet Opera eft le triomphe de Mlle Antier
, tant pour le chant , que pour le jeu .
Les autres Acteurs ont eu leur part à la
gloire.
Au commencement de ce mois une
partie des Comediens François qui étoient
à Fontainebleau vinrent à Paris , & y
reprefenterent les Tragedies de Polyeucte
& de Berenice , au grand contentement
du Fublic. La Dile le Couvreur qui joua
lės principaux rôles dans ces deux Pieces
, remplit celui d'Hortenfe dans la petite
Comedie du Florentin , qu'on donna
enfuite , ce qui furprit agréablement une
très- nombreuſe affemblée , qui l'applaudit
autant qu'elle avoit fait dans les rôles
ferieux.
Le Lundi 5. de ce mois les Comediens
François qui n'ont pas fuivi la Cour , donnerent
la premiere reprefentation d'une
Piece nouvelle , ornée d'Intermedes , du
fieur le Grand , Comedien du Roi , intitulée
l'Impromptu de la Folie . C'eft une idée
plaifante & ingenieufe , executée d'une
maniere extrêmement falote & badine .
Com2710
MERCURE DE FRANCE.
Comme cette Piece a un grand fuccès
on en parlera plus ampleinent , ainfi que
des Acteurs & des circonftances qui contribuent
à la faire réüffir.
On mande de Naples que le premier
Octobre le Cardinal Viceroi fe rendit
au Theatre de S. Barthelemi pour y voir
la premiere repreſentation d'un nouvel
Opera , intitulé l'Amour & la Fortune ,
qui fut generalement applaudi.
Le 4. du même mois jour de S. Charles
, Fête de l'Empereur , on reprefenta
à Vienne fur le Theatre du Palais le nouvel
Opera de Vinceflas , Roi de Pologne,
avec un grand fuccès.
中華學™
NOUNOVEMBRE
1725. 27 I I
XXX:XXXXXXXXX :XXX
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE .
que
N mande de Conftantinople , qu'outre
Efchreff-Kan , fucceffeur de Miry - Ma
mouth & Schach- Tamas , dont on a parlé ,
il s'étoit prefenté un troifiéme Acteur dont
on n'avoit point encore fait mention , &
l'on difoit être fils du vieux Schach-Huffein ,
& frere aîné de Schach- Tamas , qui avoit été
nommé par fon pere dans un Confeil fecret
pour fon fucceffeur , avant le premier Siege
d'Ifpahan ; & qu'alors trouvant Miri - Mamouth
en poffeffion de cette Capitale , il s'étoit retiré
& caché à Chiras , d'où il n'avoit paru
fur la Scene , qu'après avoir appris la mort
de Schach- Huffein & celle de Miri Mamouth
prétendant que fon pere lui avoit refigné le
Royaume , ne confiderant fon frere Schach-
Thamas que comme General des Troupes
Perfanes. On dit que le Peuple couroit en
foule pour voir ce nouveau Roy ; mais on
ajoûte que plufieurs perfonnes croyoient ce
nouveau Prince un impofteur , qui avoit pris
le nom du fils de Schach Huffein , d'autant
plus que lorfque ce dernier avoit fait fortis
Schach- Thamas d'Ifpahan pour affembler une
Armée à Cafbin , fon pere l'avoit déclaré non
feulement Generaliffime , mais encore fon heritier
préfomptif,
RUSSI
2712 MERCURE DE FRANCE.
RUSSIE.
E 27 Septembre , on lança à l'eau à Pe-
Lteribourg , le Beau Yacht , bâti depuis peu
pour le Duc d'Holftein. Vers les fix heures
du foir la Czarine y entra avec les Princeffes
fes filles & les principales Dames de la Cour ,
elles y furent magnifiquement régalées par ce
Prince.
Le 3. Octobre M. Strognoff , Chambellan
de la Czarine , alla prendre en fon Hôtel à
Petersboug , M. de Campredon , Miniftre &
Plenipotentiaire du Roy de France , & le conduifit
en ceremonie dans la Salle d'Audiance
où étoit S. M. Czarine , accompagnée de toutes
les Dames de fa Cour , de fes Miniftres
d'Etat , des Officiers Generaux de fes Troupes
& des Grands Officiers de la Couronne. Les
Dames & les Seigneurs étoient rangez en haye
à la droite & à la gauche de la Čzarine. M.
de Campredon lui remit une Lettre du Roy
T Ch. par laquelle il lui donnoit part de la
celebration de fon Mariage ; après quoi il fut
reconduit à fon Hôtel - par le même Chambellan
, avec les mêmes ceremonies & dans
la Barge de la Czarine , avec laquelle on avoit
été le prendre. Le lendemain ce Miniftre donna
un repas magnifique au Duc d'Holftein ,
au Prince Menzikoff , aux autres Ministres d'Etat
, à ceux des Puiffances Etrangeres & aux
Officiers Generaux. Le foir fon Hôtel fut illuminé
& on y fit couler des fontaines de
vin pendant toute la nuit.
M. Kovig , Secretaire des Commandemens
du Duc d'Holftein eft parti de Petersbourg
pour aller recevoir à Riga les 300. mille Roubles
, affignez fur la Livonie , pour la dot de 1
NOVEMBRE 1725. 2713
la Ducheffe Epoufe de ce Prince.
On a commencé par ordre de la Czarine.
à faire un état des biens Ecclefiaftiques de fes
Etats , ce qui fait croire qu'on executera le
projet que le feu Czar avoit formé de réduire
les revenus des plus riches Monafteres.
On a appris par les dernieres dépêches du
Major General Romanshoff , Envoyé Extraordinaire
de la Czarine , à la Porte , que le
Grand-Seigneur l'avoit fait affarer qu'il ne
feroit aucune entrepriſe fur les Provinces conquifes
en Perfe par le feu Czar ; mais qu'il
exigeoit que la Czarine ne donnât aucun fecours
aux Generaux de Perfe , ni aux Princes
de Georgie,
POLOGNE .
N mande de Leopold du 17. Octobre
Oque le Grand- General de l'Armée de la
Couronne У avoit donné Audiance le 15. à
un Aga dépêché de Conftantinople pour offrir
à la République les fecours dont elle auroit
befoin , en cas qu'elle fût obligée d'entrer
en guerre.
On a reiteré les ordres expediées par le
Grand- General de l'Armée de la Couronne ,
de congedier tous les Officiers & les Soldats
Proteftans qui refuferont d'embraffer la Religion
Catholique.
Le Roi a donné au Comte Sapiecha , le
Chargé de Grand - Maître de l'Artillerie du
Duché de Lithuanie , qui vaquoit depuis peu
par la demiffion du General Denhof.
ALLEMAGNE..
1
N écrit de Hambourg , qu'un Prince
Americain y dit arrive dans le deflein
de
H
2714 MERCURE DE FRANCE .
1
de vifiter quelques Cours de l'Europe . Il mene
avec lui quelques Chevaux Americains , dont
la courfe eft fi legere qu'ils font quatre lieuës
par heure.
On apprend auffi de Drefde qu'il y eft arrivé
deux Princes Americains qui s'étoient
fait inftruire dans la Religion Lutherienne
avoient été baptifez le 6. Octobre & que le
11. ils étoient partis pour aller faluer le Roy
de Pologne à Varfovie.
On a affiché de nouveau à Berlin l'Edit du
Roy de Pruffe , par lequel il eft ordonné aux
parens des jeunes gens qui fe font abfentez
l'occafion des enrollemens , de les reprefenter
dans un certain temps , fous peine d'étre
déclarez déchûs du droit de fucceder à
leurs peres & meres.
On continue par ordre de l'Empereur , la
levée des Recrues neceffaires pour rendre les
Regimens complets.
On a appris par les dernieres nouvelles de
Rome , que le Pape prétendoit que l'Empereur
, en qualité de Roy de Sicile , reçut de
lui l'Inveftiture de ce Royaume comme celle
du Royaume de Naples . On affure que S. M. L.
a envoyé ordre au Cardinal Cienfuegos de
reprefenter à S. S. que fi le S. Siege eft en état
de prouver fuffifamment fon droit à cet égard,
elle ne manqueroit pas de le fatisfaire.
Les Lettres d'Hanovre portent que le Roy
d'Angleterre , qui continuë fon féjour à Gohr,
y avoit pris dans les toiles près de 400. bêtes
fauves , dans le nombre defquelles il s'étoit
trouvé un Cerf avec un collier , par lequel
on a reconnu qu'il avoit été pris il y a près
de cent ans par le Duc Augufte de Brunswick ,
& qu'on l'avoit relâché après lui en avoir remis
un autre portant la datte de ſa premiere
prife & celle de la feconde, ITALIE
NOVEMBRE 1725. 2715
ITALIE.
E 8. Octobre on ouvrit à Veniſe , par permiffion
du Gouvernement , les Theatres.
de S. Sauveur , de S. Moyfe & de S. Samuel ,
le concours des Spectateurs y fut très con
fiderable .
On mande de Florence que le bruit y cou
roit que le Grand Duc alloit faire publier une
Ordonnance , par laquelle il feroit deffendu à
fes Sujets de prêter aucun argent au Roy & à
la République de Pologne , & que les propofitions
d'emprunts , faites par le Comte de
Warsdorff , avoient été rejettées.
Ces Lettres ajoûtent, que le fils d'un riche
Juif de cette Ville fe fauva il y a quelques
jours de la maifon de fon pere chez les Catechumenes,
où il demanda à être baptifé ; mais
fa mere s'étant déguiſée en pauvre mandiante,
trouva moyen d'y entrer & de l'en retirer.
L'Inquifition en ayant eu avis , a fait arrêter
la mere & reprendre le jeune homme , qu'elle
fait inftruire & dont elle prend foin.
On écrit de Naples que les Vendanges y ont
été très-abondantes.
Le Maître d'un Bâtiment François , arrivé
depuis peu à Livourne des Côtes de Barbarie
a affure que le Commiffaire de L'Empereur qui
étoit fur l'Efcadre du G. S. avoit conclu un
Traité de Paix entre S. M. I. & les Regences
de Tunis & de Tripoli ; mais qu'il n'y avoit
pas d'apparence qu'il y en pût conclure un
Lemblable cette année avec la Regence d'Alger,
ESPAGNE.
E premier d'Octobre , le Roi rendit pu-
Lplique
plique la convention du double Mariage
H du
2716 MERCURE DE FRANCE.
du Prince des Afturies avec l'Infante de Portugal
, & du Prince du Brefil avec l'Infante
d'Efpagne ; le même jour on chanta à cette
Occafion un Te Deum folemnel dans l'Eglife
Collegiale de S. Ildefonfe, & le foir le Château
fut illuminé.
S. M. C. ayant réfolu de former la Maiſon
du Prince des Afturies , a nommé le Duc de
Bejar pour être Mayordome- Mayor , le Comte
de San-Eftevan del Puerto , pour fon Grand-
Ecuyer , & le Comte de Salazar pour Sommelier
du Corps. Dom Charles de Arizaga ,
Gouverneur & Premier Ecuyer de ce Prince
a été continué pour faire les mêmes fonctions ;
le Duc de Gandia & le Marquis de Los - Balbazés
, Gentilshommes de fa Chambre , les Comtes
de Arenalés & de Safateli , fes Mayordomes
de Semaine ; Dom Ignace Aefferden & Dom
Jofeph Lofada , fes Gentilshommes de la
Manche , confervent leurs mêmes Emplois ;
le Pere Bermudés , Jefuite , Confeffeur du Roy
continuera de confeffer le Prince des Afturies?
Dom Jean- Baptifte le Gandre a été nommé
Secretaire de fa Chambre , & Dom Ferdinand
de Figueroa , fils du Marquis del Surco , a
obtenu la furvivance de la Charge de Premier
Ecuyer, pour en faire les fonctions pendant
l'abfence ou l'indifpofition de Dom Charles
Arifaga.
On mande de Catalogne que le Marquis
de Rifbourg , Capitaine General de cette Principauté
, fait travailler aux nouvelles Fortifications
du Château de Montjoui , il fait travailler
auffi aux Fortifications de Gironne & deg
autres Places le long de la Riviere du Ter,
PORTUGAS
NOVEMBRE
1725. 2717
PORTUGAL .
R. de Montagnac , Conful de la Nation
MFrançoite à Lifbonne, a donné a l'occafion
du Mariage du Roi T.Ch. une Fête publique qui
a duré depuis le 24. jufqu'au 26. du mois de
Septembre. Il y eut chez lui pendant trois jours.
Comedie , Feú d'Artifice & Bal , où les Miniftres
Etrangers fe trouverent, ainfi que le plus
grand nombre des Seigneurs de la Cour.
Le 9. Octobre on rendit publique à Liſbonne
la convention du double Mariage du Prince
du Brefil avec l'Infante d'Espagne , & du
Prince des Afturies avec l'Infante de Portugal,
& à cette occafion ou chanta un Te Deum
folemnel , & il y eut de grandes réjoüiffances
publiques.
GRANDE- BRETAGNE.
N mande d'Edimbourg que les Armes
rendues par les Montagnards d'Ecofle ,
montent déja à près de 300. mille , que les
Troupes du Roi prendront inceffamment leurs
quartiers de rafraîchiffement & qu'on ne finira
que l'été prochain le défarmement du refte
des Montagnards.
Le tumulte arrivé à Glafcow , dans le même.
Royaume , dont on a tant parlé , s'eft terminé
en cette maniere : les nommez Walter Buchanan
, George Mac Farland , Henry Lake , Robert
Douglaff , Guillaume Hamilton , Robere
Main , Patrice Mirchel & Jeannette Belleny
convaincus d'avoir eu part à ce tumulte , ont
été condamnez a être tranfportez en Amerique,
après avoir été fuftigez cinq fois dans la Ville
Glafcow, & cette Jeannette Belleny qui doit.
Hij
être
2718 MERCURE DE FRANCE.
être feulement expofée deux fois au Pillory.
On écrit de Londres que les Lettres qu'on y
a reçûës de Philadelphie,portent que les Habitans
de la Nouvelle Efpagne fe font foulevés
contre leur Vice- Roi ; qu'ils l'ont dépofé; qu'ils
demandent la liberté du Commerce avec les
Etrangers , & qu'ils fe tiennent attroupez en
differens endroits au nombre de 60000. hom
mes.
PAYS-BAS.
Archiducheffe, Gouvernante des Païs - Bas,
L'n'a pas voulu permettre aux Etats de Bra
bant de la défrayer depuis fon arrivée en ce
Païs jufqu'à fon entrée à Bruxelles.
Le 16. de ce mois les Neuf Nations confentirent
unanimement au prefent de 30000.
florins qui doivent être donnez à cette Princeffe
au nom de la Ville de Bruxelles , le Care
dinal ayant eu une pareille fomme à fon arrivée,
Le 28. du mois dernier , on fit un détachement
de 60. Gardes à cheval & de 100. hommes
du Regiment des Gardes Infanterie , qui
partit le même jour de la Haye pour Vianne ,
Seigneurie nouvellement acquife par la Province
d'Hollande. Le Comte de Hompefch's'y
rendit le 2. de ce mois avec un plein pouvoir
des Députez des Etats de Hollande ; il reçût
en leur nom l'hommage & le ferment de tous
les Magiftrats , Colleges & Officiers de cette
Ville & des lieux dépendans de cette Seigneurie
, après que les mêmes Etats en eurent été
déclarez Souverains . Cette Terre qui appartenoit
autrefois à la Maifon de Brederod , étoit
un des principaux effets de la fucceffion d'Amelie
, Comteffe de Dona , mere de Frederic
Adolfe , Comte de la Lippe De tnold , morte
au mois de Février 1700. & ce Comte qui l'a
poffedés
NOVEMBRE 1725 : 2719
1
poffedée jufqu'au 3. Septembre dernier , l'ayant
vendue au Comte Hompefch , General de la
Cavalerie des Etats d'Hollande , ce dernier
en prit poffeffion en fon propre nom le 23 .
du mois dernier , & le 2. de ce mois il en fit
tranfport aux Etats de la Province d'Hollande
& deWeftfrile , fuivant les conventions faites
entre eux ,
M. Jofeph Spinelli , Nonce du Pape , fut
facré Archevêque de Corinthe le 28. Septembre
dans l'Eglife Metropolitaine de Malines ,
par le Cardinal d'Alface , Archevêque de la
même Ville , affifté des Evêques d'Anvers &
de Trical.
Le Prince Electoral de Baviere & le Duc
'Ferdinand fon frere , arriverent à Bruxelles le
premier de ce mois. Le 9. après avoir pris
congé de l'Archiducheffe Gouvernante , ils en
partirent pour Anvers . L'Electeur de Cologne
& l'Evêque de Ratisbonne leur frere , arriwerent
à Bruxelles le 4. au foir. Ces deux premiers
Princes arriverent à la Haye ; & après
y avoir féjourné quatre jours, ils en partirent
le 13. de ce mois pour Amfterdam , d'où ils
doivent retourner inceffamment à la Cour de
1'Electeur leur pere. Pendant leur féjour à la
Haye , ils ont été régalez magnifiquement par
le Marquis de Fenelon , Ambaffadeur de France
& par la Ducheffe d'Albemarle. L'Electeur
de Cologne & l'Evêque de Ratisbonne
fon frere , doivent partir inceffamment de
Bruxelles pour retourner à Bonne.
Le Comte de Daun , cy- devant Gouverneur
par Interim des Pays- Bas , a été nommé
Gouverneur du Milanez à la place du
Comte de Colloredo.
Hij Morts
2720 MERCURE DE FRANCE .
Morts des Pays Etrangers.
E Cardinal François Del Giudice , Doyen
du Sacré College , aprés une longue maladie
, mourut à Rome le zo. du mois dernier
âgé de 79. ans & dans la 36º de fon
Cardinalat. Il laiffe au Pape un Calice d'or
avec fa Patene. Son corps qui a été ouvert
& embaumé, doit être tranfporté à Naples
pour y être inhumé dans l'Eglife des Carmes ,
où eft le Tombeau de fes Ancêtres .
Le Chevalier Alexandre Scarlati , fameux
Muficien & Maître de la Chapelle Royale du
Palais à Naples , y mourut vers la fin du mois
d'Octobre dans un âge fort avancé .
Don Manuel Antoine de Azevedo Ibagnez
-Comte de Torre-Hermofa , Chevalier de l'Ordre
de Calatrava , Confeiller au Confeil Suprême
de Caftille & Prefident de la Junte
Royale, mourut le 6. d'Octobre , âgé de 54 ans.
Dom Laurent Verzufo de Beretti Landi ,
Marquis de Caftelleta Scazzolo , Comte de
Cerretto , Chevalier de l'Ordre Militaire de
de S Jacques , Gentil-homme de la Chambre
du Roi d'Espagne , cy - devent Miniftre Plenipotentiaire
de S. M. Cath, au Congrès de Cam.
bray , nommé à l'Ambaſſade de Venife , mourut
à Bruxelles le 27. Octobre dans la 47 an-
-née de fon âge , fans avoir pris d'alliance. Il
étoit originaire de laifance , d'une famille
diftinguée dans les Etats du Duc de Parme , &
fils de Mutio Beretti , celebre parmi les Sçavans.
Après avoir été le principal Miniftre du
feu Duc de Mantouë , il étoit paffé au fervice
du.
NOVEMBRE 1725. 2720
du Roi d'Espagne qui l'avoit employé en dis
verfes negociations , après lefquelles il avoit
été fon Ambaffdeur auprès des Cantons Suiffes
, & auprès des Etats Generaux des Provinces-
unies .
Le 27 du mois dernier mourut à la Haye le
Baron Jacques Hop , Confeiller d'Etat , &
Grand Tréforier des Provinces unies , dans fa
72. année d'une efpece de goute remontée ,
après avoir fervi la République plus de cinquante
années , tant dans les Commiffionsétrangeres
, aux Cours de l'Empereur , des-
Rois de la Grande Bretagne & de Danemark ,
& de differens Pinces de l'Empire , que dans
plufieurs Charges de l'Etat , & en particulier
celle de Grand Tréforier depuis l'année 1709.
dont il s'eft acquitté avec un applaudiffement
fi general , que tant dedans que dehors le Païs,
on l'a regardé comme un Miniftre des plus in ,
regres & des plus éclairez.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
' Abbé de Fourbin d'Oppede , a été
Lnommé Aumônier du Roi , à la place
de l'Abbé de Brancas , Evêque de la Rochelle
.
Le 20. du mois dernier les Députez
de l'Affemblée generale du Clergé eurent
audience du Roi , comme ils l'ont
ordinairement lorsqu'ils finiffent leur
Hiiij Affem1722
MERCURE DE FRANCE
Affemblé , & l'Evêque , Duc de Langres,
porta la parole. Ils furent prefentez à
S. M. avec les ceremonies ordinaires par
le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat
, & conduits par M. Desgranges ,
Maître des Ceremonies .
Le 21. les Députez des Etats d'Artois
eurent l'honneur de complimenter
le Roi & la Reine fur leur mariage . Ils
furent prefentez par le Duc d'Elbeuf ,
Gouverneur de la Province , & par le
Marquis de Breteuil , Secretaire d'Etat ,
& conduits en la maniere ordinaire par
M. des Granges .
Le 31. du mois dernier , veille de la
Fête de tous les Saints , le Roi revêtu
du Grand Collier de l'Ordre du Saint
Efprit , fe rendit dans la Chapelle du
Château de Fontainebleau , où S. M. entendit
la Meffe & communia par les
mains du Cardinal de Rohan , Grand Aumônier
de France. Enfuite le Roi toucha
un grand nombre de malades.
Le même jour la Reine entendit la
Meffe & communia par les mains de l'ancien
Evêque de Fréjus , fon Grand- Aumônier
.
L'après- midi L. M. entendirent dans
la même Chapelle les premieres Vêpres
chantées par la Mufique , & aufquelles
l'Evêque , Comte de Châlons , Premier
AumôNOVEMBRE
1725. 2723
Aumônier de la Reine , officia pontifica
lement .
Le premier Novembre , jour de la
Fête , le Roi & la Reine entendirent la
grande Mefle , celebrée pontificalement
par l'Evêque , Comte de Châlons , &
chantée par laMufique . L'après-midi L.M.
entendirent le Sermon de l'Abbé de la
Pauſe , enfuite les fecondes Vêpres &
celles des morts qui furent chantées par
la Mufique , aufquelles le même Prélat
officia.
Le 2. jour des Trépaffez , le Roi & la
Reine entendirent la Meffe de Requiem ,
pendant laquelle le De profundis fut
chanté par la Mufique.
Le Roi s'étant trouvé indifpofé le 4.
de ce mois au foir , garda la chambre le
lendemain , & le 6. fa fanté étant parfaitement
rétablie , S. M. donna audience
particuliere de congé au Baron Hop
Ambaffadeur de la République d'Hollande
, qui eut enfuite audience de la
Reine pour
le même fujet , & c.
Le même jour , le Baron de Montigny
, Envoyé extraordinaire du Duc de
Wirtemberg , eut audience du Roi , qu'il
complimenta fur fon Mariage , étant conduit
avec les ceremonies ordinaires .
M. de Vauchoux , Ecuyer ordinaire
A v Le
2724 MERCURE DE FRANCE
de la Reine , a obtenu le grand Cordon
de l'Ordre de Saint Louis .
Le Roi Staniflas ne paffa point par
Blois en arrivant à Chambor , comme
on l'a dit le mois paffé fur de faux Memoires.
Ce Prince y alla le 6. de ce mois.
.S. M. y fut reçûë par le Corps de Ville ,
avec les ceremonies ordinaires , la Bourgeoifie
étant fous les armes . Elle fut regalée
à dîner avec la Reine fon épouſe ,
par l'Evêque de Blois , qui les reçût
avec beaucoup de magnificence . Toute
la Nobleffe des environs du Château
de Chambor , s'empreffent d'aller faire
leur cour au Roi Stanislas , dont les manieres
nobles & polies charment tous
ceux qui ont l'honneur d'approcher de
S. M.
Le 26. Octobre la Reine a donné au
Marquis de Merinville , & au Comte du
Fargis , Capitaines - Lieutenants de fes
Gendarmes & de fes Chevaux - Legers , les
entrées de fa chambre , & 4000. liv . de
penfion à chacun d'eux , ces deux Compagnies
font très - anciennes , d'une grande
diftinction , & les feules troupes que
la Reine a dans fa maiſon.
L'ouverture du Parlement s'eft faite à
l'ordinaire le lendemain de la S. Martin
avec les ceremonies accoutumées . Après
une Meffe folemnelle , celebrée dans la
ChaNOVEMBRE
172 56 2785
Chapelle de la grande falle du Palais ,
par l'Abbé Champigni , Tréforier de la
Sainte Chapelle , & chantée par une excellente
Mufique , à laquelle le Parle
ment affifta en Corps & en Robes rouges .
Toute la compagnie paffa enfuite dans la
Grand'Chambre , où M. Portail , Premier
Prefident fit un petit Difcours pour
remercier ceux qui avoient affifté à cette
ceremonie. Il donna enfuite à dîner avec.
beaucoup de magnificence aux principaux
du Parlement , & à plufieurs autres
perfonnes de condition .
Quoiqu'on faffe l'ouverture du Parle
ment ce jour - là , c'eft feulement 15 %
jours ou 3. femaines après , que l'on entre
pour plaider ; car la femaine que le
Parlement rentre doit être fans Fêtes , du
nombre defquelles font les Fêtes du Palais
, comme Sainte Catherine. Ce n'eft
pas que dès le lendemain de la S. Martin
les délais ne courent , & que les Procu
reurs ne commencent à faire des pourfuites
, comme fi l'on entroit . C'eft le
jour que le Parlement recommence fes
féances , que fe font les Harangues du
Premier Prefident , & des Gens du Roi,
Le même jour 12. Novembre on entre
à la Cour des Aydes ; & comme on
continue à entrer , & qu'on plaide les
H vj jours
2726 MERCURE DE FRANCE
jours fuivans , on y fait les Harangues dès
ce même jour.
On a eu avis , que dans le Vaiffeau
nommé le Chameau , qui alloit en Canada
, les Peres Modefte & Ubalde ,
Miffionnaires Recollets , dont dont le premier
étoit Superieur du Convent de
Quebec , & de la Miffion des Sauvages,
ont peri dans le naufrage du même Vaiffeau.
EXTRAIT d'une Lettre écrite à S. E.
Monfeigneur le Bailly de Mefmes , par
M. le Chevalier de Grille , Commandant
des Vaiffeaux de la Religion , de
Cadix en date du 22. Octobre 1725.
N
>
Ous avons croifé depuis trente- fix
jours dans la Mer Oceane , nous y
avons pris fur un Corfaire Algerien une
groffe Flute Hollandoife , qu'il avoit
prife à l'entrée de la Barre de Lisbonne
depuis douze jours . Cette prife eft eſtimée
cent mille piaftres .
Le Roi a donné le Commandement de
la Fere , vacant par la mort de M. de
Frades , à M. de Rohan , ci - devant Commandant
au Château de S. Sebaſtien .
La Lieutenance de Roi d'Epernay , vacante
par la mort de M. Parchappe des
Noyers , à M. Vinay de Tincourt ,
Lieu
NOVEMBRE 1725. 2727
Lieutenant au Regiment Royal- Rouf
fillon , Cavalerie , fils dudit fieur Parchappe.
La Lieutenance de Roi de la Citadelle
de Cambray , vacante par la mort
de M. de Bonnafau , à M. de Mulety
ci -devant Commandant pour le Roi à
S. Beat.
La Majorité de Montreuil fur mer ,
vacante par la mort de M. Guirand de la
Tour , à M. du Tronquoy , Capitaine
au Regiment de Brie .
و
Celle d'Entrevaux vacante par la
retraite de M. de Préfontaine , à M. de
la Crapiniere , Capitaine Reformé d'In
fanterie .
CEREMONIE faite dans l'Eglife de la
grande Chartreufe. Extrait d'une let
tre écrite de Grenoble le 3. Octobre
1725.
M
R de Marcieu , Chevalier des Ordres
Royaux , militaires & Hofpitaliers
de Nôtre - Dame de Mont - Carmel
, & de S. Lazare de Jerufalem , Brigadier
, & Infpecteur General d'Infan
terie , Colonel du Regiment Royal des
Vaiffeaux Gouverneur des Ville &
Citadelle de Valence, en vertu d'un Brevet
de S. A. S. Monfeigneur le Duc
d'Or
›
2728 MERCURE DE FRANCE .
d'Orleans , Grand- Maître de l'Ordre de
S. Lazare , a reçû le 30. Octobre dernier
, Chevaliers de ces Ordres M. de
Mongeffon & M. de Montainard : comme
ce premier eft neveu du P. General
des Chartreux , la Ceremonie de la
reception a été faite dans l'Eglife de la
grande Chartreufe , à la fin d'une Meffe
folemnelle , à laquelle a affifté le R. P.
General , avec toute fa nombreuſe Communauté
les trois nouveaux Chevaliers
ont reçû des mains de M. de Marcieu
la Croix avec les ceremonies ordinaires.
Mrs Duclaux de la Rochette , Bertrand ,
du May ,
de Souven Defperouſe , de
Bouville , & de Saliere , Chevaliers du
même Ordre , y ont affifté. Tout s'eft
paffé dans cette Ceremonie avec beaucoup
d'ordre , de gravité , & de modef
tie . Le R. P. General a donné enfuite
à tous les Chevaliers un dîner magnifique,
& dans le temps de leur féjour en
Chartreuse , le R. P. & fes Officiers
n ont pas ceffé de leur donner des marques
de generofité , de bonté , & de
politeffe.
RENOVEMRE.
1725. 2720
•
REJOUISSANCES faites dans la Ville
de Clermont en Beauvoifis au fujet du
Mariage du Roi. Extrait d'une Lettre
écrite de cette Ville le 10. Novembre
1725.
Es Habitans de la Ville de Clermont
Len Beauvoifis , ont donné des
preu
ves éclatantes de leur attachement fingulier
pour les Princes de la Royale
Maifon de Bourbon , leurs anciens Seigneurs
, dans les réjouiffances qu'ils ont
faites pour l'heureux accompliffement du
Mariage du Roi.
D'abord que M. le Gras , Maire de:
cette Ville , eut reçû les ordres du Cointe
d'Evreux , Gouverneur de la Provin
ce , il fit , au fon de la cloche , affembler
tous les Officiers & principaux Ha
bitans , à qui il les communiqua , & on
commença dès le même jour les réjouiffances
par la reprefentation de la Tragedie
de Phedre & Hyppolite , de l'illuſtre
M. de Racine. Cette reprefentation fut
donnée le 25. Octobre au foir dans
la grande Salle du Château , avec tout
le fuccès qu'on pouvoit efperer. M's Bofquillon
, Grelier , de Neuville , & Parmentier
, & les D'es de Longrois , Damam
, Cuvelier , Grelier , & Parmenties
(
1730 MERCURE DE FRANCE.
tier jouerent leurs rôles d'une maniere
qui furprit les perfonnes les plus diftinguées
de la Province , & les Habitans
des Villes voifines , qui affifterent en
très grand nombre à ce fpectacle , lequel
fut fuivi d'un fouper & d'un bal qui dura
jufqu'au lendemain .
Les quatre jours fuivans furent employez
en parties de plaiſirs , tant à la
Ville qu'à la campagne , en bals & en
repas , qui n'ont point ceffé , jufqu'au
Dimanche trentiéme du même mois ,
qu'à l'iffuë de la Meffe Paroiffiale , la
Ceremonie d'un Te Deum , & les feux
de joye furent annoncez par le fon de
toutes les cloches de la Ville , & par le
bruit des Tambours des fix Compagnies
de Bourgeoifie.
Sur les trois heures ces fix Compagnies
fe rendirent en armes fur la Place
, où après le Te Deum chanté , auquel
les Officiers du Bailliage & de la Ville
affifterent en Corps , le feu fut allumé
par le Maire & par les Officiers du Bailliage
& de la Ville.
A fix heures du foir on fit annoncer
au bruit des Tambours , les illuminations
des maisons qui furent très - bien
executées , & jointes aux feux particuliers
allumez dans toutes les rues de la
Ville .
Les
OCTOBRE. 1725. 2731
Les Officiers du Bailliage & de la
Ville fouperent chez le fieur le Gras ,
Maire & Agent de S. A. S. Monfeigneur
le Duc ; on y but refpectueufement les
fantez du Roi , de la Reine , & celle de
S. A. S, au bruit de la Moufqueterie ,
des Tambours , & des Violons . Cette
journée finit par le bal qui fut donné
dans la maiſon du fieur Grelier , Prevôt
Royal de la Ville .
Le lendemain ces réjouiffances finirent
par plufieurs autres Fêtes , & par
un grand bal , qui termina le ſeptiéme
jour des réjoüiffances publiques , ſuivant
qu'il avoit été arrêté & déliberé dans le
Confeil de Ville.
ரார்
BENEFICES DONNEZ .
Lie
E Prieuré perpetuel de Sainte Marie
de Bify- lès - Vernon , Ordre de
S. Benoift , Diocèfe d'Evreux , vacant par
le décès de la Dame de la Mairie , a été
donné à Me de Baudry de Piancourt du
Tilleul , Religieufe du même Ordre.
L'Abbaye Reguliere de Sainte Marieaux-
Bois de Ruiffeauville Ordre de
S. Auguftin , Diocèfe de Boulogne , vacante
par la démiffion de Dom Campron
1732 MERCURE DE FRANCE.
pron , à Dom Etienne - Marie Loyfel .
Religieux du même Ordre.
L'Abbaye Commandataire de Bitaine,
Ordre de Cîteaux , Diocèſe de Befançon
, vacante par le décès du fieur Doroz
, au fieur Marie- François Boquet de
Courbouzon , Clerc Tonfuré du même
Diocèle.
L'Abbaye Commandataire de Gaftines,
Ordre de S. Auguftin , Diocèle de Tours,
vacante par le décès du fieur de Gaft ,
au fieur Bertrand Tafchereau de Liniefes
, Prêtre du Diocèſe de Tours .
L'Abbaye Commandataire de Peffan ,
Ordre de S. Benoist , Diocèse d'Auch ,
vacante par le décès de M. de Chaulnes,
Evêque de Grenoble , à l'Abbé Danes ,
Confeiller -Clerc au Parlement de Paris,
& Profeffeur de Sorbonne.
L'Abbaye de Nôtre- Dame hors des
murs de la Ville de Saintes , Ordre de
S. Benoift , vacante par la démiffion de
Madame de Caumont de Lauzun , à Madame
de Duras , Religieufe à Conflans .
L'Evêché d'Arras , vacant par le décès
de M. Guy de Séve de Rochechoüart,
à l'Abbé de la Salle , Prêtre.
Le Canonicat de la Sainte - Chapelle
de Paris , vacant par le décès du fieur de
Voulmy , au fieur Jacques- François Mercier
, Clerc du Diocèle de Paris , fils de
Madame la Nourice
NOVEMBRE 1725. 2733
L'Abbé de Briffac a été nommé Aumônier
du Roi , à la place vacante par la nomination
de l'Abbé Milon à l'Evêché de
Valence .
DEPART du Roi Stanislas de Bouron
Jon paffage à Beaumont , & fon arrivée
à Bellegarde.
E Roi Staniflas , & la Reine fon
LEpoule ,partirent de Bourele Ven
dredy 19. Octobre , accompagnez des
Seigneurs & Dames de leur Cour , pour
aller au Château de Beaumont en Gâtinois
, qui appartient à M. de Montmorency-
Luxembourg , Prince de Tingry.
Leurs Majeftez ( qui étoient efcortées
par les Officiers , & 5o. Maîtres
du Régiment de Beringhen , Cavalerie ,
M. le Premier, leur Colonel , à leur
tête ) y arriverent fur les 5. heures du
foir. Elles y furent reçûës par M. & Madame
la Princeffe de Tingry , au bruit
du canon & des boëtes . Les Ducs de
Montmorency & d'Olonne , les Duc &
Ducheffe d'Efpernon , & le Comte de
Ligny neveux & niece du Prince de
Tingry , s'y étoient rendus , ainfi que
le Duc d'Antin , le Duc de Gefvres , le
Duc de Bethune , le Prince de Chalais,
le Marquis de Dreux , & un grand
nombre de Gentilshommes des environs .
,
Le
2734 MERCURE DE FRANCE
Le Roi & la Reine furent conduits dans
les appartemens qui leur étoient prépatez
, lefquels étoient parfaitement illuminez
, ainfi que tous ceux du Château ;
l'illumination des cours faite avec art
rendoit ce beau lieu très-brillant.
Sur les 8. heures , la table du Roi
( qui étoit de 25. Couverts ) fur la
quelle le Cadenas fut pofé , & où les pèrfonnes
qualifiées eurent l'honneur de fouper
avec Sa Majefté ) fut fervie en maigre
avec toute la délicateffe , le goût ,
l'ordre & la magnificence imaginable ;
le fruit ne fut pas moins admiré par fa
beauté , & par fa décoration ingenieuſe .
M. le Prince de Tingry eut l'honneur
de donner à laver au Roi , avant & après
le repas ; Sa Majefté étoit fervie par un
Gentilhomme , & les Seigneurs par des
Valets de Chambre . Aux côtez du Roi
à certaine diftance ) étoient le Prince
de Tingry , & le Duc d'Antin.
La table de la Reine ( où étoit un Cadenas
) fut auffi fervie magnifiquement
en maigre à la même heure que celle du
Roi ; la Princeffe de Tingry , la Comteffe
de Linange , Dame d'Honneur de
la Reine , Madame de Beuzeval , & la
Ducheffe d'Efpernon , eurent l'honneur
d'y manger ; cette premiere, Dame préfenta
la ferviette moüillée à Sa Majeſté
pour
NOVEMBRE 1725. 2735
pour laver avant & après le repas. Un
Gentilhomme fervoit la Reine , & leș
Dames étoient fervies par des Pages.
Une troifiéme table de 18 Couverts,
où étoient les Seigneurs de la Cour de
leurs Majeftez , qui n'avoient point eu .
de place à la table du Roi , fut auffi parfaitement
bien fervie en maigre , au même
inftant que celles de leurs Majeftez ,
Les gens de livrée du Prince de Tingry
fervoient à cette table. ) Outre la
profufion des mets , les vins & liqueurs
les plus rares , & les plus exquis y
étoient en abondance.
Une table pour les D'les d'Honneur
de la Reine , & plufieurs autres , furent
fervies avec une attention toute , parti
culiere.
Le Roi & la Reine permirent avec
bonté , qu'un grand nombre de perfonnes
qui étoient venues de differens endroits
, euffent l'honneur de voir fou
per leurs Majeftez.
La Cavalerie qui avoit rafraîchi en
arrivant , fut traitée avec foin , & eụt
de tout en abondance , ainfi que toutes
les perfonnes de la fuite en general juſ,
qu'au départ de leurs Majeftez .
Le lendemain 20. quelque temps
après le lever du Roi , Sa Majefté palla
dans la Tribune de la Chapelle du Château
2736 MERCURE DE FRANCE:
teau , qui étoit très - ornée , d'où elle entendit
la Meffe.
Enfuite le Roi monta en caleche accompagné
du Prince de Tingry , & alla
fe promener dans le Parc , qui eft des
plus grands , & très -bien percé. Outre
les parterres , & des allées d'arbres de
haute futaye , il y a une très- belle piece
d'eau , dans laquelle tombe continuellement
une nappe d'eau qui fait un trésbel
effet, & qui fournit auffi aux foffez
qui entourent le Château , lequel eft flanqué
de 4. tours. S. M. qui étoit ſuivie
de plufieurs Seigneurs dans des caleches ,
parut fort contente de ce beau lieu.
Pendant la promenade du Roi , la
Reine entendit la Meffe dans la Tribune.
A midi les tables de leurs Majeftez
furent fervies , & décorées differemment
du jour précedent , ce qui plût beaucoup
par la nouveauté . Les autres tables furent
affi pareillement bien fervies .
Le Roi & la Reine partirent fur les
3. heures du Château de Beaumont au
bruit du canon & des boëtes , pour aller
à celui de Bellegarde , qui appartient au
Duc d'Antin , où M. & Madame de Tingry
fe rendirent le lendemain 21. pour
faire leur Cour à leurs Majeftez .
On peut dire du Prince & de la Prin
selle
NOVEMBRE 1725. 2737
eeffe de Tingry , que les ordres qu'ils
avoient donnez, ont été parfaitement bien
executez , & qu'il eft difficile ( pour ne
pas dire impoffible ) de donner , plus
qu'ils ont fait des marques fenfibles
de leur attention , & que l'on ne peut
faire les honneurs d'une Maifon avec plus.
de nobleffe .
›
EXTRAIT d'une déliberation de l'Affemblée
des Maîtres Chirurgiens de
S. Côme , qu'on nous prie d'inferer içi,
au fujet du Livre intitulé , le Guidon
du Chef- d'oeuvre de S. Côme , compofe
par le fieur de Janfon.
Malgré le refus qui a été fait par
Compagnie , & par plufieurs
? de fes Membres d'approuver ce Livre
parce qu'il eft contraire à l'honneur de
la Profeffion , & qu'il contient des fautes
groffieres , des principes non feule
ment peu folides mais encore pernicieux
; enfin , une pratique meurtriere ,
qui n'a jamais été enfeignée par les Chirurgiens
de S. Côme , & qui jette les
Afpirans & autres dans l'erreur , en s'imaginant
trouver dans cet Ouvrage tout
ce que doit fçavoir un Chirurgien , & c .
qu'il allie au peu de chofes utiles , qu'il
renferme un amas monftrueux de dif
Cours
;
2738 MERCURE DE FRANCE.
cours ridicules , de preceptes obfcurs &
mal digerez , très dangereux , & infiniment
éloignez des fentimens des habiles
Maîtres , &c. Sur quoi a été arrêté d'une
commune voix , que le Public feroit averti
, que ce Livre eft pernicieux , contraire
à ce qui s'enſeigne à S. Côme , à
la Théorie , & à la pratique de la Chirurgie
, & que cet Ouvrage eft très dans
gereux .
EM.
AVIS
N confequence du Privilege accordé
M. Bechamel & Compagnie , par Arreſt
du Confeil du 3 Juin 1725. & Lettres Patentes
expediées en confequence , pour l'établiffement
pendant 20. années d'un Bureau
general de Correfpondance en la Ville de
Paris , ledit fieur Bechamel & fa Compagnie
ont établi ce Bureau à Paris ruë neuve Saint
Euftache.
Cet établiffement a pour objet , ainfi qu'on
l'a vu par ledit Arreit , de faciliter aux Particuliers
qui le requerront ( à la remife de
quatre deniers pour livre ) la recette des
Rentes fur la Ville de Paris , Gages & Augmentations
de Gages , Penfions , & autres
dettes , de quelque nature qu'elles foient , &
d'en faire toucher les deniers aux Proprietaires
dans le lieu le plus prochain de leur
domicile.
Le bien que cet établiffement procure principalemen
NOVEMBRE 1725. 2739
cipalement aux particuliers domiciliez dans .
toutes les Provinces du Royaume , a déja attiré
à cette Compagnie un grand nombre de
Commiffions ; & comme elle paroît difpofée
à donner au Public toutes les furetez
qu'il pourra defirer dans les Recouvremens
& Commiffions , au fujet defquels il s'adreffera
à cette Compagnie , qui établira inceffamment
dans chacune des principales Villes
du Royaume , un Correfpondant , auquel
elle donnera pouvoir de recevoir en fon nom
des particuliers , non feulement les effets ,
dont le payement doit être fait à Paris , mais
encore ceux qui feront payables dans toute
l'étendue du Royaume dont elle fe chargera
de faire folliciter le payement par lefdits
Correfpondans , & d'en faire toucher
auffi tôt les deniers dans les Villes & lieux ,
qui pourront le mieux convenir aux arran
gemens defdits Particuliers , fuppofé qu'ils
n'aimaffent mieux les tirer en Lettres de change
à vue fur ladite Compagnie , ainſi qu'ils
ont la liberté de le faire.
Lorfqu'un Particulier voudra charger cette
Compagnie , de recevoir pour lui le paye--
ment d'une partie de Rente , perpetuelle ou
viagere , il lui adreffera fa procuration , le
nom du Procureur en blanc , en obfervant
aux Rentes viageres de faire certifier par le
Juge du lieu la vie du Proprietaire de la
Rente.
Pour Augmentations de Gages il envoyera
de même fa procuration.
Pour les Penfions il envoyera un Certificat
de vie , fon blanc feing en parchemin , &
l'Ordonnance, s'il en eft porteur, finon la Compagnie
fe charge d'en folliciter l'expedition
au Bureau de la Guerre ou ailleurs.
I Pour
2740 MERCURE DE FRANCE .
Pour loyers de maifons il envoyera fes quittances
par quartiers .
Pour revenus de terres il envoyera fon
mandement ſur les Fermiers ou Receveurs .
Pour les effets à ordre les Proprietaires les
pafferont à celui de ladite Compagnie , &
lorfque ce font des billets ou effets pures &
fimples , ils les accompagneront feulement de
la lettre d'envoi.
On peut charger auffi ladite Compagnie
des rembourfemens de Charges & Offices de
telles natures qu'elles foient , converfions de
recepiffez pour rentes perpetuelles , ou viageres
, Rembourfemens de Contrats fur particuliers
, Obligations , & autres dettes de
telles natures qu'elles puiffent être.
La Compagnie accufera la reception de
tous les effets à elle adreffez par une lettre
qu'elle écrira au Particulier , qui lui fera un
renvoi , & ce dans l'inftant qu'elle recevra les
effets dont on la chargera de folliciter le recouvrement
en l'affranchiffant des ports &
paquets .
La fufcription des lettres qui feront adreffées
à ladite Compagnie , portera à Meffieurs
de la Correfpondance generale , ruë neuvefaint
Euftache à Paris.
Bouts-rimez à remplir.
Difparate
An
Ecarlate
Talifman
Carotte
Menotte
Brin
Fregate
Perfan
Cantate
Ocean,
Negre
Maigre
Membrin
NOVEMBRE . 1725. 2741
akakakakakakakakakakakakatik
MORTS , NAISSANCES , &c.
J
Ulien Fleury , Chanoine de l'Eglife
de Chartres , Profeffeur en Eloquence
au College de Navarre , l'un des Scholiaftes
Dauphins , & qui avoit une parfaite
connoiffance des Langues Grecque
Hebraïque , Syriaque , &c. mourut à Paris
le 15. Septembre dernier , après avoir
été taillé de la pierre , âgé de 78. ans.
Paul de Chaulnes , Evêque de Grenoble
, & Abbé de Peſtan , mourut dans
fon Diocèſe le 22. Octobre.
Ifaac Jacques de Verthamon , Evêque
de Couferans , mourut vers ce temps- là
en retournant dans fon Diocèſe.
Frere Antoine de Tenarre de Montmain
, Chevalier de l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem , Maréchal des Camps &
armées du Roi , cy- devant Infpecteur de
la Gendarmerie , & Capitaine-Lieutenant
de la Compagnie des Chevaux - Legers
d'Orleans , mourut à Paris le 5. de ce
mois , âgé d'environ 55. ans , trois jours ,
après qu'on lui eut coupé une jambe , à
laquelle il fentoit depuis 15. ans de
grandes douleurs caufées par des bleſſures
reçûës à la guerre.
I ij
Da
..
....
2742 MERCURE DE FRANCE.
Damoifelle Marguerite Pancatelin ,
Superieure generale des Hôpitaux &
Maifons de la Salpêtriere , la Pitié , Bifcêtre
, Scipion , les Enfans Rouges , le
S. Efprit , & c. mourut en l'une defdites
Maifons , appellée la Salpêtriere , le Vendredi
26. du mois d'Octobre dernier ,
après avoir gouverné lafdits Hôpitaux
pendant l'espace de 54. années . Son merite
diftingué & fon efprit fuperieur à
celui de fon fexe , quoiqu'avec un air de
fimplicité & de modeftie fans exemple,
lui attirerent fouvent l'éloge , & furtout
la confiance particuliere des plus celebres
Magiftrats & Chefs de l'Eglife. Son
nom fut redoutable aux perfonnes de
moyene vertu .
Dame Marguerite Dugaigneau , veuve
de M. François de Berbizy , Chevalier
, Seigneur de la Houffaye , decedée
le 21. Octobre , âgée de 95. ans 4 .
mois .
M. Bernard Joifel , Seigneur de Mauny
, Douy , la Ramée , &c. Chevalier
de S. Louis , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , decedé le 2 4. Octobre ,
âgé de 55. ans environ.
Madame Magdelaine Silvie de Sainte
Hermine , époufe du Lord André de
Drummont Comte de Melfort , decedée
le 31. Octobre , âgée de 33. ans .
Jac
NOVEMBRE 1725. 2743
•
Jacques Eleonor Rouxel de Medavi
de Grancey , Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Gouverneur
de la Ville & Principauté de Sedan ,
mourut fubitement à Paris le 6. de ce
mois dans la 70. année de fon âge. Rouxel
de Medavi porte d'argent à 3. cogs
de gueulle.
Dame Marguerite de Beauharnois
veuve de Guillaume de Némond , Prefident
à Mortier au Parlement , mourut
à Paris le 6. de ce mois , âgée de 80 .
ans , qu'elle avoit paffez dans un exercice
continuel de toutes les vertus Chrétiennes
.
Dame Catherine de Bethune , veuve
de François- Jofeph de Tertulle , Marquis
de la Roque , & Gouverneur des
Fort & Château de S. André & de Villeneuve
d'Avignon , mourut à Paris le
6. Novembre , âgée de 85. ans. Cette
Dame qui a paffé toute fa viduité dans
la retraite , & dans les exercices de pieté
, étoit fille aînée d'Hippolite de Bethune
, Comte de Selles , &c. Chevalier des
Ordres du Roi, & d'honneur de la Reine
Marie-Therefe d'Autriche , & d'Anne-
Marie de Beauvilliers Saint Aignan.
Bethune porte d'argent à la face de gueulle.
Le 16. Novembre M. Louis-Gabriel
Pallard , Seigneur de S. Ecobille , Con-
I iij feiller
2744 MERCURE DE FRANCE.
feiller de la Grand'Chambre du Parlement
, mourut à Paris , âgé de 67. ans .
•
Dame Marie- Françoife de Levi , époufe
de Jofeph- François de la Croix , Marquis
de Caftries , Seigneur de Pey , Baron
de Gourdiege , de Caftelnau , & c.
Baron des Etats de Languedoc , Lieutenant
de Roi de la même Province , Gou .
verneur de la Ville & Citadelle de Montpellier
, de la Ville & Port de Cete , Maréchal
des Camps & Armées du Roi ,
Chevalier des Ordres de S. M. & Chevalier
d'Honneur de S. A. R. Madame la '
Ducheffe d'Orleans , accoucha d'un fils
le 18. Octobre dernier. Il fut tenu fur
les fonts & nommé Armand- François par
Armand Pierre de la Croix de Caftries ,
Archevêque d'Alby , & par Dame Françoife
d'Albert , époufe de Charles Eugene
, Duc de Levi , Pair de France , Lieutenant
General des Armées du Roi , Gouverneur
de Mezieres , Commandant en
Franche-Comté .
·
Le 30. du même mois Dame Loüife-
Françoife Phelyppeaux de la Vrilliere ,
époufe de Louis Robert - Hippolite de
Brehan , Comte de Plelo , Colonel de
Dragons , accoucha d'un fils qui fut nommé
Theodore Cerbonnet par Jean-René-
François de Brehan , Comte de Moron ,
& par Dame Marie-Jeanne Phelyppeaux
de
NOVEMBRE 1725. 2745
de la Vrilliere , époufe de M. Jean - Frederic
Phelyppeaux de Pontchartrain ,
Comte de Maurepas , Miniftre & Secretaire
d'Etat.
Le 11. Novembre Dame Catherine
Felicité du Bellay , Princeffe de Robec ,
époufe de Anne- Augufte de Montmo
rency , Prince de Robec , Grand d'Efpagne
de la premiere Claffe , Chevalier
de l'Ordre de la Toifon d'Or , Lieutenant
General des Armées du Roi , Grand-
Maître de la Maifon de la Reine d'Efpague
, feconde douairiere , accoucha d'un
fils , lequel par permiffion de M. le Cardinal
de Noailles fut ondoyé le même
jour ; les pere & mere efperant que le
Roi d'Efpagne leur fera l'honneur d'en
être le parrain .
Madame la Comteffe de la Vieuville
accoucha le 17. d'Octobre d'un fecond fils ,
qui a été tenu fur les fonts de Baptême
par Madame la Comtelle de Parabere &
M. le Duc de Briffac.
Le 16. de ce mois la Comteffe de Touloufe
accoucha d'un fils , au Château de
Rambouillet.
I iiij
EDITS ,
2746 MERCURE DE FRANCE.
EDITS , DECLARATIONS,
E
ARRESTS , & c
DIT du Roi , portant fuppreffion des Offices
de Receveurs & Contrôleurs Generaux
des Domaines & Bois . Et nouvelle création
de pareils Offices. Donné à Paris au
mois de Juin 1725. Regiftré en Parlement le
même jour , le Roi féant en fon Lit de Juftice
, & c. par lequel S. M. ordonne ce qui
fuit.
ARTICLE PREMIER.
Nous avons par le prefent Edit perpetuel
& irrevocable , éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons les Offices de Receveurs generaux
& Contrôleurs generaux de nos Domaines
& Bois , créez par Edits des mois d'Avril
1685. Decembre 1689. & Decembre 1701.
Les Offices de Receveurs particuliers de nos
Bois , créez par autre Edit du même mois de
Decembre 1701. enfemble le fol pour livre de
nos droits cafuels , attribué à nos Procureurs
aux Bureaux des Finances , par Edit du mois
d'Avril 1694. fans que les pourvûs defdies
Offices de Receveurs & Contrôleurs generaux
de nos Domaines & Bois , Receveurs
particuliers de nos Bois , puiffent s'entremettre
en l'exercice ou fonction d'iceux , ni
nos Procureurs aux Bureaux des Finances en
la perception dudit droit de fol pour livre ,
paflé le dernier Decembre de la prefente
année.
IL.
NOVEMBRE 1725. 2747
I I.
Voulons que les Titulaires & Proprietaires
defdits Offices & droits fupprimez , foient
tenus de faire proceder à la liquidation de
leurs Finances , par les Commiffaires de nôtre
Confeil qui feront par Nous nommez à cet
effet , pour être enfuite rembourfez en nôtre
Tréfor Royal , des fonds qui feront à ce deftinez
; fans neanmoins que lefdits Receveurs
generaux & particuliers puiffent recevoir leur
remboursement , qu'après qu'ils auront compté
de tous leurs exercices.
I I I.
Et de la même authorité que deffus , Nous
avons créé & érigé , créons & érigeons en
titre d'Offices formez , en chacune Province &
Generalité de nôtre Royaume où lefdits Receveurs
generaux ont été établis , trois nos
Confeillers Receveurs generaux anciens ,
alternatifs & triennaux ; & trois nos Confeillers
-Contrôleurs generaux anciens , alterna-
.tifs & triennaux de nos Domaines & Bois ; &
-trois nos Confeillers - Receveurs particuliers
anciens , alternatifs & triennaux de nos Bois ,
dans les mêmes lieux où. lefdits Offices ont
été précedemment créez ; lefquels triennaux
demeureront réunis aux anciens & alterhatifs
, pour être lefdits Offices poffedez fous le
titre d'anciens my triennaux , & d'alternatifsmytriennaux
, & exercez alternativement année
par année , à commencer du premier Jan
vier 1726 conformément aufdits Edits des
mois d'Avril 1685. Decembre 1689. & De
-cembre 1701. aux mêmes fonctions , taxations
, tant fur nos Bois que fur les droits ca
fuels de nos Domaines , droits de chauffage ,
franc- falé & autres droits , privileges & exemptions
attribuées par lefdits Edits , & par ceux,
Ly des
2748 MERCURE DE FRANCE.
des mois d'Octobre 169 ;. Fevrier 1705. Novembre
& Mai 1710. 1707.
IV.
Attribuons aufdits Offices créez par le prefent
Edit , des gages au denier vingt - cinq du
montant de la Finance à laquelle chacun defdits
Offices aurà été fixé , ſuivant les Rôles
qui en feront arrêtez en nôtre Confeil , &c.
EDIT du Roy , portant que le Denier de
la Conftitution fera & demeurera fixé à raifon
du Denier Vingt du capital . Donné à
Verfailles au mois de Juin 1725. Regiftré en
Parlement le 8, le Roi leant en fon Lit de Juftice
: par lequel il eft dit ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
Qu'à compter du jour de la publication du
prefent Edit , le denier de la Conftitution fera
& demeurera fixé dans toute l'étendue de
notre Roiaume , Païs , Terres & Seigneuries
de notre obéiffance , à raifon du Denier vingt
du capital , nonobftant tous Edits , Declarations
ou autres Reglemens à ce contraires ,
aufquels Nous avons dérogé & dérogeons par
notre preſent Edit.
I I.
Permettons en confequence à tous Notaires
, Tabellions & autres perfonnes publiques,
ayant droit de paffer & recevoir des Contrats,
de les paffer à l'avenir fur ledit pied du Denier
Vingt ; fans neanmoins qu'ils puiffent en
paffer fur un pied plus fort, à peine de privation
de leurs Offices d'être lefdits Contrats
declarez ufuraires , & d'être procedé extraosdinairemeut
contre les prêteurs.
III.
Ordonnons en confequence à tous Juges ,
dans les Jugemens qu'ils auront à prononcer
portant
NOVEMBRE 1725. 2749
portant condamnation d'interefts , de les prononcer
à l'avenir fur le pied du Denier Vingt.
IV.
Nous n'entendons neanmoins rien innover
aux Contrats de Conftitution , Billets portant
promefle de paffer Contrats de Conftitution,
& autres Actes faits jufqu'au jour de
la publication du prefent Edit , lefquels feront
executez comme ils l'auroient pû être
auparavant , &c.
EDIT du Roi , portant création de Maîtrifes
d'Arts & Mêtiers dans toutes les Villes
du Royaume , à l'occafion du Mariage du
Roi . Donné à Verſailles au mois de Juin
1725. Regiftré en Parlement le 8. le Roi féant
en fon Lit de Juftice , par lequel il eft dit ce
qui fuit. Nous avons , en confideration de notre
Mariage , créé , érigé & établi , créons ,
érigeons & établiffons par le prefent Edit ,
Six Maîtres de chacun Art & Mêtier dans
notre bonne Ville & Fauxbourgs de Paris ;
Quatre dans chacune de nos Villes où il y a
Cour fuperieure ; Trois dans celles où il y a
Prefidial , Bailliage ou Senéchauffée ; Et deux
feulement dans toutes les autres Villes & autres
lieux de notre Roiaume où il y a Jurande
, pour y être pourvú par Nous , de telles
perfonnes que Nous voudrons choifir ; en
Nous payant par eux la Finance qui fera reglée
fuivant les Rolles qui en feront arrêtez
en notre Confeil . Voulons que fur la Quittance
de Finance qui leur fera expediée des
fommes par eux payées , il leur foit delivré
toutes Commiffions neceffaires , pour chacune
defquelles il ne fera payé que Six livres
feulement ; en vertu defquelles Commiffions
Nous entendons que les pourvus defdites
Mai-
I vj
2750 MERCURE DE FRANCE.
Maîtrifes foient incontinent reçûs & inftallez
par nos Baillifs , Senechaux , Prevôts ou autres
Juges à qui elles feront adreffées , &
qu'ils en jouiffent avec tels & femblables
droits , franchiſes , libertez & privileges dont
joüiffent les autres Maîtres Jurez defdits Mêtiers
, fans qu'ils foient tenus de faire aucun
chef-d'oeuvre ou experiences , ni fubir aucun
examen , payer banquets , droits de Confrairies
& de boëtes , ni aucuns autres droits que
les Jurez de chaque Mêtier ont accoûtumé de
prendre & faire payer à ceux qui veulent être
reçûs Maîtres , dont Nous les avons exceptez
& difpenfez , exceptons & difpenfons par
le prefent Edit. N'entendons comprendre dans
la préfente création les Chirurgiens , Apotiquaires
& Orfévres que nous en avons excepté
& exceptons.
ARREST du 28. Juillet , qui regle les temps
& la maniere dont la levée du Cinquantiéme
du revenu des Biens pendant douze années
doit être faite en execution de la Declaration
du 5. Juin 1725. par lequel S. M. ordonne
ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
La premiere des douze années du Cinquantiéme
qui fera levé en argent fur le revenu
des Maifons , Charges , Employs , Rentes
& Intercits , commencera au premier Aouft
1725, & finira au dernier Juillet 1737 .
II.
La premiere des douze années du Cinquantiéme
qui fe levera en nature fur les Vins ,
Cidres & autres Boiffons , enſemble fur les
Bois & Taillis , commencera , fçavoir ; pour
les Vins & autres Boiffons , aux vendanges
& recoltes de fruits à preffurer de la prefente
année,
NOVEMBRE 1725. 2751
année. Et pour les Bois & Taillis , par les
coupes de la même année ; Et la derniere finira
par les vendanges & recoltes de fruits à
preffurer , & par les coupes des Bois & Taillis
de l'année 1736.
III.
La premiere des douze années du Cinquantiéme
qui fe levera de même en nature , fur
tout ce qui fera recueilli dans les autres Terres
labourables , Prez & autres fonds d'heritages
, commencera par les Recoltes & Moiffons
de l'année 1726. Et la derniere finira par
les Recoltes & Moiffons 1737.
IV.
Les Bois de haute futaye qui feront coupez
par extraordinaire ; & après avoir obtenu
les permiffions neceffaires à cet effet , & qui
ne font point partie d'une coupe annuelle
qui tient lieu de revenu , ne feront point fujets
au Cinquantiéme , à quelque âge que la coupe
en foit fixée.
V.
Veut Sa Majefté , qu'à l'égard des Moulins.
de toute efpece , Eftangs & autres natures de
Biens dont la levée du Cinquantiéme en nature
feroit fujette à trop de difcuffions , le
Cinquantiéme en foit payé fur le Cinquantiéme
du prix des Baux , fur le pied du Cinquantiéme
du produit en argent fuivant l'eftimation
qui en fera faite par les Sieurs Intendans
; Et à l'égard des Verreries , Forges
& autres Ufuines & Fabriques de pareille nature
, le Cinquantiéme fera pareillement perçû
fur le pied du Cinquantième du prix du
Bail , fi elles font affermées , finon fur le pied
du Cinquantiéme du produit effectif en argent
, déduction faite du prix des bois confommez
pour l'ufage des Ufuines , journées
d'ou
2752 MERCURE DE FRANCE
d'ouvriers & autres frais neceffaires pour l'exploitation
, de laquelle évaluation il fera par
lefdits Sieurs Intendans ou Commiffaires départis
, dreffé des états qu'ils envoyeront au
Confeil pour être enfuite arêté des Rolles :-
Et les particuliers dénommez feront tenus de
payer les fommes y portées , en deux termes
égaux , l'un au premier Decembre , & l'autre
au premier Avril de chacune année , entre les
mains du Prépofé , à peine d'y être contraints
.
V I.
Les Proprietaires ou Poffeffeurs des Maifons
, tant de la Ville & Fauxbourgs de Paris
, que des Villes & Fauxbourgs du Royaume
, fourniront dans quinzaine , du jour de la
publication du prefent Atreft , leur declaration
du revenu deídites Maiſons , fur les modelles
qui leur en feront remis ; Sçavoir , pour les
Maifons de la Ville & Fauxbourgs de Paris ,
entre les mains du fieur Prevoſt des Marchands
de ladite Ville ; Et pour celles des Provinces
entre les mains des Šieurs Intendans & Commiffaires
départis , ou leurs Subdeleguez , defquelles
declarations ils dreferont des états
qu'ils envoyeront pareillement au Confeil ,
pour en être de même arrêté des Rolles , &
les Particuliers y compris feront tenus de
payer les fommes y portées , en deux termes
égaux , l'un au premier Avril de chaque année,
& l'autre au premier Septembre fuivant,
conformément à ladite Declaration.
VI I.
Le Cinquantiéme qui fera levé en nature de
Fruits fur les Grains , Bois , Foins , Vins ,
Cidres & autres productions , fera donné par
Adjudication au plus offrant & dernier encheriffeur
, après trois Publications de huitainc
NOVEMBRE 1725. 2753
ne en huitaine , qui feront commencées les
premiers jours d'Avril de chaque année , &
indiquées par des affiches aux portes des
Eglifes , Places & Carrefours des Villes ,
Bourgs , Paroiffes & Communautez.
VIII
Les Adjudications feront faites en confequence
, par les Sieurs Intendans & Commiffaires
départis dans les differens chefslieux
des Elections , ou autres lieux qui feront
par eux indiquez , foit devant eux , leurs
Subdeleguez ou tels autres qu'ils nommeront.
I X..
Celles defdites Adjudications qui feront
faites par les Subdeleguez ou autres à ce
commis , feront envoyées aufdits Sieurs Intendans
, pour être par eux confirmées après
la quinzaine du jour de ladite Adjudication ;
fauf aufdits Sieurs Intendans à ordonner une
quatriéme publication devant eux , lorsqu'il
leur aura été fait dans ladite quinzaine des offres
plus fortes que le prix de l'Adjudication
, par perfonnes bonnes & folvables , ou
que par les circonftances du prix ou de la forme
de l'Adjudication , ils le jugeront neceffaire
ou plus convenable aux interefts de Sa
Majefté.
X.
Les Encheres & Surencheres qui furviendront
pendant ladite quinzaine , fur le prix
des Adjudications faites devant les Subdeleguez
, ne pourront eftre moindres que du dixiéme
en fus du prix de l'Adjudication , &
feront reçues au Greffe de l'Intendance ou
de la Subdelegation , au choix des encheriffeurs
; aufquels lieux toutes perfonnes pourront
en prendre communication ; Et la quinzaine
expirée , l'Adjudication définitive fera
faite
2754 MERCURE DE FRANCE .
•
faite au dernier encheriffeur. par Mrs les
Intendans , fans qu'après l'Adjudication définitive
, il puiffe eftre receu aucun doublement
ni tiercement .
+
1
!
.
X I.
Les Adjudications du Cinquantiéme des
Vins , Cidres & autres boiffons feront faites
pour la prefente année feulement fur une feule
publication à huitaine , laquelle fera confirmée
dans les cas & en la maniere expliquée
ci- deffus , par les Sieurs Intendans , quinzaine
après.
XII.
Les Adjudicataites feront tenus de donner
bonne & valable caution , ou de payer comptant
moitié au moins du prix de leur Adjudication
, qui leur tiendra lieu de cautionnenement
, s'ils n'ont des biens fuffifans pour en
répondre.
X II I.
Les Adjudicataires feront tenus de payer
le prix de leur adjudication , en deux termes
égaux , l'un au premier Janvier de chaque année
, & l'autre au premier Mai, à peine d'y
eftre contraints ; Et neanmoins , fans tirer à
confequence , ie prix des adjudications de la
prefente année fera payé en trois termes
égaux , fçavoir , au premier Janvier 1726. premier
Avril & premier Juillet fuivans.
XIV.
Les Adjudicataires joüiront du jour de leur
Adjudication & pendant l'année fuivante , de
l'exemption de Collecte , Tutelle , Curatelle
Nomination à icelles , Corvées , Guet & Garde,
Milice , Logement de gens de guerre & autres
charges publiques , de la même maniere
qu'en ont joui les prépofez au recouvrement
du Dixiéme ; & ne pourront eftre augmentez
NOVEMBRE 1725. 273%
.
mentez à la Taille pendant ledit temps , dans
lés Pays de Taille perfonnelle , & à la Capitation
dans les Pays de Taille réelle , finon
au fol la livre de l'augmentation , ou diminuez
à proportion , pourquoi ils feront taxez
d'office N'entend neanmoins Sa Majefté ,
qu'il foit rien changé aux Nominations de
Collecte , & à l'execution des Rolles des
Tailles & de Capitation qui fe trouveront
eftre faits au jour defdites adjudications.
X V.
Les Adjudicataires ou autres prépofez à la
levée du Cinquantiéme en nature de fruits ,
en feront la perception fans retarder l'enlevement
defdits fruits ; & il fera loifible aux
Fermiers & Laboureurs , après avoir averti
l'Adjudicataire qui ne fe feia point prefenté
de laiffer fur le champ la portion qui doit
lui revenir , & d'enlever le furplus , fans
qu'audit cas l'Adjudicataire puiffe prétendre
davantage que la portion qui lui aura été laiffée
, ainfi qu'il fe pratique pour la Dixme.
Veut Sa Majefté que la Dixme appartenant
au Curé du lieu pour la Defferte de la Cure ,
foit exempte du Cinquantiéme , & qu'en
confequence elle foit levée avant le Cinquantiéme
, qui ne fera perçû que fur le furplus ,
ladite Dixme prélevée ; & qu'à l'égard des
autres Dixmes , elles ne foient levées qu'après
le Cinquantiéme.
"
XV I.
Le Cinquantiéme fur la recolte des Vins ,
Cidres & autres boiffons , fera levé ainfi que
la Dixme c'est- à - dire , ou par hottées de
vendange , ou à raifon de la cinquantiéme
pinte ou cinquantiéme tonneau , fuivant l'ufage
des lieux.
XVII,
1756.MERCURE DE FRANCE .
XVIII
L'Adjudication du Cinquantiéme des Bois
qui feront en coupe la prefente année ,"fera
jointe à l'adjudication des Foins , Grains &
Vins de l'année prochaine 1726. & il en fera
ufé de même à l'avenir ; en forte que le Cinquantiéme
des Bois de chaque année fera toûjours
joint à l'adjudication du Cinquantiéme
de l'année fuivante.
XVIII.
Les Receveurs des Tailles dans les Pays
d'Elections , & les Receveurs ordinaires &
particuliers dans les Pays d'Etats , pourront
être prefens aufdites Adjudications , pour
prendre connoiffance des facultez de l'Adjudicataire
& de fa caution.
XIX.
Le Recouvrement des deniers provenans dudit
Cinquantiéme , fera fait par lefdits Receveurs
des Tailles , dans les Pays d'Elections ,
& dans les Pays d'Etats , par lefdits Receveurs
ordinaires & particuliers , lefquels en
remettront le fonds aux Receveurs generaux
des Finances , pour être par eux remis au
Comptable cy- après nommé.
X X.
Les deniers qui proviendront du Cinquantiéme
, à compter du premier Aouft 1715.
jufqu'au premier Octobre 1726. feront reçûs
par ceux defdits Receveurs generaux & particuliers
qui entreront en exercice l'année
1726.
X X I.
Les deniers qui proviendront du Cinquantiéme
des Maifons , dans les Villes & Fauxbourgs
du Royaume où il n'y aura point d'adjudication
de fruits , feront reçûs par les prépofez
à La Recette de la Capitation , ou autres
qui
NOVEMBRE 1725. 2757
qui feront nommez par le fieur Prevolt des
Marchands pour la Ville & Fauxbourgs de
Paris , & par les fieurs Intendans & Commiffaires
départis pour les autres Villes & Fauxbourgs
du Royaume , lefquels prépofez remettront
lefdits deniers ; fçavoir , pour la
Ville & Fauxbourgs de París , au fieur Bou.
cot , Receveur des deniers communs & d'Octrois
; & pour les Provinces aux Receveurs
des Tailles des Pays d'Elections , ou autres .
Receveurs ordinaires & particuliers des autres
Provinces.
XXII.
>
Tous les Fonds provenans de la perception
du Cinquantiéme dans l'étendue du Royaume,
fans exception , feront remis par lefdits Receveurs
generaux des Finances des Provinces &
Generalitez , & par ledit fieur Boucot en la
Ville de Paris , au fieur Gondoüin que Sa Majefté
a choifi & nommé pour Receveur &
Comptable particulier des deniers de la Caiſſe
commune du Cinquantiéme.
XXIII.
Tous les Comptables chargez de la Recette
& Dépenfe dudit Cinquantiéme , en tiendront
un Journal feparé de leurs autres Recettes
, & dans la même forme , dont ils envoyeront
des Copies tous les mois au Confeil,
conformément à l'Edit du mois de Juin 1716.
Declaration du 4. Octobre 1723. & Regle
mens rendus en confequence.
XXIV .
Les Rôles ou Erats du Cinquantiéme qui
fera levé en argent , feront executez , & les
Redevables contraints au payement des fommes
y portées , par les mêmes voyes ainfi que
pour la Capitation.
XXV .
1758 MERCURE DE FRANCE.
X X V.
Il fera expedié trois doubles des Rôles &
des Adjudications , qui feront remis , l'un au
Receveur des Tailles ou Receveur ordinaire
& particulier , l'autre à l'Adjudicataire ou au
Préposé , & l'autre au Greffe de l'Intendance ,
pour lesquelles trois Copies de l'adjudication, il
fera payé par l'Adjudicataire trente fols pour
tous frais , au Greffe de la Subdelegation.
XX VI.
Les Fermiers , les Détempteurs d'heritages ,
& autres tenans des biens chargez de Rentes
foncieres , foit en argent , grains ou autre nature
de fruits , auront droit de retenir à leur
profit le Cinquantiéme du prix annuel des
Baux ou Rentes dont font chargez leurs heritages
, fans pouvoir faire plus grande retenue
que le Cinquantiéme du prix du Bail ou de la
Rente par eux dûë , fous prétexte que le Cinquantiéme
par eux payé à Sa Majetté feroit
plus fort que celui par eux retenu , l'excedent
qui pourroit s'y trouver , devant être à leur
charge comme une impofition fur leur exploi
tation , dont ils n'ont pas plus de droit de prétendre
une in lemnité, que d'une augmentation
de Taille furvenue depuis leur Bail ; &
neanmoins Sa Majeſté voulant traiter favorablement
lefdits Fermiers & Détempteurs , elle
a déchargé & décharge le produit de leur
baffe-cour , de la levée dudit Cinquantiéme ,
& c.
ORDONNANCE de Police du 9. Octobre
, qui défend de vendre la Viande de Boucherie
, fçavoir les Morceaux choifis plus de
fept fols , celle au - de Tous de la même qualité
& auff belle plus de fix fols , & la baffe Viande
NOVEMBRE 1725.
2759
de à proportion, à peine de cinq cens livres
d'amende.
AVIS.
Les évenemens du temps ont occupé
beaucoup de place dans les derniers Mercures.
Plufieurs Pieces intereffantes qui
peuvent piquer la curiofité du Public ,
Jent demeurées en arriere , ce qui obligera
à donner deux volumes le mois prochain.
Le fecond fervira de Supplement à la pre-
Sente année 1725.
APPROBATIO N.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur
le Garde
des Sceaux
le Mercure
de France
du mois
de Novembre
, & j'ay crû qu'on
pouvoit
en permettre
l'impreffion
. A Paris , le 1. Decembre
8725.
HARDION,
2760 MERCURE DE FRANCE.
TABLE
IECES Fugitives , vers à la Reine. 2549
Clavecin pour les yeux , avec l'art' de
peindre les fons , & toute forte de pieces
de Mufique , & c 2552
2557
Les Fêtes Bifantines , Cantate à l'occafion du
Mariage du Roi.
Extrait de Lettre fur l'Epitaphe de Poiffy. 2582
Compliment de la France au Roi Stanillas.
2585
Flux & reflux de la Mer , extraordinaire. 2586
Vers à la Reine , & à MademoMelle de Clermont.
Lettre fur l'origine du nom d'Armand.
A la jeune Iris , vers .
2588
2590
2598
Poëme fur le progrès de l'Aftronomie . 2599
Lettre écrite de Chartres fur des corps trouvez
entiers.
Bouts rimez,
2605.
Réjouiffances faites à Peliffane en Provence
Lettre de Conftantinople.
Vers au Marquis de Nangis.
2606
2607
2612
2621
Autre Lettre de Conftantinople , priſe de Taut
ris , & c.
2622
Bouts - rimez , Sonnet . 2629
Relation de la fonction de l'Eftoc , &c fig
2630
Réjoüiffances à Marseille. 2643
Réjouiffances à Toulon. 2645
Réjouiffances à Rochefort , & c. 2611
Réjoülffances à Toulouſe , & à Berlin. 2654
Vers prefentez à la Reine. 2656
Evenement fingulier arrivé fur Mer & confir
mation de ce qui a été dit de l'Homme Ma
rin.
1
Enigmes.
Nouvelles Litteraires , & c.
2657
2660
2661
Memoire fur l'Hiftoire naturelle des Plantes
de Ruffie.
Ouvrage fur les coquillages.
2663
2670
Nouveau Calendrier pour l'année 1726. 2671
Troifiéme volume du Gallia Chriftiana. 2674
Panegyrique de S. Louis à l'Académie de Bor
deaux.
2675
Ouverture de l'Académie Royale des Sciences
.
Mort du Pere Quinquer.
Nouveaux Ecrans.
Chanfon .
Spectacles , Opera de Telegone,
Nouvelles du Temps , de Turquie , de Ruffie
& c.
2678
2688
2689
2691
Ibid.
>
2711
Morts des Pays Etrangers.
Nouvelles de la Cour , de Paris.
2720
2721
Ceremonie faite à Grenoblė , & c. ~
2727
Réjoüiffances à Clermont.
2729
Benefices donnez.
2731
Arrivée du Roi Staniſlas à Beaumont , & c.
2735
Avis fur le Bureau de la Correſpondance , &c.
2738
Bouts-rimez .
2.740
Morts , Naiffances , & c.
2741
Edits , Declarations , Arrefts , & c.
2747
Avis.
2759
Errata d'Ottobre.
Age 23 30 ligne 22. 1724. lifez 1424 .
Pge 2366. ligne 4. du bas , ces deux pieces
, lifez ces deux dernieres pieces .
Page 2387. ligne 6. reprendre , lifez répandre,
Page 2453. ligne s . vûë , lifez vice.
Page 2537. ligne 3. du nom , lifez du nombre,
Page 2541 ligne 29. Evêque & Comte de
Laon , lifez de Leon .
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 2651. ligne 4. du bas , Commandant ,
lifez Commandeur.
L'Air noté regarde la page
La Planche gravée ,
2691
page 2642
Qualité de la reconnaissance optique de caractères