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1724, 12, vol. 1-2
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HERSSIN
QUE ET SIC ET
COR
¤
A
M.LE PRESIDENTS DE WAROQUIER
CONSEILER D-ETAT ET METRE D- HOTEL DURO
*DM
Dec, MA
* DM
Presentedby
John
Bigelow
to the
Century
Association
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIE AU ROT.
DECEMBRE 1724 .
1. VOLUME.
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXIV.
Avec Approbation & Privilege du Roi .
HE NEW YORKİ
PUBLIC LIBRARY
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905
L'AL
-A V IS .
9
'ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis- à- vis la Comedie
Françoife , à Paris , Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
Cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter, & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
9 la premiere main , & plus prompiement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura fain defaire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fols,
2503
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT
DECEMBRE
1724 .
I.
VOLUME.
XXXXXXX ** XXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en
Profe.
BORE'E ET
ORYTHIE.
Cantate .
Ole avoit ouvert fes
cavernes
profondes ;
Les vents de fureur
tranfportez
Voloient,l'un par l'autre heurtez ,
1. v0 . A ij Sur
2504 MERCURE DE FRANCE.
Sur le vafte Empire des ondes ,
Quand le plus grand de tous les Dieux ,
L'Amour qui repaffoit de Lemnos à Cythere,
Voulant affujetir une beauté fevere ,
Au pouvoir qui comprend & la terre & les
Cieux ;
Un trait part de fa main , perce l'air & s'égare
,
Borée en eſt atteint , une fecrette ardeur
Soudain de fon ame s'empare;
Orythie eft l'objet qui regne dans fon coeur.
Nos coeurs voltigent fans ceffe ,
Tant que l'Amour eft loin de nous ;
Nous volons , bravant fes coups ›
Sur les aîles de la jeuneffe ;
Mais ce Dieu , malgré nos foins ,
Trouve le chemin de nos ames ;
Et nous brûlons de fes flammes ,
Lorfque nous y penfons le moins,
Guidé par fon amour , Aquilon dans Athenes,
Va chercher l'objet de ſes peines ;
11 vole , il traverſe les airs ;
Mais l'ingrate Beauté qui le tient dans les fers ,
Répond à tant d'amour par plus d'indifference ,
DECEMBRE 1724. 2505
Confus des maux qu'il a foufferts :
C'en eft trop , lui dit - il , je regne dans les
airs
Tu vas éprouver ma puiſſance ,
Et malgré tes mépris je reprends l'efperance
Dans le moment que je la perds.
La Mer en
montagnes
Eleve fes flots ;
Les vaftes
campagnes
Nagent fous les eaux ;
Les Forêts gemiffent
Des coups redoublez
;
Les airs retentiffent ,
Les Cieux font troublez :
Le feu dans la nuë
Brille à tous momens ;
La terre eft émuë
Dans les fondements .
Vers l'endroit habité par celle qu'il adore
Son amour conduit fa fureur ;
Pleine de trouble & de terreur
C'eſt en vain que fa voix l'implore ,
Il n'écoute que fon amour ;
1. vol. Malgré A iij
2506 MERCURE DE FRANCE.
Malgré fes pleurs , malgré fa reſiſtance,
Il l'enleve , & la Nymphe attendrie à fon tour
Lui pardonnefa violence.
Jeunes Amants , n'efperez pas
L'aveu d'une ardeur mutuelle ;
Quand vous livrez de vains combas ,
Forcez le coeur d'une cruelle ;
Dans fon caprice une Beauté
Aime , & fe condamne au filence ;
Voulez-vous vaincre fa fierté ,
Ufez d'un peu de violence .
SUITE
DECEMBRE 1724 .
2507
kakakak
SUITE de la feconde Lettre du Pere de
- Grainville , fur des Medailles rares de
fon Cabinet , inferée dans le Mercure
d'Octobre dernier.
AURELIEN
IMP. AURELIANUS AUG.
Petit Bufte avec une cuiraffe fur le dos
& une couronne de rayons.
LIBERT AUG .
R. Figure de femme debout , portant à la
main droite un bonnet , & s'appuyanı de
la gauche fur une pique.
R
Ien n'étoit plus cher aux Romains
que la liberté qui ſe conſerva parfaite
pendant près de cinq fiecles , & que les
Empereurs qu'en fe declarant protecteurs
de leur liberté , felon ce qu'Augufte publia
par cette belle infcription d'une Medaille
encore plus belle , LIBERTATIS P.
R. VINDEX ; la plupart des Empereurs
qui le fuivirent , flaterent auffi le peuple
Romain de fa liberté , écrivant dans leurs
Medailles , LIBERTAS RESTITUTA , LIBERTAS
PUBLICA , & c . quelques uns leur
I. vol. A iiij
vou
2508 MERCURE DE FRANCE.
vouloient perfuader qu'ils étoient libres ,
à même tems qu'ils difpofoient très- injuftement
& de leurs biens & de leurs perfonnes
.
Il me femble qu'Aurelien s'y prend
bien mieux dans cette Medaille qui ne fe
voit ni dans les livres , ni dans le recueil
des recueils , la Liberté porte
d'une main le bonnet de la Liberté , mais
de l'autre elle porte une pique , pour marquer
qu'il a donné la liberté à l'Empire ,
en le delivrant de toutes fortes d'ennemis
dont il étoit accablé de tous côtez , en faifant
un étrange carnage d'une infinité
d'Allemans & de Barbares , en vainquant
plufieurs petits tyrans revoltez , en réuniffant
fous les Loix de Rome l'Egypte &
l'Afie , en triomphant glorieufement des
Tetricus & de Zenobie , n'eft - ce pas être
heureufement libre , que d'être delivré de
toutes fortes de miferes & d'ennemis ?
C'eſt Aurelien qui a procuré au peuple
Romain cette liberté par fes armes & fes
victoires ; n'a t'il pas droit de s'écrier
avec la Medaille , la pique à la main , LIBERTAS
AUGUSTI : comment une glorieufe
Medaille eft - elle fi rare ?
IMP. C. L. DOM AURELIANUS AUG .
Petit Bufte couronné de rayons.
I. vol.
FORDECEMBRE
1724. 2509
R. FORTUNA REDUX .
Figure de femme debout , tenant de la
main droite un gouvernail fur un globe,
& de la gauche une corne d'abondance ,
dans le champ quatre gros points arrangez
en quarré.
Une Fortune debout n'eft pas commune
dans les Médailles d'Aurelien . Le Pere
Banduri n'en a point dont le gouvernail
donne fur un globe , & qui dans le champ
à main gauche porte quatre gros points
en carré , & qui n'ait rien de fingulier
dans l'exergue , c'eft ce que cette Médail
le a de particulier .
Ces quatre points peuvent defigner les
quatre années du regne d'Aurelien , ou
les quatre grandes Victoires qu'il avoit
remportées quand il vint à Rome .
CARUS
IMP. C. M. AUR. CARUS P. F. AUG.
Petit Bufte couronné de rayons .
R. VIRTUS
AUG .
Deux Princes couronnez , l'un tenant une
pique de la main gauche , donne de la
main droite à l'autre un globe que l'autre
reçoit , tenant de la main gauche le
1. το!.
bâton A y
2510 MERCURE DE FRANCE.
bâton du Conful : entr'eux deux en haut
brille une groffe étoile , au milieu TR .
en bas XXI.
On voit affez que cette Medaille reprefente
le choix que Carus fit des Carinus ,
pour partager avec lui l'Empire , & qu'en
mêmetems il s'en fit Conful , comme le
marque ce bâton que Carinus tient à la
main . VIRTUS marque qu'il a déja fait
quelque belle action .
Il y a bien des differences entre cette
Medaille & une de même deffein que raporte
le P. Banduri . 1 ° . Ce qui eft fur les
épaules de Carus n'eft point une cuiraffe ,
mais un manteau de Commandant . 2 °.Les
deux perfonnes du revers font couronnées .
de rayons , ce que le P. Banduri ne dit
pas de la fienne. 3 ° . Le Globe que Carus
donne à fon fils n'eft point furmonté d'une
victoire , comme le P. Banduri le dit de
fa Medaille . 4. La Medaille de ce Pere
n'a po nt de groffes étoilles au - deffus de la
tête de ces Princes , ni plus bas entr'eux
deux TR ; c'eft bien affez faire deux
Medailles differentes .
CARINUS
AR. M. AURI CARINUS NOB. C.
Bufte couronné de rayons.
1. vol.
PRIN
DECEMBRE 1724. 2511
PRINCIPI JUVENTUTI .
, Un Commandant debout tenant de la
main droite une enfeigne , & de la gauche
une pique , en bas XXI .
Cette Medaille eft quelque peu plus
large & plus épaiffe que les autres , &
prefque de potin , plutôt que d'argent .
On ne voit gueres dans les Medailles un
Cefar tenir une enfeigne de la main droite
& une pique de la main gauche . Le P.
Banduri n'en a point dans aucune Medaille
d'argent de Carinus ; peut - être Carinus
paroît- il dans cette attitude , parce
qu'étant encore Céfar , il s'étoit fignalé
dans les Gaules contre les Rebelles , &
qu'il avoit arraché de leurs mains quelque
Enſeigne Romaine .
Er. 3. IMP . CM . AUR . CARINUS NOB.C.
Bufte couronné de rayons , la cuiraffe
fur les épaules.
R. VIRTUS AUGGG.
Deux Princes debout , l'un apuyé fur fa
pique , prefente à l'autre une victoire ,
l'autre la reçoit de la droite , & tient
un bâton de la gauche ; entre ces Prin-
I. vol.
A vj ces
2512 MERCURE DE FRANCE.
ces , au haut de la Medaille , eſt une
étoile , au milieuun г , en bas XXI .
Carinus n'étant encore que Céfar eft
nommé IMP. & compris avec fon frere ,
le nom d'Augufte dans ces trois CGG du
revers , pallant tous deux fous le nom de
leur pere , qui avant que d'aller contre
les Perfes leur donne un pouvoir d'Empereur
IMP . mais non pas d'Augufte ; ce
qui diftingue.cette Medaille c'eft la
groffe étoille d'enhaut , le r . du milieu ,
& qu'une petite victoire n'eft point fur
un globe.
DIOCLETIEN.
3
Ær. 2. IMP. C. DIOCLETIANUS PF AUG.
Bufte couronné de rayons , avec une
robe fur les épaules.
R. PAX AUGGG.
Figure de femme , tenant à la main droite
une branche d'Olivier , à la gauche
une pique en travers , au milieu du
champ d'un côté une S , & de l'autre
un P. au bas MLXXI .
Cette Medaille a été frapée pour oublier
la Paix qui fe fit entre Diocletien , Maximien
& Caraufius , lorfque Caraufius
après avoir diffipé l'Armée navale de
1. vol.
MaNOVEMBRE
1724. 2513
A
Maximien l'obligea de lui abandonner
l'Angleterre ; il y a des revers tous femblables
dans les Medailles de Maximien
& de Caraufius , que le P. Banduri raporte
, fe plaignant de ce qu'il n'y en a
point de Diocletiens nous lui aprenons
que nous en avons une pour le confoler ,
& nous la lui ferons voir quand il you--
dra ; il eft furprenant que cette curieuſe
Médaille n'ait point encore paru , les lettres
de l'Exergue pourront s'expliquer ,
Moneta Londinenfis xxi . eft le prix des
Médailles de ce teins - là.
IMP. DIOCLETIANUS AUG.
Petit Bufte couvert d'un cafque & d'une
Couronne de rayons , fur les épaules
une cuiraffe.
PAX AUGG.
Pallas prefente de la main droite une bran
che d'Olivier , & de la main gauche
foûtient un écu appuyé contre terre
fous fes pieds une étoile , & fous le bras
droit un A mal formé.
5
Le P.Banduri raporte une Medaille qui
feroit toute femblable à celle- ci , fi la tête
de Diocletien étoit couverte d'un cafque
& fes épaules d'une cuiraffe , & fiau re-
I. vol.
vers
2513 MERCURE DE FRANCE .
vers il y avoit une étoile fous les pieds de
Pallas , & un A fous fon bras.
IMP. DIOCLETIANUS AUG .
Petit Bufte couronné de rayons , avec
une robe fur les épaules.
-R. SACULI FELICITAS .
Figure de femme debout , portant la main
droite à fa tête , & apuyant fon coude
gauche fur une petite colomne dans l'exergue
II.
Diocletien a eu fes tems de bonheur &
de triomphe , c'eft dans un de ces tems
qu'on a frape' cette curieuſe Médaille
je n'ai vue dans aucun recueil .
que
IMP. CCVAL DIOCLETIANUS AUG..
Petit Bufte couronné de rayons , ayant
un Manteau de Commandant fur les
épaules.
R. VIRTUTI AUGG.
Hercule étouffe un Lion.
Ce revers eft pour montrer l'union de
Diocletien & de Maximien ; l'infcription
de la tête eft differente de celle que le P.
I.vol. Banduri
DECEMBRE 1724. 2515
Randuri décrit , & qu'il dit être très - rare
; outre cela celle de ce Pere n'eft que
de bronze , & celle- ci eft un peu d'argent,
& a la maffuë d'Hercule à fes pieds.
Æ . A. 3. IMP. DIOCLETIANUS
P. AUG.
Petit Bufte couronné de rayons , avec
la Robe & le Bâton Conſulaire .
R. VOTIS X.
Deux figures debout en Robe Confulaire ,
& le Bâton de Conful , facrifient fur
un Autel entr'eux deux.
Cette belle Médaille fut frapée pour la
dixième année de Diocletien , cù il fut
Conful avec Maximien , & firent de
grands facrifices pour accomplir les voeux
qu'ils avoient fait dix ans auparavant . Le
P. Banduri nous a reprefenté une Medaille
toute femblable dans les Medailles de Maximien
; mais il n'en a pû trouver de Domitien
, en voilà une toute trouvée.
MAXIMIEN. ÆR.
IMP. C. MAXIMIANUS AUG.
Bufte couronné de rayons , la cuiraffe for
le dos à la main droite un javelot ,
apuyé fur l'épaule droite , au bras gauche
un bouclier.
2216 MERCURE DE FRANCE.
R. HERCULI INVICTO AUGG,
Hercule debout tient à la main droite une
Victoire fur un globe , au - deffous une
S , à la main gauche fa malluë.
Cette Médaille eft belle , & pour la
tête & pour le revers ; elle ne fe trouve
point telle qu'elle eft dans les recueils ; fi
on y en trouve une partie , on n'y trouve
pas l'autre . La Medaille qui fuit , que le
P. Banduri dit être très- rare, n'eft que de
bronze dans fon recueil , & d'argent chez
nous .
IMP. C. MAXIMIANUS AUG. Æ.
Bufte couronné de rayons , fur les épaules
une cuiraffe .
R.
Jovi TUTATORI.
Jupiter debout , tenant à fa main droite
une Victoire fur un globe , à gauche
une pique , une Aigle à fes pieds .
CONSTANTIUS CHLORUS
CONSTANTINUS N. C.
Bufte couronné de rayons , fur les épau
les un Manteau de Commandant.
I. vol.
COMES
NOVEMBRE 1724. 2517
R. COMES AUGG. en bas B.
une
Pallas debout , le Cafque en tête ,
pique à la main droite , & tenant de .
la gauche un écu apuyé contre terre.
Cette Medaille ne paroît nullement
dans le recueil des recueils ; elle ne parle
que d'un Cefar d'un côté , & de deux
Auguftes de l'autre ; le Cefar vient & dépend
des Auguftes , Pallas avoit déja été
declarée compagne de Diocletien & de
Maximien , comment n'a t'elle pas encore
paru compagne de Conftantius ?
CONSTANTIN LE GRAND.
Æ. CONSTANTINUS AUG.
Bufte couronné de laurier .
R. VOT X dans une Couronne de laurier,
& à l'entour de la Couronne CASARUM
NOSTRORUM dans l'Exergue TR. ,
On trouve dans le curieux & fçavant
Ouvrage du P. Banduri plufieurs Medailles
qui temoignent les decennales de
Conftantin ; mais elles ne font que de
bronze , & ont une autre devife que celle-
ci. On n'avoit point encore marqué
des voeux feulement pour des Cefars dans
une Medaille qui forte la tête d'un Augufte.
1. vol.
CONS
2518 MERCURE DE FRANCE .
CONSTANTINUS NOB. CAS. ÆR. 2.
Tête couronnée de lauriers .
R.
CONSERVATORES URB. SVÆ.
Un Temple foûtenu par fix colomnes ,
fur le haut du frontiſpice un globe , a
la porte du Temple une Figure qui
tient dans les mains des fleurs & des
fruits , dans l'Exergue PK.
Le P. Banduri a une Medaille qui a
quelque chofe de celle- ci , mais qui en
eft fort differente ; car le vifage de celleci
n'eft point le vifage du Grand Conftantin
, mais celui d'un autre Frince de ce
tems - là , de Conftance ou d'un Maximien ,
outre qu'il n'y a dans le haut de celle ci
ni Aigle , ni étoile , & que la figure qui
eft dans le Temple eft debout , ce qui
n'eft point ailleurs.
CRISPUS
CRISPUS NOв. CAS.
AR.
Bufte , le cafque en tête , & une cuiraffeenrichie
de pierreries fur le dos .
R. Un Etendart fiché en terre , au haut
de la pique une petite croix , dans le
voile de l'Etendart eft écrit , vor xx
I. vol.
DECEMBRE 1724. 2519
à l'entour , VIRTUS EXERCIT. au pied
de l'Etendart deux Captifs affis à terre ,
dans l'Exergue PLN .
Le P. Banduri raporte une Medaille
d'argent des Vincennales de Crifpus
mais elle eft bien differente de celle- ci ,
& du côté de la tête , & à fon revers ,
dont elle n'a ni la petite croix , ni les lettres
de l'Exergue.
CRISPUS NOBILISSIMUS CÁs .
Bufte couronné de lauriers.
R. PRINCIPIA JUVENTUTIS
Une Figure armée d'un cafque & d'une
pique à la main droite , à la gauche
d'un bouclier touchant à terre , en bas ,
T. S. T.
On voit dans le dernier recueil un
CRISPUS NOBILIS , on n'y voit point
CRISPUS NOBILISSIMUS ; & on ne voit
nulle part avec cette infcription , PRINCIPIA
JUVENTUTIS ; dans la même Medaille
il paroît qu'on difoit toûjours No-
BILISSIMUS CASAR , comme il est écrit
dans les vieilles infcriptions , quoiqu'on
écrivit fouvent , comme en abregé NOB.
NOBILIS , & N. C.
Je ne cherche point de myftere dans ce
I. vol. mot
2520 MERCURE DE FRANCE .
not PRINCIPIA , l'A étant tout fembla
ble aux autres lettres & fans aparence
d'intervalle entre les autres , il doit faire
un même corps avec les autres. Il eft facile
& naturel de croire que la figure armée
dans le revers eft Crifpus , & qu'on veut
avertir le public que ce Prince , dès les
commencemens de fa jeunelle , avoit été
fous les armes , ou qu'il avoit commandé
dans la défaite des Sarmates , & qu'il
les avoit vaincus dès fa plus tendre jeuneffe
.
CONSTANTINUS JUNIOR .
AR. 3. CONSTINUS JUN . N. C.
Buſte couronné de rayons , fur les épaules
une robe de Senateur.
R. VIRTUS EXERCIT .
Un Labarum élevé dans le voile , fe lit
VOT. xx. au haut de la pique eft une
petite Croix bien formée , & au bas
deux Captifs affis & gemifant contre,
terre , au- deffous P. T. R.
Quand cette Médaille ne fe diftingueroit
des autres qui feroient dans le grand
recueil , que par cette jolie Croix d'enhaut
, elle meriteroit d'être plus eftimée
que les autres ; il n'y a gueres de Croix
I. vol.
dans
DECEMBRE 1724. 2521
dans les Médailles de ce tems - là , & c'eft
une grande marque du Chriftianifme de
Conftantin le jeune , que d'avoir une
Croix dans fes Médailles. Les curieux
pourront remarquer d'autres differences
entre çette Médaille & celles qui femblent
lui être femblables, Pour moi je n'écris
que ce que je vois . Le P, Banduri ne
dit que ce qu'il a lu dans le Comte Mezabarba
, qui raporte peu exactement la
Médaille de M. Fafchius qu'il n'a point
yuc.
LICINIUS le jeune ,
LICINIUS JUN. NOв. C. Ær. 3 .
Petit Bufte couronné de rayons ,
R. VIRTUS EXERCIT .
Un Etendart élevé en pal , au haut de la
pique trois petites boules , deux & une
deffus ; dans le voile VOT. xx . en bas
deux Captifs affis contre terre dans le
champ, du côté gauche une étoile , dans
l'Exergue s . P. T.
Le P. Banduri raporte une Médaille
qui feroit toute femblable à celle- ci , fi
l'étoile qu'elle a étoit du côté gauche ,
comme celle- ci , & qu'au lieu de P. T. R.
il y avoit dans l'Exergue s . r. T.
L'une & l'autre eft également rare , &
1. vol.
nous
2522 MERCURE DE FRANCE.
nous aprend combien de tems environ ce
Prince fut Cefar , & combien à peu près
il vécut . Caron ne faifoit des voeux pour
fouhaitter vingt heureuſes années à un
Celar , qu'après qu'il avoit é é dix ans
Cefar ; c'eft ce qui s'étoit pratiqué depuis
Augufte pour les Princes , comme
dans le jeune Licinius , n'avoit pas encore
deux ans quand fon pere le créa Cefar
, de concert avec Conftantin le Grand ,
qui conferoit la même dignité à Crifpus
fon fils aîné ; Licinius ne pouvoit pas
avoir plus de douze ans , lorfque Conftantin
fous de fimples foupçons le fit
mourir la même année que le vaillant
Crifpus , c'eſt-à- dire , l'an 326, de l'Ere
Chrêtienne . Les curieux pourront encore
ici faire une petite remarque qui n'eſt
pas à mépriſer, Au haut de la pique du
Labarum de cette Médaille il n'y a que
trois petites boules , deux deffous , & une
fur les deux ; au lieu que dans le même
endroit de la Médaille de Crifpus
il y a une petite Croix bien formée
pourquoi cela ? Parce que Licinius avoit
vêcu ayen , come fon pere & que
Cifpus étoit Chrétien , comme le grand
Conftantin , rien n'eft à negliger dans es
Mécailles.
>
1. vo ',
EPIDECEMBRE
1724. 2523
EPITRE de M. Vergier à M. Briquet ,
Commiffaire des Guerres à Berghes-
Saint- Vinoch , pour lui demander à
dîner 1715.
I je croyois que Jeudi ,
SL
Environ yers le Midy ,
L'heure ordinaire aux vifites ,
Des complaifans paraſites ,
L'on pût vous trouver chez vous ,
D'un air couvert de myftere ,
( Car c'eft le grand caractere )
J'y prendrois un rendez vous,
Mais comme intrigue galante ,
Pourroit bien ce même jour ,
Loin du Berguigue féjour
Tenir vôtre ame ambulante ,
Ce feroit imprudemment
Ce long voyage entreprendre
Que fe mettre en mouvement ,
Sans auparavant apprendre ,
Si ce jour-là fûrement
Vous tiendrez appartement ;
{
1. vol. Ou
2524 MERCURE DE FRANCE.
Ou fi fans vous y ſurprendre ,
En fecret ébattement ,
Avec le tendron charmant ,
Qui vôtre coeur a ſçû prendre ,
Jeudy l'on pourroit vous voir ,
Faites - le moi donc ſçavoir ,
Et fur le champ en broüette ,
Ou fur barque à Giroüette ,
Une place je prendrai ,
Et fans délai vous joindrai ,
Plus gay que n'eft l'Alloüette ,
Lorfqu'elle revoit le temps ,
Qui ramene les Printemps !
En attendant je fouhaite ,
Que le Benoît Saint Vinock ,
Comme un des fiens vous regarde ,
Et vous prenne fous fa garde ,
Jufqu'au temps où doit Enoch ,
Avec fon Collegue Elie ,
Déclamer mainte homelie ,
Sur le grand jour où les Morts ,
Quittant leurs lambeaux funebres ,
Viendront parmi les tenebres ,
7. vol.
Des
DECEMBRE 1724. 2525
Des crimes & des remords ,
Devant le Dieu redoutable ,
Rendre compte de leurs faits >
Et voir punir leurs forfaits
Par un Arreft équitable .
C'eft à ce jour redouté ,
C'eft à ce jour , Grands du monde ,
Au coeur vain , à l'ame immonde ,
Que j'attends vôtre fierté.
Que deviendront ces fantômes ,
Qui forment vôtre fplendeur ,
Ces illufoires atomes ,
Dont brille vôtre grandeur ?
Vaines images d'une ombre ,
Qu'un corps paffager décrit ,
Vous ne ferez qu'un vil nombre ,
Parmi le peuple profcrit ;
Des titres , des noms illuftres
Difparoîtront les faux luftres ,
Par leur éclat deviendront ,
Vos crimes moins excufables
Et ce jour là paroîtront ,
Vos titres plus méprifables
•
I. vol.
Près B
2526 MERCURE DE FRANCE.
Près du pauvre vertueux ,
Qu'un brin d'herbe comparée ,
Pour la force & la durée ,
Au chefne majeftueux.
Mais , dites-moi , je vous prie,
Pourquoi vais- je m'avifer
De prêcher , catechifer ,
Tandis que d'une frairie ,
Je viens ici vous tenter ?
Frairie encor , que porter
Jufqu'à l'ivrognerie ,
Sans miracle nous pourrons
Selon l'ardente furie ,
De la foif que nous aurons ;
Ma vie eft- elle affez Sainte ,
Pour prêcher la Sainteté ?
Sur ce Sermon débité ,
Qui ne croiroit que l'abfinthe
Soit de mon aufterité ,
Le mortifiant breuvage ?
Et que mon coeur penitent ,
M'ait fait le maigre habitant
De quelque défert ſauvage ?
I. vol.
Ainfi
DECEMBRE 1724. 2527
Ainfi , maint Prédicateur ,
Fait d'une main liberale ,
Dans fon docile Auditeur
Germer la Sainte morale ,
Et voit dans fes propres champs ,
Faute de foins recherchants ,
Ce Saint germe être la
De la dévorante Ivroye,
proye
RE'PONSE DE M. BRIQUET.
M'Adreffant
vôtre Miffive ,
Si vous m'aviez adreffé ,
La veine badine & vive ,
Qui d'un difcours cadencé ,
Vous rend l'efcrime facile ,
J'aurois en vers ripoſté ,
A la demande civile ,
Que m'avez fait d'un côté.
Trop me deult de vôtre abfence ,
Pour n'avoir impatience .
De vous voir le verre en main ;
Je vous attends à demain,
I. vol.
EPI B ij
2528 MERCURE DE FRANCE.
EPITRE de M. Vergier à M. Guereau ;
Commiffaire de la Marine , pour l'inviter
à aller dîner enfemble chez M.
Briquet.
SI demain de foins vous vacquez ,
Comme deux freres enfroquez ,
Nous prendrons place dans la barque ,
Non pas dans celle de Caron ,
( Ne plaife fi tôt à la Parque ,
De nous faire voir l'Acheron ; )
Mais dans celle qui fe promene ,
Sur un canal délicieux ,
Et fans ceffe à S Vinock mene,
Maint Pelerin dévotieux.
Là, courte priere dreffée ,
( Car celle- là perce les Cieux )
Et fincerement adreffée .
A nôtre Saint , bien tôt après
Soupe à bouillon doré fervie ,
Par d'autres mets fera fuivie.
Mes defirs d'avance & de prés ,
M'en font goûter tous les aprêts.
Dès la foupe vin de Champagne
I , vol,
Mouf
DECEMBRE 2529
1724.
Mouffant , petillant , quoique frais ;
Au fruit , gracieux vin d'Eſpagne ,
Tous deux pour nos goûts faits exprès ,
Suivant leur riante nature ,
Gays propos viendront nous fournir ,
C'eſt une penible avanture
Que nous aurons à foutenir ;
Mais comme par la penitence
Nous devons nous purifier ,
Il faudra nous mortifier
Avec cette auftere pitance.
*******************
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
fur le Poëme de la Ligue
le 23. Septembre 1724.
'Ay vû , Meffieurs , avec chagrin les
Critiques s'élever contre le Poëme
de la Ligue ; c'eft le fort des ouvrages
éminens ; les Corneilles , les Defpreaux ,
les Fenelons l'ont éprouvé ; & puifque
la Critique , cette foeur de l'envie , cette
ennemie jalouſe de tout ce que l'efprit
peut concevoir de plus exquis , n'épargne
point Homere même , il n'eft perfonne
qui doive s'affurer d'être hors de
I. vol.
B iij la
2530 MERCURE DE FRANCE .
la portée de fes traits . On ne rend prefque
jamais juftice au merite des grands
hommes pendant leur vie , & il n'y a que
la mort qui puiffe leur ouvrir un chemin
à l'immortalité. Differens en ce point du
refte des mortels , dont la memoire s'enfevelit
avec eux , quelque éclatante
qu'ait été leur fortune.
J'ai lu dans vôtre Mercure de Juillet
l'Extrait d'une Lettre qui vous eft adreffée
de je ne fçais où , par je ne fçais quí ,
& qui contient prefque je ne fçais quoi .
On n'a jamais fait des raifonnemens plus
vains & moins penfez . Comme mon caractere
ne me porte pas naturellement à
la critique , je me contenterai de remarquer
un ou deux endroits de la Lettre
en queftion . Voici fes termes ; le retour
d'Uliffe en Itaque eft un fimple effet de fa
prudence. L'établiffement de l'Empire d'Enée
est un ouvrage de fa pieté , fon courage
même y est foumis , &c . C'est cette fimplicité
que l'Auteur des Réflexions n'a pas
trouvé dans le Poëme de la Ligue. L'évenement
principal eft Henri IV. tranquille
poff ffeur de l'Empire François . Eft- ce à fa
valeur , eft ce à fa converfion qu'il doit
cet avantage ? c'eft à tous les deux , dirat'on
, c'eft ici le cas où la duplicité des
moyens fait la duplicité d'action . Voilà
es termes de l'Anonime , & moi parol
I. vol. Adiant
DECEMBRE 1724. 2531
1
diant le lambeau de fa Lettre , je dirai du
Heros de Virgile , eft- ce à fa pieté , eftce
à ſa valeur , eft ce à la protection de
Venus qu'il doit cet avantage ; c'eſt à
tous les trois , dira t'on , c'eft ici le cas
où la triplicité des moyens fait la triplicité
d'act on.
Que l'Anonime apprenne aujourd'hui
que l'action avec toute l'exacte fimplicité
qu'elle defire , veut encore être accompagnée
de cette varieté d'agrémens ,
qui n'étant point un obftacle à l'uniformité
du Poeme , travaille à faire briller
fon Ordonnance , & l'induftrie de fon
Auteur.
J'entrevois , ce me femble , de quelle
façon l'Anonime eût agi en la place de
M. de Voltaire ; il eut fait un lâche
d'Henri le Grand pour donner tout à fa
converfion , & par ce moyen nouveau il
eut fait regner une unité très - une dans
tout fon Poëme . En verité, ce projet - là ne
laiffe pas d'avoir fon merite , & l'amour
déreglé des regles eut produit un brillant
effet.
Que l'Anonime apprenne encore qu'on
peut conferver l'unité d'action quand les
voyages , les batailles , &c. valeur , converfion
, &c en un mot , tout ce qui fe
paffe dans une piece ne tend qu'au même
but.
1. vol. B iiij
L'Ano2532
MERCURE DE FRANCE .
L'Anonime toûjours fecond en remarques
judicieufes prétend que le Poëme
de la Ligue n'eft qu'une Hiftoire. Sur
quel fondement le prétend- il ? il laiffe à
fes lecteurs à le deviner . Mais d'où vient
accordera-t'il plutôt le nom de Poëme
Epique à l'Eneide qu'à l'Henriade , ( puifque
c'eft , felon lui, le terme nouveau ) ſera-
ce à caufe de l'Anachroniſme confiderable
dont tout le monde convient , ou
parce que plufieurs bons Auteurs traitent
de fable le prétendu voyage des
Troyens en Italie.
Virgile s'eft trouvé dans un cas bien.
plus favorable que M. de Voltaire . Il
traitoit une Hiftoire , dont les deux tiers
s'étoient certainement palez loin de fon
pays il y avoit plufieurs fiecles ; la plûpart
des Romains ne la fçavoient qu'en
gros , ils en ignoroient toutes les particularitez
, peut - être même n'y croyoientils
que très - peu. Voilà ce qui laifloit le
champ libre à Virgile .
,
M. de Voltaire eft dans une fituation
bien differente , il traite une action voifine
de fon temps qui s'eft paffée dans le
Royaume & dont prefque perfonne
n'ignore le moindre trait le Heros de
la paix étoit l'ayeul du feu Roi , fous lequel
l'Auteur a vêcu . Que de foins ne
lui a- t'il pas fallu fe donner pour mena-
1. vol.
ger
DECEMBRE 1724. 2533
ger le vrai ? Que de précautions ne lui
a - t'il pas fallu prendre pour tenir en
bride la fecondité de fon imagination ,
& pour ne donner à la fiction que ce
qu'elle demandoit pour compofer un parfait
Poëme Epique . C'eft en quoi M. de
Voltaire a réüffi . Fiction mefurée , imagination
reglée , jufte proportion des
parties , unité d'action , richelle d'expref
fions , jufteffe de penfées , fineffes de la
langue , toutes ces beautez fe trouvent
réunies dans le Poëme de M. de Voltaire.
Si , à l'exemple de Virgile, quand l'Auteur
conduit Henri le Grand en Angleterre
, pour orner fon ouvrage il faifoit
naître à tout moment des évenemens merveilleux
, laiffant fon Heros en proye aux
fureurs de Neptune , plaçant fur fon paffage
la compagnie des monftrueuſes
Amazones que Celeno commandoit ,
apoftant ailleurs des Ciclopes , des Antropophages
, des Caribdes , des Scillas ,
reculant l'Angleterre à fon gré . Si M.
de Voltaire , dis - je , avoit mis en tête à
la Reine Elifabeth de celebrer des jeux
pour retenir Henri le Grand , ou plutôt
pour prolonger le Poëme , s'il avoit donné
à fon Heros une Déeffe pour guide ,
& pour confeil fi M. de Voltaire avoit
employé de femblables miracles , tout
cela eut- il été du goût du Pere le Boffu
I. vol.
&
B v
4534 MERCURE DE FRANCE.
& de fes partifans ? Les eut on entendu
crier en choeur , bellè , benè , rectè. Oh !
point du tout , M. de Voltaire eft un Auteur
moderne , bien plus il vit encore ;
c'eſt un impofteur , auroient dit nos critiques
; qui veut- il donc endormir ? qui
prétend- il bercer de fes contes de vieilles
? Eh ! que n'auroient - ils pas dit ? puifqu'ils
ne peuvent fouffrir le voyage
d'Henri le Grand en Angleterre , quoiqu'il
foit imaginé très - à- propos , & qu'il
falle un effet merveilleux dans ce Poëme.
( Je les réunis aux remarques qui
font à la fin de cet ouvrage.
Enfin malgré leurs critiques , & furtout
celle de l'Anonime , le Poëme de la
Ligue fera toûjours eftimé comme un
excellent Poëme Epique. Autres temps ,
autres moeurs , il ne s'agit point aujourd'hui
de Dieux Penates , ni de Divinitez
pour & contre .
Le Bouclier miraculeux , & le conte
de Cacus n'auroient pas beaucoup de grace
dans un Poëme Epique François . Mais
je ne fais pas réflexion que j'ai dit ci-devant
que je ne fuis pas naturellement enclin
à la critique ; je me fuis plus étendu
que je ne l'efperois , ainfi je ne pouЛe
pas plus loin la réfutation de la Critique
de l'Anonime , & la juftification de M.
de Voltaire . Je fuis naturellement impa-
I. vol.
tient
,
DECEMBRE 1724. 2535
tient , & les longs ouvrages m'effrayent.
Voilà , Meffieurs , ce que j'ai crû devoir
répondre à l'Anonime . 11 dépend
de vous d'inferer ces réflexions dans vôtre
Mercure ; mais je ne fçaurois n'empêcher
d'avouer que je n'ai jamais rien
lû qui m'ait autant charmé que le Poëme
Epique de la Ligue. Je fuis , &c.
Biribi à fon infidelle Maîtreffe.
C'Eft trop endurer vos rigueurs ,
Il faut rompre enfin le filence ,
Peut-être en voyant ma conſtance
Voudrez -vous finir mes malheurs.
Mon crime fut celui de vous trouver aimable ;
Eh ! qui n'eut pas été criminel comme moi ?
Avec tant de beautez il eft inévitable
Defe foumettre à vôtre loi ;
Les graces qu'en vous on admire ,
L'éclat dont la nature enrichit tous vos traits ,
Vos yeux qu'Amour choifit exprès
Pour le fiege de fon empire ,
N'étoient que trop puiffans dé a pour m'engager.
I. vol. In: B vj
2536 MERCURE DE FRANCE :
Ingrate, à de fi fortes armes,
Pourquoi de vos faveurs joignites - vous les
charmes ?
Pourquoi m'aimer enfin , fi vous vouliez
changer ?
Uniquement fenfible au bonheur de vous
plaire ,
Je n'enviſageois pas l'abîme où je me vois ,
Après avoir foumis vôtre vertu fevere ,
Tout me fembloit devoir reconnoître mes loix :
Sans ceffe dans vos bras fatisfait & paifible ,
D'un regard dédaigneux je voyois les mortels,
Et dans ce Temple alors inacceffible ,
Je partageois l'encens dont fumoient vos Autels.
Mais , ô coup imprévû ! vos injuftes caprices
Me renverfant du Trône où vous m'aviez
placé ,
Il ne me refte plus , helas ! de mes délices ,
Qu'un trifte fouvenir de mon bonheur paffé :
Quand je fuis loin de vous , foit que l'on me
careffe ,
Soit qu'avec mes pareils je refte confondu ,
Tout vient me retracer fans ceffe
L'éclat du rang que j'ai perdu .
Souffrirois -je jamais qu'une mortelle bouche ,
#
1. vol.
A
DECEMBRE 2537 1724.
A vos divins baifers fit fucceder les fiens >
Non , du plus careffant des chiens ,
Je deviendrai le plus farouche ,
Je mordrai ceux qui voudront me toucher ,
J'abboyerai quand je ne pourrai mordre ,
Et ne connoiffant plus ni de Maitre ni d'ordre,
Je trouverai la mort que je prétens chercher.
Voyez combien de maux vous allez faire naître,
Que de fang innocent va verfer ma fureur .
Mais je connois affez vôtre infenfible coeur ,
Loin d'en être touché , vous en rirez peut-être .
Mon defeſpoir pourtant n'eft que trop ferieux
Je cours braver la mort , j'en attefte les Dieux,
Et pour rendre à jamais la memoire éternelle ,
D'une avanture fi cruelle ,
Uu jour fur mon tombeau quelque fçavan
burain ,
Gravera ces vers en airain :
Cy gît le Chien le plus aîmé,
De la plus aimable Maîtreffe ;
Il perdit enfin fa tendreffe ,
Sans en être moins enflammé :
II mourut de douleur par un jufte fupplices
1. vol. Po
2538 MERCURE DE FRANCE.
Porté plus haut encor que ne va le defir ,
S'il avoit de fon fort bien connu le délice ,
Auroit- il de l'ingrate éprouvé le caprice ?
Non , il eut dans fes bras expiré de plaifir.
Maakkkkkkk ¥¥¥¥¥¥kkK
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
de France, contenant quelques Remarques
fur la Ville de Dijon , & c .
'Amour qu'a fait paroître pour la ve-
Lrité celui qui vous a, Meffieurs , en-
:
voyé le Memoire , qui eft dans vôtre
Mercure de Septembre dernier , fur les
erreurs dans lesquelles eft tombé l'Auteur
du Nouveau Voyage de France , fur
le Chapitre de la Ville de Bordeaux ,
m'excite à vous faire remarquer celles
qui fe trouvent dans ce que dit le même
Voyageur de la Ville de Dijon pour peu
qu'il fe trouve encore de Cenfeurs dans
d'autres Villes , ce Livre court grand rifque
de tomber ; il commence à la page
159 par une Tirade qui n'eft pas de lui.
Elle concerne l'origine de la Ville , & ce
n'eft pas fa faute fi les faits rapportez làdeffus
ne font pas feurs ; mais venons au
refte , il dit que Gregoire de Tours remarque
que deux Rivieres baignent fes
I. vol.
murs :
DECEMBRE 1724. 2539
murs : Gregoire de Tours s'eft trompé
la Riviere qu'il appelle le Suzon n'eſt
qu'un petit Torrent , qui ne paroît pas à
differentes reprifes en tout fix mois de
l'année ,
, page 161. que la premiere
Eglife que l'on trouve en entrant par la
porte Guillaume eft S. Benigne , il devoit
dire que l'on voit , car on ne la
trouve alfurément qu'après plufieurs circuits
de ruës .
Page 162. que la Paroifle de S. Phili--
bert , qu'il nomme mal S. Philbert , eft
celle des Vignerons , qui font un corps
très - confiderable dans Dijon : il n'eft perfonne
qui fans connoître particulierement
cette Ville , ne fe fente une envie
de rire de ces deux faits : fçavoir, que les
Vignerons ayent une Paroiffe diftincte &
feparée , & qu'ils faffent un corps trèsconfiderable
d'une Ville Capitale de Province
, telle que l'eft celle dont il parle :
ces deux faits ont donc outre leur fauffeté
un caractere ridicule , & font hors d'acuvre
.
Même page ,
il dit que la place des
Cordeliers
eft mal propre
à caufe des
boues . Le Memoire
de l'Auteur
ne doit
pas être de fraîche datte ; car à peine fe
trouve-t'il des gens aflez vieux pour
avoir vû les bouës dont il parle , & defquelles
il ne fut plus queftion dès que le
1. vol .
mi1540
MERCURE DE FRANCE.
milieu de cette place fut pavé comme les
extrêmitez l'étoient , ce qui eft très-ancien..
Celle de S. Etienne qu'il dit être une
des promenades n'en fert que comme
tout autre endroit où il n'eft point défendu
de fe promener , mais où il n'y a point
d'ufage & d'habitude fixe. Les réjouiffances
publiques ne s'y font point , comme
il le prétend , mais à la Place Royale .
il
Page 169. il parle de cinq cours ,
n'en faut compter qu'un & un rempart
planté d'arbres les trois autres font de
mauvaiſes allées d'arbres mal plantez
prefque tous morts , & celle de la porte
d'Ouche entierement coupée .
On lui fait grace fur beaucoup d'articles
d'antiquitez par lui citées , tant fur lá
Sainte Chapelle , le Palais , le Logis du
Roi , qu'autres morceaux , en faveur d'une
Ville à laquelle il fait trop d'honneur
en plufieurs circonftances fur lefquelles
il fe trompe , ce qui feroit facile à démontrer.
J'efpere cependant en avoir dit
aflez pour faire voir combien peu de foi
on doit ajoûter à ce Livre . Je fuis , Meffieurs
, &c.
A Dijon le 10. Octobre 1724.
1. vol.
LE
DECEMBRE 1724. 2541
******************菜*菜
LE COCHON DE LAIT.
Fable allegorique à Mad¹le Ch.
Α
N'A pas long- temps le fils de Citherée ,
Alloit chaffant , & par monts & par vaux,
Et le fuivoit la troupe confacrée ,
A fes plaifirs ainfi qu'à fes travaux ;
Gentils amours étoient de compagnie ;
Bref, ç'eût été vrai plaifir de les voir.
De Javelots la troupe étoit munie :
Tels Javelots au tenebreux Manoir ,
Non-feulement font tomber volatilles ,
Mais bien encor les Amans malheureux ,
Qui s'approchant trop de fieres Anguilles ,
Ont reffenti leur poifon dangereux .
Doncques étoient nos Amours dans la plaine,
Pour un moment laiffant- là les humains ;
Leur inconftance à gauche , à droit , les mene,
Si
que
Quoique
bien
drus
ne pouvoient
rien
abattre
,
Le petit
Dieu
lui- même
étoit
confus
;
les coups qui partoient de leurs mains ,
Là les oifeaux ne fe venoient ébattre ,
1. vol.
Ayant
2542 MERCURE DE FRANCE .
Ayant les cris des Amours entendus.
Quoi ! dit Amour , le temps ainfi ſe paffe ,
Sans coup ferir , c'en eft trop , chers amis ;
A ce moment de courir je me laffe ,
Sans aller loin , nôtre animal eft pris.
La troupe alors par tel difcours charmée ,
Frapant des mains , fe mit à s'ébaudir ,
Et par ainfi fe fentant animée ,
A plein gofier lui voulut applaudir.
Le petit Dieu tournoyoit dans fa tête s
Une malice , & rempli de dépit ,
De rien n'avoir , s'en fit fort grande fête :
Or vous faurez l'animal qu'il défit.
Près de ces lieux avoit pris la féance ,
Certaine Truye , & fous un arbre creux
Elle venoit de donner la naiffance
A deux petits , dont l'un fut malheureux ;
Car il advint qu'Amour dans fa colere ,
De fon Carquois tirant un trait cruel ,
Le fit aller dans le fein de la mere ,
Par quoi l'un d'eux reçût un coup mortel.
A ce moment vive plainte pouffée ,
Fit accourir le Payſan madré ,
1. vol.
Sans
DECEMBRE 1724. 2543
Sans que pourtant de la fléche lancée ,
Aucun fignal par lui fut déterré.
Pourquoi ne fut ni Baillif du Village
Ni de Prafes en Cour de Parlement ,
Pardevant qui pour un fi grand dommage ,
Pût le Quidam faire prendre à ferment ?
Jà, les Amours étoient bien loin du Here ,
Malgré les cris qu'il pouffoit juſqu'aux Cieux,
Ils fe rioient , voltigeant de leur mieux ,
De fon malheur , comme de fa colere.
Jean voit enfin que fe perdent fes cris ,
De fes voifins , tandis qu'il fe lamente ,
Vient une troupe , à toute heure elle augmente;
Mais du forfait , dont tous font fort furpris .
Pour fon malheur il n'eft aucun indice,
Aucun témoin pour en avoir raiſon ;
Or pour tirer de fi noire malice ,
Quelque profit bien lia fon Cochon ,
Le mit en fac comme de la farine ,
Et droit s'en fut au Traiteur fien ami :
Compere , tien , voilà pour ta Cuifine ,
Fais-en pâture , il n'eſt mort qu'à demi ;
Le fang encor lui bout dans les entrailles,
1. vol.
A
2544 MERCURE DE FRANCE.
A tel difcours le prix fut arrêté,
Sire Janot alla faire ripailles ,
Pendant le jour , & fon cerveau gâté ,
Perdit bien-tôt la cure malheureuſe
De fon Cochon , qui tôt après rôti ,
Fit le regal de troupe bien joyeuſe ,
Si que chacun en mangeoit à l'envi
Ce n'eſt pas tout une forte migraine
S'en vint troubler au milieu du repas ,
Maint coeur tranquille , ainfi que tête faine.
Or je veux bien vous tirer d'embarras ;
Maint Efculape , ô gente compagnie
Auquel chacun parmi vous eut recours ,
N'y connut rien , & c'eft une manie ,
De croire avoir de ces gens prompt fecours ;
Le petit Dieu , lequel d'un trait funefte
Donna la mort au petit animal ,
Dont le manger vous fut tant indigefte ,
Auffi chez vous a fait paffer le mal.
Il vous faudra fubir fa violence ,
Medicamens vous prendriez en vain ,
Nul ne vaudra tant que la patience ,
C'eſt le remede unique & fouverain.
De Maisoncelle.
I. vol.
EXDECEMBRE
1724. 2545
Lettres EXTRAIT de quelques
nouvellement reçûës de Malthe , au
fujet de l'Eau glacée .
N
Du 3. Octobre 1724 .
Otre Capucin vient de faire un
nouveau miracle. Le neveu de Provana
, âgé de 17. ans , frapé d'un coup de
Soleil , & attaqué d'une fiévre continuë
& maligne , a été pendant 14. jours entre
les mains de nos Medecins , dont tous
les remedes n'ayant rien operé , il en fut
enfin abandonné. On le mit alors entre
les mains du Capucin , qui avant que de
l'entreprendre , fe fit donner une declaration
par écrit des mêmes Medecins comme
il n'y avoit plus de remede pour le
jeune homme ; cependant dans huit jours
il l'a mis hors de fiévre , il boit & mange
actuellement , & cominence à avoir la
tête libre. Cette cure eft authentique .
Pour moi je bois fouvent à jeun 20. &
30. onces d'eau à la glace , car elle chaffe
les coliques aufquelles je fuis fujet , &
remedie aux indigeftions. Tous les malades
entrepris depuis peu par le Capucin
ont repris vigueur & couleur ; il faut au
I. vol.
refte
2548 MERCURE DE FRANCE .
refte fçavoir donner cette Eau à propos ,
car avec la methode du Capucin le jeune
homme dont je viens de parler , qui étoit
mourant , mangea des jaunes d'oeufs dès
le premier jour , le lendemain un Melon
tout entier à la glace , en buvant pardeffus
beaucoup d'Eau glacée. Le troifiéme
jour il mangea une écuelle de macarons
à l'eau avec beaucoup de fromage rapé.
S. A. Eminentiffime envoye chercher
actuellement le frere du Capucin qui a le
même remede , pour s'en fervir à Malthe.
Du 7. Octobre.
Il faut ajoûter à la cure du neveu de
Provana qu'il n'a plus de fiévre , ni de
mal de tête , & que le Capucin eſt ſeulement
occupé à moderer fon appetit. Il
ne fort point encore , mais le Medecin le
fait marcher dans fa chambre, pieds nuds ;
il continue de ne prendre aucuns boüillons
, & de ne fe nourrir que d'Eau à la
glace , de Melons d'eau , & de macarons
cuits dans l'eau , avec quantité de fromage
rapé . Tout le monde eft témoin de ce
que je vous écris & en eft étonné .
Autre cure , le fils du Comte Pretiofi ,
Secretaire de S. A. Eminentiffime , a été
livré au Capucin , après une declaration
fignée des Medecins , celui du Grand-
1, vol.
MaîDECEMBRE
1724. 2549
i
Maître à la tête ; fon mal étoit une fiévre
aiguë , dont il a été délivré en dix jours
de temps . Faites part de tout ceci à M.
le Bailly de Mefmes , car il eft neceffaire
que toutes ces chofes foient fçûës . Ne
croyez pas , au refte , que ce remede foit
agréable l'Eté , il eft au contraire fort
violent , & il faut que cela foit pour déraciner
, comme il fait , les vieux abſcès ,
& d'autres maux internes & inveterez.
On le dit immanquable pour la petite
verole . Je vais dans l'inſtant prier M. le
Grand- Maître de faire donner à nôtre
Capucin quelques malades attaquez de ce
mal , car nous l'avons ici dans nôtre Infirmerie.
Du 13. Octobre.
Les malades gueris par l'Eau glacée fe
portent tous à merveille ; le neveu de
Provana eft fur pied & reprend fes chairs ,
c'eft un miracle , car on ne l'a remis au
Capucin qu'après 27. jours de fiévre , le
Crucifix au chevet de fon lit , & c. Ce bon
Pere vient de me dire qu'il gueriffoit la
petite verole par le même remede , avec
cet avantage , que c'étoit fans en être
marqué , & que l'Eau faifoit enfler
pouffer , crever & fcher les boutons . Je
youdrois voir cette épreuve , & fi par
,
7. vol.
mal2550
MERCURE DE FRANCE .
********
malheur le mal me prenoit , je ne hefiterois
pas de la faire fur moi.
EPITRE fur l'Amitié , à M. le
Marquis de.
Oûjours de l'amitié je refpectai les loix ,
Mais mon coeur , d'un ami n'oſe faire le
choix.
Il eſt auffi fâcheux , qu'aifé de s'y méprendre ;
La credule jeuneffe eft trop prompte à fe
rendre.
Ce choix eft pour mes moeurs fatal ou précieux
;
Un ami peut me rendre ou fage ou vicieux.
Mais qu'on en trouve peu , de juftes , de finceres
Qui nous aiment affez pour nous être feveres !
Et que facilement aux dangereux flateurs
Lefunefte amour propre abandonne nos coeurs !
Souvent même un ami , trop foible en fa tendreffe
,
Craint de nous affliger , blâmant nôtre foibleffe
:
Ainfi de toutes parts , nous fommes en danger,
Ainfi , de nos erreurs , loin de nous corriger ,
******
I , val.
SéDECEMBRE
1724. 255 P
Séduits par l'ami faux , flatez par l'ami tendre ,
L'un verſe le poifon , l'autre le laiffe prendre.
Arifte , à ce difcours , tu peux être furpris ,
De tes rares vertus je connois tout le prix ,
Penfois tu que mon coeur n'osât ceder encore
Aux marques d'amitié dont ta bonté m'honore.
Cependant , il eft vrai , malgré tant de vertu ,
Mon coeur par ma faifon fe trouve combattu,
Jeune encore , c'eſt toi , qui fous l'habit de
Page ,
Pour la premiere fois fis voir un homme ſage :
Sincere avec reſpect , complaifant fans fadeur ,
Je te vois dé Louis acquerir la faveur.
Le choix d'un tel ami prouveroit ma prudence,
Mais le fort , entre nous , laiffe de la diſtances
Au rang, qu'à ton merite affure l'avenir
Ma fterile amitié peut-elle convenir ?
Il faut pour prévenir des ruptures fatales ,
De pareils fentimens , des fortunes égales ;
Quant à nos fentimens , peut-être que les
miens ,
( Et j'oſe m'en flater ) different peu des tiens .
Par de fages parens inftruit dès ma jeuneſſe ,
Ι . νοί. Mon C
2552 MERCURE DE FRANCE.
Mon coeur jufqu'à prefent méconnoît la baffelle
,
Et chaque jour me voit avec foin m'appliquer
A chercher les vertus qu'il te voit pratiquer ;
Je tefuis fur ce point , fi je ne puis t'atteindre ;
Mais du côté du fort , pour moi tout eſt à
craindre ;
Je fens qu'en te voyant trop au- deffus de moi ,
Toûjours te devant tout , ne pouvant rien
pour toi ,
Mon coeur ne feroit pas fatisfait de lui- même ;
Pour un coeur genereux , quelle douceur extrême
De pouvoir obliger fes fidelles amis;
Ce plaifir avec toi ne peut m'être permis,
Reçois-moi pour ami , mais fans que rien
t'engage ,
D'un retour trop flateur cache - moi l'avantage
;
Il pourroit m'éblouir , je me connois trop bien,
Craignant d'exiger trop , je n'ofe éxiger rien,
1. vol.
LET
DECEMBRE
1724.
2553
LETTRE à M. l'Abbé de la Court ,
Chanoine de la Cathedrale de Reims
fur la mort de D. Simon Mopinot , Re .
ligieux de la Cong. de S. Maur.
MONSIEUR ,
Je n'eus pas plûtôt reçû votre lettre
que je me mis en devoir de vous envoyer
fur D. Simon Mopinot , les éclaircillemens
que vous fouhaitez. J'allai à l'Abbaye
de S. Germain des Prez , où je trouvai
tous les Religieux extrémement touchés
de la mort . Sur le portrait qu'ils
m'en firent , je ne pus
m'empêcher de
pleurer avec eux. Leur perte eft grande
en effet , & à difficile reparer . Ils ont
perdu un modele de régularité , & un excellent
fujet pour les fciences. Quoique
fon nom n'ait paru à la tête d'aucun Ouvrage
, il merite affurément que vous le
mettiez au rang des habiles gens de votre
Partie.
Il naquit à Reims en 1685 j'ai oublié
le jour & le mois de fa naiflance . Après
avoir fait avec honneur fon cours d'hu-
1. vol.
ma- Cij
2554 MERCURE DE FRANCE.
manitez dans le College de l'Univerfité
de cette Ville , il alla en 1702 , au Noviciat
des PP, Benedictins de S. Maur , lequel
étoit alors à Meaux dans l'Abbaye de
S. Faron. Il y fit profeffion l'année fuivante
, & depuis ce tems - là juſqu'aux
derniers momens de fa vie , jamais on ne
le vit fe démentir fur aucun des devoirs
de fon état . Il étudia en Philofophie , &
en Theologie à S. Denis en France ; &
après s'être renouvellé pendant un an
dans l'efprit & la ferveur du Noviciat , ce
qui s'apelle chez les Benedictins l'année
de Recollection , il enfeigna la Rhétorique
à de jeunes Religieux dans le Monaftére
de S. Faron . Delà au bout d'un an fes Superieurs
l'envoyerent profefler les humanitez
à Pontlevoi , Abbaye dans le Diocéfe
de Blois , où les Benedictins ont un
Collège de réputation , quoique voifin de
la Fleche, De Pontlevoi il fut apellé à
Paris , pour travailler conjointement avec
D. Pierre Couftant à cette laborieuſe collection
des lettres des Papes , dont le premier
tome fut imprimé il y a quelques
années. Voilà en gros l'hiftoire de ſa vie ;
elle n'eft pas fort intéreffante pour le monde
, mais que pourroit- il y avoir d'intéreffant
pour lui dans la vie d'un Solitaire,
qui en a été enlevé à la fleur de fon âge ,
& qui s'eftfait un devoir de n'être connu
que de Dieu.
Pour
DECEMBRE 1724. 2555
Pour fon caractére , il n'eft pas aifé à
démêler. Il y avoit dans, D. Mopinot
comme deux hommes tout différens l'un
de l'autre. Dans la pieté rien de plus élevé
, rien de plus foible dans le commerce
de la vie ; il étoit guai & férieux , doux
& mordant pour les Lettres , Poéte &
fage , Ecrivain habile , & prefque incapable
de rien mettre au jour . Je vas vous
déveloper cette énigme par parties .
Retiré du monde avant que de s'en
être laiffé corrompre , il fe trouva difpofé
dès les premiers jours du Noviciat , à recevoir
les impreffions falutaires que devoient
faire fur lui les lectures pieuſes ,
le bon exemple , la pfalmodie , la fréquentation
des Sacremens , & les autres pratiques
de pieté prefcrites par fa Regle ;
Une grande idée de Dieu , une foi vive
des faints Myftéres de notre Religion ,
une foumiffion parfaite à tout ce que l'Eglife
lui ordonnoit de croire ; une fidelité
exacte à fe ncurrir l'efprit & le coeur de
la lecture des livres facrés, & des Ouvrages
des Peres , le firent avancer toûjours
à grands pas dans le chemin de la vertu ;
Retenant tous les fens dans le devoir par
l'exercice continuel d'une auftére mortification
; il avoit dans la Ville , comme
dans le coeur , les yeux toûjours modeftement
baiffez vers la terre ; il refufoit à
I. vol.
fon
2556 MERCURE DE FRANCE.
fon
corps, quoique trés-foible , jufqu'aux
plus legers foulagemens ; fon vin n'étoit
que de l'eau à peine rougie ; un petit déjeuner
, avant que de fe mettre au travail
, étoit un adouciffement auquel jamais
fes amis ne purent le refoudre. Refervé
fur la reputation du prochain , il ne
fe permettoit pas un mot qui pût la bleffer.
Il ne croyoit du mal de perfonne , &
quand on lui en difoit , il aimoit mieux
l'excufer mal , que de s'expofer au danger
de le condamner. Ces grandes qualitez
étoient encore relevées par une modeftie
& une humilité étonnante . Petit à
fes
fes yeux , & profondément abaiffé devant
Dieu , il n'y avoit pas de Confréres
qu'il ne crût beaucoup au - deffus de lui &
plus neceffaire que lui à la Congrégation .
De cette vertu naiffoit dans lui , pour
Supérieurs , une foûmiffion que je n'ofe
qualifier. Il la portoit fi loin , qu'il s'étoit
perfuadé qu'en matiere de confeffion
& de direction , même dans le concours
de gens plus éclairés , & en qui l'on auroit
plus de confiance , il y avoit une benediction
particuliere à fe laiffer conduire
par fes Supérieurs .
Le côté foible commence à fe montrer.
Helas ! M. qui n'a pas le fien ? Dieu fans
doute l'avoit laillé à D. Mopinot pour
fervir comme de contrepoids aux grands
I. vol .
talens
DECEMBRE 1724 2557
talens dont il l'avoit enrichi. D'ailleurs ,
ce défaut ne venant que de la délicateffe
de fa pieté , loin de la deshonorer , il en
eft une nouvelle preuve . Quel étoit donc
ce défaut? Non feulement toute faute l'inquiétoit
, mais l'ombre de faute , & cette
ombre le fuivoit par tout . Dans les chofes
les plus indifferentes , ou fi vous voulez,
les plus permifes , il imaginoit des tranfgreffions
, & cette funefte imagination lui
ôtoit l'appetit , la tranquillité , le fommeil.
Il étoit comme hors de lui - même ,
juſqu'à ce que ſon Confeffeur l'eût alluré
que ce n'étoit qu'imagination . Son Bréviaire
fur- tout étoit fon fuplice & fa croix ,
dans la crainte d'en avoir omis quelque
chofe , il doutoit toûjours s'il n'en avoit
rien omis. Pour fe raffurer , il repetoit
& à force de repeter , il étoit au bout de
trois ou quatre heures en quittant fon Bréviaire
, auffi épuiſé & auffi hors d'haleine
, que fi pendant tout ce tems- là il_eut
chanté les heures à pleine voix . Je vous
tirerois les larmes des yeux , M. fi je vous
marquois jufqu'où alloit là deffus fa folbleffe
. Quelle humiliation pour un homme
d'efprit ! Il la fentoit toute entiere.
J'avoue , a- t'il dit vingt fois à ſes Confreres
, que c'est une folie , j'en fçais bien
le remede , mais je ne puis le prendre
par moi-même , & je n'ofe le demander de
I. vol.
Ciiij . peur
2558 MERCURE DE FRANCE .
;
peur des illufions de l'amour propre , c'eſtà-
dire , qu'il étoit inutile de le prêcher
fur cet article ; qu'il voyoit mieux que
perfonne les raifons qu'on lui pouvoit
apporter mais que les excès de l'imagination
ne fe guerillent point par raiſon , &
que l'unique moyen de leguerir , étoit de
lui interdire le Bréviaire au moins pendant
quelque tems . Eh ! pourquoi në l’at'on
point fait ? On en difpenie bien dans
certaines maladies. Quelle autre maladie
pouvoit meriter davantage qu'on l'en dif
penfat ?
Dans la focieté, D. Mopirot étoit charmant
un air modefte , un ton de voix
doux & infinuant , une politeffe infinie ,
des manieres engageantes lui gagnoient
tous les coeurs . Tendre & fenfible naturellement
, il frémiffoit au moindre accident
qui arrivoit à les Confreres. Son
imagination lui laiffoit- elle quelques momens
de repos , il étoit guai jufqu'à inſpirer
la joie à tous ceux qui l'écoutoient .
Il mirroit avec une douceur & une naïveté
tout -à -fait touchante , parlant peu, mais
bien . De tems en tems quelques traits ingenieux
qui frapoient comme des éclairs.
Dans l'agréable comme dans le ferieux
toûjours vrai. On ne fe fouvient pas d'avoir
jamais rien entendu de lui qui ne fut
judicieux. Autant qu'il étoit touché du
I. vol. bon
DECEMBRE 1724 . 2559
bon , du beau ,du folide qu'il entendoit ,
autant il étoit vif à fentir les défauts.
Quand il ne rioit pas de quelque trait
que l'on croyoit plaifant , ou qu'il n'applaudiffoit
pas à ce que l'on croyoit bon ,
en examinant ce qui s'étoit dit , on reconnoiffoit
que le trait n'étoit digne ni qu'on
en rit , ni que l'on y applaudit. 1I1l étoit
d'une fagacité furprenante fur ce qui étoit
à reprendre. Dans ce qu'il lifoit comme
dans ce que l'on difoit , il voyoit des fau
tes , & des fautes réelles , où perfonne
n'en voyoit. Tournons maintenant la médaille
cette vivacité & cette jufteffe
d'efprit le rendoient quelquefois non feulement
critique , mais encore fatyrique.
faififfant d'abord le faux ou le ridicule
d'un mot , d'un raifonnement , ou d'un
difcours , il en difoit fon fentiment d'une
maniere piquante . A peine le trait étoitil
parti , qu'il l'eut voulu retenir , mais
il n'étoit plus tems. Auffi - tôt , pour fe
calmer , il falloit courir au Confeffeur.
Ce frein le retenoit , fans lui il fe feroit
fouvent échapé.
Vous ferez fans doute furpris , M. qu'un
Religieux fi compofé , fi retenu , & encore
fi gêné par fon imagination , courtifat
les Mufes , & en reçut des faveurs.
Oui , Monfieur , Dom Mopinot étoit Poëte
, & qui plus eft bon locte . Etart Pro-
I. vol.
fef C
2560 MERCURE DE FRANCE .
feffeur de Rhétorique à Pontlevoi , il fit
une Tragedie qui fut fort goutée . On chante
dans plufieurs Monafteres de fa Congrégation
des hymnes de fa façon , auffi
claires & auffi pompeufes que celles de
Santeuil , plus latines & plus pieufes que
celles de ce Poëte celebre. On fçait de lui
quelques petites pieces fatyriques qui lui
ont coûté bien des remors une entr'autres
qu'il fit fur le chemin de S. Denis en
paffant entre Montmarte & Montfaucon.
Je vous dirai celle- ci la premiere fois que
j'aurai l'honneur de vous voir .
Il n'étoit pas moins habile en profe ; les
penfées juftes & folides , naturelles &
exactes l'imagination vive , belle , féconde
, quoique trop timide , elle n'ofât
prefque rien hafarder ; l'expreffion propre,
claire , élegante ; l'arrangement doux,
net , harmonieux ; le ftile plein & nourri
de la lecture des Auteurs de la plus pure
latinité. Vous en jugerez vous-même par
l'Epitre dédicatoire qui eft à la tête du
Thefaurus Anecdotorum des PP . D. Martene
, & D. Durant ; elle eſt toute de
lui , à l'exception de purpura oftro , & de
viridem imaginandi vim , deux expreffions
bizarres qui s'y font gliffées , je ne
ne fçai pourquoi ; car quand il faifoit tant
que de copier au net , il peignoit trèsproprement
& très correctement. Ileft
1. vol.
enDECEMBRE
1724. 2561
encore Auteur de celle qui eft adreffée au
Pape Innocent XIII . dans de recueil des
Lettres des Papes. Nous lui fommes auffi
redevables de tout l'ordre , de toute l'élegance
, & de toute la legereté qu'on admire
dans la Préface de ce grand Ouvrage
, qui ne fut accepté du Pape qu'aux
derniers jours de fa vie , & qu'après la
lecture des lettres que Dom Mopinot
avoit écrites pour fa défenſe. On foupçonne
qu'il a encore eu beaucoup de part
aux Préfaces des trois tomes du Collectio
ampliffima des deux Peres que j'ai nommez
plus haut. Pour s'en convaincre , on
n'a qu'a les comparer d'un côté avec ce
que nous fçavons être certainement de D.
Mopinot , & de l'autre avec celles du
Thefaurus ; par là on verra , fi je ne me
trompe , & de qui elles ne font pas , &
de qui elles font. Gardez - vous bien
Monfieur , de penfer que les Religieux
de S. Germain , en rendant juſtice au défunt
, ayent envie de diminuer le merite
de ce beau Recueil , ou de lui refuſer les
applaudiffemens qui lui font dûs . La baffe
jaloufie ne s'eft point encore fait d'entrée
dans leur Cloître , & ils reconnoiflent volontiers
, avec le public , que dans ce
genre on n'a jufqu'à prefent donné rien
de plus ample , de plus curieux , & de
plus utile à la République des Lettres .
I. vol. C vj Mais
2562 MERCURE DE FRANCE .
Mais ce feroit un miracle que des gens
occupés depuis tant d'années à copier des
pieces du bas tems , confervaffent en écrivant
toute la pureté de ftile qu'on remarque
dans les Préfaces de ce Recueil. Loin
qu'on doive moins les eftimer d'avoir eu
recours à une plume étrangere pour le
faire valoir , & pour prévenir le public
en fa faveur , ils n'en font que plus loüables
, & l'on ne doute point que fi D. Mcpinot
le leur eût permis , ils ne lui euflent
témoigné publiquement leur reconnoiffance.
Je ne vous dis rien du fecond Tome du
Recueil des Lettres des Papes , parce que
je ne l'ai point vû. Je fçai feulement
qu'il y a toujours travaillé depuis la mort
de D. Couftant , qu'il l'avoit fort avancé,
& que les mesures étoient déja prifes
pour en commencer l'impreffion vers Pâ
ques de l'année prochaine. On n'a enco
è jetté les yeux fur perfonne pour la
continuation de cet Ouvrage. Ce feroit
une vraie perte pour l'Eglife , fi l'on fup
primoit ce qui en eft fait , & fi l'on ne
continuoit pas ce qu'il en refte à faire . Cependant
il eft à craindre que les difficultez
qu'on a eues à fauver de la cenfure
de Rome le premier volume , ne foient
un obftacle à la publication des fuivans
& l'on dit même que la Cour Romaine
I. vol.
n'a
NOVEMBRE 1724. 2563
n'a épargné le premier , qu'à cor.dition
qu'il ne feroit fuivi d'aucun autre . Je ne
fçache pas d'autre Ouvrage de D. Mopinot
, à moins que vous ne comptiez encore
pour quelque chofe le petit Mémoire
que l'on a inferé dans les Journaux des
Sçavans fur D. Pierre Couftant fon prédecelleur.
Il vous femblera peut - être , Monfieur ,
que c'eft , peu pour neuf ou dix ans que ce
Religieux a demeuré à S. Germain . Mais
fesConfréres trouvent que c'eft beaucoup,
& ils font étonnés qu'il en ait fait tant.
Vous en ferez étonné vous - même, quand
j'aurai donné le dernier coup de pinceau
à fon portrait. Cette difpofition de doute
& d'incertitude où il étoit à l'égard de
fon Bréviaire , in fluoit jufques fur les étu
des. Il doutoit qu'il eut lû certaine date
dans un Auteur , jufqu'à ce qu'il l'eut relue
plufieurs fois . Jamais content de foimême
, il effaçoit un jour ce qu'il avoit
ecrit le jour précédent . Sa délicatelle étoit
fi grande , qu'il eut voulu châtier & limerun
infolio , comme une Piece de deux
pages. Non qu'il fut de ces efprits qui ne
c:oiroient pas bien penfer , s'ils ne penfoient
tout autrement que les autres hommes
ne penfent ; mais parce que fe défiant
de fes forces , il craignoit toûjours que ce
qu'il cherchoit ne fut autre choſe que ce J. voir
qui
2564 MERCURE DE FRANCE.
qui fe préfentoit d'abord . Cette crainte
s'étendoit à l'ordre des chofes , au tour de
phrafe , à l'arrangement des mots , aux
paroles mêmes , à toutes les parties de la
compofition . Corrigeant fans ceffe & recorrigeant
, il ne produifoit rien dont il ne
fit quatre ou cinq copies , & fouvent la
cinquième copie étoit fi brouillée de renvois
& de ratures qu'il n'y avoit que lui
feul qui put la déchiffrer. En vain on lui
remontroit que dans les matieres épineufes
& de longue difcuffion , il fuffifoit de
fe faire entendre , il falloit qu'il fe contentat
, & il ne pouvoit fe contenter .
"
Toutes ces inquiétudes & ces agitations,
tant de l'efprit que de la confcience , le
jetterent enfin dans un épuifement mortel
. Tous les refforts fe relâcherent , fon
eftomac ne put plus retenir aucune nourriture.
Une diffenterie violente lui fit
perdre une prodigieufe abondance de fang.
Les inteftins s'ulcererent enfuite , & fortirent
par morceaux . Il fentit qu'il aprochoit
du terme , il demanda les derniers
Sacremens , il les reçut avec les fentimens
qu'on attendoit d'une vie chrétienne
& fi religieufe ; il demanda pardon à la
Communauté du fcandale qu'il lui avoit
quelquefois donné par l'infraction du filence
, & deux jours après il rendit fon
ame à Dieu le 11. Octobre , à quatre heu-
I. vol.
res
DECEMBRE 1724. 2565
res du matin . Je fuis , Monfieur , & c.
De Paris le 21. Novembre 1724.
* * * *kik jikkijk ji jak j
S
LA PRIERE.
ODE.
Ource abondante de lumiere ,
Toi qui ne luit jamais en vain ,
Fille du Ciel , Sainte Priere ,
Répand tes rayons dans mon fein.
Fais naître dans mon coeur coupable
Ce gemiffement ineffable ,
Tribut de nos infirmitez ;
Le Dieu qui te forme en nôtre ame ,
Veut que ton immortelle flâme
Confume nos iniquitez .
De l'ennemi qui nous menace ,
Tu rends les efforts fuperflus ,
Et de concert avec la grace ,
Tu fais triompher les élûs .
Le Prince des Amalecites ,
Fondant fur les Ifraëlites ,
I. vol.
Si2566
MERCURE DE FRANCE.
Signaloit déja fa fureur ;
Mais du Ciel qui les favorife ,
Tu defcends au coeur de Moyfe ,
Il prie, Ifraël eft vainqueur.
Plus abjecte à fes yeux que l'herbe ,
L'humilité forme tes voeux ,
Er du Pharifien ſuperbe
Tú fuis le zele fatueux.
Sur fon hypocrite innocence ,
Jettant un oeil de complaifance
Il l'étale orgüeillement ;
Et s'approchant du Sanctuaire
Dans fon Oraifon téméraire
Il prononce fon jugement.
Du néant de la creature ,
Elevant tes foupirs vers Dieu ,
Tu fuis dans une route obfcure ,
Le Publicain jufqu'au Saint lieu.
A l'afpect de l'Auguſte Temple ,
Saifi de frayeur , il contemple
L'énormité de fes forfaits ;
Et penetré de fa miſere ,
J
I. vol. Se
DECEMBRE 1724.
2567
Se profterne , gemit , eſpere ,
Et voit exaucer ſes ſouhaits
Dépofitaire des louanges
Que l'homme doit à fon Auteur ,
Du feu pur dont brûlent les Anges
Tu viets erfâmer nôtre coeur.
Lorfque defcendant des Etoiles ,
La nuit étend fes fombres voiles ,
Tu nous fait vaincre le fommeil ;
Et délivrez d: fa contrainte ,
Prévenir rès de l'Arche Sainte ,
Le plus from pt retour du Soleil.
Quelles font ces Vierges aufteres ,
Que le Ciel prit ſoin d'éclairer ?
Au plus Augufte des Myſteres
Ta ferveur fçût les confacrer.
Des Cherubins Saintes Rivalles ,
Ces épouſes fans intervalles ,
Adorent leur époux voilé ;
S'élançant fur l'Autel fublime ,
A cette fuprême victime ,
Leur caur brûle d'être immolé.
* Filles du Saint Sacrement.
I. vol.
Qui
2568 MERCURE DE FRANCE.
Qui dans cette horrible retraite ,
Parmi les Lions & les Ours ,
Soutient de cet Anachorette ,
Les longs & laborieux jours.
A jamais éxilé du monde ,
Dans une caverne profonde ,
Son zele ardent l'enfevelit';
Nourrit de racines ameres ,
Il fait de cilices & de haires ,
Et fon vêtement & fon lit.
Ah ! que cet Ocean de joye ,
Dont tu viens fubmerger fon coeur ,
Des maux dont il fe rend la
proye ,
Adoucit bien-tôt ta rigueur.
Avec la fageffe infinie ,
Son ame tendrement unie ,
Goute un repos délicieux ;
Et dans une ivreffe divine ,
Remontant à fon origine ,
Habite déja dans les Cieux.
De la plus folide efperance
Sont nez tes celeftes tranſports ,
I. vol. Le
DECEMBRE 1724. 2569
Le Ciel à ta perſeverance
Ouvrira toûjours fes tréfors.
Et fi quelque temps infléxible,
A tes voeux il femble infenfible ,
C'est pour acroître ta ferveur ;
Au pied du Verbe profterné ,
L'humble & conftante Chananée ,
Fléchira bien-tôt fon Sauveur.
C'est toi qui formant fon extafe ,
Sçûs inſpirer à ce Saint Roi ,
Ces Cantiques dont il embrafe
Les coeurs qui partagent fa foy.
Aux divins accords de fa Lyre ,
Ces chants annoncerent l'Empire ,
Du Dieu qui vint brifer nos fers ;
Et c'eft dans leur fource facrée ,
Que par fon époux inspirée ,
L'Eglife a puifé fes concerts.
M. Tanevot.
1
I. vol.
ACA2570
MERCURE DE FRANCE.
XXXXXXX XXXXXXXX
ACADEMIES.
Suite de l'article employé dans le dernier
Mercure , page 2419.
' Ouverture de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles - Lettres fe
fit le Mardi 17. Novembre , à l'ordinaire
, par une affemblée publique . M.
l'Abbé Dantin , nommé à l'Evêché de
Langres préfidoit à cette féance en l'abfence
de M. le Cardinal de Rohan , Prefident
de l'Académie pour cette année .
La féance commença par l'éloge Hifto
rique de M. Boivin l'aîné , que lût M. de
Bofe , Secretaire de l'Académie . Ces fortes
d'éloges font un tribut que les Académies
rendent à la memoire des fujets
qu'elles ont perdu , & un tribut dans '
lequel le titre d'éloge ne fait jamais perdre
de vûë l'exacte verité ; on y rendjuftice
au merite & aux bonnes qualitez des
morts , mais fans s'engager à leur prêter
les talens qui pouvoient leur manquer .
Louis Boivin , Avocat au Parlement ,
& Penfionnaire de l'Académie des Belles
Lettres , nâquit le 20. Mars 1649.
à Montreuil l'Argilé , petite Ville de la
I. vol . haute
DECEMBRE 1724.
2571
haute Normandie . Il eft mort le 22 .
Avril 1724. âgé de 75. ans 1. mois &
2. jours. Son pere & fon grand-pere
avoient été les meilleurs Avocats du
pays. Sa mere étoit foeur du fameux Pierre
Vattier , Profeffeur Royal en Langue Arabique
, l'un des plus fçavans hommes du
dernier fiecle. Le fuccès des premieres
études domeftiques de M. Boivin détermina
fa famille à l'envoyer a Roüen pour
les continuer fous la conduite des Jefuites.
A l'âge de 22. ans il perdit fon pere ,
il avoit perdu fa mere quelques années
auparavant ; il avoit déja fait deux voya
ges à Paris.
Le premier avoit été uniquement entrepris
pour rendre un fervice important
aux Lettres , puifque c'étoit pour remettre
dans la Bibliotheque de M. Colbert la
traduction Latine de toutes les Oeuvres
d'Avicene , promife depuis long- temps ,
& nouvellement achevée par M. Vattier,
qui à la mort en avoit fort recommandé
le manufcrit. Il fut remis entre les mains
de M. Thevenot , ami de M. Vattier ;
qui faifant myftere de l'ufage qu'il en
avoit fait , difoit feulement qu'il ne le
confieroit qu'à gens bien en état d'en
procurer l'édition , fans jamais vouloir
s'ouvrir davantage ; depuis fa mort il n'a
pas feulement été poffible de fçavoir où
1, vol.
il
2574 MERCURE DE FRANCE .
nombre. Ce dernier le goûta même tellement
qu'il le prit chez lui pour ſe l'attacher
davantage , & le rendre plus utile à
Meffieurs fes fils , dont l'un eft mort Evêque
d'Orleans, & l'autre, cy- devant Premier
Prefident , mene prefentement dans
le fein de fa famille une vie Sainte &
paifible. A ces deux illuftres éleves fe
joignirent deux autres freres , qui font
M. l'Evêque d'Orleans d'aujourd'hui ,
& M. le Garde des Sceaux . ‹
Lors du rétabliffement & de la réforme
des Ecoles de Droit , par les foins de
M. le Pelletier , Doyen honoraire de
cette Faculté , on offrit à M Boivin une
place de Profeffeur , mais il la refuſa¸
& il aima mieux fuivre le Barreau qu'enfeigner
le Droit , quoiqu'on lui offrit en
même temps de le faire pourvoir gratuitement
d'une Charge de Confeiller à la
Cour des Aydes , quand il auroit profeffé
2.0 ans. M. Boivin palla après ce refus ,
de chez M. le Pelletier , chez M. Bignon ,
de Premier Prefident du Grand Confeil
frere du Confeiller d'Etat , tandis que
M. le Pelletier voulut demeurer chargé
du foin de M. Boivin le cadet , qui à
l'âge de 18. ans étoit déja un homme de
Lettres. Mais les deux freres n'ayant pû
vivre long- temps feparez , fe réunirent au
bout de dix- huit mois dans une maiſon
A. vol.
par
DECEMBRE 1724. 2575
particuliere. L'aîné voulant affurer le
fruit de fes veilles , chercha à faire une
acquifition en Normandie. Il la fit & elle
lui fut malheureufe ; car ayant voulu en
difcuter les moindres droits , il s'engagea
dans quantité de procès ruineux , dont
le plus confiderable fut celui qu'il eut
contre l'Abbaye de la Trappe , pour une
redevance de 24. fols . Ce procès lui
couta , outre douze années de procedures
& de follicitations , douze mille livres de
frais.
L'Académie des Infcriptions fe forma
à peu près dans le temps de la perte de
fon procès , M. Boivin n'y put avoir d'abord
qu'une place d'éleve ; mais en moins
de huit ou dix mois il monta à l'affociation
; & fon extrême affiduité , jointe à
un profond fçavoir , l'auroient conduit à
la penfion avec la même rapidité , s'il
avoit eu pour la focieté les mêmes talens
qu'il avoit pour l'étude. Vingt années entieres
fuffirent à peine pour familiarifer
l'Académie avec les affortimens de fa
vafte érudition. Mais enfin l'on reconnut
ce qui étoit exactement vrai , que perfonne
n'avoit de meilleures intentions
plus de candeur , ni plus de droiture , que
fon coeur defavoüoit d'avance le fiel
apparent de ſes expreffions ; & que
quand on pouvoit fe prêter à fa fur-
I. vol. D pre2576
MERCURE DE FRANCE .
prenante volubilité , les chofes qu'il difoit
fans ordre & fans préparation ne laiffoient
pas d'être bonnes en elles - mêmes,
& la plupart excellente dans une place
qui leur auroit mieux convenu.
Ses ouvrages imprimez fe réduifent à
ce que l'on en trouve dans les Recueils
de l'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres. Ceux qui font employez dans
' Hiftoire ne font que des Extraits qu'il
a fallu lui enlever de memoire par l'impoffibilité
de les avoir autrement , &
ceux qui font imprimez tout au long , ne
l'ont été que fur des copies , dont on n'a
pu lui confier la réviſion , à caufe des
changemens continuels qu'il n'auroit
ceffe d'y faire. Dans les dernieres années,
il s'étoit furtout appliqué à la Chronologie
, & c'eft dans cette vûë qu'il avoit
compofé trois petits Poëmes François ,
fous le titre de vers Acromonoftiques qui
devoient être fuivis de la traduction qu'il
avoit auffi faite en vers François de prefque
tout l'Evangile , car les avis de M.
Chapelain ne l'avoient pû guerir de fon
goût pour la Poëfie Françoife.
Il promettoit depuis environ trente
ans un autre ouvrage qu'il a laiffé bien
plus en état de paroître , ce font des Notes
fur Jofeph , dans lesquelles il donne
par tout des preuves d'un fçavoir immen-
I. vol.
fe ,
DECEMBRE
1724. 2577
fe , & qui dans
l'impreffion feroient un
volume au moins égal à celui du Texte
de Jofeph.
M. Boivin , fon frere , qui le fuivoit
immediatement dans l'ordre du Tableau
lui a fuccedé au titre de
Penfionnaire
qu'il auroit eu dix ans plutôt , fi fa reconnoiffance
, fa tendreffe & fon refpect ne
l'avoient toûjours
obſtinément écarté des
moindres
concurrences avec ſon aîné.
Après cet éloge M. Lancelot lût le
Memoire fur un bas- relief antique , dont
nous avons parlé dans le Mercure précedent
, page 24 20. M. l'Abbé de Vertot
termina la féance par une
Differtation
fur l'Auteur de l'Alcoran .
Il fit voir dans cette
Diflertation quels
furent les moyens que
Mahomet
employa
pour
executer le deffein qu'il avoit concû
dès le
commencement de fa vie , de
fe rendre le maître de fa Patrie. Tout le
monde fçait qu'il étoit né en Arabie ; il
ne fçavoit ni lire , ni écrire ; mais il avoit
affaire à gens qui étoient encore plus
ignorans que lui ; felon M. l'Abbé de
Vertot fa famille étoit des plus
confiderables
du pays ; fe trouvant fans bien il fut
trop
heureux
d'époufer la veuve d'un
riche
Marchand , chez laquelle il demeuroit
; ces richeffes dont il fe fervoit libe-
I vol.
Dij rale2578
MERCURE DE FRANCE.
ralement en vers fes compatrictes lui
donnerent beaucoup de confideration . A
cela voulant ajoûter quelque autre relief,
il affecta un exterieur fort auftere , fit
parade d'une grande feverité dans fa conduite
, & pour fe donner encore plus à
la retraite , il quitta la Mecque , & alla
fe confiner dans une folitude , à quelques
lieues de là . Tout ceci n'étoit
qu'hipocrifie. Son veritable deffein étoit
de s'inftruire à fond de ce qui étoit contenu
dans les livres du Vieux & du Nouveau
Teftament , & d'y puifer ce qui
pourroit lui convenir pour le projet qu'il
s'étoit fait. Pour parvenir à la connoiffance
de l'ancienne loi il fe fervit d'un
Juif , & Sergius Moine Neftorien l'inftruifit
de la nouvelle , en y joignant fes
erreurs . Il fe tint renfermé avec ces deux
hommes pendant deux ans. Il compofa
alors la plus grande partie de fa nouvelle
Religion , dans laquelle après y avoir fait
entrer quelques-uns des figes préceptes
qu'il avoit tirez des Livres Sacrez , il
infera tout ce qu'il crût qui pourroit flater
le libertinage & les paffions dominantes
de fes compatriotes . M. l'Abbé de
Vertot fit voir quels étoient ces préceptes
qu'il avoit tirez de l'Ecriture Sainte ,
la maniere dont il les avoit adaptez à fa
nouvelle loi , les abfurditez des articles
J. vol.
qu'il
DECEMBRE 1724. 2579
qu'il y a ajoûtez, & expliqua les motifs qui
avoient pû l'y engager. Quand Mahomet
fe crût en état d'executer ce projet , qui
auroit dû paroître impoffible à tout autre
moins ambitieux que lui , il revint à
la Mecque , & à quelque temps de - là
il fit confidence à fa femme , fous la promeffe
d'un fecret inviolable , des révelations
qu'il difoit avoir euës dans la folitude.
Il lui fit part de fon prétendu commerce
avec l'Ange Gabrici qui lui avoit
apporté de la part de Dieu la loi qu'il
envoyoit à fon peuple. Cette nouvelle
ainfi débitée , & confirmée par le Moine
Neftorien & fes autres amis , fut auffitôt
communiquée par fa femme à fes voifines
, & divulguée par toute la Ville en
très peu de jours. Elle fut reçûë differemment
fuivant la diverfité des efprits.
Les uns la reçûrent avec credulité , & regarderent
Mahomet comme un Prophete
cheri de Dieu , & les autres s'en mocquerent.
Cela partagea la Ville ; les Magiftrats
craignans que ces difpofitions n'y
excitaffent des mouvemens , prenoient
des meſures pour s'affurer de la perfonne
de Mahomet , lorfqu'en ayant été
averti il s'échappa , & alla fe mettre à la
tête de fes partifans , avec lefquels il
courut & ravagea le pays. C'eſt cette
fuite & la retraite de Mahomet à Medine
I. vol . Diij qui
2580 MERCURE DE FRANCE.
qui fait l'époque de la Religion Mahometane.
M. l'Abbé de Vertot parcourut
le refte de la vie de Mahomet , dit un
mot des Califes qui lui fuccederent immediatement
, mais fa Differtation roula
principalement fur le détail de la Religion
Mahometane , fur les plaifirs & les
peines qui y font annoncées pour l'autre
vie , fur l'efprit de fourberie & de domination
tyrannique & cruelle de Mahomet
, & le prodigieux progrès que fon
fyftêne groffier & fes réveries ont fait
dans l'Afie & dans l'Afrique . Cette Differtation
étoit écrite dans le même goût
que les autres ouvrages de M. l'Abbé de
Vertot qui font fi connus du public.
Le fecond volume du Mercure de ce
mois , qui paroîtra huit jours après celuici
, contiendra les Differtations qui furent
lûes à l'affemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences , par M. Geoffroy
fur les Eaux de Paffi , & par M. Lemeri
fur la diffolution des fels.¸
1. vol.
A
DECEMBRE 1724. 258
aaaaaaaaaaaaaaaaaa
A MADEMOISELLE **
par M. de Roc *.
Dans un climat de l'amoureux empire
Lieu des plaiſirs & le plus frequenté ,
On a vû naître une jeune beauté ,
>
En qui déja l'amour faifoit reluire ,
De maints attraits l'affemblage enchanté ;
Cupidon fçût cultiver fon enfance
En politique il avoit médité ,
Ce fûr moyen d'accroître fa puiffance.
Or il jugea qu'un jour tous les mortels
Humbles , vaincus par de fi fortes armes ,
Viendroient en foule encenfer fes Autels ,
L'amour vouloit augmenter nos allarmes ;
Qu'arriva -t'il ce Dieu dans ce deffeint
Mit dans les yeux de fa divine éleve ,
Dards que choifit fa trop perfide main ,
Et feu fubtil qu'à Venus elle enleve ;
Ce larcin fait , il appelle un effain
De jeux , de ris qui formerent foudain ,
Les traits brillans d'un aimable vifage ,
1. vol. De Dij
2582 MERCURE DE FRANCE.
De cet endroit ils font leur appanage ,
Plufieurs d'entr'eux volent encore ailleurs ,
L'on dit auffi qu'ils eurent des faveurs ,
Dont ils ont fçû fe conferver l'ufage :
Combien d'Amans s'eftimeroient heureux ,
Si deſtinez à pareil brigandage
Ils le pouvoient partager avec eux ;
Mais non , l'Amour en formant nôtre belle
N'affaifonna que le corps & l'efprit ,
Le coeur n'eut rien des foins de fa tutelle ;
Quoi ! dira- t'on , la pratique eft nouvelle ,
Que faifoit-il de l'art qui nous féduit ?
Mieux eut été d'employer fon credit ,
A bien regler le coeur de la pucelle ,
Ah ! que de biens fon pouvoir eut produit !
Je ne fuis point garant d'un fait fi rare ,
Difcours ici ne font point de faifon ,
De tous les temps Amour eft un bizarre ,
Et plus d'un coeur peut en rendre raiſon.
Ne croyez pas pourtant que nôtre Sire ,
Sur la beauté qui cauſe mon martyre ,
Ait jufqu'ici relâché de fes droits ,
L'Amour lui-même avec un doux fous -rire , }
I. vol .
Mę
DECEMBRE 1724. 2583
Me la jure la main fur fon carquois :
Mais dans le cours d'une fi longue attente ,
Que de tourmens ce Dieu me fait fouffrir !
Peut être encor que l'objet qui m'enchante .
Pour un rival fe laiffant attendrir ,
Doit infulter au mal qui me tourmente ,
Divin Amour fonge à me fecourir !
Naaaaaaak 茶
OUVERTURE de l'Académie Royale
des Belles-Lettres , Sciences & Arts
de Bordeaux.
E 19. du mois de Novembre 1724 .
l'Académie de Bordeaux fit l'ouverture
de ſes féances dans la Chapelle du
College de Guyenne. La Meffe y fut celebrée
par le R. Pere Fau , Religieux de
l'Ordre de N. Dame de la Merci , un
des Académiciens . Pendant cette Meffe
la Mufique de l'Académie chanta le
Pleaume , Lauda anima mea Dominum ,
de la compofition du fieur Bernier , &
un , Domine falvum fac Regem , de la
compofition de M. Sarrau , Secretaire perpetuel
des Arts de l'Académie.
Après - midi dans la falle de l'Académie
M. de Caupos , Directeur de la Com-
I. vol.
Dv
pagnie
2584 MERCURE DE FRANCE .
pagnie ouvrit la féance par un Difcours
fur deux préjugez oppofez entre eux , &
contraires au progrès des fciences . L'un
croit que les modernes n'ont rien ajoûté
aux découvertes des anciens que des
noms nouveaux , & à leurs Facultez &
vertus occultes que des idées vagues &
indéfinies. L'autre croit au contraire que
les progrès des modernes font allez fi
loin , qu'on ne peut rien trouver de nouveau
, & qu'il n'y a rien plus à faire , ni
à voir.
Pour détruire le premier préjugé , M.
le Directeur fit voir que quoiqu'on abuſe
de la nouvelle Philofophie par des idées
qui ne font pas plus claires que fa vertu
dormitive , la faculté motrice ; car enfin
telles font les idées de l'Acide , de l'Alcali
, des Abforbans. On ne fçauroit neanmoins
refuſer à la nouvelle Philofophie
les avantages qu'elle a remportez fur l'ancienne.
Elle a réduit tout au méchanifme
fimple , à la varieté des figures , au
mouvement des corps , principe fimple ,
fecond & fuperieur à tous les fiftêmes
anciens. La Phyfique experimentale a
fourni dans nos jours affez de preuves de
cette verité. Enfuite M. de Caupos paffe
aux nouvelles découvertes que nous devons
à la Chymie , à l'Anatomie , à la
Statique , aux experiences fur la pefan-
I. vol .
teur
DECEMBRE 1724. 2585
teur & la legereté de l'air , fur l'équili
bre des l'queurs , aux fecours qu'ont reçû
de la Geometrie & de l'Algebre , l'Aftronomie
, la Geographie , la Navigation ,
la Dioptrique & Catoptrique . L'art des
Fileurs d'or qui ne femble que pour fervir
à la vanité & au luxe , a donné une
preuve de la divifibilité infinie de la matiere
à ceux qui n'avoient fait que la
foupçonner.
Dans la deuxième partie M. le Directeur
pafla au fecond préjugé , tout favorable
à la parelle ; car , dit- il , quoique
nos connoillances foient bien fuperieures
à celles des anciens , elles font affez bornées
pour nous laiffer encore un vaſte
champ à défricher . Il fit voir ces bornes
dans l'Anatomie qui ignore encore l'ufage
de quelques parties , dans la Chirurgie
qui manque de certaines operations
pour des maux qui ne feroient pas incurables
; dans la Chymie qui n'a pû
devenir la maîtrelle de fes faux & de fes
diffolvans , ni trouver les principes purs
& fimples. Enfin M. le Directeur combat
la parelle & l'amour propre , dont la
premiere fe contente du travail d'autrui ,
& l'autre ne veut pas fuivre les traces
des inventeurs. Delà paflant aux obfervations
qu'à chaque jour , chaque pays
fournit aux fçavans , il conclut que les
I. vol .
plus D vj
2586 MERCURE DE FRANCE.
plus faciles à faire font peut- être les plus
utiles .
Après ce difcours M. l'Abbé Bellet un
des Académiciens lût le plan d'une Hiftoire
du College de Guyenne , qui eft le
plus ancien de Bordeaux , & le feul fondé
par les Magiftrats de cette Ville. Cette
Hiftoire eft celle des fciences & des hommes
fçavans de la Ville & de la Province.
Les premieres Ecoles de cette Ville
furent celles des Druides qui fouffrirent
de grands Echets des Empereurs Augufte,
Tibere & Claude ; ils détruifirent leurs
fuperftitions & leurs facrifices de victimes
humaines. Les Ecoles des Romains
leur fuccederent , & c'eft des Profefleurs
de ces Ecoles dont le Poëte Aufone a fait
les éloges . C'étoient des Rheteurs , des
Grammairiens Latins & Grecs. M. Bellet
n'a que le temps ici d'en dire les
noms , l'ordre de leur fucceffion , & le
temps auquel ils ont enfeigné . Ces Ecoles
viennent jufques à l'an 396. fous le
Confulat d'Arcade & d'Honorius. Depuis
ce temps- là jufques à l'Empire de
Charlemagne , elles font troublées par les
invafions que firent dans l'Aquitaine les
Vandales , les Gots , les François , enfuite
par la divifion des Princes François
fous le regne de Chilperic , par les
invafions des Galcons fortis des Pyre-
1. vol. nées ,
DECEMBRE 1724. 2587
nées , par les Sarrazins venus d'Efpagne ,
par les Normans , par les guerres des
Ducs de Guyenne avec les Rois de France
, ou avec les Maires du Palais. Pendant
tous ces troubles les Lettres fe tinrent
cachées dans les Chapitres & les
Monafteres . Charlemagne pour les rétablir
amena de l'Italie des grands Maîtres
, & éleva des Ecoles dans toutes les
Gaules , furtout il en établit de nouvelles
dans les Chapitres , dans les maifons.
des Evêques , dans les Abbayes .
>
De ces Ecoles fondées ou rétablies dans
Bordeaux il en fortit de grands hommes
qui font ici nommez. Mais elles
fleurirent fous les Ducs de Guyenne qui
étoient Rois d'Angleterre , elles donnerent
trois Papes à l'Eglife qui font Clement
V. Boniface IX. & Innocent VII.
Combien de fçavans à la République des
Lettres ? Alors s'éleverent dans cette
Ville plufieurs Monafteres qui furent
comme autant d'Ecoles & de Seminaires
de fçavans . Enfin Auteur defcend jufqu'à
l'année 1441. temps de la fondation
de l'Univerfité de Bordeaux & du College
de Guyenne , qui eft un membre de
cette Univerfité. La fupplique des Magiftrats
de Bordeaux eft de cette année ,
auffi bien que la Bulle du Pape Eugene
IV. dattée du 7. Mai . On fait ici une
I. vol . remar2588
MERCURE DE FRANCE .
remarque fur ce que les anciens Grecs ou
Romains n'ont pas connu la forme des
Colleges d'aujourd'hui : le nom de College
n'a été donné par les Romains qu'à
des corps d'artifans , & peut-être à celui
des Augures ; celui d'Ecole a été attribué
aux exercices , & aux fectes des Philofo
phes. Les Grecs donnerent celui de Gymnafe
aux exercices du corps . Dans la
balfe Latinité , & après l'Empire de Charlemagne
, ces noms furent donnez aux
Ecoles des Chanoines , des Monafteres >
& même à celles qui étoient dans le Palais
des Empereurs & des Rois .
Le premier College dans la forme que
nous voyons aujourd'hui eft celui de
Pierre Lombard , Evêque de Paris en
l'année 148. ou plutôt celui de Robert
Sorbon , fous le regne du Roi S. Louis
ou mieux celui de Navarre élevé fous
Philippe le Bel en 1304.
Le Roi Louis XI. confirma la fondation
de l'Univerfité de Bordeaux en l'année
1462. neanmoins le College de
Guyenne qui en eft un membre ne fleurit
pas beaucoup jufqu'à François I. qui
revenant d'Espagne vint à Bordeaux , &
perfuada aux Jurats d'appeller des Profefleurs
fçavans , & de les établir dans
leur College. On fit venir de Paris en
1534. André Govea qui fut principal
1. vol.
du
DECEMBRE 1724. 2589
du College , Jean Gelida qui enſeigna la
Philofophie , George Bucchanan pour la
Rhetorique , Antoine Govea pour les
humanitez , Nicolas Grouchi pour expliquer
le Grec d'Ariftote , & pour les
autres claffes Elies Vinet , & bien- tôt
après Jules Scaliger , Jofeph fon fils , le
Docte Muret , & plufieurs autres qu'il
n'eft pas permis de nommer dans un petit
Extrait. M. Bellet a promis de faire
l'Hiftoire de tous ces Profeffeurs , auffi
bien que celle des hommes illuftres qui
ont reçû leur premiere éducation dans ce
College , & il paffe cnfuite à tous les
principaux qui l'ont gouverné depuis cet
André Govea jufqu'à prefent .
M. le Directeur répondit à ce difcours
que prefque toutes les nations ont connu
la neceffité d'inftruire la jeuneffe , pour
former de bonne heure des gens capables
de gouverner leurs familles , d'entrer dans
les affaires publiques , & dans le miniftere
de la Religion. L'amour de la gloire
& de la patrie a fourni dans tous les temps
des fçavans qui ont voulu prendre le
penible foin d'inftruire les jeunes gens .
Le même amour a engagé les chefs du
gouvernement à récompenfer de tels
maîtres , & voilà les motifs , ou plutôt
l'origine des Colleges . Enfuite M. le Di-
I. vol.
recteur
1590 MERCURE DE FRANCE .
recteur faifant un précis du difcours qui
avoit été lû , il ajouta qu'il étoit bien flateur
de voir un nombre de fçavans fortis
de ce College dans chaque fiecle. Noble
fujet d'émulation pour les compatriotes ,
& leurs defcendans à qui le climat heureux
& temperé de cette Province a
donné un efprit , & une imagination propre
aux Arts & aux Sciences .
M. Cardofe , Docteur en Medecine
lût des réflexions fur la nature & la maniere
d'agir des purgatifs , & fur la purgation
. Il croit que le purgatif agit de
plufieurs manieres . 1 ° Il fermente avec
les humeurs heterogenes de la mafle du
fang qu'il rend analogues à celles qui fe
feparent dans les inteftins , ce qui fe prouve
par l'agitation & la chaleur qu'on reffent
après la purgation . 2 ° Il briſe &
attenue les matieres étrangeres craffes &
vifqueufes. 3 Il defobftrue les couloirs
en fermentant avec les matieres qui y
font retenues , & les rendant fluides .
L'Auteur diftingue enfuite les remedes
qui donnent au fang beaucoup d'agitation
fans purger , comme les diuretiques &
fudorifiques , d'avec ceux qui donnent
cette agitation & qui purgent , & delà il
conclut que toute agitation du ſang , n'eſt
pas , pour ainfi parler , purgative. Il ne
veut pas même que lorfque le fang eft
eſt
I. vol.
fort
DECEMBRE 1724. 2598
fort agité , on donne un purgatif au malade
, parce que les catartiques font fouvent
emportez & confondus par le torrent.
M. Cardofe paffe au temps auquel il
convient de donner ce remede , & fans
rejetter entierement la pratique ancienne
qui le donnoit le 7. le 11. le 14. jour
de la maladie , il ne veut pas qu'on attende
qu'il fe faffe des dépots , mais feulement
qu'on juge de l'état des fels , s'ils
ont acquis ce dégré de confiftence & d'exaltation
qu'il faut pour ne pas éluder
l'action du purgatif. 11 croit auffi que ce
remede agit plutôt par fes parties integrantes
que par les effentielles , quoique
dans les premieres il y ait un principe
dominant qui eft la premiere caufe de
l'action du purgatif. Ce principe eft un
fel modifié d'une certaine maniere .
rejette l'ancienne diftinction des purgatifs
, & il ne veut que des purgatifs doux,
moyens & violens . Dans la fuperpurgation
le mucus inteftinal devient corrofif ,
par les fels devenus plus groffiers , faute
de ferofité. Alors on propofe plufieurs
remedes pour calmer les irritations , entre
autres un lavement d'huile lavée &
battue avec de l'eau , il eft fort ufité en
Efpagne , & l'Auteur l'a employé avec
fuccès à Bordeaux.
I. vol.
11
1582 MERCURE DE FRANCE.
Il étoit jufte qu'après tant de réflexions
M. Cardofe donnât des regles pour
ufer des purgatifs . C'eft ce qu'il fait ici
en forme d'aphorifmes.
M. de Caupos répondit en ſubſtance
que la Medecine n'avoit point de remede
d'un plus grand ufage que le purgatif.
L'intemperance & l'impatience de fe dégager
d'une trop grande plenitude , ou
d'une fuperfluidité d'humeurs , ont plutôt
appellé ce fecours que celui de la
diete , & de l'exercice. Les réflexions
que vous avez faites , Monfieur , nous
font entendre que le purgatif ne devroit
être difpenfé que par une main habile &
prudente. L'experience nous a fait voir
depuis peu de jours que vous avez cette
prudence neceffaire. Toute la Ville attentive
& intereffée à la fanté d'un jeune
Magiftrat , vous a vû faire de ces coups
de maître dans une occafion très - délicate
.
Le R. Pere Fau apporta le calcul d'une
Eclipfe de Lune qui doit arriver le 21 .
Octobre de l'année fuivante 1725. & en
paffant il expliqua beaucoup de choſes
qui regardent cette planete , M. le Directeur
loua l'exactitude de l'Obfervateur.
Vous nous avez , dit- il , fait connoître
l'état du Ciel , toutes les fois qu'il s'y eft
paffé quelque chofe de nouveau , puiffe
•
1. vol.
vôtre
DECEMBRE 1724. 2593
vôtre exemple nous animer à la recher
che des Phenoménes de la nature .
A Bordeaux le Novembre 1724.
25.
LE BABIL.
ODE.
Monftre en diffentions fertile ,
Qui te répands en propos vains ,
Ennemi du commerce utile
Qui doit unir tous les humains :
Loin des lieux qu'habite le fage ,
Porte un pernicieux ufage .
Que condamne le fens commun ,
Va chercher de nouveaux Lycées ,
Où la jufteſſe des penſées ,
Cede au verbiage importun
Quoi ! l'ufage de la parole ,
Attribut de l'humanité ,.
Ne fera t'il qu'un bien frivole ,
Nuifible à la focieté ?
Par cet abus infupportable ,
Un 1. vol.
2594 MERCURE DE FRANCE.
Un difcoureur impitoyable ,
Sans efprit & fans jugement ,
Met l'honnête homme à la torture ;
Le plus beau don de la nature
N'eft pour lui qu'un cruel tourment.
Tel qu'on voit un torrent rapide ,
Qui dans fon cours impetueux ,
Etonne le paffant timide ,
Du bruit de fes flots écumeux ;
Le Babil encor plus terrible ,
A l'oreille la plus paiſible ,
Fait entendre un bruit effrayant ;
On a beau prendre un air tranquille .
Le flegme alors eſt inutile ,
On ne l'évite qu'en fuyant.
A cette fureur qui l'entraîne ,
En vain voudroit-on s'oppofer ,
Tout effort , toute dique eft veine ,
Il eſt en droit de tout ofer.
Un long filence l'encourage
Le chagrin peint fur le viſage ,
Şemble le rendre plus fécond ,
1. vol.
Au
DECEMBRE
2595 1724.
Au gré de fon
extravagance ,
Vous laiffant dans vôtre indolence ,
Il s'interroge & ſe répond.
Ennuyé d'un difcours frivole ,
En interrompez- vous le cours ,
Il vous enleve la parole ,
Et reprend le même difcours :
Les égards ni la politeffe ,
N'inſpirent rien qui l'intereffe ,
Il faut fe réfoudre à ceder ,
Et raiſonnant en homme fage ,
Attendre en paix que cet orage ,
Ceffe enfin de tout inonder.
Si par un coup de la fortune ,
Pour vous fouftraire à fa fureur ,
Vous fuyez l'approche importune ,
De cet éternel difcoureur ;
Vous obfervant dans vôtre fuite ,
Il fe met à vôtre pourſuite ,
Et ne vous abandonne pas ,
A moins que quelqu'autre victime ,
1. vol.
Cans
2596 MERCURE DE FRANCE.
Dans l'injufte ardeur qui l'anime ,
Ne fe trouve alors fur fes pis.
Fuyons l'abondance ſterile ,
De ces fades difeurs de rien "
Que toûjours un propos utile ,
Affaiffonne nôtre entretien :
Plus on fent que cette foibleffe
Eft l'écueil de la polite Te ,
D'autant plus on doit l'éviter ;
Mais trop vifpeut-être à reprendre ,
Je pourrois m'y laiffer furprendre ,
Mufe il eft temps de m'arrêter.
༡ དCO ༽ -.༠༣
LETTRE aux Auteurs du Mercure ,
écrite de Montreuil -fur Mer le 4.
Novembre 1724. an fujet d'un Traité
du R. P. B,
'Ay lû , Meffieurs , la Lettre Criti-
J'que contre le Traité des premieres
veritez du Pere B. inferée dans vôtre
Mercure du mois d'Aouft dernier , & la
réponſe de ce Pere , inferée dans celui du
mois de Septembre , & j'ai lû l'un &
1. vos,
l'autre
DECEMBRE 1724. 2597
l'autre avec étonnement de ce que deux
fçavans s'amufent à difputer fur une matiere
, qui ne devroit pas faire naître la
queftion qu'ils agitent entre eux.
La propofition fondamentale du fyftême
du fens commun , & que le fieur de
Bonneval choifit pour exercer fa Critique
, eft celle ci. Ce que difent & penfent
tous les hommes en tous les temps , & en
tous les pays du monde eft vrai , le P. B.
nous la donne pour une premiere verité
, & fon Critique prétend qu'elle n'eft
qu'une fuite de cette autre propofition ,
tous les hommes ne font pas d'accord enfemble
pour me tromper.
Voilà donc le fujet de leur conteftation
, qui me paroît des plus frivoles ;
car avant que d'examiner fi cette propofition
, ce que tous les hommes , & c. eſt
premiere ou feconde verité , il falloit examiner
fi c'est une verité ; or je la foutiens
abfolument fauffe , puifque pour
convenir de la prétendue verité de cette
propofition , il faudroit être fûr que tous
les hommes enfemble ne puffent pas fe
tromper ; car quoique tous les hommes.
ne foient pas d'accord pour me tromper ,
s'ils fe trompent eux mêmes , leurs
fées n'en feront pas plus vraies , je ne
crois pas cependant qu'on puiffe prétendre
que tous les hommes enfemble ne
pen-
1. vol.
puif2598
MERCURE DE FRANCE.
>
puiffent pas fe tromper ; car outre que ce
Teroit pouffer l'infaillibilité trop loin
l'experience nous a fait connoître que
tous les hommes , quoique penfans de
même en tous temps , & en tous lieux ,
fe font neanmoins fouvent trompez.
Avant la découverte de la circulation
du fang tous les hommes en tous temps ,
& en tous lieux croyoient que le fang
étoit dans une létargie perpetuelle , on a
pourtant reconnu qu'ils fe trompoient.
Tous les hommes en tous temps , & en
tous lieux avoient crû que la petite verole
foit naturelle , foit artificielle , étoit
une maladie qu'on devoit fuïr avec grand
foin , aujourd'hui elle devient à la mode
puifqu'on la donne aux perfonnes du pre
mier rang. Si donc ces experiences continuent
à réüffir , on regardera la petite
verole comme un bien . On avoit toûjours
crû que le mouvement du Soleil étoit
plus égal que la plus jufte pendule , que
les caves étoient plus chaudes P'Hiver
que l'Eté , qu'il falloit obferver le cours
de la Lune dans la plupart des actions de -
la vie , & c. en quoi tous les hommes ſe
font trompez.
Qu'on ne me dife pas que tous les hommes
n'ont pas eu les fentimens que je
viens de citer , dans tous les temps , puifqu'ils
ne l'ont plus aujourd'hui , car ,
F
I. vol . 19 Si
DECEMBRE 1724. 2599
Si ces mots dans tous les temps regardoient
le temps futur , la propofition
feroit illufoire , puifqu'on ne pourroit
jamais fçavoir fi ce dont il s'agit eft penſé
par tous les hommes dans tous les temps ,
étant impoffible de connoître s'ils penferont
de même à l'avenir. On pouvoit
autrefois raifonner ainfi . Tous les hommes
ont penté dans tous les temps , que
le fang ne circule pas , donc il ne circule
pas ; & on ne pouvoit pas alors deviner
qu'il viendroit un temps qu'ils ne le
penferoient plus .
2 Il n'eft pas impoffible qu'il y ait
plufieurs fecrets dans la nature , qui ne
feront jamais découverts ; ainfi fur ce
qui regarde ces fecrets- là , tous les hommes
dans tous les temps , même futurs
penferont faux.
Cette propofition n'eſt pas feulement
fauffe , elle eft encore d'une confequence
très - dangereufe. Car fi on l'admettoit
pour principe, on ne pourroit jamais faire
aucune nouvelle découverte. On diroit
toûjours , tous les hommes croyent telle
& telle chofe , donc il eft inutile de penetrer
plus avant , & d'examiner fi l'on
ne pouvoit rien découvrir de nouveau fur
cette matiere .
Au refte , fi cette propofition , ce que
ous les hommes difent , & c. eft fauffe , elle
1. vol.
ne E
2600 MERCURE DE FRANCE.
ne peut pas être la confequence , ( ainfi que
le Critique prétend ) de cette autre tous
les hommes ne font pas d'accord , & c . qui
eft vraie ; c'eſt un des premiers axiomes
de Logique , qu'une propofition fauffe
ne peut pas s'enfuivre d'un principe
vrai . Si donc après avoir établi un principe
vrai on en tire une conclufion fauffe,
c'eft qu'on la tire mal , parce qu'il n'y a
pas allez de connexité entre le principe
& la conclufion . La confequence dont il
s'agit eft dans le cas ; puifque, comme j'ai
déja remarqué , pour établir la connexité
entre les deux propofitions en queſtion ,
il faudroit convenir d'une troifiéme , tous
les hommes enfemble ne fçauroient fe tromper
, qui eft certainement fauffe. Je fuis
Meffieurs , vôtre & c.
એક
TRADUCTION de l'Ode d'Horace ,
qui commence par Mater fæva
cupidinum .
CRuelle Ruelle mere des Amours ,
Impetueux enfant de la vaine femelle ,
Voluptueux loifir , Arbitres de mes jours ,
1. vol.
Quelle
DECEMBRE 1724 . 2601
Quelle fureur vous joint pour en troubler le
cours ?
Doux Tyran d'un coeur trop fidele ,
Funeſte ſouvenir des charmes d'Iſabelle ,
Faut- il brûler encor pour cet objet rebelle ?
Suis - je né pour l'aimer & pour fouffrir tojours
?
Neige , Cigne Marbre de Pare ,
Rien ne peut égaler la blancheur de fon teint,
Et comme la raison , l'oeil le plus vif s'égare ,
Dans les vives couleurs dont fon viſage eſt
peint.
D'un aimable enjouëment la grace naturelle ,
Ses dedains même , & fa fierté ,
Tout eft charme pour nous , tout eft
pour elle ,
grace
Tout eft piege , où d'abord un coeur est arrêté,
Et la plus ferme liberté ,
D'un feul de fes regards chancelle.
Je ne fçai plus qu'aimer fi-tôt que je la vois ,
En vain je me défens de chercher à lui plaire,
J'épuise tous les traits de Venus en colere ,
1. vola
E ij Et
2602 MERCURE DE FRANCE .
Et Venus tout en feu vient de fondre fur
moi.
Elle a fait de mon coeur fon féjour ordinaire ,
Cypre & Paphos , Amathonte & Cythere ,
Pour elle ne font plus que deferts pleins
d'effroi.
Ce n'eft plus Phebus qui m'infpire ,
C'eſt Venus , & je charme en chantant fon
empire;
Mais quand d'un autre chant je me fais une
loi ,
Auffi - tôt un je ne fçai quoi ,
Sous mes doigts engourdis rend muette ma
Lyre,
Hé bien vous le voulez , Venus , Baccus ,
Loifir ,
Je ne chanterai que fa gloire ,
Ifabelle fera mon unique defir ,
Pour elle feulement je veux chanter & boire,
Sans elle déformais plus pour moi de plaifir ,
•
Sus , Garçon , ma Lyrẹ & mon verre ;
Mais fi ce fier objet par là devient plus doux ,
Dieux cruels , que je ne crains une plus rude
guerre !
I, vol.
Vou
DECEMBRE 1724. 2603
Vous ne vîtes jamais , fans en être jaloux ,
• Un mortel plus heureux que vous.
LETTRE de M. Vergier à Madame
la Comteffe d'Ars 1693 .
R l'Intendant vient de me dire ,
M Madame , que le Roi donne à
prefent
a la Monnoye 30. liv. du marc de
vaiffelle platte d'argent , c'eſt un trèshaut
prix , & je pense que vous feriez
bien de profiter de ce temps pour vendre
celle dont vous avez deffein de vous défaire
; il pourra arriver que le befoin &
le manque d'efpeces la fafle encore hauffer
; mais il eft plus vrai - femblable
qu'elle ne fera déformais que baiffer de
prix ; on n'a point reçû ici de nouvelles
des derniers vaiffeaux qui font partis de
ce port , ainfi je ne fçaurois vous en apprendre
de M. le Comte d'Ars ; mais il
eft à préfumer qu'elles ne font que bonnes.
Peut- il arriver quelque malheur à
un homme que vous aimez fi tendrement
, & qui a pour fauve- garde tous vos
vôtre coeur & l'amour même ?
Avec la moindre partie de tout cela , je
défierois bien toutes les attaques du monvoeux
,
I. vol. dei
E.iij
2604 MERCURE DE FRANCE.
de ; c'est pourquoi je vous confeille ,
Madame , de vous tenir tranquille à cet
égard , de vous amufer toûjours à ordonner
vos travaux , & à faire élever quantité
de cabinets de verdure fur vôtre terraffe
; car je prévois que dans quatre
mois au plus , tous ces cabinets vous ſeront
d'un grand ufage ; & fi les amours
que vous avez à votre fuite , n'étoient
pas auffi difcrets qu'ils font , ils nous
raconteroient bien des fcenes agréables
qui fe palleront fur ces petits Theatres .
Sur toutes chofes je vous confeille , Madame
, de paffer en repos
en repos le plus de momens
que vous pourrez dans la petite niche
que vous avez fait faire exprès pour
vous .
Si- tôt que le Soleil cachant fes feux dans
l'onde ,
Aura fait place aux fraîcheurs de la nuit ,
Allez faire briller dans ce petit réduit ,
Plus de beautez que le flambeau du monde
N'en fait briller lorfqu'il nous luit ,
Et fur de verds gazons , fur l'herbette fleurie ,
Aux charmes de la Rêverie ,
Abandonnez fi bien vos fens
Que vous figurant voir , entretenir , entendre,
Embraffer même d'un air tendre
1. vol.
Le
DECEMBRE 1724. 2605
Le plus fortuné des abfens ,
Sans le fecours de magique puiffance ,
Vous puiffiez joüir tour à tour
De tous les plaifirs du retour ,
Au milieu d'une trifte abfence.
Cela vous paroîtra difficile à mettre en
oeuvre ; mais l'imagination fait - bien d'autres
miracles quand on la laiffe agir , &
il n'y a qu'à s'y abandonner : j'ajoûterois
bien des chofes ici , fi je m'abandonnois
à la mienne , je ne fçai ce qu'elle ne me
preffe point de vous dire , mon coeur
inême s'y joint , & m'infpire mille chofes.
Il eft bon de les tenir en bride l'un
& l'autre , ce font des étourdis qui iroient
peut - être vous déplaire , & c'eft ce que
je ne cherche nullement ; ainfi , je vous "
dirai feulement que j'ai l'honneur d'être
avec beaucoup de refpect , Madame , &c.
XX:XX** X*XXX :XXXX :XX
Q
PREMIERE ENIGME.
Par M.
***
Uoique douce , quoique polie ,
Je ne paffe point pour jolie ;
Je fuis picquante cependant ,
1. vol.
Et
E iiij
2606 MERCURE DE FRANCE.
Et dans le monde uniquement
Pour les délices de la vie .
Il eſt peu de fêtes fans moi ;
Mais helas ! quel eft mon emploi !
Ce n'eft que fur les morts que ce fait mon
ouvrage ;
A peine eft - il parfait qu'on le condamne au
feu ,
Et tout ce que je fais eft pourtant pour l'uſage
Des gens du meilleur goût & du plus haut
étage ;
Car pour les indigens je travaille fort peu.
Pour me bienemployer il faut un peu d'adreffe ;
Je me gâte dans la pareffe ;
Je m'engraiffe au travail de moment en moment
;
Je reçois de la nourriture ,
Mais jugez quelle eſt ma nature ,
Telle que je la prends , je la rends à l'inſtant .
J
SECONDE ENIGME.
Du même.
E fuis par ma figure un ſymbole du monde,
Je ſuis affez ſouvent d'une agréable odeur ,
Je ne fuis cependant , ni chair , ni fruit , ni fleur ,
1. vol. L'éleDECEMBRE
1724. 2607
L'élement qui me fert & me détruit eft l'onde ;
Sans lui je ne puis rien valoir ;
Avec lui paroît mon fçavoir :
En fe fervant de moi l'on me careffe ;
Un Amant pour lequel on vient de m'employer
,
En paroît plus charmant aux yeux de fa maîtreffe
,
Qui lui refuferoit peut-être fa tendreffe ,
S'il n'avoit pas dequoi me faire travailler.
Je fçai fervir plutôt que nuire ;
L'homme m'employe avec chaleur »
Et lorfque je le fers , ce n'eft que pour détruire,
Ce qui lui fit toûjours près du beau ſexe honneur.
On doit expliquer les deux Enigmes
du mois de Novembre par la Cendre &
la Lanterne.
豐
1. vol.
E v NOU2608
MERCURE DE FRANCE.
XX:XXXXXXXXXXX XX
NOUVELLES LITTER AIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
N vend chez Pierre Witte , Li-
Obraire ,rue Saint Jacques , à l'Ange
Gardien , vis- à- vis la rue de la Parcheminerie
, un nouveau Recueil de
Noëls , avec des Cantiques Spirituels en
forme d'Homelies , fur tous les Evangiles
des Dimanches & Fêtes , depuis l'Avent
jufqu'à la Purification , mis fur des
Airs & des Vaudevilles choifis , notez
pour en faciliter le chant . Par M. l'Abbé
Pellegrin .
Les nombreuſes éditions qui fe font
faites de tous les ouvrages Spirituels du
même Auteur , font voir combien ils ont
été agréables au public , & femblent affurer
un pareil fuccès à celui que nous
annonçons . On ne voit gueres de plume
plus feconde que la fienne ; il en eft
forti plus de cent mille vers dans le gen.
re Spirituel , fans compter ceux qui font
actuellement fous prefle ; nous n'avons
garde de lui attribuer ceux qu'il n'avouë
pas , & dont le nombre n'eft peut - être
pas moindre.
-
HEU- 1. vol .
DECEMBRE 1724. 2609
HEURES PAROISSIALES , Latines &
Françoiſes , pour tous les Dimanches &
Fêtes de l'année , fuivant l'ufage de Rome
& de Paris , pour l'ufage des Laïques
qui affiftent à l'Office Divin , &c. A Paris
, chez Quillan & Defaint , ruë Galande
, 2. vol . in 12 .
BIBLIOTHEQUE des Gens de Cour ',
ou Mêlange curieux des bons mots d'Henry
IV. de Louis XIV. de plufieurs Princes
& Seigneurs de la Cour , & autres
Perfonnes illuftres , avec un choix de
traits naïfs , Gafcons & Comiques , de
plufieurs petites Pieces de Poëfie & de
penfées ingenieufes propres à orner l'eſprit
, & à le remplir d'idées vives &
riantes , dédiée à Monfeigneur le Chevalier
d'Orleans , par M. Gayot de Pitaval
, tom . 5. & dernier , 1. vol . 8 ° . A
Paris , chez Theodore le Gras , au Palais .
Après un titre auffi étendu , & après
ce que nous avons dit de cet ouvrage , en
annonçant au public les autres volumes ,
nous croyons pouvoir nous difpenfer
d'entrer là- deffus dans aucun détail .
LE NOUVEAU MONDE , Comedie mêlée
d'Intermedes , & précedée d'un Prologue
, par M. *** A Paris , chez la
veuve Ribon , Quay des Auguftins 1723.
I. vol.
E vj in
2610 MERCURE DE FRANCE.
in 12. de 88. pages , fans la Preface qui
en contient 1 2 .
LE DIVORCE de l'Amour & de la
Raifon , Comedie , fuite du Nouveau
Monde , che la même 1724. in 12. de
fans le Prologue. Et un Dif
86.
pages ,
cours fur la maniere dont on juge des ouvrages
de Theatre.
Ouverture du College Royal.
Es Profeffeurs du College Royal de
France,fondé à Paris par François I.
ou repris leurs exercices , & commencé
leur année Académique le Lundi 20. du
mois de Novembre dernier voici les noms
des Profeffeurs qui rempliffent actuellement
les Chaires de ce fameux College.
Pour la Langu: Hebraïque.
Mrs Sallier & Henry.
Pour la Langue Grecque
M's Boivin & Capperonnier
Pour les Mathematiques.
Mrs Chevalier & de Lifle.
Pour la Philofophie.
Mrs Terraffon & Privat de Molieres.
1. vol. Pour
DECEMBRE 1724. 2611
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Couture & Rollin.
Pour la Medecine , la Chirurgie ,
la Pharmacie & la Botanique.
Mrs Preaux , Andri , Geoffroy & Burette
.
Pour la Langue Arabe.
Mrs de Fiennes & Fourmont .
Le premier expliquera à fes Ecoliers
une Hiftoire Arabe univerfelle , depuis
la création du monde jufqu'à l'onzième
année du Regne de l'Empereur Heraclius
, compofée par un fameux Docteur
Mahometan , nommé Almakin , fils d'Amed,
de la Ville d'Alexandrie .
Le fecond expliquera pareillement à
fes Auditeurs l'Hiftoire de Tamerlan ,
compofée par Ahmed Arabfcha , de la
Ville de Damas .
Pour le Droit Canon .
Mrs Capon & le Merre.
Pour les Langues Syriaque , Chaldaique
Ethiopienne , Copte , &c.
M. l'Abbé Fourmont.
Le Iublic attend de ce Profeffeur , le
I. vol.
pre2612
MERCURE DE FRANCE.
premier qui ait enſeigné la Langue Ethio
pienne dans le Royaume , des Differtations
Critiques fur l'origine des Ethiopiens
, fur leur Langue , tant ancienne
que moderne , fur leur Religion , & leurs
moeurs.
PROJET d'un Catalogue General
des Manufcrits de France.
Extrait d'une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure le 25. Novembre 1724.
'Etois au mois de Septembre dernier
à Autun , j'y ai trouvé fuffifamment de
Manufcrits dans les Archives de la Cathedrale
, mais je n'ai pas demandé à
voir les Cartulaires ; peut - être me les auroit-
on refufez. Il me vient là - deffus
une penfée que vous pourriez communiquer
à des perfonnes d'autorité , & qui
aiment le bien public. On devroit en
France imiter les Anglois. Ils ont donné
un gros volume de Catalogues des Manufcrits
qui font dans toutes les Bibliotheques
d'Angleterre. Qui empêche qu'otr
n'en falle autant en France ? & qu'on
n'envoye dans les Provinces un nombre
fuffifant de perfonnes capables , munies
des ordres du Roi , ou de fes Miniftres
pour voir tous les Manufcrits des Cathe-
I. vol.
drales
,
DECEMBRE 1724.
2613
;
drales , des Abbayes , des Archives des
Villes , & c. pour en dreffer un Catalogue
exact . Et pour rendre cette collection
encore plus utile , & plus curieuſe
que celle des Anglois , y ajoûter l'âge de
chaque Manufcrit . Nous avons déja quelques-
uns de ces Catalogues , celui de la
Bibliotheque du Roi , & celui de la Bibliotheque
de M. Colbert font faits fur le
même pied , ainſi que le Catalogue de la
Bibliotheque de l'Abbaye de S. Germain
des Prez enfin celui de S. Victor de Paris
eft auffi à peu près fait , ce qui eft une
bonne avance ; mais il y a tant de Manuf
crits à S. Victor de Marſeille , à Clervaux
, à Cluny , & c. qu'il refte encore
bien de l'ouvrage à faire fur cette matiere.
J'ai vû à Autun dans la Bibliotheque
de Mrs de la Cathedrale , un bon
nombre de Manufcrits en Lettres Merovingiennes
& Unciales , & plufieurs Livres
de la Bible en Latin fort corrompu,
Tout cela ne feroit pas indigne de l'attention
des curieux . Tant qu'on ne sçaura
pas où font les originaux dont on a
befoin , on n'ira pas les confulter . Je voudrois
donc de tout mon coeur que ce Catalogue
general fut déja fait . Tâchez d'infpirer
cette bonne pensée à ceux qui
approchent de M. l'Abbé Bignon , qui
avec fon credit , & fes lumieres , eſt fi
1. vol.
porté
2614 MERCURE DE FRANCE.
porté au bien public , & à l'avancement
des Lettres . Cette entreprife me paroît
digne de fa protection.
Extrait d'une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure , fur l'Edition d'une
Hiftoire Grecque.
V
Ous dites , Meffieurs , page 2198.
de vôtre Journal du mois d'Octobre
dernier , qu'on vous mande de Marfeille
qu'il feroit à fouhaiter qu'à l'exemple
du R. P. Catrou , quelque habile
homme entreprit l'Hiftoire Grecque
C'est en effet un ouvrage très- à ſouhaiter
, & il eft étonnant qu'on ait été fi
long-temps à l'entreprendre ; car je
compte prefque pour rien celle
que Pierre
de Marcaflus fit imprimer à Paris à
fes dépens en 1647. outre que le ftile en
eft vieux , la Chronologie peu exacte ,
les faits fans autorité , elle n'eft pas entiere
, & ne paffe pas , non plus que celle
de Xenophon , la bataille de Mantinée
c'eft- à -dire , la feconde année de la civ .
Olympiade . Il eft vrai que
l'Auteur promet
une feconde partie , où tout le refte
de l'Hiftoire devoit apparemment fe trouver
, mais cette feconde partie n'a pas vù
le jour , du moins que je fçache , & quand
elle auroit paru , je ne crois pas qu'elle
J. vol.
dif
DECEMBRE 1724. 12613
difpensât de travailler fur nouveaux frais.
Pour donner à cette Hiftoire toute la perfection
que 1 : R. P. Catrou donnera fans
doute à la fienne , il y a bien d'autres Auteurs
à digerer que les cinq ou fix que
l'on vous cite. C'eft une lecture très- vaf
te & très- étenduë , mais elle n'a point
été capable d'effrayer un fçavant de ma
connoiffance , qui fera bien- tôt en état de
remplir les fouhaits du public. Il feroit
bon , ce me femble , que vous en avertiffiez
dans vôtre Journal , de peur que
quelque autre ne s'engagea inutilement
dans un projet qui eſt déja fort avancé .
Je fuis , Meffieurs , & c.
A Paris , ce 23. Novembre 1724.
Il eft vrai, comme on l'a dit dans un précedent
Journal , que l'Edition du 3 Tome
de S. Bafile n'a été interrompuë que par la
maladie de Dom Julien Garnier ; mais il
n'étoit pas fûr alors qu'on dût la reprendre
à la Touffaints : il eft furvenu au
contraire de nouvelles infirmitez à l'Auteur
qui fufpendent encore fon travail , &
fes bonnes intentions .
Cet article a déja été mis dans le Mercure
d'Octobre , page 2201. mais il s'y
eft gliflé une faute d'impreffion très- confiderable
, & d'ailleurs l'avis eft fi im-
I. vol.
por2616
MERCURE DE FRANCE .
portant qu'il eft utile de le repeter.
On nous prie d'avertir le Public , &
fur tout les fçavans & curieux que Jean
Swart & Pierre de Hondt , Libraires à la
Haye , ont actuellement fous prelle le
Catalogue de la Bibliotheque de feu ſon
Eminence M. le Cardinal du Bois . Cette
Bibliotheque fi connue par toute l'Europe
, eft compofée d'une partie de ce que
M. l'Abbé Bignon avoit recueilli par les
foins infatigables , par la correfpondance
exacte , & par les frais confiderables qu'il
y avoit employé pendant un grand nombre
d'années . Elle renferme près de
quarante mille volumes , tant imprimez
que Manufcrits , la plus complette & la
plus belle collection de Livres qu'on ait
jamais vendu en Europe ; on y trouve
un riche Recueil de Theologiens , SS .
Peres , Hiftoire de l'Eglife , Conciles ,
Jurifprudence , Hiftoire Profane & Belles
- Lettres. Tout y eft confiderable , &
en particulier pour les pieces rares & recherchées
en Langues Européennes &
Etrangeres , fans parler de la beauté des
relieures , & c. Le temps de la vente publique
de cette Bibliotheque eſt fixé au
mois de Juin de l'année 1725. On publie
cet Avertiffement , afin que les curieux
qui fouhaitent qu'on leur envoye le Catalogue
ayent le temps de s'addreffer au-
1
I. vol.
dit
DECEMBRE 1724. 2617
dit fieur Swart , ou de Hondt , qui leur
feront tenir par la voye qui leur fera indiquée
, à moins qu'ils n'aiment mieux
s'addreffer à Gabriel Martin , Libraire ,
ruë S. Jacques , à l'Etoile , à Paris .
On diſtribuë au College de Montaigu ,
à Faris , depuis le mois de Septembre
dernier aux Soufcripteurs , les cinq volumes
du Supplement à l'Antiquité expliquée
& reprefentée en figures. Par le P.
Dom Bernard de Montfaucon , Benedictin.
On diſtribuë pareillement aux Soufcripteurs
, les cinq premiers Tomes du
Commentaire de la Bible , par Dom Calmet
, Benedictin de la Congregation de
S. Vanne.
Ms Paillardeau & Grandpré , François
, ont été nommez Affiftans des deux
Profeffeurs en Langues Modernes à Oxford
& à Cambridge , pour y enfeigner
la Langue Françoife.
L'Univerfité de Cambridge a permis
à M. Chapelou , Profeffeur en Arabe au
College de S. Jean , de publier une nouvelle
Edition du Traité des Loix des
Hebreux , compofé par le feu Docteur
Spencer : elle fera augmentée confiderablement
par les Manufcrits que le feu
Archevêque de Cantorberi a laiffez à
1. vol. cette
2618 MERCURE DE FRANCE .
cette Univerfité. On doit publier les con
ditions par l'impreffion de cet ouvrage.
On a imprimé à Stokolm en Langue
Suedoife , l'Histoire du feu Roi de Suede
Charles XII. écrite par un Officier qui a
toûjours accompagné ce Prince jufqu'à
fa mort.
On apprend de Lisbonne que le 22.
Octobre dernier le Roi de Portugal fe
rendit incognito vers le foir , dans la falle
où étoit affemblée l'Académie Royale de
l'Hiftoire. Le Marquis de Fronteira , Frefident
de femaine , prononça un Difcours
fort éloquent à la louange de Sa Majeſté ,
qui entroit ce jour - là dans la trente - fixiéme
année de fon âge ; après quoi il lût
1 Epître Dedicatoire de l'Hiftoire de Portugal
, du temps des Romains. Le Pere
Barthelemi de Vafconcellos , Jefuite ,
lût enfuite une partie des Memoires qu'il
a compofez fur la vie du premier Evêque
de Miranda. Le Docteur Gaetan Jofeph
de Sylva de Souto - Mayor , fit la
lecture de fes Memoires de Leria ; M.
Diego Barbofa Machado , d'un abregé de
l'Hiftoire du Roi Don Sebaftien ; le Vicomte
d'Affeca , d'un autre abregé de la
vie du Roi Don Sanche , & le Pere Ferdinani
de Avreu , d'un Chapitre de fon
I. vol.
Traité
DECEMBRE 1724. 2619
Traité de Chorographie de l'Evêché de
Miranda .
Le tremblement de terre , dont on
fentit deux fecouffes affez confiderables à
Liſbonne la nuit du 12. au 13. d'Octobre
, s'eft fait fentir dans les Villes de
Porto , d'Elvas , de Santarem , de Cantarede
, & à Villanova de Portimaon .
Par les Lettres qu'on a reçûës de divers
endroits , on peut conjecturer qu'il a été
general dans tout le Royaume de Portugal.
Les, chofes qui paroiffent les moins
confiderables , ne laiffent pas d'être trèsutiles
quand elles font portées à un certain
point de perfection . Le fieur Briart ,
demeurant ruë de la Harpe , vis- à - vis la
Croix de Fer , a trouvé le fecret de faire
des cuirs qui font d'un fecours admirable
pour repaffer les rafoirs , fans qu'il
foit neceffaire d'avoir recours à la pierre.
Les Barbiers en reconnoiffent l'utilité ,
& plus encore ceux qui fe rafent euxmêmes.
Il en vend de differentes grandeurs
& de differens prix.
Le fieur Cordier , qui poffede feul le
fecret des Peaux Divines , avertit le Public
les Calottes faites des mêmes
que
Peaux , gueriffent tous maux de tête , les
1. vol.
plus
2620 MERCURE DE FRANCE.
plus inveterez , & de quelque caufe
qu'ils puiffent provenir , comme abícès
fluxions , rhumatifmes , coups ou contrecoups
, qu'elles attirent le fang qui peutêtre
extravafé dans la tête , par chûte ou
par quelqu'autre accident , qu'elles gueriffent
les migraines , éblouiffemens
étourdiflemens , vapeurs , bourdonnemens
, tintemens d'oreille ; enfin , la furdité
, tournemens de tête , phreneſie ,
épilepfie , ou mal - caduc , & c.
ce ,
Par le moyen d'une tranfpiration dou-
& à travers les pores , elles attirent
les eaux âcres & mordicantes qui tombent
ordinairement fur les yeux , ſur le
coeur , dans la poitrine , fur les dents , &
fur les autres parties du corps . Les Peaux
Divines gueriffent l'apoplexie , en fe fervant
des Calottes faites defdites Peaux ,
& font excellentes pour les paralifies nouvellement
formées , pour toutes fortes
de, rhumatifines , les goutes , les goutes
fciatiques , les humeurs froides , maux de
côté & d'eftomach , pour les groffeurs ,
les dartres vives , les boutons & rougeurs
que l'on peut avoir fur telle partie du
corps que ce foit. Elles font bonnes pour
les enflures , meurtriffures & ulceres.
Comme les Peaux Divines font réfolutives
& attractives , leur principale
vertu eft de fondre les humeurs mali-
1. vol.
gnes ,
DECEMBRE 1724. 2621
gnes , glaireuſes & coagulées qui font
entre cuir & chair. Elles adouciflent
& fortifient les nerfs foulez , retirez &
affoiblis , ainfi que les mufcles , fans faire
aucune ouverture ni cicatrice ; elles rendent
même , par le moyen de la tranfpiration
, la peau blanche & plus belle
qu'avant l'application . On peut felon fon
incommodité , fe faire des Camifolles
des Gands , & des Chauffons de Peaux
Divines , & fi lorſque l'on eft attaqué de
la petite verole , ou qu'elle eft rentrée ,
l'on avoit foin de s'envelopper de ces
Peaux , on fe garentiroit fürement des
fuites fâcheufes qui en résultent ; parce
que par le moyen de la tranfpiration ,
elles font fortir le venin qui eft caufé
par le fang corrompu.
1
Le fieur Cordier fournit un Memoire
exact de la maniere avec laquelle on
doit fe fervir des Peaux Divines , qui
peuvent le conferver plus de 20. ans ,
fans perdre leurs vertus ni qualitez . On
en fait des envois dans les Provinces &
Pays Etrangers ; & pour la commodité
publique le fieur Cordier a établi des
Bureaux où l'on diftribue les mêmes .
Feaux Divines ; fçavoir , à Lyon , chez
le fieur Thomas , Marchand , grande ruë
Merciere , à Dijon , chez le fieur Papillon
, Marchand , proche l'Eglife N. D.
I. vol.
à
2622 MERCURE DE FRANCE .
à Besançon, chez le fieur Charmée , Marchand
Libraires à Rouen , chez le fieur
Maugy , rue des Juifs , aux arines de
France ; à Coutances , chez le fieur Papillon
, Marchand Libraire ; à Nantes ,
chez le fieur Meziers , Marchand à la
Folle ; à Saint Malo , chez la veuve Desroziers
Marchande devant la grande
porte ; à Amiens , chez le fieur de Pontreux
, Marchand Epicier ; à Metz , chez
le fieur Jacquenot au Pont des Morres ;
à la Rochelle , chez le fieur Merle , Marchand
; à Amfterdam , chez N. Viollet
au Comptoir de Bois- le- Duc , fous la
Bourſe.
,
Le fieur Cordier demeure à Paris chez
le fieur Metas , Marchand Epicier , au
bout de la ruë de la Coutellerie & de la
Vannerie , vis-à vis la rue S. Jacques de
la Boucherie , au premier appartement.
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien
d'armée , établi par Juftice , donne avis
qu'il a fait la découverte d'un remede
qui préferve les dents de fe gâter & de
tomber. Il demeure rue des Vieilles Etuves
, près la Croix du Tiroir , chez un
Epicier , à Paris.
,
1
1. vol.
CHANTHE
NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS,
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
ABTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
Prem
DECEMBRE 1724 . 2623
CHANSON.
Ans l'amour & le vin ,
S Ans
Quel plaifir dans la vie !
Le chagrin ,
Ou l'envie ,
De leur mortel venin ,
Nous l'ont bien-tôt ravie,
Sans l'amour & le vin ,.
Quel plaifir dans la vie !
COUPLETS.
Le Dieu qui fe fait entendre ,
Jufqu'aux moins fenfibles coeurs ,
Vous follicite à vous rendre ,
A mes preffantes ardeurs .
Iris , foyez moins cruelle ,
Vous dit- il à tout moment ,
Vous en paroîtrez plus belle ,
Aux yeux d'un fidele Amant,
J. vol. F D'une
2624 MERCURE DE FRANCE.
D'une maxime fi fage ,.
Profitez mieux , chere Iris ; >
Vos attraits , vôtre jeune âge ,
Vous font donnez à ce prix.
Et que pourriez- vous mieux faire ,
Que de brûler & charmer ,
La beauté n'eſt que pour plaire ,
Le coeur n'eft que pour aimer.
** *****
SPECTACLES.
' Académie Royale de Mufique continue
toûjours , avec grand fuccès ,
les reprefentations d'Armide. Depuis le
24. Novembre que la Dlie Antier , qui
jouoit le premier rôle , s'étant trouvée
indifpofée , la De Lambert l'a chanté à fa
place avec beaucoup d'applaudiffement.
Le 5. Decembre on a joué le Ballet des -
Ages pour la derniere fois , & on repete
l'Europe Galante pour donner les Mardis.
Le 2. de ce mois les Comediens Italiens
ont fait l'ouverture de leurs Theatres
à leur retour de Fontainebleau , par
Į . vol.
la
DECEMBRE 1724. 2625
la Comedie des deux Arlequins , ancienne
Piece de M. le Noble , dont nous avons
parlé dans nôtre Journal du mois de Mai
dernier ; ils ont donné enſuite une petite
Piece nouvelle d'un Acte , avec un divertiffement
qui pour titre , le Retour de
Fontainebleau. Ils promettcnt une autre
Piece nouvelle , intitulée le Dedain affec
té , dont nous rendrons compte fi elle eft
goûtée du Public
Le 25. Novembre les Comediens
François reprefenterent devant le Roi
à Fontainebleau , la Tragedie d'Electre
de M. Crebillon . Toute la Cour parut
attendrie , & cette Piece fut extrêmement
goûtée par la beauté du Poëme , &
l'excellente execution des Acteurs. par
Le 28. les Italiens donnerent Timon
le Misantrope , par M. de Lifle . Ils avoient
joué le 23. le Libertin , Piece Italienne .
Le Lundi 4. de ce mois , les Comediens
François , qui étoient reftez à Paris
, pendant le voyage de Fontainebleau ,
que quelques - uns fe licentient d'appeler
les Petits Comediens , & dont le Public
a cependant fait autant de cas que des plus
grands , reprefenterent devant le Roi , à
Verfailles , le Triomphe du Temps , du
1. vol.
Fij fieur
2626 MERCURE DE FRANCE.
fieur le Grand , Comedie en trois Parties
, avec des Intermedes , dont on peut
voir l'Extrait dans le dernier Mercure.
La Piece & l'execution parurent faire
beaucoup de plaifir à toute la Cour.
Le Roi ayant voulu voir les autres
nouveautez que ces mêmes Comediens
avoient données à Paris , lorſque la Cour
étoit à Fontainebleau , ils reprefenterent
quelques jours après devant Sa Majeſté ,
le Jaloux Defabufe , les Bourgeoifes de
Qualité , & les Trois Confines. Le Roi
& toute la Cour parurent y prendre
beaucoup de plaifir .
Sur la fin de l'autre mois les mêmes
Comediens donnerent au Public une Piece
nouvelle d'un Acte en Profe , avec
un Divertiffement à la fin , dont nous
pourrons parler dans le fecond vol. de ce
mois.
Les Comediens qui ont fuivi la Cour
à Fontainebleau , fe montrerent au Public
fur le Theatre François , le 8. de ce
mois dans la Tragedie de Mithridate. Les
principaux rôles furent remplis par les
hieurs Baron , Quinaut , du Frefne , &
par la Dle Duclos . Le merite & les longs
fervices de cette grande Actrice , viennent
d'être récompenfez par une penſion
I. vol.
du
DECEMBRE 1724.
2627
du Roi de 1000. livres fur le Tréfor
Royal.
Nous parlerons dans le fecond volume.
de ce mois , de la Comedie du Jaloux
Defabufe , remife au Theatre.
Les Bals qu'on a coutume de donner
fur le Theatre de l'Opera tous les ans ,
& qui ont commencé à la S. Martin ,
ont ceffé à caufe des Avents.
Le 14. de ce mois tous les Theatres.
ont été fermez à l'occafion du Jubilé.
Le 7. du mois paffé ont reprefenta
pour la premiere fois à Venife fur le
Theatre de S. Caffin , l'Opera d'Antigone.
Le 16. du même mois on ouvrit le
Theatre de S. Ange par la repreſentation
de l'Opera de Marianne.
Le même jour l'Opera de Tamerlan
Grand Mogol , fut reprefenté à Vienne
pour la troifiéme fois , en prefence de
toute la Cour Imperiale , qui le trouva
très - magnifique & l'applaudit fort.
1. vol.
F iij Let2628
MERCURE DE FRANCE.
LETTRE écrite de Londres fur les
Spectacles d'Angleterre.
J
E crois vous l'avoir déja dit , Monfieur
, au lieu de la fine plaifanterie
& de la Farce Comique , il ne regne
dans la plupart des Pieces Angloifes
qu'une licence débordée ; les paroles les
plus obfcenes , & les actions les plus infames
s'offrent fur le Theatre Anglois à
tout moment , aux yeux & aux oreilles ;
de forte qu'il paroit plutôt qu'on veüille
réveiller le goût brutal des Laquais &
des femmes mafquées, * que fatisfaire à la
délicateffe & au bon fens des honnêtes
gens de l'un & de l'autre fexe . Non-feulement
les Acteurs prononcent les difcours
les moins modeftes , mais les Actrices
, même lorfqu'elles jouent le rôle
d'une honnête femme , font forcées à dire
des équivoques fi groffieres , qu'à peine
un débauché les pardonneroit à une femme,
à qui il pardonne de renoncer effentiellement
à la pu leur. A peine ces belles
expreffions font - elles lachées , qu'on
en reconnoît le prix par des applaudiffemens
& des cris qui font tremb er toute
la falle. Les Laquais qui font en Angleterre
la plus vive image de l'infolence ,
donnent le fignal ; quelquefois leurs
Il n'y a que les Courtifanes qui aillent à
la Comedie mafquées.
DECEMBRE 1724. 2629
Maîtres les fuivent , & n'ont pas de
honte d'augmenter le bruit affreux que
ces canailles ont commencé fi mal - àpropos
. On peut s'imaginer dans quelle
fituation peuvent être alors les femmes
qui font fages , & celles qui veulent le
paroître. Doivent - elles rire de ce qui eft
capable de choquer leur pudeur ? Faut- il
qu'elles gardent leur ferieux & fallent
voir par là qu'elles entendent l'impertinente
finelle qui plaît fi fort aux hommes
, occupez alors à examiner avec attention
la contenance des Dames ? Les
actions indécentes doivent les jetter dans
un embarras encore plus terrible , & à
ce conte- là elles ont très - fouvent lieu
d'être embarraffées.
Le jugement fuperieur de Moliere l'a
toûjours porté à ne jamais parler lui - même
dans fes Pieces , mais à y faire toûjours
parler fes perfonnages , felon l'idée qu'il
donne de leur condition & de leur efprit.
Dans les Comedies Angloifes , au contraire
, fouvent un Valet ou un Artifan
ne parle que par metaphore & par comparaifon
, & il étale lui - même tout ce que
'Auteur a d'efprit & d'imagination .
De plus , il n'y a pas un honnête homme
dans toute l'action , pas une femme
dont la conduite puiffe intereffer un
coeur bien fait l'extravagance & le cri-
I. vol. Fiiij
me
2630 MERCURE DE FRANCE.
me mis dans differents jours , font tous
les caracteres des perfonnages & dirigent
toute l'action . Il femble même que
les Auteurs Anglois fe trouvent obligez
en confcience de rendre à la fin du cinquiéme
Acte tout le monde fatisfait , le
plus grand malheureux , auffi bien que
l'homme de la plus haute probité.
Je ne crois pas faire une injuftice aux
Anglois , en diſant qu'ils ignorent abſolument
l'art des Pieces de caractere.
L'intrigue fait chez eux toute l'eſſence de
la Comedie , & le caractere y eft pour la
plûpart abfolument negligé. D'ailleurs
rarement fe contentent ils de faire valoir
par leur genie un fujet fimple & unique ;
ils femblent plutôt vouloir foutenir leur
genie par la varieté d'actions & de penfées
qu'un double ou un triple fujet peut
fournir , jufques- là qu'on diroit que
cette pauvreté veritable leur paroît une
richeffe d'imagination. C'eft ce qu'ils
font voir dans les Pieces qu'ils copient ,
ou du moins qu'ils imitent de nous . Ils
ont fait leur Comedie , intitulée la Vcuve
Amoureuſe , ou la Femme Coquette , du
Baron d'Albicrac & du George Dandin ,
& les deux fujets font mêlez enfemble ,
plutôt que liez , d'une maniere fi piroyable
, qu'on croit voir reprefenter deux
Comedies à la fois , tantôt une ſcene de
I. vol.
l'une
DECEMBRE 1724. 2631
l'une , tantôt une ſcene de l'autre , ce qui
eft auffi contraire aux loix du Theatre
qu'à celles du bon ſens .
Bon nombre de Pieces Comiques de
l'invention des Anglois font pleines de
morceaux empruntez des François , & ce
qu'il y a de merveilleux , c'eft que les
Plagiaires déchirent très - fouvent dans
leurs Prologues ceux qu'ils ont pillez ,
jufqu'à les traiter d'Arlequins , de Scaramouches
ou de bouffons ; comme fi les
Anglois n'étoient que des Comiques
très -ferieux , & d'une morale Philofophique
. Ils confiderent ces vols à
près comme s'ils étoient faits dans le pays
ennemi , & il faut avouer que les Poëtes
font moins humains en Angleterre que
les Brigands qui y volent fur les routes
& qui fe contentent de détrouffer les
paſſans , ſans les maltraiter.
peu
Les Auteurs Tragiques de cette Nation
ne font pas plus modeftes fur cet
article que ceux dont je viens de parler,
Corneille & Racine n'y font pas moins
traitez en étrangers & en ennemis . Sans
les nommer on a fait paffer l'Oedipe de
l'un & le Mithridate de l'autre pour des
ouvrages purement Anglois . On ne pourroit
pas concevoir une hardiefle de cette
nature , fi on ne réflechiffoit fur le mé-
I. vol.
F v pris
2632 MERCURE DE FRANCE .
pris general de la Nation pour tout ce
qui eft étranger .
Jufqu'ici les Spectateurs Anglois n'ont
pas exigé de leurs Auteurs Dramatiques
obfervation des regles du Theatre , &
les Auteurs fe trouvant bien de cette
complaifance du Public , n'ont pas jugé
à propos de rafiner fur fon goût là deffus
. Ils fe donnent pius de licence encore
dans le Tragique que dans le Comique ;
& cependant on prétend que les fçavans
d'Angleterre eftiment infin ment plus
les anciens que ne font les François. Mais .
il est sûr que les Tragiques Anglois les
plus anciens n'ont pas fçù ces regles ; &
les autres voyant ceux - la applaudis fans
cette exactitude , & d'ailleurs ennemis
de la gêne , ont apparemment trouvé
plus commode de fuivre cette route battue
, que de lier leur genie à des regles.
feveres , en imitant les Auteurs des Tragedies
Grecques .
Les Pieces des vieux Poëtes Tragiques
qu ont fuivi Shakefpear font très irregulieres
, les unes plus , les autres moins ,
non pas tant felon le dégré de l'art jufqu'auquel
ils s'étoient élevez , mais plutôt
felon que les fujets offroient d'euxmêmes
plus ou moins de regularité.
Un autre défaut general de ces Tragedies
, défaut qui choqueroit les autres
I. vol.
NaDECEMBRE
1724 . 2633
Nations infiniment plus que la Nation
Angloife , c'eft qu'elles excitent la pitié
& la terreur par des cruautez épouventables
, qu'on ne fonge point à dérober
aux yeux des Spectateurs . Cela va fi loin,
que dans une Piece on voit un homme
roué tout vif , qui fe plaint pathetiquement
de la barbarie de fes Bourreaux .
Les Auteurs Anglois d'à- prefent écrivent
avec plus de regularité , & avec
plus de jugement que ne faifoient leurs
prédeceffeurs , aufquels ils ne cedent pas
en force & en nobleffe ; ils ont le même
genie , leur langue eft plus riche
qu'elle n'a jamais été , & l'efprit de Philofophie
qui regne en Angleterre plus
que dans aucune autre partie du monde ,
doit de neceffité influer fur les productions
de l'eſprit , en redreffant les écarts
d'une imagination trop petulante.
Il en étoit du Levius & de l'Ennius des
Romains , comme il en eft du Vendel des
Hollandois & du Shakeſpear des Anglois
; en un mot, de tous ceux qui entament
un genre de Poëfie , & qui ne fervent
à la perfection de leurs fucceffeurs
qu'en leur fourniffant des modeles de
toutes les efpeces de beautez & de défauts.
9
11 n'y a pas cependant long - temps
qu'il y avoit de celebres Ecrivains en
I. vol . F vj An2634
MERCURE DE FRANCE .
Angleterre , tels que Mrs Philips , Pope ;
Bouve , & furtout M. Addiffon , que je
ne crains pas de mettre en paralelle avec
tout ce que nôtre âge a produit de plus
excellent , tant pour les vers que pour la
profe .
Il y a de vieilles Tragedies Angloifes,
dit M. de S. Evremond , 3. v. p . 176. comme
le Catilina , & le Sejan de Ben . Johnfon
, où il faudroit , à la verité , retrancher
beaucoup de chofes ; mais avec ce
retranchement on pourroit les rendre
tout à fait belles . En toutes les autres de
ce temps- là , vous ne voyez qu'une matiere
informe & mal digerée , un amas
d'évenemens confus , fans confideration
des lieux , ni des temps , fans aucun
égard à la bienséance .
Les yeux avides de la cruauté du Spectacle
y veulent voir des meurtres & des
corps fanglans ; en fauver l'horreur par
des recits , comme nous faifons , feroit
dérober à la vûë du peuple ce qui le touche
le plus.
Les honnêtes gens de faprouvent une
coutume établie par un fentiment peutêtre
affez inhumain ; mais une vieille
habitude , où le goût de la Nation en general
l'emporte fur la délicateffe des particuliers.
Mourir eft fi peu de chofe aux An-
1. vol.
glois,
DECEMBRE 1724. 2635
glois , qu'il faudroit pour les toucher, des
images plus funeftes que la mort inême.
Delà vient que nous leur reprochons
affez juftement de donner trop à leurs
fens fur le Theatre ; mais il nous faut
fouffrir auffi le reproche qu'ils nous font
de paffer dans l'autre extrêmité , quand
nous admirons chez nous des Tragedies
par de petites douceurs qui ne font pas
une impreffion affez forte fur les efprits.
Tantôt peu fatisfaits dans nos coeurs d'u
ne tendreffe mal formée , nous cherchons
dans l'action des Comediens à nous émouvoir
encore ; tantôt nous voulons que
l'Acteur , plus tranfporté que le Poëte ,
prête de la fureur & du defefpoir à une
agitation mediocre , à une douleur trop
commune. En effet , ce qui doit être tendre
, n'eft fouvent que doux , ce qui doit
former la pitié , fait place à la tendreffe ,
l'émotion tient lieu du faififfement , l'étonnement
de l'horreur . Il manque à nos
fentimens quelque chofe d'affez profond :
les paffions à demi touchées n'excitent
en nos ames que des mouvemens imparfaits
, qui ne fçavent ni les laiffer dans
leur affiette , ni les enlever hors d'ellesmêmes.
Je ne fçai , dit l'Auteur de l'Hiftoire
Critique de la République des Lettres ,
5. v. p. 381. en parlant des deux traduc-
I. vol.
tions
2636 MERCURE DE FRANCE .
tions de la Tragedie de Caton ( la premiere
attribuée à M. du Bourdieu en
vers , & l'autre en profe à M. Boyer )
par M. Adifon , Anglois , fi l'une ou l'autre
de fes verfions fera fuffilante pour
convaincre M. Dacier , que les Anglois
font capables de faire de bonnes Tragedies
. On fçait le jugement que ce Grammairien
François a porté de toute la Nation
Angloife , dans la Preface de fa nouvelle
Edition des oeuvres d'Horace , pag.
87. Il ne fe contente pas de condamner
tout ce que les Anglois ont fait jufqu'à
prefent dans ce genre de Poëfie : Devenu
critique infpiré , il prophetife , que l'on
ne doit attendre de l'Angleterre ni grands
préceptes , ni grands exemples pour la
Tragedie , dont elle eft en poffeffion de
violer les loix les plus fondamentales .
Mais de peur qu'on ne le mette au nom -`
bre de ces entoufiaftes , dont le cerveau
n'eft pas toûjours bien reglé , continue
l'Auteur de l'Hiftoire Critique . M. Dacier
nous donne deux raifons dont il appuye
cet oracle , fi mortifiant pour toute
la nation. Soit , dit- il , que la coutume ait
prévalu , ou que le Poëte Anglois ait naturellement
l'efprit trop Tragique pour s'af
fajettir à la fage regularité des Grecs &
des Romains .
<
4
1. vol.
Nam
DECEMBRE 1724. 2037
Nam fpirans tragicum nimis , infeliciter audet.
La premiere de ces raiſons n'eft pas
bonne pour juger de l'avenir. La coutu
me , quand il feroit vrai qu'elle auroit
prévalu jufqu'ici , peut changer en Angleterre
, comme dans d'autres pays où la
Tragedie n'a certainement pas reçû dès
fa naillance toute fa perfection . Pour l'autre
raison on doit raifonnablement croire
que M. Dacier & fes compatriottes
reconnoiflent prefentement que les Anglois
ne pouffent pas toujours le Tragique
auffi loin qu'il pourroit aller , & que
la pitié & l'humeur pacifique regne quelquefois
dans leurs efprits .
Pour ce qui eft de l'Opera à Londres ,
depuis celui de Rofemonde de M. Addifon
, qui a cependant eu bon nombre
d'admirateurs , les Poëtes Anglois né
travaillent plus à ces fortes de Poëmes
les droits des oreilles ont prévalu ici fur
les droits de l'efprit. Les Opera font tous
en Italiens , langage fort peu entendu à
Londres , & les gens de bon fens qui les
entendent , les trouvent impertinens. Je
fuis , & c .
I. vol. NOU2638
MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES DU TEMPS.
L
TURQUIE.
E Vicomte d'Andrezal , cy-devant
Secretaire du Cabinet du Roi & des
Commandemens de Monfeigneur le Dauphin
, & en dernier lieu Intendant en
Rouffillon , qui vient relever le Marquis
de Bonac en qualité d'Ambaſſadeur
de France à Conftantinople , y arriva le
13 Septembre à bord de deux vailleaux
de guerre François. Il fut falué par une
décharge generale des canons de la Ville ,
à laquelle les vaiffeaux François répondirent
par celle de leur artillerie , après
avoir arboré tous leurs pavillons , flammes
& banderolles .
Le 21. du même mois le Grand Vifir
fit annoncer à tous les Miniftres Etrangers
que le Grand Seigneur venoit de
recevoir avis que le Seraskier Achmet
Bacha , Gouverneur de Babilone , avoit
pris d'affaut la Ville de Hamadan , fituée
à 40. lieuës de Tauris , & à 50. d'Iſpahan
, & que la Garnifon de cette place
ayant fait une vigoureufe réfiftance, avoit
été paflée au fil de l'épée , ainfi que le
1. vol.
plus
DECEMBRE 1724. 2639
plus grand grand nombre des habitans.
Cette nouvelle fut'annoncée au peuple par
deux décharges d'artillerie , & l'on a fait
des illuminations , & donné d'autres marques
de réjouiffance pendant fept jours
confecutifs , à chacun defquels on a fait
trois décharges de l'artillerie de la Ville .
Les Miniftres Etrangers ont fait auffi illuminer
leurs Palais , & les vaiſſeaux du
Roi de France ont témoigné la part qu'ils
prenoient à la joye publique par 20. falves
de 40. pieces de canon .
Le 28. on reçût avis que le Czar
avoit ratifié le dernier traité conclu à
Conftantinople avec les Commiflaires de
fa Hauteffe.
Le 2. Octobre le Marquis de Bonac ,
fut magnifiquement regalé par le Grand
Vifir , dans fa maifon de plaifance , ſituée
fur le canal de la Mer Noire , où il avoit
fait inviter le Capitan Bacha Celebi Mehemet
Effendi , qui a été en dernier lieu
à la Cour de France , & quelques autres
des principaux du Divan .
On attend à tout moment un Exprès
du Seraskier Arifée Mehemet Bacha
avec la nouvelle de la reddition de laVille
d'Erivan , qu'il tient bloquée fi étroitement
qu'il n'y peut plus entrer aucuns
vivres , ni même de l'eau.
On mande d'Alger qu'on y fentit le
1. vol. 21.
2640 MERCURE DE FRANCE .
་
21. du mois de Septembre dernier , de
violentes fecouffs de tremblement de
terre , qui durerent pendant une heure ,
fans caufer neanmoins aucun dommage
confiderable.
Les dernieres Lettres qui font venuës
des frontieres de Perfe , portent que le
jeune Roi avoit nommé des Commiffaires
pour regler avec ceux de S. M. Czarienne
les limites des Provinces qu'il
lui a cedées par le Traité conclu l'année
derniere à Mofcou.
L
JASIE.
E Czar ne pas encore revenu à
Petersbourg , de Ladoga , dont le fameux
canal fera achevé , à ce qu'on croit,
vers le Printems prochain ; ce qui abregera
confiderablement le trajet des barques
qui étoient obligées de traverser le
Lac de Ladoga , où la navigation eſt ſouvent
perilleufe , à caufe des fonds bas .
On attend à Petersbourg par des vaiſfeaux
de Toulon & de Genes plufieurs
ftatues de marbre , que le Czar y a fait
acheter , pour orner les jardins magnifiques
de fa maifon de plaifance de Petershoff.
I. vol.
Pologne.
DECEMBRE 1724. 2641
Ο
POLOGNE .
།
N'apprend de Warfovie que le 13.
de l'autre mois , dernier jour de la
Diette Generale du Royaume de Pologhe
, le Senat s'affembla en prefence du
Roi , & reçût la députation du Maréchal
& des Nonces de la Diette. Après que
S. M. eut été complimentée par le Maréchal
, elle donna la Charge de Vice-
Chancelier de la Couronne à l'Abbé
Lipski , qui après avoir prêté le ferment
accoutumé au pied du Trône ; remercia
le Roi de la dignité dont il venoit de le
revêtir. Le Prince Czartoriski donna en-
Suite la démillion de få Charge de Vice
Chancelier du Grand Duché de Lithuanie
, en fuppliant le Roi d'avoir égard à
fon grand âge , & de lui donner un autre
emploi dont les fonctions fuffent moins
penibles . Le Grand Chancelier du Duché
parlant au nom de S. M. declara
qu'elle donnoit la Charge de Vice Chancelier
au Prince Czartoriski - Ceftéllau
de Wilna , & fils de celui qui venoit
de s'en démettre , & qu'elle accordoit
au Pere la Gaftellenie de Wilna.
Le nouveau Vice- Chancelier de Lithuanie
ayant remercié le Roi & prêté
ferment , le grand Maréchal de la Couronne
nomma par ordre de Sa Majeſté
1. vol.
l'Evê2642
MERCURE DE FRANCE.
l'Evêque de Cracovie , le Palatin de Lu--
blin , le Palatin de Mafovie , & le nouveau
Caftellan de Wilna pour examiner
les projets de conftitutions qu'on devoit
dreffer le même jour ; après quoi les Nonces
étant retournez dans leur Chambre ,
ils nommerent des Députez pour dreffer
les projets de conftitutions dont on vient
de parler . Ces Députez ayant prêté ferment
, drefferent trois projets , dont le
premier concerne la fureté publique de
l'Etat ; le fecond la confirmation de la
Sentence qui fera renduë touchant l'affaire
du tumulte de la Ville de Thorn ;
le troifiéme la limitation de la Diette &
le renvoi des autres matieres à la prochaine
Diette , dont il fera libre au Roi
de fixer l'affemblée dans le temps qu'il
le jugera à propos , propos , pourvû qu'elle fe
tienne dans la Ville de Grodno en Lithuanie.
A une heure après minuit , les Nonces
retournerent au Senat , où ces projets
ayant été examinez & lûs à haute voix ,
le Maréchal demanda par trois fois le
confentement & l'approbation des trois
Ordres. Le Grand Tréforier de la Couronne
forma alors une oppofition au troifiéme
projet , prétendant qu'il falloit le
rendre plus clair , & y inferer une claufe
particuliere touchant fes prétentions ſur
les biens du Roi Staniflas , dont les crean-
I. vol .
ciers
( DECEMBRE 1724 .
2643
ciers font en poffeffion ; mais enfin après
quelques reprefentations , il leva fon oppofition
, & le Maréchal de la Diette remercia
le Roi de fes bontez & des foins .
qu'il s'étoit donnez pour le bien public ,
après quoi il congedia les Nonces qui
font partis pour retourner dans leurs Provinces.
On mande de Stokolm qu'on y avoit
publié une Lifte des Officiers Suedois
qui y font revenus de Siberie , où ils
étoient prifonniers de guerre avant la
paix de Nystadt ; elle monte à près de
500. & l'on compte qu'il en eft mort en
Mofcovie près de 400. du nombre def
quels il y avoit 25. Senateurs ou Colonels.
La Sentence renduë par le Tribunal du
Grand Chancelier de la Couronne de Pologne
, fur l'affaire de la Ville de Thorn,
fut publiée le 16. de ce mois à Varfovie .
Par cette Sentence qui a été prononcée ,
felon la plus grande rigueur des Loix , le
Prefident Rafner & le Vice- Prefident
Zerinck ne s'étant pas oppofez au tumulte
de la populace , comine le devoir
de leurs Charges les y obligeoit , font
condamnez à avoir la tête tranchée , avec
confifcation de leurs biens au profit des
Jefuites , dont le College avoit été pillé
pendant l'émotion populaire : M. Ghe
rardo Thomas , Burgrave , & M. Zim-
I. vol.
merman
,
2644 MERCURE DE FRANCE .
merman , Vice- Burgrave , Co - Seigneurs
de la Ville , ayant negligé d'appaifer le
defordre , font declarez infames , & incapables
d'exercer jamais aucune Charge :
Harder , Moab, & 14. autres perfonnes
nommez dans la Sentence , font condannez
à avoir le poing coupé , & à être
pendus & brûlez , les uns comme Auteurs
du defordre , & d'autres pour avoir
déchiré , rompu , ou brûlé des Images de
la Vierge : le Capitaine Gravold & M.
Silber , Officiers de la Garniſon , ſont
condamnez , l'un à une amende de cent
ducats , l'autre à une de 85. & tous les
deux à un an & fix femaines de prifon
dans la Tour , pour avoir permis qu'on
tirât,fur les Penfionnaires du College des
Jefuites , qui étoient fortis pour repouffer
les Ecoliers Lutheriens : M. Meifmer
& le Secretaire de la Ville , doivent
le purger par ferment , & les autres
complices moins coupables , font condamnez
à garder la prifon pendant un
temps , & à payer diverfes amendes ,
dont le produit fera employé à ériger
une Colonne en l'honneur de la Vierge ,
dans l'endroit de la Ville où fes Images
ont été brûlées .
L'Eglife de Sainte Marie , où les Lutheriens
s'affembloient , eft donnée avec
leur Bibliotheque , aux Religieux , Ber-
I. vol. nardins :
DECEMBRE 1724. 2645
,
rs
nardins les Ecrits que les Miniftres Lutheriens
ont fait publier , doivent être
brûlez par la main de l'Executeur : il
leur eft défendu d'en faire imprimer do--
rénavant , fans le confentement des Evêques
: M Gierel & Olon , deux de ces
Miniftres font profcrits & bannis : il eſt
ordonné aux autres de tranfporter leur
College à une lieuë de la Ville ; & enfin
il a été reglé que le Corps des Magiftrats
de la Ville fera compolé dorénavant de
Catholiques & de Proteftans.
On ne fçait pas encore quel jour cette
Sentence fera executée , mais il y a 18.
Commiffaires qui doivent être nommez
pour être témoins de l'execution , & deux
Regimens de la Couronne commandez
pour les défendre , en cas qu'elle donnât
lieu à une nouvelle révolte .
On mande de Dantzick que les Magiftrats
de cette Ville avoient fait des remontrances
au Roi de Fologne , pour le
prier dé moderer la rigueur de la Sentence
prononcée par le Tribunal du Grand
Chancelier fur l'affaire de la Ville de
Thorn .
ALLEMAGNE ,
A Compagnie Orientale , établie à
Vienne , a fait afficher qu'elle paye-
- roit inceffamment aux intereffez le divi-
1. vol.
dent
2646 MERCURE DE FRANCE .
dent qui leur eſt dû pour les trois années ,
échûës au dernier Decembre 1723. fur
le pied de huit pour cent pour chacune
des trois années.
On apprend de Francfort que la gran .
de chaffe , à laquelle le Landgrave de
Helle-Darmſtad avoit invité divers Princes,
fe fit le 17. du mois paffé avec beaucoup
de fuccès , & que plus de 300. Sangliers
avoient été pris.
On a propofé deux projets à la Cour
de Vienne. L'un pour ouvrir une communication
libre du Danube avec Fiume
& Triefte fur la Mer Adriatique , l'aútre
pour joindre ce Fleuve à l'Elbe . Le
premier paroît fort difficile à executer
mais l'autre très - facile , puifqu'il ne s'agit
que de joindre quelques rivieres de
la Moravie à la Mulde qui fe jette dans
l'Elbe , d'où l'on peut communiquer avec
Oftende par la Mer du Nord.
>
Le 13. du mois paffé le Chancelier de
la Regence de Tripoly , qui étoit arrivé
à Vienne depuis quelques jours , fut conduit
vers les onze heures du matin à
l'audience du Prince Eugene de Savoye ,
Confeiller ordinaire au Confeil d'Etat de
l'Empereur , & au Confeil de Conference
, Prefident du Confeil de la Guerre ,
Gouverneur des Pays- Bas , & General-
Lieutenant des Armées de S. M. Impe-
I. vol.
riale.
DECEMBRE 1724. 2647
riale. Ce Miniftre étoit précedé dans fa
marche d'un Fourier , d'un Adjudant Imperial
à cheval , & d'un détachement de
la garniſon de cette Ville , & il étoit fuivi
de fon fils & de fes Officiers & Domeftiques
, au nombre de douze dont
quatre étoient à cheval , & les autres à
pied. Devant le Palais du Prince Eugene
il y avoit un autre détachement de la
Garnison en haye & fous les armes , tant
en dehors que jufqu'à l'endroit de la
Cour où l'Envoyé mit pied à terre. L'anti
- chambre étoit remplie de plufieurs
Officiers Generaux , des Confeillers au
Confeil de la Guerre , & des Officiers
particuliers de la Chancellerie qui releve
de ce Confeil. Lorfque l'Envoyé de Tripoli
entra dans la Chambre d'Audience ,
le Prince Eugene qui étoit dans un fauteüil
, fe leva , le falua , & fe tint debout
jufqu'à ce qu'il le fut affis dans un ſiege
à bras qui avoit été placé devant celui de
ce Prince. L'Envoyé lui prefenta fa Lettre
de créance , après quoi il lui fit un
compliment qui fut interpreté , ainfi que
la réponſe , par le fieur Talman ; & après
l'audience , le Miniftre fut reconduit avec
les mêmes ceremonies au Fauxbourg de
Leopoldftat , où eft fitué l'Hôtel que l'Empereur
lui a fait preparer pour tout le
temps qu'il demeurera en cette Cour , &
I. vol. G.
pendant
2648 MERCURE
DE FRANCE .
pendant lequel il fera défrayé par S.M.I.
L'Empereur ayant appris que le Prince
Eugene avoit deffein d'acheter une
Terre dans le voifinage de Laxembourg ,
S. M. I. lui a fait prefent de la Seigneu
rie de Kotingen- Ebersdorff , eftimé plus
de 400000. florins.
que
On apprend de Berlin que dans les
la Cour a faites dans
parties de chaffe
les Forefts de Jonitz & de Werlitz , &
aufquelles le Roi de Pruffe a affifté , on
a pris ou tué 36. Cerfs , 163. Biches &
546. Sangliers , fans compter les Renards
& les Liévres , dont S. M. en a
tué environ 150.
Le Confeil Aulique a rendu un Decret
, qui ordonne à la Baronne de l'Ef
perance , Princefle douairiere de Montbelliard
, & à fon fils aîné , qui a pris
le titre de Baron de Sponcek , & qui prétendoit
heriter des Etats du feu Prince de
Montbelliard , de rendre au Duc de Wirtemberg
Stuggard les Archives , les
Bijoux & l'Argenterie qui proviennent
de la fucceffion de ce Prince.
·
GRANDE BRETAGNE .
Ur la foi de quelques Lettres de Lon .
S dres,
s , nous allons donner la nouvelle
fuivante qui paroîtra fans doute difficile
à croire . Le 14. de l'autre mois on pre-
1. vol.
fenta
DECEMBRE 1724. 2649
pouces
fenta au Roi un Fermier du Comté de
Lincoln , qui peſe 580. livres ; il a 17.
pieds de circonference , & 6. pieds & 4.
de hauteur ; il eſt âgé de 28. ans ,
& a 7. enfans ; il mange 16. à 18. livres
de boeuf par jour. Il eut l'honneur de
baiſer la main de S. M. qui cut la bonté
de le difpenfer de fe mettre à genoux ,
parce qu'il n'auroit pû fe relever.
Le fameux brigand Jean Sheppar 1 ,
dont nous avons parlé dans le précedent
Mercure , à l'occafion de fa derniere évafion
de la prifon de Newgate , a été enfin
executé le 27. du mois pallé à Tyburn
. Le fieur Jacques Thornhill , Peintre
du Roi pour l'Hiftoire , a tiré fon
portrait.
La Chambre des Communes à Londres
s'étant mife en grand commité le 1.
de ce mois , au fujet du fubfide demandé
par
le Roi , elle réfolut , à la pluralité
de 206. voix contre 6y . d'accorder à S.
M. le m'me nombre de troupes que l'année
derniere ; fçavoir , 18264. hommes ,
y compris 1818. Invalides , & les Officiers
en Commiffion & fans Commiffion ,
de fournir un fubfide de 654488. livres
17. fols 8. den. fterlings , pour l'entretien
de ces troupes , & diverfes autres
fommes montant à 181478. livres fterling
pour le payement & entretien de :
I. vol.
Gij
Gar2650
MERCURE DE FRANCE.
1
nifons de Gibraltar , de l'Ifle de Minorque
, d'Anapolis Royal , de Plaiſance ,
& des Penfionnaires externes de l'Hô
pital de Chelſea.
On apprend de la Haye , que le General
Comte de Bonneval , en partit le
21. du mois paffé , fur de nouveaux ordres
de l'Empereur .
L
.
ESPAGNE,
E Samedi 25. Novembre , jour deftiné
à la cérémonie de la Proclamation
de l'Infant Dom Ferdinand , en
qualité de Prince des Afturies , l'Eglife
du Convent Royal des Hieronimites du
Buen- Retiro , ayant été ornée des plus
riches tapifferies , leurs Majeftez Catholiques
, le Prince des Afturies , les
Infants , & la Princeffe future épouſe de
l'Infant Dom Carlos , s'y rendirent par
l'efcalier du haut Cloître , où la marche
fe fit avec les cérémonies accoûtumées
dans l'ordre fuivant .
Les Alcades de la Cour & de la Mai,
fon du Roy , marchant à la tête du Cortege
, étoient fuivis des Pages , accompagnez
de leur Gouverneur & Sous-
Gouverneur les Ecuïers , les Gen : ilshommes
de la Maiſon du Roy , & ceux
de la Bouche venoient enfuite ; ils
}
I. val.
étoient
DECEMBRE 1724. 2651
étoient fuivis des Titrez de Caftille , des
Députez de las Cortes , de quatre Maſfiers
marchant deux à deux , & portant
leurs Maffes fur l'épaule , des Maîtres
- d'Hôtel du Roy , & de ceux de
la Reine , tenans leurs Bâtons , & du
Mayordome- Mayor marchant à la tête
des Grands du Royaume , après lefquels
venoient les quatre Heraults revêtus de
leurs Cottes d'émail , chargées d'Ecuffons
des Royaumes ou Provinces qui ont
droit de féance à l'Aflemblée generale de
las Cortes. Le Duc Del - Arco , Grand
Ecuïer du Roy , marchoit feul enfuite ,
tenant l'Epée Roiale nuë fur l'épaule :
après lui paroilloient le Prince des Afturies
, accompagné de l'Infant Dom Carlos
; & à quelque diſtance , le Roy , ayant
le Collier de l'Ordre de la Toifon d'Or,
& la Reine , dont la queue du manteau
étoit portée par la Camarera Mayor , L.
M. C. étoient fuivies des Dames d'Honneur
& du Palais , marchant deux à deux ,
& fe tenant par la main , & d'un des
Maîtres d'Hôtel de la Reine .
Le Roy & la Reine fe placerent fous
la Courtine ( a ) qui avoit été dreffée
( a) Courtine eft une Loge quarrée fur le
devant ; il y a des rideaux qu'on tire & qu'on
retire à certaines occafions , pour faire voir
ou pour cacher leurs Majeſteż .
1. vol.
G iij
2852 MERCURE DE FRANCE .
du côté de l'Epitre , & devant laquelle on
avoit placé un fauteuil & un ie- Dieu
pour le Roy , à droite , & quatre carreaux
pour la Reine , à gauche , des chaiſes du
côté du Roi pour les Infants , & deux
carreaux à côté de la Reine pour la Princeffe
future époufe de l'Infant Dom Carlos.
Le Duc Del - Arco , Grand Ecuïer ,
portant l'Epée Royale , & ayant à fa
droite le Mayordome - Mayor , ſe mit
fur un tabouret près de la Courtine , du
côté de l'Autel . Les Dames d'Honneur
& du Palais fe placerent au- deffous de
cette Courtine , & les Maîtres d'Hôtel
du Roi & de la Reine , dans l'efpace
qui étoit entre les bancs des Prelats &
ceux des Ambaſſadeurs .
Lorfque les Prelats , les Grands du
Royaume , les Titrez de Caftille , les
Députez des Provinces & des Villes , &
toutes les autres perfonnes qui avoient
féance dans lá Ceremonie , curent pris
leurs places , le Cardinal de Forgia celebra
pontificalement la Melle qui fut
chantée par la Mufique . Après le dernier
Evangile , ce Cardinal ayant repris
fa Chape & fa Mitre , fe mit dans un
fauteuil placé devant l'Autel , vis- àvis
duquel il y avoit un Prie Dieu , fur
lequel on avoit mis la Croix & le Livre
de l'Evangile . Alors , fuivant le
Ι.υοί . de
DECEMBRE 1724. 2653
Ceremonial , le Prince des Afturies paffa
de fon fiege à côté de la Reine ; les Prélats
quitterent les bancs qu'ils avoient
occupez pendant la Meffe , & les cêderent
aux Députez de las Cortes , qui
s'y placerent . Le plus ancien des Herauts
monta enfuite fur une eftrade magnifiquement
ornée & élevée de douze
degrez au milieu du Choeur ; & tenant
fa Malle fur l'épaule , il prononça à
haute voix les paroles fuivantes : Ecoutez
, écoutez la lecture qui va vous être
faite du ferment d'hommage , de foy , d'obeiffance
& de fidelité , que les Infants ,
les Prelats , les Grands , les Titrez & les
Députez qui font affemblez icy par ordre
du Roy , notre Seigneur , vont prêter
au Sereniffime Prince , Dom Ferdinand
, fils aîné de S. M. le reconnoiffant
pour Prince de ces Royaumes pendant
la vie du Roy , & aprés fon décès,
pour Roi & Seigneur naturel.
La formule du ferment de reconnoiffance
ayant été lûë à haute voix par Dom
Marc- Sanchès Salvador , Auditeur du
Confeil & Chambre de Caftille , Dom
François de Caftejon , Secretaire du
Confeil , Chambre & Etat de Caftille ,
fupplia le Roi de vouloir accorder une
difpenfe d'âge à l'Infant Dom Carlos ,
afin qu'il pût prêter le ferment , & faire
I. vol.
l'hom- G iiij
2654 MERCURE DE FRANCE .
l'hommage dont on venoit de faire Ia
lecture ; & S. M. ayant répondu que
c'étoit fa volonté , l'Infant Dom Carlos
alla fe mettre à genoux fur le Prie - Dieu
placé devant le Cardinal de Borgia , qui
Îui demanda : Votre Alteſſe jure -t - elle par
sette fainte Croix & par les faints Evangiles,
qu'elle gardera & obfervera tout
ce qui eft contenu dans l'Alte qui lui a
été lû , & partant Dieu vous foit en aide.
Ce Prince ayant répondu : Je le promets
ainfi , il alla faire hommage au Prince
des Afturies , entre les mains du Roi ,
& ſe remit enfuite en fa place.
Le Marquis de Villena , Mayordome-
Mayor du Roi , nommé par S. M. pour
recevoir l'hommage de toutes les autres
perfonnes qui devoient le faire au Roi ,
après avoir prêté le ferment , alla fe placer
fur un fiege à côté du Cardinal de
Borgia. L'Archevêque de Tolede & les
autres Prelats fe rendirent fucceffivement
au Prie- Dieu pour le ferment &
pour l'hom nage ; ils furent fuivis des
Grands du Royaume , des Titrez de Caftille
, des Députez des Provinces & des
Villes , du Mayordome - Mayor de la
Reine , des Maîtres d'Hôtel du Roi &
de la Reine des Procureurs- Députez
de Tolede & du Duc Del - Arco , Grand-
Ecuïer. Le Marquis de Villena leur
,
I, vol.
demanda
DECEMBRE 1724. 2655
demanda à chacun leur hommage par ces
paroles : Jurez- vous une fois , deux fois ,
trois fois , que vous prêtez foi & hommage
au Prince , felon l'ufage & coutu
me d'Espagne , & que vous garderez &
obferverez ce qui eft contenu dans l'Alte
qui a été lû ? A quoi chacun répondit :
Je le promets & jure ainsi , Amen. Ce
Marquis prêta ferment enfuite avec les
mêmes formalitez que les autres Seigneurs
, & fit hommage entre les mains
du Marquis de Sainte Croix , que le Roi
avoit nommé pour le recevoir , & le
Cardinal de Borgia s'acquitta de ce devoir
entre les mains de l'Archevêque de
Tolede , revêtu d'habits pontificaux , &
tenant le Livre des Evangiles.
>
le
Cette Ceremonie finie Dom François
de Castejon , Secretaire du Confeil ,
Chambre & Etat de Caftille , accompagné
des Secretaires de l'Affemblée de
las Cortes , s'approcha du Prie - Dieu du
Roi , & lui dit à haute voix : Votre Majefté
accepte -t-elle au nom du Sereniffime
Prince Dom Ferdinand , fon fils aîné ,
ferment de foi & hommage , & tout ce
qui vient d'être executé en faveur de ce
Prince , & commande - t- elle aux Secretai
res de l'Affemblée de las Cortes , d'en
faire rendre témoignage à toutes les Villes
, Cite & lieux qui le demanderont
1. vol.
Gv afin
2656 MERCURE DE FRANCE.
"
afin que les Prelats , Grands du Royaume
, Titrez de Caftille & Officiers des
Maifons Royales qui font abfens , ayent
à prêter le ferment & faire l'hommage requis
? Le Roi ayant répondu qu'il l'acceptoit
, le defiroit & l'ordonnoit , le
Prince des Afturies reprit la place qu'il
occupoit pendant la Meffe ; & l'Archevêque
de Tolede entonna le Te Deum
qui fut chanté par la Mufique , & à la
fin duquel ce Prelat donna la Benediction
.
Après la Ceremonie , qui dura trois
heures , L. M. C. accompagnées du Prince
des Afturies & des Infants , retournerent
au Palais , où elles dînerent en
public. Le foir & les deux nuits fuivantes
, il y eut des illuminations & d'autres
marques de réjouiffance dans toutes
les rues de la Ville & des feux d'artifice
dans la Place du Palais.
*
Le 26. après midi , le Roi , la Reine
, le Prince des Afturies , & les Infants
, allerent en ceremonie rendre graces
à Dieu devant l'Image de N. Dame
d'Atocha ; les ruës qui conduifent à cette
Eglife , furent tenduës & ornées , & le
foir la grande Place du Palais fut illuminée,
1. vol.
ITALIS
.
DECEMBBE 1724 2657.
L
ITALIE.
E Pape a confervé la Charge de Gouverneur
de Commacchio à M. Del-
Giudice , qui eft parti de Rome pour
aller affifter à l'évacuation des Troupes
Imperiales de cette Place , & en prendre
enfuite poffeffion .
Le S. Pere a fupprimé l'impôt qui fe
levoit fur les porcs & fur les agneaux,
fur les raifins & autres fruits. Il a ordonné
aux Curez de Rome de faire un
Sermon tous les jours de Fête, pour l'inf
truction des peuples.
pour
On écrit que le Senat de Gennes eft
convenu de donner 1002 500. écus
le Duché de Maſſa , dont il payera
une partie argent comptant au Duc de
ce nom , lequel retirera pendant fa vie
annuellement deux & demie pour cent du
reftant de la fomme , qui fera payée au
Mont de S. Georges . Le Duc de Maffa
confervera la Souveraineté , avec la fuperiorité
fur les Cours de Juftice Civile
& Criminelle ; & après fa mort le tout
paffera à la Republique de Gennes . On
donnera 25000. piftoles à l'Empereur
pour fon droit d'inveftiture. Maffa eft
une Ville d'Italie , dans la petite Province
de la Lunigiano , qui tire fon nom
de l'ancienne Ville de Lune . Elle a un
1. vol.
Gvj Prince
2558 MERCURE DE FRANCE:
Prince particulier de la Maiſon de Cibo
, qui eft auffi Prince de Carrare.
Le 2. de l'autre mois le Pape donna à
dîner , & fervit à table treize pauvres ,
aufquels il diftribua enfuite des aumônes.
Le Cardinal Paulucci , Vicaire de
Rome , a fait mettre dans les prifons de
l'Inquifition le fieur Ulmini , Poëte Satyrique
, qui affichoit depuis quelque
temps des Pafquinades remplies de calomnies
& d'impietez .
On a appris d'Alger , que le 29. Octobre
dernier , une Tartane Françoife y
avoit conduit des Religieux de la Redemption
des Captifs , avec 37. caiffes
remplies d'efpeces d'argent & une caiffe
d'efpeces d'or
pour la rançon des Efclaves
Efpagnols.
Le 12. du mois paffé , le Pape benit
dans la Chapelle Pauline , le Pere Pla
cide Piazzacheri , nouvel Abbé Regulier
de l'Abbaye de la Cazamari , Ordre
de S. Bernard , & dont les Religieux
fuivent la Reforme de l'Abbaye de la
Trape ; & après avoir fervi treize pauvres
à dîner , il alla à l'Eglife de
fainte Marie de la Victoire des Carmes
Déchauffez , où l'on celebroit l'Anniverfaire
de la Victoire remportée en
I. vol.
1520.
DECEMBRE 1724 2659
1620. fur les Proteftans près de Pragues
en Bohéme.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rome
le 27. Octobre 1724.
A
Vant-hier le Pape alla à S. Sebaftien
; en fortant de l'Eglife une
Dame fe jetta à fes pieds , & lui demanda
l'Indulgence , pro articulo mortis,
pour elle , fon mari , & fon pauvre Vigneron
, qui étoit moribond. Le S. Pere
lui dit qu'il lui accordoit volontiers
ce qu'elle demandoit pour elle & pour
fon époux , mais que pour le malade il
vouloit lui- même lui donner fa benediction
. Il fe fit conduire fur le champ
dans la pauvre petite maiſon du malade
; & étant monté dans fa chambre
par un petit efcalier , lui fit un difcours
pour le confoler , qui tira les larmes
des yeux de tous les affiftans , lui appliqua
l'Indulgence , & le laiffa avec une
aumône confiderable pour fubvenir à ſes
befoins . Il n'y a point de jour qui ne
foit marqué par quelque oeuvre femblable
, jointe à une application infatigable
aux affaires de l'Eglife , voulant avoir
connoiffance de tout.
S. S. alla vifiter il y a quelques jours
l'Hôpital des Prêtres , aida à faire le lit
1. vol. de
2660 MERCURE DE FRANCE.
de plufieurs ; elle y trouva un Prêtre
François , s'affit proche de fon lit , lui
parla long- temps , examina fi fes matelats
étoient bons , fi tout étoit propre , &
& lui demanda fi on avoit bien foin de
lui . Avant - hier elle vifita les deux Hôpitaux
des hommes & des femmes de
S Jean de Latran .
MORTS ET MARIAGES
des Pays Etrangers .
Arie -Madeleine de Berghes , Ab-
Mbeffe du Chapitre des Chanoineffes
de Sainte Gertrude à Nivelle , Princeffe
de l'Empire , & foeur de l'Evêque
de Liege , mourut à Nivelle le 26. du
mois pallé dans la 76. année de fon âge.
Le Prince Guillaume de Heffe- Philifpdahl
, Colonel d'un Regiment de Cavalerie
, a époufé à Hoym la Princeſſe
Guillelmine- Charlotte , fille du Prince
Albert d'Anhalt - Bern - Bourg.
Le Marquis Conrard Orfini a épousé
à Rome , le 9. du mois paffé , Dona Minerve-
Dominique Altieri , fille du Marquis
de ce nom . Le Pape fit la Ceremo
nie du Mariage dans l'Eglife de Sainte
Marie fur la Minerve.
1. vol.
FRANCE.
DECEMBRE 1724. 2661
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris ,
L
& c.
'Infante- Reine partit de Fontainebleau
le 27. de l'autre mois , accompagnée
de la Ducheffe de Vantadour , &
des autres Dames de fa Cour , & arriva
le même jour à Verfailles , après avoir
dîné au Château de Fetit - Bourg.
Le Roi en partit le Jeudi 30. Novembre
, après y avoir féjourné trois mois
8. jours. Sa Majesté étoit dans une de
fes grandes Berlines , accompagnée de
plufieurs Princes & Seigneurs de fa Cour,
& fuivie de fa Garde ordinaire , & de
grand nombre d'Officiers de fa Maiſon ,
ce qui formoit un cortege très pompeux,
& très-brillant . On n'a jamais vû à la
Cour des équipages de meilleur goût ,
fileftes , fi magnifiques , fi nombreux &
fi éclatans . Le Roi alla coucher au Château
de Petit - Bourg , qu'on regarde aujourd'hui
comme une des plus fuperbes
maif ns du Royaume. Le Duc d'Antin
qui avoit fait de grands préparatifs , reçût
S. M. avec toute la fplendeur & la
magnificence qui convient .
1. vol. Le
2662 MERCURE DE FRANCE.
Le 1. de ce mois le Roi prit le divertiffement
de la Chaffe dans la Foreſt de
Senar , où l'on n'avoit entendu donner
du Cors depuis très - long temps ; S. M.
revint coucher à Petit- Bourg , & le lendemain
Samedi elle en partit , & arriva
le foir à Verfailles vers les 9. heures du
foir.
Les troupes de la Maifon du Roi , qui
ont l'honneur de ſuivre Sa Majeſté dans
fes voyages , l'ont accompagné dans celui-
ci . Les Officiers des Gardes du Corps
en quartier , & deux Officiers fuperieurs
des Gendarmes , des Chevaux- Legers &
des Moufquetaires de la Garde , fucceffivement
, & à mefure que les quartiers
des Gendarmes & des Chevaux Legers ,
& les détachemens des Moufquetaires ,
entrerent en fonction à la fuite de S. M.
occuperent les places que le Roi leur
a marquées par le Reglement fait à Fontainebleau
le 11. du mois paffé.
, Le 29. de l'autre mois M. Daligre
Confeiller au Parlement , nommé par le
Roi Prefident à Mortier , en furvivance
du Prefident Daligre , fon péré , fut
reçû au Parlement en furvivance de cette
Charge , avec les ceremonies accoutumées
.
Le 21. l'Envoyé de Danemark , accompagné
du Conte Definaretz , Grand-
*
I. vol.
FauDECEMBRE
1724. 2663
> Fauconnier de France prefenta au
Roi , de la part du Roi fon Maître
les douze Gerfaux que S. M. Da .
noiſe a coutume d'envoyer tous les ans
à S. M.
>
Le Roi a accordé une penfion de 8000 .
livres à la Marquife de la Rochefoucault
, dont 4000. livres font fur la tête
de fa fille.
Le 2. de ce mois , jour de l'Anniverfaire
de feu Monfieur le Duc d'Orleans ,
on celebra dans l'Eglife de l'Abbaye Roya
le de S. Denis , un Service folemnel ,
pour le repos de fon ame. L'Archevêque
de Rouen , Premier Aumônier de S. A.
R. officia pontificalement : le Duc d'Orleans
y affifta , étant accompagné de fes
principaux Officiers , & de la Maifon de
feu Monfieur le Duc d'Orleans.
Le 3. premier Dimanche de l'Avent ,
le Roi entendit dans la Chapelle du Château
de Verſailles , la Meffe chantée par
la Mufique , & l'après - midi , S. M.
affifta à la Prédication du Pere Surian ,
Prêtre de l'Oratoire.
Le Roi a accordé à M. Bernage de
S. Maurice , Maître des Requêtes , &
Intendant de Languedoc , la Charge de
Grand- Croix , Secretaire & Greffier de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,
vacante par la démiffion volontaire du
I. vol.
Comte
2664 MERCURE DE FRANCE..
Comte de Morville , Chevalier de la
Toifon d'Or , Miniftre & Secretaire d'Etat
, ayant le département des affaires
étrangeres .
Le fieur Roi , Poëte Satyrique , fut
arrêté le 11. de ce mois , de l'ordre du
Roi , & conduit à la Baſtille .
Le Lundi 27. Novembre les Harangues
fe font faites au Parlement à la maniere
ordinaire . M. Talon , Avocat General
, arriere-petit- fils du Grand Talon ,
parla avec beaucoup d'éloquence & de
dignité ; il dit que s'il y avoit eu quelque
interruption de temps de la perfonne des
Talons dans laMagiftrature, il n'y en avoit
jamais eu pour les fentimens de fes ancêtres
, ce qu'il feroit gloire de montrer
en tout temps , & en tous lieux . L'affemblée
fut très - nombreuſe par la curiofité
d'entendre pour la première fois cet A vocat
General , qui réunit tous les fuffrages
dûs au merite , & au talent de la
parole
hereditaire dans cette famille. M. le
Premier Prefident , dont la nouvelle dignité
devoit faire une des principales
parties du Difcours , en fit un de fa part
d'environ un quart d'heure , & qui ne
parut pas à beaucoup près avoir tant duré.
Il remplit parfaitement toutes les hautes
idées qu'on avoit de lui. Il ne ſe fit
pas moins admirer dans celui qu'il fit
1. vol.
deux
DECEMBRE 1724.
1724. 2665
deux jours après , enfuite des Mercu
riales , dont M. le Procureur General
s'acquitte tous les ans d'une maniere qui
attire toûjours un très grand concours
d'admirateurs .
L'Archevêque d'Albi doit prefider
cette année aux Etats de Languedoc , à la
place de l'Archevêque de Toulouſe , qui
prefidera à la prochaine Aflemblée generale
du Clergé.
L'affaire des Eaux Minerales de Paffi ,
près Paris , a été jugée le 11. Novembre
dernier au Confeil des Depefches . M.
d'Ombreval , Lieutenant General de Police
, avoit été nommé Commiffaire pour
informer du droit des parties & de l'intereft
du Public. Il a été défendu à M.
Guichon , acquereur du terrain voifin de
celui de l'Abbé le Ragois où font les anciennes
fcurces , de foüiller davantage ,
avec ordre à lui de vendré en tout ou en
partie , fon terrain à cet Abbé , fuivant
l'eftimation qui en fera faite par M. de
Cotte , Premier Architecte du Roi . L'Arreft
fixe le prix de ces Eaux à cinq fols
la pinte , à condition que l'Abbé le Ragois
fera obligé de la donner gratis aux
Communautez , aux Hôpitaux , & aux
Malades que les Medecins certifieront
être hors d'état de les payer.
I. vol.
Let2666
MERCURE DE FRANCE:
Lettre écrite d'Angers le 19. Novembre
1724. fur la benediction de deux
Cloches de la Cathedrale.
L
A fonnerie de l'Eglife Cathedrale
d'Angers paffe il y a long- temps pour
une des plus belles du Royaume ; mais
depuis quelques années elle avoit fouffert
une alteration confiderable . Deux Cloches
étoient caffées. Ms du Chapitre de
cette Eglife prirent , l'Eté dernier , de
concert avec M. l'Evêque d'Angers , des
mefures pour les faire refondre.
M. l'Evêque en fon nom , & en celui
de fon Chapitre , eut l'honneur d'écrire
à S. A. S. Monfeigneur le Duc , pour le
fupplier de vouloir bien nommer la plus
groffe de ces deux Cloches . Ce Prince
qui par fon attention continuelle à procurer
le bien des peuples , s'eft attiré le
refpect & l'amour de toute la France , eft
particulierement reveré en Anjou , où
il poffede de grandes Terres qui appartiennent
depuis très- long- temps à la Maifon
de Bourbon -Condé. Il eut la bonté
d'accepter la propofition ; & pour le reprefenter
dans la ceremonie , il choifit
M. d'Autichamp , Lieutenant de Roi dans
là Province d'Anjou , à qui il fit en même
temps remettre une fomme confide-
I. vol .
rable
DECEMBRE 1724. 2667
rable , pour être employée à faire en cette
occafion des liberalitez dignes d'un auſſi
grand Prince.
Les Cloches furent fonduës au mois
d'Octobre , par les foins des fieurs Jolly
& le Roi , Fondeurs Lorrains , très- habiles
, & il eft entré dans cette Fonte près
de vingt milliers de métail.
Sur une des Cloches on voit écrit en
gros caracteres ces paroles : Me olimMauritium
nuncupatum , denuò fufum 1724.
Sereniffimus Excellentiffimus Ludovicus
- Henricus , Dux Borbonius , Condens
Princeps ; nominavit Ludovicum Henricum
, non peribit memoria ejus cum fonitu
meo.
›
Sur l'autre Cloche , à laquelle M,
l'Evêque a donné fon nom , on a mis : Me
olim Andream nuncupatum , denuò fufum
1724. Illuftriffimus ac Reverendiffimus in
Chrifto Pater , Michael Poncet de la Riviere
, Epifcopus Andegavenfis nominavit
Michaelem: memoriam abundantia fuavitatis
ejus eructabo .
La ceremonie de la benediction fe fit
le 14. Novembre . On avoit orné l'Egliſe
de belles Tapifferies qui reprefentent
les vifions de Saint Jean raportées dans
l'Apocalypfe. C'eft un prefent de René ,
Roi de Sicile & Duc d'Anjou . La Nef
étoit feparée en deux par un retranche- I, vol.
ment
2668 MERCURE DE FRANCE.
ment de charpente , ce qui for noit une
efpece de parquet. La Compagnie des
Grenadiers d'un Bataillon du Regiment
de fiémont gardoit le retranchement ,
& les autres Compagnies étoient en bataille
dans la Place devant l'Eglife.
La fête fut annoncée par la plus groffe
des anciennes Cloches , qu'on appelle
Gullaune , & qui fut fonduë il y a environ
150. ans , du temps de Guillaume
de Ruzé , Evêque d'Angers , dont elle
porte
le nom . A la fin de Complies toutes
les Cloches fonnerent , & le Bataillon
de Piémont fit une décharge generale.
وا
Alors M. l'Evêque revêtu de fes habits
pontificaux , précedé de tout le Clergé
de fon Eglife fortit du Choeur , ´s’avança
vers le bis de l'Eglife , & fe plaça
dans un fauteuil fur une eftrade couverte
d'un tapis , ayant à fes côtez deux Chanoines
Affiftans , & devant lui fes Aumôniers
& autres Officiers tous en
Chappes. M. d'Aurichamp , Lieutenant
de Roi étoit de l'autre côté près de la
plus grofle des deux Cloches , affis dans
un fauteuil pofé fur un tapis , avec un
carreau de velours brodé ; il avoit autour
de lui les Gardes de M. le Prince de
Lambefc , Gouverneur de la Province.
Le Chapitre fur deux lignes formoit un
Choeur , & à la fuite des bancs du Chapi-
I. vol.
tre ,
DECEMBRE 1724.
2669
tre , tirant vers le haut de la nef , étoient,
à droite la Compagnie du i refidial en
Robes rouges , à gauche les Maire , Echevins
, & autres Officiers de l'Hôtel de
Ville , qui tous avoient été invitez à la
ceremonie par le Chapitre ; & derriere
les bancs du Chapitre, & des autres Corps,
étoit placé un grand nombre de perſonnes
de confideration : au-deflus de toute
l'affemblee on voyoit dans l'Orgue les
Muficiens , comme fur un Amphitheatre.
Après les Pleaumes , les Oraifons ,
Onctions , Encenfemens , & tout le refte
de ce qui eft prefcrit dans le Pontifical
pour la benediction des Cloches , la Mufique
chanta pour Motet un des Pfeaumes,
Laudate , & à ces mots : in Cymbalis
benè fonantibus , les nouvelles Cloches
, au ton defquelles on avoit affujetti
la compofition de la Mufique , & l'accord
des inftrumens , y joignirent leur fon :
ce qui fit une harmonie auffi agréable
que finguliere. Le Bataillon de Fiémont
qui avoit déja fait deux décharges generales
, en fit une troifiéme. Toutes les
Cloches fonnerent , & M. d'Autichamp ,
felon les intentions de S. A. S. fit de
grandes largefles aux Officiers & Muficiens
de l'Eglife , aux Soldats , Fondeurs,
Charpentiers , & autres perfonnes qui
avoient eu part à l'ouvrage , auquel on
I. vol.
venoit
2670 MERCURE DE FRANCE .
venoit de donner la derniere perfection .
A l'entrée de la nuit on tira un feu
d'artifice fur la plate- forme d'une haute
tour du Château ; ce feu fut annoncé par
la décharge de douze groffes boëtes : les
pieces qui fe prefenterent d'abord, étoient
des lances à feu , des chandeles d'artifice
, & une girandole , ce qui fut fuivi de
la décharge de fix boëtes ; après quoi parut
un Soleil fixe à huit rayons très bien
diftinguez de deux groffes gerbes , qui
couvrirent toute la Tour d'étincelles
fort brillantes ; enfuite un pot à feu, étant
allumé par les gerbes, répandit une quan .
tité confiderable de ferpentaux & de petards
; on tira cependant à differentes repriſes
un grand nombre de fufées magnifiques
, & tout l'artifice , qui dura une
heure & demie , fut terminé par plufieurs
coups de canon.
Ĉe feu avoit été preparé , & fut executé
par les foins d'un Chanoine de la
Cathedrale , qui fe fit un plaifir de contribuer
à la magnificence de la fête , &
de donner cette marque de fon reſpect à
S.A.S. M ' . d'Autichamp donna un grand
repas à M. l'Evêque , à quelques Dignitez
& Chanoines de la Cathedrale , aux
principaux Officiers du Bataillon de Piémont
, & à plufieurs autres perfonnes dif-
I. vol.
tinguées
DECEMBRE
1724.
2671
tinguées qui avoient été témoins du ſpectacle.
Union des deux Semeftres du Parlement
d Bretagne. Lettre écrite de Rennes
le 18.
Novembre 1724.
'Union des deux Semeftres du Par-
Llement de
Bretagne merite , Meffieurs
, une place dans vôtre Mercure.
Cette Union fut confommée le 13. de ce.
mois de Novembre. On obſerve à peu
près les mêmes ceremonies , qu'on obferve
le lendemain de la S. Martin , à Paris
, à l'ouverture du Parlement. Le Chapitre
de l'Eglife Cathedrale de cette Ville
affifta à la Meffe , qui fut celebrée par
un Chanoine député , & chantée par la
Mufique du même Chapitre . La Meſſe
finie , Meffieurs du Parlement prirent
féance à la Grand Chambre , 'ayant à leur
tête M's le Prêtre de
Châteaugiron , &
de Robien , Preſident à Mortier. Le
mier eft fils de feu M. le Prefident le
pre-
Prêtre de Lefonnet , décedé depuis deux
mois , & frere de M. de Lefonnet , Confeiller
au Parlement de Paris . Cette famille
également confiderable par font
ancienneté , & par le grand nombre de
Magiftrats qui ont occupé les premieres
Charges de la Province , femble être en-
1. vol.
H. core
2672 MERCURE DE FRANCE .
core aujourd'hui plus illuftrée que jamais
, par le merite perfonnel des deux
freres . M. de Robien eft fils du Prefident
à Mortier du même nom encore vivant.
M. de la Villeguerin , Avocat General
, fit un beau Difcours , & convenable
à la majefté du fujet. Il s'étendit fort fur
les louanges de nôtre Augufte Monarque.
M. de Châteaugiron qui a été Avocat
du Roi au Châtelet , & qui pour faire
fon éloge en deux mots , a rempli cette
Charge avec honneur , avant que d'être
Confeiller , & enfuite Prefident à Mortier
dans ce Parlement , harangua avec
une éloquence , une force , & une politelle
digne d'un Magiftrat , qui étoit à la
tête d'un fi illuftre Corps. Il fit connoître
à M's du Parlement que la Nobleſſe ,
l'équité & la fcience , étant hereditaires
chez eux , ils n'avoient befoin , pour être
des Magiftrats accomplis , que de fe foutenir
dans la carriere qu'ils ont tous fi
glorieufement commencée avant l'Union
des deux Semeftres . Il rendit juftice à la
capacité des Avocats , & mit la gloire de
leur profeffion dans tout fon jour, & il
le fit dans des termes qui lui attirerent
l'admiration & l'eftime de tous les Auditeurs.
La ceremonie étant achevée par l'en-
C
I, vol.
registreDECEMBRE
1724.
2673
registrement de l'Edit du Roi , le fieur
Querand, Syndic des Avocats , à la tête
de fes
Confreres , alla affurer la Cour
dans la
perfonne de M. de
Chateaugiron
des refpects , & de la
foumiffion des
Avocats . On peut dire , fans le flatter ,
qu'il le fit d'une maniere auffi digne de
celui auquel il parloit , que de la grande
réputation qu'il s'eft acquife dans le Barreau
. Son difcours étoit vif , hardi , délicat
, concis , bien foutenu. M. de Chateaugiron
regala
fplendidement toute la
compagnie à diner , & le foir Mad . la
Prefidente , fon époufe , regala toutes les
Dames d'un foupé
magnifique . Enfin tout
le monde eft content de la
maniere majeftueufe
avec laquelle on a
accompli
une Union , qu'on croit propre à
détruire
bien des
chicannes ,
aufquelles les Semeftres
donnoient occafion. On pourra
juger du merite & de la Nobleffe des
Membres du
Parlement de
Bretagne , par
le nom de
quelques - uns de Ms les Prefidens
à
Mortier. M. de Brilhac , Premier
Preſident , Mis de Cuée , de Cormellier
, de Robien , de Bloffac , de
Chateaugiron , de Marbeuf , le dernier
n'eft pas encore reçû . La
Grand'Chambre
eft à prefent
compofée de cinq Prefidens
à
Mortier , & de trentequatre
Confeillers. La
Tournelle de cin Prefi
j
I. vol.
Hij dens
2674 MERCURE DE FRANCE.
dens à Mortier , & de vingt Confeillers.
La premiere des Enquêtes de trois Prefidens
& vingt Confeillers. La feconde
des Enquêtes de trois Prefidens , & 23 .
Confeillers . Les Requêtes du Palais de
quatre Prefidens & dix Confeillers.
4
Sur la fin du voyage de Fontainebleau
M. le Couturier , Maître des Comptes *
premier Commis des Finances , fous les
ordres de S. A. S. M. le Duc , ayant reprefenté
à ce Prince que les frequentes
attaques de goutte aufquelles il étoit fujet
depuis plufieurs années , avoient tellement
ruiné, fa fanté qu'il fe trouvoit hors
d'état de remplir les fonctions de fon
Emploi , a demandé la permiffion de fe
retirer , ce que Ș . A. S. lui a accordé
avec peine.
M. le Duc en faisant agréer au Roi la
retraite de M. le Couturier a propofé à
Sa Majefté d'ajoûter 4000. liv. de penfion
aux 9009. liv. faifant partie des appointemens
dudit fieur le Couturier
dont Sa Majefté lui avoit accordé la joüiffance
fa vie durant , en confideration ,
tant des fervices qu'il rendoit dans ce
pofte depuis l'année 1715. fous les ordres
de S. A. R. Monfieur le Duc d'Orleans
, Regent du Royaume , que de ceux
qu'il avoit cy devant rendus dans les pre-
*
I. vol . mieres
DECEMBRE 1724. 2675
mieres places , fous le Miniftere de Mts
Rouillé & Defmaretz ; S. M. a bien
voulu accorder ces 4000. liv . aux fervices
diftinguez de M. le Couturier.
S. A. S. a fait auffi accorder par le Roi
aux fieurs Bonnemain & Tanevot qui
travaillent , le premier depuis 24. années
, & le fecond depuis 15. dans le
Bureau de M. le Couturier , dix mille
livres de gratification ."
M. le Duc a choifi M. de Boullongne
pour remplir cette place. Il lui a été propofé
par M. le Couturier comme un fujet
d'autant plus propre à lui fucceder ,
qu'il étoit chargé depuis très- long temps
de la direction de tout fon Bureau.
M. de Boullongne eft fils de M. de
Boullongne , Directeur de l'Académie de
Peinture & Sculpture , & penfionnaire
de l'Académie Royale des Belles Lettres,
fi connu par les excellens ouvrages qui
le mettent au rang des plus grands Peintres.
En 1722. le Roi pour récompenfer
par des marques d'honneur un merite fi
fingulier , le fit Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , & au dernier voyage de Fontainebleau
Sa Majefté lui a donné des
Lettres de Nobleffe.
Le Roi a accordé au Duc d'Ufez la
permiffion de ceder fon Duché au Comte
I. vol.
Hiij.
de
2676 MERCURE DE FRANCE.
de Cruffol, fon fils , qui doit épouſe! Mademoifelle
de la Rochefoucault.
९
Le 12. de ce mois on fit avec les ceremonies
ordinaires , la proclamation ou
invitation des Cours Superieures , du
Corps de Ville & de l'Univerfité , qui
doivent affifter au Service folemnel qu'on
doit celebrer à Nôtre Dame le 15. de ce
mois pour le Roi d'Efpagne Don Louis I.
Le 8. Fête de la Conception de la Sainte
Vierge , le Roi entendit dans la Chapelle
du Château de Verfailles , la Meffe
chantée par la Mufique , & l'après- midi
S. M. aflifta à la Prédication du Pere
Surian , Prêtre de l'Oratoire.
Le Roi dîne toûjours le matin dans la
chambre , à caufe des frequentes parties
de chaffe , pour lefquelles on part de
bonne heure. Le foir S. M. mange dans
le grand falon à une table de 18. couverts
avec les Princes & les Princelles
qui font pour l'ordinaire , Madame la
Ducheffe d'Orleans la jeune , Madame la
Ducheffe , Mademoiſelle de Charolois ,
Mademoiſelle de Clermont . Le Roi nomme
les autres Dames & Seigneurs qui
font admis à la table de S. M.
-
L'Abbaye Reguliere de Clair Fon
taine en Thicrache , transfetée à Villers-
Cotterets , Ordrede Prémontré , Diocéfe
de Soiffons , vacante par le , dccès
་
1
།
r . vol. de
DECEMBRE 1724. 2677
de François Dufour , a été donnée au
fieur de Roqueveu , Religieux du même
Ordre , à la charge de deux mille
livres de penfions , fçavoir , huit cens livres
pour le fieur Macquer , Chanoine
Regulier des Prémontrez , & cent quatre
- vingt - treize fept huitiémes ducats
d'or , valant douze cens livres , monnoye
de France , pour le fieur de Fayoles
de S. Front , Chevalier de l'Ordre
de Notre - Dame de Mont- Carmel & de
S. Lazare.
>
Le Prieuré de Saint Eutrope dans la
Paroiffe de Foiroux ' , au Diocéfe de Luçon
vacant en Regale de fait ou de
droit , en faveur du fieur Jean - François
Maufe , Clerc Tonfuré du Diocéfe de
Luçon.
Le 15. de ce mois , le Roi fit celebrer
dans l'Eglife Metropolitaine de Paris , un
Service folemnel pour le feu Roi d'Efpagne
Louis I. Le Card . de Noailles, Arch.
de Paris, y officia pontificalement , comme
il avoit fait la veille aux Vêpres &
aux Vigiles des Morts. Le Duc d'Orleans
, le Comte de Clermont , & le
Prince de Conti , qui étoient les Prin
ces du deüil , allerent à Offrande avec
les Ceremonies ordinaires . Après l'Offertoire
, l'Abbé Mongin , nommé à l'Evêché
de Bazas , & l'un des Quarante
1. vol. Hiiij
de
2678 MERCURE DE FRANCE.
de l'Académie Françoife , prononça l'Oraiſon
funebre avec beaucoup d'éloquence
. Plufieurs Archevêques & Evêques
affifterent à cette Ceremonie , ainfi que
le Parlement , la Chambre des Comptes
, la Cour des Aydes , l'Univerſité
& le Corps de Ville , qui y avoient été
invitez de la part du Roi en la maniere
accoûtumée .
On donnera dans le prochain Mercure
une defcription exacte & détaillée de l
Pompe funebre , du Manfolée , & de
tout le fuperbe appareil de cette augufte
Ceremonie.
Vers envoyez par un jeune Seigneur à
une Dame qui lui avoit donné à faire
des næends en quinze jours.
Vous me donnez des noeuds à faire dont
j'enrage ,
En quinze jours il faut les finir , dites - vous ;
L'amour en un moment en forme de plus
doux ,
Ce Dieu n'y met pas davantage :
Voulez-vous avec moi partager fon ouvrage
1. vol. .
MORTS,
. DECEMBRE 1724. 2679
**kkkkkkk¥¥¥¥¥¥¥
MORT'S , MARIAGES , ET
Naiffances.
Lo
Ouis-Marie d'Albert- d'Ailly , Vidame
d'Amiens , fils aîné du Duc de
Chaulnes , & reçû en ſurvivance de fon
pere , dans a Charge de Capitaine- Lieutenant
des Chevaux- Legers de la Gar--
de du Roi , mourut à Chaulnes le 23 .
du mois dernier dans la 20. année de
fon âge.
Nicolas - Olimpe d'Aumont , Chevalier
non - Profès de l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem , & fils puîné de feu Louis
d'Aumont , Duc d'Aumont , Pair de
France & Premier Gentilhomme de
la Chambre du Roi , & de feuë Catherine
de Guifcatd fon époufe , mourut le
28. du même mois , dans la 10. année
de fon âge.
>
L'Evêque de la Rochelle , M. Etienne
de Chamflour , eft mort depuis peu
dans fon Dioceſe , âgé d'environ 80 .
ans.
Charles de Levis , Comte de Charlus
, Meftre de Camp d'un Regiment de
Cavalerie , & fils aîné du Duc de Levis
, Pair de France , mourut à Paris le
I. vol. Hv 10 .
2680 MERCURE DE FRANCE.
10. de ce mois de la petite verole , dans
la 26. année de fon âge.
Le Marquis de Joyeufe Grandpré , Colonel
des Cravates , a époufé Mademoi
felle de la Vieuville , fille du Grand Audiencier
de France de ce nom .
-
Le 30. Novembre , les Ceremonies
du Baptême du fils de M. Jean - Charles
Tallegrand , Prince de Chalais , & de
Dame Marie Françoife de Rochechouard
de Mortemar , furent fuppléées
dans l'Eglife de S. Sulpice. Il eut pour
Farain le Roi d'Efpagne , reprefenté par
Dom Patricio Lawlès , Lieutenant Ĝeneral
des Armées de S. M. C. Commandeur
des Ordres de S. Jacques &
d'Alcantara , Capitaine General du
Royaume de Minorque , & Ambaffadeur
à la Cour de France ; & pour Marraila
Reine d'Espagne , reprefentée
par Dame Marie -Anne Colbert , veuve
de M. Louis de Rochechouard , Duc de
Mortemar , Pair de France , General
des Galeres , & c. Cet enfant qui avoit
été ondoyé par permiffion le 21. Septembre
dernier , a été nommé Philippe-
Elifabeth.
>
Le 5. Decembre fut baptifé à S. Sulpice
le fils de Louis - Charles Marquis de
a Mothe -Houdancour , Brigadier des
Armées du Roi , & de M. Therefe
I. vol. de
DECEMBRE 1724. 2681
de Rochecourbon . Le Parrain , Louis
de Crevant , Duc d'Humieres , Lieutenant
General des Armées du Roi , & c .
la Marraine , Anne- Genevieve de Vantadour
, époufe du Prince de Rohan , reprefentée
par la Ducheffe de la Meilleraye
fa fille. Il a été nommé Louis -Geneviève.
Le 27. Novembre , Dame Madeleine
de Jonas de Bifferet , époufe de M. Claude
-François de la Croix , Chevalier
Confeiller du Roi , Receveur General
des Finances de Bourbonnois
ágée de 74. ans .
و
mourut
M. Michel Fremin , ancien Prefident
des Treforiers de France au Bureau des
Finances de la Generalité de Paris , Seigneur
de Corvol , d'Embernard , Chavales
, Vaujuif, &c. mort le 30. Novembre
, âgé de plus de 80. ans.
Le 4. de ce mois mourut à Paris Dame
Marie Petit , veuve de M. Nicolas
Meliand , Confeiller au Parlement , âgée
de 99. ans.
+
F. vol.
SUP H vj
2682 MERCURE DE FRANCE.
SUPLEMENT.
LETTRE écrite de Conftantinople le 29 .
Octobre 1724. contenant la relation de
ce qui s'eft paẞé à l'arrivée du Vicomte
d' Andrezel à Conftantinople , à
l'occafion de l'Audience qu'il a euë du
G. S. & des réjouiffances , &c.
Es Vaiffeaux du Roi le Solide , &
la Fregate la Loire , commandez par
M. de Beauquaire , arriverent à Conftantinople
le 13. Septembre dernier. M.
le Vicomte d'Andrezel , que Sa Majeſté
a nommé pour fon Amballadeur à la
Porte Ortomane , débarqua du Solide le
même jour , après avoir donné & reçû
les faluts ordinaires de canon & de moufqueterie
i alla enfuite au Palais de
France , avec un Cortege de 100. Chevaux
, dont le Grand- Vizir en avoit envoyé
50. à la Marine pour le recevoir
avec 40. Cafetans. Il fut reçû avec tout
l'accueil qu'il pouvoit attendre de M. le
Marquis de Bonnac , qu'il va remplacer
dans cette Ambaſſade ; il reçût auffi les
complimens de tous les Miniftres des
Puiffances Etrangeres & de ceux de la
Torte. Les conjonctures de fon arrivée
1. val.
ont
DECEMBRE 1724. 2683
ont été très agreables , par la nouvelle que
les Turcs reçûrent dans ce temps - là de la
prife d'Amadam , fur la frontiere de Perfe
, qui a donné lieu à de grandes réjouillances
, dans lefquelles , fur la notification
qui en fut faite à Mrs d'Andrezel
& de Bonnac par le Grand- Vizir ,
les Vailleaux du Roi ont fait des falves
de leur artillerie , qui ont répondu à
celles du Serail , de l'Arfenal , & de
tous les Forts , ce qui a fait beaucoup de
plaifir au G. S. Ce fut une occafion dont
M. de Beauquaire fe fervit à propos ,
pour marquer fa reconnoiffance au G. V.
des rafraîchiffemens envoyez de fa part
aux vaiffeaux de Sa Majefté , par un Aga
avec grande pompe & ceremonie.
M d'Anrezel eut Audiance du G. V.
le 10. Octobre , dans laquelle il reçut
tous les honneurs dûs au caractere d'Ambaffadeur
de Sa Majefté . On accorda par
ure diftinction particuliere aux Officiers
des Vaiffeaux du Roi 12. Kerckes , outre
* dix Cafetans qu'ils on eu dans le
nombre de 40. que le G. V. a fait diftribuer.
M. le Marquis de Fonnac ,
pour procurer ces Kerckes dont on n'a-
* C'eft une Robe longue de Camelot , agraphée &
bordée pardevant avec de courtes manches que portent
ordinairement les principaux Officiers militai
res .
1. vol.
voit
268 4 MERCURE DE FRANCE:
voit point encore oui parler dans aucune
premiere Audience d'Ambaſſadeur ,
s'eft fervi de l'exemple de M. de Camilly
, lorfqu'il ramena de France Mehemet
Effendi , en faveur duquel le G. V.
lorfque M. de Camilly le vint voir avec
les Officiers des Vailleaux de Sa Majefté
, voulut lui marquer fa reconnoiffance
de l'honneur que le Roi avoit fait
à l'Ambaffadeur de la Porte , en faisant
prefenter aufdits Officiers 10. Kerckes.
M. d'Andrezel a eu en fon particulier
un Cafetan d'une étofe très riche.
Le 17. Octobre le Comte du Ligondez
, Capitaine en fecond du Vaiffeau du
Roi le Solide , & M. le Vaffeur de Villeblanche
, Commiffaire à la fuite de
l'Efcadre , allerent dans le Canot de ce
Vaiffeau à l'Echelle de Topana , à qua- ·
tre heures du matin pour y recevoir
M. d'Andrezel , qu'ils débarquerent à
la clarté des flambeaux du côté de Conftantinople
, pour fon Audience du G. S.
Un quart d'heure après , ils y trouverent
Mrs les Officiers & Gardes de la
Marine , toute la Maifon de M. l'Ambaffadeur
, & les Nationnaux qui attendoient
M. d'Andrezel , un Chiaoux
Bachi , nommé Bequer Aga , qui y
étoit de la part du G. S. pour le recevoir,
& l'accompagner au Serail. Il y
I. vol. ayoit
DECEMBRE 1724. 208
avoit des chevaux pour tout le Cortege
, fur lefquels on monta . Les Valets
de pied étoient à la têre avec des flambeaux
; M. d'Andrezel , fes deux fils ,
& le Chiaoux Bachi marcherent après,
enfuite le fieur Belin , Chancelier ou
premier Secretaire de l'Ambaflade , portoit
la Lettre du Roi ; M. de Beauquaire
fuivoit avec tous les Officiers & Gardes
de la Marine qui prirent la droite ,
chacun fuivant fon rang d'ancienneté ,
Ja gauche étoit compofée des parens &
autres Gentilshommes de la fuite de
M. d'Andrezel , & les Marchands François
à la queue . La marche fut de près
d'une heure dans cet ordre par un temps
pluvieux. Le Chiaoux Bachi ayant appris
que le G. V. Ibrahim Pacha , ne s'etoit
pas encore rendu chez le G. S. pria
M. d'Andrezel de s'arrêter dans une petite
maison à une portée de fufil des
cours du Serail ; il y fit prendre du
caffé , & après avoir fait la priere on
reprit la marche jufqu'à la porte de la
derniere cour , où il fallut defcendre de
cheval pour la traver fer à pied. On entra
auffi - tôt dans le Divan au nombre
de quinze perfonnes : le G. V. qui étoit
affis dans le fond fit afleoir M. d'Andrezel
dans un coin du Divan , toute fa fuis
te refta debout.
I. vol.
A
2686 MERCURE DE FRANCE.
1
>
A la droite du Vifir étoit affis le Capitan
Pacha , nominé Mehemet Pacha
& un Vizir à trois queues , nommé
Achmet Pacha , gendre du G. S. & à
la gauche étoient les deux Cadilefquier
de Natolie & d'Europe , nommez Be-
Ker Effendi & Damada Effendi , les
deux bancs ou fopha des côtez étoient
occupez , fçavoir , celui de la droite par
le Nifangi Pacha , Vizir à trois queues,
& le banc de la gauche étoit occupé par
les Rays Effendi & Tefterdar , nommez
Mehemet & Achmet Effendi . On fit
entrer dans l'inſtant tous ceux qui devoient
être jugez , hommes ou femmes,
qui venoient les uns après les autres ,
leurs Placets ou Requêtes à leurs Commillaires
Rapporteurs qui les lifoient
ou les laifoient lire au G. V. lequel
mettoit fa décifion au bas de chaque Requête
, & renvoyoit les parties. Le
G. V. en expedia certainement plus de
cent dans moins d'une heure , & avec
beaucoup de facilité . La juftice ainfi rendue
, on porta au pied du Vizir quantité
de bourses d'argent , qu'on rangea en
pile , pour faire les payemens des Janilaires
, des Gibigi , des Canoniers ,
des Hifpahis , des Boftangis , &c. On
affure qu'il y en avoit pour plus de
1850. mille livres ; il eft vrai qu'il y
,
I. vol.
avoit
DECEMBRE 1724. 2687
avoit cinq mois que les troupes n'avoient
été payées . Lorsque toutes ces
bourfes furent rangées , on en prit de
plufieurs piles , une que
une que l'on renverfa en
prefence du G. V. & qu'on lui portoit
enfuite pour verifier fi les efpeces étoient
;
de bon aloi ; cette verification faite , on
commença à faire le payement par les
Janiffaires pour lers le Lieutenant du
Janiflaire Aga entra , baifa le bas de la
vefte du G. V. & fe rangea dans un
coin , fe tenant debout , jufqu'à ce que
tous les Janiffaires fullent payez , ce
qu'on fit Compagnie par Compagnie ,
les Capitaines à leur tête ; le payement
fini , cet Officier General des Janiffaires
alla encore baifer le bas de la vefte du
G. V. & fe retira enfuite affez vite ; le
Chef des Grenadiers , nommé Gibigi Bachi
, entra auffi pour voir payer fa troupe
, & fit la même ceremonic , mettant
un genouil à terre- en entrant & en
fortant ; les autres firent la même choſe,
le payement dura environ trois heures .
On fervit enfuite quatre tables pour
direr dans le Divan . A la premiere table
étoient le G V. & M. d'Andrezels
à la feconde toient le Capitan Pacha , le
fecond Vizit , Mrs de Beauquaire , du
Igondez , de la Chaize , & le fieur le
Valleur de Villeblanche. La troifiéme
1. vol.
table
2688 MERCURE DE FRANCE.
table étoit remplie par le troifiéme Vizir
, Milord Garlież , les enfans & le
coufin de M. d'Andrezel , & M le Chevalier
de Piofains , Lieutenant de Vaiffeau
. La quatrième étoit deftinée pour
les deux Cadilefquiers feuls . On ne fut
pas plus d'une bonne demie- heure à table
; on y fervit plus de 60. plats les
uns après les autres : le Capitan Pacha
excitoit toûjours à manger , le G. V.
envoya même plufieurs plats de fa table
à celle du Capitan Pacha : la boillon
étoit du Sorbec , & les cuilliers pour
manger la foupe étoient d'écaille . Aprés
le diner M. d'Andrezel fortit du Divan ,
& fut conduit avec fa fuite fous un periftile
où les Cafetans furent donnez. On
attendit que le G. V. & fes deux Lieutenans
fuffent_entrez chez le G. S. En
entrant dans la Chambre d'Audience , où
étoit Sa Hauteffe , M. d'Andrezel , après
l'avoir faluée , la complimenta au nom
du Roi , & lui dit en François le fu
jet de fon Ambaffade ; le compliment
fini , ou lui fit faire une inclination de
tête , & à tous ceux de fa fuite qui
étoient tenus par deffous les bras par
des Capigi Bachi. Le premier Drogman
de la Porte , nommé Giga Maurocordato
, frere du Prince de Valaquer ,
avoit repeté en Turc le compliment de
I. vol.
M.
DECEMBRE 1724. 2689
M. d'Andrezel Durant cette Audience
le G. S. étoit affis fur un trône en forme
de lit à quatré colonnes enrichi
d'une infinité de pierreries , tenant fes
mains fur fes genoux , & ayant auprès
de lui fon fabre pofé fur un riche carreau
, le G. V. étoit vis - à - vis du Sultan
& debout avec les deux Lieute
nans derriere lui ; les quatre fils du G. S.
âgez depuis fix juſqu'à quinze ans étoient
debout contre une fenêtre au pied du
trône. Le G. S. parut fort content du
compliment.
›
Au fortir de cette Audience , M. d'Andrezel
& fa fuite , à cheval , refterent
dans la premiere cour pour voir défiler
les Janillaires & les autres Troupes ,
ce qui dura plus d'une heure. On retourna
enfuite à la Marine dans le même
ordre qu'on étoit venu . Il y avoit à
cette porte un détachement de Janiflaires.
On traverfa par mer de Conftantinople
à Topana ; le Solide & la Loire
étoient pavoifez de pavillons & flames ;
le Solide falua M. d'Andrezel de 21 .
coups de canon , & la Loire de 19. Les
Bâtimens Marchands François firent la
même chofe fuivant leur portée.
Mrs de Beauquaire , le Vaffeur de Villeblanche
, le Comte du Ligondez , &
les fiers de la Chaize & Chevalier de
1. vol.
Pio
2690 MERCURE DE FRANCE.
Piofins furent auffi preſens à l'Audience
du Sultan .
Le G. S. a fait faire depuis cinq jours
à la pointe de fon Serail de grandes réjouiffances
pour la prife d'Erivan , & la
défaite d'un General Perfan , qui avoit
voulu furprendre la Ville de Tiflis . Le
G. V. envoya à M. d'Andrezel un Aga,
pour l'informer de cet heureux fuccès ,
& pour le prier de donner quelque démonftration
publique de joye , telles que
le G. S. les attendoit de l'ancienne amitié
qui étoit entre les deux Empires , &
dont il avoit déja vû avec plaifir des
marques à l'occafion de la prife d'Amadam
. }
Il y a eu à cette occafion de grandes
illuminations , feux d'artifices , attaques
fur mer de petites fortereffes de bois ,
conftruites fur des batteaux plats , par
des Chaloupes fort ornées de pavois &
de Banderolles , Combats navals , Mufiques
, Danfes , & Mafcarades ; c'étoit
au bruit d'un gros feu d'artillerie , tant
du Serrail de Topana & des Forts , que
des quatre Vaiffeaux de guerre & de fix
Galeres qu'on avoit fait defcendre du
fond du Port pour moüller vis - à - vis
le Serail. Les Vailleaux du Roi fe font
diftinguez par des falves réïterées . Mrs
de Beauquaire & de Marandé avoient
I. vol.
orDECEMBRE
1724. 2691
,
ordonné des illuminations de lampions
placez aux hunes , & à toutes les vergues
, & des lanternes difpofées avec
fimetrie le long des lices , aux prouës
& aux poupes ; mais ce qui plut davantage
au G. S. en le furprenant agréablement
ce fut lorsqu'il s'apperçût le
fecond jour d'une grande lueur qui ſembloit
le promener en dedans & autour
des Vaiffeaux , c'étoient deux ou trois
cens Matelots & Soldats , chacun avec
une bougie à la main , qui au fon du
tambourin & des fifres couroient le long
des lices en dan fant ; Te G. V. envoya
des Turcs & un Eunuque noir du Serail
(fans doute par ordre du G. S. ).
pour voir de plus près ce que c'étoit que
cette lumiere ambulante .
Ms les Commandans ont tenu une
groffe table , où non feulement Mrs d'Andrezel
& de Bonnac , & les François ,
mais encore les Miniftres Etrangers
& même des Turcs de diftinction , attirez
par la nouveauté du fpectacle , ont
mangé , quittant la vûë du feu d'artifice
du G. S. pour venir entendre le fon
du tambourin & des autres inftrumens
des Matelots , avec lefquels ils fe faifoient
un plaifir de crier , Vive le Roi .
Le 28. Octobre le G. S. voulant
encore rencherir fur les illuminations
I. vol.
des
2692 MERCURE DE FRANCE.
des foirs précedens , fit raflembier tous
les Caiques à deux lieuës dans le canal
au nombre de plus de 5000.tous éclairez
avec des lampions , qui marchoient
en ordre & par divifion . Ils vinrent
tous ſe rendre , aprés avoir défilé devant
Sa Hauteffe , pour occuper les vuides
entre fes Vaiffeaux & fes Galeres.
Ces feux flottans faifoient le plus bel
effet qu'on puiffe voir. M. d'Andrezel
fit auffi illuminer les galeries & la porte
du Palais de France , où les Janiffaires
préfentoient à tous les paffans du caffé ,
des pipes , & les faifoit repofer fur des
fophas ou fieges préparez exprès . Ces
attentions de la part de M. d'Andrezel
& de M. de Beauquaire ont attiré beaucoup
de confideration à la Nation parmi
les Turcs , qui ne rencontrent plus aucun
François fans lui dire , Benin doſtum
ceni , vous étes mon veritable ami ; ce
qui eft le plus grand témoignage d'amitié
& de confideration que l'on puiffe
donner parmi les Turcs . Je fuis , &c.
1. vol.
DIS
DECEMBRE 1724.
2693
DISCOURS qui a remporté le prix
d'Eloquence en l'année 1724. au jugement
de M's de l'Académie Royale
des Sciences & des Beaux Arts , établie
à Pau , fous la protection de M. le
Comte de Morville , Miniftre & Secretaire
d'Etat , Chevalier de la Toifon
d'Or ,par M.Roborel de Climens , Avocat
au Parlement de Bordeaux , brochure in
4º de 16. pages , imprimé à Bordeaux.
C
E Diſcours nous a paru parfaite
ment beau & digne de l'approbation
des connoiffeurs ; mais il nous eft
impoffible de l'inferer ici dans fon entier
, nous en marquerons feulement le
dernier trait , après avoir averti que le
Difcours rouloit fur ce fujet : Le bonheur
de l'homme ne confifte pas à être fans paf
fions , mais à s'en rendre le maître. » Telle
» étoit la fauffe morale du Paganiſme
» dit l'Orateur , elle égaroit l'homme au
» lieu de le conduire . Ceux- ci profcri-
>> voient les paffions comme la fource de
» nos troubles & de nos malheurs . Ceux
>> qui mirent le bonheur dans leur entiere
>> fatisfaction , ne firent pas une meilleure
» découverte. Ces deux excès étoient
» également vicieux .
» C'eſt la Religion qui a frayé à l'hom-
» me cette voye raifonnable , où il peut
I. vol.
trouver
2694 MERCURE DE FRANCE .
trouver fon bonheur prefent , en afpi- «
rant à la felicité éternelle . Elle adinet «
les paffions , & n'en défend que l'ex- «
cès & le defordre. Ses divines loix ne <<
tendent qu'à nous fournir les moyens <<
de les regler. «
Nous avons reçû avec ce Difcours une
feuille imprimée qui contient en ces
termes le fujet propofé par l'Académie
des Sciences & des Beaux Arts , établie
à Pau pour le prix de l'année 1725.
Les Etats Generaux de cette Provin- <<
toûjours attentifs à ce qui peut lui «
procurer quelque utilité ou quelque
ornement , ont bien voulu concourir «
au zele des Meffieurs qui ont formé l'A- «<
cadémie en contribuant avec eux , <<
d'une fome annuelle aux frais ne- «<
ceffaires , pour l'entretien de cet éta- «
bliffement. «<
>
Cette liberalité a engagé Meffieurs «<
de l'Académie à employer une partie «<
de cette fomme à un prix qu'ils don- «<
neront chaque année , vers la Fête de «<
Saint Louis , à celui qui aura le mieux «<
réüffi dans une Piece d'Eloquence ou «<
de Poëfie , felon le genre d'écrire qui «<
fera propofé. «
Ce Prix fera une Medaille d'or , où «
feront gravées d'un côté les Armes de
I. vol.
la
DECEMBRE 1724. 2695
la Province , & de l'autre la Deviſe de «
l'Académie. «
» On le deftine pour l'année prochaine
» à une Piece de Profe d'une demi heu-
» re de lecture , qui fera trouvée la meil-
>> leure au jugement de l'Académie , &
» dont le ſujet ſera cette penſée.
Le mauvais ufage que nous faifons de
nôtre bonheur, eft fouvent la caufe de nos
disgraces.
>> Les perfonnes de tout fexe , de tou-
» tes conditions , & de tous les pays
» pourront prétendre au prix .
» Comme l'Académie veut ignorer les
»> noms des Auteurs , dont les ouvrages
» feront jugez les moins dignes , on les
» avertit de mettre une Sentence au bas
>> de leurs Pieces , & leur nom feparé-
» ment dans un billet cacheté , fur le dos
duquel ils mettront auffi la même Sen-
>> tence , afin qu'on puifle connoître par
» là le billet où fera le nom de l'Auteur.
>> On fe contentera d'ouvrir celui - là , &
» on brûlera en public tous les autres .
>>
» Comme il faut du temps pour l'exa-
» men des Pieces , les Auteurs feront te-
>> nus de les envoyer avant le premier
» de Juillet , celles qui arrive ont plus
» tard , n'entreront point en concours .
>> On pourra les adreffer à M. l'Abbé
» Levafleur , Chanoine & Secretaire de
1. vol. I l'Aca2696
MERCURE DE FRANCE.
l'Académie , ou à quelqu'autre des
» Mts de l'Académie , & fi on envoye
par la pofte , il faudra en affranchir le
»port.
SONNET rempli fur les Bouts -rimez,
donnez .
E plus chetif pied- plat des bords de la
Garonne ,
Vante ailleurs fa Chaumiere autant que lePerou,
Quoiqu'au fond ce ne foit qu'un réfuge à Hibou
Si ne voudroit- il pas troquer pour la Couronne.
Pour les moindres Philis il a mainte Baronne ;
Mais notez que ce font de ces vieilles Houbou ,
Ce qu'il fçait , ce qu'il dit , ce n'eft point comme
un
Fou
Sa tête , à ce qu'il dit , vaut toute la Sorbonne,
Pour la langue il eft bien au- deffus de Balzac ,
Même il a pour mentir le pas fur l'Almanach ,
Des projets de l'Etat il décide en Miniftre.
Cependant ce beau Sire eft peut-être un Magot,
Qui fouvent en Hiver , n'a buche ni Fagot ,
Et vit plus piétrement qu'un miſerable Cuiſtre,
1. vol.
LET,
DECEMBRE 1724. 2697
LETTRE écrite aux Auteurs
du Mercure.
Rouvez bon que je vous apprenne ,
Mellieurs , les circonftances de deux
accouchemens affez extraordinaires , &
qui femblent meriter
par là que vous en
faffiez mention dans votre Mercure.
Le 25. Juin de la prefente année 1724.
la femme du fieur Guerry du Roule ,
Juge de la Baronnie de Mantereffe ,
près de la Ville de Montbron , en Angoumcis
, accoucha d'une fille . Huit.
jours après elle fe releva en parfaite fanté
, & fut à la Meffe . Le neuf Juillet
fuivant , ( c'est-à-dire 15. jours après ce
premier accouchement
, ) elle fentit de
grandes douleurs qui lui durerent environ
demie -heure , après lefquelles elle
accoucha d'un fecond enfant mort. La
fille de la premiere couche f porte fort
bien , & la mere n'a point été incommodée
de la feconde.
REPONSE à la question proposée
dans le Mercure de Novembre dernier,
par M. d'Auvergne.
E ne crois pas , Meffieurs , qu'il y ait
beaucoup à balancer fur ce que vous
3. vols I ij ayez
2698 MERCURE DE FRANCE.
avez mis en problême dans vôtre Mercure
du mois de Novembre dernier , lequel
eft le plus malheureux & le plus à
plaindre , ou d'un homme qui déplaît à
tout le monde , ou d'un homme à qui tour
le monde deplaît. Et je ne fais pas de doute
que ce ne foit celui à qui tout le monde
déplait. C'eft pourtant une extrême difgrace
que de déplaire à tout le monde ;
mais quelque grande qu'elle foit , il n'eſt
allurément pas impoffible de la fupporter
patiemment , ou d'y trouver du moins
quelque foulagement. Il fuffit pour cela
d'être parvenu à cet efprit de Philofophie
qui nous empêche de chercher nôtre
bonheur hors de nous - mêmes & dans
l'opinion d'autrui ; on eft alors au- deflus
de l'injure , de la médifance , du mépris,
de la raillerie , & la perfuafion interieure
, ( foit qu'elle foit bien fondée ou non , )
de n'être point en faute , & de n'avoir
rien à fe reprocher , eſt un plaifir plaifir qui
l'emporte fur celui de recevoir partout
un accueil favorable. Sans ambition il
n'eſt pas fort affligeant de n'avoir ni amis
ni protecteur fur qui on puiffe compter
pour s'avancer dans le monde , & pour
un homme qui a une forte inclination
pour le travail ; ce n'eft pas un mal que
la folitude où le laiffe l'averfion que l'on
lui ; fe fuffifant à foi- même , il eſt .
a pour
I. vol. moins
DECEMBRE 1724 .
2699
moins expofé à l'ennui qu'on ne l'eft au
milieu des focietez les plus nombreuſes .
Je fuppofe même , ce qui eft effectivement
bien plus commun qu'un caractere
femblable à celui que je viens de tracer ,
je fuppofe , dis -je , qu'accoutumé à l'inaction
, on recherche avec avidité les plaifirs
, le jeu , la focieté ; qu'ambitieux , on
defire avec paffion les emplois , les honneurs
, les dignitez ; c'eft là le cas fans
contredit où il eft le plus mortifiant de
ne plaire à qui que ce foit . Mais une fituation
fi affligeante n'eft pas fans quelque
intervale qui en diminue l'amertume. Si
hai que foit un homme , quelque univerfel
que foit le népris que l'on en fait ,
il ne laiffe de fe rencontrer de temps
pas
en temps des perfonnes , qui par un efprit
de paix , de politique , ou de generofité
le traitent honnêtement , & dont
la politeffe en lui donnant l'efpoir de for
mer quelque liaiſon , effice le fuvenir
des chagrins qu'il a effuyez ailleurs , &
s'il étoit poffible que cette confolation lui
fut encore ôtée , il en trouveroit du
moins dans l'idée flateufe que le temps
qui enfevelit tout dans un profond oubli
, lui ramenera l'estime qu'il n'a perduë
que par quelque action odieuſe , ou
pir une conduite peu reguliere.
Le Mifantrope au contraire à qui tout
I. vol.
I iij .
le
2700 MERCURE DE FRANCE .
le monde déplaît , ne reffent jamais le
moindre mouvement de plaifir ; ſa mauvaife
humeur ne le quitte pas , elle l'accompagne
partout : tous les objets qui fe
prefentent à fa vûe font pour lui de nouveaux
fujets de douleur. Il n'eft pas de
compagnie qui ne redouble fa peine : un
compliment le choque , c'eft une lâche
flâterie , & un air plus réfervé n'eft , ſelon
lui , que l'effet d'une extrême ftupidité
, ou d'un orgueil fans égal. Dans
l'un il croit reconnoître un ami infidele
dans l'autre un Narciffe , un homme qui
n'aime que foi-même , celui- ci lui eft infupportable
, parce qu'il n'a pour but
dans toutes les actions qu'un fordide intereft
; celui - là , parce qu'il eft un fourbe
; on fuppofe tout cela , en fuppofant
que tout le monde lui déplaît. Où fuïrat'il
donc pour ſe mettre l'efprit dans une
affiette plus tranquille. Ira-t'il à l'exemple
des anciens Anachorettes fe cacher
dans le fond d'un défert , & y vivre
d'herbes & de racines. C'eſt- là , ce femble
, le feul parti qu'il ait à prendre pour
n'avoir plus de communication avec les
hommes , qui tous fans exception lui font
fi odieux . Mais dès qu'une vie fi ennuyeufe
& fi dure partira d'un auffi mauvais
principe , de combien de nouveaux
gemiffemens ne fera -t'elle pas la fource ,
I. val. &
.
DECEMBRE 1724. 270.1
& jamais y aura- t'il eu plus d'occafions
de déplorer la corruption du genre humain
? Ainfi un homme de ce caractere
quelque part où on le place , fera un nouvel
Heraclite , un pleureur perpetuel ,
& beaucoup plus malheureux par confequent
que celui qui déplaît à tout le
monde , puifque celui- ci a du moins
quelques intervales de bon. J'ai l'honneur
, & c.
QUESTION du Mercure de Novembre,
décidée par M. Laffichard .
D Amon fans ceffe pefte & gronde ,
Il n'eft aucun mortel qui ne bleffe fes yeux ,
Il a couru long-temps fur la terre & fur l'onde,
Sans trouver à fon fens un objet gracieux :
Enfin nul ne lui plaît fous la voute des Cieux ,
Il hait également & la brune & la blonde,
L'impie & le devot , le froid & l'amoureux ,
Mais , Tircis , je vous trouve encor plus
malheureux
Vous déplaifez à tout le monde.
1. vol. I iiij AR2702
MERCURE DE FRANCE.
LETTRES PATENTES ,
EDITS , ARRESTS , & c.
EDIT du Roi, portant que le prix des
Offices fera & demeurera fixé pour chacun
defdits Offices , fur le pied qu'il l'étoit
avant l'Elit du mois de Decembre 1709. Donné
à Fontainebleau au mois de Decembre
1724. Regiftré en Parlement le s . Decembre.
LETTRES Patentes fur Arreft , qui ordonne
que les Grands -Maîtres des Eaux &
Forefts , ne feront tenus d'envoyer leurs Etats
qu'au Confeil , és mains du fieur Controleur
General des Finances. Données à Fontainebleau
le 1. Septembre 1724 Regiftrés en la
Chambre des Comptes le 8. Septembre 1724.
DECLARATION du Roi , qui continuë
pendant quatre années la levée de trente fols
par muid de Vin entrant dans Paris , en faveur
de l'Hôtel - Dieu & de l'Hôpital general. Donnée
à Fontainebleau le 12 , Septembre 1724.
par laquelle il eft dit ce qui fuit. Voulons que
lefdits trente fols par Muid de Vin foient payez
comme pour nos deniers & affaires par toutes
fortes de perfonnes exemptes & non exemptes,
privilegiées & non privilegiées , Gent Ishommes
, Nobles , Officiers de nos Cours , Notaires
& Secretaires de nos Maifon & Couronne
de France & de nos Finances , Domestiques
& Commenceaux des Maiſons Royales & auquelques
Titres & Exemptions qu'ils
tres
I. vol.
ayent
DECEMBRE 172 4. 2703
ayent ou puiffent avoir , fans aucune exception
ni réferve , quoique non imprimée , mê.
me fur les Vins deftinez pour nous , à l'ufage
des Maiſons Royales , des Princes & Officiers
de la Couronne , defdites Compagnies & des
Maifons & Communautez Seculieres & Regulieres
, nonobftant tous privileges & autres
chofes à ce contraires , aufquelles nous avons
dérogé & dérogeons pour ce regard , fans
tirer à confequence , attendu ladite deftina-
& c. tion ,
ARREST du 12. Septembre , qui fait défenfes
aux Habitans des Paroifles , fituées dans
les trois lieuës des limites des Provinces de
Champagne , Bourgogne & Breffe , dénommées
au prefent Arrelt , de faire aucune plantation
& culture de Tabac , d'en tenir des
magafins & entrepofts , foit en feuilles , en
corde , en poudre ou autrement fabriquez .
ARREST du même jour , qui confirme
deux Sentences des Elûs de Niort & condamne
Philippes Cherbonneau , Marchand de
Vin & d'Eau- de Vie en l'amende de quinze
cens livres , & en la confifcation de cinquante
une Bariques d'Eau de - Vie , faute par lui:
d'avoir rapporté des certificats de décharges
du lieu de la deftination , &C.
ARREST du même jour , concernant les
Décharges à fournir par les Beneficiers , le
Recouvrement à faire & les Contraintes- à
exercer contre les Commis des Econômes
Generaux , Fermers & autres porteurs de
leurs Procurations , qui ont regi & reçû les
revenus des Benefices vacans à la nomination
de Sa Majefté , & en confequence ordonne
Iv que
1. vol.
2704 MERCURE DE FRANCE.
que les Prélats & autres Beneficiers qui font
en demeure de rapporter les décharges exprinées
dans fes Edits , Declarations & Arreits
de fon Confeil , notamment par celui du
vingt- fix Mars 1697. les remettront au fieur
Marchal , huitaine après la fignification du
prefent Arreft , finon qu'ils y feront contraints
par faifies de leurs Temporels. Veut Sa Majetté
que ceux qui feront en retard de payer
ce qu'ils doivent pour le tiers deſtiné aux
Nouveaux Convertis & autres droits d'Econômat
, foit pour avoir reçû eux mêmes les
revenus du temps de la vacance de leurs Benefices
, ou cautionné ceux aufquels il a été
donné des Procurations pour en faire la Regie
, foient pareillement contraints par les mêmes
voyes , & c.
ARREST du 25. Septembre , par lequel Sa
Majesté ordonne qu'à l'avenir , à commencer
du jour de la publication du prefent Arreſt ,
les Maîtres , Entrepreneurs des Caroffes Meffageries
& autres Voitures publiques , tant
par Eau que par Terre , enfemble leurs Commis
& Prépolez , dans toute l'étendue du
Royaume , feront tens d'avoir un Regiſtre
particulier , paraphé par les fieurs Intendans
& Commiffaires départis , ou leurs Subdeleguez
, dans lequel ils enregistreront par compte
les Efpeces d'or , & par poids celles d'argent
, qui leur feront remifes par toutes fortes
de Receveurs & Commis comptables des deniers
Royaux , pour être voiturez tant dans la
Ville de Paris que dans les autres Villes du
Royaume , & délivreront à ceux qui feront
lefdits envois des copies defdits Enregistremens
, fignées d'eux le tout à peine par lef
dits Maîtres , Entrepreneurs & Cominis def-
I. vol . dites
DECEMBRE 1724. 2705
dites Voitures de mille livres d'amende , & de
demeurer refponfables , en leurs propres &
privez noms , des fommes qui fe trouveront
manquer dans lefdits Envois , &c.
ARREST du 26. Septembre , qui ordonne
l'execution de la Declaration du 16. Mars
1720. & en confequence declare nulle une
Confignation de 650. livres faite entre les
mains du nommé Bardon , Huiffier , & condamne
le nommé Benafté au coût du prefent
Arreſt liquidé à 75. livres.
DECLARATION du Roi , du même jour,
qui porte que les Proprietaires des Rentes
affignées fur l'ancien Clergé , & dont la réduction
a été faite au denier 40. par la Declaration
du 16 Novembre 1713. qui ont plufeurs
parties payées par un même Payeur.
pourront par les Quittances qu'ils donneront
des fix derniers mois de la prefente année
réunir ladite Rente en une feule & unique partie
; & ceux qui ne feront point ladite réunion,
en demeureront déchûs pour toûjours.
›
DECLARATION du Roi , en explication
de l'Edit du mois de Juin 724. qui a regle le
denier de la Conftitution fur e pied du denier
30. Donnée à Fontainebleau le 26. Septembre
1724. Registrée en Parlement le 12. Octobre.
" ARREST du Grand Confeil , du même
jour , qui fait défenfes à tous ceux qui fe prétendent
Creanciers , tant des Ordres Royaux ,
Militaires & Hofpitaliers de Notre- Dame du
Mont Carmel & de Saint Lazare de Jerufalem,
que de l'Hôpital de Saint Jacques , uni au dits
Ordres , de faire des faifies & Arretts en d'au
I. vol.
tres I vj
2706 MERCURE DE FRANCE.
tres mains qu'en celles du Receveur particu
lier defdits Ordres.
ARREST du 4. Octobre , qui ordonne la
fuppreffion d'un Ecrit , ayant pour titre , Relation
de ce qui s'eft paffé dans l'Affemblée generale
de la Congregation de la Miffion , tenue
à Paris le 1. Aouſt 1724.
ARREST du même jour , qui ordonne que
Charles Baffet comptera au Confeil , tant des
droits qui compofoient la Ferme de Pierre
d'Eftabeau que de ceux réſervez à Charles
Cordier.
,
ARREST du 7. Octobre
qui maintient
les Abbé & Religieux de Notre - Dame de
Montferrat dans le droit de nommer à l'Abbaye
de Saint Geniez , en Rouffillon , un Abbé
triennal amovible ; à la charge neanmoins que
Iedit Abbé fera né fujet du Roi ; qu'il y fera
établi un Noviciat , pour y recevoir feulement
les Sujets de Sa Majelté; que le revenu
de ladite Abbaye ne pourra fortir du Royaume;
que les Vifiteurs qui feront envoyez de
l'Abbaye de Montſerrat , ne pourront exercer
leurs pouvoirs fans une permiffion particuliere
de Sa Majefté.-
ORDONNANCE de Police , publiée le 7.
Octobre , qui fa t défenfes à tous Hôteliers ,
Aubergiftes , Milanois , Savoyards , Lom .
bards , Pied nontois , Compagnons Tailleurs
Ravaudeufes , & autres qualifiez de Prevolts
de Chambrées , de donner à coucher à la nuit,
fans avoir un Regiftre vifé du Commiffaire ,
contenant les noms , furnoms , qualitez &
Pays, &c de ceux qu'ils retirent. Et qui con-
1. vol.
damne
DECEMBRE
1724.
2707
damne le nommé Gubert , Savoyard , en trois
livres d'amende.
ARREST du 10. Octobre , qui declare fujets
au Contrôle , les Actes & Adjudications
de nature à pouvoir être faits pardevant Notaires
, qui feront reçûs par les Greffiers &
Officiers de Juftice ; & accorde délai jufqu'au
dernier Mars 1725. pour contrôler les Actes
de cette nature.
ARREST du même jour , qui ordonne aux
Greffiers & autres Officiers de Juftice , de
faire contrôler dans la quinzaine les Adjudications
ou autres Actes faits pardevant eux ,
& leur accorde délai jufqu'au dernier Mars
1725. pour faire contrôler les précedans en
payant les Droits.
ARREST du 24. Octobre , qui ordonne que
les Acquereurs de biens immeubles à quelque
titre que ce foit , feront tenus de payer tous
-les droits du Centiéme Denier , dont lefdits
biens fe trouveront chargez à caufe des mutations
arrivées avant leurs titres de proprieté.
ORDONNANCE du Roi du 25. Octobre ,
portant défenfes de courir la Pofte en Berli
nes , ni en Chaiſes à deux perfonnes , par laquelle
il eft dit que Sa Majefté ayant été informée
, que le dérangement & la ruine de
nombre de Poftes fur differentes routes du
Royaume, provient principalement de l'ufage
qui s'eft introduit depuis quelques années
de courir dans des Voitures à quatre & à
deux perfonnes , lefquelles Voitures s'étant
multipliées confiderablement , ont caufé defi
frequentes pertes de chevaux aux Maîtres des
1.νοί. Poftes
2708 MERCURE DE FRANCE.
Poftes , que plufieurs ont été obligez de les
abandonner ; Et ce defordre étant également
préjudiciable au fervice de Sa Majefté & à
celui du Public. Elle a jugé à propos , pour
mettre les Maîtres des Poftes en état de fe
rémonter & de faire exactement leur fervice,
d'abolir l'ufage des Voitures à quatre & à
deux perfonnes , pour courir en pofte ; &
pour cet effet Sa Majefté a défendu & défend
très -expreffément & fous peine de prifon , à
tous les Maîtres des Poltes des Routes , tant
en droiture que de traverfe , foit du dedans,
foit des frontieres de fon Royaunie , & pour
quelque caufe que ce puiffe être , de donner
des chevaux pour mener des Berlines ou des
Chaifes à deux perfonnes , fans une permiffion
par écrit de Sa Majeſté , du Surintendant
General des Poftes , ou de ceux qui feront
chargez de l'execution de fes Ordres : Et à
l'égard de ceux qui courreront en chaife à
une perfonne feule , Sa Majefté veut & or
donne que leurs Malles , Valifes ou Portemanteaux
, ne puiffent exceder à l'avenir le
poids de cent livres , lefquelles Malles ou
Portemanteaux feront pefez à la premiere
Pofte de la Route que tiendront les Courriers
, & en cas qu'ils fe trouvent d'un poids
plus fort que celui defdites cent livres , yeur
Sa Majefté , que l'excedent en foit ôté , &
défend aux Maîtres de Poftes de leur don
ner des chevaux . Défend pareillement sa Majetté
à tous Courriers , de que que qualité &
condition qu'ils puiffent être , qui courreront
en Chaife , de faire mettre leurs Malles
ou Valifes fur le devant de leurfdies Chaifes
, mais bien fur le derriere d'icelles , pour
éviter que les chevaux de brancard foient ef-
}
4. vol·
tropiez
DECEMBRE 1724 2709
tropiez par la furcharge , comme il eft arrivé
en plufieurs occafions. Sa Majesté étant
informée d'ailleurs , que la plupart des Poftillons
, au lieu de s'en retourner à leurs
Poftes avec leurs chevaux , s'arrêtent des
temps confiderables en chemin , à des cabarets
ou ailleurs , & font caufe que les Courviers
ne font pas toûjours fervis promptement
, Elle enjoint aux Prevôts ou Commandans
des Maréchauffées établies dans les Provinces
du Royaume , d'obliger les Poftillons
qu'ils auront ainfi trouvez en contravention
de la prefente Ordonnance , à conduire leurs
chevaux à leurs Poftes , & enfuite de les arrêter
& conftituer Prifonniers dans les Prifons
Royales les plus prochaines defdites
Poftes, pour y refter juſqu'à nouvel ordre du
Grand Maître & Surintendant General des
Poftes.
DECLARATION du Roi , concernant les
Engagites des Prifons. Donnée à Fontainebleau
le 7. Novembre 1724. Regiftrée en Parlement.
Par laquelle Sa Majefté ordonne que
les Engagiftes de fes Domaines , qui ont des
Prifons compriſes dans leur Engagement ,
foient tenus d'entretenir lefdites Prifons de
toutes reparations , & d'y pourvoir de bons
& fideles Geoliers , qu'ils prefenteront aux
Procureurs Generaux de fes Cours de Parlement
, & qui feront tenus de prêter devant
les Juges des lieux , le ferment en tel cas
requis & accoûtumé , après qu'à la requête
defdits Procureurs Generaux ou de leurs
Subftituts , il aura été informé de leurs vie
& moeurs , & que faute par lefdits Engagiftes
de pourvoir lefdites Prifons de bons &
>
A1. vol.
fideles
1710 MERCURE DE FRANCE.
fideles Geoliers , il foit pourvû à la garde
d'icelles par les Cours de Parlement , en la
maniere prefcrite par la Declaration du 11 .
Juin dernier.
ARREST du même jour , qui proroge
jufqu'au dernier Octobre 172 5. inclufivement
les 'delais accordez par les Arrêts des premier
Novembre 1722. 7. Janvier & 15. Juillet
1713. & 7. Mars de la prefente année ,
pour le payement des deux deniers pour les
Decrets volontaires .
ARREST du 7. Novembre , pour affurer
des fonds fuffifans pour le fecours des Hôpitaux
, & la nourriture des pauvres Mendians
qui s'y rendent volontairement , ou qui
y font actuellement conduits ; par lequel Sa
M. ordonne que les Gages & Taxations attribuez
tant aux Offices de Gouverneurs ,
Lieutenans de Roi & Majors , qu'aux Offices
Municipaux , & à ceux des Syndics des
Paroiffes & des Greffiers des Rolles des Tailles
, échûs depuis le premier Octobre 1722 .
jufqu'au jour de la fuppreffion defdits Offices
, ou jufqu'au jour des provifions accordées
aux acquereurs , feront affectées aux reparations
des Hôpitaux & à la nourriture des
pauvres Mendians valides & invalides .
ARREST du 11. Novembre , par lequel
S. M. ordonne que l'Ecrit imprimé ſous le titre
de Letre de M. Duguet à M. l'Ev que de
Mo tpellier, au fujet de les Remontrances au
Roy , fera & demeurera fupprimé , & que les
exemplaires qui en ont été diftribuez , fero t
inceffamment rapportez , tant au fieur d'Om-
1. vol.
breval
DECEMBRE 1724. 2711
breval , Lieutenant General de Police dans
La Ville , Prevôté & Vicomté de Paris , qu'aux
Greffes des fieurs Intendans & Commiffaires
départis dans les Provinces & Generalitez
du Royaume , pour être pareillement fupprimez
& lacerez : Ordonne en outre , que
par ledit fieur d'Ombreval , que Sa Majefté
a pour ce commis , il fera informé à la requête
du Subftitut de fon Procureur General
au Châtelet de Paris , contre l'Auteur ,
l'Imprimeur , & les diftributeurs dudit Ecrit ;
pour , fon information vûë & raportée , être
par Sa Majefté ordonné ce qu'il appartiendra
pour la punition des coupables , comme
perturbateurs du repos public , & c.
ARREST du 11. Movembre , qui défend
à toutes perfonnes , de quelque qualité &
condition qu'elles foient , d'exercer aucuns
Offices de Judicature , Police , Finance ou
Domaniaux , fans Provifion de S. M. ou Com
miffions du Grand Sceau.
ORDONNANCE du Roi du 14. Novembre
, portant que le produit des prifes qui
feront faites à l'avenir en commerce étranger
dans les Colonies , continuëra d'être dépo
fé entre les mains du Commis du Treforier
de la Marine , pour être employé fuivant
les ordres particuliers de S. M.
ARREST du s. Decembre , qui ordonne
que le fol pour livre de remife , accordépar
celui du 3. Octobre dernier , aux Collecteurs,
Receveurs des Tailles , & Receveurs Generaux
des Finances , fur l'impofition à faire
de trois Deniers pour livre de la Taille , re-
1. vol.
fervez
2712 MERCURE DE FRANCE .
fervez aux Hôpitaux , fera impofé par augmentation
des fommes aufquelles lefdits trois
Deniers pour livré de la Taille fe trouveront
monter ; Et difpenfe les Receveurs des Tailles
, de tenir un Journal feparé , tant de ladite
impofition de trois Deniers pour livre de
la Taille , refervez aux Hopitaux , que dudit
fol pour livre de remifé , lefquels ils feront
cependant tenus de porter fur leur Regiſtre
ordinaire.
ARREST du 9. Decembre , qui ordonne ,
que l'impofition de la moitié des Gages de
Syndics des Paroiffes , & Taxations de Greffiers
des Rolles des Tailles , refervez pour le
fecours des Hôpitaux , fera faite fur le pied
de trois Deniers pour livre , en fus des Depiers
des Tailles."
ARREST du 12. Decembre , qui ordonne
conformément à l'Edit de Fevrier 1674. que
ceux qui ont faic ou qui feront à l'avenir
des acquifitions par échange , feront tenus
den payer à Sa Majefté les Droits Seigneuriaux
& Feodaux , tels qu'ils font reglez par
les coûtumes des lieux .
Le fecond volume de ce mois , ou Supplement
des fix derniers mois de l'année
1724. eft fous preffe & paroîtra inceffamment
, avec une Table generale des matieres
employées pendant toute l'année.
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le 1. vol, du Mercure de Fran
ce du mois de Decembre , & j'ay crû qu'on
pouvoit en permettre l'impreffion . A Paris
le 2. Janvier 1725.
HARDION
TABLE
Des Principales Matieres , contenuës
dans ce 1. volume.
P
IECES Fugitives. Borée & Orythie , Cantare
. 2503
Lettre du Pere de Grainville fur des Medailles
rares .
Epître de M. Vergier , &c.
Lettre fur le Poëme de la Ligue.
Vers de Biribi à fa Maîtreffe.
2507
2523
2529
2535
Lettres & remarques fur la Ville dé Dijon. 2538
Le Cochon de Lait , Fable. 2547
Lettres de Malthe fur le remede de l'Eau à la
glace.
Epître fur l'Amitié.
2545
2550
Lettre & Eloge fur la mort de D. Mopinot.
La Priere , Ode.
2553
2565
Ouverture des Académies , & Eloge de M.
Boivin Differtation fur l'Auteur de l'Alcoran
, & c.
Vers à Mad . ***
2570
2581
Ouverture de l'Académie de Bordeaux. 2583
Le Babil , Ode. 25.3
Lettre écrite au ſujet du Traité du R. P. B.
2596
Traduction de l'Ode d'Horace , Mater , & c.
2630
Lettre de M. Vergier.
2673
Enigmes
2655
NOUVELLES Litteraires , & c. Noels nouveaux.
2608
Ouverture du College Royal. 2610
Projet d'un Catalogue general des Manufcrits
de France. 2612
Extrait de Lettre fur l'Edition d'une Hiftoire
Grecque. 2614
Catalogue de la Bibliotheque du Cardinal du
Bois .
Chanfon.
Spectacles , & c.
2615
2623
2624
Lettre de Londres fur les Spectacles. 2628
Nouvelles du Temps , de Turquie , de Ruffie,
de Pologne , & Sentence criminelle de
Thorn , & c. 2538
D'Allemagne , Grande Bretagne , Eſpagne &
Proclamation du Prince des Afturies. 2645
D'Italie & Extrait d'une Lettre de Rome. 2657
Morts & Mariages des Pays Etrangers. 2660
France , nouvelles , &c. 2661
Benediction des Cloches de la Cathedrale
d'Angers . 2666
Union des deux Semeftres du Parlement de
Bretagne. 267I
Morts , Mariages , &c . 2679
Supplement , Relation de Conftantinople. 2682
Difcours qui a remporté le prix à Pau.
Sonnet , Bouts - rimez .
Accouchement extraordinaire.
Réponse à la queſtion propofée.
2693
2696
2697
Ibid.
2751
2702
Avis pour le fecond volume de ce mois.
Autre.
Article des Arreſts .
Errata de Novembre.
Age 2490. ligne 15. fe pofteront , lifez
Le porteront.
L'Air noté doit regarder la page 2623
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIE
AU
ROT
DECEMBRE 1724 .
II. VOLUME. 1.
B
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay des Auguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXIV
Avec Approbation & Privilege du Roi.
PRIVILEGE
DU ROr.
LOUIS, par la grace de Dieu , Roi de France & de
·
Navarr .: nos Amez & Feaux Confeillers , les
Gens tenans nos Cours de Parlement , Maitres des
Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel , Grand-Confeil ,
Baillifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres
nos Officiers & fufticiers qu'il appartiendra. Sa-
LUT : P'applaudiffement que reçoit le MERCURE DE
FRANCE , Cy devant appellé le Mercure Galant ,
compofé depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé , &
autres Auteurs , nous fait croire que le fieur Dufreni ,
Titulaire du dernier Brevet étant decedé , il ne convient
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un ouvrage
auffi utile qu'agréable , tant à nos ſujets qu'aux
étrangers ; c'est dans cette vûë que bien informé des
talens , & de la fageffe du fieur ANTOINE DE LA ROQUE,
Ecuyer , ancien Gendarme dans la Compagnie des
Gendarmes de nôtre Gard: ordinaire , & Cheva ier
de nôtre Ordre Militaire de Saint Louis ; nous l'avons
choisi pour compofer à l'avenir exclufivement à tout
aurre ledit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE
FRANCE , & nous lui en avons à cet effet accordé nôtre
Brevet le 17. Octobre dernier , pour l'execution duquel
ledit fieur de la Roque nous a fait fupplier de
lui accorder nos Lettres de Privilege fur ce neceffai
res : A CES CAUSES , conformément audit Brevet , Nous
lui avons permis & permettons par ces Prefentes de
compofer & donner au Public à l'avenir tous les mois
à lui feul exclufivement , ledit Mercure de France, qu'il
pourra faire imprimer en tel volume , forme , marge,
caractere , conjointement, ou feparement , & autant
de fois que bon lui femblera , chaque mois , & de le
faire vendre & débiter partout nôtre Royaume, & ce
pendant le temps de douze années confecutives ,
compter du jour de la datte des Prefentes ; à condition
neanmoins que chaque volume portera fon Appro❤
bation expreffe de l'Examinateur , qui aura été com
A ij
> correcmis
à cet effer. Faifons défenfes à toutes fortes de
perfonnes de quelques qualitez & conditions qu'elles
foient d'en introduire d'impreffions étrangeres dans
aucun lieu de nôtre obéiffance , comme auffi à tous
Libraires , Imprimeurs , Graveurs , & autres , d'im
primer , faire imprimer , graver , vendre , faire vendre,
débiter ni contrefaire ledit Livre , ou planches en tout
ou en partie , ni d'en faire aucun Extrait , fous quelque
prétexte que ce foit , d'augmentation
tions , changement de titre , ou autrement fans la
permiffion expreffe & par écrit de l'Expofant , ou de
ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de confifcation
des exemplaires contrefaits , de 6000 , livres
d'amende , payables fans déport par chacun des contrevenans
, dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel-
Dieu de Paris , l'a itre tiers à l'Expofant , ou à ceux
qui auront droit de lui , & de tous dépens , dommages
& interelts ; à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur les Regiftres de la Com.
munauté des Libraires & Imprimeurs de Paris , & ce
dans trois mois de la datte d'icelles ; que l'impreffion
de ce Livre fera faite dans nôtre Royaume , & non
ailleurs , en fin papier , & en beau caractere , confor
mément aux Reglemens de la Librai ie ; & qu'avant
de l'expofer en vente , le manufcrit ou imprimé qui
aura fervi de copie à l'impreflion dudit Livre fra
remis dans le même éra: ou les Approbations y au
ront été données és mains de nôtre très - cher &
Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France , le
fieur FLEURIAU D'ARM NONVILLE , Commandeur de nos
ordres , & qu'il en fera enfuite remis deux Exemplai .
res de chacun dans notre Bibliotheque publique , un
dans celle de notre Château du Louvre , & un dans
celle de nôtredit très - cher & Feal Chevalier , Garde
des Sceaux de France ; le tout à peine de nullité des
Prefentes , du contenu defquelles Vous enjoignons de
faire jouir ledit Expofant , ou fes ayans caufe pleinement
& paifiblement , fans fouffrir qu'il leur foit fait
aucuns troubles & empêchemens , & à cet effet nous
avons revoqué & revoquons tous autres Privileges
qui pourroient avoir été dɔnnez cy - devint à d'autres
qu'audit Expofant ; Voulons que la copie des Prefentes
qui fera imprimée tout au long au commencement ou
à la fin dudit Livre foit tenue pour dûëment fignifiée ,
& qu'aux copies collationnées par l'un de nos Amez
& Feaux Confeiliers - Secretaires , foy foit ajoûtée
·
comme à l'original commandons au premier nôtre
Huifier ou Sergent de faire pour l'execution d'icelles ,
tous Actes requis & neceffaires , fans demander autre
permiffion , nonobftant clameur de Haro , Char.re Normande
, & Lettres à ce contraires ; CAR tel eſt nôtre
plaifir. Donné à Paris le 9. jour de Novembre , l'an de
grace 1724. & de nôtre Regne le 10. Par le Roi en
fon Confeil. Signé , DE SAÏNT HILAIRE.
Regiftré fur le Regifre VI. de la Chambre
Royale Syndicale de la Librairie & Imprimerie
de Paris , N. 110. fol. 95. conformément
au Reglement ae 1723. Qui fait défenſes art.
IV. à toutes personnes de quelque qualité.
qu'elles foient , autres que les Libraires & Imprimeurs
, de vendre , débiter & faire afficher
aucuns Livres pour les vendre en leurs noms ,
foit qu'ils s'en difent les Auteurs ou autrement.
Et à la charge de fournir les Exemplaires prefcrits
par l'Article CVIII , du même Reglement .
A Paris le vingt- trois Novembre mil fept cent
vingt- quatre. Signé , BRUNET , Syndic.
A iij
La
Lcho
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour Leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
cople.
-
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de fair leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fols.
2719
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU Ror
DECEMBRE 1724 .
11. VOLUME.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LA PIE ET LE ROITELET.
FABLE.
Ans l'épaiffeur d'un feüillage ,
D
Une Pie en belle humeur ,
Attira par fon ramage
Les Oiseaux du voisinage.
2. vol.
Là, A ij
2710 MERCURE DE FRANCE.
Là , voyant maint Auditeur
Charmé de fon beau langage ,
Elle en jafa davantage.
C'étoit un efprit coquet ,
Qui caufoit en Perroquet ;
Sans refpect de parentage ,
D'amitié , de comperage ,
Chacun avoit fon paquet.
Etant donc d'humeur à rire ,
Elle fit une Satyre
Contre l'Aigle & le Corbeau ;
Puis daubant fur l'Etourneau .
Sur le Geay , fur le Moineau ,
Elle eut quelque chofe à dire
Sur chaque efpece d'oiſeau.
Selon elle la Linotte
N'avoit ni game , ni notte ;
A fon gré , le Roffignol
N'avoit pas la voix fort belle ;
L'Alloüette & l'Hirondelle
Ne fçavoient rien au prix d'elle ,
Dans becare & dans bemol .
A l'oüir , la Tourterelle ,
2. vol.
N'étoit
DECEMBRE 1724.
2721
N'étoit chafte ni fidelle ;
Le Perroquet fans raiſon ,
Sans efprit & fans cervelle ,
Etoit fait comme un Oifon.
Même un jour la Demoiſelle
Soutenoit fur fon ormeau ,
Que le Paon n'étoit pas beau ,
Quoiqu'en dit mainte femelle.
Elle jafoit fur ce ton ,
*
Lorſqu'un petit Berrichon ,
Qui fortoit de fon buiffon ,
Entendit la babillarde ,
•
Et ſe dreffant fur l'ergot :
Vraiment , lui dit- il , Margot ,
Vous faites bien la gaillarde.
Sus donc , la femme de bien ,
Puifque vous n'épargnez rien
Dans vôtre humeur libre & franche ,
Tournons fur vous l'entretien.
La , la , nous vous voyons bien ,
Vous n'êtes pas toute blanche.
Apprend d'ici , médiſant ,
* Roitelet.
2. vol.
Que
A v
2722 MERCURE DE FRANCE.
Que le plus petit plaifant
Te
peutdonner ta revanche.
EXTRAIT du Memoire lû à l'Affemblée
publique de l'Académie Royale des
Sciences , le 14. Novembre dernier fur
les Eaux de Paffi.
M
R Geoffroy le jeune lût enſuite
un Difcours , intitulé nouvel Exa
men des Eaux de Paffi , avec une Methode
de les imiter , qui fait connoître de
quelle maniere ces Eaux fe chargent de
leur mineral .
Il montra d'abord que les Eaux de
Paffi avoient couru diverfes fortunes depuis
leurs découvertes. Il y en a d'anciennes
dont on fe fert depuis long - temps
avec fuccès , quoiqu'elles foient moins
actives que celles que M. l'Abbé le Ragois
découvrit il y a environ fix ans dans
une maifon qu'il a à Paffi. Ces nouvelles
Eaux furent examinées pour lors par des
Députez de la Faculté de Medecine , &
eurent depuis ce temps - là une très - grande
vogue par les bons effets qu'elles produifirent.
Tout nouvellement un voiſin dù fieur
2. vol. Abbé
DECEMBRE 1724.
2723
Abbé le Ragois , nommé M. Guichou
en faiſant fouiller dans fon jardin à neuf
pieds du mur mitoyen , a trouvé quatre
fources d'Eux Minerales , qui ont fait
tarir celles de l'Abbé le Ragois. Celui- ,
ci pour fe redimer de la vexation , en
fouillant de fon côté a recouvré une nouvelle
fource qui n'eft point inferieure à
celles qu'il avoit auparavant , & pour
n'être point dépouillé à l'avenir il à fait
creufer un peu au - deffous un puits allez
profond , dont l'eau eft pareillement Minerale.
a
Ces differentes manoeuvres ont fait
naître des conteftations , dont le Confeil
a pris connoillance . Son autorité étoit ici
très -neceffaire pour empêcher que des
fouilles faites mal à propos ne portaffent
préjudice à des Eaux fi falutaires , &
d'autant plus importantes qu'elles fe trouvent
aux portes de Paris .
S
La Cour ayant nommé pour Commiffaires
M. d'Ombreval , Lieutenant General
de Police , avec M's Terret & Falconet
, fils , Medecins du Roi , M. Geof
froy fut choifi par eux pour faire les experiences
neceffaires à l'examen de ces
nouvelles Eaux . Avant que d'entrer dans
le détail de ces experiences , il fit obferver
que le terrain de Paffi , outre la pierre
, les glaifes , les mines de fer qui ont
2. vol.
A vj été
2724 MERCURE DE FRANCE.
été remarquez par ceux qui ont examiné
ces Eaux avant lui , contient encore une
forte de talc ou de gips , d'une figure aflez
reguliere comme d'une Prifme terminé
par dix faces , dont les oppofées font paralelles
, deux à chaque bout , & fix
dans la longueur .
рад
On trouve encore dans ce terrain des
Marcaffites ou Firites , où l'on remarque
des grains de vitriol verd tout formé , &
d'où l'on tire par les operations de Chimie
un fouffre tout femblable au fouffre
commun.
Après cette defcription M. Geoffroy
expofa avec beaucoup de netteté & de
précifion les differentes experiences qu'il
a faites , tant fur les nouvelles Eaux de
Paffi que fur les anciennes , afin d'en
mieux juger , en les comparant les unes
avec les autres.
l'Eau
Premierement , en éprouvant ces Eaux
par la noix de galle , comme on fait toutes
celles qui tiennent du vitriol , & par
confequent du fer , il a trouvé que
de la fource du fieur Abbé le Ragois
étoit une demi - heure à fe colorer , &
qu'elle prenoit une teinte de bleu d'azur ;
que l'Eau de la premiere des quatre
fources du fieur Guichou , qui eft la plus
forte , prenoit la même teinte , mais en
moins de temps ; que celle de la deuxié-
2. vol.
me
DECEMBRE 1724. 2725
me fe coloroit aflez vite en Ametifle
avant que de paller au bleu ; que celle
de la troifiéme & de la quatriéme fource
fe teignoient fur le champ d'une couleur
rougeâtre qui fe change en violet pourpre
; & qu'enfin l'Eau du Puits du fieur
Abbé le Ragois prend fubitement une
couleur de violet foncé , qui devient rou- .
geâtre , loríqu'elle commence à dépofer.
Pour les deux fources des anciennes
Eaux de Paffi , elles fe teignent promptement
d'une couleur rougeâtre obfcure , tirant
fur le pourpre.
Cette diverfité des nuances fait juger
des differents dégrez d'activité qui font
entre ces Eaux . Les plus fortes teignent
en bleu fans mêlange de rouge , & ce font
auffi celles qui font plus long- temps à
prendre couleur , parce que le Mineral
ferrugineux qu'elles contiennent , eft uni
fi intimement avec l'Eau , qu'il a de la
peine à s'en feparer , & à donner une
teinture à l'eau , en fe précipitant par le
moyen de la noix de galle .
La deuxième épreuve que M. Geoffroy
fit de ces Eaux , fut d'en examiner le
poids comparé dans le même volume.
Pour cela il fe fervit du peze liqueur de
feu M. Homberg , qui eft une petite ampoulle
de verre qu'on peut remplir trèsexactement
, au moyen d'une petite cu-
2. vol.
verture
2726 MERCURE DE FRANCE .
verture faillanté à côté de l'embouchure,
par où l'air peut s'échaper en même temps
qu'on remplit l'ampoulle.
Un de ces petits vailleaux rempli d'eau
de riviere pallée par le fable , ou d'eau
diftillée s'elt trouvé pefer le poids du
vaiffeau à part ) une once trois grains.
L'Eau de l'Abbé le Ragois , & celle des
deux premieres fources du fieur Guichou ,
en pareil volume , furpalloient ce poids
de deux grains . L'Eau du Puits de cet
Abbé l'emportoit de trois Celle de la
troifiéme fource du fieur Guichou , &
des deux anciennes fources des Eaux de
Paffi ne l'emportoient que d'un . Enfin
celle de la quatriéme fource du fieur Guichou
ne l'emportoit que d'un demi-grain .
•
La troifiéme & derniere épreuve que
M. Geoffroy a faite fur les Eaux de Paffi
eft l'évaporation . Il a fait évaporer chaque
efpece de ces Eaux au bain marie , à
une chaleur très égale , dans des vaiffeaux
de verre , & il n'a mis dans chacun que
le poids de huit onces d'Eau , afin d'être
de la derniere exactitude dans les pefées ;
ainfi il n'a pris préciſement que le quart
de la pinte qui pefe trente -deux onces .
L'évaporation faite , il s'eft trouvé au
fond des vaiffeaux des réfidences de differens
poids felon la nature de l'Eau éprouvée.
L'Eau de la Fontaine de l'Abbé le
2. vol.
Ragois ,
DECEMBRE 1724. 2727
1
Ragois , & celle de la premiere fource
du fieur Guichou qui vont toûjours de
pair , ont laiffé également le poids de 18 .
grains de réfidence . Mais l'Eau du Puits
dont le mineral eft plus pefant & plus
groffier en a laiffé 21. grains . Celles de
la feconde & de la troifiéme du fieur
Guichou n'en ont laillé que 15. mais
celle de la quatrième n'en a laillé que
neuf, & les anciennes Eaux de Paffi en ont
laillé douze , & cela fans aucune variation
; ce qui eft à remarquer , au lieu que
toutes les autres ont varié dans le poids
de leur réfidence après des évaporations
repetées , ce qui prouve qu'elles ne font
pas également chargées de leur mineral ,
comme le font celles de cette quatrième
fource, auffi bien que les anciennes .
M. Geoffroy diftingua trois parties
dans ces réfidences , une terre rougeâtre
ferrugineuse qui occupe le fond , une
concretion talqueufe au deflus , & quelques
parties falines autour des bords ; le
tout recouvert d'une couleur d'or ou de
bronze qui provient du fouffre metallique
du fer.
Cette matiere talqueufe ou gipfeufe
qui fe trouve dans les réfidences de toutes
les Eaux de Paffi leur avoit donné une
mauvaiſe réputation. On les accufoit
d'être plâtreufes , & l'Auteur du Traité
2. vol.
des
2728 MERCURE DE FRANCE :
des nouvelles Eaux de Paffi n'avoit ofé
toucher cette corde , de peur de ne les en
pas juſtifier à fon gré.
C'eſt une obfervation particuliere à
M. Geoffroy , que toutes les matieres vitrioliques
produifent par leur décompofition
ces matieres gipfeufes fans aucun
mêlange étranger. Ainfi ce qui pouvoit
allarmer fur ces Eaux fe détruit preſentement
, puifque c'eft une marque qu'elles
font vitrioliques & ferrugineufes , &
par confequent très-falutaires pour lever
les obftructions .
Pour ce qui eft de la partie faline du
vitriol , elle eft en petite quantité dans
la réfidence de ces Eaux , puifqu'en faifant
évaporer quatre livres douze onces
d'Eau , qui font environ deux pintes &
chopine , fur deux gros de réfidence , il
n'a trouvé que 42. grains de partie faline.
Il a fait obferver que ce fel n'étoit
plus vitriolique ; mais qu'il s'étoit tranfforme
en un fel de glauber , qui eſt une
production Chimique faite par l'union
de l'acide du vitriol avec la terre du fel
marin . Cette obſervation n'avoit point
encore été faite par ceux qui ont examiné
les Eaux de Paffi.
La partie rougeâtre qui ret au fond
eft un mars ou fer très-délié , & trèspropre
à lever les obftructions qui cau- 2. vol.
fent
DECEMBRE 1724. 2729
fent les maladies chroniques. C'eft ce qui
juftifie la pratique des Medecins qui ordonnent
ces Eaux en pareil cas , & que
le vulgaire condamne mal à propos .
En examinant de quelle maniere des
Eaux qui paffent par des mines vitrioliques
& ferrugineufes fe peuvent charger
de leur mineral , M. Geoffroy a fait
voir qu'elles le faifoient à plufieurs reprifes
, en dépofant la partie la plus groffiere
, pour ne retenir que la plus fubtile
& la plus attenuée. C'eft ce qui fait que
ces Eaux ne dépofent prefque point hors
de la Fontaine quand on les garde en un
lieu frais , & dans des bouteilles bien bouchées.
Les fortes, telles que celles de l'Abbé
le Ragois , & de la premiere fource
du fieur Guichou , gardées de la forte, confervent
leur vertu plufieurs mois.
M. Geoffroy en faifant diffoudre dans
de l'eau commune du vitriol verd , qu'on
appelle vitriol de Mars , a remarqué
qu'un feul grain fur une pinte d'Eau ſuffifoit
pour lui donner le goût d'Eau minerale
, & la faculté de teindre avec la
noix de galle ; mais cette vertu ne fubfifte
pas. Il a fallu charger l'Eau commune
du poids de dix grains de vitriol , &
là laiffer dépofer fon fediment groffier
pendant plufieurs jours , pour lui donner
une vertu qui fut de durée . Alors il a
2. vol.
vû
2730 MERCURE DE FRANCE .
vû que cette Eau imitée ſe gardoit plufieurs
jours , au bout defquels elle teignoit
encore , & d'un bleu pareil à celui
des fortes Eaux de Paffi . En évaporant
cette Eau au poids de huit onces comme
les autres , il y a trouvé trois grains de
réfidence de la même nature que celle
des autres Eaux avec les mêmes concretions
gipfeufes , ce qui fait voir qu'elles
viennent uniquement du vitriol.
Quand il a chargé l'Eau commune de
20. grains de vitriol , & qu'il l'a laiffé
dépofer & féjourner fur fon fediment , il
en a eu une Eau plus approchante de
beaucoup des Eaux minerales naturelles
qui s'eft confervée pendant un mois avec
la vertu de teindre en bleu , & qui lui a
laillé après l'évaporation le poids de fix
grains de réfidence. En mettant fon vitriol
avec la glaife , l'Eau en étoit plus limpide
, & donnoit par la noix de galle une
teinture plus belle .
Au refte , ce gips ou talc qui fe trouve
dans la réfidence de ces Eaux , vû au microſcope
, eft de la même configuration
que le talc de Paffi. Celui - ci fe décompofe
dans l'efprit de vitriol , & fe regenere
en petites parcelles gipfeufes , pareilles
à celles des réfidences dont on
vient de parler. M. l'Abbé Bignon ajoûta
que le Confeil avoit décidé l'affaire , de
2. vol.
maDECEMBRE
1724. 2731
maniere que le Public ne courroit plus
de rifque pour ces Eaux , aufquelles il
prend avec raifon tant d'intereft .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXX***** X
E'TRENNES aux Auteurs du Mercure
OD E.
Ous qui nous tracez la peinture
Vous
Des faits les plus intereffans ,
Qui faites par vôtre Mercure ,
1
Naître cent plaifirs innocens ;
Que vous joignez de politeffe
A la fine délicateffe !
Qu'Apolon vous a bien inſtruits !
Que vôtre main doit être habile !
Que vôtre travail eft utile !
Qu'ileft doux d'en goûter les fruits !
Semblable à ces fleuves rapides ,
Qui groffis de plufieurs ruiffeaux ,
Dans le fein des terres arides ,
Portent l'abondance & leurs eaux ;
Le Mercure , de chaque ouvrage ,
Avec un choix difcret & fage ,
Prend foin de recueillir la fleur ,
2. vol.
Et
2732 MERCURE DE FRANCE.
Et d'un butin qu'il rend fertile ,
Va tous les mois de Ville en Ville
Enrichir l'avide lecteur.
Envain d'une étroite limite ,
Nature borna nos efprits ;
On veut tout fçavoir , tout irrite
L ardeur dont nous fommes épris.
Par vous cette foif inquiéte ,
Eft abondamment fatisfaite ,
Les veritez s'offrent à nous :
Dans vos écrits pleins de lumieres ,
Brillent de nouvelles matieres ,
Nous fçavons ; quel bien eft plus boux !
Quel art , quel genre de ſcience ,
Echape à vos foins vigilans ?
Le partifan de l'éloquence
Vous doit des morceaux excellens ;
Le jeune éleve du Parnaffe ,
Des vers , vrais modeles de grace ,
De bon fens , de naïveté ;
Le fçavant , mainte conjecture ,
2. vol.
Qui
DECEMBRE 1724. 2733
Qui développe la nature
Avec une heureuſe clarté.
Ici je vois des nouvelliftes ,
Qui dans leur utile loifir ,
D'évenemens joyeux & triftes ,
Se font un bizarre plaifir :
Le vaſte circuit de la terre ,
Des peuples que fon globe enferre
Ne peut dérober les projets ,
Mille relations certaines ,
Fruit officieux de vos peines ,
Rapprochent de nous ces objets.
Là vos Enigmes déguifées ,
Sous un portrait ingenieux ,
Dont nos ames font abulées ,
Flatent nos defirs curieux ;
On s'applique , on travaille , on fuë ,
On prend haleine , on s'évertuë ,
On marque fon empreſſement ;
L'espoir d'en fonder le miſtere ,
Rendant la peine plus legere ,
En fait un doux amufement.
2. vel,
Tan:
2734 MERCURE DE FRANCE .
Tantôt d'une furannée menfoire ,
Débrouillant le cahos obſcur ,
Des routes fombres de l'Hiftoire ,
Vous faites un chemin plus sûr.
A- t'on par quelque découverte
Reparé la fâcheufe perte ,
Des monumens du temps paffé :
Infcriptions , Urnes , Medaillles ,
Devifes , Portraits , Antiquailles ,
Par vous tout nous eft annoncé .
D'un travail fi cher à la France ,
Que Louis fent bien la valeur ,
Qu'il fait éclater de prudence
En l'honorant de fa faveur ;
Publiez fous de tels aufpices ,
Vos ouvrages font les délices ,
Du peuple , des Grands , de la Cour ;
Loüis protecteur du Mercure ,
Accorde à la Litterature
Ce qu'elle doit lui rendre un jour.
Frere Felix , Carme.
De Nantes le 16. Novembre 1724.
2. vol. LETDECEMBRE
1724. 2735
LETTRE écrite à Mrs de la Societé
Litteraire de Châlons en Champagne ,
fur les Etabliffemens Académiques , tant
que modernes , par M. de V....
anciens
MESSIE ESSIEURS ,
Quoique vous ayez une parfaite connoifance
des Etabliffemens Académiques
de l'Antiquité , & de ceux qui les ont
fuivis , j'ai formé le deffein de les reprefenter
à vos yeux , afin de vous encourager
à fuivre dans l'Empire des Lettres,
la route que vous tenez pour aller à
la gloire.
Academus , riche Citoyen d'Athénes ,
donna le nom d'Académie aux affemblées
des Philofophes , par le prefent qu'il fit
à Platon , qui en étoit le chef , de la maifon
, fituée dans les Fauxbourgs d'Athenes
, ou pour l'honneur de la Grece , ce
dernier donna des leçons , qui avec fes
écrits lui firent meriter le furnom de
Divin .
Ciceron , le Prince de l'Eloquence Romaine
, fit conftruire fa belle maiſon auprès
de Pouzzol , pour y aflembler les
2. vol.
Doctes
2736 MERCURE DE FRANCE.
Doctes , qui par leurs ouvrages ont éclai
ré les fiecles paffez , & inftru.fent encore
aujourd'hui le nôtre. Un apparte
ment de cette maifon fut nommé Acadé
mie, & les queſtions qui y furent traitées,
portent le nom de Queſtions Académiques
dans les ouvrages de Ciceron .
Mecene , Chevalier Romain , favori fa
les Lettres fous le regne d'Augufte , d'une
fi finguliere protection , que fon nom
eft paffé , comme vous le fçavez , aux
Sçavans qui ayant eu comme lui le même
goût pour elles , s'en font declarez les
protecteurs . Nom qui eft particulierement
dû aux protecteurs des Corps Académiques
.
Vous fçavez auffi , Meffieurs , qu'avant
& après cet heureux regne il y a
eu à Marseille une Académie , dont les
Romains mêmes ont profite , qui a illuftré
les Gaules , après y avoir diffipé les
tenebres de l'ignorance & de la Barbarie.
» Celebre Académie , dit un de nos *
» Ecrivains François , qui n'a point eu
» de Superieure dans le monde , & qui a
» ferieufement difputé le ring de préfeance
à celle d'Athenes . Il n'y a point
d'art ni de ſcience qu'on n'y cultivât
avec autant de fuccès que de
pompe &
Baillet , jugement des Sçavans , & c. T. 1 .
des Préjugez des Nations,
>>
>>
1. vol.
d'éclat
DECEMBRE 1724. 2737
d'éclat. On ne fe contentoit pas d'y en- «
feigner & d'y parler communément les «<
trois Langues ; fçavoir , la Grecque , la «<
Celtique ou Gauloife , & dans la fuite «<
des temps la Latine , qui s'y introduifit «<
après la prife de Rome par les Gaulois . «
Ce qui a fait donner à la Ville de Marfeille
le nom de Triglotte par les Grecs , «
& de Trilingue par les Latins , comme «
S. Ifidore de Seville le raporte de Var- «
ron. <<
On y profeffoit encore publiquement
l'Eloquence , la Philofophie , les «
Mathematiques , la Medecine , la Ju- «
rifprudence , & la Theologie fabuleufe. «
C'est ce qui la fait appeller le fiege & la «
Maîtreffe des Etudes & des Sciences <<
par ( a) Tacite , qui releve la gloire de «
fon beau- pere , par l'avantage qu'il «<
avoit eu d'y faire fes études. ( b) Cice- «
ron mettoit l'excellence de ces Ecoles «
à un fi haut point , qu'il femble avoir «
préferé cette fçavante grande Ville , «
non feulement à toute la Grece , mais «<
à toutes les Nations du monde , tant «
par La belle difcipline , que pour l'im- «
portance , & la gravité des fciences «<
que l'on y profeffoit , & il l'appelle la «<
સ્
(a) Traité dans la vie d'Agricola.
(6) Ciceron dans fon Oraifon pour Flavius.
2. vol. B nouz
2738 MERCURE DE FRANCE.
> nouvelle Athenes des Gaules , l'abord
» univerfel , & le confluant des Belles-
» Lettres & de la politeffe .
>>
» Quand on fait réflexion , dit enfin
»> nôtre Auteur , fur cette antiquité &
>> fur cet établiffement de l'Académie de
» Marſeille , on n'a plus lieu de s'étonner
» que les Gaules ayent porté des Ecri-
» vains illuftres dès le temps d'Alexan-
» dre le Grand c'est-à- dire , plus de
>> cent ans avant que Rome en eut pro-
» duit. Pytheas & Eumenide , ou Eudi-
» menes , tous deux de Marfeille , (a)
» avoient publié leurs ouvrages fur les
» Pays Etrangers , avant que Livius An-
» dronicus , Nevius & Ennius , les pre-
>> miers des Romains qui ont rendu leurs
» Ecrits publics , euffent mis au jour ce
» qu'ils ont compofé fur leur propre
» Pays.
Ainfi , Meffieurs , on ne peut pas douter
que ce qu'il y a eu de politeffe & de
fcience dans les Gaules , ne foit dû pour
la plus grande partie aux Phocéens , Fondateurs
de Matfeille , qui y fonderent
auffi l'Académie dont nous parlons . En
effet , Juſtin dans le 43 : Livre de fon
Hiftoire , dit que Marſeille a fait quitter
aux Gaulois leur ancienne barbarie , en
leur apprenant la politeffe des moeurs.
(a) G. Vorfius Hift. Græc, p . 467.
2. vol.
J'ai
DECEMBRE
2739
1724.
J'ai déja dit que les Romains mêmes
profiterent de cette Académie , & je ne
l'ai pas dit fans preuve : car Strabon , Livre
IV. témoigne que ceux des Romains
qui étoient touchez du defir de bien apprendre
les Belles - Lettres , quittoient la
Ville d'Athenes pour venir les étudier à
Marſeille , où l'on voyoit aborder dans
le même deffein les meilleurs fujets de
toute l'Europe , fans en excepter les
Grecs , & ceux mêmes de l'Afie Mineure
, qui malgré la diſtance des lieux &
la haute réputation de leurs Académies
ne laiffoient pas de leur préferer quelquefois
celle de Marſeille.
Mais c'eft affez parler de cette celebre
Académie , laquelle après des progrès
éclatans , a enfin eu fa décadence & fon
extinction , par l'irruption des Nations
barbares dans la Province des Romains ,
& par d'autres révolutions marquées
dans l'Hiftoire. On peut dire cependant
qu'elle eft en quelque façon reffufcitée
parmi nous , & qu'elle revit aujourd'hui
en France , dans les differens établiffemens
Académiques , qui s'y font faits
dans les deux derniers fiecles , & de nos
jours .
Le premier de ces établiffemens eft dû
à la magnificence d'un grand Roi , & à
la protection particuliere dont il a honoré
2.vol.
Bij les
2740 MERCURE DE FRANCE .
les Lettres , ce qui lui a acquis une gloire
immortelle ; car elles le reconnoîtront
toûjours pour leur pere , & pour
leur Reſtaurateur dans la plus belle partie
de l'Europe. Vous reconnoiflez , Meffieurs
, à ces traits François I. qui malgré
la variation de fon étoile , & les traverfes
de la fortune , fonda en l'année 15 30 .
une veritable Académie , en fondant à
Paris le College Royal , indépendant de
l'Univerfité , dont les Profefleurs au nombre
de dix-huit , qualifiez de Confeillers
du Roi , enfeignent gratuitement toutes
les Sciences humaines, les Langues faintes
, les Langues fçavantes & les principales
de l'Orient . Ces Profeffeurs prêtent
ferment au Roi entre les mains du Grand
Aumônier , & ont le droit de Committimus
, confiderez comine Officiers commenfaux
, & étant fur l'Etat ; ce qui les
met fous la direction du Secretaire d'Etat
de la Maiſon de Sa Majeſté.
Cet établiffement a été dès fon origine
une pepiniere d'Académiciens , & de
fçavans hommes , dont les noms ne mourront
jamais dans la République des Lettres
, tels font entre les plus celebres ,
Pierre Danez , Parifien , Genebrard ,
* Danez , Profeffeur en Langue Grecque fut
Précepteur du Dauphin depuis François I.
envoyé au Concile de Trente , puis Evêque
2. vol.
Budée ,
DECEMBRE 1724. 2741
Budée , Vatable , Oronce Finé , Turnebe
, Lambin , Ramus , Gaffendi , Pafferat
, Morel , Gabriël Sionite , & Abraham
Ecchellenfis , Maronites du Mont-
Liban , tous perfonnages recommandables
& confommez , chacun dans fon
genre d'érudition . Et encore aujourd'hui
ceux qui rempliffent les Chaires de ce
College font des perfonnes d'une capacité
diftinguée , & qui foutiennent la
gloire de leurs illuftres prédecefleurs.
Mais ce n'étoit pas affez à la France
d'avoir donné une retraite honorable aux
Lettres errantes & fugitives , devenuës
prefque barbares en Europe depuis la décadence
de l'Empire d'Orient , & la prife
de Conftantinople ; il manquoit encore
pour la gloire du nom François , & pour
l'utilité de la Nation un établiffement
qui l'interreffât plus particulierement.
C'eſt dans cette vûë que le Cardinal de
Richelieu , qui n'entreprenoit rien que
de grand , projetta l'établiſſement de l'Académie
Françoife , dans le principal deffein
de travailler à la pureté de la Langue
, & de la rendre capable de la plus
haute , & de la plus fublime éloquence.
Louis XIII. à la follicitation de ce fameux
Miniftre , fe declara le Fondateur
de Lavaur , &c. Il eſt inhumé dans l'Eglife de
S. Germain des Prez.
2. vol.
Biij
de
2742 MERCURE DE FRANCE.
de l'Académie , & voulut qu'elle fut for .
mée de tout ce qu'il y avoit alors d'illuftres
dans le Royaume , diftinguez par des
ouvrages fortis de leurs plumes . La premiere
Affemblée s'en tint folemnellement
le 10. de Juillet de l'année 1637.
chez fon illuftre Inftituteur.
Après la mort du Cardinal , Pierre Seguier
, Chancelier de France , fucceda à
fes vûës , & reçût en 1642. l'Académie
dans fon Hôtel , où elle a tenu ſes conferences
long-temps depuis , & jufqu'au
jour qu'il plût au Roi Louis XIV. de s'en
declarer le Protecteur , & de lui accorder
un appartement au Louvre. C'eſt la
premiere Compagnie qui a obtenu cette
marque de diftinction .
Deflors l'Académie fenfible à cette
faveur , & pour meriter en quelque façon
une fi augufte protection , commença
à celebrer la gloire de ce grand Prince
gloire dont elle devint comme la dépofitaire
dans fon Palais , en exigeant de
fes membres les éloges qu'ils ont depuis
prononcé d'une maniere digne de la majefté
de fes triomphes , & de fes grandes
& éminentes qualitez .
Vous n'attendez pas , Meffieurs , de
mon infuffifance que je pouffe plus loin
un fi grand fujet ; je me contente d'ajoûter
que l'Académie Françoife a non-
2
2. vel.
feuDECEMBRE
1724. 2743
feulement produit un grand nombre
de Sçavans , qui ont enrichi nôtre
Langue de belles productions , & de traductions
de tout ce que l'antiquité
Grecque & Romaine a de plus précieux
; mais qu'elle a encore donné des
regles , & fixé des doutes , ce qui fert
beaucoup à ceux qui veulent écrire &
parler poliment . Auffi la haute perfection
où la Langue Françoife eft parvenuë
, lui a procuré une fi grande reputation
dans toute l'Europe , que toutes
les Nations civilifées l'apprennent à prefent
avec une extrême ardeur , & que
dans toutes les Cours , & furtout celles
d'Allemagne , un homme qui parle &
qui écrit poliment le François , eft fort
diftingué des autres .
Je puis encore ajoûter , que dès l'année
1658. l'Académie Françoiſe étoit
dans une fi haute reputation , que la Rei
ne Chriftine de Suede , étant à Paris ,
voulut affifter à une de fes Affemblées.
Elle fut conduite
y
›
Far le Chancelier Seguier
& fi contente de tout ce
parut
qui s'y pafla , qu'après avoir répondu
d'une maniere qui charma tout le monde,
au compliment que lui fit au nom de la
Compagnie , le fçavant Marin Cureau
de la Chambre ; elle fit prefent à l'Académie
de fon Portrait , qui fe voit au-
2. vol.
B iiij
jour2744
MERCURE DE FRANCE .
jourd'hui dans la Salle où elle tient fes
Conferences.
Le Regne de Louis XIV. fi propice à
l'avancement dss Sciences , & à la perfection
des beaux Arts , a vû naître dans
la fuite deux autres Académies , fondées
par ce grand Monarque , & auffi logées
dans fon Palais. La premiere nommée
Académie Royale des Înfcriptions & des
Médailles , a commencé en l'année 1663 .
fous le Miniftere de Jean - Baptifte Colbert.
Le Roi , en la fondant , regarda
comme un avantage honorable pour la
Nation , l'établiffement d'une Académie,
deftinée à travailler aux Infcriptions ,
aux Deviſes , aux Médailles , & à répandre
fur ces Ouvrages le bon goût &
la noble fimplicité qui en font tout le
prix . Il forma d'abord cette Compagnie
d'un petit nombre d'hommes choifis de
l'Académie Françoife , en leur affignant
à tous des penfions . Ces nouveaux Académiciens
s'occuperent principalement à
compofer des Médailles fur ce qu'ils
trouverent de plus remarquable fous le
Regne de Sa Majefté , & c'eſt ce travail
qui a produit le magnifique Volume
qui porte ce titre : Médailles fur les
principaux évenemens du Regne de Louis
le Grand , avec les explications hiftori-
2. val.
ques
DECEMBRE 1724. 2745
ques par l'Académie Royale des Medailles
& des Infcriptions
.
Le Roi jugea enfuite à propos de donner
une nouvelle forme à l'Académie des
Infcriptions par un Reglement de l'année
1701. Suivant ce Reglement les Infcriptions
& les Médailles ne font plus
qu'une même partie de fon objet , & cet
objet embraffe generalement toute l'érudition
Grecque & Latine .
Le nombre des Académiciens a été
augmenté à proportion jufqu'au nombre
de 40. fans compter les Veterans. Enfin
le Roi a confirmé cet établiflement par
des Lettres Paténtes du mois de Fevrier
1713 .
Toutes les Médailles & Jettons dont
cette Académie a compofé les fujets , &
les Infcriptions , tant fous le Regne de .
Louis XIV. que fous le Roi regnant ,
ont été frappées en or , en argent , & en
bronze , dans la Monnoye des Médailles
, lieu qui occupe un efpace confiderable
fous la grande Galerie qui communique
du Louvre au Palais des Tuilleries
, fous la direction de Nicolas de Launay
, qui a un genie merveilleux pour
la fabrique de ces monumens , & qui ne
neglige rien pour les rendre d'une perfection
comparable à l'Antique. Ce lieu
contient tout ce qu'on peut voir en ce
2. vol.
By
genre
2646 MERCURE DE FRANCE.
genre de plus riche , de plus curieux ,
de plus grand & de plus recherché ; enfin
ce qu'on ne trouvera nulle autre part.
C'eft le témoignage qu'en rendit le Czar,
après avoir tout vû & tout vifité avec
une attention digne de fon goût & de fes
lumieres en l'année 1716.
Le Roi , dont les connoiffances 3 &
l'inclination
pour les grandes chofes ,
font au deffus de fon âge , a bien voulu
vifiter auffi fa Monnoye des Médailles ,
& cette vifite a fait le fujet d'une trèsbelle
Médaille de ce Prince , qui fut frappée
en preſence de Sa Majefté en 1719 .
elle fe trouve gravée dans le Mercure de
France du mois de Juillet 1722.
La feconde Académie doit auffi fa premiere
inftitution au zele que le même
Miniftre avoit pour le bien public , &
pour la gloire de fon Maître. Ses premiers
commencemens font de l'année
1666. & fes progrès & le luftre où elle
fe trouve aujourd'hui , font dûs au foin
& à la vigilance de M. l'Abbé * Bignon ,
que e ne fais , Meffieurs, que vous rommer
ici , parce que fon non vaut ſeul
Meffire Jean - Paul Bignon , Abbé de faint
Quentin , Confeiller d'Etat ordinaire , l'un des
40. de l'Académie Françoiſe , Prefident des
Académies des Sciences & des Infcriptions ,
Surintendant de la Bibliotheque du Roi.
2. vol.
un
DECEMBRE 1724. 2747
un long éloge. C'eft lui qui obtint par fon
credit l'appartement qu'elle occupe à
prefent dans le Louvre , avec des privileges
confiderables & très - avantageux .
Cette Académie fous le nom d'Académie
des Sciences , à pour objet general la Phifique
, qui comprend la Geometrie , l'Aftronomie
, les Mechaniques , l'Anatomie
, la Chimie , la Botanique , &c. Depuis
le renouvellement de cette Académie
, & en vertu des Reglemens arrê
tez a Verſailles le 26. Janvier 1699 , le
nombre des Académiciens eft fixé à 60.
Cet établillement eft confirmé par les
mêmes Lettres Patentes du mois de Fevrier
1713. dont il eft parlé ci- deffus ..
Je ne dois pas omettre ici , que quelques
Membres choifis de ces deux Académies
, en forment , pour aing dire ,
une troifiéme qui s'affemble dans la Bibliotheque
du Roi pour la compofition
du Journal des Sçavans , Ouvrage important
pour l'Hiftoire de la Republique
des Lettres , fous les aufpices & la direction
de M. l'Abbé Bignon , Surintendant
de la Bibliotheque Royale , &
que
d'autres Membres de l'Acad mie des
Sciences , particulierement appliquez à
l'Aftronomie à la connoillance des
temps , &c. & à la Botanique , à l'A .
natomie , &c. s'affemblent les uns à l'Ob-
2. vol.
fer-
B vj
2748 MERCURE DE FRANCE.
*
fervatoire Royal , les autres au Jardin
du Roi , pour y vaquer aux operations
qui concernent ces Sciences & pour
les apprendre à ceux qui font bien aifes
de les acquerir.
Deux autres Académies , qui ont pour
objet les deux plus beaux Arts , font
auffi logées , & tiennent leurs Affemblées
dans le Palais de nos Rois ; ſçavoir,
celle de Peinture & de Sculpture,
unies enfemble , & celle d'Architecture.
La premiere protegée d'abord pår le
Cardinal Mazarin , puis par le Chancelier
Seguier , enfuite par Jean -Baptifte,
Colbert , qui lui fit accorder des Lettres
Patentes en l'année 1664. eft aujourd'hui
la plus celebre de toute l'Europe,
& a pour Protecteur le Duc d'Antin
Surintendant des Bâtimens du Roi. Le
même M. Colbert établit prefque en
même temps à Rome une autre Académie
de Peinture pour les François , où
l'on envoye les Eleves qui ont remporté
les prix de Peinture & de Sculpture
dans l'Académie dont je viens de parler,
lefquels y font entierement aux dépens
du Roi . Cette Académie eft regie à Rome
par un Directeur , Peintre François ,
avec des penfions confiderables , & elle
a produit jufqu'à prefent des Peintres &
des Sculpteur se xcellens.
"
2. vol.
L'autre
DECEMBRE 1724. 2749
L'autre Académie eft celle d'Architecture
, auffi érigée par les foins du même
Miniftre , & fous la protection du
Surintendant des Bâtimens.
Vous conviendrez , Meffieurs > en
confiderant tous ces differens établiffemens
Académiques , faits dans la Capitale
du Royaume , fi propres pour le progrès
& la perfection des Sciences & des
Arts , fi utiles au public ; vous conviendrez
, dis- je , que la Ville de Paris , déja
celebre du côté des Sciences dès le temps
de Charlemagne , qui y fonda la plus fameufe
de toutes les Univerfitez , merite
les mêmes titres donnez par Ciceron
à Marſeille payenne , & fçavante
à caufe de fa celebre Académie , &
que Paris eft veritablement aujourd'hui
la nouvelle Athenes de l'Europe , l'abord
univerfel , & le confluant des Lettres
& de la Politeffe , &c.
,
Il me reste à vous parler des differentes
Académies érigées fous le même
Regne ou depuis dans plufieurs Villes du
Royaume , à l'exemple & par une loüable
émulation de celles dont je viens de
vous expoſer les établiffemens à Paris .
Mais comme cette matiere excederoit les
bornes que je dois me prefcrire pour ménager
votre attention , je referve tout
ce que j'ai à vous dire là-deffus pour
2. vel.
une
2750 MERCURE DE FRANCE.
une feconde Lettre , qui pourra être ſuivie
d'une troifiéme fur les Académies
Etrangeres. Je fuis avec refpect , Meffieurs
, vôtre très - humble & très - obéïffant
ferviteur. DE V.....
A Paris , ce 1. Decembre 1724.
ETRENNES DE CLEOPATRE ,
à M.... celebre Antiquaire.
Aunom de tant d'illuftres morts ,
Pour qui vôtre coeur s'intereffe ;
Au nom de ces Heros , dont Rome , dont la
Grece
Ont vanté les nobles efforts :
Pleine pour vous de zele & de reconnoiffance,
Je romps aujourd'hui le filence ,
Que depuis fi long- temps j'obſerve ſur ces
bords.
Que ne devons-nous point à vos foins genereux
?
Sans vous le plus fouvent nos reftes malheu
reux ,
Enfevelis dans la pouffiere ,
2. vol.
Y
DECEMBRE 1724. 2751
Y feroient toûjours ignorez ;
Par vous nous renaiffons encore à la lumiere ,
Par vous d'un long oubli les torts font reparez.
Je fçai que des bijoux font ordinairement ,
Le galant affaifonnement ,
Dont pour mieux fignaler fon zele ,
Ce jour que l'an ſe renouvelle ,
On accompagne un compliment ;
Mais l'ombre la plus liberale ,
A de fimples fouhaits doit enfin fe borner ,
Quand nous avons paſſé dans la barque fatale ,
Il ne nous refte plus de bijoux à donner.
3
S'il eft vrai ce qu'ici nous en avons appris ,
D'une ombre fur nos bords fraîchement débarquée
Chacun de nous felon fon prix ,
Dans vôtre Cabinet a fa place marquée ;
J'ytiens la mienne avec affez d'honneur,
Si j'en crois cette ombre flateuſe ,
Ah ! quand la chofe , enfin , feroit un peu
douteuſe ,
Dois-je l'examiner fi forr à la rigueur ?
2 .
Vous
υοί
.
2752 MERCURE DE FRANCE.
Vous le fçavez , envain je voudrois le cacher
Aux foins qu'on me rendit je ne fus point
ingrate ,
Un coeur reconnoiffant , une ame délicate ,
Aifément fe laiffe toucher.
Jufques dans les Enfers ce penchant m'afuivie,
C'est à vous déformais que je le facrifie ,
Non, que m'abandonnant à de nouveaux foupirs
,
Prévenue en fecret d'un espoir témeraire
J'ofe en ce jour juſqu'à vous plaire ,
Porter mes voeux & mes defirs ;
Un fi glorieux avantage ,
D'une ombre n'eft point le partage ,
Je le cede aux beautez qui vivent en ces lieux,
Que vous ont confié les Dieux.
N
Mais de quelque part qu'il nous vienne ,
Un coeur reconnoiffant eft- il à rejetter !
N'eft- ce donc rien qu'un coeur fur qui l'on
peut compter ,
En ma faveur du moins qu'il vous fouvienne
,
Qu'ici l'on ne fçait point flater.
2 . vol. On
DECEMBRE 1724.. 2753
On y connoît des coeurs les plus cachez mifteres
,
Jamais pour le parjure ici l'on n'eft puni :
Les voeux qu'on y fait font finceres ,
Tout artifice en eſt banni ;
Quoiqu'ami tendre & fecourable ,
Quoique genereux bienfaiſant ,
Des voeux dont en ce jour je fçais qu'on vous
accable ,
Oferiez-vous en dire autant ?
Mon zele va trop loin peut-être ,
Mais ne refufez pas d'en approuver l'excès ,
Puiffent mes vers trouver un favorable accès,
La main les a tracez , le coeur les a fait naître,
Le coeur auprès de vous me répond du ſuccès.
來
Que par vos foins nôtre gloire établie ,
Paffe jufqu'aux climats d'où vous naiſſent
les jours ,
Que de vos ans au gré de vôtre envie ,
La Parque prolonge le cours ;
Que vos defirs trouvent toûjours ,
Une route aifée , applanie ,
2. vol.
Et
2754 MERCURE DE FRANCE.
Et qu'enfin la fortune & le parfait amour
Rempliffent vos voeux tour à tour.
疗疗
SUITE de ce qui s'eft paffé à la derniere
Aflemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences .
Obfervation nouvelle & finguliere fir la
diffolution fucceffive de plufieurs Sels
dans l'eau commune , par M. Lemeri .
E n'eft pas toûjours des operations
Cles plus longues , les plus difficiles
& les plus impliquées qu'on tire des
obfervations fingulieres , & des éclairciflemens
confiderables fur une Méchanique
cachée , qu'on cherche à découvrir.
Rien n'eft à la fois plus fimple & plus à
la portée de tout le monde que de diffoudre
differents Sels dans l'eau commune ,
& d'examiner ce qui réſulte de la diflolution
de chacun de ces Sels ; cependant
cet examen , ( dit M. Lemeri ) nous a déja
valu plufieurs experiences curieufes , dont
la Theorie a encore le merite de porter
avec elle un caractere de certitude qui
n'accompagne pas de même toutes les matieres
de Phyfique.
2. vol.
On
DECEMBRE 1724 2755
On fçait que l'eau qui a diffout jufqu'à
un certain point d'un premier Sel
dont elle paroît en quelque forte fi bien
raffafiée , qu'il ne lui eft plus poffible
alors d'en diffoudre davantage , recommence
à agir fur un fecond , dont elle
enleve un certain nombre de parties qui
demeurent fufpendues avec celles du premier
Sel dans le même liquide , fans que
les unes faffent précipiter les autres , cu
qu'elles fe précipitent enſemble.
La meilleure raifon qu'on ait rapportée
juſqu'ici de ce Phenoméne , c'eft que
l'experience ayant découvert que les parties
integrantes d'un même Sel s'uniffent
bien enſemble ; mais non pas à celles
d'une autre espece de Sel . Ces deux Sels
differens peuvent habiter dans le même.
liquide , & s'y rencontrer à tout inftant
fans courir le rifque d'une jonction de
parties qui les feroient tomber l'un &
l'autre au fond de l'eau : mais cette raifon
, quoique vraye , eft incomplette ,
comme on le verra dans la fuite .
Dans le cas des deux Sels concrets
differens, fondus fucceffivement dans une
même portion d'eau , le fecond Sel produit
un effet fingulier dont perfonne ne
s'étoit apperçû , ou du moins n'avoit parlé
avant M. I emeri ; c'eſt qu'en fe plaçant
dans l'efpace ou l'intervalle qui
2. vol.
fepare
2756. MERCURE DE FRANCE .
fepare les parties du premier Sel , il
augmente de tout fon volume cet efpace ;
& devenant lui- même une efpece d'intermede
nouveau pour les parties de ce
premier Sel , éloignées alors les unes des
autres fort au- delà de ce qu'il le faut pour
ne fe point rencontrer , il donne lieu
par là à de nouvelles parties de ce premier
Sel de s'infinuer & de s'établir dans
la liqueur , ce qu'elles ne pouvoient
faire avant la diffolution du fecond Sel
& ce qu'un grand nombre d'experiences
prouve évidemment qu'elles font toûjours
après cette diffolution .
Il paroît par ce qui a été dit , il femble
même qu'on foit en droit d'en conclure
affirmativement que toutes les
fois qu'on prefentera fucceffivement à
une même portion d'eau deux Sels differens
qui n'auront aucune action l'un ſur
l'autre , & dont les parties integrantes
pourront s'approcher fans s'unir , quand
la portion d'eau aura enlevé tout ce
qu'elle pourra diffoudre pour lors du
premier Sel , non- feulement elle fe chargera
aifément du fecond qui fe placera
& fe maintiendra dans la liqueur fans en
recevoir le moindre empêchement de la
part du premier Sel , ni fans apporter
aucun obftacle à fa fufpenfion ; mais encore
que cette portion d'eau pourra toû-
2. vol.
jours
DECEMBRE 1724. 2757
jours, à l'aide du fecond Sel qu'elle aura
diffout , recommencer à agir fur de nouvelles
parties du premier.
Cette confequence generale fuggerée
par le raifonnement du monde le plus
fimple & le plus mécanique , & fondée
fur une fuite d'experiences certaines qui
s'expliquent toutes favorablement pour
elle , & qui ne fe démentent point , paroîtroit
ne devoir fouffrir aucune exception
, & il fembleroit qu'en faifant de
nouvelles experiences fur des Sels non
éprouvez , mais qui fe trouvent évidemment
dans le cas de ceux qui l'ont été
non- feulement il en devroit toûjours réfulter
le même effet , mais encore qu'on
pourroit, fans fe compromettre , prévoir
cet effet , & le prédire avec affurance.
M. Lemery avoue naturellement qu'il
le croyoit de même , & que quoique cet
aveu ne foit pas à fon honneur , il le
croyoit avec une confiance qui ne lui
permettoit pas d'imaginer qu'on pût jamais
produire dans la fuite aucune experience
qui y portât la moindre atteinte
; on fe prête , dit- il , & on fe livre
même d'autant plus volontiers à ces fortes
de confequences generales , que l'efpece
de conviction qu'un certain nombre
de faits particuliers excite ordinairement
en leur faveur , fe trouve encore foute- 2. vol.
nuc
2758 MERCURE DE FRANCE.
nuë par l'amour propre qui y trouve
effectivement fon compte : car en jugeant
de beaucoup de chofes qu'on n'a point
vûës , par le petit nombre de celles qu'on
a vûes réellement , on croit multiplier
infiniment fes connoiffances , & on ne
multiplie veritablement que fes erreurs.
Ce qui ajoûte M. Lemeri ) lui fit
appercevoir la fienne fur le fujet dont
il s'agit , ce fut une épreuve experimentale
dans laquelle il lui arriva ce qui
n'arrive que trop fouvent aux faifeurs
d'experiences , c'est- à - dire , de ne pas
trouver ce qu'il cherchoit , & de trouver
non-feulement ce qu'il ne cherchoit
pas , mais encore ce qu'il n'auroit jamais
foupçonné , & ce qui étoit formellement
contraire à ce qu'il penfoit.
On fçait que le Sel de Tartre ne fermente
point avec le Salpêtre , & qu'en
le mêlant avec ce Sel für lequel il n'a
point d'action , il n'en reçoit , ni ne lui
apporte aucune alteration particuliere ,
ce qui eft tout le contraire de ce qui
arrive par le mêlange de ce même Sel
avec celui de plomb , ou avec l'alun . De
plus on fçait par experience que les parties
integrantes du Salpêtre , & du Sel
de Tartre ne font ni plus propres à s'unir
, ni ne s'uniffent effectivement mieux
enfemble que le font celles du Salpêtre
2. vol.
&
DECEMBRE 1724. 2759
& du Sel commun , ou celles de l'Alun
& du Sel gemme. Par confequent on
avoit tout lieu de croire qu'en prefentant
du Sel de Tartre à une portion d'eau
chargée autant qu'elle pouvoit l'être de
Salpêtre , il arriveroit alors au Sel de
Tartre ce qui feroit furement arrivé en
pareil cas au Salpêtre prefenté à une ſolution
de Sel commun , ou à l'Alun prefenté
à une folution de Sel gemme. Ce
n'a donc pas été pour verifier ce fait dont
M. Lemeri étoit parfaitement convaincu ,
qu'il a fait l'experience dont il s'agit ; il
avoit , dit-il , pour but dans cette experience
la verification d'un autre fait qui
fuppofoit necellairement la verité de celui
dont il ne doutoit pas.
Mais où il commença , dit- il , à être
bien furpris , ce fut , qu'ayant verfé une
demi- once de Sel de Tartre dans deux
onces d'eau qui avoient diffout auparavant
tout ce qu'elles pouvoient diffoudre
de Salpêtre , il apperçût au bout de deux
jours qu'il y avoit encore au fond de la
liqueur une portion de Sel beaucoup
moins grande , à la verité , que celle qu'il
y avoit mife ; mais qu'il regardoit comme
un sefte du même Sel non diffout ; &
comme le Sel de Tartre fe fond naturellement
très -vite , & que fuivant fon
calcul , deux onces d'eau chargées d'une
2. vol .
demi
2760 MERCURE DE FRANCE.
·
demi once de Salpêtre , étoient capables
de diffoudre une plus grande quantité de
Sel de Tartre que celle qu'il y avoit
jettée dans ces deux onces d'eau , la premiere
idée qui lui vint , fut qu'il s'étoit
trompé fur le Sel de Tartre , & qu'il en
avoit mis quelqu'autre pour lui. Il paffa
donc la liqueur au travers d'un papier
gris pour examiner le Sel qui devoit refter
deffus , & il vit certainement que c'étoit
de veritable Salpêtre , & en goûtant
la liqueur qui avoit pallé au travers du
filtre , il n'eut plus lieu de douter qu'il
ne fe, fut fervi de Sel de Tartre.
Cet évenement d'autant plus furprenant
qu'il étoit inattendu , confola M.
Lemeri fur le champ par fa fingularité ,
de l'erreur où la comparaifon d'autres
experiences l'avoit fait tomber , & cette .
découverte nouvelle meritant bien d'être
fuivie , il verfa encore une demi - once
de Sel de Tartre dans la liqueur dont il
avoit déja retiré une portion de Salpêtre ,
& dont il en retira encore à peu près
autant par la même manoeuvre , enfin , par
plufieurs dofes de Sel de Tartre prefentées
fucceffivement à cette même liqueur,
il trouva le fecret de faire précipiter tout
le Salpêtre qu'il avoit employé , & qui
avoit cedé fa place dans l'eau au Sel de
Tartre. Il a réiteré la même experience
*
2. vol.
fur
DECEMBRE 1724. 2761
fur d'autres Sels , avec lefquels celui de
Tartre ne fermente pas plus qu'avec le
Salpêtre , & qu'il a tous auffi précipitez
de la même maniere.
Pour peu de réflexion qu'on faffe fur
les circonstances de l'experience qui
vient d'être rapportée , on la trouve
d'autant plus finguliere , que par aucunes
de ces circonftances elle ne reflemble à
quoi que ce foit , & qu'elle eft même
contraire à tout ce qui a été obfervé juſqu'ici
fur differens Sels concrets fondus
fucceffivement dans une même portion
d'eau ; & en effet , fuivant les obfervations
connuës , il n'y avoit de précipitation
que quand les Sels fermentoient enfemble
. Dans nôtre experience nouvelle ,
dit M. Lemeri , il n'y a point de fermentation
, & cependant il y a un précipité.
Le précipité des obfervations connuës
n'avoit jamais été qu'une efpece de
matiere terreuſe ou métallique , incapable
d'être rediffoute ; en cet état dans
une nouvelle portion d'eau , le précipité
de l'experience nouvelle que M. Lemeri
propofe , eft un veritable Sel , qui pour
avoir été chaffé du liquide où il avoit été
diffout , n'en a pas perdu pour cela la
proprieté de pouvoir être fondu de nouveau
dans une autre portion d'eau , &
d'en être encore précipité par le Sel mê-
2. vol .
C
me
2762 MERCURE DE FRANCE.
me qui en a déja produit la précipitation
, ou par un autre ſemblable.
Jufqu'ici on avoit toûjours vû que
quand deux Sels concrets , dont l'un des
deux étoit un Sel alkali , faifoient enfemble
un précipité , le Sel alkali en fe
faififfant de l'acide de l'autre Sel , prenoit
une nouvelle forme , & que le précipité
qui en réfultoit , n'étoit , pour
ainfi dire , que le débris de la décompofition
de cet autre Sel . Dans l'experience
de M. Lemeri , le Sel alkali n'enleve
rien à l'autre Sel , il le laifle & demeure
lui - même tel qu'il étoit auparavant . Enfin
on avoit toûjours obfervé que deux
Sels differens incapables de mordre l'un
fur l'autre , & de le porter mutuellement
aucune alteration fenfible , pouvoient habiter
enſemble dans un même liquide .
M. Lemeri avoit même découvert depuis
quelques années , que l'un des deux
Sels contribuoit encore par fa prefence
à la diffolution d'une nouvelle quantité
de l'autre Sel , & cet effet dont la méca
nique étoit clairement connue , paroifſoiț
être une fuite fi neceffaire du mélange
des deux fortes de Sels dont on vient de
parler , qu'on ne pouvoit fe figurer qu'en
pareil cas la chofe pût jamais arriver autrement.
Voici neanmoins un effet tout
contraire dans un cas pareil , il y a donc
2. vol.
dans
DECEMBRE
1724. 2763
dans la nouvelle experience de M. Lemeri
, quelque circonftance particuliere
& inconnue , ou du moins à laquelle on
n'avoit point fait d'attention , & qui produit
la difference finguliere & imprévûë
dont il s'agit , c'eft , continue -t’il ,
qu'il va tâcher de démêler.
ce
Quand on confidere la nature des Sels ,
qui par experience peuvent être admis
fucceffivement , & demeurer enfemble
dans un même liquide , on voit que ce
font des Sels appellez communément neutres
ou moyens , c'eft- à - dire , compofez
d'une grande quantité d'acides engagez
de maniere dans les pores de leur matrice
, qu'aucuns de ces pores ne fe trou-
Ivent vuides , & en état de recevoir de
nouveaux acides , ce qui eft tout le contraire
du Sel de Tartre criblé , pour ainfi
dire , de toutes parts , & propre par là à
admettre toutes fortes d'acides , & à fermenter
avec eux . Comme la difference
d'effets que produit ce Sel , ne doit & ne
peut être imputée qu'à ce qu'il a d'eſſentiellement
different , pour être plus à
portée de découvrir comment il opere la
chûte des parties du Sel moyen avec lequel
il a été mêlé , arrêtons- nous un inftant
, dit M. Lemeri , fur la nature particuliere
de ce Sel , qui de tous les Sels
lixiviels eft le plus alkali , c'eſt- à - dire >
2. vol.
Cij
celui
2764 MERCURE DE FRANCE.'
celui dont la matrice a un plus grand
nombre de pores vuides ; & comme nous
allons , ( pourfuit-il , ) faire un ufage particulier
de ces pores , tâchons de découvrir
, s'il eft poffible , une espece de mefure
Chymique qui nous apprenne qui
font les corps à qui l'entrée de ces pores
eft refufée en plein , & qui font ceux
qui y trouvant un paffage libre & trèsouvert
, les traverfent fans aucune peine.
M. Lemeri a déja remarqué ailleurs
que tout Sel alkali étoit un Sel effentiel ,
à demi décompofé , c'eft - à - dire de la
partie terreufe duquel le feu avoit chaffé
un grand nombre d'acides , & où il n'en
avoit laiffé que ce qui étoit neceffaire
pour
conferver une forme faline à ce compofé
; car fi tous les acides en euffent été
enlevez , il feroit devenu une fimple
terre comme il arrive dans la diftillation
ordinaire de l'efprit de nitre , ou ce qui
refte dans la cornuë après la diftillation ,
n'eft qu'une terre indiffoluble dans l'eau ,
& bien differente par là , & par fa forme
du Sel alkali produit par la calcination
du Salpêtre mêlé avec le charbon ; au
refte , ce qui prouve évidemment que le
Sel alkali n'eft tel que par la perte de fes
acides , c'eft qu'en rendant à chacun de
fes pores , des acides du caractere de ceux
qu'ils ont perdu , en verfant par exem- 2. vol.
ple
DECEMBRE 1724. 2765
ple de l'efprit de nitre fur du nitre fixé
par les charbons , on reproduit du Salpêtre
; mais que fi les acides entrent
dans les pores dès Sels alkalis , ce n'eſt
pas fans peine , & ce qui le prouve , c'eſt
le bouillonnement qui furvient alors à
la liqueur , & qui n'eft produit que par
les efforts & les fecoufles réïterées des
acides , & par la réfiftance qu'y appórtent
les Sels alkalis ; les acides ne s'infinuent
donc dans les pores de ces Sels
comme il a été expliqué ailleurs , qu'en
foulevant les parois de ces pores qui fe
rabbattant enfuite fur les acides , les preffent
& les refferrent fi fort , que le feu le
plus violent ne peut alors les en chaffer ,
fans le fecours d'un intermede. D'où l'on
voit qu'ils ont naturellement trop de volume
pour être à l'aife dans les pores
des Sels alkalis , & pour y entrer , & en
reffortir avec une grande facilité.
Il n'en eft pas de même des parties
aqueufes que M. Lemeri fuppofe beaucoup
plus fines & plus déliées que les
acides ; ce qui autorife à les fuppofer telles
, c'eft que l'eau eft le diffolvant des
acides , une liqueur acide comme l'efprit
de nitre , l'efprit & l'huile de vitriol ,
n'eft autre chose qu'un compofé d'acides
& de particules d'eau qui feparent ces
acides les uns des autres , & qui les fou-
2. vol.
C iij tiennent
2766 MERCURE DE FRANCE .
tiennent contre leurs poids en vertu des
loix de la diffolution ; car fi ces acides
contenuës dans l'eau , n'y étoient pas
foumis à l'action diffolvante de ce liquide
, ils fe précipiteroient au fond de l'eau
vertu des loix de l'hydroftatique ,
comme le font en pareil cas tous les corps
qui font plus pefans que l'eau , & qu'il
ne lui eft pas poffible de diffoudre.
Si donc les particules d'eau font le diffolvant
des acides , n'a- t'on pas tout lieu
de penfer que les parties du diffolvant
font plus fines & plus déliées que celles
du corps
diffout ? où voit- on le contraire
dans aucune diflolution ? Enfin , continue
M. Lemeri , quand je n'aurois en ma faveur
aucunes des preuves qui viennent
d'être rapportées , pourvû qu'il n'y en
eut point de contraires , & que ma ſuppofition
quadrat parfaitement avec mon
experience , je pourrois toûjours avancer
que les parties d'eau font plus fines que
les acides , & qu'étant telles , elles pafferont
librement au travers des pores du Sel
alkali fans y être arrêtez comme le font les
acides ; & en effet en examinant 1 ° la
maniere dont la moindre humidité aqueufe
s'infinue en peu de temps dans toute
une maffe de Sel alkali & la diffout , qui
peut empêcher de penfer que cette humidité
ne penetre les pores de chaque
2. vol.
molecule
DECEMBRE 1724. 2767
molecule de Sel , & que ce ne foit par
rapport à cette circonftance que le Sel
alkali s'humecte & fe diffout infiniment
plus vite que les Sels moyens dont on
Tçait que les pores font bouchez par des
acides & inacceffibles aux parties aqueu
fes. 2. En confiderant la facilité avec
laquelle l'eau entre dans les pores du
Sel alkali , le peu de trouble qu'elle excite
en y entrant , & la facilité avec laquelle
on l'en dégage par la diftillation ,
& comparant cet effet avec celui des
acides qui s'engagent avec peine dans ce
Sel , & que le feu le plus fort n'en fçauroit
enfuite dégager fans un intermede ,
cn conçoit clairement qu'il faut les
que
particules d'eau foient plus fines que les
acides , & que c'eft par cette raison que
ces particules d'eau font à l'aife dans les
pores du Sel alkali , où les acides font
fort à l'étroit , & qu'elles y entrent , &
en fortent avec une très - grande facilité ,
ce que ne peuvent faire les acides ; enfin
fi les acides n'entrent qu'avec peine dans
les pores du Sel alkali , les Sels moyens,
c'eſt-à- dire , ceux avec lefquels les Sels
alkalis ne fermentent point , & qui
font ceux dont il s'agit ici , les Sels
moyens , dis - je , n'y entreront point du
tout , & en effet les Sels moyens font
des acides engagez dans une matrice ter-
2. vol. Cij
reufe
2 768 MERCURE DE FRANCE
1
S
à
reufe , qui n'entrera jamais dans les pores
d'une autre matrice terreufe
peu près de même nature qu'elle , &
qui y entrera encore d'autant moins
que les acides qu'elle contient , ont euxmênes
bien de la peine à y entrer étant
feuls , & qu'ils n'ont pas diminué le volume
de cette matiere terreufe depuis
qu'ils y ont été reçûs .
Suppofant donc que l'eau paffe avec la
derniere facilité au travers des pores du
fel de tartre , & que tout fel moyen doit
s'arrêter à l'entrée de ces pores ; quand
,
on aura fait fondre dans de l'eau autant
de Salpêtre , ou d'un autre fel moyen
qu'elle en pourra contenir alors &
qu'on jettera enfuite au fond de cette liqueur
une dofe de fel de tartre proportionnée
à fa quantité , l'eau ne manquera
pas d'enfiler promptement les pores du
fel de tartre , laiffant à l'entrée de ces
pores les differentes parties de Salpêtre
qu'elle contenoit , & qui faute de vehicule
, & de l'intermede aqueux qui
vient de les abandonner , & qui fervoit
à les éloigner les unes des autres , fe
trouvent fi bien raffemblées à l'embouchure
de ces pores , qu'elles forment à
l'inftant des males , dont la groffeur ne
leur permet point de prendre d'autre pla
ce que celle du fond du vaiffeau ; pour
.
2 vol.
le
DECEMBRE 1724. 2765
le fel de tartre , comme il eft naturellement
très-prompt & très- facile à diffoudre
, l'eau qui a enfilé fes pores , opere
d'autant plus vite fa diffolution qu'elle
vient de dépofer fon premier fel , &
qu'elle a , pour ainfi dire , ratrapé par là
toute la force .
&
Le fel de tartre eft donc une espece de
filtre qui donne lieu aux parties d'eau de
fe dépouiller de leur premier fel
qui ne differe de tout autre filtre qu'en
ce qu'étant diffoluble , il reprend dans
l'eau la place du fel qu'il en a fait exclure
, & qui par cela même n'y peut
plus rentrer ; car , par exemple , fi la
liqueur ne contient plus que du fel de
tartre , & qu'une once d'eau , par exemple
, en ait diffout une once & plus , ſa
force eft épuifée , & elle n'eft plus en
état de diffoudre d'aucun autre fel . Si
au contraire on n'a employé qu'une demi
- once de fel de tartre , qu'il n'y ait
eu qu'environ un gros de Salpêtre de
précipité , & qu'il en refte encore un
gros dans la liqueur avec la demi- once
de fel de tartre , le gros du Salpêtre précipité
ne pourra rentrer , ni dans la
tion du liquide chargée du fel de tartre ,
par la raifon qui vient d'être expliquée ,
ni dans la portion du liquide où habite
le gros du Salpêtre , parce que cette porpor-
2. vol.
C v tion
2770 MERCURE DE FRANCE.
tion contient alors tout ce qu'elle peut
contenir de ce fel ; & que s'il y en venoit
davantage , il n'y pourroit demeurer
par les raifons qui ont été fuffifamment
déduites dans ce Memoire .
L'experience a fait voir à M. Lemeri
, que pour faire precipiter tout le fel
moyen contenu dans une meſure d'eau , il
falloit employer toute la quantité de fel
de tartre , que cette meſure d'eau eut été
capable de diffoudre , fi elle eut été pure
& fans mêlange de fel moyen ; il eſt
vrai que fi le fel de tartre étoit indificluble
, ou auffi difficile qu'il eft facile à
fondre , il n'en faudroit pas , à beaucoup
près , une auffi grande quantité pour la
précipitation du fel moyen ; mais quand,
par exemple , on prefente un gros de
fel de tartre à une once d'eau chargée de
deux gros de Salpêtre , la portion de ce
liquide la plus proche du fel de tartre ,
qui par cela même y entre d'abord , &
qui en y entrant dépofe tout ce qu'elle
contenoit de Salpêtre , diffout immediatement
après tout ce qu'elle peut contenir
de fel de tartre , & en enleve promp
tement avec elle le gros ; de maniere
que fi on ne prefentoit pas encore fucceffivement
plufieurs gros de fel de tartre
aux portions d'eau qui fuivent la premiere
, elles manqueroient chacune de
2. vol.
filtre,
DECEMBRE 1724. 2771
filtre , pour fe défaire des parties de fel
moyen qu'elles ont diffoutes ; or tous
les gros de fel de tartre employez l'un
après l'autre pour la précipitation du
Salpêtre contenu dans chacune des portions
dont une once d'eau eft compofée,
font précisément enfemble tout ce qu'une
once d'eau , qui n'auroit jamais diffout
de fel moyen , feroit capable de diffoudre
de fel de tartre ; & en effet , l'eau
ne commençant à diffoudre le fel de tartre
que l'inftant d'après qu'elle eft déba-,
raffée du Salpêtre , elle eft alors comme
fi elle n'en eut jamais contenu , & par
confequent elle eft en état de diffoudre,
& elle diffout en effet tout ce qu'une égale
quantité d'eau pure peut diffoudre de
fel de tartre.
Le fel de tartre ne fe diffolvant dans
l'eau que l'inftant d'après la chute des
parties du fel moyen , c'est- à - dire , quand
l'eau , en pallant au travers de fes pores ,
a déposé à leur entrée les parties de ce
fel moyen , il eft clair que la diffolution
du fel de tartre empêche bien la rentrée
du fel moyen dans l'eau , mais qu'elle
ne contribue en rien à la chute ; & en
effet , quand au lieu de fel de tartre on
verfe fur une diffolution de fel moyen
l'huile de tattre , qui , comme on fçait ,
eft du fel de tartre fondu dans l'eau , il
2. vol.
C vj fe
2772 MERCURE DE FRANCE. '
1
fe precipite de même , & à l'inftant une.
quantité de fel moyen proportionnée à
la quantité de l'huile de tartre qui a été
employée , on peut précipiter de cette
maniere tous les fels qui l'ont été par le
fel de tartre , cette derniere precipita
tion donne même lieu à quelques remar.
ques affez curieufes qui feront rapportées
dans un autre Memoire.
-
Au refte , quoiqu'il paroiffe affez clairement
par tout ce qui a été dit dans ce
Memoire , que la précipitation du fel
moyen qu'excite la prefence du fel de
tartre , ne puiffe être imputée à rien de
plus naturel & de plus vrai- femblable
qu'à l'abondance des pores du fel alkali
qui devient alors une espece de filtre ,
& qui en fait l'office ; cependant comme
l'action de ces pores eft le fondement fur
lequel toute l'explication eft appuyée , on
ne peut rendre ce fondement trop folide
, & nous ne pouvons mieux finir ce
Memoire ( dit M. Lemery ) qu'en donnant
en quelque forte la derniere main
à ce fondement , en faisant remarquer que
fi ce font veritablement les pores du fel
de tartre , qui donnent lieu à l'effet particulier
de ce fel quand ils ont été bouchez
par des acides , le fel qui en refulte ,
ne fe laiflant plus penetrer comme auparavant
par des parties aqueufes , & ayant 2. vol.
perdu
DECEMBRE 1724. 2773
perdu par là fa proprieté de filtre , ne
doit plus précipiter ces fels moyens comme
il le faifoit auparavant , & étant devenu
lui-même un fel moyen , non feulement
il doit habiter paifiblement avec
eux dans la même portion de liquide ,
mais encore donner lieu par fa prefence
à la diffolution d'une nouvelle quantité
de leurs parties dans ce liquide , & c'eſt
auffi ce que l'experience juftifie parfaitement.
La découverte nouvelle qui fait le fujet
de ce Memoire , porte un grand jour
dans la theorie de la diffolution des fels
par l'eau commune ; car elle nous apprend
que deux fels qui fubfiftent enfemble
dans le même liquide , ne le font
pas feulement parce que leurs parties in-.
tegrantes font incapables de s'y réunir ;
& parce qu'ils ne fermentent point l'un
avec l'autre , mais encore parce que l'un
d'eux ne peut faire l'office de filtre dans
Ja liqueur , ou plûtôt parce qu'ils font
tous deux fels neutres ou moyens , ce
qui eft une condition neceffaire pour
l'effet dont il s'agit . Enfin ( continuë M.
Lemery nous voyons encore par cette
découverte , que quand le fel de tartre
a é é mêlé avec quelque fel moyen ,
n'a pas fur lui une action de fermentation
il en a toûjours une de precipis'il
2. vol.
tation.
2774 MERCURE DE FRANCE.
tation . Quoique cette obfervation ne paroiffe
que curieufe , M. Lemery prévoit
qu'elle peut avoir beaucoup d'utilitez ,
qu'il fe hazardera d'autant moins de prédire
, que fortant , dit- il , de fe tromper
dans un cas beaucoup plus certain en apparence
que celui - ci , il doit profiter de
cette leçon ; tout ce qu'il croit pouvoir
dire fans crainte de reproche , c'eſt que
la découverte qu'il vient de rendre publique
, pourroit reflembler à plufieurs
autres qui ont commencé par n'être que
curieufes , & qui font devenues utiles
dans la fuite , & que , quoiqu'il en foit,
la verité eft affez aimable pour meriter
par elle -même , & fans aucun motif d'intereft
toute nôtre attention & toutes nos
recherches .
E
BOUTS - RIMEZ.
Levé que je fuis au fond de la Garonne ,
' Je fuis bien éloigné , cher Ami , du Perou ,
Sans argent en ce fiecle on vit comme un
Hibou ,
Ce métail fait briller jufques à la Couronne.
Telle fe fait nommer Madame la Baronne ,
2. vol.
Qui
DECEMBRE 1724 2775
Qui fans biens ne feroit qu'une vieille Houhou
;
Le plus fage , ma foi , fans argent n'eſt qu'un
Mais
Fou
par lui l'ignorant eft Docteur en Sorbonne.
Sans l'or tel Ecrivain plus fameux que Balfac
Ne fe verroit cité non plus qu'un Almanach;
L'or fait le plus fouvent les trois quarts du
Ministre ,
Sans l'or, un Adonis ne feroit qu'un Magot ,
Par l'or un fcelerat fe fauve du Fagot ;
Quiconque eft riche et tout , tout pauvre
n'eft qu'un Cuiftre
LETTRE de M. Vergier à Mad. d'H***
vers : La Guirlande, & c.
MADAME ,
Me voilà , Dieu merci , arrivé , & arrivé
fans avoir reçû de la pofte que j'ai
couru jufqu'au bout , aucune des offenfes
dont vous me menaciez . C'eft le plus joli
métier du monde , il vous femble que
vous foyez changé en oifeau , & d'un
foleil à l'autre vous parcourez des païs
2. vol.
infiniss
2776 MERCURE DE FRANCE .
infinis ; mais combien le trouverai- je plus
joli à mon retour , & que fa viteffe répondra
bien à l'impatience que j'ai de me
revoir auprès de vous ? on ne fçauroit
defirer un plus beau temps que celui que
j'ai eu pendant tout le chemin , & cette
faifon qui eft la plus belle de l'année ,
eft auffi la plus belle qu'on ait vûë dans
toutes les années precedentes ."
La Campagne eft par tout fleurie ;
Mes Courfiers fous leurs pas n'ont foulé que
des fleurs ,
Dont la moindre & la plus cherie
Aux Zephirs amoureux a coûté mille pleurs ;
,,,
Les Buiffons , revêtus de verdure nouvelle ,
Répandent dans les airs les parfums les plus
doux;
Flore ne fut jamais fi belle ,
On la prendroit prefque pour vous.
Le terme de Courfier ne vous a - t- il
pas femblé bien magnifique , Madame ,
& lorfque vous penfâtes mourir de rire,
en me voyant culbuter de deffus le débonnaire,
cheval du Curé , auriez - vous
jamais crû que j'euffe dû monter quelque
jour fans accident un animal fougueux
& rapide , comme le doit être un Courfier
? cependant je l'ait fait ; auffi faut- il 2, vol.
avouer
DECEMBRE 1724. 2777
avouer , que les voyages & les affaires
façonnent bien les gens . Comme je n'ai
fait que traverfer avec beaucoup de viteffe
les païs par où j'ai paflé , vous croiriez
peut-être , Madame , que je n'aurois
rien à vous raconter , j'ai pourtant vû
mille chofes , qui toutes meriteroient un
recit fort exact , fi j'avois le temps de le
faire. Ici j'ai vu des Satyres furprendre
des Nymphes endormies , & je vous dirai
par parentheſe qu'ils font comme deux
gouttes d'eau reflemblans à M. de .
Ailleurs j'ai vû des Silvains danſer avec
des Bergeres. Là j'ai vû des Naïades ſe
joüer fur les eaux ; enfin de toutes parts
je n'ai vû que chofes agreables & dignes
de remarque ; mais voici celle qui m'a
plû davantage , & dont je ne sçaurois
m'empêcher de vous faire un recit au
long.
En certains vallons écartez ,
Couloit à flots précipitez
D'un ruiffeau l'Onde claire & pure ,
Propre à faire tomber par fon charmant murmure
,
Ou dans la rêverie , ou dans un doux fommeil.
Là repofoit au frais , fur un lit de verdure ,
Une Nymphe affez belle & fans autre appareil ,
2. vol.
Que
2778 MERCURE DE FRANCE .
Que celui que l'Amour inſpire ,
Bras nud qui les regards attire ;
Cheveux moitié flotans , & moitié renoüez ,
Habit leger , dont ſe ſeroient jouez
Les moindres vents ; gorge affez découverte
,
Couverte affez pour faire defirer ;
Pieds faits au tour dont la blancheur offerte
Charmǝit , brûloit qui l'ofoit ad.nirer.
La Nymphe en cet état d'une main délicate ,
Faifoit une guirlande , où du riant Printemps
Elle prétend que tout l'émail éclate.
Un jeune Faune aux yeux étincelans ,
Au teint noirâtre il n'en étoit pas pire ,
Amour , dit on , eft de cette couleur ;
Auprès d'elle couché lui contoit fon martyre ,
Et lui choififfoit fleur à fleur ,
Tout ce qu'il jugeoit propre à former la guirlande
;
Ainfi depuis long- temps chacun d'eux s'exerçoit.
L'ouvrage cependant moins que rien avan-
⚫çoit ,
Bien que la Nymphe fut d'une adreffe affez
grande ;
2. vol.
Mais
DECEMBRE 1724. 2779
Mais elle aimoit le Faune , il l'avoit fçû charmer
;
Et près de ce qu'on aime , on ne fçait rien
qu'aimer.
La Belle en attachant les fleurs les plus pri
fées ,
Ecoutoit fon Amant , elle lui répondoit ,
L'écoutant , lui parlant , elle le regardoit
Et tout autant de fleurs briſées ;
Enforte que pour deux au plus
Qu'elle noüoit , elle en rompoit cinquante
Du Faune l'ame impatiente
De voir tant de trefors perdus
En fit reproche à fon Amante ,
Et jura qu'il la baiferoit ,
♦
Autant de fois qu'elle en romproit-
La fentence fut acceptée ,
Et fur le champ executée ;
A peine une fleur elle prit ,
Qu'entre fes doigts la tige fe rompit »
Elle en reçut la peine fur fa bouche ;
A la feconde qu'elle touche ,
Autres baifers furent donnez.
Gorge , jouë & menton , le front , les yeux,
le nez ,
Tout 2. vol.
2780 MERCURE DE FRANCE.
Tout enfin fut cènt fois parcouru fans myltere
,
Par les baifers de ce Juge fevere ;
Ainfi de fleur en fleur , de baifer en baifer ,
On voyoit leurs regards & leurs coeurs s'embraffer.
Quand la Nymphe vint à brifer
Non une fimple fleur , mais toute la guirlande.
Là -deffus grande émotion ;
Je redoublai d'attention ,
Pour voir quelle punition
Notre Faune feroit d'une faute fi grande ;
Mais foudain pour tromper mes regards curieux
,
Par le pouvoir de ces champêtres Dieux,
Des branchages touffus autour d'eux s'étendirent
,
D'épaiffes ombres s'épandirent ,
Je ne vis rien de plus , mais au défaut des
yeux ,
Mon coeur me dit à peu près ce qu'ils
firent.
Venons maintenant à la verité de la
Fable , & admirez en même temps , Madame
, quelle eft la vertu de la Poëfie ;
& combien les moindres fujets devien-
2. vol.
nent
DECEMBRE 1724. 2781
nent grands entre fes mains. Cette Nymphe
fi belle & fi galahte , n'eft autre
chofe qu'une gardeute de cochons , & le
Faune qu'un gardeur de vaches , que je
vis entre Avranches & Fontorfon , Païs
de Balle Normandie , & qui feuls dans
une vallée affez agreable joüoient à un
jeu à peu près auffi divertiffant que celui
du pied- de - boeuf , & qui finiffoit toûjours
par des baifers ; je ne fçai s'ils s'apperçurent
que je m'étois arrêté pour les
regarder , mais enfin ils quitterent brufquement
le lieu où ils étoient , & s'allerent
mettre derriere un buiffon , d'où je
ne pus plus les voir . Et voilà cette machine
merveilleufe de branchages & d'ombres
que j'ai fait venir d'une maniere fi
furprenante pour cacher ces Amans . Toutes
les autres chofes que j'ai vûës pendant
mon voyage , réduites à la verité ,
feroient à peu près de ce caractere. Voilà
comment nous autres Poëtes fçavonsnous
jouer de toutes choſes : nous abaif
fons les grandes , nous élevons les petites
. Enfin les Metamorphofes ne nous
coûtent rien ; je fçai pourtant des chofes
que toutes les exagerations de la Poëfie
ne fçauroient élever au - deffus de la verité
; ce font les charmes de votre efprit ,
la bonté de votre coeur , les graces & les 3. vol.
beau
2782 MERCURE DE FRANCE
beautez dont brille toute votre perfon
ne , & le refpect avec lequel je fuis ,
& c.
LE TRIUMVIRAT AMOUREUX,
S
I l'union de trois Romains ,
Fit jadis un affreux carnage ;
Trois François , amis des humains ,
Veulent reparer ce ravage,
Triumvirs differens des autres ,
Ils ne font ni cruels ni fiers ;
L'ambition fit les premiers ;
C'est l'amour feul qui fait les nôtres .
Non , difent- ils , point de courroux ,
Point d'exil dans tout notre Empire ;
Amans , nous ne voulons profcrire
Que les maris & les jaloux.
Triumvirs , Rome confumée
Fut l'ouvrage de leurs fureurs ,
D'une autre ardeur l'ame animée ,
2. vol.
Nous
DECEMBRE
1724 . 2783
Nous ne brûlerons que les coeurs
Au bruit terrible des trompettes ,
Vous faifiez vos fanglans exploits ;
Pour celebrer nos doucés loix ,
Nous n'employons que les mufettes.
A cücillir des nouveaux lauriers ,
Vous paffiez toute votre vie ;
Plus amoureux & moins guerriers ,
Le Myrthe feul fait notre envie.
Il falloit pour remplir vos voeux ,
Des couronnes & des richeffes ;
Pour nous , nous ferons trop heureux ,
Si nous poffedons nos Maîtreſſes,
DESCRIPTION de la Pompe funebre
à Paris , dans l'Eglife de Notre- Dame,
pour le Service du Roi d'Espagne le
15. Decembre 1724 .
Seft
certain
Oit ignorance , foit précipitation , il
que la plupart des Relations
que certains Particuliers répan-
2. vol.
dent
2784 MERCURE DE FRANCE .
dent dans le public , font fi peu exactes,
qu'après qu'on les a lûës , on ne peut fe
former qu'une idée très - imparfaite des
objets qu'elles femblent annoncer.
Telle eft celle qui paroît depuis quelques
jours de la décoration de l'Eglife
Metropolitaine de Paris , à l'occaſion du
Service folemnel qui y fut fait par ordre
du Roi , pour le repos de l'ame de
DOM LOUIS I. DU NOM , ROI D'ESPAGNE
. Au lieu d'un détail fimple , exact,
caracterifé par les termes propres de
l'Architecture , & des autres Arts qui
ont concouru à la compofition de ce fomptueux
Monument l'Auteur s'eft érigé
en Declamateur , & par une éloquence
affectée & hors d'oeuvre , il a plûtôt fait
une espece d'Oraifon funebre qu'une defcription.
Nous efperons que celle que
nous allons donner , fera d'autant plus
exacte , que nous l'avons dreffée fur les
Memoires de M. Berin , qui a deffiné &
conduit toute la décoration.
Décoration exterieure de l'Eglife .
La façade de l'Eglife étoit tenduë de
drap noir depuis les degrez du Portail
jufqu'au cordon. La tenture étoit rehauſfée
par trois lez de velours de même
couleur , chargez d'Armoiries & de Chif-
2. vol.
fres.
DECEMBRE 1724. 2785
"
fres . Les Armoiries repréfentoient les
Armes de tous les Royaumes , & des
differentes Provinces qui compoſent la
Monarchie d'Eſpagne , & les Chiffres le
nom du feu Roi Dom Louis I.
›
Sur la Porte du milieu ; paroiffoit un
grand Ecuffon aux Armes d'Eſpagne ,
foutenu par des Renommées & orné
de Feftons de Cyprès. Sur chaque
Porte laterale il y avoit un Chiffre de
même grandeur que l'Ecuffon , & orné
de la même maniere , ce qui faifoit un
afpect auffi lugubre que magnifique.
La Porte du Palais Archiepifcopal
étoit décorée comme celle de l'Eglife ,
à la referve qu'il n'y avoit ni un grand
Ecuffon , ni deux grands Chiffres , à caufe
qu'il n'y avoit pas aſſez d'eſpace pour les
placer.
Décoration de la Nef de l'Eglife.
Le Nef étoit tenduë de drap noir de
puis les vitreaux jufqu'au rez- de - chauffée
, & divifée en deux parties inégales,
dont la moindre fut deſtinée à la conftruction
d'un Avant-Choeur , & la plus
grande à celle d'un vafte Choeur. Cette
divifion étoit faite par une tenture de
drap noir , qui defcendoit depuis la voûte
de la Nef jufqu'au rez -de - chauffée.
2. vol.
D Déco2786
MERCURE DE FRANCE.
Décoration de l'Avant-Choeur.
La tenture qui faifoit la feparation de
la Nef , fervoit de frontifpice à l'Avant-
Choeur. Au milieu de cette tenture on
avoit pratiqué la porte du Chour , deſignée
par un Chambranle feint de bronze
doré , au deffus duquel on voyoit un grand
Ecuffon , foutenu par deux Lions d'or ,
fur un fond d'une draperie fourrée d'hermine
, dont les pans alloient tomber fur
les Lions. Aux deux côtez de cet Ecuffon
on avoit placé deux Chiffres entre
deux lez de velours , ornez comme ceux
de la façade de l'Eglife , & au - deffus de
ces deux- là on en voyoit un troifiéme
qui traverſoit toute la largeur de la Nef,
& orné comme les précedens.
•
Toute la tenture de l'Avant- Choeur
étoit rehaullée par deux lez de velours
femez comme les autres d'Armoiries
lefquets formoient une double ceinture.
Tout l'Avant-Choeur étoit éclairé de
diſtance en diſtance , par une grande quantité
de bougies portées par des girandoles
, qui formoient des groupes de lumiere
qui brilloit au- deffus des Ecuffons
& des Chiffres.
2. vol.
Déco
DECEMBRE 1724.
2787
Décoration du Choeur.
Le Choeur étoit decoré par un Ordre
d'Architecture , compofé de Pilaftres de
marbre blanc & verd d'Egypte , & dont
les piedeftaux étoient ornez par des Colliers
des Ordres Militaires & de la Toifon
d'Or , du S. Elprit & de S. Michel
, dont le défunt Roi d'Eſpagne étoit
revêtu. Au- deffus des Pilaftres on avoit
pofé des girandoles à plufieurs branches.
Le nud de ces Pilaftres étoit orné alternativement
de Termes & d'Efcabilons.
Ils reprefentoient des Deffechez enveloppez
dans des Draperies , & portoient
fur leurs têtes des vales d'or , couronnez
d'une girandole d'argent chargée de lumieres.
Leurs chaînes étoient ornées de
feftons de bronze doré. Le Corps & la
Draperie des Termes étoient de marbre
blanc .
.. Les Efcabilons étoient ornez de Têtes
de Mort aîlées , de Feftons & d'Armatures
de bronze doré , & portoient , de
même que les Termes , des vafes d'or &
des girandoles d'argent également illuminées.
Les Chapiteaux étoient compofez de
Têtes de Mort aîlées , de Cornets entrelaffez
qui formoient des voluttes , def-
2. vol.
Dij
quelles
2788 MERCURE DE FRANCE .
quelles pendoient des Feftons de laurier
& des Cordons des Ordres de la Toifon
d'Or & du Saint- Elprit . Les Têtes de
Mort portoient des girandoles à plufieurs
branches.
La Frife de tout cet Ordre d'Architecture
étoit formée par un lez de velours
chargé de Tours , de Lions , de
Grenades , de Fleurs - de lis d'or & de
larmes d'argent.
1
La Corniche étoit de marbre blanc ,
dont tout le pourtour étoit profilé de lumiere
, foutenue par des Tours , par des
Lions, par des Grenades & par des Fleursde-
lis d'Or.
Sur l'aplomb de tous les Pilaftres , on
voyoit des Cartouches d'or furmontez
d'une Couronne & ornez de Palais . On
avoit reprefenté dans le fond de ces Cartouches
toutes les Armes des differens
Royaumes & Provinces , dont la Monarchie
d'Espagne eft compofée . Ils
étoient attachez par des Feftons d'hermine
, & ornez de Trophées compofez
de Sceptres , de Mains de Juftice couronnées
, & autres Attributs caracteriſez.
'Au deffus de ces Cartouches & Trophées
regnoit un autre lez de velours
orné de même que celui de la Frife ; &
pour terminer l'Attique ; on voyoit des
Feftons d'hermine , qui fermoient des
2. vol.
neuds
DECEMBRE 1724. 2789
noeuds fur l'aplomb de tous les pilaftres.
A chaque côté du Choeur on avoit
pratiqué neuf arcades qui formoient des
alcoves ou Tribunes , dans lesquelles trois
rangs de báncs compofoient un amphitheatre
, fur lefquels étoient placez une
multitude de fpectateurs.
Chaque alcove étoit ornée par le bas
d'un Tympan chantourné , chargé d'une
tête de mort aîlée , & entourée de feftons
de Cyprès chaque tête de mort portoit
une girandole d'argent chargée de lumieres.
Les Tympans formoient une efpece
de galerie , & étoient profilez de bougies
. Ils portoient alternativement ſur le
haut du milieu des Tours & des Grenadiers.
A chaque côté des Tours paroiffoit un
enfant de bronze doré , tenant à là main
differens attributs de la mort , & orne
mens Royaux. Ces Tours étoient furmontées
d'une girandole d'argent chargée
de lumiere.
Les Grenadiers étoient d'argent à 25.
branches , dont chacune portoit une gre
nade d'or avec ſa bougie , foutenuë par
un piedeſtal cannellé , & accôté de deux
Lions d'or d'attitudes differentes .
Les ceintres des dix - huit arcades étoient
ornez de rideaux de velours attachez à
l'architheatre , lefquels formoient des
2. vol.
D iij feftons
2790 MERCURE DE FRANCE.
feftons d'un pilaftre à l'autre , noüez par
de gros cordons d'argent , dont les chûtes
tomboient fur les timpans ; le tout
garni de franges d'argent , & femé de
larmes de même métal. Toutes les arcades
étoient à chefpendant , portant alternativement
des écuffons & des chiffres..
On voyoit les armes d'Efpagne ornées
des attributs des Ordres de la Toifon
d'Or , du Saint - Efprit & de Saint Michel
dans de grands cartouches de bronze
doré , ornez de feftons de Cyprès , & furmontez
d'une Couronne .
Les chiffres étoient dans des Medailles
ornées de cartouches d'or & de feftons
de Cyprès , & entourez d'un manteau
Royal d'étoffe d'or , doublé d'hermine ,
& furmontez d'une Couronne .
A chaque côté du Choeur on avoit
conftruit deux rangs de ftales drapées
pour y placer les Princes du Sang & les
Cours Souveraines. La frife qui regnoit
au deffus étoit formée par un lez de velours
, orné de même que tous les autres
qui étoient employez dans tout l'ordre
d'Architecture . Sa corniche étoit d'or &
profilée de lumieres ; foutenue par
des
Tours , par des grenades & par des fleursde
lys d'or.
Au pied des ftales on avoit placé plufieurs
rangs de bancs , drapez & unifor-
2. vol. mes >
DECEMBRE 1724. 2791
mes , à la réſerve de celui qui étoit deftiné
pour les Gentilhommes qui fervoient
les Princes du Sang dans les fonctions
de la ceremonie , lequel étoit de
même que les ftales du fecond rang , c'eſtà-
dire en forme de fieges.
Décoration de l'Autel.
Ön avoit obfervé dans la décoration de
l'Autel le même ordre que dans le refte
du Choeur ; mais il étoit plus richement
paré.
La face étoit compofée d'un poële de
velours , écartelé par une Croix de Moire
d'argent , & cantoné par quatre écuffons
en broderie d'or. Il étoit furmonté
par un Dais garni fur les quatre coins
d'une pomme , ou bouquet de plumes
blanches & noires , du milieu de laquelle
s'élevoit une aigrette blanche. De ce Dais
pendoient des rideaux de velours bordez
de frange d'argent , femez de Tours , de
Lions , de grenades , de fleurs - de lys d'or,
de larmes d'argent , & doublé d'hermine.
A chaque côté regnoit une pente de
velours , rehauffée d'écuffons en broderie
d'or & d'argent , & bordée d'une
grande crépine d'argent. A chaque côté
du milieu de la face de l'Autel on avoit
reprefenté une alcove fauffe , ornée de
2. vol. D iiij même
2792 MERCURE DE FRANCE.
même que celles qui ont été décrites dans
la décoration du Choeur. Le Sanctuaire
étoit fermé par une balustrade qui le feparoit
du Choeur , & élevé par des marches.
Du côté de l'Epître on avoit placé un
fauteuil pour M. le Cardinal de Noailles
pontifiant , & des chaifes pour les Chanoines
affiftans , derriere lefquelles étoient
plufieurs rangs de bancs drapez pour le
Clergé de France , qui affifta en Corps
à la folemnité , parmi lequel il y avoit
grand nombre de Prélats .
Au bas du Choeur , & vis- à- vis de
l'Autel on avoit pratiqué un Jubé pour
la Mufique , capable de contenir plus de
300. perfonnes. Il étoit en forme d'amphitheatre
, & terminé par une baluſtrade
de marbre en compartimens , & orné
d'écuffons , & autres attributs de bronze
doré.
DESCRIPTION du Catafalque
ou Maufolée.
Quoique toute la décoration fut auffi
magnifique qu'ingenieufe , il faut demeurer
d'accord que le Maufolée l'emportoit
fur le reſte , tant par rapport à la magnificence
, que pour le bon goût & l'invention
.
2. vol. II
DECEMBRE 1724. 2793
Il étoit élevé à l'entrée du Choeur ,
& fait en forme de Tour ovale , & voutée
, pour marquer que la Caftille , dont
elle reprefentoit les armes , eft le premier
Royaume dont la Monarchie d'Efpagne
eft compofée .
Cette Tour étoit pofée fur un maſſif
de marbre verd d'Egypte. On y entroit
par quatre portes qui répondoient aux
quatre parties du monde , Symbole de la
Domination Eſpagnole. On y montoit
par quatre perrons de marbre blanc de
cinq marches chacun . Elle étoit arboutée
par quatre avant- corps qui formoient des
confoles qui s'élevoient au - defus des
crenaux , & portoient un altique en gorge.
A chaque coin du maffif paroilloit un
piedeftal faillant portant une Torchere ,
dont on fera la defcription plus bas.
Chaque Nemon étoit orné à l'oppofite
de la porte d'une figure en ronde boll
qui reprefentoit une vertu celle qui
étoit vis à - vis de l'Autel reprefentoit la
Religion , celle qui regardoit la porte du
Choeur la Juftice , celle du côté droit la
Clemence , & celle du côté gauche l'Efperance.
Le dedans de la Tour étoit tendu de
yelours noir.femé de larmes d'argent.
La voute formoit un plafond , dont la
corniche étoit compofée d'une campane
2. vol.
d'ar- D v
2794. MERCURE DE FRANCE.
d'argent , & le fond d'une Croix de
Moire de même cantonée de quatre écuffons
en broderie d'or & d'argent.
L'interieur de cette voute étoit éclairé
fur des trumaux par quatre girandoles
d'argent qui portoient quantité de bougies.
Les girandoles étoient portées par
des confoles de même métal , ornées de
palmetes , de feftons de Cyprès. Chacune
de ces confoles avoit fa chûte.
De deffous le ceintre de la porte qui
regardoit l'Autel , & de celle qui étoit à
l'oppofite de la porte du Choeur , fortoit
un fquelette de marbre blanc , tenant une
faux d'une main , & de l'autre relevant
un rideau de velours noir , bordé de grandes
franges d'argent , & femé de larmes
de même. Ce rideau étoit attaché par de
gros cordons d'argent aux deux côtez , &
avoit fa chûte qui tomboit fur le maffif
de la Tour.
Les autres deux portes étoient ornées
de rideaux , femblables à ceux des premieres
, mais fans fquelettes.
Au-deffus des archivoltes des quatre
portes , fur le noeud de la Tour , étoient
placez quatre grands cartouches d'or en
relief , ornez de palmes , qui entouroient
les armes d'Efpagne , auffi en relief, &
furmontées d'une Couronne , d'où pendoient
des cordons des Ordres de la Toi-
2. vel.
fon
DECEMBRE 1724. 2795
.
fon d'Or & du Saint - Elprit .
Les quatre confoles de marbre blanc
veiné , qui fervoient d'arboutans , étoient
armées au-deffous des crenaux de têtes de
mort coëffées à l'Indienne avec des plumes
, pour marquer les Royaumes du
Perou , du Mexique , du Chily , & c. De
ces têtes de mort tomboient des trophées
d'armes , garnis de carquois , de fléches ,
d'arcs & de Couronnes Mexiquaines.
Toutes les têtes , auffi bien que les trophées
étoient d'or en relief , & ratachées
avec des cordons de laurier d'or. Les
volutes des confoles fervoient d'appuis , &
étoient ornées de feuilles & d'armatures
de bronze doré , le tout en relief.
Tous les panneaux des confoles & les
piedeftaux étoient de marbre verd d'Egypte
, ornez en partie d'attributs des
Royaumes d'Espagne , & en partie de
ceux de la mort , de bronze doré & en
relief.
Au -deffus des crénaux de la Tour paroiffoit
un Altique , dont le corps étoit
de marbre blanc veiné , & les panneaux
de marbre verd d'Egypte , ornez de chif
fres en relief.
Sur les aplombs des quatre confoles
ou arboutans étoient cantonnez quatre
Lions d'or , appuyant quatre confoles de
marbre blanc qui terminoient l'altique ,
2. vol.
D vj &
2796 MERCURE DE FRANCE.
& portoient une grande Couronne d'Efpagne
, dont les fleurons & les cour
bes étoient garnies de quantité de lumieres
, & terminoient le Catafalque.
Les quatre grandes Torcheres , dont il ,
a été déja parlé , étoient portées par les
quatre piedeftaux faillans. Elles étoient
de marbre blanc veiné , leurs bafes étoient
triangulaires , & formoient des voluttes.
Leurs trois faces étoient à jour , & dans
les ouvertures on avoit placé des têtes
de mort entourées de cartouches d'or en
relief. Les têtes de mort portoient des
girandoles d'argent à plufieurs branches
chargées de lumieres .
Les montans de ces Torcheres à la moitié
de leur hauteur formoient des culs de
lampes , portant des Couronnes d'or fermées
& compofées des attributs des differens
Royaumes d'Efpagne , & toutes
garnies de lumieres .
Les hauts de ces Moutons qui s'élevoient
jufqu'aux crenaux de la Tour ,
étoient terminez par des Couronnes , de
même que celles du bas , & également
éclairées depuis le haut juſqu'au bas . Les
quarre Torcheres étoient ornées de feftons
de Cyprès d'or en relief.
Au deffus du Catafalque étoit élevé
un grand Pavillon Royal de figure octogone
, orné de riches pentes en broderie
2. ual .
d'or
DECEMBRE 1724 2797
d'or , dans les feftons defquelles étoient
renfermez plufieurs attributs des Royaumes
d'Espagne , auffi en broderie . Le
fond du Pavillon étoit formé par une
grande Croix de Moire d'argent , cantonnée
de quatre écuffons en broderie
d'or. Tout le Pavillon étoit femé de
Tours , de Lions , de Grenades , de fleursde-
lys d'or & de larmes d'argent.
Sur les huit angles du Pavillon étoient
placez des bouquets de plumes noires &
blanches , avec leurs aigrettes , de même
que ceux du Dais de l'Autel.
Les quatre ridaux de ce Pavillon étoient
de velours noirs femez de Tours , de
Lions , de Grenades , de fleurs - de- lys
d'or , & de larmes d'argent , & doublez.
d'hermine . Ils tomboient des angles &
formoient des feftons en s'écartant. Ils
étoient ratachez par des cordons d'argent
qui formoient de gros noeuds . Leurs
chûtes tomboient jufqu'au niveau des
crenaux de la Tour , ce qui couronnoit
entierement le Catafalque.
Dans l'interieur de la voute de ce mágnifique
Maufolée étoit la reprefentation
du corps du feu Roi d'Efpagne , couverte
d'un poële de Brocard d'or , brodé d'hermine.
Il étoit écartelé par une Croix de
Moire d'argent cantonnée de quatre écuf
fons en broderie d'or.
2. vol.
Sur
2798 MERCURE DE FRANCE.
Sur la tête de la reprefentation , qui
étoit tournée du côté de la porte du
Choeur , on avoit placé une Couronne
d'or fur un oreiller de velours noir , &
couverte d'un crêpe.
Sur les pieds qui étoient vis - à - vis de
l'Autel , étoit étendu le manteau Royal ,
lequel étoit de Brocard d'or bordé d'hermine
, & tomboit en fe repliant jufques
fur la derniere marche du degré , lequel
étoit garni d'un grand nombre de chandeliers
d'argent garnis de cierges , de
même que ceux des autres trois portes
du Catafalque , ce qui faifoit un effet lugubre
, mais majestueux , ainfi que tout
le refte de la décoration , qui de l'aveu
de tout le monde étoit la plus fomptueufé
, & la mieux entendue qu'on eut vû
jufqu'alors ; ce qui marque, l'excellence
du goût du Duc de Gefvres , Premier
Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
qui l'avoit ordonnée . M. de Saint Dezans
, Intendant & Contrôleur de l'Argenterie
& des menus plaifirs & affaires
de la Chambre du Roi , en avoit conduit
l'execution , fur les Deffeins de M.
Berin , Deffinateur ordinaire du Cabinet
du Roi.
2. vol.
RONDECEMBRE
1724. 2799
******* ***************
A
RONDEAU.
Faire le Rondeau n'avois oncques penſé ,
Si faut-il en ce jour , le tout bien balancé,
Par effai m'en donner une petite doſe ,
Deuffe-je au lieu de vers ne mettré ici que
profe ,
J'en ferai trop content pourvû qu'il foit ſenſe.
Mon naiffant Apollon qui n'eſt qu'à l'A. B. C.
Jà me fait preffentir qu'il eft embarraffé ,
Et me dit que Rondeau n'eft pas facile chofe
A faire.
Si je pouvois finir comme j'ai commencé ,
Que l'on vit par le bon , le mauvais compenfé,
Bouffi ferois du gain d'une fi belle cauſe ,
Ce plaifir me feroit plus doux que miel , que
rofe ,
J'aurois franchi le pas que Philis m'a forcé
A faire.
2. vol.
LET1800
MERCURE DE FRANCE.
aaaaaaaaaaaaaaaaa
LETTRE d'un Auteur anonime aux
Auteurs du Mercure , fur l'Opera
d'Armide.
Ous m'avez encore prévenu , Meffieurs
, au fujet d'Armide , comme
vous aviez fait au fujet de Berenice . Ne
croyez pas pourtant que je prenne le parti
d'attaquer la verfification de Quinault,
comine j'ai attaqué celle de Racine ; cette
derniere entrepriſe feroit plus hardie
que la premiere . Peut-être ferez - vous
furpris de ce que je viens d'avancer-;
donner le pas à Quinault fur Racine ,
direz- vous , quelle nouveauté ? ce n'en
eſt pas une pour moi , Meffieurs , dans la
partie qui regarde la diction , & j'ai toujours
confideré Quinault comme le Poëte
François qui a écrit le plus purement ;
j'ajoûterai quelque chofe de plus , c'eſt
que jamais verfification n'a été plus aiſée,
plus naturelle , & parconfequent moins
chargée de chevilles que celle de ce tendre
Auteur , que nous pouvons appeller
à juste titre le Prince des Poëtes Lyriques
François . J'avoue que le genre de
Poëme qu'il a choifi par prédilection n'a
pas peu contribué à l'exempter de la trifte
2. vol.
neDECEMBRE
1724. 1801
neceffité de faire entrer dans fes vers ces
fuperfluites auxiliaires , qu'on appelle
communément de la bourre ; la liberté
qu'il avoit d'employer de petit vers , au
lieu de vers alexandrins , pour exprimer
une penſée , ou un fentiment , le difpenfoit
d'avoir recours à des inutilitez , recours
prefque neceffaire dans le Poëme
épique , & dans le dramatique , où nos
meilleurs Auteurs fe font impofé la lof
du vers de douze fyllabes , à rimes plates,
c'eſt-à -dire , non croifées ; mais indépendemment
de cette heureufe liberté où
Quinault s'eft mis dans un genre de Tragedie
dont il a été l'inventeur , il a été
jufqu'aujourd'hui le plus parfait de tous
ceux qui ont marché fur fes traces , &
qui ont embraffé le même genre. Après
ce jufte éloge que je fais de fes Foëfies
Lyriques , j'efpere qu'on ne me tiendra
pas pour fufpect dans les obfervations
Critiques que je vais faire fur le plan
d'Armide , il s'en faut bien que la conftitution
de fa Tragedie réponde à la douceur
, & à la beauté de fa verfification, -
Je vais tâcher de le prouver.
2. vol.
Obferva
1802 MERCURE DE FRANCE.
Obfervations Critiques fur l'Opera
d'Armid .
ACTE I.
Avant que d'entrer en matiere , je prie
mon lecteur de me permettre d'expofer
à fes yeux une queftion dont il fera luimême
l'arbitre . Deux Actrices ( a ) viennent
de partager tout Paris , dans leur
maniere de jouer le rôle d'Armide ; la
premiere l'a joué avec plus de force , la
feconde avec plus de tendreffe ; il reste à
fçavoir de quelle maniere il faut le jouer
pour être dans le vrai , & fi c'eſt la tendreffe
ou la force qui doit prévaloir dans
un caractere tel que celui d'Armide ; je
vais l'expofer fans ce caractere ; ce fera
au lecteur à juger en confequence.
Dans toute la premiere Scene du premier
Acte , laquelle fe paffe entre Armide
& fes Confidentes , dont l'une s'appelle
Phenice , & l'autre Sidonie , Armide
paroît plongée dans une trifteffe mortelle
, que fes deux Confidentes tâchent
de diffiper par les louanges les plus flâteufes
. L'art du Poëte a inferé dans ces
éloges l'expofition du fujet , elles annon
cent d'abord le jour où l'action commence.
C'eſt un jour de triomphe pour
la
(a) Les Demoiſelles Antier & Lambert.
2. vol.
beauDECEMBRE
1724. 2803
beauté d'Armide , on inftruit le fpectateur
de ce qui s'eft paffé , & on le prépare
à une partie de ce qui peut , ou doit arriver
dans la fuite ; voilà donc . Armide
annoncée , comme une Princeffe , dont
la beauté n'a pas moins d'empire fur les
coeurs que fon art fur les Enfers ; on l'annonce
même pour indifferente , elle croit
l'être en effet , quoique tout ce qu'elle
dit nous falle fentir qu'elle fe trompe.
Elle a un dépit fecret d'avoir manqué la
conquête d'un coeur auffi fier que l'eft
celui de Renaud , l'un des chefs de l'armée
des Croifez . Voici comment elle
s'explique :
Je ne triomphe pas du plus vaillant de tous ,
Renaud pour qui ma haine a tant de violence ,
L'indomptable Renaud échappe à mon courroux
;
Tout le camp ennemi pour moi devint fenfible,
Et lui feul toûjours invincible ,
Fait gloire de me voir dans un oeil indifferent ;
Il eſt dans l'âge aimable ou fans effort on aime,
Non , je ne puis manquer fans un dépit extrême
,
La conquête d'un coeur fi fuperbe & fi grand,
Je cite ces neuf vers pour mettre au
fait du caractere d'Armide . On fçait bien
2. vol.
qu'elle
2804 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle aime ; mais elle croit haïr , & fa
maniere de s'exprimer doit plutôt partir
d'après ce qu'elle croit fentir , que d'après
ce qu'elle fent en effet. On en jugera
encore mieux par les termes que
l'Auteur a employez dans le fonge , dont
Armide inftruit fes Confidentes : le voici.
Un fonge affreux m'infpire une fureur nouvelle
Contre ce funeſte ennemi ,
J'ai cr le voir , j'en ai frémi ,
J'ai crû qu'il me frappoit d'une atteinte mortelle
:
Je fuis tombé aux pieds de ce cruel vainqueur,
Rien ne fléchiffoit fa rigueur ,
Et par un charme inconcevable ,
Je me fentois contrainte à le trouver aimable ,
Dans le fatal moment qu'il me perçoit le coeur.
Y a- t'il aucun de ces vers qui ne refpire
la colere & la vengeance ? je n'en
excepte pas même celui , qui chanté
avec une réflexion de voix auffi féduifante
que tendre , a excité un applaudiffement
general , c'eft celui- ci .
Je me fentois contrainte à le trouver aimable.
Eft- ce l'amour ou le dépit qui font
parler Armide ? il n'y a qu'à voir ce qui
2. vol.
préDECEMBRE
1724. 2805
précede , & ce qui fuit pour le mettre
dans le vrai de l'expreffion. Il s'agit d'un
funefte ennemi qui frappe d'une atteinte
mortelle ; d'un ennemi inflexible qui voit
Armide tombant à fes pieds, fans rien per
dre de fa rigueur , & qu'Arinide eft contrainte
de trouver aimable dans le moment
fatal qu'il lui perce le coeur ; ce charme
paroit inconcevable à Armide ; tout cela
devroit exciter fa rage plutôt que fon
attendriffement ; c'eft au public à juger
quel fentiment eft le plus naturel & le
plus vrai,
Tout ce que j'ai remarqué juſqu'ici ne
regarde que la question préliminaire que
je laiffe à mon lecteur à decider, Voyons
maintenant ce qui concerne l'Auteur . Sa
premiere Scene eft une des plus brillantes
qu'on puiffe voir en fait d'expofition ,
Il s'en faut bien que la feconde foit auffi
parfaite. Elle me paroît un beau horsd'oeuvre
qui fournit beaucoup au Muficien.
Hidraot , oncle d'Armide , ne lui parle
que d'Hymen , quoiqu'il ne s'en agiffe
nullement dans la fête qui va fuivre cette
Scene ; j'avoue que cette Scene m'induifit
en erreur la premiere fois que je vis
reprefenter Armide. Je m'imaginai que
c'étoient des Rois , ou du moins des Princes
prétendans à la poffeffion d'Armide ,
2. vol.
qui
2806 MERCURE DE FRANCE.
qui celebroient le triomphe de fa beauté,
& je fus bien furpris quand j'appris par
la lecture du Poëme , que ces prétendus
Princes & Rois n'étoient que des peuples
de Damagi
Le rempliffage des Canevas de la fête
ne me paroît pas digne de la plume de
Quinault , il en a fait de plus beaux dans
l'Opera de Proferpine , & dans quelques
autres ; mais foit qu'il fe negligeât , foit
qu'il ne pût pas mieux faire , il faut avoüer
que ce genre de verfification n'étoit pas
fon fort ; cependant il fçavoit affez de
Mufique pour s'en acquitter mieux que
beaucoup d'autres.
La derniere Scene de ce premier Acte
me paroît très - intereffante , & je la trouve
d'autant plus belle qu'elle commence
l'action principale.
Aronte mourant vient annoncer à Armide
qu'on lui a enlevé les captifs qu'elle
lui avoit ordonné de conduire à Damas.
Armide demande précipitamment où ſont
fes captifs , & à peine Aronte lui a declaré
qu'un feul guerrier les a délivrez ,
qu'elle devine que c'eft Renaud , Aronte
lui confirme ce que fon coeur vient de
lui faire preffentir , ce qui donne lieu à
un Duo de fureur qui termine ce premier
Acte.
J'aurois fouhaité pour rendre cette fin
2. vol.
d'Acte
DECEMBRE 1724. 2807
d'Acte encore plus chaude , qu'on eut
annoncé ces captifs dans les Scenes précedentes
, & qu'ils dûffent orner le triomphe
d'Armide . L'Auteur en touche bien
quelque chofe dans la premiere Scene ,
p. r ces deux vers :
Ses plus vaillans guerriers contre vous fans
défenſe
Sont tombez en vôtre puiffance.
Mais outre que cette captivité peut ſe
prendre dans un fens purement metaphorique
; il me femble qu'Armide auroit
été plus picquée , fi ces fameux captifs
avoient été deftinez pour rélever l'éclat
de fon triomphe ; c'eft un fentiment que
je hazarde , je le foumets à la cenfure des
connoiffeurs , prêt à me conformer à
leur décifion.
ACTE I I.
Les Scenes de ce fecond Acte ne font
pas à beaucoup près auffi bien arrangées
que celles du premier. Pour bien divifer
un Acte il faudroit qu'il y eut une espece
de genealogie entre les Scenes , que la
premiere produifit la feconde , & qu'il en
fut de même de toutes celles qui fuivent ,
ou du moins il feroit bon qu'aucun perfonnage
ne quittât la Scene fans annoncer
2. vol. celui
2808 MERCURE DE FRANCE .
celui qui lui vient fucceder , & même
fans le voir ; par là il n'y auroit jamais
de vuide aux yeux des fpectateurs , hors
dans les entractes .
Dans la premiere Scene on voit Re
naud avec Artemidor , l'un des captifs
d'Armide , que ce fameux guerrier vient
de délivrer à la fin du premier Acte.
Cette Scene eft affez froide , auffi n'eftelle
que protatique. Il feroit à fouhaiter
pour Renaud
Renaud qu' Armide entendit la juftice
qu'il rend à la beauté ; elle en feroit
à moitié défarmée , rien n'eft fi galant ,
furtout parlant de la bouche d'un indifferent
de profeffion . Voici les propres
termes dont il fe fert en parlant d'Ar
mide :
Par une heureuſe indifference
Mon coeur s'eft dérobé fans peine à fa puiffance
,
Je la vis feulement d'un regard curieux ;
Eſt- il plus aífé d'éviter fa vengeance ,
Que d'échaper au pouvoir de ſes yeux .
La vengeance d'Armide eft fecondée
de toute la puiflance infernale , peut - on
faire un plus grand éloge de fes yeux ,
que de dire qu'ils font encore plus à
craindre. Hidraot n'en a pas dit davan-
2. vol.
tage
DECEMBRE 2809 1724 .
tage dans fon triomphe du premier Acte,
par ces deux vers :
Armide eft encor plus aimable
Qu'elle n'eft redoutable , &c.
Il reste à difcuter fi un indifferent de
profeffion peut êêttrree jufte apprétiateur
d'une puiffance qu'il ne connoît pas.
Renaud & Artemidor quittent la Scene
, pour la laiffer occuper par Hidraot
& par Armide, qu'ils n'annoncent, ni ne
voyent ; c'eſt- là le défaut que je viens de
remarquer cy - devant.
Armide & Hidraot font connoître aux
fpectateurs , que c'eft en ce lieu que
l'Empire infernal doit conduire leur victime
à la faveur d'un enchantement ; ils
évoquent les Démons ; il y a deux parties
dans cette évocation ; la premiere ne
refpire que vengeance , on appelle les
Démons , du nom d'esprit de baine & de
rage ; dans la feconde partie Armide
le feule , & apporte une espece d'adouciffement
aux ordres qu'elle vient de
donner aux Démons , conjointement avec
Hidraot ; voici comme elle parle :
par-
Démons affreux cachez- vous
Sous une agréable image ,
2. vol.
Quel
E
2810 MERCURE DE FRANCE.
Enchantez ce fier courage ,
Par les charmes les plus doux .
Quel eft ici le deffein d'Armide ? commenceroit-
elle à s'appercevoir que fon
ennemi lui eft plus cher qu'elle ne penfe
à Dieu ne plaife que je le croye. La
Scene du poignard qui eft une des plus
pathetiques de la Piece ne feroit plus
qu'un jeu , & Armide joüeroit la Comedie.
Cependant j'ai trouvé des gens qui
font dans ce fentiment ; & ce qui les y
confirme , c'eft que toute la fête du fecond
Acte femble n'avoir pour objet que
d'attendrir Renaud , & de le difpofer à
aimer. En effet, difent- ils , à quoi bon ces
maximes :
Ah ! quelle erreur , quelle folie ,
De ne pas jouir de la vie !
C'eſt aux jeux , c'eſt aux amours
Qu'il faut donner les beaux jours , &c.
J'avoue que ces raifons font affez fpecieuſes
; mais j'aime mieux accufer Quinault
d'avoir fait un mauvais divertiйlement
, que de lui ôter la gloire d'avoir
mis au Theatre une Scene des plus paffionnées
, & des plus intereffantes : fi
Armide croit aimer Renaud , à quoi
2. vol.
bon
DECEMBRE
1724. 2811
bon ce grand étalage de vengeance.
Enfin il eft en ma puiffance ,
Ce fatal ennemi , ce ſuperbe vainqueur ,
Le charme du fommeil le livre à ma vengeance,
Je vais percer fon invincible coeur ;
Par lui tous mes captifs font fortis d'esclavage,
Qu'il éprouve toute ma rage.
Il n'y a aucun des ſpectateurs qui ne
tremble pour Renaud endormi , à ces
terribles paroles d'Armide ; & comme
l'intereft qu'on prend pour Renaud
n'ait uniquement du danger où il eſt
expofé , on n'aura plus rien à craindre ,
ni plus d'intereft à prendre dès qu'on
fçaura qu'Armide ne croit pas haïr Renaud.
On fçait bien qu'elle l'aime ; mais
elle ne le fçait pas encore elle - même , &
c'eft-là ce qui fait tout le picquant de la
fituation.
Armide commence à fe troubler à
mefure qu'elle s'approche de Renaud ;
elle s'attendrit par dégré , elle fufpend
le fer prêt à tomber fur fa victime ; le
poignard fatal dont la haine femble l'avoir
armée , lui eft arraché par l'Amour .
Elle fe reconnoît Amante , au lieu qu'elle
fe croyoit ennemie . Elle fait enlever
2. vol
E ij Re1812
MERCURE DE FRANCE .
Renaud par des Démons transformez en
zephirs . Quoi de plus beau que cette fin
d'Acte ! pallons au troifiéme.
ACTE II I.
Armide fait connoître aux fpectateurs
par un monologue qu'elle aime Renaud
malgré elle . Ses deux Confidentes viennent
lui apprendre que ce Renaud quifut
fi fier brûle pour elle , par un merveilleux
effet de fon enchantement; le compliment
feroit très impoli , fi Armide ne
leur avoit fait confidence des moyens
qu'elle a pris pour ſe faire aimer de Renaud
; mais pourquoi la leur a - t'elle faite
cette confidence fi honteufe , furtout
pour une Princeffe encore plus aimable
qu'elle n'eft redoutable ? quelle neceffité
y avoit- il de confeffer fa honte ; voici
l'unique motif que l'Auteur en donne à
Armide , c'eft elle qui parle :
Vôtre amitié dans mon ført l'intereffe ,
Je vous ai fait conduire avec moi dans ces
lieux ;
Au refte des mortels je cache ma foibleffe ,
Je n'en veux rougir qu'à vos yeux.
Ne pourroit- elle pas bien s'épargner
encore cette honte ? Je fai que les Con-
2. vol.
fidens
DECEMBRE 1724.
2813
fidens font quelquefois neceflaires pour
expofer aux fpectateurs des chofes qui
contribuent à l'intelligence de la Piece ;
mais pourquoi multiplier les êtres fans
neceffité ? une Confidente n'auroit - elle
pas fuffi à Armide , furtout pour faire
un aveu fi mortifiant pour une belle ? Je
vais plus loin , l'Auteur pouvoit s'en
paffer abfolument dans cette occafion , &
les vers même de fa Scene lui fuffifoient
pour cela. Il n'avoit qu'à mettre en monologue
cette belle Tirade .
Helas ! que fon amour eft different du mien ,
J'ai recours aux Enfers pour allumer la flâme ,
C'eſt l'effort de mon art qui peut tout fur fon
ame ;
Ma foible beauté n'y peut rien ;
Par fon propre merite il fufpend ma vengeance
1
Sans fecours , fans effort , même fans qu'il y
penfe ,
Il enchaîne mon coeur d'un trop charmant
lien.
Helas ! que mon amour est different du ſien .
Ces vers qui font des plus beaux de la
Piece , mettent les fpectateurs au fait de
tout ce qui fe paffe dans le coeur d'Armide
, pourquoi donc cette paire de Confi-
2. vol.
E iij dentes
?
2814 MERCURE DE FRANCE.
la dentes elles ne fervent qu'à repeter
même pofition que nous avons vûë dès
le commencement de la Piece , & dont
nous nous ferions bien paffez ; cela fait
une espece de Scene doublée .
Au reſte ; rien n'eft plus fimple que
l'action de ce troifiéme Ace ; la voilà
en quatre mots . Je veux haïr Renaud , je
ne puis. L'Auteur , à la faveur de l'allegorie
, a mis en action réelle ce qui
n'eft qu'en fentiment dans le coeur d'Armide.
Je ne voudrois ces fortes d'allegories
que dans des prologues . Le draina
tique demande plus de réalité dans l'action.
Je fçai qu'il y a des Pieces purement
allegoriques , dont les Acteurs ne
font que des paffions perfonnifiées , mais
cela ne doit être fouffert que dans le fyftême
de la Religion payenne . Il n'en eft pas
de même de la Tragedie d'Armide . Quoique
cette Princeffe ne foit pas Chrétienne
, elle n'eft pas d'une Religion qui admette
la pluralité de Dieux , & le Poëte
n'avoit pas plus de droit dans la Piece en
queftion de perfonnifier la haine que
l'amour . M. Quinault a fi bien fenti cette
verité , qu'il a pris foin de fupprimer
dans tout ce Poëme toutes ces exclamations
de Dieux ! ou de juftes Dieux , de
même qu'il a fait dans Roland , & dans
Amadis , à caufe qu'il eft dans un fyftême
2. vol.
de
DECEMBRE 1724. 2815
de Religion bien different du politheif
me.
Au refte , ce qu'il peut y avoir de déraifonnable
dans la fête de ce troifiéme
Acte n'empêche pas qu'elle ne faffe beaucoup
de plaifir , & qu'elle ne prête infiniment
à la Mufique. L'Acte finit par le
refus qu'Armide fait du fecours de la
haine , & par les menaces de cette divinité
méprifée.
ACTE I V.
Ce quatrième Acte n'a jamais fait fortune
, on le trouve poftiche ; cependant à
le Confiderer en lui même , & fans avoir
égard à ce qui précede , & à ce qui fuit ,
il me paroît très - joli & très-moral . Le
peu d'action qui s'y paffe a toutes les parties
qui peuvent entrer dans la compofition
d'une Piece . La Scene eft aux avenuës
du Palais enchanté d'Armide. Ubalde
& le Chevalier Danois qui viennent
chercher Renaud par ordre de Godeffroy,
rencontrent des obftacles de divers gen
res ; fçavoir , des monftres & des plaifirs,
à combattre & à furmonter . Ces monf
tres & ces plaifirs font le noeud de cette
perite action ifolée ; un fceptre d'or & un
bouclier enchanté qu'un Magicien bienfaifant
leur a donnez pout détruire tous
2. vol.
les E iiij
2816 MERCURE DE FRANCE.
les charmes d'Armide , en font le détnouëment.
Il eft vrai que la feconde parie
de ce qui en fait le noeud a un peu
trop d'uniformité , Ubalde & le Chevalier
Danois croyant voir Lucinde & Meliffe
leurs anciennes Maîtreffes , fe détrompent
l'un l'autre par le fecours du
charme fuperieur.
Au refte , la fête en eft très -aimable,
& fert à délaffer le fpectateur ; mais
comme ce délaffement ne fert qu'à faire
diverfion à l'intereft principal , on l'a
trouvé de trops mais on en eft bien dédommagé
par le cinquième Acte , qui
peut paffer pour le plus beau qui foit
dans tous les Opera : Nous y voici :
ACTE V.
Le Theatre reprefente le Palais enchanté
d'Armide. Renaud & Armide
ouvrent la Scene par un adieu des plus
touchants . Il faut avouer que dans cette
occafion Quinault eft un plus grand enchanteur
qu'Armide. Jamais Scene n'a
été plus intereffante que celle- ci , & jamais
Scene n'a dû l'être moins . En effet ,
l'intereft ne doit naître que du peril , &
ne doit avoir d'autre mefure que le peril
même. Dequoi s'agit - il dans cette Scene ?
d'une feparation momentanée entre Re-
2. vol.
naud
DECEMBRE 1724. 2817
naud & Armide ; cependant Renaud en
paroît auffi penetré que s'il s'agiffoit d'une
abſence éternelle . Je fçai qu'on peut
prendre l'intereft du côté d'Armide : c'eſt
elle qui craint cette feparation éternelle
dont je viens de parler ; la haine lui a
annoncé à la fin du troifiéme Acte , par
ces deux vers , en parlant de Renaud .
La gloire à qui tu l'arraches ,
Doit bien- tôt te l'arracher.
Je vais plus loin , elle doit être informée
de l'arrivée du Chevalier Danois &
d'Ubalde ; car fi elle l'ignoroit , elle n'auroit
pas ordonné à deux Démons de
prendre la forme de Lucinde & de Meliffe.
Cependant tout l'intereft de cette Scene
tombe fur Renaud , il paroît fi éperdu
d'amour , qu'un quart d'heure d'abſence
paroît un fiecle à fes yeux & à ceux
des fpectateurs ; avoüions encore une fois
que Quinault eft un grand enchanteur ,
ou que nous donnons bien facilement
dans le preftige .
Enfin le moment fatal arrive où Renaud
doit être arraché à Armide . Cette
Princelle le quitte pour aller confulter
les Enfers ; n'auroit- il pas mieux valu
qu'elle n'eut point abandonné fa proye
?
2. vol.
ne E v
2818 MERCURE DE FRANCE.
ne fçauroit- elle pas , comme je viens de
le prouver , que le Chevalier Danois &
Ubalde avoient penetré jufqu'à fon Pa-
Ilais enchanté ? elle laiffe Renaud en
bonne compagnie , mais non pas fous
bonne garde ; ceux qui viennent le chercher
ont déja triomphé des plaifirs , &
ils n'ont plus que ces mêmes plaiſirs à
combattre. Ubalde n'a pas plutôt prefenté
le bouclier enchanté aux yeux de Renaud
, qu'il s'y voit tel qu'il eft , c'eft - àdire
dans un état à fe faire honte à luimême.
Le voilà defenchanté , il part d'un
lieu fi fatal à fa gloire , Armide revient ,
elle ne peut foutenir le départ de fon
Amant fans defefpoir ; elle n'oublie ni
tendreffe , ni imprécations pour l'arrê
ter ; mais tout cela eft inutile , de tant
d'amour il ne refte dans le coeur de
Renaud que quelques fentimens de pitié
que la gloire authorife ; Armide s'éva
nouit , les amis de Renaud profitent de ce
temps - là pour l'arracher pour jamais à
elle. Armide ne reprend fes fens que
pour le livrer toute entiere à la douleur
& à la rage. Elle fe détermine à la vengeance
, & détruit le Palais funefte , qui
a été témoin de fa foibleffe . Voilà quel
eft l'Opera d'Armide qu'on peut mettre
au rang des plus beaux qui foient partis
des deux celebres Auteurs qui nous l'ent
2. vol. donné.
DECEMBRE 1724.
2819
donné. Il faut pourtant avouer que Lulli
l'emporte fur Quinault dans cette occa-:
fion , & que ce dernier auroit pû rendre
fon Poëme beaucoup plus regulier. Qu'on
me permette encore quelques réflexions
fur le tout.
Des trois unitez que le Poëme dramatique
éxige , l'Auteur d'Armide n'en a
obfervé qu'une , c'est l'unité d'action .
J'ofe même dire qu'il l'atrop obfervée, &
qu'Armide n'eft gueres moins fimple que
Berenice , fur laquelle je vous ai adreffé
une differtation . l'our ce qui regarde l'unité
de lieu , on ne doit pas chicanner làdeffus
Meffieurs les Auteurs d'Opera :
il faut les laiffer en pleine jouillance des
privileges attachez au merveilleux , mais.
je voudrois qu'ils fuffent un peu plus
retenus , à l'égard de l'unité de jour . II
n'eft pas vrai -femblable que Godeffroy ait
rappellé Renaud le même jour qu'il l'a
éxilé , ce n'eft que par des revers réiterez
, qu'il a dû fentir la perte d'un Heros
qui lui étoit fi neceffaire , & c'est ains
que le Taffe a traité le fujet en queſtion..
Hidraot eft un perfonnage purement
épifodique , mais qui n'a nulle liaifon à
la Piece ; auffi ne paroit- il qu'au milieu
du premier Acte , & au commencement
du fecond. Pour Renaud il nous laiffe
trop fouhaiter fa prefence , il n'a que
2. vol.
E vj deux
2820 MERCURE DE FRANCE.
deux Actes comme Hidraot ; fçavoir , le
fecond & le dernier . Quinault n'auroit- il
pas pû remedier à ce fecond inconvenient.
Il me femble qu'il n'y avoit rien
de fi facile , & pour le prouver , je prie
mon lecteur de me permettre de donner
ici un demi-plan de ma façon , que je
foumets à fa cenfure.
Je laifferois les deux premiers Actes
tels qu'ils font , à la fête du Second pres,
fête dont j'ai befoin dans le quatrième que
j'imagine. On pourroit attirer Renaud
dans le piege qu'on lui tend , par mille
autres moyens , tels qu'on en voit dans
le Taffe au fujet de la Foreft enchantée ,
& qui ont été fi utilement employez
dans l'Opera de Tanerede . Cela fuppofé,
mon troifiéme Acte commenceroit par
le monologue ; ah ! fi la liberté me doit être
ravie. Ce monologue feroit fuivi d'une
Scene entre Renaud & Armide ; Renaud
reprocheroit à Armide la cruauté qu'elle
a de l'arracher à la gloire ; Armide lui
reprocheroit à fon tour la préference qu'il
donneroit à la gloire , delà naîtroit le def
fein de le hair , & l'évocation de la haine.
Dans le quatriéme Acte Armide ne
pouvant ni hai'r Renaud , ni s'en faire
aimer par fa beauté , auroit recours à
fes enchantemens. Les Démons transfor
mez en plaifirs amolliroient le coeur de
2. vol.
Renaud ,
DECEMBRE 1724. 2821
Renaud , & lui feroient oublier la gloire.
Pour ce qui eft du cinquiéme Acte je
n'y ajoûterois prefque rien.
La belle Scene entre Armide & Renaud
fubfifteroit toute entiere ; la fête feroit
compofé d'Amans heureux ; Ubalde &
le Chevalier Danois paroîtroient pour la
premiere fois , ils expoferoient en quatre
vers d'où , comment & pourquoi ils font
venus ; ils defenchanteroient
Renaud ,
& la Piece finiroit comme elle finit.
LISIS. EGLOGUE
Climene. Philis.
Philis.
Connois-tu bien Lifis ?
Climene .
N'est-ce pas ce Berger ,
Qui depuis quelques jours a logé chez Sylene?
Philis.
Oui ,c'eſt lui -même . Eh bien qu'en penſesfes-
tu , Climene ?
Climene.
Je ne fçai , je lui trouve un air bien étranger .
2. vol.
Pour
2822 MERCURE DE FRANCE.
Pour goûter le plaifir de la faiſon nouvelle ,
Sur le tendre gazon nous danſions l'autre jour :
Je pris Lifis , la jeune Floriſelle ,
Le fit auffi danfer une fois avec elle :
Il ne nous prit point à ſon tour.
J'allois le prendre encor , il l'apperçût fans
doute ,
Il détourna d'abord fes pas.
Un matin que j'allois aux champs avec Arcas ,
Je trouvai Lifis fur ma route :
Il paffa vîte , & ne nous parla pas.
Enfin , Philis , il eft d'un caractere,
Qui près de l'enjouëment de nos jeunes Paſteurs
,
Me paroît bienpeu propre à captiver les coeurs.
·Phitis .
Eh bien ! c'eft juftement par là qu'il m'a fçû
plaire.
Cet air contraint qu'on trouve en lui ,
Eft l'ouvrage d'un tendre ennui .
Il aime une Bergere abfente :
Il aime délicatement ;
Rien ne lui plaît où n'eft pas fon Amante ,
Je le confeffe ingénuement,
2. vol.
L'A
DECEMBRE 1724. 2823
L'Amante d'un pareil Amant ,
Joüit d'un deftin que j'envie ;
Ah ! fi tu fçavois la chanſon ,
Qu'il chanta l'autre jour caché dans ce buif
fon ,
Climene, tu ferois ravie ,
Et fi tu voulois m'écouter.
Climene.
J'allois te conjurer , Philis , de me l'apprendre.
Tu dois la fçavoir bien chanter ,
Car fans doute l'air en eft tendre ?.
Philis.
Tu verras ; bien ou malje vais te contenter.
33
» Petits Hôtes de ces bocages ,
Où tout répond à vos defirs ,
Roffignols qu'il eft doux d'entendre vos ramages
Celebrer le retour de Flore & des Zephirs ,
ככ
Quand pour nous la faifon nouvelle ,
Comme pour vous mene avec elle ,
» Les ris , les jeux & les Amours !
Mais , helas ! pendant ces beaux jours,
Mon Iris eft abfente & peut- être infidele ,
» Avec plaifir encor puis- je vous écouter
2. val. Tai2824
MERCURE DE FRANCE.
Taifez-vous , ceffez de chanter.
» Vôtre chant eft vif, il eft tendre ;
» Mais qu'il eft cruel de l'entendre ,
Pour fonger à des biens qu'on ne fçauroit
goûter !
» Taifez-vous , ceffez de chanter ,
» Ou bien, fi vous chantez encore ,
» Petits oiſeaux, que vos accens ,
» Un peu moins vifs , un peu plus languiffans ,
DS
Répondent un peu mieux au mal qui me
dévore.
Climene parle franchement ;
Dans nos hameaux trouve- t'on quelque
Amant
Capable d'une ardeur fi belle ?
Nos Bergers , je l'avoue , ont tous de l'enjoûment
;
Mais abfens , aucun d'eux ne fçait être fidele ;
Hais leur belle humeur ne les quitte jamais :
Heureux , ils font tous indifcrets ,
Non , non , depuis la mort de l'aimable Thamire
,
Depuis que Corilas & l'orgueilleux Tityre ,
Sont venus habiter ce champêtre féjour ,
Tout eft perdu , l'on n'y reſpire ,
2. vol.
Que
DECEMBRE 2825
1724.
Que l'air qu'on reſpire à la Cour.
La trop credule Timarete
Aux fermens de Tircis avoit ajoûté foi :
L'autre jour cependant Annette ,
Chantoit une Chanfon que Tircis avoit faite ,
Pour lui jurer qu'il vivoit fous fa loi.
Tu connois Alcidon on croiroit à l'entendre,
Qu'il brûle pour Doris de la plus vive ardeur
,
Tufçais les foins qu'on lui voit prendre ,
Pour foumettre fon jeune coeur ?
Hier cependant en fa preſence ,
Doris de Lifidor baifa deux fois le chien ,
Alcidon le voyoit fort bien ,
En changea- t'il de contenance >
Climene.
Philis, je l'avouë à mon tour ,
Les airs qu'en ces lieux on fe donne ,
Ne font point les airs de l'Amour.
Mais faut- il que cela t'étonne ?
Ton cher Thamire eft mort ?
Philis.
Tu railles ? mais un jour ,
2. vol.
Un
2826 MERCURE DE FRANCE.
Un jour tu changeras peut- être de langage :
Et la legere humeur des Bergers de ces lieux ,
M'en est un affuré préfage.
Je pleure un Amant mort , je crains bien que
tes yeux
Ne pleurent quelque jour pour un Amant volage.
Climene.
Tu te trompes , tu fçais combien j'aime Daphnis
?
Et fon coeur , grace au Ciel , eft affez bien
épris ,
Pour ne me laiffer rien à craindre ;
Mais fi jamais il venoit à changer ,
Plutôt qu'on m'entendit me plaindre ,
On pourroit voir ce Loup tenir lieu de Berger,
Si Daphnis me quittoit pour quelque autre
Bergere ,
Le jour même , à mon tour legere ,
Je l'oublierois fans m'affliger :
Avec le même foin je parerois ma tête ,
Et tâcherois de me dédommager ,
Par quelque nouvelle conquête ,
Il eft tant de Berger dont mes fouris flateurs ,
Ont déja prévenu les coeurs.
2. vol.
Si
DECEMBRE 2827 1724.
wh!
Si l'on celebroit quelque fête ,
Ne penfes pas qu'on me vit comme toi ,
Malade tout exprès , reſter ſeule chez moi ;
Va , va : je fçai laiffer un Amant qui me laiffe ,
Mais nos fentimens , que je croi ,
Sont à peu près de même efpece :
Malgré cette délicateſſe ,
Qui t'attache à ton Amant mort ,
Ton coeur, tu me l'as dit , envie un peu le fort,
De celle à qui Lifis marque tant de tendreffe ?
Philis.
Ce que j'ai dit ne peut bleffer
Les fentimens dont j'ai fait gloire ;
Mais , Bergere , & ceci foit dit fans t'offenſer,
J'aurois bien de la peine à croire ,
Que comme je foutiens les miens ,
Tu pûffes foutenir les tiens .
Que diras-tu, fi je raconte ,
Ce qu'a fait ce matin pour la belle Madonte ,
Ce Daphnis que tu crois... tu te troubles ….
Climene.
Je vois bien que ma raillerie ,
Adieu:
N'é- 2. vol.
2828 MERCURE DE FRANCE.
N'étoit pas ici dans fon lieu.
Philis.
Elle s'en va ? j'en fuis ravie ,
Mon difcours commençoit fans doute à l'allarmer.
O Ciel ! en puiffe - t'elle apprendre à mieux
aimer.
SUITE des effets du " remede de l'eau
glacée. Extrait d'une Lettre écrite de
Marfeille par M. e Chevalier de
Montolieu , le 22. Novembre 1724 .
M
Onfieur le Chevalier de S. Mayme
m'écrit de Malthe le 25. Octobre
, que fes malles font faites , qu'il
eft prêt à s'embarquer dès que les Vaiffeaux
du Roi paroîtront , & qu'il les attend
à tous les momens ; il me charge de
vous envoyer le dernier prodige que le
Capucin vient d'operer avec l'eau glacée.
Ajoûtez , me dit il , à mon Memoire
de l'eau pour M. le Bailli de Meſme
, que l'on l'a enfin éprouvée fur un de
nos Confreres , qui avoit la petite verole
rentrée , ou pour mieux dire , dont les
boutons ne pouvoient fe remplir & meu-
2. vol.
rir
DECEMBRE 1724. 2829
rir après 12. jours d'éruption ; on l'avoit
preparé pour le voyage de l'autre monde
, mais le Capucin l'en a garanti , l'eau
lui a fait pouffer le venin en dehors ; il
eft prefentement gueri. Tous les malades
traitez anciennement de cette façon
Le portent à merveille ; le Commandeur
Beveren paroît rajeuni de 20. ans,
Guerrera eft fans fchirre & les fievres
malignes ont ceffé. En un mot ,je ne crois
que parce que je vois ; il vous eft permis
de ne pas croire. Tout le monde eft
étonné ici , & qui ne le feroit pas ? maux
de tête , indigeſtions , tout cede à l'eau
glacée ; pour moi , mon cher ami , lorfque
j'ai trop mangé , un ou deux repas
fupprimez , & 30. ou 40. onces d'eau à
la glace à jeun , me tirent d'affaire , e
refto fresco & confalato .
EXTRAIT d'une autre Lettre écrite
de Malthe le 9. Octobre dernier ,
à M. L. B. D. M.
Oici ce qui s'eft paffé au fujet de
V l'eau glacée donnée au neveu de
Provana. Ce jeune homme chargé de la
direction du Fort Manoel , en revint avec
une fievre maligne concentrée , & une
douleur dans la tête terrible ; il rendoit
par le nez des grumeaux de fang : les
2. vol.
Mes
28 30 MERCURE DE FRANCE.
"
›
Medecins l'ont eu près de 2o . jours entre
les mains ; le mal étant fuperieur aux
remedes , il reçut tous les Sacremens , &
fut abandonné par écrit au Medecin de
l'eau , n'ayant plus de connoiffance. Le
même jour , après 15. ou 20 , verres de
Io . onces chacun , on lui donna 6. ou
7. jaunes d'oeufs , le lendemain un plat
de macarons avec quantité de fromage ra-
& grands verres d'eau trois jours
après un gros melon d'eau à la glace , &
de l'eau pardeffus : il eft fans fievre à
prefent , la tête libre fans douleur , mais
foible ; il foutient la converſation , & depuis
trois jours le Capucin lui a fait rafer
la tête , & le fait coucher fans bonnet
; il n'en a pas même le jour , toutes
les fenêtres ouvertes . Voilà ce que
nous voyons , le croirez vous à Paris ? Le
Capucin demande qu'on lui donne les
tites veroles les plus malignes, il les guerira
, il en a cent exemples. S. A. E. eſt
dans le deffein de faire venir ici.fon frere
& de l'établir. Quelle épargne pour notre
Infirmerie , & quelle confolation pour
ceux qui ont des maux incurables , & au
deffus de la connoiffance des Medecins
ordinaires! Je vous écris ce que je vois,
fi on me l'écrivoit je ne le croirois
mais c'eft la verité toute nuë,
pepas,
2. vol.
EXDECEMBRE
1724. 2831
EXTRAIT d'une autre Lettre du 13 .
Novembre 1724.
les malades d'ici qui ont été
Tgueris par l'eau à la glace , font engraiffez,
& portent une couleur merveil❤
Icufe. On prend la coûtume d'en donner
pour toutes les fievres , & pour la
petite verole. M. le Grand- Prieur Ferfeti
, âgé de 92 , ans , Gouverneur de Ci
vita -Vecchia , étant à l'agonie , un Medecin
de Naples paffant par hazard , le
vit abandonné , lui fit ouvrir la bouche ,
& lui donna l'eau à la glace ; il reprit
fes fens , il fe porte à merveille ; c'eft
un fait ; il l'a écrit lui- même à S. A , E,
Nous apprenons de Naples , qu'un accident
d'apoplexie n'a eu aucune fuite par
le moyen de l'eau glacée , & que le malade
en eft gueri. Enfin les operations de
ce remede font prodigieufes .
S
O
ENIGM E.
N feroit mal fans moi toute importante
affaire ,
Et je puis à la Cour trancher du neceffaire.
Je me mêle de tout , j'excelle en tout emploi ,
2. vol.
Per2832
MERCURE DE FRANCE.
Perfonne ne me voit , chacun croit me connoître
;
Je me pique affez de paroître ,
Et rien n'eft plus obfcur à moi - même que
moi.
Vous me cherchez ici peut- être ;
Mais fi je n'y fuis pas , au moins j'y devrois
être.
Ne yous rebutez point , cherchez- moi defor
mais ,
On me croit bien fouvent où je ne fus ja
mais.
J
AUTRE.
E fuis en vogue en France , & je n'y ſuis pas
rare ;
Mais quand je fuis commun on ne m'eſtime
pas,
Je fuis habile , & par un fort bifarre
Je fais fouvent mon plus grand embarras.
Il n'eft rien que je n'ofe & ne puiffe entre
· prendre ,
Quand je parois oifif je travaille en effet ,
Et mon travail fini je ne fçaurois compren
dre
La maniere dont je l'ai fait.
Je fuis de tout métier , dans la paix , dans la
guerre ,
1. vol.
Sans
DECEMBRE 1724. 2838
Sans moi l'on ne fait rien de bon .
Je puis facilement courir toute la terre ,
Et je fuis toûjours en priſon.
Par tout on me recherche , on m'eſtime , &
l'on m'aime ;
Tout le monde à l'envi me trouve plein d'attraits
;
Rêvez , cherchez- moi bien , prenez un foin
extrême ,
Si je ne me trouve moi- même ,
Vous ne me trouverez jamais.
XX :XXXX XXXXXXXX
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
N
>
OUVELLE HISTOIRE POETIQUE ,
pour l'explication des Fables , &
l'intelligence des Poëtes avec le fens
moral de chaque Hiftoire . A Paris , an
Palais , chez Theodore le Gras , 1725 .
vol . in 12. de 474. pages fans la Table ,
& la Preface du Pere Gautruche.
Il eft certain , comme le dit l'Editeur
de ce Livre dans un petit Avertiffement
qui eft à la tête , que nulle Hiftoire
n'eft plus en poffeffion de plaire
2. vol.
que
F
2834 MERCURE DE FRANCE.
que l'Hiftoire Poetique , puifqu'elle renferme
toutes les fictions , dont les Anciens
ont embelli la Poëfie. Cet Ouvra
ge dont le ftile eft concis , a été fi bien
reçû du Public , qu'il s'en eft fait 17 .
Editions on a crû , qu'en corrigeant un
grand nombre de fautes qui s'y étoient
gliflées , & en l'ornant de recherches
curieufes , & en développant la morale,
que la Fable renferme , & dont elle n'eft
que l'écorce , on lui donneroit toute la
perfection qui lui manquoit : Voilà ce
qu'on a entrepris dans cette nouvelle
Édition , que l'on peut regarder comme
un Ouvrage nouveau par les augmentątions
confiderables qui s'y trouvent.
ORDONNANCES DES ROIS DE FRANCE
de la troifiéme Race , recueillies par ordre
chronologique , avec des renvois des
unes aux autres , des Sommaires , des Obfervations
fur le Texte , & cinq Tables ;
la premiere des pages , la feconde des Ordonnances
par ordre de datte , la troifiéme
des Matieres , la quatrième des noms
des perfonnes , & la cinquième des noms
des lieux. Premier Volume , contenant ce
qu'on a trouvé d'Ordonnances imprimées
depuis Hugues Capet , jufqu'à la fin die
Regne de Charles le Bel. Par M. de Lauriere
, ancien Avocat au Parlement. A
I. vol .
Paris
DECEMBRE 1724.
2835
Paris , de l'Imprimerie Royale. In folio de
900. pages. 1723 .
LA SCIENCE NATURELLE en explication
curieuſe & nouvelle des differens
effets de la nature terreftre & celefte .
A Paris , Place Sorbonne , chez A.Cailteau
, 1724. in 12. de 438. pages .
LES AVANTURES d'Achille , Prince de
Tours , & de Zaïde , Princeffe d'Afrique
, par M. de la Foffe. A Paris , chez
André Morin , ruë S. Jacques , à S. André
, 1724. in 12. pag. 445 .
Les Journées amufantes dédiées au
Roi par M. de Gomez , 111. & IV . Tomes
, enrichis de figures en tailles douces .
A Paris , chez le même , in 12. pag. 392.
& 512 .
DEFENSE de la nouvelle Hiftoire de
l'Abbé Suger , avec l'Apologie pour feu
M. l'Abbé de la Trappe , D. Armand-
Jean Bouthillier de Rancé , &c. A Paris
, chez J. B. Cl . Bauche , le fils , Quay
des Auguftins , 1725. vol . in 12 .
VETERUM Scriptorum Monumentorum
Hiftoricorum , &c. c'est - à - dire ,
Collection très- ample d'anciens Ecri-
2. vol.
Fij
vains
2836 MERCURE DE FRANCE.
vains , & de pieces concernant l'’Hiſtoife
, le Dogme & la Morale , Tome 3 .
Par Dom Edme Martenne , & Dom Vrfin
Durand , Prêtres Religieux Benedictins
, de la Congregation de S. Maur. A
Paris , Quay des Auguftins , chez Montalant
, in folio 1724
VERITABLE CALENDRIER Chronologique
pour l'année 172 5. Cet Ouvrage
contient une Relation abregée, à la rencontre
de tous les jours de l'année , des
évenemens les plus curieux & les plus recherchez
de l'Hiftoire , comme Naiffances
des Rois & Princes , Mariages , Entrées
publiques , Batailles , Evenemens finguliers
, arrivez tant à Paris qu'ailleurs ,
Fondations , Etabliſſemens , & autres
Epoques , le tout avec leurs années , diftribué
aux jours où ils font arrivez .
Par le moyen de cet Ouvrage , qui fera
d'autant plus commode , qu'il fera in
24. on pourra être inftruit de tout ce qui
s'eft paffé de plus curieux depuis le commencement
de la Monarchie Françoiſe ,
jufqu'au dernier Decembre 1724. Le
débit s'en fait chez Prault , Marchand
Libraire , à l'entrée du Quay de Gêvres
.
ORAISON FUNEBRE de très - Haut , très-
1. val.
Puif
DECEMBRE 1724. 2837
Puiflant , & très- Excellent Prince Louis,
Premier du nom , Roi d'Efpagne & des
Indes , prononcée dans l'Eglife de Paris
le 15. Decembre 1724. par
1724. par M. l'Abbé
Mongin , de l'Académie Françoife , nɔmmé
à l'Evêché de Bazas . A Paris , chez
J. B. Coignard , rue S. Jacques 1725. in
4. de 35. pages.
JERUSALEM DELIVRE'E , Poëme Heoïque
du Taffe , nouvelle Traduction
Françoife . A Paris , chez F. Barrois , ruë
de la Harpe 1724. 2. vol . in 12. contenant
625. pages , fans l'Epitre Dedicatoire
à M. le Duc d'Orleans , la Preface
de 49. pages , & la Vie du Taſſe ,
qui contient 34. pages.
AM. de Mirabau , fur fa Traduction
Q
$
du Taße.
EPITR E.
Uelle Mufe , dis moi , t'a donné des leçons
?
Eft - ce le Taffe ou toi que nous applaudiffons
?
Marchant d'un pas égal , lorſqu'il te fert de
guide ,
Tu fais nous égarer dans le Palais d'Armide
;
2. vol.
Ton Fiij
2838 MERCURE DE FRANCE .
Ton ftile heureux plus fort que fes enchantemens
,
De tes Lecteurs charmez lui fait de vrais
Amans ;
Des graces de l'efprit c'eft la douce puiffance
;
Sans elles que nous fert une vaſte ſcience;
Tel triſtement muni d'un genie adopté ,
Nous fait dans fes écrits hair l'antiquité ,
Et n'a d'autres talens , fuivant de Demoftenes
,
>
Que d'ennuyer Paris du langage d' Athenes.
Dénué d'agrémens ſouvent un doƐte écrit
S'il prouve le fçavoir deshonore l'eſprit ;
Mais pour toi negligeant la ſcience ſterile ,
Tu parcours Epictete & medites Virgile ;
Vois pour prix de la courfe où tu t'es engagé
..
Entre le Taffe & toi le laurier partagé.
Tu peux jouir encor d'un plus rare fuffrage ,
Le Prince vertueux à qui tu rends hommage ,
Ne coute à ton pinceau nulles fauffes couleurs
,
Pour venter fon efprit , pour découvrir fes
moeurs .
Heureux , qui comme nous a fon maître
fidele,
1. vol.
Pour
DECEMBRE
2839
1724.
Peut refter Philofophe en lui voüant fon
zele !
Heureux , qui chez les Grands , exempt de
les flatter ,
Peut eſtimer toûjours ce qu'il doit refpecter !
M. Mirabau ayant reçû cette Epitre ,
fans fçavoir de qui elle étoit , crut y reconnoître
le ftyle de M*** il l'en remercia
: M*** qui n'en étoit point l'Auteur
, lui répondit par les quatre Vers
fuivans , que l'on peut regarder comme
un impromptu .
Ami , de ces beaux Vers je ne fuis point l'Auteur
,
Ma plume eft moins fidele à feconder mon
coeur :
Et pour te dire plus , loin de vouloir en
rire ,
Ayant ton Livre en main , je n'ai fongé qu'à
lire.
Morin , Libraire , ruë S. Jacques à
S. André , & Compagnie , vient d'imprimer
un Livre qui a pour titre : La
fcience des perfonnes de la Cour , de la
Robbe , & de l'Epée , en quatre Volumes
in 12. avec beaucoup de Figures &
de Cartes de Geographie & de Chronologie.
Cet Ouvrage eft très - utile au Pu-
2. vol. F iiij
blic
2840 MERCURE DE FRANCE.
>
blic , furtout aux jeunes gens qui entrent
dans le monde , il renferme en
Abregé tout ce qu'un homme d'efprit
& un galant homme doit fçavoir . Le
mois prochain on en donnera une idée
plus ample avec une Analyſe .
On trouve chez le même Libraire
le Roman de l'Ariane , en 3. vol . in 12 .
avec des Figures.
On vient de mettre fous preffe l'Hiftoire
des Chevaliers de Malthe , compofée
par M. l'Abbé de Vertot , qui avoit
entrepris cet Ouvrage fur les ordres de
feu M. le Regent. Cette Hiftoire contiendra
quatre Volumes in 4. ornez des Portraits
de tous les Grands - Maîtres de l'Ordre
, avec les Cartes & les Plans des
Païs & des Places que ces Chevaliers
ont conquis ou défendus. On trouvera
à la fin du quatriémeVolume un Catalogue
des noms & des Armes des Chevaliers
, autant que l'Auteur en a pû recouvrer
des trois Langues du Royaume
de France , depuis leur établiffement dans
l'Ifle de Malthe . Cette lifte eft précedée
d'un Traité fur le Gouvernement
de l'Ordre , où l'on voit la nature des
preuves requifes pour y être reçû , &
les droits & les fonctions de toutes les
2. vol.
diDECEMBRE
1724 . 2841
dignitez , jufqu'à celle de Grand- Maître.
Cet Ouvrage s'imprime chez Quillau
& Defaint , ruë Galande , proche la
Place Maubert , & fera en vente dans
le courant de la prefente année 1725 .
On imprime ici un Traité fur la Grace
, de M. Tournely , Docteur & Profeffeur
en Theologie , lequel a cedé à
M. Robbe fa Chaire de Theologie.
Nous venons d'apprendre que les RR .
PP. Benedictins , de la Congregation de
faint Maur , préparent une Hiftoire Litteraire
de France , qui comprendra une
infinité de chofes au de - là du deffein ordinaire
d'une Bibliotheque. Il y a dix
ans qu'on travaille affidument à ce grand.
Ouvrage avec des fecours confiderables ,
après avoir herité des Memoires du Traducteur
des Lettres de faint Jerôme , qui
avoit entrepris l'Hiftoire litterale dont
nous parlons . Le principal Auteur de la
continuation a déja pouffé bien loin fon
travail , & il fe difpofe à en publier les
premiers Volumes , qui feront fuivis de
plufieurs autres juſqu'au fiecle où nous
vivons .
2. vol.
F v Les
2842 MERCURE DE FRANCE .
Les Freres Vaillant , J. F. Bernard
& Prevoſt , Libraires à la Haye , propofent
par foufcription un Ouvrage en
deux Volumes in folio , intitulé : Hiftoire
des Traitez de Paix & autres Negociations
du dix-feptième Siecle , depuis
la Paix de Vervins jujqu'à la Paix de
Nimegue , où l'on donne l'origine des
prétentions anciennes & modernes de
toutes les Puiffances de l'Europe ; & une
Analyſe exacte de leurs Negociations."
La foufcription eft de 18. florins . Le
premier Volume fera délivré le 6. Janvier
1725. & le fecond le 30. Septembre
fuivant , fous peine de dix pour cent
de rabais fur la foufcription , fi l'on differe
de diftribuer le dernier Volume feulement
quinze jours au de là du terme.
Il paroît depuis peu dans le public
deux Planches nouvelles ; la premiere
eft la reduction de la Ville de Marfal en
1663. par le Roy , gravée par M. Sebaftien
le Clerc , ce qui fait le cinquième
morceau de gravure des Tapifleries du
Cabinet du Roi.
L'autre eft le fujet allegorique du Mariage
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, avec Marie- Adelaide de Savoye,
du deffein du même M. le Clerc , gia-
2. vol.
vé
DECEMBRE
1724. 2843
vé
par
M. Charles Simonneau l'aîné.
Le College de Beauvais à Paris eft ſous
la protection particuliere du Parlement,
C'est ce qui a engagé M. Guerin , Profeffeur
de Rhetorique au même College,
de compoſer une très - belle Ode latine ,
pour feliciter M. Portail fur fa nouvelle
dignité de Premier Prefident . Outre cela
il eft bon d'ajouter , que l'Auteur a
eu l'honneur d'étudier dans le même College
, & dans le temps que M. le Pres
mier Prefident y faifoit fes études d'Humanitez
. Nous fouhaiterions pouvoir
donner l'Ode entiere , mais nous nous
contenterons d'en rapporter quelques endroits
les plus marquez.
Te duce doctrina
Idem cucurrit PORTALIDES iter ,
primifque præclaras ab annis
Ar ripuit generofus artes.
Cuftos pudoris præcipuus parans
Circa Magiftros dum vigil affidet
Paterna fincerum fübibat
Relligio , gravitafque pectus , & c.
Enfuite M. Guerin parle de l'amour 2. vol.
F vj
de
2844 MERCURE DE FRANCE.
de Novion pour la retraite , & de fa démiffion
, malgré les refus du grand Prince
, qui prend foin de l'adminiftration du
Royaume.
Nunc cum inquieti NoVIADES fori
.Tumultum honefto maluit otio
Mutare , & auguſtum refignat
BORBONIO renuente , munus.
Les quatre Strophes fuivantes marquent
la profonde érudition , l'amour pour .
la juftice , & c. de M. Portail . Enfin rien
de plus jufte , dit M. Guerin dans fa der--
niere Strophe pour le College de Beauvais
, que de marquer fa joye au milieu
des acclamations publiques.
Ergo inter urbis publica gaudia
Mufæ triumphent Bellovaca ; & fuo
Phoebea , queis gaudet , Clientæ
Dona ferant alacres Patrono.
EXTAIT d'une Lettre écrite d'Aix , fur
l'utilité d'un Dictionnaire Provençal
le 10. Decembre 1724.
J
Ai lù avec beaucoup de plaifir dans le
fernier Mercure le Memoire fur l'utilité
d'un Dictionnaire Provençal & fur
nos Troubadous . Je voudrois bien que
2. νοί ..
cela
DECEMBRE 1724. 2845
cela
put engager quelqu'un à travailler
à nous faire un peu mieux connoître , que
nous ne faifons , les anciens Poëtes . Nous
n'aurons jamais une bonne Hiftoire de la
Poëfie Françoife , que nous ne puifions
dans les Troubadous , qui en font les
fources , à l'exemple des Italiens , qui
avouënt de bonne foi que leur Poëfie
n'a point d'autre origine. Je voudrois
cependant propofer une queftion à l'Auteur
du Memoire , d'où vient qu'il met
de la difference entre la Langue Italien
ne & l'Espagnole , & que dans le temps
qu'il convient que la premiere s'eft enrichie
aux dépens de la Langue Provençale
, il prétend que celle- ci a puifé
dans l'Efpagnol & le Catalan. ? Pourquoi
n'aura- t- elle pas le degré d'ancienneté
fur l'une comme fur l'autre en ce
ce que les Espagnols auroient des monumens
de leur Langue plus anciens que
les Italiens ? c'eft ce que je ne crois pas,
& qui en tout cas auroit befoin d'examen
. D'ailleurs l'Auteur du Memoire ne
s'eft pas exprimé affez exactement , lorf
qu'il a placé les Catalans parmi les Nations
qui fe font emparées de la Provence
, comme s'il s'agiffoit des invafions
des Vifigots & des Bourguignons ,
& que la domination des Princes Catalans
dans cette Province , n'eut pas com-
2. vol.
mencé
2846 MERCURE DE FRANCE .
mencé par le titre de tous le plus legitime
, çavoir par le Mariage de Raymond
Berenger avec Douce , heritiere
du dernier Comte de Provence de la premiere
Branche .
Comme l'Académie Françoife change
tous les trois mois de Directeur , & que
c'eft le fort qui en decide , M. de Valincour
, pour qui il s'étoit declaré , reçut
en cette qualité , le 28. de ce mois
M. Portail , Premier Prefident du Parlement
, qui fut reçû à la place vacante
par la mort de l'Abbé de Choify, & rẻ-
pondit à fon Difcours . Nous parlerons
plus au long de ces deux pieces d'Eloquence
, qui furent fort applaudies par
une très nombreufe & très illuftre Affemblée.
M. de la Motte recita enfuite
an Difcours fur l'Eglogue , & un petit
Poëme de cette efpece , qui firent beaucoup
de plaifir. M. Boivin lut une Tra
duction du premier Acte de la Tragedie
d'Edipe de Sophocle , & M. l'Abbé
Gedoin termina la féance par une Differtation
de M. l'Abbé d'Olivet , fur la vie
de M. le Clerc , ancien Académicien .
L'Académie Royale de l'Hiftoire à
Lisbonne , s'affembla le 2. & le 16. du
mois dernier ; on y lut plufieurs Dif-
2. vol, ferDECEMBRE
1724. 2847
fertations fur l'Hiftoire de l'Evêché d'El
vas , fur la Jurifdiction des Legats du
Pape dans le Royaume de Portugal , &
l'on Y diftribua aux Académiciens les
nouveaux Memoires hiftoriques des Archevêques
, Evêques , & Ecrivains Portugais
de l'Ordre de Notre - Dame de
Mont- Carmel , dont le Pere Manuel de
Sa , Religieux de cet Ordre , & Acadé
micien furnumeraire , eft Auteur.
Les Académiciens Apliquez , qui n'avoient
pas tenu de Conference depuis le
commencement du mois de Juille; dernier
, fe raffemblerent le 2. Novembre
dans la maifon de Dom Amaro Nogueira
de Andrade , Gentilhomme de la Maifon
du Roi , & Chevalier de l'Ordre de
Chrift , où ils fe font établis.
Le Pape a donné au Cardinal Alexandre.
Albani les Statues de marbre ,
les Vales antiques , & les Medailles qui
ont été trouvées dans le Champ de fainte
Felicité. Sa Sainteté lui a fait prefent
auffi de fon Medailler , & elle l'a accompagné
d'une lettre , dans laquelle
elle l'exorte à continuer de s'appliquer
à l'étude de l'Antiquité , dont il a déja
acquis beaucoup de connoiffance .
On imprime actuellement à Rome les
2. vol.
Oeuvres
1848 MERCURE DE FRANCE .
Oeuvres fur la Theologie , que le Pa
pe a compofez pendant qu'il étoit Cardinal
& Archevêque de Benevent.
Le Czar , qui s'attache toûjours à établir
les Sciences & les Arts dans fes
Etats , y va faire bâtir un Obfervatoire ,
fous la direction de M. de l'Ifle l'Aftronome
, qui doit aller à Peterſbourg avec
la permiffiou du Roi.
Quatre Tableaux de Chevalet de grandeur
uniforme , ont été ordonnez à quatre
Peintres de l'Académie pour être
placez dans la Chambre à coucher de
l'Appartement de M. le Duc , au Château
de Verfailles , qui ont été extrêmement
applaudis. Ils repréfentent Arion
fauvé fur le Dauphin , par M. Noel
Coypel. Apollon & Ilé , par M. Charles
Coypel . Zephire & Flore , par M. de
Troye le fils , & Cephale & Procris ,
par M. le Moine.
BE
2. vol.
BOUTS
DECEMBRE 1724. 2849
BOUTS RIMEZ A REMPLIR.
Taciturne.
Maroc.
Saturne .
Roc
Cothurne
Froc.
Urne.
Croc
Perle
Merle.
Aro.
Longue
Diphtongue.
Pare.
Propofez par J. A. M. de Geneve.
2. vo.l
SUITE
1850 MERCURE DE FRANCE .
SUITE DES MEDAILLES
DU RO r.
E Public fera , fans doute , bien aiſe
Lde voir la grande Medaille du Sacre
du Roi ; c'eft peut- être le plus bel ouvrage
qui foit forti des mains du fieur
du Vivier qui en a gravé les creux , &
qui a très- bien pris la reffemblance du
Roi. Du refte comme c'eft le même fujet
& la même Legende de la Medaille qui
fut frapée au Sacre de S. M. & que nous
avons donnée au mois de Novembre
1722. nous ne dirons rien davantage fur
ce fujet , fi ce n'eft ,que cette Medaille
ne paroît fi tard que par l'accident arrivé
aux coins qui ont caffé.
******
SPECTACLES.
LFs Comediens,
Es Comediens François ont remis au
,
autre mois
la Comedie du Jaloux Defabufé , Pięce
en cinq Actes en vers , c'eft la derniere
que feu M. Campiftron a donnée de fa
façon. Elle a été reprefentée par les Ac-
>
$
2. vol.
teurs
LUDOVICUS
XV.
DU
VIV
REX
SIMUS
STZANESSIA
CHRIS
REX
COELESTI
OLEO
DU VIVIERT
REMIS XXV. OCTOBRIS
MD- CCXXIIUNCTUS
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILBEN
FOUNDATIONS
.
DECEMBRE 1724. 2851
teurs qui n'ont point été du voyage de
Fontainebleau , & le public l'a revûë
avec plaifir . Rien n'eft plus fimple que
le fujet de cette Comedie . Il s'agit d'o
bliger un frere à marier fa foeur , dont
les biens font entre fes mains . La peine
qu'il a à s'en deffaifir détermine fa propre
femme à l'y engager , & voici par
quel chemin elle arrive à la fin qu'elle
fe propofe. Elle n'oublie rien pour lui
donner de la jaloufie; elle reçoit plufieurs
Cavaliers chez elle qui la voyent continuellement
, fons prétexte de rechercher
·la foeur de fon mari. Le mari devient jaloux
, & pour ôter à fa femme tout prétexte
de voir des foupirans , il conſent
enfin à marier ſa foeur à Clitandre , Coufin
de fa femme , au grand contenteinent
de toute la famille , & furtout de fon
nouveau beau- frere , & de fa foeur qui
s'aiment depuis long- temps , & pour qui
feuls on a fait jouer tous les refforts qui
font l'intrigue de la Piece. Nous en
allons donner un Extrait plus circonftancié.
ACTEURS.
Dorante , mari de Celie. Le fieur le
Grand , fils .
Celie , femme de Dorante . La Dile la
Motthe.
2. vol.
Julie ,
2852 MERCURE DE FRANCE.
Julie , foeur de Dorante. La Dll Labbatte.
› Clitandre , coufin de Celie , & Amant
de Julie. Le fieur de la Thorilliere , fils.
Erafte , ami de Dorante & de Celie .
Le fieur Dubrueil.
Dubois , Secretaire de Dorante. Le
fieur Armand.
Juftine , fuivante de Celie. La D'le du
Frefne.
Babet , fuivante de Julie. La Dlle du
Bocage.
Champagne , valet de Clitandre. Le
fieur Poiffon.
La Scene eft à Paris dans la maison
de Dorante.
A CTE I.
Juftine & Babet commencent la Piece ;
la premiere eft fuivante de Celie , &
l'autre l'eft de Julie. Comme Babet eſt
toute nouvelle dans la maifon de Clitandre
, l'Auteur fous prétexte de la faite
inftruire par fon ancienne , expoſe les
caracteres des principaux perfonnages
qui doivent paroître fur la Scene. Juftine
fait un portrait de Celie , femme de
de Dorante , qui femble démentir ce
qu'elle en dit d'abord par ce vers :
2. vol.
Ses
DECEMBRE 1724. 2853
Ses ennemis difent qu'elle eft coquette ,
Que toûjours fes regards tentent quelque défaite
;
Cependant ils ont tort,
Voici comment elle prétend prouver
que c'est à tort qu'on appelle Julie du
nom de coquette ;
Mais elle ne haït pas ,
La louange & l'encens qu'on donne à ſes appas ;
Elle s'en applaudit dans le fond de fon ame ;
Elle a de la vertu ; mais elle eſt belle & femme;
Elle aime à plaifanter , à fourire en paffant ,
Elle a l'accueil flateur , le coup d'oeil careffant,
Et croit , lorfque le coeur eft en effet fidele ,
Qu'un fourís , qu'un regard eft une bagatelle,
C'eſt au lecteur à juger fi ce n'eſt point
là le portrait d'une coquette.
La fin queJuftine fe propofe dans cette
premiere Scene du premier Acte , c'eſt
d'engager Babet à entrer dans les intereſts
de Madame , préferablement à ceux de
Monfieur. Voici comment elle s'expli
que :
Si Dorante jamais va vous interroger ,
Si de gré, fi par force , il veut vous engager ,
A lui développer les fecrets de Madame ,
2. vole
A
2854 MERCURE. DE FRANCE.
A veiller fur les pas de fa foeur , de fa femme ,
Gardez - vous bien furtout.....
Babet l'interrompt en cet endroit , &
lui fait connoître qu'elle fçait parfaitement
bien fon métier de Soubrette.
La feconde & la troifiéme Scene ne
font prefque rien à l'action ; dans l'une ,
Juftine paroît agréablement furpriſe de
l'experience de Babet , & dans la troifiéme
il ne s'agit que d'une Lettre de
Clitandre que fon valet Champagne met
entre les mains de Juftine pour rendre à
Julie ; cette Lettre ne produit rien dans
la Piece . Il eft vrai que cette troifiéme
Scene n'eft pas tout-à- fait inutile ; elle
fert à inftruire le fpectateur qu'on va
jouer quelque tour à Clitandre. Juftine
le fait connoître par ces vers qu'elle addrelle
à Champagne.
Eh bien ! Champagne , que dit- on ?
Ton Maître eft- il content de nôtre invention?
En attend- il l'effet que j'ofe m'en promettre?
Il reste à juger fi Champagne eft digne
d'une pareille confidence ; le peu d'action
qu'il a dans toute la Piece nous perfuade
le contraire .
La Scene fuivante qui eft entre Juftine
& Dubois , eft infiniment plus ne-
2. vol. ceffaire
DECEMBRE 1724. 2855
ceffaire . Dubois eſt le Secretaire de Dorante
, & paroît tout - à- fait dans fes intereſts
; on a beſoin de lui , finon pour fervir
, du moins pour ne point nuire. Juftine
l'engage à l'un & à l'autre par une
promeffe de quatre cent piftoles de la
part de Clitandre , Amant de Celie . Cette
Scene eft une des mieux traitées par
l'Auteur , & dans une fingularité tout - àfait
comique & Theatrale , c'eſt par là
que finit le premier Acte.
ACTE II .
La premiere Scene de ce fecond Acte
n'eft que pour preparer la feconde , dans
cette feconde Dorante vient tout agité ;
Dubois qui fe doute de ce qui lui tient
au coeur, fait femblant de l'ignorer, pour
l'engager adroitement à lui faire part de
fes chagrins. Dorante lui avoue avec confufion
qu'il eft jaloux , lui qui avant fon
mariage s'étoit mocqué hautement de
tous ceux qui étoient atteints d'une pareille
frenefie ; il expoſe à Dubois tous
les fujets de plainte qu'il a contre Celie
; Dubois lui confeille de s'expliquer
avec elle , & de la porter doucement à
écarter cette foule de foupirans que
beauté attire auprès d'elle ; Dorante approuve
ce confeil , & promet à Dubois
fa
-
2. vol.
de
2856 MERCURE DE FRANCE.
de le fuivre. Celie vient , il lui declare
que, quoiqu'il la croye trés - innocente , il
ne laille pas de trouver fa conduite un
peu irreguliere ; Celie ne lui répond d'abord
qu'en riant , & qu'en prenant la
chofe fur le ton plaifant. Mais voyant
que la jaloufie de fon mari eft très- lerieufe
, elle le devient à fon tour , & lui
declare que c'eft lui-même qui lui a ordonné
de bien recevoir fes amis ; mais
que puifqu'il s'avife de le trouver mauvais
, elle va les chaffer, en leur diſant,
que c'eft pour obéir à fon mari qu'elle
leur défend l'entrée de fa maifon. Dorante
ne s'accommode nullement de cette
maniere de les congedier , qui le chargeroit
d'un ridicule ; Celie par une feinte
complaifance lui promet de faire tout ce
qu'il exige d'elle fans le commettre.
Dans la Scene qui fuit, Erafte & Clitandre
ont une converfation avec Celie ,
Julie & Juftine en prefence de Dorante ,
où les jaloux font fur le tapiss Dorante
ne peut plus long - temps foutenir des
traits , qui, quoique lancez contre d'autres;
ne laiffent pas de retomber fur lui ; il
quitte brufquement la partie , fous prétexte
de quelque affaire dont il vient de
fe fouvenir. A peine eft- il forti que Celie
fait entendre à Clitandre , à Erafte &
à Julie qu'il eft jaloux . Juftine fe fçait
3. vol.
bon
DECEMBRE 1724. 2857
bon gré de ce que fon artifice comme ce
de réuffir ; mais Celie craint d'en avoir
déja trop fait , & n'ofe en faire davanta
ge , elle le fait connoître par ces vers :
Mais Clitandre ,
L'amitié que le fang a formée entre nous ,
Me faitbien hazarder pour Julie & pour vous ;
Car fans être perfide enfin , ni criminelle ,
Je caufe à mon époux une peine mortelle ;
Me pardonnera-t'il fon trouble ? fa douleur?
Tous ces remords , quoique très-juftes,
n'ont aucun effet ; Celie pour faire plai
fir à fon coufin Clitandre , & à Julie fa
belle-foeur , fe détermine à pourfuivre
ce qu'elle a commencé on a trouvé à
dire à cette réfolution ; nous laiffons à
nos Lecteurs la liberté de juger fi l'on a
eu raiſon .
ACTE III.
C'eft dans cet Acte- ci que la coquetterie
paroît dans tout fon jour , tant en recit
qu'en action. Dorante raconte à Dubois
tout ce qui s'eft paffé pendant le dîner
entre Celie & Erafte . Voici comme
il s'explique :
2. vol.
G Tout
2858 MERCURE DE FRANCE.
Tout ce qu'une coquette a jamais pratiqué ,
Lorfqu'elle veut furprendre un coeur qu'elle
a manqué ,
Soins de plaire affectez , fouris , agafferies ,
Difcours flateurs , regards , geftes , & lorgneries
,
Ma femme devant moi vient de le repeter ,
Pour engager Erafte , ou bien pour le flater..
Si ce recit nous peint une coquette des
plus infignes , l'action qui fuit donne le
le dernier coup au portrait. Dorante outré
de ce qui vient de fe paffer fous les
yeux , dit des injures à Celie , qui , loin
de faire attention qu'elle a pouffe la cho→
fe un peu trop loin , feint de s'évanouir,
& fe fait apporter un fauteuil , dans lequel
elle fe jette , pour rendre la choſe
plus touchante. On croiroit que l'évanouiffement
eft une verité , fi l'Auteur
n'avoit pris ,foin de faire voir qu'il n'eft
qu'une feinte, par ce vers qu'il a mis dans
la bouche de Dubois à part.
Fort bien. On ne peut mieux jouer fon per
fonnage .
Le pauvre Dorante eft fi bien la duppe
de tout ce manege , qu'il demande pardon
à fa femme ; il fait plus , il la prie
devant fon rival de s'aller divertir avec
2. vol.
lui
DECEMBRE 1724.
2859
lui dans une partie de fouper , & à laquelle
il invite auffi Dorante. Ce dernier
n'y va point , de peur , , fans doute
d'être témoin de quelque Scene plus
cruelle encore pour lui
lui que celle du diner .
ACTE I V.
Babet , nouvelle Suivante de Julie , &
que nous n'avons vû que dans la premiere
Scene du premier Acte , femble
s'ennuyer d'être un perfonnage inutile ;
elle commence à agir en achevant de
rendre Dorante plus furieux par un recit
qu'elle lui fait de tout ce qui s'eft paffé
à Surefne quoiqu'elle mente ,
elle ne
laiffe pas de perfuader par fon air ingenu.
Voici un nouvel incident auquel les
fpectateurs ne s'attendoient point du tout.
Érafte s'avife d'être amoureux de Celie ,
il en fait confidence à Juftine qui le renà
Celie même ; Celie reço t ce : aveu
avec un fang froid qui glace Erafte ; elle
le renvoye à des objets plus dignes de fes
foins , & plus propres à y répondre . Outre
que cet amour vient un peu tard , on
l'a trouvé tout- à - fait inutile ; il y a apparence
que l'Auteur ne l'a mis dans la
Piece que pour mettre un vernis fur le
caractere de Celie , qui a paru jufqu'ici
allez équivoque ; mais quelque fin que
voye
2. vol.
Gij
l'Au
2860 MERCURE DE FRANCE.
l'Auteur fe foit propofée , on n'a pas
approuvé le chemin qu'il a pris pour y
arriver . La Scene Françoife eft trop épu
rée pour fouffrir une declaration d'amour
faite à une perfonne mariée. Moliere l'a
ofé faire dans George Dandin ; mais il
n'en a pas moins bleffé les bonnes moeurs,
& les bienféances Theatrales : paffons au
dernier Acte.
ACTE V.
Champagne , Valet de Clitandre , à
l'exemple de Babet , veut avoir quelque
part aux tours qu'on joue à Dorante ; il
augmente fa jaloufie par le recit qu'il lui
fait de tout ce qui fe paffe toutes les nuits
dans fa maifon depuis deux ans : il y a
apparence qu'il ment ; car fi ce qu'il dit
étoit veritable , comment Dorante pourroit-
il l'ignorer , & pourquoi l'auroit- il
fouffert i long -temps fans éclater. Voici
une partie de ce que Champagne lui dit:
Enfin depuis deux ans que fans manquer un
jour ,
Nous venons tous les foirs faire ici nôtre Cour,
Je n'ai pas une fois vû décamper mon Maître ,
Sans voir en même temps le point du jour
paroître.
2. vol.
Ce
DECEMBRE 1724. 2861
Ce dernier coup acheve de déterminer
Dorante à faire finir toutes ces affemblées
qu'il croit fatales à fon honneur. Nous
pallons ici fous filence une declaration
d'amour que Champagne s'avife de faire
à Babet c'est un hors - d'oeuvre qui ne
merite gueres d'être relevé . Celie ouvre
enfin les yeux, & comprend qu'elle en a
trop fait pour une honnête femme , ou
du moins pour une femme raifonnable.
Elle veut tout dire à fon mari & le defabufer
; mais fon mari lui épargne la peine
d'un aveu fi judicieux . Il arrive brufquement
en homme qui a pris fon parti ;
il dit à Clitandre qu'il confent que l'Hymen
le rende poffeffeur de Julie , pour
ôter par là tout prétexte à Celie de voir
du monde ; il dit à cette derniere de fe
preparer à partir pour la campagne. A
ce difcours fi peu attendu , Celie & Clitandre
s'éclatent de rire ; Dorante s'en
irrite encore davantage ; mais Celie prend
foin d'appaifer fon courroux , en lui declarant
que tout ce qui s'eft paffé n'a été
qu'un artifice pour l'engager à donner
les mains à ce même mariage qu'il vient
de conclure. Dorante ne fçait ce qu'il en
doit croire , & s'adreffe à Dubois pour
fçavoir ce qu'il en penfe lui-même ; Dubois
acheve de le defabuſer par ce vers
2. vol. G iij Par2862
MERCURE DE FRANCE.
Pardonnez- moi , Monfieur , car j'en étois auffi
Ce dernier vers a fait voir que Dubois
étoit un perfonnage des plus neceffaires
à la Piece , pour defabufer le jaloux . Encore
a- t'on douté s'il eft bien defabuſe.
Nous efperons qu'on nous paffera quelques
petits traits de critique qui nous
font échapez ; nos Extraits feroient toutà-
fait infructueux , fi nous ne faifions que
donner une idée des Pieces ; nous y ajoûtons
ce qu'en a penfé le public , dont nous
ne fommes que les échos .
Les mêmes Comediens donnerent pour
la premiere fois le 2. de ce mois , comme
nous l'avons déja dit , la petite Piece du
Dénouement imprévu . Cette Comedie n'a
pas eu beaucoup de fuccès ; on convient
pourtant qu'elle eft pleine d'efprit &
fort bien écrite ; en voici un petit Extrait :
ACTEUR S.
M. Argante , pere de Mile Argante.
Le fieur de Lavoy.
Ml Argante , fille de M. Argante. La
Die Dufrifne.
Dorante . Le fieur le Grand , le fils .
Erafte , Amant de Mlle Argante. Le
fieur Dubreuil.
2. vol.
Lifette,
DECEMBBE 1724 2863
Lifette , fuivante de Mile Argante . La
Dile du Bocage.
Maître Pierre , Fermier de M. Argante.
Le fieur Armand.
Crifpin , valet d'Erafte . Le fieur Poif
fon..
Un domestique de M. Argante.
Maître Pierre & Dorante ouvrent la
Scene : Dorante qui par une promelle de
cinquante piftoles a mis dans les intereſts
de fon amour Maître Pierre , Fermier de
M. Argante , le prie de déterminer Mile
Argante à contrefaire la folle , pour détourner
un mariage arrêté entre Erafte
& M. Argante , qui ne donne la préference
à ce dernier , qu'à caufe qu'il eft
Gentilhomme , & que Dorante ne l'eft
pas . Ce mariage eft arrêté à l'infçû de
Mile Argante. Maître Pierre promet à
Dorante de le fervir au gré de fes defirs .
C'eft un ancien domeftique qui s'eft acquis
le droit de parler librement à fon
Maître , & de le contre- quarrer en tout.
Il a une Scene avec M. Argante , dans
laquelle il lui dit d'un ton abfolu , qu'il
ne prétend pas qu'il acheve un mariage ,
fur lequel il n'a pas pris foin de le confulter.
M. Argante rit de fon impertinence
, & perfifte dans le deffein de donner
fa fille à Erafte , par la grande raiſon
qu'il eft Gentilhomme , outre qu'il eft
2. vol. Giiij
auffi
2864 MERCURE DE FRANCE.
autfi riche que Dorante pour qui Maître
Pierre s'intereffe. Dans une autre Scene,
Mie Arginte , parlant à Lifette fa Suivante
, lui declare qu'elle ne veut point
d'un homme qui lui fera paffer fa vie à
la campagne , elle ne fçait fi elle aime
Dorante ; mais comme c'eft le feul homme
qu'elle ait encore vû, elle le préfere à
tout autre , fans le moindre engagement
de coeur ; cependant elle n'eft du tout
point réfoluë à faire ce que Dorante exige
d'elle , qui eft de faire la folle. On
fuppofe que Maître Pierre lui en a déja
fait la propofition. Dorante vient enfin ,
& la détermine à ce qu'il fouhaite . Elle
fait un premier effai de folie dans une
Scene qu'elle a avec fon pere . Cette
Scene a paru très- jolie , & la De du
Frefne l'a jouée avec fa vivacité ordinaire.
Jufques- là le dénouement de la
Piece étoit facile à prévoir , mais l'Au .
teur n'a pas voulu que fa Piece reffemblât
à tant d'autres du même ton , telles
que Pourceaugnac & les Vandanges de
Surefne , où ne il s'agit que de dégoûter
un époufeur qu'on n'aime pas ; c'eft donc
en prenant une route nouvelle que l'Auteur
a trouvé le moyen de donner à fa
Comedie le titre du Dénouement imprévu.
Le voici en peu de mots : Erafte arrive .
Comme il eft galant homme , il ne veut
2. vol.
pas
DECEMBRE 1724 .
2865
pas époufer Mile Argante malgré elle . Il
vient en qualité d'ami d'Erafte , il demande
à voir la prétendue de fon ami ;
Mlle Argante fe prepare à bien jouer fon
rôle de folles cependant elle n'a pas
plutôt jetté les yeux fur celui qui lui veut
parler de la part d'Erafte , qu'elle fouhaite
qu'Eraſte ſoit auffi bien fait , & auffi
aimable. Elle ne parle plus en folle , mais
en perfonne qui ne veut point d'un homme
qu'elle ne connoît pas . Erafte en paroît
fi affligé , qu'elle commence à fe douter
de la verité ; elle apprend enfin que
c'eſt Erafte même qui lui parle , elle lui
avoue qu'elle obéira à fon pere fans répugnance
. M. Argante eft ravi de retrouver
fa fille fi fage . Il n'eft plus queſtion
pour elle de Dorante qu'elle n'aimoit ni
ne haïlfoit. La Piece finit par une fête que
M. Argante a déja ordonnée . La Mufique
eft du fieur Quinault , elle a paru trèsjolie
comme toutes celles qu'on a vû de
fa façon. On a furtout
d'un air de Mufette , dané par le fieur
Armand & par la De Labbatte ; cette
derniere y a mis toutes les graces qu'on
peut attendre d'une très habile danſeuſe .
Voici quelques couplets de ce divertiffe
ment :
paru
très-content
2. vol.
Gy
L'A
2866 MERCURE DE FRANCE.
>
L'Amour vient je ne fçai comment
Et nous quitte comme il nous prend
De ma conftance ou de la vôtre ,
Je ne répondrois pas d'un jour ;
On aime un objet , puis un autre ;
On va comme il plaît à l'Amour .
Je foupire après le plaifir ,
D'inſpirer un tendre defir ;
Et dans mon coeur je fens d'avance ,
Que fi j'ai des Amans un jour ,
Je prouverai fans repugnance ,
Qu'on va comme il plaît àl'Amour.
Je ne connoiffois d'autre train ,
Que d'aller comme il plaît au vin ;
Mais , helas ! cher ami Gregoire ,
Plains mon avanture en ce jour ,
J'ai perdu la raifon fans boire ,
Je vais comme il plaît à l'Amour.
來
Chacun a fon foible ici - bas .
L'un au vin trouve mille appas ;
2. υοί.
L'un
DECEMBRE 1724. 2867
L'un eft joueur , l'autre eft avare :
Et l'autre eft efclave à la Cour ;
Mais puifqu'il faut que l'on s'égare ;
Allons comme il plaît à l'Amour.
Le 26. de ce mois , Fête de S. Etienne
, les Spectacles , qui avoient été fermez
pendant treize jours , à l'occaſion
du Jubilé & de la Fête de Noël , ont été
rouverts avec un très - grand concours de
Spectateurs.
Le Theatre François a donné la fameufe
Tragedie de Policute , Piece Chrétienne
du grand Corneille , qui a fait répandre
beaucoup de larmes . Les fieurs
Quinaut , Baron , le Grand , & les Dlles
Duclos & Jouvenot , qui rempliffoient
les principaux Rôles de Polieucte , de
Severe , de Felix , de Pauline , & de Stratonice
, ont reçû les juftes applaudiffemens
qu'ils meritoient
L'Académie Royale de Mufique a repris
les Reprefentations d'Armide , où la
Dile Antier s'eft furpaffée , & le foir du
même jour le Bal a recommencé dans la
Salle de l'Opera.
Le Theatre Italien a donné la premiere
Repreſentation du Dédain affecté,
42. vol.
G vj
Co2868
MERCURE DE FRANCE.
Comedie nouvelle en trois Actes , qui a
été très -bien reçûë du Public , nous ne
manquerons pas d'en donner un Extrait.
Ces Extraits , pour le dire ici en paffant
, feroient beaucoup mieux faits &
bien plus circonftanciez , fi les Auteurs
vouloient prendre la peine de les faire
eux- mêmes , ou nous fournir au moins le
Manufcrit de leurs Pieces , ils y gagneroient
fans doute : car quelque application
que l'on ait à doner une forme en
exacte & vraie à une fuite de Scenes qui
compofent une Piece qu'on n'a fouvent
vûe qu'une fois , on court toûjours rifque
de manquer à quelque chofe , &
de faire des omiffions ou des erreurs qui
peuvent défigurer l'Ouvrage, & en dimie
nuer le prix aux yeux du Public. Ce
qui feroit defagreable pour les Auteurs
pour nous. &
On apprend de Naples , qu'on y fit
le 3. de ce mois l'ouverture du Theatre de
S. Barthelemi , par la premiere repréfentation
de l'Opera de Turnio Arcivo
qui fut fort applaudi.
2. vol
EXDECEMBRE
1724. 2869
EXTRIT d'une Lettre écrite de Venise,
fur le Carnaval & les Spectacles , & c .
Itu
L eft vrai , Monfieur , on parle par
toute l'Europe du Carnaval de Venife
, pendant lequel les Mafques font le
plus grand divertiffement , auffi -bien
qu'en toutes les autres occafions diftinguées
. En ce temps- là les Venitiens , qui
font naturellement graves , aiment à la
faveur de l'Incognito , à donner dans les
amuſemens de la faifon , & à jouer divers
perfonnages. Il eft neceffaire pour
eux de trouver des divertiffemens qui
conviennent au lieu & à la fituation de
leur Ville , & qui compenfent en quelque
maniere ceux qu'on a en Terre
ferme . Les déguifemens & les Mafcarades
donnent lieu à quantité d'avantures
galantes , & les galanteries de
Venife ont quelque chofe de plus intrigué
& de plus piquant que celles des autres
Païs. Je ne doute point que l'Hif
toire Anecdote d'un Carnaval de Venife
ne fournit un morceau bien divertiffant.
Les Opera font un des principaux plaifirs
, & le plus grand ornement du Carnaval.
La Poëfie en eft d'ordinaire affez
2. vol.
maus
2870 MERCURE DE FRANCE.
mauvaiſe , mais la Mufique en eft bon
ne. Les ſujets font fouvent pris de quelque
action celebre des anciens Grecs ou
Romains , qui quelquefois paroiffent affez
ridicules , par le peu de vrai- femblance
qu'il y a d'entendre , par exemple
, un de ces anciens & fiers Romains
poutler des cris aigus par la bouché d'un
Eunuque.
Le fujet de l'Opera le plus en vogue
dans ces dernieres années , étoit Cefar &
Scipion , rivaux & amoureux de la fille
de Caton . Les premieres paroles de Cefar
font d'ordonner à fes Soldats de
fuir , parce que les ennemis approchent :
A la fugga a campo . La fille de Caton
donne la préference à Cefar , ce qui eſt
cauſe de la mort de fon pere. Avant que
Caton fe tue , on le voit retiré dans fa
Bibliotheque , où parmi fes livres le
Spectateur lit les titres de Petrarque &
du Talle. Après un court Monologue ,
il fe perce du poignard qu'il tient dans
fa main ; mais étant arrêté par un de fes
amis , il le poignarde en récompenfe de
ce bon office . De la force du coup le poignard
fe caffe malheureufement fur une
de fes côtes ; enforte qu'il eft obligé de
fe tuer , en rouvrant fa premiere playe .
Dans l'Opera reprefenté fur le Theatre
de S. Ange, à peu près dans le même tems,
2. vol.
on
DECEMBRE 1724. 2871
on fe fert d'une invention prefque femblable.
Le Heros de la Piece entreprend
un rapt ; mais le Poëte , qui veut fauver
l'honneur de fon Heros , difpofe la
chofe de telle forte , qu'il jouë toûjours
fon rôle avec un grand couteau attaché à
fa ceinture . La Dame le lui arrache , &
dans l'effort qu'elle fait pour lui refifter,
fe défend , & c.
Les Poëtes Italiens , outre la douceur
fi connue de leur Langue , ont un avantage
tout particulier fur les Auteurs des
autres Nations , en ce qu'ils ont un autre
langage pour la Poëfie que pour la
Profe. Dans les autres Langues il y a ,
comme vous le fçavez , un certain nombre
de phrafes particulieres aux Poëtes ;
mais dans l'Italien il y a non - feulement
des Sentences , mais encore une infinité
de mots qui n'entrent jamais dans les
difcours ordinaires , & qui ont pour la
Po fie un certain tour fi particulier & fi
poli , qu'ils perdent plufieurs de leurs
lettres , & paroiffent tout autres dans les
Vers. Pour cette raifon les Opera Italiens
tombent rarement dans le ftile bas,
quoique les penfées en foient ordinairement
affez communes. Il y a cependant
'du beau & de l'harmonieux dans l'expreffion
: fans cet avantage leur Poëfie
2. vol.
mo2872
MERCURE DE FRANCE.
moderne paroîtroit extrêmement rempante
& vulgaire, malgré toutes leurs Allegories
, auf peu naturelles qu'ordinai
res aux Ecrivains de cette Nation . Au
lieu que les François , fe fervant prefque
toûjours des mêmes mots pour les
Vers & par la Profe , cela les oblige à
relever leur langage par des Metaphores
, par des figures , ou par la pompe
des expreffions , qui relevent la petitelle
qui paroîtroit dans chaque partie de la
Phrafe.
Toutes les Comedies que j'ai vûës à
Venife , & dans les autres Villes d'Italie
, m'ont paru très -baffes , pauvres ,
dures & fort diffoluës. Leurs Poëtes
n'ont aucune idée de la Comedie agreable;
ils donnent dans les plus vils équivoques
qu'on puiffe imaginer , quand ils veulent
réjouir l'Auditeur. Il n'y a rien de
fi méprifable que leur Gentilhomme ,
quand il s'entretient avec fa Mairreffe :
car alors tout le Dialogue n'eft qu'un
mêlange infipide de Pedanteries & de
Roman. Mais il n'eft pas étrange que
les Poëtes d'une Nation fi jaloufe & fi
refervée , rendent mal de telles converfations
, puifqu'ils n'en ont point de modele
chez eux .
*
Toutes leurs Pieces de Theatre ont
quatre caracteres. Le Medecin ou le
2. vol.
Docteur,
DECEMBRE 1724. 2873
Docteur, Arlequin , Pantalon , & Covielle.
Le caractere du Medecin comprend
toute l'étendue d'un Pedant , qui
avec une voix haute & un air magiftral,
prime dans la converfation , & rebute
tout avec hauteur . Tout ce qu'il dit eft
fortifié par des citations de Galien , d'Hypocrate
, de Platon , de Virgile , d'Horace
, ou de tel autre Auteur qui lui vient
à la bouche , & toutes les réponſes de
celui qui eft en Scene avec lui font regardées
comme autant d'interruptions &
d'impertinences.
Le Rôle d'Arlequin confifte en bévûës,
en abfurditez & en balourdifes , à prendre
une chofe pour une autre , à oublier
fes meffages , à broncher , & à donner
de la tête contre tous les poteaux qu'il .
rencontre ; ce qui a neanmoins quelque
chofe de fi comique & de fi plaifant , &
dans la voix & dans les geftes , qu'on ne
fçauroit s'empêcher d'en rire , quoiqu'on
foit prévenu de l'impertinence du
Rôle.
Pantalon eft un Vieillard preſque toûjours
dupé.
Covielle , un rufé , un intriguant.
J'ai vû reprefenter à Bologne une traduction
de la Tragedie du Cid , qui n'auroit
jamais plû , fi ces Bouffons n'y
avoient trouvé place . Tous les quatre
2. vol.
pa
2874 MERCURE DE FRANCE .
paroiffoient à la maniere des perfonnages
de l'ancienne Rome.
C'eft probablement de l'ancien Theatre
Grec & Romain , que les Italiens &
les François ont tiré cette coûtume , de
reprefenter quelques uns de leurs caracteres
en mafque . On voit dans le Terence
de la Bibliotheque du Vatican , à
la tête de chaque Scene , les figures de
tous les Perfonnages , & les déguifémens
particuliers dans lefquels ils jouoient ; &
je me fouviens d'avoir vû dans la Villa
Mattei à Rome , une Statuë antique maſquée
; qui , fans doute , avoit été deffinée
pour le Perfonnage de Gnaton , dans
la Comedie de l'Eunuque du même Auteur
; car elle répond exactement à la
figure qu'il y a dans le Manufcrit du Vatican
.
Puifque je fuis fur ces matieres , je
veux , avant que de fortir de Venife ,
vous parler d'une coûtume qu'on m'a dit
être particuliere à la populace de ce païs ,
qui eft de chanter des Stances du Taffe
fur an ton grave ; & quand quelqu'un
commence un endroit de ce Poëte , c'eft
l'effet d'un grand hazard , fi un autre ne lui
répond ; de forte que quelquefois dans
un même voisinage , vous entendez dix
ou douze perfonnes fe répondre , en prenant
Stance à Stance du Poëme , & al-
2. vol.
ler
DECEMBRE 1724. 2875
•
ler auffi loin que la memoire les peut
mener.
Entre les Spectacles du Jeudi - Saint ,
j'en ai vû un qui eft affez étrange , &
tout particulier aux Venitiens . Il y a une
certaine quantité d'Artifans , qui par
le
moyen des perches qu'ils mettent de travers
fur leurs épaules forment une espece
de piramide ; de forte qu'on voit quatre
ou cinq étages d'hommes montez les uns
fur les autres. Le poids eft fi également
difpenfe , que
chacun fort bien empeut
porter fa part fans être trop chargé , les
étages diminuant à mesure qu'ils s'élevent.
Un petit Garçon ferme la pointe
de la piramide , d'où , après un peu de
temps , il fe jette en bas avec beaucoup
d'adreffe , & tombe entre les bras d'un
homme qui le reçoit ; & de cette maniere
tout l'édifice fe détruit . Les Venitiens
ne font pas les inventeurs de cette
efpece de Château felon ces Vers de
Clandian , de Pr. & Olyb . Conf.
›
Vel qui more avium fe fe jaculantur in auras
;
Corporaque ædificant , celeri crefcentia nexu,
Quorum compofitam puer augmentatus in
artem
Emicat , & vinctus plantæ , vel cruribus hæ
rens ;
2. vol.
Pen2876
MERCURE DE FRANCE.
Pendula librato figit veftigia faltu .
Je croirois qu'au lieu d'artem il devroit
y avoir arcem , fi quelque Manuf
crit de Claudian favorifoit cette leçon .
Le Theatre de S. Jean Chryfoftome
peut paffer pour le plus beau qui foit à
Venife ; il est bien entendu , très - profond
, & d'une grande magnificence . Les
décorations font d'une hauteur & d'une
longueur furprenante , & forment des
points de perfpective admirables . Il y a
4. étages de loges, 35. à chaque rang. Les
Loges ne fe louent pas au premier venu
comme en France. Elles appartiennent à
des Familles ou à des Particuliers , qui
après en avoir payé un certain prix aux
Entrepreneurs de ces Spectacles , s'en
accommodent fouvent avec d'autres , de
qui ils exigent une certaine fomme tous
les ans outre le premier prix de l'achat.
,
Il n'y a que deux femmes , ou trois
tout au plus , qui chantent aux Opera.
A la verité ce font ordinairement des
voix charmantes . Les plus belles voix
en hommes font les Hautes - Contres &
les Hautes - Tailles ; les Baffes - Tailles y
font très - rares. On eft charmé de leur
Symphonie , mais ils n'ont ni Chours ni
Balets & point de Flutes.
2. vol.
leurs
DECEMBRE . 1524. 2877
y
Leurs machines confiftent d'ordinaire
en grandes & fomptueufes décorations.
Dans l'Opera de Crefus , qu'on reprefenta
ici il y a quelques années ; il
avoit des deux côtez du Palais du Roi ,
60. degrez pour y monter , & ces degrez
étoient ornez par tout de Statuës
fur des piedeftaux. Cela faifoit un effet
admirable .
Tout le monde prend des billets en
entrant . Ceux qui ont des Loges payent
le prix ordinaire , & ceux qui n'en ont
point , vont au Parterre , & loiient un
fiege qui leur eftfourni à bon marché.
L'ufage le plus ordinaire eft d'aller en
mafque aux Spectacles , c'eft à lire
avec un habit de ville , ou une robbe de
chambre & un petit mafque. On a de
grands égards pour tous ceux qui font
mafquez.
Quand la nuit approche , il y a un lieu
ouvert pour le jeu . On y va auſſi maſqué
. Les Etrangers n'y peuvent aller que
pendant le Carnaval . On y trouve plus
de vingt tables ou Bureaux differens ,
pour jouer fi gros & fi petit jeu qu'on
veut , & le tout fans prefque dire un
mot. C'eſt quelque chofe de très - difficile
à concevoir que ce grand filence .
Les Religieux les mieux reglez ne font
pas plus paifibles dans leurs Dortoirs ,
2. vol,
qu'on
2878 MERCURE DE FRANCE.
qu'on l'eft dans ces lieux d'Affemblée ;
où le concours eft fouvent très - grand.
Il y a à Venife plufieurs Fêtes d'Etat
dans l'année , pendant lefquelles tout le
peuple fe réjouit extraordinairement.
Chaque Entrée d'Ambaffadeur met toute
la Ville en joie. Ces jours font ceux
que les Nobles appellent d'Indulgence
pleniere , parce qu'ils ont la liberté d'entrer
dans la maison de l'Ambaffadeur
& de s'entretenir avec les Gens de fa
fuite , ce qui ne lui eft permis que dans
ces occafions , excepté les jours de mafque
, & dans les Ridotti , où l'on joue ,
& où il y a quelque Indulgence , quoiqu'elle
ne foit pas pleniere .
i
Quand on élit un Procurateur , il y
a Mafque , Bal , & diftribution de liqueurs
les trois premiers jours après fon
élection & quelque temps après il fait
fon Entrée , qui eft auffi magnifique ,
que fi on recevoit un Prince. La Mercerie
furtout eft richement parée , les
Merciers prenant le foin d'orner leurs
Boutiques de ce qu'ils ont de plus beau
& de plus riche , en forte qu'on croit
être dans une foire.
Venife eft peut- être la Ville du monde
où l'on peut vivre en plus grande
liberté , & à meilleur marché , on n'eft
prefque obligé à aucune dépenfe de bien-
2. vol.
féance
DECEMBRE . 1724. 2879
féance . On ne ſe rend point de viſite
& jamais on ne mene d'Eftafiers ni de
Valets. On va par eau dans toute la
Ville , & les Gondoles ne coutent pas
le quart de ce que coutent les Fiacres à
Paris. On appelle Gondoles des petits
Bateaux très-propres , couverts de ferge
noire , où l'on peut tenir quatre ou cinq
perfonnes fort à fon aife . Il y en a toû
jours de prêtes dont on fe fert autant de
temps que l'on veut. On peut auffi aller
à pied par le moyen de quantité de ruës
fort étroites qui fe joignent l'une à l'autre
par quantité de petits ponts , qui font
fur les Canaux , & qui n'ont point de
parapets pour la plûpart , ce qui eft trèsdangereux
la nuit. Le grand Canal traverfe
toute la Ville en ferpentant ; il
eft bordé par les plus beaux Palais. C'eft
là que fe font toutes les promenades en
Gondoles.
Quoique la Religion Catholique Romaine
y foit la dominante , on y fouffre
encore une Eglife publique des Grecs ,
& une des Armeniens . Les Juifs y font au
nombre de plus de 3000. ils logent dans
un quartier feparé , portent tous un chapeau
rouge , & font fort puillans à Venife.
Tous les Nobles , les Citadins , les
Avocats , les Medecins & les Notaires ,
2 , vol.
2880 MERCURE DE FRANCE.
y font vêtus de la même maniere , &
n'ont jamais perfonne à leur fuite. Les
premiers Magiftrats ont quelque chofe
de different dans leurs habits . Ils portent
de grandes manches , qui vont quafi
jufqu'à terre , & peuvent mener deux
Valets de Chambre avec eux . L'habit
des Nobles eft de drap noir , long comme
nos robbes du Palais , avec des manches
affez étroites , le tout bordé de fourrures.
Ils portent un petit bonnet de laine
noire for fimple.
On appelle Citadins les naturels Venitiens
, qui vivent noblement.
Il n'y a ici que trois Charges à vie
fçavoir le Doge , qui eft le Chef de la
Republique , le Chancelier , qui eft un
Citadin , & qui n'eſt jamais tiré du Corps
des Nobles , & le Procurateur de Saint
Marc , dont la principale fonction eſt
d'avoir foin des grands revenus de cette
Eglife , & de prendre fous fa protection
les veuves , les orphelins & les pauvres .
Je vous parlerai plus au long une autre
fois des Theatres de Venife , fur ce
que vous voulez fçavoir. Je fuis , &c.
2. vol. NOU
r
DECEMBRE
1724. 28811
NOUVELLES DU TEMPS.
LE
TURQUIE
E 17. Octobre le Vicomte d'Andrezel
, Ambaffadeur de France à Conftantinople
, eut audience publique du
Grand Seigneur , avec les ceremonies
accoutumées , & les particularitez que
nous avons détaillées dans le dernier
Mercure. Le 24. le Marquis de Bonac ,
qui avoit le même caractere , eut une audience
particuliere de fa Hautefle.
Le 19. un Exprès dépêché par le Seraskier
Arifée Mehemet Bacha , qui
commandoit l'armée Othomane devant
Erivan , apporta à Conftantinople la nouvelle
de la prife de cette place , après trois
mois de fiege , pendant lequel près de
37000. habitans ont peri , ou par la famine
ou les armes à la main ; les autres
habitans au nombre de 35. mille étant
fortis avec leurs effets , en vertu d'un des
articles de la capitulation .
Le 25. un Officier de l'armée du Seraskier
, dont on vient de parler , apporta
à Sa Hauteffe les clefs d'Erivan , & le
fabre du Sultan Amurath IV. qui étoit
2. vol. refté H
2882 MERCURE DE FRANCE.
refté dans cette Ville depuis environ 90 .
ans , que les Perfans la prirent fur les
Turcs , fous le regne de Sehach - Abas.
Ce jour- là le peuple redoubla fes accla
mations & fes réjouiffances , & le Sultan
fut complimenté dans le Serail par le
Grand Vifir , les autres Vifirs , les Bachas
, le Mufti , les autres Docteurs de la
Loi , & par les Officiers Generaux.
On écrit de Conftantinople que le
Grand Seigneur avoit eu des avis certains
que l'Ufurpateur Miry- Mamouth entretenoit
une correfpondance fecrette avec
les Arabes , & que les Députez qu'il
avoit envoyez à la Porte , & qui en font
partis depuis quelque temps , avoient travaillé
pendant leur féjour à lui faire un
parti confiderable dans cette Ville.
L
RUSSIE,
E 26. du mois paffé le Czar s'étant
rendu dans l'Eglife de la Trinité à
Petersbourg , où il entendit le Service ,
S. M. Czarienne y tint fur les Fonts de
Baptême le fils d'un Prince des Tartares
Calmouques , qui étoit venu en Ruffie
pour le faire Chrétien , & auquel elle
donna le nom de Perre .
M. Moens , l'un des Chamb l'ans
du Czar , qui fut arrêté il y a quelques
jours fur diverfes accufations , ainfi que
2 , vol.
ia
DECEMBRE 1724. 2883
fa foeur , femme du General Balks , &
le fieur Staletow , fon Secretaire , fut
executé le 27. après avoir été convaincu
de plufieurs malverfations : fa four &
le Secretaire qui y avoient eu quelque
part , affifterent à l'execution , furent
fouettez publiquement, & enfuite reconduits
en prifon , d'où le Secretaire ne
fortira que pour être forçat fur les Galeres.
On a publié une Ordonnance qui enjoint
à tous les particuliers qui ont remis
des placets au Chambellan , de venir declarer
quels prefens ils lui ont faits pour
avoir fa protection.
L
POLOGNE.
Es troupes commandées pour foutenir
l'execution de la Sentence prononcée
par le Grand-Chancelier , au fujet
du tumulte de la Ville de Thorn , devoient
y arriver le 6. de ce mois . Le
Miniftre du Roi de Pruffe follicite vivement
pour faire adoucir la rigueur de la
Sentence ; on dit qu'il eft fecondé par le
Miniftre du Czar , & que plufieurs Senateurs
fe font joints à eux pour faire des
remontrances au Roi fur ce fujet . Le
Prince Lubomirski s'eft chargé du commandement
des troupes de la Couronne
qui doivent favorifer l'execution. Les
Commiffaires qui ont été nommez pour
2. vol.
Hi
y
2884 MERCURE DE FRANCE.
?
y affifter , font de la part des Senateurs ,
le Palatin de Culm & les Caftellans de
Brzefc de Cujavie , de Czerft & de
Culm ; & de la part de la Haute Nobleffe
, le Grand- Chambellan de la Couronne
, les Chambellans de Plock & de
Varfovie , les fous- Echanfons de Siradie
& de Cufavie , le fous - Palatin de Culm ,
& le Starofte de Liechanow.
S
Ils fe rendirent tous le fix de ce mois
à Thorn pour y executer leur commiffion
. Le 7. à une heure du matin les troupes
y étoient entrées , & s'étant emparées
des poftes les plus importans , le Prefident
Reufner , Bourguemeftre , fut conduit
à l'Hôtel de Ville vers les cinq heures
, & fut décolé dans la Cour , à la
lumiere des flambeaux . A neuf heures
Ms Mafout , Hormett , Becken , Marty
& Meux , eurent le poing & la tête coupée
dans la Place du Marché. Mrs Karoefe
, Affen & Schultzen y furent auffi
executez , & leurs corps furent brûlez
enfuite hors de la Ville , fous les fourches
patibulaires . Un garçon Boucher fubit
le même fort , après qu'on lui eut fait
fouffrir d'autres fupplices ordonnez par
la Sentence . M. Czernick , Bourguemeftre
, & Vice- Prefident , & le plus ancien
des Syndics , qui font condamnez à être
décapitez , ont obtenu un furcis à leur
2. vol.
execuDECEMBRE
1724. 2885
execution , jufqu'au retour d'un Expres
dépêché à Varsovie , dont on vient de
parler.
Le même jour après- midi les Bernar
dins , accompagnez de quelques Carmes ,
allerent prendre poffeffion de l'Eglife de
Sainte Marie des Lutheriens , en prefence
des Commiffaires , & le 8. ils y chanterent
le Te Deum.
M. Czernick , Bourguemeftre , & Vice-
President de la Ville de Thorn , & M.
Heyder , l'un des principaux Bourgeois
qui avoient été condamnez l'un & l'autre
à la mort , ont obtenu leur grace ; mais
les biens du premier ont été confifquez ,
& tous les deux ont été condamnez à des
amendes confiderables. Les Ecrits des Miniftres
Lutheriens ont été brûlez par les
mains de l'Executeur devant la maifon
de Ville. Les Bernardins ont pris poffelfion
' de l'Eglife de Sainte Marie des Lutheriens
, & ils en ont fait la confecration
avec l'affiftance de tous les Ordres
Religieux de la Ville . L'état des dommages
que la populace avoit cauſez au
College des Jefuites , ayant été réduit à
22000. florins , la moitié leur en a été
payée comptant , & l'autre moitié le ſera
fur le revenu des prairies qui appartiennent
à la Ville , dont le nouveau Confeil
2. vol.
a H iij
2886 MERCURE DE FRANCE.
a été compofé de Magiftrats Catholiques
& Lutheriens.
Les Magiftrats de la Ville de Dantzick,
effrayez par l'execution des principaux
de la Ville de Thorn , & avertis de la
marche de quelques troupes , qui fembloit
leur annoncer une prochaine difgrace
, avoient pris toutes les mefures neceffaires
pour retenir les habitans dans
leur devoir ; & pour fe mettre mieux en
état de défenfe , ils avoient pofté quelques
avant- gardes à une lieuë de la Ville ;
mais les troupes qui fembloient être deftinées
contre eux , ont eu ordre de revenir
, & les remontrances des Miniftres
du Roi de Pruffe , & de quelques autres
Puillances Proteftantes , ont retardé l'execution
des dernieres réfolutions du
Senat.
ALLEMAGNE.
N mande de Vienne qu'il y eut le
O 28. du mois pałé une tempête furieufe
qui caufa beaucoup de dommage à
differens particuliers de la Ville & de
la campagne ; plufieurs Carofles furent
renverfez par la violence du vent , & entre
autres celui de M. Hamel - Bruyninx
Envoyé des Etats Generaux , lequel reçût
par la chûte plufieurs contufions.
Le Prince Eugene de Savoye a reçû
2. vol. les
DECEMBRE 1724. 2887
les Lettres Patentes , par lefquelles l'Empereur
lui a fait don de la terre & Seigncurie
de Kottingen- Eberftorff , qui eft
d'un prix bien plus confiderable qu'on
ne l'avoit dit d'abord. Il a donné à S. M.
1. fa démiſſion de la Charge de Gouverneur
des Pays- Bas , Gouvernement qui eſt
deſtiné à l'aînée des Archiducheffes
foeur de l'Empereur , & dont on croit
qu'elle prendra poffeffion l'Eté prochain
.
9
Le 9. de ce mois le Prince Eugene de
Savoye eut l'honneur de faluer l'Empereur
, & de le remercier de la nouvelle
dignité de Vicaire General de tous les
Domaines que S. M. I. poffede en Italie ,
dont elle l'a revêtu depuis peu , & à laquelle
ele a joint un Brevet de 1 40000.
florins de penfion. Ce Prince en cette
qualité fera Superieur de tous les Vicerois
, Gouverneurs & Commandans de
ces Domaines , & ils ne pourront prendre
poffeffion de leurs Emplois , qu'après
avoir prêté ferment entre fes mains.
Le 12. de ce mois le Confeil de Flandres
s'étant affemblé à Vienne par ordre
de l'Empereur , on y lût la declaration ,
par laquelle S. M. I. a nommé Gouvernante
des Pays- Bas , l'Archiducheſſe Marie-
Elifabeth , fa foeur ; & comme cette
Princeffe ne doit fe rendre à Bruxelles
2. vol.
Hjque
2888 MERCURE DE FRANCE.
que dans 6. ou 7. mois , l'Empereur a
choifi pour gouverner par interim , le
Comte de Daun , Prince de Thiano ,
Confeiller, d'Etat ordinaire , Maréchal de
Camp , Colonel d'un Regiment d'Infanterie
, & Commandant de la Garnifon de
Vienne.
Le Comte de Bonneval , General d'Artillerie
, qui eft actuellement à Lintz , a
obtenu la permiffion d'aller à la Cour
Imperiale pour inftruire le Confeil de
Guerre de toutes les circonftances de fon
differend avec le Marquis de Prié. On
vient d'apprendre que ce Comte qui étoit
arrivé à Muſtorff , Château ſitué à une
lieuë de Vienne , en eſt parti depuis peu ,
avec un détachement de 40. Dragons ,
pour ſe rendre au Château de Spielberg
en Moravie , où il doit demeurer juſqu'à
ce que fon affaire avec le Marquis de
Prié foit jugée par la commiffion particuliere
que l'Empereur a établie , & à
laquelle doit prefider le Comte de Daun,
Gouverneur par interim , & Capitaine
General des Pays-Bas
2. vala
ITADECEMBRE
1724. 2889
LIE
ITALIE.
E 19. du mois paffé le Pape vifita
l'Eglife de la Sainte Trinité des Pelerins
& des Convalefcens , où il lava les
pieds à plufieurs Pelerins .
י
Le 20. Sa Sainteté tint au Quirinal un
Confiftoire fecret , dans lequel le Cardinal
Ottoboni , protecteur des affaires de
France , propofa l'Archevêché de Beſançon
, pour l'Abbé de Monaco ; l'Evêché
Duché- Pairie de Langres , pour l'Abbé
d'Antin ; l'Abbaye de Saint Pierre -fur-
Dive , Ordre de Saint Benoît , Diocéfe
de Seez , pour l'Evêque de Saint Paul-
Trois -Châteaux ; & celle de Cruas , Ordre
de Saint Benoît , Diocéfe de ,Viviers ,
pour l'Abbé de Coriolis . Le même Cardinal
préconifa enfuite l'Abbé Mongin ,
cy- devant Précepteur du Duc de Bourbon
& du Comte de Charolois , pour
l'Evêché de Brazas . Vers la fin du Confiftoire
, le Cardinal de Polignac , chargé
des affaires du Roi Très - Chrétien à la
Cour de Rome , paffa dans l'Ordre des
Cardinaux Prêtres , remit le titre de Sainte
Marie in Portico Campitelli , & opta
celui de Sainte Marie in Via des Religieux
Servites . Enfuite le Pape nomma
Cardinal , M. Vincent Petra , Napolitain ,
Archevêque de Damafco , Secrétaire de
2. Vol. Hy
Ta
2890 MERCURE DE FRANCE.
la Congregation des Evêques & Regu
liers , votant de la fignature de grace ,
Confulteur du Saint Office , & Dataire
de la Penitenceries après quoi Sa Sainteté
donna l'Anneau de Cardinal au
Cardinal Jean- Baptifte Altieri , avec le
titre de S. Matthieu in Merulana , vacant
depuis le 25. Octobre 1717. par la
mort du Cardinal Nicolas Grimaldi , &
au Cardinal Falconieri , celui de Sainte-
Marie della Scala , vacant depuis l'année
1715. par la démiffion du Cardinal
Colonne.
Le Pape à caffé le Teftament de feu
M. Vignoli , l'un des Expeditionnaires
en Cour de Rome , qui avoit laiffé tous
fes biens aux Religieux de la Trinité du
Mont , & desherité fon neveu , en faveur
duquel S. S. a rendu ce jugement.
Le 2. de ce mois le Pape benit la nouvelle
Chapelle interieure des appartemens
du Palais du Vatican , que S. S. dedia à
la naiffance de N. S. J. C. & dans laquelle
elle renferma les Reliques de
Saint Benoît & de S. Urbain , Martyrs.
Le Pape a levé depuis peu l'excommunication
prononcée il y a quelques années
, contre tous ceux qui prenoient du
Tabac dans l'Eglife de S. Pierre.
On a publié à Rome un Decret qui
defend aux Juifs de porter la doublure
2. vol.
souge
DECEMBRE 1724. 289r
rouge pour fignal à leur chapeau , leur
ordonnant de reprendre la couleur jaune ,
& le 14. de ce mois le Cardinal Pauluc-.
ci , Vicaire de S. S. & Secretaire d'Etat
fit publier une Ordonnance , par laquelle
il leur eft défendu de paroître dans les
rues de Rome pendant l'année Sainte
fans la marque qui les diftingue des
Chrétiens .
Les quatre jeunes Chinois de la Baye
Ripa , amenez à Naples pour voir les
beautez de cette Ville , doivent retourner
à Rome pour y prendre l'habit de Religion
dans le Noviciat des Jefuites.
On apprend de Rome que le 20. de ce
mois le Pape avoit tenu un Confiftoire ,
dans lequel il avoit nommé Cardinaux
M. Profper Marefofchi , Archevêque de
Cefarée , & Auditeur de Sa Sainteté , &
le Pere Auguftin Pipia , General de l'Ordre
de S. Dominique.
Le 8. de ce mois le Cardinal de Polignac
, chargé des affaires de France à
Rome , alla en grand cortege prendre
poffeffion de fon nouveau Titre de Sainte
Marie in Via , où il fut reçû avec les ceremonies
accoutumées par les Religieux
Servites qui deffervent cette Eglife.
a
Le 13. Fête de Sainte Luce le même
Cardinal fe rendit en grand cortege
l'Eglife Patriarchale de S. Jean de Latran,
2. vol.
H vj où
2892 MERCURE DE FRANCE :
où il affifta à la Meffe qui y fut chantée
à plufieurs Choeurs de Mufique ,
action de graces de la converſion du Roi
Henri le Grand , d'heureuſe memoire , à
la foi Catholique . Après cette ceremonie
le Cardinal de Folignac traita magnifi .
quement les Cardinaux , Prélats & Seigneurs
affectionnez à la Couronne de
France , qui y avoient affifté.
On a appris de Milan que S. M. Imperiale
avoit affigné au Prince Eugene de
Savoye , qu'elle a nommé Vicaire General
des Etats qu'elle poffede en Italie ,
150000. florins d'appointemens , dont
35000. feront payez fur les revenus du
Duché de Milan , & le furplus fur ceux
des Royaumes de Naples & de Sicile...
PORTUGA L.
-12
E 9. du mois paffé le Marquis de
Capichelatto , Amballadeur extraordinaire
de S. M. Catholique à Liſbonne ,
eut une audience publique du Roi , dans
laquelle il lui fit part de la mort du Roi
d'Eſpagne Don Louis ; après quoi il lui
prefenta les nouvelles Lettres de Creance
du Roi d'Efpagne Don Philippe qui eft
remonté fur le Trône. Le même jour
S. M. P. fe retira dans fon appartement ,.
& elle a été quatre jours fans paroître ei
public , à loccafion de la mort de ce Prin-
се
2. vola
DECEMBRE 1724.
2893
ce , pour laquelle elle portera le deuil
pendant un mois .
Le 19. Novembre dernier , l'air étant
chargé de nuages dès le matin , il s'éleva
à Lifbonne, à une heure après- midi , un
vent de Sud-Eft , accompagné d'une petite
pluye qui dura jufqu'à trois heures . Vers
les trois heures & demie , ce vent , fans
changer de direction , augmenta avec
tant de violence , que les dommages qu'il
a caufez , & dont on n'a jamais eu d'exemples
, ferviront d'époque à l'Hiftoire
de ce pays. Des murailles très - épaiffes
tomberent , des édifices entiers furent renverfez
; les vitres de prefque toutes les
Eglifes & des Palais furent brifées ; les
plans d'Oliviers furent déracinez en plufieurs
endroits ; les Orangers & les Ci
troniers d'un grand nombre de maiſons
de campagne furent arrachez ; les ftatuës
du jardin du Comte d'Aveiras furent
ébranlées , & la plupart tomberent. La
grande Croix de marbre rouge qui étoit
fur la montagne de Sainte Catherine , &
qui avoit réfifté depuis un très grand nom
bre d'années aux plus violentes tempêtes
fut renversée , & le pivot de fer qui
la retenoit fur fa baſe fut arraché ; les autres
Croix des Places publiques , celle de
la Tour du Monaftere de la Trinité , &
Les Girouettes de la plupart des Clochers:
2. vola
de
2894 MERCURE DE FRANCE .
de cette Ville furent abbatuës ; une grille
de fer de cette Tour , & une petite cloche
qui étoit fufpenduë au haut de l'Eglife
, tomberent fur la Bibliotheque , &
en rompirent le comble ; un corps de
logis du Noviciat , dit de la Grace , tomba
; le Monaftere des Religieux de Rofa
fut ébranlé , & celui de S. Chriftophe
très-endommagé. On ne peut rendre un
compte plus exact des ravages que cet
ouragan a fait fur terre dans tous les endroits
qui y ont été expofez , parce qu'on
n'a pas encore reçû de nouvelles des
Villes , Bourgs & Villages qui font fituez
fous la colonne qu'il a parcouruë ;
mais tous les dommages dont on pourra
avoir le détail , ne feront jamais fi confiderables
, que ceux qu'il a caufez aux
vaiffeaux qui étoient dans la riviere , &
aux maifons qui en font voifines. Des
Navires amarrez dans le Port fur trois
& quatre ancres , les ont perduës ; & la
force de leurs cables n'ayant pû les retenir
, ils ont été portez par la violence du
vent fur d'autres Vaiffeaux , contre lefquels
ils fe font brifez ; la plûpart ont
coulé à fond , d'autres ont été jettez fur
le rivage , où les vagues achevoient de
les mettre en pieces. Elles frappoient contre
le Quay avec tant d'impetuofité ,
qu'elles portoica: des pierres de celui de
2. vol.
SanDECEMBRE
1724. 1894
Santarem , jufqu'à la maiſon du Comte
de Coculin. Le Quay de Pedra a été cntierement
ruiné , le Font de la Douane a
été renverfé , le rivage qui eft entre la
Fonderie Royale & la Tour de Bellem
& qui a près de deux lieuës de long , eft
couvert de débris de Navire & des Marchandifes
que les vagues y ont jettées.
Les Vaiffeaux du Roi auroient eu le fort
de beaucoup d'autres , fi on n'y avoit pas
porté un prompt fecours , & fi l'on n'avoit
pas coupé toutes les mâtures des plus
expofez , pour les empêcher d'être tenverfez
, 62. Navires , Flutes , ou, Dogres
de differentes Nations , cnt été brifez fur
la côte pendant la tempête ; & de ce
nombre il y en a cinq de Liftonne qui
étoient chargez & prêts à partir pour le
Brefl , aufquels il ne refte plus que la
Quille . On en compte 120. autres de diverfe
grandeur qui ont échoué ; mais on
ne fçait pas encore le nombre des Barques
, Chaloupes & Batteaux qui ont
peri , non plus que celui des Matelots ,
& autres perfonnes qui ont été noyez ,
& dont on n'a retrouvé jufqu'à prefent
que 160. corps . Le Roi pour empêcher
que l'avidité du gain ne portât quelques
particuliers à s'emparer des Marchandifes
qui ont été jettées fur le rivage , a
fait pofer des Corps de Garde & des Sen-
2. vel.
tinelles
2895 MERCURE DE FRANCE.
tinelles des deux côtez de la riviere , &
perfonne n'en peut approcher fans fa permiffion
.
;
Une ferme fituée à Bemfica , appartenante
au Marquis de Fronteira a été
prefque abattue la plupart des arbres de
l'ancienne avenue de l'Eglife de S. Dominique
ont été arrachez malgré leur
groffeur , plufieurs bâtimens d'une Ferme
qui appartient au Comte d'Ericeira
près de Portello , & une Chapelle voifine
, qui eft la premiere qu'on ait bâtie
dans ce Royaume à l'honneur de S. Jofeph
, ont été renverfez ; 27. perſonnes
qui étoient dans diverfes Barques , près
d'Alverca ont été fubmergées à Santarem
la tempête ne dura que trois heures
& demie ; mais pendant ce temps tous
les petits Bateaux qui étoient dans la riviere
furent emportez par la violence du
vent & des vagues ; & la plupart furent
jettez fur le rivage ; toutes les Croix de
la Ville , & quelques flèches de Clochers
furent rompues ; prefque tous les Oliviers
des environs , ceux du Monaſtere
de Sainte Claire , de la Ferme des Religieux
de la Trinité , de celle du Marquis
de Fronteira & de celle de quelques
particuliers furent déracinez .
A Obidos le vent commença à deux
heures après-midi , & dura juſqu'à onze
2r vola
heuDECEMBRE
1724 2897
heures du foir : la plus grande partie des
couvertures des maifons fut emportée ;
les Vergers d'Oliviers & de Pomiers du
Bourg de Nazareth furent détruits ; le
Monaftere des Religieufes Hofpitalieres
de Nôtre- Dame fut prefque totalement
renverfé ; trois Barques de tranfport nouvellement
chargées devant cette Ville
perirent avec toutes leurs Marchandifes ;
& ce qui s'eft fauvé de leurs équipages
eft réduit à la derniere mifere , & demande
l'aumône ; un Olivier bas de tige ,
& dont le tronc avoit plus de deux braffes
de circonference fut emporté avec fes
racines à prés de cent pas.
A Figueiro-dos- Vinhos , le dommage
qué les habitans ont fouffert par la perte
de leurs Oliviers eft eftimé à 15000 .
cruzades ; les plans de Thomar , dont le
produit annuel montoit à près de soooo .
cruzades , ont été entierement détruits en
moins de quatre heures ; les Villes de
Pias , d'Atalaya & de . Torres- la- neuve
font prefque ruinées par la même raifon ;
celle de Coimbre n'a pas eu plus de 150 .
pieds d'arbres qui ayent réfifté à la violence
du vent ; les trois quarts des maifons
de la Ville font découvertes ; la
grande Ferme de Calharis qui appartient
à Don François de Soufa , Capitaine de
2. vol.
la
2898 MERCURE DE FRANCE.
la Garde Royale Allemande , & qui eft
fituée de l'autre côté du Tage , lui coûttera
des fomines confiderables à rétablir ;
toutes les Caravelles qui étoient à Setubal
du côté des Fontaines , ont été jettées
& brifées contre la côte ; un Pin remarquable
par fa groffeur , qui étoit fur le
chemin de Lifbonne a été abattu ; ſept
Navires Marchands qui étoient à l'ancre
près de l'Ile de S. Michel , fe font ou
verts contre des Rochers.
Quelques perfonnes ont raporté que
pendant la tempête il s'étoit élevé de
frequens tourbillons de fable du fond de
la riviere , & que la terre avoit tremblé,
mais on ne peut rien dire d'afluré fur ce
prétendu Phenoméne , qui n'a pû être
examiné avec tranquillité pendant un
effroi fi general ; & d'ailleurs la violence
du vent , & l'agitation extraordinaire
des vagues , peuvent être les feules caufes
des effets particuliers qui ont fait naître
cette opinion.
Des quinze Bâtimens Portugais qui
étoient chargez & prêts à partir pour
la Baye de tous les Saints , il s'en eft
perdu huit pendant la tempête des fix
Vaiffeaux deftinez pour le Rio de Janei-
, la Notre-Dame du Mont- Carmel ,
& le Saint Elie perirent dans le caral
Royal , & la Notre - Dame de bon Voyage
2. vol .
DECEMBRE 1724 .
2899
à l'embouchure du Tage . Des 5. qui étoient
chargez pour Fernambuque , la Nôtre-
Dame de Conception de Rua - Nova , s'ouvrit
contre le Quay de Santareme ; la
Notre- Dame de Lampadola échoüa fur
les bas -fonds de la riviere du Poiflon ;
la Notre - Dame de Mont- Carmel & la
Sainte Therefe coulerent bas dans le canal
Royal ; & la Nôtre - Dame de Paraïfo
donna contre les Rochers de Santos . La
Notre-Dame de Pilar , le S. Antoine &
Almas , la Notre- Dame de Diligence perirent
contre la côte de Bona - Viſta , & à
Carpo Santo ; le premier de ces Bâtimens
devoit partir pour Angola , le fecond
pour la côte des Mines , & l'autre pour
Porto.
L
ESPAGNE.
E 26. du mois dernier , on celebra
par ordre du Roi , dans l'Eglife du
College Imperial à Madrid , un Service
folemnel pour le repos de l'ame des Officiers
& des Soldats morts au fervice de
Sa Majefté. Le Marquis de Lede y af
affifta
avec les Grands du Royaume qu'il y avot
invitez , & le Pere Manuel Moreno ,
Jefuite , y prêcha.
Le Roi a nommé le Duc de Gaudia &
le Marquis de Los Balbafes , Gentilhommes
de fa Chambre , pour être Gentil-
2. vol.
hom2
900 MERCURE DE FRANCE .
hommes de la Chambre du Prince des
Afturies ; S. M. a choifi pour être Majordomes
de ce Prince , les Comtes de
Sanfatelli & d'Arenales qui avoient de
femblables Emplois chez le Roi .
On a eu avis de Carthagene que les
Religieux de l'Ordre de la Merci , qui -
étoient allez à Alger , avec les aumônes
de ce Royaume , en étoient revenus le
17. du mois dernier , avec 265. efclaves
rachetez , dans le nombre defquels il y
avoit 8. femmes & 12. enfans qui n'avoient
que douze ans chacun ou environ .
M. Bragadin , Ambaffadeur de la République
de Venife en cette Cour en eft
parti le 19. de l'autre mois pour retourner
à Venife , après avoir reçu le prefent
ordinaire , qui eft le Portrait du Roi , enrichi
de diamans de la valeur de 800 .
piftolles. S. M. C. l'a élevé avant fon
départ à la dignité de Chevalier.
ANGLETERRE .
E 14. de ce mois , le Roi accompa-
Lgné du Prince de Galles , & de quelques-
uns des principaux Seigneurs de ſa
Cour , alla au Bal public du Theatre du
Marché au Foin à Londres .
Le même jour la Dame Smith fut nommée
Gouvernante du jeune Prince Guill.
Le 17. la Chambre des Communes
2. vol.
approuva
DECEMBRE 1724. 2901
approuva le Bill , qui ordonne la continuation
de l'impofition fur le revenu des
terres , & fur les rentes , penfions , &
autres revenus annuels dont jouiffent les
habitans de la Grande Bretagne , afin de
fournir le fubfide accordé au Roi pour les
dépenfes ordinaires qui doivent être
payées par la nation , & dont l'état qui a
été prefenté à la Chambre monte à
371376. liv. 6. f. 7. d . fterlings .
Le Vaiffeau la Marie , commandé par
le Capitaine Nicolas Burdon , qui venoit
des Illes Canaries , s'eft brifé contre un
Rocher près de Lands- ead , & tout l'équipage
a été noyé , à la réferve d'un
paflager Efpagnol .
>
Le 18. le Roi alla au Theatre de l'Opera
, pour y voir une machine très -curieufe
, nouvellement arrivée d'Hambourg
; c'eft la reprefentation en bois du
Temple de Salomon. On dit que l'ingenieux
Auteur de cet ouvrage , où il n'y
a ni clou ni cheville de fer , y a travaillé
affidûment pendant 30. ans .
Le 27. de ce mois le Roi s'étant rendu
à la Chambre des Pairs avec les ceremonies
accoutumées , S. M. donna ſon confentement
Royal au Bill , qui ordonne la
levée de la taxe fur les terres pour le befoin
de l'Etat pendant le cours de l'année
1725 ,
2. vol.
Les
2902 MERCURE DE FRANCE
Les Lettres de Philadelphie du 22 .
Octobre dernier portent qu'on y avoit
reçû avis de la Jamaïque , qu'il y étoit
arrivé depuis peu deux Anglois qui ont
été pendant quinze ans en efclavage chez
les Sauvages du Nord du Canada , & que
s'étant fauvez avec quelques autres de
leurs camarades , ils avoient traversé toute
l'Amerique Septentrionale , jufqu'à la
Californie , où ils avoient conftruit une
Barque avec laquelle ils s'étoient rendus
à Panama , en fuivant les côtes de la Mer
du Sud ; qu'ils avoient traversé l'Ifthme ,
& étoient arrivez par la riviere de Chagre
à la Mer du Nord , où ils avoient
trouvé un Bâtiment qui les avoient tranf
portez à la Jamaïque . Ces Lettres ajoûtent
qu'un de ces deux Anglois a fait un
Journal très exact de fon voyage , &
qu'il fe difpofe à le donner au public fitôt
qu'il fera de retour en Angleterre.
HOLLANDE ET PAIS BAS.
L
E Chapitre de Liege s'étant affemblé
le 7. de ce mois pour proceder à
l'élection d'un Grand Prevôt , à la place
du feu Comte de Poitiers ; cette Dignité
fut donnée après beaucoup de conteftations
à l'Abbé de Waloufe , Official du
Chapitre.
>
Le 2 2. de ce mois les Doyens de Bru-
2. vol.
xelles
DECEMBRE 1724. 2903
xelles donnerent leur confentement à la
levée de l'impofition d'un dixiéme fur
toutes les Villes de la Province , & de
trois vingtiémes fur le plat Païs ; mais ils
refuſerent d'approuver le projet propo
fé pour mettre un nouvel impôt fur le
Thé , le Café & le Chocolat,
Les Etats Generaux ont choisi le Vice-
Amiral de Sommelsdick , pour cominander
l'Eſcadre des fix Vaiffeaux de
guerre , qu'ils ont refolu d'envoyer encore
cette année dans la Mediterranée .
*******************
NAISSANCES , MORTS
Mariages des Pays Etrangers.
E 11. de ce mois la Princeffe de
L
Saltzbac Saltzbac , née Princefle d'Auvergne
, Marquife & heritiere de Berg- opzoom
, accoucha d'un Prince au Château
de Drogenbofc , à deux lieues de Bruxelles
.
La Princeffe , dont la Princeffe Electorale
de Saxe accoucha le 24. de l'autre
mois paffé , fut baptifée à Drefde le 25 .
& tenue fur les Fonts par divers Seigneurs
& Dames , fondez de procuration
de l'Imperatrice Amelie , du Roi , de la
Reine de Pologne , & de la Princeffe
2. vol.
Electo·
2904 MERCURE DE FRANCE .
2
*
4
Electorale de Baviere , & nommée Marie-
Amelie- Chriftine - Francoife- Xavier-
Flore-Walpurge.
Le 27. du mois dernier la Princeffe
Altieri accoucha à Rome
d'un
enfant mâle
, qui fut baptifé le 29. par le Pape ,
qui le nomma Vincent, Marie - François-
Jofeph- Balthazar
Le 18 , de ce mois la Princeffe de
Galles accoucha à Londres d'une Princeffe
, vers les 4 heures après midi . Cette
nouvelle fup annoncée au peuple par
une décharge des canons du Parc de S. James
& de la Tour.
Lee Comte Affriquain de Warods , Baron
de Mervaux , General Major , ci - devant
Gouverneur des Villes de Venlo &
de Charleroi , & en dernier lieu Commandant
à Louvain , mourut le 16. de
ce mois , âgé de 106. ans ou environ . Il
avoit été Page de l'Infante Ifabelle , qui
mourut en 1630. & il étoit Capitaine de
Cavalerie au Siege de Rocroi en 1643 .
La Princeffe Anne- Loüife - Françoiſe
dé Naffau Siegen , veuve depuis le 4.
Septembre 1709. du feu Comte de Souza-
y-Pacheco , Ambaffadeur- Plenipotentiaire
du Roi de Portugal auprès de la
Republique d'Hollande , mourut à Bruxelles
le 27. de ce mois.
Le 20. de ce mois la Princeffe Loüife,
2. vol.
dont
DECEMBRE 1724. 2905
dont la Princelle époufe du Prince Royal
de Dannemarc , accoucha le 19. du mois
de Juin dernier , mourut à Coppenhague,
& le 21. fon corps fut tranfporté
Roſchild , où eft la fepulture de la Maifon
Royale.
Le 5. de ce mois le Czar déclara à Pes
terfbourg , & fit part aux Seigneurs de
fa Cour , de la conclufion du Mariage
de la Princeffe fa fille aînée avec le Duc
d'Holftein ; & les articles du Contrat
ayant été fignez , on annonça cette nouvelle
au peuple par plufieurs falves d'artillerie.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 17. de ce mois , troifiéme Diman-
Lhche de l'Avent , le Roi entendit dans
la Chapelle du Château de Verſailles , la
Meffe chantée par la Mufiqe , & l'aprèsmidi
S. M. affifta à la Prédication du Pere
Surian , Prêtre de l'Oratoire.
Le même jour , l'Infante Reine fe confeffa
pour la premiere fois au Pere de
Lignieres , Confeffeur du Roi ; & le lendemain
cette Princeffe fe rendit à PE-
2. vol.
I glife
1906 MERCURE DE FRANCE.
glife de la Paroiffe de Verfailles , où elle
entendit la Meffer
1.
E
Le 20. l'Archevêque d'Ambrun , qui
eft revenu de Rome , où il a été chargé
des affaires du Roi , eut l'honneur de fa
luer S. M. à laquelle il fut preſenté par
le Duc de Bourbon. 65309 2
Le 23. J Roi
fe rendit
à l'Eglife
de
la Paroiffe
de Verfailles
, & enfuite
là
celle
des
Recolets
, pour
fes Stations
du
Jubilé
,
7
Le même jour S. M. donna à dîner
au Cardinal de Rohan , Grand- Aumônier
de France , & à l'ancien Evêque
de Fréjus , ci - devant Précepteur du Roi,
qui eurent l'honneur de manger à fa
table. Chub
Le 24. quatriéme Dimanche de l'Avent
, & veille de la Fête de Noël , le
Roi entendit la Melle dans la Chapelle
du Château & y communia ( par les
mains du Cardinal de Rohan , Grand-
Aumônier de France. Après l'Evangile
, l'Archevêque d'Embrun prêta ferment
de fidelité entre les mains de Sa
Majefté , qui au retour de la Meffe toucha
plufieurs Malades . L'après -midi le
Roy affifta aux premieres Vêpres chantées
par la Mufique , aufquelles l'Archevêque
d'Embrun officia.
Le 25. jour de la Fête de Noël , le
2. vel,
Roi
DECEMBRE 1724 2907
Roi , qui avoit entendu trois Meffes pendant
la nuit , affifta dans la Chapelle du
Château à la grande Meffe celebrée pontificalement
par l'Archevêque d'Embrun ,
& chantée par la Mufique, L'aprés - midi
S. M. affifta à la Prédication du Pere
Surian , & entendit enfuite les Vêpres ,
aufquelles le même Prélat officia.
Le 27. l'Abbé d'Antin , Evêque , Duc
de Langres , Pair de France , fut facré à
Paris dans l'Eglife du Monaftere des Religieufes
de l'Affomption , par le Cardimal
de Rohan , affifté des Evêques de
Châlons & du Mans.
>
La Compagnie des Indes , qui a le privilege
exclufif de la vente du Caftor &
du Caffé , donne avis , qu'elle a diminué
le prix du Caftor , & qu'elle le fera
vendre dans fes magazins à Paris
aux fabricans Chapeliers , à commencer
du 15. Decembre 1724, au même prix
qu'il fe vendoit en 1716 , fçavoir , le
Caftor fec en peau , à raifon de 3. livres
10. fols la livre , & le Caftor gras auffi
en peau fur le pied de 5. liv. 10. fols
la livre , en payant comptant , & elle
leur accorde trois pour cent de rabais
avec 7. livres par ballot de 120. livres
pour tare & trait . Par déliberation de
I'Affemblée d'adminiſtration de la Compagnie
du 13. de ce mois , il a été ar- 2. vol.
I ij
rêté
2908 MERCURE DE FRANCE.
rêté , qu'à commencer du is.dudit mois
la livre de Caffé , qui les vendoit
liv. dans fes Bureaux , n'y fera plus vendu
que 3. liv. 12, fols. 115 11104 2915
Le 31. de ce mois le Roi entendit dans
la Chapelle du Château de Verfailles ,
la Melle chantée par la Mufique , pendant
laquelle l'Evêque Duc de Langres
prêta ferment entre les mains de Sa Majefté
.
On mande de Picardie , qu'un petit
Vaiffeau venant de la Jamaïque , chargé
de marchandiſes eftimées 200009 .
écus , fur lequel il ne s'eft trouvé perfonne
, eft venu échouer entre Calais &
Graveline .
Les Etats de Bretagne , affemblez à
Saint Brieuc depuis le 5. Novembre ,
fe feparerent le 18. du mois dernier à
fix heures du foir avec les Ceremonies
accoûtumées ; ils ont accordé au Roi un
don gratuit de 2000000. pour les années
1725. & 1 726. On a ordonné une
levée de 856000. livres de feuages extraordinaires
pour les mêmes années , &
on a abandonné pour 700000. liyres les
droits des Courtiers Gourme's Jaugeurs
, Infpecteurs aux boiffons & aux
boucheries , afin d'éviter par là le réta
bliffement de ces Offices . On a auffi accordé
36300, livres d'augmentation de 2. vol.
los
gages
DECEMBRE 1724. 2909
gages Mes du Parlement , par rapportlabda
vrétihion des Semeftres . On a
fait un fonds de la fomme de 300000. livres
, pour être employé au rétabliffement
de la Ville de Rennes , & de pareille
fomme pour les reparations des
grands chemins plus d'une fomme de
200000l livres pour le remboursement des
Offices de Greffiers des Experts , Arpenteurs,
Jurez - Crieurs , Vendeurs de Meubles
, autres menus Offices de cette
"nature plus , d'une fomme de 100000.
•livres pour le remboursement de quelques
-Contrats fur les Etats! logo 1
38 A l'égard des gratifications , on en a
fait une de 30000. livres à M. le Maréchal
d'Alegre Commandant
pour le Roi
en Bretagne , & premier Commiffaire
de S! M.aufdits Etats ; une de 15000.
fivre Madame la Maréchale ; une de
A
900. livres à la Comteffé de Rupelmonde
, fille de ce Maréchals une de
10000 livres au Comte de la Riviere ,
Gouverneur de Saint Brieuc une de
8000. livres au Marquis de Caraman ;
une de 6000. livres au Comte de Coetlogon
, premier Procureur General , Syndic
des Etats , & qui en a ſuivi les affaires
en Province pendant les deux dernières
années ; une de 12000. livres au
Preſident de Bedée , fecond Procureur.
2. vol.
I iij
Ge2910
MERCURE DE FRANCE.
·
General Syndic des Etats , & qui en a fuivi
les affaires
en Cour pendant les deux dernieres
années ; une de 6000. livres à
M. Pignet de Meleffe , Grand Prevôt
de Bretagne ; une de 4000. livres à M.
de Nogent , Commandant des Gardes de
la Marine à Breft ; & une de 2400. livres
à Mlle de Rieux , fans. compter plufieurs
autres gratifications de moindre
confequence .
Les Députez que l'Affemblée a nommez
pour porter les Cahiers au Roi ,
font pour le Clergé , l'Evêque de Saint
Brieuc pour la Nobleffe , le Duc de
Bethune , en qualité de Baron d'Ancenis
; & pour le Tiers - Etat , M. de la
Piglais , Senechal & premier Juge de
la Senechauffée Royale de Saint Brieuc ,
& Gentilhomme de la Province. Les
Députez nommez pour la Chambre des
Comtes de Nantes , afin d'examiner les
Comptes de M. de la Beiffiere , Treforier
General des Etats de Bretagne , font ,
pour le Clergé , l'Abbé de Varennes , Abbé
de Landeveneq ; pour la Nobleffe , le
Marquis de Trecellon Maréchal de
Camp & pour le Tiers- Etat , M. de
Bois-billy , Provolt , Lieutenant General
de l'Amirauté de Mor
2
, & Gentilhomme
de la Province
.
SE S110,9121
jes .
2. vol. BEDECEMBRE
1724- 2.911
KKKKKKKKK
BENEFICES DONNEZ.
E Roi a donné l'Abbaye de Solignac,
Lordre de S. Benoift , Diocéle de
Limoges , vacante par le décès de l'Abbé
Bitault , au fieur Pierre- Adrien de
Mouchy , Prêtre du Diocéfe de Paris ,
& Clerc de la Chapelle de Sa Majefté .
Le Prieuré de Bleron , au Diocéfe de
Bourges , vacant par le décès du feur
Riqueur , au fieur Jean Beffe , Prêtre du
Diocèle de Perigueux , frere de M. Beſſe,
Medecin de la Cour.
Le Prieuré de S. Nicolas près Châteaugyron
, au Diocéfe de Rennes , vacant
par le décès du fieur de Leronnet , au
fieur François Blays , Prêtre , Docteur
de la Paroiffe de Saint Hellier de Rennes.
"
L'Abbaye de Chemmon , Ordre de Citeaux
, Diocéfe de Châlons fur Marne
vacant par le décès du Comte de Poitiers
, Grand - Prevôt de l'Eglife de Liege
, en faveur de M. Maximilien- Je-.
rôme Comte de Poitiers , Chanoine &
Grand- Treforier de la même Eglife.
L'Abbaye de Notre- Dame de Clairefontaine
, Ordre de S. Auguftin , Diocé-
2. vol.
1 iiij . fe
1911 MERCURE DE FRANCE.
fe de Chartres , vacante par le deces de
l'Abbé 250 51
de la à M. le Gendre ,
la Roche 1992
Prêtre , Chanoines &24S8o1us7-9C4ha0n0t2r9e6de
l'Eglife de Notre-Dame de Paris ved
XXXXXX
MRC
Parisuva
fuoM ob quod LⱭ
MORTS. ellivnix
C
said
2006 295
R Claude - Arnoult Poncher , Maître
des Requêtes Honoraire eft
T
-
XI
.2016
38
decedé le Decembre en fa Terre de
Soindre près Mante ; après avoir rempli
dignement fa Charge pendant près
de trente ans. Il s'en étoit démis en faveur
de M. Claude François Poncher
fon fils unique , qui Texerce anjourfami11qui
d'hui. Cette famille eft une des plus anciennes
& des plus illuftres de la Robbe ,
ayant produit de grands Hommes, qui depuis
plufieurs fiècles , & fous une longue
fuite de Rois , ont fervi fidelement l'Eglife
& l'Etat , entr'autres le fameux
Etienne Poncher , recommandable par
fon rare merite & fa prudence , comme
dit Mezeray . Il vivoit dans le 15 .
fiecle , fut élû Évêque de Paris en 1503 .
Garde des Sceaux en 1512. Ambaffadeur
en Espagne en 1517. & enfuite en
Angleterre ; Chancelier de Milan & de
l'Ordre de S. Michel. Il mourut Arche-
}
2. vol.
vêque
DECEMBRE 1724.
293
>
vêque de Sens le 24. Fevrier 1524. On
voit dans cette Famille des Chambellans
des Gouverneurs de Province , plufieurs
Evêques de Paris , & de Bayonne, des Archevêques
de Tours & de Sens , des
Maîtres des Requêtes ; celui qui reſte
étant le cinquième.
>
Dame Charlotte du Mouftier de Merinville
veuve d'Antoine Oudart Dubiez
, Marquis de Savigny , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , mourut
à Paris le 11. de ce mois âgée de
ans.
By
49-
Dame Armande du Cambout , épeufe
de M. Gafpar , Comte de Merinville
, Baron de Rieux , Brigadier des Armées
du Roi , Gouverneur de la Ville
& du Diocéfe de Narbonne , mourut , le
28. âgée de 58. ans.
M. Gafpar de Merinville fon époux ,
mourut le lendemain 29. âgé de 76. ans .
Dame Françoife Gilberte de Veyni
d'Arbouze de Villemont Prieure du
Frieuré perpetuel de la Madelaine lez-
Trefnel Fauxbourg S. Antoine , y eft
morte le 26. de ce mois , dans la 59. annee
de fon age.
de M.
<
Marie - Olimpe Dubiez , époufedore
- Marie Lotin de Charni ,
el mot à Paris le zace de 22 ans .
mais 28
A
MG & TRIX
2.00 .
11 Led
1914 MERCURE DE FRANCE.
#
PRIX
L
DELOQUENCE
& de Poefie , pour l'année 172.5-
$700 Supie 90 2017
Académie Françoife fait fçavoir au Public
que le vingt - cinquième jour d'Aouft prochain
, Fêtel de Saint Louis elle donnera le
Prix d'Eloquence , fondé par M. de Balzac , de
l'Académie Françoiſe. Le fujet feras qu'il n'y
a point, de veritable fageffe , fans las Religion ;
parce que la fageffe vient de Dieu. Contre ces
Philofophes qui croyent étre en droit de fe faire
chacun àfon gré des regles de fageffe & de morales
fuivant des paroles du chapitre feptieme
de d'Ecclefiafte , verfet vingt- quatrième. Cuneta
tentavi in fapientia. Dixi : fapiens efficiar, &
ipfa longius receffit à me. Il faudra que le Dif
cours ne foit que de demi-heure de lecture
tout au plus & qu'il finifferpar une courte
Priere à Jefus Chrift Apatinsk .
On ne recevra aucun Difcours fans une
Approbation fignée de deux Docteurs de la
Faculté de Theologie de Paris , & y réfidant
act ellement
meme jour elle donnera le Prix de Poëfie
fondé par M de Clermont de Tonnerre
Evêque & Comte de Noyon , Pair de France ,
& l'un des Quararte de l'Académie : le fujer
fera , le progrès de l'Atronon ie fous le regne &
par la protection de LOUIS LE GRAND. Il fera
permis d'y joindre tel autre fujet de loüange
que chacun voudra , fur quelques actions par
ticulieres du feu Roi , ou fur toutes ensemble,
pourvû qu'on n'excede point cent Vers . Et on
y
DECEMBRE 1724 2915
y ajoûtera une courte Priere à Dieu pour le
Roi , feparée du corps de l'ouvrage , & de
telle meture de Vers qu'on voud a
Toutes perfonnes feront reçûës à compofer
pour ces deux Prix , excepté les Quarante de
l'Académie qui doivent en etre les Juges.
Les Auteurs ne mettront point leur nom à
leurs Ouvrages , mais une marque ou paraphe,
silavea un paffage de l'Ecriture Sainte , pour les
Difcours de Profe ; & telle autre Sentence qu'il
el leur plaira , pour les Pieces de Poëfie.
Ο
sh Ceux qui prétendront aux Prix , font advertis
que les Pieces des Auteurs qui fe feront
N fait connoître , foit par eux mêmes , foit par
leurs amis feront rejettées & ne concoursont
point ; & que tous Meffieurs les Académiciens
ont promis de fe recufer eux - mêmes
sm & de ne pas donner leurs fuffrages pour les
* Pieces , dont les Auteurs leur feront connus.
Les Auteurs feront auffi obligez de remet
f tre leurs Ouvrages dans le dernier jour du
9 mois de Juin prochain , entre les mains de M.
911 Coignard le fils , Imprimeur ordinaire du Roi,
& de l'Académie Françoife , rue Saint Jacsu
quest, & d'en affranchir le port , autrement
ils ne feront retirez. i
kkkkk: aikakakakakakaitik
ARRESTS , & c.
A
RREST du 5. Decembre , qui ordonne
que le fol pour livre de remife , accordé
par celui du 3. Octobre dernier , aux Collecteurs
, Receveurs des Tailles , & Receveurs Generaux
des Finances , fur l'impofition à faire
2. vol.
I vj de
2916 MERCURE DE FRANCE .
•
de trois Deniers pour livre de la Taille , refer
vez aux Hôpitaux , fera impofé par augmen
tation des fommes , aufquelles lefdits trois deniers
pour livre de la Taille ſe trouveront monter
; & difpenfe les Receveurs des Tailles,
de tenir un journal feparé , tant de ladite impofition
de trois deniers pour livre de la Taille
, réſervez aux Hôpitaux , que dudit fol
pour livre de remife lefquels ils feront cependant
tenus de porter für leur Regiſtre ordinaire.
ORDONNANCE du Roi , du n , Decembre
, qui fufpend celle du 27. Mai 1716. Et qui
ordonne que les Matelots ne pourront être
reçûs à l'avenir Maîtres Pilotes & Pilotes-
Lamaneurs , qu'ils n'ayent fait deux Campagnes
de trois mois chacune , au moins , fur les
Vaiffeaux de Sa Majesté .
ش م ر م ل
ORDONNANCE du Roi , du 18. Decembre
, par laquelle S. M. ordonne qu'à commencer
du premier Janvier 172 5. & jufqu'au
premier Juillet feulement le prix des Chevaux
de Pofte , tant de Brancard que de Trait,
fera payé à raifon de vingt- cinq fols- par Cheval
dans toute l'étendue de fon Royaume , &
ce pour chaque Pofte fimple les doubles
Poftes & Poftes & demies à proportion , &
les Poftes Royales fur le pied de cinquante
fols par Cheval , non compris les Guides des
Poftillons ; & que les Courriers allant en Guide
à Cheval continueront de payer , comme
ils font actuellement , à raifon de vingt fols
feulement pour chaque Cheval par Potte , les
oubles , demies & Poftes Royales à propordion
, non compris les Guides des Poltillons ;
DECEMBREA'17247M 29hX
Pexception néanmoins des Courriers die
Cabinet , qui continueront de spayed à maifon
de quinze fols par Cheval par Polte , fuivant
Puſage & coni sulliset vil og a
29 evap¶ zal gingalib
Fin da fecond Volume de Decembre,
asde
9)
ILI slab quvil 100g 27ainab sien ob moistoo
Tol sibub sup , xustiqôH xus 59179151
-9010154P PRO BATLON ! unq
-10 97flige zual út 19710q ab zung: 176ba97
га par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le 2. vol. du Mercure de Frante
du mois de Décembre , & pjaayy cru qquu''on
Pouvoit en permettre Timpreffion : A Paris
le 20. Tanvier fzz5.
90,21019ƒ £M to sup sanobio)
2310291M inevel 6
J'AY
ce
-com xush that ansys'n ali'ARDTON
elit , eniom us ¿ gauɔɛɖɔ ziom 21011 ob 29.0
3.81 ub jo ub 304AИMOGяO
1 AMB LE 194
be upto 38.21 19ivas) 191m9rq ub. raram
Des Principales Matleres britenues
16
"Diselo) dans ce 2. volume
slių
gal
10q 9ད3
zaley to 2719
Ouveau Privilege du Roi
PIECES FUGITIVES, la Pie & le Roitelet
, Fable.pl w
Memoire fur les Eaux de Paffi , lû à l'Académie
des Sciences, › 42722
Ode , Etrennes aux Auteurs du Mercure.
ba un ail - 15 2h3
Lettres fur les établiſſemens Académiques. V
& c.
Etrennes de Cleopatre , vers,,
Obfervation nouvelle & .L
2735
2750
Diffolution fucceffive de plufieurs Sels.2754
Bouts - rimez. 2774
Lettre de M. Vergier & Vers , la Guirlande
& c.
Le Triumvirat Amoureux.
>
2775
2782
Defcription de la Pompe funebre du Roi
d'Elpagne.
Rondeau.
Lettre fur l'Opera d'Armide.
Lifis , Eglogue.
2783
2799
2800
2821
Lettres de Malthe fur le remede d'Eau à la
glace.
Enigmes.
2828
2831
2833
Nouvelles Litteraires , & c. Hiftoire Poëtique ,
&c.
Jerufalem délivrée , & Vers à l'Auteur , &c.
2836
Extrait de Lettre fur le Dictionnaire Provençal.
2844
Académie Françoiſe , &c. 2846
Bouts aimez.
2849
Medaille du Roi gravée. 2850
Spectacles , le Jaloux defabufé.
1bid.
Le dénouement imprévù , Comedie nouvelle.
2862
Lettre de Veniſe fur les Spectacles , le Carnaval
, & c .
Nouvelles du Temps.
Execution faite à Petersbourg.
2869
2851
2882
Sentence & execution fur le tumulte arrivé à
Thorn. 2883
Ouragan & dommage arrivé à Liſbonne. 2893
Naiffances , Morts , & c . des Pays Etrangers
France , nouvelles.
Benefices donnez.
Morts .
2903
-2905
2911
29 2
Prix d'Eloquence & de Poëfie de l'Académie
Françoife . 2914
?
:
Errata du 1. volume de Decembre.
PAge 2680. ligne 9. Tallegrand , liſex Tal-
Page 168. ligne premiere , lifex de la Rochecourbon.
P
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 2748. ligne 6. du bas entierement , l
fez entretenus .
Page 2780. ligne 6. l'embraſſer , liſez s'embrafer.
Page 2787. ligne 5. & , ôtez ce mot.
Ibid. ligne 12. efcabilons , lifez efcabellons ,
&c.
Page 2788. ligne 18. Palais lifez palmes.
Page 2789. ligne derniere , Architheatre , lifex.
Architrave.
Page 279. ligne 16. altique , lifez attique.
Ibid. ligne 20. Nemon , lifez perron.
Page 2794. ligne 24. altique lifez attique .
Page 2796. ligne 22. Moutons , lifez montans.
Page 797. ligne 4. du bas , brodé , lifez bordé
Page 28c2 ligne 16. fans , ôtez ce mot.
Page 2803. ligne 12. fait , lifez fit.
2
Page 2864. ligne 22. réflexion , lifez infléxion.
Page 1808. ligne 14. parlant , lifez partant.
Ibid. ligne 2 aifé , lifez mal aifé
Page 1818. ligne premiere fçauroit , lifez ſçavoit.
Page 2835. ligne 3. en , lifez ou.
Page 189 ligne 17. en rire , lifez écrire.
Page 2868. ligne 11. en , ôtez ce mot.
La Medaille doit regarder la page 2850
COMCONCIN
A
TABLE
GENERALE
de
l'Année 1724.
CADMI , Origine des Academies,
page. 2735
Françoife , reception , 105. 1845. Election
, 2419. Prix propofé ,. 29 IẠu
des Sciences , 728 rentrée , 973. 1180.
2424 2722. 2754. Prix propofez , 1674
des Infcriptions & Belles- Lettres ; Election
, 1582. rentrée ,
de Caën ,
962. 24192570
1176
de Bordeaux , Prix propofé , 957. Sean-
Foce publique , 1104. 1923. 283
de Pau , Prix propofé , 109. diftribué ,
2693
Royale Efpagnolle ;
d'Hiftoire en Portugal , 1389. 1777.2013.
2417.2618.2846
des Sciences & Belles-Lettres en Ruffie ,
954
Accouchement monftreux , 1787. extraordinaire
,
2097
Agathe , Mine d'Agathe dans la Montagne de
Cintra ,
1778
0203823
Les Ages , Ballet ,
Agriculture pouffée fort loin à Londres , 553
Alcoran , differtation fur l'Auteur de ce livres
2177
Alegrette ( le Marquis d' ) fes Pefies175
Alexandre ( le P. Noël ) fa mortipsy
and duot
f
Amadis le Cadet , Comedie , 734
L'Ami de tout le monde , Comedie , 357.5 27.
Andrezel ( le Vicomte d' Ambaffadeur à la
Porte , fon arrivée & fon audiance , 2638
Les Anonimes , Comedie ,
2682
540
Antiquitez , 112. de S Sulpice, 890 1725. d'Avignon
, 1783. de Thunis
Les deux Arlequins , Comedie ,
Architecture de Fifcher d'Erlachen ,
1785
987
950
Les Armes d'Achilles , Tragedie du College
Mazarin ,
Armide , Opera , 2453. critiqué ,
L'Afne d'or , Comedie ,
1804
12.800
1805
L'Affemblé des Comediens , Prologue , 2217
B..
Äifa ( Acmet ) hiftoire de fa delivrance , BAifa
1031
Bellanger , fa traduction de Denys d'Halicarnaffe
critiquée ,
872
Benedictins attaquez fur leurs editions , 866.
défendus ,
Benoît XIII. V. Orfini
1084
Berenice , Tragedie critiquée , 1790. 2169 .
Le Befoin d'aimer v. la fille inquiete .
Bibliotheque des Gens de Cour ,
2294
1764
Boivin ( Louis ) fa mort , 795 fon éloge ;
22570
Bons mots , 88.292. 493 690. 911. 1187. 1565 .
1756
Bordeaux , Voyage de France ,
Bouquets de Vergier , 1541. à Madame Rau-
1887
lin ,
Les
Bourgeoifes
de
qualité
, Comedie
,
2220
Bouts
-rimez
: 175.
256.
425
426.452.809.8100
839. 845. 894. 1101. 1292. 1749. 1876. 1905.
1962. 2344. 2352, 2362. 2696. 2774. 2848.
Requête des Bouts- Rimez ,
>
265
117 Boyer ( Michel ) Peintre , fa mort
Bretagne , union des deux Semeſtres de fon
Parlement , 2671
Buffier ( le Pere ) critiqué , 1678. 2596. défendu ,
Aleches du Roi ,
C.
1949. 2409
2018
Calendrier ,Inftruction pour l'intelligence
& ufage des Calendriers Gregorien & Julien
,
325
Calotins , premiere fcéance des Etats Calotins
; 925
1418 Calvinistes , declaration à leur fujet ,
Cantates , Ariane & Bacchus ; 35. le Songe ,
67. Daphné 240. l'Amour Medecin , 199.
Achille & Deidamie , 411. Efther , 852. les
faux plaiſirs , 875. l'heureux moment , 1111 .
Alcide vaincu par l'Amour , 1512. Borée &
Orythie .
Le Caprice , Comedie , 1
Catholiques perfecutez en Irlande ,
2503
1808
134
Catule , nouvelle edition , 319. critique de cette
edition , 243. reponſe ,
Le Ceremonial , fi la main droite eft
d'honneur chez les Turcs ,
656
la place
1375
Ceremonie de la prife de poffe fion de S. Jean
de Latran , 2243
Charles XII. monument élevé au lieu où il a été
329
tué ,
Chartes
, fi celles
qui
font
fans
date
, mais
munies
de Sceaux
font
autentiques
,
Chaffaigne
, nouvelle
edition
de fes
Oeuvres
Chaffe extraordinaire ,
943
2081
"
Chiun , ce qu'on doit entendre par ce mor ,
114
Choifi ( Abbé de ) fa mort & fon éloge ,
2255
Cloches d'Angers benites , 2666
College Royal , ouverture ,
2610
1781
1024
Comedies de Gio- Battiſta Porta ,
Conclave ouvert ,
Corneille , critique de la Tragedie d'Heraclius,
199.399. s'il a pris ce fujet de Calderon ,200 .
846
Corps , la dureté & la liquidité des corps ,
1107
Corps mort trouvé encier après 13. , ans de Sepulture
,
Couronnement de la Czarine ,
Les trois Coufines , Comedie ,
D.
81
1348.2325
2023
Denouement ( le ) imprevû , Comedie , 1862
Denys d'Halicarnaffe , v. Bellanger ,
De S. Jean Savornin , fes découvertes fur la
culture des terres , & fur lesVers à foye , 1157
Deſcription d'une Maifon de plaifance du G.3.
1251
Deshouliers ( Madame ) nouvelle edition de
fes Oeuvres ,
Dictionnaire Provençal .
Dijon , v. Voyage de France
2395
2099. 2844
Difcours latin fur la Paix fous le Regne de
Louis XV. 38. du Cardinal de Rohan au Sacré
College ,
Dragoneau , maladie , ce que c'eft ,
1114
980
E.
Au à la glace guerit plufieurs maladies →
230 1912.2353.2545.1828
Eaux minerales près de Peronne , 1590. des.
Paffi ,
Eclipfe ,
L'Eclipfe , Comedie ,
2722
-1181
1392
Eglogue , 1131. 1668, 2821. fi elle eft differente
de l'Idille , 626
Elegie , 397. l'Amant de Clemence , 1917. de
Vergier , 1249. 1361. 144 I , 1995 '
Enigmes , 36. 290. 492.688. 909. 1168, 1299.
1368, 1564. 1754 1979. 2159. 2386. 2605.
283. leur explication en vers , 801175. 289.
1694
2167
491.809. 1750
Entretiens des ombres aux Champs Elifées 98
Epigrame fur un homme qui a fauvé deux fois
la vie à fa femme, 3 34. latine de Berretti Landi
, traduite par la Grange ,
Epitaphe de Philippe le Bon ,
Epitres en vers , 57. à M. le Duc , 197. à M. de
la Motte , 304. à M. de la Viſclede , 487.
contre les critiques , 2317. fur l'amitié de
Vergier , 1482. 1493.2091.2118. 2156. 2 163 ,
2523.255.2503. 2775. à M. de Mirabaus
2837. réponſe ,
Efpagne , Abdication de Philippe V. 177
Estampes , l'Apotheofe d'Hercule , 337. de
Thomaffin ,
2819
1784
2750
Etrennes à Me la Marquife de Joyeuſe , 173 .
de Cleopatre ,
Evreux , Hiftoire Ecclefiaftique & Civile de
cette Ville ,
F.
502
Ables , le Grenadier , 155 , l'Amour & fa
Raifon , 1163. les deux Vautours, & LAI- FA
glon , 1346. la Tourterelle & le Ramier ,
2077. l'Amour & l'abfence de Vergier, 2 104.
de Cochon de lait , 2541. la Pie & le Roitelet,
,
2719
1504
1588
Fable qu'on attribue à la Fontaine ,
La Fauffe-fuiyante , & le Fourbe puni , Comedie
Ferdinand proclamé Prince des Afturies , 2650
Fête-Dieu , Proceffion faite à Rome, 1484
Fête donnée à Varfovie , sso. des Tulippes à
Conftantinople ,
Feu d'Artifice tiré à Verfailles ,
Fiévre guerie par l'Eau commune ,
La Fille inquiete , Comedie ,
1888
184T
219
989
Flux & reflux d'un puits proche la mer , 878 .
explication par le P.Caftel, 1505. autre explication
, 1516
Folart ( le Chevalier ) refuté , 864. réponſe de
D. Thuillier ,
Frefni ( Riviere du ) fa mort & fon éloge
1084
Furetiere corrigé ,
G.
2261
1366
GE
Eographie ( Effai fur l'origine & le progrès
de la ) sos. quelques fautes de
PAuteur relevées ,
Saint -Germain des - Prez , explication des Fi
gures da Portail de cette Eglife , 24. 472 .
Gilblass
SIO
1
612.826. 1472.
1378
1981
2648
Gomes ( Me. de ) fes oeuvres mêlées ,
Groffeur d'homme extraordinaire ,
H.
Hilarangues
Abis , Tragedie ,
2436
Harangues au Roi de M. Delpeches , 802
de M. Dagoumer , 803
Henry le Grand , Poëme de Voltaire , 1583 .
696. critiqué , 945. 1521. loüé ,
Heraclius , v. Corneille.
2529
Hermenegilde , Tragedie des Jefuites , 1795
Hiftoire galante de Vergier ,
Hiftoire Greque , projet ,
Hiftoire Romaine , par foufcription ,
I.
1712
2614
721
2849
Aloux ( le ) defabufé , Comedie ,
fdille , les Mufes raffemblées par l'Amour
295. fi elle eft differente de l'Eglogue ,
Jettons ,
L'Impatient , Comedie ,
Ines , Tragedie ,
"
626
118
121 336
Innocent XIII , fa mort ,
Inoculation ,
Journal des Sçavans ,
$18.520.708
566. 748
110. 953. 1183.1184. 1578
Italie , Rerum Italicarum Scriptores ,
L.
A double Inconftance , Comedie ,
LA
102
1574
1991
La Femme Juge & Partie , Comedie , 158
Lafons ( M. de ) fa mort & fon éloge , 2008
La Fontaine , fes Comedies ,
La Grange ( M. de )
361
115.237
La Roque ( M. de ) fa reponſe à Paul Lucas ,
Le Loyer (Jacques , ) fa mort ,
Le Nourri ( Nicolas ) fon éloge ,
so
728
1165
Lettre du Roi d'Efpagne à fon Fils . 235. réponfe
de Louis I. 840. à M. de Voltaire fur fa
maladie , 257. à M. de la Vifclede , 185. reponſe
, 286. à M. le Baron de Walef , 310.
des Auteurs du Mercure , 626. de Couttelier,
646. de M. de la R. fur le Trefor Britanique
de Haim , 674. 1444. de la Fontaine à Vergier
, 880. reponſe de Vergier , 1942. aux
Auteurs du Mercure , 10sz . de M. de Chanfierges
, 1067. de D. Vincent Thuillier, 1084.
du Pape à la R. de Venife , 1489. de M. de la
Grange à M. Desfontaines , 1870. de Barbarie
, 1902. de Malthe , 1906 , 1913. fur les
Vins d'Auxerre , 1934. fur une partie de
Longue- Paume , 1957. de l'Evêque d'Angers
,
2010
Lettres Patentes pour l'affaffinat de la Guillomiere
, & autres ,
Longitudes
Lorraine ( Hiftoire de )
1236
1578
716
Louis I. proclamé Roi à Madrid , 158. à Barcelone
, 10.2 . à Girone , 1023. fa Maladie
fa Mort & fes Obfeques , 2047. 289 Pompe
funebre à Notre - Dame ,
Lumiere Septentrionale ,
Lune , fa furface eft couverte d'eau ,
Luftrations des Payens ,
M.
2783
2345
974
962
Althe , Hiftoire des Chevaliers de Mal-
MAthe
*
the ,
2839
Manufcrits de M. la Princeffe , 1399. Projet
d'un Catalogue general des Manufcrits de
France 2612
Mariage d'Arlequin & de Silvia , Comedie ,
Mariane , Tragedie , 129. de Triftan ,
110
1587
Marrons d'Inde , moyen de les rendre utiles ,
Marfollier ( Jacques de ) fa mort ,
Les Mécontens , Comedie ,
903
2015
2440
Medailles du Roi , 335 , 527, 2433.2849 . de M,
le Duc , 766. frapée à Cambrai , 1175. deBe
naît XIII. 2114, de P. du Grainville , 2131 ,
2507. du Czar & de la Czarine , 1361. d'Ho
mere , 1453. de Pofthume ,
Memoires hiftoriques & critiques ,
Mere folle de Dijon , ce que c'étoit ,
1703
502
60
Mefmes ( le Premier Prefident de ) fon Oraiſon
funebre prononcée par le Recteur , 384
Metropoles , Dominique Georgi critiqué, 461
défendu ,
Monftres ,
1661
Microfcope nouveau ,
896
Mines des Alpes ,
732
Miotomie humaine & canine , 512
1139. 1961. 2413
943-
805
2553
1105
2229
Montagne , nouvelle edition de fes oeuvres
Montholon , éloge de cette maifon ,
Mopinot ( D. Simon ) fon éloge,
Mouvement ,
Muficiens Italiens ,
N.
43 %
TIthetis , Tragedie , 120. critiquée ,
Noble à la Rofe , qui en a fait fraper le
1366
premier ,
Noftradamus , critique de fa 1 erfonne & de fes
écrits ,
Nouveautez dediées à gens de differens états ,
"
0.
1730.2363
919
De , l'Immortalité , 19, l'Avarice , 185,
Effai d'Ode , 217. fur l'Abdication de
Philippe V. 468. la Volupté philofophique ,
607. la Provence , 643 , fur le mot Duel, 652.
le Chagrin , 817. la Guerre , 901, la brieveté
de la vie , 1039. la vie champêtre , 1647 .
le Poëte timide , 1080. à M. le Duc d'Or
leans
F
1
m
leans , 15 : 9.1687. 1499 au ko
I es , 1865. du Palinod , za Volk
2191. la Priere , ust . le Babil
Auteurs du Mercure ,
Prefident
i
M. le Premierlo
Odés d'Horace traduites , la 4. du 1. liv.
5¡ du 1. l. 1520. Tu ne quafieris feire , ina
Marerfava cupidinum ,
Oedipe de Voltaire critiqué ,
S'il a eu des enfans de Jocafte ,
Oeufs extraordinaires ,
a
147
Oranges , fon origine & fes , antiquitez
Ordre de la Toifon , Chapitre tenu à Verfailles
,
Du S. Efprit , receptions ,
144
1:00
453 Ordre de l'Union à Vienne ,
Ordres duRoi pour des recherches de Phyfique,
de botanique,d'antiquitez , & c. en Affrique,
856
3:
Orleans ( M.le Duc d' ) erreur corrigée , 15 .
fa Pompe funebre & Obfeques à S. Denys
267. à Vienne , 278. à Joinville , 388. à Montargis
, 389. à Villefranche, 390. au Temple,
391. fon Oraifon funebre en Sorbone , 1178
Etat de la Maiſon de ce Prince , 148
52 Oronte , Fleuve , fon cours ,
Orfini ( Vincent Marie ) éleu Pape , 1213.1214.
1218. quelques traits de ſa vie , 1352, 2659.
2846. fon Couronnement , 1432. origine de
cette Maiſon , 1364.1643
1893
"Ouragan extraordinaire de Portugal :
P.
1, ce que c'eft ,
Palino, Le Parifien , Comedie ,
Pendules du fieur Thion ,
1886
2012
334
Perfe , troubles de se Royaume , 122. 125 .363-
2. vol.
K
is
544.740. 10: 0. 1027. 1399. 1813.1815 . 1817
17. 1837.2034.2227881.
LaFelte le ouerit par l'Eau
Mine
Perre extraordinaire trouvée dans le corps d'un
homme , 2012. nouvelle maniere de taillery
Plaidoyers des Jefuites ,
Fline , traduction du Panegyrique , 24
Perme , Scevola
Pogge , obfervation d'un paffage du Trane, do
varietate fortuna >
Poiffon ( l'Abbé de ) fa mort & fon éloge, 1s
Police établie à Cambrai lors du Congrèsr027
Porcelaine faite de papier ,
Pofthume , date de fon Iv Confulat
Le Prince travefti , Comedie ,
2152
Privileges des Filles du Grand Seigneurs 1376
Pfeaume paraphrafé
Pygmées, s'ily ena.
201
sig , soiglut
Ueftions d'un jeune homme aux Sçavans
FA82407. lequel eft Ο plusmalheureux ou plus
rod plaindre , ou d'un homme qui déplait à
raz tout le monde , oudo 1) spre 98
d'un homme à qui tout le
7 monde déplaît bad for
limsy abszolgnA
T
Ra86 R.
49775000$ 178.
silsilesi
1369
DLAcan, nouvelle edition ,320, critiquée, Toos
Rage,
Relation d'une Cavalcade 2
Rephan , ce qu'on doit entendre par ce mot 114
Le Retour de Fontainebleau , Comedie , 629
Romant de la Rofe , avis fur l'édition de cet
ΠΙΤ
Quivage alum
1536
Rondeau à M. de la Vifclede , 186.réponſe
288
de mon amour 1933. à faire le Rondeau,2799
Aci (M. de ) Recueil de Factum & de Ha-
SACI
rangues sh
Salade qui croît en une heure ,
Sceaux , ancienneté
de leur ufage
320
1953
Sel naturel , 960. de chaux , 82. la diffolution
de plufieurs Sels dans l'Eau commune , 2754
Sermon ,
Siecle , Apologie du 18. Siecle , 508641 Soglio , ce que c'eft que les Princes du Soglio
29181901644
Sonet fur un pecheur qui commence à fe con
8 vertir , 625. à Minervette , 687.de Vergier
Sortileges prétendus
Spectateur François ,
Stances à Silvie ,
b
Ayadsmile1488
201417
1934.2186
Sulpice , premiere pierre pofée au nouveali
Bâtiment
.
Suze, Arc de triomphe d'Augufte 1064
T.
ab anaifleU
zula no mengi, Supal ( 13891847 xusus
Ableaux
Tacite, Politique
pernicieux
aisly 21061 Tende ( la Comteffe de nouvelle
suon167
Tefore Britannico
de Haym , sbnom 675
Theatre Anglois , 22 % . de Venife , 2869
970
83 Thymbrée Bataille de lovuon is 6167160
& Tonnerre ,
939
*E71
Tragedies Italiennes ,
Tremblement
de terre ,
$49.793126191640
Le Triomphe
du tems Comedie, 2228.2442
Tumeur , dont il lort
rin ,
Torna punition
Ville
t une branche de Roma-
MUSITO , 113
and 2583
du tymulte arrivé en cette
4
V.ས
Acances ( les ) du Théatre , Comedie,736
Valere Maxime , manufcrit curieux , 332
Vaudevilles ,
vers à M. de Wernik , 23. fur Ines de Caftro,
318
35. à Me, des Hayes , 429. Placet à M. le
Duc 459. à M. de la Viſclede , 639 réponſe,
64c. à Me. par fon Cuifinier , 67. à la Marquife
de.... en lui envoyant de la Mufique,
81 Quatrain à une Dame , 81 . à Iris , 862.
Jultification de Momus , 887. Remerciment
à M. de Gerondelle , 1065. Caprice à Damon
, 126. Requête à M. de Pontcarré 1468
Madrigal , 1500. fur un Chien , 1677. fur le
Mariage de M. le Duc d'Orleans , 1707. fur
la mort d'un Perroquet , 1898. Madrigal à
Philis , 1929. fur les aproches de la Vendange
, 1944. du fieur de la Borderie , 2148. de
Biribi à fa Maîtreffe , 2435. de M. de Roc...
2581. le Triumvirat amoureux ,
Vefuve fait plufieurs ravages ,
2782
2416
Vieilleffe extraordinaire , 1203, 2254. 2258
Villon , Critique de la nouvelle edition de ce
Poëte ,
Vinaigre veu dans le Microſcope
189
897
Voyage de France critiqué fur ce qu'on y dit
de Bordeaux , 1930. de Dijon , 2538
Voyages de la Motraye , 2193
ZElonide
, Tragedie ,
1022
QUE ET SIC ET
COR
¤
A
M.LE PRESIDENTS DE WAROQUIER
CONSEILER D-ETAT ET METRE D- HOTEL DURO
*DM
Dec, MA
* DM
Presentedby
John
Bigelow
to the
Century
Association
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIE AU ROT.
DECEMBRE 1724 .
1. VOLUME.
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXIV.
Avec Approbation & Privilege du Roi .
HE NEW YORKİ
PUBLIC LIBRARY
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905
L'AL
-A V IS .
9
'ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis- à- vis la Comedie
Françoife , à Paris , Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
Cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter, & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
9 la premiere main , & plus prompiement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura fain defaire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fols,
2503
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT
DECEMBRE
1724 .
I.
VOLUME.
XXXXXXX ** XXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en
Profe.
BORE'E ET
ORYTHIE.
Cantate .
Ole avoit ouvert fes
cavernes
profondes ;
Les vents de fureur
tranfportez
Voloient,l'un par l'autre heurtez ,
1. v0 . A ij Sur
2504 MERCURE DE FRANCE.
Sur le vafte Empire des ondes ,
Quand le plus grand de tous les Dieux ,
L'Amour qui repaffoit de Lemnos à Cythere,
Voulant affujetir une beauté fevere ,
Au pouvoir qui comprend & la terre & les
Cieux ;
Un trait part de fa main , perce l'air & s'égare
,
Borée en eſt atteint , une fecrette ardeur
Soudain de fon ame s'empare;
Orythie eft l'objet qui regne dans fon coeur.
Nos coeurs voltigent fans ceffe ,
Tant que l'Amour eft loin de nous ;
Nous volons , bravant fes coups ›
Sur les aîles de la jeuneffe ;
Mais ce Dieu , malgré nos foins ,
Trouve le chemin de nos ames ;
Et nous brûlons de fes flammes ,
Lorfque nous y penfons le moins,
Guidé par fon amour , Aquilon dans Athenes,
Va chercher l'objet de ſes peines ;
11 vole , il traverſe les airs ;
Mais l'ingrate Beauté qui le tient dans les fers ,
Répond à tant d'amour par plus d'indifference ,
DECEMBRE 1724. 2505
Confus des maux qu'il a foufferts :
C'en eft trop , lui dit - il , je regne dans les
airs
Tu vas éprouver ma puiſſance ,
Et malgré tes mépris je reprends l'efperance
Dans le moment que je la perds.
La Mer en
montagnes
Eleve fes flots ;
Les vaftes
campagnes
Nagent fous les eaux ;
Les Forêts gemiffent
Des coups redoublez
;
Les airs retentiffent ,
Les Cieux font troublez :
Le feu dans la nuë
Brille à tous momens ;
La terre eft émuë
Dans les fondements .
Vers l'endroit habité par celle qu'il adore
Son amour conduit fa fureur ;
Pleine de trouble & de terreur
C'eſt en vain que fa voix l'implore ,
Il n'écoute que fon amour ;
1. vol. Malgré A iij
2506 MERCURE DE FRANCE.
Malgré fes pleurs , malgré fa reſiſtance,
Il l'enleve , & la Nymphe attendrie à fon tour
Lui pardonnefa violence.
Jeunes Amants , n'efperez pas
L'aveu d'une ardeur mutuelle ;
Quand vous livrez de vains combas ,
Forcez le coeur d'une cruelle ;
Dans fon caprice une Beauté
Aime , & fe condamne au filence ;
Voulez-vous vaincre fa fierté ,
Ufez d'un peu de violence .
SUITE
DECEMBRE 1724 .
2507
kakakak
SUITE de la feconde Lettre du Pere de
- Grainville , fur des Medailles rares de
fon Cabinet , inferée dans le Mercure
d'Octobre dernier.
AURELIEN
IMP. AURELIANUS AUG.
Petit Bufte avec une cuiraffe fur le dos
& une couronne de rayons.
LIBERT AUG .
R. Figure de femme debout , portant à la
main droite un bonnet , & s'appuyanı de
la gauche fur une pique.
R
Ien n'étoit plus cher aux Romains
que la liberté qui ſe conſerva parfaite
pendant près de cinq fiecles , & que les
Empereurs qu'en fe declarant protecteurs
de leur liberté , felon ce qu'Augufte publia
par cette belle infcription d'une Medaille
encore plus belle , LIBERTATIS P.
R. VINDEX ; la plupart des Empereurs
qui le fuivirent , flaterent auffi le peuple
Romain de fa liberté , écrivant dans leurs
Medailles , LIBERTAS RESTITUTA , LIBERTAS
PUBLICA , & c . quelques uns leur
I. vol. A iiij
vou
2508 MERCURE DE FRANCE.
vouloient perfuader qu'ils étoient libres ,
à même tems qu'ils difpofoient très- injuftement
& de leurs biens & de leurs perfonnes
.
Il me femble qu'Aurelien s'y prend
bien mieux dans cette Medaille qui ne fe
voit ni dans les livres , ni dans le recueil
des recueils , la Liberté porte
d'une main le bonnet de la Liberté , mais
de l'autre elle porte une pique , pour marquer
qu'il a donné la liberté à l'Empire ,
en le delivrant de toutes fortes d'ennemis
dont il étoit accablé de tous côtez , en faifant
un étrange carnage d'une infinité
d'Allemans & de Barbares , en vainquant
plufieurs petits tyrans revoltez , en réuniffant
fous les Loix de Rome l'Egypte &
l'Afie , en triomphant glorieufement des
Tetricus & de Zenobie , n'eft - ce pas être
heureufement libre , que d'être delivré de
toutes fortes de miferes & d'ennemis ?
C'eſt Aurelien qui a procuré au peuple
Romain cette liberté par fes armes & fes
victoires ; n'a t'il pas droit de s'écrier
avec la Medaille , la pique à la main , LIBERTAS
AUGUSTI : comment une glorieufe
Medaille eft - elle fi rare ?
IMP. C. L. DOM AURELIANUS AUG .
Petit Bufte couronné de rayons.
I. vol.
FORDECEMBRE
1724. 2509
R. FORTUNA REDUX .
Figure de femme debout , tenant de la
main droite un gouvernail fur un globe,
& de la gauche une corne d'abondance ,
dans le champ quatre gros points arrangez
en quarré.
Une Fortune debout n'eft pas commune
dans les Médailles d'Aurelien . Le Pere
Banduri n'en a point dont le gouvernail
donne fur un globe , & qui dans le champ
à main gauche porte quatre gros points
en carré , & qui n'ait rien de fingulier
dans l'exergue , c'eft ce que cette Médail
le a de particulier .
Ces quatre points peuvent defigner les
quatre années du regne d'Aurelien , ou
les quatre grandes Victoires qu'il avoit
remportées quand il vint à Rome .
CARUS
IMP. C. M. AUR. CARUS P. F. AUG.
Petit Bufte couronné de rayons .
R. VIRTUS
AUG .
Deux Princes couronnez , l'un tenant une
pique de la main gauche , donne de la
main droite à l'autre un globe que l'autre
reçoit , tenant de la main gauche le
1. το!.
bâton A y
2510 MERCURE DE FRANCE.
bâton du Conful : entr'eux deux en haut
brille une groffe étoile , au milieu TR .
en bas XXI.
On voit affez que cette Medaille reprefente
le choix que Carus fit des Carinus ,
pour partager avec lui l'Empire , & qu'en
mêmetems il s'en fit Conful , comme le
marque ce bâton que Carinus tient à la
main . VIRTUS marque qu'il a déja fait
quelque belle action .
Il y a bien des differences entre cette
Medaille & une de même deffein que raporte
le P. Banduri . 1 ° . Ce qui eft fur les
épaules de Carus n'eft point une cuiraffe ,
mais un manteau de Commandant . 2 °.Les
deux perfonnes du revers font couronnées .
de rayons , ce que le P. Banduri ne dit
pas de la fienne. 3 ° . Le Globe que Carus
donne à fon fils n'eft point furmonté d'une
victoire , comme le P. Banduri le dit de
fa Medaille . 4. La Medaille de ce Pere
n'a po nt de groffes étoilles au - deffus de la
tête de ces Princes , ni plus bas entr'eux
deux TR ; c'eft bien affez faire deux
Medailles differentes .
CARINUS
AR. M. AURI CARINUS NOB. C.
Bufte couronné de rayons.
1. vol.
PRIN
DECEMBRE 1724. 2511
PRINCIPI JUVENTUTI .
, Un Commandant debout tenant de la
main droite une enfeigne , & de la gauche
une pique , en bas XXI .
Cette Medaille eft quelque peu plus
large & plus épaiffe que les autres , &
prefque de potin , plutôt que d'argent .
On ne voit gueres dans les Medailles un
Cefar tenir une enfeigne de la main droite
& une pique de la main gauche . Le P.
Banduri n'en a point dans aucune Medaille
d'argent de Carinus ; peut - être Carinus
paroît- il dans cette attitude , parce
qu'étant encore Céfar , il s'étoit fignalé
dans les Gaules contre les Rebelles , &
qu'il avoit arraché de leurs mains quelque
Enſeigne Romaine .
Er. 3. IMP . CM . AUR . CARINUS NOB.C.
Bufte couronné de rayons , la cuiraffe
fur les épaules.
R. VIRTUS AUGGG.
Deux Princes debout , l'un apuyé fur fa
pique , prefente à l'autre une victoire ,
l'autre la reçoit de la droite , & tient
un bâton de la gauche ; entre ces Prin-
I. vol.
A vj ces
2512 MERCURE DE FRANCE.
ces , au haut de la Medaille , eſt une
étoile , au milieuun г , en bas XXI .
Carinus n'étant encore que Céfar eft
nommé IMP. & compris avec fon frere ,
le nom d'Augufte dans ces trois CGG du
revers , pallant tous deux fous le nom de
leur pere , qui avant que d'aller contre
les Perfes leur donne un pouvoir d'Empereur
IMP . mais non pas d'Augufte ; ce
qui diftingue.cette Medaille c'eft la
groffe étoille d'enhaut , le r . du milieu ,
& qu'une petite victoire n'eft point fur
un globe.
DIOCLETIEN.
3
Ær. 2. IMP. C. DIOCLETIANUS PF AUG.
Bufte couronné de rayons , avec une
robe fur les épaules.
R. PAX AUGGG.
Figure de femme , tenant à la main droite
une branche d'Olivier , à la gauche
une pique en travers , au milieu du
champ d'un côté une S , & de l'autre
un P. au bas MLXXI .
Cette Medaille a été frapée pour oublier
la Paix qui fe fit entre Diocletien , Maximien
& Caraufius , lorfque Caraufius
après avoir diffipé l'Armée navale de
1. vol.
MaNOVEMBRE
1724. 2513
A
Maximien l'obligea de lui abandonner
l'Angleterre ; il y a des revers tous femblables
dans les Medailles de Maximien
& de Caraufius , que le P. Banduri raporte
, fe plaignant de ce qu'il n'y en a
point de Diocletiens nous lui aprenons
que nous en avons une pour le confoler ,
& nous la lui ferons voir quand il you--
dra ; il eft furprenant que cette curieuſe
Médaille n'ait point encore paru , les lettres
de l'Exergue pourront s'expliquer ,
Moneta Londinenfis xxi . eft le prix des
Médailles de ce teins - là.
IMP. DIOCLETIANUS AUG.
Petit Bufte couvert d'un cafque & d'une
Couronne de rayons , fur les épaules
une cuiraffe.
PAX AUGG.
Pallas prefente de la main droite une bran
che d'Olivier , & de la main gauche
foûtient un écu appuyé contre terre
fous fes pieds une étoile , & fous le bras
droit un A mal formé.
5
Le P.Banduri raporte une Medaille qui
feroit toute femblable à celle- ci , fi la tête
de Diocletien étoit couverte d'un cafque
& fes épaules d'une cuiraffe , & fiau re-
I. vol.
vers
2513 MERCURE DE FRANCE .
vers il y avoit une étoile fous les pieds de
Pallas , & un A fous fon bras.
IMP. DIOCLETIANUS AUG .
Petit Bufte couronné de rayons , avec
une robe fur les épaules.
-R. SACULI FELICITAS .
Figure de femme debout , portant la main
droite à fa tête , & apuyant fon coude
gauche fur une petite colomne dans l'exergue
II.
Diocletien a eu fes tems de bonheur &
de triomphe , c'eft dans un de ces tems
qu'on a frape' cette curieuſe Médaille
je n'ai vue dans aucun recueil .
que
IMP. CCVAL DIOCLETIANUS AUG..
Petit Bufte couronné de rayons , ayant
un Manteau de Commandant fur les
épaules.
R. VIRTUTI AUGG.
Hercule étouffe un Lion.
Ce revers eft pour montrer l'union de
Diocletien & de Maximien ; l'infcription
de la tête eft differente de celle que le P.
I.vol. Banduri
DECEMBRE 1724. 2515
Randuri décrit , & qu'il dit être très - rare
; outre cela celle de ce Pere n'eft que
de bronze , & celle- ci eft un peu d'argent,
& a la maffuë d'Hercule à fes pieds.
Æ . A. 3. IMP. DIOCLETIANUS
P. AUG.
Petit Bufte couronné de rayons , avec
la Robe & le Bâton Conſulaire .
R. VOTIS X.
Deux figures debout en Robe Confulaire ,
& le Bâton de Conful , facrifient fur
un Autel entr'eux deux.
Cette belle Médaille fut frapée pour la
dixième année de Diocletien , cù il fut
Conful avec Maximien , & firent de
grands facrifices pour accomplir les voeux
qu'ils avoient fait dix ans auparavant . Le
P. Banduri nous a reprefenté une Medaille
toute femblable dans les Medailles de Maximien
; mais il n'en a pû trouver de Domitien
, en voilà une toute trouvée.
MAXIMIEN. ÆR.
IMP. C. MAXIMIANUS AUG.
Bufte couronné de rayons , la cuiraffe for
le dos à la main droite un javelot ,
apuyé fur l'épaule droite , au bras gauche
un bouclier.
2216 MERCURE DE FRANCE.
R. HERCULI INVICTO AUGG,
Hercule debout tient à la main droite une
Victoire fur un globe , au - deffous une
S , à la main gauche fa malluë.
Cette Médaille eft belle , & pour la
tête & pour le revers ; elle ne fe trouve
point telle qu'elle eft dans les recueils ; fi
on y en trouve une partie , on n'y trouve
pas l'autre . La Medaille qui fuit , que le
P. Banduri dit être très- rare, n'eft que de
bronze dans fon recueil , & d'argent chez
nous .
IMP. C. MAXIMIANUS AUG. Æ.
Bufte couronné de rayons , fur les épaules
une cuiraffe .
R.
Jovi TUTATORI.
Jupiter debout , tenant à fa main droite
une Victoire fur un globe , à gauche
une pique , une Aigle à fes pieds .
CONSTANTIUS CHLORUS
CONSTANTINUS N. C.
Bufte couronné de rayons , fur les épau
les un Manteau de Commandant.
I. vol.
COMES
NOVEMBRE 1724. 2517
R. COMES AUGG. en bas B.
une
Pallas debout , le Cafque en tête ,
pique à la main droite , & tenant de .
la gauche un écu apuyé contre terre.
Cette Medaille ne paroît nullement
dans le recueil des recueils ; elle ne parle
que d'un Cefar d'un côté , & de deux
Auguftes de l'autre ; le Cefar vient & dépend
des Auguftes , Pallas avoit déja été
declarée compagne de Diocletien & de
Maximien , comment n'a t'elle pas encore
paru compagne de Conftantius ?
CONSTANTIN LE GRAND.
Æ. CONSTANTINUS AUG.
Bufte couronné de laurier .
R. VOT X dans une Couronne de laurier,
& à l'entour de la Couronne CASARUM
NOSTRORUM dans l'Exergue TR. ,
On trouve dans le curieux & fçavant
Ouvrage du P. Banduri plufieurs Medailles
qui temoignent les decennales de
Conftantin ; mais elles ne font que de
bronze , & ont une autre devife que celle-
ci. On n'avoit point encore marqué
des voeux feulement pour des Cefars dans
une Medaille qui forte la tête d'un Augufte.
1. vol.
CONS
2518 MERCURE DE FRANCE .
CONSTANTINUS NOB. CAS. ÆR. 2.
Tête couronnée de lauriers .
R.
CONSERVATORES URB. SVÆ.
Un Temple foûtenu par fix colomnes ,
fur le haut du frontiſpice un globe , a
la porte du Temple une Figure qui
tient dans les mains des fleurs & des
fruits , dans l'Exergue PK.
Le P. Banduri a une Medaille qui a
quelque chofe de celle- ci , mais qui en
eft fort differente ; car le vifage de celleci
n'eft point le vifage du Grand Conftantin
, mais celui d'un autre Frince de ce
tems - là , de Conftance ou d'un Maximien ,
outre qu'il n'y a dans le haut de celle ci
ni Aigle , ni étoile , & que la figure qui
eft dans le Temple eft debout , ce qui
n'eft point ailleurs.
CRISPUS
CRISPUS NOв. CAS.
AR.
Bufte , le cafque en tête , & une cuiraffeenrichie
de pierreries fur le dos .
R. Un Etendart fiché en terre , au haut
de la pique une petite croix , dans le
voile de l'Etendart eft écrit , vor xx
I. vol.
DECEMBRE 1724. 2519
à l'entour , VIRTUS EXERCIT. au pied
de l'Etendart deux Captifs affis à terre ,
dans l'Exergue PLN .
Le P. Banduri raporte une Medaille
d'argent des Vincennales de Crifpus
mais elle eft bien differente de celle- ci ,
& du côté de la tête , & à fon revers ,
dont elle n'a ni la petite croix , ni les lettres
de l'Exergue.
CRISPUS NOBILISSIMUS CÁs .
Bufte couronné de lauriers.
R. PRINCIPIA JUVENTUTIS
Une Figure armée d'un cafque & d'une
pique à la main droite , à la gauche
d'un bouclier touchant à terre , en bas ,
T. S. T.
On voit dans le dernier recueil un
CRISPUS NOBILIS , on n'y voit point
CRISPUS NOBILISSIMUS ; & on ne voit
nulle part avec cette infcription , PRINCIPIA
JUVENTUTIS ; dans la même Medaille
il paroît qu'on difoit toûjours No-
BILISSIMUS CASAR , comme il est écrit
dans les vieilles infcriptions , quoiqu'on
écrivit fouvent , comme en abregé NOB.
NOBILIS , & N. C.
Je ne cherche point de myftere dans ce
I. vol. mot
2520 MERCURE DE FRANCE .
not PRINCIPIA , l'A étant tout fembla
ble aux autres lettres & fans aparence
d'intervalle entre les autres , il doit faire
un même corps avec les autres. Il eft facile
& naturel de croire que la figure armée
dans le revers eft Crifpus , & qu'on veut
avertir le public que ce Prince , dès les
commencemens de fa jeunelle , avoit été
fous les armes , ou qu'il avoit commandé
dans la défaite des Sarmates , & qu'il
les avoit vaincus dès fa plus tendre jeuneffe
.
CONSTANTINUS JUNIOR .
AR. 3. CONSTINUS JUN . N. C.
Buſte couronné de rayons , fur les épaules
une robe de Senateur.
R. VIRTUS EXERCIT .
Un Labarum élevé dans le voile , fe lit
VOT. xx. au haut de la pique eft une
petite Croix bien formée , & au bas
deux Captifs affis & gemifant contre,
terre , au- deffous P. T. R.
Quand cette Médaille ne fe diftingueroit
des autres qui feroient dans le grand
recueil , que par cette jolie Croix d'enhaut
, elle meriteroit d'être plus eftimée
que les autres ; il n'y a gueres de Croix
I. vol.
dans
DECEMBRE 1724. 2521
dans les Médailles de ce tems - là , & c'eft
une grande marque du Chriftianifme de
Conftantin le jeune , que d'avoir une
Croix dans fes Médailles. Les curieux
pourront remarquer d'autres differences
entre çette Médaille & celles qui femblent
lui être femblables, Pour moi je n'écris
que ce que je vois . Le P, Banduri ne
dit que ce qu'il a lu dans le Comte Mezabarba
, qui raporte peu exactement la
Médaille de M. Fafchius qu'il n'a point
yuc.
LICINIUS le jeune ,
LICINIUS JUN. NOв. C. Ær. 3 .
Petit Bufte couronné de rayons ,
R. VIRTUS EXERCIT .
Un Etendart élevé en pal , au haut de la
pique trois petites boules , deux & une
deffus ; dans le voile VOT. xx . en bas
deux Captifs affis contre terre dans le
champ, du côté gauche une étoile , dans
l'Exergue s . P. T.
Le P. Banduri raporte une Médaille
qui feroit toute femblable à celle- ci , fi
l'étoile qu'elle a étoit du côté gauche ,
comme celle- ci , & qu'au lieu de P. T. R.
il y avoit dans l'Exergue s . r. T.
L'une & l'autre eft également rare , &
1. vol.
nous
2522 MERCURE DE FRANCE.
nous aprend combien de tems environ ce
Prince fut Cefar , & combien à peu près
il vécut . Caron ne faifoit des voeux pour
fouhaitter vingt heureuſes années à un
Celar , qu'après qu'il avoit é é dix ans
Cefar ; c'eft ce qui s'étoit pratiqué depuis
Augufte pour les Princes , comme
dans le jeune Licinius , n'avoit pas encore
deux ans quand fon pere le créa Cefar
, de concert avec Conftantin le Grand ,
qui conferoit la même dignité à Crifpus
fon fils aîné ; Licinius ne pouvoit pas
avoir plus de douze ans , lorfque Conftantin
fous de fimples foupçons le fit
mourir la même année que le vaillant
Crifpus , c'eſt-à- dire , l'an 326, de l'Ere
Chrêtienne . Les curieux pourront encore
ici faire une petite remarque qui n'eſt
pas à mépriſer, Au haut de la pique du
Labarum de cette Médaille il n'y a que
trois petites boules , deux deffous , & une
fur les deux ; au lieu que dans le même
endroit de la Médaille de Crifpus
il y a une petite Croix bien formée
pourquoi cela ? Parce que Licinius avoit
vêcu ayen , come fon pere & que
Cifpus étoit Chrétien , comme le grand
Conftantin , rien n'eft à negliger dans es
Mécailles.
>
1. vo ',
EPIDECEMBRE
1724. 2523
EPITRE de M. Vergier à M. Briquet ,
Commiffaire des Guerres à Berghes-
Saint- Vinoch , pour lui demander à
dîner 1715.
I je croyois que Jeudi ,
SL
Environ yers le Midy ,
L'heure ordinaire aux vifites ,
Des complaifans paraſites ,
L'on pût vous trouver chez vous ,
D'un air couvert de myftere ,
( Car c'eft le grand caractere )
J'y prendrois un rendez vous,
Mais comme intrigue galante ,
Pourroit bien ce même jour ,
Loin du Berguigue féjour
Tenir vôtre ame ambulante ,
Ce feroit imprudemment
Ce long voyage entreprendre
Que fe mettre en mouvement ,
Sans auparavant apprendre ,
Si ce jour-là fûrement
Vous tiendrez appartement ;
{
1. vol. Ou
2524 MERCURE DE FRANCE.
Ou fi fans vous y ſurprendre ,
En fecret ébattement ,
Avec le tendron charmant ,
Qui vôtre coeur a ſçû prendre ,
Jeudy l'on pourroit vous voir ,
Faites - le moi donc ſçavoir ,
Et fur le champ en broüette ,
Ou fur barque à Giroüette ,
Une place je prendrai ,
Et fans délai vous joindrai ,
Plus gay que n'eft l'Alloüette ,
Lorfqu'elle revoit le temps ,
Qui ramene les Printemps !
En attendant je fouhaite ,
Que le Benoît Saint Vinock ,
Comme un des fiens vous regarde ,
Et vous prenne fous fa garde ,
Jufqu'au temps où doit Enoch ,
Avec fon Collegue Elie ,
Déclamer mainte homelie ,
Sur le grand jour où les Morts ,
Quittant leurs lambeaux funebres ,
Viendront parmi les tenebres ,
7. vol.
Des
DECEMBRE 1724. 2525
Des crimes & des remords ,
Devant le Dieu redoutable ,
Rendre compte de leurs faits >
Et voir punir leurs forfaits
Par un Arreft équitable .
C'eft à ce jour redouté ,
C'eft à ce jour , Grands du monde ,
Au coeur vain , à l'ame immonde ,
Que j'attends vôtre fierté.
Que deviendront ces fantômes ,
Qui forment vôtre fplendeur ,
Ces illufoires atomes ,
Dont brille vôtre grandeur ?
Vaines images d'une ombre ,
Qu'un corps paffager décrit ,
Vous ne ferez qu'un vil nombre ,
Parmi le peuple profcrit ;
Des titres , des noms illuftres
Difparoîtront les faux luftres ,
Par leur éclat deviendront ,
Vos crimes moins excufables
Et ce jour là paroîtront ,
Vos titres plus méprifables
•
I. vol.
Près B
2526 MERCURE DE FRANCE.
Près du pauvre vertueux ,
Qu'un brin d'herbe comparée ,
Pour la force & la durée ,
Au chefne majeftueux.
Mais , dites-moi , je vous prie,
Pourquoi vais- je m'avifer
De prêcher , catechifer ,
Tandis que d'une frairie ,
Je viens ici vous tenter ?
Frairie encor , que porter
Jufqu'à l'ivrognerie ,
Sans miracle nous pourrons
Selon l'ardente furie ,
De la foif que nous aurons ;
Ma vie eft- elle affez Sainte ,
Pour prêcher la Sainteté ?
Sur ce Sermon débité ,
Qui ne croiroit que l'abfinthe
Soit de mon aufterité ,
Le mortifiant breuvage ?
Et que mon coeur penitent ,
M'ait fait le maigre habitant
De quelque défert ſauvage ?
I. vol.
Ainfi
DECEMBRE 1724. 2527
Ainfi , maint Prédicateur ,
Fait d'une main liberale ,
Dans fon docile Auditeur
Germer la Sainte morale ,
Et voit dans fes propres champs ,
Faute de foins recherchants ,
Ce Saint germe être la
De la dévorante Ivroye,
proye
RE'PONSE DE M. BRIQUET.
M'Adreffant
vôtre Miffive ,
Si vous m'aviez adreffé ,
La veine badine & vive ,
Qui d'un difcours cadencé ,
Vous rend l'efcrime facile ,
J'aurois en vers ripoſté ,
A la demande civile ,
Que m'avez fait d'un côté.
Trop me deult de vôtre abfence ,
Pour n'avoir impatience .
De vous voir le verre en main ;
Je vous attends à demain,
I. vol.
EPI B ij
2528 MERCURE DE FRANCE.
EPITRE de M. Vergier à M. Guereau ;
Commiffaire de la Marine , pour l'inviter
à aller dîner enfemble chez M.
Briquet.
SI demain de foins vous vacquez ,
Comme deux freres enfroquez ,
Nous prendrons place dans la barque ,
Non pas dans celle de Caron ,
( Ne plaife fi tôt à la Parque ,
De nous faire voir l'Acheron ; )
Mais dans celle qui fe promene ,
Sur un canal délicieux ,
Et fans ceffe à S Vinock mene,
Maint Pelerin dévotieux.
Là, courte priere dreffée ,
( Car celle- là perce les Cieux )
Et fincerement adreffée .
A nôtre Saint , bien tôt après
Soupe à bouillon doré fervie ,
Par d'autres mets fera fuivie.
Mes defirs d'avance & de prés ,
M'en font goûter tous les aprêts.
Dès la foupe vin de Champagne
I , vol,
Mouf
DECEMBRE 2529
1724.
Mouffant , petillant , quoique frais ;
Au fruit , gracieux vin d'Eſpagne ,
Tous deux pour nos goûts faits exprès ,
Suivant leur riante nature ,
Gays propos viendront nous fournir ,
C'eſt une penible avanture
Que nous aurons à foutenir ;
Mais comme par la penitence
Nous devons nous purifier ,
Il faudra nous mortifier
Avec cette auftere pitance.
*******************
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
fur le Poëme de la Ligue
le 23. Septembre 1724.
'Ay vû , Meffieurs , avec chagrin les
Critiques s'élever contre le Poëme
de la Ligue ; c'eft le fort des ouvrages
éminens ; les Corneilles , les Defpreaux ,
les Fenelons l'ont éprouvé ; & puifque
la Critique , cette foeur de l'envie , cette
ennemie jalouſe de tout ce que l'efprit
peut concevoir de plus exquis , n'épargne
point Homere même , il n'eft perfonne
qui doive s'affurer d'être hors de
I. vol.
B iij la
2530 MERCURE DE FRANCE .
la portée de fes traits . On ne rend prefque
jamais juftice au merite des grands
hommes pendant leur vie , & il n'y a que
la mort qui puiffe leur ouvrir un chemin
à l'immortalité. Differens en ce point du
refte des mortels , dont la memoire s'enfevelit
avec eux , quelque éclatante
qu'ait été leur fortune.
J'ai lu dans vôtre Mercure de Juillet
l'Extrait d'une Lettre qui vous eft adreffée
de je ne fçais où , par je ne fçais quí ,
& qui contient prefque je ne fçais quoi .
On n'a jamais fait des raifonnemens plus
vains & moins penfez . Comme mon caractere
ne me porte pas naturellement à
la critique , je me contenterai de remarquer
un ou deux endroits de la Lettre
en queftion . Voici fes termes ; le retour
d'Uliffe en Itaque eft un fimple effet de fa
prudence. L'établiffement de l'Empire d'Enée
est un ouvrage de fa pieté , fon courage
même y est foumis , &c . C'est cette fimplicité
que l'Auteur des Réflexions n'a pas
trouvé dans le Poëme de la Ligue. L'évenement
principal eft Henri IV. tranquille
poff ffeur de l'Empire François . Eft- ce à fa
valeur , eft ce à fa converfion qu'il doit
cet avantage ? c'eft à tous les deux , dirat'on
, c'eft ici le cas où la duplicité des
moyens fait la duplicité d'action . Voilà
es termes de l'Anonime , & moi parol
I. vol. Adiant
DECEMBRE 1724. 2531
1
diant le lambeau de fa Lettre , je dirai du
Heros de Virgile , eft- ce à fa pieté , eftce
à ſa valeur , eft ce à la protection de
Venus qu'il doit cet avantage ; c'eſt à
tous les trois , dira t'on , c'eft ici le cas
où la triplicité des moyens fait la triplicité
d'act on.
Que l'Anonime apprenne aujourd'hui
que l'action avec toute l'exacte fimplicité
qu'elle defire , veut encore être accompagnée
de cette varieté d'agrémens ,
qui n'étant point un obftacle à l'uniformité
du Poeme , travaille à faire briller
fon Ordonnance , & l'induftrie de fon
Auteur.
J'entrevois , ce me femble , de quelle
façon l'Anonime eût agi en la place de
M. de Voltaire ; il eut fait un lâche
d'Henri le Grand pour donner tout à fa
converfion , & par ce moyen nouveau il
eut fait regner une unité très - une dans
tout fon Poëme . En verité, ce projet - là ne
laiffe pas d'avoir fon merite , & l'amour
déreglé des regles eut produit un brillant
effet.
Que l'Anonime apprenne encore qu'on
peut conferver l'unité d'action quand les
voyages , les batailles , &c. valeur , converfion
, &c en un mot , tout ce qui fe
paffe dans une piece ne tend qu'au même
but.
1. vol. B iiij
L'Ano2532
MERCURE DE FRANCE .
L'Anonime toûjours fecond en remarques
judicieufes prétend que le Poëme
de la Ligue n'eft qu'une Hiftoire. Sur
quel fondement le prétend- il ? il laiffe à
fes lecteurs à le deviner . Mais d'où vient
accordera-t'il plutôt le nom de Poëme
Epique à l'Eneide qu'à l'Henriade , ( puifque
c'eft , felon lui, le terme nouveau ) ſera-
ce à caufe de l'Anachroniſme confiderable
dont tout le monde convient , ou
parce que plufieurs bons Auteurs traitent
de fable le prétendu voyage des
Troyens en Italie.
Virgile s'eft trouvé dans un cas bien.
plus favorable que M. de Voltaire . Il
traitoit une Hiftoire , dont les deux tiers
s'étoient certainement palez loin de fon
pays il y avoit plufieurs fiecles ; la plûpart
des Romains ne la fçavoient qu'en
gros , ils en ignoroient toutes les particularitez
, peut - être même n'y croyoientils
que très - peu. Voilà ce qui laifloit le
champ libre à Virgile .
,
M. de Voltaire eft dans une fituation
bien differente , il traite une action voifine
de fon temps qui s'eft paffée dans le
Royaume & dont prefque perfonne
n'ignore le moindre trait le Heros de
la paix étoit l'ayeul du feu Roi , fous lequel
l'Auteur a vêcu . Que de foins ne
lui a- t'il pas fallu fe donner pour mena-
1. vol.
ger
DECEMBRE 1724. 2533
ger le vrai ? Que de précautions ne lui
a - t'il pas fallu prendre pour tenir en
bride la fecondité de fon imagination ,
& pour ne donner à la fiction que ce
qu'elle demandoit pour compofer un parfait
Poëme Epique . C'eft en quoi M. de
Voltaire a réüffi . Fiction mefurée , imagination
reglée , jufte proportion des
parties , unité d'action , richelle d'expref
fions , jufteffe de penfées , fineffes de la
langue , toutes ces beautez fe trouvent
réunies dans le Poëme de M. de Voltaire.
Si , à l'exemple de Virgile, quand l'Auteur
conduit Henri le Grand en Angleterre
, pour orner fon ouvrage il faifoit
naître à tout moment des évenemens merveilleux
, laiffant fon Heros en proye aux
fureurs de Neptune , plaçant fur fon paffage
la compagnie des monftrueuſes
Amazones que Celeno commandoit ,
apoftant ailleurs des Ciclopes , des Antropophages
, des Caribdes , des Scillas ,
reculant l'Angleterre à fon gré . Si M.
de Voltaire , dis - je , avoit mis en tête à
la Reine Elifabeth de celebrer des jeux
pour retenir Henri le Grand , ou plutôt
pour prolonger le Poëme , s'il avoit donné
à fon Heros une Déeffe pour guide ,
& pour confeil fi M. de Voltaire avoit
employé de femblables miracles , tout
cela eut- il été du goût du Pere le Boffu
I. vol.
&
B v
4534 MERCURE DE FRANCE.
& de fes partifans ? Les eut on entendu
crier en choeur , bellè , benè , rectè. Oh !
point du tout , M. de Voltaire eft un Auteur
moderne , bien plus il vit encore ;
c'eſt un impofteur , auroient dit nos critiques
; qui veut- il donc endormir ? qui
prétend- il bercer de fes contes de vieilles
? Eh ! que n'auroient - ils pas dit ? puifqu'ils
ne peuvent fouffrir le voyage
d'Henri le Grand en Angleterre , quoiqu'il
foit imaginé très - à- propos , & qu'il
falle un effet merveilleux dans ce Poëme.
( Je les réunis aux remarques qui
font à la fin de cet ouvrage.
Enfin malgré leurs critiques , & furtout
celle de l'Anonime , le Poëme de la
Ligue fera toûjours eftimé comme un
excellent Poëme Epique. Autres temps ,
autres moeurs , il ne s'agit point aujourd'hui
de Dieux Penates , ni de Divinitez
pour & contre .
Le Bouclier miraculeux , & le conte
de Cacus n'auroient pas beaucoup de grace
dans un Poëme Epique François . Mais
je ne fais pas réflexion que j'ai dit ci-devant
que je ne fuis pas naturellement enclin
à la critique ; je me fuis plus étendu
que je ne l'efperois , ainfi je ne pouЛe
pas plus loin la réfutation de la Critique
de l'Anonime , & la juftification de M.
de Voltaire . Je fuis naturellement impa-
I. vol.
tient
,
DECEMBRE 1724. 2535
tient , & les longs ouvrages m'effrayent.
Voilà , Meffieurs , ce que j'ai crû devoir
répondre à l'Anonime . 11 dépend
de vous d'inferer ces réflexions dans vôtre
Mercure ; mais je ne fçaurois n'empêcher
d'avouer que je n'ai jamais rien
lû qui m'ait autant charmé que le Poëme
Epique de la Ligue. Je fuis , &c.
Biribi à fon infidelle Maîtreffe.
C'Eft trop endurer vos rigueurs ,
Il faut rompre enfin le filence ,
Peut-être en voyant ma conſtance
Voudrez -vous finir mes malheurs.
Mon crime fut celui de vous trouver aimable ;
Eh ! qui n'eut pas été criminel comme moi ?
Avec tant de beautez il eft inévitable
Defe foumettre à vôtre loi ;
Les graces qu'en vous on admire ,
L'éclat dont la nature enrichit tous vos traits ,
Vos yeux qu'Amour choifit exprès
Pour le fiege de fon empire ,
N'étoient que trop puiffans dé a pour m'engager.
I. vol. In: B vj
2536 MERCURE DE FRANCE :
Ingrate, à de fi fortes armes,
Pourquoi de vos faveurs joignites - vous les
charmes ?
Pourquoi m'aimer enfin , fi vous vouliez
changer ?
Uniquement fenfible au bonheur de vous
plaire ,
Je n'enviſageois pas l'abîme où je me vois ,
Après avoir foumis vôtre vertu fevere ,
Tout me fembloit devoir reconnoître mes loix :
Sans ceffe dans vos bras fatisfait & paifible ,
D'un regard dédaigneux je voyois les mortels,
Et dans ce Temple alors inacceffible ,
Je partageois l'encens dont fumoient vos Autels.
Mais , ô coup imprévû ! vos injuftes caprices
Me renverfant du Trône où vous m'aviez
placé ,
Il ne me refte plus , helas ! de mes délices ,
Qu'un trifte fouvenir de mon bonheur paffé :
Quand je fuis loin de vous , foit que l'on me
careffe ,
Soit qu'avec mes pareils je refte confondu ,
Tout vient me retracer fans ceffe
L'éclat du rang que j'ai perdu .
Souffrirois -je jamais qu'une mortelle bouche ,
#
1. vol.
A
DECEMBRE 2537 1724.
A vos divins baifers fit fucceder les fiens >
Non , du plus careffant des chiens ,
Je deviendrai le plus farouche ,
Je mordrai ceux qui voudront me toucher ,
J'abboyerai quand je ne pourrai mordre ,
Et ne connoiffant plus ni de Maitre ni d'ordre,
Je trouverai la mort que je prétens chercher.
Voyez combien de maux vous allez faire naître,
Que de fang innocent va verfer ma fureur .
Mais je connois affez vôtre infenfible coeur ,
Loin d'en être touché , vous en rirez peut-être .
Mon defeſpoir pourtant n'eft que trop ferieux
Je cours braver la mort , j'en attefte les Dieux,
Et pour rendre à jamais la memoire éternelle ,
D'une avanture fi cruelle ,
Uu jour fur mon tombeau quelque fçavan
burain ,
Gravera ces vers en airain :
Cy gît le Chien le plus aîmé,
De la plus aimable Maîtreffe ;
Il perdit enfin fa tendreffe ,
Sans en être moins enflammé :
II mourut de douleur par un jufte fupplices
1. vol. Po
2538 MERCURE DE FRANCE.
Porté plus haut encor que ne va le defir ,
S'il avoit de fon fort bien connu le délice ,
Auroit- il de l'ingrate éprouvé le caprice ?
Non , il eut dans fes bras expiré de plaifir.
Maakkkkkkk ¥¥¥¥¥¥kkK
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
de France, contenant quelques Remarques
fur la Ville de Dijon , & c .
'Amour qu'a fait paroître pour la ve-
Lrité celui qui vous a, Meffieurs , en-
:
voyé le Memoire , qui eft dans vôtre
Mercure de Septembre dernier , fur les
erreurs dans lesquelles eft tombé l'Auteur
du Nouveau Voyage de France , fur
le Chapitre de la Ville de Bordeaux ,
m'excite à vous faire remarquer celles
qui fe trouvent dans ce que dit le même
Voyageur de la Ville de Dijon pour peu
qu'il fe trouve encore de Cenfeurs dans
d'autres Villes , ce Livre court grand rifque
de tomber ; il commence à la page
159 par une Tirade qui n'eft pas de lui.
Elle concerne l'origine de la Ville , & ce
n'eft pas fa faute fi les faits rapportez làdeffus
ne font pas feurs ; mais venons au
refte , il dit que Gregoire de Tours remarque
que deux Rivieres baignent fes
I. vol.
murs :
DECEMBRE 1724. 2539
murs : Gregoire de Tours s'eft trompé
la Riviere qu'il appelle le Suzon n'eſt
qu'un petit Torrent , qui ne paroît pas à
differentes reprifes en tout fix mois de
l'année ,
, page 161. que la premiere
Eglife que l'on trouve en entrant par la
porte Guillaume eft S. Benigne , il devoit
dire que l'on voit , car on ne la
trouve alfurément qu'après plufieurs circuits
de ruës .
Page 162. que la Paroifle de S. Phili--
bert , qu'il nomme mal S. Philbert , eft
celle des Vignerons , qui font un corps
très - confiderable dans Dijon : il n'eft perfonne
qui fans connoître particulierement
cette Ville , ne fe fente une envie
de rire de ces deux faits : fçavoir, que les
Vignerons ayent une Paroiffe diftincte &
feparée , & qu'ils faffent un corps trèsconfiderable
d'une Ville Capitale de Province
, telle que l'eft celle dont il parle :
ces deux faits ont donc outre leur fauffeté
un caractere ridicule , & font hors d'acuvre
.
Même page ,
il dit que la place des
Cordeliers
eft mal propre
à caufe des
boues . Le Memoire
de l'Auteur
ne doit
pas être de fraîche datte ; car à peine fe
trouve-t'il des gens aflez vieux pour
avoir vû les bouës dont il parle , & defquelles
il ne fut plus queftion dès que le
1. vol .
mi1540
MERCURE DE FRANCE.
milieu de cette place fut pavé comme les
extrêmitez l'étoient , ce qui eft très-ancien..
Celle de S. Etienne qu'il dit être une
des promenades n'en fert que comme
tout autre endroit où il n'eft point défendu
de fe promener , mais où il n'y a point
d'ufage & d'habitude fixe. Les réjouiffances
publiques ne s'y font point , comme
il le prétend , mais à la Place Royale .
il
Page 169. il parle de cinq cours ,
n'en faut compter qu'un & un rempart
planté d'arbres les trois autres font de
mauvaiſes allées d'arbres mal plantez
prefque tous morts , & celle de la porte
d'Ouche entierement coupée .
On lui fait grace fur beaucoup d'articles
d'antiquitez par lui citées , tant fur lá
Sainte Chapelle , le Palais , le Logis du
Roi , qu'autres morceaux , en faveur d'une
Ville à laquelle il fait trop d'honneur
en plufieurs circonftances fur lefquelles
il fe trompe , ce qui feroit facile à démontrer.
J'efpere cependant en avoir dit
aflez pour faire voir combien peu de foi
on doit ajoûter à ce Livre . Je fuis , Meffieurs
, &c.
A Dijon le 10. Octobre 1724.
1. vol.
LE
DECEMBRE 1724. 2541
******************菜*菜
LE COCHON DE LAIT.
Fable allegorique à Mad¹le Ch.
Α
N'A pas long- temps le fils de Citherée ,
Alloit chaffant , & par monts & par vaux,
Et le fuivoit la troupe confacrée ,
A fes plaifirs ainfi qu'à fes travaux ;
Gentils amours étoient de compagnie ;
Bref, ç'eût été vrai plaifir de les voir.
De Javelots la troupe étoit munie :
Tels Javelots au tenebreux Manoir ,
Non-feulement font tomber volatilles ,
Mais bien encor les Amans malheureux ,
Qui s'approchant trop de fieres Anguilles ,
Ont reffenti leur poifon dangereux .
Doncques étoient nos Amours dans la plaine,
Pour un moment laiffant- là les humains ;
Leur inconftance à gauche , à droit , les mene,
Si
que
Quoique
bien
drus
ne pouvoient
rien
abattre
,
Le petit
Dieu
lui- même
étoit
confus
;
les coups qui partoient de leurs mains ,
Là les oifeaux ne fe venoient ébattre ,
1. vol.
Ayant
2542 MERCURE DE FRANCE .
Ayant les cris des Amours entendus.
Quoi ! dit Amour , le temps ainfi ſe paffe ,
Sans coup ferir , c'en eft trop , chers amis ;
A ce moment de courir je me laffe ,
Sans aller loin , nôtre animal eft pris.
La troupe alors par tel difcours charmée ,
Frapant des mains , fe mit à s'ébaudir ,
Et par ainfi fe fentant animée ,
A plein gofier lui voulut applaudir.
Le petit Dieu tournoyoit dans fa tête s
Une malice , & rempli de dépit ,
De rien n'avoir , s'en fit fort grande fête :
Or vous faurez l'animal qu'il défit.
Près de ces lieux avoit pris la féance ,
Certaine Truye , & fous un arbre creux
Elle venoit de donner la naiffance
A deux petits , dont l'un fut malheureux ;
Car il advint qu'Amour dans fa colere ,
De fon Carquois tirant un trait cruel ,
Le fit aller dans le fein de la mere ,
Par quoi l'un d'eux reçût un coup mortel.
A ce moment vive plainte pouffée ,
Fit accourir le Payſan madré ,
1. vol.
Sans
DECEMBRE 1724. 2543
Sans que pourtant de la fléche lancée ,
Aucun fignal par lui fut déterré.
Pourquoi ne fut ni Baillif du Village
Ni de Prafes en Cour de Parlement ,
Pardevant qui pour un fi grand dommage ,
Pût le Quidam faire prendre à ferment ?
Jà, les Amours étoient bien loin du Here ,
Malgré les cris qu'il pouffoit juſqu'aux Cieux,
Ils fe rioient , voltigeant de leur mieux ,
De fon malheur , comme de fa colere.
Jean voit enfin que fe perdent fes cris ,
De fes voifins , tandis qu'il fe lamente ,
Vient une troupe , à toute heure elle augmente;
Mais du forfait , dont tous font fort furpris .
Pour fon malheur il n'eft aucun indice,
Aucun témoin pour en avoir raiſon ;
Or pour tirer de fi noire malice ,
Quelque profit bien lia fon Cochon ,
Le mit en fac comme de la farine ,
Et droit s'en fut au Traiteur fien ami :
Compere , tien , voilà pour ta Cuifine ,
Fais-en pâture , il n'eſt mort qu'à demi ;
Le fang encor lui bout dans les entrailles,
1. vol.
A
2544 MERCURE DE FRANCE.
A tel difcours le prix fut arrêté,
Sire Janot alla faire ripailles ,
Pendant le jour , & fon cerveau gâté ,
Perdit bien-tôt la cure malheureuſe
De fon Cochon , qui tôt après rôti ,
Fit le regal de troupe bien joyeuſe ,
Si que chacun en mangeoit à l'envi
Ce n'eſt pas tout une forte migraine
S'en vint troubler au milieu du repas ,
Maint coeur tranquille , ainfi que tête faine.
Or je veux bien vous tirer d'embarras ;
Maint Efculape , ô gente compagnie
Auquel chacun parmi vous eut recours ,
N'y connut rien , & c'eft une manie ,
De croire avoir de ces gens prompt fecours ;
Le petit Dieu , lequel d'un trait funefte
Donna la mort au petit animal ,
Dont le manger vous fut tant indigefte ,
Auffi chez vous a fait paffer le mal.
Il vous faudra fubir fa violence ,
Medicamens vous prendriez en vain ,
Nul ne vaudra tant que la patience ,
C'eſt le remede unique & fouverain.
De Maisoncelle.
I. vol.
EXDECEMBRE
1724. 2545
Lettres EXTRAIT de quelques
nouvellement reçûës de Malthe , au
fujet de l'Eau glacée .
N
Du 3. Octobre 1724 .
Otre Capucin vient de faire un
nouveau miracle. Le neveu de Provana
, âgé de 17. ans , frapé d'un coup de
Soleil , & attaqué d'une fiévre continuë
& maligne , a été pendant 14. jours entre
les mains de nos Medecins , dont tous
les remedes n'ayant rien operé , il en fut
enfin abandonné. On le mit alors entre
les mains du Capucin , qui avant que de
l'entreprendre , fe fit donner une declaration
par écrit des mêmes Medecins comme
il n'y avoit plus de remede pour le
jeune homme ; cependant dans huit jours
il l'a mis hors de fiévre , il boit & mange
actuellement , & cominence à avoir la
tête libre. Cette cure eft authentique .
Pour moi je bois fouvent à jeun 20. &
30. onces d'eau à la glace , car elle chaffe
les coliques aufquelles je fuis fujet , &
remedie aux indigeftions. Tous les malades
entrepris depuis peu par le Capucin
ont repris vigueur & couleur ; il faut au
I. vol.
refte
2548 MERCURE DE FRANCE .
refte fçavoir donner cette Eau à propos ,
car avec la methode du Capucin le jeune
homme dont je viens de parler , qui étoit
mourant , mangea des jaunes d'oeufs dès
le premier jour , le lendemain un Melon
tout entier à la glace , en buvant pardeffus
beaucoup d'Eau glacée. Le troifiéme
jour il mangea une écuelle de macarons
à l'eau avec beaucoup de fromage rapé.
S. A. Eminentiffime envoye chercher
actuellement le frere du Capucin qui a le
même remede , pour s'en fervir à Malthe.
Du 7. Octobre.
Il faut ajoûter à la cure du neveu de
Provana qu'il n'a plus de fiévre , ni de
mal de tête , & que le Capucin eſt ſeulement
occupé à moderer fon appetit. Il
ne fort point encore , mais le Medecin le
fait marcher dans fa chambre, pieds nuds ;
il continue de ne prendre aucuns boüillons
, & de ne fe nourrir que d'Eau à la
glace , de Melons d'eau , & de macarons
cuits dans l'eau , avec quantité de fromage
rapé . Tout le monde eft témoin de ce
que je vous écris & en eft étonné .
Autre cure , le fils du Comte Pretiofi ,
Secretaire de S. A. Eminentiffime , a été
livré au Capucin , après une declaration
fignée des Medecins , celui du Grand-
1, vol.
MaîDECEMBRE
1724. 2549
i
Maître à la tête ; fon mal étoit une fiévre
aiguë , dont il a été délivré en dix jours
de temps . Faites part de tout ceci à M.
le Bailly de Mefmes , car il eft neceffaire
que toutes ces chofes foient fçûës . Ne
croyez pas , au refte , que ce remede foit
agréable l'Eté , il eft au contraire fort
violent , & il faut que cela foit pour déraciner
, comme il fait , les vieux abſcès ,
& d'autres maux internes & inveterez.
On le dit immanquable pour la petite
verole . Je vais dans l'inſtant prier M. le
Grand- Maître de faire donner à nôtre
Capucin quelques malades attaquez de ce
mal , car nous l'avons ici dans nôtre Infirmerie.
Du 13. Octobre.
Les malades gueris par l'Eau glacée fe
portent tous à merveille ; le neveu de
Provana eft fur pied & reprend fes chairs ,
c'eft un miracle , car on ne l'a remis au
Capucin qu'après 27. jours de fiévre , le
Crucifix au chevet de fon lit , & c. Ce bon
Pere vient de me dire qu'il gueriffoit la
petite verole par le même remede , avec
cet avantage , que c'étoit fans en être
marqué , & que l'Eau faifoit enfler
pouffer , crever & fcher les boutons . Je
youdrois voir cette épreuve , & fi par
,
7. vol.
mal2550
MERCURE DE FRANCE .
********
malheur le mal me prenoit , je ne hefiterois
pas de la faire fur moi.
EPITRE fur l'Amitié , à M. le
Marquis de.
Oûjours de l'amitié je refpectai les loix ,
Mais mon coeur , d'un ami n'oſe faire le
choix.
Il eſt auffi fâcheux , qu'aifé de s'y méprendre ;
La credule jeuneffe eft trop prompte à fe
rendre.
Ce choix eft pour mes moeurs fatal ou précieux
;
Un ami peut me rendre ou fage ou vicieux.
Mais qu'on en trouve peu , de juftes , de finceres
Qui nous aiment affez pour nous être feveres !
Et que facilement aux dangereux flateurs
Lefunefte amour propre abandonne nos coeurs !
Souvent même un ami , trop foible en fa tendreffe
,
Craint de nous affliger , blâmant nôtre foibleffe
:
Ainfi de toutes parts , nous fommes en danger,
Ainfi , de nos erreurs , loin de nous corriger ,
******
I , val.
SéDECEMBRE
1724. 255 P
Séduits par l'ami faux , flatez par l'ami tendre ,
L'un verſe le poifon , l'autre le laiffe prendre.
Arifte , à ce difcours , tu peux être furpris ,
De tes rares vertus je connois tout le prix ,
Penfois tu que mon coeur n'osât ceder encore
Aux marques d'amitié dont ta bonté m'honore.
Cependant , il eft vrai , malgré tant de vertu ,
Mon coeur par ma faifon fe trouve combattu,
Jeune encore , c'eſt toi , qui fous l'habit de
Page ,
Pour la premiere fois fis voir un homme ſage :
Sincere avec reſpect , complaifant fans fadeur ,
Je te vois dé Louis acquerir la faveur.
Le choix d'un tel ami prouveroit ma prudence,
Mais le fort , entre nous , laiffe de la diſtances
Au rang, qu'à ton merite affure l'avenir
Ma fterile amitié peut-elle convenir ?
Il faut pour prévenir des ruptures fatales ,
De pareils fentimens , des fortunes égales ;
Quant à nos fentimens , peut-être que les
miens ,
( Et j'oſe m'en flater ) different peu des tiens .
Par de fages parens inftruit dès ma jeuneſſe ,
Ι . νοί. Mon C
2552 MERCURE DE FRANCE.
Mon coeur jufqu'à prefent méconnoît la baffelle
,
Et chaque jour me voit avec foin m'appliquer
A chercher les vertus qu'il te voit pratiquer ;
Je tefuis fur ce point , fi je ne puis t'atteindre ;
Mais du côté du fort , pour moi tout eſt à
craindre ;
Je fens qu'en te voyant trop au- deffus de moi ,
Toûjours te devant tout , ne pouvant rien
pour toi ,
Mon coeur ne feroit pas fatisfait de lui- même ;
Pour un coeur genereux , quelle douceur extrême
De pouvoir obliger fes fidelles amis;
Ce plaifir avec toi ne peut m'être permis,
Reçois-moi pour ami , mais fans que rien
t'engage ,
D'un retour trop flateur cache - moi l'avantage
;
Il pourroit m'éblouir , je me connois trop bien,
Craignant d'exiger trop , je n'ofe éxiger rien,
1. vol.
LET
DECEMBRE
1724.
2553
LETTRE à M. l'Abbé de la Court ,
Chanoine de la Cathedrale de Reims
fur la mort de D. Simon Mopinot , Re .
ligieux de la Cong. de S. Maur.
MONSIEUR ,
Je n'eus pas plûtôt reçû votre lettre
que je me mis en devoir de vous envoyer
fur D. Simon Mopinot , les éclaircillemens
que vous fouhaitez. J'allai à l'Abbaye
de S. Germain des Prez , où je trouvai
tous les Religieux extrémement touchés
de la mort . Sur le portrait qu'ils
m'en firent , je ne pus
m'empêcher de
pleurer avec eux. Leur perte eft grande
en effet , & à difficile reparer . Ils ont
perdu un modele de régularité , & un excellent
fujet pour les fciences. Quoique
fon nom n'ait paru à la tête d'aucun Ouvrage
, il merite affurément que vous le
mettiez au rang des habiles gens de votre
Partie.
Il naquit à Reims en 1685 j'ai oublié
le jour & le mois de fa naiflance . Après
avoir fait avec honneur fon cours d'hu-
1. vol.
ma- Cij
2554 MERCURE DE FRANCE.
manitez dans le College de l'Univerfité
de cette Ville , il alla en 1702 , au Noviciat
des PP, Benedictins de S. Maur , lequel
étoit alors à Meaux dans l'Abbaye de
S. Faron. Il y fit profeffion l'année fuivante
, & depuis ce tems - là juſqu'aux
derniers momens de fa vie , jamais on ne
le vit fe démentir fur aucun des devoirs
de fon état . Il étudia en Philofophie , &
en Theologie à S. Denis en France ; &
après s'être renouvellé pendant un an
dans l'efprit & la ferveur du Noviciat , ce
qui s'apelle chez les Benedictins l'année
de Recollection , il enfeigna la Rhétorique
à de jeunes Religieux dans le Monaftére
de S. Faron . Delà au bout d'un an fes Superieurs
l'envoyerent profefler les humanitez
à Pontlevoi , Abbaye dans le Diocéfe
de Blois , où les Benedictins ont un
Collège de réputation , quoique voifin de
la Fleche, De Pontlevoi il fut apellé à
Paris , pour travailler conjointement avec
D. Pierre Couftant à cette laborieuſe collection
des lettres des Papes , dont le premier
tome fut imprimé il y a quelques
années. Voilà en gros l'hiftoire de ſa vie ;
elle n'eft pas fort intéreffante pour le monde
, mais que pourroit- il y avoir d'intéreffant
pour lui dans la vie d'un Solitaire,
qui en a été enlevé à la fleur de fon âge ,
& qui s'eftfait un devoir de n'être connu
que de Dieu.
Pour
DECEMBRE 1724. 2555
Pour fon caractére , il n'eft pas aifé à
démêler. Il y avoit dans, D. Mopinot
comme deux hommes tout différens l'un
de l'autre. Dans la pieté rien de plus élevé
, rien de plus foible dans le commerce
de la vie ; il étoit guai & férieux , doux
& mordant pour les Lettres , Poéte &
fage , Ecrivain habile , & prefque incapable
de rien mettre au jour . Je vas vous
déveloper cette énigme par parties .
Retiré du monde avant que de s'en
être laiffé corrompre , il fe trouva difpofé
dès les premiers jours du Noviciat , à recevoir
les impreffions falutaires que devoient
faire fur lui les lectures pieuſes ,
le bon exemple , la pfalmodie , la fréquentation
des Sacremens , & les autres pratiques
de pieté prefcrites par fa Regle ;
Une grande idée de Dieu , une foi vive
des faints Myftéres de notre Religion ,
une foumiffion parfaite à tout ce que l'Eglife
lui ordonnoit de croire ; une fidelité
exacte à fe ncurrir l'efprit & le coeur de
la lecture des livres facrés, & des Ouvrages
des Peres , le firent avancer toûjours
à grands pas dans le chemin de la vertu ;
Retenant tous les fens dans le devoir par
l'exercice continuel d'une auftére mortification
; il avoit dans la Ville , comme
dans le coeur , les yeux toûjours modeftement
baiffez vers la terre ; il refufoit à
I. vol.
fon
2556 MERCURE DE FRANCE.
fon
corps, quoique trés-foible , jufqu'aux
plus legers foulagemens ; fon vin n'étoit
que de l'eau à peine rougie ; un petit déjeuner
, avant que de fe mettre au travail
, étoit un adouciffement auquel jamais
fes amis ne purent le refoudre. Refervé
fur la reputation du prochain , il ne
fe permettoit pas un mot qui pût la bleffer.
Il ne croyoit du mal de perfonne , &
quand on lui en difoit , il aimoit mieux
l'excufer mal , que de s'expofer au danger
de le condamner. Ces grandes qualitez
étoient encore relevées par une modeftie
& une humilité étonnante . Petit à
fes
fes yeux , & profondément abaiffé devant
Dieu , il n'y avoit pas de Confréres
qu'il ne crût beaucoup au - deffus de lui &
plus neceffaire que lui à la Congrégation .
De cette vertu naiffoit dans lui , pour
Supérieurs , une foûmiffion que je n'ofe
qualifier. Il la portoit fi loin , qu'il s'étoit
perfuadé qu'en matiere de confeffion
& de direction , même dans le concours
de gens plus éclairés , & en qui l'on auroit
plus de confiance , il y avoit une benediction
particuliere à fe laiffer conduire
par fes Supérieurs .
Le côté foible commence à fe montrer.
Helas ! M. qui n'a pas le fien ? Dieu fans
doute l'avoit laillé à D. Mopinot pour
fervir comme de contrepoids aux grands
I. vol .
talens
DECEMBRE 1724 2557
talens dont il l'avoit enrichi. D'ailleurs ,
ce défaut ne venant que de la délicateffe
de fa pieté , loin de la deshonorer , il en
eft une nouvelle preuve . Quel étoit donc
ce défaut? Non feulement toute faute l'inquiétoit
, mais l'ombre de faute , & cette
ombre le fuivoit par tout . Dans les chofes
les plus indifferentes , ou fi vous voulez,
les plus permifes , il imaginoit des tranfgreffions
, & cette funefte imagination lui
ôtoit l'appetit , la tranquillité , le fommeil.
Il étoit comme hors de lui - même ,
juſqu'à ce que ſon Confeffeur l'eût alluré
que ce n'étoit qu'imagination . Son Bréviaire
fur- tout étoit fon fuplice & fa croix ,
dans la crainte d'en avoir omis quelque
chofe , il doutoit toûjours s'il n'en avoit
rien omis. Pour fe raffurer , il repetoit
& à force de repeter , il étoit au bout de
trois ou quatre heures en quittant fon Bréviaire
, auffi épuiſé & auffi hors d'haleine
, que fi pendant tout ce tems- là il_eut
chanté les heures à pleine voix . Je vous
tirerois les larmes des yeux , M. fi je vous
marquois jufqu'où alloit là deffus fa folbleffe
. Quelle humiliation pour un homme
d'efprit ! Il la fentoit toute entiere.
J'avoue , a- t'il dit vingt fois à ſes Confreres
, que c'est une folie , j'en fçais bien
le remede , mais je ne puis le prendre
par moi-même , & je n'ofe le demander de
I. vol.
Ciiij . peur
2558 MERCURE DE FRANCE .
;
peur des illufions de l'amour propre , c'eſtà-
dire , qu'il étoit inutile de le prêcher
fur cet article ; qu'il voyoit mieux que
perfonne les raifons qu'on lui pouvoit
apporter mais que les excès de l'imagination
ne fe guerillent point par raiſon , &
que l'unique moyen de leguerir , étoit de
lui interdire le Bréviaire au moins pendant
quelque tems . Eh ! pourquoi në l’at'on
point fait ? On en difpenie bien dans
certaines maladies. Quelle autre maladie
pouvoit meriter davantage qu'on l'en dif
penfat ?
Dans la focieté, D. Mopirot étoit charmant
un air modefte , un ton de voix
doux & infinuant , une politeffe infinie ,
des manieres engageantes lui gagnoient
tous les coeurs . Tendre & fenfible naturellement
, il frémiffoit au moindre accident
qui arrivoit à les Confreres. Son
imagination lui laiffoit- elle quelques momens
de repos , il étoit guai jufqu'à inſpirer
la joie à tous ceux qui l'écoutoient .
Il mirroit avec une douceur & une naïveté
tout -à -fait touchante , parlant peu, mais
bien . De tems en tems quelques traits ingenieux
qui frapoient comme des éclairs.
Dans l'agréable comme dans le ferieux
toûjours vrai. On ne fe fouvient pas d'avoir
jamais rien entendu de lui qui ne fut
judicieux. Autant qu'il étoit touché du
I. vol. bon
DECEMBRE 1724 . 2559
bon , du beau ,du folide qu'il entendoit ,
autant il étoit vif à fentir les défauts.
Quand il ne rioit pas de quelque trait
que l'on croyoit plaifant , ou qu'il n'applaudiffoit
pas à ce que l'on croyoit bon ,
en examinant ce qui s'étoit dit , on reconnoiffoit
que le trait n'étoit digne ni qu'on
en rit , ni que l'on y applaudit. 1I1l étoit
d'une fagacité furprenante fur ce qui étoit
à reprendre. Dans ce qu'il lifoit comme
dans ce que l'on difoit , il voyoit des fau
tes , & des fautes réelles , où perfonne
n'en voyoit. Tournons maintenant la médaille
cette vivacité & cette jufteffe
d'efprit le rendoient quelquefois non feulement
critique , mais encore fatyrique.
faififfant d'abord le faux ou le ridicule
d'un mot , d'un raifonnement , ou d'un
difcours , il en difoit fon fentiment d'une
maniere piquante . A peine le trait étoitil
parti , qu'il l'eut voulu retenir , mais
il n'étoit plus tems. Auffi - tôt , pour fe
calmer , il falloit courir au Confeffeur.
Ce frein le retenoit , fans lui il fe feroit
fouvent échapé.
Vous ferez fans doute furpris , M. qu'un
Religieux fi compofé , fi retenu , & encore
fi gêné par fon imagination , courtifat
les Mufes , & en reçut des faveurs.
Oui , Monfieur , Dom Mopinot étoit Poëte
, & qui plus eft bon locte . Etart Pro-
I. vol.
fef C
2560 MERCURE DE FRANCE .
feffeur de Rhétorique à Pontlevoi , il fit
une Tragedie qui fut fort goutée . On chante
dans plufieurs Monafteres de fa Congrégation
des hymnes de fa façon , auffi
claires & auffi pompeufes que celles de
Santeuil , plus latines & plus pieufes que
celles de ce Poëte celebre. On fçait de lui
quelques petites pieces fatyriques qui lui
ont coûté bien des remors une entr'autres
qu'il fit fur le chemin de S. Denis en
paffant entre Montmarte & Montfaucon.
Je vous dirai celle- ci la premiere fois que
j'aurai l'honneur de vous voir .
Il n'étoit pas moins habile en profe ; les
penfées juftes & folides , naturelles &
exactes l'imagination vive , belle , féconde
, quoique trop timide , elle n'ofât
prefque rien hafarder ; l'expreffion propre,
claire , élegante ; l'arrangement doux,
net , harmonieux ; le ftile plein & nourri
de la lecture des Auteurs de la plus pure
latinité. Vous en jugerez vous-même par
l'Epitre dédicatoire qui eft à la tête du
Thefaurus Anecdotorum des PP . D. Martene
, & D. Durant ; elle eſt toute de
lui , à l'exception de purpura oftro , & de
viridem imaginandi vim , deux expreffions
bizarres qui s'y font gliffées , je ne
ne fçai pourquoi ; car quand il faifoit tant
que de copier au net , il peignoit trèsproprement
& très correctement. Ileft
1. vol.
enDECEMBRE
1724. 2561
encore Auteur de celle qui eft adreffée au
Pape Innocent XIII . dans de recueil des
Lettres des Papes. Nous lui fommes auffi
redevables de tout l'ordre , de toute l'élegance
, & de toute la legereté qu'on admire
dans la Préface de ce grand Ouvrage
, qui ne fut accepté du Pape qu'aux
derniers jours de fa vie , & qu'après la
lecture des lettres que Dom Mopinot
avoit écrites pour fa défenſe. On foupçonne
qu'il a encore eu beaucoup de part
aux Préfaces des trois tomes du Collectio
ampliffima des deux Peres que j'ai nommez
plus haut. Pour s'en convaincre , on
n'a qu'a les comparer d'un côté avec ce
que nous fçavons être certainement de D.
Mopinot , & de l'autre avec celles du
Thefaurus ; par là on verra , fi je ne me
trompe , & de qui elles ne font pas , &
de qui elles font. Gardez - vous bien
Monfieur , de penfer que les Religieux
de S. Germain , en rendant juſtice au défunt
, ayent envie de diminuer le merite
de ce beau Recueil , ou de lui refuſer les
applaudiffemens qui lui font dûs . La baffe
jaloufie ne s'eft point encore fait d'entrée
dans leur Cloître , & ils reconnoiflent volontiers
, avec le public , que dans ce
genre on n'a jufqu'à prefent donné rien
de plus ample , de plus curieux , & de
plus utile à la République des Lettres .
I. vol. C vj Mais
2562 MERCURE DE FRANCE .
Mais ce feroit un miracle que des gens
occupés depuis tant d'années à copier des
pieces du bas tems , confervaffent en écrivant
toute la pureté de ftile qu'on remarque
dans les Préfaces de ce Recueil. Loin
qu'on doive moins les eftimer d'avoir eu
recours à une plume étrangere pour le
faire valoir , & pour prévenir le public
en fa faveur , ils n'en font que plus loüables
, & l'on ne doute point que fi D. Mcpinot
le leur eût permis , ils ne lui euflent
témoigné publiquement leur reconnoiffance.
Je ne vous dis rien du fecond Tome du
Recueil des Lettres des Papes , parce que
je ne l'ai point vû. Je fçai feulement
qu'il y a toujours travaillé depuis la mort
de D. Couftant , qu'il l'avoit fort avancé,
& que les mesures étoient déja prifes
pour en commencer l'impreffion vers Pâ
ques de l'année prochaine. On n'a enco
è jetté les yeux fur perfonne pour la
continuation de cet Ouvrage. Ce feroit
une vraie perte pour l'Eglife , fi l'on fup
primoit ce qui en eft fait , & fi l'on ne
continuoit pas ce qu'il en refte à faire . Cependant
il eft à craindre que les difficultez
qu'on a eues à fauver de la cenfure
de Rome le premier volume , ne foient
un obftacle à la publication des fuivans
& l'on dit même que la Cour Romaine
I. vol.
n'a
NOVEMBRE 1724. 2563
n'a épargné le premier , qu'à cor.dition
qu'il ne feroit fuivi d'aucun autre . Je ne
fçache pas d'autre Ouvrage de D. Mopinot
, à moins que vous ne comptiez encore
pour quelque chofe le petit Mémoire
que l'on a inferé dans les Journaux des
Sçavans fur D. Pierre Couftant fon prédecelleur.
Il vous femblera peut - être , Monfieur ,
que c'eft , peu pour neuf ou dix ans que ce
Religieux a demeuré à S. Germain . Mais
fesConfréres trouvent que c'eft beaucoup,
& ils font étonnés qu'il en ait fait tant.
Vous en ferez étonné vous - même, quand
j'aurai donné le dernier coup de pinceau
à fon portrait. Cette difpofition de doute
& d'incertitude où il étoit à l'égard de
fon Bréviaire , in fluoit jufques fur les étu
des. Il doutoit qu'il eut lû certaine date
dans un Auteur , jufqu'à ce qu'il l'eut relue
plufieurs fois . Jamais content de foimême
, il effaçoit un jour ce qu'il avoit
ecrit le jour précédent . Sa délicatelle étoit
fi grande , qu'il eut voulu châtier & limerun
infolio , comme une Piece de deux
pages. Non qu'il fut de ces efprits qui ne
c:oiroient pas bien penfer , s'ils ne penfoient
tout autrement que les autres hommes
ne penfent ; mais parce que fe défiant
de fes forces , il craignoit toûjours que ce
qu'il cherchoit ne fut autre choſe que ce J. voir
qui
2564 MERCURE DE FRANCE.
qui fe préfentoit d'abord . Cette crainte
s'étendoit à l'ordre des chofes , au tour de
phrafe , à l'arrangement des mots , aux
paroles mêmes , à toutes les parties de la
compofition . Corrigeant fans ceffe & recorrigeant
, il ne produifoit rien dont il ne
fit quatre ou cinq copies , & fouvent la
cinquième copie étoit fi brouillée de renvois
& de ratures qu'il n'y avoit que lui
feul qui put la déchiffrer. En vain on lui
remontroit que dans les matieres épineufes
& de longue difcuffion , il fuffifoit de
fe faire entendre , il falloit qu'il fe contentat
, & il ne pouvoit fe contenter .
"
Toutes ces inquiétudes & ces agitations,
tant de l'efprit que de la confcience , le
jetterent enfin dans un épuifement mortel
. Tous les refforts fe relâcherent , fon
eftomac ne put plus retenir aucune nourriture.
Une diffenterie violente lui fit
perdre une prodigieufe abondance de fang.
Les inteftins s'ulcererent enfuite , & fortirent
par morceaux . Il fentit qu'il aprochoit
du terme , il demanda les derniers
Sacremens , il les reçut avec les fentimens
qu'on attendoit d'une vie chrétienne
& fi religieufe ; il demanda pardon à la
Communauté du fcandale qu'il lui avoit
quelquefois donné par l'infraction du filence
, & deux jours après il rendit fon
ame à Dieu le 11. Octobre , à quatre heu-
I. vol.
res
DECEMBRE 1724. 2565
res du matin . Je fuis , Monfieur , & c.
De Paris le 21. Novembre 1724.
* * * *kik jikkijk ji jak j
S
LA PRIERE.
ODE.
Ource abondante de lumiere ,
Toi qui ne luit jamais en vain ,
Fille du Ciel , Sainte Priere ,
Répand tes rayons dans mon fein.
Fais naître dans mon coeur coupable
Ce gemiffement ineffable ,
Tribut de nos infirmitez ;
Le Dieu qui te forme en nôtre ame ,
Veut que ton immortelle flâme
Confume nos iniquitez .
De l'ennemi qui nous menace ,
Tu rends les efforts fuperflus ,
Et de concert avec la grace ,
Tu fais triompher les élûs .
Le Prince des Amalecites ,
Fondant fur les Ifraëlites ,
I. vol.
Si2566
MERCURE DE FRANCE.
Signaloit déja fa fureur ;
Mais du Ciel qui les favorife ,
Tu defcends au coeur de Moyfe ,
Il prie, Ifraël eft vainqueur.
Plus abjecte à fes yeux que l'herbe ,
L'humilité forme tes voeux ,
Er du Pharifien ſuperbe
Tú fuis le zele fatueux.
Sur fon hypocrite innocence ,
Jettant un oeil de complaifance
Il l'étale orgüeillement ;
Et s'approchant du Sanctuaire
Dans fon Oraifon téméraire
Il prononce fon jugement.
Du néant de la creature ,
Elevant tes foupirs vers Dieu ,
Tu fuis dans une route obfcure ,
Le Publicain jufqu'au Saint lieu.
A l'afpect de l'Auguſte Temple ,
Saifi de frayeur , il contemple
L'énormité de fes forfaits ;
Et penetré de fa miſere ,
J
I. vol. Se
DECEMBRE 1724.
2567
Se profterne , gemit , eſpere ,
Et voit exaucer ſes ſouhaits
Dépofitaire des louanges
Que l'homme doit à fon Auteur ,
Du feu pur dont brûlent les Anges
Tu viets erfâmer nôtre coeur.
Lorfque defcendant des Etoiles ,
La nuit étend fes fombres voiles ,
Tu nous fait vaincre le fommeil ;
Et délivrez d: fa contrainte ,
Prévenir rès de l'Arche Sainte ,
Le plus from pt retour du Soleil.
Quelles font ces Vierges aufteres ,
Que le Ciel prit ſoin d'éclairer ?
Au plus Augufte des Myſteres
Ta ferveur fçût les confacrer.
Des Cherubins Saintes Rivalles ,
Ces épouſes fans intervalles ,
Adorent leur époux voilé ;
S'élançant fur l'Autel fublime ,
A cette fuprême victime ,
Leur caur brûle d'être immolé.
* Filles du Saint Sacrement.
I. vol.
Qui
2568 MERCURE DE FRANCE.
Qui dans cette horrible retraite ,
Parmi les Lions & les Ours ,
Soutient de cet Anachorette ,
Les longs & laborieux jours.
A jamais éxilé du monde ,
Dans une caverne profonde ,
Son zele ardent l'enfevelit';
Nourrit de racines ameres ,
Il fait de cilices & de haires ,
Et fon vêtement & fon lit.
Ah ! que cet Ocean de joye ,
Dont tu viens fubmerger fon coeur ,
Des maux dont il fe rend la
proye ,
Adoucit bien-tôt ta rigueur.
Avec la fageffe infinie ,
Son ame tendrement unie ,
Goute un repos délicieux ;
Et dans une ivreffe divine ,
Remontant à fon origine ,
Habite déja dans les Cieux.
De la plus folide efperance
Sont nez tes celeftes tranſports ,
I. vol. Le
DECEMBRE 1724. 2569
Le Ciel à ta perſeverance
Ouvrira toûjours fes tréfors.
Et fi quelque temps infléxible,
A tes voeux il femble infenfible ,
C'est pour acroître ta ferveur ;
Au pied du Verbe profterné ,
L'humble & conftante Chananée ,
Fléchira bien-tôt fon Sauveur.
C'est toi qui formant fon extafe ,
Sçûs inſpirer à ce Saint Roi ,
Ces Cantiques dont il embrafe
Les coeurs qui partagent fa foy.
Aux divins accords de fa Lyre ,
Ces chants annoncerent l'Empire ,
Du Dieu qui vint brifer nos fers ;
Et c'eft dans leur fource facrée ,
Que par fon époux inspirée ,
L'Eglife a puifé fes concerts.
M. Tanevot.
1
I. vol.
ACA2570
MERCURE DE FRANCE.
XXXXXXX XXXXXXXX
ACADEMIES.
Suite de l'article employé dans le dernier
Mercure , page 2419.
' Ouverture de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles - Lettres fe
fit le Mardi 17. Novembre , à l'ordinaire
, par une affemblée publique . M.
l'Abbé Dantin , nommé à l'Evêché de
Langres préfidoit à cette féance en l'abfence
de M. le Cardinal de Rohan , Prefident
de l'Académie pour cette année .
La féance commença par l'éloge Hifto
rique de M. Boivin l'aîné , que lût M. de
Bofe , Secretaire de l'Académie . Ces fortes
d'éloges font un tribut que les Académies
rendent à la memoire des fujets
qu'elles ont perdu , & un tribut dans '
lequel le titre d'éloge ne fait jamais perdre
de vûë l'exacte verité ; on y rendjuftice
au merite & aux bonnes qualitez des
morts , mais fans s'engager à leur prêter
les talens qui pouvoient leur manquer .
Louis Boivin , Avocat au Parlement ,
& Penfionnaire de l'Académie des Belles
Lettres , nâquit le 20. Mars 1649.
à Montreuil l'Argilé , petite Ville de la
I. vol . haute
DECEMBRE 1724.
2571
haute Normandie . Il eft mort le 22 .
Avril 1724. âgé de 75. ans 1. mois &
2. jours. Son pere & fon grand-pere
avoient été les meilleurs Avocats du
pays. Sa mere étoit foeur du fameux Pierre
Vattier , Profeffeur Royal en Langue Arabique
, l'un des plus fçavans hommes du
dernier fiecle. Le fuccès des premieres
études domeftiques de M. Boivin détermina
fa famille à l'envoyer a Roüen pour
les continuer fous la conduite des Jefuites.
A l'âge de 22. ans il perdit fon pere ,
il avoit perdu fa mere quelques années
auparavant ; il avoit déja fait deux voya
ges à Paris.
Le premier avoit été uniquement entrepris
pour rendre un fervice important
aux Lettres , puifque c'étoit pour remettre
dans la Bibliotheque de M. Colbert la
traduction Latine de toutes les Oeuvres
d'Avicene , promife depuis long- temps ,
& nouvellement achevée par M. Vattier,
qui à la mort en avoit fort recommandé
le manufcrit. Il fut remis entre les mains
de M. Thevenot , ami de M. Vattier ;
qui faifant myftere de l'ufage qu'il en
avoit fait , difoit feulement qu'il ne le
confieroit qu'à gens bien en état d'en
procurer l'édition , fans jamais vouloir
s'ouvrir davantage ; depuis fa mort il n'a
pas feulement été poffible de fçavoir où
1, vol.
il
2574 MERCURE DE FRANCE .
nombre. Ce dernier le goûta même tellement
qu'il le prit chez lui pour ſe l'attacher
davantage , & le rendre plus utile à
Meffieurs fes fils , dont l'un eft mort Evêque
d'Orleans, & l'autre, cy- devant Premier
Prefident , mene prefentement dans
le fein de fa famille une vie Sainte &
paifible. A ces deux illuftres éleves fe
joignirent deux autres freres , qui font
M. l'Evêque d'Orleans d'aujourd'hui ,
& M. le Garde des Sceaux . ‹
Lors du rétabliffement & de la réforme
des Ecoles de Droit , par les foins de
M. le Pelletier , Doyen honoraire de
cette Faculté , on offrit à M Boivin une
place de Profeffeur , mais il la refuſa¸
& il aima mieux fuivre le Barreau qu'enfeigner
le Droit , quoiqu'on lui offrit en
même temps de le faire pourvoir gratuitement
d'une Charge de Confeiller à la
Cour des Aydes , quand il auroit profeffé
2.0 ans. M. Boivin palla après ce refus ,
de chez M. le Pelletier , chez M. Bignon ,
de Premier Prefident du Grand Confeil
frere du Confeiller d'Etat , tandis que
M. le Pelletier voulut demeurer chargé
du foin de M. Boivin le cadet , qui à
l'âge de 18. ans étoit déja un homme de
Lettres. Mais les deux freres n'ayant pû
vivre long- temps feparez , fe réunirent au
bout de dix- huit mois dans une maiſon
A. vol.
par
DECEMBRE 1724. 2575
particuliere. L'aîné voulant affurer le
fruit de fes veilles , chercha à faire une
acquifition en Normandie. Il la fit & elle
lui fut malheureufe ; car ayant voulu en
difcuter les moindres droits , il s'engagea
dans quantité de procès ruineux , dont
le plus confiderable fut celui qu'il eut
contre l'Abbaye de la Trappe , pour une
redevance de 24. fols . Ce procès lui
couta , outre douze années de procedures
& de follicitations , douze mille livres de
frais.
L'Académie des Infcriptions fe forma
à peu près dans le temps de la perte de
fon procès , M. Boivin n'y put avoir d'abord
qu'une place d'éleve ; mais en moins
de huit ou dix mois il monta à l'affociation
; & fon extrême affiduité , jointe à
un profond fçavoir , l'auroient conduit à
la penfion avec la même rapidité , s'il
avoit eu pour la focieté les mêmes talens
qu'il avoit pour l'étude. Vingt années entieres
fuffirent à peine pour familiarifer
l'Académie avec les affortimens de fa
vafte érudition. Mais enfin l'on reconnut
ce qui étoit exactement vrai , que perfonne
n'avoit de meilleures intentions
plus de candeur , ni plus de droiture , que
fon coeur defavoüoit d'avance le fiel
apparent de ſes expreffions ; & que
quand on pouvoit fe prêter à fa fur-
I. vol. D pre2576
MERCURE DE FRANCE .
prenante volubilité , les chofes qu'il difoit
fans ordre & fans préparation ne laiffoient
pas d'être bonnes en elles - mêmes,
& la plupart excellente dans une place
qui leur auroit mieux convenu.
Ses ouvrages imprimez fe réduifent à
ce que l'on en trouve dans les Recueils
de l'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres. Ceux qui font employez dans
' Hiftoire ne font que des Extraits qu'il
a fallu lui enlever de memoire par l'impoffibilité
de les avoir autrement , &
ceux qui font imprimez tout au long , ne
l'ont été que fur des copies , dont on n'a
pu lui confier la réviſion , à caufe des
changemens continuels qu'il n'auroit
ceffe d'y faire. Dans les dernieres années,
il s'étoit furtout appliqué à la Chronologie
, & c'eft dans cette vûë qu'il avoit
compofé trois petits Poëmes François ,
fous le titre de vers Acromonoftiques qui
devoient être fuivis de la traduction qu'il
avoit auffi faite en vers François de prefque
tout l'Evangile , car les avis de M.
Chapelain ne l'avoient pû guerir de fon
goût pour la Poëfie Françoife.
Il promettoit depuis environ trente
ans un autre ouvrage qu'il a laiffé bien
plus en état de paroître , ce font des Notes
fur Jofeph , dans lesquelles il donne
par tout des preuves d'un fçavoir immen-
I. vol.
fe ,
DECEMBRE
1724. 2577
fe , & qui dans
l'impreffion feroient un
volume au moins égal à celui du Texte
de Jofeph.
M. Boivin , fon frere , qui le fuivoit
immediatement dans l'ordre du Tableau
lui a fuccedé au titre de
Penfionnaire
qu'il auroit eu dix ans plutôt , fi fa reconnoiffance
, fa tendreffe & fon refpect ne
l'avoient toûjours
obſtinément écarté des
moindres
concurrences avec ſon aîné.
Après cet éloge M. Lancelot lût le
Memoire fur un bas- relief antique , dont
nous avons parlé dans le Mercure précedent
, page 24 20. M. l'Abbé de Vertot
termina la féance par une
Differtation
fur l'Auteur de l'Alcoran .
Il fit voir dans cette
Diflertation quels
furent les moyens que
Mahomet
employa
pour
executer le deffein qu'il avoit concû
dès le
commencement de fa vie , de
fe rendre le maître de fa Patrie. Tout le
monde fçait qu'il étoit né en Arabie ; il
ne fçavoit ni lire , ni écrire ; mais il avoit
affaire à gens qui étoient encore plus
ignorans que lui ; felon M. l'Abbé de
Vertot fa famille étoit des plus
confiderables
du pays ; fe trouvant fans bien il fut
trop
heureux
d'époufer la veuve d'un
riche
Marchand , chez laquelle il demeuroit
; ces richeffes dont il fe fervoit libe-
I vol.
Dij rale2578
MERCURE DE FRANCE.
ralement en vers fes compatrictes lui
donnerent beaucoup de confideration . A
cela voulant ajoûter quelque autre relief,
il affecta un exterieur fort auftere , fit
parade d'une grande feverité dans fa conduite
, & pour fe donner encore plus à
la retraite , il quitta la Mecque , & alla
fe confiner dans une folitude , à quelques
lieues de là . Tout ceci n'étoit
qu'hipocrifie. Son veritable deffein étoit
de s'inftruire à fond de ce qui étoit contenu
dans les livres du Vieux & du Nouveau
Teftament , & d'y puifer ce qui
pourroit lui convenir pour le projet qu'il
s'étoit fait. Pour parvenir à la connoiffance
de l'ancienne loi il fe fervit d'un
Juif , & Sergius Moine Neftorien l'inftruifit
de la nouvelle , en y joignant fes
erreurs . Il fe tint renfermé avec ces deux
hommes pendant deux ans. Il compofa
alors la plus grande partie de fa nouvelle
Religion , dans laquelle après y avoir fait
entrer quelques-uns des figes préceptes
qu'il avoit tirez des Livres Sacrez , il
infera tout ce qu'il crût qui pourroit flater
le libertinage & les paffions dominantes
de fes compatriotes . M. l'Abbé de
Vertot fit voir quels étoient ces préceptes
qu'il avoit tirez de l'Ecriture Sainte ,
la maniere dont il les avoit adaptez à fa
nouvelle loi , les abfurditez des articles
J. vol.
qu'il
DECEMBRE 1724. 2579
qu'il y a ajoûtez, & expliqua les motifs qui
avoient pû l'y engager. Quand Mahomet
fe crût en état d'executer ce projet , qui
auroit dû paroître impoffible à tout autre
moins ambitieux que lui , il revint à
la Mecque , & à quelque temps de - là
il fit confidence à fa femme , fous la promeffe
d'un fecret inviolable , des révelations
qu'il difoit avoir euës dans la folitude.
Il lui fit part de fon prétendu commerce
avec l'Ange Gabrici qui lui avoit
apporté de la part de Dieu la loi qu'il
envoyoit à fon peuple. Cette nouvelle
ainfi débitée , & confirmée par le Moine
Neftorien & fes autres amis , fut auffitôt
communiquée par fa femme à fes voifines
, & divulguée par toute la Ville en
très peu de jours. Elle fut reçûë differemment
fuivant la diverfité des efprits.
Les uns la reçûrent avec credulité , & regarderent
Mahomet comme un Prophete
cheri de Dieu , & les autres s'en mocquerent.
Cela partagea la Ville ; les Magiftrats
craignans que ces difpofitions n'y
excitaffent des mouvemens , prenoient
des meſures pour s'affurer de la perfonne
de Mahomet , lorfqu'en ayant été
averti il s'échappa , & alla fe mettre à la
tête de fes partifans , avec lefquels il
courut & ravagea le pays. C'eſt cette
fuite & la retraite de Mahomet à Medine
I. vol . Diij qui
2580 MERCURE DE FRANCE.
qui fait l'époque de la Religion Mahometane.
M. l'Abbé de Vertot parcourut
le refte de la vie de Mahomet , dit un
mot des Califes qui lui fuccederent immediatement
, mais fa Differtation roula
principalement fur le détail de la Religion
Mahometane , fur les plaifirs & les
peines qui y font annoncées pour l'autre
vie , fur l'efprit de fourberie & de domination
tyrannique & cruelle de Mahomet
, & le prodigieux progrès que fon
fyftêne groffier & fes réveries ont fait
dans l'Afie & dans l'Afrique . Cette Differtation
étoit écrite dans le même goût
que les autres ouvrages de M. l'Abbé de
Vertot qui font fi connus du public.
Le fecond volume du Mercure de ce
mois , qui paroîtra huit jours après celuici
, contiendra les Differtations qui furent
lûes à l'affemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences , par M. Geoffroy
fur les Eaux de Paffi , & par M. Lemeri
fur la diffolution des fels.¸
1. vol.
A
DECEMBRE 1724. 258
aaaaaaaaaaaaaaaaaa
A MADEMOISELLE **
par M. de Roc *.
Dans un climat de l'amoureux empire
Lieu des plaiſirs & le plus frequenté ,
On a vû naître une jeune beauté ,
>
En qui déja l'amour faifoit reluire ,
De maints attraits l'affemblage enchanté ;
Cupidon fçût cultiver fon enfance
En politique il avoit médité ,
Ce fûr moyen d'accroître fa puiffance.
Or il jugea qu'un jour tous les mortels
Humbles , vaincus par de fi fortes armes ,
Viendroient en foule encenfer fes Autels ,
L'amour vouloit augmenter nos allarmes ;
Qu'arriva -t'il ce Dieu dans ce deffeint
Mit dans les yeux de fa divine éleve ,
Dards que choifit fa trop perfide main ,
Et feu fubtil qu'à Venus elle enleve ;
Ce larcin fait , il appelle un effain
De jeux , de ris qui formerent foudain ,
Les traits brillans d'un aimable vifage ,
1. vol. De Dij
2582 MERCURE DE FRANCE.
De cet endroit ils font leur appanage ,
Plufieurs d'entr'eux volent encore ailleurs ,
L'on dit auffi qu'ils eurent des faveurs ,
Dont ils ont fçû fe conferver l'ufage :
Combien d'Amans s'eftimeroient heureux ,
Si deſtinez à pareil brigandage
Ils le pouvoient partager avec eux ;
Mais non , l'Amour en formant nôtre belle
N'affaifonna que le corps & l'efprit ,
Le coeur n'eut rien des foins de fa tutelle ;
Quoi ! dira- t'on , la pratique eft nouvelle ,
Que faifoit-il de l'art qui nous féduit ?
Mieux eut été d'employer fon credit ,
A bien regler le coeur de la pucelle ,
Ah ! que de biens fon pouvoir eut produit !
Je ne fuis point garant d'un fait fi rare ,
Difcours ici ne font point de faifon ,
De tous les temps Amour eft un bizarre ,
Et plus d'un coeur peut en rendre raiſon.
Ne croyez pas pourtant que nôtre Sire ,
Sur la beauté qui cauſe mon martyre ,
Ait jufqu'ici relâché de fes droits ,
L'Amour lui-même avec un doux fous -rire , }
I. vol .
Mę
DECEMBRE 1724. 2583
Me la jure la main fur fon carquois :
Mais dans le cours d'une fi longue attente ,
Que de tourmens ce Dieu me fait fouffrir !
Peut être encor que l'objet qui m'enchante .
Pour un rival fe laiffant attendrir ,
Doit infulter au mal qui me tourmente ,
Divin Amour fonge à me fecourir !
Naaaaaaak 茶
OUVERTURE de l'Académie Royale
des Belles-Lettres , Sciences & Arts
de Bordeaux.
E 19. du mois de Novembre 1724 .
l'Académie de Bordeaux fit l'ouverture
de ſes féances dans la Chapelle du
College de Guyenne. La Meffe y fut celebrée
par le R. Pere Fau , Religieux de
l'Ordre de N. Dame de la Merci , un
des Académiciens . Pendant cette Meffe
la Mufique de l'Académie chanta le
Pleaume , Lauda anima mea Dominum ,
de la compofition du fieur Bernier , &
un , Domine falvum fac Regem , de la
compofition de M. Sarrau , Secretaire perpetuel
des Arts de l'Académie.
Après - midi dans la falle de l'Académie
M. de Caupos , Directeur de la Com-
I. vol.
Dv
pagnie
2584 MERCURE DE FRANCE .
pagnie ouvrit la féance par un Difcours
fur deux préjugez oppofez entre eux , &
contraires au progrès des fciences . L'un
croit que les modernes n'ont rien ajoûté
aux découvertes des anciens que des
noms nouveaux , & à leurs Facultez &
vertus occultes que des idées vagues &
indéfinies. L'autre croit au contraire que
les progrès des modernes font allez fi
loin , qu'on ne peut rien trouver de nouveau
, & qu'il n'y a rien plus à faire , ni
à voir.
Pour détruire le premier préjugé , M.
le Directeur fit voir que quoiqu'on abuſe
de la nouvelle Philofophie par des idées
qui ne font pas plus claires que fa vertu
dormitive , la faculté motrice ; car enfin
telles font les idées de l'Acide , de l'Alcali
, des Abforbans. On ne fçauroit neanmoins
refuſer à la nouvelle Philofophie
les avantages qu'elle a remportez fur l'ancienne.
Elle a réduit tout au méchanifme
fimple , à la varieté des figures , au
mouvement des corps , principe fimple ,
fecond & fuperieur à tous les fiftêmes
anciens. La Phyfique experimentale a
fourni dans nos jours affez de preuves de
cette verité. Enfuite M. de Caupos paffe
aux nouvelles découvertes que nous devons
à la Chymie , à l'Anatomie , à la
Statique , aux experiences fur la pefan-
I. vol .
teur
DECEMBRE 1724. 2585
teur & la legereté de l'air , fur l'équili
bre des l'queurs , aux fecours qu'ont reçû
de la Geometrie & de l'Algebre , l'Aftronomie
, la Geographie , la Navigation ,
la Dioptrique & Catoptrique . L'art des
Fileurs d'or qui ne femble que pour fervir
à la vanité & au luxe , a donné une
preuve de la divifibilité infinie de la matiere
à ceux qui n'avoient fait que la
foupçonner.
Dans la deuxième partie M. le Directeur
pafla au fecond préjugé , tout favorable
à la parelle ; car , dit- il , quoique
nos connoillances foient bien fuperieures
à celles des anciens , elles font affez bornées
pour nous laiffer encore un vaſte
champ à défricher . Il fit voir ces bornes
dans l'Anatomie qui ignore encore l'ufage
de quelques parties , dans la Chirurgie
qui manque de certaines operations
pour des maux qui ne feroient pas incurables
; dans la Chymie qui n'a pû
devenir la maîtrelle de fes faux & de fes
diffolvans , ni trouver les principes purs
& fimples. Enfin M. le Directeur combat
la parelle & l'amour propre , dont la
premiere fe contente du travail d'autrui ,
& l'autre ne veut pas fuivre les traces
des inventeurs. Delà paflant aux obfervations
qu'à chaque jour , chaque pays
fournit aux fçavans , il conclut que les
I. vol .
plus D vj
2586 MERCURE DE FRANCE.
plus faciles à faire font peut- être les plus
utiles .
Après ce difcours M. l'Abbé Bellet un
des Académiciens lût le plan d'une Hiftoire
du College de Guyenne , qui eft le
plus ancien de Bordeaux , & le feul fondé
par les Magiftrats de cette Ville. Cette
Hiftoire eft celle des fciences & des hommes
fçavans de la Ville & de la Province.
Les premieres Ecoles de cette Ville
furent celles des Druides qui fouffrirent
de grands Echets des Empereurs Augufte,
Tibere & Claude ; ils détruifirent leurs
fuperftitions & leurs facrifices de victimes
humaines. Les Ecoles des Romains
leur fuccederent , & c'eft des Profefleurs
de ces Ecoles dont le Poëte Aufone a fait
les éloges . C'étoient des Rheteurs , des
Grammairiens Latins & Grecs. M. Bellet
n'a que le temps ici d'en dire les
noms , l'ordre de leur fucceffion , & le
temps auquel ils ont enfeigné . Ces Ecoles
viennent jufques à l'an 396. fous le
Confulat d'Arcade & d'Honorius. Depuis
ce temps- là jufques à l'Empire de
Charlemagne , elles font troublées par les
invafions que firent dans l'Aquitaine les
Vandales , les Gots , les François , enfuite
par la divifion des Princes François
fous le regne de Chilperic , par les
invafions des Galcons fortis des Pyre-
1. vol. nées ,
DECEMBRE 1724. 2587
nées , par les Sarrazins venus d'Efpagne ,
par les Normans , par les guerres des
Ducs de Guyenne avec les Rois de France
, ou avec les Maires du Palais. Pendant
tous ces troubles les Lettres fe tinrent
cachées dans les Chapitres & les
Monafteres . Charlemagne pour les rétablir
amena de l'Italie des grands Maîtres
, & éleva des Ecoles dans toutes les
Gaules , furtout il en établit de nouvelles
dans les Chapitres , dans les maifons.
des Evêques , dans les Abbayes .
>
De ces Ecoles fondées ou rétablies dans
Bordeaux il en fortit de grands hommes
qui font ici nommez. Mais elles
fleurirent fous les Ducs de Guyenne qui
étoient Rois d'Angleterre , elles donnerent
trois Papes à l'Eglife qui font Clement
V. Boniface IX. & Innocent VII.
Combien de fçavans à la République des
Lettres ? Alors s'éleverent dans cette
Ville plufieurs Monafteres qui furent
comme autant d'Ecoles & de Seminaires
de fçavans . Enfin Auteur defcend jufqu'à
l'année 1441. temps de la fondation
de l'Univerfité de Bordeaux & du College
de Guyenne , qui eft un membre de
cette Univerfité. La fupplique des Magiftrats
de Bordeaux eft de cette année ,
auffi bien que la Bulle du Pape Eugene
IV. dattée du 7. Mai . On fait ici une
I. vol . remar2588
MERCURE DE FRANCE .
remarque fur ce que les anciens Grecs ou
Romains n'ont pas connu la forme des
Colleges d'aujourd'hui : le nom de College
n'a été donné par les Romains qu'à
des corps d'artifans , & peut-être à celui
des Augures ; celui d'Ecole a été attribué
aux exercices , & aux fectes des Philofo
phes. Les Grecs donnerent celui de Gymnafe
aux exercices du corps . Dans la
balfe Latinité , & après l'Empire de Charlemagne
, ces noms furent donnez aux
Ecoles des Chanoines , des Monafteres >
& même à celles qui étoient dans le Palais
des Empereurs & des Rois .
Le premier College dans la forme que
nous voyons aujourd'hui eft celui de
Pierre Lombard , Evêque de Paris en
l'année 148. ou plutôt celui de Robert
Sorbon , fous le regne du Roi S. Louis
ou mieux celui de Navarre élevé fous
Philippe le Bel en 1304.
Le Roi Louis XI. confirma la fondation
de l'Univerfité de Bordeaux en l'année
1462. neanmoins le College de
Guyenne qui en eft un membre ne fleurit
pas beaucoup jufqu'à François I. qui
revenant d'Espagne vint à Bordeaux , &
perfuada aux Jurats d'appeller des Profefleurs
fçavans , & de les établir dans
leur College. On fit venir de Paris en
1534. André Govea qui fut principal
1. vol.
du
DECEMBRE 1724. 2589
du College , Jean Gelida qui enſeigna la
Philofophie , George Bucchanan pour la
Rhetorique , Antoine Govea pour les
humanitez , Nicolas Grouchi pour expliquer
le Grec d'Ariftote , & pour les
autres claffes Elies Vinet , & bien- tôt
après Jules Scaliger , Jofeph fon fils , le
Docte Muret , & plufieurs autres qu'il
n'eft pas permis de nommer dans un petit
Extrait. M. Bellet a promis de faire
l'Hiftoire de tous ces Profeffeurs , auffi
bien que celle des hommes illuftres qui
ont reçû leur premiere éducation dans ce
College , & il paffe cnfuite à tous les
principaux qui l'ont gouverné depuis cet
André Govea jufqu'à prefent .
M. le Directeur répondit à ce difcours
que prefque toutes les nations ont connu
la neceffité d'inftruire la jeuneffe , pour
former de bonne heure des gens capables
de gouverner leurs familles , d'entrer dans
les affaires publiques , & dans le miniftere
de la Religion. L'amour de la gloire
& de la patrie a fourni dans tous les temps
des fçavans qui ont voulu prendre le
penible foin d'inftruire les jeunes gens .
Le même amour a engagé les chefs du
gouvernement à récompenfer de tels
maîtres , & voilà les motifs , ou plutôt
l'origine des Colleges . Enfuite M. le Di-
I. vol.
recteur
1590 MERCURE DE FRANCE .
recteur faifant un précis du difcours qui
avoit été lû , il ajouta qu'il étoit bien flateur
de voir un nombre de fçavans fortis
de ce College dans chaque fiecle. Noble
fujet d'émulation pour les compatriotes ,
& leurs defcendans à qui le climat heureux
& temperé de cette Province a
donné un efprit , & une imagination propre
aux Arts & aux Sciences .
M. Cardofe , Docteur en Medecine
lût des réflexions fur la nature & la maniere
d'agir des purgatifs , & fur la purgation
. Il croit que le purgatif agit de
plufieurs manieres . 1 ° Il fermente avec
les humeurs heterogenes de la mafle du
fang qu'il rend analogues à celles qui fe
feparent dans les inteftins , ce qui fe prouve
par l'agitation & la chaleur qu'on reffent
après la purgation . 2 ° Il briſe &
attenue les matieres étrangeres craffes &
vifqueufes. 3 Il defobftrue les couloirs
en fermentant avec les matieres qui y
font retenues , & les rendant fluides .
L'Auteur diftingue enfuite les remedes
qui donnent au fang beaucoup d'agitation
fans purger , comme les diuretiques &
fudorifiques , d'avec ceux qui donnent
cette agitation & qui purgent , & delà il
conclut que toute agitation du ſang , n'eſt
pas , pour ainfi parler , purgative. Il ne
veut pas même que lorfque le fang eft
eſt
I. vol.
fort
DECEMBRE 1724. 2598
fort agité , on donne un purgatif au malade
, parce que les catartiques font fouvent
emportez & confondus par le torrent.
M. Cardofe paffe au temps auquel il
convient de donner ce remede , & fans
rejetter entierement la pratique ancienne
qui le donnoit le 7. le 11. le 14. jour
de la maladie , il ne veut pas qu'on attende
qu'il fe faffe des dépots , mais feulement
qu'on juge de l'état des fels , s'ils
ont acquis ce dégré de confiftence & d'exaltation
qu'il faut pour ne pas éluder
l'action du purgatif. 11 croit auffi que ce
remede agit plutôt par fes parties integrantes
que par les effentielles , quoique
dans les premieres il y ait un principe
dominant qui eft la premiere caufe de
l'action du purgatif. Ce principe eft un
fel modifié d'une certaine maniere .
rejette l'ancienne diftinction des purgatifs
, & il ne veut que des purgatifs doux,
moyens & violens . Dans la fuperpurgation
le mucus inteftinal devient corrofif ,
par les fels devenus plus groffiers , faute
de ferofité. Alors on propofe plufieurs
remedes pour calmer les irritations , entre
autres un lavement d'huile lavée &
battue avec de l'eau , il eft fort ufité en
Efpagne , & l'Auteur l'a employé avec
fuccès à Bordeaux.
I. vol.
11
1582 MERCURE DE FRANCE.
Il étoit jufte qu'après tant de réflexions
M. Cardofe donnât des regles pour
ufer des purgatifs . C'eft ce qu'il fait ici
en forme d'aphorifmes.
M. de Caupos répondit en ſubſtance
que la Medecine n'avoit point de remede
d'un plus grand ufage que le purgatif.
L'intemperance & l'impatience de fe dégager
d'une trop grande plenitude , ou
d'une fuperfluidité d'humeurs , ont plutôt
appellé ce fecours que celui de la
diete , & de l'exercice. Les réflexions
que vous avez faites , Monfieur , nous
font entendre que le purgatif ne devroit
être difpenfé que par une main habile &
prudente. L'experience nous a fait voir
depuis peu de jours que vous avez cette
prudence neceffaire. Toute la Ville attentive
& intereffée à la fanté d'un jeune
Magiftrat , vous a vû faire de ces coups
de maître dans une occafion très - délicate
.
Le R. Pere Fau apporta le calcul d'une
Eclipfe de Lune qui doit arriver le 21 .
Octobre de l'année fuivante 1725. & en
paffant il expliqua beaucoup de choſes
qui regardent cette planete , M. le Directeur
loua l'exactitude de l'Obfervateur.
Vous nous avez , dit- il , fait connoître
l'état du Ciel , toutes les fois qu'il s'y eft
paffé quelque chofe de nouveau , puiffe
•
1. vol.
vôtre
DECEMBRE 1724. 2593
vôtre exemple nous animer à la recher
che des Phenoménes de la nature .
A Bordeaux le Novembre 1724.
25.
LE BABIL.
ODE.
Monftre en diffentions fertile ,
Qui te répands en propos vains ,
Ennemi du commerce utile
Qui doit unir tous les humains :
Loin des lieux qu'habite le fage ,
Porte un pernicieux ufage .
Que condamne le fens commun ,
Va chercher de nouveaux Lycées ,
Où la jufteſſe des penſées ,
Cede au verbiage importun
Quoi ! l'ufage de la parole ,
Attribut de l'humanité ,.
Ne fera t'il qu'un bien frivole ,
Nuifible à la focieté ?
Par cet abus infupportable ,
Un 1. vol.
2594 MERCURE DE FRANCE.
Un difcoureur impitoyable ,
Sans efprit & fans jugement ,
Met l'honnête homme à la torture ;
Le plus beau don de la nature
N'eft pour lui qu'un cruel tourment.
Tel qu'on voit un torrent rapide ,
Qui dans fon cours impetueux ,
Etonne le paffant timide ,
Du bruit de fes flots écumeux ;
Le Babil encor plus terrible ,
A l'oreille la plus paiſible ,
Fait entendre un bruit effrayant ;
On a beau prendre un air tranquille .
Le flegme alors eſt inutile ,
On ne l'évite qu'en fuyant.
A cette fureur qui l'entraîne ,
En vain voudroit-on s'oppofer ,
Tout effort , toute dique eft veine ,
Il eſt en droit de tout ofer.
Un long filence l'encourage
Le chagrin peint fur le viſage ,
Şemble le rendre plus fécond ,
1. vol.
Au
DECEMBRE
2595 1724.
Au gré de fon
extravagance ,
Vous laiffant dans vôtre indolence ,
Il s'interroge & ſe répond.
Ennuyé d'un difcours frivole ,
En interrompez- vous le cours ,
Il vous enleve la parole ,
Et reprend le même difcours :
Les égards ni la politeffe ,
N'inſpirent rien qui l'intereffe ,
Il faut fe réfoudre à ceder ,
Et raiſonnant en homme fage ,
Attendre en paix que cet orage ,
Ceffe enfin de tout inonder.
Si par un coup de la fortune ,
Pour vous fouftraire à fa fureur ,
Vous fuyez l'approche importune ,
De cet éternel difcoureur ;
Vous obfervant dans vôtre fuite ,
Il fe met à vôtre pourſuite ,
Et ne vous abandonne pas ,
A moins que quelqu'autre victime ,
1. vol.
Cans
2596 MERCURE DE FRANCE.
Dans l'injufte ardeur qui l'anime ,
Ne fe trouve alors fur fes pis.
Fuyons l'abondance ſterile ,
De ces fades difeurs de rien "
Que toûjours un propos utile ,
Affaiffonne nôtre entretien :
Plus on fent que cette foibleffe
Eft l'écueil de la polite Te ,
D'autant plus on doit l'éviter ;
Mais trop vifpeut-être à reprendre ,
Je pourrois m'y laiffer furprendre ,
Mufe il eft temps de m'arrêter.
༡ དCO ༽ -.༠༣
LETTRE aux Auteurs du Mercure ,
écrite de Montreuil -fur Mer le 4.
Novembre 1724. an fujet d'un Traité
du R. P. B,
'Ay lû , Meffieurs , la Lettre Criti-
J'que contre le Traité des premieres
veritez du Pere B. inferée dans vôtre
Mercure du mois d'Aouft dernier , & la
réponſe de ce Pere , inferée dans celui du
mois de Septembre , & j'ai lû l'un &
1. vos,
l'autre
DECEMBRE 1724. 2597
l'autre avec étonnement de ce que deux
fçavans s'amufent à difputer fur une matiere
, qui ne devroit pas faire naître la
queftion qu'ils agitent entre eux.
La propofition fondamentale du fyftême
du fens commun , & que le fieur de
Bonneval choifit pour exercer fa Critique
, eft celle ci. Ce que difent & penfent
tous les hommes en tous les temps , & en
tous les pays du monde eft vrai , le P. B.
nous la donne pour une premiere verité
, & fon Critique prétend qu'elle n'eft
qu'une fuite de cette autre propofition ,
tous les hommes ne font pas d'accord enfemble
pour me tromper.
Voilà donc le fujet de leur conteftation
, qui me paroît des plus frivoles ;
car avant que d'examiner fi cette propofition
, ce que tous les hommes , & c. eſt
premiere ou feconde verité , il falloit examiner
fi c'est une verité ; or je la foutiens
abfolument fauffe , puifque pour
convenir de la prétendue verité de cette
propofition , il faudroit être fûr que tous
les hommes enfemble ne puffent pas fe
tromper ; car quoique tous les hommes.
ne foient pas d'accord pour me tromper ,
s'ils fe trompent eux mêmes , leurs
fées n'en feront pas plus vraies , je ne
crois pas cependant qu'on puiffe prétendre
que tous les hommes enfemble ne
pen-
1. vol.
puif2598
MERCURE DE FRANCE.
>
puiffent pas fe tromper ; car outre que ce
Teroit pouffer l'infaillibilité trop loin
l'experience nous a fait connoître que
tous les hommes , quoique penfans de
même en tous temps , & en tous lieux ,
fe font neanmoins fouvent trompez.
Avant la découverte de la circulation
du fang tous les hommes en tous temps ,
& en tous lieux croyoient que le fang
étoit dans une létargie perpetuelle , on a
pourtant reconnu qu'ils fe trompoient.
Tous les hommes en tous temps , & en
tous lieux avoient crû que la petite verole
foit naturelle , foit artificielle , étoit
une maladie qu'on devoit fuïr avec grand
foin , aujourd'hui elle devient à la mode
puifqu'on la donne aux perfonnes du pre
mier rang. Si donc ces experiences continuent
à réüffir , on regardera la petite
verole comme un bien . On avoit toûjours
crû que le mouvement du Soleil étoit
plus égal que la plus jufte pendule , que
les caves étoient plus chaudes P'Hiver
que l'Eté , qu'il falloit obferver le cours
de la Lune dans la plupart des actions de -
la vie , & c. en quoi tous les hommes ſe
font trompez.
Qu'on ne me dife pas que tous les hommes
n'ont pas eu les fentimens que je
viens de citer , dans tous les temps , puifqu'ils
ne l'ont plus aujourd'hui , car ,
F
I. vol . 19 Si
DECEMBRE 1724. 2599
Si ces mots dans tous les temps regardoient
le temps futur , la propofition
feroit illufoire , puifqu'on ne pourroit
jamais fçavoir fi ce dont il s'agit eft penſé
par tous les hommes dans tous les temps ,
étant impoffible de connoître s'ils penferont
de même à l'avenir. On pouvoit
autrefois raifonner ainfi . Tous les hommes
ont penté dans tous les temps , que
le fang ne circule pas , donc il ne circule
pas ; & on ne pouvoit pas alors deviner
qu'il viendroit un temps qu'ils ne le
penferoient plus .
2 Il n'eft pas impoffible qu'il y ait
plufieurs fecrets dans la nature , qui ne
feront jamais découverts ; ainfi fur ce
qui regarde ces fecrets- là , tous les hommes
dans tous les temps , même futurs
penferont faux.
Cette propofition n'eſt pas feulement
fauffe , elle eft encore d'une confequence
très - dangereufe. Car fi on l'admettoit
pour principe, on ne pourroit jamais faire
aucune nouvelle découverte. On diroit
toûjours , tous les hommes croyent telle
& telle chofe , donc il eft inutile de penetrer
plus avant , & d'examiner fi l'on
ne pouvoit rien découvrir de nouveau fur
cette matiere .
Au refte , fi cette propofition , ce que
ous les hommes difent , & c. eft fauffe , elle
1. vol.
ne E
2600 MERCURE DE FRANCE.
ne peut pas être la confequence , ( ainfi que
le Critique prétend ) de cette autre tous
les hommes ne font pas d'accord , & c . qui
eft vraie ; c'eſt un des premiers axiomes
de Logique , qu'une propofition fauffe
ne peut pas s'enfuivre d'un principe
vrai . Si donc après avoir établi un principe
vrai on en tire une conclufion fauffe,
c'eft qu'on la tire mal , parce qu'il n'y a
pas allez de connexité entre le principe
& la conclufion . La confequence dont il
s'agit eft dans le cas ; puifque, comme j'ai
déja remarqué , pour établir la connexité
entre les deux propofitions en queſtion ,
il faudroit convenir d'une troifiéme , tous
les hommes enfemble ne fçauroient fe tromper
, qui eft certainement fauffe. Je fuis
Meffieurs , vôtre & c.
એક
TRADUCTION de l'Ode d'Horace ,
qui commence par Mater fæva
cupidinum .
CRuelle Ruelle mere des Amours ,
Impetueux enfant de la vaine femelle ,
Voluptueux loifir , Arbitres de mes jours ,
1. vol.
Quelle
DECEMBRE 1724 . 2601
Quelle fureur vous joint pour en troubler le
cours ?
Doux Tyran d'un coeur trop fidele ,
Funeſte ſouvenir des charmes d'Iſabelle ,
Faut- il brûler encor pour cet objet rebelle ?
Suis - je né pour l'aimer & pour fouffrir tojours
?
Neige , Cigne Marbre de Pare ,
Rien ne peut égaler la blancheur de fon teint,
Et comme la raison , l'oeil le plus vif s'égare ,
Dans les vives couleurs dont fon viſage eſt
peint.
D'un aimable enjouëment la grace naturelle ,
Ses dedains même , & fa fierté ,
Tout eft charme pour nous , tout eft
pour elle ,
grace
Tout eft piege , où d'abord un coeur est arrêté,
Et la plus ferme liberté ,
D'un feul de fes regards chancelle.
Je ne fçai plus qu'aimer fi-tôt que je la vois ,
En vain je me défens de chercher à lui plaire,
J'épuise tous les traits de Venus en colere ,
1. vola
E ij Et
2602 MERCURE DE FRANCE .
Et Venus tout en feu vient de fondre fur
moi.
Elle a fait de mon coeur fon féjour ordinaire ,
Cypre & Paphos , Amathonte & Cythere ,
Pour elle ne font plus que deferts pleins
d'effroi.
Ce n'eft plus Phebus qui m'infpire ,
C'eſt Venus , & je charme en chantant fon
empire;
Mais quand d'un autre chant je me fais une
loi ,
Auffi - tôt un je ne fçai quoi ,
Sous mes doigts engourdis rend muette ma
Lyre,
Hé bien vous le voulez , Venus , Baccus ,
Loifir ,
Je ne chanterai que fa gloire ,
Ifabelle fera mon unique defir ,
Pour elle feulement je veux chanter & boire,
Sans elle déformais plus pour moi de plaifir ,
•
Sus , Garçon , ma Lyrẹ & mon verre ;
Mais fi ce fier objet par là devient plus doux ,
Dieux cruels , que je ne crains une plus rude
guerre !
I, vol.
Vou
DECEMBRE 1724. 2603
Vous ne vîtes jamais , fans en être jaloux ,
• Un mortel plus heureux que vous.
LETTRE de M. Vergier à Madame
la Comteffe d'Ars 1693 .
R l'Intendant vient de me dire ,
M Madame , que le Roi donne à
prefent
a la Monnoye 30. liv. du marc de
vaiffelle platte d'argent , c'eſt un trèshaut
prix , & je pense que vous feriez
bien de profiter de ce temps pour vendre
celle dont vous avez deffein de vous défaire
; il pourra arriver que le befoin &
le manque d'efpeces la fafle encore hauffer
; mais il eft plus vrai - femblable
qu'elle ne fera déformais que baiffer de
prix ; on n'a point reçû ici de nouvelles
des derniers vaiffeaux qui font partis de
ce port , ainfi je ne fçaurois vous en apprendre
de M. le Comte d'Ars ; mais il
eft à préfumer qu'elles ne font que bonnes.
Peut- il arriver quelque malheur à
un homme que vous aimez fi tendrement
, & qui a pour fauve- garde tous vos
vôtre coeur & l'amour même ?
Avec la moindre partie de tout cela , je
défierois bien toutes les attaques du monvoeux
,
I. vol. dei
E.iij
2604 MERCURE DE FRANCE.
de ; c'est pourquoi je vous confeille ,
Madame , de vous tenir tranquille à cet
égard , de vous amufer toûjours à ordonner
vos travaux , & à faire élever quantité
de cabinets de verdure fur vôtre terraffe
; car je prévois que dans quatre
mois au plus , tous ces cabinets vous ſeront
d'un grand ufage ; & fi les amours
que vous avez à votre fuite , n'étoient
pas auffi difcrets qu'ils font , ils nous
raconteroient bien des fcenes agréables
qui fe palleront fur ces petits Theatres .
Sur toutes chofes je vous confeille , Madame
, de paffer en repos
en repos le plus de momens
que vous pourrez dans la petite niche
que vous avez fait faire exprès pour
vous .
Si- tôt que le Soleil cachant fes feux dans
l'onde ,
Aura fait place aux fraîcheurs de la nuit ,
Allez faire briller dans ce petit réduit ,
Plus de beautez que le flambeau du monde
N'en fait briller lorfqu'il nous luit ,
Et fur de verds gazons , fur l'herbette fleurie ,
Aux charmes de la Rêverie ,
Abandonnez fi bien vos fens
Que vous figurant voir , entretenir , entendre,
Embraffer même d'un air tendre
1. vol.
Le
DECEMBRE 1724. 2605
Le plus fortuné des abfens ,
Sans le fecours de magique puiffance ,
Vous puiffiez joüir tour à tour
De tous les plaifirs du retour ,
Au milieu d'une trifte abfence.
Cela vous paroîtra difficile à mettre en
oeuvre ; mais l'imagination fait - bien d'autres
miracles quand on la laiffe agir , &
il n'y a qu'à s'y abandonner : j'ajoûterois
bien des chofes ici , fi je m'abandonnois
à la mienne , je ne fçai ce qu'elle ne me
preffe point de vous dire , mon coeur
inême s'y joint , & m'infpire mille chofes.
Il eft bon de les tenir en bride l'un
& l'autre , ce font des étourdis qui iroient
peut - être vous déplaire , & c'eft ce que
je ne cherche nullement ; ainfi , je vous "
dirai feulement que j'ai l'honneur d'être
avec beaucoup de refpect , Madame , &c.
XX:XX** X*XXX :XXXX :XX
Q
PREMIERE ENIGME.
Par M.
***
Uoique douce , quoique polie ,
Je ne paffe point pour jolie ;
Je fuis picquante cependant ,
1. vol.
Et
E iiij
2606 MERCURE DE FRANCE.
Et dans le monde uniquement
Pour les délices de la vie .
Il eſt peu de fêtes fans moi ;
Mais helas ! quel eft mon emploi !
Ce n'eft que fur les morts que ce fait mon
ouvrage ;
A peine eft - il parfait qu'on le condamne au
feu ,
Et tout ce que je fais eft pourtant pour l'uſage
Des gens du meilleur goût & du plus haut
étage ;
Car pour les indigens je travaille fort peu.
Pour me bienemployer il faut un peu d'adreffe ;
Je me gâte dans la pareffe ;
Je m'engraiffe au travail de moment en moment
;
Je reçois de la nourriture ,
Mais jugez quelle eſt ma nature ,
Telle que je la prends , je la rends à l'inſtant .
J
SECONDE ENIGME.
Du même.
E fuis par ma figure un ſymbole du monde,
Je ſuis affez ſouvent d'une agréable odeur ,
Je ne fuis cependant , ni chair , ni fruit , ni fleur ,
1. vol. L'éleDECEMBRE
1724. 2607
L'élement qui me fert & me détruit eft l'onde ;
Sans lui je ne puis rien valoir ;
Avec lui paroît mon fçavoir :
En fe fervant de moi l'on me careffe ;
Un Amant pour lequel on vient de m'employer
,
En paroît plus charmant aux yeux de fa maîtreffe
,
Qui lui refuferoit peut-être fa tendreffe ,
S'il n'avoit pas dequoi me faire travailler.
Je fçai fervir plutôt que nuire ;
L'homme m'employe avec chaleur »
Et lorfque je le fers , ce n'eft que pour détruire,
Ce qui lui fit toûjours près du beau ſexe honneur.
On doit expliquer les deux Enigmes
du mois de Novembre par la Cendre &
la Lanterne.
豐
1. vol.
E v NOU2608
MERCURE DE FRANCE.
XX:XXXXXXXXXXX XX
NOUVELLES LITTER AIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
N vend chez Pierre Witte , Li-
Obraire ,rue Saint Jacques , à l'Ange
Gardien , vis- à- vis la rue de la Parcheminerie
, un nouveau Recueil de
Noëls , avec des Cantiques Spirituels en
forme d'Homelies , fur tous les Evangiles
des Dimanches & Fêtes , depuis l'Avent
jufqu'à la Purification , mis fur des
Airs & des Vaudevilles choifis , notez
pour en faciliter le chant . Par M. l'Abbé
Pellegrin .
Les nombreuſes éditions qui fe font
faites de tous les ouvrages Spirituels du
même Auteur , font voir combien ils ont
été agréables au public , & femblent affurer
un pareil fuccès à celui que nous
annonçons . On ne voit gueres de plume
plus feconde que la fienne ; il en eft
forti plus de cent mille vers dans le gen.
re Spirituel , fans compter ceux qui font
actuellement fous prefle ; nous n'avons
garde de lui attribuer ceux qu'il n'avouë
pas , & dont le nombre n'eft peut - être
pas moindre.
-
HEU- 1. vol .
DECEMBRE 1724. 2609
HEURES PAROISSIALES , Latines &
Françoiſes , pour tous les Dimanches &
Fêtes de l'année , fuivant l'ufage de Rome
& de Paris , pour l'ufage des Laïques
qui affiftent à l'Office Divin , &c. A Paris
, chez Quillan & Defaint , ruë Galande
, 2. vol . in 12 .
BIBLIOTHEQUE des Gens de Cour ',
ou Mêlange curieux des bons mots d'Henry
IV. de Louis XIV. de plufieurs Princes
& Seigneurs de la Cour , & autres
Perfonnes illuftres , avec un choix de
traits naïfs , Gafcons & Comiques , de
plufieurs petites Pieces de Poëfie & de
penfées ingenieufes propres à orner l'eſprit
, & à le remplir d'idées vives &
riantes , dédiée à Monfeigneur le Chevalier
d'Orleans , par M. Gayot de Pitaval
, tom . 5. & dernier , 1. vol . 8 ° . A
Paris , chez Theodore le Gras , au Palais .
Après un titre auffi étendu , & après
ce que nous avons dit de cet ouvrage , en
annonçant au public les autres volumes ,
nous croyons pouvoir nous difpenfer
d'entrer là- deffus dans aucun détail .
LE NOUVEAU MONDE , Comedie mêlée
d'Intermedes , & précedée d'un Prologue
, par M. *** A Paris , chez la
veuve Ribon , Quay des Auguftins 1723.
I. vol.
E vj in
2610 MERCURE DE FRANCE.
in 12. de 88. pages , fans la Preface qui
en contient 1 2 .
LE DIVORCE de l'Amour & de la
Raifon , Comedie , fuite du Nouveau
Monde , che la même 1724. in 12. de
fans le Prologue. Et un Dif
86.
pages ,
cours fur la maniere dont on juge des ouvrages
de Theatre.
Ouverture du College Royal.
Es Profeffeurs du College Royal de
France,fondé à Paris par François I.
ou repris leurs exercices , & commencé
leur année Académique le Lundi 20. du
mois de Novembre dernier voici les noms
des Profeffeurs qui rempliffent actuellement
les Chaires de ce fameux College.
Pour la Langu: Hebraïque.
Mrs Sallier & Henry.
Pour la Langue Grecque
M's Boivin & Capperonnier
Pour les Mathematiques.
Mrs Chevalier & de Lifle.
Pour la Philofophie.
Mrs Terraffon & Privat de Molieres.
1. vol. Pour
DECEMBRE 1724. 2611
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Couture & Rollin.
Pour la Medecine , la Chirurgie ,
la Pharmacie & la Botanique.
Mrs Preaux , Andri , Geoffroy & Burette
.
Pour la Langue Arabe.
Mrs de Fiennes & Fourmont .
Le premier expliquera à fes Ecoliers
une Hiftoire Arabe univerfelle , depuis
la création du monde jufqu'à l'onzième
année du Regne de l'Empereur Heraclius
, compofée par un fameux Docteur
Mahometan , nommé Almakin , fils d'Amed,
de la Ville d'Alexandrie .
Le fecond expliquera pareillement à
fes Auditeurs l'Hiftoire de Tamerlan ,
compofée par Ahmed Arabfcha , de la
Ville de Damas .
Pour le Droit Canon .
Mrs Capon & le Merre.
Pour les Langues Syriaque , Chaldaique
Ethiopienne , Copte , &c.
M. l'Abbé Fourmont.
Le Iublic attend de ce Profeffeur , le
I. vol.
pre2612
MERCURE DE FRANCE.
premier qui ait enſeigné la Langue Ethio
pienne dans le Royaume , des Differtations
Critiques fur l'origine des Ethiopiens
, fur leur Langue , tant ancienne
que moderne , fur leur Religion , & leurs
moeurs.
PROJET d'un Catalogue General
des Manufcrits de France.
Extrait d'une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure le 25. Novembre 1724.
'Etois au mois de Septembre dernier
à Autun , j'y ai trouvé fuffifamment de
Manufcrits dans les Archives de la Cathedrale
, mais je n'ai pas demandé à
voir les Cartulaires ; peut - être me les auroit-
on refufez. Il me vient là - deffus
une penfée que vous pourriez communiquer
à des perfonnes d'autorité , & qui
aiment le bien public. On devroit en
France imiter les Anglois. Ils ont donné
un gros volume de Catalogues des Manufcrits
qui font dans toutes les Bibliotheques
d'Angleterre. Qui empêche qu'otr
n'en falle autant en France ? & qu'on
n'envoye dans les Provinces un nombre
fuffifant de perfonnes capables , munies
des ordres du Roi , ou de fes Miniftres
pour voir tous les Manufcrits des Cathe-
I. vol.
drales
,
DECEMBRE 1724.
2613
;
drales , des Abbayes , des Archives des
Villes , & c. pour en dreffer un Catalogue
exact . Et pour rendre cette collection
encore plus utile , & plus curieuſe
que celle des Anglois , y ajoûter l'âge de
chaque Manufcrit . Nous avons déja quelques-
uns de ces Catalogues , celui de la
Bibliotheque du Roi , & celui de la Bibliotheque
de M. Colbert font faits fur le
même pied , ainſi que le Catalogue de la
Bibliotheque de l'Abbaye de S. Germain
des Prez enfin celui de S. Victor de Paris
eft auffi à peu près fait , ce qui eft une
bonne avance ; mais il y a tant de Manuf
crits à S. Victor de Marſeille , à Clervaux
, à Cluny , & c. qu'il refte encore
bien de l'ouvrage à faire fur cette matiere.
J'ai vû à Autun dans la Bibliotheque
de Mrs de la Cathedrale , un bon
nombre de Manufcrits en Lettres Merovingiennes
& Unciales , & plufieurs Livres
de la Bible en Latin fort corrompu,
Tout cela ne feroit pas indigne de l'attention
des curieux . Tant qu'on ne sçaura
pas où font les originaux dont on a
befoin , on n'ira pas les confulter . Je voudrois
donc de tout mon coeur que ce Catalogue
general fut déja fait . Tâchez d'infpirer
cette bonne pensée à ceux qui
approchent de M. l'Abbé Bignon , qui
avec fon credit , & fes lumieres , eſt fi
1. vol.
porté
2614 MERCURE DE FRANCE.
porté au bien public , & à l'avancement
des Lettres . Cette entreprife me paroît
digne de fa protection.
Extrait d'une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure , fur l'Edition d'une
Hiftoire Grecque.
V
Ous dites , Meffieurs , page 2198.
de vôtre Journal du mois d'Octobre
dernier , qu'on vous mande de Marfeille
qu'il feroit à fouhaiter qu'à l'exemple
du R. P. Catrou , quelque habile
homme entreprit l'Hiftoire Grecque
C'est en effet un ouvrage très- à ſouhaiter
, & il eft étonnant qu'on ait été fi
long-temps à l'entreprendre ; car je
compte prefque pour rien celle
que Pierre
de Marcaflus fit imprimer à Paris à
fes dépens en 1647. outre que le ftile en
eft vieux , la Chronologie peu exacte ,
les faits fans autorité , elle n'eft pas entiere
, & ne paffe pas , non plus que celle
de Xenophon , la bataille de Mantinée
c'eft- à -dire , la feconde année de la civ .
Olympiade . Il eft vrai que
l'Auteur promet
une feconde partie , où tout le refte
de l'Hiftoire devoit apparemment fe trouver
, mais cette feconde partie n'a pas vù
le jour , du moins que je fçache , & quand
elle auroit paru , je ne crois pas qu'elle
J. vol.
dif
DECEMBRE 1724. 12613
difpensât de travailler fur nouveaux frais.
Pour donner à cette Hiftoire toute la perfection
que 1 : R. P. Catrou donnera fans
doute à la fienne , il y a bien d'autres Auteurs
à digerer que les cinq ou fix que
l'on vous cite. C'eft une lecture très- vaf
te & très- étenduë , mais elle n'a point
été capable d'effrayer un fçavant de ma
connoiffance , qui fera bien- tôt en état de
remplir les fouhaits du public. Il feroit
bon , ce me femble , que vous en avertiffiez
dans vôtre Journal , de peur que
quelque autre ne s'engagea inutilement
dans un projet qui eſt déja fort avancé .
Je fuis , Meffieurs , & c.
A Paris , ce 23. Novembre 1724.
Il eft vrai, comme on l'a dit dans un précedent
Journal , que l'Edition du 3 Tome
de S. Bafile n'a été interrompuë que par la
maladie de Dom Julien Garnier ; mais il
n'étoit pas fûr alors qu'on dût la reprendre
à la Touffaints : il eft furvenu au
contraire de nouvelles infirmitez à l'Auteur
qui fufpendent encore fon travail , &
fes bonnes intentions .
Cet article a déja été mis dans le Mercure
d'Octobre , page 2201. mais il s'y
eft gliflé une faute d'impreffion très- confiderable
, & d'ailleurs l'avis eft fi im-
I. vol.
por2616
MERCURE DE FRANCE .
portant qu'il eft utile de le repeter.
On nous prie d'avertir le Public , &
fur tout les fçavans & curieux que Jean
Swart & Pierre de Hondt , Libraires à la
Haye , ont actuellement fous prelle le
Catalogue de la Bibliotheque de feu ſon
Eminence M. le Cardinal du Bois . Cette
Bibliotheque fi connue par toute l'Europe
, eft compofée d'une partie de ce que
M. l'Abbé Bignon avoit recueilli par les
foins infatigables , par la correfpondance
exacte , & par les frais confiderables qu'il
y avoit employé pendant un grand nombre
d'années . Elle renferme près de
quarante mille volumes , tant imprimez
que Manufcrits , la plus complette & la
plus belle collection de Livres qu'on ait
jamais vendu en Europe ; on y trouve
un riche Recueil de Theologiens , SS .
Peres , Hiftoire de l'Eglife , Conciles ,
Jurifprudence , Hiftoire Profane & Belles
- Lettres. Tout y eft confiderable , &
en particulier pour les pieces rares & recherchées
en Langues Européennes &
Etrangeres , fans parler de la beauté des
relieures , & c. Le temps de la vente publique
de cette Bibliotheque eſt fixé au
mois de Juin de l'année 1725. On publie
cet Avertiffement , afin que les curieux
qui fouhaitent qu'on leur envoye le Catalogue
ayent le temps de s'addreffer au-
1
I. vol.
dit
DECEMBRE 1724. 2617
dit fieur Swart , ou de Hondt , qui leur
feront tenir par la voye qui leur fera indiquée
, à moins qu'ils n'aiment mieux
s'addreffer à Gabriel Martin , Libraire ,
ruë S. Jacques , à l'Etoile , à Paris .
On diſtribuë au College de Montaigu ,
à Faris , depuis le mois de Septembre
dernier aux Soufcripteurs , les cinq volumes
du Supplement à l'Antiquité expliquée
& reprefentée en figures. Par le P.
Dom Bernard de Montfaucon , Benedictin.
On diſtribuë pareillement aux Soufcripteurs
, les cinq premiers Tomes du
Commentaire de la Bible , par Dom Calmet
, Benedictin de la Congregation de
S. Vanne.
Ms Paillardeau & Grandpré , François
, ont été nommez Affiftans des deux
Profeffeurs en Langues Modernes à Oxford
& à Cambridge , pour y enfeigner
la Langue Françoife.
L'Univerfité de Cambridge a permis
à M. Chapelou , Profeffeur en Arabe au
College de S. Jean , de publier une nouvelle
Edition du Traité des Loix des
Hebreux , compofé par le feu Docteur
Spencer : elle fera augmentée confiderablement
par les Manufcrits que le feu
Archevêque de Cantorberi a laiffez à
1. vol. cette
2618 MERCURE DE FRANCE .
cette Univerfité. On doit publier les con
ditions par l'impreffion de cet ouvrage.
On a imprimé à Stokolm en Langue
Suedoife , l'Histoire du feu Roi de Suede
Charles XII. écrite par un Officier qui a
toûjours accompagné ce Prince jufqu'à
fa mort.
On apprend de Lisbonne que le 22.
Octobre dernier le Roi de Portugal fe
rendit incognito vers le foir , dans la falle
où étoit affemblée l'Académie Royale de
l'Hiftoire. Le Marquis de Fronteira , Frefident
de femaine , prononça un Difcours
fort éloquent à la louange de Sa Majeſté ,
qui entroit ce jour - là dans la trente - fixiéme
année de fon âge ; après quoi il lût
1 Epître Dedicatoire de l'Hiftoire de Portugal
, du temps des Romains. Le Pere
Barthelemi de Vafconcellos , Jefuite ,
lût enfuite une partie des Memoires qu'il
a compofez fur la vie du premier Evêque
de Miranda. Le Docteur Gaetan Jofeph
de Sylva de Souto - Mayor , fit la
lecture de fes Memoires de Leria ; M.
Diego Barbofa Machado , d'un abregé de
l'Hiftoire du Roi Don Sebaftien ; le Vicomte
d'Affeca , d'un autre abregé de la
vie du Roi Don Sanche , & le Pere Ferdinani
de Avreu , d'un Chapitre de fon
I. vol.
Traité
DECEMBRE 1724. 2619
Traité de Chorographie de l'Evêché de
Miranda .
Le tremblement de terre , dont on
fentit deux fecouffes affez confiderables à
Liſbonne la nuit du 12. au 13. d'Octobre
, s'eft fait fentir dans les Villes de
Porto , d'Elvas , de Santarem , de Cantarede
, & à Villanova de Portimaon .
Par les Lettres qu'on a reçûës de divers
endroits , on peut conjecturer qu'il a été
general dans tout le Royaume de Portugal.
Les, chofes qui paroiffent les moins
confiderables , ne laiffent pas d'être trèsutiles
quand elles font portées à un certain
point de perfection . Le fieur Briart ,
demeurant ruë de la Harpe , vis- à - vis la
Croix de Fer , a trouvé le fecret de faire
des cuirs qui font d'un fecours admirable
pour repaffer les rafoirs , fans qu'il
foit neceffaire d'avoir recours à la pierre.
Les Barbiers en reconnoiffent l'utilité ,
& plus encore ceux qui fe rafent euxmêmes.
Il en vend de differentes grandeurs
& de differens prix.
Le fieur Cordier , qui poffede feul le
fecret des Peaux Divines , avertit le Public
les Calottes faites des mêmes
que
Peaux , gueriffent tous maux de tête , les
1. vol.
plus
2620 MERCURE DE FRANCE.
plus inveterez , & de quelque caufe
qu'ils puiffent provenir , comme abícès
fluxions , rhumatifmes , coups ou contrecoups
, qu'elles attirent le fang qui peutêtre
extravafé dans la tête , par chûte ou
par quelqu'autre accident , qu'elles gueriffent
les migraines , éblouiffemens
étourdiflemens , vapeurs , bourdonnemens
, tintemens d'oreille ; enfin , la furdité
, tournemens de tête , phreneſie ,
épilepfie , ou mal - caduc , & c.
ce ,
Par le moyen d'une tranfpiration dou-
& à travers les pores , elles attirent
les eaux âcres & mordicantes qui tombent
ordinairement fur les yeux , ſur le
coeur , dans la poitrine , fur les dents , &
fur les autres parties du corps . Les Peaux
Divines gueriffent l'apoplexie , en fe fervant
des Calottes faites defdites Peaux ,
& font excellentes pour les paralifies nouvellement
formées , pour toutes fortes
de, rhumatifines , les goutes , les goutes
fciatiques , les humeurs froides , maux de
côté & d'eftomach , pour les groffeurs ,
les dartres vives , les boutons & rougeurs
que l'on peut avoir fur telle partie du
corps que ce foit. Elles font bonnes pour
les enflures , meurtriffures & ulceres.
Comme les Peaux Divines font réfolutives
& attractives , leur principale
vertu eft de fondre les humeurs mali-
1. vol.
gnes ,
DECEMBRE 1724. 2621
gnes , glaireuſes & coagulées qui font
entre cuir & chair. Elles adouciflent
& fortifient les nerfs foulez , retirez &
affoiblis , ainfi que les mufcles , fans faire
aucune ouverture ni cicatrice ; elles rendent
même , par le moyen de la tranfpiration
, la peau blanche & plus belle
qu'avant l'application . On peut felon fon
incommodité , fe faire des Camifolles
des Gands , & des Chauffons de Peaux
Divines , & fi lorſque l'on eft attaqué de
la petite verole , ou qu'elle eft rentrée ,
l'on avoit foin de s'envelopper de ces
Peaux , on fe garentiroit fürement des
fuites fâcheufes qui en résultent ; parce
que par le moyen de la tranfpiration ,
elles font fortir le venin qui eft caufé
par le fang corrompu.
1
Le fieur Cordier fournit un Memoire
exact de la maniere avec laquelle on
doit fe fervir des Peaux Divines , qui
peuvent le conferver plus de 20. ans ,
fans perdre leurs vertus ni qualitez . On
en fait des envois dans les Provinces &
Pays Etrangers ; & pour la commodité
publique le fieur Cordier a établi des
Bureaux où l'on diftribue les mêmes .
Feaux Divines ; fçavoir , à Lyon , chez
le fieur Thomas , Marchand , grande ruë
Merciere , à Dijon , chez le fieur Papillon
, Marchand , proche l'Eglife N. D.
I. vol.
à
2622 MERCURE DE FRANCE .
à Besançon, chez le fieur Charmée , Marchand
Libraires à Rouen , chez le fieur
Maugy , rue des Juifs , aux arines de
France ; à Coutances , chez le fieur Papillon
, Marchand Libraire ; à Nantes ,
chez le fieur Meziers , Marchand à la
Folle ; à Saint Malo , chez la veuve Desroziers
Marchande devant la grande
porte ; à Amiens , chez le fieur de Pontreux
, Marchand Epicier ; à Metz , chez
le fieur Jacquenot au Pont des Morres ;
à la Rochelle , chez le fieur Merle , Marchand
; à Amfterdam , chez N. Viollet
au Comptoir de Bois- le- Duc , fous la
Bourſe.
,
Le fieur Cordier demeure à Paris chez
le fieur Metas , Marchand Epicier , au
bout de la ruë de la Coutellerie & de la
Vannerie , vis-à vis la rue S. Jacques de
la Boucherie , au premier appartement.
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien
d'armée , établi par Juftice , donne avis
qu'il a fait la découverte d'un remede
qui préferve les dents de fe gâter & de
tomber. Il demeure rue des Vieilles Etuves
, près la Croix du Tiroir , chez un
Epicier , à Paris.
,
1
1. vol.
CHANTHE
NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS,
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
ABTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
Prem
DECEMBRE 1724 . 2623
CHANSON.
Ans l'amour & le vin ,
S Ans
Quel plaifir dans la vie !
Le chagrin ,
Ou l'envie ,
De leur mortel venin ,
Nous l'ont bien-tôt ravie,
Sans l'amour & le vin ,.
Quel plaifir dans la vie !
COUPLETS.
Le Dieu qui fe fait entendre ,
Jufqu'aux moins fenfibles coeurs ,
Vous follicite à vous rendre ,
A mes preffantes ardeurs .
Iris , foyez moins cruelle ,
Vous dit- il à tout moment ,
Vous en paroîtrez plus belle ,
Aux yeux d'un fidele Amant,
J. vol. F D'une
2624 MERCURE DE FRANCE.
D'une maxime fi fage ,.
Profitez mieux , chere Iris ; >
Vos attraits , vôtre jeune âge ,
Vous font donnez à ce prix.
Et que pourriez- vous mieux faire ,
Que de brûler & charmer ,
La beauté n'eſt que pour plaire ,
Le coeur n'eft que pour aimer.
** *****
SPECTACLES.
' Académie Royale de Mufique continue
toûjours , avec grand fuccès ,
les reprefentations d'Armide. Depuis le
24. Novembre que la Dlie Antier , qui
jouoit le premier rôle , s'étant trouvée
indifpofée , la De Lambert l'a chanté à fa
place avec beaucoup d'applaudiffement.
Le 5. Decembre on a joué le Ballet des -
Ages pour la derniere fois , & on repete
l'Europe Galante pour donner les Mardis.
Le 2. de ce mois les Comediens Italiens
ont fait l'ouverture de leurs Theatres
à leur retour de Fontainebleau , par
Į . vol.
la
DECEMBRE 1724. 2625
la Comedie des deux Arlequins , ancienne
Piece de M. le Noble , dont nous avons
parlé dans nôtre Journal du mois de Mai
dernier ; ils ont donné enſuite une petite
Piece nouvelle d'un Acte , avec un divertiffement
qui pour titre , le Retour de
Fontainebleau. Ils promettcnt une autre
Piece nouvelle , intitulée le Dedain affec
té , dont nous rendrons compte fi elle eft
goûtée du Public
Le 25. Novembre les Comediens
François reprefenterent devant le Roi
à Fontainebleau , la Tragedie d'Electre
de M. Crebillon . Toute la Cour parut
attendrie , & cette Piece fut extrêmement
goûtée par la beauté du Poëme , &
l'excellente execution des Acteurs. par
Le 28. les Italiens donnerent Timon
le Misantrope , par M. de Lifle . Ils avoient
joué le 23. le Libertin , Piece Italienne .
Le Lundi 4. de ce mois , les Comediens
François , qui étoient reftez à Paris
, pendant le voyage de Fontainebleau ,
que quelques - uns fe licentient d'appeler
les Petits Comediens , & dont le Public
a cependant fait autant de cas que des plus
grands , reprefenterent devant le Roi , à
Verfailles , le Triomphe du Temps , du
1. vol.
Fij fieur
2626 MERCURE DE FRANCE.
fieur le Grand , Comedie en trois Parties
, avec des Intermedes , dont on peut
voir l'Extrait dans le dernier Mercure.
La Piece & l'execution parurent faire
beaucoup de plaifir à toute la Cour.
Le Roi ayant voulu voir les autres
nouveautez que ces mêmes Comediens
avoient données à Paris , lorſque la Cour
étoit à Fontainebleau , ils reprefenterent
quelques jours après devant Sa Majeſté ,
le Jaloux Defabufe , les Bourgeoifes de
Qualité , & les Trois Confines. Le Roi
& toute la Cour parurent y prendre
beaucoup de plaifir .
Sur la fin de l'autre mois les mêmes
Comediens donnerent au Public une Piece
nouvelle d'un Acte en Profe , avec
un Divertiffement à la fin , dont nous
pourrons parler dans le fecond vol. de ce
mois.
Les Comediens qui ont fuivi la Cour
à Fontainebleau , fe montrerent au Public
fur le Theatre François , le 8. de ce
mois dans la Tragedie de Mithridate. Les
principaux rôles furent remplis par les
hieurs Baron , Quinaut , du Frefne , &
par la Dle Duclos . Le merite & les longs
fervices de cette grande Actrice , viennent
d'être récompenfez par une penſion
I. vol.
du
DECEMBRE 1724.
2627
du Roi de 1000. livres fur le Tréfor
Royal.
Nous parlerons dans le fecond volume.
de ce mois , de la Comedie du Jaloux
Defabufe , remife au Theatre.
Les Bals qu'on a coutume de donner
fur le Theatre de l'Opera tous les ans ,
& qui ont commencé à la S. Martin ,
ont ceffé à caufe des Avents.
Le 14. de ce mois tous les Theatres.
ont été fermez à l'occafion du Jubilé.
Le 7. du mois paffé ont reprefenta
pour la premiere fois à Venife fur le
Theatre de S. Caffin , l'Opera d'Antigone.
Le 16. du même mois on ouvrit le
Theatre de S. Ange par la repreſentation
de l'Opera de Marianne.
Le même jour l'Opera de Tamerlan
Grand Mogol , fut reprefenté à Vienne
pour la troifiéme fois , en prefence de
toute la Cour Imperiale , qui le trouva
très - magnifique & l'applaudit fort.
1. vol.
F iij Let2628
MERCURE DE FRANCE.
LETTRE écrite de Londres fur les
Spectacles d'Angleterre.
J
E crois vous l'avoir déja dit , Monfieur
, au lieu de la fine plaifanterie
& de la Farce Comique , il ne regne
dans la plupart des Pieces Angloifes
qu'une licence débordée ; les paroles les
plus obfcenes , & les actions les plus infames
s'offrent fur le Theatre Anglois à
tout moment , aux yeux & aux oreilles ;
de forte qu'il paroit plutôt qu'on veüille
réveiller le goût brutal des Laquais &
des femmes mafquées, * que fatisfaire à la
délicateffe & au bon fens des honnêtes
gens de l'un & de l'autre fexe . Non-feulement
les Acteurs prononcent les difcours
les moins modeftes , mais les Actrices
, même lorfqu'elles jouent le rôle
d'une honnête femme , font forcées à dire
des équivoques fi groffieres , qu'à peine
un débauché les pardonneroit à une femme,
à qui il pardonne de renoncer effentiellement
à la pu leur. A peine ces belles
expreffions font - elles lachées , qu'on
en reconnoît le prix par des applaudiffemens
& des cris qui font tremb er toute
la falle. Les Laquais qui font en Angleterre
la plus vive image de l'infolence ,
donnent le fignal ; quelquefois leurs
Il n'y a que les Courtifanes qui aillent à
la Comedie mafquées.
DECEMBRE 1724. 2629
Maîtres les fuivent , & n'ont pas de
honte d'augmenter le bruit affreux que
ces canailles ont commencé fi mal - àpropos
. On peut s'imaginer dans quelle
fituation peuvent être alors les femmes
qui font fages , & celles qui veulent le
paroître. Doivent - elles rire de ce qui eft
capable de choquer leur pudeur ? Faut- il
qu'elles gardent leur ferieux & fallent
voir par là qu'elles entendent l'impertinente
finelle qui plaît fi fort aux hommes
, occupez alors à examiner avec attention
la contenance des Dames ? Les
actions indécentes doivent les jetter dans
un embarras encore plus terrible , & à
ce conte- là elles ont très - fouvent lieu
d'être embarraffées.
Le jugement fuperieur de Moliere l'a
toûjours porté à ne jamais parler lui - même
dans fes Pieces , mais à y faire toûjours
parler fes perfonnages , felon l'idée qu'il
donne de leur condition & de leur efprit.
Dans les Comedies Angloifes , au contraire
, fouvent un Valet ou un Artifan
ne parle que par metaphore & par comparaifon
, & il étale lui - même tout ce que
'Auteur a d'efprit & d'imagination .
De plus , il n'y a pas un honnête homme
dans toute l'action , pas une femme
dont la conduite puiffe intereffer un
coeur bien fait l'extravagance & le cri-
I. vol. Fiiij
me
2630 MERCURE DE FRANCE.
me mis dans differents jours , font tous
les caracteres des perfonnages & dirigent
toute l'action . Il femble même que
les Auteurs Anglois fe trouvent obligez
en confcience de rendre à la fin du cinquiéme
Acte tout le monde fatisfait , le
plus grand malheureux , auffi bien que
l'homme de la plus haute probité.
Je ne crois pas faire une injuftice aux
Anglois , en diſant qu'ils ignorent abſolument
l'art des Pieces de caractere.
L'intrigue fait chez eux toute l'eſſence de
la Comedie , & le caractere y eft pour la
plûpart abfolument negligé. D'ailleurs
rarement fe contentent ils de faire valoir
par leur genie un fujet fimple & unique ;
ils femblent plutôt vouloir foutenir leur
genie par la varieté d'actions & de penfées
qu'un double ou un triple fujet peut
fournir , jufques- là qu'on diroit que
cette pauvreté veritable leur paroît une
richeffe d'imagination. C'eft ce qu'ils
font voir dans les Pieces qu'ils copient ,
ou du moins qu'ils imitent de nous . Ils
ont fait leur Comedie , intitulée la Vcuve
Amoureuſe , ou la Femme Coquette , du
Baron d'Albicrac & du George Dandin ,
& les deux fujets font mêlez enfemble ,
plutôt que liez , d'une maniere fi piroyable
, qu'on croit voir reprefenter deux
Comedies à la fois , tantôt une ſcene de
I. vol.
l'une
DECEMBRE 1724. 2631
l'une , tantôt une ſcene de l'autre , ce qui
eft auffi contraire aux loix du Theatre
qu'à celles du bon ſens .
Bon nombre de Pieces Comiques de
l'invention des Anglois font pleines de
morceaux empruntez des François , & ce
qu'il y a de merveilleux , c'eft que les
Plagiaires déchirent très - fouvent dans
leurs Prologues ceux qu'ils ont pillez ,
jufqu'à les traiter d'Arlequins , de Scaramouches
ou de bouffons ; comme fi les
Anglois n'étoient que des Comiques
très -ferieux , & d'une morale Philofophique
. Ils confiderent ces vols à
près comme s'ils étoient faits dans le pays
ennemi , & il faut avouer que les Poëtes
font moins humains en Angleterre que
les Brigands qui y volent fur les routes
& qui fe contentent de détrouffer les
paſſans , ſans les maltraiter.
peu
Les Auteurs Tragiques de cette Nation
ne font pas plus modeftes fur cet
article que ceux dont je viens de parler,
Corneille & Racine n'y font pas moins
traitez en étrangers & en ennemis . Sans
les nommer on a fait paffer l'Oedipe de
l'un & le Mithridate de l'autre pour des
ouvrages purement Anglois . On ne pourroit
pas concevoir une hardiefle de cette
nature , fi on ne réflechiffoit fur le mé-
I. vol.
F v pris
2632 MERCURE DE FRANCE .
pris general de la Nation pour tout ce
qui eft étranger .
Jufqu'ici les Spectateurs Anglois n'ont
pas exigé de leurs Auteurs Dramatiques
obfervation des regles du Theatre , &
les Auteurs fe trouvant bien de cette
complaifance du Public , n'ont pas jugé
à propos de rafiner fur fon goût là deffus
. Ils fe donnent pius de licence encore
dans le Tragique que dans le Comique ;
& cependant on prétend que les fçavans
d'Angleterre eftiment infin ment plus
les anciens que ne font les François. Mais .
il est sûr que les Tragiques Anglois les
plus anciens n'ont pas fçù ces regles ; &
les autres voyant ceux - la applaudis fans
cette exactitude , & d'ailleurs ennemis
de la gêne , ont apparemment trouvé
plus commode de fuivre cette route battue
, que de lier leur genie à des regles.
feveres , en imitant les Auteurs des Tragedies
Grecques .
Les Pieces des vieux Poëtes Tragiques
qu ont fuivi Shakefpear font très irregulieres
, les unes plus , les autres moins ,
non pas tant felon le dégré de l'art jufqu'auquel
ils s'étoient élevez , mais plutôt
felon que les fujets offroient d'euxmêmes
plus ou moins de regularité.
Un autre défaut general de ces Tragedies
, défaut qui choqueroit les autres
I. vol.
NaDECEMBRE
1724 . 2633
Nations infiniment plus que la Nation
Angloife , c'eft qu'elles excitent la pitié
& la terreur par des cruautez épouventables
, qu'on ne fonge point à dérober
aux yeux des Spectateurs . Cela va fi loin,
que dans une Piece on voit un homme
roué tout vif , qui fe plaint pathetiquement
de la barbarie de fes Bourreaux .
Les Auteurs Anglois d'à- prefent écrivent
avec plus de regularité , & avec
plus de jugement que ne faifoient leurs
prédeceffeurs , aufquels ils ne cedent pas
en force & en nobleffe ; ils ont le même
genie , leur langue eft plus riche
qu'elle n'a jamais été , & l'efprit de Philofophie
qui regne en Angleterre plus
que dans aucune autre partie du monde ,
doit de neceffité influer fur les productions
de l'eſprit , en redreffant les écarts
d'une imagination trop petulante.
Il en étoit du Levius & de l'Ennius des
Romains , comme il en eft du Vendel des
Hollandois & du Shakeſpear des Anglois
; en un mot, de tous ceux qui entament
un genre de Poëfie , & qui ne fervent
à la perfection de leurs fucceffeurs
qu'en leur fourniffant des modeles de
toutes les efpeces de beautez & de défauts.
9
11 n'y a pas cependant long - temps
qu'il y avoit de celebres Ecrivains en
I. vol . F vj An2634
MERCURE DE FRANCE .
Angleterre , tels que Mrs Philips , Pope ;
Bouve , & furtout M. Addiffon , que je
ne crains pas de mettre en paralelle avec
tout ce que nôtre âge a produit de plus
excellent , tant pour les vers que pour la
profe .
Il y a de vieilles Tragedies Angloifes,
dit M. de S. Evremond , 3. v. p . 176. comme
le Catilina , & le Sejan de Ben . Johnfon
, où il faudroit , à la verité , retrancher
beaucoup de chofes ; mais avec ce
retranchement on pourroit les rendre
tout à fait belles . En toutes les autres de
ce temps- là , vous ne voyez qu'une matiere
informe & mal digerée , un amas
d'évenemens confus , fans confideration
des lieux , ni des temps , fans aucun
égard à la bienséance .
Les yeux avides de la cruauté du Spectacle
y veulent voir des meurtres & des
corps fanglans ; en fauver l'horreur par
des recits , comme nous faifons , feroit
dérober à la vûë du peuple ce qui le touche
le plus.
Les honnêtes gens de faprouvent une
coutume établie par un fentiment peutêtre
affez inhumain ; mais une vieille
habitude , où le goût de la Nation en general
l'emporte fur la délicateffe des particuliers.
Mourir eft fi peu de chofe aux An-
1. vol.
glois,
DECEMBRE 1724. 2635
glois , qu'il faudroit pour les toucher, des
images plus funeftes que la mort inême.
Delà vient que nous leur reprochons
affez juftement de donner trop à leurs
fens fur le Theatre ; mais il nous faut
fouffrir auffi le reproche qu'ils nous font
de paffer dans l'autre extrêmité , quand
nous admirons chez nous des Tragedies
par de petites douceurs qui ne font pas
une impreffion affez forte fur les efprits.
Tantôt peu fatisfaits dans nos coeurs d'u
ne tendreffe mal formée , nous cherchons
dans l'action des Comediens à nous émouvoir
encore ; tantôt nous voulons que
l'Acteur , plus tranfporté que le Poëte ,
prête de la fureur & du defefpoir à une
agitation mediocre , à une douleur trop
commune. En effet , ce qui doit être tendre
, n'eft fouvent que doux , ce qui doit
former la pitié , fait place à la tendreffe ,
l'émotion tient lieu du faififfement , l'étonnement
de l'horreur . Il manque à nos
fentimens quelque chofe d'affez profond :
les paffions à demi touchées n'excitent
en nos ames que des mouvemens imparfaits
, qui ne fçavent ni les laiffer dans
leur affiette , ni les enlever hors d'ellesmêmes.
Je ne fçai , dit l'Auteur de l'Hiftoire
Critique de la République des Lettres ,
5. v. p. 381. en parlant des deux traduc-
I. vol.
tions
2636 MERCURE DE FRANCE .
tions de la Tragedie de Caton ( la premiere
attribuée à M. du Bourdieu en
vers , & l'autre en profe à M. Boyer )
par M. Adifon , Anglois , fi l'une ou l'autre
de fes verfions fera fuffilante pour
convaincre M. Dacier , que les Anglois
font capables de faire de bonnes Tragedies
. On fçait le jugement que ce Grammairien
François a porté de toute la Nation
Angloife , dans la Preface de fa nouvelle
Edition des oeuvres d'Horace , pag.
87. Il ne fe contente pas de condamner
tout ce que les Anglois ont fait jufqu'à
prefent dans ce genre de Poëfie : Devenu
critique infpiré , il prophetife , que l'on
ne doit attendre de l'Angleterre ni grands
préceptes , ni grands exemples pour la
Tragedie , dont elle eft en poffeffion de
violer les loix les plus fondamentales .
Mais de peur qu'on ne le mette au nom -`
bre de ces entoufiaftes , dont le cerveau
n'eft pas toûjours bien reglé , continue
l'Auteur de l'Hiftoire Critique . M. Dacier
nous donne deux raifons dont il appuye
cet oracle , fi mortifiant pour toute
la nation. Soit , dit- il , que la coutume ait
prévalu , ou que le Poëte Anglois ait naturellement
l'efprit trop Tragique pour s'af
fajettir à la fage regularité des Grecs &
des Romains .
<
4
1. vol.
Nam
DECEMBRE 1724. 2037
Nam fpirans tragicum nimis , infeliciter audet.
La premiere de ces raiſons n'eft pas
bonne pour juger de l'avenir. La coutu
me , quand il feroit vrai qu'elle auroit
prévalu jufqu'ici , peut changer en Angleterre
, comme dans d'autres pays où la
Tragedie n'a certainement pas reçû dès
fa naillance toute fa perfection . Pour l'autre
raison on doit raifonnablement croire
que M. Dacier & fes compatriottes
reconnoiflent prefentement que les Anglois
ne pouffent pas toujours le Tragique
auffi loin qu'il pourroit aller , & que
la pitié & l'humeur pacifique regne quelquefois
dans leurs efprits .
Pour ce qui eft de l'Opera à Londres ,
depuis celui de Rofemonde de M. Addifon
, qui a cependant eu bon nombre
d'admirateurs , les Poëtes Anglois né
travaillent plus à ces fortes de Poëmes
les droits des oreilles ont prévalu ici fur
les droits de l'efprit. Les Opera font tous
en Italiens , langage fort peu entendu à
Londres , & les gens de bon fens qui les
entendent , les trouvent impertinens. Je
fuis , & c .
I. vol. NOU2638
MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES DU TEMPS.
L
TURQUIE.
E Vicomte d'Andrezal , cy-devant
Secretaire du Cabinet du Roi & des
Commandemens de Monfeigneur le Dauphin
, & en dernier lieu Intendant en
Rouffillon , qui vient relever le Marquis
de Bonac en qualité d'Ambaſſadeur
de France à Conftantinople , y arriva le
13 Septembre à bord de deux vailleaux
de guerre François. Il fut falué par une
décharge generale des canons de la Ville ,
à laquelle les vaiffeaux François répondirent
par celle de leur artillerie , après
avoir arboré tous leurs pavillons , flammes
& banderolles .
Le 21. du même mois le Grand Vifir
fit annoncer à tous les Miniftres Etrangers
que le Grand Seigneur venoit de
recevoir avis que le Seraskier Achmet
Bacha , Gouverneur de Babilone , avoit
pris d'affaut la Ville de Hamadan , fituée
à 40. lieuës de Tauris , & à 50. d'Iſpahan
, & que la Garnifon de cette place
ayant fait une vigoureufe réfiftance, avoit
été paflée au fil de l'épée , ainfi que le
1. vol.
plus
DECEMBRE 1724. 2639
plus grand grand nombre des habitans.
Cette nouvelle fut'annoncée au peuple par
deux décharges d'artillerie , & l'on a fait
des illuminations , & donné d'autres marques
de réjouiffance pendant fept jours
confecutifs , à chacun defquels on a fait
trois décharges de l'artillerie de la Ville .
Les Miniftres Etrangers ont fait auffi illuminer
leurs Palais , & les vaiſſeaux du
Roi de France ont témoigné la part qu'ils
prenoient à la joye publique par 20. falves
de 40. pieces de canon .
Le 28. on reçût avis que le Czar
avoit ratifié le dernier traité conclu à
Conftantinople avec les Commiflaires de
fa Hauteffe.
Le 2. Octobre le Marquis de Bonac ,
fut magnifiquement regalé par le Grand
Vifir , dans fa maifon de plaifance , ſituée
fur le canal de la Mer Noire , où il avoit
fait inviter le Capitan Bacha Celebi Mehemet
Effendi , qui a été en dernier lieu
à la Cour de France , & quelques autres
des principaux du Divan .
On attend à tout moment un Exprès
du Seraskier Arifée Mehemet Bacha
avec la nouvelle de la reddition de laVille
d'Erivan , qu'il tient bloquée fi étroitement
qu'il n'y peut plus entrer aucuns
vivres , ni même de l'eau.
On mande d'Alger qu'on y fentit le
1. vol. 21.
2640 MERCURE DE FRANCE .
་
21. du mois de Septembre dernier , de
violentes fecouffs de tremblement de
terre , qui durerent pendant une heure ,
fans caufer neanmoins aucun dommage
confiderable.
Les dernieres Lettres qui font venuës
des frontieres de Perfe , portent que le
jeune Roi avoit nommé des Commiffaires
pour regler avec ceux de S. M. Czarienne
les limites des Provinces qu'il
lui a cedées par le Traité conclu l'année
derniere à Mofcou.
L
JASIE.
E Czar ne pas encore revenu à
Petersbourg , de Ladoga , dont le fameux
canal fera achevé , à ce qu'on croit,
vers le Printems prochain ; ce qui abregera
confiderablement le trajet des barques
qui étoient obligées de traverser le
Lac de Ladoga , où la navigation eſt ſouvent
perilleufe , à caufe des fonds bas .
On attend à Petersbourg par des vaiſfeaux
de Toulon & de Genes plufieurs
ftatues de marbre , que le Czar y a fait
acheter , pour orner les jardins magnifiques
de fa maifon de plaifance de Petershoff.
I. vol.
Pologne.
DECEMBRE 1724. 2641
Ο
POLOGNE .
།
N'apprend de Warfovie que le 13.
de l'autre mois , dernier jour de la
Diette Generale du Royaume de Pologhe
, le Senat s'affembla en prefence du
Roi , & reçût la députation du Maréchal
& des Nonces de la Diette. Après que
S. M. eut été complimentée par le Maréchal
, elle donna la Charge de Vice-
Chancelier de la Couronne à l'Abbé
Lipski , qui après avoir prêté le ferment
accoutumé au pied du Trône ; remercia
le Roi de la dignité dont il venoit de le
revêtir. Le Prince Czartoriski donna en-
Suite la démillion de få Charge de Vice
Chancelier du Grand Duché de Lithuanie
, en fuppliant le Roi d'avoir égard à
fon grand âge , & de lui donner un autre
emploi dont les fonctions fuffent moins
penibles . Le Grand Chancelier du Duché
parlant au nom de S. M. declara
qu'elle donnoit la Charge de Vice Chancelier
au Prince Czartoriski - Ceftéllau
de Wilna , & fils de celui qui venoit
de s'en démettre , & qu'elle accordoit
au Pere la Gaftellenie de Wilna.
Le nouveau Vice- Chancelier de Lithuanie
ayant remercié le Roi & prêté
ferment , le grand Maréchal de la Couronne
nomma par ordre de Sa Majeſté
1. vol.
l'Evê2642
MERCURE DE FRANCE.
l'Evêque de Cracovie , le Palatin de Lu--
blin , le Palatin de Mafovie , & le nouveau
Caftellan de Wilna pour examiner
les projets de conftitutions qu'on devoit
dreffer le même jour ; après quoi les Nonces
étant retournez dans leur Chambre ,
ils nommerent des Députez pour dreffer
les projets de conftitutions dont on vient
de parler . Ces Députez ayant prêté ferment
, drefferent trois projets , dont le
premier concerne la fureté publique de
l'Etat ; le fecond la confirmation de la
Sentence qui fera renduë touchant l'affaire
du tumulte de la Ville de Thorn ;
le troifiéme la limitation de la Diette &
le renvoi des autres matieres à la prochaine
Diette , dont il fera libre au Roi
de fixer l'affemblée dans le temps qu'il
le jugera à propos , propos , pourvû qu'elle fe
tienne dans la Ville de Grodno en Lithuanie.
A une heure après minuit , les Nonces
retournerent au Senat , où ces projets
ayant été examinez & lûs à haute voix ,
le Maréchal demanda par trois fois le
confentement & l'approbation des trois
Ordres. Le Grand Tréforier de la Couronne
forma alors une oppofition au troifiéme
projet , prétendant qu'il falloit le
rendre plus clair , & y inferer une claufe
particuliere touchant fes prétentions ſur
les biens du Roi Staniflas , dont les crean-
I. vol .
ciers
( DECEMBRE 1724 .
2643
ciers font en poffeffion ; mais enfin après
quelques reprefentations , il leva fon oppofition
, & le Maréchal de la Diette remercia
le Roi de fes bontez & des foins .
qu'il s'étoit donnez pour le bien public ,
après quoi il congedia les Nonces qui
font partis pour retourner dans leurs Provinces.
On mande de Stokolm qu'on y avoit
publié une Lifte des Officiers Suedois
qui y font revenus de Siberie , où ils
étoient prifonniers de guerre avant la
paix de Nystadt ; elle monte à près de
500. & l'on compte qu'il en eft mort en
Mofcovie près de 400. du nombre def
quels il y avoit 25. Senateurs ou Colonels.
La Sentence renduë par le Tribunal du
Grand Chancelier de la Couronne de Pologne
, fur l'affaire de la Ville de Thorn,
fut publiée le 16. de ce mois à Varfovie .
Par cette Sentence qui a été prononcée ,
felon la plus grande rigueur des Loix , le
Prefident Rafner & le Vice- Prefident
Zerinck ne s'étant pas oppofez au tumulte
de la populace , comine le devoir
de leurs Charges les y obligeoit , font
condamnez à avoir la tête tranchée , avec
confifcation de leurs biens au profit des
Jefuites , dont le College avoit été pillé
pendant l'émotion populaire : M. Ghe
rardo Thomas , Burgrave , & M. Zim-
I. vol.
merman
,
2644 MERCURE DE FRANCE .
merman , Vice- Burgrave , Co - Seigneurs
de la Ville , ayant negligé d'appaifer le
defordre , font declarez infames , & incapables
d'exercer jamais aucune Charge :
Harder , Moab, & 14. autres perfonnes
nommez dans la Sentence , font condannez
à avoir le poing coupé , & à être
pendus & brûlez , les uns comme Auteurs
du defordre , & d'autres pour avoir
déchiré , rompu , ou brûlé des Images de
la Vierge : le Capitaine Gravold & M.
Silber , Officiers de la Garniſon , ſont
condamnez , l'un à une amende de cent
ducats , l'autre à une de 85. & tous les
deux à un an & fix femaines de prifon
dans la Tour , pour avoir permis qu'on
tirât,fur les Penfionnaires du College des
Jefuites , qui étoient fortis pour repouffer
les Ecoliers Lutheriens : M. Meifmer
& le Secretaire de la Ville , doivent
le purger par ferment , & les autres
complices moins coupables , font condamnez
à garder la prifon pendant un
temps , & à payer diverfes amendes ,
dont le produit fera employé à ériger
une Colonne en l'honneur de la Vierge ,
dans l'endroit de la Ville où fes Images
ont été brûlées .
L'Eglife de Sainte Marie , où les Lutheriens
s'affembloient , eft donnée avec
leur Bibliotheque , aux Religieux , Ber-
I. vol. nardins :
DECEMBRE 1724. 2645
,
rs
nardins les Ecrits que les Miniftres Lutheriens
ont fait publier , doivent être
brûlez par la main de l'Executeur : il
leur eft défendu d'en faire imprimer do--
rénavant , fans le confentement des Evêques
: M Gierel & Olon , deux de ces
Miniftres font profcrits & bannis : il eſt
ordonné aux autres de tranfporter leur
College à une lieuë de la Ville ; & enfin
il a été reglé que le Corps des Magiftrats
de la Ville fera compolé dorénavant de
Catholiques & de Proteftans.
On ne fçait pas encore quel jour cette
Sentence fera executée , mais il y a 18.
Commiffaires qui doivent être nommez
pour être témoins de l'execution , & deux
Regimens de la Couronne commandez
pour les défendre , en cas qu'elle donnât
lieu à une nouvelle révolte .
On mande de Dantzick que les Magiftrats
de cette Ville avoient fait des remontrances
au Roi de Fologne , pour le
prier dé moderer la rigueur de la Sentence
prononcée par le Tribunal du Grand
Chancelier fur l'affaire de la Ville de
Thorn .
ALLEMAGNE ,
A Compagnie Orientale , établie à
Vienne , a fait afficher qu'elle paye-
- roit inceffamment aux intereffez le divi-
1. vol.
dent
2646 MERCURE DE FRANCE .
dent qui leur eſt dû pour les trois années ,
échûës au dernier Decembre 1723. fur
le pied de huit pour cent pour chacune
des trois années.
On apprend de Francfort que la gran .
de chaffe , à laquelle le Landgrave de
Helle-Darmſtad avoit invité divers Princes,
fe fit le 17. du mois paffé avec beaucoup
de fuccès , & que plus de 300. Sangliers
avoient été pris.
On a propofé deux projets à la Cour
de Vienne. L'un pour ouvrir une communication
libre du Danube avec Fiume
& Triefte fur la Mer Adriatique , l'aútre
pour joindre ce Fleuve à l'Elbe . Le
premier paroît fort difficile à executer
mais l'autre très - facile , puifqu'il ne s'agit
que de joindre quelques rivieres de
la Moravie à la Mulde qui fe jette dans
l'Elbe , d'où l'on peut communiquer avec
Oftende par la Mer du Nord.
>
Le 13. du mois paffé le Chancelier de
la Regence de Tripoly , qui étoit arrivé
à Vienne depuis quelques jours , fut conduit
vers les onze heures du matin à
l'audience du Prince Eugene de Savoye ,
Confeiller ordinaire au Confeil d'Etat de
l'Empereur , & au Confeil de Conference
, Prefident du Confeil de la Guerre ,
Gouverneur des Pays- Bas , & General-
Lieutenant des Armées de S. M. Impe-
I. vol.
riale.
DECEMBRE 1724. 2647
riale. Ce Miniftre étoit précedé dans fa
marche d'un Fourier , d'un Adjudant Imperial
à cheval , & d'un détachement de
la garniſon de cette Ville , & il étoit fuivi
de fon fils & de fes Officiers & Domeftiques
, au nombre de douze dont
quatre étoient à cheval , & les autres à
pied. Devant le Palais du Prince Eugene
il y avoit un autre détachement de la
Garnison en haye & fous les armes , tant
en dehors que jufqu'à l'endroit de la
Cour où l'Envoyé mit pied à terre. L'anti
- chambre étoit remplie de plufieurs
Officiers Generaux , des Confeillers au
Confeil de la Guerre , & des Officiers
particuliers de la Chancellerie qui releve
de ce Confeil. Lorfque l'Envoyé de Tripoli
entra dans la Chambre d'Audience ,
le Prince Eugene qui étoit dans un fauteüil
, fe leva , le falua , & fe tint debout
jufqu'à ce qu'il le fut affis dans un ſiege
à bras qui avoit été placé devant celui de
ce Prince. L'Envoyé lui prefenta fa Lettre
de créance , après quoi il lui fit un
compliment qui fut interpreté , ainfi que
la réponſe , par le fieur Talman ; & après
l'audience , le Miniftre fut reconduit avec
les mêmes ceremonies au Fauxbourg de
Leopoldftat , où eft fitué l'Hôtel que l'Empereur
lui a fait preparer pour tout le
temps qu'il demeurera en cette Cour , &
I. vol. G.
pendant
2648 MERCURE
DE FRANCE .
pendant lequel il fera défrayé par S.M.I.
L'Empereur ayant appris que le Prince
Eugene avoit deffein d'acheter une
Terre dans le voifinage de Laxembourg ,
S. M. I. lui a fait prefent de la Seigneu
rie de Kotingen- Ebersdorff , eftimé plus
de 400000. florins.
que
On apprend de Berlin que dans les
la Cour a faites dans
parties de chaffe
les Forefts de Jonitz & de Werlitz , &
aufquelles le Roi de Pruffe a affifté , on
a pris ou tué 36. Cerfs , 163. Biches &
546. Sangliers , fans compter les Renards
& les Liévres , dont S. M. en a
tué environ 150.
Le Confeil Aulique a rendu un Decret
, qui ordonne à la Baronne de l'Ef
perance , Princefle douairiere de Montbelliard
, & à fon fils aîné , qui a pris
le titre de Baron de Sponcek , & qui prétendoit
heriter des Etats du feu Prince de
Montbelliard , de rendre au Duc de Wirtemberg
Stuggard les Archives , les
Bijoux & l'Argenterie qui proviennent
de la fucceffion de ce Prince.
·
GRANDE BRETAGNE .
Ur la foi de quelques Lettres de Lon .
S dres,
s , nous allons donner la nouvelle
fuivante qui paroîtra fans doute difficile
à croire . Le 14. de l'autre mois on pre-
1. vol.
fenta
DECEMBRE 1724. 2649
pouces
fenta au Roi un Fermier du Comté de
Lincoln , qui peſe 580. livres ; il a 17.
pieds de circonference , & 6. pieds & 4.
de hauteur ; il eſt âgé de 28. ans ,
& a 7. enfans ; il mange 16. à 18. livres
de boeuf par jour. Il eut l'honneur de
baiſer la main de S. M. qui cut la bonté
de le difpenfer de fe mettre à genoux ,
parce qu'il n'auroit pû fe relever.
Le fameux brigand Jean Sheppar 1 ,
dont nous avons parlé dans le précedent
Mercure , à l'occafion de fa derniere évafion
de la prifon de Newgate , a été enfin
executé le 27. du mois pallé à Tyburn
. Le fieur Jacques Thornhill , Peintre
du Roi pour l'Hiftoire , a tiré fon
portrait.
La Chambre des Communes à Londres
s'étant mife en grand commité le 1.
de ce mois , au fujet du fubfide demandé
par
le Roi , elle réfolut , à la pluralité
de 206. voix contre 6y . d'accorder à S.
M. le m'me nombre de troupes que l'année
derniere ; fçavoir , 18264. hommes ,
y compris 1818. Invalides , & les Officiers
en Commiffion & fans Commiffion ,
de fournir un fubfide de 654488. livres
17. fols 8. den. fterlings , pour l'entretien
de ces troupes , & diverfes autres
fommes montant à 181478. livres fterling
pour le payement & entretien de :
I. vol.
Gij
Gar2650
MERCURE DE FRANCE.
1
nifons de Gibraltar , de l'Ifle de Minorque
, d'Anapolis Royal , de Plaiſance ,
& des Penfionnaires externes de l'Hô
pital de Chelſea.
On apprend de la Haye , que le General
Comte de Bonneval , en partit le
21. du mois paffé , fur de nouveaux ordres
de l'Empereur .
L
.
ESPAGNE,
E Samedi 25. Novembre , jour deftiné
à la cérémonie de la Proclamation
de l'Infant Dom Ferdinand , en
qualité de Prince des Afturies , l'Eglife
du Convent Royal des Hieronimites du
Buen- Retiro , ayant été ornée des plus
riches tapifferies , leurs Majeftez Catholiques
, le Prince des Afturies , les
Infants , & la Princeffe future épouſe de
l'Infant Dom Carlos , s'y rendirent par
l'efcalier du haut Cloître , où la marche
fe fit avec les cérémonies accoûtumées
dans l'ordre fuivant .
Les Alcades de la Cour & de la Mai,
fon du Roy , marchant à la tête du Cortege
, étoient fuivis des Pages , accompagnez
de leur Gouverneur & Sous-
Gouverneur les Ecuïers , les Gen : ilshommes
de la Maiſon du Roy , & ceux
de la Bouche venoient enfuite ; ils
}
I. val.
étoient
DECEMBRE 1724. 2651
étoient fuivis des Titrez de Caftille , des
Députez de las Cortes , de quatre Maſfiers
marchant deux à deux , & portant
leurs Maffes fur l'épaule , des Maîtres
- d'Hôtel du Roy , & de ceux de
la Reine , tenans leurs Bâtons , & du
Mayordome- Mayor marchant à la tête
des Grands du Royaume , après lefquels
venoient les quatre Heraults revêtus de
leurs Cottes d'émail , chargées d'Ecuffons
des Royaumes ou Provinces qui ont
droit de féance à l'Aflemblée generale de
las Cortes. Le Duc Del - Arco , Grand
Ecuïer du Roy , marchoit feul enfuite ,
tenant l'Epée Roiale nuë fur l'épaule :
après lui paroilloient le Prince des Afturies
, accompagné de l'Infant Dom Carlos
; & à quelque diſtance , le Roy , ayant
le Collier de l'Ordre de la Toifon d'Or,
& la Reine , dont la queue du manteau
étoit portée par la Camarera Mayor , L.
M. C. étoient fuivies des Dames d'Honneur
& du Palais , marchant deux à deux ,
& fe tenant par la main , & d'un des
Maîtres d'Hôtel de la Reine .
Le Roy & la Reine fe placerent fous
la Courtine ( a ) qui avoit été dreffée
( a) Courtine eft une Loge quarrée fur le
devant ; il y a des rideaux qu'on tire & qu'on
retire à certaines occafions , pour faire voir
ou pour cacher leurs Majeſteż .
1. vol.
G iij
2852 MERCURE DE FRANCE .
du côté de l'Epitre , & devant laquelle on
avoit placé un fauteuil & un ie- Dieu
pour le Roy , à droite , & quatre carreaux
pour la Reine , à gauche , des chaiſes du
côté du Roi pour les Infants , & deux
carreaux à côté de la Reine pour la Princeffe
future époufe de l'Infant Dom Carlos.
Le Duc Del - Arco , Grand Ecuïer ,
portant l'Epée Royale , & ayant à fa
droite le Mayordome - Mayor , ſe mit
fur un tabouret près de la Courtine , du
côté de l'Autel . Les Dames d'Honneur
& du Palais fe placerent au- deffous de
cette Courtine , & les Maîtres d'Hôtel
du Roi & de la Reine , dans l'efpace
qui étoit entre les bancs des Prelats &
ceux des Ambaſſadeurs .
Lorfque les Prelats , les Grands du
Royaume , les Titrez de Caftille , les
Députez des Provinces & des Villes , &
toutes les autres perfonnes qui avoient
féance dans lá Ceremonie , curent pris
leurs places , le Cardinal de Forgia celebra
pontificalement la Melle qui fut
chantée par la Mufique . Après le dernier
Evangile , ce Cardinal ayant repris
fa Chape & fa Mitre , fe mit dans un
fauteuil placé devant l'Autel , vis- àvis
duquel il y avoit un Prie Dieu , fur
lequel on avoit mis la Croix & le Livre
de l'Evangile . Alors , fuivant le
Ι.υοί . de
DECEMBRE 1724. 2653
Ceremonial , le Prince des Afturies paffa
de fon fiege à côté de la Reine ; les Prélats
quitterent les bancs qu'ils avoient
occupez pendant la Meffe , & les cêderent
aux Députez de las Cortes , qui
s'y placerent . Le plus ancien des Herauts
monta enfuite fur une eftrade magnifiquement
ornée & élevée de douze
degrez au milieu du Choeur ; & tenant
fa Malle fur l'épaule , il prononça à
haute voix les paroles fuivantes : Ecoutez
, écoutez la lecture qui va vous être
faite du ferment d'hommage , de foy , d'obeiffance
& de fidelité , que les Infants ,
les Prelats , les Grands , les Titrez & les
Députez qui font affemblez icy par ordre
du Roy , notre Seigneur , vont prêter
au Sereniffime Prince , Dom Ferdinand
, fils aîné de S. M. le reconnoiffant
pour Prince de ces Royaumes pendant
la vie du Roy , & aprés fon décès,
pour Roi & Seigneur naturel.
La formule du ferment de reconnoiffance
ayant été lûë à haute voix par Dom
Marc- Sanchès Salvador , Auditeur du
Confeil & Chambre de Caftille , Dom
François de Caftejon , Secretaire du
Confeil , Chambre & Etat de Caftille ,
fupplia le Roi de vouloir accorder une
difpenfe d'âge à l'Infant Dom Carlos ,
afin qu'il pût prêter le ferment , & faire
I. vol.
l'hom- G iiij
2654 MERCURE DE FRANCE .
l'hommage dont on venoit de faire Ia
lecture ; & S. M. ayant répondu que
c'étoit fa volonté , l'Infant Dom Carlos
alla fe mettre à genoux fur le Prie - Dieu
placé devant le Cardinal de Borgia , qui
Îui demanda : Votre Alteſſe jure -t - elle par
sette fainte Croix & par les faints Evangiles,
qu'elle gardera & obfervera tout
ce qui eft contenu dans l'Alte qui lui a
été lû , & partant Dieu vous foit en aide.
Ce Prince ayant répondu : Je le promets
ainfi , il alla faire hommage au Prince
des Afturies , entre les mains du Roi ,
& ſe remit enfuite en fa place.
Le Marquis de Villena , Mayordome-
Mayor du Roi , nommé par S. M. pour
recevoir l'hommage de toutes les autres
perfonnes qui devoient le faire au Roi ,
après avoir prêté le ferment , alla fe placer
fur un fiege à côté du Cardinal de
Borgia. L'Archevêque de Tolede & les
autres Prelats fe rendirent fucceffivement
au Prie- Dieu pour le ferment &
pour l'hom nage ; ils furent fuivis des
Grands du Royaume , des Titrez de Caftille
, des Députez des Provinces & des
Villes , du Mayordome - Mayor de la
Reine , des Maîtres d'Hôtel du Roi &
de la Reine des Procureurs- Députez
de Tolede & du Duc Del - Arco , Grand-
Ecuïer. Le Marquis de Villena leur
,
I, vol.
demanda
DECEMBRE 1724. 2655
demanda à chacun leur hommage par ces
paroles : Jurez- vous une fois , deux fois ,
trois fois , que vous prêtez foi & hommage
au Prince , felon l'ufage & coutu
me d'Espagne , & que vous garderez &
obferverez ce qui eft contenu dans l'Alte
qui a été lû ? A quoi chacun répondit :
Je le promets & jure ainsi , Amen. Ce
Marquis prêta ferment enfuite avec les
mêmes formalitez que les autres Seigneurs
, & fit hommage entre les mains
du Marquis de Sainte Croix , que le Roi
avoit nommé pour le recevoir , & le
Cardinal de Borgia s'acquitta de ce devoir
entre les mains de l'Archevêque de
Tolede , revêtu d'habits pontificaux , &
tenant le Livre des Evangiles.
>
le
Cette Ceremonie finie Dom François
de Castejon , Secretaire du Confeil ,
Chambre & Etat de Caftille , accompagné
des Secretaires de l'Affemblée de
las Cortes , s'approcha du Prie - Dieu du
Roi , & lui dit à haute voix : Votre Majefté
accepte -t-elle au nom du Sereniffime
Prince Dom Ferdinand , fon fils aîné ,
ferment de foi & hommage , & tout ce
qui vient d'être executé en faveur de ce
Prince , & commande - t- elle aux Secretai
res de l'Affemblée de las Cortes , d'en
faire rendre témoignage à toutes les Villes
, Cite & lieux qui le demanderont
1. vol.
Gv afin
2656 MERCURE DE FRANCE.
"
afin que les Prelats , Grands du Royaume
, Titrez de Caftille & Officiers des
Maifons Royales qui font abfens , ayent
à prêter le ferment & faire l'hommage requis
? Le Roi ayant répondu qu'il l'acceptoit
, le defiroit & l'ordonnoit , le
Prince des Afturies reprit la place qu'il
occupoit pendant la Meffe ; & l'Archevêque
de Tolede entonna le Te Deum
qui fut chanté par la Mufique , & à la
fin duquel ce Prelat donna la Benediction
.
Après la Ceremonie , qui dura trois
heures , L. M. C. accompagnées du Prince
des Afturies & des Infants , retournerent
au Palais , où elles dînerent en
public. Le foir & les deux nuits fuivantes
, il y eut des illuminations & d'autres
marques de réjouiffance dans toutes
les rues de la Ville & des feux d'artifice
dans la Place du Palais.
*
Le 26. après midi , le Roi , la Reine
, le Prince des Afturies , & les Infants
, allerent en ceremonie rendre graces
à Dieu devant l'Image de N. Dame
d'Atocha ; les ruës qui conduifent à cette
Eglife , furent tenduës & ornées , & le
foir la grande Place du Palais fut illuminée,
1. vol.
ITALIS
.
DECEMBBE 1724 2657.
L
ITALIE.
E Pape a confervé la Charge de Gouverneur
de Commacchio à M. Del-
Giudice , qui eft parti de Rome pour
aller affifter à l'évacuation des Troupes
Imperiales de cette Place , & en prendre
enfuite poffeffion .
Le S. Pere a fupprimé l'impôt qui fe
levoit fur les porcs & fur les agneaux,
fur les raifins & autres fruits. Il a ordonné
aux Curez de Rome de faire un
Sermon tous les jours de Fête, pour l'inf
truction des peuples.
pour
On écrit que le Senat de Gennes eft
convenu de donner 1002 500. écus
le Duché de Maſſa , dont il payera
une partie argent comptant au Duc de
ce nom , lequel retirera pendant fa vie
annuellement deux & demie pour cent du
reftant de la fomme , qui fera payée au
Mont de S. Georges . Le Duc de Maffa
confervera la Souveraineté , avec la fuperiorité
fur les Cours de Juftice Civile
& Criminelle ; & après fa mort le tout
paffera à la Republique de Gennes . On
donnera 25000. piftoles à l'Empereur
pour fon droit d'inveftiture. Maffa eft
une Ville d'Italie , dans la petite Province
de la Lunigiano , qui tire fon nom
de l'ancienne Ville de Lune . Elle a un
1. vol.
Gvj Prince
2558 MERCURE DE FRANCE:
Prince particulier de la Maiſon de Cibo
, qui eft auffi Prince de Carrare.
Le 2. de l'autre mois le Pape donna à
dîner , & fervit à table treize pauvres ,
aufquels il diftribua enfuite des aumônes.
Le Cardinal Paulucci , Vicaire de
Rome , a fait mettre dans les prifons de
l'Inquifition le fieur Ulmini , Poëte Satyrique
, qui affichoit depuis quelque
temps des Pafquinades remplies de calomnies
& d'impietez .
On a appris d'Alger , que le 29. Octobre
dernier , une Tartane Françoife y
avoit conduit des Religieux de la Redemption
des Captifs , avec 37. caiffes
remplies d'efpeces d'argent & une caiffe
d'efpeces d'or
pour la rançon des Efclaves
Efpagnols.
Le 12. du mois paffé , le Pape benit
dans la Chapelle Pauline , le Pere Pla
cide Piazzacheri , nouvel Abbé Regulier
de l'Abbaye de la Cazamari , Ordre
de S. Bernard , & dont les Religieux
fuivent la Reforme de l'Abbaye de la
Trape ; & après avoir fervi treize pauvres
à dîner , il alla à l'Eglife de
fainte Marie de la Victoire des Carmes
Déchauffez , où l'on celebroit l'Anniverfaire
de la Victoire remportée en
I. vol.
1520.
DECEMBRE 1724 2659
1620. fur les Proteftans près de Pragues
en Bohéme.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rome
le 27. Octobre 1724.
A
Vant-hier le Pape alla à S. Sebaftien
; en fortant de l'Eglife une
Dame fe jetta à fes pieds , & lui demanda
l'Indulgence , pro articulo mortis,
pour elle , fon mari , & fon pauvre Vigneron
, qui étoit moribond. Le S. Pere
lui dit qu'il lui accordoit volontiers
ce qu'elle demandoit pour elle & pour
fon époux , mais que pour le malade il
vouloit lui- même lui donner fa benediction
. Il fe fit conduire fur le champ
dans la pauvre petite maiſon du malade
; & étant monté dans fa chambre
par un petit efcalier , lui fit un difcours
pour le confoler , qui tira les larmes
des yeux de tous les affiftans , lui appliqua
l'Indulgence , & le laiffa avec une
aumône confiderable pour fubvenir à ſes
befoins . Il n'y a point de jour qui ne
foit marqué par quelque oeuvre femblable
, jointe à une application infatigable
aux affaires de l'Eglife , voulant avoir
connoiffance de tout.
S. S. alla vifiter il y a quelques jours
l'Hôpital des Prêtres , aida à faire le lit
1. vol. de
2660 MERCURE DE FRANCE.
de plufieurs ; elle y trouva un Prêtre
François , s'affit proche de fon lit , lui
parla long- temps , examina fi fes matelats
étoient bons , fi tout étoit propre , &
& lui demanda fi on avoit bien foin de
lui . Avant - hier elle vifita les deux Hôpitaux
des hommes & des femmes de
S Jean de Latran .
MORTS ET MARIAGES
des Pays Etrangers .
Arie -Madeleine de Berghes , Ab-
Mbeffe du Chapitre des Chanoineffes
de Sainte Gertrude à Nivelle , Princeffe
de l'Empire , & foeur de l'Evêque
de Liege , mourut à Nivelle le 26. du
mois pallé dans la 76. année de fon âge.
Le Prince Guillaume de Heffe- Philifpdahl
, Colonel d'un Regiment de Cavalerie
, a époufé à Hoym la Princeſſe
Guillelmine- Charlotte , fille du Prince
Albert d'Anhalt - Bern - Bourg.
Le Marquis Conrard Orfini a épousé
à Rome , le 9. du mois paffé , Dona Minerve-
Dominique Altieri , fille du Marquis
de ce nom . Le Pape fit la Ceremo
nie du Mariage dans l'Eglife de Sainte
Marie fur la Minerve.
1. vol.
FRANCE.
DECEMBRE 1724. 2661
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris ,
L
& c.
'Infante- Reine partit de Fontainebleau
le 27. de l'autre mois , accompagnée
de la Ducheffe de Vantadour , &
des autres Dames de fa Cour , & arriva
le même jour à Verfailles , après avoir
dîné au Château de Fetit - Bourg.
Le Roi en partit le Jeudi 30. Novembre
, après y avoir féjourné trois mois
8. jours. Sa Majesté étoit dans une de
fes grandes Berlines , accompagnée de
plufieurs Princes & Seigneurs de fa Cour,
& fuivie de fa Garde ordinaire , & de
grand nombre d'Officiers de fa Maiſon ,
ce qui formoit un cortege très pompeux,
& très-brillant . On n'a jamais vû à la
Cour des équipages de meilleur goût ,
fileftes , fi magnifiques , fi nombreux &
fi éclatans . Le Roi alla coucher au Château
de Petit - Bourg , qu'on regarde aujourd'hui
comme une des plus fuperbes
maif ns du Royaume. Le Duc d'Antin
qui avoit fait de grands préparatifs , reçût
S. M. avec toute la fplendeur & la
magnificence qui convient .
1. vol. Le
2662 MERCURE DE FRANCE.
Le 1. de ce mois le Roi prit le divertiffement
de la Chaffe dans la Foreſt de
Senar , où l'on n'avoit entendu donner
du Cors depuis très - long temps ; S. M.
revint coucher à Petit- Bourg , & le lendemain
Samedi elle en partit , & arriva
le foir à Verfailles vers les 9. heures du
foir.
Les troupes de la Maifon du Roi , qui
ont l'honneur de ſuivre Sa Majeſté dans
fes voyages , l'ont accompagné dans celui-
ci . Les Officiers des Gardes du Corps
en quartier , & deux Officiers fuperieurs
des Gendarmes , des Chevaux- Legers &
des Moufquetaires de la Garde , fucceffivement
, & à mefure que les quartiers
des Gendarmes & des Chevaux Legers ,
& les détachemens des Moufquetaires ,
entrerent en fonction à la fuite de S. M.
occuperent les places que le Roi leur
a marquées par le Reglement fait à Fontainebleau
le 11. du mois paffé.
, Le 29. de l'autre mois M. Daligre
Confeiller au Parlement , nommé par le
Roi Prefident à Mortier , en furvivance
du Prefident Daligre , fon péré , fut
reçû au Parlement en furvivance de cette
Charge , avec les ceremonies accoutumées
.
Le 21. l'Envoyé de Danemark , accompagné
du Conte Definaretz , Grand-
*
I. vol.
FauDECEMBRE
1724. 2663
> Fauconnier de France prefenta au
Roi , de la part du Roi fon Maître
les douze Gerfaux que S. M. Da .
noiſe a coutume d'envoyer tous les ans
à S. M.
>
Le Roi a accordé une penfion de 8000 .
livres à la Marquife de la Rochefoucault
, dont 4000. livres font fur la tête
de fa fille.
Le 2. de ce mois , jour de l'Anniverfaire
de feu Monfieur le Duc d'Orleans ,
on celebra dans l'Eglife de l'Abbaye Roya
le de S. Denis , un Service folemnel ,
pour le repos de fon ame. L'Archevêque
de Rouen , Premier Aumônier de S. A.
R. officia pontificalement : le Duc d'Orleans
y affifta , étant accompagné de fes
principaux Officiers , & de la Maifon de
feu Monfieur le Duc d'Orleans.
Le 3. premier Dimanche de l'Avent ,
le Roi entendit dans la Chapelle du Château
de Verſailles , la Meffe chantée par
la Mufique , & l'après - midi , S. M.
affifta à la Prédication du Pere Surian ,
Prêtre de l'Oratoire.
Le Roi a accordé à M. Bernage de
S. Maurice , Maître des Requêtes , &
Intendant de Languedoc , la Charge de
Grand- Croix , Secretaire & Greffier de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,
vacante par la démiffion volontaire du
I. vol.
Comte
2664 MERCURE DE FRANCE..
Comte de Morville , Chevalier de la
Toifon d'Or , Miniftre & Secretaire d'Etat
, ayant le département des affaires
étrangeres .
Le fieur Roi , Poëte Satyrique , fut
arrêté le 11. de ce mois , de l'ordre du
Roi , & conduit à la Baſtille .
Le Lundi 27. Novembre les Harangues
fe font faites au Parlement à la maniere
ordinaire . M. Talon , Avocat General
, arriere-petit- fils du Grand Talon ,
parla avec beaucoup d'éloquence & de
dignité ; il dit que s'il y avoit eu quelque
interruption de temps de la perfonne des
Talons dans laMagiftrature, il n'y en avoit
jamais eu pour les fentimens de fes ancêtres
, ce qu'il feroit gloire de montrer
en tout temps , & en tous lieux . L'affemblée
fut très - nombreuſe par la curiofité
d'entendre pour la première fois cet A vocat
General , qui réunit tous les fuffrages
dûs au merite , & au talent de la
parole
hereditaire dans cette famille. M. le
Premier Prefident , dont la nouvelle dignité
devoit faire une des principales
parties du Difcours , en fit un de fa part
d'environ un quart d'heure , & qui ne
parut pas à beaucoup près avoir tant duré.
Il remplit parfaitement toutes les hautes
idées qu'on avoit de lui. Il ne ſe fit
pas moins admirer dans celui qu'il fit
1. vol.
deux
DECEMBRE 1724.
1724. 2665
deux jours après , enfuite des Mercu
riales , dont M. le Procureur General
s'acquitte tous les ans d'une maniere qui
attire toûjours un très grand concours
d'admirateurs .
L'Archevêque d'Albi doit prefider
cette année aux Etats de Languedoc , à la
place de l'Archevêque de Toulouſe , qui
prefidera à la prochaine Aflemblée generale
du Clergé.
L'affaire des Eaux Minerales de Paffi ,
près Paris , a été jugée le 11. Novembre
dernier au Confeil des Depefches . M.
d'Ombreval , Lieutenant General de Police
, avoit été nommé Commiffaire pour
informer du droit des parties & de l'intereft
du Public. Il a été défendu à M.
Guichon , acquereur du terrain voifin de
celui de l'Abbé le Ragois où font les anciennes
fcurces , de foüiller davantage ,
avec ordre à lui de vendré en tout ou en
partie , fon terrain à cet Abbé , fuivant
l'eftimation qui en fera faite par M. de
Cotte , Premier Architecte du Roi . L'Arreft
fixe le prix de ces Eaux à cinq fols
la pinte , à condition que l'Abbé le Ragois
fera obligé de la donner gratis aux
Communautez , aux Hôpitaux , & aux
Malades que les Medecins certifieront
être hors d'état de les payer.
I. vol.
Let2666
MERCURE DE FRANCE:
Lettre écrite d'Angers le 19. Novembre
1724. fur la benediction de deux
Cloches de la Cathedrale.
L
A fonnerie de l'Eglife Cathedrale
d'Angers paffe il y a long- temps pour
une des plus belles du Royaume ; mais
depuis quelques années elle avoit fouffert
une alteration confiderable . Deux Cloches
étoient caffées. Ms du Chapitre de
cette Eglife prirent , l'Eté dernier , de
concert avec M. l'Evêque d'Angers , des
mefures pour les faire refondre.
M. l'Evêque en fon nom , & en celui
de fon Chapitre , eut l'honneur d'écrire
à S. A. S. Monfeigneur le Duc , pour le
fupplier de vouloir bien nommer la plus
groffe de ces deux Cloches . Ce Prince
qui par fon attention continuelle à procurer
le bien des peuples , s'eft attiré le
refpect & l'amour de toute la France , eft
particulierement reveré en Anjou , où
il poffede de grandes Terres qui appartiennent
depuis très- long- temps à la Maifon
de Bourbon -Condé. Il eut la bonté
d'accepter la propofition ; & pour le reprefenter
dans la ceremonie , il choifit
M. d'Autichamp , Lieutenant de Roi dans
là Province d'Anjou , à qui il fit en même
temps remettre une fomme confide-
I. vol .
rable
DECEMBRE 1724. 2667
rable , pour être employée à faire en cette
occafion des liberalitez dignes d'un auſſi
grand Prince.
Les Cloches furent fonduës au mois
d'Octobre , par les foins des fieurs Jolly
& le Roi , Fondeurs Lorrains , très- habiles
, & il eft entré dans cette Fonte près
de vingt milliers de métail.
Sur une des Cloches on voit écrit en
gros caracteres ces paroles : Me olimMauritium
nuncupatum , denuò fufum 1724.
Sereniffimus Excellentiffimus Ludovicus
- Henricus , Dux Borbonius , Condens
Princeps ; nominavit Ludovicum Henricum
, non peribit memoria ejus cum fonitu
meo.
›
Sur l'autre Cloche , à laquelle M,
l'Evêque a donné fon nom , on a mis : Me
olim Andream nuncupatum , denuò fufum
1724. Illuftriffimus ac Reverendiffimus in
Chrifto Pater , Michael Poncet de la Riviere
, Epifcopus Andegavenfis nominavit
Michaelem: memoriam abundantia fuavitatis
ejus eructabo .
La ceremonie de la benediction fe fit
le 14. Novembre . On avoit orné l'Egliſe
de belles Tapifferies qui reprefentent
les vifions de Saint Jean raportées dans
l'Apocalypfe. C'eft un prefent de René ,
Roi de Sicile & Duc d'Anjou . La Nef
étoit feparée en deux par un retranche- I, vol.
ment
2668 MERCURE DE FRANCE.
ment de charpente , ce qui for noit une
efpece de parquet. La Compagnie des
Grenadiers d'un Bataillon du Regiment
de fiémont gardoit le retranchement ,
& les autres Compagnies étoient en bataille
dans la Place devant l'Eglife.
La fête fut annoncée par la plus groffe
des anciennes Cloches , qu'on appelle
Gullaune , & qui fut fonduë il y a environ
150. ans , du temps de Guillaume
de Ruzé , Evêque d'Angers , dont elle
porte
le nom . A la fin de Complies toutes
les Cloches fonnerent , & le Bataillon
de Piémont fit une décharge generale.
وا
Alors M. l'Evêque revêtu de fes habits
pontificaux , précedé de tout le Clergé
de fon Eglife fortit du Choeur , ´s’avança
vers le bis de l'Eglife , & fe plaça
dans un fauteuil fur une eftrade couverte
d'un tapis , ayant à fes côtez deux Chanoines
Affiftans , & devant lui fes Aumôniers
& autres Officiers tous en
Chappes. M. d'Aurichamp , Lieutenant
de Roi étoit de l'autre côté près de la
plus grofle des deux Cloches , affis dans
un fauteuil pofé fur un tapis , avec un
carreau de velours brodé ; il avoit autour
de lui les Gardes de M. le Prince de
Lambefc , Gouverneur de la Province.
Le Chapitre fur deux lignes formoit un
Choeur , & à la fuite des bancs du Chapi-
I. vol.
tre ,
DECEMBRE 1724.
2669
tre , tirant vers le haut de la nef , étoient,
à droite la Compagnie du i refidial en
Robes rouges , à gauche les Maire , Echevins
, & autres Officiers de l'Hôtel de
Ville , qui tous avoient été invitez à la
ceremonie par le Chapitre ; & derriere
les bancs du Chapitre, & des autres Corps,
étoit placé un grand nombre de perſonnes
de confideration : au-deflus de toute
l'affemblee on voyoit dans l'Orgue les
Muficiens , comme fur un Amphitheatre.
Après les Pleaumes , les Oraifons ,
Onctions , Encenfemens , & tout le refte
de ce qui eft prefcrit dans le Pontifical
pour la benediction des Cloches , la Mufique
chanta pour Motet un des Pfeaumes,
Laudate , & à ces mots : in Cymbalis
benè fonantibus , les nouvelles Cloches
, au ton defquelles on avoit affujetti
la compofition de la Mufique , & l'accord
des inftrumens , y joignirent leur fon :
ce qui fit une harmonie auffi agréable
que finguliere. Le Bataillon de Fiémont
qui avoit déja fait deux décharges generales
, en fit une troifiéme. Toutes les
Cloches fonnerent , & M. d'Autichamp ,
felon les intentions de S. A. S. fit de
grandes largefles aux Officiers & Muficiens
de l'Eglife , aux Soldats , Fondeurs,
Charpentiers , & autres perfonnes qui
avoient eu part à l'ouvrage , auquel on
I. vol.
venoit
2670 MERCURE DE FRANCE .
venoit de donner la derniere perfection .
A l'entrée de la nuit on tira un feu
d'artifice fur la plate- forme d'une haute
tour du Château ; ce feu fut annoncé par
la décharge de douze groffes boëtes : les
pieces qui fe prefenterent d'abord, étoient
des lances à feu , des chandeles d'artifice
, & une girandole , ce qui fut fuivi de
la décharge de fix boëtes ; après quoi parut
un Soleil fixe à huit rayons très bien
diftinguez de deux groffes gerbes , qui
couvrirent toute la Tour d'étincelles
fort brillantes ; enfuite un pot à feu, étant
allumé par les gerbes, répandit une quan .
tité confiderable de ferpentaux & de petards
; on tira cependant à differentes repriſes
un grand nombre de fufées magnifiques
, & tout l'artifice , qui dura une
heure & demie , fut terminé par plufieurs
coups de canon.
Ĉe feu avoit été preparé , & fut executé
par les foins d'un Chanoine de la
Cathedrale , qui fe fit un plaifir de contribuer
à la magnificence de la fête , &
de donner cette marque de fon reſpect à
S.A.S. M ' . d'Autichamp donna un grand
repas à M. l'Evêque , à quelques Dignitez
& Chanoines de la Cathedrale , aux
principaux Officiers du Bataillon de Piémont
, & à plufieurs autres perfonnes dif-
I. vol.
tinguées
DECEMBRE
1724.
2671
tinguées qui avoient été témoins du ſpectacle.
Union des deux Semeftres du Parlement
d Bretagne. Lettre écrite de Rennes
le 18.
Novembre 1724.
'Union des deux Semeftres du Par-
Llement de
Bretagne merite , Meffieurs
, une place dans vôtre Mercure.
Cette Union fut confommée le 13. de ce.
mois de Novembre. On obſerve à peu
près les mêmes ceremonies , qu'on obferve
le lendemain de la S. Martin , à Paris
, à l'ouverture du Parlement. Le Chapitre
de l'Eglife Cathedrale de cette Ville
affifta à la Meffe , qui fut celebrée par
un Chanoine député , & chantée par la
Mufique du même Chapitre . La Meſſe
finie , Meffieurs du Parlement prirent
féance à la Grand Chambre , 'ayant à leur
tête M's le Prêtre de
Châteaugiron , &
de Robien , Preſident à Mortier. Le
mier eft fils de feu M. le Prefident le
pre-
Prêtre de Lefonnet , décedé depuis deux
mois , & frere de M. de Lefonnet , Confeiller
au Parlement de Paris . Cette famille
également confiderable par font
ancienneté , & par le grand nombre de
Magiftrats qui ont occupé les premieres
Charges de la Province , femble être en-
1. vol.
H. core
2672 MERCURE DE FRANCE .
core aujourd'hui plus illuftrée que jamais
, par le merite perfonnel des deux
freres . M. de Robien eft fils du Prefident
à Mortier du même nom encore vivant.
M. de la Villeguerin , Avocat General
, fit un beau Difcours , & convenable
à la majefté du fujet. Il s'étendit fort fur
les louanges de nôtre Augufte Monarque.
M. de Châteaugiron qui a été Avocat
du Roi au Châtelet , & qui pour faire
fon éloge en deux mots , a rempli cette
Charge avec honneur , avant que d'être
Confeiller , & enfuite Prefident à Mortier
dans ce Parlement , harangua avec
une éloquence , une force , & une politelle
digne d'un Magiftrat , qui étoit à la
tête d'un fi illuftre Corps. Il fit connoître
à M's du Parlement que la Nobleſſe ,
l'équité & la fcience , étant hereditaires
chez eux , ils n'avoient befoin , pour être
des Magiftrats accomplis , que de fe foutenir
dans la carriere qu'ils ont tous fi
glorieufement commencée avant l'Union
des deux Semeftres . Il rendit juftice à la
capacité des Avocats , & mit la gloire de
leur profeffion dans tout fon jour, & il
le fit dans des termes qui lui attirerent
l'admiration & l'eftime de tous les Auditeurs.
La ceremonie étant achevée par l'en-
C
I, vol.
registreDECEMBRE
1724.
2673
registrement de l'Edit du Roi , le fieur
Querand, Syndic des Avocats , à la tête
de fes
Confreres , alla affurer la Cour
dans la
perfonne de M. de
Chateaugiron
des refpects , & de la
foumiffion des
Avocats . On peut dire , fans le flatter ,
qu'il le fit d'une maniere auffi digne de
celui auquel il parloit , que de la grande
réputation qu'il s'eft acquife dans le Barreau
. Son difcours étoit vif , hardi , délicat
, concis , bien foutenu. M. de Chateaugiron
regala
fplendidement toute la
compagnie à diner , & le foir Mad . la
Prefidente , fon époufe , regala toutes les
Dames d'un foupé
magnifique . Enfin tout
le monde eft content de la
maniere majeftueufe
avec laquelle on a
accompli
une Union , qu'on croit propre à
détruire
bien des
chicannes ,
aufquelles les Semeftres
donnoient occafion. On pourra
juger du merite & de la Nobleffe des
Membres du
Parlement de
Bretagne , par
le nom de
quelques - uns de Ms les Prefidens
à
Mortier. M. de Brilhac , Premier
Preſident , Mis de Cuée , de Cormellier
, de Robien , de Bloffac , de
Chateaugiron , de Marbeuf , le dernier
n'eft pas encore reçû . La
Grand'Chambre
eft à prefent
compofée de cinq Prefidens
à
Mortier , & de trentequatre
Confeillers. La
Tournelle de cin Prefi
j
I. vol.
Hij dens
2674 MERCURE DE FRANCE.
dens à Mortier , & de vingt Confeillers.
La premiere des Enquêtes de trois Prefidens
& vingt Confeillers. La feconde
des Enquêtes de trois Prefidens , & 23 .
Confeillers . Les Requêtes du Palais de
quatre Prefidens & dix Confeillers.
4
Sur la fin du voyage de Fontainebleau
M. le Couturier , Maître des Comptes *
premier Commis des Finances , fous les
ordres de S. A. S. M. le Duc , ayant reprefenté
à ce Prince que les frequentes
attaques de goutte aufquelles il étoit fujet
depuis plufieurs années , avoient tellement
ruiné, fa fanté qu'il fe trouvoit hors
d'état de remplir les fonctions de fon
Emploi , a demandé la permiffion de fe
retirer , ce que Ș . A. S. lui a accordé
avec peine.
M. le Duc en faisant agréer au Roi la
retraite de M. le Couturier a propofé à
Sa Majefté d'ajoûter 4000. liv. de penfion
aux 9009. liv. faifant partie des appointemens
dudit fieur le Couturier
dont Sa Majefté lui avoit accordé la joüiffance
fa vie durant , en confideration ,
tant des fervices qu'il rendoit dans ce
pofte depuis l'année 1715. fous les ordres
de S. A. R. Monfieur le Duc d'Orleans
, Regent du Royaume , que de ceux
qu'il avoit cy devant rendus dans les pre-
*
I. vol . mieres
DECEMBRE 1724. 2675
mieres places , fous le Miniftere de Mts
Rouillé & Defmaretz ; S. M. a bien
voulu accorder ces 4000. liv . aux fervices
diftinguez de M. le Couturier.
S. A. S. a fait auffi accorder par le Roi
aux fieurs Bonnemain & Tanevot qui
travaillent , le premier depuis 24. années
, & le fecond depuis 15. dans le
Bureau de M. le Couturier , dix mille
livres de gratification ."
M. le Duc a choifi M. de Boullongne
pour remplir cette place. Il lui a été propofé
par M. le Couturier comme un fujet
d'autant plus propre à lui fucceder ,
qu'il étoit chargé depuis très- long temps
de la direction de tout fon Bureau.
M. de Boullongne eft fils de M. de
Boullongne , Directeur de l'Académie de
Peinture & Sculpture , & penfionnaire
de l'Académie Royale des Belles Lettres,
fi connu par les excellens ouvrages qui
le mettent au rang des plus grands Peintres.
En 1722. le Roi pour récompenfer
par des marques d'honneur un merite fi
fingulier , le fit Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , & au dernier voyage de Fontainebleau
Sa Majefté lui a donné des
Lettres de Nobleffe.
Le Roi a accordé au Duc d'Ufez la
permiffion de ceder fon Duché au Comte
I. vol.
Hiij.
de
2676 MERCURE DE FRANCE.
de Cruffol, fon fils , qui doit épouſe! Mademoifelle
de la Rochefoucault.
९
Le 12. de ce mois on fit avec les ceremonies
ordinaires , la proclamation ou
invitation des Cours Superieures , du
Corps de Ville & de l'Univerfité , qui
doivent affifter au Service folemnel qu'on
doit celebrer à Nôtre Dame le 15. de ce
mois pour le Roi d'Efpagne Don Louis I.
Le 8. Fête de la Conception de la Sainte
Vierge , le Roi entendit dans la Chapelle
du Château de Verfailles , la Meffe
chantée par la Mufique , & l'après- midi
S. M. aflifta à la Prédication du Pere
Surian , Prêtre de l'Oratoire.
Le Roi dîne toûjours le matin dans la
chambre , à caufe des frequentes parties
de chaffe , pour lefquelles on part de
bonne heure. Le foir S. M. mange dans
le grand falon à une table de 18. couverts
avec les Princes & les Princelles
qui font pour l'ordinaire , Madame la
Ducheffe d'Orleans la jeune , Madame la
Ducheffe , Mademoiſelle de Charolois ,
Mademoiſelle de Clermont . Le Roi nomme
les autres Dames & Seigneurs qui
font admis à la table de S. M.
-
L'Abbaye Reguliere de Clair Fon
taine en Thicrache , transfetée à Villers-
Cotterets , Ordrede Prémontré , Diocéfe
de Soiffons , vacante par le , dccès
་
1
།
r . vol. de
DECEMBRE 1724. 2677
de François Dufour , a été donnée au
fieur de Roqueveu , Religieux du même
Ordre , à la charge de deux mille
livres de penfions , fçavoir , huit cens livres
pour le fieur Macquer , Chanoine
Regulier des Prémontrez , & cent quatre
- vingt - treize fept huitiémes ducats
d'or , valant douze cens livres , monnoye
de France , pour le fieur de Fayoles
de S. Front , Chevalier de l'Ordre
de Notre - Dame de Mont- Carmel & de
S. Lazare.
>
Le Prieuré de Saint Eutrope dans la
Paroiffe de Foiroux ' , au Diocéfe de Luçon
vacant en Regale de fait ou de
droit , en faveur du fieur Jean - François
Maufe , Clerc Tonfuré du Diocéfe de
Luçon.
Le 15. de ce mois , le Roi fit celebrer
dans l'Eglife Metropolitaine de Paris , un
Service folemnel pour le feu Roi d'Efpagne
Louis I. Le Card . de Noailles, Arch.
de Paris, y officia pontificalement , comme
il avoit fait la veille aux Vêpres &
aux Vigiles des Morts. Le Duc d'Orleans
, le Comte de Clermont , & le
Prince de Conti , qui étoient les Prin
ces du deüil , allerent à Offrande avec
les Ceremonies ordinaires . Après l'Offertoire
, l'Abbé Mongin , nommé à l'Evêché
de Bazas , & l'un des Quarante
1. vol. Hiiij
de
2678 MERCURE DE FRANCE.
de l'Académie Françoife , prononça l'Oraiſon
funebre avec beaucoup d'éloquence
. Plufieurs Archevêques & Evêques
affifterent à cette Ceremonie , ainfi que
le Parlement , la Chambre des Comptes
, la Cour des Aydes , l'Univerſité
& le Corps de Ville , qui y avoient été
invitez de la part du Roi en la maniere
accoûtumée .
On donnera dans le prochain Mercure
une defcription exacte & détaillée de l
Pompe funebre , du Manfolée , & de
tout le fuperbe appareil de cette augufte
Ceremonie.
Vers envoyez par un jeune Seigneur à
une Dame qui lui avoit donné à faire
des næends en quinze jours.
Vous me donnez des noeuds à faire dont
j'enrage ,
En quinze jours il faut les finir , dites - vous ;
L'amour en un moment en forme de plus
doux ,
Ce Dieu n'y met pas davantage :
Voulez-vous avec moi partager fon ouvrage
1. vol. .
MORTS,
. DECEMBRE 1724. 2679
**kkkkkkk¥¥¥¥¥¥¥
MORT'S , MARIAGES , ET
Naiffances.
Lo
Ouis-Marie d'Albert- d'Ailly , Vidame
d'Amiens , fils aîné du Duc de
Chaulnes , & reçû en ſurvivance de fon
pere , dans a Charge de Capitaine- Lieutenant
des Chevaux- Legers de la Gar--
de du Roi , mourut à Chaulnes le 23 .
du mois dernier dans la 20. année de
fon âge.
Nicolas - Olimpe d'Aumont , Chevalier
non - Profès de l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem , & fils puîné de feu Louis
d'Aumont , Duc d'Aumont , Pair de
France & Premier Gentilhomme de
la Chambre du Roi , & de feuë Catherine
de Guifcatd fon époufe , mourut le
28. du même mois , dans la 10. année
de fon âge.
>
L'Evêque de la Rochelle , M. Etienne
de Chamflour , eft mort depuis peu
dans fon Dioceſe , âgé d'environ 80 .
ans.
Charles de Levis , Comte de Charlus
, Meftre de Camp d'un Regiment de
Cavalerie , & fils aîné du Duc de Levis
, Pair de France , mourut à Paris le
I. vol. Hv 10 .
2680 MERCURE DE FRANCE.
10. de ce mois de la petite verole , dans
la 26. année de fon âge.
Le Marquis de Joyeufe Grandpré , Colonel
des Cravates , a époufé Mademoi
felle de la Vieuville , fille du Grand Audiencier
de France de ce nom .
-
Le 30. Novembre , les Ceremonies
du Baptême du fils de M. Jean - Charles
Tallegrand , Prince de Chalais , & de
Dame Marie Françoife de Rochechouard
de Mortemar , furent fuppléées
dans l'Eglife de S. Sulpice. Il eut pour
Farain le Roi d'Efpagne , reprefenté par
Dom Patricio Lawlès , Lieutenant Ĝeneral
des Armées de S. M. C. Commandeur
des Ordres de S. Jacques &
d'Alcantara , Capitaine General du
Royaume de Minorque , & Ambaffadeur
à la Cour de France ; & pour Marraila
Reine d'Espagne , reprefentée
par Dame Marie -Anne Colbert , veuve
de M. Louis de Rochechouard , Duc de
Mortemar , Pair de France , General
des Galeres , & c. Cet enfant qui avoit
été ondoyé par permiffion le 21. Septembre
dernier , a été nommé Philippe-
Elifabeth.
>
Le 5. Decembre fut baptifé à S. Sulpice
le fils de Louis - Charles Marquis de
a Mothe -Houdancour , Brigadier des
Armées du Roi , & de M. Therefe
I. vol. de
DECEMBRE 1724. 2681
de Rochecourbon . Le Parrain , Louis
de Crevant , Duc d'Humieres , Lieutenant
General des Armées du Roi , & c .
la Marraine , Anne- Genevieve de Vantadour
, époufe du Prince de Rohan , reprefentée
par la Ducheffe de la Meilleraye
fa fille. Il a été nommé Louis -Geneviève.
Le 27. Novembre , Dame Madeleine
de Jonas de Bifferet , époufe de M. Claude
-François de la Croix , Chevalier
Confeiller du Roi , Receveur General
des Finances de Bourbonnois
ágée de 74. ans .
و
mourut
M. Michel Fremin , ancien Prefident
des Treforiers de France au Bureau des
Finances de la Generalité de Paris , Seigneur
de Corvol , d'Embernard , Chavales
, Vaujuif, &c. mort le 30. Novembre
, âgé de plus de 80. ans.
Le 4. de ce mois mourut à Paris Dame
Marie Petit , veuve de M. Nicolas
Meliand , Confeiller au Parlement , âgée
de 99. ans.
+
F. vol.
SUP H vj
2682 MERCURE DE FRANCE.
SUPLEMENT.
LETTRE écrite de Conftantinople le 29 .
Octobre 1724. contenant la relation de
ce qui s'eft paẞé à l'arrivée du Vicomte
d' Andrezel à Conftantinople , à
l'occafion de l'Audience qu'il a euë du
G. S. & des réjouiffances , &c.
Es Vaiffeaux du Roi le Solide , &
la Fregate la Loire , commandez par
M. de Beauquaire , arriverent à Conftantinople
le 13. Septembre dernier. M.
le Vicomte d'Andrezel , que Sa Majeſté
a nommé pour fon Amballadeur à la
Porte Ortomane , débarqua du Solide le
même jour , après avoir donné & reçû
les faluts ordinaires de canon & de moufqueterie
i alla enfuite au Palais de
France , avec un Cortege de 100. Chevaux
, dont le Grand- Vizir en avoit envoyé
50. à la Marine pour le recevoir
avec 40. Cafetans. Il fut reçû avec tout
l'accueil qu'il pouvoit attendre de M. le
Marquis de Bonnac , qu'il va remplacer
dans cette Ambaſſade ; il reçût auffi les
complimens de tous les Miniftres des
Puiffances Etrangeres & de ceux de la
Torte. Les conjonctures de fon arrivée
1. val.
ont
DECEMBRE 1724. 2683
ont été très agreables , par la nouvelle que
les Turcs reçûrent dans ce temps - là de la
prife d'Amadam , fur la frontiere de Perfe
, qui a donné lieu à de grandes réjouillances
, dans lefquelles , fur la notification
qui en fut faite à Mrs d'Andrezel
& de Bonnac par le Grand- Vizir ,
les Vailleaux du Roi ont fait des falves
de leur artillerie , qui ont répondu à
celles du Serail , de l'Arfenal , & de
tous les Forts , ce qui a fait beaucoup de
plaifir au G. S. Ce fut une occafion dont
M. de Beauquaire fe fervit à propos ,
pour marquer fa reconnoiffance au G. V.
des rafraîchiffemens envoyez de fa part
aux vaiffeaux de Sa Majefté , par un Aga
avec grande pompe & ceremonie.
M d'Anrezel eut Audiance du G. V.
le 10. Octobre , dans laquelle il reçut
tous les honneurs dûs au caractere d'Ambaffadeur
de Sa Majefté . On accorda par
ure diftinction particuliere aux Officiers
des Vaiffeaux du Roi 12. Kerckes , outre
* dix Cafetans qu'ils on eu dans le
nombre de 40. que le G. V. a fait diftribuer.
M. le Marquis de Fonnac ,
pour procurer ces Kerckes dont on n'a-
* C'eft une Robe longue de Camelot , agraphée &
bordée pardevant avec de courtes manches que portent
ordinairement les principaux Officiers militai
res .
1. vol.
voit
268 4 MERCURE DE FRANCE:
voit point encore oui parler dans aucune
premiere Audience d'Ambaſſadeur ,
s'eft fervi de l'exemple de M. de Camilly
, lorfqu'il ramena de France Mehemet
Effendi , en faveur duquel le G. V.
lorfque M. de Camilly le vint voir avec
les Officiers des Vailleaux de Sa Majefté
, voulut lui marquer fa reconnoiffance
de l'honneur que le Roi avoit fait
à l'Ambaffadeur de la Porte , en faisant
prefenter aufdits Officiers 10. Kerckes.
M. d'Andrezel a eu en fon particulier
un Cafetan d'une étofe très riche.
Le 17. Octobre le Comte du Ligondez
, Capitaine en fecond du Vaiffeau du
Roi le Solide , & M. le Vaffeur de Villeblanche
, Commiffaire à la fuite de
l'Efcadre , allerent dans le Canot de ce
Vaiffeau à l'Echelle de Topana , à qua- ·
tre heures du matin pour y recevoir
M. d'Andrezel , qu'ils débarquerent à
la clarté des flambeaux du côté de Conftantinople
, pour fon Audience du G. S.
Un quart d'heure après , ils y trouverent
Mrs les Officiers & Gardes de la
Marine , toute la Maifon de M. l'Ambaffadeur
, & les Nationnaux qui attendoient
M. d'Andrezel , un Chiaoux
Bachi , nommé Bequer Aga , qui y
étoit de la part du G. S. pour le recevoir,
& l'accompagner au Serail. Il y
I. vol. ayoit
DECEMBRE 1724. 208
avoit des chevaux pour tout le Cortege
, fur lefquels on monta . Les Valets
de pied étoient à la têre avec des flambeaux
; M. d'Andrezel , fes deux fils ,
& le Chiaoux Bachi marcherent après,
enfuite le fieur Belin , Chancelier ou
premier Secretaire de l'Ambaflade , portoit
la Lettre du Roi ; M. de Beauquaire
fuivoit avec tous les Officiers & Gardes
de la Marine qui prirent la droite ,
chacun fuivant fon rang d'ancienneté ,
Ja gauche étoit compofée des parens &
autres Gentilshommes de la fuite de
M. d'Andrezel , & les Marchands François
à la queue . La marche fut de près
d'une heure dans cet ordre par un temps
pluvieux. Le Chiaoux Bachi ayant appris
que le G. V. Ibrahim Pacha , ne s'etoit
pas encore rendu chez le G. S. pria
M. d'Andrezel de s'arrêter dans une petite
maison à une portée de fufil des
cours du Serail ; il y fit prendre du
caffé , & après avoir fait la priere on
reprit la marche jufqu'à la porte de la
derniere cour , où il fallut defcendre de
cheval pour la traver fer à pied. On entra
auffi - tôt dans le Divan au nombre
de quinze perfonnes : le G. V. qui étoit
affis dans le fond fit afleoir M. d'Andrezel
dans un coin du Divan , toute fa fuis
te refta debout.
I. vol.
A
2686 MERCURE DE FRANCE.
1
>
A la droite du Vifir étoit affis le Capitan
Pacha , nominé Mehemet Pacha
& un Vizir à trois queues , nommé
Achmet Pacha , gendre du G. S. & à
la gauche étoient les deux Cadilefquier
de Natolie & d'Europe , nommez Be-
Ker Effendi & Damada Effendi , les
deux bancs ou fopha des côtez étoient
occupez , fçavoir , celui de la droite par
le Nifangi Pacha , Vizir à trois queues,
& le banc de la gauche étoit occupé par
les Rays Effendi & Tefterdar , nommez
Mehemet & Achmet Effendi . On fit
entrer dans l'inſtant tous ceux qui devoient
être jugez , hommes ou femmes,
qui venoient les uns après les autres ,
leurs Placets ou Requêtes à leurs Commillaires
Rapporteurs qui les lifoient
ou les laifoient lire au G. V. lequel
mettoit fa décifion au bas de chaque Requête
, & renvoyoit les parties. Le
G. V. en expedia certainement plus de
cent dans moins d'une heure , & avec
beaucoup de facilité . La juftice ainfi rendue
, on porta au pied du Vizir quantité
de bourses d'argent , qu'on rangea en
pile , pour faire les payemens des Janilaires
, des Gibigi , des Canoniers ,
des Hifpahis , des Boftangis , &c. On
affure qu'il y en avoit pour plus de
1850. mille livres ; il eft vrai qu'il y
,
I. vol.
avoit
DECEMBRE 1724. 2687
avoit cinq mois que les troupes n'avoient
été payées . Lorsque toutes ces
bourfes furent rangées , on en prit de
plufieurs piles , une que
une que l'on renverfa en
prefence du G. V. & qu'on lui portoit
enfuite pour verifier fi les efpeces étoient
;
de bon aloi ; cette verification faite , on
commença à faire le payement par les
Janiffaires pour lers le Lieutenant du
Janiflaire Aga entra , baifa le bas de la
vefte du G. V. & fe rangea dans un
coin , fe tenant debout , jufqu'à ce que
tous les Janiffaires fullent payez , ce
qu'on fit Compagnie par Compagnie ,
les Capitaines à leur tête ; le payement
fini , cet Officier General des Janiffaires
alla encore baifer le bas de la vefte du
G. V. & fe retira enfuite affez vite ; le
Chef des Grenadiers , nommé Gibigi Bachi
, entra auffi pour voir payer fa troupe
, & fit la même ceremonic , mettant
un genouil à terre- en entrant & en
fortant ; les autres firent la même choſe,
le payement dura environ trois heures .
On fervit enfuite quatre tables pour
direr dans le Divan . A la premiere table
étoient le G V. & M. d'Andrezels
à la feconde toient le Capitan Pacha , le
fecond Vizit , Mrs de Beauquaire , du
Igondez , de la Chaize , & le fieur le
Valleur de Villeblanche. La troifiéme
1. vol.
table
2688 MERCURE DE FRANCE.
table étoit remplie par le troifiéme Vizir
, Milord Garlież , les enfans & le
coufin de M. d'Andrezel , & M le Chevalier
de Piofains , Lieutenant de Vaiffeau
. La quatrième étoit deftinée pour
les deux Cadilefquiers feuls . On ne fut
pas plus d'une bonne demie- heure à table
; on y fervit plus de 60. plats les
uns après les autres : le Capitan Pacha
excitoit toûjours à manger , le G. V.
envoya même plufieurs plats de fa table
à celle du Capitan Pacha : la boillon
étoit du Sorbec , & les cuilliers pour
manger la foupe étoient d'écaille . Aprés
le diner M. d'Andrezel fortit du Divan ,
& fut conduit avec fa fuite fous un periftile
où les Cafetans furent donnez. On
attendit que le G. V. & fes deux Lieutenans
fuffent_entrez chez le G. S. En
entrant dans la Chambre d'Audience , où
étoit Sa Hauteffe , M. d'Andrezel , après
l'avoir faluée , la complimenta au nom
du Roi , & lui dit en François le fu
jet de fon Ambaffade ; le compliment
fini , ou lui fit faire une inclination de
tête , & à tous ceux de fa fuite qui
étoient tenus par deffous les bras par
des Capigi Bachi. Le premier Drogman
de la Porte , nommé Giga Maurocordato
, frere du Prince de Valaquer ,
avoit repeté en Turc le compliment de
I. vol.
M.
DECEMBRE 1724. 2689
M. d'Andrezel Durant cette Audience
le G. S. étoit affis fur un trône en forme
de lit à quatré colonnes enrichi
d'une infinité de pierreries , tenant fes
mains fur fes genoux , & ayant auprès
de lui fon fabre pofé fur un riche carreau
, le G. V. étoit vis - à - vis du Sultan
& debout avec les deux Lieute
nans derriere lui ; les quatre fils du G. S.
âgez depuis fix juſqu'à quinze ans étoient
debout contre une fenêtre au pied du
trône. Le G. S. parut fort content du
compliment.
›
Au fortir de cette Audience , M. d'Andrezel
& fa fuite , à cheval , refterent
dans la premiere cour pour voir défiler
les Janillaires & les autres Troupes ,
ce qui dura plus d'une heure. On retourna
enfuite à la Marine dans le même
ordre qu'on étoit venu . Il y avoit à
cette porte un détachement de Janiflaires.
On traverfa par mer de Conftantinople
à Topana ; le Solide & la Loire
étoient pavoifez de pavillons & flames ;
le Solide falua M. d'Andrezel de 21 .
coups de canon , & la Loire de 19. Les
Bâtimens Marchands François firent la
même chofe fuivant leur portée.
Mrs de Beauquaire , le Vaffeur de Villeblanche
, le Comte du Ligondez , &
les fiers de la Chaize & Chevalier de
1. vol.
Pio
2690 MERCURE DE FRANCE.
Piofins furent auffi preſens à l'Audience
du Sultan .
Le G. S. a fait faire depuis cinq jours
à la pointe de fon Serail de grandes réjouiffances
pour la prife d'Erivan , & la
défaite d'un General Perfan , qui avoit
voulu furprendre la Ville de Tiflis . Le
G. V. envoya à M. d'Andrezel un Aga,
pour l'informer de cet heureux fuccès ,
& pour le prier de donner quelque démonftration
publique de joye , telles que
le G. S. les attendoit de l'ancienne amitié
qui étoit entre les deux Empires , &
dont il avoit déja vû avec plaifir des
marques à l'occafion de la prife d'Amadam
. }
Il y a eu à cette occafion de grandes
illuminations , feux d'artifices , attaques
fur mer de petites fortereffes de bois ,
conftruites fur des batteaux plats , par
des Chaloupes fort ornées de pavois &
de Banderolles , Combats navals , Mufiques
, Danfes , & Mafcarades ; c'étoit
au bruit d'un gros feu d'artillerie , tant
du Serrail de Topana & des Forts , que
des quatre Vaiffeaux de guerre & de fix
Galeres qu'on avoit fait defcendre du
fond du Port pour moüller vis - à - vis
le Serail. Les Vailleaux du Roi fe font
diftinguez par des falves réïterées . Mrs
de Beauquaire & de Marandé avoient
I. vol.
orDECEMBRE
1724. 2691
,
ordonné des illuminations de lampions
placez aux hunes , & à toutes les vergues
, & des lanternes difpofées avec
fimetrie le long des lices , aux prouës
& aux poupes ; mais ce qui plut davantage
au G. S. en le furprenant agréablement
ce fut lorsqu'il s'apperçût le
fecond jour d'une grande lueur qui ſembloit
le promener en dedans & autour
des Vaiffeaux , c'étoient deux ou trois
cens Matelots & Soldats , chacun avec
une bougie à la main , qui au fon du
tambourin & des fifres couroient le long
des lices en dan fant ; Te G. V. envoya
des Turcs & un Eunuque noir du Serail
(fans doute par ordre du G. S. ).
pour voir de plus près ce que c'étoit que
cette lumiere ambulante .
Ms les Commandans ont tenu une
groffe table , où non feulement Mrs d'Andrezel
& de Bonnac , & les François ,
mais encore les Miniftres Etrangers
& même des Turcs de diftinction , attirez
par la nouveauté du fpectacle , ont
mangé , quittant la vûë du feu d'artifice
du G. S. pour venir entendre le fon
du tambourin & des autres inftrumens
des Matelots , avec lefquels ils fe faifoient
un plaifir de crier , Vive le Roi .
Le 28. Octobre le G. S. voulant
encore rencherir fur les illuminations
I. vol.
des
2692 MERCURE DE FRANCE.
des foirs précedens , fit raflembier tous
les Caiques à deux lieuës dans le canal
au nombre de plus de 5000.tous éclairez
avec des lampions , qui marchoient
en ordre & par divifion . Ils vinrent
tous ſe rendre , aprés avoir défilé devant
Sa Hauteffe , pour occuper les vuides
entre fes Vaiffeaux & fes Galeres.
Ces feux flottans faifoient le plus bel
effet qu'on puiffe voir. M. d'Andrezel
fit auffi illuminer les galeries & la porte
du Palais de France , où les Janiffaires
préfentoient à tous les paffans du caffé ,
des pipes , & les faifoit repofer fur des
fophas ou fieges préparez exprès . Ces
attentions de la part de M. d'Andrezel
& de M. de Beauquaire ont attiré beaucoup
de confideration à la Nation parmi
les Turcs , qui ne rencontrent plus aucun
François fans lui dire , Benin doſtum
ceni , vous étes mon veritable ami ; ce
qui eft le plus grand témoignage d'amitié
& de confideration que l'on puiffe
donner parmi les Turcs . Je fuis , &c.
1. vol.
DIS
DECEMBRE 1724.
2693
DISCOURS qui a remporté le prix
d'Eloquence en l'année 1724. au jugement
de M's de l'Académie Royale
des Sciences & des Beaux Arts , établie
à Pau , fous la protection de M. le
Comte de Morville , Miniftre & Secretaire
d'Etat , Chevalier de la Toifon
d'Or ,par M.Roborel de Climens , Avocat
au Parlement de Bordeaux , brochure in
4º de 16. pages , imprimé à Bordeaux.
C
E Diſcours nous a paru parfaite
ment beau & digne de l'approbation
des connoiffeurs ; mais il nous eft
impoffible de l'inferer ici dans fon entier
, nous en marquerons feulement le
dernier trait , après avoir averti que le
Difcours rouloit fur ce fujet : Le bonheur
de l'homme ne confifte pas à être fans paf
fions , mais à s'en rendre le maître. » Telle
» étoit la fauffe morale du Paganiſme
» dit l'Orateur , elle égaroit l'homme au
» lieu de le conduire . Ceux- ci profcri-
>> voient les paffions comme la fource de
» nos troubles & de nos malheurs . Ceux
>> qui mirent le bonheur dans leur entiere
>> fatisfaction , ne firent pas une meilleure
» découverte. Ces deux excès étoient
» également vicieux .
» C'eſt la Religion qui a frayé à l'hom-
» me cette voye raifonnable , où il peut
I. vol.
trouver
2694 MERCURE DE FRANCE .
trouver fon bonheur prefent , en afpi- «
rant à la felicité éternelle . Elle adinet «
les paffions , & n'en défend que l'ex- «
cès & le defordre. Ses divines loix ne <<
tendent qu'à nous fournir les moyens <<
de les regler. «
Nous avons reçû avec ce Difcours une
feuille imprimée qui contient en ces
termes le fujet propofé par l'Académie
des Sciences & des Beaux Arts , établie
à Pau pour le prix de l'année 1725.
Les Etats Generaux de cette Provin- <<
toûjours attentifs à ce qui peut lui «
procurer quelque utilité ou quelque
ornement , ont bien voulu concourir «
au zele des Meffieurs qui ont formé l'A- «<
cadémie en contribuant avec eux , <<
d'une fome annuelle aux frais ne- «<
ceffaires , pour l'entretien de cet éta- «
bliffement. «<
>
Cette liberalité a engagé Meffieurs «<
de l'Académie à employer une partie «<
de cette fomme à un prix qu'ils don- «<
neront chaque année , vers la Fête de «<
Saint Louis , à celui qui aura le mieux «<
réüffi dans une Piece d'Eloquence ou «<
de Poëfie , felon le genre d'écrire qui «<
fera propofé. «
Ce Prix fera une Medaille d'or , où «
feront gravées d'un côté les Armes de
I. vol.
la
DECEMBRE 1724. 2695
la Province , & de l'autre la Deviſe de «
l'Académie. «
» On le deftine pour l'année prochaine
» à une Piece de Profe d'une demi heu-
» re de lecture , qui fera trouvée la meil-
>> leure au jugement de l'Académie , &
» dont le ſujet ſera cette penſée.
Le mauvais ufage que nous faifons de
nôtre bonheur, eft fouvent la caufe de nos
disgraces.
>> Les perfonnes de tout fexe , de tou-
» tes conditions , & de tous les pays
» pourront prétendre au prix .
» Comme l'Académie veut ignorer les
»> noms des Auteurs , dont les ouvrages
» feront jugez les moins dignes , on les
» avertit de mettre une Sentence au bas
>> de leurs Pieces , & leur nom feparé-
» ment dans un billet cacheté , fur le dos
duquel ils mettront auffi la même Sen-
>> tence , afin qu'on puifle connoître par
» là le billet où fera le nom de l'Auteur.
>> On fe contentera d'ouvrir celui - là , &
» on brûlera en public tous les autres .
>>
» Comme il faut du temps pour l'exa-
» men des Pieces , les Auteurs feront te-
>> nus de les envoyer avant le premier
» de Juillet , celles qui arrive ont plus
» tard , n'entreront point en concours .
>> On pourra les adreffer à M. l'Abbé
» Levafleur , Chanoine & Secretaire de
1. vol. I l'Aca2696
MERCURE DE FRANCE.
l'Académie , ou à quelqu'autre des
» Mts de l'Académie , & fi on envoye
par la pofte , il faudra en affranchir le
»port.
SONNET rempli fur les Bouts -rimez,
donnez .
E plus chetif pied- plat des bords de la
Garonne ,
Vante ailleurs fa Chaumiere autant que lePerou,
Quoiqu'au fond ce ne foit qu'un réfuge à Hibou
Si ne voudroit- il pas troquer pour la Couronne.
Pour les moindres Philis il a mainte Baronne ;
Mais notez que ce font de ces vieilles Houbou ,
Ce qu'il fçait , ce qu'il dit , ce n'eft point comme
un
Fou
Sa tête , à ce qu'il dit , vaut toute la Sorbonne,
Pour la langue il eft bien au- deffus de Balzac ,
Même il a pour mentir le pas fur l'Almanach ,
Des projets de l'Etat il décide en Miniftre.
Cependant ce beau Sire eft peut-être un Magot,
Qui fouvent en Hiver , n'a buche ni Fagot ,
Et vit plus piétrement qu'un miſerable Cuiſtre,
1. vol.
LET,
DECEMBRE 1724. 2697
LETTRE écrite aux Auteurs
du Mercure.
Rouvez bon que je vous apprenne ,
Mellieurs , les circonftances de deux
accouchemens affez extraordinaires , &
qui femblent meriter
par là que vous en
faffiez mention dans votre Mercure.
Le 25. Juin de la prefente année 1724.
la femme du fieur Guerry du Roule ,
Juge de la Baronnie de Mantereffe ,
près de la Ville de Montbron , en Angoumcis
, accoucha d'une fille . Huit.
jours après elle fe releva en parfaite fanté
, & fut à la Meffe . Le neuf Juillet
fuivant , ( c'est-à-dire 15. jours après ce
premier accouchement
, ) elle fentit de
grandes douleurs qui lui durerent environ
demie -heure , après lefquelles elle
accoucha d'un fecond enfant mort. La
fille de la premiere couche f porte fort
bien , & la mere n'a point été incommodée
de la feconde.
REPONSE à la question proposée
dans le Mercure de Novembre dernier,
par M. d'Auvergne.
E ne crois pas , Meffieurs , qu'il y ait
beaucoup à balancer fur ce que vous
3. vols I ij ayez
2698 MERCURE DE FRANCE.
avez mis en problême dans vôtre Mercure
du mois de Novembre dernier , lequel
eft le plus malheureux & le plus à
plaindre , ou d'un homme qui déplaît à
tout le monde , ou d'un homme à qui tour
le monde deplaît. Et je ne fais pas de doute
que ce ne foit celui à qui tout le monde
déplait. C'eft pourtant une extrême difgrace
que de déplaire à tout le monde ;
mais quelque grande qu'elle foit , il n'eſt
allurément pas impoffible de la fupporter
patiemment , ou d'y trouver du moins
quelque foulagement. Il fuffit pour cela
d'être parvenu à cet efprit de Philofophie
qui nous empêche de chercher nôtre
bonheur hors de nous - mêmes & dans
l'opinion d'autrui ; on eft alors au- deflus
de l'injure , de la médifance , du mépris,
de la raillerie , & la perfuafion interieure
, ( foit qu'elle foit bien fondée ou non , )
de n'être point en faute , & de n'avoir
rien à fe reprocher , eſt un plaifir plaifir qui
l'emporte fur celui de recevoir partout
un accueil favorable. Sans ambition il
n'eſt pas fort affligeant de n'avoir ni amis
ni protecteur fur qui on puiffe compter
pour s'avancer dans le monde , & pour
un homme qui a une forte inclination
pour le travail ; ce n'eft pas un mal que
la folitude où le laiffe l'averfion que l'on
lui ; fe fuffifant à foi- même , il eſt .
a pour
I. vol. moins
DECEMBRE 1724 .
2699
moins expofé à l'ennui qu'on ne l'eft au
milieu des focietez les plus nombreuſes .
Je fuppofe même , ce qui eft effectivement
bien plus commun qu'un caractere
femblable à celui que je viens de tracer ,
je fuppofe , dis -je , qu'accoutumé à l'inaction
, on recherche avec avidité les plaifirs
, le jeu , la focieté ; qu'ambitieux , on
defire avec paffion les emplois , les honneurs
, les dignitez ; c'eft là le cas fans
contredit où il eft le plus mortifiant de
ne plaire à qui que ce foit . Mais une fituation
fi affligeante n'eft pas fans quelque
intervale qui en diminue l'amertume. Si
hai que foit un homme , quelque univerfel
que foit le népris que l'on en fait ,
il ne laiffe de fe rencontrer de temps
pas
en temps des perfonnes , qui par un efprit
de paix , de politique , ou de generofité
le traitent honnêtement , & dont
la politeffe en lui donnant l'efpoir de for
mer quelque liaiſon , effice le fuvenir
des chagrins qu'il a effuyez ailleurs , &
s'il étoit poffible que cette confolation lui
fut encore ôtée , il en trouveroit du
moins dans l'idée flateufe que le temps
qui enfevelit tout dans un profond oubli
, lui ramenera l'estime qu'il n'a perduë
que par quelque action odieuſe , ou
pir une conduite peu reguliere.
Le Mifantrope au contraire à qui tout
I. vol.
I iij .
le
2700 MERCURE DE FRANCE .
le monde déplaît , ne reffent jamais le
moindre mouvement de plaifir ; ſa mauvaife
humeur ne le quitte pas , elle l'accompagne
partout : tous les objets qui fe
prefentent à fa vûe font pour lui de nouveaux
fujets de douleur. Il n'eft pas de
compagnie qui ne redouble fa peine : un
compliment le choque , c'eft une lâche
flâterie , & un air plus réfervé n'eft , ſelon
lui , que l'effet d'une extrême ftupidité
, ou d'un orgueil fans égal. Dans
l'un il croit reconnoître un ami infidele
dans l'autre un Narciffe , un homme qui
n'aime que foi-même , celui- ci lui eft infupportable
, parce qu'il n'a pour but
dans toutes les actions qu'un fordide intereft
; celui - là , parce qu'il eft un fourbe
; on fuppofe tout cela , en fuppofant
que tout le monde lui déplaît. Où fuïrat'il
donc pour ſe mettre l'efprit dans une
affiette plus tranquille. Ira-t'il à l'exemple
des anciens Anachorettes fe cacher
dans le fond d'un défert , & y vivre
d'herbes & de racines. C'eſt- là , ce femble
, le feul parti qu'il ait à prendre pour
n'avoir plus de communication avec les
hommes , qui tous fans exception lui font
fi odieux . Mais dès qu'une vie fi ennuyeufe
& fi dure partira d'un auffi mauvais
principe , de combien de nouveaux
gemiffemens ne fera -t'elle pas la fource ,
I. val. &
.
DECEMBRE 1724. 270.1
& jamais y aura- t'il eu plus d'occafions
de déplorer la corruption du genre humain
? Ainfi un homme de ce caractere
quelque part où on le place , fera un nouvel
Heraclite , un pleureur perpetuel ,
& beaucoup plus malheureux par confequent
que celui qui déplaît à tout le
monde , puifque celui- ci a du moins
quelques intervales de bon. J'ai l'honneur
, & c.
QUESTION du Mercure de Novembre,
décidée par M. Laffichard .
D Amon fans ceffe pefte & gronde ,
Il n'eft aucun mortel qui ne bleffe fes yeux ,
Il a couru long-temps fur la terre & fur l'onde,
Sans trouver à fon fens un objet gracieux :
Enfin nul ne lui plaît fous la voute des Cieux ,
Il hait également & la brune & la blonde,
L'impie & le devot , le froid & l'amoureux ,
Mais , Tircis , je vous trouve encor plus
malheureux
Vous déplaifez à tout le monde.
1. vol. I iiij AR2702
MERCURE DE FRANCE.
LETTRES PATENTES ,
EDITS , ARRESTS , & c.
EDIT du Roi, portant que le prix des
Offices fera & demeurera fixé pour chacun
defdits Offices , fur le pied qu'il l'étoit
avant l'Elit du mois de Decembre 1709. Donné
à Fontainebleau au mois de Decembre
1724. Regiftré en Parlement le s . Decembre.
LETTRES Patentes fur Arreft , qui ordonne
que les Grands -Maîtres des Eaux &
Forefts , ne feront tenus d'envoyer leurs Etats
qu'au Confeil , és mains du fieur Controleur
General des Finances. Données à Fontainebleau
le 1. Septembre 1724 Regiftrés en la
Chambre des Comptes le 8. Septembre 1724.
DECLARATION du Roi , qui continuë
pendant quatre années la levée de trente fols
par muid de Vin entrant dans Paris , en faveur
de l'Hôtel - Dieu & de l'Hôpital general. Donnée
à Fontainebleau le 12 , Septembre 1724.
par laquelle il eft dit ce qui fuit. Voulons que
lefdits trente fols par Muid de Vin foient payez
comme pour nos deniers & affaires par toutes
fortes de perfonnes exemptes & non exemptes,
privilegiées & non privilegiées , Gent Ishommes
, Nobles , Officiers de nos Cours , Notaires
& Secretaires de nos Maifon & Couronne
de France & de nos Finances , Domestiques
& Commenceaux des Maiſons Royales & auquelques
Titres & Exemptions qu'ils
tres
I. vol.
ayent
DECEMBRE 172 4. 2703
ayent ou puiffent avoir , fans aucune exception
ni réferve , quoique non imprimée , mê.
me fur les Vins deftinez pour nous , à l'ufage
des Maiſons Royales , des Princes & Officiers
de la Couronne , defdites Compagnies & des
Maifons & Communautez Seculieres & Regulieres
, nonobftant tous privileges & autres
chofes à ce contraires , aufquelles nous avons
dérogé & dérogeons pour ce regard , fans
tirer à confequence , attendu ladite deftina-
& c. tion ,
ARREST du 12. Septembre , qui fait défenfes
aux Habitans des Paroifles , fituées dans
les trois lieuës des limites des Provinces de
Champagne , Bourgogne & Breffe , dénommées
au prefent Arrelt , de faire aucune plantation
& culture de Tabac , d'en tenir des
magafins & entrepofts , foit en feuilles , en
corde , en poudre ou autrement fabriquez .
ARREST du même jour , qui confirme
deux Sentences des Elûs de Niort & condamne
Philippes Cherbonneau , Marchand de
Vin & d'Eau- de Vie en l'amende de quinze
cens livres , & en la confifcation de cinquante
une Bariques d'Eau de - Vie , faute par lui:
d'avoir rapporté des certificats de décharges
du lieu de la deftination , &C.
ARREST du même jour , concernant les
Décharges à fournir par les Beneficiers , le
Recouvrement à faire & les Contraintes- à
exercer contre les Commis des Econômes
Generaux , Fermers & autres porteurs de
leurs Procurations , qui ont regi & reçû les
revenus des Benefices vacans à la nomination
de Sa Majefté , & en confequence ordonne
Iv que
1. vol.
2704 MERCURE DE FRANCE.
que les Prélats & autres Beneficiers qui font
en demeure de rapporter les décharges exprinées
dans fes Edits , Declarations & Arreits
de fon Confeil , notamment par celui du
vingt- fix Mars 1697. les remettront au fieur
Marchal , huitaine après la fignification du
prefent Arreft , finon qu'ils y feront contraints
par faifies de leurs Temporels. Veut Sa Majetté
que ceux qui feront en retard de payer
ce qu'ils doivent pour le tiers deſtiné aux
Nouveaux Convertis & autres droits d'Econômat
, foit pour avoir reçû eux mêmes les
revenus du temps de la vacance de leurs Benefices
, ou cautionné ceux aufquels il a été
donné des Procurations pour en faire la Regie
, foient pareillement contraints par les mêmes
voyes , & c.
ARREST du 25. Septembre , par lequel Sa
Majesté ordonne qu'à l'avenir , à commencer
du jour de la publication du prefent Arreſt ,
les Maîtres , Entrepreneurs des Caroffes Meffageries
& autres Voitures publiques , tant
par Eau que par Terre , enfemble leurs Commis
& Prépolez , dans toute l'étendue du
Royaume , feront tens d'avoir un Regiſtre
particulier , paraphé par les fieurs Intendans
& Commiffaires départis , ou leurs Subdeleguez
, dans lequel ils enregistreront par compte
les Efpeces d'or , & par poids celles d'argent
, qui leur feront remifes par toutes fortes
de Receveurs & Commis comptables des deniers
Royaux , pour être voiturez tant dans la
Ville de Paris que dans les autres Villes du
Royaume , & délivreront à ceux qui feront
lefdits envois des copies defdits Enregistremens
, fignées d'eux le tout à peine par lef
dits Maîtres , Entrepreneurs & Cominis def-
I. vol . dites
DECEMBRE 1724. 2705
dites Voitures de mille livres d'amende , & de
demeurer refponfables , en leurs propres &
privez noms , des fommes qui fe trouveront
manquer dans lefdits Envois , &c.
ARREST du 26. Septembre , qui ordonne
l'execution de la Declaration du 16. Mars
1720. & en confequence declare nulle une
Confignation de 650. livres faite entre les
mains du nommé Bardon , Huiffier , & condamne
le nommé Benafté au coût du prefent
Arreſt liquidé à 75. livres.
DECLARATION du Roi , du même jour,
qui porte que les Proprietaires des Rentes
affignées fur l'ancien Clergé , & dont la réduction
a été faite au denier 40. par la Declaration
du 16 Novembre 1713. qui ont plufeurs
parties payées par un même Payeur.
pourront par les Quittances qu'ils donneront
des fix derniers mois de la prefente année
réunir ladite Rente en une feule & unique partie
; & ceux qui ne feront point ladite réunion,
en demeureront déchûs pour toûjours.
›
DECLARATION du Roi , en explication
de l'Edit du mois de Juin 724. qui a regle le
denier de la Conftitution fur e pied du denier
30. Donnée à Fontainebleau le 26. Septembre
1724. Registrée en Parlement le 12. Octobre.
" ARREST du Grand Confeil , du même
jour , qui fait défenfes à tous ceux qui fe prétendent
Creanciers , tant des Ordres Royaux ,
Militaires & Hofpitaliers de Notre- Dame du
Mont Carmel & de Saint Lazare de Jerufalem,
que de l'Hôpital de Saint Jacques , uni au dits
Ordres , de faire des faifies & Arretts en d'au
I. vol.
tres I vj
2706 MERCURE DE FRANCE.
tres mains qu'en celles du Receveur particu
lier defdits Ordres.
ARREST du 4. Octobre , qui ordonne la
fuppreffion d'un Ecrit , ayant pour titre , Relation
de ce qui s'eft paffé dans l'Affemblée generale
de la Congregation de la Miffion , tenue
à Paris le 1. Aouſt 1724.
ARREST du même jour , qui ordonne que
Charles Baffet comptera au Confeil , tant des
droits qui compofoient la Ferme de Pierre
d'Eftabeau que de ceux réſervez à Charles
Cordier.
,
ARREST du 7. Octobre
qui maintient
les Abbé & Religieux de Notre - Dame de
Montferrat dans le droit de nommer à l'Abbaye
de Saint Geniez , en Rouffillon , un Abbé
triennal amovible ; à la charge neanmoins que
Iedit Abbé fera né fujet du Roi ; qu'il y fera
établi un Noviciat , pour y recevoir feulement
les Sujets de Sa Majelté; que le revenu
de ladite Abbaye ne pourra fortir du Royaume;
que les Vifiteurs qui feront envoyez de
l'Abbaye de Montſerrat , ne pourront exercer
leurs pouvoirs fans une permiffion particuliere
de Sa Majefté.-
ORDONNANCE de Police , publiée le 7.
Octobre , qui fa t défenfes à tous Hôteliers ,
Aubergiftes , Milanois , Savoyards , Lom .
bards , Pied nontois , Compagnons Tailleurs
Ravaudeufes , & autres qualifiez de Prevolts
de Chambrées , de donner à coucher à la nuit,
fans avoir un Regiftre vifé du Commiffaire ,
contenant les noms , furnoms , qualitez &
Pays, &c de ceux qu'ils retirent. Et qui con-
1. vol.
damne
DECEMBRE
1724.
2707
damne le nommé Gubert , Savoyard , en trois
livres d'amende.
ARREST du 10. Octobre , qui declare fujets
au Contrôle , les Actes & Adjudications
de nature à pouvoir être faits pardevant Notaires
, qui feront reçûs par les Greffiers &
Officiers de Juftice ; & accorde délai jufqu'au
dernier Mars 1725. pour contrôler les Actes
de cette nature.
ARREST du même jour , qui ordonne aux
Greffiers & autres Officiers de Juftice , de
faire contrôler dans la quinzaine les Adjudications
ou autres Actes faits pardevant eux ,
& leur accorde délai jufqu'au dernier Mars
1725. pour faire contrôler les précedans en
payant les Droits.
ARREST du 24. Octobre , qui ordonne que
les Acquereurs de biens immeubles à quelque
titre que ce foit , feront tenus de payer tous
-les droits du Centiéme Denier , dont lefdits
biens fe trouveront chargez à caufe des mutations
arrivées avant leurs titres de proprieté.
ORDONNANCE du Roi du 25. Octobre ,
portant défenfes de courir la Pofte en Berli
nes , ni en Chaiſes à deux perfonnes , par laquelle
il eft dit que Sa Majefté ayant été informée
, que le dérangement & la ruine de
nombre de Poftes fur differentes routes du
Royaume, provient principalement de l'ufage
qui s'eft introduit depuis quelques années
de courir dans des Voitures à quatre & à
deux perfonnes , lefquelles Voitures s'étant
multipliées confiderablement , ont caufé defi
frequentes pertes de chevaux aux Maîtres des
1.νοί. Poftes
2708 MERCURE DE FRANCE.
Poftes , que plufieurs ont été obligez de les
abandonner ; Et ce defordre étant également
préjudiciable au fervice de Sa Majefté & à
celui du Public. Elle a jugé à propos , pour
mettre les Maîtres des Poftes en état de fe
rémonter & de faire exactement leur fervice,
d'abolir l'ufage des Voitures à quatre & à
deux perfonnes , pour courir en pofte ; &
pour cet effet Sa Majefté a défendu & défend
très -expreffément & fous peine de prifon , à
tous les Maîtres des Poltes des Routes , tant
en droiture que de traverfe , foit du dedans,
foit des frontieres de fon Royaunie , & pour
quelque caufe que ce puiffe être , de donner
des chevaux pour mener des Berlines ou des
Chaifes à deux perfonnes , fans une permiffion
par écrit de Sa Majeſté , du Surintendant
General des Poftes , ou de ceux qui feront
chargez de l'execution de fes Ordres : Et à
l'égard de ceux qui courreront en chaife à
une perfonne feule , Sa Majefté veut & or
donne que leurs Malles , Valifes ou Portemanteaux
, ne puiffent exceder à l'avenir le
poids de cent livres , lefquelles Malles ou
Portemanteaux feront pefez à la premiere
Pofte de la Route que tiendront les Courriers
, & en cas qu'ils fe trouvent d'un poids
plus fort que celui defdites cent livres , yeur
Sa Majefté , que l'excedent en foit ôté , &
défend aux Maîtres de Poftes de leur don
ner des chevaux . Défend pareillement sa Majetté
à tous Courriers , de que que qualité &
condition qu'ils puiffent être , qui courreront
en Chaife , de faire mettre leurs Malles
ou Valifes fur le devant de leurfdies Chaifes
, mais bien fur le derriere d'icelles , pour
éviter que les chevaux de brancard foient ef-
}
4. vol·
tropiez
DECEMBRE 1724 2709
tropiez par la furcharge , comme il eft arrivé
en plufieurs occafions. Sa Majesté étant
informée d'ailleurs , que la plupart des Poftillons
, au lieu de s'en retourner à leurs
Poftes avec leurs chevaux , s'arrêtent des
temps confiderables en chemin , à des cabarets
ou ailleurs , & font caufe que les Courviers
ne font pas toûjours fervis promptement
, Elle enjoint aux Prevôts ou Commandans
des Maréchauffées établies dans les Provinces
du Royaume , d'obliger les Poftillons
qu'ils auront ainfi trouvez en contravention
de la prefente Ordonnance , à conduire leurs
chevaux à leurs Poftes , & enfuite de les arrêter
& conftituer Prifonniers dans les Prifons
Royales les plus prochaines defdites
Poftes, pour y refter juſqu'à nouvel ordre du
Grand Maître & Surintendant General des
Poftes.
DECLARATION du Roi , concernant les
Engagites des Prifons. Donnée à Fontainebleau
le 7. Novembre 1724. Regiftrée en Parlement.
Par laquelle Sa Majefté ordonne que
les Engagiftes de fes Domaines , qui ont des
Prifons compriſes dans leur Engagement ,
foient tenus d'entretenir lefdites Prifons de
toutes reparations , & d'y pourvoir de bons
& fideles Geoliers , qu'ils prefenteront aux
Procureurs Generaux de fes Cours de Parlement
, & qui feront tenus de prêter devant
les Juges des lieux , le ferment en tel cas
requis & accoûtumé , après qu'à la requête
defdits Procureurs Generaux ou de leurs
Subftituts , il aura été informé de leurs vie
& moeurs , & que faute par lefdits Engagiftes
de pourvoir lefdites Prifons de bons &
>
A1. vol.
fideles
1710 MERCURE DE FRANCE.
fideles Geoliers , il foit pourvû à la garde
d'icelles par les Cours de Parlement , en la
maniere prefcrite par la Declaration du 11 .
Juin dernier.
ARREST du même jour , qui proroge
jufqu'au dernier Octobre 172 5. inclufivement
les 'delais accordez par les Arrêts des premier
Novembre 1722. 7. Janvier & 15. Juillet
1713. & 7. Mars de la prefente année ,
pour le payement des deux deniers pour les
Decrets volontaires .
ARREST du 7. Novembre , pour affurer
des fonds fuffifans pour le fecours des Hôpitaux
, & la nourriture des pauvres Mendians
qui s'y rendent volontairement , ou qui
y font actuellement conduits ; par lequel Sa
M. ordonne que les Gages & Taxations attribuez
tant aux Offices de Gouverneurs ,
Lieutenans de Roi & Majors , qu'aux Offices
Municipaux , & à ceux des Syndics des
Paroiffes & des Greffiers des Rolles des Tailles
, échûs depuis le premier Octobre 1722 .
jufqu'au jour de la fuppreffion defdits Offices
, ou jufqu'au jour des provifions accordées
aux acquereurs , feront affectées aux reparations
des Hôpitaux & à la nourriture des
pauvres Mendians valides & invalides .
ARREST du 11. Novembre , par lequel
S. M. ordonne que l'Ecrit imprimé ſous le titre
de Letre de M. Duguet à M. l'Ev que de
Mo tpellier, au fujet de les Remontrances au
Roy , fera & demeurera fupprimé , & que les
exemplaires qui en ont été diftribuez , fero t
inceffamment rapportez , tant au fieur d'Om-
1. vol.
breval
DECEMBRE 1724. 2711
breval , Lieutenant General de Police dans
La Ville , Prevôté & Vicomté de Paris , qu'aux
Greffes des fieurs Intendans & Commiffaires
départis dans les Provinces & Generalitez
du Royaume , pour être pareillement fupprimez
& lacerez : Ordonne en outre , que
par ledit fieur d'Ombreval , que Sa Majefté
a pour ce commis , il fera informé à la requête
du Subftitut de fon Procureur General
au Châtelet de Paris , contre l'Auteur ,
l'Imprimeur , & les diftributeurs dudit Ecrit ;
pour , fon information vûë & raportée , être
par Sa Majefté ordonné ce qu'il appartiendra
pour la punition des coupables , comme
perturbateurs du repos public , & c.
ARREST du 11. Movembre , qui défend
à toutes perfonnes , de quelque qualité &
condition qu'elles foient , d'exercer aucuns
Offices de Judicature , Police , Finance ou
Domaniaux , fans Provifion de S. M. ou Com
miffions du Grand Sceau.
ORDONNANCE du Roi du 14. Novembre
, portant que le produit des prifes qui
feront faites à l'avenir en commerce étranger
dans les Colonies , continuëra d'être dépo
fé entre les mains du Commis du Treforier
de la Marine , pour être employé fuivant
les ordres particuliers de S. M.
ARREST du s. Decembre , qui ordonne
que le fol pour livre de remife , accordépar
celui du 3. Octobre dernier , aux Collecteurs,
Receveurs des Tailles , & Receveurs Generaux
des Finances , fur l'impofition à faire
de trois Deniers pour livre de la Taille , re-
1. vol.
fervez
2712 MERCURE DE FRANCE .
fervez aux Hôpitaux , fera impofé par augmentation
des fommes aufquelles lefdits trois
Deniers pour livré de la Taille fe trouveront
monter ; Et difpenfe les Receveurs des Tailles
, de tenir un Journal feparé , tant de ladite
impofition de trois Deniers pour livre de
la Taille , refervez aux Hopitaux , que dudit
fol pour livre de remifé , lefquels ils feront
cependant tenus de porter fur leur Regiſtre
ordinaire.
ARREST du 9. Decembre , qui ordonne ,
que l'impofition de la moitié des Gages de
Syndics des Paroiffes , & Taxations de Greffiers
des Rolles des Tailles , refervez pour le
fecours des Hôpitaux , fera faite fur le pied
de trois Deniers pour livre , en fus des Depiers
des Tailles."
ARREST du 12. Decembre , qui ordonne
conformément à l'Edit de Fevrier 1674. que
ceux qui ont faic ou qui feront à l'avenir
des acquifitions par échange , feront tenus
den payer à Sa Majefté les Droits Seigneuriaux
& Feodaux , tels qu'ils font reglez par
les coûtumes des lieux .
Le fecond volume de ce mois , ou Supplement
des fix derniers mois de l'année
1724. eft fous preffe & paroîtra inceffamment
, avec une Table generale des matieres
employées pendant toute l'année.
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le 1. vol, du Mercure de Fran
ce du mois de Decembre , & j'ay crû qu'on
pouvoit en permettre l'impreffion . A Paris
le 2. Janvier 1725.
HARDION
TABLE
Des Principales Matieres , contenuës
dans ce 1. volume.
P
IECES Fugitives. Borée & Orythie , Cantare
. 2503
Lettre du Pere de Grainville fur des Medailles
rares .
Epître de M. Vergier , &c.
Lettre fur le Poëme de la Ligue.
Vers de Biribi à fa Maîtreffe.
2507
2523
2529
2535
Lettres & remarques fur la Ville dé Dijon. 2538
Le Cochon de Lait , Fable. 2547
Lettres de Malthe fur le remede de l'Eau à la
glace.
Epître fur l'Amitié.
2545
2550
Lettre & Eloge fur la mort de D. Mopinot.
La Priere , Ode.
2553
2565
Ouverture des Académies , & Eloge de M.
Boivin Differtation fur l'Auteur de l'Alcoran
, & c.
Vers à Mad . ***
2570
2581
Ouverture de l'Académie de Bordeaux. 2583
Le Babil , Ode. 25.3
Lettre écrite au ſujet du Traité du R. P. B.
2596
Traduction de l'Ode d'Horace , Mater , & c.
2630
Lettre de M. Vergier.
2673
Enigmes
2655
NOUVELLES Litteraires , & c. Noels nouveaux.
2608
Ouverture du College Royal. 2610
Projet d'un Catalogue general des Manufcrits
de France. 2612
Extrait de Lettre fur l'Edition d'une Hiftoire
Grecque. 2614
Catalogue de la Bibliotheque du Cardinal du
Bois .
Chanfon.
Spectacles , & c.
2615
2623
2624
Lettre de Londres fur les Spectacles. 2628
Nouvelles du Temps , de Turquie , de Ruffie,
de Pologne , & Sentence criminelle de
Thorn , & c. 2538
D'Allemagne , Grande Bretagne , Eſpagne &
Proclamation du Prince des Afturies. 2645
D'Italie & Extrait d'une Lettre de Rome. 2657
Morts & Mariages des Pays Etrangers. 2660
France , nouvelles , &c. 2661
Benediction des Cloches de la Cathedrale
d'Angers . 2666
Union des deux Semeftres du Parlement de
Bretagne. 267I
Morts , Mariages , &c . 2679
Supplement , Relation de Conftantinople. 2682
Difcours qui a remporté le prix à Pau.
Sonnet , Bouts - rimez .
Accouchement extraordinaire.
Réponse à la queſtion propofée.
2693
2696
2697
Ibid.
2751
2702
Avis pour le fecond volume de ce mois.
Autre.
Article des Arreſts .
Errata de Novembre.
Age 2490. ligne 15. fe pofteront , lifez
Le porteront.
L'Air noté doit regarder la page 2623
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIE
AU
ROT
DECEMBRE 1724 .
II. VOLUME. 1.
B
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay des Auguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXIV
Avec Approbation & Privilege du Roi.
PRIVILEGE
DU ROr.
LOUIS, par la grace de Dieu , Roi de France & de
·
Navarr .: nos Amez & Feaux Confeillers , les
Gens tenans nos Cours de Parlement , Maitres des
Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel , Grand-Confeil ,
Baillifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres
nos Officiers & fufticiers qu'il appartiendra. Sa-
LUT : P'applaudiffement que reçoit le MERCURE DE
FRANCE , Cy devant appellé le Mercure Galant ,
compofé depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé , &
autres Auteurs , nous fait croire que le fieur Dufreni ,
Titulaire du dernier Brevet étant decedé , il ne convient
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un ouvrage
auffi utile qu'agréable , tant à nos ſujets qu'aux
étrangers ; c'est dans cette vûë que bien informé des
talens , & de la fageffe du fieur ANTOINE DE LA ROQUE,
Ecuyer , ancien Gendarme dans la Compagnie des
Gendarmes de nôtre Gard: ordinaire , & Cheva ier
de nôtre Ordre Militaire de Saint Louis ; nous l'avons
choisi pour compofer à l'avenir exclufivement à tout
aurre ledit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE
FRANCE , & nous lui en avons à cet effet accordé nôtre
Brevet le 17. Octobre dernier , pour l'execution duquel
ledit fieur de la Roque nous a fait fupplier de
lui accorder nos Lettres de Privilege fur ce neceffai
res : A CES CAUSES , conformément audit Brevet , Nous
lui avons permis & permettons par ces Prefentes de
compofer & donner au Public à l'avenir tous les mois
à lui feul exclufivement , ledit Mercure de France, qu'il
pourra faire imprimer en tel volume , forme , marge,
caractere , conjointement, ou feparement , & autant
de fois que bon lui femblera , chaque mois , & de le
faire vendre & débiter partout nôtre Royaume, & ce
pendant le temps de douze années confecutives ,
compter du jour de la datte des Prefentes ; à condition
neanmoins que chaque volume portera fon Appro❤
bation expreffe de l'Examinateur , qui aura été com
A ij
> correcmis
à cet effer. Faifons défenfes à toutes fortes de
perfonnes de quelques qualitez & conditions qu'elles
foient d'en introduire d'impreffions étrangeres dans
aucun lieu de nôtre obéiffance , comme auffi à tous
Libraires , Imprimeurs , Graveurs , & autres , d'im
primer , faire imprimer , graver , vendre , faire vendre,
débiter ni contrefaire ledit Livre , ou planches en tout
ou en partie , ni d'en faire aucun Extrait , fous quelque
prétexte que ce foit , d'augmentation
tions , changement de titre , ou autrement fans la
permiffion expreffe & par écrit de l'Expofant , ou de
ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de confifcation
des exemplaires contrefaits , de 6000 , livres
d'amende , payables fans déport par chacun des contrevenans
, dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel-
Dieu de Paris , l'a itre tiers à l'Expofant , ou à ceux
qui auront droit de lui , & de tous dépens , dommages
& interelts ; à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur les Regiftres de la Com.
munauté des Libraires & Imprimeurs de Paris , & ce
dans trois mois de la datte d'icelles ; que l'impreffion
de ce Livre fera faite dans nôtre Royaume , & non
ailleurs , en fin papier , & en beau caractere , confor
mément aux Reglemens de la Librai ie ; & qu'avant
de l'expofer en vente , le manufcrit ou imprimé qui
aura fervi de copie à l'impreflion dudit Livre fra
remis dans le même éra: ou les Approbations y au
ront été données és mains de nôtre très - cher &
Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France , le
fieur FLEURIAU D'ARM NONVILLE , Commandeur de nos
ordres , & qu'il en fera enfuite remis deux Exemplai .
res de chacun dans notre Bibliotheque publique , un
dans celle de notre Château du Louvre , & un dans
celle de nôtredit très - cher & Feal Chevalier , Garde
des Sceaux de France ; le tout à peine de nullité des
Prefentes , du contenu defquelles Vous enjoignons de
faire jouir ledit Expofant , ou fes ayans caufe pleinement
& paifiblement , fans fouffrir qu'il leur foit fait
aucuns troubles & empêchemens , & à cet effet nous
avons revoqué & revoquons tous autres Privileges
qui pourroient avoir été dɔnnez cy - devint à d'autres
qu'audit Expofant ; Voulons que la copie des Prefentes
qui fera imprimée tout au long au commencement ou
à la fin dudit Livre foit tenue pour dûëment fignifiée ,
& qu'aux copies collationnées par l'un de nos Amez
& Feaux Confeiliers - Secretaires , foy foit ajoûtée
·
comme à l'original commandons au premier nôtre
Huifier ou Sergent de faire pour l'execution d'icelles ,
tous Actes requis & neceffaires , fans demander autre
permiffion , nonobftant clameur de Haro , Char.re Normande
, & Lettres à ce contraires ; CAR tel eſt nôtre
plaifir. Donné à Paris le 9. jour de Novembre , l'an de
grace 1724. & de nôtre Regne le 10. Par le Roi en
fon Confeil. Signé , DE SAÏNT HILAIRE.
Regiftré fur le Regifre VI. de la Chambre
Royale Syndicale de la Librairie & Imprimerie
de Paris , N. 110. fol. 95. conformément
au Reglement ae 1723. Qui fait défenſes art.
IV. à toutes personnes de quelque qualité.
qu'elles foient , autres que les Libraires & Imprimeurs
, de vendre , débiter & faire afficher
aucuns Livres pour les vendre en leurs noms ,
foit qu'ils s'en difent les Auteurs ou autrement.
Et à la charge de fournir les Exemplaires prefcrits
par l'Article CVIII , du même Reglement .
A Paris le vingt- trois Novembre mil fept cent
vingt- quatre. Signé , BRUNET , Syndic.
A iij
La
Lcho
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour Leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
cople.
-
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de fair leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fols.
2719
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU Ror
DECEMBRE 1724 .
11. VOLUME.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LA PIE ET LE ROITELET.
FABLE.
Ans l'épaiffeur d'un feüillage ,
D
Une Pie en belle humeur ,
Attira par fon ramage
Les Oiseaux du voisinage.
2. vol.
Là, A ij
2710 MERCURE DE FRANCE.
Là , voyant maint Auditeur
Charmé de fon beau langage ,
Elle en jafa davantage.
C'étoit un efprit coquet ,
Qui caufoit en Perroquet ;
Sans refpect de parentage ,
D'amitié , de comperage ,
Chacun avoit fon paquet.
Etant donc d'humeur à rire ,
Elle fit une Satyre
Contre l'Aigle & le Corbeau ;
Puis daubant fur l'Etourneau .
Sur le Geay , fur le Moineau ,
Elle eut quelque chofe à dire
Sur chaque efpece d'oiſeau.
Selon elle la Linotte
N'avoit ni game , ni notte ;
A fon gré , le Roffignol
N'avoit pas la voix fort belle ;
L'Alloüette & l'Hirondelle
Ne fçavoient rien au prix d'elle ,
Dans becare & dans bemol .
A l'oüir , la Tourterelle ,
2. vol.
N'étoit
DECEMBRE 1724.
2721
N'étoit chafte ni fidelle ;
Le Perroquet fans raiſon ,
Sans efprit & fans cervelle ,
Etoit fait comme un Oifon.
Même un jour la Demoiſelle
Soutenoit fur fon ormeau ,
Que le Paon n'étoit pas beau ,
Quoiqu'en dit mainte femelle.
Elle jafoit fur ce ton ,
*
Lorſqu'un petit Berrichon ,
Qui fortoit de fon buiffon ,
Entendit la babillarde ,
•
Et ſe dreffant fur l'ergot :
Vraiment , lui dit- il , Margot ,
Vous faites bien la gaillarde.
Sus donc , la femme de bien ,
Puifque vous n'épargnez rien
Dans vôtre humeur libre & franche ,
Tournons fur vous l'entretien.
La , la , nous vous voyons bien ,
Vous n'êtes pas toute blanche.
Apprend d'ici , médiſant ,
* Roitelet.
2. vol.
Que
A v
2722 MERCURE DE FRANCE.
Que le plus petit plaifant
Te
peutdonner ta revanche.
EXTRAIT du Memoire lû à l'Affemblée
publique de l'Académie Royale des
Sciences , le 14. Novembre dernier fur
les Eaux de Paffi.
M
R Geoffroy le jeune lût enſuite
un Difcours , intitulé nouvel Exa
men des Eaux de Paffi , avec une Methode
de les imiter , qui fait connoître de
quelle maniere ces Eaux fe chargent de
leur mineral .
Il montra d'abord que les Eaux de
Paffi avoient couru diverfes fortunes depuis
leurs découvertes. Il y en a d'anciennes
dont on fe fert depuis long - temps
avec fuccès , quoiqu'elles foient moins
actives que celles que M. l'Abbé le Ragois
découvrit il y a environ fix ans dans
une maifon qu'il a à Paffi. Ces nouvelles
Eaux furent examinées pour lors par des
Députez de la Faculté de Medecine , &
eurent depuis ce temps - là une très - grande
vogue par les bons effets qu'elles produifirent.
Tout nouvellement un voiſin dù fieur
2. vol. Abbé
DECEMBRE 1724.
2723
Abbé le Ragois , nommé M. Guichou
en faiſant fouiller dans fon jardin à neuf
pieds du mur mitoyen , a trouvé quatre
fources d'Eux Minerales , qui ont fait
tarir celles de l'Abbé le Ragois. Celui- ,
ci pour fe redimer de la vexation , en
fouillant de fon côté a recouvré une nouvelle
fource qui n'eft point inferieure à
celles qu'il avoit auparavant , & pour
n'être point dépouillé à l'avenir il à fait
creufer un peu au - deffous un puits allez
profond , dont l'eau eft pareillement Minerale.
a
Ces differentes manoeuvres ont fait
naître des conteftations , dont le Confeil
a pris connoillance . Son autorité étoit ici
très -neceffaire pour empêcher que des
fouilles faites mal à propos ne portaffent
préjudice à des Eaux fi falutaires , &
d'autant plus importantes qu'elles fe trouvent
aux portes de Paris .
S
La Cour ayant nommé pour Commiffaires
M. d'Ombreval , Lieutenant General
de Police , avec M's Terret & Falconet
, fils , Medecins du Roi , M. Geof
froy fut choifi par eux pour faire les experiences
neceffaires à l'examen de ces
nouvelles Eaux . Avant que d'entrer dans
le détail de ces experiences , il fit obferver
que le terrain de Paffi , outre la pierre
, les glaifes , les mines de fer qui ont
2. vol.
A vj été
2724 MERCURE DE FRANCE.
été remarquez par ceux qui ont examiné
ces Eaux avant lui , contient encore une
forte de talc ou de gips , d'une figure aflez
reguliere comme d'une Prifme terminé
par dix faces , dont les oppofées font paralelles
, deux à chaque bout , & fix
dans la longueur .
рад
On trouve encore dans ce terrain des
Marcaffites ou Firites , où l'on remarque
des grains de vitriol verd tout formé , &
d'où l'on tire par les operations de Chimie
un fouffre tout femblable au fouffre
commun.
Après cette defcription M. Geoffroy
expofa avec beaucoup de netteté & de
précifion les differentes experiences qu'il
a faites , tant fur les nouvelles Eaux de
Paffi que fur les anciennes , afin d'en
mieux juger , en les comparant les unes
avec les autres.
l'Eau
Premierement , en éprouvant ces Eaux
par la noix de galle , comme on fait toutes
celles qui tiennent du vitriol , & par
confequent du fer , il a trouvé que
de la fource du fieur Abbé le Ragois
étoit une demi - heure à fe colorer , &
qu'elle prenoit une teinte de bleu d'azur ;
que l'Eau de la premiere des quatre
fources du fieur Guichou , qui eft la plus
forte , prenoit la même teinte , mais en
moins de temps ; que celle de la deuxié-
2. vol.
me
DECEMBRE 1724. 2725
me fe coloroit aflez vite en Ametifle
avant que de paller au bleu ; que celle
de la troifiéme & de la quatriéme fource
fe teignoient fur le champ d'une couleur
rougeâtre qui fe change en violet pourpre
; & qu'enfin l'Eau du Puits du fieur
Abbé le Ragois prend fubitement une
couleur de violet foncé , qui devient rou- .
geâtre , loríqu'elle commence à dépofer.
Pour les deux fources des anciennes
Eaux de Paffi , elles fe teignent promptement
d'une couleur rougeâtre obfcure , tirant
fur le pourpre.
Cette diverfité des nuances fait juger
des differents dégrez d'activité qui font
entre ces Eaux . Les plus fortes teignent
en bleu fans mêlange de rouge , & ce font
auffi celles qui font plus long- temps à
prendre couleur , parce que le Mineral
ferrugineux qu'elles contiennent , eft uni
fi intimement avec l'Eau , qu'il a de la
peine à s'en feparer , & à donner une
teinture à l'eau , en fe précipitant par le
moyen de la noix de galle .
La deuxième épreuve que M. Geoffroy
fit de ces Eaux , fut d'en examiner le
poids comparé dans le même volume.
Pour cela il fe fervit du peze liqueur de
feu M. Homberg , qui eft une petite ampoulle
de verre qu'on peut remplir trèsexactement
, au moyen d'une petite cu-
2. vol.
verture
2726 MERCURE DE FRANCE .
verture faillanté à côté de l'embouchure,
par où l'air peut s'échaper en même temps
qu'on remplit l'ampoulle.
Un de ces petits vailleaux rempli d'eau
de riviere pallée par le fable , ou d'eau
diftillée s'elt trouvé pefer le poids du
vaiffeau à part ) une once trois grains.
L'Eau de l'Abbé le Ragois , & celle des
deux premieres fources du fieur Guichou ,
en pareil volume , furpalloient ce poids
de deux grains . L'Eau du Puits de cet
Abbé l'emportoit de trois Celle de la
troifiéme fource du fieur Guichou , &
des deux anciennes fources des Eaux de
Paffi ne l'emportoient que d'un . Enfin
celle de la quatriéme fource du fieur Guichou
ne l'emportoit que d'un demi-grain .
•
La troifiéme & derniere épreuve que
M. Geoffroy a faite fur les Eaux de Paffi
eft l'évaporation . Il a fait évaporer chaque
efpece de ces Eaux au bain marie , à
une chaleur très égale , dans des vaiffeaux
de verre , & il n'a mis dans chacun que
le poids de huit onces d'Eau , afin d'être
de la derniere exactitude dans les pefées ;
ainfi il n'a pris préciſement que le quart
de la pinte qui pefe trente -deux onces .
L'évaporation faite , il s'eft trouvé au
fond des vaiffeaux des réfidences de differens
poids felon la nature de l'Eau éprouvée.
L'Eau de la Fontaine de l'Abbé le
2. vol.
Ragois ,
DECEMBRE 1724. 2727
1
Ragois , & celle de la premiere fource
du fieur Guichou qui vont toûjours de
pair , ont laiffé également le poids de 18 .
grains de réfidence . Mais l'Eau du Puits
dont le mineral eft plus pefant & plus
groffier en a laiffé 21. grains . Celles de
la feconde & de la troifiéme du fieur
Guichou n'en ont laillé que 15. mais
celle de la quatrième n'en a laillé que
neuf, & les anciennes Eaux de Paffi en ont
laillé douze , & cela fans aucune variation
; ce qui eft à remarquer , au lieu que
toutes les autres ont varié dans le poids
de leur réfidence après des évaporations
repetées , ce qui prouve qu'elles ne font
pas également chargées de leur mineral ,
comme le font celles de cette quatrième
fource, auffi bien que les anciennes .
M. Geoffroy diftingua trois parties
dans ces réfidences , une terre rougeâtre
ferrugineuse qui occupe le fond , une
concretion talqueufe au deflus , & quelques
parties falines autour des bords ; le
tout recouvert d'une couleur d'or ou de
bronze qui provient du fouffre metallique
du fer.
Cette matiere talqueufe ou gipfeufe
qui fe trouve dans les réfidences de toutes
les Eaux de Paffi leur avoit donné une
mauvaiſe réputation. On les accufoit
d'être plâtreufes , & l'Auteur du Traité
2. vol.
des
2728 MERCURE DE FRANCE :
des nouvelles Eaux de Paffi n'avoit ofé
toucher cette corde , de peur de ne les en
pas juſtifier à fon gré.
C'eſt une obfervation particuliere à
M. Geoffroy , que toutes les matieres vitrioliques
produifent par leur décompofition
ces matieres gipfeufes fans aucun
mêlange étranger. Ainfi ce qui pouvoit
allarmer fur ces Eaux fe détruit preſentement
, puifque c'eft une marque qu'elles
font vitrioliques & ferrugineufes , &
par confequent très-falutaires pour lever
les obftructions .
Pour ce qui eft de la partie faline du
vitriol , elle eft en petite quantité dans
la réfidence de ces Eaux , puifqu'en faifant
évaporer quatre livres douze onces
d'Eau , qui font environ deux pintes &
chopine , fur deux gros de réfidence , il
n'a trouvé que 42. grains de partie faline.
Il a fait obferver que ce fel n'étoit
plus vitriolique ; mais qu'il s'étoit tranfforme
en un fel de glauber , qui eſt une
production Chimique faite par l'union
de l'acide du vitriol avec la terre du fel
marin . Cette obſervation n'avoit point
encore été faite par ceux qui ont examiné
les Eaux de Paffi.
La partie rougeâtre qui ret au fond
eft un mars ou fer très-délié , & trèspropre
à lever les obftructions qui cau- 2. vol.
fent
DECEMBRE 1724. 2729
fent les maladies chroniques. C'eft ce qui
juftifie la pratique des Medecins qui ordonnent
ces Eaux en pareil cas , & que
le vulgaire condamne mal à propos .
En examinant de quelle maniere des
Eaux qui paffent par des mines vitrioliques
& ferrugineufes fe peuvent charger
de leur mineral , M. Geoffroy a fait
voir qu'elles le faifoient à plufieurs reprifes
, en dépofant la partie la plus groffiere
, pour ne retenir que la plus fubtile
& la plus attenuée. C'eft ce qui fait que
ces Eaux ne dépofent prefque point hors
de la Fontaine quand on les garde en un
lieu frais , & dans des bouteilles bien bouchées.
Les fortes, telles que celles de l'Abbé
le Ragois , & de la premiere fource
du fieur Guichou , gardées de la forte, confervent
leur vertu plufieurs mois.
M. Geoffroy en faifant diffoudre dans
de l'eau commune du vitriol verd , qu'on
appelle vitriol de Mars , a remarqué
qu'un feul grain fur une pinte d'Eau ſuffifoit
pour lui donner le goût d'Eau minerale
, & la faculté de teindre avec la
noix de galle ; mais cette vertu ne fubfifte
pas. Il a fallu charger l'Eau commune
du poids de dix grains de vitriol , &
là laiffer dépofer fon fediment groffier
pendant plufieurs jours , pour lui donner
une vertu qui fut de durée . Alors il a
2. vol.
vû
2730 MERCURE DE FRANCE .
vû que cette Eau imitée ſe gardoit plufieurs
jours , au bout defquels elle teignoit
encore , & d'un bleu pareil à celui
des fortes Eaux de Paffi . En évaporant
cette Eau au poids de huit onces comme
les autres , il y a trouvé trois grains de
réfidence de la même nature que celle
des autres Eaux avec les mêmes concretions
gipfeufes , ce qui fait voir qu'elles
viennent uniquement du vitriol.
Quand il a chargé l'Eau commune de
20. grains de vitriol , & qu'il l'a laiffé
dépofer & féjourner fur fon fediment , il
en a eu une Eau plus approchante de
beaucoup des Eaux minerales naturelles
qui s'eft confervée pendant un mois avec
la vertu de teindre en bleu , & qui lui a
laillé après l'évaporation le poids de fix
grains de réfidence. En mettant fon vitriol
avec la glaife , l'Eau en étoit plus limpide
, & donnoit par la noix de galle une
teinture plus belle .
Au refte , ce gips ou talc qui fe trouve
dans la réfidence de ces Eaux , vû au microſcope
, eft de la même configuration
que le talc de Paffi. Celui - ci fe décompofe
dans l'efprit de vitriol , & fe regenere
en petites parcelles gipfeufes , pareilles
à celles des réfidences dont on
vient de parler. M. l'Abbé Bignon ajoûta
que le Confeil avoit décidé l'affaire , de
2. vol.
maDECEMBRE
1724. 2731
maniere que le Public ne courroit plus
de rifque pour ces Eaux , aufquelles il
prend avec raifon tant d'intereft .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXX***** X
E'TRENNES aux Auteurs du Mercure
OD E.
Ous qui nous tracez la peinture
Vous
Des faits les plus intereffans ,
Qui faites par vôtre Mercure ,
1
Naître cent plaifirs innocens ;
Que vous joignez de politeffe
A la fine délicateffe !
Qu'Apolon vous a bien inſtruits !
Que vôtre main doit être habile !
Que vôtre travail eft utile !
Qu'ileft doux d'en goûter les fruits !
Semblable à ces fleuves rapides ,
Qui groffis de plufieurs ruiffeaux ,
Dans le fein des terres arides ,
Portent l'abondance & leurs eaux ;
Le Mercure , de chaque ouvrage ,
Avec un choix difcret & fage ,
Prend foin de recueillir la fleur ,
2. vol.
Et
2732 MERCURE DE FRANCE.
Et d'un butin qu'il rend fertile ,
Va tous les mois de Ville en Ville
Enrichir l'avide lecteur.
Envain d'une étroite limite ,
Nature borna nos efprits ;
On veut tout fçavoir , tout irrite
L ardeur dont nous fommes épris.
Par vous cette foif inquiéte ,
Eft abondamment fatisfaite ,
Les veritez s'offrent à nous :
Dans vos écrits pleins de lumieres ,
Brillent de nouvelles matieres ,
Nous fçavons ; quel bien eft plus boux !
Quel art , quel genre de ſcience ,
Echape à vos foins vigilans ?
Le partifan de l'éloquence
Vous doit des morceaux excellens ;
Le jeune éleve du Parnaffe ,
Des vers , vrais modeles de grace ,
De bon fens , de naïveté ;
Le fçavant , mainte conjecture ,
2. vol.
Qui
DECEMBRE 1724. 2733
Qui développe la nature
Avec une heureuſe clarté.
Ici je vois des nouvelliftes ,
Qui dans leur utile loifir ,
D'évenemens joyeux & triftes ,
Se font un bizarre plaifir :
Le vaſte circuit de la terre ,
Des peuples que fon globe enferre
Ne peut dérober les projets ,
Mille relations certaines ,
Fruit officieux de vos peines ,
Rapprochent de nous ces objets.
Là vos Enigmes déguifées ,
Sous un portrait ingenieux ,
Dont nos ames font abulées ,
Flatent nos defirs curieux ;
On s'applique , on travaille , on fuë ,
On prend haleine , on s'évertuë ,
On marque fon empreſſement ;
L'espoir d'en fonder le miſtere ,
Rendant la peine plus legere ,
En fait un doux amufement.
2. vel,
Tan:
2734 MERCURE DE FRANCE .
Tantôt d'une furannée menfoire ,
Débrouillant le cahos obſcur ,
Des routes fombres de l'Hiftoire ,
Vous faites un chemin plus sûr.
A- t'on par quelque découverte
Reparé la fâcheufe perte ,
Des monumens du temps paffé :
Infcriptions , Urnes , Medaillles ,
Devifes , Portraits , Antiquailles ,
Par vous tout nous eft annoncé .
D'un travail fi cher à la France ,
Que Louis fent bien la valeur ,
Qu'il fait éclater de prudence
En l'honorant de fa faveur ;
Publiez fous de tels aufpices ,
Vos ouvrages font les délices ,
Du peuple , des Grands , de la Cour ;
Loüis protecteur du Mercure ,
Accorde à la Litterature
Ce qu'elle doit lui rendre un jour.
Frere Felix , Carme.
De Nantes le 16. Novembre 1724.
2. vol. LETDECEMBRE
1724. 2735
LETTRE écrite à Mrs de la Societé
Litteraire de Châlons en Champagne ,
fur les Etabliffemens Académiques , tant
que modernes , par M. de V....
anciens
MESSIE ESSIEURS ,
Quoique vous ayez une parfaite connoifance
des Etabliffemens Académiques
de l'Antiquité , & de ceux qui les ont
fuivis , j'ai formé le deffein de les reprefenter
à vos yeux , afin de vous encourager
à fuivre dans l'Empire des Lettres,
la route que vous tenez pour aller à
la gloire.
Academus , riche Citoyen d'Athénes ,
donna le nom d'Académie aux affemblées
des Philofophes , par le prefent qu'il fit
à Platon , qui en étoit le chef , de la maifon
, fituée dans les Fauxbourgs d'Athenes
, ou pour l'honneur de la Grece , ce
dernier donna des leçons , qui avec fes
écrits lui firent meriter le furnom de
Divin .
Ciceron , le Prince de l'Eloquence Romaine
, fit conftruire fa belle maiſon auprès
de Pouzzol , pour y aflembler les
2. vol.
Doctes
2736 MERCURE DE FRANCE.
Doctes , qui par leurs ouvrages ont éclai
ré les fiecles paffez , & inftru.fent encore
aujourd'hui le nôtre. Un apparte
ment de cette maifon fut nommé Acadé
mie, & les queſtions qui y furent traitées,
portent le nom de Queſtions Académiques
dans les ouvrages de Ciceron .
Mecene , Chevalier Romain , favori fa
les Lettres fous le regne d'Augufte , d'une
fi finguliere protection , que fon nom
eft paffé , comme vous le fçavez , aux
Sçavans qui ayant eu comme lui le même
goût pour elles , s'en font declarez les
protecteurs . Nom qui eft particulierement
dû aux protecteurs des Corps Académiques
.
Vous fçavez auffi , Meffieurs , qu'avant
& après cet heureux regne il y a
eu à Marseille une Académie , dont les
Romains mêmes ont profite , qui a illuftré
les Gaules , après y avoir diffipé les
tenebres de l'ignorance & de la Barbarie.
» Celebre Académie , dit un de nos *
» Ecrivains François , qui n'a point eu
» de Superieure dans le monde , & qui a
» ferieufement difputé le ring de préfeance
à celle d'Athenes . Il n'y a point
d'art ni de ſcience qu'on n'y cultivât
avec autant de fuccès que de
pompe &
Baillet , jugement des Sçavans , & c. T. 1 .
des Préjugez des Nations,
>>
>>
1. vol.
d'éclat
DECEMBRE 1724. 2737
d'éclat. On ne fe contentoit pas d'y en- «
feigner & d'y parler communément les «<
trois Langues ; fçavoir , la Grecque , la «<
Celtique ou Gauloife , & dans la fuite «<
des temps la Latine , qui s'y introduifit «<
après la prife de Rome par les Gaulois . «
Ce qui a fait donner à la Ville de Marfeille
le nom de Triglotte par les Grecs , «
& de Trilingue par les Latins , comme «
S. Ifidore de Seville le raporte de Var- «
ron. <<
On y profeffoit encore publiquement
l'Eloquence , la Philofophie , les «
Mathematiques , la Medecine , la Ju- «
rifprudence , & la Theologie fabuleufe. «
C'est ce qui la fait appeller le fiege & la «
Maîtreffe des Etudes & des Sciences <<
par ( a) Tacite , qui releve la gloire de «
fon beau- pere , par l'avantage qu'il «<
avoit eu d'y faire fes études. ( b) Cice- «
ron mettoit l'excellence de ces Ecoles «
à un fi haut point , qu'il femble avoir «
préferé cette fçavante grande Ville , «
non feulement à toute la Grece , mais «<
à toutes les Nations du monde , tant «
par La belle difcipline , que pour l'im- «
portance , & la gravité des fciences «<
que l'on y profeffoit , & il l'appelle la «<
સ્
(a) Traité dans la vie d'Agricola.
(6) Ciceron dans fon Oraifon pour Flavius.
2. vol. B nouz
2738 MERCURE DE FRANCE.
> nouvelle Athenes des Gaules , l'abord
» univerfel , & le confluant des Belles-
» Lettres & de la politeffe .
>>
» Quand on fait réflexion , dit enfin
»> nôtre Auteur , fur cette antiquité &
>> fur cet établiffement de l'Académie de
» Marſeille , on n'a plus lieu de s'étonner
» que les Gaules ayent porté des Ecri-
» vains illuftres dès le temps d'Alexan-
» dre le Grand c'est-à- dire , plus de
>> cent ans avant que Rome en eut pro-
» duit. Pytheas & Eumenide , ou Eudi-
» menes , tous deux de Marfeille , (a)
» avoient publié leurs ouvrages fur les
» Pays Etrangers , avant que Livius An-
» dronicus , Nevius & Ennius , les pre-
>> miers des Romains qui ont rendu leurs
» Ecrits publics , euffent mis au jour ce
» qu'ils ont compofé fur leur propre
» Pays.
Ainfi , Meffieurs , on ne peut pas douter
que ce qu'il y a eu de politeffe & de
fcience dans les Gaules , ne foit dû pour
la plus grande partie aux Phocéens , Fondateurs
de Matfeille , qui y fonderent
auffi l'Académie dont nous parlons . En
effet , Juſtin dans le 43 : Livre de fon
Hiftoire , dit que Marſeille a fait quitter
aux Gaulois leur ancienne barbarie , en
leur apprenant la politeffe des moeurs.
(a) G. Vorfius Hift. Græc, p . 467.
2. vol.
J'ai
DECEMBRE
2739
1724.
J'ai déja dit que les Romains mêmes
profiterent de cette Académie , & je ne
l'ai pas dit fans preuve : car Strabon , Livre
IV. témoigne que ceux des Romains
qui étoient touchez du defir de bien apprendre
les Belles - Lettres , quittoient la
Ville d'Athenes pour venir les étudier à
Marſeille , où l'on voyoit aborder dans
le même deffein les meilleurs fujets de
toute l'Europe , fans en excepter les
Grecs , & ceux mêmes de l'Afie Mineure
, qui malgré la diſtance des lieux &
la haute réputation de leurs Académies
ne laiffoient pas de leur préferer quelquefois
celle de Marſeille.
Mais c'eft affez parler de cette celebre
Académie , laquelle après des progrès
éclatans , a enfin eu fa décadence & fon
extinction , par l'irruption des Nations
barbares dans la Province des Romains ,
& par d'autres révolutions marquées
dans l'Hiftoire. On peut dire cependant
qu'elle eft en quelque façon reffufcitée
parmi nous , & qu'elle revit aujourd'hui
en France , dans les differens établiffemens
Académiques , qui s'y font faits
dans les deux derniers fiecles , & de nos
jours .
Le premier de ces établiffemens eft dû
à la magnificence d'un grand Roi , & à
la protection particuliere dont il a honoré
2.vol.
Bij les
2740 MERCURE DE FRANCE .
les Lettres , ce qui lui a acquis une gloire
immortelle ; car elles le reconnoîtront
toûjours pour leur pere , & pour
leur Reſtaurateur dans la plus belle partie
de l'Europe. Vous reconnoiflez , Meffieurs
, à ces traits François I. qui malgré
la variation de fon étoile , & les traverfes
de la fortune , fonda en l'année 15 30 .
une veritable Académie , en fondant à
Paris le College Royal , indépendant de
l'Univerfité , dont les Profefleurs au nombre
de dix-huit , qualifiez de Confeillers
du Roi , enfeignent gratuitement toutes
les Sciences humaines, les Langues faintes
, les Langues fçavantes & les principales
de l'Orient . Ces Profeffeurs prêtent
ferment au Roi entre les mains du Grand
Aumônier , & ont le droit de Committimus
, confiderez comine Officiers commenfaux
, & étant fur l'Etat ; ce qui les
met fous la direction du Secretaire d'Etat
de la Maiſon de Sa Majeſté.
Cet établiffement a été dès fon origine
une pepiniere d'Académiciens , & de
fçavans hommes , dont les noms ne mourront
jamais dans la République des Lettres
, tels font entre les plus celebres ,
Pierre Danez , Parifien , Genebrard ,
* Danez , Profeffeur en Langue Grecque fut
Précepteur du Dauphin depuis François I.
envoyé au Concile de Trente , puis Evêque
2. vol.
Budée ,
DECEMBRE 1724. 2741
Budée , Vatable , Oronce Finé , Turnebe
, Lambin , Ramus , Gaffendi , Pafferat
, Morel , Gabriël Sionite , & Abraham
Ecchellenfis , Maronites du Mont-
Liban , tous perfonnages recommandables
& confommez , chacun dans fon
genre d'érudition . Et encore aujourd'hui
ceux qui rempliffent les Chaires de ce
College font des perfonnes d'une capacité
diftinguée , & qui foutiennent la
gloire de leurs illuftres prédecefleurs.
Mais ce n'étoit pas affez à la France
d'avoir donné une retraite honorable aux
Lettres errantes & fugitives , devenuës
prefque barbares en Europe depuis la décadence
de l'Empire d'Orient , & la prife
de Conftantinople ; il manquoit encore
pour la gloire du nom François , & pour
l'utilité de la Nation un établiffement
qui l'interreffât plus particulierement.
C'eſt dans cette vûë que le Cardinal de
Richelieu , qui n'entreprenoit rien que
de grand , projetta l'établiſſement de l'Académie
Françoife , dans le principal deffein
de travailler à la pureté de la Langue
, & de la rendre capable de la plus
haute , & de la plus fublime éloquence.
Louis XIII. à la follicitation de ce fameux
Miniftre , fe declara le Fondateur
de Lavaur , &c. Il eſt inhumé dans l'Eglife de
S. Germain des Prez.
2. vol.
Biij
de
2742 MERCURE DE FRANCE.
de l'Académie , & voulut qu'elle fut for .
mée de tout ce qu'il y avoit alors d'illuftres
dans le Royaume , diftinguez par des
ouvrages fortis de leurs plumes . La premiere
Affemblée s'en tint folemnellement
le 10. de Juillet de l'année 1637.
chez fon illuftre Inftituteur.
Après la mort du Cardinal , Pierre Seguier
, Chancelier de France , fucceda à
fes vûës , & reçût en 1642. l'Académie
dans fon Hôtel , où elle a tenu ſes conferences
long-temps depuis , & jufqu'au
jour qu'il plût au Roi Louis XIV. de s'en
declarer le Protecteur , & de lui accorder
un appartement au Louvre. C'eſt la
premiere Compagnie qui a obtenu cette
marque de diftinction .
Deflors l'Académie fenfible à cette
faveur , & pour meriter en quelque façon
une fi augufte protection , commença
à celebrer la gloire de ce grand Prince
gloire dont elle devint comme la dépofitaire
dans fon Palais , en exigeant de
fes membres les éloges qu'ils ont depuis
prononcé d'une maniere digne de la majefté
de fes triomphes , & de fes grandes
& éminentes qualitez .
Vous n'attendez pas , Meffieurs , de
mon infuffifance que je pouffe plus loin
un fi grand fujet ; je me contente d'ajoûter
que l'Académie Françoife a non-
2
2. vel.
feuDECEMBRE
1724. 2743
feulement produit un grand nombre
de Sçavans , qui ont enrichi nôtre
Langue de belles productions , & de traductions
de tout ce que l'antiquité
Grecque & Romaine a de plus précieux
; mais qu'elle a encore donné des
regles , & fixé des doutes , ce qui fert
beaucoup à ceux qui veulent écrire &
parler poliment . Auffi la haute perfection
où la Langue Françoife eft parvenuë
, lui a procuré une fi grande reputation
dans toute l'Europe , que toutes
les Nations civilifées l'apprennent à prefent
avec une extrême ardeur , & que
dans toutes les Cours , & furtout celles
d'Allemagne , un homme qui parle &
qui écrit poliment le François , eft fort
diftingué des autres .
Je puis encore ajoûter , que dès l'année
1658. l'Académie Françoiſe étoit
dans une fi haute reputation , que la Rei
ne Chriftine de Suede , étant à Paris ,
voulut affifter à une de fes Affemblées.
Elle fut conduite
y
›
Far le Chancelier Seguier
& fi contente de tout ce
parut
qui s'y pafla , qu'après avoir répondu
d'une maniere qui charma tout le monde,
au compliment que lui fit au nom de la
Compagnie , le fçavant Marin Cureau
de la Chambre ; elle fit prefent à l'Académie
de fon Portrait , qui fe voit au-
2. vol.
B iiij
jour2744
MERCURE DE FRANCE .
jourd'hui dans la Salle où elle tient fes
Conferences.
Le Regne de Louis XIV. fi propice à
l'avancement dss Sciences , & à la perfection
des beaux Arts , a vû naître dans
la fuite deux autres Académies , fondées
par ce grand Monarque , & auffi logées
dans fon Palais. La premiere nommée
Académie Royale des Înfcriptions & des
Médailles , a commencé en l'année 1663 .
fous le Miniftere de Jean - Baptifte Colbert.
Le Roi , en la fondant , regarda
comme un avantage honorable pour la
Nation , l'établiffement d'une Académie,
deftinée à travailler aux Infcriptions ,
aux Deviſes , aux Médailles , & à répandre
fur ces Ouvrages le bon goût &
la noble fimplicité qui en font tout le
prix . Il forma d'abord cette Compagnie
d'un petit nombre d'hommes choifis de
l'Académie Françoife , en leur affignant
à tous des penfions . Ces nouveaux Académiciens
s'occuperent principalement à
compofer des Médailles fur ce qu'ils
trouverent de plus remarquable fous le
Regne de Sa Majefté , & c'eſt ce travail
qui a produit le magnifique Volume
qui porte ce titre : Médailles fur les
principaux évenemens du Regne de Louis
le Grand , avec les explications hiftori-
2. val.
ques
DECEMBRE 1724. 2745
ques par l'Académie Royale des Medailles
& des Infcriptions
.
Le Roi jugea enfuite à propos de donner
une nouvelle forme à l'Académie des
Infcriptions par un Reglement de l'année
1701. Suivant ce Reglement les Infcriptions
& les Médailles ne font plus
qu'une même partie de fon objet , & cet
objet embraffe generalement toute l'érudition
Grecque & Latine .
Le nombre des Académiciens a été
augmenté à proportion jufqu'au nombre
de 40. fans compter les Veterans. Enfin
le Roi a confirmé cet établiflement par
des Lettres Paténtes du mois de Fevrier
1713 .
Toutes les Médailles & Jettons dont
cette Académie a compofé les fujets , &
les Infcriptions , tant fous le Regne de .
Louis XIV. que fous le Roi regnant ,
ont été frappées en or , en argent , & en
bronze , dans la Monnoye des Médailles
, lieu qui occupe un efpace confiderable
fous la grande Galerie qui communique
du Louvre au Palais des Tuilleries
, fous la direction de Nicolas de Launay
, qui a un genie merveilleux pour
la fabrique de ces monumens , & qui ne
neglige rien pour les rendre d'une perfection
comparable à l'Antique. Ce lieu
contient tout ce qu'on peut voir en ce
2. vol.
By
genre
2646 MERCURE DE FRANCE.
genre de plus riche , de plus curieux ,
de plus grand & de plus recherché ; enfin
ce qu'on ne trouvera nulle autre part.
C'eft le témoignage qu'en rendit le Czar,
après avoir tout vû & tout vifité avec
une attention digne de fon goût & de fes
lumieres en l'année 1716.
Le Roi , dont les connoiffances 3 &
l'inclination
pour les grandes chofes ,
font au deffus de fon âge , a bien voulu
vifiter auffi fa Monnoye des Médailles ,
& cette vifite a fait le fujet d'une trèsbelle
Médaille de ce Prince , qui fut frappée
en preſence de Sa Majefté en 1719 .
elle fe trouve gravée dans le Mercure de
France du mois de Juillet 1722.
La feconde Académie doit auffi fa premiere
inftitution au zele que le même
Miniftre avoit pour le bien public , &
pour la gloire de fon Maître. Ses premiers
commencemens font de l'année
1666. & fes progrès & le luftre où elle
fe trouve aujourd'hui , font dûs au foin
& à la vigilance de M. l'Abbé * Bignon ,
que e ne fais , Meffieurs, que vous rommer
ici , parce que fon non vaut ſeul
Meffire Jean - Paul Bignon , Abbé de faint
Quentin , Confeiller d'Etat ordinaire , l'un des
40. de l'Académie Françoiſe , Prefident des
Académies des Sciences & des Infcriptions ,
Surintendant de la Bibliotheque du Roi.
2. vol.
un
DECEMBRE 1724. 2747
un long éloge. C'eft lui qui obtint par fon
credit l'appartement qu'elle occupe à
prefent dans le Louvre , avec des privileges
confiderables & très - avantageux .
Cette Académie fous le nom d'Académie
des Sciences , à pour objet general la Phifique
, qui comprend la Geometrie , l'Aftronomie
, les Mechaniques , l'Anatomie
, la Chimie , la Botanique , &c. Depuis
le renouvellement de cette Académie
, & en vertu des Reglemens arrê
tez a Verſailles le 26. Janvier 1699 , le
nombre des Académiciens eft fixé à 60.
Cet établillement eft confirmé par les
mêmes Lettres Patentes du mois de Fevrier
1713. dont il eft parlé ci- deffus ..
Je ne dois pas omettre ici , que quelques
Membres choifis de ces deux Académies
, en forment , pour aing dire ,
une troifiéme qui s'affemble dans la Bibliotheque
du Roi pour la compofition
du Journal des Sçavans , Ouvrage important
pour l'Hiftoire de la Republique
des Lettres , fous les aufpices & la direction
de M. l'Abbé Bignon , Surintendant
de la Bibliotheque Royale , &
que
d'autres Membres de l'Acad mie des
Sciences , particulierement appliquez à
l'Aftronomie à la connoillance des
temps , &c. & à la Botanique , à l'A .
natomie , &c. s'affemblent les uns à l'Ob-
2. vol.
fer-
B vj
2748 MERCURE DE FRANCE.
*
fervatoire Royal , les autres au Jardin
du Roi , pour y vaquer aux operations
qui concernent ces Sciences & pour
les apprendre à ceux qui font bien aifes
de les acquerir.
Deux autres Académies , qui ont pour
objet les deux plus beaux Arts , font
auffi logées , & tiennent leurs Affemblées
dans le Palais de nos Rois ; ſçavoir,
celle de Peinture & de Sculpture,
unies enfemble , & celle d'Architecture.
La premiere protegée d'abord pår le
Cardinal Mazarin , puis par le Chancelier
Seguier , enfuite par Jean -Baptifte,
Colbert , qui lui fit accorder des Lettres
Patentes en l'année 1664. eft aujourd'hui
la plus celebre de toute l'Europe,
& a pour Protecteur le Duc d'Antin
Surintendant des Bâtimens du Roi. Le
même M. Colbert établit prefque en
même temps à Rome une autre Académie
de Peinture pour les François , où
l'on envoye les Eleves qui ont remporté
les prix de Peinture & de Sculpture
dans l'Académie dont je viens de parler,
lefquels y font entierement aux dépens
du Roi . Cette Académie eft regie à Rome
par un Directeur , Peintre François ,
avec des penfions confiderables , & elle
a produit jufqu'à prefent des Peintres &
des Sculpteur se xcellens.
"
2. vol.
L'autre
DECEMBRE 1724. 2749
L'autre Académie eft celle d'Architecture
, auffi érigée par les foins du même
Miniftre , & fous la protection du
Surintendant des Bâtimens.
Vous conviendrez , Meffieurs > en
confiderant tous ces differens établiffemens
Académiques , faits dans la Capitale
du Royaume , fi propres pour le progrès
& la perfection des Sciences & des
Arts , fi utiles au public ; vous conviendrez
, dis- je , que la Ville de Paris , déja
celebre du côté des Sciences dès le temps
de Charlemagne , qui y fonda la plus fameufe
de toutes les Univerfitez , merite
les mêmes titres donnez par Ciceron
à Marſeille payenne , & fçavante
à caufe de fa celebre Académie , &
que Paris eft veritablement aujourd'hui
la nouvelle Athenes de l'Europe , l'abord
univerfel , & le confluant des Lettres
& de la Politeffe , &c.
,
Il me reste à vous parler des differentes
Académies érigées fous le même
Regne ou depuis dans plufieurs Villes du
Royaume , à l'exemple & par une loüable
émulation de celles dont je viens de
vous expoſer les établiffemens à Paris .
Mais comme cette matiere excederoit les
bornes que je dois me prefcrire pour ménager
votre attention , je referve tout
ce que j'ai à vous dire là-deffus pour
2. vel.
une
2750 MERCURE DE FRANCE.
une feconde Lettre , qui pourra être ſuivie
d'une troifiéme fur les Académies
Etrangeres. Je fuis avec refpect , Meffieurs
, vôtre très - humble & très - obéïffant
ferviteur. DE V.....
A Paris , ce 1. Decembre 1724.
ETRENNES DE CLEOPATRE ,
à M.... celebre Antiquaire.
Aunom de tant d'illuftres morts ,
Pour qui vôtre coeur s'intereffe ;
Au nom de ces Heros , dont Rome , dont la
Grece
Ont vanté les nobles efforts :
Pleine pour vous de zele & de reconnoiffance,
Je romps aujourd'hui le filence ,
Que depuis fi long- temps j'obſerve ſur ces
bords.
Que ne devons-nous point à vos foins genereux
?
Sans vous le plus fouvent nos reftes malheu
reux ,
Enfevelis dans la pouffiere ,
2. vol.
Y
DECEMBRE 1724. 2751
Y feroient toûjours ignorez ;
Par vous nous renaiffons encore à la lumiere ,
Par vous d'un long oubli les torts font reparez.
Je fçai que des bijoux font ordinairement ,
Le galant affaifonnement ,
Dont pour mieux fignaler fon zele ,
Ce jour que l'an ſe renouvelle ,
On accompagne un compliment ;
Mais l'ombre la plus liberale ,
A de fimples fouhaits doit enfin fe borner ,
Quand nous avons paſſé dans la barque fatale ,
Il ne nous refte plus de bijoux à donner.
3
S'il eft vrai ce qu'ici nous en avons appris ,
D'une ombre fur nos bords fraîchement débarquée
Chacun de nous felon fon prix ,
Dans vôtre Cabinet a fa place marquée ;
J'ytiens la mienne avec affez d'honneur,
Si j'en crois cette ombre flateuſe ,
Ah ! quand la chofe , enfin , feroit un peu
douteuſe ,
Dois-je l'examiner fi forr à la rigueur ?
2 .
Vous
υοί
.
2752 MERCURE DE FRANCE.
Vous le fçavez , envain je voudrois le cacher
Aux foins qu'on me rendit je ne fus point
ingrate ,
Un coeur reconnoiffant , une ame délicate ,
Aifément fe laiffe toucher.
Jufques dans les Enfers ce penchant m'afuivie,
C'est à vous déformais que je le facrifie ,
Non, que m'abandonnant à de nouveaux foupirs
,
Prévenue en fecret d'un espoir témeraire
J'ofe en ce jour juſqu'à vous plaire ,
Porter mes voeux & mes defirs ;
Un fi glorieux avantage ,
D'une ombre n'eft point le partage ,
Je le cede aux beautez qui vivent en ces lieux,
Que vous ont confié les Dieux.
N
Mais de quelque part qu'il nous vienne ,
Un coeur reconnoiffant eft- il à rejetter !
N'eft- ce donc rien qu'un coeur fur qui l'on
peut compter ,
En ma faveur du moins qu'il vous fouvienne
,
Qu'ici l'on ne fçait point flater.
2 . vol. On
DECEMBRE 1724.. 2753
On y connoît des coeurs les plus cachez mifteres
,
Jamais pour le parjure ici l'on n'eft puni :
Les voeux qu'on y fait font finceres ,
Tout artifice en eſt banni ;
Quoiqu'ami tendre & fecourable ,
Quoique genereux bienfaiſant ,
Des voeux dont en ce jour je fçais qu'on vous
accable ,
Oferiez-vous en dire autant ?
Mon zele va trop loin peut-être ,
Mais ne refufez pas d'en approuver l'excès ,
Puiffent mes vers trouver un favorable accès,
La main les a tracez , le coeur les a fait naître,
Le coeur auprès de vous me répond du ſuccès.
來
Que par vos foins nôtre gloire établie ,
Paffe jufqu'aux climats d'où vous naiſſent
les jours ,
Que de vos ans au gré de vôtre envie ,
La Parque prolonge le cours ;
Que vos defirs trouvent toûjours ,
Une route aifée , applanie ,
2. vol.
Et
2754 MERCURE DE FRANCE.
Et qu'enfin la fortune & le parfait amour
Rempliffent vos voeux tour à tour.
疗疗
SUITE de ce qui s'eft paffé à la derniere
Aflemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences .
Obfervation nouvelle & finguliere fir la
diffolution fucceffive de plufieurs Sels
dans l'eau commune , par M. Lemeri .
E n'eft pas toûjours des operations
Cles plus longues , les plus difficiles
& les plus impliquées qu'on tire des
obfervations fingulieres , & des éclairciflemens
confiderables fur une Méchanique
cachée , qu'on cherche à découvrir.
Rien n'eft à la fois plus fimple & plus à
la portée de tout le monde que de diffoudre
differents Sels dans l'eau commune ,
& d'examiner ce qui réſulte de la diflolution
de chacun de ces Sels ; cependant
cet examen , ( dit M. Lemeri ) nous a déja
valu plufieurs experiences curieufes , dont
la Theorie a encore le merite de porter
avec elle un caractere de certitude qui
n'accompagne pas de même toutes les matieres
de Phyfique.
2. vol.
On
DECEMBRE 1724 2755
On fçait que l'eau qui a diffout jufqu'à
un certain point d'un premier Sel
dont elle paroît en quelque forte fi bien
raffafiée , qu'il ne lui eft plus poffible
alors d'en diffoudre davantage , recommence
à agir fur un fecond , dont elle
enleve un certain nombre de parties qui
demeurent fufpendues avec celles du premier
Sel dans le même liquide , fans que
les unes faffent précipiter les autres , cu
qu'elles fe précipitent enſemble.
La meilleure raifon qu'on ait rapportée
juſqu'ici de ce Phenoméne , c'eft que
l'experience ayant découvert que les parties
integrantes d'un même Sel s'uniffent
bien enſemble ; mais non pas à celles
d'une autre espece de Sel . Ces deux Sels
differens peuvent habiter dans le même.
liquide , & s'y rencontrer à tout inftant
fans courir le rifque d'une jonction de
parties qui les feroient tomber l'un &
l'autre au fond de l'eau : mais cette raifon
, quoique vraye , eft incomplette ,
comme on le verra dans la fuite .
Dans le cas des deux Sels concrets
differens, fondus fucceffivement dans une
même portion d'eau , le fecond Sel produit
un effet fingulier dont perfonne ne
s'étoit apperçû , ou du moins n'avoit parlé
avant M. I emeri ; c'eſt qu'en fe plaçant
dans l'efpace ou l'intervalle qui
2. vol.
fepare
2756. MERCURE DE FRANCE .
fepare les parties du premier Sel , il
augmente de tout fon volume cet efpace ;
& devenant lui- même une efpece d'intermede
nouveau pour les parties de ce
premier Sel , éloignées alors les unes des
autres fort au- delà de ce qu'il le faut pour
ne fe point rencontrer , il donne lieu
par là à de nouvelles parties de ce premier
Sel de s'infinuer & de s'établir dans
la liqueur , ce qu'elles ne pouvoient
faire avant la diffolution du fecond Sel
& ce qu'un grand nombre d'experiences
prouve évidemment qu'elles font toûjours
après cette diffolution .
Il paroît par ce qui a été dit , il femble
même qu'on foit en droit d'en conclure
affirmativement que toutes les
fois qu'on prefentera fucceffivement à
une même portion d'eau deux Sels differens
qui n'auront aucune action l'un ſur
l'autre , & dont les parties integrantes
pourront s'approcher fans s'unir , quand
la portion d'eau aura enlevé tout ce
qu'elle pourra diffoudre pour lors du
premier Sel , non- feulement elle fe chargera
aifément du fecond qui fe placera
& fe maintiendra dans la liqueur fans en
recevoir le moindre empêchement de la
part du premier Sel , ni fans apporter
aucun obftacle à fa fufpenfion ; mais encore
que cette portion d'eau pourra toû-
2. vol.
jours
DECEMBRE 1724. 2757
jours, à l'aide du fecond Sel qu'elle aura
diffout , recommencer à agir fur de nouvelles
parties du premier.
Cette confequence generale fuggerée
par le raifonnement du monde le plus
fimple & le plus mécanique , & fondée
fur une fuite d'experiences certaines qui
s'expliquent toutes favorablement pour
elle , & qui ne fe démentent point , paroîtroit
ne devoir fouffrir aucune exception
, & il fembleroit qu'en faifant de
nouvelles experiences fur des Sels non
éprouvez , mais qui fe trouvent évidemment
dans le cas de ceux qui l'ont été
non- feulement il en devroit toûjours réfulter
le même effet , mais encore qu'on
pourroit, fans fe compromettre , prévoir
cet effet , & le prédire avec affurance.
M. Lemery avoue naturellement qu'il
le croyoit de même , & que quoique cet
aveu ne foit pas à fon honneur , il le
croyoit avec une confiance qui ne lui
permettoit pas d'imaginer qu'on pût jamais
produire dans la fuite aucune experience
qui y portât la moindre atteinte
; on fe prête , dit- il , & on fe livre
même d'autant plus volontiers à ces fortes
de confequences generales , que l'efpece
de conviction qu'un certain nombre
de faits particuliers excite ordinairement
en leur faveur , fe trouve encore foute- 2. vol.
nuc
2758 MERCURE DE FRANCE.
nuë par l'amour propre qui y trouve
effectivement fon compte : car en jugeant
de beaucoup de chofes qu'on n'a point
vûës , par le petit nombre de celles qu'on
a vûes réellement , on croit multiplier
infiniment fes connoiffances , & on ne
multiplie veritablement que fes erreurs.
Ce qui ajoûte M. Lemeri ) lui fit
appercevoir la fienne fur le fujet dont
il s'agit , ce fut une épreuve experimentale
dans laquelle il lui arriva ce qui
n'arrive que trop fouvent aux faifeurs
d'experiences , c'est- à - dire , de ne pas
trouver ce qu'il cherchoit , & de trouver
non-feulement ce qu'il ne cherchoit
pas , mais encore ce qu'il n'auroit jamais
foupçonné , & ce qui étoit formellement
contraire à ce qu'il penfoit.
On fçait que le Sel de Tartre ne fermente
point avec le Salpêtre , & qu'en
le mêlant avec ce Sel für lequel il n'a
point d'action , il n'en reçoit , ni ne lui
apporte aucune alteration particuliere ,
ce qui eft tout le contraire de ce qui
arrive par le mêlange de ce même Sel
avec celui de plomb , ou avec l'alun . De
plus on fçait par experience que les parties
integrantes du Salpêtre , & du Sel
de Tartre ne font ni plus propres à s'unir
, ni ne s'uniffent effectivement mieux
enfemble que le font celles du Salpêtre
2. vol.
&
DECEMBRE 1724. 2759
& du Sel commun , ou celles de l'Alun
& du Sel gemme. Par confequent on
avoit tout lieu de croire qu'en prefentant
du Sel de Tartre à une portion d'eau
chargée autant qu'elle pouvoit l'être de
Salpêtre , il arriveroit alors au Sel de
Tartre ce qui feroit furement arrivé en
pareil cas au Salpêtre prefenté à une ſolution
de Sel commun , ou à l'Alun prefenté
à une folution de Sel gemme. Ce
n'a donc pas été pour verifier ce fait dont
M. Lemeri étoit parfaitement convaincu ,
qu'il a fait l'experience dont il s'agit ; il
avoit , dit-il , pour but dans cette experience
la verification d'un autre fait qui
fuppofoit necellairement la verité de celui
dont il ne doutoit pas.
Mais où il commença , dit- il , à être
bien furpris , ce fut , qu'ayant verfé une
demi- once de Sel de Tartre dans deux
onces d'eau qui avoient diffout auparavant
tout ce qu'elles pouvoient diffoudre
de Salpêtre , il apperçût au bout de deux
jours qu'il y avoit encore au fond de la
liqueur une portion de Sel beaucoup
moins grande , à la verité , que celle qu'il
y avoit mife ; mais qu'il regardoit comme
un sefte du même Sel non diffout ; &
comme le Sel de Tartre fe fond naturellement
très -vite , & que fuivant fon
calcul , deux onces d'eau chargées d'une
2. vol .
demi
2760 MERCURE DE FRANCE.
·
demi once de Salpêtre , étoient capables
de diffoudre une plus grande quantité de
Sel de Tartre que celle qu'il y avoit
jettée dans ces deux onces d'eau , la premiere
idée qui lui vint , fut qu'il s'étoit
trompé fur le Sel de Tartre , & qu'il en
avoit mis quelqu'autre pour lui. Il paffa
donc la liqueur au travers d'un papier
gris pour examiner le Sel qui devoit refter
deffus , & il vit certainement que c'étoit
de veritable Salpêtre , & en goûtant
la liqueur qui avoit pallé au travers du
filtre , il n'eut plus lieu de douter qu'il
ne fe, fut fervi de Sel de Tartre.
Cet évenement d'autant plus furprenant
qu'il étoit inattendu , confola M.
Lemeri fur le champ par fa fingularité ,
de l'erreur où la comparaifon d'autres
experiences l'avoit fait tomber , & cette .
découverte nouvelle meritant bien d'être
fuivie , il verfa encore une demi - once
de Sel de Tartre dans la liqueur dont il
avoit déja retiré une portion de Salpêtre ,
& dont il en retira encore à peu près
autant par la même manoeuvre , enfin , par
plufieurs dofes de Sel de Tartre prefentées
fucceffivement à cette même liqueur,
il trouva le fecret de faire précipiter tout
le Salpêtre qu'il avoit employé , & qui
avoit cedé fa place dans l'eau au Sel de
Tartre. Il a réiteré la même experience
*
2. vol.
fur
DECEMBRE 1724. 2761
fur d'autres Sels , avec lefquels celui de
Tartre ne fermente pas plus qu'avec le
Salpêtre , & qu'il a tous auffi précipitez
de la même maniere.
Pour peu de réflexion qu'on faffe fur
les circonstances de l'experience qui
vient d'être rapportée , on la trouve
d'autant plus finguliere , que par aucunes
de ces circonftances elle ne reflemble à
quoi que ce foit , & qu'elle eft même
contraire à tout ce qui a été obfervé juſqu'ici
fur differens Sels concrets fondus
fucceffivement dans une même portion
d'eau ; & en effet , fuivant les obfervations
connuës , il n'y avoit de précipitation
que quand les Sels fermentoient enfemble
. Dans nôtre experience nouvelle ,
dit M. Lemeri , il n'y a point de fermentation
, & cependant il y a un précipité.
Le précipité des obfervations connuës
n'avoit jamais été qu'une efpece de
matiere terreuſe ou métallique , incapable
d'être rediffoute ; en cet état dans
une nouvelle portion d'eau , le précipité
de l'experience nouvelle que M. Lemeri
propofe , eft un veritable Sel , qui pour
avoir été chaffé du liquide où il avoit été
diffout , n'en a pas perdu pour cela la
proprieté de pouvoir être fondu de nouveau
dans une autre portion d'eau , &
d'en être encore précipité par le Sel mê-
2. vol .
C
me
2762 MERCURE DE FRANCE.
me qui en a déja produit la précipitation
, ou par un autre ſemblable.
Jufqu'ici on avoit toûjours vû que
quand deux Sels concrets , dont l'un des
deux étoit un Sel alkali , faifoient enfemble
un précipité , le Sel alkali en fe
faififfant de l'acide de l'autre Sel , prenoit
une nouvelle forme , & que le précipité
qui en réfultoit , n'étoit , pour
ainfi dire , que le débris de la décompofition
de cet autre Sel . Dans l'experience
de M. Lemeri , le Sel alkali n'enleve
rien à l'autre Sel , il le laifle & demeure
lui - même tel qu'il étoit auparavant . Enfin
on avoit toûjours obfervé que deux
Sels differens incapables de mordre l'un
fur l'autre , & de le porter mutuellement
aucune alteration fenfible , pouvoient habiter
enſemble dans un même liquide .
M. Lemeri avoit même découvert depuis
quelques années , que l'un des deux
Sels contribuoit encore par fa prefence
à la diffolution d'une nouvelle quantité
de l'autre Sel , & cet effet dont la méca
nique étoit clairement connue , paroifſoiț
être une fuite fi neceffaire du mélange
des deux fortes de Sels dont on vient de
parler , qu'on ne pouvoit fe figurer qu'en
pareil cas la chofe pût jamais arriver autrement.
Voici neanmoins un effet tout
contraire dans un cas pareil , il y a donc
2. vol.
dans
DECEMBRE
1724. 2763
dans la nouvelle experience de M. Lemeri
, quelque circonftance particuliere
& inconnue , ou du moins à laquelle on
n'avoit point fait d'attention , & qui produit
la difference finguliere & imprévûë
dont il s'agit , c'eft , continue -t’il ,
qu'il va tâcher de démêler.
ce
Quand on confidere la nature des Sels ,
qui par experience peuvent être admis
fucceffivement , & demeurer enfemble
dans un même liquide , on voit que ce
font des Sels appellez communément neutres
ou moyens , c'eft- à - dire , compofez
d'une grande quantité d'acides engagez
de maniere dans les pores de leur matrice
, qu'aucuns de ces pores ne fe trou-
Ivent vuides , & en état de recevoir de
nouveaux acides , ce qui eft tout le contraire
du Sel de Tartre criblé , pour ainfi
dire , de toutes parts , & propre par là à
admettre toutes fortes d'acides , & à fermenter
avec eux . Comme la difference
d'effets que produit ce Sel , ne doit & ne
peut être imputée qu'à ce qu'il a d'eſſentiellement
different , pour être plus à
portée de découvrir comment il opere la
chûte des parties du Sel moyen avec lequel
il a été mêlé , arrêtons- nous un inftant
, dit M. Lemeri , fur la nature particuliere
de ce Sel , qui de tous les Sels
lixiviels eft le plus alkali , c'eſt- à - dire >
2. vol.
Cij
celui
2764 MERCURE DE FRANCE.'
celui dont la matrice a un plus grand
nombre de pores vuides ; & comme nous
allons , ( pourfuit-il , ) faire un ufage particulier
de ces pores , tâchons de découvrir
, s'il eft poffible , une espece de mefure
Chymique qui nous apprenne qui
font les corps à qui l'entrée de ces pores
eft refufée en plein , & qui font ceux
qui y trouvant un paffage libre & trèsouvert
, les traverfent fans aucune peine.
M. Lemeri a déja remarqué ailleurs
que tout Sel alkali étoit un Sel effentiel ,
à demi décompofé , c'eft - à - dire de la
partie terreufe duquel le feu avoit chaffé
un grand nombre d'acides , & où il n'en
avoit laiffé que ce qui étoit neceffaire
pour
conferver une forme faline à ce compofé
; car fi tous les acides en euffent été
enlevez , il feroit devenu une fimple
terre comme il arrive dans la diftillation
ordinaire de l'efprit de nitre , ou ce qui
refte dans la cornuë après la diftillation ,
n'eft qu'une terre indiffoluble dans l'eau ,
& bien differente par là , & par fa forme
du Sel alkali produit par la calcination
du Salpêtre mêlé avec le charbon ; au
refte , ce qui prouve évidemment que le
Sel alkali n'eft tel que par la perte de fes
acides , c'eft qu'en rendant à chacun de
fes pores , des acides du caractere de ceux
qu'ils ont perdu , en verfant par exem- 2. vol.
ple
DECEMBRE 1724. 2765
ple de l'efprit de nitre fur du nitre fixé
par les charbons , on reproduit du Salpêtre
; mais que fi les acides entrent
dans les pores dès Sels alkalis , ce n'eſt
pas fans peine , & ce qui le prouve , c'eſt
le bouillonnement qui furvient alors à
la liqueur , & qui n'eft produit que par
les efforts & les fecoufles réïterées des
acides , & par la réfiftance qu'y appórtent
les Sels alkalis ; les acides ne s'infinuent
donc dans les pores de ces Sels
comme il a été expliqué ailleurs , qu'en
foulevant les parois de ces pores qui fe
rabbattant enfuite fur les acides , les preffent
& les refferrent fi fort , que le feu le
plus violent ne peut alors les en chaffer ,
fans le fecours d'un intermede. D'où l'on
voit qu'ils ont naturellement trop de volume
pour être à l'aife dans les pores
des Sels alkalis , & pour y entrer , & en
reffortir avec une grande facilité.
Il n'en eft pas de même des parties
aqueufes que M. Lemeri fuppofe beaucoup
plus fines & plus déliées que les
acides ; ce qui autorife à les fuppofer telles
, c'eft que l'eau eft le diffolvant des
acides , une liqueur acide comme l'efprit
de nitre , l'efprit & l'huile de vitriol ,
n'eft autre chose qu'un compofé d'acides
& de particules d'eau qui feparent ces
acides les uns des autres , & qui les fou-
2. vol.
C iij tiennent
2766 MERCURE DE FRANCE .
tiennent contre leurs poids en vertu des
loix de la diffolution ; car fi ces acides
contenuës dans l'eau , n'y étoient pas
foumis à l'action diffolvante de ce liquide
, ils fe précipiteroient au fond de l'eau
vertu des loix de l'hydroftatique ,
comme le font en pareil cas tous les corps
qui font plus pefans que l'eau , & qu'il
ne lui eft pas poffible de diffoudre.
Si donc les particules d'eau font le diffolvant
des acides , n'a- t'on pas tout lieu
de penfer que les parties du diffolvant
font plus fines & plus déliées que celles
du corps
diffout ? où voit- on le contraire
dans aucune diflolution ? Enfin , continue
M. Lemeri , quand je n'aurois en ma faveur
aucunes des preuves qui viennent
d'être rapportées , pourvû qu'il n'y en
eut point de contraires , & que ma ſuppofition
quadrat parfaitement avec mon
experience , je pourrois toûjours avancer
que les parties d'eau font plus fines que
les acides , & qu'étant telles , elles pafferont
librement au travers des pores du Sel
alkali fans y être arrêtez comme le font les
acides ; & en effet en examinant 1 ° la
maniere dont la moindre humidité aqueufe
s'infinue en peu de temps dans toute
une maffe de Sel alkali & la diffout , qui
peut empêcher de penfer que cette humidité
ne penetre les pores de chaque
2. vol.
molecule
DECEMBRE 1724. 2767
molecule de Sel , & que ce ne foit par
rapport à cette circonftance que le Sel
alkali s'humecte & fe diffout infiniment
plus vite que les Sels moyens dont on
Tçait que les pores font bouchez par des
acides & inacceffibles aux parties aqueu
fes. 2. En confiderant la facilité avec
laquelle l'eau entre dans les pores du
Sel alkali , le peu de trouble qu'elle excite
en y entrant , & la facilité avec laquelle
on l'en dégage par la diftillation ,
& comparant cet effet avec celui des
acides qui s'engagent avec peine dans ce
Sel , & que le feu le plus fort n'en fçauroit
enfuite dégager fans un intermede ,
cn conçoit clairement qu'il faut les
que
particules d'eau foient plus fines que les
acides , & que c'eft par cette raison que
ces particules d'eau font à l'aife dans les
pores du Sel alkali , où les acides font
fort à l'étroit , & qu'elles y entrent , &
en fortent avec une très - grande facilité ,
ce que ne peuvent faire les acides ; enfin
fi les acides n'entrent qu'avec peine dans
les pores du Sel alkali , les Sels moyens,
c'eſt-à- dire , ceux avec lefquels les Sels
alkalis ne fermentent point , & qui
font ceux dont il s'agit ici , les Sels
moyens , dis - je , n'y entreront point du
tout , & en effet les Sels moyens font
des acides engagez dans une matrice ter-
2. vol. Cij
reufe
2 768 MERCURE DE FRANCE
1
S
à
reufe , qui n'entrera jamais dans les pores
d'une autre matrice terreufe
peu près de même nature qu'elle , &
qui y entrera encore d'autant moins
que les acides qu'elle contient , ont euxmênes
bien de la peine à y entrer étant
feuls , & qu'ils n'ont pas diminué le volume
de cette matiere terreufe depuis
qu'ils y ont été reçûs .
Suppofant donc que l'eau paffe avec la
derniere facilité au travers des pores du
fel de tartre , & que tout fel moyen doit
s'arrêter à l'entrée de ces pores ; quand
,
on aura fait fondre dans de l'eau autant
de Salpêtre , ou d'un autre fel moyen
qu'elle en pourra contenir alors &
qu'on jettera enfuite au fond de cette liqueur
une dofe de fel de tartre proportionnée
à fa quantité , l'eau ne manquera
pas d'enfiler promptement les pores du
fel de tartre , laiffant à l'entrée de ces
pores les differentes parties de Salpêtre
qu'elle contenoit , & qui faute de vehicule
, & de l'intermede aqueux qui
vient de les abandonner , & qui fervoit
à les éloigner les unes des autres , fe
trouvent fi bien raffemblées à l'embouchure
de ces pores , qu'elles forment à
l'inftant des males , dont la groffeur ne
leur permet point de prendre d'autre pla
ce que celle du fond du vaiffeau ; pour
.
2 vol.
le
DECEMBRE 1724. 2765
le fel de tartre , comme il eft naturellement
très-prompt & très- facile à diffoudre
, l'eau qui a enfilé fes pores , opere
d'autant plus vite fa diffolution qu'elle
vient de dépofer fon premier fel , &
qu'elle a , pour ainfi dire , ratrapé par là
toute la force .
&
Le fel de tartre eft donc une espece de
filtre qui donne lieu aux parties d'eau de
fe dépouiller de leur premier fel
qui ne differe de tout autre filtre qu'en
ce qu'étant diffoluble , il reprend dans
l'eau la place du fel qu'il en a fait exclure
, & qui par cela même n'y peut
plus rentrer ; car , par exemple , fi la
liqueur ne contient plus que du fel de
tartre , & qu'une once d'eau , par exemple
, en ait diffout une once & plus , ſa
force eft épuifée , & elle n'eft plus en
état de diffoudre d'aucun autre fel . Si
au contraire on n'a employé qu'une demi
- once de fel de tartre , qu'il n'y ait
eu qu'environ un gros de Salpêtre de
précipité , & qu'il en refte encore un
gros dans la liqueur avec la demi- once
de fel de tartre , le gros du Salpêtre précipité
ne pourra rentrer , ni dans la
tion du liquide chargée du fel de tartre ,
par la raifon qui vient d'être expliquée ,
ni dans la portion du liquide où habite
le gros du Salpêtre , parce que cette porpor-
2. vol.
C v tion
2770 MERCURE DE FRANCE.
tion contient alors tout ce qu'elle peut
contenir de ce fel ; & que s'il y en venoit
davantage , il n'y pourroit demeurer
par les raifons qui ont été fuffifamment
déduites dans ce Memoire .
L'experience a fait voir à M. Lemeri
, que pour faire precipiter tout le fel
moyen contenu dans une meſure d'eau , il
falloit employer toute la quantité de fel
de tartre , que cette meſure d'eau eut été
capable de diffoudre , fi elle eut été pure
& fans mêlange de fel moyen ; il eſt
vrai que fi le fel de tartre étoit indificluble
, ou auffi difficile qu'il eft facile à
fondre , il n'en faudroit pas , à beaucoup
près , une auffi grande quantité pour la
précipitation du fel moyen ; mais quand,
par exemple , on prefente un gros de
fel de tartre à une once d'eau chargée de
deux gros de Salpêtre , la portion de ce
liquide la plus proche du fel de tartre ,
qui par cela même y entre d'abord , &
qui en y entrant dépofe tout ce qu'elle
contenoit de Salpêtre , diffout immediatement
après tout ce qu'elle peut contenir
de fel de tartre , & en enleve promp
tement avec elle le gros ; de maniere
que fi on ne prefentoit pas encore fucceffivement
plufieurs gros de fel de tartre
aux portions d'eau qui fuivent la premiere
, elles manqueroient chacune de
2. vol.
filtre,
DECEMBRE 1724. 2771
filtre , pour fe défaire des parties de fel
moyen qu'elles ont diffoutes ; or tous
les gros de fel de tartre employez l'un
après l'autre pour la précipitation du
Salpêtre contenu dans chacune des portions
dont une once d'eau eft compofée,
font précisément enfemble tout ce qu'une
once d'eau , qui n'auroit jamais diffout
de fel moyen , feroit capable de diffoudre
de fel de tartre ; & en effet , l'eau
ne commençant à diffoudre le fel de tartre
que l'inftant d'après qu'elle eft déba-,
raffée du Salpêtre , elle eft alors comme
fi elle n'en eut jamais contenu , & par
confequent elle eft en état de diffoudre,
& elle diffout en effet tout ce qu'une égale
quantité d'eau pure peut diffoudre de
fel de tartre.
Le fel de tartre ne fe diffolvant dans
l'eau que l'inftant d'après la chute des
parties du fel moyen , c'est- à - dire , quand
l'eau , en pallant au travers de fes pores ,
a déposé à leur entrée les parties de ce
fel moyen , il eft clair que la diffolution
du fel de tartre empêche bien la rentrée
du fel moyen dans l'eau , mais qu'elle
ne contribue en rien à la chute ; & en
effet , quand au lieu de fel de tartre on
verfe fur une diffolution de fel moyen
l'huile de tattre , qui , comme on fçait ,
eft du fel de tartre fondu dans l'eau , il
2. vol.
C vj fe
2772 MERCURE DE FRANCE. '
1
fe precipite de même , & à l'inftant une.
quantité de fel moyen proportionnée à
la quantité de l'huile de tartre qui a été
employée , on peut précipiter de cette
maniere tous les fels qui l'ont été par le
fel de tartre , cette derniere precipita
tion donne même lieu à quelques remar.
ques affez curieufes qui feront rapportées
dans un autre Memoire.
-
Au refte , quoiqu'il paroiffe affez clairement
par tout ce qui a été dit dans ce
Memoire , que la précipitation du fel
moyen qu'excite la prefence du fel de
tartre , ne puiffe être imputée à rien de
plus naturel & de plus vrai- femblable
qu'à l'abondance des pores du fel alkali
qui devient alors une espece de filtre ,
& qui en fait l'office ; cependant comme
l'action de ces pores eft le fondement fur
lequel toute l'explication eft appuyée , on
ne peut rendre ce fondement trop folide
, & nous ne pouvons mieux finir ce
Memoire ( dit M. Lemery ) qu'en donnant
en quelque forte la derniere main
à ce fondement , en faisant remarquer que
fi ce font veritablement les pores du fel
de tartre , qui donnent lieu à l'effet particulier
de ce fel quand ils ont été bouchez
par des acides , le fel qui en refulte ,
ne fe laiflant plus penetrer comme auparavant
par des parties aqueufes , & ayant 2. vol.
perdu
DECEMBRE 1724. 2773
perdu par là fa proprieté de filtre , ne
doit plus précipiter ces fels moyens comme
il le faifoit auparavant , & étant devenu
lui-même un fel moyen , non feulement
il doit habiter paifiblement avec
eux dans la même portion de liquide ,
mais encore donner lieu par fa prefence
à la diffolution d'une nouvelle quantité
de leurs parties dans ce liquide , & c'eſt
auffi ce que l'experience juftifie parfaitement.
La découverte nouvelle qui fait le fujet
de ce Memoire , porte un grand jour
dans la theorie de la diffolution des fels
par l'eau commune ; car elle nous apprend
que deux fels qui fubfiftent enfemble
dans le même liquide , ne le font
pas feulement parce que leurs parties in-.
tegrantes font incapables de s'y réunir ;
& parce qu'ils ne fermentent point l'un
avec l'autre , mais encore parce que l'un
d'eux ne peut faire l'office de filtre dans
Ja liqueur , ou plûtôt parce qu'ils font
tous deux fels neutres ou moyens , ce
qui eft une condition neceffaire pour
l'effet dont il s'agit . Enfin ( continuë M.
Lemery nous voyons encore par cette
découverte , que quand le fel de tartre
a é é mêlé avec quelque fel moyen ,
n'a pas fur lui une action de fermentation
il en a toûjours une de precipis'il
2. vol.
tation.
2774 MERCURE DE FRANCE.
tation . Quoique cette obfervation ne paroiffe
que curieufe , M. Lemery prévoit
qu'elle peut avoir beaucoup d'utilitez ,
qu'il fe hazardera d'autant moins de prédire
, que fortant , dit- il , de fe tromper
dans un cas beaucoup plus certain en apparence
que celui - ci , il doit profiter de
cette leçon ; tout ce qu'il croit pouvoir
dire fans crainte de reproche , c'eſt que
la découverte qu'il vient de rendre publique
, pourroit reflembler à plufieurs
autres qui ont commencé par n'être que
curieufes , & qui font devenues utiles
dans la fuite , & que , quoiqu'il en foit,
la verité eft affez aimable pour meriter
par elle -même , & fans aucun motif d'intereft
toute nôtre attention & toutes nos
recherches .
E
BOUTS - RIMEZ.
Levé que je fuis au fond de la Garonne ,
' Je fuis bien éloigné , cher Ami , du Perou ,
Sans argent en ce fiecle on vit comme un
Hibou ,
Ce métail fait briller jufques à la Couronne.
Telle fe fait nommer Madame la Baronne ,
2. vol.
Qui
DECEMBRE 1724 2775
Qui fans biens ne feroit qu'une vieille Houhou
;
Le plus fage , ma foi , fans argent n'eſt qu'un
Mais
Fou
par lui l'ignorant eft Docteur en Sorbonne.
Sans l'or tel Ecrivain plus fameux que Balfac
Ne fe verroit cité non plus qu'un Almanach;
L'or fait le plus fouvent les trois quarts du
Ministre ,
Sans l'or, un Adonis ne feroit qu'un Magot ,
Par l'or un fcelerat fe fauve du Fagot ;
Quiconque eft riche et tout , tout pauvre
n'eft qu'un Cuiftre
LETTRE de M. Vergier à Mad. d'H***
vers : La Guirlande, & c.
MADAME ,
Me voilà , Dieu merci , arrivé , & arrivé
fans avoir reçû de la pofte que j'ai
couru jufqu'au bout , aucune des offenfes
dont vous me menaciez . C'eft le plus joli
métier du monde , il vous femble que
vous foyez changé en oifeau , & d'un
foleil à l'autre vous parcourez des païs
2. vol.
infiniss
2776 MERCURE DE FRANCE .
infinis ; mais combien le trouverai- je plus
joli à mon retour , & que fa viteffe répondra
bien à l'impatience que j'ai de me
revoir auprès de vous ? on ne fçauroit
defirer un plus beau temps que celui que
j'ai eu pendant tout le chemin , & cette
faifon qui eft la plus belle de l'année ,
eft auffi la plus belle qu'on ait vûë dans
toutes les années precedentes ."
La Campagne eft par tout fleurie ;
Mes Courfiers fous leurs pas n'ont foulé que
des fleurs ,
Dont la moindre & la plus cherie
Aux Zephirs amoureux a coûté mille pleurs ;
,,,
Les Buiffons , revêtus de verdure nouvelle ,
Répandent dans les airs les parfums les plus
doux;
Flore ne fut jamais fi belle ,
On la prendroit prefque pour vous.
Le terme de Courfier ne vous a - t- il
pas femblé bien magnifique , Madame ,
& lorfque vous penfâtes mourir de rire,
en me voyant culbuter de deffus le débonnaire,
cheval du Curé , auriez - vous
jamais crû que j'euffe dû monter quelque
jour fans accident un animal fougueux
& rapide , comme le doit être un Courfier
? cependant je l'ait fait ; auffi faut- il 2, vol.
avouer
DECEMBRE 1724. 2777
avouer , que les voyages & les affaires
façonnent bien les gens . Comme je n'ai
fait que traverfer avec beaucoup de viteffe
les païs par où j'ai paflé , vous croiriez
peut-être , Madame , que je n'aurois
rien à vous raconter , j'ai pourtant vû
mille chofes , qui toutes meriteroient un
recit fort exact , fi j'avois le temps de le
faire. Ici j'ai vu des Satyres furprendre
des Nymphes endormies , & je vous dirai
par parentheſe qu'ils font comme deux
gouttes d'eau reflemblans à M. de .
Ailleurs j'ai vû des Silvains danſer avec
des Bergeres. Là j'ai vû des Naïades ſe
joüer fur les eaux ; enfin de toutes parts
je n'ai vû que chofes agreables & dignes
de remarque ; mais voici celle qui m'a
plû davantage , & dont je ne sçaurois
m'empêcher de vous faire un recit au
long.
En certains vallons écartez ,
Couloit à flots précipitez
D'un ruiffeau l'Onde claire & pure ,
Propre à faire tomber par fon charmant murmure
,
Ou dans la rêverie , ou dans un doux fommeil.
Là repofoit au frais , fur un lit de verdure ,
Une Nymphe affez belle & fans autre appareil ,
2. vol.
Que
2778 MERCURE DE FRANCE .
Que celui que l'Amour inſpire ,
Bras nud qui les regards attire ;
Cheveux moitié flotans , & moitié renoüez ,
Habit leger , dont ſe ſeroient jouez
Les moindres vents ; gorge affez découverte
,
Couverte affez pour faire defirer ;
Pieds faits au tour dont la blancheur offerte
Charmǝit , brûloit qui l'ofoit ad.nirer.
La Nymphe en cet état d'une main délicate ,
Faifoit une guirlande , où du riant Printemps
Elle prétend que tout l'émail éclate.
Un jeune Faune aux yeux étincelans ,
Au teint noirâtre il n'en étoit pas pire ,
Amour , dit on , eft de cette couleur ;
Auprès d'elle couché lui contoit fon martyre ,
Et lui choififfoit fleur à fleur ,
Tout ce qu'il jugeoit propre à former la guirlande
;
Ainfi depuis long- temps chacun d'eux s'exerçoit.
L'ouvrage cependant moins que rien avan-
⚫çoit ,
Bien que la Nymphe fut d'une adreffe affez
grande ;
2. vol.
Mais
DECEMBRE 1724. 2779
Mais elle aimoit le Faune , il l'avoit fçû charmer
;
Et près de ce qu'on aime , on ne fçait rien
qu'aimer.
La Belle en attachant les fleurs les plus pri
fées ,
Ecoutoit fon Amant , elle lui répondoit ,
L'écoutant , lui parlant , elle le regardoit
Et tout autant de fleurs briſées ;
Enforte que pour deux au plus
Qu'elle noüoit , elle en rompoit cinquante
Du Faune l'ame impatiente
De voir tant de trefors perdus
En fit reproche à fon Amante ,
Et jura qu'il la baiferoit ,
♦
Autant de fois qu'elle en romproit-
La fentence fut acceptée ,
Et fur le champ executée ;
A peine une fleur elle prit ,
Qu'entre fes doigts la tige fe rompit »
Elle en reçut la peine fur fa bouche ;
A la feconde qu'elle touche ,
Autres baifers furent donnez.
Gorge , jouë & menton , le front , les yeux,
le nez ,
Tout 2. vol.
2780 MERCURE DE FRANCE.
Tout enfin fut cènt fois parcouru fans myltere
,
Par les baifers de ce Juge fevere ;
Ainfi de fleur en fleur , de baifer en baifer ,
On voyoit leurs regards & leurs coeurs s'embraffer.
Quand la Nymphe vint à brifer
Non une fimple fleur , mais toute la guirlande.
Là -deffus grande émotion ;
Je redoublai d'attention ,
Pour voir quelle punition
Notre Faune feroit d'une faute fi grande ;
Mais foudain pour tromper mes regards curieux
,
Par le pouvoir de ces champêtres Dieux,
Des branchages touffus autour d'eux s'étendirent
,
D'épaiffes ombres s'épandirent ,
Je ne vis rien de plus , mais au défaut des
yeux ,
Mon coeur me dit à peu près ce qu'ils
firent.
Venons maintenant à la verité de la
Fable , & admirez en même temps , Madame
, quelle eft la vertu de la Poëfie ;
& combien les moindres fujets devien-
2. vol.
nent
DECEMBRE 1724. 2781
nent grands entre fes mains. Cette Nymphe
fi belle & fi galahte , n'eft autre
chofe qu'une gardeute de cochons , & le
Faune qu'un gardeur de vaches , que je
vis entre Avranches & Fontorfon , Païs
de Balle Normandie , & qui feuls dans
une vallée affez agreable joüoient à un
jeu à peu près auffi divertiffant que celui
du pied- de - boeuf , & qui finiffoit toûjours
par des baifers ; je ne fçai s'ils s'apperçurent
que je m'étois arrêté pour les
regarder , mais enfin ils quitterent brufquement
le lieu où ils étoient , & s'allerent
mettre derriere un buiffon , d'où je
ne pus plus les voir . Et voilà cette machine
merveilleufe de branchages & d'ombres
que j'ai fait venir d'une maniere fi
furprenante pour cacher ces Amans . Toutes
les autres chofes que j'ai vûës pendant
mon voyage , réduites à la verité ,
feroient à peu près de ce caractere. Voilà
comment nous autres Poëtes fçavonsnous
jouer de toutes choſes : nous abaif
fons les grandes , nous élevons les petites
. Enfin les Metamorphofes ne nous
coûtent rien ; je fçai pourtant des chofes
que toutes les exagerations de la Poëfie
ne fçauroient élever au - deffus de la verité
; ce font les charmes de votre efprit ,
la bonté de votre coeur , les graces & les 3. vol.
beau
2782 MERCURE DE FRANCE
beautez dont brille toute votre perfon
ne , & le refpect avec lequel je fuis ,
& c.
LE TRIUMVIRAT AMOUREUX,
S
I l'union de trois Romains ,
Fit jadis un affreux carnage ;
Trois François , amis des humains ,
Veulent reparer ce ravage,
Triumvirs differens des autres ,
Ils ne font ni cruels ni fiers ;
L'ambition fit les premiers ;
C'est l'amour feul qui fait les nôtres .
Non , difent- ils , point de courroux ,
Point d'exil dans tout notre Empire ;
Amans , nous ne voulons profcrire
Que les maris & les jaloux.
Triumvirs , Rome confumée
Fut l'ouvrage de leurs fureurs ,
D'une autre ardeur l'ame animée ,
2. vol.
Nous
DECEMBRE
1724 . 2783
Nous ne brûlerons que les coeurs
Au bruit terrible des trompettes ,
Vous faifiez vos fanglans exploits ;
Pour celebrer nos doucés loix ,
Nous n'employons que les mufettes.
A cücillir des nouveaux lauriers ,
Vous paffiez toute votre vie ;
Plus amoureux & moins guerriers ,
Le Myrthe feul fait notre envie.
Il falloit pour remplir vos voeux ,
Des couronnes & des richeffes ;
Pour nous , nous ferons trop heureux ,
Si nous poffedons nos Maîtreſſes,
DESCRIPTION de la Pompe funebre
à Paris , dans l'Eglife de Notre- Dame,
pour le Service du Roi d'Espagne le
15. Decembre 1724 .
Seft
certain
Oit ignorance , foit précipitation , il
que la plupart des Relations
que certains Particuliers répan-
2. vol.
dent
2784 MERCURE DE FRANCE .
dent dans le public , font fi peu exactes,
qu'après qu'on les a lûës , on ne peut fe
former qu'une idée très - imparfaite des
objets qu'elles femblent annoncer.
Telle eft celle qui paroît depuis quelques
jours de la décoration de l'Eglife
Metropolitaine de Paris , à l'occaſion du
Service folemnel qui y fut fait par ordre
du Roi , pour le repos de l'ame de
DOM LOUIS I. DU NOM , ROI D'ESPAGNE
. Au lieu d'un détail fimple , exact,
caracterifé par les termes propres de
l'Architecture , & des autres Arts qui
ont concouru à la compofition de ce fomptueux
Monument l'Auteur s'eft érigé
en Declamateur , & par une éloquence
affectée & hors d'oeuvre , il a plûtôt fait
une espece d'Oraifon funebre qu'une defcription.
Nous efperons que celle que
nous allons donner , fera d'autant plus
exacte , que nous l'avons dreffée fur les
Memoires de M. Berin , qui a deffiné &
conduit toute la décoration.
Décoration exterieure de l'Eglife .
La façade de l'Eglife étoit tenduë de
drap noir depuis les degrez du Portail
jufqu'au cordon. La tenture étoit rehauſfée
par trois lez de velours de même
couleur , chargez d'Armoiries & de Chif-
2. vol.
fres.
DECEMBRE 1724. 2785
"
fres . Les Armoiries repréfentoient les
Armes de tous les Royaumes , & des
differentes Provinces qui compoſent la
Monarchie d'Eſpagne , & les Chiffres le
nom du feu Roi Dom Louis I.
›
Sur la Porte du milieu ; paroiffoit un
grand Ecuffon aux Armes d'Eſpagne ,
foutenu par des Renommées & orné
de Feftons de Cyprès. Sur chaque
Porte laterale il y avoit un Chiffre de
même grandeur que l'Ecuffon , & orné
de la même maniere , ce qui faifoit un
afpect auffi lugubre que magnifique.
La Porte du Palais Archiepifcopal
étoit décorée comme celle de l'Eglife ,
à la referve qu'il n'y avoit ni un grand
Ecuffon , ni deux grands Chiffres , à caufe
qu'il n'y avoit pas aſſez d'eſpace pour les
placer.
Décoration de la Nef de l'Eglife.
Le Nef étoit tenduë de drap noir de
puis les vitreaux jufqu'au rez- de - chauffée
, & divifée en deux parties inégales,
dont la moindre fut deſtinée à la conftruction
d'un Avant-Choeur , & la plus
grande à celle d'un vafte Choeur. Cette
divifion étoit faite par une tenture de
drap noir , qui defcendoit depuis la voûte
de la Nef jufqu'au rez -de - chauffée.
2. vol.
D Déco2786
MERCURE DE FRANCE.
Décoration de l'Avant-Choeur.
La tenture qui faifoit la feparation de
la Nef , fervoit de frontifpice à l'Avant-
Choeur. Au milieu de cette tenture on
avoit pratiqué la porte du Chour , deſignée
par un Chambranle feint de bronze
doré , au deffus duquel on voyoit un grand
Ecuffon , foutenu par deux Lions d'or ,
fur un fond d'une draperie fourrée d'hermine
, dont les pans alloient tomber fur
les Lions. Aux deux côtez de cet Ecuffon
on avoit placé deux Chiffres entre
deux lez de velours , ornez comme ceux
de la façade de l'Eglife , & au - deffus de
ces deux- là on en voyoit un troifiéme
qui traverſoit toute la largeur de la Nef,
& orné comme les précedens.
•
Toute la tenture de l'Avant- Choeur
étoit rehaullée par deux lez de velours
femez comme les autres d'Armoiries
lefquets formoient une double ceinture.
Tout l'Avant-Choeur étoit éclairé de
diſtance en diſtance , par une grande quantité
de bougies portées par des girandoles
, qui formoient des groupes de lumiere
qui brilloit au- deffus des Ecuffons
& des Chiffres.
2. vol.
Déco
DECEMBRE 1724.
2787
Décoration du Choeur.
Le Choeur étoit decoré par un Ordre
d'Architecture , compofé de Pilaftres de
marbre blanc & verd d'Egypte , & dont
les piedeftaux étoient ornez par des Colliers
des Ordres Militaires & de la Toifon
d'Or , du S. Elprit & de S. Michel
, dont le défunt Roi d'Eſpagne étoit
revêtu. Au- deffus des Pilaftres on avoit
pofé des girandoles à plufieurs branches.
Le nud de ces Pilaftres étoit orné alternativement
de Termes & d'Efcabilons.
Ils reprefentoient des Deffechez enveloppez
dans des Draperies , & portoient
fur leurs têtes des vales d'or , couronnez
d'une girandole d'argent chargée de lumieres.
Leurs chaînes étoient ornées de
feftons de bronze doré. Le Corps & la
Draperie des Termes étoient de marbre
blanc .
.. Les Efcabilons étoient ornez de Têtes
de Mort aîlées , de Feftons & d'Armatures
de bronze doré , & portoient , de
même que les Termes , des vafes d'or &
des girandoles d'argent également illuminées.
Les Chapiteaux étoient compofez de
Têtes de Mort aîlées , de Cornets entrelaffez
qui formoient des voluttes , def-
2. vol.
Dij
quelles
2788 MERCURE DE FRANCE .
quelles pendoient des Feftons de laurier
& des Cordons des Ordres de la Toifon
d'Or & du Saint- Elprit . Les Têtes de
Mort portoient des girandoles à plufieurs
branches.
La Frife de tout cet Ordre d'Architecture
étoit formée par un lez de velours
chargé de Tours , de Lions , de
Grenades , de Fleurs - de lis d'or & de
larmes d'argent.
1
La Corniche étoit de marbre blanc ,
dont tout le pourtour étoit profilé de lumiere
, foutenue par des Tours , par des
Lions, par des Grenades & par des Fleursde-
lis d'Or.
Sur l'aplomb de tous les Pilaftres , on
voyoit des Cartouches d'or furmontez
d'une Couronne & ornez de Palais . On
avoit reprefenté dans le fond de ces Cartouches
toutes les Armes des differens
Royaumes & Provinces , dont la Monarchie
d'Espagne eft compofée . Ils
étoient attachez par des Feftons d'hermine
, & ornez de Trophées compofez
de Sceptres , de Mains de Juftice couronnées
, & autres Attributs caracteriſez.
'Au deffus de ces Cartouches & Trophées
regnoit un autre lez de velours
orné de même que celui de la Frife ; &
pour terminer l'Attique ; on voyoit des
Feftons d'hermine , qui fermoient des
2. vol.
neuds
DECEMBRE 1724. 2789
noeuds fur l'aplomb de tous les pilaftres.
A chaque côté du Choeur on avoit
pratiqué neuf arcades qui formoient des
alcoves ou Tribunes , dans lesquelles trois
rangs de báncs compofoient un amphitheatre
, fur lefquels étoient placez une
multitude de fpectateurs.
Chaque alcove étoit ornée par le bas
d'un Tympan chantourné , chargé d'une
tête de mort aîlée , & entourée de feftons
de Cyprès chaque tête de mort portoit
une girandole d'argent chargée de lumieres.
Les Tympans formoient une efpece
de galerie , & étoient profilez de bougies
. Ils portoient alternativement ſur le
haut du milieu des Tours & des Grenadiers.
A chaque côté des Tours paroiffoit un
enfant de bronze doré , tenant à là main
differens attributs de la mort , & orne
mens Royaux. Ces Tours étoient furmontées
d'une girandole d'argent chargée
de lumiere.
Les Grenadiers étoient d'argent à 25.
branches , dont chacune portoit une gre
nade d'or avec ſa bougie , foutenuë par
un piedeſtal cannellé , & accôté de deux
Lions d'or d'attitudes differentes .
Les ceintres des dix - huit arcades étoient
ornez de rideaux de velours attachez à
l'architheatre , lefquels formoient des
2. vol.
D iij feftons
2790 MERCURE DE FRANCE.
feftons d'un pilaftre à l'autre , noüez par
de gros cordons d'argent , dont les chûtes
tomboient fur les timpans ; le tout
garni de franges d'argent , & femé de
larmes de même métal. Toutes les arcades
étoient à chefpendant , portant alternativement
des écuffons & des chiffres..
On voyoit les armes d'Efpagne ornées
des attributs des Ordres de la Toifon
d'Or , du Saint - Efprit & de Saint Michel
dans de grands cartouches de bronze
doré , ornez de feftons de Cyprès , & furmontez
d'une Couronne .
Les chiffres étoient dans des Medailles
ornées de cartouches d'or & de feftons
de Cyprès , & entourez d'un manteau
Royal d'étoffe d'or , doublé d'hermine ,
& furmontez d'une Couronne .
A chaque côté du Choeur on avoit
conftruit deux rangs de ftales drapées
pour y placer les Princes du Sang & les
Cours Souveraines. La frife qui regnoit
au deffus étoit formée par un lez de velours
, orné de même que tous les autres
qui étoient employez dans tout l'ordre
d'Architecture . Sa corniche étoit d'or &
profilée de lumieres ; foutenue par
des
Tours , par des grenades & par des fleursde
lys d'or.
Au pied des ftales on avoit placé plufieurs
rangs de bancs , drapez & unifor-
2. vol. mes >
DECEMBRE 1724. 2791
mes , à la réſerve de celui qui étoit deftiné
pour les Gentilhommes qui fervoient
les Princes du Sang dans les fonctions
de la ceremonie , lequel étoit de
même que les ftales du fecond rang , c'eſtà-
dire en forme de fieges.
Décoration de l'Autel.
Ön avoit obfervé dans la décoration de
l'Autel le même ordre que dans le refte
du Choeur ; mais il étoit plus richement
paré.
La face étoit compofée d'un poële de
velours , écartelé par une Croix de Moire
d'argent , & cantoné par quatre écuffons
en broderie d'or. Il étoit furmonté
par un Dais garni fur les quatre coins
d'une pomme , ou bouquet de plumes
blanches & noires , du milieu de laquelle
s'élevoit une aigrette blanche. De ce Dais
pendoient des rideaux de velours bordez
de frange d'argent , femez de Tours , de
Lions , de grenades , de fleurs - de lys d'or,
de larmes d'argent , & doublé d'hermine.
A chaque côté regnoit une pente de
velours , rehauffée d'écuffons en broderie
d'or & d'argent , & bordée d'une
grande crépine d'argent. A chaque côté
du milieu de la face de l'Autel on avoit
reprefenté une alcove fauffe , ornée de
2. vol. D iiij même
2792 MERCURE DE FRANCE.
même que celles qui ont été décrites dans
la décoration du Choeur. Le Sanctuaire
étoit fermé par une balustrade qui le feparoit
du Choeur , & élevé par des marches.
Du côté de l'Epître on avoit placé un
fauteuil pour M. le Cardinal de Noailles
pontifiant , & des chaifes pour les Chanoines
affiftans , derriere lefquelles étoient
plufieurs rangs de bancs drapez pour le
Clergé de France , qui affifta en Corps
à la folemnité , parmi lequel il y avoit
grand nombre de Prélats .
Au bas du Choeur , & vis- à- vis de
l'Autel on avoit pratiqué un Jubé pour
la Mufique , capable de contenir plus de
300. perfonnes. Il étoit en forme d'amphitheatre
, & terminé par une baluſtrade
de marbre en compartimens , & orné
d'écuffons , & autres attributs de bronze
doré.
DESCRIPTION du Catafalque
ou Maufolée.
Quoique toute la décoration fut auffi
magnifique qu'ingenieufe , il faut demeurer
d'accord que le Maufolée l'emportoit
fur le reſte , tant par rapport à la magnificence
, que pour le bon goût & l'invention
.
2. vol. II
DECEMBRE 1724. 2793
Il étoit élevé à l'entrée du Choeur ,
& fait en forme de Tour ovale , & voutée
, pour marquer que la Caftille , dont
elle reprefentoit les armes , eft le premier
Royaume dont la Monarchie d'Efpagne
eft compofée .
Cette Tour étoit pofée fur un maſſif
de marbre verd d'Egypte. On y entroit
par quatre portes qui répondoient aux
quatre parties du monde , Symbole de la
Domination Eſpagnole. On y montoit
par quatre perrons de marbre blanc de
cinq marches chacun . Elle étoit arboutée
par quatre avant- corps qui formoient des
confoles qui s'élevoient au - defus des
crenaux , & portoient un altique en gorge.
A chaque coin du maffif paroilloit un
piedeftal faillant portant une Torchere ,
dont on fera la defcription plus bas.
Chaque Nemon étoit orné à l'oppofite
de la porte d'une figure en ronde boll
qui reprefentoit une vertu celle qui
étoit vis à - vis de l'Autel reprefentoit la
Religion , celle qui regardoit la porte du
Choeur la Juftice , celle du côté droit la
Clemence , & celle du côté gauche l'Efperance.
Le dedans de la Tour étoit tendu de
yelours noir.femé de larmes d'argent.
La voute formoit un plafond , dont la
corniche étoit compofée d'une campane
2. vol.
d'ar- D v
2794. MERCURE DE FRANCE.
d'argent , & le fond d'une Croix de
Moire de même cantonée de quatre écuffons
en broderie d'or & d'argent.
L'interieur de cette voute étoit éclairé
fur des trumaux par quatre girandoles
d'argent qui portoient quantité de bougies.
Les girandoles étoient portées par
des confoles de même métal , ornées de
palmetes , de feftons de Cyprès. Chacune
de ces confoles avoit fa chûte.
De deffous le ceintre de la porte qui
regardoit l'Autel , & de celle qui étoit à
l'oppofite de la porte du Choeur , fortoit
un fquelette de marbre blanc , tenant une
faux d'une main , & de l'autre relevant
un rideau de velours noir , bordé de grandes
franges d'argent , & femé de larmes
de même. Ce rideau étoit attaché par de
gros cordons d'argent aux deux côtez , &
avoit fa chûte qui tomboit fur le maffif
de la Tour.
Les autres deux portes étoient ornées
de rideaux , femblables à ceux des premieres
, mais fans fquelettes.
Au-deffus des archivoltes des quatre
portes , fur le noeud de la Tour , étoient
placez quatre grands cartouches d'or en
relief , ornez de palmes , qui entouroient
les armes d'Efpagne , auffi en relief, &
furmontées d'une Couronne , d'où pendoient
des cordons des Ordres de la Toi-
2. vel.
fon
DECEMBRE 1724. 2795
.
fon d'Or & du Saint - Elprit .
Les quatre confoles de marbre blanc
veiné , qui fervoient d'arboutans , étoient
armées au-deffous des crenaux de têtes de
mort coëffées à l'Indienne avec des plumes
, pour marquer les Royaumes du
Perou , du Mexique , du Chily , & c. De
ces têtes de mort tomboient des trophées
d'armes , garnis de carquois , de fléches ,
d'arcs & de Couronnes Mexiquaines.
Toutes les têtes , auffi bien que les trophées
étoient d'or en relief , & ratachées
avec des cordons de laurier d'or. Les
volutes des confoles fervoient d'appuis , &
étoient ornées de feuilles & d'armatures
de bronze doré , le tout en relief.
Tous les panneaux des confoles & les
piedeftaux étoient de marbre verd d'Egypte
, ornez en partie d'attributs des
Royaumes d'Espagne , & en partie de
ceux de la mort , de bronze doré & en
relief.
Au -deffus des crénaux de la Tour paroiffoit
un Altique , dont le corps étoit
de marbre blanc veiné , & les panneaux
de marbre verd d'Egypte , ornez de chif
fres en relief.
Sur les aplombs des quatre confoles
ou arboutans étoient cantonnez quatre
Lions d'or , appuyant quatre confoles de
marbre blanc qui terminoient l'altique ,
2. vol.
D vj &
2796 MERCURE DE FRANCE.
& portoient une grande Couronne d'Efpagne
, dont les fleurons & les cour
bes étoient garnies de quantité de lumieres
, & terminoient le Catafalque.
Les quatre grandes Torcheres , dont il ,
a été déja parlé , étoient portées par les
quatre piedeftaux faillans. Elles étoient
de marbre blanc veiné , leurs bafes étoient
triangulaires , & formoient des voluttes.
Leurs trois faces étoient à jour , & dans
les ouvertures on avoit placé des têtes
de mort entourées de cartouches d'or en
relief. Les têtes de mort portoient des
girandoles d'argent à plufieurs branches
chargées de lumieres .
Les montans de ces Torcheres à la moitié
de leur hauteur formoient des culs de
lampes , portant des Couronnes d'or fermées
& compofées des attributs des differens
Royaumes d'Efpagne , & toutes
garnies de lumieres .
Les hauts de ces Moutons qui s'élevoient
jufqu'aux crenaux de la Tour ,
étoient terminez par des Couronnes , de
même que celles du bas , & également
éclairées depuis le haut juſqu'au bas . Les
quarre Torcheres étoient ornées de feftons
de Cyprès d'or en relief.
Au deffus du Catafalque étoit élevé
un grand Pavillon Royal de figure octogone
, orné de riches pentes en broderie
2. ual .
d'or
DECEMBRE 1724 2797
d'or , dans les feftons defquelles étoient
renfermez plufieurs attributs des Royaumes
d'Espagne , auffi en broderie . Le
fond du Pavillon étoit formé par une
grande Croix de Moire d'argent , cantonnée
de quatre écuffons en broderie
d'or. Tout le Pavillon étoit femé de
Tours , de Lions , de Grenades , de fleursde-
lys d'or & de larmes d'argent.
Sur les huit angles du Pavillon étoient
placez des bouquets de plumes noires &
blanches , avec leurs aigrettes , de même
que ceux du Dais de l'Autel.
Les quatre ridaux de ce Pavillon étoient
de velours noirs femez de Tours , de
Lions , de Grenades , de fleurs - de- lys
d'or , & de larmes d'argent , & doublez.
d'hermine . Ils tomboient des angles &
formoient des feftons en s'écartant. Ils
étoient ratachez par des cordons d'argent
qui formoient de gros noeuds . Leurs
chûtes tomboient jufqu'au niveau des
crenaux de la Tour , ce qui couronnoit
entierement le Catafalque.
Dans l'interieur de la voute de ce mágnifique
Maufolée étoit la reprefentation
du corps du feu Roi d'Efpagne , couverte
d'un poële de Brocard d'or , brodé d'hermine.
Il étoit écartelé par une Croix de
Moire d'argent cantonnée de quatre écuf
fons en broderie d'or.
2. vol.
Sur
2798 MERCURE DE FRANCE.
Sur la tête de la reprefentation , qui
étoit tournée du côté de la porte du
Choeur , on avoit placé une Couronne
d'or fur un oreiller de velours noir , &
couverte d'un crêpe.
Sur les pieds qui étoient vis - à - vis de
l'Autel , étoit étendu le manteau Royal ,
lequel étoit de Brocard d'or bordé d'hermine
, & tomboit en fe repliant jufques
fur la derniere marche du degré , lequel
étoit garni d'un grand nombre de chandeliers
d'argent garnis de cierges , de
même que ceux des autres trois portes
du Catafalque , ce qui faifoit un effet lugubre
, mais majestueux , ainfi que tout
le refte de la décoration , qui de l'aveu
de tout le monde étoit la plus fomptueufé
, & la mieux entendue qu'on eut vû
jufqu'alors ; ce qui marque, l'excellence
du goût du Duc de Gefvres , Premier
Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
qui l'avoit ordonnée . M. de Saint Dezans
, Intendant & Contrôleur de l'Argenterie
& des menus plaifirs & affaires
de la Chambre du Roi , en avoit conduit
l'execution , fur les Deffeins de M.
Berin , Deffinateur ordinaire du Cabinet
du Roi.
2. vol.
RONDECEMBRE
1724. 2799
******* ***************
A
RONDEAU.
Faire le Rondeau n'avois oncques penſé ,
Si faut-il en ce jour , le tout bien balancé,
Par effai m'en donner une petite doſe ,
Deuffe-je au lieu de vers ne mettré ici que
profe ,
J'en ferai trop content pourvû qu'il foit ſenſe.
Mon naiffant Apollon qui n'eſt qu'à l'A. B. C.
Jà me fait preffentir qu'il eft embarraffé ,
Et me dit que Rondeau n'eft pas facile chofe
A faire.
Si je pouvois finir comme j'ai commencé ,
Que l'on vit par le bon , le mauvais compenfé,
Bouffi ferois du gain d'une fi belle cauſe ,
Ce plaifir me feroit plus doux que miel , que
rofe ,
J'aurois franchi le pas que Philis m'a forcé
A faire.
2. vol.
LET1800
MERCURE DE FRANCE.
aaaaaaaaaaaaaaaaa
LETTRE d'un Auteur anonime aux
Auteurs du Mercure , fur l'Opera
d'Armide.
Ous m'avez encore prévenu , Meffieurs
, au fujet d'Armide , comme
vous aviez fait au fujet de Berenice . Ne
croyez pas pourtant que je prenne le parti
d'attaquer la verfification de Quinault,
comine j'ai attaqué celle de Racine ; cette
derniere entrepriſe feroit plus hardie
que la premiere . Peut-être ferez - vous
furpris de ce que je viens d'avancer-;
donner le pas à Quinault fur Racine ,
direz- vous , quelle nouveauté ? ce n'en
eſt pas une pour moi , Meffieurs , dans la
partie qui regarde la diction , & j'ai toujours
confideré Quinault comme le Poëte
François qui a écrit le plus purement ;
j'ajoûterai quelque chofe de plus , c'eſt
que jamais verfification n'a été plus aiſée,
plus naturelle , & parconfequent moins
chargée de chevilles que celle de ce tendre
Auteur , que nous pouvons appeller
à juste titre le Prince des Poëtes Lyriques
François . J'avoue que le genre de
Poëme qu'il a choifi par prédilection n'a
pas peu contribué à l'exempter de la trifte
2. vol.
neDECEMBRE
1724. 1801
neceffité de faire entrer dans fes vers ces
fuperfluites auxiliaires , qu'on appelle
communément de la bourre ; la liberté
qu'il avoit d'employer de petit vers , au
lieu de vers alexandrins , pour exprimer
une penſée , ou un fentiment , le difpenfoit
d'avoir recours à des inutilitez , recours
prefque neceffaire dans le Poëme
épique , & dans le dramatique , où nos
meilleurs Auteurs fe font impofé la lof
du vers de douze fyllabes , à rimes plates,
c'eſt-à -dire , non croifées ; mais indépendemment
de cette heureufe liberté où
Quinault s'eft mis dans un genre de Tragedie
dont il a été l'inventeur , il a été
jufqu'aujourd'hui le plus parfait de tous
ceux qui ont marché fur fes traces , &
qui ont embraffé le même genre. Après
ce jufte éloge que je fais de fes Foëfies
Lyriques , j'efpere qu'on ne me tiendra
pas pour fufpect dans les obfervations
Critiques que je vais faire fur le plan
d'Armide , il s'en faut bien que la conftitution
de fa Tragedie réponde à la douceur
, & à la beauté de fa verfification, -
Je vais tâcher de le prouver.
2. vol.
Obferva
1802 MERCURE DE FRANCE.
Obfervations Critiques fur l'Opera
d'Armid .
ACTE I.
Avant que d'entrer en matiere , je prie
mon lecteur de me permettre d'expofer
à fes yeux une queftion dont il fera luimême
l'arbitre . Deux Actrices ( a ) viennent
de partager tout Paris , dans leur
maniere de jouer le rôle d'Armide ; la
premiere l'a joué avec plus de force , la
feconde avec plus de tendreffe ; il reste à
fçavoir de quelle maniere il faut le jouer
pour être dans le vrai , & fi c'eſt la tendreffe
ou la force qui doit prévaloir dans
un caractere tel que celui d'Armide ; je
vais l'expofer fans ce caractere ; ce fera
au lecteur à juger en confequence.
Dans toute la premiere Scene du premier
Acte , laquelle fe paffe entre Armide
& fes Confidentes , dont l'une s'appelle
Phenice , & l'autre Sidonie , Armide
paroît plongée dans une trifteffe mortelle
, que fes deux Confidentes tâchent
de diffiper par les louanges les plus flâteufes
. L'art du Poëte a inferé dans ces
éloges l'expofition du fujet , elles annon
cent d'abord le jour où l'action commence.
C'eſt un jour de triomphe pour
la
(a) Les Demoiſelles Antier & Lambert.
2. vol.
beauDECEMBRE
1724. 2803
beauté d'Armide , on inftruit le fpectateur
de ce qui s'eft paffé , & on le prépare
à une partie de ce qui peut , ou doit arriver
dans la fuite ; voilà donc . Armide
annoncée , comme une Princeffe , dont
la beauté n'a pas moins d'empire fur les
coeurs que fon art fur les Enfers ; on l'annonce
même pour indifferente , elle croit
l'être en effet , quoique tout ce qu'elle
dit nous falle fentir qu'elle fe trompe.
Elle a un dépit fecret d'avoir manqué la
conquête d'un coeur auffi fier que l'eft
celui de Renaud , l'un des chefs de l'armée
des Croifez . Voici comment elle
s'explique :
Je ne triomphe pas du plus vaillant de tous ,
Renaud pour qui ma haine a tant de violence ,
L'indomptable Renaud échappe à mon courroux
;
Tout le camp ennemi pour moi devint fenfible,
Et lui feul toûjours invincible ,
Fait gloire de me voir dans un oeil indifferent ;
Il eſt dans l'âge aimable ou fans effort on aime,
Non , je ne puis manquer fans un dépit extrême
,
La conquête d'un coeur fi fuperbe & fi grand,
Je cite ces neuf vers pour mettre au
fait du caractere d'Armide . On fçait bien
2. vol.
qu'elle
2804 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle aime ; mais elle croit haïr , & fa
maniere de s'exprimer doit plutôt partir
d'après ce qu'elle croit fentir , que d'après
ce qu'elle fent en effet. On en jugera
encore mieux par les termes que
l'Auteur a employez dans le fonge , dont
Armide inftruit fes Confidentes : le voici.
Un fonge affreux m'infpire une fureur nouvelle
Contre ce funeſte ennemi ,
J'ai cr le voir , j'en ai frémi ,
J'ai crû qu'il me frappoit d'une atteinte mortelle
:
Je fuis tombé aux pieds de ce cruel vainqueur,
Rien ne fléchiffoit fa rigueur ,
Et par un charme inconcevable ,
Je me fentois contrainte à le trouver aimable ,
Dans le fatal moment qu'il me perçoit le coeur.
Y a- t'il aucun de ces vers qui ne refpire
la colere & la vengeance ? je n'en
excepte pas même celui , qui chanté
avec une réflexion de voix auffi féduifante
que tendre , a excité un applaudiffement
general , c'eft celui- ci .
Je me fentois contrainte à le trouver aimable.
Eft- ce l'amour ou le dépit qui font
parler Armide ? il n'y a qu'à voir ce qui
2. vol.
préDECEMBRE
1724. 2805
précede , & ce qui fuit pour le mettre
dans le vrai de l'expreffion. Il s'agit d'un
funefte ennemi qui frappe d'une atteinte
mortelle ; d'un ennemi inflexible qui voit
Armide tombant à fes pieds, fans rien per
dre de fa rigueur , & qu'Arinide eft contrainte
de trouver aimable dans le moment
fatal qu'il lui perce le coeur ; ce charme
paroit inconcevable à Armide ; tout cela
devroit exciter fa rage plutôt que fon
attendriffement ; c'eft au public à juger
quel fentiment eft le plus naturel & le
plus vrai,
Tout ce que j'ai remarqué juſqu'ici ne
regarde que la question préliminaire que
je laiffe à mon lecteur à decider, Voyons
maintenant ce qui concerne l'Auteur . Sa
premiere Scene eft une des plus brillantes
qu'on puiffe voir en fait d'expofition ,
Il s'en faut bien que la feconde foit auffi
parfaite. Elle me paroît un beau horsd'oeuvre
qui fournit beaucoup au Muficien.
Hidraot , oncle d'Armide , ne lui parle
que d'Hymen , quoiqu'il ne s'en agiffe
nullement dans la fête qui va fuivre cette
Scene ; j'avoue que cette Scene m'induifit
en erreur la premiere fois que je vis
reprefenter Armide. Je m'imaginai que
c'étoient des Rois , ou du moins des Princes
prétendans à la poffeffion d'Armide ,
2. vol.
qui
2806 MERCURE DE FRANCE.
qui celebroient le triomphe de fa beauté,
& je fus bien furpris quand j'appris par
la lecture du Poëme , que ces prétendus
Princes & Rois n'étoient que des peuples
de Damagi
Le rempliffage des Canevas de la fête
ne me paroît pas digne de la plume de
Quinault , il en a fait de plus beaux dans
l'Opera de Proferpine , & dans quelques
autres ; mais foit qu'il fe negligeât , foit
qu'il ne pût pas mieux faire , il faut avoüer
que ce genre de verfification n'étoit pas
fon fort ; cependant il fçavoit affez de
Mufique pour s'en acquitter mieux que
beaucoup d'autres.
La derniere Scene de ce premier Acte
me paroît très - intereffante , & je la trouve
d'autant plus belle qu'elle commence
l'action principale.
Aronte mourant vient annoncer à Armide
qu'on lui a enlevé les captifs qu'elle
lui avoit ordonné de conduire à Damas.
Armide demande précipitamment où ſont
fes captifs , & à peine Aronte lui a declaré
qu'un feul guerrier les a délivrez ,
qu'elle devine que c'eft Renaud , Aronte
lui confirme ce que fon coeur vient de
lui faire preffentir , ce qui donne lieu à
un Duo de fureur qui termine ce premier
Acte.
J'aurois fouhaité pour rendre cette fin
2. vol.
d'Acte
DECEMBRE 1724. 2807
d'Acte encore plus chaude , qu'on eut
annoncé ces captifs dans les Scenes précedentes
, & qu'ils dûffent orner le triomphe
d'Armide . L'Auteur en touche bien
quelque chofe dans la premiere Scene ,
p. r ces deux vers :
Ses plus vaillans guerriers contre vous fans
défenſe
Sont tombez en vôtre puiffance.
Mais outre que cette captivité peut ſe
prendre dans un fens purement metaphorique
; il me femble qu'Armide auroit
été plus picquée , fi ces fameux captifs
avoient été deftinez pour rélever l'éclat
de fon triomphe ; c'eft un fentiment que
je hazarde , je le foumets à la cenfure des
connoiffeurs , prêt à me conformer à
leur décifion.
ACTE I I.
Les Scenes de ce fecond Acte ne font
pas à beaucoup près auffi bien arrangées
que celles du premier. Pour bien divifer
un Acte il faudroit qu'il y eut une espece
de genealogie entre les Scenes , que la
premiere produifit la feconde , & qu'il en
fut de même de toutes celles qui fuivent ,
ou du moins il feroit bon qu'aucun perfonnage
ne quittât la Scene fans annoncer
2. vol. celui
2808 MERCURE DE FRANCE .
celui qui lui vient fucceder , & même
fans le voir ; par là il n'y auroit jamais
de vuide aux yeux des fpectateurs , hors
dans les entractes .
Dans la premiere Scene on voit Re
naud avec Artemidor , l'un des captifs
d'Armide , que ce fameux guerrier vient
de délivrer à la fin du premier Acte.
Cette Scene eft affez froide , auffi n'eftelle
que protatique. Il feroit à fouhaiter
pour Renaud
Renaud qu' Armide entendit la juftice
qu'il rend à la beauté ; elle en feroit
à moitié défarmée , rien n'eft fi galant ,
furtout parlant de la bouche d'un indifferent
de profeffion . Voici les propres
termes dont il fe fert en parlant d'Ar
mide :
Par une heureuſe indifference
Mon coeur s'eft dérobé fans peine à fa puiffance
,
Je la vis feulement d'un regard curieux ;
Eſt- il plus aífé d'éviter fa vengeance ,
Que d'échaper au pouvoir de ſes yeux .
La vengeance d'Armide eft fecondée
de toute la puiflance infernale , peut - on
faire un plus grand éloge de fes yeux ,
que de dire qu'ils font encore plus à
craindre. Hidraot n'en a pas dit davan-
2. vol.
tage
DECEMBRE 2809 1724 .
tage dans fon triomphe du premier Acte,
par ces deux vers :
Armide eft encor plus aimable
Qu'elle n'eft redoutable , &c.
Il reste à difcuter fi un indifferent de
profeffion peut êêttrree jufte apprétiateur
d'une puiffance qu'il ne connoît pas.
Renaud & Artemidor quittent la Scene
, pour la laiffer occuper par Hidraot
& par Armide, qu'ils n'annoncent, ni ne
voyent ; c'eſt- là le défaut que je viens de
remarquer cy - devant.
Armide & Hidraot font connoître aux
fpectateurs , que c'eft en ce lieu que
l'Empire infernal doit conduire leur victime
à la faveur d'un enchantement ; ils
évoquent les Démons ; il y a deux parties
dans cette évocation ; la premiere ne
refpire que vengeance , on appelle les
Démons , du nom d'esprit de baine & de
rage ; dans la feconde partie Armide
le feule , & apporte une espece d'adouciffement
aux ordres qu'elle vient de
donner aux Démons , conjointement avec
Hidraot ; voici comme elle parle :
par-
Démons affreux cachez- vous
Sous une agréable image ,
2. vol.
Quel
E
2810 MERCURE DE FRANCE.
Enchantez ce fier courage ,
Par les charmes les plus doux .
Quel eft ici le deffein d'Armide ? commenceroit-
elle à s'appercevoir que fon
ennemi lui eft plus cher qu'elle ne penfe
à Dieu ne plaife que je le croye. La
Scene du poignard qui eft une des plus
pathetiques de la Piece ne feroit plus
qu'un jeu , & Armide joüeroit la Comedie.
Cependant j'ai trouvé des gens qui
font dans ce fentiment ; & ce qui les y
confirme , c'eft que toute la fête du fecond
Acte femble n'avoir pour objet que
d'attendrir Renaud , & de le difpofer à
aimer. En effet, difent- ils , à quoi bon ces
maximes :
Ah ! quelle erreur , quelle folie ,
De ne pas jouir de la vie !
C'eſt aux jeux , c'eſt aux amours
Qu'il faut donner les beaux jours , &c.
J'avoue que ces raifons font affez fpecieuſes
; mais j'aime mieux accufer Quinault
d'avoir fait un mauvais divertiйlement
, que de lui ôter la gloire d'avoir
mis au Theatre une Scene des plus paffionnées
, & des plus intereffantes : fi
Armide croit aimer Renaud , à quoi
2. vol.
bon
DECEMBRE
1724. 2811
bon ce grand étalage de vengeance.
Enfin il eft en ma puiffance ,
Ce fatal ennemi , ce ſuperbe vainqueur ,
Le charme du fommeil le livre à ma vengeance,
Je vais percer fon invincible coeur ;
Par lui tous mes captifs font fortis d'esclavage,
Qu'il éprouve toute ma rage.
Il n'y a aucun des ſpectateurs qui ne
tremble pour Renaud endormi , à ces
terribles paroles d'Armide ; & comme
l'intereft qu'on prend pour Renaud
n'ait uniquement du danger où il eſt
expofé , on n'aura plus rien à craindre ,
ni plus d'intereft à prendre dès qu'on
fçaura qu'Armide ne croit pas haïr Renaud.
On fçait bien qu'elle l'aime ; mais
elle ne le fçait pas encore elle - même , &
c'eft-là ce qui fait tout le picquant de la
fituation.
Armide commence à fe troubler à
mefure qu'elle s'approche de Renaud ;
elle s'attendrit par dégré , elle fufpend
le fer prêt à tomber fur fa victime ; le
poignard fatal dont la haine femble l'avoir
armée , lui eft arraché par l'Amour .
Elle fe reconnoît Amante , au lieu qu'elle
fe croyoit ennemie . Elle fait enlever
2. vol
E ij Re1812
MERCURE DE FRANCE .
Renaud par des Démons transformez en
zephirs . Quoi de plus beau que cette fin
d'Acte ! pallons au troifiéme.
ACTE II I.
Armide fait connoître aux fpectateurs
par un monologue qu'elle aime Renaud
malgré elle . Ses deux Confidentes viennent
lui apprendre que ce Renaud quifut
fi fier brûle pour elle , par un merveilleux
effet de fon enchantement; le compliment
feroit très impoli , fi Armide ne
leur avoit fait confidence des moyens
qu'elle a pris pour ſe faire aimer de Renaud
; mais pourquoi la leur a - t'elle faite
cette confidence fi honteufe , furtout
pour une Princeffe encore plus aimable
qu'elle n'eft redoutable ? quelle neceffité
y avoit- il de confeffer fa honte ; voici
l'unique motif que l'Auteur en donne à
Armide , c'eft elle qui parle :
Vôtre amitié dans mon ført l'intereffe ,
Je vous ai fait conduire avec moi dans ces
lieux ;
Au refte des mortels je cache ma foibleffe ,
Je n'en veux rougir qu'à vos yeux.
Ne pourroit- elle pas bien s'épargner
encore cette honte ? Je fai que les Con-
2. vol.
fidens
DECEMBRE 1724.
2813
fidens font quelquefois neceflaires pour
expofer aux fpectateurs des chofes qui
contribuent à l'intelligence de la Piece ;
mais pourquoi multiplier les êtres fans
neceffité ? une Confidente n'auroit - elle
pas fuffi à Armide , furtout pour faire
un aveu fi mortifiant pour une belle ? Je
vais plus loin , l'Auteur pouvoit s'en
paffer abfolument dans cette occafion , &
les vers même de fa Scene lui fuffifoient
pour cela. Il n'avoit qu'à mettre en monologue
cette belle Tirade .
Helas ! que fon amour eft different du mien ,
J'ai recours aux Enfers pour allumer la flâme ,
C'eſt l'effort de mon art qui peut tout fur fon
ame ;
Ma foible beauté n'y peut rien ;
Par fon propre merite il fufpend ma vengeance
1
Sans fecours , fans effort , même fans qu'il y
penfe ,
Il enchaîne mon coeur d'un trop charmant
lien.
Helas ! que mon amour est different du ſien .
Ces vers qui font des plus beaux de la
Piece , mettent les fpectateurs au fait de
tout ce qui fe paffe dans le coeur d'Armide
, pourquoi donc cette paire de Confi-
2. vol.
E iij dentes
?
2814 MERCURE DE FRANCE.
la dentes elles ne fervent qu'à repeter
même pofition que nous avons vûë dès
le commencement de la Piece , & dont
nous nous ferions bien paffez ; cela fait
une espece de Scene doublée .
Au reſte ; rien n'eft plus fimple que
l'action de ce troifiéme Ace ; la voilà
en quatre mots . Je veux haïr Renaud , je
ne puis. L'Auteur , à la faveur de l'allegorie
, a mis en action réelle ce qui
n'eft qu'en fentiment dans le coeur d'Armide.
Je ne voudrois ces fortes d'allegories
que dans des prologues . Le draina
tique demande plus de réalité dans l'action.
Je fçai qu'il y a des Pieces purement
allegoriques , dont les Acteurs ne
font que des paffions perfonnifiées , mais
cela ne doit être fouffert que dans le fyftême
de la Religion payenne . Il n'en eft pas
de même de la Tragedie d'Armide . Quoique
cette Princeffe ne foit pas Chrétienne
, elle n'eft pas d'une Religion qui admette
la pluralité de Dieux , & le Poëte
n'avoit pas plus de droit dans la Piece en
queftion de perfonnifier la haine que
l'amour . M. Quinault a fi bien fenti cette
verité , qu'il a pris foin de fupprimer
dans tout ce Poëme toutes ces exclamations
de Dieux ! ou de juftes Dieux , de
même qu'il a fait dans Roland , & dans
Amadis , à caufe qu'il eft dans un fyftême
2. vol.
de
DECEMBRE 1724. 2815
de Religion bien different du politheif
me.
Au refte , ce qu'il peut y avoir de déraifonnable
dans la fête de ce troifiéme
Acte n'empêche pas qu'elle ne faffe beaucoup
de plaifir , & qu'elle ne prête infiniment
à la Mufique. L'Acte finit par le
refus qu'Armide fait du fecours de la
haine , & par les menaces de cette divinité
méprifée.
ACTE I V.
Ce quatrième Acte n'a jamais fait fortune
, on le trouve poftiche ; cependant à
le Confiderer en lui même , & fans avoir
égard à ce qui précede , & à ce qui fuit ,
il me paroît très - joli & très-moral . Le
peu d'action qui s'y paffe a toutes les parties
qui peuvent entrer dans la compofition
d'une Piece . La Scene eft aux avenuës
du Palais enchanté d'Armide. Ubalde
& le Chevalier Danois qui viennent
chercher Renaud par ordre de Godeffroy,
rencontrent des obftacles de divers gen
res ; fçavoir , des monftres & des plaifirs,
à combattre & à furmonter . Ces monf
tres & ces plaifirs font le noeud de cette
perite action ifolée ; un fceptre d'or & un
bouclier enchanté qu'un Magicien bienfaifant
leur a donnez pout détruire tous
2. vol.
les E iiij
2816 MERCURE DE FRANCE.
les charmes d'Armide , en font le détnouëment.
Il eft vrai que la feconde parie
de ce qui en fait le noeud a un peu
trop d'uniformité , Ubalde & le Chevalier
Danois croyant voir Lucinde & Meliffe
leurs anciennes Maîtreffes , fe détrompent
l'un l'autre par le fecours du
charme fuperieur.
Au refte , la fête en eft très -aimable,
& fert à délaffer le fpectateur ; mais
comme ce délaffement ne fert qu'à faire
diverfion à l'intereft principal , on l'a
trouvé de trops mais on en eft bien dédommagé
par le cinquième Acte , qui
peut paffer pour le plus beau qui foit
dans tous les Opera : Nous y voici :
ACTE V.
Le Theatre reprefente le Palais enchanté
d'Armide. Renaud & Armide
ouvrent la Scene par un adieu des plus
touchants . Il faut avouer que dans cette
occafion Quinault eft un plus grand enchanteur
qu'Armide. Jamais Scene n'a
été plus intereffante que celle- ci , & jamais
Scene n'a dû l'être moins . En effet ,
l'intereft ne doit naître que du peril , &
ne doit avoir d'autre mefure que le peril
même. Dequoi s'agit - il dans cette Scene ?
d'une feparation momentanée entre Re-
2. vol.
naud
DECEMBRE 1724. 2817
naud & Armide ; cependant Renaud en
paroît auffi penetré que s'il s'agiffoit d'une
abſence éternelle . Je fçai qu'on peut
prendre l'intereft du côté d'Armide : c'eſt
elle qui craint cette feparation éternelle
dont je viens de parler ; la haine lui a
annoncé à la fin du troifiéme Acte , par
ces deux vers , en parlant de Renaud .
La gloire à qui tu l'arraches ,
Doit bien- tôt te l'arracher.
Je vais plus loin , elle doit être informée
de l'arrivée du Chevalier Danois &
d'Ubalde ; car fi elle l'ignoroit , elle n'auroit
pas ordonné à deux Démons de
prendre la forme de Lucinde & de Meliffe.
Cependant tout l'intereft de cette Scene
tombe fur Renaud , il paroît fi éperdu
d'amour , qu'un quart d'heure d'abſence
paroît un fiecle à fes yeux & à ceux
des fpectateurs ; avoüions encore une fois
que Quinault eft un grand enchanteur ,
ou que nous donnons bien facilement
dans le preftige .
Enfin le moment fatal arrive où Renaud
doit être arraché à Armide . Cette
Princelle le quitte pour aller confulter
les Enfers ; n'auroit- il pas mieux valu
qu'elle n'eut point abandonné fa proye
?
2. vol.
ne E v
2818 MERCURE DE FRANCE.
ne fçauroit- elle pas , comme je viens de
le prouver , que le Chevalier Danois &
Ubalde avoient penetré jufqu'à fon Pa-
Ilais enchanté ? elle laiffe Renaud en
bonne compagnie , mais non pas fous
bonne garde ; ceux qui viennent le chercher
ont déja triomphé des plaifirs , &
ils n'ont plus que ces mêmes plaiſirs à
combattre. Ubalde n'a pas plutôt prefenté
le bouclier enchanté aux yeux de Renaud
, qu'il s'y voit tel qu'il eft , c'eft - àdire
dans un état à fe faire honte à luimême.
Le voilà defenchanté , il part d'un
lieu fi fatal à fa gloire , Armide revient ,
elle ne peut foutenir le départ de fon
Amant fans defefpoir ; elle n'oublie ni
tendreffe , ni imprécations pour l'arrê
ter ; mais tout cela eft inutile , de tant
d'amour il ne refte dans le coeur de
Renaud que quelques fentimens de pitié
que la gloire authorife ; Armide s'éva
nouit , les amis de Renaud profitent de ce
temps - là pour l'arracher pour jamais à
elle. Armide ne reprend fes fens que
pour le livrer toute entiere à la douleur
& à la rage. Elle fe détermine à la vengeance
, & détruit le Palais funefte , qui
a été témoin de fa foibleffe . Voilà quel
eft l'Opera d'Armide qu'on peut mettre
au rang des plus beaux qui foient partis
des deux celebres Auteurs qui nous l'ent
2. vol. donné.
DECEMBRE 1724.
2819
donné. Il faut pourtant avouer que Lulli
l'emporte fur Quinault dans cette occa-:
fion , & que ce dernier auroit pû rendre
fon Poëme beaucoup plus regulier. Qu'on
me permette encore quelques réflexions
fur le tout.
Des trois unitez que le Poëme dramatique
éxige , l'Auteur d'Armide n'en a
obfervé qu'une , c'est l'unité d'action .
J'ofe même dire qu'il l'atrop obfervée, &
qu'Armide n'eft gueres moins fimple que
Berenice , fur laquelle je vous ai adreffé
une differtation . l'our ce qui regarde l'unité
de lieu , on ne doit pas chicanner làdeffus
Meffieurs les Auteurs d'Opera :
il faut les laiffer en pleine jouillance des
privileges attachez au merveilleux , mais.
je voudrois qu'ils fuffent un peu plus
retenus , à l'égard de l'unité de jour . II
n'eft pas vrai -femblable que Godeffroy ait
rappellé Renaud le même jour qu'il l'a
éxilé , ce n'eft que par des revers réiterez
, qu'il a dû fentir la perte d'un Heros
qui lui étoit fi neceffaire , & c'est ains
que le Taffe a traité le fujet en queſtion..
Hidraot eft un perfonnage purement
épifodique , mais qui n'a nulle liaifon à
la Piece ; auffi ne paroit- il qu'au milieu
du premier Acte , & au commencement
du fecond. Pour Renaud il nous laiffe
trop fouhaiter fa prefence , il n'a que
2. vol.
E vj deux
2820 MERCURE DE FRANCE.
deux Actes comme Hidraot ; fçavoir , le
fecond & le dernier . Quinault n'auroit- il
pas pû remedier à ce fecond inconvenient.
Il me femble qu'il n'y avoit rien
de fi facile , & pour le prouver , je prie
mon lecteur de me permettre de donner
ici un demi-plan de ma façon , que je
foumets à fa cenfure.
Je laifferois les deux premiers Actes
tels qu'ils font , à la fête du Second pres,
fête dont j'ai befoin dans le quatrième que
j'imagine. On pourroit attirer Renaud
dans le piege qu'on lui tend , par mille
autres moyens , tels qu'on en voit dans
le Taffe au fujet de la Foreft enchantée ,
& qui ont été fi utilement employez
dans l'Opera de Tanerede . Cela fuppofé,
mon troifiéme Acte commenceroit par
le monologue ; ah ! fi la liberté me doit être
ravie. Ce monologue feroit fuivi d'une
Scene entre Renaud & Armide ; Renaud
reprocheroit à Armide la cruauté qu'elle
a de l'arracher à la gloire ; Armide lui
reprocheroit à fon tour la préference qu'il
donneroit à la gloire , delà naîtroit le def
fein de le hair , & l'évocation de la haine.
Dans le quatriéme Acte Armide ne
pouvant ni hai'r Renaud , ni s'en faire
aimer par fa beauté , auroit recours à
fes enchantemens. Les Démons transfor
mez en plaifirs amolliroient le coeur de
2. vol.
Renaud ,
DECEMBRE 1724. 2821
Renaud , & lui feroient oublier la gloire.
Pour ce qui eft du cinquiéme Acte je
n'y ajoûterois prefque rien.
La belle Scene entre Armide & Renaud
fubfifteroit toute entiere ; la fête feroit
compofé d'Amans heureux ; Ubalde &
le Chevalier Danois paroîtroient pour la
premiere fois , ils expoferoient en quatre
vers d'où , comment & pourquoi ils font
venus ; ils defenchanteroient
Renaud ,
& la Piece finiroit comme elle finit.
LISIS. EGLOGUE
Climene. Philis.
Philis.
Connois-tu bien Lifis ?
Climene .
N'est-ce pas ce Berger ,
Qui depuis quelques jours a logé chez Sylene?
Philis.
Oui ,c'eſt lui -même . Eh bien qu'en penſesfes-
tu , Climene ?
Climene.
Je ne fçai , je lui trouve un air bien étranger .
2. vol.
Pour
2822 MERCURE DE FRANCE.
Pour goûter le plaifir de la faiſon nouvelle ,
Sur le tendre gazon nous danſions l'autre jour :
Je pris Lifis , la jeune Floriſelle ,
Le fit auffi danfer une fois avec elle :
Il ne nous prit point à ſon tour.
J'allois le prendre encor , il l'apperçût fans
doute ,
Il détourna d'abord fes pas.
Un matin que j'allois aux champs avec Arcas ,
Je trouvai Lifis fur ma route :
Il paffa vîte , & ne nous parla pas.
Enfin , Philis , il eft d'un caractere,
Qui près de l'enjouëment de nos jeunes Paſteurs
,
Me paroît bienpeu propre à captiver les coeurs.
·Phitis .
Eh bien ! c'eft juftement par là qu'il m'a fçû
plaire.
Cet air contraint qu'on trouve en lui ,
Eft l'ouvrage d'un tendre ennui .
Il aime une Bergere abfente :
Il aime délicatement ;
Rien ne lui plaît où n'eft pas fon Amante ,
Je le confeffe ingénuement,
2. vol.
L'A
DECEMBRE 1724. 2823
L'Amante d'un pareil Amant ,
Joüit d'un deftin que j'envie ;
Ah ! fi tu fçavois la chanſon ,
Qu'il chanta l'autre jour caché dans ce buif
fon ,
Climene, tu ferois ravie ,
Et fi tu voulois m'écouter.
Climene.
J'allois te conjurer , Philis , de me l'apprendre.
Tu dois la fçavoir bien chanter ,
Car fans doute l'air en eft tendre ?.
Philis.
Tu verras ; bien ou malje vais te contenter.
33
» Petits Hôtes de ces bocages ,
Où tout répond à vos defirs ,
Roffignols qu'il eft doux d'entendre vos ramages
Celebrer le retour de Flore & des Zephirs ,
ככ
Quand pour nous la faifon nouvelle ,
Comme pour vous mene avec elle ,
» Les ris , les jeux & les Amours !
Mais , helas ! pendant ces beaux jours,
Mon Iris eft abfente & peut- être infidele ,
» Avec plaifir encor puis- je vous écouter
2. val. Tai2824
MERCURE DE FRANCE.
Taifez-vous , ceffez de chanter.
» Vôtre chant eft vif, il eft tendre ;
» Mais qu'il eft cruel de l'entendre ,
Pour fonger à des biens qu'on ne fçauroit
goûter !
» Taifez-vous , ceffez de chanter ,
» Ou bien, fi vous chantez encore ,
» Petits oiſeaux, que vos accens ,
» Un peu moins vifs , un peu plus languiffans ,
DS
Répondent un peu mieux au mal qui me
dévore.
Climene parle franchement ;
Dans nos hameaux trouve- t'on quelque
Amant
Capable d'une ardeur fi belle ?
Nos Bergers , je l'avoue , ont tous de l'enjoûment
;
Mais abfens , aucun d'eux ne fçait être fidele ;
Hais leur belle humeur ne les quitte jamais :
Heureux , ils font tous indifcrets ,
Non , non , depuis la mort de l'aimable Thamire
,
Depuis que Corilas & l'orgueilleux Tityre ,
Sont venus habiter ce champêtre féjour ,
Tout eft perdu , l'on n'y reſpire ,
2. vol.
Que
DECEMBRE 2825
1724.
Que l'air qu'on reſpire à la Cour.
La trop credule Timarete
Aux fermens de Tircis avoit ajoûté foi :
L'autre jour cependant Annette ,
Chantoit une Chanfon que Tircis avoit faite ,
Pour lui jurer qu'il vivoit fous fa loi.
Tu connois Alcidon on croiroit à l'entendre,
Qu'il brûle pour Doris de la plus vive ardeur
,
Tufçais les foins qu'on lui voit prendre ,
Pour foumettre fon jeune coeur ?
Hier cependant en fa preſence ,
Doris de Lifidor baifa deux fois le chien ,
Alcidon le voyoit fort bien ,
En changea- t'il de contenance >
Climene.
Philis, je l'avouë à mon tour ,
Les airs qu'en ces lieux on fe donne ,
Ne font point les airs de l'Amour.
Mais faut- il que cela t'étonne ?
Ton cher Thamire eft mort ?
Philis.
Tu railles ? mais un jour ,
2. vol.
Un
2826 MERCURE DE FRANCE.
Un jour tu changeras peut- être de langage :
Et la legere humeur des Bergers de ces lieux ,
M'en est un affuré préfage.
Je pleure un Amant mort , je crains bien que
tes yeux
Ne pleurent quelque jour pour un Amant volage.
Climene.
Tu te trompes , tu fçais combien j'aime Daphnis
?
Et fon coeur , grace au Ciel , eft affez bien
épris ,
Pour ne me laiffer rien à craindre ;
Mais fi jamais il venoit à changer ,
Plutôt qu'on m'entendit me plaindre ,
On pourroit voir ce Loup tenir lieu de Berger,
Si Daphnis me quittoit pour quelque autre
Bergere ,
Le jour même , à mon tour legere ,
Je l'oublierois fans m'affliger :
Avec le même foin je parerois ma tête ,
Et tâcherois de me dédommager ,
Par quelque nouvelle conquête ,
Il eft tant de Berger dont mes fouris flateurs ,
Ont déja prévenu les coeurs.
2. vol.
Si
DECEMBRE 2827 1724.
wh!
Si l'on celebroit quelque fête ,
Ne penfes pas qu'on me vit comme toi ,
Malade tout exprès , reſter ſeule chez moi ;
Va , va : je fçai laiffer un Amant qui me laiffe ,
Mais nos fentimens , que je croi ,
Sont à peu près de même efpece :
Malgré cette délicateſſe ,
Qui t'attache à ton Amant mort ,
Ton coeur, tu me l'as dit , envie un peu le fort,
De celle à qui Lifis marque tant de tendreffe ?
Philis.
Ce que j'ai dit ne peut bleffer
Les fentimens dont j'ai fait gloire ;
Mais , Bergere , & ceci foit dit fans t'offenſer,
J'aurois bien de la peine à croire ,
Que comme je foutiens les miens ,
Tu pûffes foutenir les tiens .
Que diras-tu, fi je raconte ,
Ce qu'a fait ce matin pour la belle Madonte ,
Ce Daphnis que tu crois... tu te troubles ….
Climene.
Je vois bien que ma raillerie ,
Adieu:
N'é- 2. vol.
2828 MERCURE DE FRANCE.
N'étoit pas ici dans fon lieu.
Philis.
Elle s'en va ? j'en fuis ravie ,
Mon difcours commençoit fans doute à l'allarmer.
O Ciel ! en puiffe - t'elle apprendre à mieux
aimer.
SUITE des effets du " remede de l'eau
glacée. Extrait d'une Lettre écrite de
Marfeille par M. e Chevalier de
Montolieu , le 22. Novembre 1724 .
M
Onfieur le Chevalier de S. Mayme
m'écrit de Malthe le 25. Octobre
, que fes malles font faites , qu'il
eft prêt à s'embarquer dès que les Vaiffeaux
du Roi paroîtront , & qu'il les attend
à tous les momens ; il me charge de
vous envoyer le dernier prodige que le
Capucin vient d'operer avec l'eau glacée.
Ajoûtez , me dit il , à mon Memoire
de l'eau pour M. le Bailli de Meſme
, que l'on l'a enfin éprouvée fur un de
nos Confreres , qui avoit la petite verole
rentrée , ou pour mieux dire , dont les
boutons ne pouvoient fe remplir & meu-
2. vol.
rir
DECEMBRE 1724. 2829
rir après 12. jours d'éruption ; on l'avoit
preparé pour le voyage de l'autre monde
, mais le Capucin l'en a garanti , l'eau
lui a fait pouffer le venin en dehors ; il
eft prefentement gueri. Tous les malades
traitez anciennement de cette façon
Le portent à merveille ; le Commandeur
Beveren paroît rajeuni de 20. ans,
Guerrera eft fans fchirre & les fievres
malignes ont ceffé. En un mot ,je ne crois
que parce que je vois ; il vous eft permis
de ne pas croire. Tout le monde eft
étonné ici , & qui ne le feroit pas ? maux
de tête , indigeſtions , tout cede à l'eau
glacée ; pour moi , mon cher ami , lorfque
j'ai trop mangé , un ou deux repas
fupprimez , & 30. ou 40. onces d'eau à
la glace à jeun , me tirent d'affaire , e
refto fresco & confalato .
EXTRAIT d'une autre Lettre écrite
de Malthe le 9. Octobre dernier ,
à M. L. B. D. M.
Oici ce qui s'eft paffé au fujet de
V l'eau glacée donnée au neveu de
Provana. Ce jeune homme chargé de la
direction du Fort Manoel , en revint avec
une fievre maligne concentrée , & une
douleur dans la tête terrible ; il rendoit
par le nez des grumeaux de fang : les
2. vol.
Mes
28 30 MERCURE DE FRANCE.
"
›
Medecins l'ont eu près de 2o . jours entre
les mains ; le mal étant fuperieur aux
remedes , il reçut tous les Sacremens , &
fut abandonné par écrit au Medecin de
l'eau , n'ayant plus de connoiffance. Le
même jour , après 15. ou 20 , verres de
Io . onces chacun , on lui donna 6. ou
7. jaunes d'oeufs , le lendemain un plat
de macarons avec quantité de fromage ra-
& grands verres d'eau trois jours
après un gros melon d'eau à la glace , &
de l'eau pardeffus : il eft fans fievre à
prefent , la tête libre fans douleur , mais
foible ; il foutient la converſation , & depuis
trois jours le Capucin lui a fait rafer
la tête , & le fait coucher fans bonnet
; il n'en a pas même le jour , toutes
les fenêtres ouvertes . Voilà ce que
nous voyons , le croirez vous à Paris ? Le
Capucin demande qu'on lui donne les
tites veroles les plus malignes, il les guerira
, il en a cent exemples. S. A. E. eſt
dans le deffein de faire venir ici.fon frere
& de l'établir. Quelle épargne pour notre
Infirmerie , & quelle confolation pour
ceux qui ont des maux incurables , & au
deffus de la connoiffance des Medecins
ordinaires! Je vous écris ce que je vois,
fi on me l'écrivoit je ne le croirois
mais c'eft la verité toute nuë,
pepas,
2. vol.
EXDECEMBRE
1724. 2831
EXTRAIT d'une autre Lettre du 13 .
Novembre 1724.
les malades d'ici qui ont été
Tgueris par l'eau à la glace , font engraiffez,
& portent une couleur merveil❤
Icufe. On prend la coûtume d'en donner
pour toutes les fievres , & pour la
petite verole. M. le Grand- Prieur Ferfeti
, âgé de 92 , ans , Gouverneur de Ci
vita -Vecchia , étant à l'agonie , un Medecin
de Naples paffant par hazard , le
vit abandonné , lui fit ouvrir la bouche ,
& lui donna l'eau à la glace ; il reprit
fes fens , il fe porte à merveille ; c'eft
un fait ; il l'a écrit lui- même à S. A , E,
Nous apprenons de Naples , qu'un accident
d'apoplexie n'a eu aucune fuite par
le moyen de l'eau glacée , & que le malade
en eft gueri. Enfin les operations de
ce remede font prodigieufes .
S
O
ENIGM E.
N feroit mal fans moi toute importante
affaire ,
Et je puis à la Cour trancher du neceffaire.
Je me mêle de tout , j'excelle en tout emploi ,
2. vol.
Per2832
MERCURE DE FRANCE.
Perfonne ne me voit , chacun croit me connoître
;
Je me pique affez de paroître ,
Et rien n'eft plus obfcur à moi - même que
moi.
Vous me cherchez ici peut- être ;
Mais fi je n'y fuis pas , au moins j'y devrois
être.
Ne yous rebutez point , cherchez- moi defor
mais ,
On me croit bien fouvent où je ne fus ja
mais.
J
AUTRE.
E fuis en vogue en France , & je n'y ſuis pas
rare ;
Mais quand je fuis commun on ne m'eſtime
pas,
Je fuis habile , & par un fort bifarre
Je fais fouvent mon plus grand embarras.
Il n'eft rien que je n'ofe & ne puiffe entre
· prendre ,
Quand je parois oifif je travaille en effet ,
Et mon travail fini je ne fçaurois compren
dre
La maniere dont je l'ai fait.
Je fuis de tout métier , dans la paix , dans la
guerre ,
1. vol.
Sans
DECEMBRE 1724. 2838
Sans moi l'on ne fait rien de bon .
Je puis facilement courir toute la terre ,
Et je fuis toûjours en priſon.
Par tout on me recherche , on m'eſtime , &
l'on m'aime ;
Tout le monde à l'envi me trouve plein d'attraits
;
Rêvez , cherchez- moi bien , prenez un foin
extrême ,
Si je ne me trouve moi- même ,
Vous ne me trouverez jamais.
XX :XXXX XXXXXXXX
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
N
>
OUVELLE HISTOIRE POETIQUE ,
pour l'explication des Fables , &
l'intelligence des Poëtes avec le fens
moral de chaque Hiftoire . A Paris , an
Palais , chez Theodore le Gras , 1725 .
vol . in 12. de 474. pages fans la Table ,
& la Preface du Pere Gautruche.
Il eft certain , comme le dit l'Editeur
de ce Livre dans un petit Avertiffement
qui eft à la tête , que nulle Hiftoire
n'eft plus en poffeffion de plaire
2. vol.
que
F
2834 MERCURE DE FRANCE.
que l'Hiftoire Poetique , puifqu'elle renferme
toutes les fictions , dont les Anciens
ont embelli la Poëfie. Cet Ouvra
ge dont le ftile eft concis , a été fi bien
reçû du Public , qu'il s'en eft fait 17 .
Editions on a crû , qu'en corrigeant un
grand nombre de fautes qui s'y étoient
gliflées , & en l'ornant de recherches
curieufes , & en développant la morale,
que la Fable renferme , & dont elle n'eft
que l'écorce , on lui donneroit toute la
perfection qui lui manquoit : Voilà ce
qu'on a entrepris dans cette nouvelle
Édition , que l'on peut regarder comme
un Ouvrage nouveau par les augmentątions
confiderables qui s'y trouvent.
ORDONNANCES DES ROIS DE FRANCE
de la troifiéme Race , recueillies par ordre
chronologique , avec des renvois des
unes aux autres , des Sommaires , des Obfervations
fur le Texte , & cinq Tables ;
la premiere des pages , la feconde des Ordonnances
par ordre de datte , la troifiéme
des Matieres , la quatrième des noms
des perfonnes , & la cinquième des noms
des lieux. Premier Volume , contenant ce
qu'on a trouvé d'Ordonnances imprimées
depuis Hugues Capet , jufqu'à la fin die
Regne de Charles le Bel. Par M. de Lauriere
, ancien Avocat au Parlement. A
I. vol .
Paris
DECEMBRE 1724.
2835
Paris , de l'Imprimerie Royale. In folio de
900. pages. 1723 .
LA SCIENCE NATURELLE en explication
curieuſe & nouvelle des differens
effets de la nature terreftre & celefte .
A Paris , Place Sorbonne , chez A.Cailteau
, 1724. in 12. de 438. pages .
LES AVANTURES d'Achille , Prince de
Tours , & de Zaïde , Princeffe d'Afrique
, par M. de la Foffe. A Paris , chez
André Morin , ruë S. Jacques , à S. André
, 1724. in 12. pag. 445 .
Les Journées amufantes dédiées au
Roi par M. de Gomez , 111. & IV . Tomes
, enrichis de figures en tailles douces .
A Paris , chez le même , in 12. pag. 392.
& 512 .
DEFENSE de la nouvelle Hiftoire de
l'Abbé Suger , avec l'Apologie pour feu
M. l'Abbé de la Trappe , D. Armand-
Jean Bouthillier de Rancé , &c. A Paris
, chez J. B. Cl . Bauche , le fils , Quay
des Auguftins , 1725. vol . in 12 .
VETERUM Scriptorum Monumentorum
Hiftoricorum , &c. c'est - à - dire ,
Collection très- ample d'anciens Ecri-
2. vol.
Fij
vains
2836 MERCURE DE FRANCE.
vains , & de pieces concernant l'’Hiſtoife
, le Dogme & la Morale , Tome 3 .
Par Dom Edme Martenne , & Dom Vrfin
Durand , Prêtres Religieux Benedictins
, de la Congregation de S. Maur. A
Paris , Quay des Auguftins , chez Montalant
, in folio 1724
VERITABLE CALENDRIER Chronologique
pour l'année 172 5. Cet Ouvrage
contient une Relation abregée, à la rencontre
de tous les jours de l'année , des
évenemens les plus curieux & les plus recherchez
de l'Hiftoire , comme Naiffances
des Rois & Princes , Mariages , Entrées
publiques , Batailles , Evenemens finguliers
, arrivez tant à Paris qu'ailleurs ,
Fondations , Etabliſſemens , & autres
Epoques , le tout avec leurs années , diftribué
aux jours où ils font arrivez .
Par le moyen de cet Ouvrage , qui fera
d'autant plus commode , qu'il fera in
24. on pourra être inftruit de tout ce qui
s'eft paffé de plus curieux depuis le commencement
de la Monarchie Françoiſe ,
jufqu'au dernier Decembre 1724. Le
débit s'en fait chez Prault , Marchand
Libraire , à l'entrée du Quay de Gêvres
.
ORAISON FUNEBRE de très - Haut , très-
1. val.
Puif
DECEMBRE 1724. 2837
Puiflant , & très- Excellent Prince Louis,
Premier du nom , Roi d'Efpagne & des
Indes , prononcée dans l'Eglife de Paris
le 15. Decembre 1724. par
1724. par M. l'Abbé
Mongin , de l'Académie Françoife , nɔmmé
à l'Evêché de Bazas . A Paris , chez
J. B. Coignard , rue S. Jacques 1725. in
4. de 35. pages.
JERUSALEM DELIVRE'E , Poëme Heoïque
du Taffe , nouvelle Traduction
Françoife . A Paris , chez F. Barrois , ruë
de la Harpe 1724. 2. vol . in 12. contenant
625. pages , fans l'Epitre Dedicatoire
à M. le Duc d'Orleans , la Preface
de 49. pages , & la Vie du Taſſe ,
qui contient 34. pages.
AM. de Mirabau , fur fa Traduction
Q
$
du Taße.
EPITR E.
Uelle Mufe , dis moi , t'a donné des leçons
?
Eft - ce le Taffe ou toi que nous applaudiffons
?
Marchant d'un pas égal , lorſqu'il te fert de
guide ,
Tu fais nous égarer dans le Palais d'Armide
;
2. vol.
Ton Fiij
2838 MERCURE DE FRANCE .
Ton ftile heureux plus fort que fes enchantemens
,
De tes Lecteurs charmez lui fait de vrais
Amans ;
Des graces de l'efprit c'eft la douce puiffance
;
Sans elles que nous fert une vaſte ſcience;
Tel triſtement muni d'un genie adopté ,
Nous fait dans fes écrits hair l'antiquité ,
Et n'a d'autres talens , fuivant de Demoftenes
,
>
Que d'ennuyer Paris du langage d' Athenes.
Dénué d'agrémens ſouvent un doƐte écrit
S'il prouve le fçavoir deshonore l'eſprit ;
Mais pour toi negligeant la ſcience ſterile ,
Tu parcours Epictete & medites Virgile ;
Vois pour prix de la courfe où tu t'es engagé
..
Entre le Taffe & toi le laurier partagé.
Tu peux jouir encor d'un plus rare fuffrage ,
Le Prince vertueux à qui tu rends hommage ,
Ne coute à ton pinceau nulles fauffes couleurs
,
Pour venter fon efprit , pour découvrir fes
moeurs .
Heureux , qui comme nous a fon maître
fidele,
1. vol.
Pour
DECEMBRE
2839
1724.
Peut refter Philofophe en lui voüant fon
zele !
Heureux , qui chez les Grands , exempt de
les flatter ,
Peut eſtimer toûjours ce qu'il doit refpecter !
M. Mirabau ayant reçû cette Epitre ,
fans fçavoir de qui elle étoit , crut y reconnoître
le ftyle de M*** il l'en remercia
: M*** qui n'en étoit point l'Auteur
, lui répondit par les quatre Vers
fuivans , que l'on peut regarder comme
un impromptu .
Ami , de ces beaux Vers je ne fuis point l'Auteur
,
Ma plume eft moins fidele à feconder mon
coeur :
Et pour te dire plus , loin de vouloir en
rire ,
Ayant ton Livre en main , je n'ai fongé qu'à
lire.
Morin , Libraire , ruë S. Jacques à
S. André , & Compagnie , vient d'imprimer
un Livre qui a pour titre : La
fcience des perfonnes de la Cour , de la
Robbe , & de l'Epée , en quatre Volumes
in 12. avec beaucoup de Figures &
de Cartes de Geographie & de Chronologie.
Cet Ouvrage eft très - utile au Pu-
2. vol. F iiij
blic
2840 MERCURE DE FRANCE.
>
blic , furtout aux jeunes gens qui entrent
dans le monde , il renferme en
Abregé tout ce qu'un homme d'efprit
& un galant homme doit fçavoir . Le
mois prochain on en donnera une idée
plus ample avec une Analyſe .
On trouve chez le même Libraire
le Roman de l'Ariane , en 3. vol . in 12 .
avec des Figures.
On vient de mettre fous preffe l'Hiftoire
des Chevaliers de Malthe , compofée
par M. l'Abbé de Vertot , qui avoit
entrepris cet Ouvrage fur les ordres de
feu M. le Regent. Cette Hiftoire contiendra
quatre Volumes in 4. ornez des Portraits
de tous les Grands - Maîtres de l'Ordre
, avec les Cartes & les Plans des
Païs & des Places que ces Chevaliers
ont conquis ou défendus. On trouvera
à la fin du quatriémeVolume un Catalogue
des noms & des Armes des Chevaliers
, autant que l'Auteur en a pû recouvrer
des trois Langues du Royaume
de France , depuis leur établiffement dans
l'Ifle de Malthe . Cette lifte eft précedée
d'un Traité fur le Gouvernement
de l'Ordre , où l'on voit la nature des
preuves requifes pour y être reçû , &
les droits & les fonctions de toutes les
2. vol.
diDECEMBRE
1724 . 2841
dignitez , jufqu'à celle de Grand- Maître.
Cet Ouvrage s'imprime chez Quillau
& Defaint , ruë Galande , proche la
Place Maubert , & fera en vente dans
le courant de la prefente année 1725 .
On imprime ici un Traité fur la Grace
, de M. Tournely , Docteur & Profeffeur
en Theologie , lequel a cedé à
M. Robbe fa Chaire de Theologie.
Nous venons d'apprendre que les RR .
PP. Benedictins , de la Congregation de
faint Maur , préparent une Hiftoire Litteraire
de France , qui comprendra une
infinité de chofes au de - là du deffein ordinaire
d'une Bibliotheque. Il y a dix
ans qu'on travaille affidument à ce grand.
Ouvrage avec des fecours confiderables ,
après avoir herité des Memoires du Traducteur
des Lettres de faint Jerôme , qui
avoit entrepris l'Hiftoire litterale dont
nous parlons . Le principal Auteur de la
continuation a déja pouffé bien loin fon
travail , & il fe difpofe à en publier les
premiers Volumes , qui feront fuivis de
plufieurs autres juſqu'au fiecle où nous
vivons .
2. vol.
F v Les
2842 MERCURE DE FRANCE .
Les Freres Vaillant , J. F. Bernard
& Prevoſt , Libraires à la Haye , propofent
par foufcription un Ouvrage en
deux Volumes in folio , intitulé : Hiftoire
des Traitez de Paix & autres Negociations
du dix-feptième Siecle , depuis
la Paix de Vervins jujqu'à la Paix de
Nimegue , où l'on donne l'origine des
prétentions anciennes & modernes de
toutes les Puiffances de l'Europe ; & une
Analyſe exacte de leurs Negociations."
La foufcription eft de 18. florins . Le
premier Volume fera délivré le 6. Janvier
1725. & le fecond le 30. Septembre
fuivant , fous peine de dix pour cent
de rabais fur la foufcription , fi l'on differe
de diftribuer le dernier Volume feulement
quinze jours au de là du terme.
Il paroît depuis peu dans le public
deux Planches nouvelles ; la premiere
eft la reduction de la Ville de Marfal en
1663. par le Roy , gravée par M. Sebaftien
le Clerc , ce qui fait le cinquième
morceau de gravure des Tapifleries du
Cabinet du Roi.
L'autre eft le fujet allegorique du Mariage
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, avec Marie- Adelaide de Savoye,
du deffein du même M. le Clerc , gia-
2. vol.
vé
DECEMBRE
1724. 2843
vé
par
M. Charles Simonneau l'aîné.
Le College de Beauvais à Paris eft ſous
la protection particuliere du Parlement,
C'est ce qui a engagé M. Guerin , Profeffeur
de Rhetorique au même College,
de compoſer une très - belle Ode latine ,
pour feliciter M. Portail fur fa nouvelle
dignité de Premier Prefident . Outre cela
il eft bon d'ajouter , que l'Auteur a
eu l'honneur d'étudier dans le même College
, & dans le temps que M. le Pres
mier Prefident y faifoit fes études d'Humanitez
. Nous fouhaiterions pouvoir
donner l'Ode entiere , mais nous nous
contenterons d'en rapporter quelques endroits
les plus marquez.
Te duce doctrina
Idem cucurrit PORTALIDES iter ,
primifque præclaras ab annis
Ar ripuit generofus artes.
Cuftos pudoris præcipuus parans
Circa Magiftros dum vigil affidet
Paterna fincerum fübibat
Relligio , gravitafque pectus , & c.
Enfuite M. Guerin parle de l'amour 2. vol.
F vj
de
2844 MERCURE DE FRANCE.
de Novion pour la retraite , & de fa démiffion
, malgré les refus du grand Prince
, qui prend foin de l'adminiftration du
Royaume.
Nunc cum inquieti NoVIADES fori
.Tumultum honefto maluit otio
Mutare , & auguſtum refignat
BORBONIO renuente , munus.
Les quatre Strophes fuivantes marquent
la profonde érudition , l'amour pour .
la juftice , & c. de M. Portail . Enfin rien
de plus jufte , dit M. Guerin dans fa der--
niere Strophe pour le College de Beauvais
, que de marquer fa joye au milieu
des acclamations publiques.
Ergo inter urbis publica gaudia
Mufæ triumphent Bellovaca ; & fuo
Phoebea , queis gaudet , Clientæ
Dona ferant alacres Patrono.
EXTAIT d'une Lettre écrite d'Aix , fur
l'utilité d'un Dictionnaire Provençal
le 10. Decembre 1724.
J
Ai lù avec beaucoup de plaifir dans le
fernier Mercure le Memoire fur l'utilité
d'un Dictionnaire Provençal & fur
nos Troubadous . Je voudrois bien que
2. νοί ..
cela
DECEMBRE 1724. 2845
cela
put engager quelqu'un à travailler
à nous faire un peu mieux connoître , que
nous ne faifons , les anciens Poëtes . Nous
n'aurons jamais une bonne Hiftoire de la
Poëfie Françoife , que nous ne puifions
dans les Troubadous , qui en font les
fources , à l'exemple des Italiens , qui
avouënt de bonne foi que leur Poëfie
n'a point d'autre origine. Je voudrois
cependant propofer une queftion à l'Auteur
du Memoire , d'où vient qu'il met
de la difference entre la Langue Italien
ne & l'Espagnole , & que dans le temps
qu'il convient que la premiere s'eft enrichie
aux dépens de la Langue Provençale
, il prétend que celle- ci a puifé
dans l'Efpagnol & le Catalan. ? Pourquoi
n'aura- t- elle pas le degré d'ancienneté
fur l'une comme fur l'autre en ce
ce que les Espagnols auroient des monumens
de leur Langue plus anciens que
les Italiens ? c'eft ce que je ne crois pas,
& qui en tout cas auroit befoin d'examen
. D'ailleurs l'Auteur du Memoire ne
s'eft pas exprimé affez exactement , lorf
qu'il a placé les Catalans parmi les Nations
qui fe font emparées de la Provence
, comme s'il s'agiffoit des invafions
des Vifigots & des Bourguignons ,
& que la domination des Princes Catalans
dans cette Province , n'eut pas com-
2. vol.
mencé
2846 MERCURE DE FRANCE .
mencé par le titre de tous le plus legitime
, çavoir par le Mariage de Raymond
Berenger avec Douce , heritiere
du dernier Comte de Provence de la premiere
Branche .
Comme l'Académie Françoife change
tous les trois mois de Directeur , & que
c'eft le fort qui en decide , M. de Valincour
, pour qui il s'étoit declaré , reçut
en cette qualité , le 28. de ce mois
M. Portail , Premier Prefident du Parlement
, qui fut reçû à la place vacante
par la mort de l'Abbé de Choify, & rẻ-
pondit à fon Difcours . Nous parlerons
plus au long de ces deux pieces d'Eloquence
, qui furent fort applaudies par
une très nombreufe & très illuftre Affemblée.
M. de la Motte recita enfuite
an Difcours fur l'Eglogue , & un petit
Poëme de cette efpece , qui firent beaucoup
de plaifir. M. Boivin lut une Tra
duction du premier Acte de la Tragedie
d'Edipe de Sophocle , & M. l'Abbé
Gedoin termina la féance par une Differtation
de M. l'Abbé d'Olivet , fur la vie
de M. le Clerc , ancien Académicien .
L'Académie Royale de l'Hiftoire à
Lisbonne , s'affembla le 2. & le 16. du
mois dernier ; on y lut plufieurs Dif-
2. vol, ferDECEMBRE
1724. 2847
fertations fur l'Hiftoire de l'Evêché d'El
vas , fur la Jurifdiction des Legats du
Pape dans le Royaume de Portugal , &
l'on Y diftribua aux Académiciens les
nouveaux Memoires hiftoriques des Archevêques
, Evêques , & Ecrivains Portugais
de l'Ordre de Notre - Dame de
Mont- Carmel , dont le Pere Manuel de
Sa , Religieux de cet Ordre , & Acadé
micien furnumeraire , eft Auteur.
Les Académiciens Apliquez , qui n'avoient
pas tenu de Conference depuis le
commencement du mois de Juille; dernier
, fe raffemblerent le 2. Novembre
dans la maifon de Dom Amaro Nogueira
de Andrade , Gentilhomme de la Maifon
du Roi , & Chevalier de l'Ordre de
Chrift , où ils fe font établis.
Le Pape a donné au Cardinal Alexandre.
Albani les Statues de marbre ,
les Vales antiques , & les Medailles qui
ont été trouvées dans le Champ de fainte
Felicité. Sa Sainteté lui a fait prefent
auffi de fon Medailler , & elle l'a accompagné
d'une lettre , dans laquelle
elle l'exorte à continuer de s'appliquer
à l'étude de l'Antiquité , dont il a déja
acquis beaucoup de connoiffance .
On imprime actuellement à Rome les
2. vol.
Oeuvres
1848 MERCURE DE FRANCE .
Oeuvres fur la Theologie , que le Pa
pe a compofez pendant qu'il étoit Cardinal
& Archevêque de Benevent.
Le Czar , qui s'attache toûjours à établir
les Sciences & les Arts dans fes
Etats , y va faire bâtir un Obfervatoire ,
fous la direction de M. de l'Ifle l'Aftronome
, qui doit aller à Peterſbourg avec
la permiffiou du Roi.
Quatre Tableaux de Chevalet de grandeur
uniforme , ont été ordonnez à quatre
Peintres de l'Académie pour être
placez dans la Chambre à coucher de
l'Appartement de M. le Duc , au Château
de Verfailles , qui ont été extrêmement
applaudis. Ils repréfentent Arion
fauvé fur le Dauphin , par M. Noel
Coypel. Apollon & Ilé , par M. Charles
Coypel . Zephire & Flore , par M. de
Troye le fils , & Cephale & Procris ,
par M. le Moine.
BE
2. vol.
BOUTS
DECEMBRE 1724. 2849
BOUTS RIMEZ A REMPLIR.
Taciturne.
Maroc.
Saturne .
Roc
Cothurne
Froc.
Urne.
Croc
Perle
Merle.
Aro.
Longue
Diphtongue.
Pare.
Propofez par J. A. M. de Geneve.
2. vo.l
SUITE
1850 MERCURE DE FRANCE .
SUITE DES MEDAILLES
DU RO r.
E Public fera , fans doute , bien aiſe
Lde voir la grande Medaille du Sacre
du Roi ; c'eft peut- être le plus bel ouvrage
qui foit forti des mains du fieur
du Vivier qui en a gravé les creux , &
qui a très- bien pris la reffemblance du
Roi. Du refte comme c'eft le même fujet
& la même Legende de la Medaille qui
fut frapée au Sacre de S. M. & que nous
avons donnée au mois de Novembre
1722. nous ne dirons rien davantage fur
ce fujet , fi ce n'eft ,que cette Medaille
ne paroît fi tard que par l'accident arrivé
aux coins qui ont caffé.
******
SPECTACLES.
LFs Comediens,
Es Comediens François ont remis au
,
autre mois
la Comedie du Jaloux Defabufé , Pięce
en cinq Actes en vers , c'eft la derniere
que feu M. Campiftron a donnée de fa
façon. Elle a été reprefentée par les Ac-
>
$
2. vol.
teurs
LUDOVICUS
XV.
DU
VIV
REX
SIMUS
STZANESSIA
CHRIS
REX
COELESTI
OLEO
DU VIVIERT
REMIS XXV. OCTOBRIS
MD- CCXXIIUNCTUS
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILBEN
FOUNDATIONS
.
DECEMBRE 1724. 2851
teurs qui n'ont point été du voyage de
Fontainebleau , & le public l'a revûë
avec plaifir . Rien n'eft plus fimple que
le fujet de cette Comedie . Il s'agit d'o
bliger un frere à marier fa foeur , dont
les biens font entre fes mains . La peine
qu'il a à s'en deffaifir détermine fa propre
femme à l'y engager , & voici par
quel chemin elle arrive à la fin qu'elle
fe propofe. Elle n'oublie rien pour lui
donner de la jaloufie; elle reçoit plufieurs
Cavaliers chez elle qui la voyent continuellement
, fons prétexte de rechercher
·la foeur de fon mari. Le mari devient jaloux
, & pour ôter à fa femme tout prétexte
de voir des foupirans , il conſent
enfin à marier ſa foeur à Clitandre , Coufin
de fa femme , au grand contenteinent
de toute la famille , & furtout de fon
nouveau beau- frere , & de fa foeur qui
s'aiment depuis long- temps , & pour qui
feuls on a fait jouer tous les refforts qui
font l'intrigue de la Piece. Nous en
allons donner un Extrait plus circonftancié.
ACTEURS.
Dorante , mari de Celie. Le fieur le
Grand , fils .
Celie , femme de Dorante . La Dile la
Motthe.
2. vol.
Julie ,
2852 MERCURE DE FRANCE.
Julie , foeur de Dorante. La Dll Labbatte.
› Clitandre , coufin de Celie , & Amant
de Julie. Le fieur de la Thorilliere , fils.
Erafte , ami de Dorante & de Celie .
Le fieur Dubrueil.
Dubois , Secretaire de Dorante. Le
fieur Armand.
Juftine , fuivante de Celie. La D'le du
Frefne.
Babet , fuivante de Julie. La Dlle du
Bocage.
Champagne , valet de Clitandre. Le
fieur Poiffon.
La Scene eft à Paris dans la maison
de Dorante.
A CTE I.
Juftine & Babet commencent la Piece ;
la premiere eft fuivante de Celie , &
l'autre l'eft de Julie. Comme Babet eſt
toute nouvelle dans la maifon de Clitandre
, l'Auteur fous prétexte de la faite
inftruire par fon ancienne , expoſe les
caracteres des principaux perfonnages
qui doivent paroître fur la Scene. Juftine
fait un portrait de Celie , femme de
de Dorante , qui femble démentir ce
qu'elle en dit d'abord par ce vers :
2. vol.
Ses
DECEMBRE 1724. 2853
Ses ennemis difent qu'elle eft coquette ,
Que toûjours fes regards tentent quelque défaite
;
Cependant ils ont tort,
Voici comment elle prétend prouver
que c'est à tort qu'on appelle Julie du
nom de coquette ;
Mais elle ne haït pas ,
La louange & l'encens qu'on donne à ſes appas ;
Elle s'en applaudit dans le fond de fon ame ;
Elle a de la vertu ; mais elle eſt belle & femme;
Elle aime à plaifanter , à fourire en paffant ,
Elle a l'accueil flateur , le coup d'oeil careffant,
Et croit , lorfque le coeur eft en effet fidele ,
Qu'un fourís , qu'un regard eft une bagatelle,
C'eſt au lecteur à juger fi ce n'eſt point
là le portrait d'une coquette.
La fin queJuftine fe propofe dans cette
premiere Scene du premier Acte , c'eſt
d'engager Babet à entrer dans les intereſts
de Madame , préferablement à ceux de
Monfieur. Voici comment elle s'expli
que :
Si Dorante jamais va vous interroger ,
Si de gré, fi par force , il veut vous engager ,
A lui développer les fecrets de Madame ,
2. vole
A
2854 MERCURE. DE FRANCE.
A veiller fur les pas de fa foeur , de fa femme ,
Gardez - vous bien furtout.....
Babet l'interrompt en cet endroit , &
lui fait connoître qu'elle fçait parfaitement
bien fon métier de Soubrette.
La feconde & la troifiéme Scene ne
font prefque rien à l'action ; dans l'une ,
Juftine paroît agréablement furpriſe de
l'experience de Babet , & dans la troifiéme
il ne s'agit que d'une Lettre de
Clitandre que fon valet Champagne met
entre les mains de Juftine pour rendre à
Julie ; cette Lettre ne produit rien dans
la Piece . Il eft vrai que cette troifiéme
Scene n'eft pas tout-à- fait inutile ; elle
fert à inftruire le fpectateur qu'on va
jouer quelque tour à Clitandre. Juftine
le fait connoître par ces vers qu'elle addrelle
à Champagne.
Eh bien ! Champagne , que dit- on ?
Ton Maître eft- il content de nôtre invention?
En attend- il l'effet que j'ofe m'en promettre?
Il reste à juger fi Champagne eft digne
d'une pareille confidence ; le peu d'action
qu'il a dans toute la Piece nous perfuade
le contraire .
La Scene fuivante qui eft entre Juftine
& Dubois , eft infiniment plus ne-
2. vol. ceffaire
DECEMBRE 1724. 2855
ceffaire . Dubois eſt le Secretaire de Dorante
, & paroît tout - à- fait dans fes intereſts
; on a beſoin de lui , finon pour fervir
, du moins pour ne point nuire. Juftine
l'engage à l'un & à l'autre par une
promeffe de quatre cent piftoles de la
part de Clitandre , Amant de Celie . Cette
Scene eft une des mieux traitées par
l'Auteur , & dans une fingularité tout - àfait
comique & Theatrale , c'eſt par là
que finit le premier Acte.
ACTE II .
La premiere Scene de ce fecond Acte
n'eft que pour preparer la feconde , dans
cette feconde Dorante vient tout agité ;
Dubois qui fe doute de ce qui lui tient
au coeur, fait femblant de l'ignorer, pour
l'engager adroitement à lui faire part de
fes chagrins. Dorante lui avoue avec confufion
qu'il eft jaloux , lui qui avant fon
mariage s'étoit mocqué hautement de
tous ceux qui étoient atteints d'une pareille
frenefie ; il expoſe à Dubois tous
les fujets de plainte qu'il a contre Celie
; Dubois lui confeille de s'expliquer
avec elle , & de la porter doucement à
écarter cette foule de foupirans que
beauté attire auprès d'elle ; Dorante approuve
ce confeil , & promet à Dubois
fa
-
2. vol.
de
2856 MERCURE DE FRANCE.
de le fuivre. Celie vient , il lui declare
que, quoiqu'il la croye trés - innocente , il
ne laille pas de trouver fa conduite un
peu irreguliere ; Celie ne lui répond d'abord
qu'en riant , & qu'en prenant la
chofe fur le ton plaifant. Mais voyant
que la jaloufie de fon mari eft très- lerieufe
, elle le devient à fon tour , & lui
declare que c'eft lui-même qui lui a ordonné
de bien recevoir fes amis ; mais
que puifqu'il s'avife de le trouver mauvais
, elle va les chaffer, en leur diſant,
que c'eft pour obéir à fon mari qu'elle
leur défend l'entrée de fa maifon. Dorante
ne s'accommode nullement de cette
maniere de les congedier , qui le chargeroit
d'un ridicule ; Celie par une feinte
complaifance lui promet de faire tout ce
qu'il exige d'elle fans le commettre.
Dans la Scene qui fuit, Erafte & Clitandre
ont une converfation avec Celie ,
Julie & Juftine en prefence de Dorante ,
où les jaloux font fur le tapiss Dorante
ne peut plus long - temps foutenir des
traits , qui, quoique lancez contre d'autres;
ne laiffent pas de retomber fur lui ; il
quitte brufquement la partie , fous prétexte
de quelque affaire dont il vient de
fe fouvenir. A peine eft- il forti que Celie
fait entendre à Clitandre , à Erafte &
à Julie qu'il eft jaloux . Juftine fe fçait
3. vol.
bon
DECEMBRE 1724. 2857
bon gré de ce que fon artifice comme ce
de réuffir ; mais Celie craint d'en avoir
déja trop fait , & n'ofe en faire davanta
ge , elle le fait connoître par ces vers :
Mais Clitandre ,
L'amitié que le fang a formée entre nous ,
Me faitbien hazarder pour Julie & pour vous ;
Car fans être perfide enfin , ni criminelle ,
Je caufe à mon époux une peine mortelle ;
Me pardonnera-t'il fon trouble ? fa douleur?
Tous ces remords , quoique très-juftes,
n'ont aucun effet ; Celie pour faire plai
fir à fon coufin Clitandre , & à Julie fa
belle-foeur , fe détermine à pourfuivre
ce qu'elle a commencé on a trouvé à
dire à cette réfolution ; nous laiffons à
nos Lecteurs la liberté de juger fi l'on a
eu raiſon .
ACTE III.
C'eft dans cet Acte- ci que la coquetterie
paroît dans tout fon jour , tant en recit
qu'en action. Dorante raconte à Dubois
tout ce qui s'eft paffé pendant le dîner
entre Celie & Erafte . Voici comme
il s'explique :
2. vol.
G Tout
2858 MERCURE DE FRANCE.
Tout ce qu'une coquette a jamais pratiqué ,
Lorfqu'elle veut furprendre un coeur qu'elle
a manqué ,
Soins de plaire affectez , fouris , agafferies ,
Difcours flateurs , regards , geftes , & lorgneries
,
Ma femme devant moi vient de le repeter ,
Pour engager Erafte , ou bien pour le flater..
Si ce recit nous peint une coquette des
plus infignes , l'action qui fuit donne le
le dernier coup au portrait. Dorante outré
de ce qui vient de fe paffer fous les
yeux , dit des injures à Celie , qui , loin
de faire attention qu'elle a pouffe la cho→
fe un peu trop loin , feint de s'évanouir,
& fe fait apporter un fauteuil , dans lequel
elle fe jette , pour rendre la choſe
plus touchante. On croiroit que l'évanouiffement
eft une verité , fi l'Auteur
n'avoit pris ,foin de faire voir qu'il n'eft
qu'une feinte, par ce vers qu'il a mis dans
la bouche de Dubois à part.
Fort bien. On ne peut mieux jouer fon per
fonnage .
Le pauvre Dorante eft fi bien la duppe
de tout ce manege , qu'il demande pardon
à fa femme ; il fait plus , il la prie
devant fon rival de s'aller divertir avec
2. vol.
lui
DECEMBRE 1724.
2859
lui dans une partie de fouper , & à laquelle
il invite auffi Dorante. Ce dernier
n'y va point , de peur , , fans doute
d'être témoin de quelque Scene plus
cruelle encore pour lui
lui que celle du diner .
ACTE I V.
Babet , nouvelle Suivante de Julie , &
que nous n'avons vû que dans la premiere
Scene du premier Acte , femble
s'ennuyer d'être un perfonnage inutile ;
elle commence à agir en achevant de
rendre Dorante plus furieux par un recit
qu'elle lui fait de tout ce qui s'eft paffé
à Surefne quoiqu'elle mente ,
elle ne
laiffe pas de perfuader par fon air ingenu.
Voici un nouvel incident auquel les
fpectateurs ne s'attendoient point du tout.
Érafte s'avife d'être amoureux de Celie ,
il en fait confidence à Juftine qui le renà
Celie même ; Celie reço t ce : aveu
avec un fang froid qui glace Erafte ; elle
le renvoye à des objets plus dignes de fes
foins , & plus propres à y répondre . Outre
que cet amour vient un peu tard , on
l'a trouvé tout- à - fait inutile ; il y a apparence
que l'Auteur ne l'a mis dans la
Piece que pour mettre un vernis fur le
caractere de Celie , qui a paru jufqu'ici
allez équivoque ; mais quelque fin que
voye
2. vol.
Gij
l'Au
2860 MERCURE DE FRANCE.
l'Auteur fe foit propofée , on n'a pas
approuvé le chemin qu'il a pris pour y
arriver . La Scene Françoife eft trop épu
rée pour fouffrir une declaration d'amour
faite à une perfonne mariée. Moliere l'a
ofé faire dans George Dandin ; mais il
n'en a pas moins bleffé les bonnes moeurs,
& les bienféances Theatrales : paffons au
dernier Acte.
ACTE V.
Champagne , Valet de Clitandre , à
l'exemple de Babet , veut avoir quelque
part aux tours qu'on joue à Dorante ; il
augmente fa jaloufie par le recit qu'il lui
fait de tout ce qui fe paffe toutes les nuits
dans fa maifon depuis deux ans : il y a
apparence qu'il ment ; car fi ce qu'il dit
étoit veritable , comment Dorante pourroit-
il l'ignorer , & pourquoi l'auroit- il
fouffert i long -temps fans éclater. Voici
une partie de ce que Champagne lui dit:
Enfin depuis deux ans que fans manquer un
jour ,
Nous venons tous les foirs faire ici nôtre Cour,
Je n'ai pas une fois vû décamper mon Maître ,
Sans voir en même temps le point du jour
paroître.
2. vol.
Ce
DECEMBRE 1724. 2861
Ce dernier coup acheve de déterminer
Dorante à faire finir toutes ces affemblées
qu'il croit fatales à fon honneur. Nous
pallons ici fous filence une declaration
d'amour que Champagne s'avife de faire
à Babet c'est un hors - d'oeuvre qui ne
merite gueres d'être relevé . Celie ouvre
enfin les yeux, & comprend qu'elle en a
trop fait pour une honnête femme , ou
du moins pour une femme raifonnable.
Elle veut tout dire à fon mari & le defabufer
; mais fon mari lui épargne la peine
d'un aveu fi judicieux . Il arrive brufquement
en homme qui a pris fon parti ;
il dit à Clitandre qu'il confent que l'Hymen
le rende poffeffeur de Julie , pour
ôter par là tout prétexte à Celie de voir
du monde ; il dit à cette derniere de fe
preparer à partir pour la campagne. A
ce difcours fi peu attendu , Celie & Clitandre
s'éclatent de rire ; Dorante s'en
irrite encore davantage ; mais Celie prend
foin d'appaifer fon courroux , en lui declarant
que tout ce qui s'eft paffé n'a été
qu'un artifice pour l'engager à donner
les mains à ce même mariage qu'il vient
de conclure. Dorante ne fçait ce qu'il en
doit croire , & s'adreffe à Dubois pour
fçavoir ce qu'il en penfe lui-même ; Dubois
acheve de le defabuſer par ce vers
2. vol. G iij Par2862
MERCURE DE FRANCE.
Pardonnez- moi , Monfieur , car j'en étois auffi
Ce dernier vers a fait voir que Dubois
étoit un perfonnage des plus neceffaires
à la Piece , pour defabufer le jaloux . Encore
a- t'on douté s'il eft bien defabuſe.
Nous efperons qu'on nous paffera quelques
petits traits de critique qui nous
font échapez ; nos Extraits feroient toutà-
fait infructueux , fi nous ne faifions que
donner une idée des Pieces ; nous y ajoûtons
ce qu'en a penfé le public , dont nous
ne fommes que les échos .
Les mêmes Comediens donnerent pour
la premiere fois le 2. de ce mois , comme
nous l'avons déja dit , la petite Piece du
Dénouement imprévu . Cette Comedie n'a
pas eu beaucoup de fuccès ; on convient
pourtant qu'elle eft pleine d'efprit &
fort bien écrite ; en voici un petit Extrait :
ACTEUR S.
M. Argante , pere de Mile Argante.
Le fieur de Lavoy.
Ml Argante , fille de M. Argante. La
Die Dufrifne.
Dorante . Le fieur le Grand , le fils .
Erafte , Amant de Mlle Argante. Le
fieur Dubreuil.
2. vol.
Lifette,
DECEMBBE 1724 2863
Lifette , fuivante de Mile Argante . La
Dile du Bocage.
Maître Pierre , Fermier de M. Argante.
Le fieur Armand.
Crifpin , valet d'Erafte . Le fieur Poif
fon..
Un domestique de M. Argante.
Maître Pierre & Dorante ouvrent la
Scene : Dorante qui par une promelle de
cinquante piftoles a mis dans les intereſts
de fon amour Maître Pierre , Fermier de
M. Argante , le prie de déterminer Mile
Argante à contrefaire la folle , pour détourner
un mariage arrêté entre Erafte
& M. Argante , qui ne donne la préference
à ce dernier , qu'à caufe qu'il eft
Gentilhomme , & que Dorante ne l'eft
pas . Ce mariage eft arrêté à l'infçû de
Mile Argante. Maître Pierre promet à
Dorante de le fervir au gré de fes defirs .
C'eft un ancien domeftique qui s'eft acquis
le droit de parler librement à fon
Maître , & de le contre- quarrer en tout.
Il a une Scene avec M. Argante , dans
laquelle il lui dit d'un ton abfolu , qu'il
ne prétend pas qu'il acheve un mariage ,
fur lequel il n'a pas pris foin de le confulter.
M. Argante rit de fon impertinence
, & perfifte dans le deffein de donner
fa fille à Erafte , par la grande raiſon
qu'il eft Gentilhomme , outre qu'il eft
2. vol. Giiij
auffi
2864 MERCURE DE FRANCE.
autfi riche que Dorante pour qui Maître
Pierre s'intereffe. Dans une autre Scene,
Mie Arginte , parlant à Lifette fa Suivante
, lui declare qu'elle ne veut point
d'un homme qui lui fera paffer fa vie à
la campagne , elle ne fçait fi elle aime
Dorante ; mais comme c'eft le feul homme
qu'elle ait encore vû, elle le préfere à
tout autre , fans le moindre engagement
de coeur ; cependant elle n'eft du tout
point réfoluë à faire ce que Dorante exige
d'elle , qui eft de faire la folle. On
fuppofe que Maître Pierre lui en a déja
fait la propofition. Dorante vient enfin ,
& la détermine à ce qu'il fouhaite . Elle
fait un premier effai de folie dans une
Scene qu'elle a avec fon pere . Cette
Scene a paru très- jolie , & la De du
Frefne l'a jouée avec fa vivacité ordinaire.
Jufques- là le dénouement de la
Piece étoit facile à prévoir , mais l'Au .
teur n'a pas voulu que fa Piece reffemblât
à tant d'autres du même ton , telles
que Pourceaugnac & les Vandanges de
Surefne , où ne il s'agit que de dégoûter
un époufeur qu'on n'aime pas ; c'eft donc
en prenant une route nouvelle que l'Auteur
a trouvé le moyen de donner à fa
Comedie le titre du Dénouement imprévu.
Le voici en peu de mots : Erafte arrive .
Comme il eft galant homme , il ne veut
2. vol.
pas
DECEMBRE 1724 .
2865
pas époufer Mile Argante malgré elle . Il
vient en qualité d'ami d'Erafte , il demande
à voir la prétendue de fon ami ;
Mlle Argante fe prepare à bien jouer fon
rôle de folles cependant elle n'a pas
plutôt jetté les yeux fur celui qui lui veut
parler de la part d'Erafte , qu'elle fouhaite
qu'Eraſte ſoit auffi bien fait , & auffi
aimable. Elle ne parle plus en folle , mais
en perfonne qui ne veut point d'un homme
qu'elle ne connoît pas . Erafte en paroît
fi affligé , qu'elle commence à fe douter
de la verité ; elle apprend enfin que
c'eſt Erafte même qui lui parle , elle lui
avoue qu'elle obéira à fon pere fans répugnance
. M. Argante eft ravi de retrouver
fa fille fi fage . Il n'eft plus queſtion
pour elle de Dorante qu'elle n'aimoit ni
ne haïlfoit. La Piece finit par une fête que
M. Argante a déja ordonnée . La Mufique
eft du fieur Quinault , elle a paru trèsjolie
comme toutes celles qu'on a vû de
fa façon. On a furtout
d'un air de Mufette , dané par le fieur
Armand & par la De Labbatte ; cette
derniere y a mis toutes les graces qu'on
peut attendre d'une très habile danſeuſe .
Voici quelques couplets de ce divertiffe
ment :
paru
très-content
2. vol.
Gy
L'A
2866 MERCURE DE FRANCE.
>
L'Amour vient je ne fçai comment
Et nous quitte comme il nous prend
De ma conftance ou de la vôtre ,
Je ne répondrois pas d'un jour ;
On aime un objet , puis un autre ;
On va comme il plaît à l'Amour .
Je foupire après le plaifir ,
D'inſpirer un tendre defir ;
Et dans mon coeur je fens d'avance ,
Que fi j'ai des Amans un jour ,
Je prouverai fans repugnance ,
Qu'on va comme il plaît àl'Amour.
Je ne connoiffois d'autre train ,
Que d'aller comme il plaît au vin ;
Mais , helas ! cher ami Gregoire ,
Plains mon avanture en ce jour ,
J'ai perdu la raifon fans boire ,
Je vais comme il plaît à l'Amour.
來
Chacun a fon foible ici - bas .
L'un au vin trouve mille appas ;
2. υοί.
L'un
DECEMBRE 1724. 2867
L'un eft joueur , l'autre eft avare :
Et l'autre eft efclave à la Cour ;
Mais puifqu'il faut que l'on s'égare ;
Allons comme il plaît à l'Amour.
Le 26. de ce mois , Fête de S. Etienne
, les Spectacles , qui avoient été fermez
pendant treize jours , à l'occaſion
du Jubilé & de la Fête de Noël , ont été
rouverts avec un très - grand concours de
Spectateurs.
Le Theatre François a donné la fameufe
Tragedie de Policute , Piece Chrétienne
du grand Corneille , qui a fait répandre
beaucoup de larmes . Les fieurs
Quinaut , Baron , le Grand , & les Dlles
Duclos & Jouvenot , qui rempliffoient
les principaux Rôles de Polieucte , de
Severe , de Felix , de Pauline , & de Stratonice
, ont reçû les juftes applaudiffemens
qu'ils meritoient
L'Académie Royale de Mufique a repris
les Reprefentations d'Armide , où la
Dile Antier s'eft furpaffée , & le foir du
même jour le Bal a recommencé dans la
Salle de l'Opera.
Le Theatre Italien a donné la premiere
Repreſentation du Dédain affecté,
42. vol.
G vj
Co2868
MERCURE DE FRANCE.
Comedie nouvelle en trois Actes , qui a
été très -bien reçûë du Public , nous ne
manquerons pas d'en donner un Extrait.
Ces Extraits , pour le dire ici en paffant
, feroient beaucoup mieux faits &
bien plus circonftanciez , fi les Auteurs
vouloient prendre la peine de les faire
eux- mêmes , ou nous fournir au moins le
Manufcrit de leurs Pieces , ils y gagneroient
fans doute : car quelque application
que l'on ait à doner une forme en
exacte & vraie à une fuite de Scenes qui
compofent une Piece qu'on n'a fouvent
vûe qu'une fois , on court toûjours rifque
de manquer à quelque chofe , &
de faire des omiffions ou des erreurs qui
peuvent défigurer l'Ouvrage, & en dimie
nuer le prix aux yeux du Public. Ce
qui feroit defagreable pour les Auteurs
pour nous. &
On apprend de Naples , qu'on y fit
le 3. de ce mois l'ouverture du Theatre de
S. Barthelemi , par la premiere repréfentation
de l'Opera de Turnio Arcivo
qui fut fort applaudi.
2. vol
EXDECEMBRE
1724. 2869
EXTRIT d'une Lettre écrite de Venise,
fur le Carnaval & les Spectacles , & c .
Itu
L eft vrai , Monfieur , on parle par
toute l'Europe du Carnaval de Venife
, pendant lequel les Mafques font le
plus grand divertiffement , auffi -bien
qu'en toutes les autres occafions diftinguées
. En ce temps- là les Venitiens , qui
font naturellement graves , aiment à la
faveur de l'Incognito , à donner dans les
amuſemens de la faifon , & à jouer divers
perfonnages. Il eft neceffaire pour
eux de trouver des divertiffemens qui
conviennent au lieu & à la fituation de
leur Ville , & qui compenfent en quelque
maniere ceux qu'on a en Terre
ferme . Les déguifemens & les Mafcarades
donnent lieu à quantité d'avantures
galantes , & les galanteries de
Venife ont quelque chofe de plus intrigué
& de plus piquant que celles des autres
Païs. Je ne doute point que l'Hif
toire Anecdote d'un Carnaval de Venife
ne fournit un morceau bien divertiffant.
Les Opera font un des principaux plaifirs
, & le plus grand ornement du Carnaval.
La Poëfie en eft d'ordinaire affez
2. vol.
maus
2870 MERCURE DE FRANCE.
mauvaiſe , mais la Mufique en eft bon
ne. Les ſujets font fouvent pris de quelque
action celebre des anciens Grecs ou
Romains , qui quelquefois paroiffent affez
ridicules , par le peu de vrai- femblance
qu'il y a d'entendre , par exemple
, un de ces anciens & fiers Romains
poutler des cris aigus par la bouché d'un
Eunuque.
Le fujet de l'Opera le plus en vogue
dans ces dernieres années , étoit Cefar &
Scipion , rivaux & amoureux de la fille
de Caton . Les premieres paroles de Cefar
font d'ordonner à fes Soldats de
fuir , parce que les ennemis approchent :
A la fugga a campo . La fille de Caton
donne la préference à Cefar , ce qui eſt
cauſe de la mort de fon pere. Avant que
Caton fe tue , on le voit retiré dans fa
Bibliotheque , où parmi fes livres le
Spectateur lit les titres de Petrarque &
du Talle. Après un court Monologue ,
il fe perce du poignard qu'il tient dans
fa main ; mais étant arrêté par un de fes
amis , il le poignarde en récompenfe de
ce bon office . De la force du coup le poignard
fe caffe malheureufement fur une
de fes côtes ; enforte qu'il eft obligé de
fe tuer , en rouvrant fa premiere playe .
Dans l'Opera reprefenté fur le Theatre
de S. Ange, à peu près dans le même tems,
2. vol.
on
DECEMBRE 1724. 2871
on fe fert d'une invention prefque femblable.
Le Heros de la Piece entreprend
un rapt ; mais le Poëte , qui veut fauver
l'honneur de fon Heros , difpofe la
chofe de telle forte , qu'il jouë toûjours
fon rôle avec un grand couteau attaché à
fa ceinture . La Dame le lui arrache , &
dans l'effort qu'elle fait pour lui refifter,
fe défend , & c.
Les Poëtes Italiens , outre la douceur
fi connue de leur Langue , ont un avantage
tout particulier fur les Auteurs des
autres Nations , en ce qu'ils ont un autre
langage pour la Poëfie que pour la
Profe. Dans les autres Langues il y a ,
comme vous le fçavez , un certain nombre
de phrafes particulieres aux Poëtes ;
mais dans l'Italien il y a non - feulement
des Sentences , mais encore une infinité
de mots qui n'entrent jamais dans les
difcours ordinaires , & qui ont pour la
Po fie un certain tour fi particulier & fi
poli , qu'ils perdent plufieurs de leurs
lettres , & paroiffent tout autres dans les
Vers. Pour cette raifon les Opera Italiens
tombent rarement dans le ftile bas,
quoique les penfées en foient ordinairement
affez communes. Il y a cependant
'du beau & de l'harmonieux dans l'expreffion
: fans cet avantage leur Poëfie
2. vol.
mo2872
MERCURE DE FRANCE.
moderne paroîtroit extrêmement rempante
& vulgaire, malgré toutes leurs Allegories
, auf peu naturelles qu'ordinai
res aux Ecrivains de cette Nation . Au
lieu que les François , fe fervant prefque
toûjours des mêmes mots pour les
Vers & par la Profe , cela les oblige à
relever leur langage par des Metaphores
, par des figures , ou par la pompe
des expreffions , qui relevent la petitelle
qui paroîtroit dans chaque partie de la
Phrafe.
Toutes les Comedies que j'ai vûës à
Venife , & dans les autres Villes d'Italie
, m'ont paru très -baffes , pauvres ,
dures & fort diffoluës. Leurs Poëtes
n'ont aucune idée de la Comedie agreable;
ils donnent dans les plus vils équivoques
qu'on puiffe imaginer , quand ils veulent
réjouir l'Auditeur. Il n'y a rien de
fi méprifable que leur Gentilhomme ,
quand il s'entretient avec fa Mairreffe :
car alors tout le Dialogue n'eft qu'un
mêlange infipide de Pedanteries & de
Roman. Mais il n'eft pas étrange que
les Poëtes d'une Nation fi jaloufe & fi
refervée , rendent mal de telles converfations
, puifqu'ils n'en ont point de modele
chez eux .
*
Toutes leurs Pieces de Theatre ont
quatre caracteres. Le Medecin ou le
2. vol.
Docteur,
DECEMBRE 1724. 2873
Docteur, Arlequin , Pantalon , & Covielle.
Le caractere du Medecin comprend
toute l'étendue d'un Pedant , qui
avec une voix haute & un air magiftral,
prime dans la converfation , & rebute
tout avec hauteur . Tout ce qu'il dit eft
fortifié par des citations de Galien , d'Hypocrate
, de Platon , de Virgile , d'Horace
, ou de tel autre Auteur qui lui vient
à la bouche , & toutes les réponſes de
celui qui eft en Scene avec lui font regardées
comme autant d'interruptions &
d'impertinences.
Le Rôle d'Arlequin confifte en bévûës,
en abfurditez & en balourdifes , à prendre
une chofe pour une autre , à oublier
fes meffages , à broncher , & à donner
de la tête contre tous les poteaux qu'il .
rencontre ; ce qui a neanmoins quelque
chofe de fi comique & de fi plaifant , &
dans la voix & dans les geftes , qu'on ne
fçauroit s'empêcher d'en rire , quoiqu'on
foit prévenu de l'impertinence du
Rôle.
Pantalon eft un Vieillard preſque toûjours
dupé.
Covielle , un rufé , un intriguant.
J'ai vû reprefenter à Bologne une traduction
de la Tragedie du Cid , qui n'auroit
jamais plû , fi ces Bouffons n'y
avoient trouvé place . Tous les quatre
2. vol.
pa
2874 MERCURE DE FRANCE .
paroiffoient à la maniere des perfonnages
de l'ancienne Rome.
C'eft probablement de l'ancien Theatre
Grec & Romain , que les Italiens &
les François ont tiré cette coûtume , de
reprefenter quelques uns de leurs caracteres
en mafque . On voit dans le Terence
de la Bibliotheque du Vatican , à
la tête de chaque Scene , les figures de
tous les Perfonnages , & les déguifémens
particuliers dans lefquels ils jouoient ; &
je me fouviens d'avoir vû dans la Villa
Mattei à Rome , une Statuë antique maſquée
; qui , fans doute , avoit été deffinée
pour le Perfonnage de Gnaton , dans
la Comedie de l'Eunuque du même Auteur
; car elle répond exactement à la
figure qu'il y a dans le Manufcrit du Vatican
.
Puifque je fuis fur ces matieres , je
veux , avant que de fortir de Venife ,
vous parler d'une coûtume qu'on m'a dit
être particuliere à la populace de ce païs ,
qui eft de chanter des Stances du Taffe
fur an ton grave ; & quand quelqu'un
commence un endroit de ce Poëte , c'eft
l'effet d'un grand hazard , fi un autre ne lui
répond ; de forte que quelquefois dans
un même voisinage , vous entendez dix
ou douze perfonnes fe répondre , en prenant
Stance à Stance du Poëme , & al-
2. vol.
ler
DECEMBRE 1724. 2875
•
ler auffi loin que la memoire les peut
mener.
Entre les Spectacles du Jeudi - Saint ,
j'en ai vû un qui eft affez étrange , &
tout particulier aux Venitiens . Il y a une
certaine quantité d'Artifans , qui par
le
moyen des perches qu'ils mettent de travers
fur leurs épaules forment une espece
de piramide ; de forte qu'on voit quatre
ou cinq étages d'hommes montez les uns
fur les autres. Le poids eft fi également
difpenfe , que
chacun fort bien empeut
porter fa part fans être trop chargé , les
étages diminuant à mesure qu'ils s'élevent.
Un petit Garçon ferme la pointe
de la piramide , d'où , après un peu de
temps , il fe jette en bas avec beaucoup
d'adreffe , & tombe entre les bras d'un
homme qui le reçoit ; & de cette maniere
tout l'édifice fe détruit . Les Venitiens
ne font pas les inventeurs de cette
efpece de Château felon ces Vers de
Clandian , de Pr. & Olyb . Conf.
›
Vel qui more avium fe fe jaculantur in auras
;
Corporaque ædificant , celeri crefcentia nexu,
Quorum compofitam puer augmentatus in
artem
Emicat , & vinctus plantæ , vel cruribus hæ
rens ;
2. vol.
Pen2876
MERCURE DE FRANCE.
Pendula librato figit veftigia faltu .
Je croirois qu'au lieu d'artem il devroit
y avoir arcem , fi quelque Manuf
crit de Claudian favorifoit cette leçon .
Le Theatre de S. Jean Chryfoftome
peut paffer pour le plus beau qui foit à
Venife ; il est bien entendu , très - profond
, & d'une grande magnificence . Les
décorations font d'une hauteur & d'une
longueur furprenante , & forment des
points de perfpective admirables . Il y a
4. étages de loges, 35. à chaque rang. Les
Loges ne fe louent pas au premier venu
comme en France. Elles appartiennent à
des Familles ou à des Particuliers , qui
après en avoir payé un certain prix aux
Entrepreneurs de ces Spectacles , s'en
accommodent fouvent avec d'autres , de
qui ils exigent une certaine fomme tous
les ans outre le premier prix de l'achat.
,
Il n'y a que deux femmes , ou trois
tout au plus , qui chantent aux Opera.
A la verité ce font ordinairement des
voix charmantes . Les plus belles voix
en hommes font les Hautes - Contres &
les Hautes - Tailles ; les Baffes - Tailles y
font très - rares. On eft charmé de leur
Symphonie , mais ils n'ont ni Chours ni
Balets & point de Flutes.
2. vol.
leurs
DECEMBRE . 1524. 2877
y
Leurs machines confiftent d'ordinaire
en grandes & fomptueufes décorations.
Dans l'Opera de Crefus , qu'on reprefenta
ici il y a quelques années ; il
avoit des deux côtez du Palais du Roi ,
60. degrez pour y monter , & ces degrez
étoient ornez par tout de Statuës
fur des piedeftaux. Cela faifoit un effet
admirable .
Tout le monde prend des billets en
entrant . Ceux qui ont des Loges payent
le prix ordinaire , & ceux qui n'en ont
point , vont au Parterre , & loiient un
fiege qui leur eftfourni à bon marché.
L'ufage le plus ordinaire eft d'aller en
mafque aux Spectacles , c'eft à lire
avec un habit de ville , ou une robbe de
chambre & un petit mafque. On a de
grands égards pour tous ceux qui font
mafquez.
Quand la nuit approche , il y a un lieu
ouvert pour le jeu . On y va auſſi maſqué
. Les Etrangers n'y peuvent aller que
pendant le Carnaval . On y trouve plus
de vingt tables ou Bureaux differens ,
pour jouer fi gros & fi petit jeu qu'on
veut , & le tout fans prefque dire un
mot. C'eſt quelque chofe de très - difficile
à concevoir que ce grand filence .
Les Religieux les mieux reglez ne font
pas plus paifibles dans leurs Dortoirs ,
2. vol,
qu'on
2878 MERCURE DE FRANCE.
qu'on l'eft dans ces lieux d'Affemblée ;
où le concours eft fouvent très - grand.
Il y a à Venife plufieurs Fêtes d'Etat
dans l'année , pendant lefquelles tout le
peuple fe réjouit extraordinairement.
Chaque Entrée d'Ambaffadeur met toute
la Ville en joie. Ces jours font ceux
que les Nobles appellent d'Indulgence
pleniere , parce qu'ils ont la liberté d'entrer
dans la maison de l'Ambaffadeur
& de s'entretenir avec les Gens de fa
fuite , ce qui ne lui eft permis que dans
ces occafions , excepté les jours de mafque
, & dans les Ridotti , où l'on joue ,
& où il y a quelque Indulgence , quoiqu'elle
ne foit pas pleniere .
i
Quand on élit un Procurateur , il y
a Mafque , Bal , & diftribution de liqueurs
les trois premiers jours après fon
élection & quelque temps après il fait
fon Entrée , qui eft auffi magnifique ,
que fi on recevoit un Prince. La Mercerie
furtout eft richement parée , les
Merciers prenant le foin d'orner leurs
Boutiques de ce qu'ils ont de plus beau
& de plus riche , en forte qu'on croit
être dans une foire.
Venife eft peut- être la Ville du monde
où l'on peut vivre en plus grande
liberté , & à meilleur marché , on n'eft
prefque obligé à aucune dépenfe de bien-
2. vol.
féance
DECEMBRE . 1724. 2879
féance . On ne ſe rend point de viſite
& jamais on ne mene d'Eftafiers ni de
Valets. On va par eau dans toute la
Ville , & les Gondoles ne coutent pas
le quart de ce que coutent les Fiacres à
Paris. On appelle Gondoles des petits
Bateaux très-propres , couverts de ferge
noire , où l'on peut tenir quatre ou cinq
perfonnes fort à fon aife . Il y en a toû
jours de prêtes dont on fe fert autant de
temps que l'on veut. On peut auffi aller
à pied par le moyen de quantité de ruës
fort étroites qui fe joignent l'une à l'autre
par quantité de petits ponts , qui font
fur les Canaux , & qui n'ont point de
parapets pour la plûpart , ce qui eft trèsdangereux
la nuit. Le grand Canal traverfe
toute la Ville en ferpentant ; il
eft bordé par les plus beaux Palais. C'eft
là que fe font toutes les promenades en
Gondoles.
Quoique la Religion Catholique Romaine
y foit la dominante , on y fouffre
encore une Eglife publique des Grecs ,
& une des Armeniens . Les Juifs y font au
nombre de plus de 3000. ils logent dans
un quartier feparé , portent tous un chapeau
rouge , & font fort puillans à Venife.
Tous les Nobles , les Citadins , les
Avocats , les Medecins & les Notaires ,
2 , vol.
2880 MERCURE DE FRANCE.
y font vêtus de la même maniere , &
n'ont jamais perfonne à leur fuite. Les
premiers Magiftrats ont quelque chofe
de different dans leurs habits . Ils portent
de grandes manches , qui vont quafi
jufqu'à terre , & peuvent mener deux
Valets de Chambre avec eux . L'habit
des Nobles eft de drap noir , long comme
nos robbes du Palais , avec des manches
affez étroites , le tout bordé de fourrures.
Ils portent un petit bonnet de laine
noire for fimple.
On appelle Citadins les naturels Venitiens
, qui vivent noblement.
Il n'y a ici que trois Charges à vie
fçavoir le Doge , qui eft le Chef de la
Republique , le Chancelier , qui eft un
Citadin , & qui n'eſt jamais tiré du Corps
des Nobles , & le Procurateur de Saint
Marc , dont la principale fonction eſt
d'avoir foin des grands revenus de cette
Eglife , & de prendre fous fa protection
les veuves , les orphelins & les pauvres .
Je vous parlerai plus au long une autre
fois des Theatres de Venife , fur ce
que vous voulez fçavoir. Je fuis , &c.
2. vol. NOU
r
DECEMBRE
1724. 28811
NOUVELLES DU TEMPS.
LE
TURQUIE
E 17. Octobre le Vicomte d'Andrezel
, Ambaffadeur de France à Conftantinople
, eut audience publique du
Grand Seigneur , avec les ceremonies
accoutumées , & les particularitez que
nous avons détaillées dans le dernier
Mercure. Le 24. le Marquis de Bonac ,
qui avoit le même caractere , eut une audience
particuliere de fa Hautefle.
Le 19. un Exprès dépêché par le Seraskier
Arifée Mehemet Bacha , qui
commandoit l'armée Othomane devant
Erivan , apporta à Conftantinople la nouvelle
de la prife de cette place , après trois
mois de fiege , pendant lequel près de
37000. habitans ont peri , ou par la famine
ou les armes à la main ; les autres
habitans au nombre de 35. mille étant
fortis avec leurs effets , en vertu d'un des
articles de la capitulation .
Le 25. un Officier de l'armée du Seraskier
, dont on vient de parler , apporta
à Sa Hauteffe les clefs d'Erivan , & le
fabre du Sultan Amurath IV. qui étoit
2. vol. refté H
2882 MERCURE DE FRANCE.
refté dans cette Ville depuis environ 90 .
ans , que les Perfans la prirent fur les
Turcs , fous le regne de Sehach - Abas.
Ce jour- là le peuple redoubla fes accla
mations & fes réjouiffances , & le Sultan
fut complimenté dans le Serail par le
Grand Vifir , les autres Vifirs , les Bachas
, le Mufti , les autres Docteurs de la
Loi , & par les Officiers Generaux.
On écrit de Conftantinople que le
Grand Seigneur avoit eu des avis certains
que l'Ufurpateur Miry- Mamouth entretenoit
une correfpondance fecrette avec
les Arabes , & que les Députez qu'il
avoit envoyez à la Porte , & qui en font
partis depuis quelque temps , avoient travaillé
pendant leur féjour à lui faire un
parti confiderable dans cette Ville.
L
RUSSIE,
E 26. du mois paffé le Czar s'étant
rendu dans l'Eglife de la Trinité à
Petersbourg , où il entendit le Service ,
S. M. Czarienne y tint fur les Fonts de
Baptême le fils d'un Prince des Tartares
Calmouques , qui étoit venu en Ruffie
pour le faire Chrétien , & auquel elle
donna le nom de Perre .
M. Moens , l'un des Chamb l'ans
du Czar , qui fut arrêté il y a quelques
jours fur diverfes accufations , ainfi que
2 , vol.
ia
DECEMBRE 1724. 2883
fa foeur , femme du General Balks , &
le fieur Staletow , fon Secretaire , fut
executé le 27. après avoir été convaincu
de plufieurs malverfations : fa four &
le Secretaire qui y avoient eu quelque
part , affifterent à l'execution , furent
fouettez publiquement, & enfuite reconduits
en prifon , d'où le Secretaire ne
fortira que pour être forçat fur les Galeres.
On a publié une Ordonnance qui enjoint
à tous les particuliers qui ont remis
des placets au Chambellan , de venir declarer
quels prefens ils lui ont faits pour
avoir fa protection.
L
POLOGNE.
Es troupes commandées pour foutenir
l'execution de la Sentence prononcée
par le Grand-Chancelier , au fujet
du tumulte de la Ville de Thorn , devoient
y arriver le 6. de ce mois . Le
Miniftre du Roi de Pruffe follicite vivement
pour faire adoucir la rigueur de la
Sentence ; on dit qu'il eft fecondé par le
Miniftre du Czar , & que plufieurs Senateurs
fe font joints à eux pour faire des
remontrances au Roi fur ce fujet . Le
Prince Lubomirski s'eft chargé du commandement
des troupes de la Couronne
qui doivent favorifer l'execution. Les
Commiffaires qui ont été nommez pour
2. vol.
Hi
y
2884 MERCURE DE FRANCE.
?
y affifter , font de la part des Senateurs ,
le Palatin de Culm & les Caftellans de
Brzefc de Cujavie , de Czerft & de
Culm ; & de la part de la Haute Nobleffe
, le Grand- Chambellan de la Couronne
, les Chambellans de Plock & de
Varfovie , les fous- Echanfons de Siradie
& de Cufavie , le fous - Palatin de Culm ,
& le Starofte de Liechanow.
S
Ils fe rendirent tous le fix de ce mois
à Thorn pour y executer leur commiffion
. Le 7. à une heure du matin les troupes
y étoient entrées , & s'étant emparées
des poftes les plus importans , le Prefident
Reufner , Bourguemeftre , fut conduit
à l'Hôtel de Ville vers les cinq heures
, & fut décolé dans la Cour , à la
lumiere des flambeaux . A neuf heures
Ms Mafout , Hormett , Becken , Marty
& Meux , eurent le poing & la tête coupée
dans la Place du Marché. Mrs Karoefe
, Affen & Schultzen y furent auffi
executez , & leurs corps furent brûlez
enfuite hors de la Ville , fous les fourches
patibulaires . Un garçon Boucher fubit
le même fort , après qu'on lui eut fait
fouffrir d'autres fupplices ordonnez par
la Sentence . M. Czernick , Bourguemeftre
, & Vice- Prefident , & le plus ancien
des Syndics , qui font condamnez à être
décapitez , ont obtenu un furcis à leur
2. vol.
execuDECEMBRE
1724. 2885
execution , jufqu'au retour d'un Expres
dépêché à Varsovie , dont on vient de
parler.
Le même jour après- midi les Bernar
dins , accompagnez de quelques Carmes ,
allerent prendre poffeffion de l'Eglife de
Sainte Marie des Lutheriens , en prefence
des Commiffaires , & le 8. ils y chanterent
le Te Deum.
M. Czernick , Bourguemeftre , & Vice-
President de la Ville de Thorn , & M.
Heyder , l'un des principaux Bourgeois
qui avoient été condamnez l'un & l'autre
à la mort , ont obtenu leur grace ; mais
les biens du premier ont été confifquez ,
& tous les deux ont été condamnez à des
amendes confiderables. Les Ecrits des Miniftres
Lutheriens ont été brûlez par les
mains de l'Executeur devant la maifon
de Ville. Les Bernardins ont pris poffelfion
' de l'Eglife de Sainte Marie des Lutheriens
, & ils en ont fait la confecration
avec l'affiftance de tous les Ordres
Religieux de la Ville . L'état des dommages
que la populace avoit cauſez au
College des Jefuites , ayant été réduit à
22000. florins , la moitié leur en a été
payée comptant , & l'autre moitié le ſera
fur le revenu des prairies qui appartiennent
à la Ville , dont le nouveau Confeil
2. vol.
a H iij
2886 MERCURE DE FRANCE.
a été compofé de Magiftrats Catholiques
& Lutheriens.
Les Magiftrats de la Ville de Dantzick,
effrayez par l'execution des principaux
de la Ville de Thorn , & avertis de la
marche de quelques troupes , qui fembloit
leur annoncer une prochaine difgrace
, avoient pris toutes les mefures neceffaires
pour retenir les habitans dans
leur devoir ; & pour fe mettre mieux en
état de défenfe , ils avoient pofté quelques
avant- gardes à une lieuë de la Ville ;
mais les troupes qui fembloient être deftinées
contre eux , ont eu ordre de revenir
, & les remontrances des Miniftres
du Roi de Pruffe , & de quelques autres
Puillances Proteftantes , ont retardé l'execution
des dernieres réfolutions du
Senat.
ALLEMAGNE.
N mande de Vienne qu'il y eut le
O 28. du mois pałé une tempête furieufe
qui caufa beaucoup de dommage à
differens particuliers de la Ville & de
la campagne ; plufieurs Carofles furent
renverfez par la violence du vent , & entre
autres celui de M. Hamel - Bruyninx
Envoyé des Etats Generaux , lequel reçût
par la chûte plufieurs contufions.
Le Prince Eugene de Savoye a reçû
2. vol. les
DECEMBRE 1724. 2887
les Lettres Patentes , par lefquelles l'Empereur
lui a fait don de la terre & Seigncurie
de Kottingen- Eberftorff , qui eft
d'un prix bien plus confiderable qu'on
ne l'avoit dit d'abord. Il a donné à S. M.
1. fa démiſſion de la Charge de Gouverneur
des Pays- Bas , Gouvernement qui eſt
deſtiné à l'aînée des Archiducheffes
foeur de l'Empereur , & dont on croit
qu'elle prendra poffeffion l'Eté prochain
.
9
Le 9. de ce mois le Prince Eugene de
Savoye eut l'honneur de faluer l'Empereur
, & de le remercier de la nouvelle
dignité de Vicaire General de tous les
Domaines que S. M. I. poffede en Italie ,
dont elle l'a revêtu depuis peu , & à laquelle
ele a joint un Brevet de 1 40000.
florins de penfion. Ce Prince en cette
qualité fera Superieur de tous les Vicerois
, Gouverneurs & Commandans de
ces Domaines , & ils ne pourront prendre
poffeffion de leurs Emplois , qu'après
avoir prêté ferment entre fes mains.
Le 12. de ce mois le Confeil de Flandres
s'étant affemblé à Vienne par ordre
de l'Empereur , on y lût la declaration ,
par laquelle S. M. I. a nommé Gouvernante
des Pays- Bas , l'Archiducheſſe Marie-
Elifabeth , fa foeur ; & comme cette
Princeffe ne doit fe rendre à Bruxelles
2. vol.
Hjque
2888 MERCURE DE FRANCE.
que dans 6. ou 7. mois , l'Empereur a
choifi pour gouverner par interim , le
Comte de Daun , Prince de Thiano ,
Confeiller, d'Etat ordinaire , Maréchal de
Camp , Colonel d'un Regiment d'Infanterie
, & Commandant de la Garnifon de
Vienne.
Le Comte de Bonneval , General d'Artillerie
, qui eft actuellement à Lintz , a
obtenu la permiffion d'aller à la Cour
Imperiale pour inftruire le Confeil de
Guerre de toutes les circonftances de fon
differend avec le Marquis de Prié. On
vient d'apprendre que ce Comte qui étoit
arrivé à Muſtorff , Château ſitué à une
lieuë de Vienne , en eſt parti depuis peu ,
avec un détachement de 40. Dragons ,
pour ſe rendre au Château de Spielberg
en Moravie , où il doit demeurer juſqu'à
ce que fon affaire avec le Marquis de
Prié foit jugée par la commiffion particuliere
que l'Empereur a établie , & à
laquelle doit prefider le Comte de Daun,
Gouverneur par interim , & Capitaine
General des Pays-Bas
2. vala
ITADECEMBRE
1724. 2889
LIE
ITALIE.
E 19. du mois paffé le Pape vifita
l'Eglife de la Sainte Trinité des Pelerins
& des Convalefcens , où il lava les
pieds à plufieurs Pelerins .
י
Le 20. Sa Sainteté tint au Quirinal un
Confiftoire fecret , dans lequel le Cardinal
Ottoboni , protecteur des affaires de
France , propofa l'Archevêché de Beſançon
, pour l'Abbé de Monaco ; l'Evêché
Duché- Pairie de Langres , pour l'Abbé
d'Antin ; l'Abbaye de Saint Pierre -fur-
Dive , Ordre de Saint Benoît , Diocéfe
de Seez , pour l'Evêque de Saint Paul-
Trois -Châteaux ; & celle de Cruas , Ordre
de Saint Benoît , Diocéfe de ,Viviers ,
pour l'Abbé de Coriolis . Le même Cardinal
préconifa enfuite l'Abbé Mongin ,
cy- devant Précepteur du Duc de Bourbon
& du Comte de Charolois , pour
l'Evêché de Brazas . Vers la fin du Confiftoire
, le Cardinal de Polignac , chargé
des affaires du Roi Très - Chrétien à la
Cour de Rome , paffa dans l'Ordre des
Cardinaux Prêtres , remit le titre de Sainte
Marie in Portico Campitelli , & opta
celui de Sainte Marie in Via des Religieux
Servites . Enfuite le Pape nomma
Cardinal , M. Vincent Petra , Napolitain ,
Archevêque de Damafco , Secrétaire de
2. Vol. Hy
Ta
2890 MERCURE DE FRANCE.
la Congregation des Evêques & Regu
liers , votant de la fignature de grace ,
Confulteur du Saint Office , & Dataire
de la Penitenceries après quoi Sa Sainteté
donna l'Anneau de Cardinal au
Cardinal Jean- Baptifte Altieri , avec le
titre de S. Matthieu in Merulana , vacant
depuis le 25. Octobre 1717. par la
mort du Cardinal Nicolas Grimaldi , &
au Cardinal Falconieri , celui de Sainte-
Marie della Scala , vacant depuis l'année
1715. par la démiffion du Cardinal
Colonne.
Le Pape à caffé le Teftament de feu
M. Vignoli , l'un des Expeditionnaires
en Cour de Rome , qui avoit laiffé tous
fes biens aux Religieux de la Trinité du
Mont , & desherité fon neveu , en faveur
duquel S. S. a rendu ce jugement.
Le 2. de ce mois le Pape benit la nouvelle
Chapelle interieure des appartemens
du Palais du Vatican , que S. S. dedia à
la naiffance de N. S. J. C. & dans laquelle
elle renferma les Reliques de
Saint Benoît & de S. Urbain , Martyrs.
Le Pape a levé depuis peu l'excommunication
prononcée il y a quelques années
, contre tous ceux qui prenoient du
Tabac dans l'Eglife de S. Pierre.
On a publié à Rome un Decret qui
defend aux Juifs de porter la doublure
2. vol.
souge
DECEMBRE 1724. 289r
rouge pour fignal à leur chapeau , leur
ordonnant de reprendre la couleur jaune ,
& le 14. de ce mois le Cardinal Pauluc-.
ci , Vicaire de S. S. & Secretaire d'Etat
fit publier une Ordonnance , par laquelle
il leur eft défendu de paroître dans les
rues de Rome pendant l'année Sainte
fans la marque qui les diftingue des
Chrétiens .
Les quatre jeunes Chinois de la Baye
Ripa , amenez à Naples pour voir les
beautez de cette Ville , doivent retourner
à Rome pour y prendre l'habit de Religion
dans le Noviciat des Jefuites.
On apprend de Rome que le 20. de ce
mois le Pape avoit tenu un Confiftoire ,
dans lequel il avoit nommé Cardinaux
M. Profper Marefofchi , Archevêque de
Cefarée , & Auditeur de Sa Sainteté , &
le Pere Auguftin Pipia , General de l'Ordre
de S. Dominique.
Le 8. de ce mois le Cardinal de Polignac
, chargé des affaires de France à
Rome , alla en grand cortege prendre
poffeffion de fon nouveau Titre de Sainte
Marie in Via , où il fut reçû avec les ceremonies
accoutumées par les Religieux
Servites qui deffervent cette Eglife.
a
Le 13. Fête de Sainte Luce le même
Cardinal fe rendit en grand cortege
l'Eglife Patriarchale de S. Jean de Latran,
2. vol.
H vj où
2892 MERCURE DE FRANCE :
où il affifta à la Meffe qui y fut chantée
à plufieurs Choeurs de Mufique ,
action de graces de la converſion du Roi
Henri le Grand , d'heureuſe memoire , à
la foi Catholique . Après cette ceremonie
le Cardinal de Folignac traita magnifi .
quement les Cardinaux , Prélats & Seigneurs
affectionnez à la Couronne de
France , qui y avoient affifté.
On a appris de Milan que S. M. Imperiale
avoit affigné au Prince Eugene de
Savoye , qu'elle a nommé Vicaire General
des Etats qu'elle poffede en Italie ,
150000. florins d'appointemens , dont
35000. feront payez fur les revenus du
Duché de Milan , & le furplus fur ceux
des Royaumes de Naples & de Sicile...
PORTUGA L.
-12
E 9. du mois paffé le Marquis de
Capichelatto , Amballadeur extraordinaire
de S. M. Catholique à Liſbonne ,
eut une audience publique du Roi , dans
laquelle il lui fit part de la mort du Roi
d'Eſpagne Don Louis ; après quoi il lui
prefenta les nouvelles Lettres de Creance
du Roi d'Efpagne Don Philippe qui eft
remonté fur le Trône. Le même jour
S. M. P. fe retira dans fon appartement ,.
& elle a été quatre jours fans paroître ei
public , à loccafion de la mort de ce Prin-
се
2. vola
DECEMBRE 1724.
2893
ce , pour laquelle elle portera le deuil
pendant un mois .
Le 19. Novembre dernier , l'air étant
chargé de nuages dès le matin , il s'éleva
à Lifbonne, à une heure après- midi , un
vent de Sud-Eft , accompagné d'une petite
pluye qui dura jufqu'à trois heures . Vers
les trois heures & demie , ce vent , fans
changer de direction , augmenta avec
tant de violence , que les dommages qu'il
a caufez , & dont on n'a jamais eu d'exemples
, ferviront d'époque à l'Hiftoire
de ce pays. Des murailles très - épaiffes
tomberent , des édifices entiers furent renverfez
; les vitres de prefque toutes les
Eglifes & des Palais furent brifées ; les
plans d'Oliviers furent déracinez en plufieurs
endroits ; les Orangers & les Ci
troniers d'un grand nombre de maiſons
de campagne furent arrachez ; les ftatuës
du jardin du Comte d'Aveiras furent
ébranlées , & la plupart tomberent. La
grande Croix de marbre rouge qui étoit
fur la montagne de Sainte Catherine , &
qui avoit réfifté depuis un très grand nom
bre d'années aux plus violentes tempêtes
fut renversée , & le pivot de fer qui
la retenoit fur fa baſe fut arraché ; les autres
Croix des Places publiques , celle de
la Tour du Monaftere de la Trinité , &
Les Girouettes de la plupart des Clochers:
2. vola
de
2894 MERCURE DE FRANCE .
de cette Ville furent abbatuës ; une grille
de fer de cette Tour , & une petite cloche
qui étoit fufpenduë au haut de l'Eglife
, tomberent fur la Bibliotheque , &
en rompirent le comble ; un corps de
logis du Noviciat , dit de la Grace , tomba
; le Monaftere des Religieux de Rofa
fut ébranlé , & celui de S. Chriftophe
très-endommagé. On ne peut rendre un
compte plus exact des ravages que cet
ouragan a fait fur terre dans tous les endroits
qui y ont été expofez , parce qu'on
n'a pas encore reçû de nouvelles des
Villes , Bourgs & Villages qui font fituez
fous la colonne qu'il a parcouruë ;
mais tous les dommages dont on pourra
avoir le détail , ne feront jamais fi confiderables
, que ceux qu'il a caufez aux
vaiffeaux qui étoient dans la riviere , &
aux maifons qui en font voifines. Des
Navires amarrez dans le Port fur trois
& quatre ancres , les ont perduës ; & la
force de leurs cables n'ayant pû les retenir
, ils ont été portez par la violence du
vent fur d'autres Vaiffeaux , contre lefquels
ils fe font brifez ; la plûpart ont
coulé à fond , d'autres ont été jettez fur
le rivage , où les vagues achevoient de
les mettre en pieces. Elles frappoient contre
le Quay avec tant d'impetuofité ,
qu'elles portoica: des pierres de celui de
2. vol.
SanDECEMBRE
1724. 1894
Santarem , jufqu'à la maiſon du Comte
de Coculin. Le Quay de Pedra a été cntierement
ruiné , le Font de la Douane a
été renverfé , le rivage qui eft entre la
Fonderie Royale & la Tour de Bellem
& qui a près de deux lieuës de long , eft
couvert de débris de Navire & des Marchandifes
que les vagues y ont jettées.
Les Vaiffeaux du Roi auroient eu le fort
de beaucoup d'autres , fi on n'y avoit pas
porté un prompt fecours , & fi l'on n'avoit
pas coupé toutes les mâtures des plus
expofez , pour les empêcher d'être tenverfez
, 62. Navires , Flutes , ou, Dogres
de differentes Nations , cnt été brifez fur
la côte pendant la tempête ; & de ce
nombre il y en a cinq de Liftonne qui
étoient chargez & prêts à partir pour le
Brefl , aufquels il ne refte plus que la
Quille . On en compte 120. autres de diverfe
grandeur qui ont échoué ; mais on
ne fçait pas encore le nombre des Barques
, Chaloupes & Batteaux qui ont
peri , non plus que celui des Matelots ,
& autres perfonnes qui ont été noyez ,
& dont on n'a retrouvé jufqu'à prefent
que 160. corps . Le Roi pour empêcher
que l'avidité du gain ne portât quelques
particuliers à s'emparer des Marchandifes
qui ont été jettées fur le rivage , a
fait pofer des Corps de Garde & des Sen-
2. vel.
tinelles
2895 MERCURE DE FRANCE.
tinelles des deux côtez de la riviere , &
perfonne n'en peut approcher fans fa permiffion
.
;
Une ferme fituée à Bemfica , appartenante
au Marquis de Fronteira a été
prefque abattue la plupart des arbres de
l'ancienne avenue de l'Eglife de S. Dominique
ont été arrachez malgré leur
groffeur , plufieurs bâtimens d'une Ferme
qui appartient au Comte d'Ericeira
près de Portello , & une Chapelle voifine
, qui eft la premiere qu'on ait bâtie
dans ce Royaume à l'honneur de S. Jofeph
, ont été renverfez ; 27. perſonnes
qui étoient dans diverfes Barques , près
d'Alverca ont été fubmergées à Santarem
la tempête ne dura que trois heures
& demie ; mais pendant ce temps tous
les petits Bateaux qui étoient dans la riviere
furent emportez par la violence du
vent & des vagues ; & la plupart furent
jettez fur le rivage ; toutes les Croix de
la Ville , & quelques flèches de Clochers
furent rompues ; prefque tous les Oliviers
des environs , ceux du Monaſtere
de Sainte Claire , de la Ferme des Religieux
de la Trinité , de celle du Marquis
de Fronteira & de celle de quelques
particuliers furent déracinez .
A Obidos le vent commença à deux
heures après-midi , & dura juſqu'à onze
2r vola
heuDECEMBRE
1724 2897
heures du foir : la plus grande partie des
couvertures des maifons fut emportée ;
les Vergers d'Oliviers & de Pomiers du
Bourg de Nazareth furent détruits ; le
Monaftere des Religieufes Hofpitalieres
de Nôtre- Dame fut prefque totalement
renverfé ; trois Barques de tranfport nouvellement
chargées devant cette Ville
perirent avec toutes leurs Marchandifes ;
& ce qui s'eft fauvé de leurs équipages
eft réduit à la derniere mifere , & demande
l'aumône ; un Olivier bas de tige ,
& dont le tronc avoit plus de deux braffes
de circonference fut emporté avec fes
racines à prés de cent pas.
A Figueiro-dos- Vinhos , le dommage
qué les habitans ont fouffert par la perte
de leurs Oliviers eft eftimé à 15000 .
cruzades ; les plans de Thomar , dont le
produit annuel montoit à près de soooo .
cruzades , ont été entierement détruits en
moins de quatre heures ; les Villes de
Pias , d'Atalaya & de . Torres- la- neuve
font prefque ruinées par la même raifon ;
celle de Coimbre n'a pas eu plus de 150 .
pieds d'arbres qui ayent réfifté à la violence
du vent ; les trois quarts des maifons
de la Ville font découvertes ; la
grande Ferme de Calharis qui appartient
à Don François de Soufa , Capitaine de
2. vol.
la
2898 MERCURE DE FRANCE.
la Garde Royale Allemande , & qui eft
fituée de l'autre côté du Tage , lui coûttera
des fomines confiderables à rétablir ;
toutes les Caravelles qui étoient à Setubal
du côté des Fontaines , ont été jettées
& brifées contre la côte ; un Pin remarquable
par fa groffeur , qui étoit fur le
chemin de Lifbonne a été abattu ; ſept
Navires Marchands qui étoient à l'ancre
près de l'Ile de S. Michel , fe font ou
verts contre des Rochers.
Quelques perfonnes ont raporté que
pendant la tempête il s'étoit élevé de
frequens tourbillons de fable du fond de
la riviere , & que la terre avoit tremblé,
mais on ne peut rien dire d'afluré fur ce
prétendu Phenoméne , qui n'a pû être
examiné avec tranquillité pendant un
effroi fi general ; & d'ailleurs la violence
du vent , & l'agitation extraordinaire
des vagues , peuvent être les feules caufes
des effets particuliers qui ont fait naître
cette opinion.
Des quinze Bâtimens Portugais qui
étoient chargez & prêts à partir pour
la Baye de tous les Saints , il s'en eft
perdu huit pendant la tempête des fix
Vaiffeaux deftinez pour le Rio de Janei-
, la Notre-Dame du Mont- Carmel ,
& le Saint Elie perirent dans le caral
Royal , & la Notre - Dame de bon Voyage
2. vol .
DECEMBRE 1724 .
2899
à l'embouchure du Tage . Des 5. qui étoient
chargez pour Fernambuque , la Nôtre-
Dame de Conception de Rua - Nova , s'ouvrit
contre le Quay de Santareme ; la
Notre- Dame de Lampadola échoüa fur
les bas -fonds de la riviere du Poiflon ;
la Notre - Dame de Mont- Carmel & la
Sainte Therefe coulerent bas dans le canal
Royal ; & la Nôtre - Dame de Paraïfo
donna contre les Rochers de Santos . La
Notre-Dame de Pilar , le S. Antoine &
Almas , la Notre- Dame de Diligence perirent
contre la côte de Bona - Viſta , & à
Carpo Santo ; le premier de ces Bâtimens
devoit partir pour Angola , le fecond
pour la côte des Mines , & l'autre pour
Porto.
L
ESPAGNE.
E 26. du mois dernier , on celebra
par ordre du Roi , dans l'Eglife du
College Imperial à Madrid , un Service
folemnel pour le repos de l'ame des Officiers
& des Soldats morts au fervice de
Sa Majefté. Le Marquis de Lede y af
affifta
avec les Grands du Royaume qu'il y avot
invitez , & le Pere Manuel Moreno ,
Jefuite , y prêcha.
Le Roi a nommé le Duc de Gaudia &
le Marquis de Los Balbafes , Gentilhommes
de fa Chambre , pour être Gentil-
2. vol.
hom2
900 MERCURE DE FRANCE .
hommes de la Chambre du Prince des
Afturies ; S. M. a choifi pour être Majordomes
de ce Prince , les Comtes de
Sanfatelli & d'Arenales qui avoient de
femblables Emplois chez le Roi .
On a eu avis de Carthagene que les
Religieux de l'Ordre de la Merci , qui -
étoient allez à Alger , avec les aumônes
de ce Royaume , en étoient revenus le
17. du mois dernier , avec 265. efclaves
rachetez , dans le nombre defquels il y
avoit 8. femmes & 12. enfans qui n'avoient
que douze ans chacun ou environ .
M. Bragadin , Ambaffadeur de la République
de Venife en cette Cour en eft
parti le 19. de l'autre mois pour retourner
à Venife , après avoir reçu le prefent
ordinaire , qui eft le Portrait du Roi , enrichi
de diamans de la valeur de 800 .
piftolles. S. M. C. l'a élevé avant fon
départ à la dignité de Chevalier.
ANGLETERRE .
E 14. de ce mois , le Roi accompa-
Lgné du Prince de Galles , & de quelques-
uns des principaux Seigneurs de ſa
Cour , alla au Bal public du Theatre du
Marché au Foin à Londres .
Le même jour la Dame Smith fut nommée
Gouvernante du jeune Prince Guill.
Le 17. la Chambre des Communes
2. vol.
approuva
DECEMBRE 1724. 2901
approuva le Bill , qui ordonne la continuation
de l'impofition fur le revenu des
terres , & fur les rentes , penfions , &
autres revenus annuels dont jouiffent les
habitans de la Grande Bretagne , afin de
fournir le fubfide accordé au Roi pour les
dépenfes ordinaires qui doivent être
payées par la nation , & dont l'état qui a
été prefenté à la Chambre monte à
371376. liv. 6. f. 7. d . fterlings .
Le Vaiffeau la Marie , commandé par
le Capitaine Nicolas Burdon , qui venoit
des Illes Canaries , s'eft brifé contre un
Rocher près de Lands- ead , & tout l'équipage
a été noyé , à la réferve d'un
paflager Efpagnol .
>
Le 18. le Roi alla au Theatre de l'Opera
, pour y voir une machine très -curieufe
, nouvellement arrivée d'Hambourg
; c'eft la reprefentation en bois du
Temple de Salomon. On dit que l'ingenieux
Auteur de cet ouvrage , où il n'y
a ni clou ni cheville de fer , y a travaillé
affidûment pendant 30. ans .
Le 27. de ce mois le Roi s'étant rendu
à la Chambre des Pairs avec les ceremonies
accoutumées , S. M. donna ſon confentement
Royal au Bill , qui ordonne la
levée de la taxe fur les terres pour le befoin
de l'Etat pendant le cours de l'année
1725 ,
2. vol.
Les
2902 MERCURE DE FRANCE
Les Lettres de Philadelphie du 22 .
Octobre dernier portent qu'on y avoit
reçû avis de la Jamaïque , qu'il y étoit
arrivé depuis peu deux Anglois qui ont
été pendant quinze ans en efclavage chez
les Sauvages du Nord du Canada , & que
s'étant fauvez avec quelques autres de
leurs camarades , ils avoient traversé toute
l'Amerique Septentrionale , jufqu'à la
Californie , où ils avoient conftruit une
Barque avec laquelle ils s'étoient rendus
à Panama , en fuivant les côtes de la Mer
du Sud ; qu'ils avoient traversé l'Ifthme ,
& étoient arrivez par la riviere de Chagre
à la Mer du Nord , où ils avoient
trouvé un Bâtiment qui les avoient tranf
portez à la Jamaïque . Ces Lettres ajoûtent
qu'un de ces deux Anglois a fait un
Journal très exact de fon voyage , &
qu'il fe difpofe à le donner au public fitôt
qu'il fera de retour en Angleterre.
HOLLANDE ET PAIS BAS.
L
E Chapitre de Liege s'étant affemblé
le 7. de ce mois pour proceder à
l'élection d'un Grand Prevôt , à la place
du feu Comte de Poitiers ; cette Dignité
fut donnée après beaucoup de conteftations
à l'Abbé de Waloufe , Official du
Chapitre.
>
Le 2 2. de ce mois les Doyens de Bru-
2. vol.
xelles
DECEMBRE 1724. 2903
xelles donnerent leur confentement à la
levée de l'impofition d'un dixiéme fur
toutes les Villes de la Province , & de
trois vingtiémes fur le plat Païs ; mais ils
refuſerent d'approuver le projet propo
fé pour mettre un nouvel impôt fur le
Thé , le Café & le Chocolat,
Les Etats Generaux ont choisi le Vice-
Amiral de Sommelsdick , pour cominander
l'Eſcadre des fix Vaiffeaux de
guerre , qu'ils ont refolu d'envoyer encore
cette année dans la Mediterranée .
*******************
NAISSANCES , MORTS
Mariages des Pays Etrangers.
E 11. de ce mois la Princeffe de
L
Saltzbac Saltzbac , née Princefle d'Auvergne
, Marquife & heritiere de Berg- opzoom
, accoucha d'un Prince au Château
de Drogenbofc , à deux lieues de Bruxelles
.
La Princeffe , dont la Princeffe Electorale
de Saxe accoucha le 24. de l'autre
mois paffé , fut baptifée à Drefde le 25 .
& tenue fur les Fonts par divers Seigneurs
& Dames , fondez de procuration
de l'Imperatrice Amelie , du Roi , de la
Reine de Pologne , & de la Princeffe
2. vol.
Electo·
2904 MERCURE DE FRANCE .
2
*
4
Electorale de Baviere , & nommée Marie-
Amelie- Chriftine - Francoife- Xavier-
Flore-Walpurge.
Le 27. du mois dernier la Princeffe
Altieri accoucha à Rome
d'un
enfant mâle
, qui fut baptifé le 29. par le Pape ,
qui le nomma Vincent, Marie - François-
Jofeph- Balthazar
Le 18 , de ce mois la Princeffe de
Galles accoucha à Londres d'une Princeffe
, vers les 4 heures après midi . Cette
nouvelle fup annoncée au peuple par
une décharge des canons du Parc de S. James
& de la Tour.
Lee Comte Affriquain de Warods , Baron
de Mervaux , General Major , ci - devant
Gouverneur des Villes de Venlo &
de Charleroi , & en dernier lieu Commandant
à Louvain , mourut le 16. de
ce mois , âgé de 106. ans ou environ . Il
avoit été Page de l'Infante Ifabelle , qui
mourut en 1630. & il étoit Capitaine de
Cavalerie au Siege de Rocroi en 1643 .
La Princeffe Anne- Loüife - Françoiſe
dé Naffau Siegen , veuve depuis le 4.
Septembre 1709. du feu Comte de Souza-
y-Pacheco , Ambaffadeur- Plenipotentiaire
du Roi de Portugal auprès de la
Republique d'Hollande , mourut à Bruxelles
le 27. de ce mois.
Le 20. de ce mois la Princeffe Loüife,
2. vol.
dont
DECEMBRE 1724. 2905
dont la Princelle époufe du Prince Royal
de Dannemarc , accoucha le 19. du mois
de Juin dernier , mourut à Coppenhague,
& le 21. fon corps fut tranfporté
Roſchild , où eft la fepulture de la Maifon
Royale.
Le 5. de ce mois le Czar déclara à Pes
terfbourg , & fit part aux Seigneurs de
fa Cour , de la conclufion du Mariage
de la Princeffe fa fille aînée avec le Duc
d'Holftein ; & les articles du Contrat
ayant été fignez , on annonça cette nouvelle
au peuple par plufieurs falves d'artillerie.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 17. de ce mois , troifiéme Diman-
Lhche de l'Avent , le Roi entendit dans
la Chapelle du Château de Verſailles , la
Meffe chantée par la Mufiqe , & l'aprèsmidi
S. M. affifta à la Prédication du Pere
Surian , Prêtre de l'Oratoire.
Le même jour , l'Infante Reine fe confeffa
pour la premiere fois au Pere de
Lignieres , Confeffeur du Roi ; & le lendemain
cette Princeffe fe rendit à PE-
2. vol.
I glife
1906 MERCURE DE FRANCE.
glife de la Paroiffe de Verfailles , où elle
entendit la Meffer
1.
E
Le 20. l'Archevêque d'Ambrun , qui
eft revenu de Rome , où il a été chargé
des affaires du Roi , eut l'honneur de fa
luer S. M. à laquelle il fut preſenté par
le Duc de Bourbon. 65309 2
Le 23. J Roi
fe rendit
à l'Eglife
de
la Paroiffe
de Verfailles
, & enfuite
là
celle
des
Recolets
, pour
fes Stations
du
Jubilé
,
7
Le même jour S. M. donna à dîner
au Cardinal de Rohan , Grand- Aumônier
de France , & à l'ancien Evêque
de Fréjus , ci - devant Précepteur du Roi,
qui eurent l'honneur de manger à fa
table. Chub
Le 24. quatriéme Dimanche de l'Avent
, & veille de la Fête de Noël , le
Roi entendit la Melle dans la Chapelle
du Château & y communia ( par les
mains du Cardinal de Rohan , Grand-
Aumônier de France. Après l'Evangile
, l'Archevêque d'Embrun prêta ferment
de fidelité entre les mains de Sa
Majefté , qui au retour de la Meffe toucha
plufieurs Malades . L'après -midi le
Roy affifta aux premieres Vêpres chantées
par la Mufique , aufquelles l'Archevêque
d'Embrun officia.
Le 25. jour de la Fête de Noël , le
2. vel,
Roi
DECEMBRE 1724 2907
Roi , qui avoit entendu trois Meffes pendant
la nuit , affifta dans la Chapelle du
Château à la grande Meffe celebrée pontificalement
par l'Archevêque d'Embrun ,
& chantée par la Mufique, L'aprés - midi
S. M. affifta à la Prédication du Pere
Surian , & entendit enfuite les Vêpres ,
aufquelles le même Prélat officia.
Le 27. l'Abbé d'Antin , Evêque , Duc
de Langres , Pair de France , fut facré à
Paris dans l'Eglife du Monaftere des Religieufes
de l'Affomption , par le Cardimal
de Rohan , affifté des Evêques de
Châlons & du Mans.
>
La Compagnie des Indes , qui a le privilege
exclufif de la vente du Caftor &
du Caffé , donne avis , qu'elle a diminué
le prix du Caftor , & qu'elle le fera
vendre dans fes magazins à Paris
aux fabricans Chapeliers , à commencer
du 15. Decembre 1724, au même prix
qu'il fe vendoit en 1716 , fçavoir , le
Caftor fec en peau , à raifon de 3. livres
10. fols la livre , & le Caftor gras auffi
en peau fur le pied de 5. liv. 10. fols
la livre , en payant comptant , & elle
leur accorde trois pour cent de rabais
avec 7. livres par ballot de 120. livres
pour tare & trait . Par déliberation de
I'Affemblée d'adminiſtration de la Compagnie
du 13. de ce mois , il a été ar- 2. vol.
I ij
rêté
2908 MERCURE DE FRANCE.
rêté , qu'à commencer du is.dudit mois
la livre de Caffé , qui les vendoit
liv. dans fes Bureaux , n'y fera plus vendu
que 3. liv. 12, fols. 115 11104 2915
Le 31. de ce mois le Roi entendit dans
la Chapelle du Château de Verfailles ,
la Melle chantée par la Mufique , pendant
laquelle l'Evêque Duc de Langres
prêta ferment entre les mains de Sa Majefté
.
On mande de Picardie , qu'un petit
Vaiffeau venant de la Jamaïque , chargé
de marchandiſes eftimées 200009 .
écus , fur lequel il ne s'eft trouvé perfonne
, eft venu échouer entre Calais &
Graveline .
Les Etats de Bretagne , affemblez à
Saint Brieuc depuis le 5. Novembre ,
fe feparerent le 18. du mois dernier à
fix heures du foir avec les Ceremonies
accoûtumées ; ils ont accordé au Roi un
don gratuit de 2000000. pour les années
1725. & 1 726. On a ordonné une
levée de 856000. livres de feuages extraordinaires
pour les mêmes années , &
on a abandonné pour 700000. liyres les
droits des Courtiers Gourme's Jaugeurs
, Infpecteurs aux boiffons & aux
boucheries , afin d'éviter par là le réta
bliffement de ces Offices . On a auffi accordé
36300, livres d'augmentation de 2. vol.
los
gages
DECEMBRE 1724. 2909
gages Mes du Parlement , par rapportlabda
vrétihion des Semeftres . On a
fait un fonds de la fomme de 300000. livres
, pour être employé au rétabliffement
de la Ville de Rennes , & de pareille
fomme pour les reparations des
grands chemins plus d'une fomme de
200000l livres pour le remboursement des
Offices de Greffiers des Experts , Arpenteurs,
Jurez - Crieurs , Vendeurs de Meubles
, autres menus Offices de cette
"nature plus , d'une fomme de 100000.
•livres pour le remboursement de quelques
-Contrats fur les Etats! logo 1
38 A l'égard des gratifications , on en a
fait une de 30000. livres à M. le Maréchal
d'Alegre Commandant
pour le Roi
en Bretagne , & premier Commiffaire
de S! M.aufdits Etats ; une de 15000.
fivre Madame la Maréchale ; une de
A
900. livres à la Comteffé de Rupelmonde
, fille de ce Maréchals une de
10000 livres au Comte de la Riviere ,
Gouverneur de Saint Brieuc une de
8000. livres au Marquis de Caraman ;
une de 6000. livres au Comte de Coetlogon
, premier Procureur General , Syndic
des Etats , & qui en a ſuivi les affaires
en Province pendant les deux dernières
années ; une de 12000. livres au
Preſident de Bedée , fecond Procureur.
2. vol.
I iij
Ge2910
MERCURE DE FRANCE.
·
General Syndic des Etats , & qui en a fuivi
les affaires
en Cour pendant les deux dernieres
années ; une de 6000. livres à
M. Pignet de Meleffe , Grand Prevôt
de Bretagne ; une de 4000. livres à M.
de Nogent , Commandant des Gardes de
la Marine à Breft ; & une de 2400. livres
à Mlle de Rieux , fans. compter plufieurs
autres gratifications de moindre
confequence .
Les Députez que l'Affemblée a nommez
pour porter les Cahiers au Roi ,
font pour le Clergé , l'Evêque de Saint
Brieuc pour la Nobleffe , le Duc de
Bethune , en qualité de Baron d'Ancenis
; & pour le Tiers - Etat , M. de la
Piglais , Senechal & premier Juge de
la Senechauffée Royale de Saint Brieuc ,
& Gentilhomme de la Province. Les
Députez nommez pour la Chambre des
Comtes de Nantes , afin d'examiner les
Comptes de M. de la Beiffiere , Treforier
General des Etats de Bretagne , font ,
pour le Clergé , l'Abbé de Varennes , Abbé
de Landeveneq ; pour la Nobleffe , le
Marquis de Trecellon Maréchal de
Camp & pour le Tiers- Etat , M. de
Bois-billy , Provolt , Lieutenant General
de l'Amirauté de Mor
2
, & Gentilhomme
de la Province
.
SE S110,9121
jes .
2. vol. BEDECEMBRE
1724- 2.911
KKKKKKKKK
BENEFICES DONNEZ.
E Roi a donné l'Abbaye de Solignac,
Lordre de S. Benoift , Diocéle de
Limoges , vacante par le décès de l'Abbé
Bitault , au fieur Pierre- Adrien de
Mouchy , Prêtre du Diocéfe de Paris ,
& Clerc de la Chapelle de Sa Majefté .
Le Prieuré de Bleron , au Diocéfe de
Bourges , vacant par le décès du feur
Riqueur , au fieur Jean Beffe , Prêtre du
Diocèle de Perigueux , frere de M. Beſſe,
Medecin de la Cour.
Le Prieuré de S. Nicolas près Châteaugyron
, au Diocéfe de Rennes , vacant
par le décès du fieur de Leronnet , au
fieur François Blays , Prêtre , Docteur
de la Paroiffe de Saint Hellier de Rennes.
"
L'Abbaye de Chemmon , Ordre de Citeaux
, Diocéfe de Châlons fur Marne
vacant par le décès du Comte de Poitiers
, Grand - Prevôt de l'Eglife de Liege
, en faveur de M. Maximilien- Je-.
rôme Comte de Poitiers , Chanoine &
Grand- Treforier de la même Eglife.
L'Abbaye de Notre- Dame de Clairefontaine
, Ordre de S. Auguftin , Diocé-
2. vol.
1 iiij . fe
1911 MERCURE DE FRANCE.
fe de Chartres , vacante par le deces de
l'Abbé 250 51
de la à M. le Gendre ,
la Roche 1992
Prêtre , Chanoines &24S8o1us7-9C4ha0n0t2r9e6de
l'Eglife de Notre-Dame de Paris ved
XXXXXX
MRC
Parisuva
fuoM ob quod LⱭ
MORTS. ellivnix
C
said
2006 295
R Claude - Arnoult Poncher , Maître
des Requêtes Honoraire eft
T
-
XI
.2016
38
decedé le Decembre en fa Terre de
Soindre près Mante ; après avoir rempli
dignement fa Charge pendant près
de trente ans. Il s'en étoit démis en faveur
de M. Claude François Poncher
fon fils unique , qui Texerce anjourfami11qui
d'hui. Cette famille eft une des plus anciennes
& des plus illuftres de la Robbe ,
ayant produit de grands Hommes, qui depuis
plufieurs fiècles , & fous une longue
fuite de Rois , ont fervi fidelement l'Eglife
& l'Etat , entr'autres le fameux
Etienne Poncher , recommandable par
fon rare merite & fa prudence , comme
dit Mezeray . Il vivoit dans le 15 .
fiecle , fut élû Évêque de Paris en 1503 .
Garde des Sceaux en 1512. Ambaffadeur
en Espagne en 1517. & enfuite en
Angleterre ; Chancelier de Milan & de
l'Ordre de S. Michel. Il mourut Arche-
}
2. vol.
vêque
DECEMBRE 1724.
293
>
vêque de Sens le 24. Fevrier 1524. On
voit dans cette Famille des Chambellans
des Gouverneurs de Province , plufieurs
Evêques de Paris , & de Bayonne, des Archevêques
de Tours & de Sens , des
Maîtres des Requêtes ; celui qui reſte
étant le cinquième.
>
Dame Charlotte du Mouftier de Merinville
veuve d'Antoine Oudart Dubiez
, Marquis de Savigny , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , mourut
à Paris le 11. de ce mois âgée de
ans.
By
49-
Dame Armande du Cambout , épeufe
de M. Gafpar , Comte de Merinville
, Baron de Rieux , Brigadier des Armées
du Roi , Gouverneur de la Ville
& du Diocéfe de Narbonne , mourut , le
28. âgée de 58. ans.
M. Gafpar de Merinville fon époux ,
mourut le lendemain 29. âgé de 76. ans .
Dame Françoife Gilberte de Veyni
d'Arbouze de Villemont Prieure du
Frieuré perpetuel de la Madelaine lez-
Trefnel Fauxbourg S. Antoine , y eft
morte le 26. de ce mois , dans la 59. annee
de fon age.
de M.
<
Marie - Olimpe Dubiez , époufedore
- Marie Lotin de Charni ,
el mot à Paris le zace de 22 ans .
mais 28
A
MG & TRIX
2.00 .
11 Led
1914 MERCURE DE FRANCE.
#
PRIX
L
DELOQUENCE
& de Poefie , pour l'année 172.5-
$700 Supie 90 2017
Académie Françoife fait fçavoir au Public
que le vingt - cinquième jour d'Aouft prochain
, Fêtel de Saint Louis elle donnera le
Prix d'Eloquence , fondé par M. de Balzac , de
l'Académie Françoiſe. Le fujet feras qu'il n'y
a point, de veritable fageffe , fans las Religion ;
parce que la fageffe vient de Dieu. Contre ces
Philofophes qui croyent étre en droit de fe faire
chacun àfon gré des regles de fageffe & de morales
fuivant des paroles du chapitre feptieme
de d'Ecclefiafte , verfet vingt- quatrième. Cuneta
tentavi in fapientia. Dixi : fapiens efficiar, &
ipfa longius receffit à me. Il faudra que le Dif
cours ne foit que de demi-heure de lecture
tout au plus & qu'il finifferpar une courte
Priere à Jefus Chrift Apatinsk .
On ne recevra aucun Difcours fans une
Approbation fignée de deux Docteurs de la
Faculté de Theologie de Paris , & y réfidant
act ellement
meme jour elle donnera le Prix de Poëfie
fondé par M de Clermont de Tonnerre
Evêque & Comte de Noyon , Pair de France ,
& l'un des Quararte de l'Académie : le fujer
fera , le progrès de l'Atronon ie fous le regne &
par la protection de LOUIS LE GRAND. Il fera
permis d'y joindre tel autre fujet de loüange
que chacun voudra , fur quelques actions par
ticulieres du feu Roi , ou fur toutes ensemble,
pourvû qu'on n'excede point cent Vers . Et on
y
DECEMBRE 1724 2915
y ajoûtera une courte Priere à Dieu pour le
Roi , feparée du corps de l'ouvrage , & de
telle meture de Vers qu'on voud a
Toutes perfonnes feront reçûës à compofer
pour ces deux Prix , excepté les Quarante de
l'Académie qui doivent en etre les Juges.
Les Auteurs ne mettront point leur nom à
leurs Ouvrages , mais une marque ou paraphe,
silavea un paffage de l'Ecriture Sainte , pour les
Difcours de Profe ; & telle autre Sentence qu'il
el leur plaira , pour les Pieces de Poëfie.
Ο
sh Ceux qui prétendront aux Prix , font advertis
que les Pieces des Auteurs qui fe feront
N fait connoître , foit par eux mêmes , foit par
leurs amis feront rejettées & ne concoursont
point ; & que tous Meffieurs les Académiciens
ont promis de fe recufer eux - mêmes
sm & de ne pas donner leurs fuffrages pour les
* Pieces , dont les Auteurs leur feront connus.
Les Auteurs feront auffi obligez de remet
f tre leurs Ouvrages dans le dernier jour du
9 mois de Juin prochain , entre les mains de M.
911 Coignard le fils , Imprimeur ordinaire du Roi,
& de l'Académie Françoife , rue Saint Jacsu
quest, & d'en affranchir le port , autrement
ils ne feront retirez. i
kkkkk: aikakakakakakaitik
ARRESTS , & c.
A
RREST du 5. Decembre , qui ordonne
que le fol pour livre de remife , accordé
par celui du 3. Octobre dernier , aux Collecteurs
, Receveurs des Tailles , & Receveurs Generaux
des Finances , fur l'impofition à faire
2. vol.
I vj de
2916 MERCURE DE FRANCE .
•
de trois Deniers pour livre de la Taille , refer
vez aux Hôpitaux , fera impofé par augmen
tation des fommes , aufquelles lefdits trois deniers
pour livre de la Taille ſe trouveront monter
; & difpenfe les Receveurs des Tailles,
de tenir un journal feparé , tant de ladite impofition
de trois deniers pour livre de la Taille
, réſervez aux Hôpitaux , que dudit fol
pour livre de remife lefquels ils feront cependant
tenus de porter für leur Regiſtre ordinaire.
ORDONNANCE du Roi , du n , Decembre
, qui fufpend celle du 27. Mai 1716. Et qui
ordonne que les Matelots ne pourront être
reçûs à l'avenir Maîtres Pilotes & Pilotes-
Lamaneurs , qu'ils n'ayent fait deux Campagnes
de trois mois chacune , au moins , fur les
Vaiffeaux de Sa Majesté .
ش م ر م ل
ORDONNANCE du Roi , du 18. Decembre
, par laquelle S. M. ordonne qu'à commencer
du premier Janvier 172 5. & jufqu'au
premier Juillet feulement le prix des Chevaux
de Pofte , tant de Brancard que de Trait,
fera payé à raifon de vingt- cinq fols- par Cheval
dans toute l'étendue de fon Royaume , &
ce pour chaque Pofte fimple les doubles
Poftes & Poftes & demies à proportion , &
les Poftes Royales fur le pied de cinquante
fols par Cheval , non compris les Guides des
Poftillons ; & que les Courriers allant en Guide
à Cheval continueront de payer , comme
ils font actuellement , à raifon de vingt fols
feulement pour chaque Cheval par Potte , les
oubles , demies & Poftes Royales à propordion
, non compris les Guides des Poltillons ;
DECEMBREA'17247M 29hX
Pexception néanmoins des Courriers die
Cabinet , qui continueront de spayed à maifon
de quinze fols par Cheval par Polte , fuivant
Puſage & coni sulliset vil og a
29 evap¶ zal gingalib
Fin da fecond Volume de Decembre,
asde
9)
ILI slab quvil 100g 27ainab sien ob moistoo
Tol sibub sup , xustiqôH xus 59179151
-9010154P PRO BATLON ! unq
-10 97flige zual út 19710q ab zung: 176ba97
га par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le 2. vol. du Mercure de Frante
du mois de Décembre , & pjaayy cru qquu''on
Pouvoit en permettre Timpreffion : A Paris
le 20. Tanvier fzz5.
90,21019ƒ £M to sup sanobio)
2310291M inevel 6
J'AY
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be upto 38.21 19ivas) 191m9rq ub. raram
Des Principales Matleres britenues
16
"Diselo) dans ce 2. volume
slių
gal
10q 9ད3
zaley to 2719
Ouveau Privilege du Roi
PIECES FUGITIVES, la Pie & le Roitelet
, Fable.pl w
Memoire fur les Eaux de Paffi , lû à l'Académie
des Sciences, › 42722
Ode , Etrennes aux Auteurs du Mercure.
ba un ail - 15 2h3
Lettres fur les établiſſemens Académiques. V
& c.
Etrennes de Cleopatre , vers,,
Obfervation nouvelle & .L
2735
2750
Diffolution fucceffive de plufieurs Sels.2754
Bouts - rimez. 2774
Lettre de M. Vergier & Vers , la Guirlande
& c.
Le Triumvirat Amoureux.
>
2775
2782
Defcription de la Pompe funebre du Roi
d'Elpagne.
Rondeau.
Lettre fur l'Opera d'Armide.
Lifis , Eglogue.
2783
2799
2800
2821
Lettres de Malthe fur le remede d'Eau à la
glace.
Enigmes.
2828
2831
2833
Nouvelles Litteraires , & c. Hiftoire Poëtique ,
&c.
Jerufalem délivrée , & Vers à l'Auteur , &c.
2836
Extrait de Lettre fur le Dictionnaire Provençal.
2844
Académie Françoiſe , &c. 2846
Bouts aimez.
2849
Medaille du Roi gravée. 2850
Spectacles , le Jaloux defabufé.
1bid.
Le dénouement imprévù , Comedie nouvelle.
2862
Lettre de Veniſe fur les Spectacles , le Carnaval
, & c .
Nouvelles du Temps.
Execution faite à Petersbourg.
2869
2851
2882
Sentence & execution fur le tumulte arrivé à
Thorn. 2883
Ouragan & dommage arrivé à Liſbonne. 2893
Naiffances , Morts , & c . des Pays Etrangers
France , nouvelles.
Benefices donnez.
Morts .
2903
-2905
2911
29 2
Prix d'Eloquence & de Poëfie de l'Académie
Françoife . 2914
?
:
Errata du 1. volume de Decembre.
PAge 2680. ligne 9. Tallegrand , liſex Tal-
Page 168. ligne premiere , lifex de la Rochecourbon.
P
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 2748. ligne 6. du bas entierement , l
fez entretenus .
Page 2780. ligne 6. l'embraſſer , liſez s'embrafer.
Page 2787. ligne 5. & , ôtez ce mot.
Ibid. ligne 12. efcabilons , lifez efcabellons ,
&c.
Page 2788. ligne 18. Palais lifez palmes.
Page 2789. ligne derniere , Architheatre , lifex.
Architrave.
Page 279. ligne 16. altique , lifez attique.
Ibid. ligne 20. Nemon , lifez perron.
Page 2794. ligne 24. altique lifez attique .
Page 2796. ligne 22. Moutons , lifez montans.
Page 797. ligne 4. du bas , brodé , lifez bordé
Page 28c2 ligne 16. fans , ôtez ce mot.
Page 2803. ligne 12. fait , lifez fit.
2
Page 2864. ligne 22. réflexion , lifez infléxion.
Page 1808. ligne 14. parlant , lifez partant.
Ibid. ligne 2 aifé , lifez mal aifé
Page 1818. ligne premiere fçauroit , lifez ſçavoit.
Page 2835. ligne 3. en , lifez ou.
Page 189 ligne 17. en rire , lifez écrire.
Page 2868. ligne 11. en , ôtez ce mot.
La Medaille doit regarder la page 2850
COMCONCIN
A
TABLE
GENERALE
de
l'Année 1724.
CADMI , Origine des Academies,
page. 2735
Françoife , reception , 105. 1845. Election
, 2419. Prix propofé ,. 29 IẠu
des Sciences , 728 rentrée , 973. 1180.
2424 2722. 2754. Prix propofez , 1674
des Infcriptions & Belles- Lettres ; Election
, 1582. rentrée ,
de Caën ,
962. 24192570
1176
de Bordeaux , Prix propofé , 957. Sean-
Foce publique , 1104. 1923. 283
de Pau , Prix propofé , 109. diftribué ,
2693
Royale Efpagnolle ;
d'Hiftoire en Portugal , 1389. 1777.2013.
2417.2618.2846
des Sciences & Belles-Lettres en Ruffie ,
954
Accouchement monftreux , 1787. extraordinaire
,
2097
Agathe , Mine d'Agathe dans la Montagne de
Cintra ,
1778
0203823
Les Ages , Ballet ,
Agriculture pouffée fort loin à Londres , 553
Alcoran , differtation fur l'Auteur de ce livres
2177
Alegrette ( le Marquis d' ) fes Pefies175
Alexandre ( le P. Noël ) fa mortipsy
and duot
f
Amadis le Cadet , Comedie , 734
L'Ami de tout le monde , Comedie , 357.5 27.
Andrezel ( le Vicomte d' Ambaffadeur à la
Porte , fon arrivée & fon audiance , 2638
Les Anonimes , Comedie ,
2682
540
Antiquitez , 112. de S Sulpice, 890 1725. d'Avignon
, 1783. de Thunis
Les deux Arlequins , Comedie ,
Architecture de Fifcher d'Erlachen ,
1785
987
950
Les Armes d'Achilles , Tragedie du College
Mazarin ,
Armide , Opera , 2453. critiqué ,
L'Afne d'or , Comedie ,
1804
12.800
1805
L'Affemblé des Comediens , Prologue , 2217
B..
Äifa ( Acmet ) hiftoire de fa delivrance , BAifa
1031
Bellanger , fa traduction de Denys d'Halicarnaffe
critiquée ,
872
Benedictins attaquez fur leurs editions , 866.
défendus ,
Benoît XIII. V. Orfini
1084
Berenice , Tragedie critiquée , 1790. 2169 .
Le Befoin d'aimer v. la fille inquiete .
Bibliotheque des Gens de Cour ,
2294
1764
Boivin ( Louis ) fa mort , 795 fon éloge ;
22570
Bons mots , 88.292. 493 690. 911. 1187. 1565 .
1756
Bordeaux , Voyage de France ,
Bouquets de Vergier , 1541. à Madame Rau-
1887
lin ,
Les
Bourgeoifes
de
qualité
, Comedie
,
2220
Bouts
-rimez
: 175.
256.
425
426.452.809.8100
839. 845. 894. 1101. 1292. 1749. 1876. 1905.
1962. 2344. 2352, 2362. 2696. 2774. 2848.
Requête des Bouts- Rimez ,
>
265
117 Boyer ( Michel ) Peintre , fa mort
Bretagne , union des deux Semeſtres de fon
Parlement , 2671
Buffier ( le Pere ) critiqué , 1678. 2596. défendu ,
Aleches du Roi ,
C.
1949. 2409
2018
Calendrier ,Inftruction pour l'intelligence
& ufage des Calendriers Gregorien & Julien
,
325
Calotins , premiere fcéance des Etats Calotins
; 925
1418 Calvinistes , declaration à leur fujet ,
Cantates , Ariane & Bacchus ; 35. le Songe ,
67. Daphné 240. l'Amour Medecin , 199.
Achille & Deidamie , 411. Efther , 852. les
faux plaiſirs , 875. l'heureux moment , 1111 .
Alcide vaincu par l'Amour , 1512. Borée &
Orythie .
Le Caprice , Comedie , 1
Catholiques perfecutez en Irlande ,
2503
1808
134
Catule , nouvelle edition , 319. critique de cette
edition , 243. reponſe ,
Le Ceremonial , fi la main droite eft
d'honneur chez les Turcs ,
656
la place
1375
Ceremonie de la prife de poffe fion de S. Jean
de Latran , 2243
Charles XII. monument élevé au lieu où il a été
329
tué ,
Chartes
, fi celles
qui
font
fans
date
, mais
munies
de Sceaux
font
autentiques
,
Chaffaigne
, nouvelle
edition
de fes
Oeuvres
Chaffe extraordinaire ,
943
2081
"
Chiun , ce qu'on doit entendre par ce mor ,
114
Choifi ( Abbé de ) fa mort & fon éloge ,
2255
Cloches d'Angers benites , 2666
College Royal , ouverture ,
2610
1781
1024
Comedies de Gio- Battiſta Porta ,
Conclave ouvert ,
Corneille , critique de la Tragedie d'Heraclius,
199.399. s'il a pris ce fujet de Calderon ,200 .
846
Corps , la dureté & la liquidité des corps ,
1107
Corps mort trouvé encier après 13. , ans de Sepulture
,
Couronnement de la Czarine ,
Les trois Coufines , Comedie ,
D.
81
1348.2325
2023
Denouement ( le ) imprevû , Comedie , 1862
Denys d'Halicarnaffe , v. Bellanger ,
De S. Jean Savornin , fes découvertes fur la
culture des terres , & fur lesVers à foye , 1157
Deſcription d'une Maifon de plaifance du G.3.
1251
Deshouliers ( Madame ) nouvelle edition de
fes Oeuvres ,
Dictionnaire Provençal .
Dijon , v. Voyage de France
2395
2099. 2844
Difcours latin fur la Paix fous le Regne de
Louis XV. 38. du Cardinal de Rohan au Sacré
College ,
Dragoneau , maladie , ce que c'eft ,
1114
980
E.
Au à la glace guerit plufieurs maladies →
230 1912.2353.2545.1828
Eaux minerales près de Peronne , 1590. des.
Paffi ,
Eclipfe ,
L'Eclipfe , Comedie ,
2722
-1181
1392
Eglogue , 1131. 1668, 2821. fi elle eft differente
de l'Idille , 626
Elegie , 397. l'Amant de Clemence , 1917. de
Vergier , 1249. 1361. 144 I , 1995 '
Enigmes , 36. 290. 492.688. 909. 1168, 1299.
1368, 1564. 1754 1979. 2159. 2386. 2605.
283. leur explication en vers , 801175. 289.
1694
2167
491.809. 1750
Entretiens des ombres aux Champs Elifées 98
Epigrame fur un homme qui a fauvé deux fois
la vie à fa femme, 3 34. latine de Berretti Landi
, traduite par la Grange ,
Epitaphe de Philippe le Bon ,
Epitres en vers , 57. à M. le Duc , 197. à M. de
la Motte , 304. à M. de la Viſclede , 487.
contre les critiques , 2317. fur l'amitié de
Vergier , 1482. 1493.2091.2118. 2156. 2 163 ,
2523.255.2503. 2775. à M. de Mirabaus
2837. réponſe ,
Efpagne , Abdication de Philippe V. 177
Estampes , l'Apotheofe d'Hercule , 337. de
Thomaffin ,
2819
1784
2750
Etrennes à Me la Marquife de Joyeuſe , 173 .
de Cleopatre ,
Evreux , Hiftoire Ecclefiaftique & Civile de
cette Ville ,
F.
502
Ables , le Grenadier , 155 , l'Amour & fa
Raifon , 1163. les deux Vautours, & LAI- FA
glon , 1346. la Tourterelle & le Ramier ,
2077. l'Amour & l'abfence de Vergier, 2 104.
de Cochon de lait , 2541. la Pie & le Roitelet,
,
2719
1504
1588
Fable qu'on attribue à la Fontaine ,
La Fauffe-fuiyante , & le Fourbe puni , Comedie
Ferdinand proclamé Prince des Afturies , 2650
Fête-Dieu , Proceffion faite à Rome, 1484
Fête donnée à Varfovie , sso. des Tulippes à
Conftantinople ,
Feu d'Artifice tiré à Verfailles ,
Fiévre guerie par l'Eau commune ,
La Fille inquiete , Comedie ,
1888
184T
219
989
Flux & reflux d'un puits proche la mer , 878 .
explication par le P.Caftel, 1505. autre explication
, 1516
Folart ( le Chevalier ) refuté , 864. réponſe de
D. Thuillier ,
Frefni ( Riviere du ) fa mort & fon éloge
1084
Furetiere corrigé ,
G.
2261
1366
GE
Eographie ( Effai fur l'origine & le progrès
de la ) sos. quelques fautes de
PAuteur relevées ,
Saint -Germain des - Prez , explication des Fi
gures da Portail de cette Eglife , 24. 472 .
Gilblass
SIO
1
612.826. 1472.
1378
1981
2648
Gomes ( Me. de ) fes oeuvres mêlées ,
Groffeur d'homme extraordinaire ,
H.
Hilarangues
Abis , Tragedie ,
2436
Harangues au Roi de M. Delpeches , 802
de M. Dagoumer , 803
Henry le Grand , Poëme de Voltaire , 1583 .
696. critiqué , 945. 1521. loüé ,
Heraclius , v. Corneille.
2529
Hermenegilde , Tragedie des Jefuites , 1795
Hiftoire galante de Vergier ,
Hiftoire Greque , projet ,
Hiftoire Romaine , par foufcription ,
I.
1712
2614
721
2849
Aloux ( le ) defabufé , Comedie ,
fdille , les Mufes raffemblées par l'Amour
295. fi elle eft differente de l'Eglogue ,
Jettons ,
L'Impatient , Comedie ,
Ines , Tragedie ,
"
626
118
121 336
Innocent XIII , fa mort ,
Inoculation ,
Journal des Sçavans ,
$18.520.708
566. 748
110. 953. 1183.1184. 1578
Italie , Rerum Italicarum Scriptores ,
L.
A double Inconftance , Comedie ,
LA
102
1574
1991
La Femme Juge & Partie , Comedie , 158
Lafons ( M. de ) fa mort & fon éloge , 2008
La Fontaine , fes Comedies ,
La Grange ( M. de )
361
115.237
La Roque ( M. de ) fa reponſe à Paul Lucas ,
Le Loyer (Jacques , ) fa mort ,
Le Nourri ( Nicolas ) fon éloge ,
so
728
1165
Lettre du Roi d'Efpagne à fon Fils . 235. réponfe
de Louis I. 840. à M. de Voltaire fur fa
maladie , 257. à M. de la Vifclede , 185. reponſe
, 286. à M. le Baron de Walef , 310.
des Auteurs du Mercure , 626. de Couttelier,
646. de M. de la R. fur le Trefor Britanique
de Haim , 674. 1444. de la Fontaine à Vergier
, 880. reponſe de Vergier , 1942. aux
Auteurs du Mercure , 10sz . de M. de Chanfierges
, 1067. de D. Vincent Thuillier, 1084.
du Pape à la R. de Venife , 1489. de M. de la
Grange à M. Desfontaines , 1870. de Barbarie
, 1902. de Malthe , 1906 , 1913. fur les
Vins d'Auxerre , 1934. fur une partie de
Longue- Paume , 1957. de l'Evêque d'Angers
,
2010
Lettres Patentes pour l'affaffinat de la Guillomiere
, & autres ,
Longitudes
Lorraine ( Hiftoire de )
1236
1578
716
Louis I. proclamé Roi à Madrid , 158. à Barcelone
, 10.2 . à Girone , 1023. fa Maladie
fa Mort & fes Obfeques , 2047. 289 Pompe
funebre à Notre - Dame ,
Lumiere Septentrionale ,
Lune , fa furface eft couverte d'eau ,
Luftrations des Payens ,
M.
2783
2345
974
962
Althe , Hiftoire des Chevaliers de Mal-
MAthe
*
the ,
2839
Manufcrits de M. la Princeffe , 1399. Projet
d'un Catalogue general des Manufcrits de
France 2612
Mariage d'Arlequin & de Silvia , Comedie ,
Mariane , Tragedie , 129. de Triftan ,
110
1587
Marrons d'Inde , moyen de les rendre utiles ,
Marfollier ( Jacques de ) fa mort ,
Les Mécontens , Comedie ,
903
2015
2440
Medailles du Roi , 335 , 527, 2433.2849 . de M,
le Duc , 766. frapée à Cambrai , 1175. deBe
naît XIII. 2114, de P. du Grainville , 2131 ,
2507. du Czar & de la Czarine , 1361. d'Ho
mere , 1453. de Pofthume ,
Memoires hiftoriques & critiques ,
Mere folle de Dijon , ce que c'étoit ,
1703
502
60
Mefmes ( le Premier Prefident de ) fon Oraiſon
funebre prononcée par le Recteur , 384
Metropoles , Dominique Georgi critiqué, 461
défendu ,
Monftres ,
1661
Microfcope nouveau ,
896
Mines des Alpes ,
732
Miotomie humaine & canine , 512
1139. 1961. 2413
943-
805
2553
1105
2229
Montagne , nouvelle edition de fes oeuvres
Montholon , éloge de cette maifon ,
Mopinot ( D. Simon ) fon éloge,
Mouvement ,
Muficiens Italiens ,
N.
43 %
TIthetis , Tragedie , 120. critiquée ,
Noble à la Rofe , qui en a fait fraper le
1366
premier ,
Noftradamus , critique de fa 1 erfonne & de fes
écrits ,
Nouveautez dediées à gens de differens états ,
"
0.
1730.2363
919
De , l'Immortalité , 19, l'Avarice , 185,
Effai d'Ode , 217. fur l'Abdication de
Philippe V. 468. la Volupté philofophique ,
607. la Provence , 643 , fur le mot Duel, 652.
le Chagrin , 817. la Guerre , 901, la brieveté
de la vie , 1039. la vie champêtre , 1647 .
le Poëte timide , 1080. à M. le Duc d'Or
leans
F
1
m
leans , 15 : 9.1687. 1499 au ko
I es , 1865. du Palinod , za Volk
2191. la Priere , ust . le Babil
Auteurs du Mercure ,
Prefident
i
M. le Premierlo
Odés d'Horace traduites , la 4. du 1. liv.
5¡ du 1. l. 1520. Tu ne quafieris feire , ina
Marerfava cupidinum ,
Oedipe de Voltaire critiqué ,
S'il a eu des enfans de Jocafte ,
Oeufs extraordinaires ,
a
147
Oranges , fon origine & fes , antiquitez
Ordre de la Toifon , Chapitre tenu à Verfailles
,
Du S. Efprit , receptions ,
144
1:00
453 Ordre de l'Union à Vienne ,
Ordres duRoi pour des recherches de Phyfique,
de botanique,d'antiquitez , & c. en Affrique,
856
3:
Orleans ( M.le Duc d' ) erreur corrigée , 15 .
fa Pompe funebre & Obfeques à S. Denys
267. à Vienne , 278. à Joinville , 388. à Montargis
, 389. à Villefranche, 390. au Temple,
391. fon Oraifon funebre en Sorbone , 1178
Etat de la Maiſon de ce Prince , 148
52 Oronte , Fleuve , fon cours ,
Orfini ( Vincent Marie ) éleu Pape , 1213.1214.
1218. quelques traits de ſa vie , 1352, 2659.
2846. fon Couronnement , 1432. origine de
cette Maiſon , 1364.1643
1893
"Ouragan extraordinaire de Portugal :
P.
1, ce que c'eft ,
Palino, Le Parifien , Comedie ,
Pendules du fieur Thion ,
1886
2012
334
Perfe , troubles de se Royaume , 122. 125 .363-
2. vol.
K
is
544.740. 10: 0. 1027. 1399. 1813.1815 . 1817
17. 1837.2034.2227881.
LaFelte le ouerit par l'Eau
Mine
Perre extraordinaire trouvée dans le corps d'un
homme , 2012. nouvelle maniere de taillery
Plaidoyers des Jefuites ,
Fline , traduction du Panegyrique , 24
Perme , Scevola
Pogge , obfervation d'un paffage du Trane, do
varietate fortuna >
Poiffon ( l'Abbé de ) fa mort & fon éloge, 1s
Police établie à Cambrai lors du Congrèsr027
Porcelaine faite de papier ,
Pofthume , date de fon Iv Confulat
Le Prince travefti , Comedie ,
2152
Privileges des Filles du Grand Seigneurs 1376
Pfeaume paraphrafé
Pygmées, s'ily ena.
201
sig , soiglut
Ueftions d'un jeune homme aux Sçavans
FA82407. lequel eft Ο plusmalheureux ou plus
rod plaindre , ou d'un homme qui déplait à
raz tout le monde , oudo 1) spre 98
d'un homme à qui tout le
7 monde déplaît bad for
limsy abszolgnA
T
Ra86 R.
49775000$ 178.
silsilesi
1369
DLAcan, nouvelle edition ,320, critiquée, Toos
Rage,
Relation d'une Cavalcade 2
Rephan , ce qu'on doit entendre par ce mot 114
Le Retour de Fontainebleau , Comedie , 629
Romant de la Rofe , avis fur l'édition de cet
ΠΙΤ
Quivage alum
1536
Rondeau à M. de la Vifclede , 186.réponſe
288
de mon amour 1933. à faire le Rondeau,2799
Aci (M. de ) Recueil de Factum & de Ha-
SACI
rangues sh
Salade qui croît en une heure ,
Sceaux , ancienneté
de leur ufage
320
1953
Sel naturel , 960. de chaux , 82. la diffolution
de plufieurs Sels dans l'Eau commune , 2754
Sermon ,
Siecle , Apologie du 18. Siecle , 508641 Soglio , ce que c'eft que les Princes du Soglio
29181901644
Sonet fur un pecheur qui commence à fe con
8 vertir , 625. à Minervette , 687.de Vergier
Sortileges prétendus
Spectateur François ,
Stances à Silvie ,
b
Ayadsmile1488
201417
1934.2186
Sulpice , premiere pierre pofée au nouveali
Bâtiment
.
Suze, Arc de triomphe d'Augufte 1064
T.
ab anaifleU
zula no mengi, Supal ( 13891847 xusus
Ableaux
Tacite, Politique
pernicieux
aisly 21061 Tende ( la Comteffe de nouvelle
suon167
Tefore Britannico
de Haym , sbnom 675
Theatre Anglois , 22 % . de Venife , 2869
970
83 Thymbrée Bataille de lovuon is 6167160
& Tonnerre ,
939
*E71
Tragedies Italiennes ,
Tremblement
de terre ,
$49.793126191640
Le Triomphe
du tems Comedie, 2228.2442
Tumeur , dont il lort
rin ,
Torna punition
Ville
t une branche de Roma-
MUSITO , 113
and 2583
du tymulte arrivé en cette
4
V.ས
Acances ( les ) du Théatre , Comedie,736
Valere Maxime , manufcrit curieux , 332
Vaudevilles ,
vers à M. de Wernik , 23. fur Ines de Caftro,
318
35. à Me, des Hayes , 429. Placet à M. le
Duc 459. à M. de la Viſclede , 639 réponſe,
64c. à Me. par fon Cuifinier , 67. à la Marquife
de.... en lui envoyant de la Mufique,
81 Quatrain à une Dame , 81 . à Iris , 862.
Jultification de Momus , 887. Remerciment
à M. de Gerondelle , 1065. Caprice à Damon
, 126. Requête à M. de Pontcarré 1468
Madrigal , 1500. fur un Chien , 1677. fur le
Mariage de M. le Duc d'Orleans , 1707. fur
la mort d'un Perroquet , 1898. Madrigal à
Philis , 1929. fur les aproches de la Vendange
, 1944. du fieur de la Borderie , 2148. de
Biribi à fa Maîtreffe , 2435. de M. de Roc...
2581. le Triumvirat amoureux ,
Vefuve fait plufieurs ravages ,
2782
2416
Vieilleffe extraordinaire , 1203, 2254. 2258
Villon , Critique de la nouvelle edition de ce
Poëte ,
Vinaigre veu dans le Microſcope
189
897
Voyage de France critiqué fur ce qu'on y dit
de Bordeaux , 1930. de Dijon , 2538
Voyages de la Motraye , 2193
ZElonide
, Tragedie ,
1022
Qualité de la reconnaissance optique de caractères