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1717, 10-12
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LE
NOUVEAU
MERCURE
Le prix eft de 20 fols.
Octobre
1717.
MANDATA
PER AURAS,
PEFERT
Chez
A PARIS,
PIERRE RIBOU, Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis.
ET
GREGOIRE DUPUIS, tue S.
Jacques , à la Fontaine d'or.
M. D. CC XVII.
Avec Approbation & Privilége du R.
O
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
385/04
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1005
AVIS.
N vend chez PIERRE
RIBOU , Quay des Auguftins
, à l'Image S. Louis ,
& chez GREGOIRE DUPUIS ,
à la Fontaine d'Or, rue S. Jacques,
l'Abbregé de la Vie du
Czar PETER ALEXEWITZ
avec une Rélation de l'Etat
préfent de Moſcovie ; & de
ce qui s'eft paffé de plus confidérable
depuis fon arrivée
en France , jufqu'à ce jour ,
dédié à SA MAJESTE
CZARIENNE .
#WNTINTIVE
** *** ** ** *** **
nu drzakDOKO * * QU
W (RE)COI IDAJATIMA
AVANT- PROPOS.
Nne sçauroit trop se prêter à la
curiofitépublique , quand il s'agit
d'une Recherche auffi utile qu'est celle
de l'Eau de la Mer renduë potable .
Les Piéces juftificatives que nous avons
produites dans les Mercures précédents
touchant cette Découverte , n'ont ſervi
qu'à exciter de plus en plus le défir de
connoître tous les moyens employez pour
parvenir à la consommation de ce grand
Oeuvre Il femble après cela , que ce
feroit naturellement ici la place de donner
la defcription de la Machine avec
laquelle l'ingénieux Auteur a operé
cette Merveille. On n'auroit pas manqué
de remplir l'attente du Public , en
la faifant graver , fi M. Gautier à qui
Seul appartient l'honneur de l'Invention
, n'avoit reçû des ordres précis de
Monfeigneur le Duc Régent & du
Confeil de Marine , de n'en pas révé-
:
Aij
AVANT - PROPOS.
.
ler fitôt le Mécanisme : On a jugé à prode
la mettre en évidence
pos
avant que
de faire embarquer l'Auteur fur unVaiffeau
du Roy deftiné pour l'Amérique ;
afin d'éprouver files Equipages qui refpirent
en Mer un air falé , & qui ne
mangent que des viandes altérantes , fe
trouveront auffi bien de l'ufage de cette
Eau , que ceux qui en ont bû , étant à terre,
dans un état tranquile & dans un air plus
doux .
2. On veut voir , fi la Machine eft
à l'épreuve des agitations & desfeconfes
violentes de la Mer. Comme l'Inventeur
eft feul capable de remédier à ces Inconvéniens
, c'est ce qui l'a engagé à demander
au Confeil de Marine , de courir les
rifques d'une Navigation de long cours ;
afin d'être toujours prêt à réparer les
défordres de fa Machine, au cas qu'il en
arrivât ; & par la même occafion , de la
rectifier ou de la perfectionner , chemin
faifant : Ce qui ne lui étoit pas poſſible
d'exécuter au Port de l'Orient , où il a fait
fes expériences fur une Mer calme : Il
eft vray que l'Auteur , par Ordre de S.
A. R. en a fait un modéle en Cartons
qui a mérité L'approbation de ce Prince
1
-AVANT - PROPOS.
pas
>
celle de Meffieurs de l'Académie
des Sciences ; mais on ne craindra,
d'avancer › que ce modéle ne fuffit
pas pour donner une idée complette de
la chofe , & für lequel on puiffe tenter
des expériences avec fuccès ; l'Auteur
déclarant qu'il ne s'eft point encore expliqué
fur les Proportions , fur les Matieres
convenables & fur la Maniere de
travailler: Il affure même que la nouvelle
Machine qu'il vafaire conftruire pourfon
voyage , ne ferapas précisément la même
que le Modèle ; elle ne perdra cependant
rien de fa fimplicité , puiſqu'il ne fera que
changer la figure du Tambour. Alors,
le même feu fervira en même temps .
pour différens befoins trés néceffaires
à tout l'Equipage du Vaiffean , fans
néanmoins interrompre fon effet princi
pal qui doit être par préférence , la
diftillation de l'Eau de Mer. On y rôtira
par exemple , les Viandes & l'on
Le paffera de Fours pour cuire le pain
des Officiers : On y pourra joindre une
Chaudiere fabriquée fuivant les principes
de cette Découverte dont le Sieur
Gaultier a fait ici l'expérience , aprés
en avoir préſenté le Modéle à S. A.
ཞ་
-
A iij
AVANT - PROPOS.
Monfeigneur le Comte de Toulouſe qui
a fort approuvée . Cette Chaudiere eft
propre à toutes fortes d'ufages , foit pour
faire cuire des Pois , Fêves , &c. Ce
qu'il y a de furprenant , c'est que pour
toutes ces différentes Opérations , it
fandra fi peu confommer de matiére
combustible , de quelque nature qu'elle
foit ,, que ce ne fera plus un objet pour
la dépenfe ; fans compter que le Faif
feau en fera beaucoup moins embaraſſé.
Les Nations Maritimes qui auroient
un interêt prochain qu'on en donnât.
an plûtôt une exacte Defcription , doivent
attendre de la libéralité de S. A.
R. que non seulement elle n'en fera
point un Secret , mais que , lorfque les
Expériences feront confommées , elle
préviendra leurs fouhaits : Elle a
même û la bonté de témoigner par
Avance , la fatisfaction qu'elle aurois
de leur en faire préfent , lorsqu'on n'aura
plus rien à défirer. L'espérance
de profiter bien-tôt de l'avantage d'une
fi hurense Découverte , dont ce Prince a
entrepris de poursuivre avec tant de générofité
& de dépense la perfection ,
doit animer les Puiffances à favorifer
AVANT- PROPOS.
,
-
*
toutes les perfounes éclairées qui ne
font occupées que de travaux utiles
à la République ; afin de tirer du fruit
de leurs veilles , des avantages qui aillent
au bien commun de la Societé des
Hommes ; mais , cette même prudence
qui doit les porter à protéger les
Arts & à examiner avec foin toutes
les Découvertes de cette nature
doit auffi les tenir en même temps ,
en garde contre ceux qui dans leurs
Systèmes entreprennent de forcer
Art & la Nature an lien de
lui obéir & de s'y plier felon les
circonftances : C'est le principe qu'à
Suivi conftamment Monfieur Gautier ,
& qui l'a conduit à ſurpaſſer la Nature
même en l'imitant ; ayant été
obligé de trouver l'Art en multipliant
les furfaces , d'en multiplier auſſi l'effet
fous trés pen de furface apparente ;
Parce que en Suivant les régles feules
de la Nature , la Machine ent été
d'un f grand volume , pour en tirer
quelque avantage , quelle feroit devenuë
impraticable.
En attendant que nous puissions mettre
au jour le deffein de fa Machine
?
A iiij
AVANT- PROPOS.
en donner un Plan exact ; j'espére
que le Leiteur fera bien- aife de trou
ver ici les Lettres qui m'ont été communiquées
touchant les premieres épreuves
de cette fameuſe expérience .
LE
NOUVEAU
MERCURE.
COPIE DE LA LETTRE
DU CONSEIL DE MARINE ,
Ecrite de Paris à Monfieur de Lufançay ,
Commiffaire de la Marine à Nantes ,
le 30 Decembre 1716.
E Sieur Gautier Medecin de
Nantes , prétend avoir trouvé
un fecret pour deffaler l'Eau de
la Mer , & a propofé au Confeil par une
Lettre du 8 de ce mois , d'en faire l'épreuve
. Comme le fuccés d'une pareille
Découverte feroit trés utile à la navigation,
vous pourrez dire au Sieur Gautier
de fe rendre à l'Orient , pour faire certe
épreuve en préfence du Commandant
10 LE MERCURE
& de l'Ordonnateur de ce Port : Que le
Confeil luy fera payer la dépenfe de fon
voyage , & qu'il luy fera donné une
gratification pour le dédommager du
tems qu'il aura employé , file fecret fe
trouve bon. Signés , Louis -Alexandre:
de Bourbon & le Maréchal d'Eftrées .
Pour Copie Lufançay.
A Paris , Le 30 Decembre 1716.
LETTRE
Ecrite à M. de Beauregard Commandant
la Marine à l'Orient..
E Confeil vous envoye , M. la copie
tes , qui prétend avoir trouvé un fecret
pour défaller l'Eau de la Mer , & qui
propofe d'en faire l'épreuve . Comme
le fuccés d'une pareille découverte feroit
utile à la Navigation , le Confeil.
écrit à M. de Lufançay de dire à ce
Médecin de fe rendre à l'Orient , pour
faire cette épreuve en vôtre préfence :
& en celle de M. Clairambault , à qui
le Confeil mande de faire donner à cet
Homme , les facilitez qu'il demandera :
D'OCTOBRE. TI
Vous aurez attention que cette épreuve
foit faite avec toute l'exactitude poffible
Sile Sieur Gautier veut confentir
qu'il y foit appellé des Officiers du
Corps, pour goûter cette Eau,vous aurez
agréable d'en avertir d'y venir. Il faut
qu'il foit dreffé un Procés verbal figné
par tous ceux qui y auront affifté , de ce
qu'ils auront reconnu. Le Confeil fera
même fort aife d'en avoir un demi- feptier
dans une bouteille , pour la goûter
ici . Signés ,Louis -Alexandre de Bourbon
& le Maréchal d'Eftrées. Pour Copie
Chunlaud de Bois- Dizon Secretaire de
M. de Beauregard Commandant..
EXTRAIT
Du Regiftre des Lettres écrites au Cönfeil
de Marine , par M. de Beauregard
Chevalier de l'Ordre militaire
de Saint Louis , Capitaine de Vaiffeaux
du Roy , Commandant la Marine
an Département du Port- Louis &
l'Orient.
Du 19 Avril 1717.
LA Machine eft en place s mais le
Sicur Gautier veut faire diverfes
12 LE MERCURE
épreuves en fon particulier avant la décifive
Il veut pendant trois ou quatre
jours , faire bouillir de l'Eau douce dedans
, pour ôter l'odeur de la foudure :
il veut auffi connoitre la difference qu'il
peut y avoir du charbon de bois à celui
de terre , employés dans fon réchaud .
J'ai en mon particulier, fait un Mémoire
de tout ce qui pouvoit s'oppofer à l'exécution
de fon projet ; afin qu'il y faffe
fes réponſes , pour autorifer l'ufage qu'il
prétend qu'on en peut faire , & faire
prononcer fur cela Meffieurs les Capitaines
, le Médecin , les Chirurgiens-
Majors & l'Apoticaire de la Marine, fans
leur donner une entiére connoiffance de
fon fecret.
:
D# 7 May 1717.
' Ay l'honneur d'informer le Confeil ,
que les Gardiens des Vaiffeaux du
Roy & celui du Triton où eft la Machine
du Sieur Gautier , ne boivent que
de l'Eau de l'épreuve de cette Machine;
& il me paroift que s'il y a quelque
difficulté dans fon projet , ce ne fera pas
fur la qualité de l'Eau : Car , on ne peut
alléguer qu'étant confervée, elle fe pour
Loit corrompre ; puifqu'elle n'eft point:
D'OCTOBRE,
13.
faite
pour ne s'en point fervir journellement
: Il ne s'agit donc que de fçavoir
la quantité qui s'en pourra faire dans
un jour , & l'efpace que contiendra le
bois ou le charbon qui feront employés
à cet ufage : Je fçay déja que ladire Machine
peut contenir l'efpace de 8 à 10
Tonneaux dans un Vaiffeau du troifiéme
rang , & dans un autre plus petit
Navire , elle feroit plus inférieure : Je
ne manquerai pas d'en faire un détail ,
lorfque l'entiére connoiffance de tout ce
qui pourra regarder l'employ de cette
Eau , me fera parvenue ; car , j'aimerois
mieux eftre mort que d'avoir condamné
ou approuvé ce que je ne fçaurois pas.
certainement.
DE
Du 21 May 1717.
EPUIS hier midi jufqu'aujourd'huy
pareille heure , le Sieur Gautier
a fait l'épreuve de la quantité d'Eau
que luy pouvoit produire la Machine
qu'il a établie à bord du Vaiffeau du
Roy le Triton , & la confommation du
charbon Pendant ces 24 heures , il a
confommé un pied & demi cube de
charbon , dont les deux tiers de terre &
14 LE MERCURE
l'autre tiers de bois , mêlés enfemble, &
a fait 162 pots d'Eau douce en préfence
de deux perfonnes fidéles ; l'une nommée
par M. Clairambault ,
l'autre par
moy , qui y ont paffé la nuit fans repofer.
Demain à 7 heures du matin , on commencera
l'épreuve de la confommation
du bois feul & de la quantité d'Eau qui
en proviendra pendant 12 heures.
>
Du 28 May 1717.
TOUTES les expériences que M.
Gautier devoit faire ici par ordre
du Confeil , devant eftre finies Lundi
prochain , il fupplie le Confeil d'avoir
la bonté de luy faire fçavoir , s'il pourra
retourner à Nantes , avant que d'avoir la
réponſe du Procés verbal , où fera détaillé
toutes les épreuves de l'Eau de
Mer qu'il a convertie en Eau douce , qui
fera envoyé fans faute avec de cette Eau
dans la femaine prochaine ; parce qu'il
eft appellé par plufieurs malades à
Nantes,qui ont en luy toute la confiancé
qu'on peut avoir pour un auffi habile &
un auffi honête homme que nous le connoiffons
tous :Son expérience dans la Médecine,
a tiré d'affaire plufieurs Gens ici .
"
D'OCTOBRE.
Du 18 Juin 1717.
COMM. j'ay une connoiffance parfaite
de toutes les épreuves mentionnées
au Procés verbal qu'on envoye
au Confeil , ainfi que des réponſes faites
par le Sieur Gautier,fur les queftions qui
luy ont efté alléguées par Meffieurs les
Officiers que j'ay choifi , comme les plus
capables de juger de la qualité de l'Eau
de Mer rendue potable , du lieu le plus
convenable pour placer fa Machine , &
de la facilité avec laquelle on s'en pourra
fervir; je croirois abufer de la patience
du Confeil , en luy faifant un nouveau.
détail de toute l'utilité qu'on en peut
tirer ; j'aurai l'honneur de luy dire leulement,
qu'ayant fait conferver de cette
Eau dans une barrique , pour fçavoir.
précisément ce qu'il en arriveroit : Aprés
Î'y avoir laiffée quinzejours, j'ay remarqué
que non feulement elle ne s'étoit
pas corrompue , & même que fon leger
goût de feu & de la foudure s'étoit
diffipé ; mais, pour ôter toute fufpicion ;
j'ay appellé les Médecins , Chirurgiens
Majors & Apoticaires du Port , pour
voir diftiller eux-mêmes l'Eau qu'on en16
LE MERCURE
voye au Confeil dans une bouteille que
je les ai prié de cacheter du Sceau dut
Contrôlle de la Marine ; & en mêmetems
, M. de Clairambault & moy y
avons mis nos cachets. Ce n'eſt pasTans
répugnance que j'ay conſenti à demander
le congé du Sieur Gautier , aupara
vant d'avoir eu l'honneur d'informer le
Confeil du fuccés de cette épreuve,dont
xécution paroift auffi facile que la
fimplicité de fon Auteur , qui exige plûtoft
qu'on luy faffe des difficultez que de
quêter des éloges : Il m'a paru fi uniyerfel
qu'à quelque dégré de fçience que
Meffieurs de l'Académie foient parvenus
, je fuis perfuadé qu'ils ne feroient
pas fâchés de connoiftre ce Médecin qui
n'a pas laiffé de fe trouver ici à propos,
pour fecourir de fa profeffion , plufieurs
perfonnes dangereufement malades : Il
s'eft acquis dans le peu de féjour qu'il
a fait ici, toute l'eftime qu'un honnête
homme peut efperer ; je lui ai remis fon
congé pour retourner à Nantes.
Depuis que j'ay eu l'honneur d'écrire
le contenu ci-deffus au Confeil ; M. le
Maréchal de Montefquiou a goûté de
cette Eau , ainfi que les Meffieurs qui
l'accompagnent ; ils l'ont trouvée bonne
Et
D'OCTOBRE. 17
& utile pour l'ufage auquel on la detic.
Pour copie , figné , Chunlaud de
Boisdizon Sécretaire de Mr le Comman-
'dant.
A Paris le 7 Juin 1717..
LETTRE
Ecrite à Monfieur de Beauregard.
E Confeil a reçû , Monfieur , vôtre
LE
paflé ; il
trouve bon que le fieur Gautier retourne
à Nantes , fans attendre à l'Orient , la
réponſe du Procés verbal d'Epreuve
qui doit être faite du Sécret qu'il prétend
avoir inventé, pour deffäller l'Eau
de la Mer ; & vous pouvez l'en avertir.
Signés , L. A. de Bourbon & le .
Maréchal d'Eftrées..
EXTRAIT
De la Lettre du Confeil , écrite à M. de
Clairambault.
A Paris le Juillet 1717.
E Confeil a reçu la Lettre que
vous lui avez écrite le 18 du paffé ,
avec les Procez verbaux de l'Epreuve
Octobre 1717. But
r8 LE MERCURE
qui a été faite du Sécret que le fieur
Gautier ainventé , pour deffaller l'Eau
de la Mer. Le Confeil en a rendu compte
à MB le Regent , & S. A. R. a été
bien aife d'apprendre qu'elle ait réüffi :
Il auroit été néceffaire, que le fieur
Gautier eut remis un Mémoire de ce
Sécret , & un deffein de la Machine ;
afin d'en faire l'Expérience à la Mer ,
fur le premier Vaiffeau qui ira au long
cours. Signés L. A. de Bourbon & le
Marêchal d'Eftrées. Pour Extrait. Clai-
Jambault.
JE
A L'ORIENT ,
Le 8 Juillet 1717.
E viens , Monfieur , de recevoir la
réponse du Confeil , fur l'envoi que
vous fçavez que nous fimes touchant
l'Eau douce : Vous verrez.
:: Vous verrez par l'Extrait
cy joint , qu'ils en ont rendu compte
à MB le Regent & qu'ils font bienaifes
que cela ait réüffi ; & comme ils
ont envie d'avoir un deffein de la Machine
, il vous fera aifé de les contenrer
en leur faifant yôtre cour , & en prenant
les précautions convenables , pour.
qu'elle ne devienne pas publique fitôt
D'OCTOBRE. 19
J'apprens que la Frégatte la Bellone
armée à Breft , commandée par M
Kerguelin Officier dudit Département ,
eft arrivée au Chily , avec 68. malades
dans fon Equipage : Il ne me mande
point la caufe de leur maladie , aparemment
qu'ils n'ont pas bû de l'Eau auffi
bonne que la vôtre. Il marque qu'il fait
faire par ordre du Confeil, une Machine
de cuivre propre à deffaler l'Eau de la
Mer , fur le modèle d'une caiffe trouvée
dans une prife Hollandoife , avec
laquelle on fait de l'Eau douce , en 12.
heures 60 pots ; & qu'il a ordre , après
qu'elle fera finie , de la faire embarquer
fur un Navire qui ira au long cours pour
l'effayer , & qu'on en fait du Thé qui
oft bon. Nous verrons dans la fuite fi
cette Eau eft auffi pure que la vôtre.
Vous fçavés que j'ai mis de l'Eau de
fontaine dans une fiolle que j'ai expofée
à la chaleur , fur la fenêtre de mon
Cabinet , & que je l'ai pofée proche du
vafe rempli de votre Eau douce ; afin
d'obferver pendant cet Ete , les chan
gemens qui pourront arriver dans ces
Eaux. Jufqu'à préfent , vôtre Eau s'eft
maintenue dans fa clarté ordinaire , &
je n'y vois plusfublimer ces petites veffi
2
Bij
20 LE MERCURE
cules d'air , & je viens de regarder la
furface de cette Eau : Elle m'a paru
auffi nette que toute celle du vafe , au
fonds duquel il paroît feulement un peu.
de parties terreftres ; mais , en fi petite
quantité, que cela ne mérite pas d'atten
tion : Il n'en eft pas ainfi de l'Eau de
fontaine de ma fiolle ; peu de jours aprés
y avoir été mife, il s'eft amaffé au fonds .
d'icelle quelques parties terreftres &
jaunâtres , qui peu à peu , font devenuës .
vertes , comme ces Eaux qui croupif
fent dans des endroits peu fréquentez :
Cette verdeur s'eft fublimée & arrêtée :
au haut du col de la fiolle : Je verray
ce que deviendra cette verdeur. Cela.
me fait juger que vôtre Eau doit être:
bien plus faine que nôtre Eau de Fontaine.
Signé , Clairambault.
DE
·
3
E mon autorité privée , j'avois im-.
pofé le nom de Théophrafte Moderne
à l'Ecrivain Anonyme des Moeurs
& des Caractéres des Habitans de Paris ;
perfuadé que fes Réflexions étoient afſés
vivement frapées , pour mériter cette
*Antonomafe : Mais , le nouvel Auteur
Figure de Rhétorique par laquelle on fe fert
d'un nom appellatif au lieu d'un nom propr
D'OCTOBRE. 21.
ayant trouvé ce nom trop respectable &
peut-être trop à charge ,pour un Ouvrage.
né du Caprice felon lui , & felon mai
produit par une raifon trés épurée , il
vient de mefaire l'honneur de m'adref
fer la Lettre fuivante , dans laquelle ,,
aprés avoir expofé avec délicateffe les
raifons qui lui font renoncer à ce nom ,.
il à la madeftie de fe contenter du fien.
LETTRE
ECRITE PAR M DE MARIVAUX
A L'AUTEUR DU MERCURE
E vous fais obligé , M² , d'avoir
trouvé mes Réfléxions dignes d'a
voir place dans un Mercure eftimable,
par le choix des Piéces dont vous le
rempliffés. Ce Livre n'a pas toujours
été le rendés- vous des bonnes chofes ;.
mais, on y peut mettre aujourd'huy ce
qu'on a fait de meilleur : Sûr de l'y
trouver en bonne compagnie ; c'eft une
juftice qu'on doit vous rendre.
3
Ce commencement de ma Lettre ne
vous préfage point de querelle , je vais
222 LE MERCURE
cependant vous en faire une. Je penfois
au train que vous prenés , qu'on
auroit jamais rien à vous reprocher :
Voici,difois-je , un Mercure prudent &
délicat ; il fatisfera tout le monde : Conclufion
imprudente & trop hâtée. Un
moment plus tard , vous ne teniés rien ;
car j'ouvris un de vos Livres , où je
me vis couché fous le nom du Théo-.
phrafte Moderne : Répondès , s'il vous
plaît , Mr ; vôtre Devife n'eft- elle pas ,
Qui fert mandataper auras ? Je l'explique
ainfi à vôtre égard , celui qui va
porter les nouvelles : Où avez - vous
pris celle qui m'appelle le Théophrafte
Moderne ? La nouvelle feroit curieufe,
fr elle étoit véritable ; mais , le Public
tout crédule qu'il eft , n'en croira rien
für ma parole. Sçavez vous bien, M¹,
que quand on auroit à préfent autant
de génie que les Hommes de cet ordre ,
on n'iroit jamais jufqu'à gagner leur
nom , ou la valeur de l'idée qu'on a
d'eux. C'en éft fait : Ils ont moiffonné
dans l'efprit des Hommes , le plus beau
de l'eftime qu'il peur donner là-deffus,
& l'on ne fait plus qu'y glaner : Moi
qui n'y prétends rien ; moi qui n'y peux
rien prétendre ; moi dont tous les pe
D'OCTOBRE 239
tits Ouvrages font nés du caprice ; moit
qui fans m'embarrafler des Lecteurs
qu'ils auroient , voulû me fatisfaire en
les faifant , & n'û d'autre objet que
moi-même ; je me trouve chargé du
poids d'un nom , qui compromet avec
le Public , le peu que j'ai de forces..
Je fuis , &c...
DE MARAVAUX.
Arións les matiéres : Laiſſons - là
les Bourgeois & leurs femmes ,
pour les reprendre chemin faifant ; &
parlons un peu des gens de Qualité.
C'est là vôtre ordre , Mde. Hûreux
ceux qui comme vous , fçavent en rendre
la Chimére refpectable , & qui par
leur affabilité , reftituent à l'Ignoble ,
comme un équivalent de l'égalité naturelle
entre les Hommes.
J'ai dit chimére ; & ce mot eft fans
conféquence ; c'est le langage des Philofophes
, & leurs idées ne gâtent perfonne
fur le train établi des chofes.
On pourroit dire là - deffus ', qu'il en
eft de la pure raifon , à peu près comme
de ces Antiques : Elle a fes Curieux qui
la prêchent par interêt ou par vanité ,
jamais par goût.
14
LE
MERCURE
Le Philofophe Roturier tâche dé
F'accréditer chez les Nobles ; il en voudroit
faire fes Dupes : Le noble Philofophe
quitte avec fon amour propre
fur le chapitre de la naiffance , ſe
cherche par elle des admirateurs.
Pouvoir être impunément fuperbe ; -
fentir que cela n'eft pas jufte & fe rendre
modefic , non , pour l'honneur de
l'être , mais par fageffe ; cela eft beau.
Eftre né fans Nobleffe , n'en point
cougir intérieurement , prêcher des Sentimens
d'égalité , fans mépris & fans envie
l'état du Noble, & par un paifible
amour pour la vérité ; c'eft avoir
des lumieres de raifon parfaite .
pour
Ces deux caractéres d'efprit que je
viens de peindre , font fans exemple ;
mais en revanche , nous avons des Fourbes
qu'on appelle Sages ou Philofophes
: Ils n'ont point les Vertus que je
viens de dire , mais ils ont de l'efprit ,
& beaucoup d'orgueil : Ils font avec ces
deux pièces , la même figure que s'ils
étoient en effet ce qu'ils feignent d'être
: Ils trompent les fots : & les Clairvo
yans font en fi petit nombre , qu'ils ne
vallent pas une exception.
Vous feriés furpriſe de voir ici
Mde
D
D'OCTOBRE. 25
Madame , avec quelle facilité certains
Hommes du plus haut rang abordent
leurs inférieurs ; j'ai fouvent regardé
leur façon de près.
Celui- ci vous careffe , vous tend la
main , vous fous-rit , familiarife , pourvû
qu'il ait des témoins ; car , c'eft un
râle de fimplicité trop brillant , pour
le perdre dans l'obfcurité. Nôtre homme
n'eft point fimple ; c'est un Acteurqui
veut être aplaudi : Il lui faut du
Spectacle : Tous les inftans ne font pas
favorables ; il en vient un : l'Acteur
Vous trouve. Vous devenez l'inftrument
& la victime de fa gloire : Vous restés
careffé , marqué de honte , confirmé
petit , infulté par l'eftime que s'acquiert
le Perfide qui vous facrifie , qui a joué
le Public & qui s'eft jojié lui- même ;
car , il jouit de l'aplaudiffement , fans fe
douter que c'eft un bien mal acquis.
Sans s'en douter , me dirés- vous ; oui,
Madame ; ajuftés cela, comme vous le
pourés ; mais la Comédie ne finit pas
autrement
.
Sur cela , je fais une refléxion . Le
Superbe hypocrite eft comme un Monftre
dans la Nature ; elle femble ne lui
avoir donné qu'un pur orgueil : Il n'ea
Octobre 1717. C
F
26 LE MERCURE
fait pas un ufage de bonne foy ; il fouftrait
ce vice aux yeux des autres ; il letravaille
, il en mafque la forme
l'unit par fon rafinement à des dehors
de modeftie , & fe fait enfin un
caractére de vice que j'appelle monftrueux
, par l'alliage raifonné du mauvais
avec l'aparence du bon.
Le Superbe qui va fon train d'orgueil
tout uniment , fait fa charge & remplit
fa vocation ; on fçait à quoy s'en tenir
avec lui.
Un jour , je me trouvai dans un endroit
où vint un de ces hauts Seigneurs
dont nous avons parlé ; il fe fit un écart
dans la compagnie ; on lui prodigua les
honnêtes déférences. Meffieurs , dit- il ,
avec un gefte de main , qui mélangeoit
artiftement la hauteur& la fimplicité , ou
qui pour mieux dire , étoit un équivoque
de l'une & de l'autre , auffi fateur
pour lui qu'il le croyoit flateur pour
nous ; Meffieurs , point de cérémonie ,
je vis fans façon , & partout où je vais ;
c'eft m'obliger que de n'en point faire.
Cela bien interprété , fignifioit ; on doit
des refpects à mon rang ,je le fçai ; je fuis
charme que vous ne l'ignoriés pas ,
mais , je vous en fais grace ; vous vous
D'OCTOBRE. 27
êtes mis en état , & cela me fuffit.
A vôtre avis , Madame , ay - je mal
fondu ce Compliment ; n'eft- ce pas là
le fens qu'il peut rendre ; & l'inférieur
n'eft-il pas bien flaté d'une familiarité
dont on ne l'honore , qu'en fe montrant
fatisfait des fentimens qu'il a de fa petiteffe.
Avec cela cependant , & d'autres vertus
de la même force , l'Homme de haute
Qualité gagne le titre de Philofophe :
Celui dont je vous parle, nous fit un récit
qui tendoit à nous prouver fa Modeftie;
mais , qui charioit en même tems
une HISTORIETTE de fes avantages.
Ce récit eft de trois lignes ; le
voici.
Les Provinciaux font fatiguans , nous
dit-il , je ne pû l'autre jour , me difpenfer
d'aller à une petite Ville dont je fuis
Seigneur; j'appris que les Habitans viendroient
en Corps me complimenter à
mon arrivée.LeGentil- homme deFrance
le plus ennemi de ces fadaifes là ; c'eſt
moi : La vanité de mes Confreres làdeffus,
m'eft infuportable . Pour me fauver
je dis à mes gens d'arrêter à deux lieuës
de la Ville , dans le deffein de n'entrer
qu'à dix heures du foir , & d'envoyer
Cij
28 LE MERCURE
dire que je n'arriverois que le lendemain
. Je m'affoupis pour mes péchés ;
on n'ofa me réveiller , & le lendemain,
je fus contraint d'effuyer la Kirielle de
refpects ridicules : Quelle corvée ! Je
baiffai mes glaces , & fis le malade .
Monfieur , lui dis-je ; le fommeil a
joué plus d'un mauvais tour à bien des
gens ; il endormit l'autre jour un Juge
au Palais , qui fut obligé d'opiner fur
ce qu'il n'avoit pas entendu ; cela eft
mortifiant , mais , dans vôtre avanture ,
il est bien modefte à vous de dire qu'il
vous deffervit , nous ne le penfons pas.
Tout ce que j'ai dit jufqu'ici , ne regarde
que l'homme du haut rang ; le
petit Noble ne peut guéres fe donnertes
airs mitigés ; la diitance d'un Bourgeois
à lui , n'eft pas affés grande , pour qu'ils
fuffent à leur place. Dénué de ces équipages
magnifiques , de cet apareil de domeftiques
qui fubjugue la vanité des
inférieurs , à la faveur d'un Sentiment
de vanité même , il n'a pour toute reffource
d'orgueil , que le maigre titre de
Noble ; & fa Philofophie , quand il fe
mêle d'en avoir , n'eft guéres au large
avec cela .
S'il contrefait le modefte ; ce ne peut
D'OCTOBRE.-
·29
eftre qu'avec le Bourgeois ; & fa modeitie
avec luy , ne feroit point fortune :
Le Bourgeois à la vérité, l'en croira fur fa
mine ; mais , il ne l'en louera pas ; il le
trouvera feulement dans l'ordre ; &
file Bourgeois eft plus riche , il croira
pouvoir en confcience , faire deux nombres
égaux en valeur , de fa roture & de
fes richeffes , avec la naiffance & la médiocrité
des biens du Noble , tant pour
tant, & le compte fait , fa fierté fe tient
en garde.
Il y a de l'erreur , dit intérieurement
le Noble qui fe doute bien du calcul ;
mais; comment faire pour la prouver au
Bourgeois ? Le voici , Madame.
Parmi les Hommes , le préjugé de la
Nobleffe eft violent ; le riche Bourgeois
a beau s'étourdir là - deffus , il n'y
a que façon de le prendre pour le rendre
au joug.
Le Gentil - homme employe une familiarité
franche & fans mélange odieux ,
raille la Nobleffe, vante le bon Citoyen ,
luy fait honneur de fa roture , & le confirme
dans le mépris qu'il a pour les
avantages de la naiffance. C'est là le
hameçon qui ratrape le Bourgeois qui
avoit rompu fes filets .
Ciij
30 LE MERCURE
Comme il s'étoit attendu à quelque
réfiftance de la part du Noble , quand
il avoit arrêté fon compte ; il eft charmé
de fa docilité , il en a de la reconnoiffan
te , il eftime , il admire enfin , celui qui
a bien voulu ne pas fentir qu'il eftoit
Gentil-homme:Voilà le grand oeuvre du
petit Noble Philofophe , dont l'amour
propre longtems contraint , fe fait enfin ,
une recolte à vie de refpect & de réputation.
Il me femble , Madame , que vous me
demandez , comment il en ufe avec
l'Homme de Qualité ; c'est une autre
allure ; jeune , il brigue fa compagnie,
fon amitié , fa confidence ; quelquefois
par un autre tour d'imagination , il travaille
d'efprit , de gefte & de dépenfe
pour arriver à prendre un ton d'égal à
égal , & lui donner cours en fa faveur ;
il s'enfle , fait la Grenouille & veut être
auffi gros que le Boeuf.
>
Si fon bien & fa fituation lui interdifent
le commerce des Gens de Qualité ,
& que par hazard il ayt à leur parler, il
affiche fur fon vifage , qu'il eft Gentilhomme
, & paroît à peu-prés dans le
goût de ces Avanturiers de Roman
cafque en tête & lance au poing , &
D'OCTOBRE.
qui fe vantent par la pofture.
Tous ces caractéres fe peuvent trouver
en Province , àl'air prés de focieté
moins aifé : Parlons de chofes plus nonvelles
pour vous Mde; par exemple, difons
un mot des femmes de Qualité ,
cela vous réjouira .
Oftés à la Campagnarde de Qualité
fon Mafque qu'elle porte ; quand mon
rée fur fa Hacquenée , elle traverse.
d'un Château à l'autre ; ôtés lui fa vanité
crûe fur les Antiquitez de fa Famille
, fon ton bruyant , fon estomac redreffé
par intervalles de réflexion , l'embaras
total de fa contenance , & fa marche
à mouvement uniforme ; car , tout
cela compofe l'Economie de fa figure ;
ôtés lui fon fils le Marquis & le Chevalier
, petits enfans qu'elle dreffe devant
vous à la révérence villageoife , & qui
par fatalité,font toujours morveux quand
ils arrivent afin d'être, mouché du
mouchoir de la Mere; paflés- moi le portrait
; ôtés-lui , dis-je toutes ces chofes , il
ne vous reste plus rien de curieux chez
elle , fi ce n'eft la longueur ou le ton
pathétique des complimens qu'elle fait ,
quand elle eft en Ville .
2
Tout cela vû & entendu , le fujet
Ciiij
3 LE MERCURE
eft épuifé , les femmes de Qualité dans
ce pays, font un fpectacle bien plus varié:
Les definirai je en général ? Le projet
eft hardy ; n'importe .
La femme de Qualité a tous les défauts
de la Bourgeoife ; mais, pour ainfi die ,
tirés au clair par l'éducation & l'ufage .
Elle poffede un goût de hardieffe fi hûreux
, qu'elle jouit du bénéfice de l'effronterie
fans être effrontée . Pent- être ,
ne doit - elle cette indulgence , qu'à la
nature de l'efprit des hommes , faciles à
donner des droits plus amples à qui les
étonne par de plus fortes impreffions.
L'air de mépris le mieux entendu de
la femme de Qualité pour la Bourgeoife;
ce font fes careffes & fes honnêterez ;
& là- deſſus , rien n'eft plus poly que la
femme de Qualité , dit la Bourgeoife ;
l'innocente qui ne voit pas le ftratageme
, & qui ne fent pas que par cette politeffe
, la voila marquée au coin de fubordination
.
Dans la femme de Qualité , l'habillement
, la marche , le gefte & le
ton, tout eft formé par les Graces ; mais,
la Nature ne les a point faites ; ce ne
font point de ces graces qui font partie
néceffaire de la figure , que l'on a fans y
D'OCTOBRE. 33
penfer , qui nous fuivent par tout , qui
font. en nous , qui font nous mêmes ; ce
font des Graces de hazard, d'aprés coup,
que la vanité des Parens a commencées,
que l'exemple & le commerce aifé des
autres femmes ont avancées , & qu'un.
étude de vanité perfonnelle a finies.
Graces ridicules aux yeux raifonnables
, attirantes pour les jeunes gens ,
impofantes pour le peuple , inimitables
aux Bourgeoifes , quoique toujours copiées
par elles , voifines du mal dont
elles applaniffent les voyes , & peut- être.
le terme de l'orgueil .
Et voila, Mde, ce que l'on appelle , Air
du monde .
On ne peut aisément exprimer ce que
c'eltque
le commerce mutuel des femmes
de Qualité ; fans aller même jusqu'au
crime, tout eft jeu pour elles, jufqu'à leur
réputation ; & ce qui paroît incroyable ,
leur réputation même eft un jeu pour
ceux dont elles dépendent.
Parmi elles , attrappe qui peut , le dit
qui veut , un bon mot tire tout le monde
d'affaire ; elles font les Confidentes
les unes des autres, fe préftent réciproquement
fecours dans l'occafion , fe
promettent le fecret que réciproquement .
34 LE MERCURE
elles violent auffi ; la médiſance court ,
on la croife par une autre , & pendant
que la demande & la repartie amuſent
le Public, elles reftent en bonnes amies ,
fpectatrices des effets plaifans de leur
perfidie.
Il y a l'efpece des femmes tendres ;
ce font celles dont le coeur embraffe la
profeffion du bel amour ; leur éfprit
fourmille d'idées délicates ; elles aiment
en un mot , plùs par métier que par paffion
: Un Amant infidele met leur talent
au jour ; fans lui , on ne fçauroit pas qu'elles
ont mille graces attendriffantes dans
une affiction de tendreffe .
promena-
Il y a l'efpece des femmes coquettes
: Celles- la font l'amour indiftinctement
; ce font des femmes à
des , à rendés- vous imprudens ; ce font
des furieufes d'éclat ; elles ne languiffent
point , elles aiment hardiment , fe
plaignent de même ; c'eft pour elles , faveur
du hazard , quand on trouve un
de leurs billets d'intrigue ; tout cela va
au profit de leur gloire. Il y a les femmes
prudes ; ce font celles qui s'entefent
, non de l'amour de l'ordre , mais ,
de l'estime qu'on fait de ceux qui font
dans l'ordre : Elles font ordin airement
D'OCTOBRE. 135
âgées, cabale d'autant plus dangereufe,
qu'elle eft du côté des plaifirs dans une
oifiveté dont elle enrage. Je vous les
peindrai une autrefois , Mde, en achevant
l'article des femmes de Qualitez qui ne
fait que commencer & qui n'a rien
dit encore des exceptions avantageufes.
,
DISSERTATION
SUR LES PIECES
DE CORNEILLE ET DE RACINE
A M DE ***
MONSIE ONSIEUR ,
Je ne fuis pas fi broüillé avec Mr
De... que la Rénommée le publie : Je
vais vous rendre un compte fidele de
la prétendue querelle , dont on vous a
parlé un peu malignement. Je compte
que vôtre fcandale ceffera , lorfque vous
aurez vû de quoi il a été queftion entre
nous. Nous allâmes Mr De ... &
moy ; la femaine derniere , à la maifon
de Campagne de la Marquife De ...
Vous fçavez qu'elle eftime infiniment
36 LE MERCURE
fort
Racine ; mais , vous ne fçavez peut- être
pas que Mr De ... n'en fait pas
grand cas , & qu'il n'a jamais pê fouffrir
qu'on fit à cet Auteur , l'honneur de le
mettre en parallele avec le grand Corneille
. La Marquife De .. engagea la converfation
fur les ouvrages de Théatre , &
demanda quel jugement nous portions
de Pierre Corneille . Mr De ... ſe hâta
de l'élever jufqu'aux Cieux , & dele faire
primer fur Sophocle , fur Euripide
& même fur Racire . Pour l'emporter fur
Sophocle & fur Furipide , dit la Marquife
, c'eft ce que j'ignore , mais j'ofe
le croire inferieur à Racine , & j'en
prends , dit- elle, en me montrant , Mr
à temoin : Je ne fçai , réprit nôtre ami ,
d'un air un peu ferieux , fi Mr donne
la préférence à Racine ; mais , il feroit
aifé de le détromper, en comparant l'un
avec l'autre . Que faire Mr. dans des
circonftances fi embaraffantes : Accepter
le défi ; c'eftoit s'expofer à rompre avec
nôtre ami. Abandonner le parti de la
Marquife, me paroiffoit peu galant; d'ail
leurs , c'étoit trahir mes propres fentiments
. Enfin,me voyant dans la néceffité
de choifir entre les deux perils , je me determinay
à courir le plus noble Nous
D'OCTOBRE.
37
voilà aux mains. Nôtre ami commença
par me lancer les grands traits que lui
fournirent le Cid , Cinna , Pompée , & quelques
autres piéces fuperieures de Corneille
Aprés ce préliminaire faftueux ,
ilfe mit en régle. Pour juger fainement
du mérite des deux Emules , ne pré- .
nons,dit-il,qu'une pièce de chacun . Je ne
propoferai point le Cid , continua- t -il, ce
feroit trop vous embaraffer. Paffons à
une autre. Pour le Cid , lui dis-je , il eft
vray que j'aurois peine à trouver de quoy
lui oppofer. Racine ne fçait pas renfer
mer dans une feule pièce, autant d'avantages
, que Corneille la fçût faire dans
celle-là. Je n'en vois point où il faffe rire
& pleurer tout enfemble , où il ait
l'art , de renfermer en un feul jour,plus
d'actions qu'il ne s'en pouroit moralement
paffer enun mois : Où il enrichiffe
fa langue de nouvaux mots , & qui
ont été fi refpectez , que depuis , on n'a
point ofé s'en fervir : & ce qu'il y a de
plus admirable, où il ménage fesActeurs
avec tant d'adreffe , qu'il les laiffe repofer
préfque à chaque fcéne . Enfin , je
n'y vois point tout ce que l'Académie
& Mr Scuderi ont fi juftement critiqué ,.
& où vous permettrez que je vous ren38
LE
MERCURE
voye . Tout ce que vous en dirés , réprit
nôtre ami , n'empêchera pas pourtant
que le Cid ne foit le plus beau Poëme
que nous ayons . Mais, venons dit- i !,
à quelque piéce de Racine. Je devine
que vous me propoferez Phédre , comme
le modele des Tragedies. Cependant ,
avec le fecours que Racine a pris
dans Euripide ; Mr de Fénelon ne l'a
point trouvée fi parfaite , qu'en deux
mots , il ne nous y faffe voir de grands
défauts. Par exemple, cet amour d'Hippolite
fi inutile & fi contraire à fon caractere
, amour qui ne fert qu'à rendre
le fpectacle double . Ce recit fi pompeux
de la mort du Heros , déclamation
fleurie qui dément la douleur de Theraméne
; tous ces défauts , dis- je ,ne les érigerez-
vous point en perfections . A cela
Mr , lui dis-je , je pourois vous répondre
que tout ce que Mr de Fénelon condamne
, n'eft pas également condamné
de tout le monde ; & quoique je n'aye
jamais les ouvrages de cet illuftre
Prélat que pour les admirer , on me permettra
de dire , que le Parallele par exemple,
qu'il fait de Martial &d'Ovide ,
n'eft pas fort juste : Et quel autre que lui ,
a jamais reproché à Ovide d'être forD'OCTOBRE.
39
cé dans fes penſées ? Certainement , fila
Poftérité a toujours regardé ce Poëte
comme le plus fpirituel de l'Antiquité ;
elle ne lui à jamais difputé la gloire d'être
le plus naturel ; le reproche que Mr
de la Bruyere fait à ces Auteurs , qui ne
fe fervent de ce qu'ils ont puifé chez les
Anciens, que pour les combattre , & qu'il
compare à ces enfants drus & forts d'un
bon laict , qui battent leur nourrice ; ce
reproche, dis- je, ne pouroit- il point tomber
fur Mr de Fénelon . Cette belle &
féconde imagination qui paroît dans fes
écrits , cet art de faire plufieurs defcriptions
d'une même chofe , & toujours
avec un nouveau tour & un nouvel
agrément , tout cela reffemble fi fort
au caractére d'Ovide ; que fi Mr de
Cambrai n'y a pas puifé ces avantages ,
du moins , devroit - il épargner un homme
avec lequel il a tant de raport. Mr de
Cambrai ne me paroît pas plus heureux ,
dans la critique qu'il fait de cet endroit
de l'Avare de Moliere , où Harpagon
qui met un Valet dehors , & toujours
inquiet , fi on ne le vole point ; lui demande
à voir fes mains : Aprés les avoir
vues, montre-moi les autres , dit - il . Je
foutiens contre Moliere , dit Mr de Fé40
LE MERCURE
•
nelon , qu'un Avare qui n'eft point fou ,
ne va point jufqu'à vouloir regarder
dans la troifiéme main de l'homme qu'il
foupçonne l'avoir volé. J'avoue avec
Mr de Fénelon , que cette action n'eſt
pas d'un homme qui a tout fon bon fens ;
mais,depuis quand les paffions , fur tout
quand elles font auffi violentes, qu'eſt
celle que Moliere nous repréfente dans
Harpagon , ne font -elles plus faire de
folie? Selon cette critique, ilfaudroit condamner
tout le caractére d'Harpagon .
Un homme fans être fou , dirai-je à M¹ de
Cambrai , aprés avoir foüillé par tout, le
même homme qu'il foupçone l'avoir volé,
ne va point jufqu'à lui dire , rend- moi ,
fans te foüiller, ce que tu ma pris. Un Avare
ne peut dire ,fans être fou , qu'il veut
faire arrêter la Ville & les Fauxbourgs ,
pour ravoir un argent qu'on lui à volé ,
& tout ce que dit Harpagon , dans la
derniére fcéne du quatrième Acte. Je dirai
encore qu'il faudra retrancher les
traits qui peignent le mieux les paffions,
par exemple , celui- ci du Misantrope, à
qui on confeille de folliciter les juges
pour fon procés,de crainte que fa Partie
ne l'emporte par la faveur.
Je
D'OCTOBRE.
41
Je voudrois m'en couta-t- il grand'chofe
Pour la beauté du fait , avoir perdu
ma caufe.
Mais , ne nous écartons point , & revenons
à la critique qu'il fait de Phédre.
Mr Racine , dit Mr de Cambrai , a fait
un double fpectacle, en joignant à Phédre
furieufe, Hippolite foupirant contre fon
vrai caractere . A cela , je n'ai d'autre réponfe
à faire , que celle que Mr Racine
me fournit lui - même dans la préface
de cetteTragédie : Qu'il falloit don
ner quelque foibleffe à Hippolite , de
crainte que fa mort ne caufa plus d'indignation
que de pitié , fans lui ôter cependant
cette grandeur d'Ame , avec laquelle
il aime mieux fe laiffer opprimer
que d'expofer l'honneur de Phédre. Ce,
Amour encore , ne rend point le fpec- t
tacle double , puifqu'il ne fait pas l'action
principale , & qu'il ne fert qu'à faire
mieux connoître l'action que le Poëte
veut principalement reprefenter. Je
veux dire, à montrer toute l'étendue de
la fureur de Phédre , par la jaloufie
qu'allume dans fon coeur ,l'amour d'Hippolite
pour Aricie. Or , fi cette action
n'eft pas l'action principale ; mais ferr :
D
12 LE MERCURE
feulement à fortifier le principal Caratére
; on n'a pas plus de droit
de le condamner qu'on en auroit à
condamner un Peintre qui par exemple,.
voulant peindre le facrifice d'Iphigénie
, ne la repréfenteroit pas feule au
pied de l'autel avec Calcas ; mais ,y adjouteroit
tous les Princes Grécs. Ménélaus
fonOncle avec un vifage afligé ; Agamemnon
, avec un voile fur fon vifage ,
pour cacher la tendreffe paternelle aux
Chefs de fon armée ; Clitemnestre , com
me défefperée , à caufe que toutes les
actions accompagnent cette pieufe cérémonie
qui feroit foible & denuée de
fes agréments , fans ces circonstances . Il
n'eft pas plus vrai que cet amour d'Hippolite
foit contraire à fon caractére
puifque Virgile dit que ce Prince époufa
Aricie. Il fuffit que Racine ait tellement
ménagé cette paffion dans ce
Prince , que loin de nous la reprefenter
comme fon occupation ordinaire , Hippolite
paroiffe fi nouveau dans l'amour,
que la maniere dont il s'exprime , ne
ferve qu'à fortifier l'idée que nous avons
de ce Prince. La premiere idée que nous
avons d'Hercule , n'eft certainement
D'OCTOBRE. 43
point d'un Prince foupirant & amoureux
; cependant , on auroit tort de blamer
un Auteur qui nous, le repréfenteroit
dans quelques circonftances de fa
vie, aux pieds de Déjanire & d'Ioles.
Venons préfentement à la critique ,
que le même Autheur fait du recit de la
mort d'Hippolite . Rien n'est moins naturel
, dit Mr de Cambrai , que la narration
de la mort d'Hippolite ... Theramene
qui vient pour apprendre à Thefée
la mort funefte de fon fils , ne devroit
dire que ces deux mots , & manquer
même de force pour les prononcer
diftinctement. Hyppolite eft mort : Un
Monftre envoyé du fond de la Mer par
la colere des Dieux , l'a fait périr , je l'ai
vû. Un tel homme faifi , éperdu , fans
Haleine , peut- il s'amufer à faire la def
cription la plus pompeufe & la plus fleu--
ric. Hé quoi ? Mr de Cambrai n'a- t - il jamais
remarqué qu'un homme faifi de la
douleur la plus violente , qui a l'imagi
nation troublée d'un fpectacle auffi tragique
, qu'est celui dont Theramene:
vient d'être temoin , exagere toujours
fur ce qu'il à vui. Comme il veut infpirer
aux autres toute l'horreur dont il
eft faifi , fa douleur lui fournit quelque-
Dij
44 LE MERCURE
fois les expreffions les plus fortes , & les
plus energiques ; les moindres circontances
mêmes ne lui échapent point :
Mais , pour preuve que ce recit eft fondé
far la Nature, je citeray l'avide attention
du Spectateur , la furprife dont il
eft frapé , l'émotion douloureuſe dont
il eft faifi ; le dirai-je ? Ces larmes qu'il
répand fur le fort du malhûreux Hippolite
.
Enfin , toutes ces voix qui s'élévent
pour aplaudir , & qui forment , comme
la voix de la Nature , ne doivent- elles
pas faire foupçonner que tant de beautez
qui fe trouvent dans ce récit , ne
font point fi déplacées & fi contraires
à la reffemblance , que le foutient M. de
Fénelon ?
Nôtre ami affés embaraffé , & n'ayant
peut-etre pas de quoy répondre , me
dit , que quand il feroit vray que ces.
endroits feroient excufables , & qu'il y
auroit de grandes beautés dans Phedre,il
ne s'en-fuivroit pas que cette piéce dût
l'emporter fur les meilleures de Corneille
: Qu'elle devoit toujours céder à
Cinna , Pompée , Nicomede , Sertorius
&c. Il est vrai , répondis- je, que ces piéces
ont dignes de nôtre admiration ; mais,,
D'OCTOBRE ,
45
cela n'empêchera point de dire que leurs
beautés font alterées par beaucoup de
défauts: Cinna par exemple, qui eft une
des piéces les plus exactes de Corneille,
n'eft pas fans imperfections. Le commencement
, comme remarque Mr Defpreaux,
eft trop plein d'Emphafe ; la fin
ne me fatisfait pas pleinement ; quand
j'ai veu Cinna accablé de biens de la
part d'Augufte , & dans le temps même
qu'il veut partager avec lui fa puiffance ,
fonger encore à l'affaffiner ; je doute de
la fincérité des fentiments de ce même
Cinna;lorfqu'Augufte lai pardonne , rien
ne me répond que ce Courtifan ne fera
plus traitre. Et Corneille a fi bien fenti
ce defaut, que pour renvoyer les élprits.
tranquiles, il fait parler Livie comme infpirée
des Dieux , qui affûre Augufte
d'une foy inviolable de la part des Romains
: Mais, cette prophetie a paru fi peu
naturelle , qu'on a mieux aimé la retrancher
dans la repréfentation. Je ne puis encore
fouffrir fans indignation , Cinna ,
confeiller à Augufte de retenir l'Empire,
de le voir fe jetter à fes pieds,l'en conjurer
au nom de Rome; & cela, pour avoir
un prétexte de l'affaffiner. Ce trait eft ſi
lâche que la tyrannie & les fureurs
4.5. LE MERCURE
d'Augufte ne me préfentent rien de fr
odieux . Pour ce qui eft de Pompée , je ne
fçaurois m'empêcher de rendre juftice
à cette pièce ; je ne vois rien au deffus
de la grandeur d'Ame que j'y rémarque
:Toute la grandeur Romaine, eft à
fon comble dans la perfonne de Corne
lie : Je lis toujours avec un nouveau
plaifir , tout ce que cette Princeffe dit
à Céfar ; mon ame s'éleve au deffusd'elle
même , & il me femble que les
fentimens de cette Romaine paffent
dans moi. Enfin , plus je lis cette pièce , &
plus je doute fi les Romains ont plus fait
pour Corneille , que Corneille a fait
pour les Romains . Mais avec tout cela ,
cette Tragédie n'a jamais paffé pour
être dans les regles : Et aprés le troifiéme
acte , il femble que ce foit une nouvelle
action , dont la mort de Ptolomée
& des Complices fait le dénouement.Si
je fuis charmé de Pompée , je ne le fuis
pas moins de fon Horace Toutes les
paffions y font raffemblées avec un Art
admirable;laFureur & l'Amour,la Crainte
& la Terreur y font parfaitement exprimées.
J'aime à y voir Sabine foeur des
Curiaces , que Corneille fuppofe êiremariée
avec l'Aîné des Horaces , qui op-
.
D'OCTOBRE.
47
pofe toutes les paffions d'une Epoufe à
celles de Camille qui n'étoit qu'Amante.
Enfin , fi on retranche le cinquiéme
acte , qui eft hors d'oeuvre & qui ne fert
qu'à faire languir la pièce , l'ouvrage eft
entier. Je trouve dans les derniers actes
de l'Oedipe , de grandes beautés, mais , je
ne puis fouffrir le commencement de
cette piéce.Dans une confternation auffi
grande qu'eft celle où fe trouve la Cour
d'Oedipe, ce n'eft gueres le rems de parler
d'amour ,& encor moins de mariage :
Toutes ces idées m'écartent de l'unique
que je devrois avoir , m'arrachent à
l'horreur que le fujet de cette pièce doit
m'infpirer J'ay veu des perfonnes inftruites
de l'hiftoire d'Oedipe, démander
à la fin dù fecond acte , quelle piéce on
reprefentoit.
:
Je fçai queCorneille repond à cela, qu'il
a voulu par cet épifode qu'il apelle heureux,
ménager la délicateffe des Dames :
Certainement, les Dames n'ont point un.
goût contraire à celui de la Nature ; &
je fuis fûr que les feules avantures d'Oëdipe
ménagées avec art , ne leurs auroit
pas moins plû, que je fuis certain que
le froid amour de Dirce leurs déplaît .
Mais enfin , reprit la Marquife , quand
48 LE MERCURE
même la piéce auroit infpiré de l'horreur
, le fujer y préparoit affés , & il ût
encore mieux valu bleffer la délicateffe
des Dames , que de pecher contre la
vrai-femblance & contre la raison . Mais
M. achevez de nous dire vôtre fentiment
fur les autres Piéces de Corneille ;
car , je vois que M.de...brûle d'envie
de fe venger fur Racine . Nicomede , repris-
je , et une des Piéces ou Corneille
a le plus excelle : Quoiqu'elle foit
d'une conduite extraordinaire , & qn'il·
n'y ait ni tendreffe ni paffions , la grandeur
de courage y tient lieu de tout . Je
remarque avec plaifir le difciple d'Annibal,
braver la grandeur Romaine & l'emporter
fur cette orgueilleufe République ,
par la hauteur des fentimens & par- la.
force du courage
.
J'admire Laodice qui méprife un Trône
qu'elle tiendroit d'une autre que
d'elle-même: J'aime à la voir réſiſter
aux confeils de Prufias , & refufer d'écouter
l'Ambaffadeur Romain,chargé de
luy propofer un himen qu'elle déteite .
Recevoir Ambaffade en qualité de Reine ,
Ce feroit à vos yeuxfaire la Souveraine ;
Car, hors de l'Arménie , enfin je ne fuis
rien ,
D'OCTOBRE. 49
Et ce grand nom de Reine , ailleurs ne
m'autorife
Q'è n'y voir point de Trône à qui je
fois foumife ;
A vivre indépendante & n'avoir en tous
lieux
Pour Souverains , que Moi, la Raifon &
les Dieux.
J'aurois cependant voulu que Corneille
ût donné plus de grandeur d'ame
à Flaminius , & moins de foibleffe à Prufias.
Quelqu'élévation que je trouve
dans Nicoméde , j'en vois encote davantage
dans Sertorius ; c'eft dans cette
Piéce où Corneille a pris plaifir à déployer
fon ame entiere. Je fuis fi faifi
des grandes beautés que je trouve dans
l'entrevûë de Sertorius & de Pompée ,
que fi cette Piéce a des défauts , elles
m'ôtent la liberté de les voir : Voilà,
continuai- je rendre juftice à Corneille ;
mais avec tout cela , je le crois encor inferieur
à Racine ; & par quel endroit ,
reprit nôtre ami ; feroit - ce par défaut
de régularité Mais ; fi on vous en faifoi
voir autant dans Racine , luy donneriez
vous encore la préférence ? Oiii M. re
pondis- je, je le croirois encore fupérieu
O &tobre
1717. E
so
LE MERCURE
par la délicateffe des fentimens , par le
choix heureux de fes fujets , par la beauté
des vers , par la maniere vraie dont
il dévelope la Nature ; & que n'ajoûtez
-vous encore , par la grandeur des
fentimens ? Dit M. de ... Pour l'élévation
, repris-je , Corneille en a peuteftre
plus , quoique Racine n'en manque
pas , & qu'il en faffe voir autant que Corneille
dans de certains endroits . Ah , celui-
là eft nouveau ! Reprit nôtre ami ,
en s'éforçant de rire ; autant de grandeur
d'amé dans Racine que dans
Corneille ! Faites le nous un peu voir,
& ouvrez les yeux du Public qui ont
efté jufqu'aujourd'hui fermez : Ce fera
M. luy dis-je , lorfque vous m'aurez
fait voir cette irregularité que vous
reprochez à Racine. Comme cela nous
meneroit un peu loin , reprit M. de ...
& que nous n'avons déja que trop difputé
en prefence d'une fi aimable Dame ;
nous en parlerons une autrefois : Auffibien,
aurez- vous le loifir de feuilleter
vôtre Racine, pour chercher ce fublime
que vous devez comparer à celui de
Corneille. Dailleurs, j'aurois de la peine
à condamner en prefence de Madame ,
un Auteur pour qui elle témoigne tant
d'attachement.
D'OCTOBRE.
SI
En verité Mr , reprit la Marquife en
fouriant , il faut que vous me croyez bien
peu généreufe , de croire que je veuille
fauver Racine de vôtre critique ; apré
avoir été témoin du traitement févér
qu'on a fait à fon Emule : Non-Mr, com™
battez avec courage ; je vous prie de ne
faire aucune grace à nôtre Heros ; il n'a
aucun befoin d'indulgence : Nôtre ami
commença donc par attaquer Andromaque
. Je ne conçois pas , dit-il , comment
Racine , qui s'eft fur tout appliqué à la
régularité dans toutes les pièces , a mis
dans fon Andromaque une double ac
tion. L'amour de Pyrrus pour Andromaque
, & les répugnances de cette Princeffe
pour Pirrus devoient fuffire , fans joindre
encore l'amour d'Orefte pour Hermione
qui caufe la duplicité d'action .
D'ailleurs , le Caractére d'Orefte eft fi
odieux , qu'en le retranchant , il auroit
ôté un défaut de fa piéce , fans lui ravir
aucune beauté : Je ne vois dans ce Prince,
qu'un Furieux qui ne parle que d'enlevement,
de mort , & dont l'ambaffade
fe termine par le plus lâche des Parricides.
Il est vrai , dis- je , que Racine a
eu tort de nous reprefenter ce Prince
avec un Caractére fi violent. Qui ne
E ij
52 LE MERCURE
fçait que jamais homme ne fut plus tránquile
qu'Orefte ? Mais , que veulentces
fureurs qui s'emparent de ce Prince à
la fin de la piéce?
Mais, quelle épaiffe nuit tout à coup m'environne
>
De quel côté fortir , d'où vient que je
frifonne ?
Quelle horreur me faifit , grace au Ciel
j'entrevois
Dieux , quels ruiffeaux de fang coulent
au tour de moy.
..... quoy Prrus , je te rencontre encore?
Trouverai-je partout un Rival que j'abhorre:
Percé de tant de coups , comment t´es- tu
Sauvé ,
Tiens , tiens , voilà le coup que je t'ai
réservé?
Mais, que vois-je à mes yeux, Hermione
l'embraffe?
Elle vientl'arracher au coupqui le menace;
Dieux , quels affreux regards elle jette
fur moi!
Quels Démons , quels Serpens traînet'elle
apres foi !
Hé bien Filles d'Enfer , vos mains fontelles
prêtes?
D'OCTOBRE. 53
Pour quifont ces Serpens qui fiflent fur
vos têtes ?
A qui deftinés- vous , l'appareil qui vous
Suit ?
Venez- vous m'enlever dans l'éternelle
nuit ?
Venez , à vos fureurs Orefte s'abandonne
;
Mais non , retirés- vous , laiffez faire
Hermione :
L'ingrate mieux que vous , sçaura me
déchirer ,
Etje lui porte enfin , mon coeur à dévorer.
Ne feriez- vous point tenté , continua-
t'il , d'oppofer ce morceau de Racine
, aux plus grands traits de Corneille
; ce n'en est pas un des moindres ,
répris-je , ni l'unique, comme il fera aifé
de vous le faire voir ; lorfque vous aurez
achevé de nous dire vôtre fentiment
fur les autres piéces de Racine .
Britannicus , reprit nôtre ami , qui eft
la piéce que Racine avoue avoir le plus
travaillé , n'eft pas à beaucoup - prés
fans défauts; témoin cette confiance qu'a
Britannicus enNarciffe contre toute vraifemblance.
Britannicus , aprés la froideur
que Junie a été obligée de lui té-
Eiij
14 LE MERCURE
moigner; Britannicus , dis-je , la croyant
infidele , & ne la pouvant cependant
bannir de fon coeur , demande à Narciffe
dans la fixième fcéne du troifiéme
acte ; s'il ne peut plus voir Junie . Narciffe
répond qu'elle reçoit les voeux de
Néron fon nouvel Amant. Junie arri
vant dans le moment , l'affûre d'une
amour éternelle , lui découvre la caufe
de la froideur qu'elle lui a temoignée , lui
dit que Néron P'écoutoir & lui ordonnoit
de feindre : Tout cela devroit être
plus que fuffifant , pour prouver à Britannicus
que Narciffe le trahiffoit ; cependant,
au commencement du cinquiéme
acte , le même Britannicus , pour
prouver à Junie que Neron eft réconcilié
avec lui de bonne- foy , lui cite en
core le témoignage de Narciffe .
.
Que dis-je , il reconnoît ſa derniere
injuftice ,
Ses remords ont paru même aux
yeux de Narciffe ;
Ah ? s'il avoit dit ma Princeſſe à
quel point .
Et fur ce que Junie lui répond ;
D'OCTOBRE.
35
Mais , Narciffe , Seigneur ne vous
trahit-il point ?
Britannicus que tout doit porter à la
défiance , lui dit.
Et pourquoi voulés vous que mon
coeur s'en defie ?
Vous me dirés peut- être,que Britannicus
qui a le coeur bon & fincére,juge icy
des autres par lui même ; mais , à moins
de vouloir abfolument fermer les
yeux ; on ne peut être crédule juſqu'à
que
cet exces.
Pour l'Alexandre , je n'en dirai préfque
rien , aprés la differtation qu'en a
faite Mr de S. Evremont. J'adjouterai
feulement que je ne puis fouffrir qu'un
Prince tel que nous eft dépeint Porus
dans toute la piéce , amoureux de la
gloire au deffus de ce qu'on peut dire ,
qui avoit trouvé Alexandre trop lent à
traverfer l'Afie & à venir l'attaquer ;
je ne puis, dis - je , fouffrir , que ce grand
coeur foit cependant prêt à facrifier cette
même gloire à une Maîtreffe ; voici
comme il parle à Axiane .
E iiij
55 LE MERCURE
Ab ? Madame , arrêtés , & connoiffes
ma flame >
Ordonnés de mes jours , difpofez de
mon Ame;
La gloire ypeut beaucoup , je ne m'en cache
pas ;
Mais , que n'y peuvent point tant de divins
appas ?
*
Je ne vous dis plus rien , parlés en Souveraine
;
Mon coeur met à vos pieds ,
Sa haîne.
.
fagloire
y a encore un endroit dans Mitridate
, qui ne me paroit pas tout -à - fait
excufable : Je ne fçai pourquoi Arbate
accufe Pharnace , d'aimer Monime
Maîtreffe de Mithridate; tandis qu'il épargne
Xiphares. Vous me dirès qu'il
eft attaché à Xiphares . Mais enfin , étant
inftruit de l'amour de celui- cy pour Monime
, il me femble qu'il ne devoit pas
plus accufer Pharnace que Xiphares , ou
plutôt,qu'il devoit déguifer l'amour de
l'un comme celui de l'autre ; cela feroit
plus généreux : Pharnace accufé , tandis
que fon frere ne l'eft point , me fait
quelque pitié ; & je m'intereffe un peu
moins au fort de Xiphares . PermettésD'OCTOBRE
57
moi encore de dire deux mors fur Iphigénie
. Je ne prétends pas être le feul
qui refufeà cette piéce , les louanges
qu'elle merite . On peut dire que les Caractéres
font parfaitement bien confervés.
Agamemnon y eft peint avec tout
l'orgueil & toute la fierté des Atrides .
J'y reconnois Achille agiffant , fier ,inéxorable
, croyant que les Loix lui doivent
céder , & ne connoiffant que la
force pour tout droit dans fes entreprifes.
Le refpect & l'aveugle obeiffance
d'Iphigénie , jufqu'à être prête à facrifier
la vie au premier ordre de fon Pere ;
me font prendre un fi grand intereft
à fon fort , que non feulement, j'ap .
prouve la fureur d'Achille ; mais que
je crains qu'elle ne foit impuiffante à
conferver la vie à cette Princeffe. Troye
ne me paroit pas un prix digne d'un fang
fi précieux. Clitemneftre me fait voir
les fentiments les plus vifs d'une Mere
tendre & défolée . Enfin,il ne manque à
cette piéce , qu'un fondement plus folide.
Cette piéce ne roulé que fur l'égarement
de chemin de Clitemnestre &
d'Iphigénie . En voila affés, continua nôtre
ami , pour vous faire voir que Racine
eft au deffous de Corneille ; puif58
LE
MERCURE
qu'outre ces defauts vous ne nous ferez
jamais voir dans Racine, l'équivalent
du fublime de Corneille .
Comme Racine, répondis- je , ne s'eft
pas principalement attaché au fublime ',
je m'en fuis tenu à dire , qu'il a autant
d'élévation que Corneille , dans les endroits
où elle eft néceffaire : Et que
voulez - vous de plus grand que Porus ?
Quoi qu'il foit grand prefque par tout ,
je ne raporterai que quatre vers ; c'eft
lorfqu'il répond à Taxile qui lui vante
Alexandre.
Oui , je confens qu'au Ciel on éleve
Alexandre ;
Mais ,fi je puis Seigneur , je l'en
ferai defcendre ;
Et j'irai l'attaquer jufque fur
les Autels
Que lui dreffe en tremblant le
refte des Mortels.
Voyez le caractére d'Andromaque
, de Burrus , de Mitrhidate , de Joud
dans Athalie ; adjoutés encore que Racine
traite infiniment mieux les paffions
que Corneille : Voulez - vous voir la
violence dé l'amour , vous les verrés
D'OCTOBRE.
59
dans l'Andromaque ; toutes les fureurs
dans Phedre: La Delicaleffe , la Jaloufie
, l'Inquiétude qu'il caufe dans Bajazet.
J'ofe avancer que tout ces effets ne
feront jamais mieux dans leur jour.Tantôt
je vois une Amante dans Atalide ,
qui d'abord confent à voir fon Amant
entre les bras d'une autre , plutôt que
de le voir perir ; & qui un moment
aprés, s'en répent. Peu- t- on jamais rien
dire de plus tendre , que ce qu'elle dit
à Bajazet dans la cinquiéme fcéne du
deuxième acte ; On voit dans Roxane ,
uneAmante que la Jaloufie rend furieufe;
qui veut perdre fon Amant , qui ordonne
fon fupplice , parce qu'elle eft
toujours maitreffe de le fauver. Mais
qui , fur l'ordre qu'elle reçoit d'Amurat
de faire mourir Bajazet , change tout à
coup de fentiment, & ne ppeennffee plus
qu'à le fauver. Enfin Mr , quand je conviendrois
avec vous qu'en général Corneille
éleve plus l'éfprit , il faudroit que
vousconvinifies que Racine feait toucher
plus le coeur. Mde De ... craignant
que nôtre difpute ne nous entrainât
trop loin , demanda grace aux Difputans
, & fit changer d'objet la converfation.
60- LE MERCURE
*OUTHCE & ANTISE
LA POUDRE
POEME
Muſe , raconte- moi, quel Mortelfurieux
Ofa contre nos jours nous rendre indufrieux
;
Et montrant aux Humains l'art d'aſſonvir
leur rage ,
Du falpêtre & du foufre inventa l'altiage.
L'intérêt feul moteur des avides Mortels
,
Avoit de l'innocence ufurpé les Autel's ;.
Et déja plufieurs fois , le flambeau de la
guerre
Avoit vengé le Ciel des mépris de la
terre :.
Mais lefoufre tiré des antres fouterrains,
N'avoit encorfervi qu'au falut des Humains.
Sans cefecours fatal , dans fafureur ex-
1- trême ,
L'Homme fçavoit affez fe détruire luimême.
D'OCTOBRE 61
L'Enfer en triomphoit ; le vieux Nocher.
des Morts
Les voyoit à grands flots arriverfur fes
bords.
L'implacable Alecto , feule peufatisfaite,
Ne reffent de ces maux qu'une joye imparfaite
>
Et croit que les malheurs des Mortels infenfez
,
Pouvant être plus grands , ne le font pas
affez.
L'infipide lenteur d'une fureur vulgaire ,
Dut-elle , plus long- temps ne peut me fatisfaire
,
Achevons nôtre ouvrage , & par d'antrés
fleaux
Méritons des Enfers des éloges nouveaux.
Impuissant ennemi de tout ce qui refpire ,
C'est par moi que Pluton voit fleurirfon
Empire ;
Vainement la Difcorde eût agité les
coeurs >
Son fouffle n'eût produit que de vaines «
fureurs.
Du glaive meurtrier , j'armai l'humaine
rage ,
De l'arc, desjavelots je lui traçai l'image ,
Mais cefroid appareil commence à m'ennuyer
;
62 LE MERCURE
Apprenons aux Mortels l'art de fe foudroyer.
Elle dit , & d'un vol que l'ardeur pré-
- cipite ,
Elle quitte les bords du ténébreux Cocite
Confpirant aufuccés de fesfuneftes voeux,
La nuit d'un voile épais couvre fon vol
affreux.
Dans ces lieux * qu'en naiſſant arroſe le
Danube ,
Un Mortel , digne fruit d'une nouvelle
Hecube , *
Exerçoit d'Apollon * l'art utile aux humains
,
Heureux , s'il eût toûjours ſecondé ſes
deffeins ?
Précieux aux Moriels , & cher à leur
mémoire ,
Son nom n'auroit jamais fait horreur
à
l'Hiftoire
.
*
L'Allemagne.
* Hecube avant d'accoucher de Paris,
crut en fonge accoucher d'un flambeau
qui embrafoit Troye .
* Dieu de la Médecine ..
* Polidore Virgile dit que le Ciel n'a
pas voulu que fon nom paffat à la Poftérité
.
D'OCTOBRE.
T3
Empirique orgieilleux de fes nouveaux
Secrets ,
Alecto le croit propre à remplir fes projets':
Elle arrive , & n'ofant lui découvrir fa
rage ,
Elle prend de Pallas les traits & le langage.
Dans les bras dufommeil be Mortel retenu
,
Eft foudain ébloui d'un éclat inconnu.
Heureux mortel , lui dit la trompeufe
Furie ,
Aux leçons de Pallas prête ton induftrie :
Quelle gloire attends- tu de tes travaux
divers ?
Par unfeul tu pourrois étonner l'Univers..
Sous mes loix déformais , arbitre de ta
guerre ,
Enfeigne l'art de vaincre aux Héros de
la terre ;
Et la foudre à la main , fur les pas des
Céfars ,
Va du fort des combats difputer avec
Mars.
Obferve , écoute. Alors , l'Euménide
cruelle ,
Des bombes , des mortiers lui trace le modelle
;
64 LEMERCURE
Lui dit quels minéraux , quel bois , quelle
liqueur
Doivent former la foudre & femer la
terreur.
Lui peint en treffaillant , le glorieux ravage
Que vapar tout caufer ce facile alliage :
Et pour en achever le fidele tableau
و
Elle expofe à fes yeux ce Chef - d'oeuvre
थे
nouveau ;
L'allume , & dans l'inftant lamatiére enflammée
Luit , éclate , produit une épaiffe fumée.
Tels on voit en bruyant , s'élever dans les
airs
Les feux qu'Ethna vomit de fes antres
divers .
Titán même au milieu de fa vafte carriére
,
Ne répand à l'entour qu'une foible lumiére.
Le fommeil prend la fuite , effrayé de ce
bruit.
Fille de Jupiter , dit le Mortelféduit ",
Vous l'ordonnez , je vais ,
fidele ,
१
vos ordres
Faire prendre aux combats uneface nouvelle.
Flaté du faux espoir de fe rendre immortel
, Il
D'OCTOBRE.
es
се
t,
-es
I fait des minéraux l'alliage cruel.
Puiffe-t-il le premier , ce Pérille * barbare
,
Faire l'effai fatal des maux qu'il nous
prépare ?
Dans de vaftes fourneaux , des riviéres
d'airain
Prennent bientôt la forme utile à fon
deffein :
Le cruel s'applaudit d'en voir comme d'un
gouffre,
Et
Sortir avec éclat le falpêtre & le fouffre ;
marquant teur vertu par des coups
effrayans ,
Pouffer avecfureur des globesfoudrayans
Contre eux dans les combats l'adreffe eft
inutile ,
Un Therfite avec eux , fait autant qu'un
Achille.
Ils ne laiffent par tout , plus prompts que
les regards ,
Que des corps ravagez & des membres
épers.
De Morts & de Mourans unfunefte carnage
* Pérille fut l'Auteur de ce fameux
taureau d'airain de Phalaris. Il y fut enfermé
le premier.
F
Il
66 LE MERCURE
Marque à l'inftant le lieu de leur cruel
paffage.
Les nouveaux Iliums fur leurs rocs fourcilleux
Malgré leurs fiers Hectors , fuccombent
avec eux.
Leurs tours , où la terreur & la mort fe
répandent .
Croulent au premier choc fur ceux qui les
défendent.
Ceuxque l'âge ou le fexe éloigne des combats,
Sous leurs toits foudroyez rencontrent le
trépas >
Où vomiſſantfondain lesfeux qu'elle recèle
,
Laterre fous leurs pas ouvre unſein infidele
.
Tu le vois , Jupiter , dans fes cruels projets
Ce Salmonée au bruit fçait unir les
effers.
Sans en êtrejaloux , peux-tu voir fur la
terre
Salmonée fut foudroyé pour avoit
feulement imité le bruit de la foudre.
D'OCTOBRE 67
L'Homme ufurper le droit de lancer le
tonnerre.
Viens , Deeffe des Bois , & malgré les
Enfers ,
Reads cet artfurieux utile à l'Univers.
Que l'homme fur tes pas renonçant àſa
rage ,
N'en faffe déformais qu'un innocent
ufage.
+ * Diane Déeffe des bois & de la
chaffe.
Nil mortalibus arduum eft. Hor;
LA TO CANNE
PAR M. DE ...
N'A quére avois dans un accés de
goute ,
Juré de par le Benoiſt ſaint Martin ,
Que ne boirois , quelque cher qu'il m'en
coute ,
De mesbuyplus une goute de Vin.
Bien me trouvois de ce fage régime ;
De plus en plus ferme en cette maxime ,
J'oubliois jà ce jus délicieux ;
Quand un enfant vint s'offrirà mes yeux ,
Fij
68 LE MERCURE
Qui dans Ai nefaifoit que de nitre .
Qu'il étoit beau , vif, piquant,gracieux !
A peine le vis-je paroître
Que foudain de ma bouche , il paffa dans
mon coeur,;
Ily remit battement & chaleur :
Puis tout à coup , réchauffant ma pensée
Par l'Eau déja toute glacée ,
Il rappella par fes douces vapeurs
Mufes & Vers , aimables révéries ;
Les fleurs , les Bois , les Ruiffeaux , les
Prairies ,
L'enchantement & cent autres erreurs.
Mieux fit encor, me rappella vos charmes
,
De nos plaifirs le tendreſouvenir ;
Lors , je laiffai doucement revenir
Cet autre Enfant qu'autrefois tant de
Larmes ,
Entre nous deux n'avoient pû retenir.
Je jurai donc , foit folie , onfageffe,
Quepafferois avec ces fripons là ,
Quelques beauxjours qu'encor me laiffera
Le trifte Hyver qu'on appelle vieilleffe
D'OCTOBRE . 69
M. RENE BOUDIER ,
SIEUR DE LA JOUSSELINIERE,
Agé de 83 ans.
AUX MANES
DE M. BOURET
Lieutenant général de Mantes ,
cher Ami , âgé de
CL
71 ans.
EPICE DIE..
fon
Lothon qui devide nos jours
Et tranche à fan gré nas fufées i
Vous envoye aux Champs Elifées ,
Faire un Voyage de lang cours.
La route feule en eft fachenfe :
On traverfe des Bois épais
On paffe une Eau naire & fangenfe.
Que l'on ne repaffe jamais.
Mais , tranfportez d'un bord à l'autre ,
Les Manes font tout étonnez
D'être en des Pais fortunez ,
Et faits autrement que le nôtre.
70
LE MERCURE
Les fleurs y naiffent fous leurs pas
Tout y fate leur fantaisie ;
Et comme au Ciel , tous leurs repas
Sont de Nectar & d'Ambroisie .
Loin d'eux fe tiennent écartez ,
Les foucis de la vie humaine
Et l'effroy de la mort certaine ,
Dont les Vivans font agitez.
Enfin , l'on y trouve un azile
Contre la peur de l'Avenir ;
Et c'eft un féjour fi tranquile ,
Que pas un n'en veut revenir..
Plus âge que vous de deux Luftres ,
J'y devois aller avant vous ;
Mais , la Parque qui nous prend tous
Commence par les plus Illuftres..
Defcendu dans ces vastes lieux ,
Vous irezprendre vôtre place
Au Quartier des Manes pieux
Près de Juvenal & d'Horace.
Ménagez avec eux ma Paix ,
Ou du moins faites leur entendre
Quefur vos pas je vais leur rendre
Les Larcins que je leur ai faits ..
D'O 71: D'OCTOBRE..
8338
EPITAFE D'UN SERIN..
A. L'ombrede cesRomains,
Gitun Serin Séréniffime ,
Mort avant l'âge légitime
Que la Parquefile aux Serins ..
Il ut furvécu la Corneille ,
Si les Deftins comme autrefois ,.
Avoient voulu prêter l'oreille
Aux accens d'une belle voix :
Au moins , la charmante Climéne
Qui fe confume de chagrin ,
Avecfon doux Chant de Syréne ,
Rendroit la vie à fon Serin..
!
92
SUR LE PORTRAIT D'IRIS.
0
Nne peut rien voir de plus beau:
Que cette vivante peinture ›
Où le mêlange du Pinceau
Aprefque égalé la Nature.
Les traits d'Iris & fon beau teint
Que la Parque a trop- tôt éteint ,
Charme les yeux dans cet Ouvrages.
Elle y refpire , elle y fourit ;
Rien n'y manque horsfon efprit,
Encor plus beau que son visage .
7.2. LE MERCURE
´A
SUR ARRIA.
Près s'être percé le flanc
Arriafans parôitre émie
>
Donnant le fer teint de fon fang
*
APétusfon Epoux qui détournoit fa vûë,
Lui dit ces mots dictés par l'amour conjugat
,
Tiens , cela nefait point de mal.
1
Dion Lib.. 6.
SUR MADEMOISELLE DE
Es difent qu' Arnulfe eft mort
LD'autres , qu'il n'a qu'une bleſſure :
Quoiqu'aucun pourtant ne l'affûre ,
Sa Soeur s'en afflige trèsfort.
On a beau lui faire connoître
Que ce n'est qu'un faux bruit peut- être ,
Dont elle s'alarme & fe plaint;
A ces mots , fa douleur redouble :
Cette incertitude la trouble ;
\ Et c'est ce faux bruit qu'elle craint.
punu
A UN
D'OCTOBRE, гост
73
A UN CONSEILLER.
Α'
Vec cent mille francs qu'on vous a
faitpréter;
Vous voilà revêtu d'une Charge hone
rable ,
Dont vous pourriez être capable ,
Si la Capacitéfe pouvoit emprunter.
SUR UN USURIER DEVOT; }
Bigot ,Supposé qu'on te croye
Homme de bien & de vertu :
Tefuffit-il & penfes-tu
Payer Dieu de cette monnoye ?
Un Ufurier tel que tu l'es ,
A beau rouler des Chapelets ,
Gagner tous les Pardonsgagnables ,
Et jeuner tous les Vendredis ;
Il court en pofte à tous les Diables
Par le chemin de Paradis.
SUR LA VIEILLESSE.
D
"Un Tombeau ruiné , d'un Cirque
ancien dans Rome ,
Octobre 1717.
G
74 LE * MERCURE
Nos yeux avec respect contemplent les
débris :
L'âge d'une Médaille en rehauffe Le
prix :
On fait cas d'un vieux Bufte , on méprise
un vieil homme .
燒
11 quetouvelles.Paris,quidans
L femble que tout foit en vacances ,
les Mercures précedens , m'avoit fourni
affés d'évenemens pour enformer deux articles
confidérables , me laffe ce mois - cy
dans une telle difette , que pour remplir
ee vuide , je crois ne pouvoir mieux faire
qu'enyfubftituant une lettrefort curieuſe,
écrite récemment de Goa. C'est une défcription
Hiftorique & Geographique
de la partie Meridionale de l'Affrique.
On aura le plaifir d'y remarquer des découvertes
dans l'interieur des Terres , &
d'y voir des détails qu'on chercheroit inutilement
dans toutes les autres Rélations
que l'on nous a données jusqu'à préſent.
D'OCTOBRE.
75
1
*********
DESCRIPTION
DE LA CAFRERIE ,
IT DES RIVIERES DE CUAMA
'Ethiopie inferieure ou Affrique
Auftrale, dont nous allons parler
ici , s'étend en allant de la ligne vers le
Sud, jufqu'au Cap de bonne efperance, à
la hauteur de 35 degrés. Elle eft environnée
de l'Ocean au Levant : Au Couchant
, au Midy & du côté du Nord ,
elle confine à cette etendue immenfe de
Terre qu'on nomme Affrique Septentrionale
ou Ethiopie fuperieure . C'eft dans
l'Affrique Auftrale qu'eft fitué le Pays
que les Portugais appellent Cafreries
pour être habitée par des Cafres , mor
Arabe qui fignife Hommes fans loy : Ce
nom convient plus particulierement aux
Nations qui fe trouvent fur la côte
Orientale , depuis le cap Delgado qui
eft à 10 degrés , 20 m . de latitude Méridionale,
jufqu'au Cap de bonne Efperance
; parce que les Arabes qui donnerent
le nom de Cafres à ces Barbares , n'ont
Gij
76 LE MERCURE
jamais paffé à la côte Occidentale ; &
que les Portugais d'Europe , ni ceux du
Brefil n'appellent point Caffres , les Häbitans
d'Angola , de Bengola & les autres
Nations des Negres Occidentaux
qui font fous leur domination.
Il y a donc dans cette partie Orien
tale de l'Affrique Auftrale , beaucoup
de Seigneuries , de Républiques libres
& de Royaumes , dont cependant , les
plus confiderables & les plus connus font
les deux Empires du Monomotapa &
des Bororos : L'un & l'autre font féparés
par la Riviére de Zambeze , le prémier
à l'Occident & le dernier à l'Orient.
Cette Riviére arrofe prefque toute
la Cafrerie ; fa fource et fi éloignée
oufi cachée , qu'on n'eft pas encor parvenu
jufqu'à préfent à la decouvrir ; parce
que toute l'attention des Portugais
dans cette Conquête , ne tend qu'à la
traite de l'Or & de l'Argent , fans être
curieux d'aucune autre récherche . En attendant
cette découverte , nous pouvons
toujours affûrer que la Riviére de Zambeze
, aprés avoir parcouru une grande
partie de l'Afrique , &avoir reçû dans fon
fein plufieurs autres fleuves , vient ſejetter
dans la Mer Orientale par deux bou
D'OCTOBRE. 77
ches éloignées l'une de l'autre de 30.
lieuës . La prémiere embouchure qui est
la plus proche de Moçanbique , eft la
Barre de Quilimane dont l'ouverture
eft à l'Eft. La feconde qui eft plus proche
du Cap de bonne Efperance, eft celle de
Luabo. Entre ces deux barres , il y a
trois Ifles , dont celle du milieu eft la
plus grande , & peut avoir 30 lieuës
d'étendue jufqu'à la gorge de la Riviére
qui ferpentant delà en avant , remonte
vers le Nort , & fait une bonne
route par
où nous allons parer au Lac
de Zembre : Chingoma eft le nom de cette
Ifle. Il y a û autrefois une habitation ya
nommée Cuama , qui a donné lieu aux
Portugais d'appeller tout ce Pais , Riviéres
de Cuama : Je dis Riviéres & non
pas Riviére ; car , quoique ce n'en foit
qu'une feule , elle paroit fe divifer en
beaucoup d'autres, partageant le terrain
en diverfes Ifles par la quantité de bras
qu'elle fait.
La deuxième Iffe eft celle de Linde
qui a fept lieues de long ; elle eft vis- àvis
la terre ferme de Quilimane & en
forme la Barre .
La troifiéme qui eft la plus petite , eſt
du côté de Luabo . Les deux barres de
Giij
78 LE MERCURE
Quilimane &de Luabo peuvent contenir
des Vaiffeaux de cent toneaux ; cependant
, les Portugais ne frequentent que
celle de Quilimane , comme étant la
plus fûre .
Mais , avant que de quitter la côte
Orientale , il eft à propos que nous faffions
connoître un peu les Peuples qui
l'habitent . La plus part de ces Barbares ,
furtout ceux qui tirent vers le Cap
de bonne Efperance , font beaucoup
moins noirs que les autres Nations de
l'Affrique : Leur couleur livide & bazanée
approche fort de celle des Mulates dans
tout le refte : Ils font trez reffemblants
pour les cheveux , le nez , les levres ,
aux autres Negres ; mais beaucoup plus
alertes : Ce qui fait qu'ils font fi légers
à la courfe & en même tems fi vigoureux,
qu'ils arrêtent un Taureau .Ils ornent
leurs cheveux de petites plaques ,
comme de déniers , des coquilles & des
grains de Corail : Beaucoup fe font des
incifions fur la peau , & les rempliffent
de graiffe & de fuif; ce qui exhale une
odeur fi dégoutante qu'il n'eft pas poffible
à un Européen d'ofer approcher
d'eux.Les plus riches en Troupeaux , ont
le côté extérieur de leurs habits tout
+
D'OCTOBRE. 79%
réluiffant de graiffe ; & ceux qui en ont
peu, ne font vetus que de peaux féches :
Ainfi , parmi les Gorin- Huiconas qui ont
peu de bétail , il n'y a que leurs Chefs
qui en portent de graffes : Leurs pendans-
d'oreil font des faifceaux de Corail
,de neuf ou dix branches chacune , du
poids d'un quarteron ; d'autre fe font
un collier des entrailles d'une ere fraichement
tuée; & l'habitude qu'ils ont à
fouffrir cette puanteur , fait qu'ils ne
l'ôtent pas même quand ils fe couchent .
Ils prennent auffi de ces boyaux fecs ,
s'en entortillent les jambes , tant pour fe
garantir des épines , que pour faire plus
de bruit en danfant . Il y en a même qui
fe font une poche de ces inteftins à leur
col, où ils mettent leur tabac, leur pipe ,
& de certaines racines qu'ils mâchent .
Quand ils fortent , ils prennent une plume
d'Autruche& une queue dechat ſauvage
, pour chaffer les mouches dont ce
Pays eft rempli : L'Arc , les fleches &
les Zagayes * font leurs armes ordinaires;
on pouroit y ajouter leurs ongles qui
font fi longs , qu'on les prendroit pour
* Batons de 4. on de 5. pieds de long ,
enchaffés dans un fer long & pointu.
Giiij
to LE MERCURE
des griffes d'Aigles. Ils font fifort abru
tis, que la plupart n'ont pas l'adreffe de
préparer leur viande ; ils fe jettent fur
les charognes qu'ils trouvent; & le plus
fouvent , ils les mangent toutes cruës.
Faute de chair , ils vont chercher du
poiffon mort fur le Rivage. Malgré une
vie fi mathureufe ils atteignent à une extremevieleffe.
Leurs funérailles étoient
autrefois fuivies d'une cérémonie trés
facheufe , touts les Parents du deffunt
étant obligés de fe faire couper le petit
doigt de la main gauche , pour le
mettre auprés du mort; & les Enfans å la
mamelle n'étoient pas exempts de cette
cruelle Loy.
Lorfqu'un Pere accorde fa fille à un
jeune homme qui la demande , elle eit
obligée d'obeir fans murmurer. La
Chaîne nuptiale que l'Epoux lui donne ,
eft un boyau de Boeuf , qu'il faut qu'elporte
au col jufqu'à qu'étant ufé, il tombe
par piéces. Les femmes mariées ont
le fein fi pendant , qu'elles le renverfent
par deffus leurs épaules , pour donner
à téter plus facilement à leurs Enfans.
On condamne au foüet les Adulteres ,
& on fait fouffrir un fuplice horrible aux
D'OCTOBRE. 81
1
Inceftueux. On jette les Criminels , pieds
& poings liés , dans une foffe; le jour fuivant
, on retire l'homme & on le pend
par le cou à une branche d'Arbre où il
eft déchiqueté: Aprés l'avoir ainfi traité,
ce corps mutilé & encore vivant , refte là
pour fervir d'exemple ; enfuite, on tire la
femme de la foffe , & on la jette fur un
Bucher où elle eft brulée toure vive.
Pour les Affaffins , on leur perce les genoux
qu'on attache à leurs épaules , &
on les laiffe expirer dans les tourmens
d'une longue mort. On voit par là que
ces Peuples , quoi qu'en apparence plus
bêtes qu'hommes , ont pourtant de l'amour
pour la vertu & pour l'équité naturelle.
Ils vivent à la Campagne fous des
Tentes faites de branches d'arbres , &
couvertes de Nates de Jonc ; il y en a
de fi grandes qu'une Famille de 20. ou
30. perfonnes peut s'y retirer. Le foyer
eft au milieu ; ce qui fait qu'on ne peut
prefque pas y refpirer , à caufe de la fumée
épaiffe qui n'a point d'iffue que par
l'ouverture de la porte qui eft fort baffe.
Au refte , le Pays eft propre à porter
des fruits de toute efpece , étant gras &
limoneux en plufieurs endroits , fort
82 LE MERCURE
Pierreux & fort fabloneux en d'autres ,
furtoutau delà de la ligne duCapricorne.
Les Pâturages y font bons ; leFroment , le
Segle , l'Orge viennent fort bien dans
les vallées où on les féme . On ya
beaucoup de bétail gros & menu : Les
Boeufs font d'un demi- pied plus
hauts que nos plus grands Boeufs d'Europe.
Pour les Brebis , elles font fort
hautes de jambes , trainans une queuë
qui pefe 20 livres & quelquefois
davantage. Les Forêts , les Plaines &
les Vallées nouriffent quantité de gros
& menu Gibier , comme Cerfs . Chevreüils
, Buffles ou Chamois , Liévres ,
lapins ; & des Bêtes féroces comme
Sangliers , Loups , Tigres , Leopards
Lions,Eléphans.Ordinairement, le Lion
eft accompagné d'un Animal nommé
Kak- Hals par les Hollandois , fort reffemblant
à un Renard ; lequel ayant
l'odorat extrêmement fin , découvre la
proye de fort loin ; le Lion s'en étant
faifi , ne manque jamais de lui en faire
part. On y trouve une espece de Rhinoceros
qui a deux Cornes fur le nez; il eſt
de la groffear d'un Eléphant & le poil
d'un gris cendré , avec un flocon fur la
Nuque qui eft de couleur noire. Il y a
quantité de Tortues de Terre & d'Eau ;
,
>
D'OCTOBRE. 83
la Mer prés de cette côte , eft trés féconde
en Monftres Amphibies ; on y voit
des Chiens , & des Chats de Mer , des
Loups , des Ours marins ; ce dernier
Animal eft d'une viteffe extraordinaire ;
il eft fort hideux & fa morfure eft prefque
mortelle : Les Boeufs marins s'y trou
vent à foifon; on les nomme Démons de
Mer ; ils vont fouvent paître dans les
Prairies comme le bétail : En Eté , tous
ces Monitres nagent & s'éloignent de
la côte . En Hiver, le froid les fait retiter
prés du Rivage & demeurer entre les Ecueils.
Il eft tems à préfent d'avancer
dans le Pays.
Defcription des Habitations des Portugais
& de leurs Foires.
Po
OUR décrire par ordre la fituation
& la difpofition des habitations Portugaifes
, & donner une idée des Foires.
ou Marchés d'or ; fuppofons que nous
entrons par la Barre de Luabo , & que
nous allons à la vue des Terres qui font
à main gauche & qui appartiennent à
l'Empire du Monomotapa . De la Barre
de Luabo jufqu'à l'Habitation de Séna ,
il y'a do lieues : Toutes les Terres qui
font au bord de la Riviére , appartiennent
à la Couronne de Portugal. Les
84 LE MERCURE
Jefuites ont deux Paroifles à Luabo , &
une autre à Gornbe qui n'eft pas éloignée
de Séna. Cette Habitation de Séna
fituée dans le Royaume d'Inbamoy, a
fon Eglife Cathédrale , la Mifericorde ,
le Couvent de S. Dominique & la réfidence
de la Compagnie de JESUS
fondée dans le même lieu , où on dépeçoit
& vendoit autrefois la chair
humaine . Il peut y avoir 30 familles
Portugaifes & un grand nombre de
Chrêtiens du Pais de Séna jufqu'à
Tété qui eft la feconde Habitation des
Portugais . Il y a auffi 60 lieues de Païs
dans ce district ; les PP. Jefuites en ont
une fituée dans le Païs de la Chemba ,
& une autre au Marangué. Il peut avoir
dans Tété 15 ou 20 familles de Portugais
, une Eglife Paroiffiale de Religieux
Dominicains , une réfidence de la Čompagnie
de Jesus & un bon nombre
de Naturels baptifés.
SU
Maintenant, nous allons voir d'icy en
avant le très vafte Royaume de Munbay
, Patrimoine du Monomotapa , dont
les Païs qui font plus avancés dans les
Terres , s'appellent Mocranga ; & ceux
qui font proche la Riviére , Botonga . En
navigeant donc de Tété , 30. lieues en
D'OCTO BR E. 85
remontant la Riviére , on rencontre un
Rocher qui occupe & traverse toute cette
Riviere , & qui empêche le paffage
des Vaiffeaux. On peut voyager cependant
le long de ce fleuve , par un grand
chemin Royal par lequel , du tems de
François Barreto premier Conquérant
des Mines , dix Portugais allérentpour
en découvrir la fource , dont ils ne
pûrent rien apprendre , non pas même
fur les Relations des Naturels du Païs.
Nous voici déja au diſtrict des Mines,
& nous pouvons parcourir les Foires ,
où nos gens remontoient anciennement,
pour y faire la traite de l'Or , & où les
Caffres defcendoient en même tems,
pour y acheter des Etoffes ; dans toutes
lefquelles Foires il y avoit beaucoup
de Portugais établis .
35
>
La premiere Foire étoit un lieu appellé
Luanze. Cette Foire qui n'éxifte
plus , étoit éloignée de Tété ,
lieues du côté du Sud , entre deux petites
Rivieres qui fe joignent en une
laquelle prend le nom de Manzoro &
fe jette dans le Zambeze. Il y avoit
dans cette Foire , une Eglife de Religieux
de S. Dominique . Elle abondoit
en Vaches , Poules , Beurre & Ris . Il
86 LE MERCURE
y a quantité de bonnes Fontaines qui
arrofent cette Contrée , & la rendent
fort faine , comme font toutes les Terres
de la Maranga.
en
La feconde Foire étoit celle de Bocuto
, à treize lieues de Luanze` ,
ligne droite : La fituation étoit entre
deux petites Riviéres qui fe déchargent
dans le Manzoro, à demie lieuë de l'habitation.
On portoit beaucoup d'or à
cette Foire,, où l'on trouvoit aufli quantité
de rafraichiffemens , d'herbages &
de fruits , & où il y avoit une Eglife de
Religieux Dominicains.
A cinquante lieues de Tété, 10 lienës.
de Bocuto , & demie journée de la riviere
de Manforo, eft le Bourg de Maſſapa
qui étoit anciennement la principale
Foire ; c'eft encore aujourd'huy la réfidence
d'un Capitaine Portugais quen
nomme le Capitaine des Portes , à caufe
que de là en avant dans le Païs , on
trouve les Mines d'Or. Les Dominicains
y ont une Eglife de Nôtre- Dame
du Rofaire. Tous les Portugais dans cet
Empire , ont le Privilege de prendre la
qualité de Femmes de l'Empereur ; &
même ce Prince appelle le Capitaine
des Portes ,fa grande femme. Cet OffiD'OCTOBRE.
87
sier eft honoré de ce Titre par les Caffres.
Jufqu'à préfent, je n'ai trouvé perfonne
qui ait bien pû m'expliquer ce
que c'est que ces Priviléges .
Auprés de ce lieu , eft la grande Montagne
de Fara trés riche en or ; &.
il y en a qui veullent que ce nom de
Fura , vient par corruption du mot Ofir.
On voit encore aujourd'huy dans cette
Montagne , des enceintes de pierres de
taille , de la hauteur d'un homme , en- .
chaffées les unes dans les autres ,
avec un artifice admirable , fans y avoir
de chaux & fans être travaillées au Pic .
C'étoit apparemment dans ces enceintes
que demeuroient les Juifs de la
Flote de Salomon . Depuis ce tems- là ,
les Maures durant plufieurs fiécles , ont
été les maîtres de ce Commerce . C'elt
entre cette Montagne que paffe la Riviere
de Mocaras , dont les Eaux roulent
des fables d'or que les Cafres raportent
en poudre.
A trente-cinq lieuës de Maffapa , eft
le lieu de Dambarari qui a été une Foire
à l'or dans ces derniers tems ; & à quatre
journées de Dambarari vers le Nord ,
la Foire de l'Ongoé : Ces deux Foires
ont été détruites, par le Général Char$$
LE MERCURE
gamira, Caffre qui fe fouleva au mois de
Novembre 1693 ; avec cette différence
que les Habitans de l'Ongoé , tant Portugais
que Canarins , eurent le tems de
fe fauver & échapérent ; mais , ceux
de Dambarari qui voulurent fe montrer
plus courageux , périrent tous en fe défendant.
C'est ainsi que toutes ces Foires
à l'Or que les Portugais avoient
établies dans la Mocranga , durant un fi
long efpace d'années, ont été ruinées tout
d'un coup ; pour venger le tort & les
injuftices que nous avons faites aux Empereurs
de Monomotapa , qui nous
avoient toujours recûs & traitez, comme
fi nous avions été leurs enfans ; ou bien,
fuivant qu'ils s'en expliquent eux- mêmes
, à caufe que leurs femmes nous
marquoient un peu trop d'amitié.
Defcription des autres Royaumes.
Aprés avoir paffé les Mines d'or qui
font toutes à main gauche , en entrant
par l'embouchure du Zambeze ; on trouve
le Royaume de Chiroro fuffifament
fourni de provifions de vivres , mais qui
manque de bois, parce que ce n'eft partout
que des champs & des campagnes
de
D'OCTOBRE. 89
de ris , & des paturages de gros & menu
Bétail : Mais au couchant , il y a Aru- ya
pande , Xangra & le vafte Royaume
de Butua , fi connu par la Racine médecinale
qu'on en tire . Il abonde en or
que les Portugais de la fortereffe de Sofala
auffibien que ceux de Séna , vont
trafiquer. Il y a dans ce Royaume un
grand fleuve par lequel les Caffres Occidentaux
defcendent jufqu'à un certain
parage ; & fuivant les indices qu'ils donnerent
anciennement , on jugea qu'ils
étoient Naturels d'Angola ou de Ben- .
guela ; car ils difoient , felon le témoi
gnage de plufieurs , qu'à vingt journées
de chemin , il y avoit un pays de Gens
blancs qui alloient à cheval & qui portoient
des croix. Il y a apparence qu'ils
vouloient parler de quelqu'une de nos
armées qui fe trouvoit dans ce tems là ,
marcher dans le coeur du païs : Cequi me
confirme dans cette penfée , eft que j'ai
lû dans une Rélation manufcrite , que le :
Conquérant de Benguela avoit penêtré:
fi avant dans les Terres , qu'en deux jour
nées il auroit pû arriver aux Riviéres de:
Cuama.
Il refulte de la connoiffance des deux :
faits que je viens de raporter qu'es
H
90 LE MERCURE
pouroit ailément venir à bout du def
fein que plufieurs ont formé , de s'ouvrir
un chemin de communication de l'un
à l'autre côté de l'Afrique ; ce qui feroit
d'une utilité incomparable pour le
commerce , & qui affûreroit bien davantage
l'une & l'autre conquête, par la mutuelle
correfpondance des fecours , &
auffi par la furpriſe des Cafres qui feroient
bien étonnez de l'etenduë de nôtre
puiffance , en fe voyant enfermez &
coupez des deux côtez.
Cette entrepriſe feroit veritable
ment trez digne d'un Roy de Portugal ,
qui ajoutant la conquête de ces Provinces
à celle des autres , fe rendroit
ainfi maître de toutes les Terres qui s'étendent
depuis le Cap de bonne Efperance
jufqu'en Egypte,
Le Royaume de la Manica eft un
des plus célébres qui foient dans l'interieur
de la Caffrerie ; & les Portugais
y ont deux Foires , où les Marchands
de Séna & de Sofala vont trafiquer
ou prendre l'or .
Il y a dans ce Royaume une Montagne
où croît la fameufé Racine de Manique
, qui a tant d'admirables vertus,
particulierement pour les bleffures fraîD'OCTOBRE.
ches , étant trempée dans l'Eau & appliquée
fur la playe avec autant ou plus
d'effet que le Baume. On dit que
que l'Arbre
qui produit cette Racine, eft unique , comme
le Phoenix , & que la Racine vaut
autant d'or qu'elle péfe : Cependant,
aprez avoir confulté la deffus , comme fur
plufieurs autres chofes , unhomme digne
de foi & trez fincére , qui a été dans
toute la Cafrerie pendant plus de vingt
ans ; il a affûré que tout cela n'étoit
que des gafconades & des embelliffemens
de ceux qui vouloient faite valoir
leurs préfens , en faifant paffer cet
Arbre pour unique , & fa Racine , pour
quelque chofe d'infiniment précieux.
Le Royaume de la Manica eft éloigné
de Séna de 40. ou so . lieues au couchant
; & c'eft entre deux que font
les deux Royaumes de Barbé & de
Macombe. Je ne marque point les degrés
de latitude fous lefquels ces pays
font fituez ; parce que les Marchands
des Riviéres de Cuama portent d'une
main la balance pour pefer l'or , & de
l'autre, la verge ou aulne pour méfurer
le drap; & qu'ils ne vont pas s'amufer
à porter des Aftrolabes pour prendrela
hauteur du Soleil , & des Cartes
Saga Hij
*
92 LE MERCURE
pour la marquer deffus.
Je remarqueray feulement ici , que
pour ce qui touche la fituation des Terres
dans l'interieur de la Cafrerie , il ne
faut pas fe fier aux Cartes modernes :
dont la plupart ont été traçées fur des.
nouvelles Rélations fort incertaines ,
On doit encore moins s'affûrer fur
les anciennes . Outre les habitations
mentionnées ci -deffus , nous avons
encore dans cet Empire de Monomotapa
, la fortereffe de Sofala port de Mer
qui eft à 16 degrez de latitude auftrale
, & à 30 lieues de la Barre de Luabo ;.
On y a découvert une pêche d'Aljofres
qu'on aporta à Goa en 1715.
De ce Port , on embarque pour Mo.
cambique & de là pour l'Inde , la plus
grande quantité de Morfis , autrement
dits de l'Ivoire.
Defcription de Simbacê..
*
Avant que de paffer à l'Empire des
Bororos , il eft à propos de dire quelque
chofe de l'Empereur du Monomotapa
; j'ai trouvé deux verfions : L'une
dit qu'il fignifie Empereur de l'or ; &
* Ce font depetits Coquillages quifervent
de Monnoye .
D'OCTOBRE.
93
né
l'autre , fils de la Terre : Peut -être que
les Caffres donnent ce nom à leur Roy,
pour faire entendre qu'il eft ce grand
& ce puiffant Geant de l'Affrique, à qui
la Terre comme à fon fils Aîné, a donpour
heritage, les plus précieux Tréfors
qu'elle enferme dans fes entrailles .
La Ville impériale s'appelle Simbaoê ,
ce qui dans leur langue,fignifie la même
chofe que la Cour. Lorfqu'en
1620 , le Pere jules Céfar jefuite y entra
, aprés en avoir été convié par l'Empereur,
cetteCapitale avoit plus d'une lieue
de circuit, parce que les maifons étoient
éloignées les unes des autres d'un jet de
pierre, en y comprenant les clayes de bois
qui les environnent. Le même Pere .
dit ,, que le Roy avoit neuf enceintès
de ces Clayes , outre les maifons de
fes femmes , lefquelles femmes étoient
au nombre de plus de 1000 ; & que la
multitude de fes enfans égaloit celledes
Effains de mouches ; que ces enfans
là étoient occupés à charier de la paille,
pour couvrir les maifons , & que le Roy
fui- même les y faifoit travailler en perfonne
, pour une maifon à un étage qui
lui avoit été bâtie par cinq Mocoques ;
c'est- à - dire Canarins , qui s'étoient
94
LE MERCURE
réfugiés en ce Païs -là 11 fe ceignoit
d'une Etoffe de foye , & en avoit une
autre par derriere qui lui tomboit fur
les épaules & le couvroit tout entier.
Il étoit vêtu de cette maniére , quand il
recût l'Ambaffadeur Gafpard Bocarro
Jefuite. Son Trône étoit le Seuilde
la Porte , fur lequel il s'affit fur
un dégré élevé & couvert d'une Machire
c'est - à - dire d'un filet , comme
ceux du Brefil : Il n'y avoit pour tout
Meuble & pour toute Tapiflerie au
Parois de fon Palais, que de ces Machi
res : Tel eft l'appareil avec lequel cette
noire Majefté le fait fervir à genoux ;
& quand il boit , qu'il touffe ou qu'i
éternuë, auffi -tôt on le fçait dans toute
la Ville ; car, ceux qui font préfents, le
faluent à haute voix & battent en mê--
me- tems des mains : Dés que ceux qui
font hors de fon Appartement , l'entendent
; ils en font de même par imitation
; ce qui fe continuë de l'an à l'au--
tre par tous les Quartiers de la Ville.
Il porte une petite Hache penduë à
fa ceinture , que plufieurs ont pris pour
une bêche ; de forte que d'un Arme militaire
, ils en ont fait un inftrument/de
D'OCTOBRE.
95
Laboureur, qualité que ce Prince'ne mé
prife pas ; au contraire, le même Pere
affûre qu'il expédia promptement fon..
Ambaffade , afin d'aller vaquer à fon
Labour , parce que c'étoit le tems des
femailles.
,
Quand il fort dehors , il porte dans
fa main fon Arc & des Flèches ou
bien une Zagaye de bois noir, dont la
pointe eft d'or , en forme de pointe de
Lance. Il y a toujours un Caffre qui
marche devant lui , en frapant de fa main
fur un Tambour , pour avertir tout le
monde que l'Empereur le fuit . Tous les
mois à la nouvelle Lune , il fait une
Fête à fes Mozimnes , c'eſt-à - dire aux.
Morts ; & ce jour là, perfonne ne tra
vaille ; mais chacun fe rend à la Cour,
où ce Prince prend de certaines Herbes -
qu'il mêle avec du Mill & de l'Huile" :
Il fe lave dans du vin ; enſuite, il le donne
à boire à fes gens pour les unir à lui,
comme ne faifans qu'un coeur & qu'une
ame. Cette Fête fe célébre au fon de
quantité de Flutes , de Timbales & de
Chalumeaux ; aprês quoy tout le mon
de fe retire, la tête baiffée & lespieds
tremblans .
Les chofes font encore à peu prés.
96 LE MERCURE
dans le même état & ont fort peu changé.
Qui croiroit cependant que ce
fût là le même Palais & les mêmes
Ameublemens dont certains Auteurs
ont parlé, entre autres Dupper ? Le Pais
Impérial felon eux , eit d'une magnificence
fans pareil ; les Poutres &
les Lambris font d'une Sculpture finie
& tous couverts de Plaques d'or cizelé.
Les Tapifferies à la vérité ne font
que de coton ; mais , la vivacité des
couleurs y difpute le prix à l'éclat de
l'or. Des Meubles dorés , peints & émaillés
, des Chandeliers & de la Vaiffelle
d'or maffif , avec une infinité de
Porcelaine entourée de Rameaux d'or
qui reffemblent à des branches de corail
, font une partie des beautés de ces
fuperbes Appartemens : Les dehors du
Palais , ajoûtent- ils , font fortifiés de
Tours , dont la ftructure & la fimmétrie
font un effet furprenant . Ce Puiffant
Monarque employe deux livres d'Or
par jour en parfums. Son Habit eft une
Robe d'un drap de foye à ramage d'or ,
tiffu dans le Païs , &c. C'eft par ces
Defcriptions imaginaires qu'en furprend
la crédulité des Lecteurs ; mais
c'est trop s'arrêter fur le faux .
Simbacé
D'OCTOBRE. 97
Simbaoé eft fitué au Levant de l'habitation
de Têté :Toutes les maifons font de
bois & de terre, couvertes de paille , n'y
ayant point de chaux ni de brique dans
ce Païs là. Il n'y en a aucune qui ait
des portes que celles du Roy.Les Grands
du Royaume font chargés du foin de
deffendre le Peuple des voleurs . En effet,
fi la Juſtice étoit bien exercée dans
les Villes , on pouroit fe paffer de porde
verrouils & de ferrures. tes ,'
Plufieurs de ces Empereurs ont été
Chrétiens de nom : & D. Pedro qui regne
aujourd'hui , fut batifé, étant enfant ,
par un Réligieux Dominicain, à l'inftance
du Roy fon Pere .
Defcription de l'Empire des Bororos
& du Lac de Maravi.
Le fecond Empire eft celui des Boro
ros qui eft à main droite du fleuve Zambeze
, en entrant par la barre de Quilimane
. Proche de cette barre , les Portugais
ont une habitation limitée qui les
rend maîtres de quantité de terres en
avant ; & les Peres Jefuites y ont
une Paroiffe : Tous les autres Païs
qui s'étendent jufqu'aux confins du Ma-
Octobre 1717. I
98 LE MERCURE
rave , qui eft vis- à- vis l'habitation de
Tété , apartiennent à des Rois & à des
Seigneurs qui du tems du Gouverneur
François Barreto, faifoient hommage aux
Portugais Aujourd'hui , ces Barbares
n'ont ni Eglife ni hitations de ce côtelà.
La Ville de Maravi , qui a donné fon
nom au principal Royaume de cet Empire,
peut être éloignée de Tété d'un peu
plus de 60 lieuës . A demi lieuë de cette
Ville , on voit un lac qui va en ferpentant
au Nord Nord Eft . On ne fait
pas encore aujourd'hui jufqu'où il s'étend.
Sa largeur eft de 4. ou 5. licuës; &
on ne voit point la terre du côté de
l'Orient , en quelques endroits ; ni les
Caffres eux -mêmes n'en ont point connoiffance
. Tout ce Lac eft femé de quantité
d'lfles défertes , à la faveur defquelles
pouront s'abrier les Argonautes qui
en voudront découvrir l'extremité du
côté du Nord. Il abonde en Poiſſons , &
a un fond de 8 ou 10 braffes.Les Peres de
la Compagnie de J. voulurent anciennement
naviger par ce Lac jufqu'en Ethiopie
, dont les Ports qui font fur la Mer
rouge, étoient déja pour lors fous 1
mination des Turcs. Ils envoyere
mander au Pere Louis Mariano
l '
D'OCTOBRE. 99
5
meuroit à Tété, fi ce voyage étoit praticable
. Le Pere leur fit réponſe dans une
Lettre que l'on conferve encore dans la
fécretairie de Goa , que cela étoit poffible
& praticable,parce que la Rive de ce
Lac abondoit en mill& en viandes comme
auffi en quantité d'Ivoire,joint à cela
qu'il s'y trouvoit des Almadies ou Canots
qui pouvoient naviger où on voudroit
que cette découverte dépendoit
d'avoir où 6 charges d'Etoffe qu'on
nomme Barres,avec quantité deVeroterie
&40 perfonnes tant Blancs queNoirs,
qu'il falloit commencer la navigation
en Avril & en May , à caufe que c'eft la
faifon ou régnent les vents du Couchant
comme fur la Côte de Moçambique : Cependant,
il ne s'eft trouvé jufqu'à préfent
perfonne qui ait voulu fe charger de cette
entreprife. Cette découverte démanderoit
un bras Royal; & pour cela il faudroit
conftruire fur le Lac même des
Vaiffeaux à voiles & à rames , ainfi que
fit Ferdinand Cortez , lorſqu'il voulût al--
ler prendre la Ville de Mexique ; à caufe
qu'il eft prefque impoffible que des
hommes hazardent l'entreprife d'une
navigation fi longue & fi incertaine fur
de fimples petits Canots.
Iij
335104
100 LE MERCURE
Le Royaume de Maravi eft fitué entre
ce Lac & le fleuve Zambeze , & en pénétrant
plus avant fur la même rive,à 15 .
journées de chemin , on trouve le RoyaumedeMaffi
:Puis,pourfuivant encore
autant de journées , un peu plus out
moins , eft le Royaume de Ruengas , prefqu'à
la hauteur de Mombas ; aprés cela,
je, ne fai pas qu'il s'étende plus loin.
NOUVELLES DE HONGRIE.
E Prince Eugéne fe tient toûjours
dans fon nouveau Camp de Semlim
, où l'Armée Impériale tâche de
fe rétablir des fatigues qu'elle a effuyées
pendant la Campagne. Comme ces
Troupes ont beaucoup fouffert , & qu'-
elles font diminuées confidérablement ,
ce Prince n'eft prefque attentif qu'au
foin de recruter de bonne heure l'Infanterie
& de remonter la Cavalerie. 11
s'eft tranfporté à Sémendria , avec le
Prince de Virtemberg , le Général Vehlen
& l'Ingénieur général ; pour examiner
quelles Fortifications on poura faire
à cette Place ; & en même tems ordonner
la diftribution des Poftes & des
Quartiers qu'il jugera à propos d'établir
le long de la Frontiére .
D'OCTOBRE. 101
"
Le Comte Philippi qui a efcorté la
Garnifon Turque de Belgrade , jufqu'à
la hauteurde Niffa, eft de retour en ce
Camp. Il a raporté qu'il n'avoit pû
voir qu'avec horreur , les chemins parfemez
de Turcs , partie morts , partie
encore expirans ; de Chameaux , de
Buffles, de Boeufs,'de chariots & d'autres
voitures abandonnées par les Infideles .
Que le Grand Vizir l'étant venu reconnoître
avec un gros détachement ,
n'ût pas plûtôt vû que c'étoit la Garnifon
de Belgrade qui avoit été obligée
de fe rendre , que s'étant jetté précipitamment
de fon cheval ; il fe profterna à
terre , avec des cris & des gemiffemens
tout-à-fait touchans: Aprés des Démonf.
trations de la douleur la plus vive
il remonta à cheval , la tête baiffée
& repaffa avec fes Troupes & la Garnifon
, la Morave , en difant : Que
Dieu & Mahomet avoient permis que
cette Riviere devint , par la priſe de
cette importante Fortereffe , la Borne
des deux Empires. Le Comte de Philippi
a ajouté , que le Séraskier qui
commandoit dans Belgrade , en fe féparant
de lui , lui avoit pris les mains ,
& en les ferrant , les larmes aux yeux ,
Liij
102 LE MERCURE
s'étoit fervi de ces propres termes :
Allez , Monfieur , affürer fon A. le
Prince Eugéne , que nous ne ferons point
enguerre la Campagne prochaine : Nous
ferons cet hyver une Paix on une Tréve
fi folide , que le Sultan - même ne fera
pas leMaître de la rompre fitôt, & vous ap- ·
prendrez dans peu, de grands changemens
dans la Cour Ottomane.
Le Grand Seigneur qui étoit en marche
avec un gros Corps de Troupes
pour venir joindre la grande Armée ,
informé de ces mauvais fuccés , étoit
retourné fur fes pas , rempli de confternation
. Cet Officier a confirmé que de
tous les débris de ce grand Corps , le
G. Vizir n'avoit pû raffembler auprés de
Niffa. que 18 à 20000 hommes ; tout le
refte s'étant débandé .
Les Janiffaires méconteus de la Porte
, marchoient à Andrinople , dans le
deffein de demander que le Grand - Vizir
fût dépofé , & que Chimporgogli Séraf-
Kier de la Bofnie, fût élevé à cette dignité
. Le Grand -Seigneur de fon côté, doit
tout appréhender de la fureur de cette
Milice irritée , & qu'elle ne foit affez
infolente pour ofer lui donner un Succeffeur.
D'OCTOBRE
103
Les Arnautes , les Albaniens & les
Bulgariens ont envoyé des Députez
au Prince Eugéne , pour implorer la
protection de l'Empereur , & le prier de
leur faire diftribuer de la poudre , des
bales & autres munitions de guerre ,
pour être en état de fe deffendre contre
les Turcs.
Pendant que l'on eft occupé depuis
plufieurs jours à embarquer l'Artillerie
furnuméraire , pour la transférer fur´
So Barques dans d'autres places , felon
les ordres du Prince Eugéne ; on ne ceffe
point de travailler à reparer les ouvrages
& les fortifications délabrées
de Belgrade , & à rendre le port de cette
Fortereffe, capable d'y faire hiverner
les Vaiffeaux de guerre Imperiaux qui
ont fervi fi utilement cette Campagne.
Quoi qu'il y ait un grand nombre de Soldats
employez à nétoyer les rues & les
places , elles étoient tellement embaraffées
des ruines & des débris de cette
Ville , qu'ils foufroient avec impatience
ce penible travail ; mais , depuis
qu'ils ont découvert , en fouillant des habits
, des Armes , des Bijoux , des Vafes
& des Sacs remplis d'or & d'argent ,
ils ont oublié toutes leurs fatigues , ce
Liiij
104
LE MERCURE
qui fait avancer l'ouvrage . Le Prince:
Eugéne a déclaré que tout ce que les Soldats
déterreroient , leur apartiendroit ,
fans que les Officiers fe pûffent rien aproprier
que de gré à gré. Un Fantaſſin
ayant trouvé un trez beau Rubis , le pré-.
fenta fur le champ au Prince Généraliffime
qui lui fit compter 300 ducats. On
a fait la découverte d'unMagazin foûterrain
où il y avoit 200 quintaux de poudre
que les Ennemis n'avoient pas indiquez
; de même que d'une pièce de Canon
fi enorme , qu'elle porte des Boulets
de 115. livres de bales.
La Cavalerie doit faire un mouvement
dans peu vers Futack , pour la
commodité du fourage ; mais, l'Infanterie
n'entrera point en quartier d'Hiver
que les nouveaux ouvrages qu'on fait
au deffous de Semlim, en deçà de la Save
, vis-à- vis Belgrade , n'ayent été mis
dans leur perfection . On éleve auffi un
nouveau Fort à la pointe de la Save , où
les Nôtres avoient , durant le Siége ,
dreffé des batteries qui avoient fort endommagé
la Ville d'Eau & la Citadelle.
Outre ces précautions , on a entrepris
de tirer une communication d'un
bras du Danube avec la Save ; on y fera
D'OCTOBRE. TOS
des Eclufes , afin d'inonder le terrain
en deçà de cette Riviére en cas de néceffité.
Ily a un grand nombre de Païfans
employez à ces differens travaux ,
fans compter mille Fantaffins qui font
relevez fucceffivement par pareil nombre.
Par des lettres du 6. de ce mois du
même Camp , on a appris que les
Turcs avoient fait une députation au
Prince Eugéne pour la paix. Cette démarche
fait préfumer que la Porte ne
tardera pas à envoyer une Ambaffade
folemnelle à l'Empereur pour la moyener.
S'il en faut croire le raport de quelques
Transfuges , le Grand-Vizir avoit
été rélegué à Theffalonique , & peu de
tems aprés étranglé ; que Mehemet-
Baffa cy- devant Chancelier avoit été
choifi pour le remplacer : Elles ajoutent
que la plupart des Janniffaires depuis
laBataille, ne s'étoient crû en fûreté qu'à
Sophie , où ils avoient commis plufieurs
défordres , fans que le Grand - Seigneur
qui y étoit revenu , ait ofé s'y oppoſer
crainte de quelque foulevement de la
part de ces Mutins .
>
Le Général Mercy doit fe tranſporTOG
LE MERCURE
ter du côté de Niffa avec un gros détachement
de Troupes , pour obliger un
Corps confiderable de Turcs qui est
campé entre Niffa, & Vidin , de fe retirer.
Le Prince Eugéne ne doit féparer
fon Armée qu'après cette expedition ,
aprés quoi il s'en rétournera à Vienne .
Le Comte Rabutin eft nommé pour
aller audevant de cette Alteffe , pour
Jui porter une trés riche épée eftimée
80000. florins dont l'Empereur lui fait
préfent .
De Vienne le 10 Octobre.
N vient d'avoir la confirmation
ONq
ue le Corps de Turcs , Tartares,
ou Hongrois Rebelles qui avoient pénétré
par la Moldavie dans la haute
Hongrie , avoit êté prefque tout détruit
par les differens détachemens
qu'on avoit mis à leur pourfuite . On
ne peut imaginer toutes les cruautés &
tous les défordres que ces. Barbares ont:
exercés par tout où ils n'ont point trouvé
de réfittance. Its s'étoient avancésjufqu'à
Bistritz ; mais ayant été informés
que les Comtes de Steinville , de
Martigni & le Général Viard n'étoient
"D'OCTOBRE. 107
pas éloignés , & que l'on s'étoit emparé
des débouchés par où ils pouvoient
fe rétirer , ils furent obligés de remonter
jufque dans le Comté de Marmaros,
pour tâcher de regagner les frontieres
de Pologne . Pendant leur rétraite , les
Milices Nationales s'étant jointes aux
Troupes réglées ; & les Païfans de leur
côté , avec de longues perches ferrées ,
leur tombant de toutes parts fur le
Corps ; dans cette extremité , ils prirent
le parti de fe partager en plufieurs Troupes
pour échaper plus facilement : Et
afin d'être moins embaraffés , ils commencerent
par fabrer tous les Vieillards,
Femmes & Enfans qu'ils emmenoient
en esclavage , n'épargnant que les plus
robuftes. Cette cruelle précaution ne
les a pas tiré du mauvais pas où ils s'étoient
engagez ; car, ils ont été fi` vivement
harcélez & attaquez en tant d'endroits
, que de 15000. qui étoient entrez
fous la conduite du Sultan - Ach net-
Gerai ; à peine s'en eft- t - il fauvé la troifiéme
partie : On ne voit que Corps
morts par les chemins . La plus grande,
partie des Habitans qu'ils emmenoient,
a été remife en liberté : On leur a pris
prés de 5000 chevaux qu'ils avoient
108 LE MERCURE
abandonnés , ne pouvant s'en fervir dans
les Montagnes ; on a fait auffi plufieurs
Prifonniers qui courent rifque d'être
cruellement traitez : Il y en a û déja
quelques uns d'écorchez vifs par les
Païfans qui font des aiguilletes de leurs
peaux. La Cour de Vienne n'eſt pas fi
contente de la manoeuvre des Milices
de Croatie que Meffieurs de Nabatta
&
Drakowitz
commandoient prez de
Novi en Bofnie ; car , dans une action
qu'elles ont ûe avec les Turcs, ceux - ci
les ont taillées en piéces , fait quantité
de
Prifonniers & emmené plus de 3 000
perfonnes en efclavage.
La Garnifon Turque continue à fe
deffendre avec beaucoup d'opiniatreté,
dans le Château de Zwornick fitué fur
la petite Rivière de Drin qui fépare la
Bofnie de la Servie : On a été obligé
d'y envoyer de nouveaux Renforts &
du Canon pour en venir à bout . Le Général
Petrafch qui commande à ce fiége,
y a été dangereufement bleffé, & a demandé
qu'on le tranfportât à Brod fur
la Save pour s'y faire pançer.
Le Prince Eugéne fe donne beaucoup
de foin, pour rétablir le commerce
de Témefvar avec Belgrade : L'EmpeD'OCTOBRE.
109
reur conformément à ce deffein , a accordé
deux Foires franches à chacune
de ces Villes.
De l'Empire , du 8. Octobre.
L'Empereur vient de donner de nouveau
une ordonnance , par laquelle
il eft enjoint au Landgrave de Heffe
- Caffel d'évacuer dans le terme de
fix femaines ,la Fortereffe de Rhinsfeld ;
faute de quoi , l'exécution fuivra de
prés la menace. On ne croit pas cependant
que ce Landgrave obeiffe , étant
vrai-femblable qu'il eft appuyé par des
Puiffances étrangeres qui ont interêt
qu'on ne lui enleve pas cette Fortereffe ,
par laquelle elles peuvent avoir un paffage
jufque dans la baffe- Saxe. Le Baron
Beck eft de la part de l'Electeur
Palatin à Caffel, pour empêcher, s'il eft
poffible, que l'on n'en vienne à une rupture,
O
De Hambourg du premier Octobre
N est fort curieux de fçavoir ici
ce qu'eft dévenu le Baron de
Gortz. Il y a des lettres qui affûrent
110 LE MER CURE
qu'il eft partíavec un Pafle - port duCzar
pour Rével , d'où il a paffé en Suéde.
Cette complaisance pour cette Couronne
, fait foupçonner S. M. Cz.d'être entrée
dans l'alliance du Nord.
La démolition de Wifmar fe conti-.
nue avec force.
Le Roy de Pruffe a fait préfent au
Czar d'une pièce de Canon de 115 livres
de bales ; & la Reine de Pruffe a
donné à la Czarienne un caroffe magnifique
attelé de 8. chevaux Ifabelles,
avec des harnois trés riches: Le Czar
par reconnoiffance , deftine à S. M. P.
un Regiment compofé des plus grands-
& des plus beaux hommes de fes Etats:
Ils feront habillez comme le Regiment
des Gardes Suiffes en France .
La Paix du Nord s'avance , & le
Roy de Suéde doit nommer une Ville
pour le Congrez .
L
De Venife , le 15 Octobre.
A Flote de la République , depuis
le dernier échec contre les Turcs,
n'a pas été en état de tenir la Mer : Elle
étoit encore à la fin de Septembre, à
Zante.Celle desTurcs qui auroit pû faiD'OCTOBRE.
717
re quelque entrepriſe d'éclat , n'a ofé
la rifquer ; ayant perdu courage fur la
Nouvelle de la Victoire remportée par
l'Armée Imperiale fur celle des Turcs ;
c'eft ce qui fait qu'elle n'a pas quitté
les Eaux de Modon.
Le général Mocénigo qui eſt à Cataro
, difpofe, dit-on , toutes chofes pour
le bombardement de Dulcigno ; mais ,
nos plus fenfez Politiques doutent fort
que ce projet foit fuivi de l'éxécution
par la raison que cette expedition couteroit
beaucoup d'argent à la République
qui n'en a pas plus qu'il lui en faut.
L'on travaille avec empreffement à former
des fonds pour la Campagne prochaine
; mais ,felon l'ufage ordinaire ,
on ne fera rien avec précipitation . Pour
cet effet , l'on parle d'obliger les Particuliers
à porter leur Vaiſelle d'argent à
la Monoye, pour engager par cet exemple
, les Eglifes , les Monafteres & les
Confrairies qui ont beaucoup de ce métal
, à faire de même. Ces lettres
confirment que le different entre le Pape,
touchant le cours que S.S. veut donner
dans le Po de Prémaro aux Eaux
de la Riviére de Ren , fait toujours
beaucoup de bruit. Le Comte de Gal112
LEMERCURE
las Ambaffadeur de l'Empereur à Rome
, s'oppose à cette entreprife ; parce
qu'il feroit à craindre que les fables
que le Ren entraine , ne rempliffent les
Canaux de Comachio , & ne détruiffent
la pêche dont l'Empereur tire de
gros Révenus.
i
JOURNAL DE CAGLIARI.
Cagliari Ville Capitalle de l'Iſle
de Sardaigne , eft fituée fur une éminence
, au bord de la Mer , avec un
beau Port où les Vaiffeaux qui viennent
du Ponant & du Levant , fe retirent
: C'eſt le Siége d'un Archevéché
& d'un Viceroy: Son regard principal ett
fur l'Affrique . On la divife en 4 Parties.
Celle du milieu ceinte d'une forte muraille
, s'appelle proprement Caglier.
La Partie qui la joint & qui regarde le
Levant , eft nommé Villeneuve , l'autre
qui tire au Midi , ayant fon afpect vers
la Marine , a pris fon nom de la Marine,
ou de Gliapola ; & celle qui eft au
Couchant , fe nomme Stampax . Ces
3 dernieres parties , quoique fermées de
D'OCTO BRE. 112
murailles avec des foffez , font comme
les Fauxbourgs de Cagliari . L'on remarque
entre autres chofes , dans cette
Capitale , la belle Tour Saint Brancas ,
prefque toute de marbre , celle de l'Eléphant
auffi bâtie de marbre pour la plus.
grande partie ; le Château qui eft très
fort ; le Palais du Roy où loge le Viceroy
; la Maifon des Senateurs appellée
la Maifon de Ville , la grande Fontaine
, les Boulevars & les Baſtions de
Sainte Croix , de Saint auguftin &c.
Jacques II. Roy d'Aragon prit cette
Ville en 1330. Depuis ce tems- là , cette
Ifle étoit demeurée foûmife aux Efpa--
gnols , jufqu'au Traité d'Utrech , par
lequel ce Royaume a été démembré de
la Monarchie Efpagnole & cédé à l'Em--
pereur Charles V.
Elle a
Confeillers : Ils portent par
S
la Ville les Armoiries de leurs Charges ,
& gouvernent feuls la République & fes
revenus qui font confidérables.
Ils ont en de certains cas , la puiffance
d'établir des Loix : Leurs Privileges.
portent que le Roy d'Aragon , comme
Prince de Sardaigne , ne fe mélera point
non plus que le Viceroy fon Lieutenant ,
da Gouvernement de leur République.
K
114
LE MERCURE
L.
>
Es Relations différentes qui fe font
répandues depuis deux mois , an fujet
des Armes defa MajeftéCatholique.
dans l'entreprise de la Sardaigne ; ont
étéfi incertaines , que je n'ai rien voulu
prendrefur mon compte touchant cet événement
, dans mon Mercure de Septembre
; mais apréfent , que je fuis pleiner
ment inftruit du dénouement de cette
grande affaire , je vais reprendre mon
Journal , à l'endroit où j'en demeurai le
mois d'Aouft dernier , & raporter exa-
Element tout ce qui s'eft passé de plus mémorable.
Dans le Suplément du Journal du mois.
d'Aouft , nous dimes que la premiere &
& laplus forte Efcadre de la Flote Efpagnole
qui étoit fortie de Barcelone quelques
jours avant la feconde , étoit entrée
par deux fois dans la Rede d'Alcudia
en l'Ile de Mayorque , à cause que les
vents contraires & le calme s'étoient oppofés
àfon deffein . Apréſent , il eſt à propos
d'inftruire le Public que cette même
Efcadre ayant fait voile vers la Sardaigne
, ellefut obligée de rentrer pour
par.
troifiémefois dans la même Rade la
fuite du mauvais tems . Mais enfin , à
la
D'OCTOBRE. 175 :
la faveur d'un bon vent , elle pourfuivit
fa route & entra dans la Baye de Cagliarile
21 du même mois , où elle trouva la feconde
Efcadre commandée par Dom Balthazar
de Guevra , laquelle y étoit ar
rivée quelques jours auparavant.
Le 22 , le débarquement fut fait à
une lieuë de la Place , près de la petite
Riviere de Saint André de Quarte, non
loin des Salines qu'il y a dans le même
endroit . Six. cens chevaux de Cavalerie
nationale de l'Ifle. ayant entrepris de
soppofer au débarquement , furent
bientôt battus & mis en fuite par quelques
Troupes Efpagnoles qui eftoient à
l'abri de leurs Galéres , lefquelles s'approchérent
beaucoup de la Terre ; après
quoi , tout le débarquement fe fit fans
la moindre oppofition ; & les Troupes
Efpagnoles fe campérent près du Sanctuaire
& du Palais de Notre - Dame de
Buen- Ayre, à un petit quart de lienë de
la Place .
"
Le débarquement fait , M. le Marquis
de Lede Commandant en Chef,
fit fommer le Viceroy de ferendre , par ;
le Colonel Don Martin de Mayorga
Capitaine du Regiment des Gardes Efpagnoles
, Officier de valeur & de conduite
; mais , M. de Rubi Viceroi de la
116 LE MERCURE
.
Sardaigne ayant répondu avec beau
coup de hauteur & de fierté , les Galiotes
à bombes commencérent à bombarder
là Ville , & les Troupes prirent ce Pofte
pour faire le fiége par terre .
Le Vice- Roy ne pouvant plus fe foutenir
dans la Ville,fe retira au Château
où il fait fa demeure ordinaire : L'Archevêque
en fit autant , & prefque toute
la Nobleffe de Cagliari prit le parti le
-plus fûr , en fe répandant dans les endroits
les plus reculez de la Montagne ,
pour y attendre l'évenément de cette
entrepriſe .
Au commencement , l'Armée Efpagnole
fentit quelque diferte de Vivres ,
à caufe que tous les Païfans prirent l'épouvante
à fon arrivée ; mais, ils fe raffurerent
fur le champ;parce que leMarquis
de Lede fit publier une Amniftie
générale , & offrit de la part de Sa
Majefté Catholique, la confervation de
tous les Privileges du Royaume qui
font très grands , à caufe que cette Iſle
fait une partie de l'ancienne Couronne
d'Aragon. A peine la publication de
l'Amnistic fut faite , qu'on commen-
са à aporter à l'Armée toutes fortes
de Vivres en abondance ; de forte
que
1
D'OCTOBRE. 117
.
qu'on fourniffoit 10000 rations de pain.
frais par jour.
A l'arrivée de la Flote , une Fregate
Efpagnole appellée la Junon , prit, trois
gros Bâtimens que le Viceroy de Naples
envoyoit au fecours de la Place ,.
tous chargez de munitions , de poudres ,
d'affuts de canons , de mortiers à
bombes & autres appareils de guerre ;
& le Colonel Ferrer fort connu dans
4
la guerre d'Efpagne , par les différentes
exécutions qu'il fit à la tête des Miquelets
, fut encore pris dans un de ces Bâtimens
qu'il cominandoit.
En même tems , le Marquis de . Lede
envoya deux Officiers à Barcelone &
à Génes , pour faire fçavoir aux Efpagnols
& aux Italiens . fon hûreux dé-
Barquement , & fit détacher de fa Flote
4 Frégates , bonnes voilieres , pour
cotoyer la Sardaigne & l'Ile de Corfe ;.
afin d'empêcher les fecours qui pouroient
être envoyez en ce Royaume- là.
Au commencement du mois de Septembre
, le Marquis de Rubi Vice - Roy
fe voyant réduit à l'extrémité , fit battre
la chamade pour capituler ; à caufe
qu'une partie des Fauxbourgs étoit déja
foumife aux Efpagnols , & que le Châ118
LE MERCURE
teau étoit fort endomagé par les bombes
& par quelques batteries de campagne
; mais , les conditions qu'il propofa
, ayant parû fort exceffives au
Marquis de Lede , ce Général ne voulut
pas les écouter ; fi bien que le 7 , il
fit placer une batterie de 36Canons ,pour
battre en bréche le Château ; mais , par
le défaut de fafcines qu'il faloit aller
chercher fort loin , & parce qu'il faloit
dreffer les platesformesdans des endroits
trés difficiles , & efcarpez de la Montagne
fur laquelle le Château est bâti;
on différa l'ouverture de la tranchée
jufqu'au 14.
La nuit du 3. au 4. Septembre , le
Marquis de Lede détacha M. Graffeton
Maréchal de Camp, avec 350 Grenadiers
& quelques Dragons , pour attaquer
le Château de S. Michel - la
Comteffe , petite fortereffe placée hors
la portée du Canon de la place : On ne
s'étoit déterminé à cette entreprife , que
fur les avis que l'on avoit reçû que ce.
Château que l'on difoit à demi- ruiné
n'étoit défendu que par des Paifans ;
mais aux approches , on reconnut qu'on
avoit été mal informé , puifqu'on y
trouva de bons foffez & de bonnes
D'OCTOBRE. 119
fortifications , derriere lefquelles il y
avoit des Troupes reglées avec du Canon
à Cartouche qui nous bleffa 12 .
Soldats , en tua 7.ou 8. autres avec 5.
Officiers .
Les du même mois ,il étoit arrivé
au Port de Gennes , un grand Vaiffeaude
guerre d'Efpagne nommé le Royal S:
Philippe Il étoit commandé par Dom
Cayetano Pujadas Chevalier de Mal- .
the , & brave Officier de Mer Le-
Marquis de Saint Philippe envoyé
d'Efpagne à Gennes , y monta le
même jour par ordre de Sa Majefté
Catholique , pour, aller en qualité de
Gentil - Homme originaire de Sardaigne,
ramener par fon crédit , les éfprits de fes
Compatriottes , & frayer la route de.
l'entier recouvrement de cette Ifle .
Le 7. on envoya la Fregatte le Volant
de l'autre côté du Port , avec un
détachement commandé par un Lieutenant
Colonel , pour faire des fafcines
& des picquets qui dévoient être employez
à dreffer des Batteries & à
ouvrir la Tranchée .
Le 8. le Chevalier de Lede étant
forti du Camp , à la tête de 3. Compagnies
de Grenadiers des Gardes & de
120 LE MERCURE
220. Dragons , réduifit à l'obeiffance
du Roy quelques Villages, animez con--
the les Espagnols par le Bailly Maranioffa
qui commandoit quelques Troupes
de Cavalerie du Païs , laquelle à fon
aproche , fe fauva dans les Montagnes :
Le même jour , on fit un Lieutenant de
Vaiffeaux prifonnier , qui portoit à Naples
des dépêches du Marquis de Rubi ,
avec des lettres pour la Cour de Vienne .
Le 9 , quelques Gentils- Hommes.
du pays , du nombre des Partifans du
Roy d'Espagne , vinrent fe rendre au
Camp des Eſpagnols.
Le 10. deux Vaifeaux du Roy de Sicile
commandez par le général Scarempi
, en entrant dans le Port , effuyerent
une rude bordée de toute l'Artillerie
d'un Vaiffeau Efpagnol qui les prit
pour Batimens Ennemis , perfuadés que
c'étoit un fecours envoyé de Naples
ou de Gennes , pour fécourir la Place ;
mais l'Espagnol ayant réconnû le Pavillon
de S. M. S. il en fit fes excufes
, & la chofe fe paffa à l'amiable de
part & d'autre.
Le 11. on commença à tirer une ligne
de communication de la Croix de
Notre- Dame de Buen- Ayte vers la Marine,
D'OCTOBRE. 121
rine , pour faire l'ouverture de la tranchée
: Comme on ne peut pas creufer la
terre pas la difficulté des Roches qui
s'y rencontrent on a êté obligé de ſe
couvrir à force de Tonneaux & de Gabions.
9
Le même jour , la Ville de Saffaria
Capitale de la partie Septentrionale de
la Sardaigne , envoya deux Députés au
Marquis de Lede , pour demander un
fecours de deux Galéres avec 300 hommes
; afin de fe mettre en état par là ,
de fecouer le joug des Allemans. Quelques
Lettres de Gennes affûrent que
l'ayant obtenû , les Habitans ont chaffé
de leur Ville , la Garniſon & le Gouverneur
,mis par ordre de la Cour de
Vie ne ; & qu'enfuite ils ont reconnu
le Roy Catholique pour leur légitime
Souverain.
Le 12. les Troupes Eſpagnoles pouffoient
fi vivement les travaux , malgré
le feu de la place , qu'elles en
avoient déja fait 90. Toiles.
Le 13. fut employé à perfectioner
une batterie , contre les Baſtions de la
Marine qui font détachés de l'enceinte
de la Place de Cagliari : On fit une ligne
de communication duCouvent de laTri-
Octobre 1717.. L
122 LE MERCURE
nité jufqu'à celui de S. Lucifero . Ce ne
fut cependant que la nuit du 13 au 14,
qu'on ouvrit la tranchée , qui fut montée
par 2. Bataillons des Gardes Efpagnoles
commandées par Dom Jofeph
de Armendariz Lieutenant général , par
le Chevalier de Lede Maréchal de
Camp , & par le Brigadier Dom Jean de
Carrote.
La nuit du 14. au 15. la tranchée fat
fervie par 2. autres Bataillons des Gardes
Efpagnoles , par 60. Dragons , &
800. Travailleurs commandés par le
Marquis de San Vicente Lieutenant
général. Le Royal S. Philippe monté par
le Marquis de S. Philippe , entra dans
le Port ; il venoit de Gennes avec un
fecours de 14000. Pistoles pour l'Ar
mée.
Les 735. Dragons du Regiment d'Hamilton
, qui s'étoient embarqué à Gennes
pour la Sardaigne , dans le deffein
de fecourir les Affiégés , on de fe jetter
dans quelque autre Place de cette Ifle ,
font venus d'abord à S. Florence , Port
de l'Ifle de Corfe ; dé là , ils ont gagné
le Port de Calvi , & font enfin entrés
dans le Port d'Ayazzo , d'où , felon les
dernieres lettres de Gennes ils font bloD'OCTOBRE.
123
qués par deux Fregattes & deux Galeres
d'Efpagne qui leur interceptent le
paffage.
Les Tempêtes de Mer ayant empêché
de recevoir la fuite de ce Journal ,
nous fommes obligés de le terminer à
cette derniere datte , en attendant que
nous en recevions la continuation.
On vient cependant d'apprendre par
la voye de Marfeille , que le Patron
d'une Barque Françoife , partit le zjde ce
mois du Port de Cagliari pour paffer
à Barcelonne , a déclaré que le 30. Septembre
, les Espagnols s'étoient rendus
maîtres de la Place & du Château , où
on avoit fait deux grandes Bréches ; ce
qui avoit obligé le Marquis de Rubi de
fe rendre , fans fçavoir encore à quelles
conditions . Pluſieurs autres Barques confirment
cette nouvelle , entre lefquel .
les , il y en a qui ajoutent que la Pla-.
ce d'Alguer, aprés quelque foible réfiftance
, s'étoit foûmife aux armes du
Roy Catholique , & que toute l'ille
avoit fuivi cet exemple : Peut - être
qu'avant de finir nôtre Recueil , on faura
à quoi s'en tenir.
Lij
124 LE MERCURE
L
A Lettre du Pape au Roy d'Efpagne
, touchant l'entreprife formée
fur le Royaume de Sardaigne , eft une
piéce trop importante pour ne lui pas
donner place ici,
LETTRE
DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE .
RES-CHER FILS EN JESUS-CHRIST,
Salut de Bénédiction Apoftolique .
Comme Nous ne doutions nullement des
affûrances que Vêtre Majesté Nous avoit
données plus d'unefois , que les Vaiſſeanx
de guerre que Nous Vous avions demandex
inftamment & que Vous faifiez
équiper , etoient deftinez pour fecourir
puiffamment la Flote Chrêtienne centre
les Turcs : Dans cette perfuafion &
pour contribuer à vôtre gloire , Nous en
fimes d'abord part en Confiftoire à nos vénérables
Freres les Cardinaux de la Samte
Eglife Romaine ; de même que ce qui
Nous fut mandé enfuite de vôtre part ;
D'OCTOBRE. 125
que ces Vaiffeaux avoient mis à la voile ,
pour aller en Levant & foutenir la Canfe
commune , comme Vous Nous aviez
fouvent promis. Nous enfumes d'autant
plus perfuadez , que Nous le fouhaitions
avec ardeur , ayant en avis que cette Flor
te , quoi qu'elle eût défendu vaillamment
la Caufe du Nom Chrêtien , attendoit
avec impatience l'arrivée de ces Waiffeaux
Auxiliaires ; fe trouvant fort fatiguée
par les Combats fanglans donneX
dernierement dans l'Archipel.
que
Votre Majesté peut donc juger de la
furprise de la douleur que Nous ont
caufe les bruits répandus depuis peu 3 que
vos Vaiffeaux n'avoient pas pris la route
Vous Nous aviez marquée , mais une
autre directement contraire à vos promeffes
; en forte que la Religion Orthodoxe
n'en pouvoit efperer aucun fecours , mais
aucontraire,avoit tout fujet d'en craindre
des fuites trés dangerenfes..
Nous avoüons bien , que jufqu'à préfent
Nous avons tâché d'adoucir la douleur
que Nous avons eue de cette Nouvelte
, en ne croyant pas qu'il fallut encorey
ajouter une entiere foi ; quoi qu'elle fut
confirmée par les difcours & les plaintes,
dě plufieurs ; parce que Nous l'envifa-
Lii
126
LE MERCURE
gions comme une chofe directement contraire
à vôtre grande pieté , à la foi de
vos promeffes , & même au devoir d'un
Roy Catholique , dans un tems où l'Eglife
fe trouve dans un fi grand danger.
>
Mais,comme le bruit commun , répandu
de tous côtez fur cette affaire , Nous
fait craindre › que par les artifices de
quelques perfonnes , Vous n'ayez étéentrainé
malgré Vous & contre vôtre inclination
dans ce nuifible & dangereux
deffen , qu'on dit même que Vous avez
déja fait éclater ; nôtre fincère & paternelle
Charité envers Vous , ne nous permet
pas de nous taire , dans un auffi grand
péril non feulement de vôtre Réputation ,
mais même de vôtre Ame : Car , qui ne
voit quel compte vous auriez à rendre
an Roy des Roys , & quelle tache ce feroit
à votre Reputation , fi vos Confeillers
avoient étécapables d'extorquer de
Vous , que Vous abandonnaffiez la Cauſe
commune ; que Vous ne fiffiez aucune attention
aux périls de la Religion Chrêtienne
; & que Vous oubliant Vous-même,
Vous portaffiez ailleurs les Troupes
& les Armes deftinées à une Guerre
Sacrée , à la defenfe de la Sainte Egli
fe ; & que Vous ne gardaffiez pas la Foi
D'OCTOBRE. 127
que Vous Nous avez fi ſouvent promiſe ,
on plûtôt à Dieu qui ne peut être moqué
, & au Nom duquel Nous avons reçû
vos promeffes ? Ces Confeillers s'attireroient
les effets terribles de la Vengeance
Divine , fi fous prétexte de quelques
offenfes , on pouez par des interêts
particuliers , ils avoient donné à V. M.
de fi pernicieux confeils , pour ternir la
gloire de vôtre Nom Royal , éluder les
foins & les efforts de notre fonction Pafte
rale pour la défenfe du Nom Chrêtien z
& lequel enfin Dieu , terrible envers les
Roys de la Terre , ne permettroitpas qu'il
demeurât impuni.
Quelles affenfes, en effet , vos Miniftrespourroient-
ils rapeller , pour Vous
confeiller de les préferer à la Caufe de
Dien ? Quelles raifonsfauroient-ils alleguer
, qui dûffent être préferées au Bien
de la Religion Catholique , à l'avancement
de la Gloire de Dieu , & aux urgentes
néceffitez de la République Chrêtienne
? Pourroient- ils prendre pourprétexte,
queJESUS - CHRIST leur eût en quelque
chofe manqué de Foi , ou qu'il leur
eût fait quelque injustice , pour foutenir.
qu'on pourroit auffi lui manquer de Foi ,
& abandonner la défenfe de fon Nom
Liiij
LE MERCURE
& de fes Droits , à laquelle ils étoient
obligez ?
Nous prions donc trés inftamment V.
M. & la conjurons au nom du Seigneur,
comme Nous vous l'avons déja repréſenté
librement , mais avec une affection paternelle
, quefuivant votre équité & vôtre
prudence finguliere , Vous faffiez de
férienfes réflexions fur les dangers de la
République Chrétienne , de l'Eglife &
de la Religion ; & que Vous veuilliez
Nous écouter , Nous qui Vous tenons
lien de Pere, qui Vous aimons tendrement
& qui vous donnons de veritables &fam
lutaires confeils , plûtôt que ces Fils de
défiance , qui ne fongent qu'aux choſes.
de la Terre , & qui ne souhaitant
pas tant vôtre grandeur qu'à s'acquérir
de la louange , Vous infpirent des deffeins
avantageux en aparence ; mais ,
trés-pernicieux en effet ; & que vous préniez
une réfolution , qui Vous faifant
laiffer les chofes dans le même état où elles.
étoient , ou fi l'on y a aporté quelque
changement , les rétabliſſant dans l'état
•ù elles étoient auparavant , mette vôtre
gloire & votre confcience à couvert , contribue
à la Tranquillitépublique , & prévienne
enfin les plaintes de tous les gens
de bien.
D'OCTOBRE. 1.2.9
Notre vénérable Frere Pompée , Archevêque
de Neo - Cefarée ( Andrinople
) nôtre Nonce auprès de Vous , Vous
en dira davantage fur ce sujet ; & Nous
Vous prions de vouloir toûjours l'écouter
favorablement , fuivant vôtre coûtume.
Cependant , Nous ne cefferons de prier
Dieu , entre les mains de qui font les
coeurs des Roys , qu'il donne à nos paroles
ànos avertiffemens , la force de fléchir
l'efprit de V. M. & lui faire former
des deffeins qui n'arrêtent point le cours,
des Bénédictions Célestes fur Vous , mais
qui puiffent Vous les attirer de plus en
plus , au bonheur continuel de Votre
Royaume : Et pourgage de notre Charité
Pontificale , Nous Vous donnons très- affectueufement
nôtre Benediction Apoftolique.
Donnè à Rome à Sainte Marie.
Majeure ,fous le Seau du Pécheur , le 25 .
Août de l'An 1717 , & de nôtre Pontificat
le 17.
L
A Rome le Octobre 1717 .
S
A Princeffe Scavolina , autrement
la Princeffe Carpeigne a quitté Rome
, pour paffer , à ce que l'on prétend ,
en France , où elle efpere qu'on luy fe130
LE MERCURE
ra juftice & qu'on aura égard à fes demandes
Sa politeffe & fes manieres
engageantes la font regretter de tous
ceux qui l'ont connue . Sa maifon étoit
le rendez - vous de tout ce qu'il y avoit
de plus choifi dans cette Ville ; & c'étoit
fans contredit l'Affemblée , ou pour
me fervir de l'expreffion du Pays , la
converfation la mieux affortie & la plus
commode de tout Rome .
·
Le Comte de Peterborong étant arrivé
le 7 de Septembre à Boulogne , il fue
arrêté le 11 avec fon Secretaire & un autre
Domestique : On faifit tous les papiers
, aprés quoy il fut conduit au Fort
Urbain. Il n'y a que s ou 6 mois que ce
Milord quitta Rome pour s'en retourner
à Londres , d'où étant reparti en poíte
pour ce Pays , il fut fuivi par un Gentil-
Homme du parti du Chevalier de S.
Georges , qui l'ayant perdu dans les
Montagnes , ne fit qu'augmenter par fon
retour, les foupçons que cette Cour avoit
conçus de ce Seigneur. Comme il gardoit
l'incognito à Boulogne , & qu'il ne
fortoit que de nuit , on fe crut en droit
de s'en faifir : On ne luy trouva d'abord.
que 10000 fterlins en billers & en efpéces
, mais depuis , on a voulu infinuer
D'OCTOBRE.
131
qu'il avoit des remifes pour plus de
100000 autres livres fterlins ; c'eſt ce
que l'on a peine à croire. Il faut aparemment
qu'il ne foit pas ficoupable
qu'on le difoit ; puifque , quand on luy
a offert la liberté de fortir, il l'a refufée ,
attendant des ordres du Roy Georges
pour prendre fon parti . Le Pape a envoyé
quelques Troupes pour la garde
du Prince..
M. l'Abbé Chevalier & le Pere la
Borde de l'Oratoire,partirent d'ici le 29
du paffé pour s'en retourner en France.
Le Courier extraordinaire qu'on avoit
dépêché pour l'Indult de l'Archevêché
de Besançon , n'a emporté autre choſe
qu'un refus honnête du Saint Pere , qui
fufpend cette grace jufqu'à ce que la
grande affaire foit terminée .
La Coadjutorerie du Prieuré de Saint
Martin des Champs , en faveur de M.
l'Abbé de Saint Albin , a cependant été
expediée en datterie : Le Courier s'en eft
retourné en France pour en porter la
Nouvelle .
Le Pape n'a pas témoigné beaucoup
de joye de la naiſſance de fon petit Neveu
: On n'a pas manqué d'impofer aux
autres noms du nouveau Né , ceux en132
LE MERCURE
core des Mages , c'est un ufage de co
Pays fondé fur une fuperftition trés accréditée
, & le tout pour préferver l'enfant
des maléfices des Sorciers , & en
même temps les Peres & Meres des
reproches qu'on leur feroit, s'il lui arrivoit
malheur.
Le 28 Septembre mourut le Cardinal
Francefco Martelli Fiorentino , né le 19
Janvier 1634. Par cette mort , il vaquoit
un fecond Chapeau , & c'étoit de quoy
faire compenfation entre l'Empereur &
le Roy de France ; mais , le Saint Pere
ne l'a faite qu'en faveur du premier.
Le Vendredy premier Octobre, le Pape
tint confiftoire & propofa Eméricus
Cziaacki Senpulenfis Archevêque de Co.
lors , & Evêque de Varadin né en 1672 ;
Il a donc efté fait Cardinal plenis votis.
Le Cardinal Ptolomei en fit l'Eloge en
plein Confiftoire , comme d'un Šujer
trés digre & dont il pouvoit répondre..
L'Empereur avoit donné l'option à S. S.
ou de cette nouvelle Eminence , ou de
M. Stella Napolitain .
Le le 3 S. Pere fit chanter le Te
Deum en Action de Graces de laVictoire
remportée , fuivi de la prife de Belgrade
par les Chrétiens fur les Infidéles , on
D'OCTO BRE. 133
ira un magnifique Feu d'Artifice au
Château S. Ange.
M. Zappi Poëte célébre , a fait à
l'occafion de la Victoire de Belgrade ,
un Sonnet en Italien qui eft ici fort .
eftimé : Il dédié à M. le Comte de
Gallas Ambaffadeur de l'Empereur à
Rome ; en voici une copie .
V
Iva t'Augusto CARLO. Oppreffa
, e vinta
Cadde Belgrado , e già la Croce adora :::
Bacia l'aurée Catene , ond' oggi è cinta ,
E del nuovo Signor fe fteffa onora .
Ma questo èpoco ; alle difefe accinta ,
Tutti i fuoi Regni fpopolò l'Aurora :
E già fugata , prigioniera , eftinta
Fu la grand' Ofte ; e questo è poco ancora .
Io del deftino apro i Volumi ; e leggi
Che del Barbaro Impero è già maturo
L'ultime eccidio , che nel Ciel fi trama :
E volgo il guardo inver Bizanzio , e
vergo
L'ombra di Conftantino , altaful muro ;
Che il Succeffore , dall' Auftria , afpet- .
ta , e chiama.
134
LE MERCURE
De Bruxelles le 10 Octobre 1717.
ON fithier en cette Vile l'Inauguration
de l'Empereur , comme
Duc deBrabant & de Limbourg. Les Seigneurs
Etats du Duché de Brabant &
lesDéputez de Limbourg, s'étant affemblez
chez le Comte de Tildonc , allerent
en Cavalcade vers les ro heures
du matin, à l'Hôtel de M. le Marquis de
Prié , pour le conduire à l'Eglife Collegiale
de S. Michel & de Sainte Gudule.
La marche commença par le Regiment
du Marquis de wefterlo , les Officiers
à la tête , puis les Députez des
Etats du Duché de Limbourg précédez
des trompettes & timbales ; aprés eux, le
Marquis d'Affche portant le grand
Etendart , comme Guidon héréditaire
du Duché de Brabant , ayant devant
luy' les deux Huiffiers des Etats de cette
Province ; enfuite les trois Receveurs &
le Greffier des Etats de Brabant , les
Députez des Villes d'Anvers , de Bruxelles
& de Louvain ; les Nobles &
les Prélats, chacun felon fon rang, ayant
à leur tête l'Abbé & Comte de Gem-1
bloux comme premier Noble . M. l'ED'OCTOBRE.
-135
vêque d'Anvers & l'Archevêque de
Malines fuivirent enfuite . Le Duc d'Urfel
reprefentant le Comte de Grobbendonc
, comme Maréchal heréditaire de
Brabant , portoit l'Epée , ayant devant
lui trois Herauts- d'Armes aux titres de
Brabant , de Limbourg & du Marquifat
du S : Empire ; à fa droite , le Herautd'Armes
à titre de la Toifon d'or , & à
fa gauche, celui à titre de Lothier , tous
vêtus de leurs cotes d'armes, le Caducéé
en main . M. le Marquis de Prić entouré
de la Noble garde des Archers , &
précedé de celle des Hallebardiers ,
marcha enfuite avec les Gentils - Hommes
,fes autres Officiers domeftiques,
Pages , Valets de pied & Haiduques ,.
fes chevaux de main & fes Caroffes de
corps. La marche fut fermée par le Regiment
de Dragons du Prince de Holftein.
Dés que Son Exc. fut entrée dans
l'Eglife , on commença la Meſſe de la
Sainte Trinité , qui fut chantée pontificalement
par M. l'Archevêque de
Malines , Primar des Pays bas , affifté
du Prélat du Parc Archichapelain des
Ducs de Brabant , du Prélat de Villers
comme Diacre , & du Prélat de S Bernard
comme Soudiacre. La Meſſe fi136
LE MERCURE
nie,Son Exc . mit la main fur le Miffel
qui lui fut préfenté pour ce fujet , &
fit entre les mains dudit Seigneur Archevêque,
le ferment accoûtumé pour
l'obſervation des Droits & Privileges
compérans aux Eglifes de Brabant . Le
Doyen de ladite Eglife fuivi des Chanoines
tous en chapes , vint faire enfuite
à M. de Prié la lecture d'un ferment
particulier pour les Droits & Privileges
de l'Eglife de S. Michel & de
Ste Gudule . Ces fonctions étant achevées
, Son Exc. accompagnée defdits
Seigneurs Etats , reprit la marche dans
le même ordre vers la Cour , où Elle
monta fur le grand Théatre qu'on y
avoit préparé pour cette célébre cérémonie
. Elle s'y mit dans un fauteuil
fous un riche dais , où le Portrait de Sa
Majefté Imp . étoit expofé , & fut entourée
de deux côtez des Seigneurs
Archevêque de Malines , de l'Evêque
d'Anvers , des Prelats , des Nobles
des Deputez , & c. Le Duc d'Urfel repréfentant
le Comte de Grobbendock ,
comme Maréchal héréditaire de Brabant
, tenant l'Epée , fe mit à droite de
la Table , & le Marquis d'Affche à la
gauche, comme Guidon héréditaire de
›
B
D'OCTOBRE
137
Brabant avec l'Etendart de la Province.
Chacun étant placé , le premier Heraut-
d'Armes cria à haute voix Silence,
Silence ; Son Exc. déclara le fujet de
cette Affemblée , à quoi le Greffier des
Etats de Brabant ayant répondu , lût à
haute voix les Lettres de Plein -pouvoir
de Sa Majefté Imp. enfuite les Lettres
de la Joyeufe Entrée avec leurs additions
. Enfin , les deux Sermens
ordinaires en langue Brabançonne &
Bourguignone . M. de Prié mit la main
fur le Miffel qui lui fut préfenté par
l'Archevêque , & fit au nom de l'Em
pereur,comme Duc de Brabant , les deux
fermens mentionnez. Enfuite de quoi ,
on fit à haute voix la lecture du ferment
d'obéiffance & de fidelité que les-
Etats de Brabant devoient prêter. Aprés
quoi , l'Archevêque , l'Evêque & les Prelats
le firent entre les mains de Son
Exc & les Nobles & les Députez des
Chefs Villes , en firent de même . Le
Penfionnaire des Etats de Limbourg fic
enfuite lecture des deux fermens que
Son Exc. devoit prêter aux Etats de
la même Province ; Onlûr enfuite le
ferment de fidélité & d'obéïffance que
les Etats de Limbourg devoient prêtez
Octobre 1717. M
138,
LE MERCURE
& que leurs Députez firentpareillement.
Cette Cérémonie étant achevée , le premier
Roi d'Armes cria trois fois à haute
voix : Vive l'Empereur & Roi , Duc
de Lothier , de Brabant , de Limbourg ,
& Marquis du S. Empire. Les trompettes
& timbales fe firent d'abord entendre
, & on fit trois décharges de
l'Artillerie de nos remparts , au fon de
la Cloche de Triomphe ; pendant quoi,
on jetta au Peuple des Médailles d'or
& d'argent. Son Exc . donna enfuite un
fettin fort magnifique dans le grand Salon
de la Cour , aux Seigneurs Etats des
deux Provinces , comme auffi à plufeurs
autres Seigneurs. Le foir il y eût
un grand feu d'artifice dreffé dans le
Parc derriere le Palais.
De Londres le 14 Octobre.
L'Emprifonement
du Comte de Peterborough
fait ici l'attention publique
& donne lieu à divers raifonnemens
; mais , on ne peut pas fe perfuader
que ce Milord ait été capable de former
le deffein d'attenter à la vie du
Prétendant : Quoi que les Jacobites publient
que ce Milord avoit promis soooo
D'OCTOBRE.
1;9
piftoles à un Italien , pour exécuter ce
noir complot , & que c'eft ce même
Italien qui l'eft venu déceler .
Comme le Parlement fe doit affem .
bler au commencement de Décembre ,
les Toris ne régligent rien, afin d'avarcer
leurs interelts . Pour cet effet , ils
font des Affemblées dans la Campagne,
pour concerter les moyens de gagner
la fupériorité fur le préfent Miniftére .
La nuitdu Samedy au Dimanche dernier
,'quelques mal affectionnez répandirent
jufques dans le Palais de St James
& à Hamptoncourt, deux , Libelles ;
Pan fous le titre , Avis à l'Armée &
au Peuple d'Angleterre , qui contient en
fubftance , que fi on veut vivre en paix
dans ce Royaume , il faut néceffairement
appeller le veritable heritier de
la Couronne & le mettre fur le Trône.
L'autre eft intitulé , Avis à M. Ro~
bert Vvalpool , par lequel l'Auteur prétend
prouver que le Roy Georges a contrevenu
à l'Acte qui établit la fucceffion
à la Couronne dans la ligne proteftante
; & qu'il a même agi contre le
ferment qu'il fit à fon couronnement
&c. Il ne faut pas douter que fi on:
découvre les Auteurs de ces Ecrits fe
Mij
140
LE MERCURE
ditieux , on ne les puniffe felon tou
te la rigueur des Loix .
On apréhende que les Rebelles qui fe
font retirez dans les Montagnes d'Ecoffe,
ne faffent des irruptions dans le plat-
Pays. On craint même que d'autres Mécontents
ne s'y joignent & n'éxcitent
une nouvelle Rebellion . Le Roy a
donné ordre au Comte de Sutherland &
au Lord Lorat , de fe rendre inceffam-.
ment en Ecoffe ; afin de prévenir leurs
pernicieux deffeins enfaifant marcherles
Troupes & les Milices contre eux , &
en mettant en oeuvre tout ce qu'ils jugeront
néceffaire pour éviter ce malheur :
Mais on croit que ces Seigneurs rencontreront
de grandes difficultez , & qu'il
fera comme impoffible , de les réduire,
à caufe qu'ils occupent des Montagnes
inacceffibles .
Il y a quelques jours que le Baron-
Shader Allemand , prefenta un Mémoireau
Roy à Hamptoncourt , dans lequel
il accufoit le Comte de Bradbourg
qu'on dit être un Moine françois
défrocqué , d'avoir parlé avec
beaucoup de mépris de S. M. jufqu'à l'avoir
appellé un Prince de deux liards..
Le Roy ayant examiné ce Mémoire fir
D'OCTOBRE.. 1411
1
venir l'un & l'autre en fa préfence pour.
les
interroger.
Le Baron foutine que,fon accufatione
étoit véritable, & que pour la vérifier ,
S. M. n'avoit qu'à confiderer la maṛ-
que, qui étoit gravée fur le front du
Comte ; que c'étoit lui- même qui la lui .
avoitimprimée par un coup de chandeliers
parce qu'il n'avoit pu fouffrir les
difcours fcandaleux que celui- ci tenoit
de S. M.Le Comte aïant été obligé d'en
convenir , S. M. s'eft contentée d'ordonner
à cet Imprudent de ne plus fe:
prafenter à l'avenir devant lui , le Roy
lui ayant fait fouvent l'honneur de le
faire manger à fa Table ; & le
pour
Baron , il le pria de ne plus parler de
certe affaire .
YEPA.PARAY2 PA YEER VOOR
EPITRE DE M. MICHEL
A M. DE .
POUR LE DETOURNER DE LA SATYRE
If Ennemi de tout . Rimeur glacé,
Par qui j'ai vu de leur froide manie
Plus d'un Tableau fidellement tracé;,
142 LE MERCURE
Gentil Ami , de qui l'heureux génie
Peut efpérer d'être unjour remplacé ,
Sur le Parnaffe aux fonctions utiles
De feu Boileau ; quand cet Auteur prifè
Pour la Raifon, d'un chaud zele embrafé,
Vilipendoit tous ces Ecrits fertiles
Où le bonfens fe voit martyrisé.
Je vous écris , non quej'aye à vous rendre
Vos Complimens , & cet amas fucré
De doux propos dont m'avés fonpoûdré.
A tel retour , jà ne devez prétendre ;
Puifqu'entre nous regne fincérité ,
Commefavez; & s'il vous plaît , Beaufire,
Vousfuffira ce qu'elle m'a fait dire
Ez petits Vers par oùj'ai débuté:
Qu'ainfi ne foit: Naïve vérité
Toujours me plût , & fidéle à ſon culte ,
Son Oracle eft le feul que je confulte.
Quand de rimer par fois je fuis tenté,
Non moins que moi d'elle feule enchanté,
Vous dédaignez la foupleffe frivole
Des vain's Flateurs ; & pour être écouté,
Il ne faut pas qu'un Ami vous cajole :
Si qu'avec vous , on peut impunément
Rifquer cenfure libre fentiment :
Tout an rebours de cette Seite habile
Qui fe croyant la vûë affez fubtile , *
D'OCTOBRE. 143
Four pénétrer dans l'objet le plus fin ,
N'eut onc befoin des yeux defon voisin.
Que tels Docteurs ayent vuidé leur
cervelle
De quelque écrit qui s'enfit arracher ;
Vous les verrez tout prets à fe fácher ,
Au moindre endroit de la Piéce nouvelle ,
O vôtrelime ofera s'attacher :
Vainement donc votre main les harcelle
Far traits fréquens ; vainement pretentelle
Les corriger à force de mépriss
Et me déplait , s'il faut queje le dife ,
Que voussoyezfifortement êpris
Du faux honneur de punir leur fotife.
Loin de vouloir contr'eux nous fignaler ,
Tachons fans plus de ne point reffembler
A telle Race ; & contens qu'on nous toüe,
Laiffons crier un Corbeau qui s'enrouë :
Mais , qui penfant mieux chanter qu'Apollon
,
Vent croaffer dans fon facré Vallon ;
Et que me fait à moi qu'un Fât écrive
MalgréMinerve , & que Phoebus le prive
Defes Lauriers? Que m'importe aprés tout
Que dans fes Vers cet aveugle fe mire ?
Pourquoy vouloir que mon fecours eti re
De fon erreur ; fouffrons - là juſqu'au
bouti
144 LE MERCURE
,
Et par pitié, permettons qu'il s'admire ye
Sans mecharger , cruel Defenchanteur
De lui ravir un plaifir fédulleur :
Le feul peut- être , auquel il foit fenfible ::
Pour tel Malade il n'eft remede aucun
Deffous les Creux , dont l'effet foit planfible
:
Soyez fincere ou flateur , c'est tout un,
Dès qu'une fois un Auteurfans mérite ,.
Seft prévenu qu'on devoit l'admirer ,
Quiconque veut lui parler vrai , l'irrite ;
Et l'on ne gagne à vouloirl'éclairer ,
Qu'unfot mépris , une haine intrattable
De peu d'effet ; mais toûjours redoutable.
Je crainsfortpeu, direz- vous , leurs tranfparts
Et ma raifon fe fait à les poursuivre
Certain plaifir dont la douceur l'enyore ,
Et qui n'engage à braver leurs efforts ,
Où font les traits dont ils peuvent m'atteindre
:
Au demeurantje ne puis me contraindre ,
Unfot m'aigrit & me met en humeur;
Afesdépens il faut que je m'égaye ,
Des qu'il paroit ,je le marque à ma craye ,
Et je me livre . Ony ,je connois l'ar-c
deur ,
Quifur ce point vous emporte à mèdire;
En vous reluit cet efprit fétulant ,
Qui
D'OCTOBRE. 145
Qui dans un coeurfait germer la Satyre ;
Mais cet efprit , infortuné Talent ,
De tous les dons que nous fait la Natu
Eft le feul Don indigne de nos voeux ,
Et qu'ilfied bien de laiſſer fans culture.
Que j'aime à voir un Auteur généreux
De tout bon mot fuir l'appas dangereux !
Ne fe permettre enfa Verve prudente
Aucun écart d'une bile mordante ;
D'un trait malin mépriser le fuccès ,
Vivre fans fiel & libre des accès
Qui font hair une Mufe impudente
De la Satyre ignorer les excès.
Tous ces difcours , dites- vous , font fort
fages ,
Mais toutesfois, on vit dans tous les âges ,
En dépit d'eux , s'armer de grands Auteurs
Du mauvais goût ardens Inquifitenrs ,
Et d'Apollon embraffant la vengeance ;
Perfécuter la rimaillenfe engéance :
Et , dites-moi , fi ces rares Efprits,
Si Juvenal , Defpreaux, Perfe , Horace ,
A cette engeance eûffent fait plus de grace.
Nous ferions donc fruftrés de leurs
Ecrits ....
Oh, quel malheur pour les Races futures ?
Quand moins farcis d'orgueillenfes Cen--
Jure's ,
On les verroit réduits aux autres traits
Octobre 1717
N
146 "
LE MERCURE
Quifont bonneur à leur Mufe Critique ;
Mais vous enfin , dont la Verve Cauftique
De fa malice afait d'heureux effais
Et qui déjafier de cet avantage ,
De Defpreaux convoités l'Heritage :
Vous qui penfes que draperfans quartier,
Un pauvre Auteur est unfi beau métier:
Interrogés nos Maîtres en Satyre ,
Ces Profeffeurs du grand Art de médire,
Vous avoueront le malheur de leur choix,
Ils vous diront qu'au bout de la Carriére ,
Tentés cent fois de marcher en arriere ,
Ils ont eux-mêmes abhorré leurs exploits
Et detefté les fruits de leur étude ;
Que devenus malins par habitude
Leur main fouvent lâcha d'injuftes traits
Et que par eux la Raifon offenfée .
Sur le Rapport de l'équité bleffée
Plus d'une fois fit caffer leurs Arrêts ;
Ils vous diront que le dignefalaire ,
Que remporta leur Mufe arbitraire ,
Fut de n'avoir , entourés d'Ennemis ,
Nul Partifan , nuls fincéres amis ,
C'est le deftin de quiconque fe moule
Sur ces Auteurs & mon Sermon ne roûle
Que fur ce point , le plus digne de tous
D'être pefé : Non , ce n'est point l'eftime
Dug and effort, Partage légitime ,
Qui de nos biens doit faire leplus doux ,
D'OCTOBRE. 147
Et le Sçavoirfut- il plus vafte en vous ;
·Euffies- vous fait une moiſſon plusgrande
Que Scaliger on Pic de la Mirande ;
Votre génie eût- il l'heureux pouvoir ,
Avec legoût d'accorder lefçavoir ;
Si pour autrui né facheux , infenfible ,
L'injufte orgueil vous rend inacceffible;
Si votre coeur ne peut être foûmis
Au jong charmant d'une amitié fincère ;
·S peu touché de fe voir fans amis ,
Il ne connoît ni l'Art fi néceffaire
De les garder, ni le fecret d'en faire :
Vous n'êtes rien qu'un vil Monftre , &
pour moy
Vôtre mérite eft hors de bas- aloy.
Dans le commerce indigne de paroître
Avec le coeur qui devon ne point naître ,
Ne vives pas plus long-temsfous nos yeux;
Au fond des bois , nouvel Anachorette ,
Parmi les Ours cherchez une retraite ;
Drgne héritier de nos premiers Ayeux ,
Auffifarouche & plus criminel qu'eux ,
Ou bienfemblable à ce hideux Cynique ,
Flean des fiens & l'horreur de l'Attique
· Dans un Tonneau retranché jusqu'an
dents ,
>
‹ Delà , s'il faut, aboyés les Paffants.
Maisfiniffons , j'aperçois votre Mufe
Rire des foins où la mienne s'amufe .
Nij
.148 LE MERCURE
Et n'opofer enguife de raison ,
Que fon penchant à ma longue Oraiſon.
Eh bien allez ? Sans crainte de l'orage ,
Embarquez vous & bravez le naufrage ?
De votre courfe, inutile témoin,
A vos périls j'affifierai de loin ;
Et nepouvant par l'exemple d'un autre ,
Vous retenir contre un penchat trop doux,
Mesyeux vengés veront aumoinslevôtre,
Servir aux gens plus dociles que vous :
Vous m'allez dire & c'eft vôtre réponse ,
Qu'ici j'ai tort de vous entretenir
De mes frayeurs , & que je vous annonce
Un peu trop tôt une douleur à venir :
Vous prétendezembraffer la Satyre ,
Eftre à l'abri des maux qu'elle s'attire ;
Et par prudence évitant tout écueil
De préjugés , d'injustice, & d'orgueil;
Bien moins Cenfeur d'autrui que de vousmême,
Vous vous ferés, un important Systême ,
De ne jamais donner prife au Bêtail
Dont vous aurez blafonné le travail ,
De n'attaquer dans les écrits des autres
Que des travers incõnus dans les vôtres.
Soit à ce prix : Je vous livre les fots ,
De leurs chifons , nettoyés le Parnaffe ;
Bien entendu que vos traits feront grace
A leur perfonne , en blámant leurs dèfans.
D'OCTOBRE." 149
Le Dieu des Fers , dont les regards propices
De votre veine ont haié les premices;
Et les neufSoeurs à qui plaît vôtre encens ,
Vont prefider à vos travaux naiffants :
Plus glorieux pourtant , fi ma doctrine
Mettant unfrein à verre humeur chagrine,
Vousfaut choifir, en changeant de Métier,
Un autre champ où cueillir du Laurier.
Le mot de la premiere Enigme du
mois paffé , étoit le Miroire , & celuf
de la feconde le Z.
L
ENIGME S.
E Sexe dontje fuis , qui doit me revêtir
, TUA
Ne m'habille avec foin que pour me dévêtiri
Et celle à qui je fais le mieux gagnerfa
vie >
Semble me dépouiller avec le plus d'envie
,
Cependant , ce qui fert , oupour le vètetement
,
Niij
150 LE MERCURE
La parure on l'ameublement
Par moi dans l'origine a pris un nouvel
Etre ,
Et neferoitfans moi , ce qu'on le voitparoitre
Sous le pluspompeux ornement.
Dés que l'apas du gain m'a mife toute nuë
Mon corps aride , fec , long, tout d'une
venue
Abandonnépour lors , fans fupoft ni foltiens
›
N'eft propre qu'à brûler , où qu'à chaffer
les chiens.
Si d'un Herosjadis , je fus l'amusement
Dans un tendre déguisement
Il avoit fes raifons Fraiment c'eftoit pour
caufes ,
Quifirent faire aux Dieux pires métamorphofes
M
AUTRE.
On nom est un mot ruineux
Au malheureux ;
A propos prononcé , mon nom fait des
Conquêtes.
Je porte un Etui de poil ras ;
J'ai plus de têtes que de bras :
Mais, j'ai plus de mains que de têtes .
Falst
Octobre 1717
8
X
Papillon qui
dans
cepc - cc 500
flour formes des voeux, Jaine
X
ge . Maitafen
X
vic, non,non, non non a
fais les plaisirs Je faislaa
vi.
X
Je
D'OCTOBRE.
ISI
海鮮豬豬豬魚魚魚魚蘿
CHANSON.
Papillon , qui dans ce Bocage
Inconftant autant qu'amoureux
Four chaque fleur formes des voeux ,
J'admire ton humeur volage
Mais à ta folle liberté
Mon coeur ne porte point d'envie :
Non non , de ma captivite
Je fais lesplaifirs de ma vie.
EXXXXXXX
JOURNAL DE PARIS.
LM. le Conte d'Affy Capitaine aux
E 29 du paffé , le Roy donna à
Gardes , le Gouvernement de la Citadelle
de Befançon, vaquant par la mort
de M. le Comte de Moncaut Lieutenant
Général des Armées du Roy.
M. le Duc de S. Simon a acheté les 2 .
Regiments de S. Aignan & de Villepreux
Cavalerie, pour les deux fils aînez.
M. Chauvelin de Beauséjour Inten-
Nii
152 LE MERCURE
1
dant de Tours , paffe à l'Intendance de
Bordeaux, à la place de M. de Courſon ;
& M. d'Ormeflon de Cheré va relever
M. de Guerchois Intendant de Befançon
, qui revient à la Cour, poury
faire
les fonctions de la Charge de Confeiller
d'Etat.
Le premier Octobre , M. Vivant Curé.
de S. Méry , qui avoit efté autrefois fort
attaché à M. le Cardinal de Noailles ,
& qui l'avoit accompagné dans fon
voyage de Rome , a refigné fa Cure à
M. l'Abbé Metra fon Neveu , fous-
Chancelier, de l'Univerfité. Il eft parti
pour Strafbourg , où il fera Grand Vicaire
de M. le Cardinal de Rohan .
Le 2. M. d'Iberville qui a refidé en
Angleterre , en qualité d'Envoyé Extraordinaire
de France , & qui s'y eſt
acquis par fes belles qualitez , un applau
diffement général de la Cour & de la
Nation , et arrivé à Paris , où il a été
favorablement reçû du Roy &de Monfeigneur
le Due Regent .
Monfieur le Duc eft depuis peu grand
Maistre des Mines & Miniéres de
France ; c'eft une Charge qui avoit été
poffedée par feu M. le Marquis de
Blainville .
D'COTO BRE.
153
&
Depuis l'Election d'un nouveau
Syndic , qui eft M. le Curé de Saint
Innocent , tout eft tranquile dans la
Faculté de Theologie , à laquelle Monfeigneur
le Duc Regent a laiffe une entiere
liberré.
-
- Le 9. le feu prit par accident fur les
11 heures du foir , dans le bâtiment de
l'Orangerie qui eft au bout du Jardin
des Tuilleries. La fentinelle ne pouvant
pas quitter fon pofte , tira un
coup de fufil pour avertir la Garde qui
s'y rendit fur le champ. On détacha
beaucoup de Suiffes , qui joints aux
Capucins accourus aa fecours , empêcherent
que tout le bâtiment ne fut réduit
en cendre , dont une partie a été
feulement confumée avec beaucoup de
meubles . Les Orangers en ont été fort
endommagez. Le Roy a promis une
gratification aux P. C. en faveur de
leur zéle & des fervices qu'ils y ont
rendu .
154 LE MERCURE
Le 10 , on publia la Déclaration du Rey ,
qui fufpend toutes les difputes , conteftations
& differens qui fe font formez
dans le Royaume , à l'occafion de
la Conftitution de N. S. P. le Pape ,
contre le Livre des Réfléxions Morales
fur le Nouveau Testament.
Nous avions deffein d'en donner un Extrait
; mais , l'importance de la Matiére
nous a determiné à l'inférer dans
fon entier.
LOUIS parla de Dieu
OUIS par la Grace de Dieu Roy
ceux qui ces prefentes Lettres verront ,
Salut. Le feu Roy noftre très honoré
Seigneur & Bifayeul , Nous ayant laiffé
ce Royaume dans une heureufe Paix
avec toutes les Puiffances de l'Europe ,
Nous n'avons eu qu'à fuivre & à affermir
ce dernier ouvrage de fa profonde
fageffe ; mais, Nous ne remplirions qu'-
imparfaitement les devoirs de la Royau
té , fi Nous ne travaillions avec autant
d'attention à rétablir une autre efpece
de Paix , non moins importante pour le
bonheur & la tranquillité des Peuples
foumis à noftre domination , en appaiD'OCTOBRE.
iss
fant ces troubles interieurs dont le Clergé
de noftre Royaume eft agité au fujet
de la Bulle donnée par N. S. P. le Pape
, contre le livre intitulé Réflexions
Morales fur le nouveau Teftament. Les
difputes qui fe font élevées à l'occafion
de cette Bulle, eftoient nées avant nôtre
avenement à la Couronne ; & depuis que
Nous y fommes parvenus, Nous n'avons
ceffé d'employer differens moyens pour
les terminer,par l'avis & par les foins infatigables
de noftre très cher & trés amé
Oncle le Duc d'Orleans Regent de
noftre Royaume. Mais , l'experience
Nous montre que le plus grand obftacle
au fuccés de ces moyens , eft d'un
' côté , la continuation des difputes , &
de l'autre , la licence de ces écrits & libelles
fans nombre , qu'il femble que
l'efprit de difcorde ait dietez , où l'on
voit des Ecrivains paffionnez s'ériger
par differens motifs en cenfeurs de la
conduite des Evêques , attaquer les Maximes
les plus inviolables de ce Royaume
, ou porter leur témerité jufqu'à repandre
des traits injurieux au Saint
Siege, & à N. S. P. le Pape. Les efprits
prévenus par ces écrits contentieux , fe
partagent fuivant la diverfité de leur
15G LE MERCURE
caracteres ou de leurs prejugez ; & tel
eft l'effet ordinaire de ces fortes de difputes
, que l'Eglife ne peut que perdre
dans un combat qui fe paffe entre les Enfans
; pendant que fes Ennemis triomphent
& profitent de la divifion des Crthodoxes
: Les procedures mêmes , &
les voyes Juridiques n'ont prefque fervi
jufqu'à prefent qu'à irriter le mal , au
lieu de le guerir ; parce que les Evêques
ayant pris des routes differentes
dans cette grande affaire , chaque particulier
a crû pouvoir fuivre celle qui
convenoit à fes fentimens, jufqu'à ce que
une Autorité fuperieure ût réuni les efprits
dans une matiére qui intereffe toute
l'Eglife . Nous ne pouvons donc faire
un plus digne ufage du pouvoir
dont il a plû à Dieu de nous revêtir ,
qu'en l'employant à arrêter le progrés
d'une divifion fi dangereufe , par les
voyes qu'il a remifes entre nos mains
lorfqu'il nous a chargé de la défenſe &
de la protection de fon Eglife. Plus foûmis
à fes Décifions que le moindre de
nos Sujets , Nous fommes perfuadez
que c'est par elle que les Rois & les Peuples
doivent apprendre également les
véritez néceffaires au falut ; & nous.
D'OCTOBRE. 157
n'avons garde de vouloir étendre nôtre
pouvoir fur ce qui concerne la Doctrine,
dont le dépoft facré a efté confié à une
autre Puiffance . Nous fçavons que c'est
à Elle feule qu'il eft refervé d'en prendre
connoiffance , & Nous ne pourions
y entrer fans nous expofer au jufte reproche
de n'avoir foutenu la vérité , que
pune entrepriſe manifefte fur la Fuiffance
fpirituelle , & d'avoit fait un grand
mal ,fous pretexte de procurer un plus
grand bien : Nous ne devons donc &
Nous ne voulons ufer de noftre pouvoir
en cette occafion , que comme Protec
teur de l'Eglife ; pour la mettre en état
d'exercer fon autorité dans une fituation
plus tranquille , & plus propre à en affurer
le fuccés & le fruit. C'eit dans cette
vûë que pour calmer le mouvement des
efprits , Nous avons réfolu d'impoſer
un Silence auffi utile que neceffaire , &
de préparer les voyes par cette efpece
de Tréve , à une véritable Paix . Nous
nous portons d'autant plus volontiers
â prendre ce parti qui nous a efté infpiré
par plufieurs Prélats de noftre Royaume
, que Nous fçavons que ceux même
qui jufqu'à prefent avoient paru les plus
oppofez les uns aux autres dans leur con158
LE MERCURE
duite , ont déclaré plusieurs fois en préfence
de noftre tres cher & tres amé Oncle
le Duc d'Orleans , qu'il n'y avoit
entre eux aucune diverfité de fentimens
fur ce qui appatient à la foy : Er cette
confolation que Dieu Nous donne au
milieu d'un trouble qui nous afflige , devient
un nouveau motifpour nous engager
à interpofer noftre autorité ; aprés
une Déclaration qui Nous fait voir que
la foy eft en fùreté , Et que par conféil
eft auffi quent inutile que dangereux
de troubler l'Eglife par des difputes ,
dans un tems où l'on doit efpérer que les
Evèques unis fur le dogme , trouveront
bientôt les moyens de fe concilier auffi
parfairement fur les difficultez qui reftent
encore à applanir : Nous ne regardons
pas même cette fufpenfion de
tout ce qui peut entretenir le trouble
préfent , comme un reméde qui doive
durer long tems : Et nous fommes
bien éloignez de vouloir l'Etablir d'une
maniere indéfinie qui pourroit eftre également
fufpecte de part & d'autre , &
qui paroîtroit excéder les bornes de nôtre
pouvoir. Nous ne prétendons tenir
les choſes en cet eftat , qu'en attendant
que N. S. P. le Pape touché des mau
D'OCTOBRE. 159
de l'Eglife de France , qui a toujours
eſté fi fidellement attachée au S Siége ,'
ait trouvé les moyens d'y reftablir une
paix folide ; Et nous ne doutons pas que
Sa Sainteté remplie des fentimens qui
conviennent à fa qualité de Pere commun
, ne faffe voir que fes lumieres font
au-deffus des veuës de ceux qui ont crû
qu'il falloit avoir recours à l'Eglife univerfelle
, pour faire ceffer la divifion
dont une partie de fon corps eft agitéç.
C'est donc dans l'attente d'un fecours fi
digne de la Religion & de la charité du
Souverain Pontife , & pendant le cours
des inftances qui lui feront faitesde nôtre
part pour l'obtenir, que Nous tiendrons
toutes chofes en fufpens , Et que Nous
uferons même d'une fage & utile rigueur
contre tous ceux qui par des écrits féditieux
, ou par d'autres voyes indifcrétes
ou prématurées, voudroient entrerenir
laGuerre , pendant que Nous ne fommes
occupez que du foin de parvenir à
la Paix. Nous aurons enfin la fatisfac- ,
tion , en prenant ce parti , de fuivre l'éxemple
que le feu Roy nôtre très honoré
Seigneur & Bifayeul Nous a donné
par les Arretts des 23 Octobre 1668
& Mars 1703. 5 Et Nous efperons que
160 LE MERCURE
Dieu beniffant la droiture de nos intentions
,Nous aurons bien- tôt la confolation
de voir tous les Paſteurs de notreRoyaume
parfaitement unanimes , s'appliquer
également à inftruire & à pacifier
le Troupeau qui leur eft confié , & à.
donner au Chef des Pafteurs des marques
de leur attachement , de leur
refpect & de leur foumiffion. A
CES CAUSES & autres à ce
nous mouvans , de l'avis de nôtre
trés cher & trés amé Oncle le Duc
d'Orleans , petit Fils de France Regent
, de nôtre trés- cher & trés amé
Coufin leDuc de Bourbon , de noftre
trés- cher & trés amé Coufin le Prince
de Conty , Princes de nôtre Sang
de nôtre trés cher & trés-amé Oncle
le Duc du Maine , de nôtre trés-.
cher & trés amé Oncle le Comte
de Toulouſe , Princes légitimez , & autres
Pairs de France , Grands & notables
Perfonnages de nôtre Royaume,
Nous avons dit & declaré , & par
ces Prefentes fignées de nôtre
main , difons & déclarons , Voulons &
Nous plaît , Que toutes les difputes ,
conteftations & differens qui fe font for-
,
mez
>
D'OCTOBRE. 161
mez dans nôtre Royaume , à l'occafion
de la Conſtitution de N. S. P. le Pape ,
contre le livre des Reflexions Morales
fur le Nouveau Teftament , foient &
demeurent fufpenduës , comme Nous
les fufpendons par ces Prefentes , impofant
par provifion un Silence général
& abfolu fur cette matiére , Et ce .
pendant le cours des inftances que
nous continuerons de faire auprés.
de N. S. P. le Pape , pour obtenir de
fa fageffe & de fon authorité , des lecours
capables d'éteindre & de termiter
entierement les divifions prefentes,
Deffendons en confequence à toutes les
Univerfitez , & notamment aux Facultez
de Theologie de nôtre Royaume,
de permettre ou de fouffrir qu'il fe fal
fe aucunes difputes dans les Ecoles , fur
le fujet de ladite Conſtitution : Deffendons
pareillement à tous nos Sujets ,
de quelque êtat & qualité qu'ils foient
fous les peines cy-aprés marquées , de.
compofer , imprimer , vendre , debiter ,
ou autrement diftribuer , aucuns Ecrits ,
Livres , Libelles ou Mémoires fous
quelque titre que ce foit ; ni de faire aucuns
actes ou déclarations , de quelque
nature qu'elles puiffent être,für le même.
Octobre 17173. Q
152 LE MERCURE
fujet,& à l'occafion des difputes préfentes
directement, ou indirectement , Et notamment
de rien dire , écrire ou imprimer ,
debiter ou diftribuer , contre le reſpect
qui eft dû au Saint Siége & à N. S. P. le
Pape ; Seront au furplus les Arrêts rendus
par le feu Roy nôtre trés- honoré
Seigneur & Bifayeul le 23. Octobre
1668. & le 5. Mars 1703. exécutez felon
leur forme & teneur; Et en confequence
faifons trés expreffes inhibitions &
deffenfes à tous nos Sujets , de quelque
état & qualité qu'ils foient , de s'attaquer
ou provoquer les uns les autres
par des termes injurieux de Novateurs ,
Janfeniftes , Semi- Pélagiens , Schifmatiques
, Heretiques , & autres noms de
party ; le tout , à peine contre les contrevenans
d'être traitez comme rebelles
, défobeïffans à Nos ordres , feditieux
& perturbateurs du repos public :
Exhortons , & neantmoins Enjoignons
à tous les Archevêques & Evêques de
nôtre Royaume de veiller , chacun dans
leur Diocefe , à ce que la tranquilité que
Nous voulons ý rétablir par la prefente
Déclaration , y foit charitablement &
inviolablement confervée : Enjoignons
pareillement à nos Cours de Parlement ,
& à tous nos Juges & Officic char
D'OCTOBRE.
163
•
en droit foy , de tenir la main à l'Execution
de nôtre prefente Déclaration
d'empêcher qu'on n'y contrevienne en
quelque maniere que ce foit , de faire
faire des recherches exactes de tous livres
, Ecrits , Mémoires ou Libelles fur
les matieres fur lefquelles Nous impofons
Silence à tous nos Sujets par ces
Prefentes , de faire fupprimer , même
brûler ou lacérer lefdits Livres ou Libelles
, s'il y écher , & de punir les
contrevenans , de quelque qualité &
condition qu'il foient , fuivant la rigueur
des Ordonnances. Voulons au furplus
que nôtre Déclaration du 12. May
dernier, concernant les Libraires & Imprimeurs
, Colporteurs & autres Diſtributeurs
de Livres , Libelles ou Mémoires
imprimez , fans privilege ni permif
fion , foit executée felon fa forme & teneur.
Lei , la Reine Doüairiere d'Angleterre
vint de Chaillot rendre vifite au
Roy. Elle étoit fuivie de plufieurs caroffes
, & efcortée par un détachement
des Gardes Françoifes . Cette Princefle
alla enfuite au Palais Royal , rendre
vifite à Mgr le Duc d'Orleans & à Madame
la Ducho "Orlea
O ij
164 LE MERCURE
Le même jour , M. Godeau ancien
Regent , fut Elû Recteur de l'Univer
fité de Paris.
Le 12 , le fieur Dominique reçû depuis
peu dans la Troupe des Comédiens
Italiens de S. A. R. parut pour
la premiere fois fur leur Theatre , faifant
le Rôle de Pierrot dans la piéce de
la Force du Naturel. Il prévint l'Affemblée
par un difcours qui fut applaudi.
On le doute bien que les deux points
principaux rouloient fur ce qu'il étoit
Als dufameux Dominique , & en mê
me tems fur le befoin qu'il avoit de
l'indulgence des Auditeurs dans le Rôle
nouveau qu'il alloit jouer , on en ût
en effet : Mais , comme le Public lui eft
favorable , on efpera qu'il le rempli
roit beaucoup mieux par la fuite.On ju
gea cependant , que le Rôle de Valer
Fourbe & Intriguant lui conviendroit
beaucoup mieux ; c'eftauffi à quoi on le
deftine .
M. de la Vierrue a eû le gouvernement
de Nifmes vaquant par le déceds
de M. de S. Simon Marquis de Sandricourt
qui eft mort fort âgé.
Le 13. le Roy accompagné de Monfeigneur
le Duc du Maine & de M. le.
D'OCTOBRE. 165
Maréchal de Villeroy , alla à Chaillot
rendre vifite à la Reine Doüairiere.
d'Angleterre qui va paffer l'hiver à S.
Germain en Laye.
Les Habitans de Chaillot ayant profité
de cette occafion , pour prier le Roi
& la Reine d'être Parain & Maraine
d'une de leur cloche ; leurs Majeftez
ent eû la bonté de leur accorder cette
grace. On prépare tout pour cette Cérémonie
.
M. le Chancelier eft allé loger dans
le nouvel Hôtel de la Chancellerie qui
confifte en la maifon du fieur Bourvalais
, & dans une autre attenant qui appartenoit
au même. Le Roy a pris ces
deux bâtimens pour y loger dorefnavant
les Chanceliers de France à Paris ,
comme ils l'étoient à Verfailles.
Le 14. Me la Marquife d'Arpajou
fut choisie pour Daine de la Compagnie
de Madame Ducheffe de Berry :
Elle remplace feüe Madame d'Aidyes.
On croit que le nombre des Dames du
Palais fera augmenté jufqu'à 6.
Le is. le Roi dont la fanté et trésbonne
, prit beaucoup de plaifir à voir
les petites merveilles d'une Perfperctive
qu'on appelle communément Op166
LE MERCURE
tique ; & que tout Paris a vûë à la derniere
Foire de S, Laurent . Elle préfente
differents Afpects des Ports les plus
célébres , comme celui de Conftantinople
, de Génes , de Marfeille , & c.
Le Roy a nommé depuis peu
Meffieurs le Pelletier de Souzy , de
Caumartin , Amelot , d'Ormeffon , le
Pelletier des Forts , Rouillé au Coudray
, de la Houffaye , Fagon , Gilbert
de Voifin , de Gaumont & de Baudry,
Commiffaires pour la vente & engagement
des Domaines , Bois & Droits
ordonnez par l'Edit du mois d'Aouſt
dernier. L'on fera les Publications &
Adjudications définitives au Château
du Louvre , à la maniere accoûtumée ;
& il eft deffendu de recevoir en payement
defdites Adjudications autres effets
que des Billets d'Eftat & de la
Caifle Commune des Recettes Générales.
Le Roi a auffi nommé des Commif
faires , pour la difcuffion des biens que
M. Bourvalais & fa femme ont abandonnez
à S. M, qui fe charge par là
de toutes leurs dettes .
Les Porteurs des Refcriptions & Billets
des Receveurs Généraux des FiD'OCTOBRE.
157
nances, doivent les remettre entre les
mains de M. Geoffroy, pour eftre convertis
en Billets de la Caiffe Commune
des Recettes Générales .
Le Roi a envoïé 50000 écus à M.
d'Avaré , Ambaffadeur de France en
Suiffe , pour le dédommager de la perte
qu'il a faite dans l'incendie de fa “maifon
à Soleure.
Ou a eû des nouvelles que M. l'Abbé
du Bois accompagné de M. le Chevalier
de Beuve de Chavigny eft arrivé
en Angleterre , & qu'il a eu l'honneur de
manger plufieurs fois avec le Roi .
Le 17. on publia un Arreft du Confeil
d'Etat du Roi , pour faire brûler
publiquement à l'Hôtel de Ville tous
les billets de l'Etat qui ont été ou qui
feront retirez dans la fuite , par quel -
que voye & de quelque manière que ce
puiffe être , aux jours & heures qui feront
marquées par les Prevôt des Marchands
& Echevins,
Le 18. les Comédiens Ordinaires du
Roi jouerent pour la premiere fois
l'Obstacle impriua Comédie nouvelle
en 5. actes. Elle eft de la compofition
de M. Néricault Deftouches Auteur
du Curieux Impertinent & de quelques
168 LE MERCURE
autres pièces. Le Public ne lui a pas
fait acceüil , & fon mauvais fort me
difpenfe d'en donner un Extrait critique.
Je ne ferai donc autre chofe ici ,
que de rendre compte des raifons que
le Public lui-même m'a fournies de fon.
peu de goût pour cette Piéce .
1. L'intrigue en eft fort bien compofée
; mais, de ce genre de compofition
qui décéle moins d'induftrie que dans les
piéces précédentes de cet Auteur . Les
événemens ne font pas entraînez les uns
par les autres ; ils fe fuccédent violemment
& comme par fecouffes.
2°. Le principal noeud de la Piéce
que l'Auteur appelle l'Obstacle imprevu,
eft de nature à ne pouvoir être dènoüé
, fans violer là Vraiſemblance .
3 °. Les caractéres de la Piéce n'ont
rien de neuf & de faillant ; par conféquent
, ne peuvent racheter les fautes
de l'intrigue.
4° . Quoique le Dialogue foit écrit
avec affez de vivacité & d'élégance ,
on reproche à l'Auteur de l'avoir dégradé
par plufieurs traits équivoques ,
faux moyens de plaire , dont apparemment
les Auteurs fe détromperont.
' Si le Public me diſpenſe d'un Extrait
étendu
D'OCTOBRE 169
étendu de l'obftacle imprévu , il n'y
a pas d'aparence qu'il éxige de moi
que je l'entretienne fur la petite Piéce
qui a pourTitre, le Prix de l'Arquebuze.
LeRoy a donné àM.le Duc de Noailles
le Gouvernement & la Capitainerie de
S. Germain en Laye , vaquante par la
mort de M. le Comte de Mornay,
Marquis de Monchevreuil , Lieutenant
Général des Armées du Roy.
Madame vint dîner le 21 de Saint-
Clou au Palais Royal , où elle affila
le foir à la Comédie. Madame la Dncheffe
d'Orleans qui étoit aller paffer
quelques jours à Saint Clou , avec
Mgr le Duc de Chartres & Mdle de
Valois , en eft de retour.
>
Le 22 , M. l'Abbé d'Entragues nommé
ci - devant à l'Evê ché de Clermont
paffe à celui de Leictour, vaquant par la
mort de Meffire Louis de Polaftron ,
arrivée le 13 Octobre de cette année .
Ilétoit âgé d'environ 65ans , &de la branche
cadette de la Maifon de Polaftron .
Le Roy a donné à M. l'Abbé de Ta
vannes l'Abbaye de Mont- Benoist Diocefe
de Befançon ; à M. l'Abbé de Gontaut
Doyen de Noftre- Dame de Paris ,
l'Abbaye de Saint Ambroife de Bourge
Octobre
17172 P
1701
LE MERCURE.
à M. l'Abbé de la Fare l'Abbaye de S.
Barthelemi de Noyon ; à M. l'Abbé de
Beaufort ancien Doyen d'Ypres , l'Abbaye
de Font-moutiers ; à M. l'Abbé de
Court l'Abbaye de S. Serge d'Angers,
M. l'Abbé Paris eft mort : Il laiffe le
Prieuré de Colomiers en Brie , fitué à
8 lieues de Paris , & l'Abbaye de Saint
Pierre de Melun.
Le Roy a reuni le Doyéné deS.Martin
de Tours qu'avoit M. l'Evêque de Rennes
à l'Archevêché de Tours.
L'Abbaye de S. Jean d'Angely , a
efté donnée à M. Dreüillet Evêque de
Bayonne Elle raporte 10 à 12000 1.
de revenu .
Le Roi nomma vers la fin du mois.
de Septembre,M Turpin Criffé de Sanfay
Evefque de Rennes à l'Abbaye de
Quimperlay , vaquante par la mort de
M. l'Abbé Cherier qui la tenoit du feu,
Cardinal de Richelieu. Cette Abbaye .
qui eft defondation tres ancienne, vaut 7
8000 livres de rentes : Elle eft fituée
à 3 lieues de Port-Louis.
M. l'Abbê de Valbelle de Tourves
Aumônier ordinaire du Roi , & Grand
Vicaire de S. Omer , a efté gratifié du
Doyéné de S. Omer.
D'OCTOBRE. 171.
Tous les Confeils ont recommencé à
reprendre leurs fcéances pour travailler
aux affaires de l'Etat.
Le 14 , on publia un Arreft de la
Cour de Parlement, qui ordonne la fuppreffion
de quatre Ecrits ou Libelles,fur
le fujer de la Conftitution de Nôtre S.
Pere le Pape , contre le Livre des Réflexions
Morales fur le Nouveau Tetament.
Le premier eft intitulé , Apologie
des Curez du Dioceze de Paris ,
contre l'Ordonnance de M. l'Archevêque
de Reims du 4Janvier 1717 Le fecond;
Apologie des Curez qui ont écrit
des Lettres contre l'acceptation de la
ConftitutionUnigenitus & c. La troifiéme
Lettre , d'un Docteur à un Miffionaire ,
touchant l'Apel , & la quatriéme obfervation,
fur la Lettre circulaire de M.
de Biffi aux Evêques de France . Tous
Ecrits qui n'ont paru que depuis peu de
jours ; quoiqu'ils femblent par la datte
qu'on leur donne , avoir été imprimez
il y a quelques mois.
Le départ de M. le Duc de la Feüillade
qui avoit été douteux jufqu'ici ,
paroit affûré depuis la nouvelle Declaration
du Roi fur la Conflitutions
Mer le Regent lui a donné pour Théo-
Pij
172
LE MERCURE
logien , M. l'Abbé Croufet Docteur de
Sorbonne , qui joint au Savoir , beaucoup
d'efprit & de politeffe : Il eit d'autant
plus propre à réuffir dans cette
Cour , qu'il la connoit déja : Il y fit un
voïage dans l'Année Sainte , avec M.
l'Abbé de Francquevaux fon frere ,
homme de beaucoup de mérite. Il eſt
Homme de Condition : M. fon pere
eftoit Préfident en la Chambre des
Comptes de Montpellier. Le Frere aîné
de cet Abbé occupe cette Place aujourd'hui.
Il en a efté tué deux autres au
Service , dont l'un eftoit Gouverneur
de Tarafcon.
Monfieur le Chevalier de Broglio
voulant dreffer deux Chevaux neufs
le 7 de ce mois , les fit atteler à une
chaife , dans laquelle il monta , pour
les aller effayer lui-même dans la Plaine
de Grenelle . Les chevaux s'eltant emportez
vis- à- vis les Invalides , ce Chevalier
prit le parti de fe jetter par la
portiere , fe caffa la jambe & ſe fit une
bleffure à la tête . Trois jours après , la
Gangrenne parut à fa jambe : M. Marefchal
qui fut confulté huit jours après,
opina à lui couper la cuiffe ; ce qui fur
exécuté ; mais , comme la Gangrenne
+
D'OCTOBRE. 173
avoit gagnè , il mourut deux jours après.
Mgr le Regent informé de cet accident
, chargea M. le Marquis de Biron ,
de dire à M. le Marquis de Broglio
F'aîné , Maréchal de Camp & Infpecteur
d'Infanterie , qu'il lui donnoit le Régiment
d'Agenois qu'avoit le Chevalier
fon frere, avec l'agrément de le vendres
pour en païer les dettes de fon frere . M.
le Marquis de Broglio répondit à M. le
Marquis de Biron , qu'il remercioit très
humblement Mst le Duc Regent de
l'offre qu'il lui faifoit ; mais , qu'il ne
vouloit point faire le tort aux anciens
Colonel's réformez , de les priver parfon
acceptation, d'une efpérance fi légitimement
deuë ; & qu'il avoit affez de
bien pour fe charger des dettes de for
frere.
M. le Marquis de Biron aïant fait le
raport du refus de M. de Broglio à Met
le Regent , S. A. R. répondit que cette
gènèrofité eftoit rare, & que peu de gens
eneftoient capables ; que cependant , il
vouloit que M. de Broglio acceptât ce
Regiment,&renvoïa M.deBiron pour le
lui dire : M. de Broglio perfifta dans fon
refus , & pria M. de Biron de demander
cetre grace pour lui à Mer le Regent : S.
-74
LE MERCURE
A. R. s'eft enfin rendue & donna le 26 ,
ce Regiment à M. de Tréceffon auffi
Colonel à remplacer.
Le Roi a ordonné qu'il fera fait de
nouveaux Poinçons & Cachets , pour
fervir aux nouveaux Fermiers à marquer
les Ouvrages d'or & d'argent dans l'étendue
du Royaume , à commencer du
10. 1717 , auquel M. Paul de Manis
Fermier général a remis les Matrices &
Poinçons dont il s'eft fervi jufqu'ici , pour
être rompus. Les nouveaux Sous - Fermiers
des Aydes & Droits , y joints Papiers
& ParcheminsTimbres ,font entrés
en poffeffion defdits droits le 1 Oct. de
cette année 1717; & le Roi fait deffenfe
à tousOfficiers & autres qui font obligés
de fe fervir de Papiers , Parchemins ,
Timbres , d'en ufer dautres que de ceux
des nouveaux Sous - Fermiers à peine de
3000 liv. d'amende .
Ona jugé à propos de lever le fiége de Zvvornick. Le
Prince Eugene cft attendu à tout moment à Vienne. Avang
que de partir, il a donné fes ordres pour envoyer lesTroupes
en Quartier d'hyver. Le Prince Electoral de Saxe qui a fair
Abjuration , a déclaré qu'il étoit Catholique interieurement
depuis long - tems. Il affiſta le 12 à la Meſſ:, & reçût
publiquement la Communion des mains du Nonce duPape,
M. le Duc de Mortemart a deffendu que qui que ce foit
enrrâ dans la Chambre du Roy , à moins qu'il n'eut les
entrées.
Le Bureau Général d'Adreſſe & de rencontre rue S. Sau
Yeur, eft ouvert , & reçoit toutes les propofitions permiſes .
D'OCTOBRE.
175
TRADUCTION
De la Lettre écrite à Son Excellence
Monfieur le Prince de Chelamar
Ambaffadeurdu Roy Catholique , auprés
du Roy Trés- Chrêtien , par Monfieur
le Marquis Grimaldo , premier
Secretaire d'État & des Dépêches univerfelles
de Sa Majeftè Catholique.
MONSIEUR ,
VOTRE Excellence aura fans doute
été furpriſe , à la premiere nouvelle que
les Armes du Roy nôtre Maître alloient
être employées à la Conquête de la Sárdaigne
, dans le temps que tout le monde
étoit perfuadé , & que toute la Chrétienté
fe promettoit qu'elles alloient
renforcer l'Armée Navale des Chrétiens
qui agit contre les Turcs , & enfuite
des offres que Sa Majesté pouffée
par les fentimens de fa Religion &
de fon coeur , en avoit fait faire au Pape
. Je vous auouerai , Monfieur , que
Piiij
176
LE
MERCURE
je ne m'attendois pas encore fitôt à cette
deftination des Armes du Roy. L'ent
ploi que j'ai l'honneur d'exercer , me
donnant de fréquentes occafions d'approcher
de fa Perfonne ; je dois , ce
femble , connoître mieux que beaucoup
d'autres , fa juftice , fa droiture , la religion
avec laquelle il obferve fa parole
, la délicateffe de fa confcience ; en
fin fa grandeur de courage à l'épreuve
des adverfitez les plus durables ; qualitez
qui le rendent fi digne d'être le fucceffeur
de ces Princes , qui par leur piété,
ont merité d'être mis au nombre des
Saints , & d'avoir le Titre particulier de
Rois Catholiques.
En effet , qui peut ne point être étonné
d'abord , qu'un Prince , dont le
monde vante les vertus , & qu'il reconnoît
pour être incapable de facrifier
jamais la juftice à fa gloire , commence
les premieres hoftilitez contre l'Archiduc
actuellement en guerre ouverte
avec le Sultan des Turcs ; & dans
un temps où les Côtes de l'Etat Ecclefiaftique
paroiffent expofées à fes invafions
? Mais , un peu de reflexion fur
cette conduite , fait bientôt comprendre
qu'un tel deffein n'a pas été formé fans.
D'OCTOBRE. 177
7
un motifimportant qui 'rendoit l'entreprife
abfolument néceſſaire.
Aprés avoir longtemps gardé un profond
filence fur ce fujet , Sa Majesté a
enfin daigné nie faire part d'elle-même ,
des caufes & des motifs de fa réfolution
; & Elle m'a en même temps ordonné
d'en informer Vôtre Excellence :
C'est ce que je vais faire auffi fuccinctement
que l'importance de la matiere le
permet.
Les Perfonnes qui firent le Plan de
la derniere Paix , ayant crû que pour
y parvenir , il falloit que le Roy nôtre .
Maître cedât une partie de fes Etats ,
il a bien voulu faire ce facrifice
> pour
parvenir au rétabliffement de la tranquillité
dans la focieté des Nations. Sa
Majefté eft entrée dans les mefures qu'elles
avoient prifes , avec fa grandeur
d'ame ordinaire , fe flattant que du
moins les Traitez feroient exécutez , &
que fes Peuples , dont les malheurs le
touchoient plus que fes propres difgraces
, jouiroient en repos de la gloire due
à leurs vertus .
•
Mais , aprés avoir cedé le Royaume
de Sicile , pour obtenir l'évacuation de
la Catalogne & de Mayorque , afin de
178 LE MERCURE
procurer à l'Espagne la tranquillité qu'il
vouloit bien acheter pour elle à ce prix ,
il reconnut bientôt qu'il n'avoit pas
traité avec des Puiffances auffi jalouſes
que lui , d'accomplir leurs engagemens.
Ceux qui devoient évacuer la Catalogne
, cacherent long- tems les ordres
qu'ils en avoient reçûs. Ce ne furent
pas leurs leurs Superieurs qui les contraignirent
à les montrer , mais leurs Alliez
qui les obligerent à feindre du moins de
vouloir exécuter les Traitez . Ce
qui
donna lieu au Roy nôtre Maître de demander
qu'on lui remît les Places qui
devoient lui être renduës . Rien n'étoit
plus facile aux Officiers de l'Archiduc
que de les configner à ceux du Roy ,
fuivant la forme en ufage entre les
Puiffances , lorfqu'elles ont promis de
rendre quelque Place ; en fe fervant
dans le Traité des mêmes termes dont
on s'étoit fervi pour ftipuler que les Places
de Catalogne feroient remiſes au
Roy. Mais , ces Officiers manquans à
leur parole , & violans la foy que l'on
garde à fes ennemis , fe contenterent de
retirer leurs Troupes ; & ils firent même
efperer aux Catalans qu'ils reviendroient
bientôt avec d'autresforces , foD'OCTOBRE.
179
mentans ainfi la déloyauté des Seditieux
, & les encourageans à une reſiftance
opiniâtre. Afin que la refiftance
des Rebelles für plus longue & plus deshonorable
aux Armes du Roy , les Généraux
de l'Archiduc leur enflerent encore
le courage , en leur donnant tous
les moyens poffibles de la prolonger. Ils
permirent que les Cavaliers , avant que
de s'embarquer , laiffaffent leurs chevaux
aux plus mutins , & même ils voulurent
leur livrer la Place d'Oftalric ,
que le Roy avoit eu la condeſcendance
d'accorder aux Troupes de l'Archiduc ,
comme une derniere retraite , pour y demeurer
enfûreté jufqu'à leur embarquement
. Cette infraction des Traitez , cette
infulte faite à la foy publique , a fait
fouffrir de nouveaux malheurs à l'Efpague
, en la jettant dans la néceffité de
faire encore des dépenfes immenfes ,
lorfqu'elle fe voyoit déja fort épuifée par
celles des Campagnes précedentes . Ces
dépenfes auroient été moins onéreufes
& plus honorables , fi elles s'étoient faites
dans une continuation de guerre.
La paffion du Roy pour le rétabliffement
de la tranquillité publique , lui fic
diffimuler cet outrage , auffi bien que
180 LE MERCURE
les fecours continuels que les Révoltez
recevoient du Royaume de Naples , leſquels
entretenoient leur audace. Sa Majefté
voulut bien encore acheter , pour
ainfi dire , une feconde fois le repos de
fes Sujets , en recouvrant pied à pied
fes propres Domaines : Mais , il cbferva
toujours la paix avec ceux qui lui faifoient
la guerre fous les étendarts des
Rebelles , Il lui auroit été plus facile de
combattie les Troupes de l'Archiduc
dans les propres Etats de ce Prince , s'il
avoit voulu y porter la guerre , qu'on
lui donnoit un jufte fujet de declarer.
Les autres conditions du Traité ne
furent pas plus religieufement exécutées.
Il cf vray que les Cénéraux de
P'Archiduc délivrerent des ordres adref
fez à ceux qui commandoient pour ce
Prince à Mayor que , de remettre l'ifle
aux Officiers du Roy. Mais, ceux de
I'A chiduc differerent toûjours de les
exécuter ; & une preuve qu'en cela ils
ne defobéiffoient point à la volonté de
leurs Superieurs , c'eft que peu aprés , ils
reçûrent un renfort de Troupes Allemandes.
Ainfi l'Eſpagne fe vit forcée à
faire de nouveaux armemens de Terre
& de Mer , & il fallut qu'elle conquît
D'OCTOBRE 181
Mayorque qui devoit lui être remife
par le Traité.
On ne s'eft pas même borné à des
manquemens de foy fi authentiques &
fi fcandaleux . Le Miniftere de Vienne
les a avouez par plufieurs démonftrations
publiques , comme par les récompenfes
qu'il a données aux Seditieux , en
diftinguant par des bienfaits plus confiderables
, ceux des Révoltez qui s'étoient
diftinguez par les plus grands crimes;
& en fe déclarant ainfi l'Auteur
de tous les excés où le font portez ces
malheureux.
Voilà une partie des juftes motifs que
le Roy nôtre Maître avoit de reprendre
les armes , lorfque la guerre que l'Archiduc
déclara l'année derniere au Sultan
des Turcs , fournit à Sa Majesté
une fi belle occafion de recouvrer par
la voye d'une réprefaille legitime , les
Etats qu'Elle a perdus. Au lieu de profiter
des conjonctures , non feulement
elle voulut bien s'engager à ne point
troubler l'Italie , mais facrifiant encore
fes propres interêts , elle contribua par
voye de diverfion anx Corquêtes de fon
Ennemi . Elle renforce par une puffante
Efcadre,PArmic Nyle des Venitiens ,
182 LE MERCURE
les Alliez de l'Archiduc , & dont les
efforts affoibliffoient le même Ennemi
que ce Prince attaquoit .
Le Roy penfoit qu'un procédé fi honorable
engageroit l'Archiduc , finon à
faire la paix avec lui , du moins à garder
à fon égard les mefures que gardent l'un
envers l'autre les Généraux de deux
Armées prêtes à donner bataille . Mais ,
ce Prince n'a pasjugé à propos de fe foumettre
à ces bienféances . L'Allemagne ,
l'Italie & les Pays - Bas viennent de
voir des Declarations injurieufes â la
Couronne & à la Perfonne du Roy . La
Cour de Vienne s'eft même oubliée ,
jufqu'à faire arrêter prifonnier le Grand
Inquifiteur d'Espagne , qui paffoit par
Milan avec un Paffeport du Pape , que
Sa Sainteté lui avoit donné du confentement
exprés du Cardinal de Schrotembach
, qui eft chargé auprés d'elle
des affaires de cette Cour.
Ce dernier coup a fait r'ouvrir les
premieres bleffures , & a obligé le Roy
nôtre Maître à faire les plus ferieufes
reflexions fur l'obligation où font les
Souverains de fe reffentir des injures
faites à leur Couronne , dont l'impunité
avilit la Majefté Royale , en faisant
D'OCTOBRE. 183
regarder les Princes qui fouffrent avec
indolence de pareils outrages , comme
des Maîtres incapables de défendre,
l'honneur & les biens de leurs Sujets.
Il a fait encore reflexion que la Cour,
de Vienne a voulu fe prévaloir de ces
manquemens,pour aliener de lui l'efprit
d'une Nation auffi fenfible fur le point
d'honneur que l'eft la Nation Efpagnol
le ; en donnant à croire à fes Sujets que.
leur gloire étoit bleffée par les affronts
& par les outrages qui le faifoient impunément
à leur Chef & à leur Souverain
›
Des confiderations d'un fi grand poids.
ont fufpendu pour quelque tems les effets
du zele & de la religion du Roy ,
en l'obligeant d'employerfes forces àfaire
de juftes réprefailles pour les outrages
qu'il a reçûs de la part de l'Archiduc
, avant que de les faire paffer une
feconde fois au fecours des Alliez de ce
Prince.
La prudence confommée de Vôtre
Excellence lui aura déja fait affez concevoir
qu'il ne falloit pas un motif moins
important, pour retarder les fecours dont
le Roy veut continuer d'aider la caufe
de la Religion , pour laquelle il eft toû184
LE MERCURE
jours plein du zele , dont il a donné des
preuves fi éclatantes dans fon accommodement
avec la Cour de Rome . Le
Roy lui-même en eft trés - affligé ; & je
puis vous affurer que je vois auffi avec
douleur , qu'une entrepriſe fi jufte retienne
pour un temps les fecours que le
Pape fouhaiteroit de voir unis à l'Armée
Chrétienne.Sa Sainteté n'auroit pas
vu reculer l'accompliffement de fes defirs
, fi les Miniftres d'un auffi grand
Prince que l'Archiduc , avoient fçû
mieux ménager les véritables interêts
de leur Maître , & ne pas expofer fa
Perfonne & fes affaires aux mauvais difcours
& aux inconveniens qui font les
fuites néceffaires de la mauvaiſe foy.
Je prie Dieu , Monfieur , qu'il conferve
vôtre Excellence auffi long-tems
que je le defire.
A Madrid le 9. Aoust
1717.
Signè , Le Marquis de
GRIMALDO.
COPIT
D'OCTOBRE. 185
COPIE DE L'ECRIT
Remis à Son Excellence Monfieur le
Maréchal d'Huxelles , Fréfident du
Confeil des Affaires Etrangeres , par
Son Excellence Monfieur le Prince de
Chelamar , Ambaſſadeur de Sa Majefté
Catholique auprés de Sa Majesté
Trés- Chrétienne.
M ONSIEUR ,
LES bruits confus & les nouvelles
furprenantes qui ont couru depuis quelque
tems dans cette Cour , comme dans
toutes les autres Cours de l'Europe , que
le Roy mon Maître deftinoit pour quelque
fecrette entreprife les forces de
Terre & de Mer qu'il avoit raffemblées
à Barcelonne ; joints aux inftances , aux
remontrances continuelles, & aux mouvemens
extraordinaires que j'ai fçû qui
fe faifoient à Paris , comme à Londres ,
par les Miniftres Allemans , & par leurs
créatures , allarmez à caufe des remords
de leur propre confcience fur la premiere
nouvelle d'une telle entrepriſe ,
m'ont tenu jufques à prefent dans ces
186 LE MERCURE
inquiétudes , dont Vôtre Excellence qui
connoîr affez mon zele pour la gloire
du Roy mon Maître , & mon dévouċment
à tout ce qui regarde le fervice de
Sa Majefté , peut bien juger de l'extrême
agitation que ces bruits m'ont
caufé Mais , cette agitation s'eft calmée
auffitôt que j'ai reçû la Lettre de Monfieur
le Marquis Grimaldo , dont copie
eft jointe à cet Ecrit que j'ai l'honneur
de remettre à Vôtre Excellence.
J'ai la fatisfaction d'y voir les raifons
que le Roy mon Maître a d'entreprendre
le recouvrement de la Sardaigne à
main armée , expofées de maniere à perfuader
tout le monde de la juftice de certe
Expedition. Mes vûës , quoiqu'affez
bornées , ne laiffoient pas d'entrevoir
déja la folidité de ces raifons , qui confiftent
dans les infractions que la Cour
de Vienne a faites aux Traitez folemrels
conclus pour l'évacuation de la Catalogne
& de Mayorque , & dans l'inobfervation
des conditions aufquelles
on étoit convenu de l'Armiftice d'Italie.
On ne fçauroit jamais oublier des pareilles
contraventions .
Je remers donc entre les mains de
Vône Excellence , une copie de la Lettre
de Monfieur le Marquis Grimaldo ,
D'OCTOBRE.. 187
afin qu'elle demeure entierement &
pleinement perfuadée de la justice des
Armes de Sa Majesté Catholique , &
qu'elle puiffe en informer plus précifément
la Régence : Je ne puis rien
ajouter au contenu de cette Lettre ,
qu'une reflexion , qui eft , que le
Roy mon Maître a été jufques ici
retenu d'attaquer l'Archiduc dans
les Etats qu'il a ufurpez fur lui , par
deux motifs également fages & importans.
Voilà pourquoi il ne le fait qu'à
l'extrémité , & aprês que l'Archiduc
a violé tous les égards dûs aux Têtes
Couronnées , & aprés qu'il lui a fait
l'affront d'arrêter violeminent le Grand
Inquifiteur d'Efpagne.
Le premier motif, eft que le Roy
mon Maître , dont le courage, & la
grandeur d'ame font dignes de fa naiffance
& de fon Trône , reffent bien plus
vivement les manquemens qui bleffent
fa dignité , que les entreprifes faites
principalement contre fes interêts. C'eſt
de quoi je me propofe ici pour témoin
irréprochable ayant vû à quel point
fon généreux courage fut indigné lofqu'il
entendit le récit des violences injuftes
& des traitemens odieux que les
Allemans faifoient fouffriş dans les Pri
188 LE MERCURE
fons de Milan , depuis la perte du Ro….
yaume de Naples , au Viceroy le Marquis
de Villena , & aux Officiers Géneraux
qui avoienr fervi fous lui , parmi
lefquels j'ai eu la gloire ineftimable d'ê
tre diftingué par une attention particuliere
des Ennemis du Roy à me maltraiter..
Vôtre Excellence verra d'abord le
merite au fecond motif. Le dernier outrage
que l'Archiduc a fait au Roy mon
Maître , dans un tems où il ne penfoit
pas d'en recevoir un nouveau , a eu la
force du dernier poids , dont on charge
une balance déjà remplie , dont- il fait
auffitôt pencher le baffin où l'on a mis
ce poids. Ainfi , l'Arrêt du Grand Inquifiteur
a mis le comble à fon reffentiment.
Sa Majefté Catholique auroit
Reanmoins facrifié ce reffentiment aux:
maximes faintes qui font la régle de
fa conduite , & elle en auroit fait une
autre victime immolée au bien de la
Chrétienté ; fi elle n'avoit pas vû les
forces matitimes des Venitiens & des
Princes leurs Alliez , naîtreffes de la.
mer dans le Levant; & fi enfin , elle n'avoit
pas été pleinement convaincuë
qu'elle fe trouvoit dans la néceffité de
fairejune entreprise d'éclat , afia deipré
#
D'OCTOBRE 189
venir de nouveaux outrages , & afin de
confondre l'orgueil de fes Ennemis , qui
pour raffafier leur haine , & pour épouvanter
par leur perverfité , s'en font
pris à un Ecclefiaitique , que fa vielleffe
& fes infirmitez devoient rendre un
objet de compaffion , en foulant aux
pieds dans leur acharnement ſur ſa perfonne
, le Droit des Gens & les Traitez.
qui devoient le mettre à l'abri de toute
détention ; d'autant plus que c'étoit du
confentement pofitif du Miniftre de
FArchiduc à Rome , qu'il palloit part.
PEtat de Milan , avec un Paffe-port
que le Pape lui avoit donné: L'Archiduc
en le violant , à bien mal refpecté le
Chef fuprême de cette Eglife , contre
les Ennerais de laquelle il fe vante tant
de combattre aujourd'hui.
Je prie Dieu , Monfieur , qu'il conferve
vôtre Excellence auffi long-tems que:
je le defire.
A Paris , le 23. Aouſt 1717 .
Le 29 , M. l'Abbé de Louvois a été
nommé à l'Evêché de Clermont.
MORTS,
D Ame Marguerite Felice de Levis ,
femme de Meffire Jacques- Henry de
Durfort Duc de Duras & Maréchal de France
, Chevalier des ordres du Roy & Gouver
190
LE MERCURE
neur du Comté de Bourgogar , mourut le
0 Septembre 1717 , Elle eftoit fille de Mef-
Are Charles de Levis Duc de Ventadour .
Chevalier des ordres du Roy , Gouverneur
du Limon , mort le 19 May 1649 , & de
Dame Marie de la Guiche de § . Gelan fa
feconde femme , morte le 26 Juillet 1701,
& elle avoit eu entr'autres enfans deux fils
& deux filles fçavoir , Jacques Henry de
Detfort Duc de Duras , mort à Mons de
Ja petite verole le...Septembre 1697 , à l'âge
de 27 ans , ne laiffant de fon mar are avec
Dame Louife -Madelene de la Marck Comteffe
de Braine , Baronne de Pontarcy , qu'il avoit
épousée le 7 Mars 1689 , & morte le 13 Avril
1717 , que deux filles dont l'aînée nommée
Jeanne Henriette de Durfert a épousé le 22
May 1709 Henry de Lorraine Prince de
Lambele , fils aîné de feu M. le Comte de
Brionne, Tean Duc de Duras qui fuit , Felice
Armande Charlote de Darfort mariée en
Desembre 1685. à Paul- Jule Duc de Marin
la Meilleraye , & Lonile - Bernardine de
Durfort, mariée le 16 Janvier 1696 avec
Jean - François Pau de Bonne de Crequy
Duc de Lefdiguieres , Pair de France , mort
de maladie en Italie , où il tervoit le 6 Octobre
1703 , à l'âge de 25 ans , & fans enfans :
Jean de Durfort fecond fils de M le Maréchal
de Duras , eft devenu Duc de uras par
la mert de fon frere ainé , & it a épousé le
S Janvier 1706 N ... d- Bournonville, fille
de fu Mefire Alexandre Albert François-
Ba thelemy ince de Bournonville , & de
Charlo Victo re Albert de Luynes .
Miflice Louis - Charles de Levis Puc de
Ventadour Pair de ance,mourut le 28 S- p-
..
D'OCTOBRE. 198
tembre 1717 : It cfton. frere de feue Me. la
Maréchale de Duras , dont je viens de vous
annoncer la mort , & il avoit époufé le 14
Mars 1671 , Dame Charlote- Eleonore- Madelcine
de la Mo he . Houdancourt Gouvernante
du Roy & des enfans de France , fille de
Mefire Philippés de la Moth - Houdancourt
Dac de Cardonne Maréchal de France , & de
Dame Louife de Prie Gouvernante des An
fans de France . I en a laiffé pour fille unique
Dame Anne Geneviève de Levis , née le...
Fevrier 1673 , mariée 1o. le 16 Février 1691 à
Mcfire Louis Charles de la Tour Prince de
Turenne tué à la Bataille de Steinkerque en
en 1693 , fans poftérité . 20. Le 15 février
1694 , avec M fre H: rcules Merialec depuis
Duc de Rohan , Prince de Soubife, Capicaine-
Licutelart des G ndarmes de la Garde
du Roy Gouverneur de Champagne & de.
Brie , duquel elle a cu plefieurs enfans . Le
nom de Levis eft & illuftre & par conféquent
fi connu , que je n'entrerai ici dans aucun
détail généalogique fur cette Maison.
Jeremets au mois prochain à vous apprendre
que rous avons aufa perdus dans ce mois,.
Mis les Comte de Mornay , le Chevalier
de Broglio , M. de Contade le fils & Monfieur
de Biffy fis , puifné de Monfieut . de Biffy
Maistre des Requeftes , & Neveu de M. de
Caumartin , de M. tard le Camus maiftre
des Comptes , de Dame Marie Bodinet femme
de M. Nicolas Dreux C nfeiller de la
Grand'Chambre , de Dam : Françoi e Bailly
femmede Mre Ren ide zu lion .
Pierre Ribou Libraire Qay dés Auguftins , va mettre
inee fameut en vente , la Recueil complez des Ouvrages
de Mele Noble en 19 Volumes, in- 12.
192 LE MERCURE
On vient de recevon par la voye de Genes la confirma
tion , que les Espagnols s'étoient rendus maistres du Châ
teau de Cagliari , & qe k Ma quis de Rubi qui y avoir
été bleflé . s'étoit retiré dans les Montagnes avec une
partie de fa Garifon cù on le poctfulvoit
Les Comméliens du Roy jolietent pour la premiere
fois. Antiochus 8 Cléopatre , Tragédie nouvelle de la
con pofition de M Defchamps auteur de la Tragédie de
Caton ' Utique . Le fujet de la premiere Piéce eft tité de
Juftin. Le fecond Ace a été fort applaudi . Loríqu'elle fera
dans les régies , nous pourrons le mos prochain , en donneta
1. Fable avec le jugen en que le Public en aura porté.
On eft forcé de ten cure mois de Noven.bre les Extraits
des Livres que nous avions promis dans le Mercure de Sep-
APPROBATION. ten bre
J
.
AY û par ordre de Monfeigneur e Chancellier le
Mereure d'obre 1717. & j'ai cru que la lecture de
ret Ouvrage conumëroit d'être agréable au Public. Fait à.
Paris ce o acbre 1717. TERRASON .
A
TABLE
Vant-Propos de l'Amat..
Leures du Confeil de la Marine , touchant les preniere
épreuves de l'Eau de la Mer , rendië po able
Lettre écrite par M. de Marivaux Auteur des n oeoeurs & des
carpetes des Habitats de Paris , a l'Auteur du Mercure , 21
Suite de ces caracteres ,
Differtation fur les piéces de Corneille 8: de Racine
Prelics ,
Defcription de la Cafierie & des Rivieres de Cuama
Nouvelles de Ho grie & de l'Empire ,
Journal de Cagliari ,
23
68
75
100
U13
124
129
Inauguration de l'Empereur dans les Duchez de Brabant
Lettre du Pape au Roy p'Espagne ,
Nouvelles de Rome ,
& de Lin bourg ,
134
Nouvelles de Londres , 138
Epitre de M. Michel à M. de pour ... le détourner de
la Sa yre ,
14 I
Enigines ,
14.9
Chanson , 151
Journal de Paris.
151
Courtes Réfléxions fur la Comédie de l'obftacle imprévú.
Traduction de la rettre écrite à M.le Prince de Chelamar
Ferit remis à M. le Maréchal d'Uxelles
Morts.
167
-184
191
LE
NOUVEAU
MERCURE
Le prix eft de 20 fols.
Novembre
1717.
MANDATA
PER AURAS ,
PEFERT
Chez
A PARIS
PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , a l'Image S. Louis.
ET
GREGOIRE DUPUIS ue S.
Jacques , a la Fontaine d'Or.
M.D. CCXVII.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THE NEW YO
PUBLIC LIBRAKT
333105
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
19 Fautes diffées pendant l'impreffion du
Mercure d'Octobre 1717 .
Pages, Lignes , Fautes , Corrigez .
41 18 ce . •
44 29 onc
cet
font
·
•
apré
fever
•
aprés
fevere
feigle
94 •
98
99 12
123 II • ·
14 6 · 21 • •
147 • 14 • hors · •
148 14 •
149 2 · haie
149 10 ·
170 22 · •
fegle
au
Eglife
veroterie
partit
arbitraire
aux
Eglifes
veroteries
parti
atrabilaire
une douleur..un douteux
Miroire
Richelieu
or
hâté
Miroir
$ 74 2 auffi · • •
192 6 •
192
12
mettez- le 2.9
donnera
·
•
142 6 •
142 10 •
143 28 · etire
147 · 16 •
148
fertiles
foupoudré .
avec fon .
embrailer .
·
•
•
Rerz
ancien
donner.
futiles
faupoudré
le tire
avec ce
embrafant.
SINTETIT
DTH
AN
INDATIDALID W (11 )
AVANT - PROPOS.
N Ecrivain du Mercure doit
fe féliciter , lorfque fa bonne fortune
lui fait tomber entre les mains , des
Piéces du mérite de celle que je préfente
au commencement de ce Recueil. Quand
je ferois mystére de cacher ici le nom de
celui à qui j'en fuis redevable , un Lecteur
de goût devineroit fans peine ,
autant par le tour vif& aifé de la Phra-
Je , que par l'ordonnance de la Matiére,
que ce ne peut être que le R.P.du Cercean.
,
Si les Piéces de cet ingénieux Auteur
que j'ai inférées dans les Mercures
précédens, ont fait un des principaux ornemens
de cet Ouvrage périodique
j'augure tout au moins auſſi favorablement
de cette nouvelle
Differtation ;
fous le titre de Réfléxions fur la
Poefie Françoife , &c. Lamatiére qu'il
y traite , eft trop intéreffante & maniée
trop
délicatement , pour qu'on ne foit
pas tenté d'en défirer lafuite avec quelqueforte
d'impatience . Les jeunes gens
Sur-tout , qui avec du génie & du con-
A ij
AVANT - PROPOS.
rage , tournent leurs vûës du côté du
Parnaffe François , auront le plaifir d'y
faire des Découvertes, par le moyen defquelles
ils marcheront bien plus fûrement
en bien moins de tems , que
s'ils n'avoient pas eftéguidés par un auſſi
habile Conducteur : Ils fçauront éviter
par les confeils réfléchis qu'il leur propofe
, une infinité de dangers poëtiques,
qui comme antant d'écueils, font échouer
la plupart de nos Poëmes , tant Epiques
que Dramatiques ; faute d'être foûtenus
par une bonne verfification. Ils apprendront
que la Céfure & la Rime , &
même le Jargon Poetique , ne fuffisent
pas pour conftruire des Vers hureux.
!
Que pour y réuffir , il doit entrer dans
leur compofition on arrangement , béaucoup
d'autres parties effentielles , qui en
produifent tout le charme & l'agrément :
"C'eft ce qu'il leur fera aifé de reconnoître
dans la lecture qu'ils en vont faire,
ن م
LE
NOUVEAU
MERCURE
REFLEXIONS
SUR LA POESIE FRANCOISE ,
où L'ON EXAMINE
En quoy confifte ce qui fait le Caractere
propre du Vers François , &
ce qui le diftingue
effentiellement
de
la Profe.
OM ME le reproche le plus
fpécieux qu'on ait fait à la
Poëfie Françoife, roule fur le
Langage contraint & forcé ;
auquel femble la réduire la néceffité
A iij
6 LE MERCURE
de la Mefure & de la Rime ; il n'y a
rien à quoi les Poëtes , tant bons que
mauvais , fe foient généralement plus
étudiez , qu'à rendre leurs Vers aifez
& naturels . On a tâché , malgré cette
efpece de gêne effentiellement attachée
à la méchanique du Vers , de faire
paffer dans la Poëfie la même aifance
qui fe trouve dans la Profe. La
Poëfie en effet ne touche gueres que
quand elle est coulante & libre dans fa
marche. Les Vers les plus beaux d'ailleurs
, laffent & fatiguent , dés qu'on
y apperçoit quelque chofe de forcé ;
on fçait mauvais -gré à l'Auteur , de
s'être mis à la torture , pour nous y
mettre enfuite nous mêmes ; & l'on ne
peut s'empêcher de lui dire avec Def
preaux .
Il ſe tuë à rimer, que n'écrit- il en Proſe?
Qui eft-ce au contraire , qui ne fe
rend pas au charme de la facilité qui
regne dans les bons Vers : On y admire
d'autant plus l'art , qu'il y eft
plus caché ; & le Lecteur n'eft jamais.
plus content que quand , en lifant des
Vers , il lui femble qu'il eut êté imDE
NOVEMBRE
. 7
poffible de s'exprimer
plus heureuſement
en Profe .
Mais, il y a en ceci un grand écueil à
éviter ; & il eft à craindre qu'en vou→ lant donner aux Vers le naturel de la
Profe , on n'énerve & on ne dégrade
la Poëfie , & qu'on ne faffe de la Pro
fe rimée , en croyant faire des Vers.
Bien des gens tombent dans le cas fans
la Rimie
s'en appercevoir
. Pourveu que
vienne naturellement
à la fin du Vers ,
on croit que tout est fait ; & on fe livre
tellement
à cet air de facilité , qu'on
en neglige tout le refte , & qu'à la Rime
prés , on oublie , ou peu s'en faut,
qu'on faffe des Vers . Mais , le Public
éclairé n'en eit pas la Dupe ; & quelque
charme qu'ait pour lui ce naturel ,
qu'on exige & qu'on recherche
aujourd'hui
plus que jamais dans nôtre Poëfie
, il fent bien quand on lui donne de
la Profe rimée pour des Vers .
Ily a donc dans la Poëfie Françoiſe
un air de facilité different de celui de
la Profe. On demande également dans
l'une & dans l'autre , un tour ailé &
naturel ; mais , il me paroît que ce tour
n'eft pas le même pour l'une & pour
l'autre , & qu'indépendamment
de la
A iiij
LE MERCURE.
Mefure & de la Rime, chacune a fa marche
particuliere. C'est un point que je
fuis furpris, qu'aucunAuteur n'ait enco
re traitté . Nous avons des Livres faits
exprez pour enfeigner les Regles des
Vers François , chofe fi aifée & d'un
fi petit détail, qu'il n'y a perfonne qu'en
une demie heure de temps, on ne mette
parfaitement au fait fur cette matiere.
Nous avons des Volumes entiers &
des Differtations trés fçavantes , fur les
differentes efpeces de Poëfies. Il y en
a fur le Poëme Epique , fur le Dramatique
, fur le Lyrique , fur l'Eclogue
fur l'Epigramme &c. Mais, nous
n'avons rien fur ce qui fait la difference
effentiélle du ftile dans la Profe
& dans les Vers. Cependant,faute d'être
bien inftruit fur cet article , on
peut avec la connoiffance la plus parfaite
des Régles ordinaires de la verfification
, & avec toute la Doctrine renfermée
dans les difcours que je viens
de citer , faire de trés mauvais Vers.
,
Il feroit donc à fouhaiter que quelqu'un
de nos Grands - Maîtres voulût
bien s'ouvrir un peu là deffus , & nous
traçer quelques Leçons touchant un
point fi délicat , & qui me paroît fi
DE NOVEMBRE.
néceffaire pour la perfection de notre
Poëfie ; mais , en attendant qu'il plaife.
Apollon d'en fufciter quelqu'un d'affez
zelé , pour fe charger d'un pareil
travail , je me hazarderai à propoſer
fur cela mes Réflexions , plûtôt comme
des doutes que comme des Regles
, & moins pour inftruire les autres,
que pour engager par là quelque Poëte
plus intelligent à me redreffer &
à m'inftruire moi- même.
Je fuis convaincû que fi l'on prenoit
à ferment la plupart de ceux qui
fe meflent de verfifier , & qu'on leur
demandât , en quoi ils font confiſter
l'effence du Vers françois & le Caractere
diftinctif qui le tire de pair
d'avec la Profe , ils conviendroient de
bonne-foy , qu'ils n'en ont jamais connu
d'autre que la Mefure & la Rime :
Principe qu'on peut regarder, comme
la Source de ce ftile profaique qui s'eft :
intrus dans nôtre Poëfie . Car , cette maxime
une fois établie , il s'enfuivra que.
la Profe & les Vers auront une même.
allûre pour le fonds , & qu'en mertant
une Rime au bout d'un certain nombre
de Syllabes , on pourra avec trés
peu de changement, métamorphofer en
10 LE MERCURE
Poëte , un Orateur , & faire un Poëme
d'une Hiftoire ; au moins en ce qui
regarde le ftile .
Pour rendre ceci plus fenfible , je
me fers du premier Livre qui me tombe
fous la main , & qui fe trouve être
le fecond Tome de l'Hiftoire Univerfelle
où l'Auteur commence ainfi .
Nicephore chaffa Irêne & s'empara de
l'Empire d'Orient . Ce fut un Prince
avare & fans foy , Difciple des Ma
nichéens , & rempli de leurs fuperſtitions
, Grand perfécuteur des Ecclefiaftiques
& des Moines. Il fit une paix
honteuse avec les Sarrazins , & périt
dans la guerre qu'il eut contre les Bulgares.
Voilà de la Profe & de la plus
fimple , telle qu'il convient pour un
Abrégé Chronologique : Or , fi pour faire
des Vers ,il ne s'agit que de mefurer des
Syllabes & de coudre une Rime au bout;
il me paroît que de cette Profe fi fimple
& fi unie , il eft fort aifé de faire
des Vers : En voici la preuve.
Nicéphore autrefois chaffa du Trane
Irêne,
Et bientôt s'empara de l'Empire fans
peine ;
DE NOVEMBRE. I
1
C'étoit un Prince indigne , avare , fans
bonneur ;
Il fut Manichéen & grand Ferfécu
teur.
Avec les Sarrazins fit une paix hon-
*tenſe ;
Puis , eut chez le Bulgare une fin malheureuſe.
Je pourrois continuer fur le même
ton , & la chofe eft fi facile qu'il ne
faudroit gueres pour cela que le tems
d'écrire. Que l'on compare à préfent
ces prétendus Vers avec la Profe fur
laquelle je les ai formez , on conviendra
qu'il n'y a autre difference entre les
deux , que la Rime que j'ai coufuë
au bout d'un certain nombre de Syllabes
mefurées & coupées par la céfure.
Quantà l'arrangement
des termes , &
à ce qui s'appelle le ftile , c'eft précifément
la même chofe. On ne dira
pas d'ailleurs qu'il y ait beaucoup à
redire à ces prétendus Vers , foit pour
la Céfure , foit pour la Rime ; & j'en
citerois , s'il le falloit , qui fans être
mieux conditionnés fur ces deux points,
ne laiffent pas de paffer pour trés bons
& de l'être en effet.Que ceux- ci foient
12.
LE MERCURE
trés mauvais , c'eft fur quoi je fuis
perfuadé qu'il n'y aura point deux voix .
Les Sçavants & les Ignorants conviendront
également qu'ils ne valent rien.
Cependant , pechent- ils contre les regles
de la verfification ? Non ; tout
y eft affez exact pour la Mefure des
Syllabes , pour la Céfure & pour la Rime;
mais , avec tout cela , on n'y fent
point le goût de Vers ; on n'y trouve
de la Profe cadencée & rimée . Il
faut donc néceffairement conclure delà
, que ce qui fait l'effence & le caractere
diftinctifdu Vers , confifte dans
quelque autre chofe que la cadence
d'un certain nombre de Syllabes mefurées
& terminées par une Rime.
que
C'est de quoy je m'imagine que ceux
qui liront ceci avec attention , demeureront
d'abord perfuadez . Voyons cependant,
fr on ne pourroit point encore
porter la chofe à un plus haut degré
d'évidence & la rendre plus palpable.
Quelqu'un dira peut- être que j'ai choifilà
une matiere peu favorable à lan
Poëfie , & qu'il n'eft pas étonnant qu'on
ne puiffe faire que de mauvais Vers ,
de ce qui eft pure Profe. C'eft ce me
femble,l'objection la plus raisonnable
DE NOVEMBRE .
13
qu'on peut faire , & celle qui vient
le plus naturellement à l'éfprit. Mais,
fi on y prend bien garde , cette objection
là même renferme la
7
preuve de
ce que je dis , qu'il y a autre chofe
que la mefure
& la rime , en quoy . confifte
le caractere
effentiel
du Vers :
Car , fi malgré cette rime & cette mefure
, la Profe que je viens d'habiller
.
en Vers , reite toujours
Profe & n'acquiert
rien de plus , fi non qu'elle
eft, cadencée
& rimée , il s'enfuit
évidemment
de là qu'indépendamment
de la mefure
& de la rime , 'les Vers
ont un ftile particulier
, different
de ce- lui de la Profe.
Mais , pour faire encore mieux fentir
la difference infinie de ces deux ftiles
, effayons un peu , fi de cette même
matiere qui paroît fi ingrate & fi
peu fufceptible des ornements de la
Poëfie , on ne pourroit pas en faire de
bons Vers & qui ne reffemblaffent en
rien à la Profe . Voici, à ce qu'il me paroît
, comment un Poëte pourroît en
huit Vers ,dire à peu prez du regne de
Nicéphore , ce que l'Auteur de l'Hiftoire
univerfelle en dit en huit lignes
-de Profe .
$4
LE MERCURE
Miniſtre ambitieux , traître à ſa Souveraine
,
Nicéphore autrefois chaſſa du Trône
Irêne.
· Prince avare & fans foy , ce lafche Ufurpateur
Difciple de Manés & grand Perfécuteur
>
Bientôt aux Sarrafins pour fruit de leur
Victoire ,
> Par un Traitté honteux Sacrifia fa
gloire ;
Et Victime , à la fin du Bulgare irrité
,
Périt plus noblement qu'il n'avoit merité.
Quelques que foient ces Vers , &
quelque chofe qu'on y puiffe reprendre
d'ailleurs, du moins , ne difconviendra-
t-on point que ce ne foient veritablement
des Vers & non de la Profe
rimée. Cependant , qu'ont- ils de plus
que les prémiers pour la mefure ou
pour la rime ? Rien d'effentiel . Tout
eft à peu prez égal de part & d'autre
fur ces deux points. Concluons donc ,
que ce qui fait le caractére propre du
DE NOVEMBRE.
'S
Vers & ce qui le diftingue effentiellement
de la Profe, eft quelque autre chofe
que la meſure & que la rime.
En effet , fi les Vers n'avoient point
d'autre avantage fur la Profe , les Poëtes
n'auroient pas lieu de s'en faire tant
accroire ; & le langage des Dieux ne
l'emporteroit de gueres fur le langage
ordinaire des Hommes. De plus , com
me les Vers de quatre pieds ou de huit
Syllabes & audeffous, n'ont point de céfureoude
reposdéterminé ,il fe trouveroit
qu'une grande partie de noftre Poëfie
françoife & fur- tout une de fes efpeces
les plus nobles , qui eft la Poëfie Lyrique
, ne differeroit prefque de la Proſe
que par la rime. Nos Pindares , nos
Horaces & nos Anacréons modernes
fe contenteroient-ils d'une difference fi
légere , & trouveroient-ils dans la feule
prérogative de la rime , de quoy ſe tirer
de pair d'avec le refte des Auteurs?
J'avoue que dans les Vers de fix & de
cinq pieds , le repos joint à la rime , a
quelque chofe de plus marqué ; mais ,
quand il ne s'y trouve rien d'ailleurs
qui caractériſe le vers , on fent que la
rime & la céfure ( je comprends fous ce
nom la meſure des fyllabes qu'elle partage
) loin d'eftre un agrêment , dégeLE
MERCURE
nerent en une monotonie plus infoutenable
que la Profe même la plus fimple
& la moins ornée . Qu'y a- t-il en effet
de plus ennuyeux que ce repos & cette
rime qui reviennent toujours au bout
d'un certain nombre de fyllabes toujours
le même ? L'un & l'autre à la verité ,
font effentiels à la forme méchanique
du Vers, fi j'ofe m'exprimer ainfi ; mais ,
ce n'eft point ce qui en conftituë le caractere
& ce qui fait le charme de la
Poëfie. On convient que les Vers plaifent
plus que la Profe ; cependant , s'ils
n'en eftoient diftinguez que par ces deux
endroits, ils devroient plaire infiniment
moins. Cette monotonie uniforme a
quelque chofe en foy de fi defagréable ,
que toutes chofes égales d'ailleurs , l'avantage
feroit tout entier pour le ftile
qui s'en trouveroit le plas exempt . Or,
fi malgré le defagrément qui refulte de
cette uniformité perpetuelle de chutes
& de fons , les Vers , de l'aveu même
de ceux qui font le moins favorables à
noftre Poëfie , ont plus de charmes que
la Profe ; il faut conclure néceffairement
, qu'il y a quelque chofe de plus
que la céfure & que la rime quiles en diftingue
, & qui fait en quelque forte l'a .
Ame
DE NOVEMBRE. 17
me de cette Poëfie , dont le repos &
la rime ne font , pour ainsi dire , que le
corps ou la forme exterieure. Enfin,
pour finir fur cet article , il faut un diftinctif
qui foit général pour toutes les
efpeces de Vers ; & comme les Vers de
huir fyllabes & audeffous , qui tous
n'admettent point de céfure , font autant
& auffi effentiellement Vers , que
ceux de dix & de douze fyllabes ; il eft
évident que la céfure n'eft point ce qui
décide de la Poëfie dans le Vers françois
: Ainfi , on ne pourra fe retrancher
que fur la rime ; & alors , il ne faudra
plus mettre d'autre diftinction entre les
Vers & la Profe , finon, que les premiers
feront de la Profe qui rime , & l'autre
de la Profe qui ne rime pas. Concluons
donc de tout cela , qu'il faut qu'il y ait
quelqu'autre chofe que la rime & que
la céfure , qui conftitue l'effence de la
Pocfie, & qui faffe le caractere diſtinctif
de ce qui eft véritablement Vers &
de ce qui n'en a que l'apparence,
On ne peut point non plus réferer
ce diftinctif à la difference des termes
& à la nobleffe de l'expreffion ; puifque
les termes font communs aux Vers
& à la Profe , & que tous ceux qui font
Novembre 1717. B
18 LE MERCURE
reçûs dans la bonne Profe , font auffi
de mife dans les bons Vers . Je dis la
même chofe des figures hardies & fublimes
que la Poëfie ne fait qu'emprunter
de la Rhétorique , à qui elles appartiennent
en propre, & dont les Poëtes
doivent l'hommage aux Orateurs.
Ce n'eft donc que dans l'arrangement
des termes , c'est à dire dans la conftruction
& le tour de la phrafe , que
peut confifter cette difference qui caractériſe
le Vers François & le diftingue
de la Profe ; & c'eft en cela uniquement
que je pretends qu'elle confifte
, comme je me flate de le démontrer
dans la fuite.
Mais , pour aller au devant de toute
équivoque , il faut faire attention que
je ne parle ici que de la verfification
prife precifément en elle- même , indépendamment
du génie & de la verve du
Poëte ; & que je ne l'enviſage qu'entant
que le tour du Vers differe de celui de
la Profe. Un Auteur peut etre tout Poëtique
dans un Ouvrage , par la hardieffe
& la nouveauté des Fictions , par
la richeffe & la varieté des Images , par
la fécondité & les faillies heureuſes
• d'une Imagination vive & allumée , fans
-
DE NOVEMBRE, 19
que pour cela il le foit dans fa verfification
. Un autre au contraire ,peut l'eftre
dans fa verfification , fans qu'il le foit
dans la difpofition & l'économie de
fon Ouvrage : C'est ce qu'on peut dire
en particulier de Lucain . Il n'eft en
quelque forte que trop Poëte dans fes
Vers ; il ne l'eft pas affez dans l'ordonnance
de fon Poëme . Rien de plus Poëtique
que le Télémaque , par rapport à
Fordonnance & à la conduite , aux fictions
, aux figures & à tous les autres
ornements qui ne touchent point à la
Verfification. Pour le ftile , non feulement
il ne l'eft pas , mais même il ne
le doit pas être.
C'est ce que je fuis bien - aife de faire
remarquer ici , pour décromper bien des
gens qui fur les defcriptions brillantes ,
fur les comparaifons fleuries & autres
pareils ornements que l'Auteur a empruntez
de la Poëfie , fe font imaginez
que le Télémaque eftoit écrit en ftile
Poetique . Ces fortes d'agrêments font
chofes qu'il ne faut point confondre
avec le ftile , auquel ils font abfolument
étrangers.Dire que l'Aurore avec
* Nouveau Télém. Liv. 4. pag. 120.
121. Bij
20 LE MERCURE
fes doigts de rofes entr'ouvre les portes dorées
de l'Orient , & Souhaiter que
Morphée répande fes plus doux charmes
fur des paupieres appefanties , qu'ilfaffe
couler une vapeur divine dans des mem
bres fatigués , & autres expreffions
femblables , fouvent employées dans
le Télémaque ; c'est ce qu'on peut
appeller le langage ou même le jargon
de la Poefie , qui accoûtumée à
animer , à perfonnifier , & même à
divinifer tout ce qu'il lui plaît , nous
reprefente l'Aurore fous l'idée de Déeffe;
& le fommeil fous le nom d'un Dieu..
Mais , comme ces conceptions figurées
fe peuvent exprimer dans un itile Profaique
, tout auffi bien que dans un ftile
Poëtique , elles ne décident rien pour
la qualité du ftile . Feu M. de Cam
brai fe propofant de faire un Poëme Epique
en Profe , aprice la Poëfie tout
ce que la Profe e pouvoit admetre.
Ainfi , la difpofition , l'ordonnance & la
conduite de fon fujet , les penfées , les
images , les comparaifons, les defcriptions,
tout y eft poëtique pour le fonds ;
mais , comme il fe bornoit à écrire en
Profe , il s'eft toujours tenu renfermé
}
DE NOVEMBRE. 2.I
*
dans la fphere d'une Profe , vive à la
verité , noble , fublime & pompeufe ,
mais, qui ne fort point du Caractere de
la Profe. Il y a plus , comme je l'ai déja
remarqué ; c'eft qu'il n'a pas même
dû en ufer autrement , puifque le ftile
Poëtique fiéeroit aufli mal dans la Profe
, que le ftile Profaïque le fait dans
les vers. Ainfi , quand l'Auteur de la Préface
qui est à la tête du nouveau Télémáque
, applique à M. de Cambrai ,
ce que Strabon a dit d'un ancien :
Qu'il avoit imité parfaitement la Poëfie
en rompant feulement la Meſure.
Si par le terme de Mefure , il n'entend
que le dérangement des pieds du
Vers , il n'en dit pas affez ; puifque
M. de Cambrai a fait plus que cela,
& que fon ftile tel qu'il eft , quand on
en arrangeroit les fyllabes felon la Méchanique
du Vers , n'en feroit pas moins
ftile de Profe. Si fous le terme de Mefure
, il entend le Tour Poetique & ce
ftile propre & particulier qui diftingue
les Vers de la Profe rimée , je fouferis
fans peine à fa penfée , & nous
fommes parfaitement d'accord.
* pag. 47+
22 LE MERCURE
En effet , qu'on life Télémaque , on
y trouvera la preuve de ce que j'avance.
Calypfo , dit-il d'abord en commengant
, ne pouvoit fe confoler du départ
d'Uliffe . Dans fa douleur , elle fe trouvoit
malheureuse d'être immortelle & c .
Voila , de la Profe , voila le pur ftile
Hiftorique , tel que M. de Cambrai
l'employe dans tout le cours de fon ouvrage
, & tel qu'il a dû abfolument
l'employer. Veut- on transformer cette
Profe en ftile Poëtique ? Voici ce
me femble , comme on pourroit tourner
la penſée.
Du départ de fan cher Uliffe ,
Calypfo ne pouvoit encor fe confoler ;
Pour elle déformais la vie est un fupplice
exc.
Je crois qu'on n'aura pas de peine
à fentir la difference de ces deux ftiles
par rapport à la Poëfie ; mais , je me
Alate qu'on la fentira bien mieux encore
, quand j'aurai développé ce quifait
, felon moi , cette difference , que
je foutiens qui ne confifte que dans la
difference du tour qu'on donne à la
Phrafe , & qui eft toute autre dans les
DE NOVEMBRE. 23
Vers que dans la Profe . C'est à dire
qu'il y a un tour de Phrafe qui eft Poëtique
& un qui eft Profaïque ; que ce
dernier , avec la meſure la plus exacte
& la Rime la plus riche , eft toujours
dans le fonds veritablement Profe ; au
lieu que l'autre , fans rime même &
fans meſure , est toujours réellement
Poëfie. Il ne s'agit plus que de démefler
ce qui fait la difference , & ce qui
conftitue le caractére diftinctif de ces
deux Tours de Phraſe .
C'est un point qui paroît d'abord d'autant
plus difficile à déterminer , que la
conftruction françoife ne nous permet
pas , même dans la Poëfie la plus fublime
, ces inverfions hardies que fouffre
la conftruction latine , où pourveû
que tous les mots qui doivent
entrer dans la compofition d'une Phrafe
, s'y trouvent raffemblez , peu importe
bien fouvent dans quel ordre on
les y place , & quel rang ils y tiennent.
Tel qu'on met à la tête de la Période ,
figureroit fouvent tout auffi bien , ſi on
le renvoyoit à la queue ; de forte qu'en
mettant confufément tous les termes
d'une Phraſe dans un chapeau , & les
tirant au hazard l'un aprés l'autre >
24 LE MERCURE
comme des Billers de Loterie , la conf
truction s'en trouveroit toujours , à
peu de chofe prés , affés réguliere-
Nôtre Langue n'admet point une pareille
liberté , & a fa route plus refferrée
& plus gênée . C'est ce que quelques
gens lui reprochent, comme une
imperfection. J'en conviendrai fans peine
dés qu'on m'aura fait concevoir , que
de parler dans le même ordre qu'on
penfe , c'est un deffaut : Que l'obfcurité
dans la conftruction des Phrafes ,.
eft une vertu , & la clarté un vice ; &
que plus une Langue eft embroüillée ,
& plus elle laiffe à deviner , plus auffi
elle est belle. Pour moi , j'ai crû jufqu'ici
, que comme on ne parle que
pour ſe faire entendre , celui-la parloit
le mieux , qui fe rendoit le plus intelligible,
& qu'on fe le rendoit d'autant
plus , qu'on laiffoit moins à faire à la
conception de ceux à qui on adreffoit la
parole. Le dérangement de mots & la
difpofition prefque arbitraire que permet
fur ce point la conftruction latine
, a quelque chofe de fatiguant pour
l'intelligence de celui qui écoute. Il
faut qu'il épele, pour ainfi dire, chaque
mot , & qu'il mette en ordre dans fon
efprit
DE NOVEMBRE. 25
ofprit , ce que nous lui préfentons en
défordre dans le Difcours. Je ſçai
que l'ufage & l'habitude rendent cette
peine beaucoup moins fenfible qu'elle
ne l'eft en effet ; mais , c'est toujours
une peine & une fatigue de moins que
nôtre Langue nous épargne , en préfentant
les idées dans l'ordre naturel
qu'elles doivent avoir : De forte que
celui qui nous écoute , n'a rien à reformer
pour l'arrangement , dans ce que
nous lui difons ; & comme nous lui
préfentons les idées felon l'ordre qu'elles
doivent avoir entre elles , elles fe
placent d'elles mêmes dans fon efprit,
à mesure que nous parlons , & toute
fa peine fe réduit à écouter.
C'eft un avantage que nôtre Langue
a fur la Latine & fur celles qui lui
reffemblent ; & l'on peut dire que l'éloignement
naturel que nous avons
pour tout ce qui demande du travail
& de la difcuffion , n'en releve pas
peu le prix. Tout ce qui fe fait à moins
de frais, eft toujours plus felon le goût
de l'homme , en quelque chofe que ce
foit,&fur-tout dans celles qui font d'un
ufage ordinaire & néceffaire , comme
l'eft le Langage. Je ne prétends point
Novembre 1717. C
26 LE MERCURE
par la déprimer la Langue Latine
que j'ai étudiée toute ma vie , &
dont je fuis Partifan auffi zelé que perfonne
: Mais,je ne craindrai point de dire
, que je l'admire bien moins dans la
conftruction de chaque phraſe en particulier
, que dans la liaifon des phrafes
, dans le tiffu du difcours , & dans
l'ordre naturel & aifé avec lequel elle
développe un raifónement ou un narré ,
& en affortit toutes les parties . C'eſt
en quoi elle l'emporte infiniment fur
nôtre Langue : Mais , quand elle l'emporteroit
encore par mille autres endroits
, dont la difcuffion feroit ici hors
d'oeuvre , il faut qu'elle lui céde pour
la régularité & la netteté de la conftruction.
Cette licence qu'elle fe permet
dans le defordre & la confufion
des termes qui compofent fa phrafe ,
eit , felon moi , bien moins une liberté
qu'une forte de libertinage , dont on
doit fçavoir bon gré à nôtre Langue de
s'être jufqu'ici toujours défenduë .
Il eft aifé de juger par là , que je
fuis bien éloigné de foufcrire au fouhait
que
femble former , en faveur de nôtreLangue
, l'Auteur de l'excellente Préface
que j'ai déja citée . C'eſt à la
A
page
DE NOVEMBRE.
27
XLVIII. * où après avoir loüé un Poëte
Anglois qui a commencé , dit- il , d'introduire
avec fuccés dans la Langue
les Inverfions des Phrafes : Feut - être
ajoute- il , que les François reprendront
un jour cette noble Liberté des Grecs &
des Romains. Le terme de reprendront ,
femble fuppofer qu'ils l'avoient prife
autrefois ; & en cela , cet Auteur à raifon.
Ronfard en effet , l'avoit introdui
te de fon temps dans nôtre langue . Sa
réputation foûtenue de l'exemple des
beaux efprits de fon fiécle , qui le regardant
comme le Phenix de la Poë
fie , & comme leur Maître , faifoient
gloire de l'imiter , avoit mis en crédit
ces inverfions hardies de phraſes
qu'il avoit empruntées du Grec & du
Latin. Ces Meffieurs crûrent embellir
nôtre Langue en l'obfcurciffant ; ce
fût un mérite , que de fe rendre inintelligible
; & la chofe fat pouffée
fi loin , que du vivant même de Ronfard
, il fallut un Commentaire à fes
Poëfies. C'eft- à - dire , que fes Vers
devinrent en quelque forte, un langage
* Difcours de la Poëfie Epique &c.
fervant de Préface au nouveau Téléma
que. Cij
28 LE MERCURE
êtranger pour fes Compatriotes mêmes,
& que des François , pour. entendre des
Poëtes François, eurent befoin de Scholiaftes
, comme s'il fe fut agi de Poëtes
Latins ou de Poëtes Grecs .
Mais,l'illufion ne fut pas de longue
durée. Le génie droit & judicieux de
la Nation, qu'on furprend quelquefois ,
mais qu'on ne violente jamais longtemps
, réclama bientôt contre un goût
fi oppofé à ce caractére de fimplicité
& de clarté que nous aimons tant
dans les Ouvrages d'efprit. On cut
honte d'avoir efté quelque temps la
dupe du Pédantifme de Ronfard & de
fes Partifans ; & les productions de
ce Poëte tombérent bientôt dans un
mépris dont elles ne fe font point relevées
jufqu'ici . Je ne fçai même fi
on n'a pas un peu outré les choſes à
cet égard , & il me femble qu'on ne
rend d'ailleurs à Ronfard toute la
pas
juftice qu'il mérite ; car , il faut convenir
, qu'il avoit , après tout , d'excellentes
parties pour la Poefie : Beauboup
d'efprit , de l'imagination , du
feu, de l'entoufiafme , bien de la lecture
, & une grande connoiffance des
Anciens ; de forte qu'on ne peut guć- '
DE NOVEMBRE. 29
res attribuer fa chûte & le décri de
fes ouvrages qu'à ces Inverfions bardies
, qu'on prétend qui manquent à
nôtre langue ; mais , qui ont fi mal
réüffi à cet Auteur , que je ne crois
pas, qu'il prenne jamais envie à aucun
autre de tenter une femblable Avan
ture.
Mais , en rejettant ces Inverfions hardies
, je fuis bien éloigné , comme on
le va voir , de prétendre que toute
tranfpofition foit incompatible avec la
conſtruction de nôtre Langue , & conféquemment
avec nôtre Poëfie ; puifque,
c'eſt au contraire dans ces tranfpof
tions mêmes,que je fais confifter le caractere
effèntiel & diftinctif de la verfification
françoife : Voici comment.
J'ai dit , qu'il y avoit une phrafe
poëtique , & une phrafe profaique ;
& comme les termes qui entrent dans
la compofition de l'une & de l'autre
appartiennent également à la Profe &
aux Vers , & que l'ufage leur en eft
commun ; il s'enfuit que ces deux fortes
de Phraſes ne peuvent différer , que
par l'arrangement des termes & par le
tour qu'on leur donne . Or, quel eft cè
tour de phrafe qui eft particulier à la
Ciij
30 LE MERCURE
Poëfie , & qui diftingue les Vers , de
la Profe ? Le voici . C'eſt uniquement
le Tour qui met de la ſuſpenſion dans
la Phrafe , par le moyen des inverfions
on tranfpofitions recenës dans la Langue ,
qui n'en forcent point la construction.
Les exemples rendront cela plus fenfible
, que llaa ddééffiinniittiioonn ne le peut faire ;
mais , avant que de les appliquer , je
crois qu'il eft à propos de développer
cette définition , dont je fais la bafe
de tout mon Syſtème fur cette matiere .
- Je regarde donc la fufpenfion , comme
l'ame du Vers , & ce qui en fait le
charme , par l'attente où elle met
& par la furpriſe qu'elle caufe . On foûtient
par ce moïen l'efprit duLecteur qui
demeure toûjours en haleine,jufqu'à ce
que le terme le plus effentiel , & qui eſt
comme la clef de la phraſe, ait enfin déterminé
la penſée. Il en eft à peu prés en
cela,duVers par rapport à laProfe,comme
du Poeme par rapport à l'Hiftoire .
Un Hiftorien qui entreprend de traiter
d'une guerre , obferve régulièrement
dans fa narration l'ordre naturel des
chofes. Il expofe d'abord les motifs de
cette guerre , de là il paffe aux préparatifs
, & il ne fera point le fiége d'une
Ville qu'il n'ait mis auparavant l'Ar-
T
DE NOVEMBRE. 31
mée en Campagne. Le Poete au contraire
, tranfporte d'abord fon Lecteur
au milieu des Evénements.
a In medias res
Non fecus ac notas Auditorem rapit .
C'eſtpar la fin d'un fiége qu'il ouvre
la Scéne ; & ce n'eft que dans le cours
du Poëme qu'on apprend enfin , comme
par occafion , les cauſes , les ſuites
& les exploits d'une guerre qui eft fur
le point de fe terminer.
Telle eft , à proportion , la marche
du Vers par rapport à la Profe ; car,
au lieu que celle- cy débute ordinairement
par le terme principal de la
Phrafe ; au lieu qu'elle met d'abord en
chef le Nominatif fubftantif efcorté
de fon adjectif , s'il doit en avoir , &
fuivi de fon verbe , qui traifne lui même
aprés lui ou l'accufatif , ou tel
autre cas qui lui convient : Méthode
qui , comme le remarque fort bien M.
de Cambray , b exclut toute fufpenfion
d'esprit , toute attente , toute furprife ,
a Horat. Ars Poëtica.
Réfléxions fur la Rhéthorique.
C iiij
32. LE
MERCURE
toute variété , & Souvent toute magnifique
cadence ; le Vers au contraire ,
Commence fa marche par ce qu'il renferme
de moins effentiel. Le premier
terme qui fe préfente d'abord , en fuppofe
prefque toûjours un autre , dont
il dépend abfolument , & qui peut-être,
ne fe déclarera qu'à la fin de là Période .
Souvent tout eft en l'air dans le piemier
Vers , & ce n'eft que dans le fecond
ou le troifiéme qu'on découvre
enfin , ce qui l'appuye & lui fert de
foûtien. C'eft comme une intrigue de
Théatre qui caufe un embarras intereffant
& agréable durant le cours de
la Piéce , & dont on ne voit le dénouëment
qu'à la fin : & voilà ce qui produit
cette fufpenfion d'efprit propre du
Vers , & où la Profe , de l'aveu de M.
de Cambray , ne fçauroit afpirer.
Qu'on rappelle ici ce quej'ai cité plus
haut du commencement deTélémaque.
On y trouvera la preuve de ce que je
viens d'expofer. Calypfo , dit l'Auteur , ne
pouvoit fe confoler da départ d'Uliffe.
Quel est dans cette phrafe le principal
Perfonnage ,&celui qui y figure en chef?
C'eft Calypfo. Auffi, eft- ce elle qu'on
met d'abord fur la Scene. Qu'elle eft
DE NOVEMBRE,
33:
1
fon attitude ? C'est celle d'une femme
défolée. Elle ne peut fe confoler :
Et de quoi ? Du départ d'une perfonne.
qu 'elle aime. Qui eft cette perfonne ?
C'eft Ulyffe. Voilà l'ordre naturel
des Questions qu'on peut faire fur
Calypfo dans le point de vue où on la
met ? On veut d'abord connoître la
perfonne ; ce n'est qu'aprés qu'on a re--.
connu qu'elle eft affligée , qu'on s'informe
du fujet de fon affliction ; & c'eſt'
auffi l'ordre que fuit la Phrafe profaïque
dans fa conftruction . La Poëfie
au contraire , débute d'abord par ce
qui fait le fujet de l'affliction ; & on
apprend chez elle , pourquoi Calypfo
eft affligée,avant que de fçavoir que
Calypfo foit affligée ,
Du départ de fon cher Ulyffe
Calypfo ne pouvoit encorfe confoler.
Ici , le premier Vers eft comme en
l'air. On y parle du départ d'Ulyffe ;
mais, on n'y voit point encore , ny qui
s'y intereffe , ny à quel point on s'y intereffe
; & ce n'eft que dans le fecond
Vers qu'on apprend enfin que c'eſt
Calypfo qui y prend part , & qui en eft
même touchée à tel point , qu'elle ne
1
1
34 LE MERCURE
peut s'en confoler. De là naît certe
furprife , cette attente & cette agréa
ble fufpenfion, dans laquelle je fais confifter
le caractere & l'agrêment de la
verfification françoife.
Je ferois même voir, s'il étoit néceffaire,
que la fufpenfion dont je parle,
s'ĉtend à la Verfification Latine comme
à la Françoife ; que c'eft en fa faveur,
qu'on y fait ordinairement marcher
les Epithetes avant leur fubftantif.
c Seve memorem Junonis ob iram.
Et qu'entre deux fubftantifs celui qui
eft gouverné , paffe prefque toûjours
devant celui qui gouverne , & qu'il fup -
pofe.
d Troje qni primus ab oris
Italiam fato profugus &c .
Mais , comme cela eft êtranger à mon
fujet , je ne m'y arrête pas ; & quoiqu'il
en foit de la fufpenfion à l'égard
du Vers latin , il eft toûjours vrai qu '
C
Virg. I. Æneid.
Ibid.
DE NOVEM BRE
35
elle eft l'ame du Vers francois , &
qu'elle en fait le caractere diftinctif.
Je crois avoir expliqué d'une maniere
affez fenfible , ce que j'entends par
cette fufpenfion. Elle convient effentiellement
au Vers , comme je me fla
te de l'avoir déja montré,& comme je
le ferai encore mieux fentir dans la
fuite ; & elle y convient , à la difference
de la Profe , dont la marche réglée &
uniforme lui donne , de l'aveu de M.
de Cambray , une entiére exclufion .
Mais, quel eft ce principe de cette
fufpenfion , & par où parvient-on à la
produire ? C'eft , comme je l'ai dit
dans ma définition , par le moyen des
tranfpofitions reçues dans la langue.
Ce que j'entends par tranfpofition ,
' eft quand l'ordre naturel de la Phrafe
eft renverfé, & qu'un nom ou un verbe
qui dépend d'un autre , paffe devant
celui de qui il dépend & qui le gouverne.
Onen a déja vû un exemple dans
ce que j'ai tourné en Vers , du commencement
de Télémaque , où l'on ap .
prend le fujet de l'affliction de Calypfo,
avant que de fçavoir qu'elle foit
*
Reflex. fur la Rh.
366
LE
MERCURE
affligée. En voici un autre tiré de Raeine
dans fa Tragédie de Mithridate :
Arbate étant arrivé affez à temps , pour
empêcher la Reyne d'avaler le poifon.
qu'on lui préfentoit par ordre de Mithridate
, ordonne à Arcas d'aller informer
ce Prince du fuccés de fa diligence
& de fon zele . A parler régu
lierement voici comment il auroit
dû s'expliquer à Arcas , & comment
en effet il auroit parlé en Profe : Et
vous , Arcas , courez apprendre à Mithridate
la nouvelle du fuccès de mon
zele. Tel eft l'arrangement naturel
quedemande la conftruction ordinaire.
La Poefie au contraire , renverse &
dérange cette conftruction , & tranf
porte au commencement de la Phrafe ,
ce qui dans la Profes ne doit eftro
qu'à la fin.
* Et vous Arcas,du fuccés de mon zele
Courez à Mithridate apprendre la nouvelle.
La Phrafe en Profe, finiffoit par ces
termes du fuccés de mon zele ; c'eſt par
*A&t. V. Scene III
DE NOVEMBRE.
$7
où elle débute en Vers ; voilà ce que
j'appelle tranfpofition.
Mais ,comme nôtre langue a ces ufages
; qu'elle n'admet pas toutes fortes
d'inverfions ; qu'il y en a qu'elle fouffre
, & d'autres qu'elle rejette ; c'eft
pour cela que j'ai déterminé les differentes
fortes de tranfpofitions qu'admet
notre Poefie , en les fixant précifément
à celles qui font reçues dans la
langue. En effet , la Poefie fuppofe la
Grammaire ; & il faut parler François ,
avant que d'entreprendre de faire des
Vers françois. C'eft fur cela que Deſpreaux
dit fi judicieufement dans
Lon Art Poetique.
*Surtout qu'en vos Ecrits la langue révérée
,
Dans vos plus grands excés vous foit
toujours facrée.
Envain , vous mefrapez d'un ton mélodieux
,
Si le terme eft impropre ou le tour vicieux.
Donnez à vos Vers le tour le plus
* I. Chant.
38
LE
MERCURE
noble & le plus neuf qu'il vous fera
poffible ; mais, que ce tour foit avoüé
de l'ufage : Ufez de tranfpofitions, vous
le devez , mais , n'en hazardez point
que la langue n'autorife . M. de Cambray
& l'Auteur de la Préface de fon
Télémaque , femblent ſouhaiter qu'on
mît nôtre langue un peu plus au largefur
le fait des inverfions. Je le fouhaiterois
comme eux. Les Poetes y gagneroient
encore plus que le refte des Ecrivains.
Qu'on adopte dans nôtre
langue de nouvelles inverfions , je ferai
des premiers à les fuivre , dés
qu'elles auront été admifes . Mais , jufqu'à
ce que l'ufage ait naturalifé celles
qu'on prétend qui nous manquent ,
plus für eft de ne rien rifquer , & de
nous en tenir à celles qui font inconteſtablement
receuës.
le
Bien loin que la Poefie foit pour
nous, un titre de nous licentier für la
régularité de la conftruction ; je fuis
perfuadé au contraire , qu'elle autorife
les Cenfeurs à exiger de nous, plus
d'exactitude que du refte des Auteurs ;
& il me paroît en effet , que perfonne
*Réflex . fur la Rh .
DE NOVEMBRE. 39
ne mérite moins d'indulgence qu'un'
Poete qui péche contre la langue .
Qu'on s'explique en Profe bien ou mal,
quand le fonds des chofes eft bon , on
n'y prend pas garde de fi prés : Un
homme eft excufable de le faire
entendre comme il peut . Mais ,
fi vous ne pouvez pas parler correctement
en Vers ; qui vous oblige à
verfifier , & que ne vous expliquezvous
en Profe ?
Ainfi , tant d'inverfions & de tranfpofitions
qu'il vous plaira , la Poefie non
feulement les fouffre , mais mefme les
exige ; mais à cette condition , qu'elles
foient receues dans la langue. J'ai ajouté
& qu'elles n'en forcent point la conftrution.
Quelqu'un croira peut- être , que
cette addition eft inutile , puifque les
tranfpofitions qui font receues dans la
langue,n'en fçauroient forcer la conftruction
; mais , cela n'eft pas tout- àfait
vrai , y ayant des tranfpofitions
qui , quoique receues dans la langue , ne
laiffent pas par la façon dont elles font
maniées,d'en forcer quelquefois la conftruction.
Auffi , cette remarque tombet-
elle moins fur la tranfpofition même ,
que fur le mauvais ufage qu'on en peut
40 LE MERCURE
faire. Je n'apporte point ici d'exemple
ny de l'une ny de l'autre , parce qu'il
s'en préfentera affez dans les Vers
que j'aurai occafion de citer dans la
fuite ; & fur lesquels je ne manquerai
pas de faire remarquer le rapport qu'ils
auront à ce que je viens d'obferver ici
Voilà donc ma définition expliquée ,
de la maniere la plus intelligible qu'il
m'a efté poffible . Il ne me reste plus
qu'à y appliquer les exemples pour la
juftifier ; & je me flate que cette application
donnera encore une nouvelle
clarté à mon opinion , en même tems
qu'elle en fera la preuve .
la
Et , afin que ces exemples foient plus
à la main , je les ay tous tiré pour
pluspart d'une des plus bellesTragédies
de Racine qui eft Mithridate. Cette
feule Tragedie me fournira , foit en
bonne , foit en mauvaiſe part , tous les
Traits dont j'aurai beſoin. Je n'ay
garde de vouloir blâmer par là ny la
Piéce ny l'Auteur ; je rend juſtice autant
que perfonne à l'un & à l'autre :
Mais , comme je ne pouvois gueres
mieux m'adreffer que chez Racine ,
pour trouver des exemples à imiter
jay crû auffi que n'y ayant point d'Auteur
DE NOVEMBRE. 41
Auteur fi parfait qui ne foit réprehenfible
en quelque chofe , les exemples
que je citerois en mauvaiſe part , feroient
bien plus d'effet , fi je les tirois
d'un Auteur de la réputation de Racine
, que fi j'allois les dêterrer dans
quelque Poete médiocre ,à l'incapacité
duquel on pût les attribuer. J'ay efté
bien-aife d'ailleurs ,dans une matiere de
Critique , de ne toucher à aucun Auteur
vivant ,ou du moins de n'en point citer,
que ce ne fût en bonne part. On peut
en ufer avec plus de liberté à l'égard
des morts , fur-tout , quand on le fait
avec toute la circonfpection & la réverence
même que je me propofe d'apporter
au fujet de Racine . Je ne l'ay
choifi préférablement à d'autres , que
parce que je l'ay regardé , comme un
des plus excellens Poetes & des plus
corrects que nous ait fournis le dernier
Siécle & pour un trait où il y aura
peut -eftre quelque chofe à redire , j'en
trouverai chez luy cent qui pourront
fervir de modele. Cela eft fi vray , que
jay eu bien de la peine à découvrir
dans toute la Tragédie de Mithridate ,
un exemple en mauvaiſe part , part , conditionné
comme je le fouhaitois , pour
Novembre 1717. D
42 LE MERCURE
l'ufage que j'en veux faire . Il eft tiré
de la Scene où Arbate vient raconter
, comment Mithridate , aprés avoir
effayé inutilement le fecours des poifons
, a efté réduit à fe fervir de fon
épée contre luy même : Voici donc
comme il s'explique .
D'abord il a tenté les atteintes
mortelles
Des Poifons que luy-même a crû les plus
fideles
Je n'examine point pour le préfent ,
fi la céfure du premier Vers eft d'alloy,
ny, file paffage de ce même Vers " au
fuivant , eft dans les regles : Ce font
chofes à difcuter à part , & que je pourai
traiter dans la fuite. Il n'eft queſtion
ici que de fçavoir , fi le ftile de ces deux
Vers eft Poetique ou Profaïque.
de
Or ,pour pouvoir juger plus fùrement
, tant de ces deux Vers , que
tous les autres que j'aurai à citer dans
la fuite ; j'établis d'abord une regle generale
qui me paroît évidente , & qui
cft : Qu'un Vers , pour être veritable-
Alte S. Scene
DE NOVEMBRE . 43
ment de la Poëfie & non de la Profe ,
doit être tel ; qu'en rompant la meſure
en Suprimant la rime , on ne laiffe
pas de retrouver , même dans cette ef
péce de démembrement , un air de
Poefie & un langage veritablement poëtique.
Car , s'il eft vray , comme je
crois l'avoir montré fenfiblement , qu'-
indépendamment de la Rime & de la
Mefure , la marche du Vers doit être
toute différente de l'allûre de la Profe;
du moins quant au ftyle , le Vers refte
toujours Vers , même après le dérangement
des fyllabes & la fuppreffion de la
time :& dés qu'en le dégradant de la
forte , il paroît Profe ; il faut conclure
que ce n'étoit pas un Vers , mais feulement
de la Profe rimée .
Or , fur ce principe , je dis que les
deux Vers que j'ai citez de Racinę ,
ne font point d'un ftile poetique. Pourquoy
parce que fi on vouloit dire
la mefme chofe en Profe , on n'arrangeroit
point les termes autrement qu'ils
le font dans ces deuxVers ; & qu'en les
dépouillant de la Rime & en compant
la cadence' , on n'y trouve plus que de
la Profe.
Faifons en l'épreuve , en les dégra44
LE MERCURE
dant de la maniere que je viens de pro
pofer. Voici précisément comme parle
Arbate. D'abord il a effayé les mortelles
atteintes despoifons que lui- même
avoit crû les plus fideles. Il eft aifé de
voir que dans cette expofition , je ne
dérange rien de l'ordre des termes qui
compofent les deux Vers , & que je
n'y apporte de changement que celui
qui eft néceffaire pour fupprimer
la rime & rompre la cadence. Or ,
je demande fi , dans cette phraſe ainſi
expofée , il refte rien qui fente la Poefie
? La Profe s'énonceroit - elle autrement
? On trouve ici le nominatif fuivi
immédiatement de fon verbe , il a tenté.
Le cas du verbe fuit dé mefme immédiatement
aprés , tenant comme par
main fon adjectif, les atteintes mortelles,
& traînant après lui un genitif qu'il
gouverne & qui con nence le Vers fuivant
: Despoifons. Voilà la marche pure
de la Profe telle que nous l'a tracée
* M . de Cambray. Nulle tranfpofition ;
& par conféquent nulle fufpenfion. Or,
que faut- il faire pour ménager cette
fufpenfion par le moyen des tranfpofi
Reflexions fur la Rh
la
DE NOVEMBRE. 43
tions ; & pour rendre poetiques , ces
deux mefmes Vers Rien autre chofe
que d'en renverfer. l'ordre ? & de mettre
le premier , celui que Racine a mis
le fecond , en difant :
Des poifons que lui-même a crû les plus
fideles
D'abord il a tenté les atteintes mortelles.
Ou , comme il feroit encore mieux ,
en changeant quelque chofe de plus ;
conferver au commencement dè pour
la phraſe , le terme de Dabord , qui y
figure plus naturellement : On pour
roit dire.
D'abord , de ces poifons qu'il crût les plus
fideles ,
Mithridate a tentéles atteintes mortelles
Qu'on fupprime ici la Rime ; qu'on
rompe la cadence des Vers & qu'on
dife : Dabord des Poifons aufquels ilfe
froit le plus , Mithridate a effayé les
mortelles atteintes . On reconnoîtra toujours
dans ces Vers mefmes ainfi degradez
, un tour étranger à la Profe ,
& un ftile véritablement poetique; car,
Dij
46 LE MERCURE
comme la tranfpofition fubfifte toujours
, la phrafe ne perd rien de cette
fufpenfion qui tient l'efprit en attente ,
& qui fait l'ame de la Poefie.
Autre exemple tiré de la même
Piéce . Monime voulant implorer le
fecours de Xiphares , contre Pharnace
frere du même Xiphares , luy parle
ainfi.
J'efpere toutefois qu'un Prince magnanime
Ne facrifiera point les pleurs des malbeureux,
Aux interefts du Sang qui vous unit tous
deux.
La nobleffe des termes qui entrent
dans la compofition de ces trois
Vers, a quelque chofe de féduifant &
qui impofe d'abord ; mais, qu'on en retranche
la Rime , & qu'on en rompe la
cadence , comme on a fait aux précedens
, on
trouvera que le tour eft
pure
Profe ; car , voici ce que dit Monime.
J'efpere pourtant qu'un Grand Prince
ne facrifiera point les larmes des mifé-
A& . I. Sc . 2.
DE NOVEMBRE. 47
rables aux interefts de ce Sang qui vous
lie tousdeux . Or , on ne peut difconvenir
que la construction de la Profe telle
que la reprefente M. de Cambray , ne
foir ici trés régulierement obfervée ;
c'est ce que chacun peut juftifier par
foy- même , en examinant ces trois Vers
en détail , comme on a fait les deux
précedents. Veut-on à prefent faire de
la Poefie , de ces trois Vers qui ne
paroiffent que de la Profe rimée ? Il
ne faut que déplacer les deux derniers ,
mettre le fecond , celui qui eft le troifiéme
, & en ajuſtant le reste à ce dérangement
, faire dire ainfi .
J'efpere toutefois , Prince trop magnanime,
Qu'aux interefts du Sang qui vous unit
tous deux ,
Vous n'immolerez point les pleurs des
malheureux.
Je parle mal peut-être , en difant immoler
des pleurs , métaphore que je
ne crois pas bien réguliere ; mais ce
n'eft pas de quoi il eft ici queftion .
Il s'agit feulement du tour de la Phrafe
, qui de profaïque qu'elle êtoit, de43
LE MERCURE
-
vient poetique par le fecours de la
tranfpofition. En effet , qu'on fupprime
la rime dans ces Vers , & qu'on en
rompe la cadence , en difant. J'efpere
toutefois , Grand Prince , qu'aux interefts
du fang qui vous lie tous deux ,
vous nefacrifierez point les larmes des
miferables. On y trouve toujours un
goût de Vers , parce que la tranfpofition
y fubfifte toûjours , & donne à la
Phrafe un tour que la Profe n'admet
gueres.
Encore un exemple plus étendu &
tiré de la mefme Scene. C'est Xiphares
qui parle , & qui ayant fait entendre
à Monime , que fi Pharnace êtoit coupable
en l'aimant , il étoit fur ce point
là , plus criminel encore que Pharnace.
Fous? Lui dit Monime , avec un air de
furprife ; à quoi Xiphares répond ainfi .
Mettez ce malheur au rang des plus
funeftes ,
Atteftez , s'il le faut , les Puiffances :
Celeftes ,
Contre un fang malheureux , né pour
vous tourmenter ,
Pere , Enfans animez à vous perſecu
ter&c.
fans
DE NOVEMBRE.
49
Sans qu'il foit befoin de faire ici l'Anatomie
de ces quatre Vers , il n'y a perfonne
qui n'avoue , qu'on ne peut rien
voir de plus profaïque que la conftru-
&tion de cette Phrafe.
Atteftez , s'il le faut , les Puiffances
Célestes
Contre &c .
Rien de plus aifé cependant , que
de réformer cette Profe rimée , & de
la rendre poetique . Il ne faut pour cela
que tranfpofer l'ordre des Vers ; &
voici , ce me femble , comment on pourroit
s'y prendre , pour les rétablir , en
ajuftant d'ailleurs les Rimes , par rapport
à ce qui précéde & à ce qui fuit.
3. Contre un Sang malheureux , ně pour
vous tourmenter >
4. Peres, Enfans animez à vous perfécuter
,
2. Atteftez , s'il le faut , les Puiſſances
Célestes ,
1. Et mettezce malheur au rang des plus
funeftes.
J'ai chiffré ces quatre Vers felon l'or-
Novembre 1717.
E
50 LE MERCURE
dre qu'i's gardent dans l'Origin al . On
y trouvera un grand renverfement ; car,
je commence la Phrafe par les deux
Vers qui la finiffent dans Racine , & je
finis par celui qu'il met au commencement
:Mais ,letour poetique demande
cela , & toutes les perfonnes qui auront
quelque connoiffance de la Poefie, conviendront
, en comparant ces deux Phrafes
, que la derniere eft poetique , &
que celle de Racine ne l'eft pas . Cependant
, qu'y a-t-il de plus dans l'une
que dans l'autre ? Rien ; finon, qu'aulieu
que Xiphares chez Racine dit :
Atteftez les Puiffances Céleftes contre un
fang malheureux , & c. Je lui fais dire :
Contre un fang malheureux & c . Atteftés
les Puiffances Celeftes. C'est- à- dire, que
j'ufe de tranfpofition où il n'en ufe pas
& par ce feul fécret, je fais des Vers avec
les mêmes termes dont il ne fait que de
la Profe rimée.
Vous blâmez donc Racine, dira quetqu'un
, & vous vous croyez bon pour
lui faire fon procez ? Quelle préfomption
? Elle eft grande , j'en conviens ; &
cependant ,toute grande qu'elle eft , je
DE
NOVEMBRE.
ne la
defavouë pas. * Vous
manquez en
5.2
peu de chofes, dit Ciceron , en
appliquant
à Catoa ce paffage d'un Ancien ; mais ,
fi vous tombez enfaute , jefuis en droit
de vous reprendre. Je puis dire la même
chofe à l'égard de Racine .
Rarement
s'écarte-t-il des regles dans fa Poëfie ;
mais , lorfqu'il s'en écarte , je fuis en
droit de le relever ; & je le fais avec
d'autant plus de confiance , que c'eft à
lui même que je dois les lumieres à la
faveur
defquelles je découvre fes négligences
. C'eft chez lui en effet, plus que
chez aucun autre Poëte , que j'ai appris
combien l'ufage des
tranfpofitions êtoit
néceffaire, pour parvenir à cette fufpenfion
qui fait l'ame de la Poëfie , & qu'il
ménage fi habilement dans la fienne. Il
faudroit tranfcrire ici prefque toutes fes
piéces , fi je voulois rapporter tous les
exemples qu'on en peut tirer fur ce
point : Mais , comme je me fuis borné ,
dans cet examen, à la feule Tragédie de
Mithridate , je me contenterai d'en citer
une tirade de huit ou dix Vers de la
* Non multa peccas , inquit ille , fed fi
peccas , te regere poffum.
Cic. or. pro Murænâ.
Eij
52 LE
MERCURE
premiere page. C'eſt Xiphares qui parle,
& qui , aprés avoir annoncé en quatre
Vers à Arbate la mort de Mithridate ,
pourſuit ainsi.
Aprez un long combat , tout fon Camp
difperfé ,
Dans la foule des Morts en fuyant l'a
laiffé.
Etj'aifcû qu'un Soldat dans les mains
de Pompée
Avec fon Diademé à remis ſon Epée.
Ainfi ce Roy , quifeul a durant quaran
te ans
Laffé tout ce que Rome eut de Chefs im
portants ,
Et qui dans l'Orient balançant la fortune
,
Vengeoit de tousles Roys la querelle commune
,
Meurt , & laiffe aprez lui ,pour venger
fon trépas ,
Deuxfils infortunez qui ne s'accordent
pas.
Qu'on examine ces Vers , on n'en
trouvera gueres où il n'y ait quelque
tranfpofition & quelquefois deux plûtôt
qu'une. La Profe diroit. L'a laiffé
DE NOVEMBRE.
S3
dans lafoule des morts ... a remis fon Epée
avec fon Diadême dans les mains de
Pompée a laffe durant quarante ans ...
balançant la fortune dans l'Orient .
Vengeoit la querelle commune de tous les
Roys . La Poëfie au contraire dir : Dans la
fouledes morts l'a laiffé ... dans les mains
de Pompée avec fon Diademe a remis fon
Epée:Ce qui fait deux tranfpofitions.La
premiere , en ce qu'il y a , dans les mains
de Pompée aremis fonEpée. La feconde ,
en ce qu'au lieu de dire , a remis fon
Epée avec fon Diadéme, on met : Avec
fon Diademe a remis fon Epée. Et ainfi
des autres tranfpofitions qu'on peut juftifier
dans ce morceau , & qui fe trouvent
en affez grand nombre dans l'efpace
de fept Vers feulement. Voila quel
eft le ftile ordinaire de Racine dans fa
Poëfie , & s'il lui arrive quelquefois de
mollir & de s'écarter de la regle qu'il
fuit le plus fouvent , on doit regarder
eesfortes de libertez , comme des petites
négligences, dont les plus grands
Poëtes mêmes n'ont jamais efté totalement
exempts. Je crois qu'aprez cette
déclaration, perfonne ne trouvera mauvais
que je continue à relever ces négligences
légeres qui peuvent fervir à nous
A iij
$4
LE MERCURE
inftruire . C'eſt par là que les fautes mêmes
ou les imperfections de Grands.
Hommes,nous déviennent utiles..
Je n'ai jufqu'ici apporté d'exemples
que de plufieurs Vers joints enfemble
&l'on a pû voir ,comment en les déplaÇant
feulement, & mettant les premiers
ceux qui eftoient les derniers , on faifoit
des Vers , de ce qui n'eftoit auparavant
que de la profe rimée . J'ajoûte
à cela que la même chofe arrive à
l'égard des moitiez de Vers ou des hemiftiches
, où ce qui en Profe iroit le
´premier , doit marcher le dernier dans
la Poëfie, Qu'on dife par exemple .
Kondra-t-il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Le Vers n'eft point abfolument mauvais
; mais , la Profe ne parlera pas autrement.
Au lieu que dans la Poëfie , on
tranfpofe ces deux hemiftiches , comme
le fait Racine.
D'un Gendre fans appui voudra- t-il fe
charger ?
On dira peut. être , que la rime eft ce
qui a déterminé Racine à cette tranfpo-
* A&t. 3. Sc. 1 .
DE NOVEMBRE.
$5
fition . C'est ce qui peut bien arriver à
des Poëtes médiocres , mais , non pas
à un Poëte tel que Racine. Ses ouvrages
font affez foy , que la rime ne le
gouvernoit point.Non, que quelquefois
il ne fe difpenfe de cette tranfpofition
d'hemiftiches , & qu'il ne fuive à peu
prez l'allure de la Profe. Comme quand
il dit .
I Il faut qu'on joigne encor l'outrage
mes douleurs ,
...
2- L'Amour a peu de part à mes juftes
Soupçons.
Car , il eft certain qu'il eut efté plus
poëtique de dire.
Ilfaut qu'à mes douleurs on joigne encor
l'outrage ,
A mes juftes foupçons l'Amour a peu
de
part.
Mais , il faut confiderer qu'il y a des
occafions où cela eft corrigépar ce qui
précede ou par ce qui fuit , & où ces
inverfions trop multipliées pourroient
faire un mauvais effet . C'eft fur quoi
je m'expliquerai plus au long , en par
1 A&t . 2. Sc. 6.
2 Act . 4. Sc. 1. E iiij
+6 LE MERCURE
lant de l'ufage des tranfpofitions , &
de la maniere dont il faut les ménager.
Je me contenterai de faire voir ici par
un feul exemple, qu'un Vers qui confideré
feul , auroit l'allure de la Profe ,
dévient poëtique, quand il eft joint à un
autre ; & cela , par le moyen de la tranfpofition
commune qui les lie tous deux .
Suppofons donc le Vers que j'ay déja
cité un peu plus haut.
Voudra-t- il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Il eft fûr que ce Vers confideré feul
eft tout-à-fait dans le goût de la Profe
. Mais , joignons en un autre qui le
précede dans ce fens...Ce Prince qui
avoit de la peine à fe déclarer pour .
nous , dans le temps que la fortune
nous favorifoit le plus.
9
Lorfque tout l'Univers nous accable aujourd'hui
Vondra-t-ilfe charger d'un Gendre fans
appui?
Alors ,ce fecondVers qui pris tout feul,
paroiffoit Profe, devient véritablement
Vers , par la jonction du premier. Pourquoi
cela ? C'est qu'il s'y trouve de la
1
DE NOVEMBRE.
57
tranfpofition , & par confequent de la
fufpenfion ; car , dans l'ordre naturel ,
& tel que le demande le tour de la
Profe , il faudroit dire.
Vondra-t-il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Lorfque tout l'Univers nous accable an
jourd'hui.
Dans cette difpofition des deux Vers ,
on n'attend plus le fecond , qu'on ne
peut regarder que comme un traîneur
qui vient trop tard & après coup : Aulieu
qu'en commençant par ce fecond
Vers , comme je l'ay fait ci-devant , onprépare
l'efprit à l'autre Vers que celuici
fuppofe : Or , voilà la fufpenfion ,
& dés qu'il y a de la fufpenfion , le
tour eft poëtique.
Ainfi,quand j'examine un Vers en par
ticulier , & que je juge fi le tour en eft
poëtique ou non , je n'en juge qu'en
le confidérant à part , & fans rapport
à ce qui précede ou ce qui fuit : & je
disfur cela , que la Poëfie demande que
le premier hémistiche fuppofe toujours ,
autant qu'il fe pourra , celui qui doit
fuivre , & qu'il y prépare l'efprit du
58 LE MERCURE
Lecteur ; c'eft comme en ufe ordinai
rement Racine. Il ne dit point.
On m'y verra courir plus ardent qu'aucun
autre . . .
Pourquoi vous taifiez vous, avant que
partir ...
de
Preffer noftre départ ainfi que noftre hymen
Cette tournure ne vaudroit rien , parceque,
fi on y prend garde ; aprés le premier
hémiftiche de ces trois Vers , on
n'attend plus le fecond : Chacun de ces
premiers hémiftiches a un fens terminé
qui ne promet plus rien . Auffi , Racine
n'a - t- il eu garde de les conftruire de la
forte. Il a tranfporté ces hémiſtiches ,
& par là en là en a fait de trés bons Vers en
difant.
1. Plus ardent qu'aucun autre , on my
verra courir,
2. Avant que de partir , pourquoi vous
taifiez vous ?
3. Ainfi que noftre hymen preſſer noſtre
départ .
Mais , comme en êtabliffant la né-
1. Acte III. Sc. I.
2. Att . IV. Sc. 4.
3, Alte I. Sc. 30.
DE NOVEMBRE. 59%
ceffité des tranfpofitions , par rapport
à la fufpenfion dont elles font le principe
, j'ay fixé ces tranfpofitions à celles
qui font reçues dans la langue . Je
crois qu'il ne fera point hors de propos
d'examiner qui font celles qui fe pratiquent
en Vers , & que la langue autorife
; & qui font celles qu'elle n'y fouffre
pas.
Nous sommes obligez, de remettre au
mois prochain, la fuite de cette Differtation
qui contient un détail trés curieux
fur les tranfpofitions , & dont on ne fera
pas moins content que de ce qu'on a pû
Lire ici.
( DE ) W
LE DIVORCE
D'AMOUR ET D'HYME N'EE.
D
Par M. le GRAND.
' Où vient que le fils de Cipris
fait laniche au Dieu des Maris ?
Jadis l'Enfant plus débonnaire ,
Avec Hymen vivoit en frere :
Tous deuxfe tenans par le doigt ,
Logeoient deffous le même toit.
Enfemble ils faifoient leur négoce ;
L'un n'alloit fans l'autre à la noce.
60 LE MERCURE
Amourfe faifoit un honneur
D'eftre toujour'sfon Sémoneur : ·
Sans ceffe entr'eux mainte accolade ,
On eût dit d'Orefte & Pylade.
Ce n'est plus ainfi , ce dit - on ,
Quand il trompe fon Camarade ,
Amour croit gagner maint Pardon :
A-t-ilfi grand tort ? C'eftfelon :
Cupidon, qui rien ne médite
Qu'il n'acheve d'un coup de trait
En blefa Fortune & Mérite :
Tout fier du coup qu'il avoitfait ,
Là , difoit le Dieu de Cythere
ce ferachofe rare à voir ,
Fortune qui fait tant la fiere ,
Au Mérite chercher à plaire,
Eût-il jamais un tel eſpoir ?'
Il a beau la Nymphe Semondre ,
Elle ne daigne lui répondre ;
Il la fuit , & fon oeil fubtil
Onc ne la vit que de profil :
Il la verra d'autre maniere.
Je veux qu' Hymen de l'héritiere
Et du Galandfigne au Contract
Amour parla , s'il eût pû faire ,
Comme il difoit , ce Concordat ;
Onc il n'eût fait meilleure affaire :
Tous deux avoient maints dons de plaire.-
DE NOVEMBRE, 61
*
>
→
Par eftre beau , gentil Parleur
Mérite n'avoit fonfemblable
De fon Sexe c'étoit l'honneur.
Fortune êtoit jeune & paſſable ,
Riche furtout , c'eft le meilleur;
On en eût fait un couple aimable :
Mais , l'Infante avoit un Tuteur ,
Un oiy manquoit à leur affaire ;
Hymenfans lui ne veut rien faire.
Force fut donc que de fon coeur
L'Amant lui conta le mysterë ,
Qu'étoit fa chevance & fon bien ,
Qu'il n'avoit pour tout appanage .
Que bel efprit , doux entretiens
Chofe qu'en fait de Mariage ,
On compte fort fouvent pour rien.
Mérite en fit l'expérience ,
On méprifa fon éloquence ,
Son Sçavoir & tous fes talens :
Plus fortuné dans fa demande ,
Avant de la faire aux Parens ,
-S'il eût , ami de la Galande ,
Adroitement volé les Gands ;
D'un Hymen rendu néceffaire
Avec la bonne Ménagére ,
Nous verrions riches fes enfans.
Il s'en repent , Fortune fiere
l'en regarde encor de travers ;
Elie porta la folle enchere
962 LE MERCURE
De leurs myfteres découverts :
Le Tuteur lui chanta goguette ,
Lui fit fabbat fur le Galand ,
Puis au Couvent mit la Coquette
Pour prévenir tout accident.
Fortune en fut toute honteufe : "
Va va, difoit la foufreteufe ,
Mérite qui mas feu charmer
Pour ceffer d'eftre malheureuse ,
Je jure de ne plus t'aimer :
Ainfi promit & tint parole ;
Et cependant elle défole
Abbeffe , Nonne & Directeur ,
Tant queforce fut que la folle
S'en retourna chez fon Tuteur.
Le bon homme auffitôt rumine ,
Ouais , ce dit-il , nôtre Orpheline
Nous va donner bien du tintoüin :
Faut marier la Diablotine ;
Fille demande trop de foin.
La marier , non à fa mode ,
Afon Pimpant qu'elle aime encor ,
Prenons plûtôtfon antipode ;
Il eft plus laid qu'une Pagode ;
Mais riche , il eft comme un Milord :
Plutus vaut feul triple Mérite ,
Ja long-tems il nous follicine :
Faifons def- adonc les accords.
On dit : Parentelle s'affemble ,
DE NOVEMBRE. 6,3
Plutus entre & Trésors enſemble
Soucis foudain fortent dehors.
Vifage rit , pied cabriole ;
Fortune vient , Amant l'accole.
Tuteur commande , elle dit , oüy :
Auffitôt , voici Garde- Notte ,
Seigneur Hymen tout èjotty
Le couple on lie & l'on garotte.
Tandis Violon s'introduit ,
On danfe , on boit fanté de l'Hôtes
Compere à toi , ris n'y font fautes.
Ce fut plaifir , hors que la nuit
Prés le tendron tout côte à côte ,
L'Epoux ne fongea qu'à dormir :
Dormir? Eh quoi ! Pas autres chofes
L'Hymen a maint autre plaifir ?
Ouy, quand Amour en fait les clauses ,
Si l'on fait les noces fans lui,
Tantpis ; au lieu d'un lit de rofes
Hymen n'a qu'épine & qu'ennui.
Fortune enfit l'apprentissage ,
Tréfors rouloient dans fon ménage ,
Plaifir eftoit fon Intendant ,
,
2
Dieux des Cadeaux eftoient fes Pagès.
Chantoient Syrenes àfes gages :
Pourfa parure on payoit tant ,
Ceftoit on Bal , où Comédie .
Que lui manquoit ? Tout ; quoign'on die,
Sans un Mary Cythérien ,
64
LE MERCURE
Femelle est toujours mal lotie`:
Fortune auffi le difoit bien ,
>
Qu'elle avoit tout &n'avoit rien ;
C'eftoitfon mot : Mais , comment faire,
Quand Hymen nous tient fous fes Loix,
On abeau s'en mordre les doigts ;
Lavoilà qui s'en défefpere
On oit par tout fa trifte voix ;
Seroit-ce mal fait , difoit- elle ?
Dansla détreffe où je me vois :
Fiancée , encore Pucelle ,
De prendre parfois réconfort
Avec Amant jeune & fidelle.
Une Comere aimoit la belle
Qui lui dit , non , & pour renfort ,
Ajouta ;jefuis bien bonace ;
Mais , fi j'étois à vôtre place ,
Au lieu d'un feul , j'en aurois cent .
Le beau ragout ! Ma pauvre Enfant ,
Que vôtre Epoux, c'eft vôtre Pere ;
Laiffez-mei là ce vieux grifon ,
Roupiller feulfur le tifon ;
Galand , vous dis-je , eft vôtre affaire ,
Le confeil étoit falutaire :
Femme contre Mary qui dort ,
Voire aujourd'hui s'en fert encor.
Aces raifons de la Comere ,
La Nymphe prit foulagement ,
Puis alla s'aguymper pour plaire,
a
Prit
DE NOVEMBRE.
69
Prit bel atour , air fouriant ;
Difoit de l'oeil ,je ne fuis fière ,
Il y fait bon , entrez Galand.
Un lui falloit : Sous fa banniere
Vous en euffiez vû plas d'un cent.
Volontiers où fonne l'argent ,
Nichent Citoyens de Cythere :
Je fuis d'avis d'enfaire autant.
Parmi cet effain foûpirant
Un luiplût , lui conta fleurettes ;
Beaubras , bel ceil , aftre charmant .
Il l'emmiéla d'autres fornettes ;
Puis d'un baifer il lui timbra
La main , la jonë & catera.
L'Amant eftoit courtois , honnête ;
Mais quand fille ne dit, arrête ›
C'est impoli d'en rester là.
Ainfi ne fut ; Amour parla ::
Enfans , dit-il , prenez courage ,
De vos jeux un grand Dieu naitra.
Apeine il dit , qu' Amant ferra ,
Nymphe d'en rire, & Cocnage
Ace qu'on dit , naquit de là.
Vous euffiez ris à fa naifance ,
De voir d'en haut dégringoler
Troupes d'Amours entrer en danfe.
Plaifirs & Jeux fe rigoler ,
Trotter Cadeaux , flacons aller :
Amour crioit
Réjoüiſſance,
F
66 LE MERCURE
Nous faut fefter le nouveau Né;
Puis l'accolant , lui dit , bean Sire ,
O que tu naquis fortuné ,
Je vais te former , te conduire
An Throne qui t'eft deſtiné ;
Hymen envain voudra te nuire ,
Deffous tes Loix il fléchira ;
Tousfes Sujets , peu s'enfaudra ,
Compoferent ton vafte Empire ,
Maint de ton jougfe foucira :
Tel en mourra , tel en vivra.
Heureux, qui n'enfera que rire !
EPITRE
A M. L'ABBE DE C..
PAR MONSIEUR DE BEAUCHAMPS,
Auteur de la traduction en Vers françoisde
la premiere Lettre d'Héloïfe à
Abélard , qui a efté fit bien recûë
du Public .
P
"
Lus glorieux de ton fuffrage
Que des vains applaudiffements
De ces gens qui n'ont en partage
Que les vaftes égaremens.
DE NOVEMBRE. 67.
D'une verve outrée & peu fage,
J'appelle de leurs jugêmens,
Et préfére les agrémens
D'unfimple & galant badinage ,
Aux emphatiques ornemens
D'un brillant & pompeux ouvrage
Où la richeffe du langage
Tient la place des fentimens.
De ces Auteurs qu'on préconise ,
Tu n'admires point les Ecrits ;
Et la faftueuse forife
>
De ces Modernes beaux Efprits ,
Te paroit une marchandiſe
Qui neferajamais de mife
Que dans les Caffez de Paris .
Efclaves rampans de la Rime ,
Ils n'ofent fecouer fon jong.
La raifon n'eft pas de leur goûti
Et les mots feuls font leur fublime .
En vain par de tendres accens ,
On fait de la fimple Nature
Trager une vive peinture
Et dans des Vers remplis de fens ,
Eviter la fade parure.
Du merveilleux & de l'enflure,
Ce Vers tendres , intereffans
Leur femblent froids & languiffans
Il faut fe donner la torture ,
Pour leur arracher de l'encens.
Fij
38 LE MERCURE
Ils ont entravé le génie
Dans une bizare harmonie ,
Dont les Pedansfont éblouis.
Quelle fauffe délicateſſe !
Avoit-on plus de politeffe
Sous Augufte que fous Louis ?
Etoit-ce ainfi que les Tibulles ,
Les Ovides les Catulles
Peignoient leursfeux & leurs tourmens
Qu'auroient dit Corinne & Lefbie
De la froide galanterie-
Des Poëtes de notre tems ?.
Par un indigne Sacrilége ,
Ils ont défiguré l'Amour ;
Ofe-t-on produire à la Cour
Les termes enflez du College ?"
Cette affreufe contagion
Jufqu'à toi ne s'eft point gliffée ;
Ta Mufe polie & fenfée ,
Même au fort de la paſſion ,
Joint la force de la penfée
Aux charmes de l'expreffion .
Tes Vers font dictez par les Graces
Dans leur noble fimplicité,
On retrouve par tout les traces
Du bon goût de l'Antiquité.
Formé dans Anet par Chapelle
Farmi les Plaifirs & les Jeux.
Tu fcûs prendre de ton modelle ,
DE NOVEMBRE.
"
Le génie & les tours heureux..
Façon de penfer naturelle
Riche de fes propres attraits ,
Toujours vive , toujours nouvelle,
Brille dans tout ce que tu fais :
Sage difciple d'Epicure ,
Tunous prêches la volupté ;
Mais c'est une volupté pure ,
Dont le coeur n'eft point infecté..
Tu fais dans ta Philofophie
Puifer le bonheur de tes jours ;.
Contre les chagrins de la vie
Elle t'offre mille fecours :
A la douleur inacceffible ,
Tuportes par tout la gayeté;
Et d'un ftoicifme invincible
Tu conferves la fermeté :
Q que ta Morale eft flatenfe !
Du préjugé victorienfe ,
La vertu s'y montre à nos yeux
Tu nous la fais voir gracieuſe ,
Telle qu'autrefois nos Ayeux,
Dans les fiécles de l'innocence ,
La virent defcendre des Cieux ;
Lorfque foumis à fa puiffance ,
Ils converfcient avec les Dieux.
Que j'aime à la voir fans rudeffe
S'accommoder à ma foibleffe
Et ne point gêner mes défirs ,
70 LE MERCURE
Je ne connois d'autre Sageffe ,
Que la Sageffe des plaifirs..
( TX )
DUAD 運動
EPITAPHE
DE
DOGUIN GRI -
CHOU.
C
Y deffous gir Doguin Gri- chon ,
Grave & ferieux
Perfonnage ,
Qui mourut pourtant comme un fou
Pour une
Chienne de Village :
C'est peu de chose que le Sage .
DESCRIPTION
DE
L'ISLE DE
CEYLAN.
A M. DE M ***
Par M. B. D'A………
MONSIEUR ,
Je vous obéïs ; & vous me tiendrez
compte de cette obéïffance ,
quand vous fçaurez qu'elle interrompt
un filence & une inaction d'affez longue
durée ; furtout , quand il a fallu
DE NOVEM BRE. 7t
que
mettre la plume à la main. Vous jugez
bien l'oubli de la plupart des
chofes , & la perte de l'habitude du
ftile doivent naître néceffairement
d'une oifiveté fuivie : J'ai tâché de
remédier à tout cela par un travail
affez affidu.
Nous variâmés les matieres dans
nos converſations , à la Campagne de
nôtreAmi M. De . S. Les dernieres vous
parurent intéreffantes :Nous y parlâmes
des fingularitez de la Nature dans fes
Ouvrages , & de la maniere de vivre
des Peuples qui refpirent éloignez de
nous. Le Parallele de ces chofes êtrangéres
avec celles qui nous font familiéres
vous fit beaucoup de plaifir.
Je ne fçai pourquoi nous fîmes grande
mention des Indes & fur-tout de Ceylan
; mais enfin , il en refulta chez vous
une envie , d'avoir
écrit ce que je
par
vous avois dit de cette Iſle : Mon
amour propre fe fentit piqué de ce défir
; il l'emporta fur ma pareffe & fur
quelques autres raifons ; bref , je vous
donnai ma parole , & je vais la tenir.
>
J'ignore pourtant encore , fi je me
ferai acquitté ; & fi ce n'eft que j'ay
été trés fenfiblement touché de l'hon.72
LE MERCURE
neur d'une Requeste de vôtre part
J'ignore prefque pourquoi je me fuis
mis en êtat de vous donner plus que je
n'ai promis. Petit- être regretterés- vous.
les bornes étroites que vous m'aviez.
prefcrites ; & fi cela arrive , je fuis puni
par avance , puifque j'aurai le chagrin
de voir quelques veilles infrutucules
; & c'est un vrai fuplice pour
unhomme , qui n'habite pas un cabinet
volontiers . Quoiqu'il en foit, l'Ouvrage
a crû fous mes mains ; & j'ai êté
furpris de voir que ce qu'une Lettre.
devoit contenir , en remplit deux , qui
peut- être, feront doublement longues .
Un compte éxact de mes recherches.
& de leur emploi , nous inttruira de la.
caufe de ce détail . Je vous rendrai ce
fidele compte : Perfuadé , que dans l'êtat
où j'ai mis l'acquift de ma parole ,.
c'est un des points de mon engangement
; & que s'il ne fauve point dans
mon Ouvrage l'éxecution détaillée , il
en juftifiera du moins l'idée principale.-
-
J'ai voulu d'abord m'affortir dans
tous les genres de fingularitez , que.
peut fournir la maniere , dont vous fouhaitez
que foit dêcrite une Contrée ,
auffi- bien affortie que l'eft l'ile de
Ceylan.
DE NOVEMBRE. 73
•
Ceylan. Cela n'a pû que produire une
affez grande abondance de faits , dont le
nombre m'a paru mériter de la méthode
dans l'arrangement. J'ai conçû , que
le tout pouvoit être embraffé dans le
cercle de quelques idées générales , qui
fe fubdiviferoient naturellement en
d'autres idées particulieres;& qu'aprés,
il me refteroit à digérer mes recherches .
J'avoue de bonnefoy , que dans l'exécution,
je n'ai pas volontiers obmis des
faits queje m'eftois donné la peine d'êcrire
; & que quand j'ai tant fait que
d'en retrancher quelqu'uns , qui me..
fembloient abfolument froids & inutiles ,
je me fuis racquité par d'autres ,
dont le fuccés & le mérite me paroif.
foit équivoque. Ces petits travaux fucceffifs
ont donné à quelques Mémoires
, l'air d'Ouvrage compler. Vous
jugez bien , Monfieur ; qu'alors , il a
fallu amener néceffairement les faits .
finguliers fuivant l'ordre le plus ordinaire
, & les coudre le plus fouvent par
d'autres faits , la plupart indifpenfa
bles ; mais , beaucoup moins particuliers
à ce que je me fuis propofé de
décrire. Il n'eft pas poffible , que ces
derniers faits foient aufli amufans
Novembre 1717. G
74 LE MERCURE
que les autres ; puifque rien n'eft
extraordinairement faillant, qu'aux dépens
de ce qui l'accompagne . Mais ,
lorfqu'on parle de Rélations & de Voyages
à la plupart des gens , il ne leur
fautpas
pas moins que des prodiges à cha
que pas qu'ils font dans les Païs , dont
l'éloignement a frapé leur imagination :
Auffi , voyent-ils fouvent des merveil
les , quand l'Homme d'efprit ne découvre
dans les chofes , que la route de la
Nature la plus commune & la plus
frayée.
Je finis cette espece de Préface par
la derniere raiſon , qui a déterminé une
certaine étendue méthodique & affortie
, à ce qui devoit fe borner à quelques
faits ifolez , travaillez fans intention
principale , qui leur affignât un ordre
fixe , & qui les accompagnât indifpenfablement
d'autres faits .
Le goût fçavant que vous avez pour
la Géographie , vous a mécontenté
fur tous ces Livres qui prétendent l'enfeigner
: Le plus grand nombre a fes
défauts marquez , & tous en général
font arides & négligez . 11 feroit d'ailleurs
à fouhaiter , que tous les Voyageurs
reffemblaffent à quelques - uns
DE NOVEMBRE.
75
d'entr'eux que vous connoiffez fort :
La plupart font ignorans ; & comme
tout les a frapé indiſtinctement , il n'eft
pas étonnant qu'ils en impofent , puifqu'ils
ne peuvent rendre que leurs idées
que le préjugé a fait naître , & que les
tenebres de l'efprit ont entretenues.
Vous m'avez fouvent paru défirer le
remede à ce mal ; c'eft- à- dire , une
méthode differtée , qui debita des faits
circonftanciés , & qui mit fous les yeux
une connoiffance fi fort à la mode . Vous
l'avez defiré comm'un Homme éclairé.
"Sur -la communication de vos idées , &
fur quelques études affez particulieres ,
j'ai fenti qu'on pourroit épargner la
lecture de tant deLivres en toutes Lan-
"gues ; & qu'un Sçavant compilateur
avec du goût , pourroit rendre par là
un fervice trés êtendus puifqu'il eft certain
, que le mérite d'acquifition êrabliroit
, ce que les lumieres de l'efprit
placeroient dans un jour avantageux
.
il me femble que la Géographie acquereroit
de nouveaux Amateurs . Elle déviendroit
propre à l'Ignorant comm'au
Sçavant Elle fauveroit un Homme
oifif de l'ennui , & délafferoit fouvent
celui qu'un travail trop affidu paroif-
Gij
76 LE MERCURE
foit avoir rendu peu capable d'aucune
application. Mais , quel profit pour le
Philofophe La Phyfique y trouveroit
les fécrets de la Nature & fes ouvrages
les plus rares : LeMéta - Phyficien
dans les moeurs des Peuples , liroit des
exemples qui aideroient à la fpéculation
, ou qui la réformeroient dans
les principes & dans les confequences.
Et puifque cela fourniroit néceffairement
, un fi grand nombre de Portraits
divers de ce que nous fommes , fuivant
les différens accidens des tems &
des lieux ; je ne fçai , fi ce ne feroit
pas le plus für moyen , de parvenir à
connoître l'histoire de l'efprit & du
coeur humain.
>
Aprés tout ce que je viens de dire ,
me conviendra- t-il de vous avouër
que j'ai fouhaité de fournir un échantillon
de ceque vous avez projetté? J'ai
travaillé , Monfieur , fans être muni
d'aucune des parties de ce mérite compofé
que la matiere demande. Je n'ai
û que celui de fouhaiter ardemment
l'exécution de quelques idées affez réflechies
; & lorfque ce défir a produit
quelqu'effai de ma part , je l'ai fait pour
quelques amis , qui m'en ont dit leur
DE NOVEMBRE. 77
avis d'autant plus volontiers , qu'ils
ont reconnu de la difpofition à les rece
voir. Je compte fur cette faveur ; &
c'eft à ce prix que je vais commencer.
Je citerai mes authorités avant toutes
chofes .
Des Rélateurs & des Hiftoriens qui
ont parlé de Ceylan.
L'Ile de Ceylan eft mentionnée
dans les Defcriptions générales de l'Afie
, telles qu'eft celle de George Fournier;
& dans les Defcriptions particulieres
des Indes , telles que font celles
de Louis Godefroy, du P. Maffée , & de
tant d'autres qu'on nous a données en
toutes Langues. Les Nations de nôtre
Couchant qui courent les Mers , l'ont
décrite , foit en tout , foit en partie . Les
Anglois- & les Hollandois ont fourni
des Rélations détaillées de leurs grands
& fréquens Voyages dans les Indes :
Outre ceux qu'on a récueillis , nous
avons les Navigations de Spielberg , de
VVibrand-van- VVaervvijek, de Val.
ter- Scultzen , & de tant d'autres : Je
n'obmetrai pas ceux qu'on nous a données
en nôtre Langue ; & ce qui fe trou-
Giij
78
LE MERCURE
ve dans les Recuëils de Ramufio , de
Parchas , de Hackluft , & de M. The
venot.
Mais , les Portugais ont, je croi , plus
êcrit qu'aucuns autres ; je parlerai de
ceux qui ont fait plus ample mention
de Ceylan , que des autres parties des
Indes Orientales. Nous avons les Décades
de Joan de Barros , traduit en
Italien par Ulloa ; celles de Joan Lavanha
, de Diego de Conto , d'Antonio
Bocarro : L'Hiftoire des Indes , les Con--
quêtes & les Découvertes des Portugais
ont efté données par Antonio de San-
Roman , Alonfo de Alburquerque ; &.
fut tout par Lopez de Caftanheda , traduit
en Italien par le même Ulloa , &
en François par Gron. La vie de Conftantin
de Saa , fameux Capitaine Portugais
, eft écrite en Efpagnol par fon
fils Rodriguez de Saa & Ménéfez . Jean
Ribeyro préfenta fon Hiftoire de Ceylan
au Roy de Portugal , l'an 1685. Il
y décrit fort en détail les guerres que
les Portugais eurent à foutenir , pour
s'êtablir dans l'Ifle , & celle qui les en
a chaffés : M. l'Abbé le Grand donna
u Public la Traduction de Ribeyro
n 1701 avec des augmentations confidéDE
NOVEMBRE. 79
rables. Il s'eft fervi de plufieurs Mémoires
MSS.; de la Rélation de Philippe
Botelho Ceylanois , de l'Hiftoire
de Gafpard Correa , des Journaux de
Damien Vieira Jeſuite , & de la continuation
de la Décade de Diego de Couto
par le Bocarro , dont le MS . eft à
la Biblioteque du Roy. Texeira , l'Hitoire
de Philippe Balde , & les Mémoires
du Jefuite anonyme fourniffent des
lumieres pour la Defcription de l'Ifle de
Ceylan. Mais , ce qu'il y a de plus détaillé
, eft la Rélation de Robert Knox
Anglois , donnée à Londres en 1631 ,
traduite en François & imprimée avec
des Figures à Lyon en 1693.
Il y a une Carte de l'Ile de Ceylan
en tête de ce Livre . Cette Carte a eſté
la meilleure qu'ait eu le Public jufqu'en
1701. que M. de l'Ile donna la
fienne, pour préceder la Traduction de
Ribeyro:Elle a efté dreffée ſur un grand
nombre de Plans & de Mémoires
MS S. que la Hollande & M. de Guenegaud
fournirent obligeament à l'Auteur
:Elle a le caractére & le merite de
tous les Ouvrages qui font fortis dū
cabinet de ce Sçavant ; mais , ce qu'elle
à de particulier , c'eft le merite d'un
Giiij
80 LE MERCURE
trés grand détail dans un Païs fi éloigné..
Voila , Monfieur , le plus grand nombre
de ceux qui ont parlé de Ceylan.
Je me fuis fervi de la plupart de ces
Auteurs . J'ai û grand foin d'examiner
dans la foule , ceux qui avoient eſté
le plus en êtat de s'inftruire & je leur ai
donné la préférence , lorfqu'il a fallu
compiler des faits. Si j'ai quelque
merite , c'est celui du choix & de l'ordonnance.
J'ai fubdivifé chaque partie
en plufieurs articles . Je vous envoye
les deux prémieres , qui vous entretiendront
de la defcription générale duPaïs ,
& des productions de la Terre Le
portrait des Habitans & l'Hiftoire de
Ceylan , feront le fujer de la troifiéme
& de la quatriéme ; vous les aurez au
prémier ordinaire.
DESCRIPTION GENERALE
DE L'ISLE DE CEYLA N.
I. Defcription du Païs.
II. Qualité du Païs .
III. Villes principales.
Je ne crois pas qu'il foit néceffaire
DE NOVEMBRE.
1
8
de deffigner ici la figure de l'Ile de
Ceylan , de détailler fa fituation à
l'égard des Etats voifins , & celle de
Les Provinces entr'elles ; de nommer les
Villes de chacune de ces Provinces ,
de fuivre le cours des Rivieres , de
parcourir les Montagnes & les Plaines :
Toutes ces chofes font préciſement le
devoir d'une bonne Carte de Géographie
, qui s'en acquite toûjours mieux
que la Defcription la plus détaillée ::
Auffi , je ne dirai gueres que les chofes
qu'elle ne peut décrire.
I..
Les Cartes de Mrs Samfon & les
nouvelles obfervations de l'Académie.
Royale des Sciences , font à peu prés
d'accord fur la Latitude de Ceylan ;
la Longitude des uns & des autres differe
confidérablement : Je parlerai de
la fituation de Ceylan , fuivant l'avis
des prémiers , pour m'en tenir cependant
aux nouvelles Découvertes af
tronomiques , dont M. de l'Ifle a fait
ufage le premier. L'Ifle de Ceylan s'etend
depuis le fixiéme dégré de Latitude
Septentrionale jufqu'au dixième ..
82 LE MERCURE
On prend ici fa longueur , depuis la
Pagode de TanaWaré , jufqu'à la Poinre
das Pedras , diftante de quatrevingt
lieues de France , à vingt au dégré.
C'est une erreur dans les anciennes
Cartes , de la placer au cent dixfeptiéme
& au cent vingtiéme degré
de Longitude ; quand elle n'eft qu'entre
le quatre- vingt dix- feptiéme degré
vingt- cinq minutes & le centiéme degre
: Sa largeur la plus étenduë d'Eft
en Ouelt , eft de cinquante lieuës , de
Columbo à la Pagode de Trincoly: Elle
a plus de deux cent lieues de tour.
Elle eft à cinquante lieues à l'Eft du Cap
Comorin ; & la Mer fait entre la cô
te de la Pêcherie & Ceylan , un Détroit
qui fe rétrécit au Nord de l'Ifle.
On dit que cette Ifle a fept Royaumes
; & je n'en fuis pas furpris , puifque
fur les côtes des Indes , chaque
petit Païs a fouvent fon Roy particulier
, comme nous le voyons dans le
Malabar & dans les Ifles de l'Orient.
Mais , pour donner une idée plus diftincte
de la domination de Ceylan , je
dirai , que deux Puiffances la partagent
: Les Hollandois poffedent pref
que toutes les côtes , & le Roy de CanDE
NOVEMBRE. 83
dy eft maître de l'interieur du Païs.
Tout obeit dans l'Ifle à l'une ou à l'autre
de ces deux Puiffances. Il n'y a que
les Bedas, Peuple fauvage , qui n'en reconnoiffent
point l'auctorité : Le petit
Pays qu'ils habitent eft au Nord de
l'Ifle ; ils confinent à la Mer , & leur
côte regarde le Nord- Est .
Les Etats du Roy de Candy s'êrendent
du Nord- Oüeft au Sud-Eft , & par
ces deux côtez, il attint la Mer : La Do
mination des Hollandois le referre du
côté du Nord, de l'Eſt , & du Sud - Oüeft;
&par- là, ils font Maîtres de prefque
tout ce qui eft maritime. Le Royaume
de Candy & la Principauté d'Ouva font
divifées en grandes & en petites parties
; celles -là répondent à nos Provin
ces , & celles -ci répondent à nos Baillages
, qu'ils appellent Corlas , &.
qu'ils féparent par de grands Bois qui
leur fervent de fortifications. On compte
jufqu'à trente deux principales Provinces
; dans chacune defquelles , il y
a des Villes , des: Châteaux , des
Bourgs , & des Villages : Tout ce Pays
eft habité par les Chingulais , Peuples
originaires de l'Ifle .
4
Les Hollandois commandent au refte
$4 LE MERCURE
de l'Iflè , & cette êtendue en emporte
bien la moitié ; ce qu'ils poffedent n'eft
pas continu. L'ancien Royaume de Cota,
qu'ils ont appellé le Pays de la Canelle,
eit Sud- Ouest & Sud- Oüeft : Ils font
Maîtres par là de plus de 70 lieuës
de côtes , & ont foûmis les Chingulais
jufques dansle coeur du Pays . Ils occupent-
là, 27 Provinces ou Corlas : Ils ont
des Places fortes fur le Rivage , & des
Châteaux-dans l'interieur du Pays . Ils
confinent à la Principauté d'Ouva , &
aux Bedas à l'Eft de l'Ifle , par la poffeffion
de trois Provinces maritimes.
Enfin , les Malabars font leurs Vaffaux
chez les Vanias , dans le Royaume deJafanapatan
au Nord de l'lfle ; & dans les
Ifles voifines , à l'Eft de la Côte de Coromandel.
II.
Comme l'Ile de Ceylan eft la clef
des Indes , il femble que l'Auteur de la
Nature ait prit plaifir à l'enrichir des
plus rares Tréfors de la Terre & à la
placer fous le plus heureux Climat du
Monde . C'eft cependant , ce que l'on
ne peut dire fans exception : Puifque,
malgré la température du Ciel , les
DE NOVEMBRE 85
Farties Septentrionales , & fur-tout le
Royaume de Jafanapatan , reſpirent un
air affez mal -fain ; & que tous les Cantons
de l'Ifle ne font pas également fertiles
& différent par la fituation.
Le Païs eft le plus fouvent montagneux
: L'Ouva , les Parties du Septentrion
& quelques Provinces Maritinies
de l'Eft , font ce qu'il y a de plus
uni dans Ceylan. Le Royaume de Candy
eft fortifié par la Nature : Dés qu'on
y entre , on va toûjours en montant , &
l'on ne trouve que de hautes & grandes
Montagnes couvertes de Bos , qui'
font trés épais dans toute l'Ifle , fi l'ont
en excepte l'Ouva & quelques Contrées
de la Partie Orientale . L'accés,
de ces Montagnes n'eft pas aifé : Les
chemins - mêmes. >
quoiqu'en grande
quantité , y font fi étroits , qu'un Voyageur
les prendroit plûtôt pour des défilez
, que pour des Routes publiques :
Ces fentiers dans les Rochers , que nous
apellons Cols & Ports , font deffendus
par des Barriéres d'épines , & par les
Habitans des lieux voifins , qui font
armez du nom du Roy , avec lequel ils
fe font obéir . Cette fituation élevée
donne au Souverain du Pais , le Titre
186
LE MERCURE
de Roy de Candy- Uda , ou de Roy fur
le haut des Montagnes.
La plus élevée de ces Montagnes eft fi
fameufe , que je ne puis m'empêcher
d'en faire ici une deſcription détaillée.
Elle fépare les Etats de Candy vers le
Midy , d'avec la Domination des Hollandois
: Les Chingulais l'apellent Hamalel
, les Européens Pic , à caufe que
La partie la plus élevée eft de figure
piramidale. Je dirai ce que j'en ai trouvé
dans Ribeyro qui en parle plus
qu'aucun autre.
de
,
Le Pic d'Adam eft à 25 lieues de la
Mer , & les Matelots le voyent encore
25 lieues en Mer : Il en a deux de
hauteur ; & avant que d'arriver à ſa
Cime , on trouve une grande Plaine
fort agréable , arrofée de plufieurs Ruiffeaux
qui tombent de la Montagne
couverte d'Arbres , & entrecoupée
de belles Vallées. Les Gentils y viennent
fouvent en Pelerinage & ne manquent
pas de s'y baigner , d'y laver
leurs linges & leurs habits , êtant perfuadez
qu'ils effacent par- là tous leurs
pechez. Ces Superftitions faites , ils
grimpent jufqu'au haut de la Montagne
par des chaînes de fer qu'on y a attaDE
NOVEMBRE. 87
2
chées ; fans quoi , il feroit impoffible
d'y monter , tant elle eft efcarpée , depuis
la Plaine jufqu'à la Cime : Le chemin
eft environ d'un bon quart de lieuë.
Sur ce Sommer eft une belle Place
toute ronde de deux cent pas de diamétre
, & au milieu de la Plaine, eft un
Lac trés profond , de la meilleure eau
qu'on puiffe boire . Près du Lac, eft une
Table de pierre , fur laquelle eft l'empreinte
d'un pied humain Gigantefque
longue de deux palmes & large de huit
doigts Elle eft fi bien gravée , que
quand elle feroit fur de la cire , elle ne
pourroit pas l'être mieux. Tous les Gentils
y ont une grande dévotion , & de
tous côtez vont en Pelerinage à cette
Table ; foit pour la voir & lui rendre
leur culte , foit pour accomplir quelques,
Veux. On a planté autour de cette
Pierre quelques Arbres : A gauche,
font quelques maifons de terre & de
bois , où fe retirent les Pelerins ; & à
main droite et une Pagode ; & tout
près , la Maiſon d'un Chantagar ou Prêtre
qui eft là , pour recevoir les offrandes
qu'on y apporte , & pour conter
aux Pelerins les Miracles qui fe font
faits en ce lieu- là , les Graces & les In83
LE MERCURE
dulgences qui leur font accordées ; &
enfin pour faire valoir l'antiquité & la
fainteté de cette Pierre , en perfuadant
à tous ces Gentils , que c'eſt- là l'empreinte
du Pied de notre premier Pere.
Mais, ce n'eft pas là le plus grand mérite
du Pic d'Adam. Cette vaite Montagne
contient dans fes flancs des réfervoirs
d'eau , qui en fourniffent prefque
toute l'Ifle : Les ruiffeaux qui tombent
de fon fommet, forment , êtant réunis
, les trois plus grandes Riviéres qui
arrofent Ceylan , & qui font croître le
Ris : La Movvilganga eft trés large &
trés profonde ; les autres prennent le
nom des lieux qu'elles parcourent : Les
Rochers les rendent impraticables pour
la Navigation commode & marchande
; mais , elles abondent en Poiffon.
J'ai dit que la qualite du Païs différoit
dans l'étendue de l'Ifle. Les Vallées
que
renferment les Montagnes ,
font d'ordinaire marécageufes , & arrofées
la plupart de belles fources :
Ces Vallées font eftimées eftre le meilleur
Terroir parce que leurs grains
demandent beaucoup d'humidité ; &
telles font les Provinces Méridionalles ,
en tirant vers le Midi , qui ne font que
de
DE NOVEMBRE.
de fertiles côteaux , que les eaux parcourent
avec abondance . Mais , voici
ce qu'il y a de particulier à Ceylan .
Quand les Vents d'Oüeit fouflent ,
les Parties Occidentalles ont de la
pluye , & c'eft là le tems de remuer &
de travailler la Terre ; cependant , ce
qui eft exposé à l'Eft , jouit d'un tems
beau & fec , & c'eft alors qu'on y fait
lá Moiffon : Au contraire , quand les
Vents d'Orient regnent , on laboure les
Parties Orientales de l'Ifle , & on recueille
les grains dans la Partie qu
voit l'Occident. Les pluyes d'un côté
& la féchereffe de l'autre , fe partagent
d'ordinaire au milieu de l'Ifle ; & la
Montagne de Canrahing qui la fepare ,
eft féche & humide en mefme tems ,
fans que cette différence foit légére .
Il pleut beaucoup d'avantage fur les
Terres hautes de Candi- Uda , quefur
celles qui font audeffous des Montagnes.
La partie Septentrionnale de
I'Ifle n'eft pas fujette à la même humidité
: La féchereffe y eft quelquefois
trés longue , & alors on n'y peut labourer
, faute d'eau , car , il n'y a dans
cette eſpace de terre que trois fources ,
& on ne compte d'ailleurs que fur les
Novembre 1717. H
go LE MERCURE
pluïes ; il eft même difficile d'y creufer
des puits affez profonds pour en tirer
de l'eau , qui garde toûjours une
acrimonie alterante qu'elle a pris dans
les entrailles de la Terre .
III.
Cette qualité de Terroir variée &
plus ou moins bonne , a peuplé le Pays
differemment. L'Ifle de Ceylan eft plus .
habitée vers le milieu , que fur les côtes
Nord-Est & Nord-Oüeft ; elle a
des Déferts en allant chez les Malabares.
Les veftiges de plufieurs Villes ruinées
nous annoncent , ce me femble ,
que ce Païs a efté plus garni qu'il ne
l'eft. Ces Villes portent encore leurs
anciens & premiers noms , fi nous en
croyons les infulaires , & ont efté habitées
par des Rois ..
Les plus magnifiques de ces, Ruines :
font au Nord des Etats du Roy ' de
Candy: La Contrée des environs eft déferte
, & comme c'eft une frontiere,
fait garde. Quatre vingt dix Rois
ont fait leur demeure dans Anurodghurro
, à ce que prétendent les Indiens ,
& c'eft de là même qu'elle a pris fon
on y
DE NOVEMBRE.
nom : Je ne fçay pourquoi l'Auteur de
la vie de Conftantin de Saa l'appelle
Amarajapure. Quoiqu'il en foit, rien de
plus fameux dans les Chroniques & dans
les Romances des Chingulais , qué ces
reftes de leur ancienne magnificence.
Come nous ne connoiffons prefque point
d'autres Ouvrages confidérables , que
ceux que les Romains nous ont laiffez ;
on veutque lesTemples & lesPalais ,dont
on voit encore de grands monumens ,
foient de la façon deces Maîtres du monde,
& qu'ils ayent efté bâtis depuis l'Empereur
Claude. D'autres croyent auffi
vrai-femblablement, que ces Ouvrages
font d'Alexandre le Grand. Mais , puifque
les Egyptiens ont partagé avec les
Grecs & les Romains , l'honneur d'avoir
connu le bon goût dans les Arts &
dans les Sçierces , je ne vois pas pourquoi
on veut ôter aux Indes le même
privilege . Je pense que quelque :
Prince plus ancien que le Conquerant
de 'Empire des Perfés , a pû élever de :
fuperbes Edifices dans FOrient , qui
peut- eftre a dégéneré. Cette Ville avoit
un Palais orné de feize cent Colonnes
d'un marbre trés fin & d'un travail
merveilleux ; un Temple fuperbe , qui
92 LE MERCURE
contenoit trois cent foixante & fix Pa
godes , dont il y en avoit vingt quatre
d'une grandeur extraordinaire , conftruits
d'une pierre trés belle & trés rare :
Cenombre de Pagodes répondoit à celui
des jours , ce qui feroit voir que
ceux qui l'ont bâtie , avoient l'année
folaire à peu prés comme nous. Auprés
de ce Temple , eftoient des étangs qui
recevoient l'Eau par des Aqueducs ; on
défféchoit ces Refervoirs & on les rempliffoit
d'Eau fuivant le befoin. Prés de
cette Ville , eft une Riviere , fur les
bords delaquelle fe voyent
quantité de pierres toutes taillées,
& quantité de ces pierres font propres
à faire des colonnes : Il
ya eu fur cette Riviere trois Ponts de
pierre , chofe maintenant prefqu'inoüie
chez les Chingulais ; ils étoient apuyez
au lieu de Pilotis fur des piliers
de pierre.
encore:
On ruina dans le dernier fiécle la fameufe
Ville de Cota , où les Empereurs
de ce nom avoient fait réfidence pendant
grand nombre d'années ; mais, à
peine peut- on découvrir les veftiges de
leur Palais parmi les broffailles &
les bois La Ville eftoit affife au miDE
NOVEMBRE.
Hieu d'un Lac ; on n'y arrivoit que par
une Chauffée affés longue & affés étroi--
te , & c'eft de ces Ruines que l'on a
bâti Columbo ..
:
Il y a encore cinq Villes dans Ceylan
, où le Roy du Païs a des Palais .
Candy eft la premiere de ces Villes.
Elle eft fituée dans les Montagnes ::
Les Originaires du Païs l'appellent
en leur Langue , la Ville du Peuple.
Chingulay Hingodagul- Neure Les
Corlas voifins font beaucoup plus penplés
que les autres , & leurs Habitáns
font regardés comme les principaux de.
l'Ifle ; fon affiéte eft avantageufe , puif
que toutes les richeffes y peuvent aborder
par le moyen de la grande Riviere
, qui paffe à un quart de lieuë :
Elle eft de figure triangulaire ; & à la
pointe de l'Eft , eft bâti , felon la coûtume
, le Palais du Roy : Elle n'eſt
point fortifiée , mais , toutes les Avenues
en font gardées. Les Portugais
l'ont brûlée plufieurs fois dans leurs
incurfions.
Nellemby- Neure.
Allout Neure , est environnée de
grandes Forêts , habitées par des
Peuples qui tiennent beaucoup des
94 LE MERCURE
Bedas , dont ils font voifins ,
Badoula , que les Portugais ont brus
lée jufqu'aux fondemens..
Digligy- Neure . Le Païs des environs
eft plein de Montagnes& de Rochers ; le
Terroir eft fterile , & c'eft le plus mauvais
Canton de l'ffle : Elle: eft au coeur
du Royaume de Candy , & le Souverain
a derriere fon Palais une retraite affùrée
; c'eft la haute Montagne de Gauluda
, qui produit affez de grains , pour
entretenir les Garnifons de trois Forts
qui y font bâtis ; elle eft efcarpée de
tous côtez.; des Rochers , des Bois &
des Précipices la deffendent fi bien ,
qu'une poignée de monde y peut tenir
contre une grande Armée .
-
-
Ce font là les grandes Villes de
l'interieur du Païs. Pour ce qui eft des
Bourgs & des Villages , les meilleurs
font ceux que les Peuples ont confacrés
à leurs Idoles , & dans lefquels ils leur
ont dédié des Devvals ou des Temples.
Mais en général , ils ne fongent
point à tirer des rues au cordeau nyà
bâtir leurs Maifons les unes auprés les
autres , ou avec quelque regularité :
Chaque famille vit en fon particulier
dans une maifon , au tour de laquelle
DE NOVEMBRE. 951
il y a le plus fouvent une haye & un
foffe , à caufe de leurs Beftiaux. Leurs
Villages ne font pas grands ; il y en a
qui ont jufqu'à cent maifons , & d'autres
n'en ont que huit ou dix.
Les Villes Maritimes fout fituées .
aux meilleurs abordages. On ne peut
pas dire cependant que les Côtes de
Ceylan foient avantageufes. Celles de
l'Eft font d'ordinaire baffes , & les Vaiffeaux
y font fans abri : Celles du Midy
font hériffées de Rochers ; la Mer
voifine y eft garnie de Bancs , qui rendent
la Rade de difficile abord & lemoüillage
peu für ; les gros Bâtimens
courent rifque de ne point trouver de
fond.En général cette Île a peu de bons
·Ports.
LeRoy de Candy n'a qu'un petit nombre
de Fortereffes fur la Côte : Les par--
ties Orientales de fes Etats fe fourniffent
de fel à Leavvavva , & celles du
Couchant à Portaloon ; feul Port , à la
faveur du quel il entretient quelque ·
commerce avec les Etrangers fes voifins.
Les Hollandois l'environnent par un
affez grand nombre de Places. Je ne
parlerai que des principales , fans mêt
96
LE
MERCURE
me nommer les autres . Voici celles
qu'ils poffedent à l'Eft & au Sud.
Columbo n'eftoit d'abord qu'une Loge
qu'on avoit pallifladée : Peu aprés
on s'eft etendu ; on a bâti un petit Fort ,
& dans la fuite on y a fait une Ville
trés jolie & trés agréable , environnés
de douze Baſtions , & ayant une Place
d'Armes ; un Lac ferme du côté de
la terre un tiers de la Ville . Elle eft fituée
dans un terrain trés mauvais ; la
Baye eft petite , peu capable de contenir
de gros Vaiffeaux , & expoſée à de
trés grands coups de Vent : Malgré toutes
ces incommoditez , elle eft la plus
confiderable Ville que les Portugais
ayent poffédée, & que les Hollandois
poffedent encore dans l'Ile de Ceylan
; parce qu'elle eft fituée dans un
Quartier, où croît la meilleure Canelle .
Ses derniers Maîtres la prirent au mois
de May de l'année 1656 ; & pour la fortifier
à la moderne , la diminuerent
prefque de moitié . Ribeyro en fait une
ample defcription
Ponto de Galle fut prife par les Hollandois
en 1640 , & elle a efté long - tems
la meilleure Place qu'ils euffent dans
Ceylan:La Fortereffe eft fur une pointe
de .
DE NOVEMBRE.
3
de terre que la Mer baigne du côté
du Nord : Elle eft entourrée d'un foffé
& debonnes murailles , flanquées de
Baftions . La fituation eft plus avantâgeufe
que celle de Columbo , & la Baye
meilleure .
Calituré & Negombo font deux petites
Fortereffes : Calituré eft dans la
plus agréable fituation du monde , à
l'extrêmité d'une belle Prairie , & fur
l'embouchure d'une Riviére .
Batécals & Trinquilimalé font à l'Eft
de Ceylan : Ce font les deux meilleurs
Ports & les plus confidérables de toute
l'Ifle. Ce fut à Batécalo que les Hollandois
abordérent en 1601 & 1602 :
Les Portugais ayant reconnu l'importance
de ces deux Ports , réfolurent d'y
bâtir quelques Fortereffes , pour boucher
tout commerce entre les Nations
Etrangères & le Roy de Candy.
Parlons du Nord de Ceylan. Jafanapatan
eft un quarré , ayant quatre Ba- ટ
ftions & quatre demie- Lunes ; avec un
Fort qui commande la Barre du Port
C'étoit la réfidence ordinaire du Capitaine
général Portugais .
La Fortereffe de l'Ile de Manar eft
petite ; mais , fa Jurifdiction eft fort e-
Novembre 1717. I
98 LE MERCURE
tendue dans Ceylan . Conftantin de
Bragance paffa dans cette Ifle en 1560 ,
pour vanger la mort des Chrêtiens , &
y porta le fer & le feu : Les Hollandois
s'en rendirent les maîtres en 1558. Elle
eft très peuplée : Elle eftoit autrefois
fameufe par la pêche des Perles ; mais
préfentement , les Huîtres retirées ſe
pêchent mieux vers Tutucorin.
Jafanapatan eft voifin de plufieurs Ifles.
L'Ille Das- Cabras a long- tems manqué
d'Eau douce ; ce qui empêchoit qu'on
T'habitat : Mais , la Foudre a ouvert
plufieurs Rochers qui fourniffent de
Î'Eau avec abondance : On tient que les
Habitans de la Pangarduia font d'une
taille prefque gigantefque. Le Canal de
Mer à l'endroit de ces Ifles qui font
en affez grand nombre , cft fi plein de
Bancs , qu'il n'y peut aller que de pctits
Bâtimens , qui courent la Côte de
Coromandel & celle de Ceylan : Ces
Bancs , qui font une eſpèce de Barre de
Ramanancor à Manar , s'appellent Adam-
Brugh , Paffage d'Adam.
Je croy avoir fatisfait à la Géographie
, & qu'avec une bonne Carte , on
doit connoître la figure , la fituation ,
DE NOVEMBRE.
99
les Provinces , les Villes , & la qualité
du Terroir de l'Ile de Ceylan. Je pourrois
intéreffer les Naturaliftes dans le
Chapitre fuivant .
DE CE QUE PRODUIT L'ISLE DE CEYLAN
ET DES ANIMAUX QU'ELLE NOURRIT.
1
I. Des Plantes , des Arbres.
II. Des Animaux.
III. Des Pierres précieufes & des
autres Denréesde Ceylan.
Ce que j'ai à dire des Peuples qui habitent
Ceylan , m'a toûjours paru l'endroit
de cet Ouvrage qui méritât le
plus d'attention : Qui mêricât la mienne
à mettre avantageufement ce Portrait
fous les yeux ; & celle du Lecteur à en
faire quelque ufage. Cette confidération
m'a porté à n'en pas compofer la
premiere Partie de ma Defcription :
Semblable à ces gens qui refervent ce
qu'ils ont de meilleur pour le dernier ;
& qui , à la faveur de l'attente , font
paffer quantité de chofes moins curieufes.
J'ai donc craint devoir négliger lo
travail le plus étendu , fi je commencois
par le plus intéreffant. Voilà ce qui fait
Iÿ
830105
100 LE MERCURE
marcher les Plantes , les Arbres , les
Bêtes , les Minéraux , avant les Hommes
: Au refte , puifqu'il eft permis de
fouhaiter ; j'ai cru qu'il valloit mieux
fe faire lire plufieurs fois , que d'amufer
une premiere & prefque unique
avec éclat : Ce défir m'a fait dire des
chofes , dont le fingulier n'eſt pas bizarre
; & par conféquent , peu convémable
à bien des gens .
I
Je commencerai par les Grains , qui
Bourriffent les Habitans de Ceylan .
Le Ris eft la principale forte. On
fçait le grand ufage qui s'en fait dans
tout l'Orient : Les Chingulais le font
bouillir , & l'affaifonnent avec une efpéce
de haut- goût que les Portugais
appellent Carrée. Il y en a plufieurs efpéces
Ils nomment chaque efpéce différemment
, felon le tems qu'il lui faut
pour mûrir , quoiqu'il n'y ait pas beaucoup
de différence pour le goût. Le plus
tardif, eft fept mois à croître , & il n'en
faut que trois au plus diligent : Le prix
eft égal ; ce dernier eft meilleur ; mais ,
il ne raporte pas tant. Il fe nomme Au
DE NOVEMBRE 101
Ifancol , les autres , Henit , Honorovval
, Hauteal & Mauvy qui eft le
plus long-tems dans la terre. l'Eau eſt
abfolument néceffaire , pour faire croître
toutes ces fortes de Ris , & ils veulent
en être toûjours couverts ; ce qui
donne des peines incroyables aux gens
du Païs , qui ont grand foin de la garder
, & de la faire venir fur leurs Terres
, par le moyen de leurs canaux.
Ils la tirent des Riviéres & des Etangs
avec beaucoup d'induftrie ; & applaniffent
avec la même adreffe , les
champs où doit croître ce qu'ils ont fe
mé; afin qu'ils foient entierement noyés :
Ils donnent à leurs Collines , la figure
d'un Amphitéatre , dont les fiéges ont
depuis trois piedsjufqu'à huitde largeur :
Les Réfervoirs font fur le fommet ; on
fait tomber l'Eau fur les premiers rangs,
qui en recevant ce qu'il leur en faut ,
la laiffent couler aux autres par dégrez .
De cette maniere , tout eft arrofé. La
provifion d'Eau dure plus ou moins ,
deux , trois , quatre , ou cinq mois ; &
c'est ce qui les régle pour l'efpéce de
Ris qu'ils fémeront : Car , le tems qu'il
doit être à marir , doit répondre abfo
lument à celui que l'Eau demeurera fur
I iij
192 LE MERCURE
la terre. Les lieux fans Riviéres & qui
n'ont que peu de Sources , ont recours
à l'Eau de la pluye qu'ils confervent
dans des Réfervoirs élevez ', d'où ils
peuvent la diftribuer fur leurs Terres.
Le Ris qu'elles produifent ne laiffe pas
que de parvenir à maturité , quoiqu'il
foit à fec le plus fouvent ; mais , cetre
forte n'eft pas fi eftimée que l'autre .
dont elle différe & pour le goût & pour
l'odeur.
LeTemps qu'on fémedans l'Ifle eft trés
incertain : C'eſt le plus ordinairement
pendant les mois de Juiller & d'Aouft,
la moiffon fe fait ainfi en Février ou à
peu prés. Les Terres êtant le plus fouvent
en commun , toute une Ville ou
tout un Village travaille conjointément.
On ne féme point que l'on n'ait labouré
deux fois ; & avant que de remuer
la terre , on arrofe les Campagnes
pour faciliter ce travail : Leurs
charues font d'une autre figure , d'un
plus petit volume & moins pefantes que
les nôtres. Quand la femence a pouffé
environ quatre ou cinq doigts, il eft tems
qu'elle foit couverte. Ils moiffonnent
ainfi que nous ; mais , aulieu de battre
leurs grains, ils les font fouler aux pieds
DE NOVEMBRE. 103
par des beftiaux , ce qui eft beaucoup
plus prompt & plus aifé.
Le Pays, outre le ris , fournit plufieurs
autres espéces de grains ; mais qui n'en
approchent point en bonté , & c'eft la
nourriture des pauvres gens : Quand il
leur manque , ils ont le Coracan petite
graine femblable à celle de la moutarde
, & qui leur donne une espece de farine.
Le Tanna eft d'un grand ufage
vers le Nord de l'Ifle : Cette graine eft
auffi petite que l'autre,mais ,je ne croy
pas qu'il y en ait aucune forte qui produife
d'avantage ; un feul grain porte
d'ordinaire deux , trois , quatre , & jufqu'à
cinq Tiges , fuivant le terroir plus
ou moins avantageux ; & fur chaque
tige , eft un épic, qui renferme juſqu'à
mil grains. L'Omb fe mange comme
le Ris : Quand elle eft venue en certaine
Terre , & qu'elle eft encore nouvelle
, elle caufe un effet affez êtrange
elle remplit un homme d'une efpece
d'ivreffe , & excite des maux de coeur
& des vomiffemens . Ils fe frotent le
corps de l'huile que leur donne le Tolla.
Ceylan ne manque pas de Plantes de
toutes efpeces , de Racines , d' Herbes , de
Légumes , comme Inhames & Batates.
I ij
10.4 LE MERCURE
Quelqu'unes de ces herbes font pro
pres à la Médecine : Les bois font les
boutiques de Pharmacie , oùles Chingulais
vont chercher des remedes à
leurs maladies. Ils ont la plupart de nos
herbes nourriffantes , & les Hollandois
leur en ont porté de chez nous qui
viennent à merveille ; ce qui eft un
grand témoignage de l'excellence des
Terres de ce Païs.
Les Vallées & les Collines y font en
tout tems couvertes de Fleurs , & les
Vergers font- ordinairement fur des
Ruiffeaux clairs , comme le plus beau
Cryftal. La plupart de ces Fleurs font
cependant fauvages ; car , on n'en
plante point-là : Plufieurs font trés odoriférantes.
Les jeunes gens les cüeillent
& les mettent dans leurs cheveux pour
les parfumer. Celle qu'ils appellent
Sindrie- Mal eft digne de remarque :
Il y en a de rouges & de blanches ;
elle s'ouvre fur les quatre heures aprés
midi , & demeure épanouie toute la
nuit ; le matin, elle ſe referme jufqu'à 4
heures qu'elle fe rouvre ; en un mot ,
elle leur fert d'Horloge , quand le Soleil
eft caché .
Mais les fruits font meilleurs à CeyDE
NOVEMBRE. 1ος
lan , qu'en aucun autre endroit des
Indes .
Celui des Tacks & fa racine font d'un
grand uſage chez les Chingulais ; ils en
mangent à peu près , comme nous mangeons
ici des Navets ou des Choux ; ce
Fruit eft affez gros , pour pouvoir raffafier
fix ou fept perfonnes . Ils en ont quantité
de fauvages , qui reviennent affez aux
nôtres. Ils ont de petits Limons , des
Citrons , des Melons d'Eau , des Oranges
douces & aigres ; & une autre efpéce
particulière qu'ils appellent Orange
du Roi , Mangos , & qui peut-être ,
eft le plus excellent Fruit qu'il y ait au
Monde : Le Cardamome vient dans
cette Ifle fi grand & fi gros , que fix
Cardamomes de Cananor n'en égalent
pas un de Ceylan.
Les Arbres y portent fouvent des fruits
deux fois l'année ; il y en auroit même
beaucoup d'avantage , fi fes Habitans
les eftimoient. Ils n'y cherchent que ce
qui peut appaifer leur faim , fans être
piquez du goût agréable ; ce qui fait
qu'ils les cücillent & les mangent prefque
tout verds : Delà vient qu'ils ne plan.
rent gueres que ces Arbres dont le
Fruit eft raffafiant , ceux qui produifent
Iij
106 LE MERCURE
du Fruit délicat , viennent d'eux - mêmes ,
parce qu'il tombe lorfqu'il eft mûr , que
fa femence reprend en terre , & produit
naturellement un autre Arbre.
Entre les Fruits dont les Chingulais
font le plus de cas , eft celui qu'ils
nomment Noix de Bétel , qui ne croît
que dans les Parties Méridionales &
Occidentales de l'Ifle. S'il n'y a que peu
d'argent dans le Pais , on s'y fournit
de tout ce qui eft néceffaire par le moï--
en de cette Denrée , qui fe tranfporte
ordinairement fur la Côte de Coromandel.
Les Noix croiffent au haut de l'Arbre
par pelotons : Elles font , êtant mûres
, d'une couleur rougeâtre , trés agréables
à la vûë ; & tel de ces Arbres
en produit jufqu'à quinze cent . Ce Noyer
eft moelleux dans le coeur, le bois en
elt pourtant trés dur . Sa feüille reffemble
en quelque façon à celle de l'Arbre
qui porte le Coco : Elle eft longue
de cinq ou fix pieds , & à chaque côté
font deux autres petites feuilles , qui
produifent quelque chofe de femblable
aux barbes d'une plume.
On mange beaucoup de ces feuilles
à Ceylan. Quoique l'Areka croiffe en
beaucoup d'autres lieux ,, que
dans cetDE
NOVEMBRE. 107
te Ifle ; il s'y en fait un commerce fi
confidérable , que je crois en devoir
dire quelque chofe . Cet Arbre qui eft
droit , devient très haut ; fes branches
font pendantes , & forment comme des
bouquets de plumes vertes ; fon fruit ,
quoiqu'un peu aigre , eft trés agreable
au goût : On ne le prend gueres que
mêlé avec de la chaux , & envelopé
d'une feuille de Bétel. Mais , l'ufage
de l'Areka ainfi préparé , eſt ſi grand ,
qu'il n'y any Homme, ny Femme, ny Indien,
ny Portugais, ny Hollandois , qui
n'en ait toûjours la bouche pleine : Ön
prétend qu'il rend l'haleine douce
qu'il affermit les gencives , qu'il nétoye
& fortifiée l'éttomach . Aufli , dans
toutes les vifites & dans les Feſtins
on préfente le Bétel . Les Chingulais
lui atribuent leur bonne fanté & leur
longue vie Il est vrai qu'on en voit
beaucoup de tout Sexe , qui paffent
quatre - vingt ans avec toutes leurs
Dents , que ce fruit rend noires.
:
L'Arbre Orula produit un fruit ref
femblant à l'Olive , duquel ils fe fervent
pour fe purger & pour teindre
en noir.
Le Capita- Gonbah porte un goût de
>
108 LE MERCURE
médecine Les Bêtes n'en veulent :
pas
manger ; & comme il ne s'en trouve
point dans l'Quva , on croit que c'eſt
l'odeur de cet Arbre , qui fait mourir
le Bétail de cette Contrée , quand on
le méne en d'autres Provinces.
Si les Chingulais fçavoient aider la
Nature par des foins , leur Ifle fourniroit
autant de Poivre que Canara, Cochin,
Coulaon, & que tout autre endroit
de l'Orient : Mais , ce peu qu'elle produit,
eft auffi le meilleur & le plus cher.
La tige de cet Arbre eft auffi foible
que celle du Lierre .
PARLOS DE CEUX QUI SONT SANS FRUIT.
Les Infulaires en refpectent beaucoup
un , qu'ils appellent Boga- hah Arbre
de Dieu : Les Vieillards le plantent &
le cultivent avec foin ; & comme ils
croyent , que Buddon , une de leurs Divinités
, le repofoit fouvent fous fes
ombrages , ils regardent la vénération
qu'ils lui portent , comme un des chemins
du Ciel .
Ceylan produit encore plufieurs
efpeces d'Arbies très fingulières . Je décrirai
quelques-uns de ces Arbres , qui
ne portent rien de bon à manger :
Neantmoins , les feuilles de l'un , le
DE NOVEMBRE. 109
jus de l'autre , & l'écorce du troifiéme ,
font trés récommendables par l'ufage
que l'on en fait.
Le Tallipot eft le premier de ces Arbres
: Je l'ai trouvé,nommé Talagas ou
Talagaya dans les Auteurs Portugais .
Quoiqu'il en foit , on ne le trouve que
dans le Malabar & dans quelques endroits
de Ceylan . Il croît jufqu'à la hau
teur de foixante ou foixante& dix pieds ,
pendant trente ans , fans pouffer aucune
fleur ny aucun fruit : Au boût de
ce tems , il fort de fonfommet une nouvelle
tige, qui en moins de quatre mois ,
s'éleve de prés de trente pieds ; & alors,
toutes les feuilles tombent : La Tige &
l'Arbre paroiffent comme un Mas de
Navire , & environ trois mois aprés
cette tige pouffe diverfes branches
qui fleuriffent pendant trois ou quatre
femaines Ces fleurs font jaunes &
d'une odeur infuportable. Elles fe convertiffent
en fruits qui ne mûtiffent
qu'en une demie année ; mais , en fi
grande quantité , qu'un feul Arbre peut
en fournir toute une Province : Alors , la
tige fe féche & l'Arbre meurt. Ce fruit
eft gros comme nos cerices ; les filles
le mettent en couleur , & en font des
IIO LE MERCURE
bracelets & des colliers , dont elles fe
parent. Mais , la Feuille du Tallipot eft
ce qu'il a de plus fingulier. Ces feuilles
font d'une telle grandeur , qu'une
feule peut couvrir quinze ou vingt hommes
, & les garentir de la pluie ou du
Soleil : Seches , elles font fortes & maniables
, Les Chingulais en portent ;
car , elle fe peut refferrer comme un
éventail , & alors , elle n'est pas plus
groffe que le bras, & eft trés légere : Elle
eft ronde naturellement ; mais , ils
la coupent en triangle ; l'angle aigû
qu'ils mettent pardevant , leur ouvre
le paffage au travers les buiffons : Les
Soldats en font des Tentes , ce qui eft
trés commode dans un Païs fujet à la
pluïe , & où le peuple marche nud :
Comme elles font fort dentelées &
prefque fenduës , on eft obligé de les
coudrepar les extremitez : On en couvre
les Maifons ; on écrit deffus avec
un ftilet , l'uſage du Papier étant encore
inconnu chez ce Peuple. La moëlle
& le fuc de cet Arbre ont , à ce qu'on
prétend , la même vertu que l'Epic
que produit Ceylan , & dont parle Texeira.
Cet Epic eft femblable à l'Epic
d'Orge ; mais ; il eft plus noir & plus
DE NOVEMBRE . III
barbu : Eftant appliqué fur le ventre
d'une Femme enceinte , il la fait acoucher
aufli- tô ; & l'on ajoute , que s'il
y reftoit trop longtems , l'Enfant tomberoit
par morceaux , & que la Mere
auroit une perte de Sang que rien ne
pourroit guérir. Je croy que c'eft l'Ecbolmin
des Grecs , & la plante que les
Chingulais apellent Adhatoda.
La Liqueur que rend le Ketulé , eft
extremement douce , trés agréable &
trés faine . Quand on la fait bouillir ,
elle prend une certaine confiftance: On
peut la rendre blanche ; & alors , elle
forme unfucre qui ne céde au nôtre
ny en utilité ny en bonté. Les Arbres
communs en rendent douze pintes par
jour. Son écorce eft pleine de filets auffi
forts que du fil d'archal , & l'on en
fait de la corde.
Mais , une des plus grandes richeffes
de Ceylan, eit le débit de la Canelle.
Cet Arbre croît en divers endroits
du monde : Ily en a à la Chine,à la Cochinchine
, dans les Illes de Trinor &
de Mindanao , dans le Malabar ; & depuis
quelques années , les Portugais
en ont tranfplanté dans le Bréfil , où
elle vient bien , fans aprocher cepen112
LE MERCURE
dant pour la bonté , de celle de Ceylan.
Encore , le Canellier ne vient - il
pas généralement par toute l'Ifle : On
ne le trouve que depuis Grudumalé
jufqu'à Tanavvaré ; il y en a une Forêt
de douze lieues prés de Chilaon ;
l'excellente Canelle eft celle que l'on
cueille entre Ceira - Vaca & Columbo .
Les Chingulais apelent l'Arbre qui la
porte , Gorunda - Goubah. Texeira dit ,
que les Perfes & les Arabes , qui en
confument beaucoup plus que nous , diftinguent
les différentes efpeces par
deux noms Kerfah , eft celle de Malabar
& qui n'eft pas de Ceylan ; Dar-
Chini- Seylani Bois de la Chine de
Ceylan, eft celle que produit cette ifle :
En effet , les Chinois en faifoient le
plus grand trafic ; & d'Ormus , ils la ditribuoient
dans toutes les parties de
nôtre Continent ; on prétend même , -
que fon hom latin Cinnamomum derive
du Chinois Sin & Ha-mama , qui
veut dire pied de Pigeon. Cet Arbre
n'eft pas grand ; fon bois ne rend aucune
odeur , il eft blanc , & n'est pas
plus dur que du Sapin. Sa feuille , qui
ne tombe jamais malgré les pluies ,
reffemble affez à celle du Laurier pour
DE NOVEMBRE.
.
la couleur & l'épaiffeur ; quand elle
commence à pouffer , elle eft rouge
comme de l'écarlatte : Ces feuilles
meurtries ont plus l'odeur du cloud.
de Girofle que de la Cannelle. L'Arbre
porte un fruit deux fois l'année ;
mais , ordinairement plus mûr au mois
de Septembre , & qui reflemble au
gland fans être auffi gros : Ce fruit n'a
pas tant de goût que l'Ecorce Etant
boüilli dans l'eau , il jette une huille.
qui furnage , & qui , quand elle est
congelée , eft odoriferante , & devient
auffi dure & auffi blanche que du fuif.
On fçait que ce Canellier fe ce Canellier fe dépouille
, ce qui ne fe fait que tous les trois
ans ; la premiere année qu'il est dépouillé
, il paroît comme mort : Op
fend l'Arbre en long , pour avoir cette
précieufe écorce qui eft affez blanche
; mais , qui prend à l'air une couleur
brune , & fe ploïe , comme nous
la voyons . Au refte , le Forêts en font fi
épaiffes , qu'un Homme ne fçauroit y
entrer La chaleur du Climat & l'hu
midité de la Terre le font germer ,
prefque auffitôt qu'il tombe ; & ces Arbres
croiffent fi vite & fi facilement ,
qu'une Loi oblige les Habitans à né-
K
114 LE MERCURE
toyer les chemins ; s'ils étoient une année
fans le faire , l'épaiffeur des Forêts
empêcheroit toute communication.
Cette féracité de Terroir ne peut
qu'engendrer bien des Bois , en un Païs
qui n'eft pas garni de Peuples dans toutes
fes parties. On y eftime beaucoup
le Bois de Bréfil , que les Indiens apellent
Sapaon. Ces Forêts d'Arbres de
toutes especes, produifent des Gommes
de plufieurs fortes , dont on fait affez
grand débit.
Mais, ce que nous connoiſſons des
opérations de la Nature , dans ce que
produit la Terre de Ceylan , a êté dêcrit
par un Sçavant Botanifle , dont
l'Ouvrage eft imprimé à Leyde : Il y
renvoye les Lecteurs curieux d'un plus
grand détail dans cette mariere.
II.
L'ordre le plus naturel veut que ce
foit ici le lieu de faire mention des
Animaux. Il y en a dans Ceylan qui
font prefque uniquement à elle ; beau
coup lui font particuliers en bien des
chofes ; elle en a qui lui font communs
DE NOVEMBRE. 176
avec prefque toutes les Contrées de
l'Univers .
On y trouve toutes fortes de provifions
pour la vie ; des Vaches , des Bufles
, des Chévres , des Cochons , mais
point de Brebis. On y chaffe les Sangliers
, les Cerfs , les Merus , les Gazelles
, les Daims , les Porcs- Epics ,
les Civettes & les Liévres qui s'y trou
vent en quantité ; & une efpéce de
Lézard nommé Talagoya , qui eft long
de trois palmes , & d'un goût excellent
: La Terre y eft couverte de Gibiers
, comme de Paons , de Tourterelles,
de Pigeons , de Perdrix , de Bécaffines
, de Gelinotes de bois , de Bécaffes ,
d'Oyesfauvages , de Canards , de Vanneaux.
Les Riviéres & les Etangs dont
nent abondament d'excellent Poiffon ,
& des Coquillages. L'air eft rempli
d'Oyfeaux de toutes espéces , qui cependant
,vont rarement en bandes comme
ici ; plufieurs de ces Oyfeaux font
d'un beau plumage ; tels font de petits
Perroquets verds , qui ne peuvent apprendre
à parler ainfi que les Mal-
Covvda & les Can- Covvda , dont l'habir
eft d'un jaune d'or ; le Carlo fait
en récompenfe un bruit épouventable .
kj
115
LE MERCURE
qui fe fait entendre d'une demie lieuë.
Ön nourrit des Animaux domestiques ;
des Poules, des Coqs d'Inde , des Chiens,
des Chevaux , & des Anes : Les Bêtes
Sauvages n'y font pas grand mal aux
Hommes , à caufe de l'abondance des
Troupeaux ; les Forêts ont des Lyons ,
des Tigres , des Ours , des Jacols , &
l'efpéce de Taureau nommé Gauvera ,
dont le dos eft élevé , l'échigne aiguë
& les extrémitez des Jambes blanches.
Il y a des Eléphans fauvages , il y
en a de familiers : Mais , qui ne fçait
combien Ceylan en produit ? Ceux
qui habitent les Bois , font trés dangereux
: Ils courent bien plus vite qu'un
Homme ; outre qu'ils tuent fouvent du
monde , ils ravagent les Vergers & les
Plantations , fur - tout au bord des Forêts
; car , ils mangent & foulent tout
aux pieds , ce qui oblige quelquefois
de faire garde la nuit. Quand il arrive
, que ny les illuminations des Torches
, ny les cris ne peuvent les mertre
en fuite , on les tire avec des Fléches
; mais ce n'eft pas fans encourir
quelque danger. Ils fe chaffent dans la
Partie Méridionalle de l'Ifle , entre
Maturé , & Vvalavve , apparemment,
DE NOVEMBRE. r17
parce qu'ils y font en plus grand nombre
qu'ailleurs. Lorfqu'on veut les avoir
, on leur méne des Femelles
qu'ils fuivent partout , & qui les conduifent
à travers les champs : Alors , ils fe
prennent dans des filets & quelquefois
on les pouffe dans des mares d'eau . Rien
n'eft plus aifé à apprivoifer : En trois
jours, ils deviennent auffi doux & auffi
traitables , que ceux que l'on a depuis
plufieurs années ; & dés- lors , ils ne retournent
plus au Bois. La meilleure maniére
de les dompter, eft de ne les point
laiffer dormir les premiers jours de leur
captivité. On les réveille quand ils s'endorment,
par de grands coups,puis on les
Aate & on les careffe . An refte ,il eft non
feulement le plus grand de tous les Animaux
, mais auffi le plus intelligent.
Aucun n'aime fi fort fes petits : Ils vont
par bandes dans les bois , & ont à leur
tête un Chef , auquel ils femblent obéir
tous Ils fe plaifent dans l'Eau ,
& nagent à merveille . Je remarquerai
qu'il n'y a que les Mâles qui ayent
des
dents , & que ces dents ne tombent jamais
; qu'on coupe par le bout celles
des Eléphants privez , afin qu'elles
croiffent mieux . Quelques Auteurs ont
:
118 LE MERCURE
écrit qu'ils ne fe couchoient point , que
lorfqu'ils font prêts de mourir ; mais
c'est une vieille erreur dont on eft revenu
: Ils fe couchent toutes les nuits ,
& mefme ils fe courbent & ſe baiffent
quand on les charge : Il est vrai qu'en
voyage , ils ne fe couchent gueres ; &
s'ils le font , c'eft qu'ils font fi las & fi
fatiguez , que c'eft fouvent pour ne fe
relever jamais . Il est des tems que les
Eléphans mâles ont une infirmité qui
les rend enragez ; de forte que perfonne
ne peut les gouverner : On eſt
ordinairement prévenu par une espéce
d'huile qui leur coule de la jouë , &
d'abord on les attache par les jambes
à de gros Arbres. Le Roy de Candy en
a quantité : Il s'en fert pour éxécuter
la juftice ; pour cet effet , on arme leurs
dents d'un fer bien éguifé , & qui a z
trenchans. Ils percent le corps d'un
Homme & le déchirent en pièces.
Ceux qui font commis à la garde de
ceux- ci , s'en divertiffent quelquefois
de cette maniére : Ils commandent à
cet Animal de prendre de l'Eau qu'il
tient dans fa Trompe , jufqu'à ce qu'ils
lui ordonnent de la jetter fur quelqu'un;
il obéit auflitôt , verfant quelquefois
DE NOVEMBRE, 119
un feau entier , & la jettant d'une telle
force qu'un homme a fouvent de la peine
à le fouffrir , fans en eftre renverfé.
In vend cet animal ' felon fa taille . Le
plus grand a neuf coudées , depuis lá
pointe du pied jufqu'à l'épaule , & chaque
coudée est évaluée mille Pardaons ,
Les Mores ou Mahometans qui en achetent,
donneront autant pour un Eléphant
de Ceylan , que pour quatre d'un autre
Païs , qui femblent reconnoiftre cette
fuperiorité , & la témoignent par quelque
figne exterieur.
Les Singes de l'Ifle différent de ceux
des autres Païs en plufieurs autres chofes.
Ribeyro dit qu'il y en a de cinq
efpeces : Les forefts , & furtout celles
du Royaume de Jafanapatan , en font
trés peuplées . Il s'en trouve d'auffi
grands que nos Epagneuls , ayant le poil
gris , le vifage noir , & de longues barbes
blanches d'une oreille à l'autre ;
ce qui fait qu'on les prendroit pour des
vieillards : Ceux qu'on appelle vvanderous
, font differenciez par la couleur
car avec la barbe , ils ont le corps &
le vifage blanc ; des feuilles d'arbre
font leur nouriture . Les Rillors ne
vont que par troupes , ravageans le
;
·T20 LE MERCURE
grain qui croît dans les Bois , & quelquefois
les jardins ; ils ont la face
blanche fans barbe , mais avec de longs
cheveux fur la tête , qui tombent comme
ceux d'un homme.
Les Infectes font à peu -prés les mêmes
qu'aux Indes.
Les Fourmis font prefque toutes fort
groffes. Il y en a de plufieurs fortes,
dont quelques unes meritent d'eftre remarquées.
Les Coumbias & Tale- Coumbiasfont
celles qui reffemblent le plus
aux nôtres par la figure ; elles habirent
les troncs d'arbres , & fentent fort
mauvais : Il y en a d'autres , nommées
Dimbios dont les nids font de feuilles
fur les arbres les plus élevez :
Les Coura - atch fe pratiquent des
fentiers fouterrains : Les Coddia font
d'un beau noir & leur piqueure eft dou-
Loureufe ; mais , l'efpece de Vacos eſt
plus nombreufe qu'aucune autre . La
terre en fourmille , pour ainfi dire :
Elles ont le corps blanc & la tête rouge
; elles dévorent tout , montent le
long des murailles , & fe font avec de
la terre , une maniere de voute qu'elles
continuent en arcade, tout du long de
Teur chemin , à quelque hauteur qu’-
elles
DE NOVEMBRE. 12
1
elles aillent : Dans les endroits inhabités
, elles élevent de petites mortagnes
de quatre , cinq , ou fix pieds ; la terre
en elt fi fine , que le Peuple en fabrique
fes Dieux , & fi bien liée , qu'on auroit
de la peine à abattre ces demeures ,
que les Chingulais apellent Humboffes :
L'Interieur eft percé de routes que les
Vacos habitent, & où elles engendrent ;
leurs nids font remplis d'oeufs & de jeunes
fourmis : Comme elles multiplient
extremement auffi meurent- elles par
pelotons ; il leur vient des ailes , &
pour lors , elles s'élevent dans l'air vers
l'Occident en fi grand nombre , qu'on
a de la peine à voir le Ciel ; on les perd
bientôt de vue , car , elles ne cellent
point de voler , qu'elles ne foient épuifées
de force , & qu'elles ne tombent
mortes.
,
Il y ades Abeilles de plufieurs fortes .
Celles qui répondent aux nôtres , s'ap
pellent Méemaffes : Ces Connameya ou
Abeilles aveugles , font petites , & les
gens du Pays n'en font aucun cas : Celles
qu'ils nomment Bamburos .font plus
grandes & d'une couleur plus vive que
nos mouches ; leur miel eft clair commie
de l'eau , & elles le font fur les plus
Novembre 1717. L
122
LE MERCURE
1
hautes branches des arbres ; en certain´
tems de l'année , des Villes entieres
vont dans les bois chercher ce miel dont
elles reviennent chargées .
Mais , fi Ceylan a reçû du Ciel de
il femble
l'Auque
grands avantages
, teur de la Nature ait voulu compenfer
le bien par des maux. Elle eft fort
incommodée
des Serpens : Ils font de
figure diverfe , & répandent
differemment
un Venin , qui n'opere pas de la
même maniere .
&
Les moins dangereux font : Le Gerende
, qui eft le plus nombreux ,
qui n'en veut qu'aux petits Oifeaux &
aux Lapins; le Carovvla , que les Chats
mangent le Lézard Kiekanella ; le
Kobbera- Guyon , de cinq ou fix pieds de
longueur , à qui la langue eft bleüe &
fourchüe,femblable à un éguillon;mais ,
qu'il ne tire que pour fiffler & non pour
mordre . Le Tolla - Guyon , qui n'eſt pas
fi grand , eft le meilleur manger des
Chingulais : L'Araignée , qu'ils appellent
Democulo , eft longue, velue, noire ,
tachetée & luifante ; fon corps eit de
la groffeur du poingt , & les autres
membres y font proportionnés
; fa bleffure
n'eft pas mortelle , mais , elle rend
DE NOVEMBRE. 123
quelquefois les gens infenfez .
Ce qu'il y a de plus venimeux eſt
auffi ce qu'il y a de plus rare . Un de
ces Serpens n'a que deux paknes de
longueur ; il eft de couleur brune &
particulierement fous le ventre ; dés
qu'on en eft atteint , l'on tombe dans
un fommeil profond , & l'on meurt en
peu de tems , fi l'on n'eft
promptement
fecouru : La morfure d'un autre excite
un tranſport de furie , que la mort fuit
au bout de vingt- quatre heures : Mais ,
le plus terrible de tous eft celui , dont
le Venin eft fi prompt & fi violent ,
que dés qu'un homme en eft piqué , le
Sang lui fort par tous les pores , fans
qu'il y ait de remede : Il y en a un qui
eftverd, & qui n'eft pas plus gros qu'une
corde de Violon , de la longueur de
trois palmes , & qui tire , à ce qu'on
prétend , les yeux de ceux qu'il attaque
. Ce que je vais dire d'un autre de
la même êrenduë , paroîtra peat-être
fabuleux & incroyable : Il fe perche
fur un Arbre , & s'élance fur quelque
Animal qu'il voye paffer ; en quelque
endroit qu'il s'attache , la chair tombe
par morceaux de fa groffeur , & l'Animal
bleffé demeure immobile , le Ve-
Lij
124
LE MERCURE
nin agiffant toûjours interieurement ,
fans qu'il en paroiffe prefque rien au
dehors : Quelques Curieux ayant ouvert
des Animaux que ce Serpent avoit
tués , on leur a trouvé toute la chair
hachée & pourie , quoique la peau fur
entiere
Celui que les Chingulais appellent-
Pimberah & les Portugais Cobra - da-
Serra , a le corps auffi gros que celui
d'un homme , & il eft long à proportion
: Cette étendue l'empêche d'aller
vîte ; pour y remedier , il fe cache
dans les fentiers , & il arrête les Dains
& les Geniffes avec une efpece de Cheville
, qu'il porte à l'extremité de fa
Queue Mais , telle eft la capacité de
fon ventre , qu'il avale quelquefois un
Chevreuil tout entier avec fes cornes ,
qui cependant le crevent & le tuënt
affez fouvent. Les Cafres d'Afrique
font trés friands de ces Serpens de la
Montagne , & les trouvent trés délicats
.
:
Les deux efpeces de Polonga en veulent
également au Bétail .
Ils font grands ennemis du Cobrade-
Capello des Portugais . Celui-cy eft
trés refpecté des Chingulais
, & tous
DE NOVEMBRE 5 125
les Indiens font convenus de l'appel
ler, Noya- Rodgerah, ou Naghaia le Roy
des Serpens : Ils croyent que s'ils en
tuoient un , tous les autres de la même,
efpece vangeroient fa mort fur toute,
la Famille du Meurtrier. Il eft de couleur
grifâtre , & long de quatre pieds :
La moitié de fon corps eft quelquefois.
debout pendant deux ou trois heures ;
il ouvre alors la gueule toute entiere ,
de forte qu'à voir fes yeux , on diroit
qu'il porte une paire de lunettes. Ce
Serpent eit trés commun & trés dangegereux
; le meilleur préfervatif contre
les morfures , eft de manger de la femence
d'un Arbre qui n'eft pas rare
dans le Païs , que les Malabares nomment
Caniram & les Bramins Caro.
L'antipatie que le Mangus a pour
tous les Serpens , demande quelque
mention Cet Animal n'eſt pas plus
gros qu'un Furet : Il livre une cruelle
guerre à tout ce qui eſt venimeux ; .
quand il fe fent bleffé , il a recours à
une certaine herbe qu'il mange , &
qui eft pour lui un merveilleux contrepoifon
.
Si les Senfuës ne font pas ce qu'il y
a de plus dangereux , elles font du
Liij
126 LE MERCURE
moins ce qu'il y a de plus incommode
à Ceylan Prefque toutes les Provinces
en font remplies , & elles font fort
groffes ; les plus petites font cependant
les plus à craindre : Quand il pleut ,
la Campagne en eft couverte : On ne
peut faire un pas dans les Bois , qu'on
n'en foit attaqué ; elles montent aux
jambes & aux cuiffes des Chingulais
qui marchent pieds nuds , & s'y attachent
fi fort , qu'on ne peut leur faire
quitter prife , qu'elles ne regorgent de
Sang: Il arrive quelquefois, la nuit, qu'elles
attrapent le vifage , & qu'elles feigment
jufqu'aux Gencives . Celles qui
viennent dans les eaux & dans les lieux
où l'on féme le Ris , ne font point de
mal.
III.
J'ai promis un Article qui doit traiter
des Denrées qui font les Richeffes
de l'Ifle. Outre celles que j'ai décrites ,
en faifant mention des Fruits de la
Terre , & des Animaux qu'elle entretient
, elle a beaucoup de Fer dont on
peut faire de l'Acier Elle a du Salpêtre
& du Soufres de la Mine de
DE NOVEMBRE. 127
Plomb , de l'Ebeine , du Mufque , de
la Cire , & du Coron qu'elle produit.
en affez grande quantité , pour donner
des Etoffes & des Habits à tous fes
Habitans Le Royaume de Cota fournit
tous les ans aux Indes un Sable >
duquel il fe fait un grand débit. L'Ifle
Das-Cabras nourrit des Chévres , qui
portent le meilleur Bezoard de tout
Ï'Orient ; & dans celle qui lui eft voifine
, on trouve une herbe appellée
Zaye , dont la proprieté eft de teindre
en cramoify ; le commerce en eft confidérable.
Mais , peut- être qu'aucune Contrée
de l'Univers ne produit autant d'efpéces
de Pierres précieufes que Ceylan .
Celles dont on y fait le plus de cas ,
font les Teux de Chat . Cette Pierre eft
prefque inconnue dans nôtre Europe :
Elle eft ronde ; il y en a de fort groffes ,
qui péfent plus que toute autre du même
volume ; on fe contente de les laver
fans les travailler Car , il femble
que la Nature ait pris plaifir d'y
ramaffer toutes les plus belles & les
plus vives couleurs qu'elle puiffe produire
, ces couleurs , en remuant la
Pierre , forment un combat entr'elles ,
Liiij
128 DE NOVEMBRE
.
à qui l'emportera pour le brillant , fans
que pas une ait l'avantage fur l'autre.
Les Rubis font plus beaux dans cette
Ifle , qu'en aucun autre lieu du Monde.
Il s'y trouve des Saphirs de deux
fortes : Les plus précieux font fort durs&
d'un bel azur; les Mores eftiment beaucoup
les Topazes ,parcequ'il y en a d'une
grandeurfinguliére.Il s'y trouve des Iaeintes,
des Verlis , des Taripos, dont on fait
là , auffi peu de cas que nous pourrions
faire ici du fable & des cailloux de nos
Rivières. Ces Infulaires fçavent cependant
blanchir fi- bien quelques- unes
de ces Pierres , qu'il faut être habile ,
pour ne les pas croire des Diamans les
plus fins . Cette adreffe les porte à des
Ouvrages de Crystal , qu'ils tirent
rouge & verd de leurs Montagnes.
J'ai parlé des Salines de Ceylan ,
fur-tout de celles qui font entre Leavvavva
& Velavve : Il y en a d'autres
fur le Canal qui fait une Ile de Calpentin.
Les Chingulais difent , qu'il y
avoit autrefois fur la Côte d'Eft , un petit
Royaume maritime nommé Saula ,
dont les Terres baffes furent un jour
fubmergées par la Mer extraordinairement
enflée , & la Plaine auparavant.
DE NOVEMBRE. 129
fertile , changée en une Aire de Sel.
Ileft fort dur , mais il ne vaut rien
pour faler des viandes que l'on voudroit
garder.
Le Sel n'eft pas le feul don que la Mer
faffe à ce Pais ; elle contribue par bien
d'autres chofes à fon abondance . Elle
pouffe vers le Nord- Oüeft de l'Ie , une
quantité prodigieufe de Branches de
Corail : On fçait que le noir eft plus
eftimé que le rouge en plufieurs endroits.
Mais , outre la Pêche de l'Ambre
, dont les morceaux font d'une gran
deur extraordinaire , je ne dois pas
me taire fur celle des Perles , qui fe
fait le long de la Côte d'Aripo .
Cette Pêche & celle du Cap Como .
rin, ont êté décrites fort en détail par
un grand nombre de Voyageurs. Vers.
le commencement de Mars , ilfe trouve
fur cette Côre , quatre ou cinq mil
Barques pourvûes & payées par des
Négocians de toutes Nations , qui
traitent avec le Roy de Ceylan , pour
la permiffion de pêcher . La Pêche
commence le onzième de Mars , & finit
au vingtiéme Avril. La Foire dure
cinquante jours. Les Marchands y logent
fous des Tentés magnifiques : On
30 ' LE MERCURE
y vend toutes fortes de Marchandifes
des plus riches ; des Pierreries de toutes
les espèces , de l'Or en barre , des
Pataques , des Tapis de Turquie , &
de ces belles Etoffes des Indes. Ces
Richeffes y amènent du monde de toutes
les Parties de la Terre , & ce concours
ne contribuë pas peu à l'état floriffant
du commerce de Ceylan.
Voici ce que j'ai appris des fingularitez
de ce Païs : Le Portrait de fes
Peuples fournira l'autre moitié de ma
Carriére . Heureux , Monfieur , fi j'ai
dit ce que j'ai prétendu dire ; puifque
je n'ai eu d'autre envie , que de remplir
quelques- unes de vos idees : Plus
heureux encore , fi quelques veilles
vous paroiffent un témoignage irréprochable
de cette affection refpectueuſe
avec laquelle je fuis ,
Monfieur ,
Votre & c.
B. D'A . ***
4
DE NOVEMBRE. 131
Cinformé des évenemens de Mer,
Omme on n'a pas esté exactement
qui fe font paffés pendant cette Campagne,
entre les Flotes Venitiennes & Turques
; peut - être me faura- t- on gré que
j'en donne ici un Journal plus fidele que
ce qui a paru dans les Gazettes.. It
a efté traduit fur une Lettre Italienne,
écritepar un Chevalier à un de ſes amis :
On reconnoîtrafans peine qu'il n'avance
aucun fait dont il n'ait eftétémoin , ou
dont il n'ait efté parfaitement inftruit.
NOUVELLES ETRANGERES.
N
A Malthe le8 Octobre 1717.
OUS fortîmes de Malthe lez
de Juin avec deux des Vaiffeaux
de la Religion.
Le 16 du même mois , nous arrivâmes
à Corfon où étoit le rendez - vous
de la Flote Vénitienne : Nous la trouvâmes
cependant partie, pour gagner les
Bouches de Conftantinople ,fur un faux
avis que les Turcs ne pouvant pas trou132
LEMERCURE
ver de monde pour armer leurs Vaiffeaux
, étoient hors d'état de fe mettre:
en Mer. M. le Bailly de Belle - Fontaine
Lieutenant Général des Vaiffeaux
du Roy de France , nommé par le
Grand- Maître & le Pape , pour commander
les Auxiliaires , prévoyant cequi
artiveroit de cette Manoeuvre à
contre tems , dit hautement que ces
Vaifleaux alloient fe faire battre aux
Dardanelles ; qu'il eftoit un peu furpris
que ces Meffieurs ûffent manqué de leur
prudence ordinaire dans cette occafion ,
par trop d'impatience ; qu'ils devoient
bien attendre au moins la jonction des
fecours qui n'auroient point êté de trop.
V
Nous avions trouvé en effet à Corfou
, outre les Vaiffeaux Portugais avec
deux Brulots , les 5. Galeres de la Réligion
, les 5. autres du Pape , avec les
deux du grand Duc & toutes celles de
Veniſe..
Le 21. nous partîmes tous enfemble
pour les Zantès : Le 25. nous moüillâmes
à la Rade de ces ifles . Le 29. nous
apprîmes apres midi, que les Venitiens
êtant arrivés à l'entrée des Dardanelles
, s'en étoient retirés fort précipi- :
tamment ; après avoir laiffé leurs An- ¸
DE NOVEMBRE. 133
cres & leurs Cables aux Ifles de Ténédos
où ils ne faifoient que de moüiller .
Il leur a fallu effuyer deux combâts
confécutifs ; preſque toûjours en fuyant
devant la flotte Ottomane . M. de Frangini
fort brave homme d'ailleurs , mais,
aïant peu de capacité pour le metier
de la Mer ,fut tué dans l'i pemiere action
. M. Diedo l'a templacé dans la
même fonction d'Amira ' . Nous continuâmes
nôtre route pour nous joindre à
l'Armée Venitienne , qui s'êtoit retirée
entre la Candie & la Morée , Païs de
Maniotes qui font des Sauvages fous
la domination des Turcs. Le 2. Juillet ,
nous nous joignîmes avec la flore Venitienne
,réduite dans un pitoyable êtar,
êtapt fort délabrée & manquant de tour .
Le 4. nous apperçûmes les Vaiffeaux
ennemis, pourfuivans toûjours les Venitiens
Nous nous préparâmes au combat
le refte du jour & de la nuit . Le s .
à 8 heures du matin,ils vinrent fur nous
& nous gagnerent le vent : Nous nous
vîmes abandonnés en moins de z. heures
de toutes nos Galeres , dans le tems
que nos Vaiffeaux en avoient le plus
de befoin ,êtant en bonace , & que nous
êtions à 2. portées de Canon des En134
LE MERCURE
nemis. Les 8. Galeres Turques au contraire,
ne s'écarterent point de leurs Sultanes
ou Vaiff. quarrés. Hûreufement il
nous vint un peu de vent ; nous en profitâmes
& nous êtant mis en ligne
les Turcs déployerent leurs Pavillons ,
& nous , les nôtres aprés . Mais , ces Barbares
ayant reconnû que la flote chrêtienne
avoit reçû 10 Vaiff. de renfort ,ils
n'oferent pas nous attaquer ; ils fe contenterent
de tenir le vent. Noustachâmes
de le leur gagner , fans y avoir pû.
réuffir. Le 6. nous vîmes les Ennemis
qui fe retiroient & qui allerent moüiller
à Coron. Pour nous autres , nous
reftântes jufqu'au 13. dans les mêmes
eaux,ayant toûjours ûles vents contraires
& toûjours en vue des Ottomans.
Il ne nous auroit pas fallu plus de 12 .
heures de bon tems, pour regagner les
Zantes où nous nous ferions raccommodés
: Nous prîmes le parti d'aborder
au Golfe de Paflava , pour y faite
de l'Eau ; il n'y en avoit pas pour 24.
heures dans chaque Navire des Venitiens
, qui pour l'épargner , n'en diſtribuoient
à chaque homme que 2. verres
par jour : Jugés de l'extremité où nous
êtions , quand on penfe que nous toûDE
NOVEMBRE.
135
chions au moment de périr de foif.Deux
jours aprés, nous retrouvâmes nos Galeres
& nos Généraux .
•
Le 14 Juillet , eftant entrez dans le
Golfe de Paffava , nous apperçûmes
9 Barbarefques qui nous prenant pour
leurs gens , vinrent s'affaier fur la terre:
Elles fe détromperent bien- tôt , & nous
ayant reconnu , elles fortirent précipitamment
de leur -Taniere fur les s
heures du foir. Nous les chaffâmes inutilement
, nous y étant pris trop tard .
Nous fimes nôtre eau, aprés avoir pris
la précaution de mettre à terre 4000
hommes , à caufe que c'eft Pays de
Turquie.
Il y ût des Capitaines des Vaiffeaux
Vénitiens , qui nous avoüerent qu'il
y avoit un jour que l'eau leur manquoit.
Le 16 , une Chaloupe Vénitienne fe fauva
avec fon équipage & alla fe rendre
aux Turcs , auxquels elle découvrit la
fituation facheufe où l'Armée fe trouvoir.
LesEnnemis en ayant profité , le 18 ,
nous les reconûmes venans à toute voile
fur nous . Nous appareillâmes & nous
nous préparâmes toute la nuit au cobat .
Le19 , à la pointe du jour ,nous découvrîmes
de nôtre avant , leurs voiles , à deux
136 LE MERCURE
lieuës de nos Navires: Ayant le vent fur
nous , nous êtendîmes nôtre ligne tant
bien que mal : M. de Belle - Fontainecommandoit
l'arriere Garde de la Flote
avec les Auxiliaires . Les Vénitiens qui
avoient l'Avant- Garde, commencerent
à tirer à 8 heures du matin : Pour notre
Arriere- Garde , elle ne fit fes décharges
qu'à 9 heures , que les Ennemis
n'étoient qu'à demie-portée de canon
de nous. Le Corps de bataille des
Turcs , & tous les Amiraux tomberent
en même tems fur elle. Ils virent un
autre feu que celui des Vénitiens ; nôcanon
alloit comme la moufqueterie ,
Les Portugais , dont deux de leurs
Vaiffeaux eftoient de 80piéces de canon
, en ayant furtout de 36 livres de
balles à leur premiere batterie , y firent
des merveilles : Le Navire que montoit
M. de Belle - Fontaine , tira en quatre
heures 1250 coups de canon , & fit
revirer de bord l'Amiral Turc qui n'en
voulut plus tâter. Comme les Ennemis
tenoient le vent , & qu'ils nous avoient
enfoncez dans le Golphe de Paffava
tout à fait fur la terre ; M. de Belle-
Fontaine envoya dire par le Major à
l'Amiral Vénitien de revirer
les
DE NOVEMBRE. 137
les vents nous ayant adonez ; &
de couper l'Armée Turque en deux ;-
ce qui fut heureufement exécuté dans
le moment : Les Turcs pour lors , fe
crûrent entierement perdus ; nous
fimes feu des deux bords ; tout rioit
pour gagner une Bataille complette &
abimer la Marine Turque ; mais , cette
efperance ne dura pás long - tems ,
car , contre toute attente , l'avant - garde
alla fe remettre tout en Peloton
fous le vent des Ennemis , où nous nous
trouvâmes en bonace les uns fur les
autres. Il eft comme indubitable , que
files Turcs avoient efté gens experimentés
>
ils n'avoient qu'à envoyer
deux ou 3. Brulots , & toute la flore
chrêtienne auroit efté dévorée par les
flammes . Enfin às heures du foir , le
Combât finit Nos Galeres pendant l'action,
refterent toûjours fous le vent , fans
pouvoir tirer un feul coup , fe mertans .
à l'abri de nos Vaiffeaux du côté qu'ils
ne tiroient point. Toute nôtre Armée a
efté fort maltraitée ; mais , en revanche
, celle des Ennemis n'a gueres
moins fouffert que la nôtre . Pour les
Venitiens, ils avoient déja efté fort endommagés
dans les deux premiers
M
138
LE MERCURE
combâts. Il faut avouer que les Turcs
êtoient plus forts que nous , ayant so.
Navires , & nous 35. en tout. Les premiers
avoient des canons de nouvelle
invention , qui pouffoient des Boulets
de marbre , gros comme des bombes de
400. livres; ce qui abimoit un Vaiffeau ;
auffi , nôtre flote faifoit - elle pitié . On
ne voyoit que Mats , Voiles , Corps de
Navires brifés , Bras , Jambes emportées,
& Cadavres jonchés . Nous avons û
3000. hommes de tués ou bleffés dans
cette journée.
Le lendemain 20. les deux Armées
êtant reftées dans le Golfe de Paſſava ,
demeurerent tranquilles & dans l'inaction.
Nous travaillâmes à nous raccom
moder toute la journée. Le 21. manqua
de nous être bien funefte ; puifqu'à 7 .
heures du matin , nous vîmes revirer
les Turcs fur nous , pour nous rattaquer
de nouveau , s'êtant raccommodés dans
leurs ports & rafraichis de monde.Nous
voulûmes nous mettre en ligne , mais ,
la moitié de nôtre Armée fe trouva en
bonace. A 2. heures aprés midi , il s'éleva
un gros vent de Nord- Ouëft qui
nous démâta 7. de nos plus gros Na-..
vires. Quelle êtrange extremité ? Etre
DE NOVEMBRE.
139
nous
en vue des Ennemis , à portée & demie
de canon, & dans la crainte à chaqueinftant
d'en être écrafés , fans pouvoir
prefque fe deffendre : Voilà qu'elle
etoit nôtre fituation . Nous prîmes le
parti le plus fûr , qui eftoit de gagner
le large. Il ne tenoit qu'à ces Barbares
de nous enlever 4. Vaiffeaux qui
reftoient de l'arriere-garde ; cependant,
ils n'en firent rien , n'ayant pas. fû profiter
de l'occafion . Nous manoeuvrames
fi bien que le jour ayant baiffé ,
nous fauvâmes à la faveur des ténébres
; nous ûmes toute la nuit, le vent
trés frais avec une groffe Mer. Toute
la flotte qui avoit fa mâture endommagée
, êtoit occupée à remorquer des
Navires démâtés . Le lendemain 22 .
nous nous trouvâmes à 15. lieuës de
Terre , les Galéres s'en allant , vent
arriere , du côté de la Candie . Le foir ,
le vent manqua , & ayant fait nos fignaux
de reconnoiffance nous nous
ralliames .
,
Depuis le 23 Juillet , jufqu'au 3 Août
que nous découvrîmes du Cap Paffaro,
la Sicile ; nous n'avions point vû de
terre , tant nous apprehendions les Côtes.
Miij
140 LE MERCURE
Le 12 Aouft , les Portugais prirent
congé de l'Armée des Vénitiens , ne
paroiffans pas contens de ces derniers.
Le 13, nous moüillâmes à Corfou,où
nos Galéres nous avoient précédez.
Ce qu'on aura peine à croire , c'eſt que
malgré tous les défordres du dernier
combat , nous avons trouvé , aprez le
compte fait de nos Bâtimens , que nous
n'en avions pas perdu un feul.
Depuis le 17 jufqu'au 26 , on répara
tant bien que mal , le dommage reçû .
Le 26 , les Galéres de la Religion êtant
parties pour Malthe avec 300 malades ,
nous appareillâmes pour les Zantes , où
nous moüillames le 30 .
Le premier Septembre , les Galéres
de Venife nous y joignirent .
Le 26 du mefme mois , le Tonnerre:
tomba à huit heures de matin fur un
Navire de Malthe. Il brifa le Mât de
Mizaine , tua quatre hommes , & en
brûla 20. Il est étonnant qu'il n'ait pas
mis le feu aux poudres ; mais , ce qu'il
y a de plus furprenant , c'eft qu'il foit
retombé à huit heures du foir fur le
mefme Bâtiment ; eftant entré par un
Sabord , & refforti dans l'inſtant par
l'autre , fans caufer aucun dommage :
DE NOVEMBRE. 14 %
Il fe tranfporta de là fur un Vaiffeau
Vénitien , où il tua hommes , & le
démâta de fes Mats de Hune.
Le 30 Septembre , les Vaiffeaux de
l'Ordre fortirent desZantes ,pour ſe rendre
à Malthe , où ils abordérent. Le 7
Octobre , un de ces meſmes Navires repart
pour ramener M. de Bellefontaine
à Toulon.
De Londres le 18 Novembre 1717 .
le 'On ne doute prefque pas ici que
Roy , comme Electeur d'Hanovre ,
n'ait fait un Traité d'Alliance deffenfive
avec l'Empereur ; fuivant lequel ,
ce Prince doit donner du fecours à S.
M. I. qui eft préfentement attaquée en
Italie par le Roy d'Espagne . Comme
la Nation ne paroit nullement difpofée
à entrer dans cette guerre , dont la
feule déclaration feroit perdre la plus
confidérable branche de fon commerce ,
il n'y a pas d'apparence qu'elle rompe
fitôt avec les Efpagnols : Ainfi , on eft
perfuadé que fi le Roy veut fecourir
l'Empereur , il ne pourra le faire qu'avec
les Troupes de fon Electorat ; &
comme Roy d'Angleterre , il tâchera
avec les autres Puiffances , de regler
742 LE MERCURE.
les différents de ces deux Monarques ,
à l'amiable.
,
Le Lord Cadogan a êté confulté fur
la réduction des Troupes ; mais , cóntre
fon fentiment & celui du Comte
de Sunderland , les ordres ont êté ex-.
pédiés pour réformer inceffament
6300 hommes. Le Roi s'y eft déterminé
fur les rémontrances de Milord
Covvpert, qui a reprefenté à S. M. que
c'étoit le plus für moyen , pour fe
concilier l'affection des Peuples , qui
feroient convaincus par là , qu'elle a
plus de confiance en leur fidélité , que
dans la force d'ure Armée : Cependant
, le Parti oppofé à la Cour , ne témoigne
pas eftre fatisfait de cette réforme
; il prétend qu'elle n'eft
forme au Réglement qui fut fait du
tems du Roy Guillaume ; puifque les
Troupes qui refteroient aprés cette réduction
dans le Royaume , montéroient
encore à plus de 14000 hommes . Ce
Parti voudroit , que fuivant ce Réglement
, on caffât entiérement les nouveaux
Corps , & qu'on les réduifit à
7000 hommes feulement ; ce qui , felon
ces Meffieurs , eft d'une grande
conféquence ; puifqu'en ne réformanc
pas conDE
NOVEMBRE. 143
les Troupes que de dix hommes par
Gompagnies de Cavalerie , & de vingt
par celles d'Infanterie , les Corps n'en
reftent pas moins fur pied ; ce qui n'eft
pas néceffaire , difent -ils , avec d'autant
moins de raifon , que le Royaume
eft en Paix , & que d'ailleurs on a une
Flote pour la garde des Côtes . Ce Parti
prétend faire grand bruit là deffus , dans
le prochain Parlement ; mais , on eft
perfuadé que la Cour fera échouler le
projet de ces Mécontens.
On a êté furpris ici que Milord Cadogan
ait quitté fon Ambaffade de Hollande
, dans le tems qu'il y devoit faire
fon Entrée publique , pour laquelle tous
les préparatifs êtoient faits . On a appris
en même tems , que fon départ êtoit
fondéfur le refus que les E. G. ont fait ,
d'entrer conjointement avec la Cour
dans l'équipement d'une Flote contre
la Suéde , ou contre toute autre Puiſfance.
La Cour eſt tout à fait indignée contre
le Pape , de l'affront qui luy a efté
fait en la perfonne du Comte de Peterboroug
: Comme Pair d'Angleterre, elle
prétend qu'il luy en faffe fatisfaction.
Pour cet effet, elle a écrit au Comte de
144
LE MERCURE
Galafch Ambaffadeur de l'Empereur à
Rome , & l'a chargé de demander
en fon nom au Pontife : 10 , Qu'il air
à déclarer par un êcrit figné du Cardinal
Paulucci fon Secretaire , que ce
n'eft pas par fon ordre , que le Comte:
de Peterborough a êté arrêtè . 2 , Qu'il
fera punir le Cardinal Légat de Bologne
qui a donné l'ordre pour arrêter
ce Seigneur. 30 , Qu'il promettra qu'à«
l'avenir , aucun des Sujets de Sa Majefté
ne fera inquieté dans fes Etats , directement
ou indirectement , fous- pretexte
du Prétendant. 4º , Que le Pape
promettra de ne donner à l'avenir aucune
retraite , fecours , ni entretien , aut
Prétendant. 50 , Que fi le Pape refuſe
de donner cette fatisfaction , le Comte
de Galafch a ordre de luy déclarer que
Sa Majesté fait équiper une Efcadre de
Vailleaux, avec des Galiotes à bombes,
pour aller bobarder Civita- Vechia à fes
dépens. On affùre que le Roy a êcrit à
l'Empereur à ce fujet , pour qu'il donne
ordre à fon Ambaffadeur, d'exécuter la
Commiffion de Sa Majefté. Nos Politiques
prétendent que voilà une belle
occafion pour profiter de l'Armement
de huit Vaiffeaux de Guerre , & de deux
Galiotes
DE NOVEMBRE. 145
Galiotes à bombes ; puifqu'il pourra
fervir
à deux fins ; l'un contre le Pape ,
l'autre pour tenir la balance de ce
côté là , & pour empêcher que les Efpagnols
ne pouffent leurs conquêtes
plus avant en Italie , aprés la priſe de
Sardaigne : Mais , il y a grande apparence
que cette Efcadre ne fera pas
prête avant le Printems prochain ; peuteftre
que dans ce tems- là , la Cour de
Rome aura trouvé des moyens d'affoupir
cette affaire .
De Vienne , les Novembre.
Quoique les Turcs publient que la
Porte fera des efforts étonnants , pour
agir offenfivement la Campagne prochaine
; il n'en eft pas moins vrai que
ces Infidéles recherchent la Paix avec
empreffement, & mefme fans la participation
d'aucune autre Puiffance . On
fçait que pour préliminaire , ils confentent
de céder Themefvvar , & tout le
côté Septentrional du Danube , juſqu'à
Belgrade . Mais , ils infitent extremément
fur la reftitution de cette derniére
Ville,qui leur tient fi fort au coeur,
que pour la ravoir , ils permetteront
Novembre
1717. N
146
LE
MERCURE
que l'Empereur puiffe conftruire deux
nouvelles Fortereffes fur le Danube ;
l'une , vis- à- vis Belgrade , & l'autre ,
où S. M. I. le trouvera bon. Pour cet
effet , ils offrent de lui payer un million
de Florins ; à condition cependant ,
que les Vénitiens ne feront point compris
dans ce Traité , ne voulans
leur rendre la Morée.
pas
Auffitôt que les Députez des Turcs
qui font à Belgrade , auront reçû de -la
Porte , une plus ample inftruction pour
traiter de la Paix . M. le Prince Eugéne
partira d'ici incognito pour s'y rendre .
En attendant , les Troupes Impériales
font actuellement occupées à s'êtendre
fur la droite par la Bofnie , en
tirant vers Triefte. On avance beaucoup
les nouveaux préparatifs , pour
attaquer de rechef Zvvornick , dont la
la fituation incommode fort nos Quartiers.
La Cour eft en Traité,pour prendre
à fon fervice 30000 hommes d'augmentation
de Troupes auxiliaires ,
qui lui font offertes par divers Princes
Allemagne ...
Les derniéres Lettres de
Hambourg
du dix de ce mois , portent que le Roy
de
Danemarck avance fort fes préparaDE
NOVEMBRE
147
tifs pour le meure de bonne heure
en Campagne avec une Armée de
fooo hommes : Que le Roy de Suéde
defon côté , qui a des Troupes nombreufes
& bien entretenues , ne perdpoint
de vûë fon deffein fur la Norwvege
, fe flatant d'y pouvoir faire
une invafion , à la faveur des glaces
prochaines.
Le Duc de Mexelbourg continue à
faire de nouvelles levées , pour aug
menter le nombre de fes Troupes. Il
prétend avoir fur pied une armée de
15000 hommes le Printes prochain.
On craint fort que cet Armement
n'ait d'autre objet , que fa Nobleffe ;
puifqu'il ne faut pas tant de monde
pour la réduire .
A Rome , le 11 Novembre 1717 .
Le Pape tint Confiftoire le 11 de l'autre
mois. Tous les Cardinaux , même
les abfens , avoient efté fommés de s'y
rendre. S. S. leur fit part de l'abiuration
du Prince Electoral de Saxe, faite
en 1712 à Bologne , entre les mains
du Cardinal Cafoni Legat pour lors..
dans cette Ville. C'eft le Prince mê
Nij
148 C LE MERCURE
me quia fupplié le S. P. par une Let.
tre du 28 Septembre de la rendre publique
: On ne doute pas que l'Empereur
ne prenne la défenfe du nouveau
Converti , contre toute Puiffance qui
voudroit lui nuire , ou l'attaquer fous ce
pretexte de changement de Religión.
Milord Peterborough eft toûjours
prifonnier au Fort Urbin, où il fe réjoüit
& fe divertit de fon mieux. On voudroit
bien l'élargir mais il s'y oppofe :
Come ce Seigneur fe croit trés offenfé, il
veut avoir une fatisfaction à l'avenant.
Le 25 du paffé, mourut le Cardinal
Grimaldi Gennois , né le 6 Décembre
1545. Le S. P. médite un voyage à
Urbin lieu de fa naiffance , où il verra
le Prétendant à qui il doit vifite : Il y
paroîtra avec tout l'éclat de la Papauté.
Il a épargné à ce deffein les frais de
trois Villegiatures ; & c'eft pour cela
à ce qu'on affûre ,qu'il ne va point cette
année, à Caftel- Gandolphe : Chemin faifant
, il vifitera Nôtre- Dame de Lorette ,
à qui il deftine pour hommage , les
Queues de cheval nouvellement conquifes
fur les Turcs. Il est arrivé de
France un Courier extraordiniare ; il
eftoit porteur d'un Edit fameux, qui fait
DE NOVEMBRE.. 149
défenfe deparler de la Conftitution.
Quelque inftance qu'ait pû faire M.
le Cardinal de la Tremoille auprés du
Pape , il n'a pû obtenir l'Indult pour
Befançon ; quoique M. l'Abbé de Mornay
défigné pour cet Archevêché , foit
agréable à cette Cour.
Nous fommes dans l'attente , d'un
Confiftoire, pour voir fi M. de ... fera
fait enfin Cardinal : Le Pape s'y eft engagé
de parole trop pofitivement , en
difant de ce Prélat , vederà che fono
galant-huomo,
Le 4 de Novembre , le Pape tint Chapelle
dans l'Eglife de S.
Milanois , dont S. M. I.
Charles des
porte
le nom .
DU CHASTE AU
DU GRAND - MAISTRE
DE L'ORDRE DE LA JOYE .
Le vingt- trois Novembre 1717.
> fa
A Cour du Grand- Maître groffit
tous les jours de même que
corpulance. On voit arriver de tous
Nij
150 LE MERCURE
côtez , des Envoyez qui s'empreffent de
le venir complimenter fur fon joyeux
avénement à la grande Maîtriſe. Ceux
de Coindrieux , de Frontignan , de Rivéfalte
, de Caffis & de S. Laurent
font venus prefque tous en même tems.
L'on apprend par une Lettre de Frere
Rogier Bon- Temps qui eft à Lyon, où il
tient fes- Affifes à la Pomme de Pin en
Belle -Cour , que les Députez de
Champagne & de Bourgogne font en
marche .
Le nombre des Freres augmentans
chaque jour , le Grand-Maître a cu
qu'il étoit néceffaire de leur donner
des Statuts , pour leur fervir de Régle .
STATUTS
DE L'ORDRE DE LA JOYE.
ForandMarnFun Ordre Bachique ,
RERE François réjouiffant,
Ordrefameux &floriffant ,
Fondé pour la Santé publique.
ACEUX qui ce préfent Statut
Verront , ou entendront , SALUT.
Comme l'on fait que dans la vie
Chacun au gré de fes défirs
>
LE MERCURE
151
Cherche à fe faire des plaifirs
Selon que fon goût l'y convie.
Nous , qui voyons que nos beaux jours
Et l'hûreux tems de la jeuneſſe,
Fuyent avec tant de viteffe ,
Que rien n'en arrête le cours ;
Et voulans le
que
peu d'années
Qui nous conduisent à la mort ,
Soient tranquiles & fortunées
Malgré les caprices du Sort.
De notre certaine Science
Parmi la joye & l'abondance
Débaraffés de toutfouci,
,
Nous avons dans une Scéance ,
Dreffé les Statuts que voici .
DANS vôtre Augufte COMPAGNIE
Vous ne recevrez que des gens ,
Tous bien buvans & bien mangeans ,
Et qui ménent joyeuſe vie.
Meflez toujours dans vos repas
Les bons mots & les chansonnettes ,
Buvez razade aux Amourettes ;
Mais pourtant , ne vous foulez pas.
Quefi par malheur , quelque Frere
Venoit à perdre fa raifon ,
Prenez pitié de fa mifére
Et le menez dans fa maison.
Pour boire le Jus de la Treille
Servez- vous d'un verre bien net ;
,
152 LE MERCURE
Mais n'embouchez pas , la Bouteille :
Car , je fçai quel en est l'effet.
Je veux que deformais à Table ,
Chacun boive àfa volonté.
Les plaifirs n'ont rien d'agréable™
Qu'autant qu'on a de liberté.
Nefaites jamais violence
A ceux qui refufent du Vin ;
S'ils n'aiment pas ce Jus Divin ,
Ils en font bien la pénitence .
Dans mes Hôtels fi d'avanture ,
Un Frerefalit fes difcours
Par la moindre petite ordure ,
Je l'en bannis pour quinze jours.
Quefi ces peines redoublées
Sur lui ne font aucun effet ,
Toutes les Tables affemblées
Je veux que fon Procès foit fait.
Gardez- vous fur-tout de médire ,
Et lorfque vous ferez en train
De vous divertir & de rire ,
Ménagez toujours le Prochain.
Enfin , quand vous ferez des nôtres
Dans vos befoins fecourez- vous ;
Le plaifir de tous le plus doux
C'eft de faire celui des autres.
Chez Frere MISEAU CRAMOISY , Imp.
& Libraire de l'Ordre de la Joye ,
au Papier Raifin.
DE NOVEMBRE
753
On diftribuëra chez le mefme , les
Livres fuivans .
L'Art de bien vivre , ou le Cuifinier
françois , par Robert Vinot Auteur
de la Sauffe à Robert.
Remarques fur les Langues mortes ,
comme Langues de Boeuf , de Cochon ,
& autres , par un Frere de la Société.
Recueil de diverfes Piéces de Four ,
par Frere Godiveau .
Maniére facile de rendre l'Or potable
, & l'argent auffi , par Frere la
Buvette.
L'Art de bien boucher les Bouteilles,
par Frere Ramequin. Impreffion de
Liége.
J
E donnai le mois de May dernier ,
une Epitre en Vers de Mile de Lu
fur la Pareffe. Le favorable accueil que
le Public fit à cette Piéce , m'eft garant
du fuccez d'un nouvel ouvrage.
de fa façon, dont elle veut bien parer ce
Mercure. C'est une fable mithologique
où elle attaque avec grace & enjoüement
, le préjugé qui donna autre - fois
naiffance au culte infenfé des faux
Dieux .
154 LE MERCURE
Les Payens adoroient Pallas fille de
Jupiter , & atribuoient à cette Déeffe
une naiffance toute merveilleufe : Ils
prétendoient donc que le bon Jupiter
voulant faire dépit à Junon , s'eftoit
mis en tête d'engendrer fans elle , & fans
le fecours d'aucune femme : Qu'un beau
jour , ce Dieu avoit exécuté ce projet à
la vue de tous les Immortels ; que l'af
femblée célelte avoit tout à coup vâ
Pallas furnommée la Sageffe , fortir du
Cerveau de fon Pere , vetuë d'une Cuiraffe
, le Cafque en tête,& la lance à la
main.
C'eft de ce trait de la Theologie Payenne
que Mile de Lu prend droit d'ériger
le Prejugé en Docteur , mais en
Docteur ridicule ,& de feindre qu'il eft
né du Cerveau deJupiter yvre. Il s'en
faut beaucoup que le prejugé nous gouverne
aujourd'hui ,comme il regentoit
nos Ayeux dans ces tems.reculés dont
parle Mlle de Lu. Il tenoit alors école
de Réligion & de Philofophie tout enfemble
; mais , il ceffa d'être Theologien
, lorfque la vraye Réligion fut embraffée
par les Gentils . La raifon & la
foy s'emparerent de cette partie de fon
ancien domaine ; & depuis, il ne fe mêla
DE NOVEMBRE. 753
pour
plus que d'être Philofophe . Retranché
dans les Colleges , il y profeffa fierement
& fans aucun trouble ,les Sciences
naturelles jufques au commencement
du dernier fiécle : Epoque fatale
lui . En effet, ce fut alors que la Raifon
commença à faire guerre ouverte au
faux Docteur, & à revendiquer contre
lui , les Ecoles dont il s'étoit emparé
Il fit valoir durant quelque tems fa longue
poffeffion , & prétendit qu'elle devoit
preferire contre les droits de la raifon
; mais , tandis que les Difciples zélés
du prejugé tenoient ferme pour lui ,
la raifon de fon côté formoit un nouveau
Peuple & le difciplinoit de maniere,
que bientôt elle fe vit en êtat de parler
imperieufement à l'Ufurpateur.
Il est vrai que la Raifon n'eft pas
encore aujourd'hui rentrée dans tous
fes droits ; mais, la Génération qui nous
fuit , achevera ce que nous avons commencé
en fa faveur..
L'ORIGINE DU PREJUGE
D
A M. L'ABBE DE PONS.
U Prejugéredoutable ennemi,
De Pons , chez qui la Raifon re-
Spectée
756 LE MERCURE
Eft toujours Jeule confultée ;
Et voit fon Empire affermi.
Je vous adreffe cet ouvrage
Non , pour briguer votre fuffrage ,
u pour vous dire en termes ennuieux
s
Que je vousfais un Préfent merveil
leux.
Ne recevez ceci que comme un badinage
J'ai voulu m'eguaïer & n'ai point affecté
De donner à ma Fable un air de verité.
Vous y verrez, qu'avec peu d'étalage ,
Pour debiter quelque Moralité ,
J'ai du menfange emprunté le langage
;
Et que fous ce masque impofteur
Je fçai du Vrai faire entrevoir l'image.
Quoi qu'il en foit : Si le lecteur
N'approuve pas ce bifare affemblage ,
Qu'il me pardonne , ou j'en appelle
au fage
Qui fçait , qu'auffi bien que le coeur
L'Efprit a fon libertinage.
DE NOVEMBRE.
157
L'ORIGINE DU PREJUGE'
J
FABLE.
Adis , las des plaifirs qui les avoient
flatez,
Les Dieux ne vouloient plus d'un bonheur
fi tranquile ;
Par l'attrait des difficultez
Leurs defirs languiffans n'êtoient point
irritez ,
A leurs voeux , tout êtoit facile .
Les Graces de la Nouveauté
Manquoient à leur felicité ;
L'Ennui les faififfoit à table ,
Momus n'y laiffoit plus échapper de bons
mots.
Enfin , dégoutez d'un repos
Qui leur étoit infuportable ,
Pour bannir cet ennui des Cieux ,
Jupiter tint confeil , affembla tous les
Dieux.
Mais , n'imaginant rien qui pût les fatisfaire
,
Il pria le Deftin d'examiner l'affaire ,
Et de leur enfeigner, pour combler leurs
fouhaits,
Comment ils fe pouroient occuper defor
mais .
158
LE MERCURE
Pour diffiper l'ennui qui vous domine ,
Voici , dit le Deftin , ce qu'ici j'imagine.
Ne vivez plus oififs comme autrefois
►
Créez un peuple & donnez lui des
loix.
Mettez en lui la connoiffance
De fon neant & de vôtre excellence.
Entre les dons qu'il faut lui départir,
Eclairez le d'une raifon folide ;
Car , qui voudroit regner fur un peuple
ftupide ?
Non , non , il faut qu'il foit capable de
fentir
Quel est votre être , & l'étenduë
immenfe
De votre immortelle puiffance :
Lors , connoiffant quels respect's vous
font dûs •
De fes talents vous raportant l'hommage
2
Vous le verrez par des voeux affidus
S'applaudir de fon esclavage.
Quy , prompts à vous fervir, chaque jour
les Mortels
Feront fûmer l'encens fur vos autels.
Il dit , & tous les Dieux fans tarder
davantage
DE NOVEMBRE. 159
Adopterent l'avis , commencerent l'ouvrage,
Formerent l'Homme , & d'un coma
mun accord
En fa faveur chacun fit un effort.
Tous à Penvi , de quelque don l'orex
nerent ;
Mais , de tous les Préfens des
Dieux
Et le dernier & le plus précieux ,
Fut la Raifon qu'ils lui donnerent.
Alors, par leurs foins achevé,
L'Homme , dit- on , à leurs yeux fut
trouvé
Sans nul défaut , fans la moindre
foibleffe ,
Et fa raifon égalloit leur fageffe .
Il fallut lui donner des loix
De l'augufte affemblée on recueillit les
voix .
Les Dieux alors , tombans de laffitude
›
Accablez du Jommeil qui venoit les
preffer
Ne fongeans qu'à se délaffer
Aprez un travail auffi rude ,
Se baterent de les dicter.
Surpris de la beauté de leur nouvel onvrage
,
160
LE
MERCURE
Ils ne ceffoient de s'en feliciter :
Mais Apollon , par un fecret préfage
L'examinant d'un oeil jaloux ,
De la Raifon conçeut un jufte ombrage.
Hé quoi , dit-il , enflamé de couroux
,
Eft-ce pour l'égaler à nous
Que nous avons fait l'Homme ; & par
quelle manie
Avons nous à l'envi tous orné fon genie
?
J'en crains pour nous un trifte évenement.
On connut , mais trop tard , qu'il pen-
Soit fainement :
L'Homme , en effet , permit àfes lumieres
De pénétrer dans les Caufes premieres
;
Ofa des Dieux dévoiller les fécrets ,
Leur demanda raifon de leurs décrets
,
Epia la Nature : Enfin , de chaque
chofe
Par fon effet fçeut connoître la caufe.
Rien n'échappoit à fon oeil curieux ;
Et de plus prés examinant les Dieux ,
IL
DE NOVEMBRE.. 161
Il fe difoit , pourquoi , par quel ca
price ,
Me traitent- ils avec tant d'injustice ?
Tandis qu'ils font efclaves des plaifirs
>
Qu'ils n'ont jamais combattu leurs
defirs ,
Si l'on en croit leurs loix illegitimes,
Les imiter , c'est commettre des crimes?
N'auroient- ils donc fait naître dans.
mon coeur
DesPaffions le charme feducteur ,
Que pour jouir du biſare avantage
De mepunir, fi j'ofe en faire ufage ?
Tels étoient fes difcours par la Raiſon
dictez :
Les Deux juftement irritez
Du crime de l'humaine engeance
;
Dans un feftin délicieux
Que leur donnoit le fouverain des
Cieux ,
Difputerent entr'eux duchoix de la van
geance :
Chacun crioit à qui mieux mieux,
Leurs Cris troubloient les plaisirs de
·la fête.
Vous euffiez vu le bon Jupin ,
162 LE MERCURE
Durant ce bruit qui lui rempoit la
tête,
Dans des flots de nectar détremper
fon chagrin.
Il en but trop , & la liqueur joyeuse
Echauffant fon Cerveau, lefit gefticuler,
Rire, chanter , caprioler ,
D'une maniere fcandaleufe.
Dans leur étonnement, les Dienx
Honteux pour lui , n'ofoient lever
les yeuxs
Quand tout à coup, trépignant d'allegreffe,
Il dit en bégaiant,filence ici , je crois
Queje vais accoucher une feconde fois ;
Qu'à me feliciter chacun de vous s'em
preffe.
Du je me trompe fort , ou bientôt à
Pallas
Jupiter va donner un Frere :
Dans ma tête je fens un terrible fracas
,
Ceci renferme un angufte Miftere.
Il dit , & dans l'inftant , on vit de fon
Cerveau
Sortir un Prodige nouveau :
Un Monftre pedantefque à contenance
altiere.
Il avoit l'air imperieux »
DE NOVEMBRE. 163
L'orgueil éclattoit dans fes yeux
Cependant , fa foible paupiere
Ne pouvoit foutenir l'éclat de la lumiere.
Les Dieux examinoient fon maintien
affecté ,
Sa demarche , enfin tout , juſqu'à ſon
moindre gefte.
Loin d'en être déconcerté,
Sa fierté s'en accrut ; d'un ton d'autorité
Il fit une barangue à la Troupe Célefte
,
Qui ne pouvant garder fa gravité ;
Abregea le difcours par maint éclat de
rire.
Jupiter confus & furpris
D'avoir pu faire un fils fi digne de
mépris ,
Les yeux baiffez , n'ofoit rien dire.
Bien lui vallut encor dans fon affliction ,
D'avoir bûplus qu'à l'ordinaire :
Mieux que la Raifon n'eut pu faire,
L'yvreffe en cette occafion ,
Lui fauva la monié de la confufion.
Pallas examinant fon ridicule Frere ,
Dit en maître des Dieux. O Vous ! qu'en
ce moment .
L'ai bonte d'apeller mon Pere ,
· Oij
164 LE MERCURE
N'efperez pas impunément
Deshonorer notre famille ,
Ou defavoüez vôtre Fille ,
Ou chaffez ce .... Ho doucement ,
Dit Phoebus ? Calmez vous Déeffe;
Hé quoi , faut-il que Lafageffe
Parle avec tant d'emportement ?
Du fils de Jupiter ne foyez, point en
peine ,
De l'Olimpe on va le bannir
Au Livre du Deftin j'ai lû fon
avenir >
J'ai de fon fort conoiſſance certaine
.
Notre frere , Pallas , fe nomme Préjugé.
Vous voyez qu'aujourdhui , bravant nôtre
puissance ,
L'Homme afpire à l'independance ;
De nos loix , la raifon l'a prefque degagé
:
Mais , il va deformais rentrerſous nôtre
empire ,
Prejugé feul ,peut le reduire.
Chez les Mortels en Docteur erigé
Envoyons ce nouveau Confrere.
Ileft fot , ignorant ; mais n'importe, j'efpere
Que chez eux ilfera bientôt acredité.
DE NOVEMBRE.
165
Il eft impérieux , l'infolence le guide ,
Il viendra de loin , il décide ;
C'en eft affez pour qu'ilfoit écouté.
Nous le verrons avec audace ,
De la Raifon prendre la place ;
Et ramener aujoug les rebelles Humains.
Par mille battements de mains
Ace projet tous les Dieux applandirent
;
Et pour l'éxecuter , voici comme ils s'y
prirent.
Ils donnerent au faux Docteur
En l'envoyant régenter fur la terre ,
Le titre de Legislateur ,
Avec ordre de faire une éternelle guerre
Ala Raifon , à tousfes Adhérans.
Chezles humains arrivépour détruire
De la raifon le fouverain empire ,
Préjugé des plus ignorans
Gagna d'abord la troupe ridicule ;.
Car tout ignorant eft crédule :
Par le nombre entraînez , bientôt tous les
Mortel's
De la raifon briferent les Autels.
En quittant des ingrats qui l'avoient outragée
,
Elle en crut être affez vangée.
Alors, loin de perçer l'obfcure verité ,
Adorateur d'un bizare fiftême ,
166 LE MERCURE
L'homme ne connut plus ce qu'il êtoir
lui-même.
La plus groffiere abfurdité
En impofa fans peine àfa crédulité.
Non content d'encenfer Lupin & ſa Sequele
,
Indignes Habitans des Cieux s
L'Imbécile fe fit maint Idolé nouvelle
Créateur defes propres Dieux.
AND INTO (ANITY
Le Miroir étoit le mot de la premiere
Enigme du mois paffé & le mot ,
Taupe , celui de la feconde.
ENIGME..
C Herchant fortune dans Paris ,
Je fuis peu dangereux pour les jaloux
Maris ;
Car,mon allûre eft indifcrete :
On me voit venir de cent pas..
Parfois , la plus fiére fillette
Me regardant du haut en bas ,.
Fait cependant le premier pas :
Mais , dés la porte eft ouverte ,
Bon pied , bon oeil , elle me tient alèrte ;
D'abord, elle me prend la main ,
que
C'est par malheur , quand trop je la lui
donne :
DE NOVEMBRE. 167
J'enfuis faché. Bon foir fripone ,
Je ferai plus bûreux demain .
AUTRE.
D'Un Pere meurtrier on dit que je
fuis fille ,
Je cheris cependant la Paix ;
Puifque l'accord , & le bon ordre brille
Dans tout ce que je fais.
De mes Peuples , les uns font noirs , les
autres blancs ,
Sous différente Ligne , ils retiennent
leurs rangs s
Sujets à tout caprice , & par un trait
bizarre ,
Jamais d'accord , qu'un tiers au moins ,
ne les fépare..
De moi-même je fuis fans vie ,
Jela donne à ceux de qui je la reçois :
Mais , belas ! Quelquefois
Je me la vois ravie
Par un foupir qui me coupant la voix,
Me laiffe comme évanouie.
J'aifléchi l'Achéron , j'ai bâti des Mürailles
,
Je prefide aux Batailles ,
Et Maîtreffe abfolue & des Airs & des
Tems ,
Je dirige les Vents.
463 LE MERCURE
CHANSON.
Hers de
Gregoire eftmous , le grand
Une pinte de Vin imprudemmentſablée
Afine fon illuftre fort ,
Et fa Cave eft fon Mofolée :
O vous , qui defcendez dans ce charmant
Tombeau
Necroyez pas quefon ombreyrepose ?
Elle eft encore errante au tour de fon
Tonneau ,
•Pas
C'eft de larmes de Vin qu'elle vent qu'on
l'e roſe .
Quoique cette Chanfon ne foit nouvelle
, je l'ai cependant préfereà pluhieurs
autres qui m'ont été envoyées : Je
me flate que ceux qui ne la connoiffent
pas , feront charmés de la trouver ici .
-+
Nous annoncames dernierement
un
Livre , qui a pour Titre , Regle
artificielle du tems : Nous promimes d'en
donner l'Extrait ; c'est avec plaifir que
nous fatisfaifons
aujourd'hui
à nôtre
engagement Persuadéque c'eftfervir
le Public que de iny faire connoiftre un
Traité,qui a mérité l'approbation de l'Académie
des Sciente . Ce Livrefe trouve
chez Gregoire Dupuis rue S. Jacques a
La Fontaine d'Or. L'Auteur
novembre 1I
9:2
Chers Infans deBaccim
- ment
sablée
, α
fir
J
ci o vous qui de
ombreyrepo- se; Elle &
J
J
Cest de larmes de Vin :
1
DE
NOVEMBRE.
169
L
'Auteur entre en matiere , par une
petite differtation fur la conftruction
des Horloges & des Montres en
général : Il en donne une idée fort nette.
Le reste de fon ouvrage eft divifé
en dix Chapitres. Dans le premier , il
diftingue les differentes
efpeces
d'Horloges
& de
Montres , & enfeigne les
degrés
d'exactitude, qu'on doit attendre
de
chacune de ces
efpeces en particulier
, fuivant la Nature ou les Principes
de fa conftruction.
Le fecond Chapitre contient des
raifons tant. Phifiques que Méchaniques
; pourquoi les Montres de Poches
ne peuvent pas aller auffi
regulierement
que les Pendules, quelques perfections
que les plus habiles Ouvriers leurs
puiffent donner.
с
Leze , 4° &
Chapitres roulent
fur la divifion
naturelle &
artificielle
du Tems , fur la Nature du Tems vrai
& du
Tems moyen , ainfi
diftingué
par les
Aftronômes , & que
l'Autheur
aime mieux
appeller Tems
apparent
& Tems égal ; & fur le
moyen de
trouver ces Tems par le Soleil & par
les Etoilles fixes , avec toutes les pré-
Novembre 1717 .
P
170 LE MERCURE
cautions réquifes . Les matieres contenues
dans ces 5. 1ers Chapitres , font
traîtées avec beaucoup d'ordre & de
clarté ; & quoiqu'on y trouve un affez
grand nombre de traits de Phifique
,de Méchanique & d'Aftronômie,
qui ne foient pas à la portée de tout le
monde , l'Autheur a pourtant rendû
ces chofes trés faciles à entendre , à
ceux mêmes qui font les moins au fait
des ces fortes d'études .
Lefixiéme Chapitre traite de la maniere
de fe fervir du Tems apparent
& du Tems égal , pour bien regler les
Horloges & les Montres : On y trouve
plufieurs inftructions fort détaillées qui
conduifent à ces Opérations.
tre par
Les Chapitres 7. 8. contiennent des
difcours un peu moins arangés que ces
premiers , qui roulent fur le choix des
Montres , & ce qu'on en peut connoîl'effai
; on y apprend pourtant
plufieurs chofes qu'on ett bien aife de
ne pas ignorer. Le Chapitre 9e traite
de la Nature & de l'office du Reffort
fpiral dans les Montres de poches ,
avec les regles ou inftructions néceffaires
, pour fçavoir faire avancer ou
retarder le mouvement d'une Montre ,
DE NOVEMBRE. 171
felon qu'il en fera befoin . Les regles
contenues dans ce Chapitre , intereffent
toutes les Perfonnes qui ont des Mon
tres ; & on y trouve des remarques affez
curieufes fur la délicateffe de cette
operation. Le Chapitre 10 contient
quelques regles générales pour le ménagement
des Montres de poches; avec
quelques réflexions fur l'importance de
l'art de les raccommoder ; & fur les
abûs qui s'y commettent.
,
On trouve enfuite des remarques
de feu M. le Baron de Libnitz fut cer
ouvrage , & aprés , celles d'un Sçavant
Jefuite, regardans l'Equation du mouvement
du Soleil . Ces dernieres ont
excité l'Auteur à y répondre , pour
mettre cette matiere jufqu'ici affez embrouillée
, dans un plus beau jour .
Il conclut par la Defcription d'une
Montre de fon invention , qui eft
conftruite différemment des autres..
Comme ce Mémoire a efté prononcé
devant l'Ac . R. des Sçi . & qu'elle en
a porté fon jugement , qui eft plus circonftancié
que ceux qu'elle a coûtume
de donner en pareil rencontre ; je
ne puis donner une meilleure idée de
cette partie de l'ouvrage , qu'en rap-
Pij
172 LE MERCURE
portant le jugement même de l'Académie
, qui eft enſemble & un extrait
& une approbation.
RAPPORT
l'Académie
De Meffieurs Commis par
Royale des Sciences , pour examiner un
Mémoire , intitulé Defcription d'une
Montre de nouvelle conftruction , &
les piéces mêmes d'une Montre exécutées
fur les principes du Mémoire
. Par H. Sully.
N
Ous avons examiné avec foin ,
fuivant l'ordre de l'Académie ,
le Mémoire qui lui a etté preſenté par
le fieur Sully , ayant pour titre . Defcription
d'une Montre de nouvelle con-
Struction , & contenant les Caufes les
plus confiderables & les moins connuës ,
des défauts qui fe trouvent encore dans
les Montres portatives , les moyens de
rendre leurs mouvemens plus juftes &
cette jufteffe plus durable . Nous avons
examiné en même tems & avec le même
foin , toutes les piéces d'une MonDE
NOVEMBRE. 173
tre exécutée par l'Autheur,fur les principes
établis dans le Mémoire , & nous
avons efté fi pleinement fatisfaits & du
Mémoire & de la Montre , que nous
nous croyons obligés de lui en rendre
un témoignage qui réponde à l'idée
que nous en avons conçue.
Nous avons remarqué dans l'inven- .
vention de l'Autheur,trois chofes principales
. 1º Une diminution des frotemens
trés confiderable , & par des vo-.
yes qui nous ont parû également fimples
& ingenieuſes . z . Une adreffe finguliere
pour conferver dans une égalité
conftante , ce qui refte de frotemens.
3. Un arangement des parties de la
Montre , qui marque beaucoup de fagacité
dans l'Inventeur , & qui promet
une plus grande perfection ; l'arrangement
ordinaire eftant une des
principales caufes de l'inégalité du
dans une Montre miſe en mouvement ,
differentes
pofitions .
Au refte , les attentions fenfées &
délicates,que l'Autheur à eues dans fes
recherches , & qu'on voit avec plaifir
dans fon Mémoire ,jointes à l'ordre & à
la netteté qui y regnent, annoncent un
Talent qui pourroit dévenir d'autant
P iij
174 LE MERCURE
plus utile, qu'il eft moins commun aux
perfonnes qui s'attachent à la pratique
de l'Art dont il fait profeffion . Et l'exactitude
pleine d'adreffe qui paroît dans
F'exécution de fa Montre , nous fait efperer
de fa main des Ouvrages plus
achevés que ce qu'on a vu jufqu'à prefent.
Donné à l'Académie le 10.Juin1716.
Ce rapport a efté unanimement approuvé
par tout le Corps , & enregiftré
dans les Mémoires de l'Acadé-
- mie .
LES
Es Dialogues des Vivants par M.-
l'Abbé Bordelon , demanderoétum
Extrait du moins auffi eftendû que celui
qu'on vient de lire ; mais ,je renvoie
les Curieux à l'Original - mefme qui les
fatisfera beaucoup mieux que moi. Il
fe vend chez PIERRE PRAULT
fur le Quai de Gefvres , au Paradis.
On trouve auffi chez le mefme Libraire
, trois nouvelles Lettres fur la
Comedie Italienne > avec les Déclarations
, Edits & Arrefts , tant anciens
que nouveaux.
DE NOVEMBRE. 175
Nfçait que les Extraits que nous
avons donné des Mémoires du Cardinal
de Retz, dans quelques - uns de nos
Mercures , ont eftéfuivis de plufieurs Editions
de ces mefmes Mémoires.
Celle de Nancy en 3. Volumes In- douze ,
qui a paru la premiere , eft de toutes , la
moins fautive & la mieux imprimée.
Il auroit eftéà fouhaiter que les Libraires
qui ont donné ces Editions , ûffent efté
fournis de Manufcrits plus corrects &
moins défigurés par les Lacunes.
42.PAYOPAYYEOEGRR.TEPRVE PR
JOURNAL DE PARIS.
Le
ER.P.Surian Prêtre de l'Oratoire
& Prédicateur célébre , ayant été
nommé pour prêcher devant le Roy ,
l'Avent où nous entrons , ouvrit ſa Station
par le Sermon de la Touffaints.
Il avoit pris pour Texte , ces paroles
de l'Apôtre. Hac eft voluntas
Dei , fanctificatio veftra. La volonté
de Dieu eft que vous foyez faint.
L'interprétation de ce Paffage lui
ayant fourni un très beau Difcours , le
iiiij
175 LE MERCURE
conduifit encore trés hûreufement à
cette conclufion qu'il adreffa au Roy.
Mais , ce que l'Efprit- Saint adreffe aujourdhui
à tous les hommes , SIRE ,
il femble le dire d'avantage à VÔTRE
MAJESTE ' , & d'une manière plus propre
& plus perfonélle. Car , où la volonté
de Dieu de fanctifier un Roy ,
fut- elle jamais plus fenfible ? Rappellés
ici dans votre coeur tout ce que Dieu
a fait pour vous. Il vous a conduit au
Thrône par des événemens fi inoüis ,
´qu'
'ils ont attendri fur nous le reſte du
Monde. Lorfque vosjours eux- mêmes
furent menacez , il daigna vous conferver
à nous , par les foins de la Gardienne
Illuftre de Vôtre Enfance , qui
fe croit plus hûreufe encore de vous
avoir infpiré la Vertu , que de vous
avoir fauvé la vie. Pour imprimer plus
profondément dans votre Ame le
néant du Monde , la crainte de Dieu ,
l'amour de vos Peuples , il vous a rendu
Spectateur de la mort fi héroïque
fi chrêtienne de vôtre Bis- Ayeul : Ec
les leçons qu'il vous fit en ce trifte
êtat , furent fi belles , fi touchantes ,
que vous ne les oublierez jamais . Ne
mettant à fes faveurs , ny mefure , ny
>
DE NOVEMBRE. 177
›
"
bornes , il vous a donné un de ces Naturels
hûreux , qui font faits pour la
Vertu ; un coeur droit , bon , fincére
généreux , docile pour le bien , timide
fur le mal , tendre pour les malhûreux ,
fenfible & reconnoiffant pour tous ceux
qui vous approchent , un Eſprit pénétrant
, une Ame grande , des fentimens
élevez , des inclinations nobles , un
fecret éloignement pour tous les amufemens
puériles . Ce qui eft encore de
vôtre âge , n'eft déja plus de vôtre goût,
& déja Maître de vous- mefme, vous aimés
à eftre tout ce qu'il faut que vous
foiez ; plein de dignité dans le maintien
& dans les paroles , fçachant repréfenter
& vous contraindre , ou plûtôt
ne vous contraignant jamais , dans
ce que la Raifon & la Bien-féance demandent
; nous offrant des Vertus dans
un âge , où l'on ne laiffe voir encore
que des efpérances ; furtout , Religieux
envers Dieu ; enforte que dans la jeuneffe
la plus tendre , non feulement
vous etes Roy , mais encore , ROY
TRE'S - CHRESTIEN, qui eft le plus
beau de vos Titres.
Des Graces fi rares , ne font- elles pas ,
SIRE , des engagemens heureux à
178* LE MERCURE
la fainteté ? Non , Dieu n'a pas raffemblé
fur VÔTRE MAJESTE tant
de genres de Prodiges , pour faire de
vous , précisément un Roy , mais pour
en faire unbon Roy , un grand Roy , un
faint Roy ; & il vous eft dit d'en haut ,
plus expreffément qu'à nul autre : La
volonté de Dieu est que vous foiez faint-
Il y a plus , SIRE : Ne pas vous fantifier
, ce feroit dégénérer de vôtre
Augufte Naiffance : Car , j'ofe dire
fans crainte d'eftre démenti , que vous
eftes le Fils d'un Saint. Ah ! S'il eft encore
fenfible aux chofes d'ici bas , ce
Prince
qui vécut affez pour fon bonheur
, & trop peu pour le nôtre ; qu'il'
eft tranfporté de joye , en voyant ce
que nous voyons ! Je crois l'entendre
qui s'écrie avec ce Pere attendri dans
l'Ecriture Quale gaudium mihi !
Quelle confolation pour moi ! Credo
equidem quod Angelus Dei bonus conducat
Filium meum. En regardant chacun
de ceux qui préfident ou qui concourent
à une éducation fi chere , il met
femble que Dieu lui- même a envoyé du
Ciel un guide fidéle , pour conduire
mon fils. Tout ce qui fe paffe au tour de
lui , fe fait avec fageffe & avec ordre :
T
DE NOVEMBRE. 179
Et bene omnia aguntur qua circa eum
fiunt . Cette joye puiffe - t - elle croître
chaque jour dans fon coeur. Et vous ,
mon Dieu ! Si la France vous eft encore
chere , confervez - lui un Thréfor
fiprécieux ; vous vous appellez le Pere
de l'Orphelin : En eft - il un dans l'Univers
plus digne qu'un Dieu l'adopte ?
Veillez fur fes jours , veillez fur fes Vertus
naiffantes : Verfez ſur cet Objet de
nôtre Amour, vos Bénédictions les plus
faintes. Difpofés- le par vôtre Efptit à
gouverner un jour ce grand Empire ,
avec la même prudence , la mefme juftice
, la mefme bonté , que le gouverne
aujourd'hui le Régent Augufte ,
à qui vous l'avez confié ; afin qu'aprés
avoir porté faintement la plus belle
Couronne de l'Univers , il mérite d'en
recevoir une éternelle dans le Ciel.
M. le Maréchal de Villeroy joüiffoit
depuis 19 ans , d'une gratification de,
50000 l . de rentes, que le feu Roy lui
avoit accordée fur les Octrois de la
Ville de Lyon , dont le bail ſe renouvelle
tous les 6 ans : Comme le terme
expiroit , ce Seigneur ayant demandé
la même grace à S. A. R. Elle fe fir
un plaifir de la lui continuer. A peine
180 LE MERCURE.
l'eut -il obtenue, qu'il la remit fur le
champ avec la générofité ordinaire , à
S. A. R. , difant qu'il n'avoit fongé en
la follicitant , qu'à l'honneur de l'obtenir
, & que ce feroit abufer des bontez
du Roy , furtout dans un tems où
tant d'Officiers de mérite avoient plus
befoin que lui , des largeffes de S. M.
On travaille depuis quelque tems à
la grande livrée de M. le Duc de Lorraine.
Les Habits au nombre de prés
de 100 , tant pour les Valets de pied,
que pour les gens d'Ecurie,font d'écarlatte
avec de fort beaux Galons ; ils
font doublés d'une Etoffe de couleur
de Jonquille . Il y a de plus , 20 Habits
pour les Pages avec les manches de
Velours ou de Bracelets . Les 7. Trompettes
des plaifirs de ce Prince ; les 12.
Trompettes & Timbaliers de la Gendarmerie
; les 2 Tambours & Fiffres
des Suiffes de fa garde auront des
Cafaques de la grande livrée gallonées
en plein , avec les pareméns de Velours
deJonquille. On ne fait pas encore précifément
, quand M. le Duc & Mde la
Ducheffe de Lorraine fe rendront à
Paris .
M. l'Abbé Chevalier , & le P. de
DE NOVEMBRE. 181
la Borde de l'Oratoire , font de retour
de Rome où ils êtoient allés il y a
plus d'un an , pour les affaires de la
Conftitution . M. le Cardinal de Noaïlles
a offert au premier , dans l'Eglife
de Paris , un Canonicat vacant qu'il
n'a pas accepté.
"
M. le Comte de Ryons a achetté
de M. de S. Vians qui eit fort âgé , le
Gouvernement de la Ville de Coignac ;
il rapporte 1200o liv. de rentes ; il n'oblige
point à refidence.
Les Acquereurs des 120000 liv . de
rentes viageres , à raifon du dénier feize,
pour parvenir à l'extinction d'une
partie des Billets de l'Etat , pouront
les conftituer fous le nom de telle perfonne
qu'ils voudront choifir , tant Sujets
du Roy , qu'Etrangers non naturalifés
, ou demeurans hors du Royaume
, pour en joüir tant par eux , que par
ceux qu'ils nommeront fur leurs quittances
, pendant la vie de la perfonne
qu'ils auront nommée.
Le Roy a commis M. Defnoyers de
Lorme , intereffé en la ferme des Domaines
duRoyaume, pour recevoir tou
tes les fommes qui proviendront de la
vente des dits Domaines , en Billets de
182 LEMERCURE
·
l'Etat ; & S. M. remet à fes Sujets les
2 f. pour livre du prix de leurs acquifitions.
M. le Grand- Prieur a donné fon confentement
, pour faire M. le Chevalier
d'Orleans Coadjuteur du Grand- Prieuré
de France. Mér le Duc Regent a donné
M. de Cauverel pour Gouverneur ,
à ce Chevalier qui fait fes exercices
à l'Académie de Long- pré.
M. de Caumartin a efté nommé avec
5. autres Confeillers d'Etat & 12 Mres
des Requêtes, pour examiner les Compres
de tous les Traitans . M. d'Ombreval
Avocat général de la Cour des
Aydes , eft Procureur général de cette
commiffion.
Le 4. fête de S. Charles , dont l'Empereur
porte le nom , M. le Comte de
Kinigfech Ambaffadeur de S. M. I. donna
dans fon hôtel , un repas fuperbe,
qui fut precedé & fuivi d'une fête magnifique
où il ny avoit rien à defirer.
Le 9. du mois , l'Académie Royale
de Mufique reprefenta pour la premiere
fois , Camille Reine des Volfques ,
Tragédie dont le Poëme eft de M.
Danchet , & la Mufique du fieur Campra
: Cet Opera fut parfaitement bien
DE NOVEMBRE. 18;
reçû du Public. J'entend dire aux Mres
de l'Art , que la Mufique en eft continûment
belle : Ces Mis en cette occafion
, fe déclarent en faveur de leur Emule
, avec un zele généreux qui tient
du prodige. M. Danchet n'eft pas f
bien fervi de la part des Poëtes les
Rivaux : Cela eft dans l'ordre.
M. de Bafville revient de Languedoc
, & M. de Bernages Intendant
d'Artois , eft nommé pour le remplacer.
M. d'Angervilliers à qui eftoit deftinée
cette Intendance , a mieux aimé
refter dans celle d'Alface , & M . de Meliand
Intendant de Lyon , paffera à celle
de Picardie & d'Artois ; M. Poulletier
qui a efté Intendant des Finances
, va relever ce dernier.
Il eft arrivé fur le Vaiffeau du Roy
le Paon, deux jeunes Sauvageffes de la
Nation des Chetimacha , fituée fur le
fleuve de la Loüifiane : Ces Peuples
font toûjours en guerre avec leurs voifins.
Lorfqu'ils tombent entre les mains
de leurs Énnemis , & reciproquement
' ceux- ci , entre les leurs , la mort eft
prefqu'inévitable , à moins qu'ils ne
trouvent à vendre leurs Prifonniers aux
François . Ceux ci , pour leur fauver la
184 LE MERCURE
vie,& les inftruire dans la Réligion Ch.
font comme forcés , de les acheter, quoique
le Roy n'ait point permis jufqu'à
prefent qu'on en fit des Efclaves. Madame
la Ducheffe de Noaillés les a
retirées d'un Paffager venant du
Miffiffipi : Elles n'ont rien de trop remarquable
, fi non qu'elles ont le teint
de couleur olivatre ; fans compter
les parures de leur Païs , qui confiftent
à avoir des bouquets de plumes fur
la tête , & beaucoup de Verroteries au
tour du Col.
Le Roy a donné à M. le Marquis
de la Carte , la Lieutenance générale
du Bas- Poitou , vacante par la démiffion
volontaire qu'en a faite , M: le
Marquis Deffiat qui en ettoit pourvû :
Les provifions de M. de la Carte font.
dattées du 7 Novembre 1717.
Le 11. Fête de S. Martin , Madame ,
Ducheffe de Berry tint Toilette , où le
trouvérent plufieurs Seigneurs & Dames
de la Cour : Mr le Maréchal de
Villars , de même que Mlle de Bouillon
& Mde la Comteffe d'Evreux , y affiftérent
; cette Princeffe donna le mênie
jour Audiance à l'Envoyé d'Heffe-Caffel
Le Dimanche 14 , Mile Nonce,Mr le
Comte
DE NOVEMBRE.
185
Comte de Kinigfech Ambaffadeur de
l'Empereur , avec les autres Miniftres
étrangers , fe trouvérent à la Toilette
de cette Princeffe , de même que Mrs
les Archevêques de Cambrai, de Tours
&M l'Evêque de Gap : Après la Meffe ,
cette Princeffe alla dîner à la Meute.
Le 15 , jour deſtiné pour le Baptême
de Mr le Comte de Clermont *, dont
le Roy eftoit parain , & Madame Ducheffe
de Berry, Maraine : Cette Princeffe
fe rendit à 6. heures du foir au
Palais des Tuileries , accompagnée de
Madame Ducheffe de S. Simon fa
Dame d'Honneur , de Meſdames les
Marquifes de Pons , de Mouchy , fes
Dames d'Atours , de Mefdames les
Marquifes d'Armenters , de Braffac &
d'Arpajon , fes Dames du Palais ; de
M. le Marquis de Coëtenfao fon Chevalier
d'Honneur : Le Roy accompagné
de Madame la Ducheffe de Berry , de
Mgr le Duc d'Orleans , de Mgr le Duc
de Chartres , de Mgr le Duc , de Mar le
Prince de Conty , de Me la Ducheffe,
de Miles de Charolois & de Clermont,
le rendit à fa Chapelle , où aprés avoir
fait fa priere , on fit avancer Mr le
* Il est âgé de ans,
dehy
Novembre
1717•
186 LE MERCURE
uA Comte de Clermont , qui portoit un
Habit d'un drap blanc galonné d'argent
, un Chapeau , un Plumer , une
Epée , des Bas , & des Souliers , le tout
blanc. M. l'Abbé Milon Aumônier du
Roy, fit la Cérémonie , affifté des Officiers
de la Chapelle, & de Mrsles Curez
de S. Sulpice &de S. Germain de l'Auxerrois:
Ce jeune Prince fe mit trois fois
à genoux, pendant cette Cérémonie, le
Roy lui fit arffi trois fois le Signe de la
Croix fur le front. Sa Majefté avoit à
fà droite , M. l'Abbé de la Vieuville , &
M. l'Abbé de Caulet fes Aumôniers ;
derriere , M. le Maréchal de Villeroy
& M. l'Evêque de Frejus . Madame Ducheffe
de Berry avoit de fon côté
M. l'Archevêque de Tours fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget
& M.l'Abbé duTremblayfesAumôniers:
M. le Marquis de Coetenfao & Madame
la Ducheffe de S. Simon , eftoient
placés derriere , avec les Dames du
Palais Audeffous du Roy , eftoient
Monfeigneur le Duc d'Orleans , M. le
Duc de Chartres , M. leDuc , M. lePrince
de Conty, Madame la Ducheffe & Mile
de Charollois , avec grand nombre de
Seigneurs Mr. de Gondrin , Mrs les
:
DE NOVEMBRE. 187
S
Marquis de Rupelmonde , de Torcy
& d'autres jeunes Seigneurs de l'âge
du Roy, y étoient,portans tous la Croix
de l'Ordre du Pavillon * ; M. le Comte
de Clermont avoit à fa droite M.l'Abbé
de Guijon fon Précepteur, & M.l'Abbé
des Forges fon fous- Précepteur : M. le
Chevalier de Dampierre Premier Gentil-
homme de la Chambre de M.leDuc,
faifoit la fonction de Gouverneur ; &
en cette qualité , il mit le Bandeau des
Adultes far la tête de ce Prince. *Ala
fin de la Cérémonie , M. l'Abbé Milon
préfenta la plume au Roy , enfuite à
Madame Ducheffe de Berry , & à Madame
la Ducheffe , pour figner fur les
Regiftres On diftribua quantité de
boëtes pleines de dragées aux Seigneurs
& Dames de la Cour. Le Roy
* L'Ordre du Pavillon a efté inftitué
depuis peu par Sa Majesté , pour les
jeunes Seigneurs qui lui font la Cour :
Les Croix font d'Or émaillées : Sur le
milieu , on voit d'un côté un Pavillon ,
& de l'autre , c'est un Aneau tournant
qui eft le jeu du Roy. Le Cordon auquel
eft attachée la Croix , eft rayé de blanc &
de bleu ; S. M. le porte Elle - même
fous le Cordon bleu.
Il fut nommé Louis .
Qij
138 LE MERCURE
1
portoit un Habit de velours noir garni
de Diamans , un plumet & un ruban
couleur de feu à la cravate . Madame
Ducheffe de Berry, avoit un Habit d'un
drap d'or , dont l'étofe feule avoit couté
9000 liv . Les Perles & les Pierreries
en faifoient la broderie , & fa coëfure
en êtoit toute brillante ; tou
tes les Dames de la Cour eſtoient magnifiques
: Comme la Cérémonie fe fit
à fix heures & demie du foir , les lumieres
de la Chapelle en augmentoient
encore l'éclat. La Tribune
du Roy & celle de la Mufique .,
eftoient remplies de Dames ou de Seigneurs,
parmi lesquels, il y avoit un trés
grand nombre d'Etrangers que la curiofité
y avoit attirés.
Lorfque le Roy tient des Princes du
du Sang , & qu'ils font encore entre
les mains des femmes , S. M. a coutume
d'envoyer dix mille francs pour ,
celles qui ont foin de l'Enfant. Comme
le cas eftoit différent , par raport à M.
lle Comte de Clermont , le Roy a fait
'honneur d'envoyer par M. le Febvre
Intendant de fes Plaifirs , à M. l'Abbé
de Guijon Précepteur de M. le Comte ,
un Diamant du prix de 1000 écus , & à
DE NOVEMBRE 189
>
M. l'Abbé des Forges fous- Précepteur
un autre de la valeur de 2000 livres.
Doluet Beg.ci-devant l'un des Pages
de l'Ambaffadeur de Perfe , converti
& inftruit par M. Gauderau , Curé du
Château Royal d'Amboife , fut batife
dans l'Eglife des Miffions Etrangères
le douze de ce mois. Son Parrain fut
M. l'Archevefque de Tours, premier
Aumônier de Madame la Ducheffe de
Berry , & Miniitre du Confeil de Confcience
; & fa Marraine , Madame la
Ducheffe de Saint Simon , Dame
d'Honneur de cette Princeffe
M. l'Abbé de Louvois ayant efté
nommé à l'Evefché de Clermont , n'en
ût pas plûtôt efté informé , qu'il revint
auffitôt de la Campagne , pour prier
Mgr le Duc Régent de permettre qu'il
ne l'acceptât pas ; s'excufant fur fa
mauvaife fanté ,qui le mettroit hors d'êtat
de donner à ce Diocéze , tout le tems
que fon êtenduë prodigieufe , & le peu
d'ordre qu'il y avoit , demandoient.
Mgr le Duc d'Orleans approuva fes
raifons , & lui donna fatisfaction ; ce
Prince ayant auffi - tôt deftiné cet Evef
ché au R. P. Maffilion de l'Oratoire ,
chargea M. le Cardinal de Noailles
190 LE MERCURE
de le lui propofer . Ce célébre Prédicateur
s'en deffendit d'abord le prix
confidérable des Bulles ne fut pas une
des moindres raifons qu'il allégua :-
Mais enfin , il fe laiffa perfuader ; ce
qui fut fuivi de fon acceptation qui , a
fait plaifir à tout Paris.
- en qua-
On a û avis par la voye des Miffions
êtrangéres de Perfe , que Méhémet
Beg qui eftoit venu
lité d'Ambaffadeur du Sophy , eftoit
enfin arrivé à Hifpahan avec une jeune
Françoife trés ainiable , à laquelle il s'êtoit
fortement attaché à Paris. Cette
fille s'en eftant cependant dégoutée ,
avoit formé le deffein à Dantzick de
fortir de l'esclavage où il la tenoit , &
de s'en revenir dans fa Patrie . Pour y
réuffir , elle avoit trouvé le moyen de
fe fauver heureufement dans la maifon
d'un François établi dans cette Ville
Anféatique. Méhémet ayant découvert
fa retraite , y eftoit entré le fabre à la
main , fuivi de quelques- uns de fes
gens , & avoit tellement êtonné par les
emportemens , le Particulier chez qui
elle eftoit cachée , que celui- ci avoit
efté forcé de la lui remettre . Elle
ne fut pas plûtôt en fon pouvoir "
DE NOVEMBRE. 19 B
qu'il lui mit les fers aux mains ,
quoique fort avancée en groffeffe . Par
la fuite , eftant accouchée en chemin
d'un garçon , elle avoit efté obligée de
le nourrir elle- mefme,pendant toute la
route qui a efté fort longue & fort pénible.
Ces Lettres ajoutent qu'il avoit
êté fort bien reçû du Roi de Perfe à qui
il a rendu compte de fon Ambaffade .
L'Ouverture du Parlement ſe fit le
lendemain de la S. Martin, en la maniére
accoutumée ; c'eſt- à-dire que , Meffieurs
les préfidens en Robes Rouges
& Fourures , tenans leur Mortier , Meffleurs
les Confeillers en Robes Rouges.
& Chaperons Fourés , & Meffieurs les
Gens du Roy, affitérent à la Meſſe du
Saint Efprit , célébrée dans la Chapelle
de la Grand - Saile du Palais ;.
aprés laquelle, M. de Mefmes Premier
Préfident donna un Dîner magnifique
à tous ces Meffieurs.
Le mefme jour , l'Académie de l'Hif
toire & des Belles Lettres , recommença
fes Affemblées. M. de Boze qui en
eft le Sécretaire perpétuel , lût les Eloges'de
M. l'Abbé Pinart , du célébre
M. Cuper Hollandois , & de M. Bourdelin
.
192 LE
MERCURE
M. l'Abbé Banniere régala enfuite
l'Auditoire , d'une
Differtation fur le
Culte d'Adonis , & M. l'Abbé Mahudel
s'étendit fort fur le Lotos des Anciens
, qu'il croit eftre une des espéces
de nôtre
Nénuphar aquatique .
Le 13 , l'Ouverture de l'Académie
Royale des Sciences fe fit à l'ordinaire.
M. de Fontenelle ayant partagé la le-
&ture de l'éloge de M. Leibnits , à cauſe
de fa longueur qui nous empêche même
d'en donner l'Extrait ; M. Caffini ,
remplit cet intervalle par un trés
beau Difcours , fur la grandeur des Etoiles
fixes , & fur leur diftance de la.
Terre. Il épargna aux Auditeurs l'embarras
& le travail des calculs ; & il ne
leur préfenta que le réfultat , ou l'expofé
toujours brillant des Découvertes
Aftronomiques. Pour faire fentir les
grands progrés que l'on a fait dans cette
Science , il prit les Etoiles fixes au
tems où l'on ne les croyoit guéres plus
grandes qu'elles ne le paroiffent, ni plus
élevées que les Montagnes qu'on difoit
foûtenir le Ciel ; & il les conduifit
de dégrez en dégrez , &de démonftrations
en
démonftrations , jufqu'à eftre
un million de millions de fois plus
groffes
DE NOVEMBRE. 193
tes fur
groffes que la Terre , & à en eftre éloignées
de plus d'un million de millions
de lieuës. Ces fupputations ont efté faiuneEtoileparticuliére
qu'on apelle
Sirius, dans la Conftellation du grand
Chien , & qui eft de la premiére grandeur
: Ainfi , s'il eftoit vrai que toutes
les Etoiles fuffent égales , & que les
unes ne paruffent plus petites que les
autres , que par un plus grand éloignement
; on peut juger à quelle diſtance
énorme doivent eftre celles qu'on ne
découvre qu'à peine , avec les plus longues
& les plus excellentes lunettes.
·M. Caffini inféra à cette occafion
dans fon Difcours , une détermination
trés belle de la Paralaxe de l'Orbe annuel
de la Terre . Il ne faut pas s'ef
frayer de ces termės ; on entendra aifément
la chofe mefme . Si la Terre
tourne autour du Soleil , felon le Syſtéme
de Copernic affez généralement
reçû par les Aftronomes , & que les E-.
toiles demeurent parfaitement immobiles
; on concoit bien que la Terre ſe
trouve , à l'égard d'une Etoile particuliére
qu'on choifira , dans des diſtances
prodigieufement différentes en différens
points de fa révolution annuelle. Cette
Novembre 1717.-
R.
194
LE MERCURE
diftance différente doit produire une
certaine différence d'afpect qu'on appelle
Paralaxe. Cependant , on n'avoit
point encore pû remarquer cette différence
d'une maniére affez fenfible ; ce
qui formoit une difficulté confidérable
contre le Systéme , de Copernic : M.
Caffini l'a enfin levée , en déterminant
cette Paralaxe qui fait la démonftration
du Systéme. En effet , on pourroit ne
point voir de Paralaxe , fans que le Syftéme
de Copernic fût faux , en fuppofant
que l'Orbe annuel de la Terre ,
quelque grand qu'il foit , n'eft qu'un
point , en comparaifon de l'éloignement
des Etoiles : Mais, la Paralaxe ne
fçauroit paroître , que le Syftéme ne
foit vrai puifque , malgré un éloignement
connu fi grand d'ailleurs , on ne
laiffe pas d'appercevoir en différens
tems de l'année , une différence d'afpect.
ز
Le mefme jour , M le Marquis des
Marets prêta Serment entre les mains
du Roy , pour la Charge de Grand Fauconier
de France , à laquelle il a efté
reçû , en furvivance de M. le Comte des
Marets fon pere .
M. de Verneüil , Neveu de M. l'Abbé
Renaudot , a cité pourvû de la CharDE
NOVEMBRE
195
ge
de Sécretaire du Cabinet , vacante
la démiflion volontaire de M. le
Prefident du Red.
par
Le Roy qui avoit eſté un peu indifpofé
, fe porte beaucoup mieux , depuis
qu'il a rendu un ver affez long qui l'incommodoit.
Le 19 , M. le Marquis de Pluvaut
a vendu la Charge de Me de la Garde-
Robe de S. A. R. à M. de Crécy Capitaine
des Gendarmes de Berry , qui
en a prêté Serment ce matin .
Le 20 , la Cour prit le Deüil de Madame
la Comteffe de Soiffons qui ,
mourut le 14 dans le Couvent de Belle-
Chaffe , où elle s'étoit retirée depuis
quelques années . Le Roy ne le
que huit jours.
portera
L'allarme qu'on avoit û pour la fanté
de Madame Ducheffe de Berry , qui
fe trouva mal à l'Opéra 4 jours auparavant
, eft ceffée ; cette indifpofition
n'a û aucune fuite fâcheufe .
Le 21, Madame , dont la fanté eft
continûment bonne , revint de S.Cloud,
pour n'y plus retourner que dans la
beile faifon .
Le 23 , le Rov alla rendre visite à
Madame Ducheffe de Berry , au Pa-
Rij
196 LE MERCURE
lais du Luxembourg , où il trouva cette
Princeffe entieremeut rétablie .
M. le Marquis de la Fare ayant êté
gratifié du Regiment de Normandie ,
Le Roy a donné une penfion de 1000
écus à M. le Chevalier de Belle- Ifle.
M. de la Fare & M. le Duc de S. Aignan
, ont efté faits Brigadiers des Armées
du Roy.
M. Dacier fi connu dans l'Empire
des Belles- Lettres, a obtenu un Brevet
de retenue de30000 liv. fur fa Charge
de Bibliotécaire du Cabinet.
Le 26 , à 4 quatre heures du foir ,
M. le Comte de Clermont fut confirmé
& tonfuré par M. le Cardinal Archevêque
, dans la petite chapelle de
l'Archevêché. Ce jeune Prince parût
fort attentif pendant tout ce tems. M.
le Cardinallui dit , en finiffant cette
Cérémonie : Monfieur ,fouvenez- vous
que vous êtes préfentement engage an
Service de l'Eglife ; que vous la devés édifier
par vos moeurs & par votre exemple
, la proteger de toute l'autorité
que vôtre illuftre naiffance & vôtre rang
vous donne ,
DE NOVEMBRE. 197
Vincau
Oici des Stances que M. de Martineau
Seigneur de Solleyne , a
préfentées à la Cour,à l'occafion de cette
derniere Cérémonie & de celledu Batême
de ce jeune Prince Je les expofe
au Public en faveur de l'Epoque qu'elles
célébrent. C'eft une grace qu'on
ne pouvoit refufer à l'Auteur , qui a
donné en plufieurs rencontres, des marques
publiques de fon attachement à
la Maifon de Condé .
STANCES
PRESENTE'ES AU ROY ,
SUR LES CEREMONIES
Λ
DU BAPTÊME
DE SON ALTESSE SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE COMTE DE CLERMONT .
Q
Uelpieux appareil ! Quel myftere
à nos yeux ?
Riij
198 LE MERCURE
Quelles vives clartés ! Quelle Cérémonie
?
La nouvelle Sion defcend - elle en ces
Lieux ?
Les Anges , les Mortels joignent leur
harmonie :
La Terre avec éclat commerce avec les
Cieux.
Dans quel Humain , la Grace à la Nature
unie ,
Vient - elle faire entendre un Serment
glorieux
A ta Bonté Suprême , O Sageſſe, infinie
,
Qui tranfmets dans les Fils , la Vertu
des Ayeux ?
A laReligion , fous d' Auguftes Aufpices
,
Un jeune Prince en qui revivent LES *
CLERMONTS,
Accourt de fa raifon confacrer les Prémices
Par des Voeux folennels
Sacrés Fonts .
› au pied des - >
* Le fecond fils de S. Louis & autres
Princes de fa pofterité , ont porté
ce Nom.
DE NOVEMBRE. 199
*
MINISTRES des Trefors de la toute
.Puiffance ,
Venez lui voir jurer une éternelle Fay :
Soyez- en les Témoins avec ce jeune ROY
De qui la Pieté fonde notre Efperance .
Peuple , fois attentif où coule ce Saint
Chrême :
Vois tu cette Onition paſſer juſques au
Coeur
De l'augufle Affiftant chargé du Diadême
?
Quel prefage pour toy d'un éternel bowbeur
!
Vois , comme elle penetre au fonds d'une
Ame* adulte
Il s'allume en fon Sein , une brûlante
ardeur
Pour les divines Loix & pour le * Sacré
Culte :
Elleremplit la Cour d'une Celefte odeur.
Sous les yeux de PHILIPPE , à ces tonchans
Prodiges ,
Mrs les Curés de S. Germain l'Auxerrois
& de S. Sulpice , furent prefens
à la Cérémonie .
* S. A. S. a huit ans.
Elle embraffe l'Etat Ecclefiaftiqu
200 LE MERCURE
Dans ce Pieux fpectacle , O FRANCE ,
reconnois
CLERMONT , ce Rejetton de tes
plus hautes Tiges ,
Digne du Nom d'un * Fils du plusfaint
de nos Rois.
Vous le fçavez affez , Potentats de la
Terre ;
Il n'eft point ici bas de fi glorieux Nom ;
Célébré par la Paix
la Guerre .
, ou fameux par
Dont la fplendeur ne cede à celui de
BOURBON.
Quoique de toutes parts , ce beau Nom
s'éternife :
CHRETIENS , ce jeune Prince aujourdhui
vous apprend ,
Que le Nom de LOUIS qu'il reçoit
de l'Eglife ,
Eft encore à fes yeux d'un Prix cent fois
plus grand.
L'Enfer tremble allarmé des Promesfes
qu'il fait :
* Robert de Clermont qui a donné
commencement à la Maifon a
te , fecond fils de S. Louis .
regnanDE
NOVEMBRE. 201
Eft-il d'erreurs qu'un jour ſon Eſprit
ne confonde ?
Il est déja porté par un Divin attrait ,
Au plus faint Miniſtere, en renonçant
au monde.
Que lesfaftes Sacrés célébrent ta Naiffance
;
COMTE , de quel Eclat ce grand
Jour nous répond !
De LOUIS , de * LOUISE il
forme une Alliance ,
Pour te donner un Nom en Vertus fi
fécond.
Tandis que chaque jour , tes Horoïques
Freres
Par d'illuftres Travaux , ferendent Immortels
Dans les mêmes chemins où triomphoient
tes Peres :
Ton Zele met fa Gloire à fervir les
Antels.
De ton Sang , dans l'Etat , quel précieux
Partage !
* Ce Prince a êté Tonfuré le 25 de
ce mois .
*Madame la Ducheffe de Berry porte
auffi ce Nom .
202 LE MERCURE
BOURBON , dans les Confeils fe
rend nôtre foutien :
CHAROLLOIS , de fon brasfecourt
le Nom Chrétien ;
Pour toy CLERMONT , tu prens
la Croixpour heritage.
Quel choix parmi les Grands que ta vi- .
ve Foy touche!
A peine aux yeux du fiécle encorfçaistu
marcher;
Qu'entraînépar ton coeur d'accord avec
ta Bouche ,
Dès
que tu connois Dieu , tu cours pour
le chercher.
Quel Ornement nouveau ? Quel preſent
pour le Temple ,
Qu'un Lys fi floriffant , où brille la Candeur
!
Le Ciel en eft jaloux : Vois comme il te
contemple ;
Iltourne à lui déja tes regards & ton
Coeur.
Des Dons Divins en toy nos yeux font
éblouis :
Tufçais qu'il eft bien plus d'une illuftre
Couronne ;
*
Tu te montres
CLERMONT
,
1
1
1
DE NOVEMBRE. 203
Sang de Saint LOUIS :
L'Eglife en Toy verrafaplusferme Colonne.
1
La lumiére rendue à l'oeil gauche de
MB le Duc Régent , fait depuis quelques
jours l'entretien de tout Paris. On
fçait que ce Prince en voyoit fi confufément
, qu'à peine pouvoit-il diftinguer
le gros des Objets . Dans un êtat fi
fâcheux , on a recours à un nommé
M. Mouffart Chapellain de Ruelles ,
qui depuis plufieurs années , avoit rétabli
charitablement d'un jour à l'autre
, la vûë à une infinité de perfonnes
qui accouroient à lui . Aprés quelques
Expériences faites ici avec le même fuccés
& en auffi peu de tems , Mgr le Duc
d'Orleans confirmé par tant d'épreu
ves , ne craignit plus de s'y confier . S.
A. R. ayant pris jour , & s'y eftant préparée
par quelques remédes ; jeudi matin
25 , M. Mouffart appliqua le fien fur
la partie affligée. Huit heures aprés, l'Oculifte
de campagne ayant levé l'appareil
, affùra le Regent qu'il eftoit
guéri , & qu'à mefure que l'inflammation
caufée par fa Poudre, fe diffiperoit ,
fa vûë fe fortifieroit. Ce Prince , non204
LE MERCURE
content de ces promeffes , vouloit qu'on
le lui réitéra , fe plaignant de n'avoir
pas fouffert autant qu'on le lui avoit promis
, & par conféquent ne fe croyant
pas tout-à - fait guéri . Ce Chapelain perfuadé
que cette feule application fuffifoit
, ne le jugea pas à propos. 11 eft
toujours conftant , que S. A. R. depuis
ce jour , apperçoit beaucoup plus nettement
les Objets qu'auparavant . Comme
il y eft resté encore beaucoup de rougeur
, Elle le couvre d'un taffetas vert
qu'Elle ôta cependant le 28 , pendant
l'Opéra de Camille.
On ne connoit point ce qui entre dans
ce Sécret , dont les effets font fi promts
& fi furprenans . On fçait feulement que
c'eft une Poudre délayée avec de la falive,
réduite en petites boules qu'il infinuë
dans l'oeil , en levant la paupière ; aprés
quoi il met du fromage mol entre deux
linges , qu'il applique incontinent def
fus.
Le 26 , les Comédiens François repréfenterent
pour la premiere fois ,Cléarque
Tyran d'Héraclée , Tragédie de
la compofition de Madame Gomez , à
qui le Public eft redevable d'Habis ,
dont le fuccez ne fut pas équivoque.
DE NOVEMBRE. 205
Le R. P..Buffier Jéfuîte , toujours ingénieux
à découvrir de nouvelles Méthodes
, pour apprendre aux perfonnes
qui ont le moins de mémoire , l'Hiftoire
univerfelle ; non content de l'avoir toutà
- fait facilitée par fon Livre de la Mémoire
Artificielle, il enchérit encore fur
ce premier Ouvrage , par un Tableas
Chronologique de l'Hiftoire Universelle
gravée en forme deJen. Il eft compofe
de Cafes qui renferment environ 110
Epoques ; c'est - à - dire , 110 événemens
des plus confidérables , marquez chacun .
par l'année où il est arrive.Ce Jeu ne demande
pas plus d'application que celui
de l'Oye: Il fait apprendre ce qui eft de
plus effentiel dans l'Hiftoire ; fçavoir ,
la fuite des tems & des années que l'on
ne fçait jamais bien , que par une lecture
ou une étude fuivie ; au lieu qu'avec
l'ufage de ce Jeu , elles entrent imperceptiblement
dans l'efprit , autant par
l'intereft qu'ont les Joueurs à retenir les
Epoques de ces Cafes, que par la répétition
frequente de ces mefmes Epoques.
Qui voudra en faire l'effai , fatisfera
fa curiofité pour dix fols : On trouvera
le Tableau & l'expofition de ce
Jeu , chez Jofeph Mongé rue Saint
206 LE MERCURE
-"
Jacques , à Saint Ignace , vis - à - vis
l'Eglife du College des Jefuites.
UNTITY (FDTD )
SUITE
DES NOUVELLES ETRANGERES.
A Rome le 9. Novembre.
E Cardinal Gualterio est de retour
LeCabina a
> où il a fait fa Cour
pendant 10 jours au - Prétendant , qui
vit affez retiré ; ne prenant d'autre
plaifir que celui de la Chaffe du Liévre
dans le Parc des Capucins , & de
manger avec les Seigneurs de fa fuite .
Milord Peterborough et enfin forti
de fa prifon par ordre de ce Prince ,
& a efté remis en liberté .
Avant hier , M. le Marquis de Ste
Croix reçût le Diplôme Imperial , qui
lui donne le rang & la qualité de Frince
du S. Empire .
c'eft
Depuis 4 jours , nous poffédons une
Dame Françoife , célébre par la fingularité
de fa vie & de fes
voyages ;
Madame de ... Elle cherche maifon
à louer On ne s'empreffe pas beau-
1
DE NOVEMBRE. 207
*
coup ici à lui faire la cour ; le tems
en eft paffé , & il n'en eft pas de la
beauté comme de la réputation , qu'on
repare aifément dans cette fainte Cité.
Pendant le féjour que cette Dame a fair
ici , lors d'un autre Voyage , fes charmes
& fes agrêmens lui avoient attiré
beaucoup d'ennemies: Comme elles en
appréhendent encore l'effet , on croit
qu'elles travaillent fous main , à faire
enforte que le S. Pere lui donne fon
congé.
A Vienne du 19 Novembre.
Depuis quelques jours , la Cour eft
remplie du bruit , que Sa Majesté Imperiale
a rejettée les propofitions de
Paix des Turcs. On travaille avec
chaleur aux préparatifs de Guerre d'Italie
, dont le fuccez cependant , dépend
de la commiffion de M. Bendenrieder
à Londres. On parle auffi beaucoup
des mariages de deux Archi- Ducheffes
, dont on compte l'un affûré
avec le Prince Electoral de Saxe , &
l'autre avec le Prince Electoral de Baviere.
Le Prince Infant de Portugal
s'eft retiré en Boheme ; il y restera
jufqu'au départ du Prince de Saxe , રે
208 LE MERCURE
caufe du cérémonial . On continue la
démolition de Wifmar avec force , &
on eft occupé à embarquer l'Artillerie
de cette Place , fuivant le partage
que les Rois d'Angleterre , de Dane .
marck & de Pruffe en ont fait . La Flote
Marchande d'Angleterre eft arrivée
hier ici ; elle eſt repartie aujourd'hui
pour retourner en Angleterre ; elle
feia efcortée par quelques Vaiffeaux
de Guerre Anglois qui l'attendent au
Sund depuis quelque tems.
De Ratisbonne le 11 Novembre.
Le
Roy de Pologne
a fair
une
Décla
ration
dans
fon
Electorat
de Saxe
, que
le changement
deReligion
de fon fils ne
préjudiciera
en aucune
façon
à la liberté
de la Religion
de fes Sujets
; & il a fait
faire
la mefme
Déclaration
ici .
M. le Comte de Charolois , aprés
avoir fait les délices de la Cour de
Vienne , eft arrivé à Munick ; où l'Electeur
l'a reçu avec tous les honneurs
dûs à fa haute Naiffance . Ce jeune
Prince prendra fa route par l'Italie ,
fe propofant de voir Rome , Venife &
le Royaume de Naples , où il pourra
voir
F
A
DE NOVEMBRE . 209
voir le Czarowitz fils aifnè du Czar ,
qui n'eftoit connu en cette qualité ,
que du Comte de Thaun Vice- Roy
de Naples.
Les dernieres Lettres de Madrid portent
, que le Roy d'Efpagne fe portoit
beaucoup mieux , & qu'il fe fentoit
affés de forces pour aller à laChaffe.Ces
mêmes Lettres ajoutent que les Forts
d'Alleguer& Arragon en Sardaigne, ont
efté forcés de fe rendre,& que lesTroupesImpériales
qui s'y estoient réfugiées,
avoient êté faites prifonnieresde Guerre.
LeDuc de Linares Major-dome du Roi.
d'Espagne, ayant voulu refufer l'entrée.
au Card . Alberoni ; cette Emin. s'en
êtant plainte au Roi , S.M.a exilé le Duc
à 40 lieues de Madrid . Elle a écrit
à tous fes Miniftres dans les Cours étran
geres , qu'Elle des - avouoit une Lettre
imprimée du Pape , qu'on fuppofe lui
avoir efté addreffée par le S. Pere .
DONS DU ROY.
E6 Novembre 1717 , le Roi donna
Benoift, Diocefe d'Amiens, vacante par
la mort de M. l'Abbé Molé de Cham
S
210 LE MERCURE
plaftreux, à Mre Charl . Franç. de Chaf
teauneuf de Rochebonne , Evêque &
Comte de Noyon , Pair de France.
L'Ab . de la Valaffe , Ord. de S. Benoît.
Dioc. de Rouen, vacante depuis la mort
de M. d'Argouges , Ev. de Vannes , au
Prince Frederic de la Tour,fils de M. le
Comte d'Auvergne.
L'Ab . de S.Maixant, Ord. de S. B.D ..
de Poitiers , vacante par la mort de M.
Yforé d'Hervault, Arch . de Tours , à Mre
N. Grimaldi de Monaco , fils de M. le
Prince de Monaco.
L'Ab . de S. Joüin de Marne , O. de S.
B.D. de Poitiers, vacante par la mort de
M. l'Ab. Servien , à M. N ... Bazin de
Bezons , fils de M. le Maréchal de ce
nom.
L'Ab. de Fontfroide , O.de Cifteaux ,
D. de Narbonne , vacante par la mort
du Prince de Marcillac , à M. N. de
Coffé de Briffac , frere du Duc.
L'Ab de S. Romain de Blaye, O.de S.
Aug. D. de Bordeaux , vacante par la
mort de M. l'Ab . de Gourdon de Genoüillac
de Vaillac , à M. N. de la Rochefoucault
de Roye de Roucy , fils de
M. le Comte de Roye .
L'Ab . de Belleville , O. de S. Aug. D.
DE NOVEMBRE. 211
1
del.yon, vac.par la mort de M.l'Abbé le
Prêtre de Vauban , à M. Terray , frere:
du premier Medecin de Madame.
L'Ab. de S.Vincent, O.de S. Aug.D.de
Senlis , vac: par la mort de M. l'Ab.d'Eftaing
,à M.N.de Chauméjan de Fourille .
L'Ab . de Calers , O.de Cifteaux ,D.de
Rieux, vac. par la mort de.... à M. N. de
Lenta de Grandmont , neveu de M.
l'Evefque de S. Papoul.
L'Ab. d'Eaunes ,O. de C. D.deTolofe ,
vac. par la mort de .... à M. N.Foucault.
L'Ab. de S. Aubin des Bois , O. C. D.
de S. Brieux , vac. par la mort de l'Ab..
Catuelan , à M. N. de Bethune./
L'Ab.dePerray- neuf, O.de C.D. d'Angers,
vac.par la mort de M.l'Ab. Servien
à M. N. de S. Andiol.
L.Ab. des Alleurs , O. de S. B. D. de
Poitiers , vac. par la mort de l'Ab. de
Brancas , à M. N de Fiennes.
L'Ab. de Quincay , O. de S. B. D. de:
Poitiers , vac. par la mort de l'Abbé le
Boiftel , à M. N. Bertet , Aum. de Mde..
L'Ab.de Lanvaux , O.de C.D. de Van--
nes vac. par la mort de l'Ab.devolvire-
Ruffec , à M. N.Gomer de Lufancy
Chanoine de l'Eglife de Paris.
L'Ab de S. Gilbert dit auffi Neuffons
212
LE MERCURE
•
O. des Prém. D. Clermont , vac . par la
mort de M.l'Ab. Archon , àM.N.deTilli.
L'Ab . N.Dame la Nouvelle de Gourdon,
O.de C. D. de Cahors , vac . par la
mort de M. l'Ab. Camy d'Aimar , à M.
N. de Henault .
L'Ab. de Châtres les- Coignac , O. de
S. Aug. D. de Saintes , vac. par la mort
de l'Ab. du Pont , à M. N. de Polaftron .
L'Ab. de Châtres, O. de S. Aug. D. de
Perigueux , vac. par la ... à M. N. de
Segonzac .
L'Ab. de Grobos , O. de C. D. d'an--
goulefme , vac. par la mort de M. l'Ab.
duQuefnet, Aum.de Mgr leDuc de Berri ,
à M. N. de Joüillac , Chapelain du Roy.
L'Ab. de S. Pierre de Melun , O. de-
S. B. D. de Sens, vac . par la mort de M.
l'Ab . de Paris , à M. N. de Brancas ,
Aumônier du Roy.
L'ab. du Maz t'azil , O.de S. B. D.de
Rieux , vac. par la mort de M. l'Ab. de
Leftrade , à M. de Monteil.
L'Ab. de Homblieres , O. S. B. D. de
Noyon , vac. par la mort de M. l'ab .
Auberi , à M. d'Halencourt de Dromefnil
, Evêque d'Autun .
L'Ab.duTreport, O. S. B. D. deRoüen,
vac par la mort de M. de Beauveau, Ev .
de Nantes , à M. de la Chaftre. ,
DE NOVEMBRE. 213
L'Ab. de S. Sauveur de Blaye , Diocefe
de Bordeaux , a efté donnée à Mre
Jean -Baptifte du Moutier Clerc du
Diocefe de Bayeux , & Prieur d'Huriel .
Cet Abbé êroit ci - devant Inſtituteur de
Mgr le Duc Il fut enfuite chargé feul
des Etudes de S. A. S. Mile de Charollois,
& eut encore l'honneur de partager
celle de S. A. S. Mgr le Comte ; aprés
quoy, il eut l'honneur d'eftre propofé par
ces Princes, pour eftre Inftituteur de feu
Mgr le Duc de Bretagne & du Roy
Louis X V..
Le Bureau Général d'Adreffe & de
Rencontre rue S. Sauveur , Quartier
Mont-Martre , continuë de recevoir les
propofitions du Public , dont les Directeurs
délivrent des Extraits fur le
champ: Ils donneront inceffamment une
Lifte de tous les effets , demandes & propofitions
qui leurs ont elté faites jufqu'à
lors. Il faut efperer que cet établiffement
par le bon ordre qu'ils y obfervent,
fera d'une trés grande utilité pour tous
les.
Particuliers.
214 LE MERCURE
MARIAGES .
N...Pignatelli Prince d'Egmond ,
fils de Nicolas Pignatelli , Duc
de Bifaccia , & c. Napolitain ; & de
Marie d'Egmond four aînée de Procope-
François Prince d'Egmond , Chevalier
de la Toifon d'or , mort en 1707
fans enfans , de Marie- Angelique Marquife
de Cofnac , & qui inftitua fon
heritier N ... Pignatelli fon Neveu ,
fils de fa foeur aînée , qui prit le nom
de Prince d'Egmond ; époufa à Paris
Novembre , Henriette Julie de
Durfort , feconde fille de Jacques-
Henry , Duc de Duras , & de Loüife-
Madelaine de la Marck .
le 25 7
Meffire N.... Bouhier Chevalier ,
Prefident à Mortier au Parlement de
Bourgogne , vient de fe remarier avec
Mile Bouhier de Lantenay fa coufine :
Il eft frere de M. l'Abbé Bouhier ,
Docteur de Sorbonne , Archidiacre de
Dijon & Vicaire Général du Diocéſe
de. Langres , lequel fur la démiffion
de M. l'Abbé de S. Eftienne de Dijon
fon grand Oncle , fut nommé il y a quel
ques années par le Roy au Prieuré de
Pontallier ; de Madame la Marquife
de Rouvray , & de M. le Chevalier
1
DE NOVEMBRE. 225
Bouhier Colonel d'Infanterie ; tous enfans
de feu Mre N .... Bouhier Chevalier
, Seigneur de Savigny , Préfident
à Mortier au même Parlement ; lequel
ût pour frere cadet Mre N ... Bouhier
Chevalier , Marquis de Lantenay ,
Confeiller au Grand Confeil , pere de
M. l'Abbé Bouhier de Lantenay , Confeiller
d'Eglife au Parlement , Doyen,
de S. Ettienne de Dijon , Vicaire Général
& Official de Langres , & de M.
Bouhier de Lantenay , auffi Confeiller
au Parlement , qui a pour file unique
la nouvelle mariée. Meffieurs les Préfidents
Bouhier de Verfalieux & de
Chevigny , font encore de la même Famille
; & de cette branche font, M.
le Commandeur Bouhier Chevalier de:
Malthe , qui a tenu Galére & les Commanderies
de Robaicour en Lorraine ,
& de Belle- Croix prés de Châlons fur
Saône : M., l'ancien Prevôt de la Ste
Chapelle à Dijon : M. le Doyen de
cette Eglife , dont l'oncle a efté pareillement
Doyen : M. l'Abbé Bouhier de
Verfalieux leur neveu , Bachelier de
Sorbonne & Chanoine en la même
Eglife Madame la Marquife de Belaccueil
en Dauphiné & Madame:
215 LEMERCURE
d'Antoine femme du Confeiller de ce
nom au Parlement de Provence . Cette
Famille eft également diftinguée dans
le Parlement de Bourgogne , pár fon
ancienneté & par le nombre & la qualité
de fes Alliances ; mais elle ne l'eſt
pas moins , par l'amour des Belles- Lettres
qu'on y a toujours entretenu : On
y conferve depuis long- tems la belle
Bibliotheque qui eft citée en plufieurs
grands Ouvrages ; & M. le Préfident
Bouhier qui donne lieu à cet article ,
a grand foin de l'enrichir de plus en
plus.
MORT S.
Mre Charl. Rodrigue Gonfalue de
Forbin, Chev. d'Oppede , Exempt des
Gardes du Corps du Roy , mourut le
29 Octobre âgé de 33 ans..
Mre Pier. Magon de la Baluë , Lieu--
tenant au Regiment des Gardes Françoifes
, mourut le 11 Novembre âgé de
30 ans fans alliances .
Mre Charl . le Boulanger Conf. au G.
C.mourut fans alliances le 12 Nov.Ilêtoit
fils puifné de Mre Louis letBoulan-.
ger Seigneur d'Hacqueville, Mtre, des .
Requestes , mort en Sep. 1701 , & de-
Dame
DE NOVEMBRE.
217
Dame Catherine le Mérat , morte en
1693. Il avoit pour frere aifné Mre Louis
le Boulanger , Seigneur d'Hacqueville
auffi Mtre des Requeftes .
Dame Uranie de la Cropte, veuve du
Prince Louis Thomas de Savoye
Comte de Soiffons , frere aifné du Pr.
Eugéne de Savoye , Généraliffime des
Armées de l'Empereur , mourut le 14
Nov. au Monaftere des Dames R. de
Belle Chaffe , Fauxbourg S. Germain ,
où elle s'étoit retirée ; laiffant pour fils
aifné Emanuel Prince de Soiffons , Colonel
d'un régiment des Cuiraffiers de
l'Empereur , né en 1687 , qui a épousé
en 1713 Therefe Princeffe de Lichtenftein
Ducheffe de Nifcolsbourg.
N. Santere , Peintre ordinaire du Roy,
mourut le 21 Novembre .
Dame N. Jolly de Fleuri , qui avoit
époufé le 27 Avril dernier , M. Benoist
Bidal Marquis d'Asfeld , Lieutenant
Géneral des Armées du Roï , Commandeur
de l'Ordre de S. Louis , Chev.
de la Toifon d'Or & Confeiller au C.
de Guerre, mourut le 23 Nov. Je vous
entretins affez amplement dans mon
Journal du mois d'Avril dernier , de la
Famille de la deffunte.
Novembre 1717. T
218 LE MERCURE
APOSTILLE.
Accouchement extraordinaire , fait par
la Dame Ferrot Sage- Femme , demeurant
à Paris, dans l'Ifle , ruë des
deux -Ponts.
Chau Cul-de -fac S. Laurent , à la Laude Alay Jardinier , demeu-
Porte S. Denis , aïant fa femme groffe
depuis 14 mois , & ne voyant point de
difpofition
pour fon Accouchement
, fit
faire plufieurs
confultations
de Médecins
, Chirurgiens
& Accoucheurs
,qui
ne pûrent convenir qu'elle eftoit groffe
d'enfant , ( aprés lui avoir fait tous les
remédes imaginables ) : Les uns affûroient
que cette groffeffe ne provenoit
que d'un corps êtranger qui n'avoit pas
pris place dans la matrice ; les autres ,
que c'étoit un monftre , & les autres ,
que ce n'eftoit qu'un mole. Enfin, un des
Chirurgiens
s'avifa d'infinuer
fa main
jufqu'à la matrice , pour en découvrir
la vérité. Il déclara que c'eftoit une
maffe de chair déplacée , qu'il eftoit
impoffible
de pouvoir tirer du ventre
de la mere , fans faire l'Opération
Céfarienne
, & l'expofer à perdre la
DE NOVEMBRE. 219
1
vie. Les chofes en cet êtat , obligérent
ledit Alay d'avoir recours à la
Dame Perrot fort expérimentée dans
fa Profeffion ; laquelle en préfence
de toute fa Famille & de plufieurs
Chirurgiens & amis du mari , fit
fa vifite ; aprés quoi , elle protefta que
cette femme êtoit véritablement groffe
d'enfant qui eftoit ſitué dans la matrice
, & qu'avec la grace de Dieu , elle
fauveroit la mere & l'enfant ; ce qui
arriva heureufement le 24 Novembre
dernier, le troifiéme jour aprés fa vifite ;
la mere êtant accouchée d'un gros garçon
qui a eû vie, contre toute efpérance ,
De Londres.
Le 13 entre 5 & 6 heures du foir ,
la Princeffe de Galles accoucha hureufement
d'un Prince : Auffitôt , le
Prince fon époux envoya le Lord
Hervey fils du Comte de Briſtol , un
des Seigneurs Gentils - hommes de fa
chambre , pour porter cette agréable
nouvelle au Roy à Hamptoncourt :
Elle fut en même- tems annoncée au
peuple par une décharge du Canon du
Parc & de la Tour , & par le fon des
cloches. Il y ût de grandes illuminations
& autres démonftrations de joïe
par toute la Ville .
220 LE MERCURE
On écrit de Strasbourg du 20 , que
l'Ambaffadeur du Czar de Moſcovie ,
paffa le 18 par cette Ville , avec une fuite
nombreuſe , pour fe rendre à la Cour
de France.
Un Vaiffeau arrivé au Havre , revenant
de la Mer du Sud , a rapporté,
que les Habitans de la Havanne mécontens
du Gouverneur & du Corregidor
, qui avoient voulu mettre un Impôt
fur le Tabac , les avoient enlevés
& fait embarquer dans un Vaiffeau
pour Cadix.
De Turin , ce 28 Octobre 1717.
LETTRE
De M. le Chevalier de C *** fils
de défunt M. le Premier Préfident
du Parlement de Turin , à M. Anel
Docteur en Chirurgie , Chirurgien
de Madame Royale de Savoye , de
de fon Excellence Met le Comte de
Kinigſegg Ambaffadeur de l'Empereur
, & Chirurgien Oculifte , par
Brevet du Roï .
MONSIEUR,
J'apprens avec plaifir , que Son Excellence
Monfeigneur le Comte de KinigDE
NOVEMBRE. 221
fegg , Ambassadeur de l'Empereur ,
vient de vous accorder une nouvelle gratification
trés confidérable , en reconnoif
fance de cette grande cure que vous ûtes
le bonheur de lui faire en Italie.Je -fouhaiterois
être en état de vous en faire
unefemblable : Vous ne l'avez pas moins
méritée avec moi , puifque je vous fuis
redevable de la vie , & de lafanté : Je
ne me tiens pas quitte en vôtre endroit
pour vous avoirprocuré l'occafion de guéri
la mere du Roy de Sicile. Quoique
vous ayez acquis par- là une fi haute réputation
, & reçu une récompenfe qui
n'eft pas moindre , je m'intéreffe trop en
tout ce qui vous regarde , pour ne vous
en pas donner de témoignages en toutes occafions.
Agréez donc que je vous exhorte
à vous attacher plus que jamais , à faire
des recherches dans un Art , où vous
faites fi facilement &fi heureufement des
nouvelles découvertes ; dont le fuccés eft
fi avantageux au Public, & à vous mêmes
furtout , foyez charitable à votre
ordinaire , envers les pauvres . Croyez
moi ; c'est à eux feuls que vous devez
tous les biens qui vous font furvenus.
Je fuis ,&c.
12
Tiij
222 LE MERCURE
De Paris , ce 14 Novembre 1717.
REPONSE
De M. ANEL à la Lettre de M. le
Chevalier de C *** fils de défunt
M. le Premier Préfident du Turin.
MONSIEUR,
La Renommée vous ainfermé des bienfaits
que fon Excellence Monfeigneur le
Comte de Kinigsegg vient de me départirf
généreusement . Je fuis fûrque connoiffantfon
caractére, vous n'en estes pas
furpris : La fortune qui nous perfecute
en général , m'a favorisé de ce côté-là,
J'ai refpiré long-tems aprés l'arrivée de
S. E. en cette Cour, par la reconnoiffance
l'attachement que je lui dois , &
que je lui porte ; fans m'attendre d'ailleurs
, à un fi grand bien-fait de fapart,
ny an témoignage de confideration &
d'eftime » que vous aves M. la bonté de
me marquer aujourdhui à ſon occafion. I
n'êtoit pas befoin M. d'une nouvelle conDE
NOVEMBRE.
225
firmation ; -vous m'en aviés donné des
marques affés fenfibles par tant d'endroits
particulierement, en me procurant
l'avantage d'être utile au retabliffement
de la fanté de Madame Royalle ; ce que
vous fites de la maniere du monde la plus
généreuse : Souvenés- vous M. que vous
eftiés chez moi a Gênes , dans un lit
prefque agonifant ; dans le tems que vous
prites la plume à mon infçu , pour faire
part de ma nouvelle découverte à Madame
Royalle , & pour lui offrir monfecours
; fans l'informer de vôtre êtat , ny
du befoin que vous en aviés vous même :
Il arriva que cette Princeffe ignorant
vôtrefituationfâcheufe , ennuyée de la longueur
de fa maladie , & preffée de fa
guérifan , hâta mon départ pour me rondre
aupres defa Perfonne Royalle , &.
que vous vous déterminates à vous tranfporter
dans une Litiére de 'Gênes à Turin,
pour mefuivre au peril de vôtre vie,
crainte que l'occafion que vous m'aviés
procurée ne me manquat . Le zele que vous
portiés à cette Princeffe , & l'affection
que vous aviés deja congeuë pour moy´,
vous firentfaire une Action digne d'Alexandre
:Je vous traite auffi , commefr
vous aviez êté lui-mêm: ; & la Princeſſe
"
124
LE MERCURE
vous regala aprés votre parfaite conva»
Ifcence , d'un riche Diamant. Vous
m'cxbortés , Monfieur , à avoir toujours
fin des Pauvres infirmes ; c'est ce que
j'ai deßein de faire plus que jamais . J'e
continuerai de leur donner audiance
les après midi , depuis une heure , juf
qu'à cinq heures en Hiver ; & en E'té ,
jufqu'afix. Ils trouveront chezmoi , tous
les fecours que je fuis capable de leur donner;
Remédes , Panfemens , Operations ,
Confultations verbales & par êcrit , tant
pour la Ville que pour les Provinces ;
j'irai panfer chez eux , ceux qui ne
pourront pas venir chez moi . La Maifon
où je demeure , rue du Four proche
Saint Eustache , vis- à- vis l'avance de
l'Hôtel de Soiffons , nommé l'Hôtel du
Bien des Yeux , eft un Hôpital affûré
pour eux : Qrant à vous , Monfieur , je
Souhaite que vôtre fante fe maintienne
long- tems auffi parfaite , qu'elle l'eftoit
aprés la cure que je vous ai faite. Je fuis
&'c.
L
AVIS AU PUBLIC.
ES Ulceres & les Abcez , font de
tous les maux des yeux lesplus dour
loureux & les plus à craindre , tant à
DE NOVEM RE. 225
caufe de l'aveuglement , qu'à caufe de
la grande difformité qui en eft la fuite
ordinaire , quand ils font mal panfez :
On voit à Paris tous les jours une infinité
de pareils accidens , & furtout aux
enfans qui font les plus fujets aux Fluxions
& Ulcéres des yeux , & les plus
difficiles à gouverner dans cet état.
Monfieur de Vvoolhouse Gentil- homme
Anglois , Oculifte de pere en fils depuis
quatre générations , a un Sécret
doux
› prompt & für pour guérir radicalement
tous femblables Ulcéres , Absés
, Excoriations & Fluxions opiniatres
aux yeux. Il en a donné à Paris
une infinité d'épreuves depuis trente an
nées qu'il eft dans ce Pais . Il vient de
faire quelques pareilles guérifons , comme
à l'enfant de M. le Vauché Marchand
Gantier vis- à- vis le grand Por
tail de S. Sulpice, La Frunelle de cet
enfant étoit toute abcédée , ridée , fiétrie
& enfoncée , jettant bien des matiéres
épaiffes ; &les plus habiles Ocu
liftes le difoient entierement perdu.
M. de Vvoolhouse eft venû aisément à
boût de cette guérison ; quoique l'Enfant
ne fait pas des plus traittables, à cau-
Je defa grande vivacité : M. de Vvool225
LE MERCURE
house vient de guérir d'un ſemblable
abcés , la petite fille de M. Nyon Relieur
& Doreur , proche S. Hylaire
contre le Puis certain , fur la Montagne
StéGenevieve ; laquelle avoit perdû l'antre
oeil auparavant , par un femblable
mal : Il a fait une guériſon ſurprenante
aux deux yeux de l'enfant de M. Thureaux
Bourgeois , demeurant ruë de la
Calande proche le Palais , dont lesyeux
êtoient tout ulcérés & abcedés. M. de
Vvoolhouse demeure toûjours au Collége
de l'Ave - Maria , fur la Montagne
Sainte Genevieve , vis - à- vis le Portail
S. Eftienne du Mont.
De Genes le 17 Novembre.
Le Sénat n'ayant répondu qu'en termes
généraux , aux preffantes follicitations
de l'Envoyé d'Efpagne , qui demande
paffage pour les Troupes Epagnoles
par les Etats de cette République
; cet Envoyé a dépêché aujourd'hui
deux Exprés ; l'unpour la Cour
de Madrid , & l'autre pour la Flote
Efpagnole , qui eft à la vûë de Porto-
Ercole. Le départ inopiné de ces deux
DE NOVEMBRE. 227
Exprés intrigue extrêmement le Sénat .
D'un autre côté , l'Envoyé de l'Empereur
n'inquiéte pas moins cette République
, la menaçant de toutes fortes
d'Actes d'hoftilités, au cas qu'elle donne
entrée aux Efpagnols ; & de plus ,
éxigeant d'Elle cinq millions d'emprunt.
J
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur
le Chancelier , le Mercure de Novembre
1717 , & j'ai cru que la lecture
de cet Ouvrage continueroit d'être
agréable au Public. Fait à Paris , ce
29
Novembre 1717 .
TERRASSON.
TABL E.
Vant-p-propos.
A Reflexions fur la Poëfie Françoife
, par
, par le R. P. du Cerceau , p.5
Le Divorce d'Amour & d'Hymenée ,
par M. le Grand.
Epitre à M. l'Abbé de C. par M. de
de
Beauchamps
59
66
TABLE.
Defcription de l'Ile de Ceylan, par
M. B. d'A.
Nouvelles Etrangeres.
Statuts de l'Ordre de la joïe .
70
131
150
L'Origine du Préjugé , Fable , par
Mlle du Lu .
Enigmes.
Chanfon.
Régle artificielle du tems par M.
Henri Sully.
Journal de Paris .
Compliment du R. P. Surian fait au
Roy le jour de la Touffaints.
Cérémonies du Baptême de M. le
Comte de Clermont.:
155
165
168
169
17$
175
185
Ouverture de l'Académie des
Sciences & des Belles Lettres 191
Stances préfentées au Roy , par M.
Martineau de Solleyne
197
Suite des Nouvelles Etrangeres 206
Dons du Roy
Mariages
Morts
Apoſtille
209
214
216
218
Lettre de Male Ch. de C. fils du
feu premier Préfident de Turin ,
à M. Anel , avec la Réponse de
M. Anel à M. le Ch. de C.
Avis
Nouvelles de Génes.
220
224
2263
LE
NOUVEAU
MERCURE
Le prix eft de zo fols.
Décembre
1717.
MANDATA
PER AURAS
PEFERT
Chez
A PARIS ,
་
PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis.
ET
GREGOIRE DUPUIS rae S.
Jacques , à la Fontaine d'Or.
M. DCCXVII.
Avec
Approbation
&
Privilége
du
Roy
.
THEN
PUBLIC LIBRAR
380106
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905
ERRATA.
DO MOIS DE NOVEMBRE
Age 88 , ligne 29. effacés , en tirant vers le Midy,
P.Pag. 168 , lig. 13 , ne foit , ajoûtés, pas.
Page 168 , lig. 14. préfeté , lifés , préférée.
Page 190 , lig. , 10 , Mehemet Beg , lifés , Mehemet
Riza- Beg.
Page 192 , lig. 3. M.l'Abbé Mahudel,lifés,M, Mahude
Medecine
IN TAMTAL SY
AVANT-PROPOS . '
ME voici enfin arrivé
au bout d'une carriere,
que j'ai peut - être fournie
avec plus de courage que de
fuccés. Ily a un an que de mois
en mois , je publie un nouveau
Livre : F'ai peine à concevoir,
comment j'ai pu contracter un
pareil engagement. Mais , pour
fçavoir, fi je dois aujourd'huy
me reprocher cette Audace ,
m'en applaudir 3 il faudroit que
lesjugemens que le Public a porté
de mon travail, me pûffent être
révelés. Or , un Auteur eft ra-
си
Aij
AVANT-PROPOS.
rement informé de l'opinion que
fon Ouvrage a donnée de lui
dans le monde. Les Perfonnes
qui m'honorent de leur amitié
félicitent en vain ; j'ai raiſon
decraindre, que la bien- veillance
ne leurfaffe trop d'illufion en ma
faveur. Mais , oferai-je le dire ;
les Perfonnes d'un rang & d'un
mérite trés diftingué me font garants,
que mon Ouvrage n'apas
êté defagréable au Public : En
m'engageant à le continuer , je
céde à leurs confeils : Je me complais
même à les confidérer comme
des ordres : Voilà mon Bail
renouvellé.
a
Je promets au Public,fur lafoy
Zele , queje me rendrai
de
mon
de plus en plus digne de fon indulgence
AVANT-PROPOS. *
,
grace
Je meflare , que quelques Per
fonnes connues dans la Littera
ture continueront d'enrichir
mes Recueils de ces Differtations
utilles, où l'on trouve des vérités
neuves , dévelopées dévelopées avec gr
des Principes Philofophiques préfentés
à l'efprit fans aucune of
tentation Pédantefque . Le R.
P. D. C. continuera pendant
quelques mois,à donnerpar morceaux
dis - joints , fon Systême
complet fur la Poefie Françoife.
Je n'ai pas été malhûreux jufqu'à
préfent en Piéces de Vers.
Fe ferai enforte que rien ne m'échape
à l'avenir , de ce que nôtre
Parnaffe produira de bon .
A l'égard des Nouvelles , foir
de France ou des Païs Etrangers;
A iij
AVANT- PROPOS .
elles ne peuvent être " également
abondantes & fingulieres . Les
Evenemens mémorables, les Révolutions
intérreffantes nefe dif
tribuans pas à proportion égale
dans tousles mois. Ainfi,pourvû
quejefache recueillirpar la voye
de mes
qui fera arrivé de remarquable
dans l'Europe, & que je ne perde
pas de vue l'Hiftoire Parifienne ;
je croirai avoir fait tout mon
devoir.
correfpondances , tout ce
Fe demande , à titre de juftice,
qu'on on me faffe grace de quelques .
fautes , qui êchapent néceſſairement
à quiconque corrige les
Epreuves imprimées . Je promets
de donner toute l'attention que
demande ce foin particulier.
7
LE
NOUVEAU .
MERCURE
EXAMEN
DES
TRANSPOSITIONS PERMISES ;
Ou défendues dans le ftile Poëtique.
Q
UAND je ne me ferois
pas engagé dans ma Differtation
précédente , à traitter
en détail, ce qui regar-
Tranfpofitions ; & à faire la
diftinction de celles qui font permiſes ,
& de celles qui ne le font pas ; c'eft
un point fi effentiel à mon fujet , que
de les
A iiij
LE MERCURE
je ne pourrois me difpenfer d'en parler.
termes
En effet , comme entre les Tranſpofitions
qui caractérisent le tour Poëtique
, par la fufpenfion qu'elles introduifent
dans la Phrafe , il y en a que.
la Langue admet , & d'autres qu'elle
rejette ; tout ce que j'ai dit jufqu'ici
, & de la fufpenfion & des tranfpofitions
, fe réduiroit aux
⚫d'une pure fpéculation ; fi je ne donnois
des régles fures , pour difcerner
celles qui font de mife , de celles qui ne
le font pas. Je fçai bien que l'uſage
qui eft le Grand Maître de la Langue,
femble les déterminer ; mais , outre
qu'il y a des Franfpofitions qui font
propres à la Poëfie & que la Profe ne
fouffre pas ; que l'ufage même qu'en
fait la Pocfie , n'eft pas bien certain ,.
bien déterminé & hors de toute conteſtation
, au moins à l'égard de quelques-
unes de ces Tranfpofitions ; ily
a lieu de douter , fi ce principe de l'ufage
,auquel on rapporte tout dans les bizarreries
prétendues de la Langue , ne
fuppofe pas lui -même un principe ultérieur
, & s'il n'eft pas fondé fur quelque
raifon.
DE DECEMBRE. 9
Pour moi , fi j'ofe dire ce que j'en
penfe , je fuis perfuadé que les irrégularitez
même les plus bizarres , en fait
de Langage , ont un principe caché que
peu de gens pénétrent ; mais , dont
tout le monde fuit l'impreffion fans le
connoître. C'eft une forte d'instinct
qui infpire toute une Nation ; & qui ,
quoi qu'à l'aveugle , conduit auffi
fûrement l'ignorant, que la raifon & la
régle dirigent l'Homme de Lettres &
le Grammairien. Pourquoi, entre deux
façons de parler , qui d'elles- mêmes
n'ont rien de vicieux , l'une eft - elle
admife & l'autre réprouvée ? On repond
que cela vient de l'ufage , qui
admet l'une & qui défavoue l'autre ,
& l'on feroit fcrupule de creufer plus
avant. Mais,comme de la maniere que
les Hommes font faits , toute une Nation
ne fe détermine pas à préférer une
expreffion à une autre , fans qu'il y ait
quelque raifon fourde de préférence ;
j'ofe dite , que fi on vouloit un peu
creufer en cette matière , on trouveroit
infailliblement ou dans le génie
de la Langue , ou dans le goût de la
Nation, le principe caché qui , fans
nous nous en appercevions › dé--
que
ΤΟ LE MERCURE
cide dans nous , de ce que nous devons
admettre en fait de Langage , & de ce
que nous devons réprouver.
Or , c'eft à ce principe que j'ai tâché
de remonter , non pas, pour régler
quelles font les Tranfpofitions dont
on peut ufer, & quelles font celles dont
on doit s'abstenir ; puifque , cela n'appartient
qu'à l'ufage : Mais , pour juftifier
l'ufage même dans celles qu'il a
permifes , comme dans celles qu'il a
condamnées. J'aurois pû m'en tenir à
faire un détail exact des differentes
inverfions qui font d'alloy dans la Poëfie
, & à les appuyer par des exemples
tirez de nos meilleurs Poëtes :
C'eftoit même , à peu prés , à quoi je
m'eftois borné d'abord . Le hazard,fans
que j'en euffe deffein , me mena plus
loin ; car , en lifant à quelques - uns
des mes amis , ce que j'avois jetté fur
le papier, touchant les Tranfpofitions,
& en ayant rapporté une qui , de mon
aveur,êtoit bonne ; mais , que j'avoüois
qui m'embarraffoit ; parce que je ne
trouvois pas qu'elle quadrât avec les
autres de même efpece , & que je ne
voyois pas d'ailleurs , ce qui pouvoit
la tirer hors de la régle; un d'eux,homDE
DECEMBRE. 1 11
me de beaucoup d'efprit * & qui fans
être Poëte , eft fort au fait fur la
Poëfie , me donna fur le champ le
dénouement que je cherchois >
en
me faifant remarquer , que ce qui
autorifoit cette Tranfpofition ; c'eftoit
qu'elle fe pouvoit faire fans ambiguité
& fans équivoque. Sa raifon qui me
parut décifive pour la difficulté dont
il s'agiffoit , me donna lieu d'enviſager
toutes les autres Tranfpofitions par
le même endroit . Je les examinai , &
les êtudiai de nouveau ; & à force de
les remanier & de les confronter enfemble
, je trouvai dans ce qu'on
m'avoit dit pour une , la clef de toutes
les autres , & le principe général &
déterminant , qui a fait admettre celles
qui font en ufage , & qui a fait exclure
celles qui n'y font pas.
C'est ce que je vais tâcher de développer
; & pour y parvenir , il faut
fuppofer d'abord , que les Tranfpofitions
ne peuvent rouler que fur deuxfortes
de termes qui font , pour ainfi
parler , le corps de la Phrafe ; c'est -àdire
ou furles noms , ou fur les verbes..
* M. l'Abbé de Pons.
1.2 LE MERCURE
Sur les noms , foit par rapport
d'autres noms dont ils dépendent ,
foit par rapport aux verbes , qu'ils
gouvernent ou dont ils font gouvernez
. Sur les verbes , par rapport à d'autres
verbes avec lefquels ils fe trouvent
liez par la conftruction.
A l'égard des Verbes , il n'y a point
de diftinction à faire entre les tems
differents ; préfent , paffé & fûtur ,
fur lefquels ils roulent. Car , comme
cela ne change rien à leur fignification
effentielle , dés qu'ils fouffrent
la tranfpofition dans un de
ces tems , ils la peuvent fouffrir dans
tous les autres . Il n'en est pas de même
des noms , par raport aux cas diffé
rens dont ils font compofez , & dont
les uns admettent la tranfpofition fans
reftriction ; & les autres ne s'y prêtent
qu'avec précaution , & qu'en certaines
fituations : Le Datif par exemple , le
tranfpofe tant qu'on veut , & prefque
fans aucune exception. Le Génitif &
l'Ablatif fe tranfpofent auffi le plus
fouvent , hors en quelques rencontres
particulieres. Le Nominatif aucontraire
, & l'Accufatif n'admettent la
ranfpofition qu'à certaines conditions,
DE DECEMBRE.
13
& ce dernier encore plus rarement que
l'autre. C'est ce que le Lecteur reconnoîtra
par lui-même ; lorfque j'entrerai
dans le détail des tranfpofitions ,
par rapport à ces différens cas. Je ne
mets point ici le Vocatif en ligne de
compte , parce que , n'ayant proprement
point de régime ny actif, ny
paffif , il eft abfolument indépendant .
Au refte , je crois qu'on ne trouvera
pas mauvais , qu'en parlant de tous
ces cas , je me régle fur i'Analogie latine:
11 ma paru que dans une matiére qui
ne regarde gueres que les gens de
Lettres , je devois en ufer ainfi , pour
leur plus grande commodité ; & je ne
difconviendrai pas que je n'aye û auffi
en cela , un peu égard à la mienne. La
différence de certains cas dans nôtre
Langue , eft fi peu marquée , que j'aurois
efté fort embaraffé à diftinguer
enplufieurs occafions , le Génitif de l'Ablatif.
Il m'a donc fallu , pour les fixer ,
avoir recours à la Méthode qu'on fuit
dans les
Déclinaifons de la Langue
Latine ; & fuivant ce plan , j'appelle
Nominatif, Génitif& c.ce qui dansnôtre
Langue , répond au Nominatif, Génitif
& autres cas des Latins. Détail de
14 LE MERCURE
Grammaire affez defagréable , mais fi
utile , que je me flate , qu'on voudra
bien l'excufer en faveur de la clarté
qu'il répandra fur tout ce que j'ai à
dire des tranfpofitions.
Ce fut dans la difcuffion de ces cas
différents , qu'ayant remarqué que des
cinq cas , à l'égard defquels la tranf
pofition pouvoit avoir lieu , le Datif
l'admettoit fans violence , & même
affés naturellement ; qu'à peu de chofe
prés , il en eftoit de mefme du Génitif
& de l'Ablatif mais qu'au contraire
, le Nominatif ne la fouffroit qu'à
peine , & feulement en certaines conjonctures
; & que l'Accufatif y répugnoit
prefque totalement ; je voulus démêler
d'où pouvoit venir tant de répugnance
dans les derniers , & tant de
facilité dans les premiers : Car , d'attribuer
cela à la bizarrerie de l'uſage ,
il me paroiffoit que c'eftoit éviter la
difficulté , & non pas la réfoudre. Je
me figurai donc qu'il falloit néceffairement
qu'il y ût dans quelques- uns
de ces cas , quelque chofe de particulier
qui ne fe trouvât pas dans les autres.
Sur cela , je me mis à les éxaminer
tous en détail , dans trois fortes de
"
DE DECEMBRE. IS
noms différens , tels que je les repréfente
içi.
SINGULIER.
Nominatif. L'homme.
Genitif.
La table. Le temple.
De l'homme, De la table. Du temple.
Datif. A l'homme. A la table . Au temple.
Accufatif. L'homme. La table. Lo temple.
Ablatif, De l'homme. De la table. Du temple.
Génitif.
PLURIER.
Nominatif. Les hommes. Les tables. Les temples.
Des hommes. Des tables. Des temples .
D'atif. Aux hommes, Aux tables. Aux temples.
Accufatif. Les hommes. Les tables. Les temples.
Ablatif. Des hommes. Des tables. Des temples.
Comme les noms dans nôtre Langue,
n'ont point d'infléxions différentes ,
ainfi que dans la latine , c'eſt l'article
feul qui y diftingue les cas. Or , je remarquai
qu'il n'y avoit que le Datif
qui ut un article particulier , lequel ne
lui fût commun avec aucun autre cas ;
c'eft l'article à ou au pour le fingulier ,
& aux pour le plurier. Auffi , remarquai-
je en mefme tems , que c'eftoit ,
comme onle verra dans la fuite , celui
de tous les cas , dont la tranſpoſition
16 LE MERCURE
.
êtoit la plus naturelle , & avoit le plus
d'agrêment & de douceur. Pour le
Génitif& l'Ablatif, je trouvai une entiére
conformité entr'eux ; de forte
que , quand ils concourent enfemble ,
ils femblent deux Génitifs de fuite ;
car , en difant : De l'Armée de Céfar
il paffa dans celle de Pompée ; cela fait
à peu prés le mefme effet , que fi on difoit
: Il eftoit le meilleur Soldat del'Armée
de Céfar. Sur quoi , je fis trois obfervations
; la premiere , que ce concours
de l'Ablatif & du Génitif êtoient
rares . La feconde › que comme ils figuroient
de la mefme maniére que
deux Génitifs ; ils devoient auffi obferver
la mefme régle ; & que par conféquent
, il ne pouvoit y avoir de tranfpofition
entr'eux , non plus qu'entre
deux Génitifs , à caufe de l'équivoque
qui en réfulteroit , comme je l'expliquerai
dans l'article de cette , tranfpofition
. Enfin , la troifiéme obfervation
que je fis , fut que partout ailleurs,
où il n'y avoit point lieu à une femblable
équivoque , le Génitif & l'Ablatif
pouvoient fe tranfpofer : De forte
qu'eftant d'eux- mêmes & de leur nature,
trés fufceptibles de tranfpofition ,
ce
DE DECEMBRE . 37
ce n'eftoit qu'accidentellement qu'ils
y répugnoient quelquefois, & toûjours ,
pour éviter l'ambiguité & l'équivoque ,
que cette tranfpofition y pourroit mettre..
Enfin , je trouvai entre le Nominatif
& l'Accufatif , une reffemblance plus
parfaite encore par fa fimplicité, qu'en
tre le Génitif & l'Ablatif ; car , ny l'un
my l'autren'ont d'articles : Reffemblance
d'ailleurs , bien autrement incommode
que dans les deux autres cas ; en ce
que fe trouvant prefque toûjours enfemble
par la conftitution de la phrafe,
où le verbe doit avoir fon Nomina
tif & fon cas , lequel pour le plus fouvent
, eft l'Accufatif ; il n'y avoit que
l'ordre de la marche entr'eux qui pût:
les caractériſer : De forte qu'on ne pouvoit
difcerner le Nominatif de l'Accufatif
, que parce que celui - là précé--
doit le verbe , & celui ci le fuivoit :
Car , fi on veut tranfpofer les termes
de cette phrafe ; Céfaraimoit la gloire
en difant ; la gloire aimoit Céfar ; on
prendra cela plûtôt pour un changement
de phrafe , que pour une tranf
pofition. La gloire paffera pour le Nominatif,
parce qu'elle eft devant le
B
18 LE MERCURE
verbe , & Céfar pour l'Accufatif , parce
qu'il eft aprés ; & perfonne ne
s'imaginera qu'on veuille dire dans
cette tranfpofition , que c'eft Céfar
qui aimoit la gloire , & non pas la gloire
qui aimoit Céfar .
De cette remarque je tirai deux conféquences.
La premiere , que la répugnance
que ces deux cas fembloient
avoir à la tranfpofition , ne venoit
que de la confufion inévitable que leur
uniformité cauferoit dans la phrafe ,
pour peu qu'on en troublât l'ordre naturel
: La feconde , que toutes les
fois qu'il n'y avoit point d'ambiguité
à craindre , on pouvoit tranfpofer ces
deux cas comme les autres ; & que c'êtoit
pour cela qu'il y avoit des occa-.
fions , où la tranfpofition du Nominatif,
loin de choquer , avoit un trés bon
effet.
Enfin , ramaffant tout ce que j'avois
fait d'obfervations , & confidérant
que le Datifne repugnoit prefque jamais
à la tranfpofition ; parce qu'ayant
marque particuliére dans fon article ,
l'inverfion à fon égard , ne pouvoit caufer
d'ambiguité : Que les autres cas ne
l'exclupient , que quand elle faifoir
fa
DE DECEMBRE. 19
un fens douteux & équivoque ; & que
hors delà , ils l'admettoient librement :
Que de mefme , comme on le verra
dans fon lieu , elle fe fouffroit entre
deux verbes , lorfqu'elle n'y apportoit
point d'embarras & de confufion ; je
tirai cette conféquence générale , dont
je fais la régle décifive , pour difcerner
les bonnes & les mauvaiſes tranfpofitions
Que toute inverfion de
phrafe eft permife & légitime , dés
qu'elle n'en altére point la clarté , &
qu'elle n'y cause ni confufion , ni équivoque
. Principe , d'autant plus folide
& plus fûr , qu'il eft fondé fur le génie
de la Langue françoife , dont le caractére
propre & particulier , eft la
clarté. La conftitution fimple & naturelle
de la phrafe , dans laquelle l'expreffion
fuit l'ordre de la perfée , nous
en eft une preuve. Nôtre Langue fe
preftera toujours fans répugnance aux /
tours les plus hardis , aux figures less
plus outrées , aux tranfpofitions les
plus extraordinaires , à toutes les libertez
, & aux défordres même de
la Poëfie , fi jofe parler ainfi ; mais
à cette condition , que fa clarté n'en
fouffrira point . Tant de beautés & d'ox-
Bij
20
LE MERCURE
nements qu'il vous plaisa; mais ny obfcurité
, ny confufion , ny équivoque.
La clarté eft un point , fur lequel elle
n'admet aucune compenfation , & elle
préférera toujours une fimplicité fans
embarras , à unfublime obfcur & fatigant
.
Ce principe êtant êtabli , il ne reſte
plus qu'à l'appliquer , & cette application
même en fera la preuve ; car , en
éxaminant fur cette régle , toutes les
tranfpofitions , tant bonnes que mauvaifes
, je ferai toucher au doigt : Que .
les premieres ne font permifes,que parce
qu'en donnant de la beauté à la phrafe
, elles n'en altérent point la clartés.
& que les autres ne font rejettées
que parce que , fous prétexte d'embellir
la phrafe , elles l'obfcurciffent .
Et comme , de toutes les tranfpofitions
, celle du Darif eft la plus naturelle
; c'est par elle auffi que je crois
devoir commencer , en l'éxaminant,
& par rapport aux verbes , & par rap
port aux noms , avec lefquels le Da
tif peut eftre tranfpofé.
DE DECEMBRE. 2x
EXAMEN
De la Tranfpofition du Datif.
Le Datif eft ordinairement régi par un
verbe qui le demande aprés lui : Comme
quand on dit . Tout confpire à mes
deffeins. On s'appofe à mes voeux. Déro- .
ber fa tête à un fardeau Voilà comment
on doit parler en profe , où l'on
place le verbe devant le cas qui en dépend
: En Vers , c'eft tout le contraire .
Le ftile poëtique éxige , qu'en renver..
-fant la phrafe , on tranſporte le cas devant
le verbe , & qu'on dife : A mes.
deffeins tout confpire. A mes voeux ons'oppofe.
A un fardeau dérober sa tête ::
Et c'eft ainfi qu'en uſe Racine.
A mesjuftes deffels je vois tout confpirer.
2. Ilfe plaint qu'à ſes voeux un autre ·
amour s'oppofe.
3 Chacun à ce fardeau vent dérober Sa
tête.
Tragédie de Mithridate..
A&t. III . Sc. I..
2. Act. II. Sc . VI
3 A&… III, Sc. I.
LE MERCURE
Ce n'eft pas à dire , que Racine luf
même fuive toûjours cette méthode ;
car , dans un autre endroit , il dit fansufer
de tranfpofition .
* Tu ne t'attendois pas fans doute à ce
Difcours.
Mais en cela mefme , il s'écarte de
fa pratique ordinaire ; & il eſt évident
qu'il feroit plus poëtique d'ufer de
tranfpofition, & de dire.
Sans doute à ce Difcours tu ne t'attendois
pas.
>
On peut donc établir , comme une
régle fûre , que le ftile poëtique exige
la Tranfpofition du datif, par rapport
aux verbes dont ce datif dépend.
Je ne prétends pas néantmoins qu'il ne
foit jamais permis de s'abftenir det ranfpofitions
tant à l'égard de ce cas ,
que des autres qui en font fufceptibles
car , ffuurr ccee ppiieedd , il faudroit
mettre dans un vers , toutes les tranfpofitions
qui pourroient y entrer : Ce
qui feroit le plus fouvent un trés mauvais
effet . Il y a du plus & du moins ,
des tempéraments à garder en tout
* Alte I. Sc. I.
DE DECEMBRE. 23
cela. C'eft de quoi je parlerai plus au
long dans la fuite , lorfque je traitterai
de l'ufage qu'on doit faire des tranf
pofitions. Mais quant à prefent , je
me borne à déterminer ce que le tour
de la Péëfie exige de lui- même , & à
quoi il faut s'affujettir , lorfqu'il n'y a
point de raifon légitime de s'en difpenfer..
Outre les Verbes qui gouvernent
des datifs , il y a auffi des adjectifs
, dont ces mêmes datifs dépendent..
Quelquefois , ces adjectifs font liez
à un verbe. Comme quand on dit . Cefils
fut cruel à fon Pere . Quelquefois ,ils
fe trouvent feuls & fans verbe , comme
fi on diſoit : Et par un trait fun? -
fte à fa gloire. Et quelquefois auffi , ils
font participes d'un verbe . C'eſt ainft.
qu'on dit. Soumis à mes loix , attaché
à fon devoir. Trois fituations , par rapport
aux quelles il faut confiderer la
Tranfpofition du datif.
Toutes les fois que l'adjectif fait
lui-même partie d'un verbe , ou qu'il
eit lié à un verbe , il peut-être regardé
comme verbe par rapport au datif
qui le fuit , & par confequent, la Tranf
14 LE MERCURE
pofition du Datif a lieu à fon égard
auffi naturellement qu'à l'égard des
verbes. En voici des exemples , donɛ
je forge le premier , parce que je n'en
trouve point fous ma main ; & je prie
le Lecteur d'agréer que j'en ufe de la
forte , lorfqu'ils me manqueront.
A fon Pere ce Fils fut toûjours trop
cruel.
Je fçay que de tout tems à mês ordres
foumis
Ilbait autant que moi nos communs
Ennemis.
Dans le premier exemple , l'Adjectif
eft joint à un verbe ; dans le fecond
, l'Adjectif eft participe , & la
Tranfpofition fait fort bien dans tous
les deux.
Mais , lorfque l'Adjectif est tour
feul , & qu'il n'eft point participe , il
eft difficile que la Tranfpofition ne
caufe de l'ambiguité dans la Phraſe.
S'il falloit dire , par exemple.
Mais , entreprise hélas ! · Trop fu-·
nefte à la gloire .
Er qu'on Tranfpofat ainfi.
1. Act. 11. Sc . 39 . Mais ,
DE
DECEMBRE.
25
Mais , entreprife hélas ! A fa gloire
funefte .
Cette
Tranfpofition ne
vaudroit
rien , parce qu'on pourroir douter , fi
l'Adjectif, funefte , fe
rapporteroit à entreprife
, ou à gloire ; & que felon le
principe général des
tranfpofitions ,
on n'en doit point ufer , dés qu'elles
peuvent apporter la moindre obfcurité
au fens de la Phrafe . Toutes les
précédentes ne font bonnes , que parce
qu'elles n'en altérent en rien la
clarté , de forte même , quefi en gare
dant la
tranfpofition dans ce dernier
Vers , on pouvoit le tourner , de maniere
qu'il n'y ût lieu à aucune équivoque
; comme fi on diſoit ,
Mais , à fa gloire hélas ! Entreprife
funeйte.
la
Tranfpofition feroit
beaucoup plus
tolerable.
Cependant ,
comme dans
ces termes , à fa gloire , l'article à ,
qui n'eft point encore
déterminé , peut
paffer pour
prépofition , & avoir le
même fens que ,
ad ejus
gloriam en
C Décembre
1717.
26 LE MERCURE
latin ; c'eſt-à- dire , marquer un Accufatif
; comme fi on difoit : A fagloi
re il faut que je le publie ; l'efprit
fouffre dans l'incertitude où il eft , fi
l'article , à , eft ici un article ou une
prépofition ; & fi c'eft un Datif ou un
Accufatif qu'il lui annonce : Or , il ne
faut jamais que l'efprit travaille pour
deviner ce qu'on lui expofe . Quelque
belle que fut une tranfpofition , on
doit toûjours la facrifier en faveur de
la clarté ; ou plûtôt, elle n'eft plus recevable
, dés qu'elle péche contre ce
principe .
C'eft de la fufpenfion que la Poëfie
demande , & non de l'incertitude ;
deux impreffions qu'il ne faut point
confondre. L'incertitude renferme la
fufpenfion, & en corrompt l'agrêment
par la peine , & la perplexité qu'elle
y porte ; mais , la fufpenfion ne fuppofe
point l'incertitude . Son idée aucontraire,
ne nous préfente qu'une attente
agréable de ce qu'elle nous annonce ,
& qu'elle nous met par avance à portée,
de deviner au moins en partie. Par
exemple , dans le Vers fuivant.
DE DECEMBRE : 27
1 Aux offres des Romains , ma Mere
ouvrit les yeux .
Il y a de la fufpenfion , mais , il
n'y a point d'incertitude ; parce que la
particule aux , marque évidemment un
article & non, une prépofition: Et quand
ily auroit , à l'offre des Romains , ce
feroit la même chofe , comme on peut
le voir dans le Vers qui fuit .
2 A mille coups mortels contre eux
me devouer.
Cette particule , à , détermine abfolument
le Datif , & annonce le verbe
qui demande ce cas : De forte que ,
quand ce verbe arrive , l'efprit qui
êtoit demeuré en fufpens , durant le
premier hémiftiche , elt enfin content
& fatisfait ; parce qu'il trouve ce qu'on
lui avoit annoncé , & ce qu'il s'êtoit
promis. Au lieu que , quand il ne fçait fi
la particule , à , eft article ou prépofition
; & fi elle prépare à un Datif
1 A&t. 1. Sc. I.
a Act. 1. So. I..
Cij
18 LE MERCURE
ou à un Accufatif , comme dans ces
termes ci - deffus , à fa gloire ; il fouffre ,
il peine , il n'ofe prendre de parti entre
le Datif & l'Accufatif ; ou , s'il le
prend , il rifque à fe voir obligé de
revenir fur fes pas ; chofe defagréable
pour nôtre efprit , & mortifiante
pour notre vanité. Toute erreur nous
humilie ; & comme nous n'aimons pas
à être humiliez , nous voulons toujours
du mal à ceux qui ont donné occafion
à nôtre humiliation : Nous cherchons
à nous difculper à leurs dépens ;
& fur ce point , comme dans toutes
les chofes où nous avons quelque tort ,
nous nous en prenons toûjours plus
volontiers à autrui , qu'à nous mêmes.
Or , rien n'eft plus facheux , &
plus imprudent à un Auteur , que de
mettre fon Lecteur , c'eft à - dire fon
juge , contre lui. Enfin , ce qui fait auprés
de nous le merire de la fufpenfion
, & le defagrêment de l'incertitu
de eſt fondé fur la bonne opinion
que nous avons de nôtre intelligence.
Nous voulons deviner , ce qui eft
la chofe du monde qui bleffe le plus
nôtre efprit ; mais , nous ne voulons
pas nous tromper ; ce qui est la cho-
?
•
DE DECEMBRE 29
que
fe du monde qui l'humilie le plus : Or,
par tout où il y a du doute & de l'in
certitude , il faut , ou que l'efprit s'arrête
tout - court , ou qu'il s'expofe &
fe mêprendre S'il eft obligé de s'arrêter
, c'eft un aveu de fon peu de pénétration
; s'il paffe outre , c'eft précipitation
& imprudence ; deux partis
qui bleffent prefque également fon orgueil
, & dont il fçait toûjours mauvais
gré , à ceux qui ne lui laiffentfur
cela le choix. Au lieu que, quand
il n'y a que de la fufpenfion ; il a le
plaifir pur de pouvoir deviner , fans
courir rifque de fe tromper. Peut - être,
trouvera- t-on que je me fuis trop êtendu
fur ce point ; mais , dans une matiere
fi mince d'elle-même , je ne crois
pas devoir rejetter , ce qui peut en
quelque forte, en corriger la fécheref
fe ; fur-tout , quand ce font des réfléxions
que mon fujet me fournit de lui
même : Et d'ailleurs,il eft bon que,par
le rapport fécret que des minuties de
Grammaire ont à notre amour propre ,
nous ayons occafion de connoître jufqu'où
s'étend fa tyrannie .
Voilà à peu près , à quoi fe réduit la
Tranfpofition du Datif , à l'égard des
Ciij
20 LE MERCURE
verbes & des Adjectifs dont il peut
dépendre.
Mais , comme il peut encore fe trouver
en concurrence avec d'autres cas;il
eft à propos d'éxaminer qui font ceux ,
à l'égard defquels il admet la tranſpofition
, & ceux avec qui il la comporte
moins. Ce qu'on peut dire en général
; c'eft que , quand la tranfpofition
fouffre de la difficulté , cela vient
moins de la part du Datif, que de celle
des autres cas avec lefquels il fe
trouve lié . De lui-même , il s'y prête
toûjours affez volontiers.
où il
Voici pourtant une rencontre ,
paroît autant de réſiſtance de fa part
à la tranfpofition , qu'il peut y en
avoir du côté du Genitif : Car , fuppofons
qu'on veüille tranfpofer ces
deux cas dans le Vers fuivant ,
Au plus grand des Héros , j'ofe le
comparer.
Il faudra dire .
Des Héros au plus grand , j'oſe le
comparer.
Tranfpofition qui paroît fonner mal,
& qui même , n'eft pas néceffaire dans
DE DECEMBRE.
31
ce Vers , où il y en a déja une . Mais ,
ce qui rend ce Vers rude , ce n'eft pas
la multiplicité des tranfpofitions ; c'eſt
la qualité de l'une des deux ; je veux
dire , celle du Genitif & du Datif qui
y repugnent également . Le Genitif prémierement
, à caufe de l'article , des
qui devient alors équivoque entre
lui & l'Ablatif. Car , on ne fçait , fi cet
hémiftiche, des Romains au plus grand ,
annonce une fimple comparaifon , ou
une efpéce de gradation , comme du
petit au grand : En fecond lieu , du côté
du Datif , on doute fi la particule
an , eft un article , ou une prépofition ;
fi elle défigne un Datif , ou un Acfatif.
Et ce qui femble prouver que
l'incongruité de la tranfpofition vient
de là en partie ; c'eft que fi on change
le Nominatif en Datif , & qu'on
dife ,
Des Héros le plus grand fe fit
voir à nos узих .
la Tranfpofition fera bonne.
J'ai dit que ce qui donnoit de la
rudeffe au Vers , n'êtoit pas la multi-
Des Héros au plus grand,j'ofe le com
parer.
2
32 LE MERCURE
plicité de tranfpofitions qu'il renfer
me , mais , la qualité de l'une de ces
tranfpofitions : C'est ce qu'il faut que
j'explique , quoi que cela regarde
proprement l'ufage & le ménagement
des tranfpofitions , dont j'ai deffein de
traitter à part; mais, pour ne point laiffer
le Lecteur dans l'embarras , je
crois devoir par avance, en toucher ici
quelque chofe.
En quoi donc , eft- ce que la qualité
d'une des tranfpofitions dans ce dernier
Vers , en caufe la rudeffe ? C'eſt
en ce qu'une de ces tranfpofitions eft
double ; c'eſt à - dire , en ce que le même
cas ett tranfpofé deux fois , l'une
avec un autre cas , & l'autre avec fon
verbe. Car , quoique la Phrafe Poëtique
exige des tranfpofitions , elle
ne les admet néantmoins , comme
nous l'avons remarqué qu'autant
qu'elles n'embarraffent point trop la
Phrafe Or , la Phrafe ne peut manquer
d'être embarraffée , dés qu'un terme
qui a de la liaiſon avec deux autres ,
eft tranfpofé à l'égard de tous les deux ;
& c'est ce qui arrive dans ce Vers.
,
Des Héros au plus grand , j'ofe le
comparer.
H
D
ta
D
DE DECEMBRE.
33
Au plus grand , qui eft un Datif,
eft déja tranfpofé , par rapport à fon
verbe qu'il précede ; car, dans l'ordre
naturel, il devroit le fuivre , & on dévroit
dire , comparer au plus grand. On
le tranfpofe encore à l'égard du Genitif
qu'il régit ; puifqu'au lieu de dire.
Au plus grand des Héros , on dit , des
Héros au plus grand. Voilà donc , le
même cas tranfpofé deux fois : De forte
qu'il faut que l'efprit faffe deux
opérations fur le même terme , pour
démêler le vrai fens que cette duplicité
de tranfpofition obfcurcit. Ce
n'eft plus un plaifir , tel que celui de
la fufpenfion ; c'est une peine & une
efpéce de torture , dont nôtre délicateffe
ne s'accommode pas.
,
D'où vient que dans la feconde maniere
de tourner ce même Vers en
changeant le Datif en Nominatif ; &
en difant ,
Des Héros le plus grand fe fit
voir à nos yeux .
la tranfpofition eft de mife ? C'eft
qu'alors , le même mot n'eft tranfpofé
qu'une fois .
14 LE MERCURE
Et pour prouver encore plus fenfiblement
, que la dureté de l'autre
Vers , des Héros au plus grand & c.
ne vient point de ce qu'il y a deux
tranfpofitions ; mais , de ce que l'une
des deux eft double ; c'est - à-dire , que
le même terme y eft tranfpofé deux
fois ; je vais citer un Vers de Racine ,
auffi compliqué qu'il puiffe y en avoir ,
par la multitude des termes differents.
qui le compofent , & qui forment
deux tranfpofitions ; fans que pourtant
, la beauté du Vers , ny la clarté
de la Phrafe en fouffrent. Le voici.
› De mon Pere à la Reyne il conte
la difgrace.
Il y a dans ce Vers un Nominatif,
il ; un Génitif , de mon Pere ; un Datif
; à la Reyne ; un Accufatif ; la difgrace
; un verbe , conta. Il s'y trouve
de plus deux tranfpofitions , mais ,
toutes deux fimples ; c'eft- à- dire, qu'il
n'y a aucun terme qui foit tranfpofe
deux fois. Le Genitif l'ett, par rapport
à l'Accufatif; de mon Pere la difgrace,
1 Att . 1. Sc . I
DE DECEMBRE.
35
au lieu de dire , la difgrace de mon
Pere. Le Datif l'eft , par rapport au
verbe qui le gouverne , à la Reyne il
conta au lieu de dire il conta à la
Reyne. Ainfi, cela ne fait point d'embarras
; cela n'altere point la clarté de
la Phrafe ; & dés lors , felon nôtre
principe , les tranfpofitions font bonnes.
Ce n'est donc point la multiplicité
des tranfpofitions , mais , leur
qualité qui peut nuire à la beauté du
Vers. Paffons aux autres cas avec lef
quels le Datif peut fe rencontrer.
Il fe trouve quelquefois deux Datifs
enfemble , comme dans ce Vers.
Aux Gaulois , aux Romains , fa
valeur fut fatale.
Mais , ces deux Datifs n'ayant point
de dépendance l'un de l'autre , il ne
peut y avoir entre eux de tranfpofition.
L'arrangement en eft purement
arbitraire : On peut mettre le premier
ou le dernier , celui des deux qu'on
juge à propos ; & c'eft dans certe occafion
que , comme dit Dom Japhet.
Il n'importe guere.
Que Pafcal foit devant , on Pafcal
foit derriere.
36
LEMERCURE
,,
On peut dire la même chofe du
Datif , par rapport au Nominatif &
à l'Accufatif , parce que , quoiqu'ils
fe trouvent enſemble dans une même
Phrafe c'eft fans dépendance l'un
de l'autre , & par conféquent , fans
qu'il puiffe y avoir de tranfpofition.
Il n'en faut point d'autre exemple ,
que le dernier Vers que j'ai cité de
Racine .
De mon Pere à la Reyne il conta
la difgrace.
Car dans ce Vers , le Datif , à la
Reyne , ne dépend que du verbe , il
conta ; & n'a point de rapport , ny au
Genitif , de mon Pere , ny à l'Accufatif
, difgrace.
Il ne refte que l'Ablatif, avec lequel
le Datif puiffe fe rencontrer ; mais , ny
le Datif, ny aucun autre cas ne peut
être lié avec l'Ablatif , qui ne dépend
que des verbes ,comme on l'expliquera
en fon lieu. Dans le Vers fuivant de
Defpreaux ,
De Paris au Perou , du Japon jufqu'à
Rome.
Sat. VIII.
DE DECEMBRE. 37
il faut prendre garde que
la particule
, as , n'eft point article , mais ,
prépofition ; & qu'elle ne défigne pas
un Datif, mais , un Accufatif. Ainfi,
cela ne regarde point la tranfpofition
du Datif , à laquelle nous nous bornons
dans cet article , & que je crois
avoir examinée, felon toutes les fitua
tions que ce cas peut avoir.
Or , de tout ce que j'ai dit jufqu'ici
fur la tranfpofition du Datif, je tire
trois conféquences.
La 1 : Que de lui-même , il ne répugne
prefque jamais à la tranfpofition
, & que , quand elle ne fe peut fai
re ce n'eft gueres de fon côté que l'affaire
manque
.
an ,
La 2 : Que la feule occafion où il
paroît ne la pas fouffrir fi commodé
ment , eft quand , la particule , à , ou ,
qui fait fon article déterminant
fe
peut prendre pour une prépofition,
& former par là une équivoque , comme
quand on dit : J'ofe le dire à fa
gloire.
La 3 Que quand , par la nature
des autres cas avec lesquels il concourt,
la tranfpofition ne peut le pratiquer ;
elle ne fe trouve exclufe, qu'à raifon
38
LE MERCURE
de l'équivoque & de l'ambiguité
qu'elle introduiroit dans la Phrafe .
Conféquences , qui toutes trois , quadrent
avec le principe général que j'ai
êtabli fur les tranfpofitions & en
même tems , en font la preuve ; fçavoir.
Que toute tranfpofition eft permife, des
qu'elle peut fefairefans altérer la elarté
de la Phrafe ..
Jufqu'à prefent , je n'ai envifagé la
tranfpofition du Datif , que dans ce
qu'elle a d'effentiel , & uniquement
pour régler , quand elle pouvoit avoir
lieu. Mais comme , quelque naturelle
& quelque douce qu'elle foit par
elle -même , elle peut avoir plus ou
moins de beauté , felon la maniere
dont on la pratique , il ne fera pas hors
propos
de faire fur cela quelques de
remarques .
La principale , & celle qui renferme
toutes les autres , & qui eft géné- ,
rale pour tous les cas , eft que plus
ils font éloignez du mot , auquel ils
font liez & dont ils dépendent ; &
plus auffi , la tranfpofition a de douceur.
Ainfi , quand les deux termes , entre
lefquels fe fair la tranfpofition , fe
trouvent dans le même hémiftiche ,
DE DECEMBRE. 39
elle eft moins douce ,que quand ils font
dans deux hémiftiches differents . C'eſt
ce qu'on peut voir dans les exemples
fuivants.
1Je fçay que de tout tems à mes ordres
foûmis.
Il bait autant que moi &c.
2 Un coeur que fon devoir à moi feul
affervit.
La tranfpofition du Datif eſt ſi naturelle
, que même pratiquée de la
forte , elle n'a rien de bien rude
mais , elle feroit encore plus agréable ,
fi les deux termes rélatifs fe trouvoient
dans deux hémiftiches differents
, en tournant ces vers de la maniere
qui fuit.
Et je fçay qu'à mes loix fon coeur
toujours foûmis .
Ce grand coeur qu'à moi feul fon
devoir affervit.
Enfin , fuivant le principe que j'ai
avancé , la tranfpofition s'adoucit toû-
1 A &t . 2. Sc. ; .
A&t . 2. Sc. 5.
40 LE MERCURE
jours , à proportion de l'éloignement
qui fe trouve entre les termes rélatifs
qui la compofent : Je vais en apporter
des exemples , où comme par
gradation , ils s'éloignent toûjours de
plus en plus.
Quand je fçûs qu'à fon lit Monime
réfervée .
2 Qu'aux offres des Romains , ma
Mere ouvrit les yeux.
que
Et fe pourroit-il bien qu'à mon reffentiment
3
?
Mon Amour indifcret eût livré.
mon Amant ?
On voit dans ces trois exemples ,
le Datif s'éloigne toûjours de plus
en plus , du verbe dont il dépend :
Que même au dernier , ils font l'un
& l'autre dans deux Vers differents ;
& que la tranfpofition n'en a que plus
de grace . C'est ce que je ferai obferver
dans les autres , comme dans celle-
ci , de laquelle je paffe immédiatement
à la tranfpofition du Génitif ,
1 A &t . 1. Sc . I.
2 Ibid.
3 Act. 4. Sc. I.
DE DECEMBRE. 41
& à celle de l'Ablatif , comme
êtant les plus naturelles , aprés celle
du Datif. La conformité & la reffemblance
que ces deux cas ont entre eux,
m'engage à les traitter enfemble ; &
je le ferai de maniere , que loin que
cela y mette de la confufion , ils fe
donneront au contraire du jour l'un à
l'autre .
EXAMEN
DE LA TRANSPOSITION
Du Génitif& de l'Ablatif.
> Me
Comme le Génitif & l'Ablatif one
tous deux le même article , & qu'on
dit également à l'un & à l'autre
l'homme , de la table , du temple. Il
faut d'abord donner un moyen de les
diftinguer. Or , voici le diftinctif de
de l'un & de l'autre.
Le Génitif eft toûjours gouverné par
un nom , foit fubftantif , foit adjectif :
En voici des éxemples.
*
De fes feintes bontez j'ai connu la
contrainte .
Att. IV. Sc. 2.
D
42 LEMERCURE
J'ay honte de me voir fi peu digne
de unus.
Seigneur , de mes malheurs ce ſont-là
les plus doux.
Dans le premier éxemple , le Génitif
eft gouverné par un fubitantif.
Dans le fecond , par un adjectif : Et
dans le troifiéme ,
par un fuperlatif,
qui eft auffi une forte d'adjectif.
L'Ablatifeft toûjours gouverné par
un verbe ; & toutes les fois qu'un nom ,
qui a l'article commun au Génitif & à
l'Ablatif , eft régi par un verbe , il le
faut tenir pour un Ablatif. Exemple:
1. Allés de fes fureurs fongez à vous
garder.
2. Et même de monfortje ne pourrois
me plaindre.
Je n'éxamine point ici fcrupuleufement
, fi en rigueur de Grammaire , il
n'y a pas des noms qui gouvernent
l'Ablatif, & des verbes qui gouvernent
le Génitif ; & fi quand on dir , digne d'ar
A&t. III. Sc. I.
* Act. I. Sc. II.
1. A&t. IV . Sc . I.
2. Ibid. Sc. IV.
DE DECEMBRE.
43
mour , ou je me souviens de vous i
amour eft à l'Ablatif dans le premier,
& de vous , au Génitif dans le fecond.
Que ce foit Ablatifou Génitif , je n'envilage
ces mots que par rapport
aux autres avec qui ils font liez ; &
tout ce queje me propofe , c'eft d'expliquer
comment, on doit en ufer pour
tranfpofition , à l'égard d'un cas qui
a, des , du , ou des, pour article : Et comme
ce cas défigné par un de ces articles,
eft tantôt joint à un verbe , & tantôt
joint à un nom ; je l'appelle Génitif,
quand il eft joint à un nom ; & Ablatif
, quand il eft joint à un verbe.
la
Je dois auffi faire obferver qu'il y a
des Ablatifs régis par une prépofition
telle que, dans ,fans , par , avec , & c : Mais ,
comme , je traiterai à part de la tranfpofition
des noms , qui font régis par
une prépofition , quelque foit cette
prépofition , & quelque cas qu'elle demande
; je renvoye là les Ablatifs de
cette nature & ne traitte dans l'article
préfent , que de ceux qui font
gouvernez immédiatement par un
verbe.
Il s'agit donc de fçavoir , fi à l'égard
du Génitif joint à un nom , & d'un
Dij
44 LE MERCURE
Ablatifjoint à un verbe , on peut ufer
de Tranfpofition ; & fi au lieu de dire ;
balancer le deftin des Romains , honorer
d'un titre funefte ; on peut dire ; des
Romains balancer le deftin , d'un titre
funefte honorer. Je répons qu'oüi : En
voici des exemples de Racine . D'abord
pour le Génitif.
i Qui des Romains toûjours balançant
le deftin. *
2 Du Palais à ces mots , il leur
ouvre les portes.
En voici d'autres pour l'Ablatif.
3 Quand d'un titre funefte on me
vint honorer.
4 Que de tant d'Ennemis vous
puiffiez vous défendre.
Les deux premiers exemples ,font pour
la tranfpofition du Génitif : A l'égard
d'un nom Subitantif , en voici'd'autres,
pour fa tranfpofition , avec un nonr
Adjectif.
. A&t. II. Sc. III.
2. Act. V. Sc. IV
3 .
A&t. V. Sc. II.
4. Ibid. Sc. dern
DE DECEMBRE.
45
1 Vous faffe des Romains , dévenir
l'alliée .
2 Seigneur , de mes malheurs ce font
là les plus doux .
Telle eft la régle générale pour le Génitif
& l'Ablatif , qui tous deux admettent
la tranfpofition , avec le terme
dont ils dépendent . Il ne reste plus
qu'à faire les obfervations qui peuvent
être particuliéres au Génitif , par rap
port aux autres cas , avec lefquels il
fe rencontrer. Car , comme l'Ablatif,
felon que nous l'avons expliqué
, ne dépend que des verbes ; il ne
peut concourir avec les noms .
peut
De tous les cas , le Nominatif &
l'Accufatif font ceux avec lesquels la
tranfpofition du Génitif , fe fait le plus
commodément , & le plus gracieuſement.
La raiſon de cela eft, que le Nominatif
, & l'Accufatif n'ayant point
d'article ; on ne peut les confondre
avec le Génitif. Auffi , le Génitif ne fe
trouve-t-il jamais tranfpofé plus fiéquemment
, qu'avec ces deux cas . Les
1. A &t. III. Sc. V.
2. Act . I. Sc. II.
46 LE MERCURE
exemples en fourmillent dans tous les
Livres de Poëfie : Je me contente d'en
rapporter un pour le Nominatif, & un
autre pour l'Accufatif.
1 D'un Heros tel que vous,c'est là
l'effort füpréme.
2 D'un Rival infolent , arrêter les
complots.
Il y a feulement , à l'égard de ces
deux cas joints avec le Génitif,une précaution
à prendre dans leur tranfpofition
; c'eft d'arranger tellement les
termes , que quand dans le mefme
Vers , il fe trouve deux Nominatifs ,
eu bien un Nominatif &iun Acccufatif
avec le Génitif ; on ne puiffe douter
auquel des deux le Génitif fe rapporte
. C'est à quoi Racine femble n'avoir
pas fait affez d'attention dans le Vers
fuivant.
* Le Parthe des Romains comme moi la
terreur.
Voilà deux Nominatifs : Le Parthe
1. At. II. Sc. VI.
2. Ibid . Sc . V.
* AT. III. Sc. I.
DE DECEMBRE. 47
1
la terreur : Et l'on peut douter fi,
c'est le Parthe des Romains , ou la
terreur des Romains. Je fçay que quand
le Vers eft achevé , on voit bien auquel
des deux le Génitif, des Romains,
fe rapporte , parce que le fens le détermine
; mais , cela fait toujours d'abord
quelque peine : J'ajouterai que ,
quand mefine au lieu d'un fecond Nominatif
, on mettroit un Accufatif,
en tournant le Vers de la maniére qui
fuit 2
Le Parthe des Romains , redoutoit la
terreur.
la mefme équivoque refteroit toûjours.
L'embarras eftoit de tourner autrement
le Vers ; car , de dire ,
Des Romains comme moi le Parthe la
terreur.
l'équivoque ût efté encore plus
grande ; parce que , comme moi ”, fe
rapporteroit alors bien plus naturellement
aux Romains , qu'à la terreur ;
outre que les deux Nominatifs joints
de fi prés , font un mauvais effet : On
pouvoit encore l'arranger ainfi..
48 LE MERCURE
+
Le Parthe comme moi des Romains la
terreur.
Ou bien .
Comme moi des Romains le Farthe la
terreur.
Mais , cette derniére maniére a encore
le défagrêment des deux Nominatifs
qui fe fuivent. La précédente vaut
mieux ; & je crois que Racine ne l'a
rejettée , qu'à caufe de la proximité
des deux mots qui forment la tranfpofition
du Génitif : Ce qui rend cette
tranfpofition plus rude , comme nous
l'avons déja fait remarquer au fajer du
Datif . Mais , j'aimerois mieux encore
m'expofer à cette rudeffe , pardeffus
laquelle Racine paffe quelquefois ,
que de mettre rien d'équivoque ou
d'obfcur dans le Vers. Pour celui- ci ,
il eft impoffible, en confervant la rime,
de la terreur , & la tranfpofition du
Génitif, d'en faire un Vers bien parfait
; & j'aurois autant aimé me paffer
de tranfpofition dans ce Vers , & dire.
Le Parthe comme moi la terreur des
Komains.
Cet éxemple du moins ,nous fait voir,
comDE
DECEMBRE. 49
ond
paile
COMP
dire
Combien Racine jugeoit la tranfpolition
effentielle au Vers ; puifqu'il en
a voulu abfolament mettre une dans
celui - ci , aux dépens même de la clarté
; mais , je m'en tiens à mon principe
: Que la tranfpofition n'eft de mife
, qu'autant qu'elle ne jette point
d'embarras, ni d'obſcurité dans la phra-
Le.
Au refte , on trouve dans ces Vers
de Racine , une preuve de ce que j'ai
infinué dans ma définition du tour poëtique
, qui eſt ; qu'il y a des tranfpcitions
, qui , quoique reçûës dans la
Langue , en forcent quelquefois la
conftruction . Car , la tranfpofition du
Génitifavec le Nominatif, en difant ,
des Romains la terreur , au lieu de dire
la terreur des Romains ; elt une tranf
pofition très permiſe & de fort bon
alloy ; mais , toute permife qu'elle eft
d'elle-même , elle force ici la conftruction
, à caufe de la concurrence
des deux Nominatifs ; & par là , elle
déchoit de fon prix .
Autre éxemple de tranfpofition ,
où la conftruction eft forcée : C'est dans
ce Vers du mefme Auteur.
Décembre 1717.
E
LE MERCURE
*
Lafoy de tous les coeurs eft pour moi
difparuë.
C'eftici une tranfpofition d'Ablatif ,
& d'elle-même elle eft bonne ; car ,
fi on change le terme de foy , qui ne
peut pas entrer dans le Vers , de la maniére
qu'il le faut tourner ; & qu'on
fubftitue à ſa place celui de crainte ,
on pourra conftruire le Vers de la maniére
fuivante , & il fera bon.
De tous les coeurs la crainte eft pour moi
difparuë.
Ce n'est donc point du côté de la
tranfpofition que péche ce Vers : Tout
le défaut n'en vient, que de la maniére
dont cette tranfpofition eft tournée ,
& de l'arrangement qu'on donne à la
phrafe. Car, comme le Génitif & l'Ablatif
font entièrement conformes , &
qu'il n'y a que le terme auquel on les
lie , qui détermine le nom à l'un ou
l'autre de ces deux cas ; on prend d'abord
cet hémistiche : La foy de tous les
coeurs , par une conftruction de Génitif;
& cependant , de tous les coeurs ne
dépend point du Nominatif , la foy
* A&t. III. Sc. IV.
,
DE DECEMBRE. SI
>
mais du verbe, eft difparuë , & c'eft une
conſtruction d'Ablatif: Ainfi , cela fait
une équivoque qui met l'efprit en défaut
; car , fur le premier hémistiche
ils'attend à une conftruction de Génitif
, & s'arrange fur cela ; & quand il
eft au bout du vers , il trouve qu'il a
efté furpris , & eft obligé de changer
d'idée. C'eft une espéce de bévûë dont
il fe prend à l'Auteur du Vers,& il n'a
pas tout-à- fait tort . Ce qui a engagé
Racine à tourner fon vers de la forte
c'est qu'en confervant les termes qui
le compofent , il ne pouvoit le tourner
autrement , car , l'arrangement naturel
ût efté celui - ci .
[parue.
Four moi de tous les coeurs la foi eft dif-
Mais , la foy eft , font deux termes
qui ne peuvent fe fuivre en Vers ; à
caufe de la rencontre des deux voyelles
. Il n'y avoit donc d'autre parti à
préndre , que celui de changer le Vers,
fi on vouloit le rendre correct ; & c'eft
ce qu'il me paroît qu'on doit toûjours
faire en femblable occafion.
.
Le feu Abbé Regnier des Marais
Sécretaire de l'Académie Françoiſe
nous a donné en cette matiére, un éxemple
qui ne fçauroit trop eftre imité. Je
E ij
52
LE MERCURE
le rapporte d'autant plus volontiers
en cet endroit , qu'il tombe fur un
défaut pareil à celui que nous venons
de relever dans Racine ; c'eſt- à-dire ,
fur une équivoque produite par l'incertitude
où l'on eft , du terme auquel
doit fe rapporter un Génitif , qui , par fa
conftruction , peut dépendre de deux
termes différents. Voici donc le fait.
L'Abbé Regnier traduifit en 1655 , la
fameufe Scéne du Paftor fido , qui commence
par ce Vers : 0 Mirtillo , Mirtillo
, animamia . Cette Traduction , qui
ût beaucoup de fuccés en ce tems- là ,
& qui eft encore fort eftimée aujourd'hui
, avoit esté attribuée durant long.
tems, à la célèbre Comteffe de la Suzë ,
fous le nom de laquelle elle avoit prefque
toûjours parû ; jufqu'à ce que
l'Abbé Regnier la revendiqua publiquement
, en imprimant fes Poëfies ,
peu d'années avant fa mort. Or , dans
cette Piece , aprés les quatorze premiers
Vers , voici comme il fait parler
Amarillis .
* Du Ciel pour nous trop rigoureux ,
Par quel ordre injufte & barbare ,
Faut- il que le fort nous fepare?
Poëfies franç. de M. l'Ab, Regnier
Des Marais. P. 2
DE DECEMBRE. $3
L'équivoque dans ces Vers, confifte
en ce que le mot , du Ciel , eftant tranf
pofé , on ne fçait d'abord à quoi il
faut le rapporter ; fi c'eft à ce nom ,
erdre injufte & barbare , où fi c'eſt à
à ce verbe , nous fépare ; puifque, dans
la conftruction , il peut fe rapporter
également à l'un & à l'autre ; & qu'il
peut eftre ou Génitif, en
au nom ; ou Ablatif , en fe
rapportant
au verbe : De forte que ce n'eft qu'aprés
avoir examiné le fens de la phraſe ,
qu'on démêle enfin , que c'est au nom
qu'il doit fe rapporter , & que par conféquent
, c'eft un Génitif.
en fe
rapportant
Apparemment , que l'Abbé Regnier
fentit lui-même l'inconvénient de
cette équivoque ; & ce fut pour y remédier
, qu'entre plufieurs changemens
qu'il fit de cette Scene , dans une
feconde Traduction qu'il nous a donnée
à la fuite de la premiere , il fupprima
totalement le premier Vers ; &
par ce retranchement , il fupprima auffi
l'équivoque , fe contentant de dire :
* Par quel ordre injufte & barbare,
Faut- il que le Ciel nous fépare ?
* Ibid .
Pag. s.
E iij
54 LE MERCURE
Ce changement eftoit abfolument
néceffaire ; mais auffi , eftoit- ce pref
que le feul qu'il fallût faire felon moi,
à la premiere Traduction . Je ne fçay ,
fi l'habitude & la prévention ne me féduifent
point , en faveur de cette premiere
façon , à laquelle je fuis accoûtumé
depuis plus de trente ans ;
mais , je ne puis m'empêcher de la
préférer de beaucoup à la fuivante ,
quoique faite dans un âge plus mûr , &
de la même main que la premiere : Il
me femble du moins , en n'envifage ant
cette Scéne que du côté de la verfification
, & mettant à part ce qui en
fait le fujet ; que je me fçaurois bon
gré d'avoir fait la premiere Tradution
, & que je ne me foucierois pas
d'avoir fait la feconde . On fent dans
celle- ci , non feulement le Phlegme ,
mais même la pefanteur de l'âge , &
la féchereffe , ou la fervitude d'une veine
que l'Art gourmande & maîtriſe ,
& qui ne coule plus librement : Dans
l'autre au contraire , ce qu'il peut quelquefois
y avoir de lâche , eft compenfé
, & en quelque forte rectifié par un
hûreux naturel ; rien , je ne dis pas,
qui y foit forcé ou contraint,mais même
DE DECEMBRE.
qui y paroiffe recherché ou étudié ,
foit dans les expreffions , foit dans les
tours ; & cependant , tours & expreffions
qui femblent faites, pour les fentimens
dont ils font les organes , & qui
ont quelque chofe d'auffi tendre &
d'auffi naturel que les penfées. Tout
y coule de fource ; un ftile aifé , intéreffant
, nourri , moëlleux ; & qui porte
avec lui , non feulement le feu & la
légereté , mais encore , l'embonpoint
& le coloris de la jeuneffe . Enfin , quand
je lis la premiere Traduction , je fuis
tenté de croire,que c'eft Amarillis qui
y parle elle-même : Mais , je ne reconnois
que l'Abbé Regnier dans la
feconde.
Je ne dirai rien ici de la tranfpofition
du Génitif avec le Datif ; parce
que j'en ai parlé , en traitant de la
tranfpofition du Datif même. Refte
donc à traiter de celle de l'Ablatif avec
le Génitif ; laquelle , comme il eſt viſible
, ne peut avoir lieu ; à caufe de
l'équivoque qu'elle cauferoit infailliblement.
Un exemple rendra la choſe
plus fenfible. Racine dit ,
* Mais , des fureurs du Roy, que puis -je
enfin juger ?
* Act. 2. Sc. 6. E iiij
56 LE MERCURE
Le terme , de fureurs , eſt un Ablatif,
eftant gouverné par le verbe, juger. Le
terme , de Roy , eft un Génitif régi par
celui de fureurs. Si , outre la tranfpofition
de l'Ablatif ou du verbe , on veut
encore en faire une , entre l'Ablatif &
le Génitif qu'il gouverne , cela fera
pis qu'une équivoque ; car , le fens de
la phrafe fera totalement changé.
Mais , du Roy des fureurs , que puis- je
enfin juger?
Ce n'eft plus une tranfpofition , c'eft
un changement de cas , qui produit
le changement du fens de la phrafe..
L'Ablatif devient Génitif, & le Génitif
devient Ablatif : Ce n'eft plus des
fureurs du Roy qu'on juge , c'eft du
Roy des fureurs . Inconvénient d'autant
plus infurmontable, qu'il vient de l'uniformité
qui fe trouve entre le Génitif
& l'Ablatif : De forte que tant qu'ils
auront le même article , la tranfpofition
fera toûjours impraticable entr'eux .
Je dis la même chofe de deux Génitifs
qui fe fuivent , & dont l'un dépend
de l'autre ; puifque , changeant
en Génitif,l'Ablatif du Vers précédent,
le même inconvénient refte toûjours ,
comme on va voir.
DE DECEMBRE.
57
Gead
Mais , des fureurs du Roy, fuis-je toujours
l'objet ?
Le terme,defureurs , qui ettoit Ablatif
dans le Vers précédent , devient
Génitif dans celui - ci ; cependant , l'équivoque
, ou plûtôt le contre-fens
n'en refte pas moins fenfible. Car , de
dire ,
Mais , du Roy des fureurs , que puis - je
enfin juger ?
Ou de dire ,
Mais , du Roy des fureurs, fuis-je toû
jours l'objet ?
· C'eft,par rapport au contre-fens , toutà-
fait la même chofe .
Je n'ai rien à dire ici de l'Ablatif,
par rapport aux autres cas . Premierement
, parce que ne dépendant jamais
que d'un verbe , felon la définition que
j'en ai donnée , il ne peut eftre gouverné
par un nom , en quelque cas que
ce foit : Secondement , parce que fi ,
fans eftre gouverné d'aucun nom , il
en gouverne quelqu'un lui-même , il ne
peut le 'gouverner qu'au Génitif ; &
nous venons de traiter ce point en
montrant,pourquoi la tranfpofition ne
pouvoit fe pratiquer entre le Génitif &
I'Ablatif.
,
,
18
LE
MERCURE
Ainfi , aprés avoir déterminé ce qu'il
y a d'effentiel , pour la tranfpofition de
ces deux cas , il ne refte qu'à dire un
mot ,de ce qui peut la rendre plus ou
moins douce.
Sur quoi , il faut obferver d'abord ,
que la remarque qu'on a faite au fujet
de la tranfpofition du Datif , a lieu
rout de même , à l'égard de celles du
Génitif & de l'Ablatif ; c'eſt- à- dire ,
que plus les termes tranfpofez feront
éloignez l'un de l'autre , plus la tranfpofition
aura de douceur. L'on peut
même ajoûter , que c'eft un ménage- .
ment , d'autant plus néceffaire à ces
dernieres tranfpofitions , qu'elles font
moins naturelles que celles du Datif.
Car, dans celle - ci , on peut abfolument
renfermer les deux termes tranfpofez
dans le même hémiftiche , fans que
cette proximité rende la tranfpofition
bien rude ; comme en font foy les exemples
qu'on a rapportez , & d'où font
tirez ces deux hémiſtiches .
A mes ordresfoûmis.
A moi feul afervit.
Au lieu que dans la tranfpofition du
DE DECEMBRE. 12
Génitif & de l'Ablatif , ce voifinage
feroit un trés mauvais effet ; comme ,
fi au lieu de dire ,
1. Qui de Rome toûjours balançant le
deftin.
on difoit
.
Qui toûjours balançant de Rome le
deftin.
Autre exemple en ce genre, pourl'Ablatif.
Si , au lieu de tourner le vers
fuivant , comme l'a tourné Racine ,
2 De ce trouble fatal, par où dois-je -
fortir ?
on rapprochoit le Génitif , trouble ,
du verbe , fortir , qui le gouverne ,
& qu'on dît
Et par où dois-je enfin de ce trou
ble fortir.
Cela auroit quelque chofe de choquant
& de fort dur.
Le mieux eft donc , d'éloigner , autant
que la conftruction de la Phrafe
peut fouffrir le , tant le Génitif que
1 Act. 2. Sc. 3.
2 Act. g. Sc. s.
60 LE MERCURE
l'Ablatif , du verbe ou du nom avec
lequel ils font liés. Voici des exemples
de l'un & de l'autre , qui vont
par gradation , comme nous avons fait
à l'égard du Datif. Et prémierement,
pour le Génitif.
1 Vangeoit de tous les Roys , la querelle
commune .
2 Il fant d'un fuppliant emprunter
le vifage .
3 D'un Rival infolent arrêter les
complots.
Quelquefois , le Génitif eft dans un ·
Vers , & le nom qui le gouverne , ne
paroît qu'au vers fuivant.
Je ne m'attendois pas que de nôtre
hymenée,
4Je diffe vor fi tard arriver la
journée .
On pourroit même encore , & les
Vers n'en auroient que plus de nơbleffe
, mettre le Génitif au commen-
1 A &t . 1. Sc . I.
2 A&t. 3. Sc. I.
3 A&t. 2. Sc. 3.
4 Act. 2. Sc. 4.
DE DECEMBRE. 61
cement du premier Vers ; & renvo
yer à la fin du fecond , le nom qui
le gouverne : Tel eft cet exemple que
j'ajufte exprés.
De l'hymen malheureux où j'étois
deftinée ,
J'attendois malgré moy , la fatale
journée.
Voici d'autres exemples pour l'Ablatif
, qui vont auffi par gradation.
1 Et même de mon fort , je ne pourrois
me plaindre.
2 Que de tant d'Ennemis vous puisfiez
vous défendre .
On peut encore de ce dernier Vers ,
en faire deux , où l'Ablatif foit au
commencement du premier , & le verbe
, à la fin du fecond.
Quand, de tant d'Ennemis tout prêts
vous furprendre
à >
Vous pourriez efpérer , Seigneur , de
vous défendre .
Ces exemples fuffifent
1. A &t. 4. Sc. 4.
2 Act.5. Sc. dern.
pour faire
62 LE MERCURE
connoître , combien l'éloignement des
termes , qui font rélatifs l'un à l'autre,
adoucit ces deux tranfpofitions .
Je crois pourtant devoir faire fur
cela une obfervation : J'ai recherché
d'où venoit , que dans les tranfpofitions
, tant du Datif , dont nous avons
déja traité , que du Génitif & de l'Ablatif,
fur lesquelles nous fommes à préfent
; plus les termes , du renversement
defquels fe forme la tranfpofition , fe
trouvoient éloignez l'un de l'autre , &
plus la tranfpofition avoit de grace.
Le fait eft für , comme on l'a pu voir .
par les exemples ; & cependant, il femble
, que plus , des termes rélatifs font
prés l'un de l'autre , & mieux ils devroient
compatir enfemble.
Surquoy , il m'a paru que l'éloignement
eftoit moins le Principe , que l'occafion
de ce bon effet ; & que la grace ,
qu'il donne à la tranfpofition , ne venoit
pas préciſement , de ce que les termes
tranfpofez eftoient féparez l'un de
l'autre , mais de ce que , par cette féparation
, ils facilitoient l'arrangement
naturel de la conftruction du refte de
la phrafe. Je m'explique.
DE DECEMBRE. 63
›
gou- Un Génitif, par exemple , eft
verné par un nom , & ce nom réciproquement,
eft lié à un verbe dont il eft,
ou le Nominatif , & ou plus fouvent
encore le cas. Suppofons cette phraſe ,
pour rendre cela plus fenfible . Il m'annonça
l'amour & les deffeins du Roy.
Dans cette phrafe , annoncer , eft le
verbe amour & les deffeins , voilà
l'Accufatif ou le cas du verbe . Du Roy,
voilà le Génitif qui ne dépend que de
l'Accufatif, l'amour & les deffeins.
On veut faire un Vers de cette phraſe ;
& pour y donner le tour poëtique
on y ménage la tranfpofition du Génitif
avec l'Accufatifdont il dépend ; c'eft· àdire
, qu'au lieu de mettre l'amour &
les deffeins du Roy ; on met , du Roy
l'amour & les deffeins . Voilà la tranf
pofition faite . Mais , comme toute
tranfpofition eft un dérangement de
l'ordre naturel , & qu'il ne fe fait point
fans quelque forte de violence ; il eft
fûr que, fi à cette premiere violence ,
on en ajoûte une feconde , le dérangement
en fera d'autant plus defagréable.
Or, c'est ce qui arrive ,quand les termes
tranfpofez fe touchent , comme
dans ce vers de Racine.
64 LE MERCURE
1. M'annoncérent du Roy l'amour &
les deffeins.
La premiere efpéce de violence eft
vifible ; c'eft la tranfpofition du cas du
verbe, & du Génitif que ce cas gouverne.
Mais , où eft la feconde ? Elle confifte
en ce que ce Génitif fépare du
verbe,le cas que ce mefme verbe gouverne
, & qui le devroit fuivre immé
diatement. C'est-à-dire, qu'il ne ſe contente
pas de déranger l'Accufatif , par
raport àlui-même, il le dérange encore
par rapport à fon verbe. C'est ce qu'on
voit dans levers de Racine que j'ai cité,
où le Génitif qui eft ce terme , du Roy,
fe met entre le verbe , annoncer &
l'Accufatif qui devroit le fuivre , l'amour&
les deffeins : Dérangement, dont
le verbe feroit en droit de fe plaindre,
& de demander raifon au Génitif. Il
vous plaît de vous déplacer, & de changer
de pofte avec l'Accufatif que je
dois avoir à ma fuite . A la bonne- heure ,
pourvû que je n'en fouffre point ; mais ,
vous venez vous jetter à la traverſe ,
& couper ma marche , en me féparant
de mon Accufatif , qui dans l'ordre naturel
, doit me fuivre immédiatement ,
1. Alt. 1. Sc. I.
2
&
DE DECEMBRE. 65
& dont rien ne m'oblige ici de me féparer
: En cela,je fuis lézé , & vous me
faites tort. Tant de tranfpofitions que
vous voudrez ; mais à condition , que
ce'ne foit pas à mon préjudice. Il me
femble que ce verbe a raifon de fe
plaindre ; & comme on doit juſtice à
tout le monde , il faut la lui rendre .
Comment cela ? En réformant le Vers
& rapprochant le verbe de fon Accufatif
; mais , comme cela ne ſe peur
faire avec le terme , annoncérent ; à
caufe de la cèfure à laquelle il n'eft
pas propre , je le change en celui d'annonça
, &je dis ,
Et du Roy m'annonça l'amour & les
deffeins .
Comme le Génitif , du Roy , dans ce
Vers,eft plus éloigné de l'Accufatif qui
le régit , qu'il ne l'eft dans celui de
Racine ; on croit d'abord , que c'eft
cet éloignement qui adoucit la tranfpofition
; mais dans le vrai , l'adouciffement
ne vient , que de ce qu'en s'éloignant
davantage , il laiffe au verbe
fa place naturelle , & ne trouble en
rien fa conftruction .
On pourra m'objecter , que
même Vers , de la maniére que je l'aj
Décembre 1717. F
dans ce
66 LE MERCURE
tourné , la céfure eft moins marquée
que dans celui de Racine. J'en conviendrai,
fi l'on veut ; mais , je répons
à cela , que je préférerai toûjours la
clarté de la phrafe , à la beauté de la
céfure ; comme la raifon , à la rime.
Je n'apporte point d'autre exemple
fur ce dérangement ; parce que , celui
que j'ai allégué , par rapport à l'Accufatif
, peut s'appliquer & au Nominatif
& au Datif, quand ces deux cas
fe trouvent dans un même Vers avec
le Génitif. Il fuffit feulement d'êtablic
pour Maxime certaine en ce genre ;
que comme , toute tranfpofition cauſe
toûjours un dérangement dans la conftruction
naturelle de la phrafe ; moins
on la trouble , & on la dérange d'ailleurs
; & mieux la tranſpoſition en eſt
reçûë.
Aprés tout , je ne voudrois pas nier
abfolumen , que l'éloignement des deux
termes relatifs ne contribuât par luimême
à adoucir leur tranfpofition.
Car , quoi qu'il femble , comme je me
le fuis objecté , que plus , deux termes
de cette espéce font près l'un de l'autre
, &plus ils doivent convenir entre
eux : Cela eſt vrai , quand ces termes
DE DECEMBRE. 67
font dans leur fituation naturelle ; mais,
quand ils font déplacez , ce n'eft plus
la même chofe . Au contraire , il paroît
qu'alors , ce que ce déplacement peut
avoir de rude , s'affoiblit & s'adoucit
à proportion de leur éloignement . Il en
eft , comme de deux couleurs contraires
,dont l'oppofition eft d'autant moins
fenfible , qu'elles font plus éloignées
l'une de l'autre. Le milieu quiles fépare
, ett une forte de dégradation qui
fert à faciliter leur accord.
Ce qui me le fait juger ain , par
rapport aux tranfpofitions , c'eft la re
marque que j'ai faite , fur- tout à l'égard
de celle du Génitif ; qu'une épithéte
ajoûtée à l'un des fubftantifs tranfpofez
, adouciffoit infiniment la tranſpofition
. Je vais en apporter des exem
ples , qui feront connoître infenfiblement
, quelle différence il y a pour la
douceur dans le même Vers , lorfque
les fubftantifs tranfpofez font dénuez
d'épithetes , & lorfqu'ils en font revêtus.
Suppofons donc d'abord ce Vers ,
fans épithètes.
J'y penfe , & de ce jour le fouvenir
m'afflige.
On fent que le choc de ces deux
68 LE MERCURE
Subftantifs, qui fe heurtent immédiate
ment , de cejour le fouvenir , a quelque
chofe de rude : Joignons une Epithéte
au premier , & le Vers perdra beaucoup
de fa dureté. En voici la preuve.
De ce jour malhûreux le fouvenir
m'aflige.
L'Epithéte eft jointe ici au premier
Subitantif , mais , quand elle ne le feroit
qu'au fecond , elle ne laifferoit
pas de produire à peu prés, le même
effet :On pourra en juger par ce Vers
de Racine .
*Etquede mon devoirEsclave infortunée.
Ce Vers en effet, n'a rien de choquant ;
mais , il auroit encore plus de douceur ,
fi,outre l'Epithéte jointe au fecond Subftantif,
on en ajoûtoit encore une au
premier , en difant ,
De ce cruel devoir Efclave infortunée.
Et peut - être , feroit- il plus doux encore
, fi cette nouvelle Epithéte féparoit
les deux Subftantifs , & qu'on dît :
D'un devoir odieux Efclave infortunée .
Car,quoiqu'il y ait plus de fufpenfion ,
quand l'Epithété précéde fon Subftan
tif, on doit toujours facrifier cet agrêment
, en faveur de tout ce qui peut
* Act. II. Sc. G.
DE DECEM BRE. 69
adoucir la tranfpofition . C'est par oú
je finirai ce qui regarde celle- cy , pour
paffer à celle du Nominatif & de l'Accufatif
, dont il nous refte à parler.
J
A. M. L. D. D. N.
P. M. V.
E ne rêve que Campagne :
Pour cet innocent séjour
Je bátis nuit & jour
Mille Châteaux en Espagne .
Sur cela , mes vifions
Formentplus d'illufions ,
Qu'une ambitieufe Mere
N'en enfante , & n'en nourrit
Pour un fils qu'elle chérit .
Réalifez ma Chimére :
D'unfeul mot vous le pouvez ;
En main , Seigneur , vous avez»
Et la forme & la matiére .
Même, à ce mot plein d'appas ,
Sansy fonger , n'allez pas
Donner fa puiffance entiére ;
Car , tant de force il prendroit ,
Qu'à l'instant il me rendroit
Lefouverain , & le maître
Eij
70 LEMERCURE
D'un Palais , dont la fplendeur,
Et dont la vafte grandeur
M'incommoderoit peut-être.
Je ne veux qu'une Maison ,
Dont la plus faine Raifon ,
Selon mon rang , ma naiſſance
Régle la magnificence :
Qu'en unpetit bâtiment ,
Un modeste ameublement ,
Sans égard aux goûts de mode ,
N'ait qu'un Air propre & commode
Pourfon plus riche ornement :
Jardins où la jeune Flore ,
Sans appareil , faffe éclore
Sesfleurs en toute faifon :
Vue an riant horison ,
Sans être précipitée ,
Supérieure pourtant.
De tous côtés préfentant
Dans une jufte portée ,
L'aimable variété ,
Dont , enfafécondité
Nature pour nous décore ,
Les champs les plus fortunez
Côteaux richement ornez ,
Plaines plus riches encore ;
Riviére au cours ferpentant ,
Dont le flot qu'elle proméne
Par tout s'en aille , portant
DE DECEMBRE . 70
Les richeffes qu'il amene.
Bois par bouquets difperfez ,
Clochers au Ciel élancez ,
Bourgs , Hameaux , Châteaux, Villages,
Divers fpectacles donnant :
Laborieux attelages .Y
Tantôt les champs fillonant ,
Tantôt les Moiffons trainant,
Parmi de vaftés prairies ;
Troupeaux fans nombre paiffants :
Et fur les herbes fleuries ,
Leurs Gardiens innocens ,
Au fon du haut- bois danfans .
Mais , quel chant plein d'allégreffer
Vient de ces côteaux hûreux ,
Que d'un regard amoureux
Le Soleil toujours careffe ?
C'eft Baccus , qui de fes dons ,
Vient y couronner l'Automne :
ty
Je reconnois aux fredons ,
Que la Vendangeuse entonne
L'Air vif & réjoüiſſant ,
Que ce Dieu-même en naiſſant
A tous les Humains infpire.
L'Amour aux yeux fatisfaits
Le fuit , & croit fon Empire
Affermi par ces bien-faits .
六
"
Dieux ! Quelle aimable peinture ,
Et quel Spectacle charmant
72
LE MERCURE
Pourun coeur fimple , & n'aimant
Que la plus fimple Nature.
Mais , dans cet aimable Lieu ,
Que la douceur de ma vie
Doit fembler digne d'envie
Là , dans un fage milien ,
La Vertu voluptueuse ,
La Volupté vertueuse ,
Ne fe feparentjamais .
Laliberté fouhaitée
Sans ceffe y regne auffis
Modefte & non effrontée ,
Ny telle qu'en ce tems -ci ,
On la voit regner ici.
Si , dans cette bumble Chaumiére ,
Mes amis viennent me voir ;
3
Soudain , pour les recevoir ,
L'Amitié court la premiere :
Tandis que la Propreté,
La fage fimplicité ,
Délicates & legeres ,
Et par bon goût ménagéres
Vont préparer un repas ;
Oùles Mets n'excédent pas
Les befoins de mon Convive ;
Mais, où vins frais & brillants,
Verfent à flots petillants
Une joye , & pure & vive .
Enfin , c'eft en ce séjour , Que
DE DECEMBRE. 93
Que fans compter un feuljour ,
J'attendray l'heure ordonnée
Pour fin de ma deftinée ;
Du même efprit , du même oeil ,
Dont , aprés chaque journée ,
Je vois la nuit raménée ,
Et de pavots couronnée ,
Meplonger dans le fommeil.
I M M A.
CONTE.
Fillesde Rois , comme nous , ont une
ame ,
Auffi fenfible à l'amoureuse flame.
Celle du Roy , nommé Charles le Grand ,
Va dans ce Conte en être un bon garand :
C'étoit Imma, belle, ou du moins gentille;
Car, à quinze ans,point n'eft de laide fille.
Amourprit donc un jour, un defes traits,
Et d'un feul coup fit deux nouveaux fujets
:
L'un fut Imma , puis l'autre , un Storetaire
,
On Confeiller de l'Empereur fon pere .
Ce Secretaire ( on l'appelle Eginard )
En fait d'amour , êtoit un fin Ren. d :
Décembre 1717. LG
74
LE MERCURE
Tendron n'êtoit , dont la minefût gentes
Sur qui l'Amour ne lui dût quelque
rente.
Filles de Rois ne luifaifoient pas peur ,
Encore moins celle de l'Empereur.
Il fe prit donc à mettre en batterie ,
Tout ce qu'Amour avoit d'artillerie ;
S'entendsfoupirs , pleurs feints , regards ,
langueur ,
Inventions pour conquêter un coeur
Et dont eft plein l'Arfenal d'Amathonte
:
D'autre côté , quelque légére honte
Faifoit , qu' Imma rongiffoit defon choix .
On fe eitoit maintes filles de Rois ,
Qui bien plus bas , placérent leur tendreffe.
On fe fouvint de plus d'une Déeffe ;
Car , quand on a befoin d'autorité,
La Fable prouve , & devient vérité.
Qui capitule, eft bien prêt à fe rendre :
Pas ne tarda la Princeffe trop tendre ,
Qui chaque fois que la nuit fitfon tour
Se confoloit des contraintes du jour ;
Et dans les bras de fon Amant fidéle ,
Ne devenoit qu'une fimple Mortelle.
Il s'avifa de néger une nuit ,
Qu'Imma l'avoit dans fa Chambre introduit.
>
DE DECEMBRE.
75
Or , pour fortir de chez nôtre Gallande,
Falloit pier une cour affezgrande ;
Pas ne pouvoit qu'Eginard n'y laiſſa.
Des traces d'hommes & ne commit
Imma.
D
Déja, Phoebus recommençoit fa course :
Quefaire? Mais ,que fille a de reffource!
On tint confeil , l'Amour y préfida ;
Et la Princeffe enfin y décida ,
Qu'il leur falloit renouveller l'hiſtoire ,
De ce Troyen de pieuse mémoire ;
Qui fur fon dos mit fon pere & ses
Dieux ,
Et les fauva du Grégéoisfurieux.
Eginard donc , aydé d'une efcabelle ,
Grimpe, fe met fur le dos defa belle ;
Puis , fans broncher sous un poids que
l'Amour ,
Avoit rendu de la moitié moins lourd ,
Elle tira fon Cavalier d'affaire .
Le bon Troyen , en emportant fon pere .
N'alla , je crois ,fi vite de moitié :
Mais , l'Amour eft plusfort que l'Amitié.
La nuit revint , & l'heure convenue
Du rendez- vous , êtoit auſſi vennë.
Or , il avoit encore nêgé le foir ;
Et nôtre Imma vit avec défefpoir
Quefon Amant ne venoit pas s'y rendre.
Gij
75 LE MERCURE
Dans l'avat- cour la Belle alla l'attendre;
Car,fansfe voir,comment paffer un jour :
Eginard vint plus transporté d'amour ;
Mais, le trajet eftoit impraticable.
Point d'autre azile , on fur , on convenable
,
Que cette Chambre , où la belle couchoit .
Hé direz- vous ! Alors, qui l'empêchoit
De faire encor, comme la nuit derniére ,
Etle porter de la même maniére ?
Enfoupirant, Eginard s'en ouvrit ',
Pria , preffa , s'emporta , s'attendrit ;
Non,lui dit-il , il n'eft pas für d'attendre
Au lendemain ; il faut toujours tout
prendre, ;
En fait d'amour, rien ne doit être dû ;
Ce qu'on différe eft autant de perdu.
Tant de raifons lafirent enfin rendre ;
Encore un coup,la Princeffe trop tendre
Tendit le dos , & notre Amant monté
Fût chez la belle en triomphe porté.
Il revenoit par la même voiture ;
Le Roy le vit pafferpar avanture ,
Fors éveillé par inspiration ;
Mais , ce ne fut fans admiration ,
Ny fans courroux , contre le Téméraire :
A fon Confeil il fut porter l'affaire ;
(Car , un bon Roy ne fait rien de fon .
chef.)
•
DE DECEMBRE.
77
A la rigueur on jugea le grief:
Tel
gui trouva le crime bien pendable ,
En ut voulu , je penfe , être coupable.
Tout cependant , alla plus doucement 5
C'eft la vertu d'un Roy, d'être clément :
Charles le fut , fi toutefois c'est l'être ;
Quand on fe fert d'un Notaire & d'un
Prêtre :
Eft- ce pardon , est- ce punition
Que d'époufer ! Jugez la queftion
FRAGMENT
D'UNE LETTRE
DE M. L'ABBE ' DE C ...
A M. LE MARQUIS DE ..
Uand verrai-je ma pauvreté
Honorable & voluptueuse ,.
Te donner avec liberté
Un fouper , où la propreté
Fait , loin d'une foulle ennuyeuse ,
Une chére délicieufe
De beaucoup de frugalité ?
Là , le nombre & l'éclat de cent Verres
bien nets,
Giij
78 LE MERCURE
Réparent par les yeux la difette des mets,
Et la monffe pétillante
D'un Vin délicat & frais ,
D'une fortune brillante
Cache à mofouvenir,les fragiles attraits:
Quelle injure à l'abondance ?
Lorfqu'avec volupté, ton appétit glouten
Borne fon intempérance
A l'épaule de Monton ;
Et qu'avec des cris de joye ,
On voit toûjours fur le tard
Venirl'aumelette au lard,
Qu'aufecours de ta faim, le Ciel propt
ce envoye.
Alors, l'imagination
Par ce nouveau mets éguisée ,
De mainte nouvelle penſée
Orne la converfation :
A des Maximes de fageffe
On mêle de joyeux propos ;
Et l'on jettefur quelques mots
Ce fel que produifoit la Gréce ,
Qui nous fait la Terreur desfots.
Mais hélas ! Le tems fuit avec tant
de viteffe >
Que parmi les difcours de Morale &
d'Amour ,
Nous attrapons bientôt la naiffance du
jour.
DE DECEMBRE. 79
N'est - il pas vrai , que nous paffons
ainfi les nuits au Temple. MTs les
Poëtes de la Cour , vous devriez répondre
à de pauvres Poëtes de la
Ville: Voilà un cartel que je vous envoye
de la part de tous mes Confreres.
Adieu , Monfieur le Marquis ; aimezmoi
toûjours.
( 11)
PEUR DE CUPIDON,
·Fable Anacreontique
A MADEMOISELLE QUINA UT.
L
Par M. Fufelier.
Ajeune Iris, qui par ſon enjouëment
Et fes attraits , broüille mainte
cervelle ,
Par fois, s'amufe à parler Allemand.
Un jour, je vis Amour en fentinelle ,
Tachant d'ouir ce que difoit la Belle ;
Tous ces mots durs l'effrayoient grandement
:
Si que, peureux, n'ofant approcher d'elle,
Le petit Dieu fe cachoit doucement ,
Comme un Moineau fe couvrant de fon
Giiij
aile :
80 LE MERCURE
bien
>
Lors je lui crie , Amour , je le voy
Tel idiome eft pour toy trop fauvage ;
Jamais Vénus n'en fit fon entretien
Iris auffi , n'en fait pas grand uſage ,
Sinon quand vent facherfon petit chien.
Ace Difcours Cupidon moins timide
Se raffurant , vole de mon côté.
Ecoute encor , dis -je , à l'Enfant perfide,
Ceffe de craindre une jeune Beauté.
J'écoute en vain,& c'eft langue êtrangére,
Me répond-il , quel eft donc ce mystére ?
Sans mon bandeau , j'éclaircirois cecy ; *
Je n'entens rien à ce langage- cy ,
Lefon de voix eft pourtant de Githere.
A
REVE D'UN ANGLOIS ,
Sur la diffection du Crane d'un PETITMAITRE,&
du Can d'une COQUETTE,
traduit de l'Anglois.
JA
E me trouvai hier engagé dans une
Affemblée de Philofophes , dont l'un
nous étala quantité d'obfervations curiefes
, qu'il avoit faites depuis peu ,
dans l'Anatomie du corps humain. Un
autre nous fit part de plufieurs Découvertes
admirables , qu'il y a faites avec
DE DECEMBRE
le fecours de certains Microſcopes fort
exacts : Tout cela produifit diverfes
remarques peu communes , & fournit
matiére à difcourir tout le refte de la
journée .
Les différens Syftemes qu'on bâtic
là deffus , préfentérent tant de nouvelles
idées à mon imagination , que jointes
à celles qu'il y avoit déja , elles
ont donné de l'exercice à mon pauvre
cerveau toute la nuit paffée , & ont
formé le Rêve extravagant dont je vais
yous entretenir.
Je fus invité,à ce qu'il me fembloit ,
à voir la diffection du crane d'un petit-
Maître , & du coeur d'une Coquette ,
qui repofoient fur une table qu'il y avoit
devant nous. Un habile Anatomifte ouvrit
la tefte du premier avec beaucoup
d'art ; & quoi qu'elle parût d'abord ,
comme celle d'un autre homme , nous
fâmes bien étonnés de voir , qu'à l'approche
de nos Microfcopes , ce que
nous avions pris pour de la cervelle ,
n'en avoit que l'apparence , & n'eftoit
qu'un amas de matiéres étranges , empaquetées
enfemble , avec un art merveilleux
, dans les différentes cavités
du crane : De forte que, fi Homere nous
82 LE MERCURE
dit ,, que le fang des Dieux n'eft pas
du veritable fang , mais , quelque chofe
d'Analogue ; on peut dire auffi , que
la cervelle d'un petit- Maître n'en est
pas réellement une , mais quelque chofe
qui en a la figure .
La Glande pinéale , que plufieurs de
nos Philofophes modernes fuppofent
eftre le fiége de l'Ame , avoit une
odeur très forte d'Effence , & d'Eau
de Fleur d'Orange ; & paroiffoit d'une
fabftance qui approchoit de la corne,
taillée en mille petites facettes, ou miroirs
imperceptibles à l'oeil ; en forte
que l'Ame , sil y en avoit jamais û
une , devoit eftre toujours occupée à
s'admirer elle - mefme.
Nous remarquâmes fur le devant
de la tefte , une grande cavité pleine
de Rubans , de Dentelles & de Broderies
, qui formoient enfemble une
cfpéce de réfeau , fi artiftement travaillé
& fi fin , que le tiffu en êchapoit
à la vûë : Une autre de ces cavités
eftoit farcie de Billets doux , de
Lettres Amoureufes , de Chanfons notées
, & de pareilles gentilleffes , qu'on
n'appercevoit qu'à la faveur de nos
Microſcopes Dans un troifiéme , ·il
DE DECEMBRE. 8*
y avoit une espéce de Poudre , qui fit
éternüer toute la compagnie , & que
nous reconnûmes à l'odeur , pour du
veritable tabac d'Espagne. En un mot ,
car je ne veux pas ennuyer mes Lecteurs
par un inventaire trop exact ,
plufieurs autres cellules contenoient
divers autres matériaux , à peu prés
auffi curieux .
Cependant , une grande cavité fpacieufe
, qu'il y avoit à l'un & à l'autre
côté de la tefte , mérite quelque attention
Celle du côté droit estoit rem-
'plie de fictions , de flateries , & de menfonges
, de voeux , de promeffes & de
proteftations : Celle du côté gauche ,
renfermoit des imprecations & des fermens.
De chacune de ces cavités , on
voyoit fortir un conduit , qui aboutiffoit
à la racine de la Langue , où ils
fe joignoient tous deux , & ne formoient
enfuite qu'un canal jufqu'à ce
petit mobile. Nous obfervâmes divers.
petits fentiers , ou conduits , qui paſfoient
de l'oreille au cerveau ; & nous
ûmes un foin tout particulier , de les
fuivre dans tous leurs détours : L'un
de ces conduits fe rendoit à un paquet
de Sonnets , & d'autres menuës Poefies :
84 LE MERCURE
D'autres fe terminoient à un amas de
veffies pleines d'écumes & de vent :
Mais , le plus gros de ces tuyaux entroit
dans une grande cavité du crane ,
d'où un autre s'êchapoit vers la langue.
Cette derniére cavité êtoit le réſervoir
d'une fubftance molle & fpongieuſe,
que l'on nomme Galimathias.
Les cuirs du front , la Derme & l'Epiderme,
êtoient d'une épaiffeur & d'une
duteté extraordinaire ; & nous fumes
bien furpris , de ne pouvoir y découvrir
,ny ártéres ny veines ; d'où nous
conclûmes, que le propre de ce crane
avoit perdu la faculté de rougir , lorfqu'il
étoit en vie.
L'os cribleux êtoit prefque bouché ,
par un amas de Tabac en poudre , &
même endommagé en quelques endroits
. Nous remarquâmes furtout , ce
petit mufcle , qu'on a de la peine à
découvrir dans les diffections , & qui
fert à tirer le nés en haut ; lorfque le
Propriétaire vent témoigner le mépris
qu'il fent , à la vue de quelque chofe
qui lui déplaît , ou à l'ouie de quelque
chofe qu'il n'entend pas . Il eft inutile
d'avertir que ce mufcle eft le même,
qui produit le mouvement tant de fois
DE DECEMBRE.
fpécifié dans les Poëtes latins ; lorfqu'ils
parlent d'un homme qui retrouffe
le nés , ou qui fait le bec de
Rhinoceros .
;
Nous n'apperçumes rien de fort remarquable
dans l'oeil à cela prés
que les muſcles amoureux , ou fi l'on
veut , lorgneurs , êtoient extrémement
ufez ; au lieu que l'éleveur , ou le
mufcle , qui fait tourner l'oeil vers le
Ciel , ne paroiffoit point avoir êté mis
en oeuvre.
Je n'ai parlé dans certe diffection ,
que des nouvelles découvertes que
nous y fîmes , fans examiner aucune
de ces parties qui fe trouvent dans les
têtes ordinaires . A l'égard du crane ,
du vifage , & même de toute la figure
externe , nous ne remarquâmes rien
qui la diftinguât de la tête des autres
hommes : D'ailleurs , on nous dit que
le propriétaire de cette belle tête avoit
vécu 35 ans : Que durant tout cet intervalle
, il avoit mangé & bû comme
les autres : Qu'il fe mettoit fort bien :
Qu'il parloit fort haut : Qu'il éclatoit
fouvent de rire ; & qu'en certaines
occafions , il jouoit affés bien fon rôle
dans un Bal , ou dans une Affemblée :
86 LE MERCURE
9
à quoi un de la compagnie ajouta
qu'il y avoit un cercle de Dames qui
le prenoient pour un bel efprit . Il fut
affommé d'un coup de péle , à la fleur
de fon âge , par un vieux militaire ,
qui le trouva un peu trop civil à l'égard
de fa femme.
Après qu'on ûr examiné à fonds cette
tête,avec toutes fes appartenances & fa
fourniture; on remit le cerveau , tel qu'il
êtoit en fon lieu , & la têtefût laiffée à.
quartier , fous un grand morceau de
drap écarlatte , pour être préparée à
loifir , & gardée dans un beau cabinet .
de diffections Anatomiques . De plus ,
nôtre Opérateur nous dit , que la préparation
n'en feroit pas fi difficile que
celle d'une autre tête ; puifque , la plûpart
des petits vaiffeaux , qui traverfoient
la fubftance interne , comme il
l'avoit obfervé , êtoient déja remplis
d'une espèce de mercure , ou plûtôt de
vif- argent , dont le mort avoit fait
ufage pendant fa vie .
DE DECEMBRE. 87
Après avoir donné la diffection de la
tête d'un petit-Maître , je raporterai
ici l'Anatomie du coeur d'une Coquette.
Hûreufement , j'en ai gardé la
Minute.
A Vant que nôtre Anatomiſte en vint à cette diffection , il nous
dit , qu'il n'y avoit rien de plus difficile
dans fon Art , que d'ouvrir le coeur
d'une Coquette , & d'en expoſer fidélement
toutes les parties aux yeux
des fpectateurs , à cauſe d'une infinité
de labyrintes & de replis qu'on y trouve
, & qui ne paroiffent pas dans le
coeur d'aucun autre animal .
Enfuite , il nous pria d'obſerver le
Péricarde , ou l'envelope extérieure du
coeur ; & nous y vîmes , à la faveur
de nos microſcopes , des millions de
petites cicatrices , qui fembloient avoir
êté caufées par les pointes d'une infinité
de petits dards & defléches , qu'on
avoit lancées côtre cette mébrane; quoi
qu'il n'y ût pas le moindre petit orifice ,
à travers lequel,aucun de ces traits ût
percé jufqu'à la fubftance du coeur.
Tous ceux qui ont quelque teinture
36 LE MERCURE
de l'Anatomie , fçavent que le Péricarde
contient une efpéce de liqueur
rougeatre & déliée , qu'on croit fe
former des exhalaifons qui s'évaporent
du coeur , & qui s'y confervent de cette
maniére. Lorsqu'on vint à l'examiner ,
il fe trouva qu'elle avoit toutes les
qualités de l'efprit - de - vin , dont on
remplit les Thermométres , qui fervent
à marquer les différens dégrez de
chaud ou de froid , qui arrivent dans
l'air .
Je ne dois pas oublier ici une expérience
, qu'un des Membres de lacompagnie
nous dit avoir faite avec
cette Liqueur , dont il avoit trouvé
bonne provifion,au tour du coeur d'une
Coquette qu'il avoit anatomifé autrefois
: Il nous affùra donc , qu'il en
avoit rempli un tuyau de verre , à peu
prés comme celui d'un Thermométre ;
mais , qu'au lieu de marquer les variations
de l'air , il défignoit les qualités
des perfonnes , qui entroient dans
la chambre où il l'avoit fufpendu. Il
ajoûta que cette Liqueur montoit à
l'approche d'un plumet , d'un habit
en broderie , ou d'une paire de gants à
franges ; & qu'elle baiffoit , d'abord
qu'une
DE DECEMBRE. 89
qu'une vilaine perruque mal peignée
qu'une paire de fouliers lourds , ou un
habit à l'antique , paroiffofent dans
fa maiſon. Ce n'eft pas tout , il
nous certifia , que s'il venoit à éclarer
de rire auprés de cette Liqueur ;
elle montoit d'une maniere fenfible
& qu'elle defcendoit au plus vîte , auſſitôt
qu'il prénoit un air férieux . En
un mot , il voulut nous perfuader que
par le moyen de cette invention , il
pouvoit connoître , s'il y avoit un homme
de bon fens ou un fat ,dans fa chamb.
e.
Aprés avoir bien épluché le Péricarde,
& confideré la Liqueur qu'il renfermoit
, nous en vinmes au coeur même ;
La furface extérieure en eftoit fi polie ,
& la pointe fi fioide , que lorfqu'on
vouloit l'empoigner , il s'échapoit à
travers les doigts , comme un morceau
de glace , ou une Anguille .
Les fibres en êtoient plus entrelacés,
que celle des autres cours ; jufques- là,
que ce coeur fembloit former un veritable
noud-gordien,& ne pouvoit avoir
û que des mouvemens fort inégaux &
fort irréguliers , pendant qu'il exerçoit
fes fonctions vitales.
Décembre 1717 . H
༡༠ LE MERCURE
Lorfque nous examinâmes tous les
vaiffeaux , qui en fortoient ou y aboutiffoient
; nous ne pûmes jamais découvrir
qu'il y ût û la moindre communication
avec la Langue ; ce qui
nous parut une caufe trés digne de
remarque .
On nous fit obferver en même tems,
que plufieurs de ces petits nerfs , qui
contribuoient à faire fentir l'amour
, la haine & les autres paffions,
n'y defcendoient pas du cerveau ,
mais des mufcles fitués au tourdes yeux.
Je pris ce coeur dans la main , pour
juger du poids ; & il me parut fi léger
, que je conclus d'abord , qu'il y
avoit beaucoup de vuide : En effet , l'intérieur
eftoit plein de cavités & de
cellules , qui paffoient les unes dans
les autres , & qui reffembloient à ces
appartements , que nos Hiftoriens attribuent
au berceau de Rofemonde . Pluhieurs
de ces petits trous êtoient farcis
de bagatelles , qu'il me feroit impoffible
de nommer en détail ; mais , je remarquerai
ſeulement , que la premiere
chofe que nous y apperçûmes , par le
moyen de nos Microſcopes , eftoit une
Coeffe de couleur de feu .
DE DECEMBRE. 91
Du refte , on nous dit que la Dame
propriétaire de ce coeur , lorfqu'elle
eftoit en vie ,, fouffroit les pourfuites
de tous ceux qui lui faifoient l'amour,
les entretenoit tous dans l'efpérance ,
& infinuoit à chacun d'eux , qu'il étoit
diftingué des autres ; c'est pour cela ,
que nous nous attendions à voir l'empreinte
d'un nombre infini de vifages ,
fur les différentes enveloppes de ce
coeur Mais , nous fumes bien furpris
de n'y en trouver aucune , juſqu'à
ce qu'on fût arrivé au centre .
Alors , nous y apperçumes un petit
homme vêtu d'un habit fort bizare ;
plus je le regardois , plus il me fembloit
que je l'avois vu quelque part fans
pouvoir me rappeller , ni le tems , ni
l'endroit ; jufques à ce qu'enfin , un
de la compagnie , qui l'avoit examiné
de plus prés que les autres , nous fit
voir clairement par le tour du vifage ,
& par plufieurs de fes traits , que la
petite idole , ainfi placée au milieu de
ce coeur , eftoit le feu petit- Maître
dont nous venions de defigner le cerveau.
2
D'abord que notre Anatomifte ûr
achevé fa diffection ; incapables de
Hij
92 LE MERCURE
nous déterminer fur la nature de ce
coeur , fi différent de celui des autres
femmes, nous réfolûmes d'en venir à
quelque épreuve , pour en découvrir
la fubftance : Ainfi , on le mit fur des
charbons ardens ; mais , bien loin de
fe confumer , il n'en reçut pas la moindre
atteinte d'où nous conclûmes
;
qu'il tenoit de la nature de la Salamandre
, & qu'il auroit pû ſubſiſter au
milieu du feu & des flammes .
Lorfque nous admirions un fi étrange
Phænoméne , & que nous formions un
cercle au tour du cerveau; ce coeur laiffa
échaper un terrible foupir , ou plûtôt
un éclat ; & fe réduifit en fumée : Cet
éclat imaginaire , qui me parut plus
fort que celui d'un canon , m'ébranla
fi bien le cerveau , qu'il diffipa toutes
les douces vapeurs du fommeil , &
qu'il n'y ût plus moyen de me rendormir.
4
DE DECEMBRE. 93
N
1
Ous avons annoncé avec
éloge dans quelques
Mercures , la vertu des Eaux
de M. de Villars contre toute
forte de Maladies: Comme nous
n'en avonsppaarrlléé qquuee fort légerement
, c'est avec plaifir que
nous communiquons au Public
un Mémoire Phifique , raifonné
détaillé fur leurs qualités.
Nous le faifons d'autant plus
volontiers , que M. de Villars
nous l'a prefenté de trop
grace , & qu'il y exprime
d'une maniere trop fenfee , pour
qu'on foit tenté de le foupçonner
d'aucun Charlatanifm ?.
bonne
Hij
94 LE MERCURE
MEMOIRE
DU SIEUR DE VILLARS
Concernant une EAU de fa
compofition , qu'il qualifie
REME'DE UNIVERSEL.
J
A v fait annoncer dans
les Journaux de France ,
de Hollande , de Trévoux ,
& dans la clef du Cabinet
des Princes , une Eau falutaire
, que j'ai qualifiée Reméde
univerfel ; fur la foy
des expériences multipliées
que j'en ai faites , fur toutes
efpéces de Maladies indiftinctement
.
Elle eft claire , tranfpaDE
DECEMBRE.
95
Ires
ARS
SELE
Fice,
OUN
rente , légere , ſans dégoût ,
fans faveur qui puiffe accufer
la moindre compofition
,
& la faire diftinguer de
l'Eau de Fontaine, la plus pure
& la meilleure.
Toutes les maladies tant
externes qu'internes , de
quelque caufe qu'elles procédent
, cédent à l'efficacité
de cette Eau : On en boit
pour les unes & pour les autres
; & outre cela , on en
lave les Playes , les Meurtriffûres
, les Brulûres , les
Dartres , les Tumeurs , les
Loupes , & généralement ,
toutes les excrefcences & inflammations
, dans quelque
partie du corps qu'elles
96 LEMERCURE
fe trouvent & quelque
corruption qu'il y ait , foit
Gangrenne , foit Cancer ,
foit Ecroüelle , foit Vérole
, fut- ce la Pefte même :
Elle en arrête le progrés ,
& diffout infenfiblement
tous les venins qui les caufent
, ou qui les nouriffent :
Il n'y faut point d'autre façon
que d'en boire , & d'en
baffiner les parties offenfées,
en renouvellant les compreffes
, 3 ou 4 fois par jour.
Dans les Maladies aiguës ,il .
en faut boire fans difcōtinuation,
& ne point craindre que
l'excés en foit préjudiciable.
Pour les Maladies , dont
les fuites ne font , ni ſi précipitées
DE DECEMBRE. 97
cipitées ny fi dangéreuſes, il
fuffit d'en boire à trois tems
par jour ; le matin en fe levant
, aprés dîné , & avant
de fe coucher , environ chopine
à chaque fois .
On
peut la boire froide ;
il eft pourtant mieux de la
faire un peu tiédir,fur tout ,
lorfqu'on s'en fert , comme
Topique. La feignée , les
purgations, & les autres préparatifs
, qui font ordinairement
cortège aux fpécifiques
les plus accrédites de la
Medecine ordinaire , nonfeulement
font inutiles à
mon remede , mais ils y font
préjudiciables : J'ai remarqué
, que quand ce cérémo-
Décembre 1717. I
58 LE MERCURE
nial avoit précedé , la guerifon
n'en étoit que plus lente
& plus difficile.
Il fuffit d'un régime réglé
par la raifon , & non ,
par le fcrupule : On peut
boire & manger , comme à
fon ordinaire , fans fe gêner.
Il n'y a aucun fruit à tirer
de ces attentions fuperftitieufes
, fur le choix des alimens
, de ces retranchemens
fur leur quantité , de ces réformes
en un mot , qui ont
donné lieu au proverbe :
Vivere médicé , vivere miferé ,
S'il eft effentiel de boire
de mon Eau , dés le commencement
de la Maladie ;
il ne l'eſt pas moins de´n'en
DE DECEMBRE. 99
pas difcontinuer l'ufage ,
tant qu'on peut préfumer
que le levain du mal féjourne
encore dans le corps . 11
y a des gens qui fe croyent
parfaittement gueris , dés.
qu'on les a foulagés : Ils ne
reffentent plus de douleur ,
cela leur fuffit : Ils interrompent
le remede ; & de là ,
il arrive , je ne dis pas
toûjours,
mais, quelquefois, que
le Malade retombe . Alors, il
faut recommencer fur nouveaux
frais ; & l'on multiplie
une dépense qu'on fe
feroit épargnée , fi l'on eut
paffé d'abord par tous les
degrés de convalefcence.
J'ai fouvent éprouvé que les
I ij
335100
100 LE MERCURE
1
Malades refufoient à mon
Eau , l'honneur des guerifons
les plus inefperées. Ces
Malades accutumés aux remüements
violents des remédes
ordinaires ; aiment
mieux attribuer leur guerifon
à la feule nature , qu'à
une liqueur dont l'opération
eft pour l'ordinaire infenfible
, & qui ne produit
aucun de ces effets violents
& douloureux , auxquels
leur imagination eſt accoutumée
d'attacher la guerifon
.
Lorfque les Malades feront
dans le cas d'une Nature
affaiſée fous les ans , accablée
du poids des autres
੧ .
DE DECEMBRE. ION
ge
remédes , ruinée par des débauches
d'habitude, & prefque
éteinte , ou par l'invetération
du mal , ou par l'alteration
des Parties nobles ;
ils feront foulagés par l'uſade
mon Eau : Elle émouf
fera les douleurs dont elle
ne poura enlever la cauſe.
Voilà à quoi je borne la vertu
de mon reméde , dans ces
cas , pour ainfi dire , défefperés:
Quoique , j'en aye éprouvé
quelquefois dans ces
cas mêmes , des guerifons
prefque furnaturelles .
L'étalage de tant de miracles
, n'eſt affûrément pas
un moyen fort fûr de me faire
des Profélites ; c'eft en-
I iij.
102 LE MERCURE
tendre mal mes interrêts ,
que d'annoncer mon Eau ,
d'une maniére fi peu mefurée
à la croyance commune .
J'aurois dû reſtraindre fes
proprietez , à la guérifon de
certaines Maladies privilegiées
, & quin'attaquent ordinairement
que les Grands
& les Riches : La vente m'au
roit rendu davantage fous
cette couleur ; & par ces titres
, je fçay tout cela : Mais
je haïs tout artifice , & je
rend compte de la verité ,
fans m'embaraffer, s'il m'auroit
êté plus utile de la déguifer
.
Je crois qu'il eft à propos
d'éxaminer ici , s'il y a
DE DECEMBRE. 103
de l'abfurdité à croire, qu'un
feul & unique reméde puiffe
guerir indiftinctement
toutes fortes de Maladies.
On croit communément que
nos Maladies , qui fe produifent
par des fignes variés
& fouvent contraires ; . qui
nous caufent des douleurs
de differentes efpéces ; qui
attaquent differentes parties
denôtre Machine ; on croit ,
dis-je , que chacune de ces
Maladies a fa cauſe & fon
principe particulier : D'où
l'on conclut , que la Médecine
a raifon d'employer des
remédes de differens genres ,
dont chacun ait pour objet ,
fon opération particuliere.
I iiij
104
LE MERCURE
Ce
raifonnement paroît
invincible , à quiconque n'a
jamais foupçonné , que toutes
nos maladies ou infirmiquelques
differentes tés
qu'elles nous paroiffent,foyent
une feule & même maladie
, enviſagées dans leur
principe .
Mais , j'efpere de prouver
avec évidence , qu'il n'y
a qu'une feule & unique
caufe , principe commun de
toutes nos differentes maladies
: Aprés quoi , l'on concevra
, que fi j'ai trouvé un
Reméde, qui agiffe efficacement
fur cette caufe com
mune , ce Reméde doit être
univerfel. Je m'expliquerai
DE DECEMBRE.
IOS
le plus fuccinctement & le
plus clairement qu'il me fera
poffible.
La ftructure du Corps humain
eſt un tiffu de canaux
de differentes grandeurs ,
qui font remplis de fang &
d'autres liqueurs qui y circulent
avec continuité .
De toutes les liqueurs qui
parcourent la Machine humaine
, nous diſtinguerons
le fang qui coule dans les
Arteres & dans les Veines ;
& le Suc nerveux c'eſt-àdire
, la liqueur qui coule
dans les tuyaux des Nerfs.
Nous ne dirons rien en particulier,
de la Lymphe , de
la falive , de la Bile & au105
LE MERCURE
tres fucs , qui font , pour
ainfi dire , des excrémens
du fang ; excrément qu'il
dépofe dans des glandes , où
ils récoivent une filtration ;
aprés laquelle , ils circulent
eux mêmes dans les canaux
qui leur font deſtinés .
Tous les mouvemens du
Corps humain , ſa ſanté , fa .
vie , dépendent du mouvement
circulaire du ſang , &
de celui des autres liqueurs.
Le cours du fang eft le mobile
de celui des autres liqueurs.
A mefure que le fang &
les autres liqueurs circulent,
une certaine portion de leur
maffe fe diffipe par la tranfDE
DECEMBRE. 107
I
25
piration ; & cette perte ,
comme celle qui s'eft faite
par les déjections fenfibles ,
fe répare proportionellement
par les fucs alimentaires.
-
Si un homme , joüiffant
d'une fanté parfaite , s'avifoit
de s'interdire tous alimens
, durant deux jours ou
plus ; fon Corps tomberoit
dans la langueur , à mefure
que le befoin de réparer
la perte de la tranſpiration
& de l'évacuation fenfible
, croîtroit. Le cours des
liqueurs eft alors extrémément
rallenti ; la maffe du
fang s'épaiffit à melure
qu'elle a perdu par la tranf
>
f
108 LE MERCURE
piration , fes parties les plus
fluides , qui n'ont point êté
remplacées par les alimens ;
le fuc nerveux s'eſt épaiffi
de même ; en forte que n'ayant
plus cette fluidité , qui
donne l'action aux Nerfs J
la Machine tombe à la fin ,
dans une impuifface prefque
rotale d'agir fi l'on tarde
à fécourir nôtre homme >
dans l'êtat où nous le fuppofons
: Bientôt le cours des
fiqueurs ceffera entierement ;
& ce qui veut dire la même
chofe , bientôt nôtre
homme mourra .
La fanté de l'homme que
nous venons de propofer
pour exemple , confiftoit
DE DECEMBRE. 100
dans la circulation parfaite
de fes liqueurs.
Sa
Maladie avoit pour
caufe , le rallentiſſement
de
cette circulation
.
Sa mort enfin , ne fera
caufée que par la ceffation
totale du cours de ces mêmes
liqueurs.
Nous avons donné pour
caufe du rallentiffement du
cours circulaire des liqueurs,
l'épaififfement & la coagulation
de leur maffe.
lon-
L'épaifiſſement & la coagulation
des liqueurs , peut
donc venir d'une trop
gue abftinence comme
dans l'exemple propofé
Mais , elle peut venir auſſi
›
:
110 LE MERCURE
d'une exceffive
intemperance
: C'est ce que nous allons
prouver par un nouvel
exemple .
Un homme joüiffant d'une
fanté parfaite , fe rend ſubitement
& volontairement
malade , en buvant des liqueurs
enyvrantes. Examinons
avec attention , ce qui ·
lui arrive dans les différents
degrés de l'yvreffe.
Dans le premier degré ,
il éprouve un fentiment joyeux
; il penſe avec liberté
& s'exprime avec grace :
Dans le fecond degré , fa
joye fe rallentit ; il penfe
confufément & s'exprime
difficillement : Dans le troiDE
DECEMBRE. III
a
fiéme enfin , il balbutie , au
point qu'on peut à peine
l'entendre . Il à la tête fi peſante,
qu'il ne peut la foûtenir
: Effaye - t - il de fe tenir
deboût , le voilà qui tombe
par terre , & qui y demeure
plongé dans un fommeil
apoplectique ?
Le Vin a produit fucceffivément
tous ces effets ; en
augmentant d'abord , & rallentiffant
enfuite , la circulation
du fang & du fuc nerveux
; ou ce qui veut dire
la même chofe , en augmentant
d'abord la fluidité , &
caufant aprés , l'épaififfement
de la maffe des liqueurs
.
112 LE MERCURE
Mais , comment le Vin
a-t-il pu caufer deux effets
auffi contraires : Le voici.
Il y a dans le Vin , dans
l'Eau-de-Vie , & autres liqueurs
enyvrantes ,des particules
extremément fluides ,
1
actives & pénétrantes ; mais,
ces parties extremément fluides
, y font mêlées avec une
huile glutineufe & un ſoufre
, qui ont , comme l'on
voit , une qualité contraire .
Lorſque le Vin eſt arrivé
dans l'eſtomac , les parties
les plus fluides de ce
mixte , fe féparent des parties
huileufes & fulphureufes
; & fe communiquent
promtement au ſang , & au
fuc
DE DECEMBRE 137
fuc nerveux , dont elles
augmentent
la fluidité , & hatent
le cours circulaire . Voilà
la raison de cette joye
que l'on éprouve dans le premier
degré de l'yvreffe.
Laiffons féjourner quelque
tems dans l'eftomac , les'
parties huileufes & fulphureufes
du Vin ; nous reviendrons
à elles , aprés avoir
examiné l'action des parties
fluides & pénétrantes
, qui
s'en font féparées , & qui
circulent dans la malle du
fang & du fuc nerveux.
Les parties les plus fluides
& les plus pénétrantes du
Vin, ne peuvent refter longtems
dans le corps : Non
K
114 LE MERCURE
feulement , elles s'échapent
abondamment par la tranfpiration
; mais en circulant
rapidement avec la maſſe du
fang, elles entraînent & diffipent
par la même voye, celles
du même caractére , qui
êtoient déja dans le fang &
dans le fuc nerveux ; aprés
quoi , il arrive néceffairement
, que la maffe de l'une
& de l'autre liqueur s'êpaiffit
, & que leur circulation
fe ralentit.
Revenons aux parties huileufes
& fulphureufes du
Vin , que nous avons laiffées
quelque tems dans l'eftomach
; elles en fortent enfin
mêlées avec le Chile , &
DE DECEMBRE.
ITS
fe comuniquét à leur tour, au
fang & au fuc nerveux : C'eft
alors,
que
la maffe
de l'une
& de l'autre
liqueur
s'épaiffit
, & fe
coagule
au point
,
qu'elles
ne peuvent
circuler
que
trés
lentement
. Or, c'eſt
la lenteur
de la
circulation
,
caufée
par
l'épaififfement
&
la coagulation
des
liqueurs
,
qui
eft la caufe
& le principe
de tous
les accidents
, du
fecond
& du
troifiéme
degré
de
l'yvreffe
.
Un homme peut donc fe
procurer la mort , foit par
l'excés d'abſtinence, foit par
celui d'intépérance ; & dans
ces deux cas qui paroiffent .
fi contraires , la mort & les
Kij
116 LE MERCURE
n'auront
différens accidens qui l'auront
précédée
qu'une feule & unique cau
fe ; à fçavoir , l'épaififfement
, & la coagulation des
liqueurs , le rallentiffement ,
& la ceffation totale de leur
cours circulaire dans la Machine
.
Il faut porter le même jugement
de toutes les Maladies
variées qui nous affiégent
.
Fiévres , Apoplexies , Paralyfies,
Rhumatifmes, Goutes
, Diffenteries , Afthmes ,
Pulmonies , Humeurs froides
, Epilepfies , & autres
Maladies quelconques , ne
font que des accidens vaDE
DECEMBRE.
17
Off
riés,qui procedent tous d'un
principe comun ; jeveuxdire ,
de l'épaififfemet de nos fucs,
& du ralentiffement de leur
circulation dans laMachine.
Un Reméde univerfel fera
donc celui , qui aura la
vertu de reftituer aufang &
aux autres liqueurs , la flui
dité qui leur eft néceffaire ;
pour fournir leur cours circulaire
, felon les vûës de la
Nature . Or , voila la vertu
que j'attribue à mon Eau :
Elle eft active , fluide & pénétrante
dans toutes fes parties.
Lorfqu'elle eft dans l'eftomac
, elle en perfectionne
les fucs , & les attenûë par
fon activité : Elle paffe enIIS
LE
MERCURE
fuite dans les
tuyaux des liqueurs
; elle y
communique
fa
fluidité , en
attenuant les
parties
coagulées
de leur
maffe : Elle
diffout les obftructions
qui
interceptoient
le paffage des fucs dans leurs.
tuyaux
, s'il y a érofion
dans
les
tuyaux : Elle a une vertu
balzamique qui
répare
cette
érofion . En un mot , .
je
prétend
que mon Eau eft
également
fouveraine
pour
toutes
fortes de
Maladies ;
& je le prétend , fur le fondement
des
expériences que
j'en ai
faittes ;
expériences
multipliées au
point de pe
pouvoir me
laiffer
aucun
doute :
Mais ,
tout ce que
DE DECEMBRE. 119
j'ai éprouvé de la vertu de
mon Reméde, ne prouve que
pour moi ; & le public ne
peut raifonnablement partager
ma confiance , qu'autant
qu'il aura êté témoin luimême
de fon efficacité . Or ,
je déclare qu'il ne tiendra
pas à moi, qu'il n'en ſoit fait
fous les yeux , des épreuves
folennelles
. J'ofe donc prendre
la liberté de dire aux
PRINCES & aux SoUVERAINS
, que rien n'eſt peutêtre
plus digne de leur attention
, que ce que je leur
propofe ; & que je m'engage
à guerir , à mes dépens ,
tous les malades qu'ils voudront
bien me confier : Bien
120 LE MERCURE
entendu , qu'on ne m'en livrera
qu'un feul à la fois , &
qu'on m'en laiffera abfolument
le Maître : Bien entendu
auffi , que ces Malades
ne feront dans aucun des
cas defefperés , pour lefquels
j'ai fait une exception expreffe
dans ce Mémoire . Je
ne ferar autre choſe , que de
leur faire boire de mon Eau ,
& d'en laver leurs playes :
J'en boirai moi - même autant
qu'eux , pour leur ôter
la crainte , qu'on voulût tenter
fur eux une experience
dangéreuſe. Je rendrai témoins
de ma conduite , toutes
les perfonnes intelligentes
qui me témoigneront en
avoir
:
DE DECEMBRE. 121
avoir la curiofité . On me
donnera un Certificat , atteſtant
l'êtat du Malade au
moment qu'il aura êté mis
entre mes mains ; & lorſqu'il
en fortira , on m'en donnera
un autre , qui fera foy du
changement que mon Reméde
aura fait en lui. Je ne
parle affûrément pas ici le
langage d'un Impofteur : On
fent bien que, fi je n'êtois vivement
perfuadé de ce que
j'avance , je ne m'aviſerois
pas de propofer à mes dépens
, une épreuve , dont le
mauvais fuccés ne pouroit
que détromper le Public fur
mon compte.Il ne reſte donc .
plus contre moi , que le
Décembre 1717. L
22 LE MERCURE
foupçon d'extravagance &
de fanatifme : Or , je protefte
que je pardonne fincerement
à ceux , qui fe feront
hâtés de me croire un Vifionnaire
; pourvû que , par
un orgueil mal -entendu , ils
ne refuſent pas de foûmettre
leur jugement aux experiences
que je propoſe.
Au refte, j'avertis que, je
ne vais chés aucun malade ,
& que je n'ai point l'honneur
d'être Médecin . Ceux
qui voudront effayer de mon
Eau , fe pafferont , s'il leur
plaît de moi Elle n'a pas
befoin , pour agir avec efficacité
, que je la fomme de
fon devoir, à la vue du MaDE
DECEMBRE. 123
lade : Elle agit à cent lieuës
de moi , comme fous mes
yeux . Je l'envoye hors du
Royaume ; elle ne fe corrompt
point ; & pourvû
qu'elle foit transferée dans
des bouteilles bien bouchées ,
elle portera toute la vertu au
bout du Monde .
Il eft bon de donner ici un
Mémoire abbregé , fur la maniére
dont il faut ufer de cette
Eau dans tous les cas.Nous commencerons
par les cas les plus
finguliers & les plus graves.
Pour l'Apoplexie. Il faut
chauffer l'Eau d'une chaleur
temperée , & en faire boire
coup fur coup au Malade ;
c'eſt - à - dire de moment à
Lij
124 LE MERCURE
autre , jufqu'à ce qu'il révienne
à fon bon fens : Ce
qui arrivera promptement ,
pourvû qu'on ne tente fur
lui aucun autre Reméde. Au
cas que le Malade foit hors
d'êtat d'avaler la liqueur , &
même, d'ouvrir la bouche ;
il faut la lui ouvrir avec une
cuilliere , lui en verfer doucement
avec un buberon , &
continuer de même, juſqu'à
ce qu'il foit en êtat d'en boire
en plus grande quantité ;
c'eft - à - dire 4 ou 5 bouteilles
, durant les deux ou trois
premiers jours , s'il eft poffible
; parce que la quantité
ne fauroit nuire.
Il eſt bon
d'obſerver que ,
DE DECEMBRE. 125
quoique le Malade faffe des
évacuations
fenfibles
en
prenant ce Reméde , il ne
doit pas pour cela diſcontinuer
d'en boire : Il faut prévenir
les impreffions
, que
cette Maladie fait d'ordinaire
dans le cerveau : Un
ufage continu de cette Eau
les empêchera
, auſſi bien
que tous les accidents de Paralyfie,
Ainfi , aprés avoir
fauvé les prémiers perils de
Apoplexie, par le moyen de
cette Eau , il faut continuer
en boire une bouteille
ou
deux , chaque jour , juſqu'à
parfaite guérifon
Les perfonnes qui font menacées
d'Apoplexie
, & qui
Liij
126 LE MERCURE
en éprouvent les fignes
avant- coureurs , comme , é
tourdiffemens , douleurs de tête
, laffitudes aux jambes , fe
garentiront de tous accidens
; en buvant de cette
Eau , une bouteille ou deux
par jour , jufqu'à parfaite .
guérifon.
Les perfonnes attaquées
de la Pefte , de la Fiévre maligne
, de la Pleuréfie , de la
Paralyfie fubite , uferont de
cette Eau , comme il a êté
expliqué pour l'Apoplexie.
Cette Eau guérit la Go
re ; pourvû qu'elle ne foit
pas podagre , & qu'elle n'ait
point formé de Nodus dans
les jointures des membres :
DE DECEMBRE. 127
car en ce cas , elle ne feroit
que foulager ; à moins qu'on
ne continuât d'en boire trés
long-tems . Mais , fi la Goute
n'eſt pas invetérée , elle
guérira en peu de jours : Il ne
faut pas omettre d'avertir ,
que la Goute remontée le guérit
en vingt - quatre heures ;
pourvû qu'on boive de mon
Eau abondament
& avec
continuité
. les Rhumatismes
& les Sciariques cédent à l'efficacité
de mon Eau, comme
la Goute.
On s'en fervira de même
pour la Démence, de quelqu'-
accidentqu'elle procéde, foit
Maladie,foit Chagrin, ſoit Accouchement.
Si le mal êtoit in-
L iiij
128 LE MERCURE
véteré , il en faudroit boire
durant quelque tems , environ
deux
Bouteilles par
jour.
On guérira auffi l'Hydropifie
, foit de poitrine , foit
de
quelqu'autre partie du
corps ; en buvant par jour ,
environ deux bouteilles de
cette Eau , juſqu'à parfaite
guérifon . Il en fera de même
des Exflures , qui auront
percé par quelqu'accident r
mais en ce cas , il faut faire
chauffer de cette Eau , en
baffiner la playe , & y mettre
des compreffes 4 fois en
heures . On ne
manquera
donc aucune Hydropifie ,
excepté celle qui fera caufée
24
DE DECEMBRE. 129
;
par un Squire pourvû encore
, que le foye ne ſoit point
ulceré car en ce cas , je ne
promets au Malade que du
foulagement, & non pas une
parfaite guérifon .
9
Pour l'Epilepfie , cette Eau
eft fouveraine. Il en faut boire
deux pintes ou plus par
jour , jufqu'à parfaite guérifon
: Pour les Enfans , on
leur en fera boire plus ou
moins , à proportion de leur
âge ; mais , il feroit bon que
tous les Epileptiques , fans diftinction
d'âge , en fiffent
leur boiffon ordinaire . Elle
guérira auffi les perfonnes
detout âge , attaquées de la
petite verole ; & les préferve130
LE MERCURE
.
ra de tous les accidens que
cette maladie traîne fouvent
à fa fuite : Il faut que le Malade
faffe de mon Eau , fa
boiffon ordinaire , juſqu'à
parfaite guérifon.
Toutes Coliques nefretiques
feront foulagées
ou autres ,
en deux ou trois heures de
tems , & entiérement gueries
en peu de jours ; à moins
que la Colique ne fut cauſée
par la Pierre.
Toutes les Diffenteries ou
Cours de ventre, guériront de
même : Si le Malade fouffre
des douleurs dans le ventre ,
il ne faut pas oublier de faire
tiédir l'Eau .
Les Pertes defang de filles,
DE DECEMBRE I31
ou de femmes , de quelque
caufe qu'elles puiffent venir;
la ceffation des Regles , dans
une âge où elles ne doivent
pas ceffer ; les fleurs blanches ,
de quelque caufe qu'elles
proviennent; la jauniffe, non
feulement des femmes, mais
des hommes ; les Fiévres , de
quelque nature qu'elles foyent;
les maux de Téte , Vapeurs
, ou Etourdiffemens ; les
Indigeftions, & Douleurs d'eftofoit
avant , foit aprés
le repas ; toutes les Maladies
veneriennes , de quelque nature
qu'elles foyent , guériront
par l'ufage de mon Eau.
Il en faudra ufer , comme il
a êté expliqué , & en contimac
132
LE MERCURE
nuer l'ufage plus ou moins
long- tems , fuivant le degré
ou la durée de la Maladie .
Cette Eau eft immanquable
pour la Surdité :
la Surdité : Il faut
pour cela la faire chauffer ,
en baffiner l'oreille dedans
& déhors , & mettre dans
l'oreille affligée , du coton
ou du linge trempé dans cette
Eau: Il faut en même tems,
que le Malade en boive une
bouteille ou plus par jour ,
& il guérira en affés peu de
tems , fi la violence de quelqu'autre
Reméde n'a point
offenfé ou brulé l'organe.
Elle eft un Reméde fouverain
pour les Ulceres , les
Chanchres , les Fiftules & HéDE
DECEMBRE. 133
morhoides : Elle guérira même
la Gangreine. Il faut non
feulement boire de mon
Eau , comme il a êté dit, pour
remédier à la caufe interne
de ces differens maux exterieurs
; mais il faut encore
en laver les parties offenſées ,
& les couvrir d'une compreffe
trempée , comme il à
déja êté expliqué.
Les Contufions , Meurtrifûres
& Brulûres , qui ne fuppofent
point une cauſe interne
, feront guéries , en lavant
feulement, & couvrant
d'une compreffe imbibée, la
partie malade.
Je voudrois pouvoir prévenir
par un détail plus êten134
LE MERCURE
du , toutes les queſtions que
les uns & les autres feront
tentés de me faire, aprés l'éclairciffement
général que
je donne ici ; mais ce Mémoire
n'eft déja que trop
long ; & d'ailleurs , les perfonnes
qui auront quelques
doutes , ou incertitudes àme
propofer , peuvent s'adreffer ·
directement à moi , j'aurai
l'honneur de les fatisfaire.Si
ces perfonnes ne demeurent
pas à Paris , elles
pouront
m'êcrire , en affranchiffant
leurs Lettres ; je répondrai
avec exactitude : Il faudra
adreffer les Lettres ..
A Monfieur de Villars ruë
Poiffonniere , quartier de NôtreDE
DECEMBRE. 135
Dame de Bonnes - Nouvelles.
A Paris.
ADJATI AI TALD
(TTTTTT (19 TUT
Lorsqu'on a entendu le récit de quel
que chofe de furprenant & de merveilleux
, on dit prefque toujours : Que
cela eft fort beau ! Du moins , s'il est
vrai. Mais , je fouhaiterois de tout mon
coeur , que la Rélation que je vais donner
, ſe trouvât fauffe ; quoiqu'elle fait
accompagnée d'une fi grande fimplicité,
& qu'ily ait des traits ſi vifs &fi natu.
rels d'une douleur profonde , qu'elle ne
paroît que trop véritable .
LETTRE
D'UNE DAME ,
SUR LA PERFIDIE DE SON MARY,
A. L'A. D. M.
Ly a quelques années,que je me trou .
vai logée dans une même Maifon ,
avec un jeune Gentil-homme de mérite
. Frapée de fa bonne mine , & plus
135 LE MERCURE
tout en oeuvre >
encore de fes bonnes qualitez , je mis
pour en acquérir
moi-même ; afin de me concilier fon
eftime. La facilité que nous avions de
converfer l'un avec l'autre , nous entraîna
bien- tôt d'une civilité générale,
à une paffion particulière. Il chercha
l'occafion de me déclarer la fienne ;
& moi , qui ne pouvois raiſonablement
prétendre à un homme auffi riche que
Îui , charmée de fa propofition , j'y
répondis en des termes , qui lui faifoient.
connoître , que fa déclaration ne me
déplaifoit pas , fans lui en marquer au
cun excés de joye , ny rien qui ne s'accordât
avec les régles de la bien- féance.
Son pere, quoiqu'homme du monde,
êtoit avare , & en même- tems ambiticux
De forte qu'il n'auroit pas êté
facile de lui perfuader , qu'il pût ſe
trouver quelque autre mérite , dans la
perfonne , ou le caractére d'une femme,
capable de balancer l'inégalité des
richeffes. Cependant , le fils m'entretenoit
toûjours de fon amour , & il ne
perdoit aucune occafion de me témoi
gner fon défintéreffement. Il offrit même
de m'époufer en fecret , & de taire
la chofe , jufqu'à ce qu'il ût obtenu
l'approbation
DE DECEMBRE
137
l'approbation de fon pere , ou qu'il fûc
maître de fon bien. Je l'aimois avec
tendreffe ; & vous pouvez bien croire ,
que je ne lui refufai pas ce que mon
interêt m'obligeoit de lui accorder :
Mais , je n'êtois pas fi neuve , que je
ne priffe avec moi , pour affilter à la
cérémonie de mon Mariage , deux
perfonnes de confiance , du fecret defquelles
j'étois bien füre. Lorfque le
Sacrement nous ût lié , je retirai du
Prêtre, un Certificat figné de ſa main ,
de celle de mon Epoux , & de mes
deux Témoins. Après cela , nous vécumes
plus familiéremene que jamais ,
fous le même toit ; quoique la contrainte
dans laquelle nous vivions en
général , & le foin extréme qu'il fal-
Toit prendre , pour cacher nos entrevûës
, donnaffent à nos démarches , un
air qui fembloit plûtôt venir de la tendreffe
impatiente de jeunes Amans ,
que de la paffion réguliére & ſatisfaite
de perfonnes mariées .
Le pere de mon Epoux , informé
fans doute de nos amours , craignit
dès-lors , que fon fils ne s'engageât avec
moi : De forte qu'il le preffà de fe déclarer
en faveur d'un parti , fur lequel
Décembre 1717. M
138 LE MERCURE
carté >
il avoit jetté les yeux, Pour nous délivrer
l'un & l'autre de cet embaras ,
& prévenir l'éclat de nôtre Mariage ,
qui ne pouvoit guéres fe cacher plus
long- tems , il fut réfolu que j'irois à la
campagne , dans quelque endroit é-
& que nous nous écririons
fous des noms fuppofez. Cela s'exécuta
, & nôtre commerce épiftolaire ne
dura que trop . Quoiqu'il en foit , avec
le fecours de mon aiguille , de mon
clavecin , d'un petit nombre de Livres
choifis ; & plus que tout cela , des
Lettres de mon Epoux que je relifois
à tout moment ; j'y coulai la vie dans
l'attente de voir enfin des jours moins
folitaires. Vous fçaurez d'ailleuts
qu'au bout de quatre mois , après nôtre
féparation , j'accouchai fécretement
d'un enfant , qui ne vécut que peu
d'heures après . Comme on me croyoit
fille dans le canton , où par prudence
je m'êtois exilée, un Gentil- homme du
voifinage , qui eftoit un vrai brutal de
profeffion , s'avifa de m'aimer ; & fa
paffion fut par la fuite , la fource funefte
de tous mes malheurs. Ce Ruftique
eft un de ces Campagnards grol-
Gers , qui croient eftre d'autant plus
DE DECEMBRE .
139
polis , qu'ils négligent toutes les régles
de la polireffe ; & qui ,à l'abry d'un ris
éclatant , d'un ton bruyant , d'un fort
petit génie & d'un grand bien , fe
croient tout permis , fans avoir aucun
égard au tems ou aux lieux . Une Parente
chez qui je demeurois cachée ,
& qui ,fans avoir le fécret de mon Maiiage
, avoit celui de mes couches , s'êtonnoit
, de ce que je faifois paroître
tant de froideur pour ce Gentil- homme
, qui avoit intention de m'époufer ;
puifque , felon elle , la fortune ne me
préfenteroit jamais une occafion plus
favorable , pour réparer ma faute . En
cela , elle avoit raifon de vouloir m'engager
Acette union ; & moi , je n'en
avois pas moins de la refufer conftament.
Comme elle perféveroit opiniatrément
dans ce deffein , quelque priére
& quelque inftance que je lui fiſſe ,
pour qu'elle me délivrât de mon importun
; ma bonne parente croyoit encore
faire merveilles , en l'introduifant
malgré moi , dans mon Appartement ;
perfuadée qu'à la fin , je m'accoutumerois
à fes maniéres . Il fallut donc fouffrir
en dépit de moi , les vifites de cet home.
Un jour , que j'étois affife dans une
Mij
140 LEMERCURE
>
petite fale à manger , toute occupée
de la lecture d'une Lettre de mon
Epoux , dans laquelle je pliois toujours
le Certificat de mon mariage ;
ceRuftre y furvint tout à coup ; & avec
cette familiarité dégoutante , qui eſt
affez ordinaire à de pareils brutaux
il m'arracha brufquement ces papiers
de la main : Je fus d'abord fi confternée
, que me jettant à fes pieds
je le fupliai de me les rendie . Là - deffus
, avec les mêmes airs impertinents
& haïffables , il jura qu'il les liroit ;
plus je redoublois mes inftances plus
fa curiofité augmentoit , jufques à ce
qu'enfin , pénétré d'un dépit qui partoit
fans doute , de la paffion qu'il avoit
pour moi; il jetta les papiers dans le
feu , avec ferment que puifquil ne
devoit pas les lire , celui qui les avoit
écrits , n'auroit pas le bonheur de les
faire fervir au mien. Il eft prefque inutile
de vous avertir , que mes larmes
& mes fanglans reproches obligérent
cet Indigne à fortir de ma Chambre,
couvert de honte & de confufion ; &.
que ce défaftie me caufa des inquiétudes
mortelles . Cependant , j'avois
alors une confiance fi grande en la
,
DE DECEMBRE. 14 .
bonne-foy de mon Epoux , que je lu,
écrivis le mal-heur qui m'étoit arrivé
& que je le priai de me renvoyer un
autre Certificat en bonne forme . Après
m'avoir manqué deux ou trois poftes ,
il me répondit en général , qu'il ne
pouvoit pas m'envoyer alors ce que
je lui demandois ; mais , qu'auffitôt
qu'il pourroit.me le faire tenir en fûseté
, je devois eftre perfuadée qu'il
me donneroit cette fatisfaction. Depuis
cette Epoque , fes Lettres devinrent
plus froides de jour en jour ; & à mefure
que fon indifférence croifloit ,
mes foupçons prenoient de nouvelles
racines. Enfin , c'eft ce qui m'a fair
prendre le parti de me rendre en cette
Ville, où j'ai trouvé que , les deux perfonnes
, qui avoient fervies de Témoins
à nôtre Mariage , êtoient mortes , &
que mon Epoux êtoit veuf d'une jeune
Dame qu'il avoit prife , il n'y a que
trois mois , pour obéir à fon pere. En
un mot , il me fuit & me défavotie.
Si j'allois chez lui , pour le convaincre
de fa perfidie, fon pere ne manqueroit
pas de foûtenir fon fils contre mes
prétentions . Si je divulgois dans le
monde ſa trahison , quelle réparation
Mij
142
LEMERCURE
pourois-je attendre d'une injustice que
je ne fçaurois prouver ? Il s'imagine ,
fans doute , de me réduire par la néceſſité,
à lui céder mes droits pour ure
penfion viagere ; mais , j'en mourrois
plûtôt , que de commettre une telle
lâcheté. Je fuis fa femme : Faites le
fouvenir je vous prie , vous Monfieur ,
qui êtes fon meilleur ami , de fa premiere
tendreffe pour moi , du plaifir
charmant qu'il prenoit , lorfque je venois
à me découvrir par mégarde devant
quelqu'un ; faites le fouvenir de
mon air fot & entrepris , lorfque je
voulois paroître indifférente pour lui
devant la compagnie ; demandez- lui
s'il eft poffible , que moi qui ne pous
vois , quoiqu'il m'en priât , cacher
mon amitié pour lui , je puiffe à préfent
renoncer pour toujours à la fienne .
Ah ! Mr , les coeurs fenfibles ne connoiffent
point d'indifférence dans le
Mariage : Si vous avez quelque compaffion
de l'innocence expofée à l'infamie
, jugez de l'état déplorable où
je me vois réduite. Je fuis &c.
DE.DECEMBRE. 145
NOUVELLES ETRANGERES
De Vienne , te 4 Décembre.
N commence à s'apercevoir , que
les Turcs ne témoignent plus
tant d'empreffement , pour faire leur
Paix avec l'Empereur : On attribuë ce
changement inopiné dans le Divan , à
l'arrivée du Prince Ragotſki à la Porre
; on en peut juger par les nouvelles
propofitions du Sultan, qui font fi
vagues & en même tems fi hautes ,
qu'on a pris le parti de n'y faire preſque
plus de fonds. Comme on eft informé,
que ces Infideles font de trés grands
préparatifs pour être fur l'offenfive, cette
Campagne; nous ne négligeons rien
de notre côté , pour les faire repentir
d'avoir préferé la continuation de la
guerre , à la folidité d'une Tréve bien
cimentée : On ne penfe donc plus ici,
qu'à remplacer prés de 40000 mille
bons hommes qui nous manquent de
la Campagne derniére . Dans cette vue,
on léve des recrues nombreuſes , &
144 LE MERCURE
de plus, on eft en traité avec quelques.
Princes d'Allemagne , pour avoir de
puiffans fenforts , afin de fe mettre
en êtat de foûtenir la guerre d'Italie ,
contre les prétentions de S. M. C,
dont nous reffentons déja des fuites
fâcheufes . En effet , on a contremandé
le Général Bonneval , qui devoit exécuter
avec 8000 hommes, une entreprife
confiderable fur les Turcs ; &
on lui à ordonné de fe tenir prêt à
marcher avec ce Corps , pour fe rendre
en Lombardie .
On a des avis , que plufieurs Chefs
des Rebelles Hongrois fe font rendus
à Sophie, pour toucher de groffes fommes
d'argent, deftinées à former une
Armée de Mécontens. Ils prétendent
faire par là ,une diverfion d'autant plus
grande , qu'ils fe flattent, que la Hongrie
, & la Tranfilvanie n'attendent
qu'une occafion favorable , pour prendre
les armes contre la Séréniffime
Maifon d'Autriche ; mais , on donne
ici de fi bons ordres , que l'on efpere
rendre tous leurs projets inutiles .
Le nouveau G.Vizir fetient toujours
à Niffa ,& le G.S.àPhilippoli;fa Hautef
fe n'ayant pas voulu rifquer fon retour
DE DE CEMBRE. 145
Conftantinople , où tout a êté
jufqu'à préfent dans une extréme confternation
, caufée par les mal-heurs
de la Campagne derniére.
Le Comte de Schonborn Vice-
Chancelier de l'Empire , eft arrivé ici ,
où il étoit attendu avec empreffement ,
pour des affaires de la derniére importance
.
L'Envoyé de Suéde en cette Cour ,
a de fréquentes conférences avec nos
principaux Miniftres.
Le Mariage du Prince Electoral de
Saxe , avec la premiere Archiducheffe
Jofephine , rencontre ici beaucoup de
difficultez & d'obstacles ; quoique le
Comte de Fleminghe ait ordre du
Roy Augufte , de déclarer à S. M. I.
que ce Prince abdiquera le Royaume
de Pologne , en faveur de cette Alliance
: Mais , il faudroit , pour que cette
propofition fût plus goûtée , que ce
Prince fut élû Roy , du confentement
unanime des Palatins , de la Nobleſſe
& du Peuple. On croit cependant , que
par de puiffantes raifons d'Etat , il
obtiendra cette Princeffe .
Tout eft ici dans une joye extraordinaire
, pour la groffeffe de l'Impera-
Décembre 1717. N
346 LE MERCURE
trice , qui a êté renduë publique à la
Cour.
P. S. Quoique le Prince Eugéne
n'ait point encore reçû de réponſes , à
la Lettre qu'il a écrite à Milord Vorfley
Montagu , Ambaffadeur de S. M. B.
à Conftantinople , touchant les Préliminaires
de la Paix , entre les deux
Empereurs ; Mrs de Sulton & de Stanian
Ambaffadeurs du Roy Georges en
cette Cour , ont cependant reçû - depuis
peu d'Angleterre , les ordres &
leurs Lettres de Créances & Plein-pouvoirs
, pour affifter au Traité de Paix ,
comme Miniftres médiateurs . Ces deux
Seigneurs fe préparent à partir d'ici ,
dans quinze jours , pour fe rendre au
lieu du Congrés ; mais , on doute fort
qu'ils réuffiffent dans cette Négociation.
M. de Stanian a reçû de plus ,
fes Léttres de Créances , pour aller
relever Milord Vorfley Montagu , qui
en eft tappellé.
De Ratisbone , le 10 Décembre.
E Baron de Gottorp eft arrivé ici
La
tre du Roy de Pologne , pour folliciDE
DECEMBRE. 147
ter de la part de ce Prince , la - continuation
du Directoire des Proteftans:
Il tâchera en même tems, d'applanir
toutes les difficultés , que le changement
de Réligion a caufé à ce fujer .
Le Comte de Meternith ne s'oppoſe
pas aux prétentions des Saxons ; mais
il prétend , qu'au cas qu'on en prive
le Roy Augufte , le Roy de Pruffe ait
feul le Directoire : Cependant, le Roy
Georges , comme Electeur d'Hannovre
, demande d'être joint à S. M. P.
Comme cette affaire eft de la derniére
conféquence , elle fera traitée avec
beaucoup de précaution .
De Londres , le 15 Décembre .
N reffent avec chagrin à nôtre
Cour , le changement de Réligion
du Prince Electoral de Saxe : On
eft fort étonné que le Roy Auguite y
ait donné fon confentement ; fur tout
dans un tems , où il paroiffoit avoir
le plus befoin de notre Roy , pour fe
maintenir fur le Trône de Pologne ;
avec d'autant plus de fondement , que
nous avons des avis , que les Roys de
Suéde & de Pruffe ont deffein , con-
Nij
148 LE MERCURE
jointement avec le Czar , de réméttre
Staniflas fur le Trône ; fans laquelle
condition , S. M. Suédoife refufe de
faire fa paix avec les deux autres
Puiffances.
M. de Bentenrieder Envoyé de
l'Empereur , follicite ici fortement 12
Vaiffeaux de guerre ; pour agir contre
l'Espagne en Italie , & pour remettre
S. M. I. en poffeffion du Royaume
de Sardaigne . Quoique nôtre Cour
cherche avec un empreffement extraordinaire
, l'amitié de S. M. I. , dans
la vue que le Roy d'Angleterre , comme
Electeur de Hannovre , puiſſe obtenir
les deux Duchés de Brémen &
de werten , on doute fort cependant
, que le Parlement approuve ,
qu'on fe déclare en faveur de l'Empereur
contre le Roy d'Efpagne , à
caufe du préjudice qu'en recevroit
la Nation ; puifqu'une telle rupture
entraîneroit infalliblement la
ruine d'une des plus importantes
branches de nôtre commerce . On
fouhaiteroit donc , qu'à l'exemple de
la France & des Etats généraux , on
tachât par toute forte de moyens , de
pacifier le différent qu'il y a préfenteDE
DECEMBRE 149
> ment entre ces 2 Puiffances & de
porter ces deux Princes , à exécuter
le traité de Paix d'Utrecht , & celui
de la Neutralité d'Italie. Comme S.
M. B. n'a pas fait part jufqu'à préfent
à fon Parlement , de fon alliance avec
S. M. I. , on ne croit pas que la Cour
donne une réponſe pofitive à M. de
Bentenrieder , avant que de l'avoir
communiquée aux 2 Chambres : Il y a
cependant , des ordres expediés , pour
équiper deux Efcadres ; l'une pour la
Mediteranée , & l'autre , pour la Mer
Baltique.
Le départ inopiné de M. l'Abbé
Dubois pour la Cour de France, ( d'où
Pon affure qu'il fera de retour dans peu
de jours ) fournit matiére à nos Politiques.
Come l'affaire dont il eſt chargé,
doit être,fuivant toutes les apparences ,
dela plus haute importance , elle doit
être auffi par conféquent du dernier fé-
-cret ; c'eft ce qui a obligé cet Abbé , de
ne pas confier les dépêches à un Expres
, & d'aller lui-même la communiquer
à M. le Regent de France .
On continue à réformer 20 hommes
par Compagnie des Regimens des Gardes.
Les Colonels de Cavalerie &
N iij
IFO
LEMERCURE
d'infanterie , qui ont leurs quartiers
dans les Provinces , font partis pour le
même fujet , conformément aux ordres
du Roy.
Le Parlement s'affembla le 2 de ce
mpis , fuivant la derniere prorogation.'
On renvoye aux Gazettes le Difcours
que S. M. B. fit aux deux Chambres ,&
& les adreffes de remerciement qu'elles
préfentérent à ce Prince ,
On mande de Devizes , dans le Comté
de wiltz , que le 8 de ce mois , un
Gentil - homme fut attaqué à trois mille
de cette Ville , par trois perfonnes
mafquées , qui , aprés l'avoir dépouilé
& fort maltraité , ûrent encore la barbarie
de lui tirer la langue avec violence
, & de la lui couper jufques à la
racine ; aprés quoi , ils le renvoyerent
dans ce pitoyable eftat . Cet homme
ût encore le courage de regagner la
Ville, où il entra nud , & perdant tout
fon fang. C'eftoit un ſpectacle effrayant
On efpére cependant , qu'il
en reviendra . Quelques perquifitions
qu'on ait faites jufques à préfent , pour
découvrir les Auteurs de cette cruauté ,
on n'a pu encore y parvenir.
:
Toute l'Europe eft informée, que le
DE DECEMBRE. ret
1
Roy de Danemarck a fait arrêter fur
la Rade , tous les Navires Hollandois
qui ont voulu repaffer le Sund ; fous
prétexte , que L. H. P. refufent de lui
payer les arrerages des fubfides de la
derniere Guerre , pour les Troupes .
qui ont fervi en Brabant. Sur cela ,
L. E. G. ont écrit à leur Envoyé qui
réfide en certe Cour , de déclarer à S.
M. D. que fi elle ne les faifoit pas relâcher
inceffamment , ils prendroient
des mefures convenables , pour affürer
leur Navigation , & repouffer la force
par la force.
Quoique les Hollandois ayent efté.
fortement follicités par la Cour de la
Grande Bretagne , pour joindre feulement
quatre Vaiffeaux à l'Efcadre Angloife
, deftinée contre le Roy de Suéde,
& autant , pour envoyer dans la Méditérannée
; il n'a pas efté poffible de
les engager à cette confédération. Il
paroît par ce refus , que cette République
veut profiter des avantages de la
Paix , & qu'elle fe contentera d'employer
fes bons offices , auprés des
Parties qui font en guerre.
On croit entrevoir par la conduite du
Marquis de Prié , que le différent de la
N iiij
152 LE MERCURE
Barriere ne finira pas fitôt ; & que S.
M. I. n'acceptera pas la médiation de
Leurs Hautes Puiffances , pour pacifier
les troubles de l'Italie.
De Hambourg le 13 Décembre.
Ous le déhors de Wifmar font
Tentiérementrarés, à l'exceptiondu
Fort de la Baleine, qui défend l'entrée
du Port qu'on fera miner inceflamment.
On n'a point touché au Corps de la
Place , le Roy de Pruffe & le Duc de
Mexelbourg fe flattant qu'on leur en
laiffera la poffeffion. On eft perfuadé
ici, qu'il y a un traitté de Paix conclu
entre le Czar & le Roy de Suède ,
ce qui cauferoit un grand changement
dans les affaires du Nord. On a trou
vé un tempérament pour le Port de
Rével, qui jufqu ici a retardé la Paix .
La fortification en fera rafée , & ce
Port fera neutre & ouvert à toutes
fortes de Nations. LEmpereur, le Roy
d'Angleterre , & L. E. G.. font fort
mécontens du Roy de Danemarck ,
caufe des Bâtimens qu'il retient à Gluchſtad.
S. M. B. a fait dire à ce Prinae,
que s'il ne rendoit le commerce de
DE DECEMBRE. 153:
l'Elbe, libre ; & s'il ne relâchoit les
Vaiffeaux qu'il retient , il envoiroit
une Flote dans ces Mers pour l'y
forcer.
M. Pouffein Envoyé de France , a
reçû des avis , que le Baron de Gortz
qui a paffé à Petersbourg , êtoit arrivé
à Stokolme. Le Roy de Pruffe a
accordé la liberté à tous les Prifonniers
Suédois qu'il avoit dans fon partage
; ce qui paroît d'un bon augure
pour la Couronne de Suéde.
A Rome le 30 ·Novembres
Ipereauxé fon départ d'ici, pour le
Left public dans Rome, que le S.
voyage de Lorrette & d'Urbin, le lendemain
de la Domenica in albis : Danscette
vue , il y a déja 100 mille écus
d'oeconomifés . Cette Villeggiature lera
de so jours ; on ne fera par jour que :
zo mille au plus . Il y aura so Cuiraf
fiers & 40 Chevaux légers de Garde 5
ico Suiffes avec toute la Sale & l'Anti-.
chambre du Pape. S. S. fera accom
pagnée des 3 Cardinaux Paulucci
Albani , & Olivieri ; il y en aura un
4 , qui comme Tréforier , prendra le-
2.
154
LE MERCURE
.
devant , pour ordonner toutes chofes fur
la route. 3 où 4 Auditeurs de Rote &
les Nationaux feront privilegiés. 8
Prélats du premier Ordre , avec plufieurs
du 2 & du Tiers Ordre , outre
la Daterie ,feront de la fête ; fans compter
les Miniftres Etrangers & autres
qui feront défrayés par SS . qui tiendra
table pour les Ambaffadeurs
les Cardinaux & les Prélats : l'Agent
fubalterne fera payé en argent. Malgré
ces préparatifs, le Cardinal Doyen a
fait les remontrances au S. P. pour le
détourner de ce pieux pélerinage , & ..
l'on croit que tous ceux qui en approchent
, en feront de même.
Milord Peterborough , aprés la for
tie de faPrifon , s'eft retiré à Venife ;
& le Comte de Galas Ambaffadeur
de l'Empereur,demande ici reparation
pour ce Seigneur , le Roy Georges
profitant de cette occafion, pour obliger
le S. P. à expulfer de l'Etat Ecclafiaftique,
le Chevalier de faint Georges.
On veut donc , en reparation de
cette injure faite à ce Milord , que ce
Prince fe réfugie autre part , & que le
Cardinal Origni Légat de Bologne ,foit
rappellé ; finon , les Anglois menacent
DE DECEMBRE. 195
les côtes de cet Etat , avec une Eſcadre
de 12 Vaiffeaux. On affûre même
, que les ordres font donnés pour
cela , & qu'ils agiront offenfivement
jufqu'à ce que la fatisfaction foit faite.
Le Pape ferecommande , pour accomoder
l'affaire du Roy d'Espagne
principalement celle du Milord , à ME
le Duc Régent.
, &
Hier 29 , on enferma au Château
faint Ange , le Marquis Davia Neveu
du Cardinal de ce nom : On ne croit
pourtant pas qu'il ait merité ce châtiment
, mais qu'en cela , on a û égard
à la recommandation de fon Oncle ,
avec lequel il vit en parfaite mefintelligence
; depuis qu'il a quitté fa
femme & fes enfans qui font à Bologne.
A Barcelonne , le 6 Décembre 1717.
LB
E grand Convoi qu'on avoit ici
pour aller joindre la Flote Efpagnole
en Sardaigne. Le dernier Convoi qui
mit à la voile le 24 du paffé , étoit compofé
de plus de 60 Bâtimens de char→
ges , fur lefquels il y avoit 3000 hommes
de Troupes réglées de débarque156
LE MERCURE
ment , tant Infanterie , que Cavalerie,
avec quantité de munitions de guerre
& de bouche , & toutes fortes de provifions
, fous l'eſcorte de 3 Vaiffeaux
de guerre; un du premier , & 2 du fecond
rang , avec une Fregate de 40
piéces de canon .
Il arriva le trente de l'autre mois , des
ordres de la Cour de Madrid , pour la
répartition des Quartiers qu'on doit
donner aux Troupes , qui étoient dans
cette Ville & dans les places des environs.
Depuis le deux de ce mois , juf
qu'au 6 inclufivement , près de 35 Ba--·
taillons & 20 Efcadrons fe font mis en
marche , pour fe rendre à leurs Quartiers
, qui font la Seud d'Urgel , la
Viguerie de Tarega , Mont- blanc , Tortoze
, Tarragone , Oftalric , Girone ,
& autres Places circonvoifines . A
l'égard des autres Troupes, qui doivent
encore fortir de cette Ville , & cellès
qui font cantonnées dans le voisinage ,
elles ne partiront que le 20 , pour aller
dans les Villes de Vic , de Solfone ,
Balaguer & Lérida. On comptoir qu'àprés
le départ de toutes ces forces , il
refteroit encore dans cette Capitale
plus de 15000 hommes..
DE DCEM PRE. 187
•
Nous apprenons de Sarragoffe , que
les levées pour les 2 Régimens Arragonois
, fe faifoient avec fuccés . On
compte que celui de Cavalerie fera
complet avant le premier du mois prochain
; & celui d'Infanterie qui doit
eftre de 3 bataillons , de 800 hommes
€3
chacun , le fera à la fin du mois de
Janvier.
Les 2 Régimens de Dragons & d'Infanterie
, que le Royaume de Navarre
fait auffi lever à fes dépens , font pareillement
fort avancés. Le Royaume
de Valence va fuivre cet exemple ..
La plupart des Bâtimens , qui font
arrivez ici de Rofe , où ils ont efté
conftruits , doivent mettre à la voile
au premier jour ; pour aller dans les
Ports de France , y charger des grains
que des Agens Efpagnols y ont achetés,
Les , il entra dans le Port de Barcelonne,
24 Bâtimens de charge , fur
lefquels il y avoit quantité d'habits
pour les Troupes , beaucoup de toiles ,
pour faire des chemiſes & des Tentes ,
& plufieurs caiffes remplies de Sabres
& de Bayonettes , avec une grande
quantité de toutes fortes de grains &
de provifions de bouche. On a û or18
LE MERCURE
dre d'acheter 1600 mulets , & de les
xenir prêts pour le premier Mars.
On a jetté dans Palamos 1800 hommes
en Garnifon . On va travailler à
relever les Fortifications de cette Place
, accommoder & nettoyer les Ports ;
poury mettre les Galéres d'Efpagne
qui feront beaucoup mieux , que dans
le Port de Barcelone.
Tout fe prépare pour faire le beau
Port de Rofe. L'Ingénieur qui en a levé
le Plan , & qui a êté approuvé de
la Cour de Madrid , en eft de retour.
Pour cet effet , on commencera par les
jettées
De Venife , le 4 Décembre.
E Czarovitz , autrement le fils aîné
Lie S.M. Cz.que l'on attendoit ici à
fon retour deNaples ,n'y eft point venu.
Il a paffé de Boulogne à Verone , pour
fe rendre à Vienne , & delà à Péterbourg,
pour aller trouver le Czar ,
avec qui il eft rentré en grace.
Le deffein échoué fur Antivari , a
mis de mauvais humeur le Sénat . Il
s'en prend à M. de Noftitz qui . commandoit
le débarquement ; & celui ci
rejette la faute fur M. de Mocenigo ,
DE DECEMBRE. 159
qui ne put empêcher , que quelques
Déferteurs qui fe fauvérent par les
Montagnes , n'avertiffent les Turcs de
l'approche des Vénitiens . Mais , il faut
s'en prendre aux mécontentements des
Troupes qui estoient la pûpart débandées.
Comme les noblesVénitiens n'ont
jamais tort , il a efté donné à M. de
Noftitz qui paroît fort content de
quitter ce fervice . On a efté un peu confolé
de ce mauvais fuccez ', par la priſe
de la Prévefa , gardée par 600 Ottomans
& 600 Cavaliers. Le Comman
dant des Infidéles y a efté tué , & les
Vénitiens y ont trouvé aprés 5 jours
d'attaques , 1 piéces de canon , beaucoup
de bagages & de munitions.
Il a paffé ces jours- ci 1000 ou 1200
hommes de Recrues Allemandes , par
le Territoire de Vérone , pour les Régimens
de cette Nation qui fervent
dans le Milanois : On en attend encore
2000 .
Les Vénitiens fe font enfin réfolus de
demander au Roy de Sicile le renvoi
de 2 ou 300 hommes , qui s'eftant révoltés
fur le Vaiffeaux de guerre le
San Pio Vo , s'en eftoient emparés ,
& l'avoient conduit en Sicile ой
160 LE MERCURE
à peine furent- ils débarquez , qu'ils fu
rent arrêtez par ordre du Vice- Roy.
De Turin , le 10 Décembre.
Es ordres viennent d'eftre donnés
remis
leurs Compagnies complettes pour le
mois de Fevrier prochain. Comme
nous fommes informez qu'il doit arriver
dans
peu, un corps de 10 à 12000
Impériaux dans le Milanois , on prend
ici toutes les précautions néceffaires,
pour empêcher que ces troupes ne faffent
quelques entreprifes fur quelques
unes des Places dépendantes des Etats
de S. M. Sic. C'est pourquoi , on a fait
fortir de leurs quartiers plufieurs Regimens
d'Infanterie , de Cavalerie & de
Dragons ; pour occuper tous les poftes
& les paffages fur nos Frontières ; afin
de prévenir les Troupes Allemandes ,
& en même-tems , obferver leurs démarches
. Le Roy de Sicile a ordonné
que l'on congédiât de chaque Compagnie
, tous les Soldats malingres.
A Milan
DE DECEMBRE. 161
LES
›
A Milan , le 8 Décembre:
Es Troupes de cet Etat ont fait depuis
8 jours de grands mouvemens ,
les unes vers le Mantoüan , le Modénois
& les Etats de Parme ; les autres ,
marchent du côté de la Frontière de
Tofcane & de Gênes : Mais , le tems
pluvieux & la quantité de neiges qui
font tombées & qui tombent actuellement
, ont tellement fait enfler les Riviéres
qu'elles ont inondé une
grande étenduë de Païs , & rendu
les chemins impraticables. Ce contretems
fâcheux a eſté cauſe que, quelques
Régimens qui êtoient déja fort avancés,
n'ont pû continuer leur route, & a obligé
la plus grande partie des Troupes.de
refter dans les endroits où elles fe font
trouvées , eſtant inveſties de toutes
parts par les grandes eaux . On vient
même d'apprendre que 3 Bataillons ,
qui avoient marché du côté des Montagnes
des Frontiéres de la République
de Gênes, eftoient enfermés & environnés
de maniére , qu'ils eftoient
en un péril évident d'eſtre entraînez -
les torrents.>
Décembre
1717.
par
Q
162 LE MERCURE
Sur ces avis , le Prince de Leuvefteinavoit
dépêché au Commandant de
deux Regimens de Cavalerie , & un de
Dragonsqui eftoient à dix mille en deça
de ces Montagnes , de marcher en diligence
au fecours de ces Bataillons . On
eft icy entre la crainte & l'efperance
fur le fort de ces Troupes ; ce qui nous
épouvante , c'est que les Eaux augmentent
de jour à autre.
On eit préfentement occupé, à réparer
à la hafte les Places de cet Erat ;
on les pourvoye abondamment de mu
nitions de guerre & de bouche .
On vient d'établir icy un Confeil de
l'Inconfidence , qui connoiftra de ceux
qui parlent mal du Gouvernement .
On mande de Cadix , qu'on y prépa
roit un grand Convoy , qui fera compofé
de plus de 80 Bâtimens de charges
, fur lefquels on doit embarquer
deux Regimens de Cavalerie & plufieurs
Compagnies de Carabiniers. 58,
piéces de gros Canon , 18 gros Mortiers
; 6000 Boulets , 1600 Bombes
plus de 8000 Grenades , plufieurs miliers
de Carcaffès d'une nouvelle invention
, avec 18 Mortiers pour
lancer ; 1200 Boulers creux , avec if.
les
DE DECEMBRE. 163
'Mortiers à leur ufage , 6000 barils de
poudre , 4000 facs de grains ; outre
une prodigieufe quantité de toutes fortes
de Provifions , aux préparatifs defquels
on travaille avec empreffement.
Sur des ordres de la Cour , on a mis
fur les Chantiers 4 Vaiffeaux de guerre,
3. Fregattes , & ; Galiottes à Bombes.
Tous lesOuvriers propres à la conftruc--
tion des Vaiffeaux , fe rendent icy des
Côtes de Leon,de Galice & de Bifcaye ,
pour avancer ce travail .
On a donné de pareils ordres à
Malaga , à Cartagéne & Alicant ; pour
faire conftruire dans ces Ports , plufieurs
autres Vaiffeaux de Guerre ,
Galiotes & Fregattes , avec s
Galeres :
On a reçû à cet effetde groffes remifes.:
D'un autre côté, on ne néglige rien pour
le départ des Galiotes & des Vaiffeaux
qui doivent leur fervir d'efcorte : Ils »
doivent partir pour la nouvelle Eſpagne
, au commencement de Mars au
plus tard : Selon tous les Avis , cette
Flote fera une des plus fortes & des
plus nombreuſes qui ait efté déftinée
pour l'Amerique.
Les Lettres de Naples du premier
Décembre,portent que le Viceroy êtoits
Q- ij
164 LE MERCURE
plus intrigué que jamais , depuis la prife
de la Sardaigne. Il y a quelques
jours qu'il fortit à cheval , accompagné
d'un grand nombre d'Officiers &
d'Ingenieurs ; pour aller vifiter les nouveaux
Forts qu'il avoit ordonnés de
conftruire,pour la fûreté des Côtes du
Royaume ; mais qu'il avoit êté fort
furpris de voir , que la plupart de ces
ouvrages n'êtoient pasfeulement com
mencés , & qu'il n'y avoit même aucuns
préparatifs pour la conftruction
de ces Forts. Il voulut faire des repri
mandes aux Ingenieurs fur cette négligence,
qui lui fermerent la bouche, en
lui difant que pour travailler il falloit
de l'argent. Ces Lettres ajoûtent, qu'on
y préparoit des logemens pour 4 Regiments
d'Infanterie & de Cavalerie
qui viennent de Hongrie : On avoit de
fréquentes allarmes, desVaiffeaux &des
Galeres d'Efpagne.qui fe font voir tousles
jours le long de cette Côte où ils
font fouvent des prifes . Le 16 fur les 11,
heures du matin , 4 Vaiffeaux de guer.
re & 2 Fregattes Efpagnoles , parûrent
à la vue de ce port ; & vers le midi ,
ils s'approchérent jufques fous leCanon
du Mole , d'où l'on fir plufieurs dé
DE DECEMBRE. 153 ;
charges des Forts , qui n'empêcherent
pas que , les 2 Fregattes foûtenues du
feu des 2 Vaiffeaux de guerre n'enle
vaffent 4 Bâtimens chargés d'huiles &
& 2 autres de grains; aprés quoi elles
allerent rejoindre leurs Vaiffeaux .
On mande de Livourne du 18 , qu'on
avoit vû paffer à la hauteur de ce port ,
un grand nombre de Bâtimens , por
tant Pavillon Efpagnol venant du
côté du détroit ; ce qui faifoit croire
que c'êtoit le grand Convoy de Barcelone
, qui alloit joindre la Flote Ef
pagnole, dont une partie croifoit toû
jours le long de la Côte , depuis Piom
bino jufqu'à Orbitello , & Porto - Ercole
. On a appris que depuis 5 jours ,
elle avoit enlevé 8 Bâtimens chargés
de grains & d'autres provifions, & mu
nitions de guerre, qui êtoient destinées
pour remplir-les -Magazins des Places
Imperiales..
De Lindance 30 Décembre 17175 .
'Abbé de faint Galle , aprés être
relevé d'une groffe maladie , fut
attaqué fubitement le 28du paffé , d'une »
Apoplexie , dont il mourut le lende
166 LE MERCURE
main : Il étoit âgé de 78 ans , & en
avoit regné 22. Pour avoir voulu introduire
des nouveautés , & violé les concordats
avec les fujets , dont les Cantons
de Zurik & de Bêrne font les Garants
, il s'êtoit attiré ces 2 Puiffances
qui l'avoient enfin depoffedé de fon
Abbaye & de fes dependances, qu'elles
gardoient en fequeftre depuis 5 ans .
De Vvirsbourg le 1 Décembre 1717.
M
le Baron de Hutten , Doyen du :
Chapitre de cette Ville, auffi illuftre
par fon favoir quepar fa naifface ,
a découvert un riche Tréfor, en recherchant
les Antiquités de l'Eglife Catédrale
Il a trouvé fous le toit de ce
Vaiffeau , une ancienne Bibliotéque ,.
qui y avoit êté cachée avant la guerre
des Suédois. Outre les Livres imprimés
, il y a plus de 170 manufcrits
en parchemin ou en papier. On y voit
entre autres , les 4 Evangiles écrits du
tems de Charlemagne , ou de Burcard
Evêque de Vvirsbourg , une Bible
de 700 ans : Un Codex Theodofianus
cum aliquibus novellis , Caji inftitutionibus
& Pauli ti libris V. Sententia
DE DECEMBRE. 157
rum , formâ quadrata , litteris femiuncialibus.
On croit que ce dernier manufcrit
, et du tems de l'Empereur
Juftinien Il y a :: auffi plufieurs écrits
de divers Peres de l'Eglife en caracteres
Lombards. M. de Hutten publiera
le Catalogue de cette Biblioteque ,
auquel il fait travailler par Georges .
Conrad Sigler , Bibliotécaire de l'Académie.
42.PAYOPAYOPAYOPAYJ PR
A Yant êté affez hûreux , que de
recouvrer laTraduction en Vers,
de la 2 Lettre d'Heloife à Abailard ;
c'eft avec complaifance que j'en pare
mon Mercure : Si la premiere Epitre
du même Auteur , a û un accueil
fi favorable , j'ofe me promettre qu'en
préfentant celle- ci au Public , elle trouvera
autant d'Approbateurs , que de
Lecteurs. Il feroit à fouhaiter que la
même main qui fçait repandre tant de
graces dans tous les écrits voulût
bien fe fouftraire de tems en tems , à
des occupations plus ferieufes , pour en
donner la continuation . C'eft une invitation
que je lui adreffe , de la parts
168 LE MERCURE
des gens de goût , pour l'engager à re
point laiffer cet Ouvrage imparfait,
lui qui peut le rendre ſi parfait.
SECONDE LETTRE ..
D'HELOISE A A BAILARE .
Q
·UE L nouveau coup de Foudre !
&que viens - je d'entendre !
Je ne vous verray plus . Vous pouvez
me l'apprendre ,.
Cruel. Vous m'ôtez tout ; & c'est pour
vôtre coeur
Un barbare plaifir , de combler ma douleur.
N'êtoit-ce pas aſſezqu'aux pleurs abandonnée
,
A vivre loin de vousjefuſſe condamnée? :
Que plaintive , mourante , en Proye¹à
mes defirs ,
Ce Cloître nuit & jour entendit mes
Soupirs ?
N'étoit-ce pas affez qu'à lafleur de mon
âge ,
Vous m'enffiez impofé le plus rude efctavage
?
·Pourquoy d'un vain espoir m'envier les
douceurs ,
Et
DE DECEMBRE. 169
Et verfer fur mes jours de nouvelles
noirceurs.?
Croyez vous donc , Ingrat , que ma foible
conftance ,
Refifte encor long-temps à votre indi-
Et
férence?
que de vos raifons le frivole fecours
De mes vives douleurs puiffe arrefter le
cours ?
Non. Votre changement ne peut rienfur
mon ame ,
Plus vous êtes de glace , & plus jefuis de
flame:
Mais enfin , mon amour devient un dé-
Sespoirs
C'en eft fait , & je veux ou mourir a
ou vous voir.
Quefais-je dans ces lieux ? Malheurcufe
& coupable;
J'aigris d'un Dieu vangeur le couroux
redoutable ,
J'amaffe des Tréfors de crimes & d'horreurs
,
Et fens de jour enjour s'augmenter mes
fureurs .
Je ne fuis plus , belas , cette Epoufefacile,
Qui baifoitfous le jong une tête docile.
Victime de mes feux , je céde à leurs
tranfports ,
Décembre 1717. p .
170
LE MERCURE .
Et ne conferve plus d'inutiles dehors.
Ceft trop jouer le Ciel fous un masque
hipocrite ;
Si mon coeur eft à vous , tout le refte
l'irrite :
Duffay -je vous offrir un Objet odieux,
Rien ne peut m'empêcher de paroître à
vos yeux ;
Vous ne me fuirez point au fecours de
mes charmes ;
Aufecours de mesfeux j'appelleray mes
larmes,
Mesfoupirs, mesfanglots fléchiront vôtre
coeur ,
Vous me regarderez avec moins de ·
rigueur;
Et loin de condamner l'excez où je me
livre
Peut- être quefans moy vous ne voudrez
plus vivre:
Vous fongerez, qu'unis par des noeuds
eternels ;
Nos voeux précipitez font des voeux
criminels ,
Que l'Himen a des Droitsfacrez,inviolables;
Que vouloir les brifer , c'eft nous rendre
coupables.
Je ne demande pas que fenfible à mes
voeux ,
DE DECEMBRE. 171
Votre coeur s'attendriffe & rallume fes
feux ;
Et que pour diffiper , la douleur qui me
preffe ,
Vous confondiez en moy l'Epouse & lạ
Maitreffe:
Je ne veux que vous voir , & que vous
sobéir ,
Et vous forcer au moins à ne meplus
hair.
Mais , cruel , vous craignez jusques à
mápréfence , יד
Pour un coeur inconftant l'amour est une
offence;
Et ce que nous reproche un crime , n'eft
pour nous ,
Qu'un Objet plein d'horreur qu'on voit
avec couroux .
Tu ne foutiendrois pas une Amante
eperdue ,
Ses larmes , fon amour. , tout blefferoit
ta vûë ;
Et tu confultes moins pour m'éloigner.
de
toy ,
La vertu , que ton coeur & ton manque
defoy:
Ce n'étoit pas ainſi qu'aydant à ma
foibleße ,
Tu fçavoispour meperdre , allumer ma
tendreffe ,
Pij
172 LE MERCURE
Rappelle-toi , cruel , cesfermens enflam
mez ,
Ces tranfports fi touchans & fi bien
exprimez :
Avant , me difois- tu , que je fois infidele
On verra fans époux vivre la Tourte-,
relle ;
Le tendre Roffignol ceffant d'être amoureux
Ne s'occupera plus de fes chants douloureux
:
On verra le Zéphir ceffer d'être volage ,
Les fleuvesfur les Monts s'entrouvrir
un passage ,
Le Soleil obfcurci nous refuſer le jour ,
Et tout perirenfin plûtôt que mon amour.
Ainfi pour me tromper, tu chaffois de mon
ame ,
Tout ce qui s'oppoſoit au fuccés de ta
flame ;
Mais qu'il t'en conta peu ! De concert
avec toy ,
Mon coeur, mon lâche coeur , s'éleva
contre moy ,
Te peignit à mesyeux, tendre , empreſſé,
fincere ;
**
Tuparlas , & tuplus , dés que tu voulus
plaire ;
On tel fut de l'amour lefuneftepouvoira
DE DECEMBRE.. 173
Que tume plûs peut - être avant de le
vouloir ;
Peut-être une Rivale , Objet de ta tendreffe
,
Fe voila quelque tems ma naiffante fois
bleffe ;
Et tes diftractions , ton trouble , ta lan
gueur ,
Paroiffoient prés de moy pour un autre
vainqueur ;
Et quand tu t'aperieus de mon extravagance
,
Funela partageas que par reconoiffance
Non cruel , non jamais tu ne ſçus bien
aimer ,
Tu n'étois que fenfible au plaifir de
charmer,
Foffris à tes defirs un Triomphe agréable :
J'aimois. C'en fut affex pour te paroître
aimable.
Eh pourquoy ! Pouvant plaire à mille
autres Objets ,
Vins-tu troubler mon coeur , en arracher
la paix ,
D'un Onele prévenu trahir la confiance,
Aux dépens de toy-même exciterfavangeance
;
Abufer lâchement de ma crédulité ,
Et nous facrifier tous deux par vanité.
Piij
174 LE MERCURE
Talens pernicieux ! Eſprit queje detefte
Prefent que m'avoit fait la colere celefte.
C'est par vous que l'amourféduisant ma.
raifon ,
Répandit dans mes fens fon funefte
poison.
Vain defir defçavoir , dangereufes Lectures:
Mon coeur ne s'eft rempli que de vos
impoftures ; -
J'en perdis l'Innocence , & bientôt ma:
pudeur ,
Fit place aux noirs tranfports d'une coupable
ardeur..
Digne fruit de tes foins , & de ton imprudence
,
Trop aveugle Fulbert , rends- moi mon
ignorance ;
Chaffe loin de ta Niece un Docteur
empefté ,
Qui va drejer un piége à sa fimplicité
;
Tu le crois occupé du deffein de m'inf
truire ;
Philofophe amoureux, il fonge à me
feduire.
Que dis-je ? Sa foibleffe a paffe dans
mon coeur ,
Ce Maître eft mon amant , ce Maître
eft mon vainqueur :
DE DECEMBRE
. 175
Mais je ne dois hélas , m'en préndre
qu'à moi même ,
Vains regrets , vain dépit , tout plait
dans ce qu'on aime :
Séduit par une ardeur pour lui pleine
3 d'appas,
Un coeur tendre fe livre , & ne rai-
Sonne pas ;
Le devoir veut en vain le tirer de fa
chaine >
Le feduiteur amour le fafcine & l'en-·
traine :
Tranquile
dans fes fers , & charmé
fous fes loix,
Ce coeur infortuné S'applaudit de fon
choix :
Infenfible à fes maux , il en craint le
reméde
Et nourit avec foin l'erreur qui le poffede
.
Au trifte portrait connoiffez , cher
> Ероих
Quels font les fentimens qu'Héloïfe a
pour vous :
J'aime à voir s'augmenter lefeu qui me
dévore ,
Je dévrois vous hair , hélas , je vous
adore !
Piiij
$76 LE MERCURE
Je ferme à la raison mon oreille &
mon coeur ,
Et je chéris en vous jusqu'à vôtre
rigueur.
Ne m'aimez plus, foyez infenfible , in
fidelle ;
Inposez- moi le joug d'une abſence éters
nelle ;
Condamnez mes tranfports : Reduifez
mon amour
Afe vaincre , ou du moins à fe cacher
au jour ;
Si ce n'eft pas affez , deffendez - moi
de rire .
J'obéis : Mais fouffrés qu'en fécret jė
foûpire.
Laiffez- moi parpitiémes craintes , mes
douleurs ,
Laiffez - moi vous donner des foupirs &
des pleurs ;
Vous n'y confentez-pas . Vôtre auftere.
Sageffe
Veut moins diffimuler, qu'étoufer mafoibleße
,
Je dois vous oublier fans feinte , sans
détour ,
Vous fermer dans mon coeur le plus foible
retour;
Imiter vôtre exemple ; & du Ciel pénetrée
DE DECEMBRE. 177
Remplir les faints devoirs , où je fuis
confacrée .
Immoler mon penchant à de plus nobles
feux' ;
Et faire de Dieu feul l'objet de tous
mes voeux .
Je dois n'aimer que lui , ne fonger qu'à
lui plaire ,
Par mes gemiffemens défarmer fa co
lere.
Foible Heloife ! En vain je fens que
je le doi
Mes coupables defirs s'échapent malgré
moi.
La raiſon veut regner , & parle enſouveraine
i
La foibleffe refifte , & triomphe fans
peine :
Toujours livrée au trouble , aux regrets »
au dépit
,
Cent fois en un moment mon coeur ſe :
contredit :
Je veux , je ne veux pas , j'befite , je
chancelle.
Quand la grace m'attire , Abailard
me rappelle ,
Et toûjours plus éprife aprés de vains :
efforts
C'est à vous , cher Epoux , que vont rouss
mes transports.
178 LE MERCURE
Soupirs impetueux , ceffés de vous contraindre
;
Eclatez mes fureurs . Je n'ai plus rien
à craindre.
L'Ingrat qui vous fait naître, a ceffé
de m'aimer >
Il me fuit , il me craint ... Mais puisje
l'en blâmer ?:
Ouy cruel !Ta vertume confond & m.accable
,
Coupable , je voudrois que tu fuffes con--
pable :
Quoi , Tu m'auras perdue , je poss
rai te voir
Triompherde ma peine , & de mon de-
Lespoir ?
Tranquile , t'applaudir de ton indiference
,
Et peut-être infulter à ma folle conftance
?
Je ne ferai pas feule en but à tant de
maux.
Je prétens à mon tour détruire ton
reposi
Te faire partager le trouble de mon
Ame ,
Et toutes les horreurs d'unefatalle flame:
Ne crois plus m'adoucir. Le fort en eſt
jetté
DE DECEMBRE. 179
Je ne puis trop punir ton infidelité.
Que n'est-il des tourmens pour vanger
mon injure ,
Qui puiffent égaler ma peine , & ton
parjure ?
Jépuiferois fur toi tout ce qu'ils ont
d'affreux
Foibles emportemens d'un amour malheureux
!*
Que vous me fervés mal ! Ma fureur
defarmée,
Respecte encor l'Ingrat dont mon ame eft
charmée :
Mon couroux contre lui , ne m'offre aucun
Secours ,
"
Et ce n'est plus qu'aux pleurs qu'Híloïfe
a recours..
Vivez , cher Abailard , fans allarmes
fans craintes ,
Et bravez de l'amour les frivoles atteintes
..
Goutez d'unfaint repos l'éternelle don
ceur
Maître de vos defirs , regnez für vô
tre coeur..
Du Dien que vous fervez foûtenezla
quérelle ;
Signalez pour fon nom ,
l'ardeur de vôi
tre.zele ::
180 LE MERCURE
Formez lui des Elûs
1
fur nous,
* qui fe réglant
Mettent dans fon amour leur bonheur
le plus doux.
Si mon falut vous touche , &fi je vous
fuis chere ,
Achevez d'affermir la raison qui m'éclaire..
Je sens que la vertu vent reprendre fes
droits
Aidez une ame foible à pratiquer fes
loix.
De fes égaremens mon esprit fe dégage
;
Mais votre idée encore affoiblit mon
courage.
Divin attrait des cours ! Charme victorieux
!
Grace adorable , enfin tu deffilles mes
yeux
Tu verfes dans mon fein laforce & l'a
lumiére,
A l'amour de mon Dien tu me rends
toute entiéres
Tu me fais retrouver l'innocence & la
Paix ;
Tu captives mes fens , &remplis mes
fouhaits.
Seigneur , c'eft ta bonté, c'eft tamain
Lecourable ,
DE DECEMBRE. 181
Qui ferme fous mes pas cet abîme effroyable:
Sans toi , je m'y plongeois ; déja même
L'erreur
A l'endurciffement avoit livré mon
coeur.
J'étois fourde à ta voix , & bravant
ta colere ,
J'étoufois du remords le trouble falu
taire.
Mon aveugle fureur m'occupoit nuit &
jour ,
Et je ne connoiffois d'autre Dieu que
l'amour:
Mais , qui peut avec toi balancer la
victoire
Nos forfaits les plus grands font écla
ter ta gloire.
Et le coeur le plus dur , quand tu veux
l'attendrir ,
A tes impreffions , lui- même vient´s’offrir.
Le mot de la premiere Enigme du
Mercure d'Octobre, êtoit la Quenoüille
, & non , le Miroir.
Le mot de la premiere du mois de
182
LE MERCURE
Novembre , eft l'Oublieux , & celui de
la feconde , la Mufique.
ENIGM E.
E nais de plus d'une façon :
Tan-tôt d'un frere furibon ;
Tan-tôt
par de petites meres »,
Et frétillantes , & légeres ,
Qu'enfante avec effort
Une trop roffe mere ,
Qu'un pere brun maltraite fort ::
Deux meres quelquefois , me produifent
fans pere ;
Quoi qu'elles foient fort mal d'acort.
Dans les champs , quelquefois je me
promene en folle,
Et dans la Vitle par ma mort .
Par-fois j'atrifte ouje confole.
AUTRE,
DE MONSIEUR LAUVIN.
P
Our mieux tromper les gens , j'em
prunte la figure
DesPrinces & des Empereurs :
DE DECEMBRE :
183
Auffi, fuis-je fouvent la fource des malheurs
,
De ceux qui m'ont reçeu, fans fçavoir
ma nature .
Je fuis pour l'ordinaire, affezcommune
en France ;
Mais pour mieux deguifer mon fcelérat
employ ,
je benis le Seigneur , j'implore pour le
Roy
La divine affiftance.
Enfin, dés que j'ai reçen l'être ,
Mes défauts font cachez , on m'aime
infiniment ;
Mais quand on vient à les connoitre,
Je fuis hai de tous , & retourne au
néant⚫
Si vous me connoiffez , vous fçavez bien
Lecteurs
Que je caufe toûjours la perte de mon
Pere :
Ainfi, n'hazardez pas de me donner des
Soëurs
De peur de recevoir un ſemblable ſalaire
184 LE MERCURE
338X8X8X8
Q
CHANSON.
Ve l'on gronde
Qu'on critique & fronde ;
Je m'en moquerai ,
J'aimerai
Je boirai
>
Tant que je pourai.
C'est fageffe ,
Di-t-on tous les jours
D'éviter la tendreffe :
Mais tout au rebours ;
(bis)
N'eft- ce pas fotife on foibleffe ?
Que de n'avoir par toûjours
Au prompt fecours ;
Que contre la trifteffe
Offrent fans ceffe
recours
Le Vin , les Jeux , les Amours,
Que l'on
gronde ,
Qu'on critique & frondes
Je m'en moquerai,
J'aimerai ,.
Je boirai
Tant queje vivrai. ( bis
Nargue des faveurs
Que nous promet lafortune ;
Puifque
DE DECEMBRE. 185
Puifque les honneurs
Changent les moeurs :
Evitons de pareils féducteurs.
-L'Eclat m'importune ;
Amis , un paifible bonheur
Eft pour un Buveur ;
Et les plus fenfibles douceurs
Pour les tendres coeurs.
Nous nous contentames le mois dernier
d'annoncer la mort de M. Santerre.
Depuis ce tems- là , un de fes Amis particuliers,
curieux d'ailleurs , bon connoiffeur
, m'a communiquécet Eloge, dont je
crois que la lecture fatisfera le Public.
JOURNAL DE PARIS.
Ban Baptifte Santerre naquit d'ho
nêtes Parens à Magni , près de Pontoife
, au mois de Mars de l'année ISSIO
Il perdit fon pere & fa mere dés fa
plus tendre enfance . I hérita d'eux
avec un peu de bien , beaucoup de
candeur & de probité .
.
Ses autres Parens incertains de la
profeffion dans laquelle ils engageroient
cet enfant , fe déterminérent
par le penchant de l'enfant même.
Q
185 LE MERCURE
Ils furent en cela plus faciles & plus
fages que les Parens ordinaires , qui
bornant opiniatrément leur vûë à l'état
où ils fe trouvent , contrarient &
étouffent fouvent dans leurs enfans ,
les difpofitions les plus hûreufes &
les talens les plus marquez . L'ardeur
& le goût que celui - ci montroit pour
le deffin , fit prendre le parti de le
livrer à la Peinture , & de l'amener à
Paris .
M. Santerre eft peut - être l'exemple
le plus fenfible , de ce que peut la feule
Nature en un Sujet qu'elle favoriſe.
Dans l'âge , & au centre des diffipations
, abandonné à lui-même , il ne
palla pas un jour fans faire quelque
êtude quieût raport à fon Art.
Malgré la modeftie & la docilité qui
le caractérifoient ec tous les Eléves,
´il ne put jamais s'empêcher de cher- .
cher la perfection de la Peinture , pardes
routes oppofées à celles qui lui
eltoient indiquées , & qui estoient fuivies
par fes Maîtres . Ils l'en reprenoient
fouvent ; on ne peut les en blamer : Ils
n'eftoient pas obligez de fçavoir , que
la Nature elle - même conduifoit ces.
Eléve pas à pas..
DE DECEMBRE. 187
Le jeune Santerre comprit de bonneheure
, que la feule Nature eftoit un
guide infaillible , & il réfolut de ne
s'attacher qu'à elle .
Il eft vrai, que par une grande méfiance
de foi-même ( qualité néceffaire
& peu commune à fon âge ) il quitta
quelquefois la route ordinaire, & chercha
à imiter les Maîtres les plus eftimés
de fon tems ; mais , il ne tarda gué
res à reconnoitre fon erreur. Averti
par deux perfonnes diftinguées
qui frapées de fes premiers fuccez
lui confeillérent alors de perdre de vûë
tous les Maîtres & de fuivre la feule
Nature , il fe livra à elle fans retour ;
il ne difcontinua plus de la chercher ,
& l'imita fidélement jufqu'au tombeau
.
L'événement juftifia fon choix : Sa
maniere de peindre fut fi différente de
celle de tous les Maîtres connus ,
qu'un jour , Monfeigneur le Régent ,
Prince auffi eftimable par fon grand
goût pour les Sciences & les Arts , que
refpectable par fon Augufle Naiffance
* M. le Marquis de Villarfean &
M. Defpreaux
1
185 LEMERCURE
ayant demandé à M. Santerre , & ayant
appris de lui , quels avoient efté les
Maîtres ; il lui fit l'honneur de lui répondre
: Vous avez bien fait de me.
les nommer ; car je ne les aurois jamais
devinez .
Ce grand Prince l'honoroit de fon
eitime : Il lui en a donné de fréquens témoignages
, il a eu la bonté de venir le
voir travailler plufieurs fois chez lui ;
depuis même que le poids de la
Régence lui laiffe fi peu de moments
libres. Un Suffrage fi éclairé fait feul
Féloge de M. Santerre Le Public
connoiffeur ne m'en défavoüera pas.
Ainfi , moins pour la gloire de cet
illuftre Peintre , que pour la fatisfa
&tion de ceux qui , comme lui , cherchent
le vrai , j'expoferai quelques
principes,& quelques maximes, dont il
a fouvent dit qu'il s'êtoit bien trouvé.J'y
joindrai quelques faits & quelques remarques,
qui acheveront fon caractére .
M. Santerre fit de bonne- heure des
études profondes fur l'Anatomie . Il
fe trouvoit fréquemment aux diffetions
; il en faifoit fouvent chez lui ;
& en parlant de cette Science , il difeit
que dans fon Art, il en fall favoir
DE DECEMBRE: 189
beaucoup , pour en laiffer voir un peu..
Son Principe, pour éviter d'eftre maniéré,
altoit d'imiter en tout la feuleNa--
ture ; parce que la Nature ne fe répétant
prefque jamais , & variant à l'infini
,le Peintre qui ne cherche qu'elle ,,
varie comme elle.
Il difoit fouvent , qu'il avoit apris ce
qu'il fçavoit , avec deux fortes de perfonnes
: La Méchanique de fon Art
dans les Académies & chez les Maitres;
tout le refte, avec les gens d'efprit .
C'est peut-être au commerce de ces
derniers qu'il doit ces penfées & ces
expreffions fines que l'on voit dans fes
Tableaux d'idée , & l'art de porter
ces fineffes de penfées & d'expreffions
jufques dans les Portraits .
Raportant tout la feule Nature
qu'il étudioit fans rélache , il trouvoit
des défauts dans l'antique même , &
dans les plus grands Peintres d'Italie ,
qu'il n'imitoit pas en tout : Il trouvoit
auffi des beautés dans les Modernes &
dans fes Contemporains. Il n'eftimoir
pas outrément les uns ; il rendoit justice
aux autres .
Quand les Connoiffeurs ou fes
Amis le follicitoient de fe faire une
190 LE MERCURE
1
maniére plus expéditive , & de ne pas
fondre fi parfaitement fes ouvrages ;
il leur répondoit deux chofes : La
premiére ; mes ouvrages , il eft vrai ,
font fondus avec un grand foin ; mais
la Nature l'eft encore davantage , &
je cherche à l'imiter : La feconde ; les
meilleurs Tableaux de Raphaél , du
Corege, du Titien & des autres grands
Maîtres font du moins auffi fondus
que les miens . Ainfi , la Nature m'ordonne
, & les exemples des grands
Maîtres me perfuadent de continuer ,..
comme j'ai commencé.
Il n'eft point de foins qu'il ne fe
foit donnés , pour rendre fes ouvrages -
durables , & pour ainfi dire , inaltera
bles : Il obfervoit jufqu'aux enfeignes
des boutiques ; il y remarquoit les couleurs
que le tems & le grand air detruifent
, & celles qu'ils laiffent dans
leur force. Enfin , aprés de mûres réflexions
fur cette partie de fon Art ,
il s'êtoit fait une regle , de n'employer
que des Terres au nombre de 4 ou 5 ,
dont le mélange lui fourniffoit toutes
fes reintes. Comme ces Terres font
fortes & entiéres , le mélange & lunion
en êtoit difficile ; il en venoir à
DE DECEMBRE.
19
boût par une longue patience ; il repeignoit
jufqu'à trois & quatre fois la
même choſe ; & fans le fecours des
laques & des ftils de grain dont il ne
fe fervoit prefque jamais , parce que
le tems les altere ,la patience fecondée
d'un grand jugement donnoit à
fes ouvrages le fondu , la fraicheur ,
& l'union que l'on y remarque. Cette
maniéré lui a fi bien reuffi que l'on
voit de lui des Portraits peints , il y a
vingt , ,trente , & quarante années,
prefque auffi frais que le premier jour .
L'empreffement que le Public avoit
pour les Ouvrages de ce Peintre célébre
, & le prix qu'il y mettoit , n'ont
jamais diminué fa modeſtle , je dirai
même fa timidité : Elle paroiffoit par
tout , excepté dans fes Ouvrages.
Cette difpofition de l'Ame • qu'on
regarde comme une foibleffe , il la
chérifloit & fe la croyoit néceffaire :
Ma timidité , difoit il , m'empefche de
trop préfumer de mes forces , fur les
applaudiſſemens dont le Public m'honore.
Parce que je fuis timide , je veille .
& j'eftudie toûjours , & je me dis fouvent
à moi-mefme , que pour mériter:
une folide réputation , il faut toujours.
•
A
192 LE MERCURE
ignorer qu'elle eft acquife.
•
Par tout ce qui précéde , on comprendra
quel eftoit le caractére de M.-
Santerre. Je me contenterai d'ajouter
ici , pour en donner une idée plus
complete qu'un extérieur fimple
& naturel , eftoit toûjours chez lui
une marque certaine du fonds de fon
Ame. Qui jamais en effet le trouva
différent de ce qu'il paroiffoit eftre ?:
Sa converfation eftoit remplie de fertimens
d'honneur , d'équité , & de mc--
dération. Il aimoit la réputation & la
gloire ; c'eft pour elle feule qu'il a
travaillé toute fa vie , avec tant de .
foins & de peines. Jamais l'intereft nefui
a fait paffer la moindre faute dans
fes Ouvrages , ni emprunter la main
d'autrui , pour hâter fon gain . Il aimoit
le Public , il aimoit ceux qui
travaillent à lui plaire. Senfible à l'a .
mitié , il préféroit le plaifir de travailler
pour fes amis , aux avantages qui
lui eftoient offerts tous les jours par les
Grands & par les Riches. Et pour exprimer
en deux mots , le mérite du Peintre
& celui de l'homme fociable ; if
avoit des Envieux , mais il n'eut jamais
un Ennemi..
Un
DE DECEMBRE. 193
Un caractére fi fage & fi raiſonnable,
ne pouvoit pas fe démentir dans
l'occafion la plus importante. Apeine
fe crut-il menacé de la mort , qu'il remplît
avec une grande préfence d'efprit ,
tous les devoirs d'un bon Chrêtien ; &
aprés une maladie de fept jours , il
mourut enfin , pleuré de fes amis &.
regretté de tout le monde , le 21 de
Novembre , aux Galleries du Louvre ,
où le Roy lui avoit donné un logement
avec une penſion.
Ses principaux Ouvrages , font détaillés
dans le Dictionaire de Morery
de la derniere édition . Il a fait depuis,
entre autres Tableaux , & fuivant
l'ordre des tems , le Portrait de S.
A. S. Mlle de Clermont : Un Tableau
de huit ou neuf pieds de hauteur , réprefentant
les cinq fens , fous les Pottraits
de M. Périchon Notaire , de fa
Femme , & de leurs trois Enfans , to s
cinq de grandeur naturelle & en pie ".
Le Portrait de Mer le Régent auffi
enpied , & grand comme Nature , a .
compagné d'une Minerve & des autributs
de la Régence. Enfin, il a fini peu
de jours avant fa mort , un Tableau e
fept pieds de haut , réprefentant Adam
Décembre 1717. R
194 LE MERCURE
& Eve au Paradis Terreftre , avec un
grand Païfage , & quelques Animaux.
M. Santerre a fouvent dit › que dans
aucun de fes Ouvrages , il n'avoit
pouffé fi loin , felon lui , l'élegance &
la correction du deffin , la finelle de
l'expreffion , & la verité du coloris .
C'eſt par ces côtés qu'il le regardoit,
comme fon chef- d'oeuvre ; le Public
paroît confirmer de jugement , & la
Pofterité en dira peut- être davantage.
Comme il s'étoit répandu depuis
quelques jours dans cette Capitale ,
plufieurs Exemplaires d'un Ecrit qui
a pour Titre : Acte d'Appel de S. E.
M. le Cardinalde Noailles Archevêque
de Paris du 3 Avril 1717 , au Pape
mieux confeillé , & au futur Concile
Général , de la Conftitution de N. S. P.
le Pape Clément XI. du 8 Septembre
1717 , imprimé fans l'aveu & la parsicipation
de ce Prélat. Le Parlement s'affembla
le premier de ce mois & la Cour
faifant droit fur les Conclufions du
Procureur Général du Roy , ordonna
que les Exemplaires dudit Imprimé ,
feroient & demeureroient fupprimez ,
a fait deffenfes à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs & autres , d'en
DE DECORE. 196
-imprimer , vendre , débiter , ou autrement
diftribuer , fous les peines portées
par la Déclaration du 7 Octobre denier
, qui fufpend toutes les Difputes
& les Conteftations formées dans le
Royaume , à l'occafion de la derniere
Conſtitution du Pape .
Madame la Princeffe de Soubize
eft accouchée d'un garçon
Mademoiſelle de Duras , qui a époufé
M le Comte d'Egmont , prit le
29 du mois paffé , le Tabouret, pour la
premiere fois chez le Roy .
Le 2 , Madame permit à Me la
Ducheffe d'Aremberg , qui eft depuis
quelques tems à Paris , de l'aller voir.
Elle a anffi trouvé bon , que Mde la
Comteffè de Kinigfek Epoule de l'Am-
: baffadeur de l'Empereur , ût le même
honneur ; mais , comme ce Seigneur
n'a pas fait fon Entrée publique ,
cetre Dame ne peut pas encore être
reçûë en cérémonie.
Le 3 , on ût des nouvelles certaines
que la fanté du Roy d'Eſpagne fe rétabliffoit
de jour, en jour.
Le même jour , le Parlement fir
brûler par la main du Boureau, un Ecrit
imprimé à 2 colonnes : L'une conté
Rij
196 LE MERCURE
nant la Déclaration du Roy du 7 0-
tobre dernier , & l'autre , une Tra
duction en françois du Type de l'Em
pereur Conftant , qui deffend toutes les
difputes , conteftations & différens formés
dans fon Empire à l'occafion de la
Queſtion* d'une ou de deux volontés en
J. C. Au bas de cet Ecrit,fe trouve une
autre Traduction , intitulée : Le jugement
du Concile de Latran , fur le Type.
On reconnoit aifément , à la vûë de
ce Libelle , quelle a êté l'intention de
ceux qui l'ont répandu dans le Public ;
puifque le Parallele qu'ils font duType
de l'Empereur Conftant & de la Déclaration
du Roy , fait affez entendre ,
que comme le Concile de Latran a condamné
l'un , ils portent le même jugement
fur l'autre : De forte que fuivant
leur opinion , la derniére Déclaration
du Roy porte le caractére d'une Loy
injufte , laquelle ne doit point avoir
d'exécution . Comme cet efprit de
Critique , & en même tems de révolte
, eft un attentat contre l'Autorité
* Héréfie des Monothélites , qui fu
rent ainfi appellez ; parce qu'ils n'admettoient
qu'uneseule volonté en en]. C.
DE DECEMBRE. 197
Royale , la Cour ne pouvoit févir trop
rigoureufement contre un pareil Ecrit
& contre fon Auteur .
Le
Le4 ,les Etats d'Artois affemblez à Arras
, accordérent àS.M. d'un confentement
unanime , le don gratuit ordinaire .
5 , M. de Paris- Fontaine Ayde-
Major Général unique des Gardes du
Corps , fut gratifié par S. M. de la
Brigade -Lieutenance de feu M. de la
Boulaye
Madame Ducheffe de Berry , tine
Toilette , à laquelle fe trouvérent tous
les Miniftres Errangers , avec un grand
nombre de Courtifans.
On fut informé à la Cour , que M.
le Marquis d'Alincourt petit - fils de M.
le Maréchal de Villeroy , s'êtoit rendu
d'Allemagne à Venife , où il arriva le
12 Novembre ; aprés un féjour de
dix jours , il en eft parti pour Rome.
Le 7 , M. l'Abbé Dubois qui, par
ordre de la Cour , êtoit paffé à Londres
depuis quelques femaines , arriva ici
le 7 Décembre , pour rendre compte
à S. A. R. de fa Commiffion ; il deyoit
retourner dans peu .
y
M. de laBellarderie ancien Exempt ,
& Ayde-Major de la Compagnie de
Riij
198 LE MERCURE
Charôt , eft monté à l'Aide- Majorité
de Paris- Fontaine, à condition qu'on
ne le fépareroit pas de fes Camarades,
avec lefquels il avoit coûtume de fervir
M les Aydes- Majors feront le
fervice pour lui , quand il ne poura pas
s'y trouver.
Mgr le Duc s'eft abfenté des Confeils
, Samedy , Dimanche & Lundy ,
à caufe de la petite vérole de Malle de
Charolois , dont cette belle Princeffe
a êté attaquée ; on eſpére qu'elle n'en
fera point marquée.
Depuis que Mer le Duc eft Grand-
Maître des Miniéres de France , on
s'empreffe à lui envoyer plufieurs effais
de Mines d'or & d'argent , tirées des
différentes parties du Royaume ; dans
l'efpérance que ce Prince contribuëra
de tout fon pouvoir , à faire des épreuves
qui puiffent être avantageufes à
l'Etat .
Un Particulier a compofé un nouveau
métal , qui approche tellement de l'argent
, qu'il en a le poids , la couleur &
la dureté. L'Inventeur en follicite le
Privilége , & s'engage de le donner à
so fols la livre ; mais , on ne doute pas
que les Orfèvres & les Poitiers d'étain
DE DECEMBRE. 199
ne s'y oppofent pour empêcher qu'on
ne le mette en oeuvre .
M. le Comte de Clermont paroît
préfentement à la Cour en habit
´d Abbé .
Le 10 , il parut une Ordonnance du
Roy , portant réglement au fujet des
départemens du Confeil des Finances .
Elle est énoncée , comme il s'enfuit . "
→
A MAJESTE, par l'Article dernier
de fon Ordonnance du 14 .
Novembre 1715. fervant de Réglement
pour le Confeil de Finances
ayant ordonné que Monfieur le Duc
d'Orleans fon Oncle Regent , auroit
la faculté de changer tous les ans
ainfi qu'il jugeroit à propos , les Departemens
des membres dudit Confeil
: Eftant d'ailleurs convenable , de
former des Departemens pour les perfonnes
qui y ont efté appellées de.
puis ledit jour 14. Novembre 1715 .
& de faire une nouvelle diftribution,
à ceux qui eftoient chargez de dif
ferentes affaires qui ne fubfiftent plus ;
afin qu'ils puiffent tous travailler pour
le bien de l'Eftat. SA MAJESTE'
s'eftant fait reprefenter ladite Ordonnance
& celle du 24. Novembre
200 LE MERCURE
dernier , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a Ordonné & Ordonne
que les Departemens particuliers
dudit Confeil , feront reglez à
l'avenir de la maniere fuivante.
LE REGENT , en qualité d'Ordonnateur
, aura feul la Signature de
toures les Ordonnances concernant
les Dépenfès comptables & les Comptans
; tant pour Dépenfes fecrettes ,
Remifes , Interests , qu'autres de toute
nature , ainfi & de la même maniere
que faifoit le feu Roy , conformément
a la Declaration du 23. Septembre
1-715.
,'
LB REGENT aura pareillement
le Trefor Royal & les Parties Cafuelles
fuivant qu'il eft porté par
l'Ordonnance, fervant de Reglement
pour le Confeil de Finances du 14 .
Novembre 1715. & il a commis le
Sr. LE COUSTURIER , pour tenir
feul fous fes ordres , les Regiftres du
Roy , luy rendre compte directement
des Placets qui feront préfentez , pour
demander des Payemens ; Enfemble
pour expédier les Eftats de diftribution
& ordres neceffaires.
LADITE Ordonnance du 14.
:
DE DECEMBRE. 201
Novembre 1715. fervant de Reglement
pour ledit Confeil de Finances ,
fera executée fuivant fa forme & teen
ce qui concerne le Chef dudit
Confeil , le Prefident & le Vice-
Prefident .
neur ,
A l'égard des Départemens.
LE ST. DUC DE LA FORCE Vice-
Prefident , aura les Eftats des Finan--
ces des Généralitez de Toulouſe &
Montpellier , & ceux des Provinces
de Bretagne , Bourgogne , Artois .,
Bearn , Bigorre & Navarre , & les
Cahiers des Eftats defdites Provinces.
LE ST. AMELOT aura Entrée ,
Séance & Voix deliberative audit Confeil
, tant par rapport aux affaires .
du Commerce , qu'aux differens Bu-:
reaux des Finances dont il eft chargé.
LE Sr. LE PELLETIER DESFORTS
aura les Domaines , les Eftats des
Domaines , la Capitation , les Impofitions
des Provinces de Flandres
& de Franche Comté , les Eftats des.
Finances de Provence , & le Cahier
de l'Affemblée des Communautéz
dudit Pays.
LE Sr. ROULLIE' DU COUDRAY aura
202 LE MERCURE
•
l'infpection du Controlle des Quittances
du Tréfor Royal , des Parties
Cafuelles , & autres dependantes du
Controlle General des Finances ; les
Rentes , les grandes & petites Gabelles
, les Etats des Fermes , & les
Cinq Groffes Fermes .
>
LE Sr. LE PELLETIER DE LA
HOUSSAYE aura le Clergé , les
Monnoyes , les Impofitions d'Alface
& de Metz , les Fonds & Eftats au
vray de l'Extraordinaire des Guerres ,
Pain de Munition , Vivres , Artillerie,
des Baftimens & Maifons Royales ,
& de la Marine du Levant & du
Ponant.
LE Sr. FAGON aura les Eaux & Forefts
, les Eftats des Bois , les Chambres
des Compres du Royaume , les
debets & toute autre nature de deniers
& revenans- bons , à la pourfuite & diligence
du Controlleur des Reftes &
autres.
LE Sr. D'ORMESSON aura la Ferme
du Tabac , la Ferme des Poudres
& Salpêtres , les Eftats au vray des
Comptes à rendre du Dixième.
LE Sr. GILBERT DE VOYSINS aura
les Generalitez des Pays d'Elections ,
DE DECEMBRE. 204
pour la Taille , le Taillon , & les
Eftats des Finances defdites Généralitez
.
LE Sr. DE GAUMONT aura les Aydes
& Papier timbré , les Otroys
des Villes & dettes des Communautez .
LE ST . DE BAUDRY aura tous les
Eftats de dépenfe de la Maifon de Sa
Majefté , les Penfions , les Eftats de
dépenfes des Maifons de Madame lat
Ducheffe de Berry , de Madame , du
Regent , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans ; les Ponts & Chauffées
Turcies & levées , Barrage & Pavé
de Paris : En ce qui eft de Finance ,
les petites Chancelleries , les Ligues
Suilles .
Le St Dodun aura les Parlemens &
Cours Superieures , la Ferme des Greffes
, Amortiffemens , Franc - Fiefs &
nouveaux Acquets , celle du Contrôlle
& des Infinuations , la Ferme des
Huiles & les Etapes .
Le St de Fourqueux aura le Domaine
d'Occident , le Grand'Confeil , les
Bureaux des Finances.
Il fera établi un Bureau chez le Sr
Amelot Confeiller d'Etat , auquel affilteront
les Srs le Pelletier Desforts ,
>
234 LE MERCURE
•
de la Houffaye Confeillers d'Etat , les
Srs d'Ormeffon , Gilbert de Voyfins &
de Gaumont Maiftres des Requeſtes ;
pour travailler à l'Exécution de l'Art.
IX de l'Edit du mois d'Aouft dernier,
concernant toutes les différentes parties
employées dans tous les Etats qui
s'arrêtent au Confeil.
Il fera pareillement tenu un Bureau
chez le Sr Roüillé du Coudray , auquel
affifteront les Srs Fagon Confeiller
d'Etat , de Baudry , Dodun & de
Fourqueux ; pour travailler en exécution
de l'Article X dudit Etat du mois .
d'Aouft dernier , à dreffer un Etat Général
diftingué par Chapitres de toutes
les Finances des Offices & Droits fupprimez
; afin de pourvoir au payement
des interefts defdites Finances , & au
Remboursement des Capitaux.
Les Traitez ou Négociations , qui
auront paffé par les mains de ceux du
Confeil qui ont des Départemens Particuliers
, feront toujours propofez &
rédigez de concert avec les Chef &
Préfident dudit Confeil , qui recevront
les ordres du Régent,fur ce qui devra
eftre propofé audit Confeil ; & lorfqu'il
s'agira d'écrire des Lettres , &
DEDECEMBRE . 205
de donner ou d'envoyer des ordres
concernant les affaires générales , lefdites
Lettres feront écrites , & les ordres
fignez & envoyez par le Chef
ou par le Préſident dudit Confeil .
LES Fonctions qui appartiennent aux
Chef & Prefident dudit Confeil , fuivant
le préfent Reglement , & l'Ordonnance
du 14. Novembre 17 15.feront
exercées par le Vice- Prefident ,
en cas d'abſence ou maladie des Chef
& Prefident , qui ne leur permettront
pas d'y vacquer ; ce qui aura lieu
pareillement pour l'ancien dudit Confeil
en cas d'abſence , maladie ou empefchement
dudit Vice Preſident .
ORDON NE au furplus Sa Majefté,
que ladite Ordonnance , en forme de
Reglement du 14. Novembre 1715.
feraExecutée fe'on fa forme & teneur,
en tout ce qui n'eft point contraire au
prefent Reglement.
.
On a publié enLorraine , une Bulle
du Pape , par laquelle le S. P. accorde
à S. A. R. la permiffion de lever pendant
3 ans , le vingtiéme denier , fur les
revenus des biens Eccléfiaftiques de
fes Etats , même fur le cafuel des Carez
; en confidération des dépenses
-206
LE MERCURE
que ce Prince fait pour fecourir l'Empire
contre les Infidèles . Les particu-
Iters , dont lesBénéfices font fitués dans
le Barois , principalement ceux de
Ligni qui font du reffort de Paris , fe
difpofent d'appeller comme d'abus , à
ce dernier Tribunal , d'une Bulle qui
n'y a pas êté enregistrée .
Le onze , on publia une Ordonnance
de S. M. , qui deffend expreffément
à toutes perfonnes , de quelque qualité
& condition qu'elle foit , de tenir aucune
afféniblée de Jeux , même dans
les Maifons qui ont pour Infcription .
fur les Portes , les noms des Princes &
Princeffes du Sang Royal . Cette Ordonnance
à û un tel effet , que le lendemain
toutes les Académies de Jeux
ont êté fermées , perfonne n'ayant ofé
y contrevenir.
On a remarqué que M. le Prince
de Cellemaré Ambaffadeur d'Espagne,
n'a jamais voulu permettre qu'on fe
fervit de fon nom ni de fon droit ,
pour ces fortes d'Affemblées Les Fêtes
cependant , n'en ont pas êté moins fréquentes
dans fon Hôtel , où tout s'eft
toûjours paffé avec la derniére magnificence
.
DE DECEMBRE 207
Le 14 , Mst le Duc Regent fe fit
appliquer une feconde fois fur fon oeil ,
le remede Topique de M. Mouffart .
Le même jour , M. le Cardinal de
Rohan arriva ici de Strasbourg par
ordre de la Cour. Le16 , cette Eminence
alla voir Mer le Duc Régent ; & le
lendemain, M. le Cardinal de Noailles .
Le 18 , le Cardinal Archevêque alla
rendre fa vifire à M. de Strasbourg.
Ces deux Eminences paroiffent fort
contentes l'une de l'autre .
Le 15 au matin , on trouva M.
l'Abbé de Bonneuil affaffiné dans fon
Appartement avec fon Valet . Sur le
rapport des Chirurgiens , on a reconnu
qu'ils avoient û latête écrafée à coups
de bâtons de cotret , que les Auteurs
de ce meurtre avoient laiffés dans la
Chambre teins de leur fang ; & que le
Domestique avoit êté tué entre dix &
onze du foir , plus d'une heure avant
fon Maître . Comme l'Abbé étoit allé
fouper en Ville & qu'il ne rentroit ordinairement
que fort tard ils crurentqu'ils
auroient tout le temsde foüillerpar tout ,
& de faire leur main , avant fon retour ;
mais êtant revenu fur le minuit ,
beaucoup plûtôt qu'ils ne l'attendoient
>
208 LE MERCURE
avec fes Porteurs qu'il renvoya malhûreufement
, fans les faire monter
avec lui ; ces Scélérats ne fçachant
comment s'échaper, fans être apperçus
ou rencontrés , piirent fur le champ , le
parti de lui faire éprouver le même
fort qu'à fon Laquais ; ce qu'ils exécutérent
auffi facilement . Ce qui paroît
fort étonnant , c'eſt qu'on ait ôté la vie
à deux hommes ,fans que les Locataires
de la Maifon qui êtoient au deffus ,
au deffous, & à côté de l'endroit où cerse
action Tragique s'eft paffée , n'ayent
rien entendu de tous ces mouvemens.
Outre les coups fur la tête , dont ces
victimes infortunées ont êté affommées
, on a encore remarqué cinq bieflures
poftiches dans le corps du Maître , &
fept dans celui du Valet , faites felon
toutes les apparences , avec un gros
ftilet ; mais on prétend , que ni l'un ,
ny l'autre n'avoit déja plus de vie ,
lorfqu'on leur a porté ces nouveaux
coups ; & que ces Affaffin ; n'en ont
ufé ainfi , que pour mieux s'affûrer de
leur mort. Car , pour l'épée du Valet ,
& un couteau de chaffe du Maître , qui
êtoient auprés des deux cadavres , il n'y
a prefque pointde doute qu'ils n'y ayent
efté
DE DECEMBRE. 209
été mis exprés , pour faire croire qu'ils
s'êtoient battus enfemble . Quoique
M. Mariet Commiffaire , ait trouvé fur
l'Abbé , cinq louis neufs & deux loüis
vieux , fans compter un baffin à barbe
avec l'étuy à favonnere d'argent, il n'y a
prefque point de doute qu'on n'ait enle
vé quelque fomme confidérable.
Le 15 , Madame alla dîner à l'Abbaye
de Chelles , pour y voir Mademoifelle
, qui continue toûjours avec
ferveur fon Noviciar.
"
t
Le 17 , les Comédiens ordinaires da
Roy repréfentérent pour la premiere
fois fur leur Théatre , une Piéce en 3
Actes , en Vers , intitulée : La Métamorphofe
des Dieux , ou les Dieux
Comédiens . Elle eft de la compofition
du fieur Dancourt , & la Mufique des
Intermédes , de M. Mourer.
Le fond ou fujet de la Fable , n'eſt
autre que Jupiter , qui galand , à fon
ordinaire , defcend du Ciel pour cul
tiver , ou plûtôt pour féduire le coeur
d'une jeune Bergere , nommée Corine ,
dont il et éperduement amoureux . Il
amène à fuire les Divinitez , qui peuvent:
contribuer aux plaifirs de fa nonvelle:
Maiwelfactes qu
LE MERCURE
-
Bachus , Faunus &c. Le Maître des
Dieux à qui les déguifemens coutoient
fi peu fe traveftit en Homme d'affaires :
Par malheur pour lui , fa Maîtreffe
n'êtoit point du fiécle , & fon goût n'êtoit
point à la mode. Elle aime un
fimple Berger ; fon nom eft Philene ,
dont le coeur naïf & tendre lui tient
hieu de tout & fair fa félicité . Jupiter
joüoitd'un grand malheur ;car ,peut-être
cette fille eftoit- elle un Phénix unique
en fon efpéce. La fatalité de l'amour
du Dieu ne finit pas là ; Junon eft avertie
de la fortie galante de fon perfide
Epoux Pour la traverfer , elle
prend à fon tour, la figure de la Tante
de la Bergere ; & fous ce déguifement
confeille à ce coeur innocent , de fe referver
tout entiere à fon Perger , & de
tenir ferme contre la fortune & les préfens
du Dieu Partifan. Junon revole
aux Cieux Aprés ceeetite fupercherie
qui fortifie la petite fille dans
fes projets de conftance , la vraie Tante
paroit on la reconnoit par le relâchement
de fa Morale auprès de fa niéce .
Ce relâchement eft d'ufage : M. Dancourt
a faifi le vrai des moeurs de pareilles
Tutrices. Il feroit à fouhaiter
DE DECEMBRE. 211
que les images de ce vrai , n'emportaffent
pas avec elle certain caractére
trop peu ménagé qui en diminuë le
prix. On ne peut critiquer l'Auteur
que fur le choix de fon vrai , non fur
Fexpofition qu'il en a donné , qui n'eſt
que trop en ufage . Jupiter , qui en bon
mary, craint le reffentiment de fa femme
, & qu'elle ne foit affés magicienne ,
pour lui enlever la Corine , charge
Bachus d'un Anneau conftellé, pour en
faire préfent à fa Maîtreffe. Après
bien des façons , elle l'accepte , ayant
reconnu par expérience qu'il avoit la
vertu de rendre invifible quiconque
le porteroit au doigt. La jeune fille fe
fert de la bague contre le Dieu même.
Bien plus , elle fe fouftrait & fait
fouftraire Philéne par fa lumiére magique
aux yeux des Argus qu'il avoit
placé auprés d'elle ; à plus forte taifən
de la Tante moyénenfe , & par fon fecours,
elle a le plaifir de fe livrer à fon
Amant. Jupiter s'emporte contre les
Amours qui l'avoient fi mal fervi : Il·les
accufe du mauvais fuccés de fon in
trigue . Effectivement , ces Dieux fri
Pons s'êtoient piêtez aux deffeins ja
Joux de Junon. Le Maître du Tonnerre
Sij
212
LE MERCURE
voulant s'en vanger , les condamne
dans fa colere, à mourir comme les autres
homines ; & pour rendre fon Arrêt
irrévocable , il en jure par les eaux du
Stix . Devenu plux doux enfuite , par
un nouvel attachement & par les priéres
de Vénus , il adhère à l'adouciffement
que l'Inconftance lui propofe de
mettre à l'effet de fon ferment, qui eft,
que , puifqu'il ne peut plus empêcher
que les Amours ne meurent, il les laiffe
renaître auffitôt dans d'autres coeurs.
Voilà ce qui fonde la Métempficofe des
Amours.
Cette Piéce eft bien êcrite , & remplie
de traits d'efprit variés ; de façon
qu'onperd de vue les fautes principales,
s'il y en a. Jupiter à la vérité n'y eft
pas délicat ; mais , il y eft Partifan'; &
fous certe figure , il y donne les exemples
d'infidélité conjugale , que fourniffent
fouvent les originaux dont il
eft copie.
Il faut convenir que fi cette Comédie
a de quoi plaire , elle tire une partie
de fon agrement des Feftes que Jupiter
ordonne , pour amufer fa chere
Corine dans des Jardins enchantez ,
ù elle est renfermée. La, Mufique
·
DE DECEMBRE. 213
des Intermédes en eft aisée • enjoüée
, bien caractérisée & tout
à fait chantante ; auffi eft- elle de l'Auteur
des Festes de Thalie
Le 18 , les deux Batons d'Exempt
dans la Compagnie de Charôt eftant
vacants , ils ont efté donnés , l'un à
M. d'Augé fils du Comte , Major Génér
ral de la Gendarmerie
efté retiré de ce corps , & l'autre , à M.
d'Anault ,ancien Brigadier de ce Corps
qui avoit
Le 19 , Madame Ducheffe de Berry
tint Toilette , où fe trouvérent tous
les Ambaffadeurs & Miniftres , avec
un grand nombre de Seigneurs & de
Dames qui formoient un cercle magnifique
.
Le 11 , il arriva un Courier de
Bretagne qui a rapporté , que par ordre
du Roy , les Etats de cette Province
avoient esté fufpendus.
Le même jour , Mgr le Duc déclara
aux Maîtres d'Hotel du Roy , que
leur différent avec les premiers Gentils-
hommes de la Chambre , avoit êté
réglé , que fur leurs rémontrances & l'éxamen
de leurs Titres , touchant ce
qui fe pratiquoit du tems de Louis
XIV. Ils avoient êté mantenus en pof214
LE MERCURE
feffion de paroître chez le Roy , avec
leur Bâton de cérémonie , & d'avertir
eux -mêmes S. M. dans fa Chambre ,
dans fon grand Cabinet , chez M. le
Maréchal de Villeroy & chez Madame
la Ducheffe de Vantadour , que la
viande êtoit fervie ; mais , qu'ils n'entreroient
point dans le Cabinet particulier
, le Roy pouvant s'y être enfermé
pour des affaires particuliéres ;
que dans ce cas , ils fe contenteroient
d'avertir l'Huiffier que la viande eft
fur la Table.
2
M. le Comte de Kiniffegg Ambaffa
deur de l'Empereur ayant efté attaqué
en même tems de la goute & d'une
douleur très violente au fondement ;
après avoir êté agité de maux infupportables
pendant 15 jours , M. Anėl
Chirurgien de S. E. jugea à propos de
lui faire l'Opération de la fiftule à
Panus , parce qu'il y remarqua une eſpéce
de dureré fans tumeur fituée entre
le coxix & l'anus , qui fut fuivie
peu de tems après , d'une élévation à
la peau ; c'est ce qui détermina d'abord
ce Chirurgien à plonger fa lancette
de l'épaiffeur d'un pouce , avant
que d'arriver à la matiére qu'il fit écou
•
DE DECEMBRE.
215
•
ler , à la faveur de laquelle il fit le
lendemain 18 la grande Opération ,
en préſence de M. Helvetius le fils ,
Médecin , de M. le Dran le pere , de
M. Maliffain & Tartanfon , trois fameux
Chirurgiens de cette Ville , M.
Dubois célébre Apoticaire , y fut auffi
appellé. Si M. Anel n'avoit pas ouvert
cet abcés auffi ponctuellement ,'
il y avoit à craindre que S. Ex . n'en
ût êtéincommodée le reite de ſa vie
Voilà la deuxième fois que M. Anel
a fait hûreufement 2 cures très périlleufes
à ce Seigneur ; l'une en Italie ,
où il lui tira avec toute la dextérité
imaginable , une bale perdue dans les
chairs ; & l'autre , en cette derniére
occafion , fans qu'il luy foit furvenu le
moindre accident , & fans qu'il ait
û de fiévre : Tous les panfemens ont
êté fuportables & deviennent tous les
jours moins douloureux ; on juge qu'-
il ne faut que cinq femaines pour fon
parfait rétab iffement .
M. l'Abbé Bignon a reçu une Lettre
de M. Arefkin Général Ajudant &
Chambellan , du Czar , êcrite de Peterbourg
le 7 Novembre , dont voici
la fubftance ; il lui marque : Que S.
216 LE MERCURE
"
M. CZ. eft très fatisfaite que l'il'uftre.
Corpsde l'Academie des Sciences veüille
bien l'a gréger au nombre des Membres
qui le composent , en lui offrant fes nobles
travaux * depuis l'année 1699
jufqu'à préfent , comme un Tribut appartenant
de droit à chaque Académicien
; quefon Maître cherchera les occafions
d'en marquer fa reconno : fance ;
& que par la recherche exacte de toutes
les curiofitez les nouveautez que S.
M. pouradécouvrir dans fes Etats , elle
tâchera en les communiquant , de mé
riter le nom d'un bon Membre de cette
illuftre Académie.
du
S. M. approuve fort vôtre pensée ,
Monfieur, qu'en fait de Science , la difinition
fe tire moins du rang , que dis
génie , des talents & de l'application.
Pour ce qui vous concerne , elle est très
fenfible à votre manière d'agir envers
elle , pendant fon féjour en France , &
fouhaite des occafions de vous témoigner
toute l'amitiéqu'elle a confervéepourpous .
Pource qui eft de moi , M,je ne perdrai
jamais le précieux fouvenir de vôt , baute
capacité & decette extréme politeffe qui
• vous attirel'eftime la vénération de tous
les honêtes gens.
Hiftoire de cette Académie. J'ai
DE'DECEMBRE 217
Ja
" Ai parlé dans les Mercures précédens
,de l'ouverture du Bureau général
d'Adreffe & de Rencontre , & des avantages
que le Public en retireroit.
Comme je n'en ai donnéjufqu'apréfent
qu'une légére idée , il femble que le Public
exige de moi , que je l'inftruife des
Loix & des Réglemens, que les Direc
teur de cette entrepriſe fe font impofés
pour l'utilité& la commodité publique.
J'ai cru qu'en y ajoûtant la première
Lifte de tous les Effets , Demandes G
Propofitions préfentées audit Bureau .
on détromperoit par cet expofé , beaucoup
de perfonnes qui avoient regardé
jufqu'à préfent , le projet de cet établiffement
, comme impoffible dans l'éxécution.
Voilà cependant les chofes en ordre »
& c'est déja beaucoup pour affermir la
confiance commune. Il faut efpérer
qu'elle ne fera qu'augmenter , & que
l'on appercevra bien- tôt les effets de la
fage régie de ceux qui en font à la tête.
Décembre 1717.
T
218 LE MERCURE
LISTE UNIVERSELLE.
Du Bureau général d'Adreffe & de
Rencontre , où chacun peut donner &
recevoir avis , de toutes les néceffités
& commoditez de la vie & focieté
civile , remis en meilleur ordre qu'il
n'a été par le paffé , pour l'utilité da
Public.
PAR PERMISSION DU ROY ,
Contenue en fes Brévets , Arrêts du .
Confeil d'Etat , Déclarations , Privilege
, Confirmations , Arrêts de
la Cour, Sentences & Jugemens don
nez en confequence .
L
E Bureau d'Adreſſe a paru fi utile
que les Rois Henri IV.
,
Louis XIII. Louis XIV. & Louis XV.
n'ont ceffé de le favorifer par les Brévers
, & Privileges qu'ils en ont accordés.
En effet , pour peu qu'on y
veüille faire attention , l'on reconnoîtra
qu'il n'y a gueres de chofes plus
avantageufes , que l'établiffement de
ce Bureau. Comme les hommes
DE DECEMBRE. 219
font liés entr'eux , par la néceffité
d'un commerce mutuel de befoins &
de fecours réciproques , il arrive tous
les jours , que les uns fouhaitent d'avoir
quelque chofe, dont les autres feroient
bien aife de fe défaire ; & que réciproquement
, les uns cherchent à fe
débaraffer de plufieurs effets , dont d'autres
defireroient de s'accommoder. Ce
qui peut donc être le plus utile pour
le commerce , c'est que chacun de
ceux qui voudroient fe dèfaire de quelque
chofe, fçeût à point nommé, quels
font les gens qui en ont befoin ; & qu'au
contraire, ceux qui voudroient s'accommoder
d'autres choſes , fuffent inftruits
où ils pourroient les trouver : Rien ne
paroît donc plus utile que de trouver
unmoyen facile , par lequel on pût
fatisfaire à ces befoins mutuels .
C'eft ce que nos Rois fe font propofé
dans l'établiffement du Bureau
général d'Adreffe & de Rencontre ,
auquel ce nom n'a êté donné , que
parce que, tout le monde pouvant toûjours
s'y adreffer , chacun y peut rencontrer
ce qu'il chercheroit vainement
ailleurs . C'eft auffi ce qu'on fe propo-
Tij
220 LE MERCURË
fe dans ce Bureau établi ruë faint Sau
veur , dans lequel , chaque particulier
qui aura befoin de quelque chofe
pourra venir propofer ce qu'il defire ;
comme au contraire , celui qui aura
quelque chofe dont il ait deffein de fe
défaire , viendra en donner avis ; afin
que l'on en informe le public.
"
On tiendra dans ce Bureau univerfel
des Regiftres dans lesquels ,
non feulement les perfonnes qui auront
des avis licites & permis à donner ,
mais celles qui voudront en recevoir ,
pouront fe faire enregistrer.
Pour cela , chaque particulier y
fera d'abord dreffer fon Mémoire fur
une feuille , en forme de Minute , fur
laquelle , l'intention du Demandeur y
fera apurée ; après quoi , ce Mémoire
fera infcrit fur le Regiftre dans les 2,4
heures , pendant lefquelles il fera in--
formé avec une prudence tacite , du Domicile
donné ; afin qu'il n'y ait point
d'avis inutiles ; & le tout fe fera moyennant
trois fols feulement , pour
chaque article enregistré , de même
que pour l'Extrait de chaque enrégiftrement
, en cas que l'on défire en
faire tirer un : Et fi on veut que l'avis
DE DECEMBRE. 221
•
paroiffe dans les Liftes courantes , le
Bureau fe contentera de fort peu de
chofe ,pour l'article qu'on fouhaite faire
imprimer , & que l'on réitérera dans
toutes les Editions fuivantes , jufqu'à
ce que l'affaire foit confommée .
L'on rendra le Mémoire le mieux
circonftancié & le plus court qu'il fe
pourra ; & pour éviter même la longueur
& l'embaras , on fe contentera
d'écrire fur le Registre du Bureau , le
nom de celui qui donne l'avis , ou tef
autre qu'il voudra choifir avec la chofe
dont il s'agit ; & on lui donnera un
billet femblable à cet enrégiftrement ,
fel on le rang auquel il fera venu .
On recevra auffi tous les avis des
Provinces de France & des Païs étrangers
, qui indiqueront quelque chofe à
vendre , ou qui marqueront les chofes
que l'on veut achetter. Mais on aura
foin fur les lieux , de payer le port des
Lettres qu'on envoyera : Les dépenfes
que l'onfait pour le Bureau étant déja
aflés grandes , il ne feroit pas jufte que
F'on fût encore chargé de celle- là .
On fera donc imprimer , autant de
fois qu'il fera néceffaire , un petit Livre
qui ne coutera que 2 fols 6 deniers , &
Tiij
222 LE MERCURE
>
qui contiendra tous les AVIS qu'on
aura envoyez au Bureau comme
Terres , on Maisons à vendre ou à
louer , Meubles , Chevaux , Inventaires
, Curiofitez , ou autres chofes
nouvellement arrivées , à vendre à
Paris ou en Province : Livres nouveaux,
inventions touchant , les Arts & les
Sciences , Changement de demeures des
Marchands on Artifans, & autres : Hôtel
à louer , entiere ou portion , on
Chambre garnie.
De même,fiquelqu'un a befoin d'un
habit brodé , d'un meuble de Velours
ou autre effet , on aura foin de le faireimprimer
comme les autres . Si l'on
ne veut pas mettre dans l'Avis ,fon nom,
ni fon adreffe , on poura donner des
Mémoires où cela ne foit point marqué
, & le petit Livre avertita que ce
nom eft au Bureau . Par ce moyen ,
aura l'avantage , fans fe faire
connoître , de fçavoir à qui s'adreffer,
& d'apprendre quels font les gens qui
auront befoin des chofes dont on veut
fe défaire Il en fera de même à l'égard
du prix. On aura foin à l'avenir ,
pour la commodité de ceux qui achetteront
ce petit Livre , de difpofer ces
on
DE DE CEMBRE. 223
avis par Chapitres diftincts avec cha
cun leur titre, comme Maifons à louer;
Maifons à vendre , Meubles, Chevaux ,
Nouveautez, chofes perdues & trou
vées & c.
S
Or , pour éviter les inconveniens
qui arrivent , de ce que les Avis publics
changent tous les jours , & engager
les particuliers à en avertir , on dépofera
au Bureau depuis fols , jufqu'à
un louis , dont fera donné recépiffé
; car , une des principalles commoditez
du Public en ceci , eft de
ne point recevoir d'Avis inutiles. De
même , ceux qui affichent pour toute
leur vie , & qui ont befoin de renouveller
leurs Affiches de tems en tems,
& de faire pour cela , bien de la dépenfe,
en feront quittes pour une mé
diocre fomme par mois , fans autre foin
que d'envoyer payer le mois.
Il eft bon d'avertir, que ceux qui demeurent
en Province , & qui voudront
avoir ces petits Livres , n'auront qu'à
faire tenir l'argent d'un quartier ou
d'une année , par leurs meffagers , ou
amis ou correfpondans ; on fera les paquets
, & on les portera à la pofte ,
fans qu'il en coûte autre chofe , que
le prix des Livrets , avec le port. Tiiij
•
224 LE MERCURE
Ceux qui voudront donner des Avis,
touchant ce petit Livre , pour l'utilité
du Public , pouront les envoyer inceffament
.
Cette nouvelle maniere prévé
nant tous les inconvéniens , on retirerá
de ce Bureau toute l'utilité imagi
nable :Car , on ne poura rien défirer
dans les Provinces & dans la Capitale
du Royaume , dont on ne foit informé
par cette voye , ce qui feroit trés difficile
à découvrir fans ce fecours , ne
feachant à qui s'adreffer , pour avoir
ces chofes , ou pour s'en défaire. Com- ·
me les Avis viendront d'une partie du
Public , ce fera faire préfent à l'autre ,
de ce que le Public lui donne : Ainfi ,
ce canal donnera, lien réciproquement
à tous les particuliers, de fe rendre fervice
les uns aux autres ; enforte que
perfonne n'aura rien qui puiffe ferviz
à un autre , que cet autre ne fçache
auffitôt où trouver celui qui peut l'en
accommoder . Il fe rencontrera même
par là , que la plupart des perfonnes qui
ont des choſes inutiles , qui ne font
publiquement d'aucun débit , & dont
elles demeurent chargées ; & d'autres
aucontraire,ayant befoin de ces chofes ,
DE DECEMBRE. 225
eftant contraints de s'en paffer, faute
de fçavoir où les prendre , les uns &
les autres apprendront par ces petits
Livres , les moyens de s'accommoder ;
ce que l'on peut regarder , comme un
des principaux liens de la focieté ; &
it eft difficile de trouver une voye plus
abregée , plus fûre & moms onéreufe ,
pour fe rendre utile les uns aux autres.
Car ,que peut - on imaginer de plus
commode , que de pouvoir apren
dre en un quart d'heine , fans for
tir de chez foi , & prefque pour rien ,
• tout ce qui peut entrer dans le commerce
des néceffitez de la vie ? L'on pou
ta donc encore fe difpenfer par ce même
moyen, de faire des affiches , dont
la dépenfe eft d'autant plus confidérable
, qu'elle monteroit fouvent auffi
haut , que la forme que produiroit ce
qu'on veut vendre ; lors que les chofes
dont on veut fe défaire , font de peu
deconféquence, & qui font en bien plus
grand nombre que les autres. De plus ,
il y a quantité de chofes pour lesquelles
on ne s'eft point encore fervi d'affiches,
afin d'en informer le Public .
La voye qu'on propofe eft bien plus
facile > car , outre que les affiches no
226 LE MERCURE
font vûës que de ceux qui marchene
dans les rues , & dont la plûpart ſe font
même une espéce de honte de les regarder
& de les lire ; c'eft qu'elles font
en une telle confufion , par le grand
nombre de nouvelles qu'on en trouve
tous les jours , qu'on ne daigneroit y
chercher celles dont on a befoin ; enforte
qu'on ne remarque guéres que
les plus apparentes. Ainfi , chaque particulier,
qui a quelque avis à donner au
public , a donc beaucoup d'interêt de
le faire par le moyen de ce petit Livre;
& l'on peut affûrer que ceux qui s'y
feront mettre , auront un grand avantage
fur ceux qui voudroient épargner
fe peu qu'il en coûte. Car , il eft certain
qu'une maison, par exemple, que par ce
Livrer , on verra être à louer , le fera
beaucoup plûtôt que celle dont on n'eſt
averti que par un écriteau attaché à la
porte. Ceux qui auront quelques mar→
chandifes ou modes nouvelles , quelque
invention ou autre chofe qui foit
d'ufage dans les Provinces , auront encore
un interêt trés confiderable à en
donner avis , par ce petit Livre qui ne
manquera pas d'y être envoyé.
.
DEDECEMBRE.. 227
LISTE
Des principalles chofes pour lesquelles
on peut s'adreffer, & defquelles on
peut faire rencontre aisément au Bureau
général d'Adreffe & de Rencontre
, & quiferont mifes fur le Regiftre
, & imprimées dans les petits
Livres d'Avis.
1. Eux qui voudront vendre des
Terres ou des Maifons à la
Campagne, envoyeront au Bureau , des
mémoires qui marquent en quoi elles
confiftent , & qui en faffent connoître
le prix.
II. Ceux qui auront des Maifons à
vendre à Paris , marqueront le prix &
ce qu'elles contiennent , dans les mémoires
qu'ils envoyeront au Bureau .
III. Ceux qui auront des places
à vendre pour bâtir , doivent marquer
dans leurs mémoires , le nombre des
toifes , le quartier où la place eft fituée
& le prix .
I V. Ceux qui auront des Charges
à vendre , doivent en marquer le prix
dans les mémoires qu'ils envoyeront
128 LE MERCURE
avec les gages & les émolumens qu'ils
en retirent.
V. Ceux qui auront des Rentes à
vendre , marqueront dans leurs mémoires
en quoi elles confiftent."
VI. Ceux qui auront des Biens, dont
la vente fera pourfuivie en Juſtice ,
pouront envoyer leurs mémoires.
VII. Ceux qui auront des Inventaires
à faire , pouront , quelque tems
avant de les ouvrir , envoyer des mémoires
de ce qui s'y doit vendre de plus
remarquable.
VIII. Ceux qui voudront vendre
des Bibliotheques , des Cabinets de
Livres ou des fonds de Librairie , dotvent
faire fçavoir le nombre des vo-
Humes, & fi ce font des Livres de Theo
logie , de Philofophie , de Mathe na
tiques , de Médecine , de Droit , d’Hiftoires
ou de figures , & dans quel lieu
on les peut aller voir ou achetter.
IX. Les Libraires pouront envoyer
des mémoires de leurs Livres nouveaux
, & le prix qu'ils les vendent ,
afin que le Public en föit inftruit On
n'entrera dans aucun détail de ce que
contiennent ces Livres ; mais , l'on fe
contentera de marquer le titre du Li-
C
DE DECEMBRE. 229
vre , le prix & le nom du Libraire .
X. Les Curieux ou autres , qui voudront
le défaire de leurs tableaux
n'auront qu'à en marquer la grandeur ,
ce qu'ils reprefentent , le nom des
Peintres qui les ont faits , & ce qu'ils
les eftiment.
XI. Ceux qui voudront vendre tout
ce qui s'appelle meubles , bijoux , habits
, caroffes , chevaux &c. n'auront
qu'à envoyer des mémoires inftructifs
de toutes ces choſes .
XII. Ceux qui voudront faire pêcher
leurs êtangs , & en vendre le
poiffon , doivent envoyer des mémojres
du lieu & du tems.
XIII. Les Particuliers qui auront
du vin à vendre en gros ou en détail ,
n'auront qu'à faire fçavoir de quel
crû , & de quel prix il eſt .
XIV. Les Jardiniers qui auront des
fruits , fleurs & legumes prématurées
à vendre , n'auront qu'à en envoyer
des mémoires .
XV. Ceux qui voudront achetter
quelques -unes des chofes marquées
dans les articles ci - deffus n'auront
qu'à s'adreffer au Bureau pour en informer
le Public.
›
230 LE MERCURE
XVI. Ceux qui auront des Maifons
ou des appartemens confidérables
à louer , en envoyeront des mémoires
: On en parlera plus amplement
que les écriteaux qui n'en font point
de defcriptions ; on dira en quel quartier
elles fons fituées , ce qu'elles ont
de beau & de commode , & leur prix.
XVII. Ceux qui voudront prendre
des Maifons à loyer, envoyeront auffi
leurs mémoires .
XVIII. Ceux qui auront des Jardins
à louer dans les fauxbourgs de
Paris , ou dans les Villages des envi-
Tons , pouront en faire fçavoir le prix ,
& en quoi ils confiftent; afin qu'on épargne
par là au Public , la peine de faire
plufieurs voyages pour en chercher.
XIX. Ceux qui voudront prendre
des Jardins à loyer , feront la même
choſe.
XX. Ceux qui voudront faire des
échanges de terres , de rentes , & généralement
de tout ce qui fe peut échanger
, marqueront dans leurs mémoires
ce qu'ils veulent donner , &
ce qu'ils veulent avoir.
XXI. Ceux qui auront des Biens
à donner à ferme , envoyeront des
DE DECEMBRE.
231
mémoires bien circonftanciés , & on
les rendra publics .
XXI . Ceux qui voudront prendre des
biens à ferme , feront la même chofe.
XXII . Ceux qui auront des machines
& des découvertes nouvelles ,
utiles au Public , n'auront qu'à le faire
fçavoir au Bureau.
XXIII . Ceux qui chercheront des
gens pour s'affocier avec eux , foit
dans l'exercice de quelque art , foit
pour trafiquer , n'auront qu'à le faire
fçavoir.
XXIV . Les Pinces Etrangers , les
Ambaffadeurs , & les autres Etrangers
de qualité qui arriveront à Paris , pourront
s'adreffer au Bureau , s'ils veulent
que leur train foit fait en peu de
tems. On les fervira , non feulement
en cela , mais encore, en ce qui regarde
beaucoup de chofes dont ils рец-
vent avoir beſoin .
XXV. Tous les Etrangers qui vien
dront à Paris , n'auront qu'à s'adreffer
au Bureau ; on leur dira comment
ils pourront voir ce qu'il y a de curieux
, à qui ils doivent s'adreffer ; &
s'ils veulent, on leur donnera des gens
pour les conduire par tour . On leur
232 LE MERCURE
enfeignera auffi ce qui leur poura
être néceffaire pendant le tems de
leur fejour.
dans
XXVI. Les Maîtres , qui prennent des
Penfionnaires pour étudier ,
étudier , n'auront
qu'à envoyer leurs Mémoires ,
lefquels ils auront foin de marquer
le lieu où ils demeurent , le prix qu'ils
prennent , & le nombre des Penfionnaires
qu'ils ont. Ils doivent même faire
fçavoir , s'ils font d'Eglife , ou mariez
; s'ils ont des Jardins , & s'ils
font logez en bel air .
XXVII. Ceux qui voudront fe mettre
en penfion , n'auront qu'à s'adreffer
au Bureau , on leur rendra fervice.
XXVIII. Les perfonnes publiques qui
fe trouveront chargées de beaucoup
d'affaires , pouront envoyer le lieu
de leur demeure , lors qu'elle "aura
changé ; on en avertira le public , &
fur tout, les gens de Province à qui on
croira faire un grand plaifir . Plufieurs
n'ayant point d'habitude à Patis , font
fouvent embaraffez , au retour de leur
pays, à chercher ceux qui ont eu autrefois
leurs affaires entre les mains ,
ne pouvant les trouver , parce qu'ils
ont changé de demeure,
CeuxDE
DECEMBRE. 233
XXIX. Cenx qui feront intereffez
dans les manufactures , pouront avertir
des chofes à quoi on travaille dans
ces lieux. Beaucoup de gens paffent
fouvent par des Villes , où il y en a
d'établies,fans rien achetter , faute de
fçavoir qu'il y en ait .
XXX . Les Curieux qui voudront
indiquer leurs demeures , & recevoir
ceux qu'on leur envoyera , pour voir
leurs Cabinets , pouront par ce moyen,
faire leurs affaires , foit en vendant ,
foit en troquant.
XXXI. Les Intereffez dans les Vaiffeaux
qui arriveront dans les Ports de
France , n'auront qu'à envoyer le dénombrement
des marchandifes qui feront
dans lefdits Vaiffeaux , & on en
avertira le Public .
XXXII Les Marchands forains
pourront
, avant l'ouverture des Foires , envoyer
des mémoires de tout ce qu'ils
auront fait faire de nouveau , pour y
étre vendu .
XXXIII. Les Peintres fameux , dont
le public fouhaite de voir les Ouvra
ges , & fur tout les Etrangers , envoyeront
leur demeure , & des mémoires
de tout ce qu'ils auront de plus confi
234
LE MERCURE
•
derable , ou qu'ils confervent chez
eux , ou qu'ils ont fait chez des , perfonnes
qui voudront bien les faire voir
aux Etrangers de qualité ; le tout , pour
la gloire de la France , & pour leur
utilité particuliere.
XXXIV . Les Marchands & Artifans
confiderables , qui auront changé de
demeure , , pouront en ' donner avis au
Bureau , qui en informera le Public.
XXXV.Ceux qui établiront des commoditez
pour voyager , doivent en envoyer
des mémoires .
XXXVI . Les Huiffiers qui partiront
pour quelque Province, pouront le faire
fçavoir , par ce moyen ils feront
chargez des affaires de ceux qui en
ent dans les mêmes lieux ou fur la
route ; & il en coûtera bien moins aux
particuliers , qui font fouvent obligez
d'envoyer des Haffiers , & de payer
feuls , tous les frais de leurs voyages.
XXXVII . Ceux qui auront des affaires
en Province , pouront auffi en
donner avis , & en envoyer des mémoires
au Bureau.
XXXVIII. Ceux qui auront fait
quelques pertes , de quelque nature
qu'elles foient , doivent bien marquer
DE DECEMBRE
235
dans les mémoires qu'ils envoyeront
au Bureau , tout ce qu'ils auront perdu
, & ce qu'ils voudront donner à
ceux qui l'auront trouvé .
XXXIX. Ceux qui auront trouvé
quelque chofe , en donneront avis au
Bureau ..
XL. Comme il fe fait de tems en
rems des plaidoyers fameux , que pluhieurs
perfonnes fouhaitent d'entendre,
foit à caufe des matiéres curieufes que
l'on y doit traitter , & dont on eft bien
aife de s'inftruire , foit à caufe du merite
des Avocats ; on croit obliger le
'public, en avertiffant des jours que l'on
doit plaider des caufes fi célébres . Ainfi
, les Parties pour lefquelles ces caufes
fe plaident , ou Meffieurs les Avocats
n'auront qu'à en envoyer des avis .
XLI. Lorfque des Prédicateurs fameux
prêcheront dans quelque Eglife ,
en en pourra auffi donner avis.
XLII. Ceux qui voudront faire des
Leçons ou des Conferences publiques ,
n'auront qu'à envoyer lears avis au
Bureau .
XLIII. Tous ceux enfin , qui voudront
avertir le public de quelque chofe qui
foit de nature à être affiché , ou qui
Vij
236
LE MERCURE
a coûtume de l'être , n'auront qu'a
donner leurs mémoires bien circonf.
tanciés au Bureau , avec pouvoir de les
faire imprimer on ne manquera pas
de les fatisfaire .
ce
Enfin , on peut s'adreffer en ee Bu
reau univerfel , pour tout ce qui peut
entier dans le commerce licite & permis
, qui compofe la focieté civile .
PREMIERE LISTE
Des Avis qui font venus au BUREAU
général d' Adreffe & de Rencontre, ruë-
S., Sauveur , qui donne d'un bout , dars
la rue Montorgueil; de l'autre , dans
la rue S. Denis..
DEUX NAVIRES A VENDRE .
L'un eft de so à 52 piéces de Canony
& l'autre, de 40 à 44 piéces , du port
de 400 à 450 Tonneaux chacun.
On verra au Bureau , l'Etat de leurs
Inventaires & autres Inftructions , pour
y recevoir les offres ..
UNE MAGNIFIQUE TENTURE DE
TAPISSERIE à Vendre .
C'eft un Ouvrage des plus riches
& des plus finis : Elle eft digne de
DE DECEMBRE.. 237
Fattention des curieux : Elle paffe.
30000 , cy
Elle eft au Bureau. grean .
30000
liv.
UNE BAGUE d'un Diamant de dix
huit grains , fort
Elle eft au Bureau.
• 5000
liv.
PLUS . 2. Pendeloques de Diamants
Ils péfent enfemble vingt-deux grains .
Au Bureau.
4500
liv.
UNE VERDURE , TAPISSERIE DE
FLANDRE.
Elle a deux afines & demie de haut ,
fur environ dix- huit aûnes de cours.
Au Bureau.
UN TABLEAU du Rimbran .. 150 liv.
1
On le voit an Bureau.
N° 2. UN TABLEAU de Louis XIV..
Dans fon cadre de bois doré.
L'adreffe eft au Burear.
་
N° 3. UN TABLEAU de Mgr le Grand
Dauphin , Fils de Louis XIV. 33 1
Au Bureau.
N 4 UN TABLEAU de Mgr le Dau
phin , Petit - Fils de Louis XIV : 33 10
Au Bureau.
NS UN TABLEAU repréſentant une
Danaë , dit original
Au Bureau.
60 liv.
Vrij
238
LE MERCURE
Nº 6. DEUX BRAS à bougie , à plaques
de glace de Venife .
An Bureau .
35 liv.
N° 7. DEUX FAUTEUILS à bras , garnis
de crin-
Ils font couverts de morceaux de
rapport , & en partie de velours cramoifi
•
401
.
L'adreffe eft au Bureau.
No S.UNE GARNITURE de fept piéces
de Fayance
Au Bureau.
14 l.
N° 9 UN CABINET,façon de la Chine.
11 eft avec une table à tiroirs , &
deux guéridons affortiffans , 401. ·
Au Bureau.
N 10. N. DEMANDB à emprunter
14000 1. partie Billers de l'Etat .
C'est un Particulier & la Dame fon
époufe , qui déclarent pour 42000 1. de
principal dans Paris , francs & quittes;
à l'exception de 150-1.de rente rachetable
, à laquelle la femme n'eft pas
obligée Les éclairciffements de leurs
biens font contenus fous les Articles ,
depuis No 10 , jufques & compris le
N 18 inclufivement. On en donnera
communication feulement à ceux à
qui la propofition conviendra .
No 19. UN TABLEAU fur toille de 40 f
DE DECEMBRE. 239
Il repréfente un Paifan jouant de
la mufette , copie d'aprés Vandeck,
Au Bureau .
30 1.
N 20 UN TABLEAU fur toille de 10 f
11 repréfente un S. Jerôme , d'aprés
Blanchard
Au Bureau.
20 1.
No 21 UN TABLEAU repréfentant les
Enfans de Jacob vendant leur frere
Jofeph ,
Au Bureau.
Nº. 22. AFFAIRE particulière .
N' 23. AFFAIRE particuliere.
No 24. UN MEUBLE à vendre.
30
l..
C'est un Lit à la Ducheffe de Damas
verd , & reparty de plufieurs étoffes
d'habits à fleurs d'or : Il y a un bordé
d'or fin , qui à la verité eft terny.
L'adreffe eft au Bureau.
No 25. PLus un Bois pour ledit lit,
une Paillaffe , deux Matelas , un
Lit de Plume , deux Couvertures
No 26. Affaire finie.
No 27 Affaire auffi finie.
N° 28. Affaire finie.
300 liv,
N 29. UNSOPHA de Bois à la
Capucine,
240 LEMERCURE
Heft garny de crin & couvert par Bandes
de Tapiflerie , & de Damas à
feurs d'Or.
L'adreffe eft au Bureau.
า
60 liv
N° 30 35. & 32. SIX CHAISES
afforties aux fufdit Soffa.
L'adreffe eft au Bureau .
>
N 33 DEUX TABOURETS de
Bois à la Capucine , affortiffans auf
dites Chaifes
An Bureau.
15. liv.
N34. UN PETIT Bureau à pied de
Biche.
Il eft façon d'Ebeine, couvert de maroquin.
Au Bureau.
1101
No 35 Jufqu'au No 47. Affaires finies .
N° 48. UN PARAVANT à fept.
feuilles.
Il est de bon Drap verd
L'adreffe eft au Bureau.
40 liv.
N 49. UN BON CLAVECIN ordinaire:
à deux Claviers & trois Jeux rgo l ..
Au Burean.
No.
50. N. DEMAND E´un Chien
Brac.
L'adreffe eft au Bureau.
No 51. N DEMANDE deux Lits
Jumeaux de rencontre,qui foient de
Damass
DE DECEMBRE. 241
Damas garnis de leur couche.
L'adreffe eft au Bureau.
No 52. N. DEMANDE une Roquelaure
Ecarlate , qui foit à Boutons d'or &
de rencontre.
L'adreffe eft au Bureau.
No 53 N. DEMANDE à vendre ou
à troquer un Contrat fur une Communauté.
Il est au principal de
L'adreffe eft au Bureau .
20000 1 .
No 54. DEMANDE particuliere.
L'adreffe eft au Bureau .
No ss. N. DEMANDE une Chaiſe
roulante de rencontre
piftoles.
>
L'adreffe eft an Bureau .
d'environ 35
N°. 55. UN TABLEAU repréfentant
un Saint Pierre dans le défert. 20 liv.
Au Bureau.
DEPUIS le N°. 57. jufques & compris
le N° 1 16, le Registre du Bureau n'eſt
chargé que de belles Porcelaines du
Japon , de rencontre , & à trés jufte
prix.
L'on en voit des efchantillons an
Bureau.
N° 117. UNE GARNITURE de bontons
de rencontre .
Décembre 1717. X
242 LE MERCURE
Ils font de pur trait d'argent. II liv.
Au Bureau.
N° 1 IS. UNE BELLE ECHARPE d'hermine
noire 200 liv.
Au Bureau.
LA MESME PERSONNE demande à achetter
un Lit à la Ducheffe , de Damas
cramoifi ; les Tapifleries les
Chaifes & le Sopha affortiſſans.
L'adreffe eft au Bureau.
,
N° 1 19. N. DEMANDE encore un
Meuble de Damas cramoifi.
L'adreffe eft au Bureau .
NI 20. CHAMBRE GARNIE AVEC
UN CABINET A LOVER .
Elle confifte en une Tapifferie à
Oyfeaux , un grand Lit à Houffe verte ,
& un petit Lit dans le Cabinet, avec un
grand Miroir ; & l'on y fournira le
linge de Table ; le tout pour 20 liv,
par mois , cy
20 liv.
L'adreffe eft vis- à - vis les Peres de
l'Oratoire , à l'Image Saint Sulpice.
N° 121 DEMANDE fecrette :Elle peut
convenir à beaucoup de gens , qui ont
de l'argent qu'ils veulent placer fûrement
& fans ufure ; les éclairciffemens
s'en pouront communiquer à
gens propres pour l'exécution.
DE DECEMBRE. 243
L'adreffe eft au Bureau .
N. 122. N. Demande un caroffe
coupé de rencontre .
L'adreffe eft au Bureau.
N. 123. N. Demande une tapifferie
, verdure de Flandre , de fept à
850. livres ; & pour n'avoir point
la peine d'aller de Tapifliers en Tapiffiers
, on prie ceux qui en auront de
cette qualité & de ce prix , de la venir
annoncer au Bureau . On la payera
Comptant.
No. 124. N. Demande à emprunter à
conftitution de rente,neufà 10000. liv.
L'on hypothequera pour dix-huit à
20000. livres de contrats de rente à Paris,
que l'on déclarera francs & quittes.
L'adreffe eft au Bureau .
N. 125. Un Habillement d'homme
complet,neuf & de rencontre , à vendre .
Il eft de drap noir , la culote doublée
de peau;il est pour moyenne taille .
40. liv.
Au Bureau.
No. 125. N. Demande à emprunter
fur des délégations de loyers qui feront
acceptés .
L'on veut fept à 800. livres , qui fe
Xij
244
LE MERCURE
ront remboursées par cinquième , de
quartier en quartier.
L'adreffe eft au Bureau.
N ... 127. N. Demande à acheter une
Terre confidérable , dans l'acquifition
de laquelle , on voudroit paffer des billets
de l'Etat . On voit là fuite de la
propofition au Bureau.
Propofition fecrétté , pour emprunter
cent mille livres.
L'on donnera des fûretés pour plus de
trois cent mille livres, qui ne feront pas
rejettées.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 128. N. Demande à emprunter
soo. livres pour neufmois.
. On donnera de bonnes fûretés.
N. Demande une verdure d'Hollande
, & unlit de Damas uni.
C'eft la même perfonne que deffus :
L'adreffe eft au Bureau .
No. 129. Un juppon , & la tapiſſerie
d'un fauteuil à vendre .
Le juppon eft de damas verd , beau ,
comme neuf, & les morceaux de tapiflerie
pour le fauteuil , n'ont point en
core êté montés , 39 liv.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 130. N. Affaire particuliere .
DE
245 DECEMBRE.
No 131. Affaire finie .
No 132.Un Trumeau ,pour cheminée
d'une glace à vendre ,
An Bureau.
70. liv.
No 133. N. Demande à acheter une
Berline , ou un Caroffe coupé.
L'adreffe eft au Bureau.
N' . 134. N. Demande à acheter une
maifon dans Paris .
On fouhaiteroit qu'elle fût à porte
cochere,avec jardin en grand air ; comme
vers l'Eſtrapade : L'on y mettra vingt
à 22000. livres ; & on payera d'abord
moitié en efpeces .
L'adreße eft au Bureau .
No. 135. Une Montre Angloife à
vendre .
La même perfonne demande 12. chemifes
à dentelles ; il y mettra quatre
à 5oo. livres .
No. 136. L'on demande 3000. livres
à conftitution de rente.
L'on déclare pour 30000. livres de
fonds à Paris, francs & quittes.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 137. Diverfes rentes & rembourfemens,
à vendre ou à emprunter deffus ,
avec garantie .
Le tout eft fur dés perfonnes qui font
•
X iij
2~46 LE MERCURE
bonnes , ainfi que les éclairciffemens,
que le propofant en a donné au Bureau ,
le feront connoître .
N° 138. N. Demande une place de
Jardinier.
C'est un homme de 40. ans , marié,
& fans enfans , qui dit fçavoir le jardinage
en perfection : Il entend la culture
des arbres fruitiers des orangers ; il tra
vaille aux fontaines ; il fera connoître
les lieux où il a été.
L'adresse eft au Bureau.
No. 139. N. Demande une place
de Concierge.
C'eſt une femme veuve ,fans enfans;
elle eft propre a être concierge , jardi-
Diere & gouvernante d'enfans.
No. 140. Finie.
No. 141. Plufieurs Commodes , &
Equipages de toillete,à vendre en gros .
Une commode d'écaille de marqueserie
,
On lafera
voir
au Bureau
.
145.
liv.
No. 142. Une autre de bois d'olivier,
48. liv.
L'adresse eft au Bureau.
lée ,
Nº. 143. Une de paliffandre anne-
46.
liv.
DE DECEMBRE. 247
L'adresse eft au Bureau.
No. 144. Une de bois d'olivier , 30. I.
L'adresse eft au Bureau.
No. 145. jufqu'au no. 148. finies .
N. 149. Une de bois de fil d'olivier,
Ladresse eft au Bureau..
30 liv.
No. 1 5o. Un équipage de toilette
ferrée ,
L'adresse eft au Bureau .
No. 151. Une autre de
L'adresse eft an Bureau .
20. liv.
14. liv.
No. 152. Une de bois d'Olivier. 18. 1 .
On poura vendre lefdites Commomodes
en gros , ou on les troquera con .
tre d'autres effets.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 153. Finic .
No. 154. Quarante-fix aûnes & demie
d'or faux , fur foye fine , de rencontre
.
Il eft large de trois travers de doigt ,
& uni ; le tout péfe 7. marcs 4. onces.
L'once eft à vingt fols .
No. 155. Vingt-deux onces de bord,
de même qualité , & au même prix.
On les fera voir au Bureau.
No. 156. Rente à vendre , ou à y faire
emprunt.
X iiij
248 LE MERCURE
C'est uncontrat au principal de 3000.
livres,fur l'Hôtel de Ville , que l'on veut
vendre , ou emprunter deffus 1000. 1 .
Le mari & la femme s'obligeront .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 157. Augmentations de gages
montants à 1500. livres , à vendre , ou
à emprunter deffus 400. livres.
No. 158. N. Demande à emprunter
6000. livres.
A rendre dans fix mois ; & l'on hypothequera
pour 1 8000. livres de contrats
,fur la Province de Languedoc.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 159. Finie.
No. 160. Un contrat de 1800. livres de
principal , à vendre fur une maiſon.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 161. Affaire particuliere.
No. 162. Finie.
No. 162. N. Demande place de Précepteur.
Le fujet offre d'être éprouvé un mois.
No. 164. Une Maiſon à donner à bail
ou à vendre à Fontainebleau.
Les inftructions font au Bureau.
No. 165. Finie.
N. 165 Avis , pour toifer exactement
les Terres.
DE DECEMBRE. 249
L'Auteur a apporté au Bureau un mémoire
inftructif, touchant la maniere de
tirer les plans des terres , &de renouveller
les terriers : Ceux qui en auront
befoin , s'adrefferont au Bureau , où on
leur donnera communication dudit
mémoire, avec la demeure de l'Auteur.
No167.Six bordures fculptées, non dorées
, avec leurs chapiteaux à vendre.
Mefure des bordures par le dedans.
Une de 39. pouces fur 29. po.
Une de 40 pouces fur 29. po .
Une de 42. pouces fur 31. po.
Une de 36. pouces fur 26. po .
Une de 34. pouces fur 26. po .
Une de 45 pouces fur 33.
Cette dernière eft fans chapiteau.
Les autres font particulierement
propres pour des miroirs.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 168. Affaire particuliere.
No. 159. Un Habit complet pour
femme ; il eft bordé d'or & de foye torfe
, non monté , & de rencontre , le tout
y eft diftribué avec un goût admirable.
sso. liv.
On lefera voir au Bureau.
No. 170. Une garniture brodée de
mouffeline non montée , à vendre.
250
LE MERCURE
Elle contient onze pieces , y compris
les engageantes , & le tour de gorge :
Cette broderie eft des plus parfaites.
On la voit au Bureau.
so. liv.
N. 171. Un Phaeton à cerceau , ou
chaife roulante de rencontre , à vendre.
Elle eft garnie de drap écarlate ,
effyeux de fer . 400.
liv, N». 172.
jufqu'au
110. 174„finies
.
N.
175. N. Demande
à vendre
un
contrat
fur la Ville
.
Il est au principal de 1500. livres.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 176. Finie.
No. 177 N. Demande à vendre un
contrat fur la Ville .
Il eſt au principal de 5000. livres.
Liadreffe eft au Bureau.
No. 178. Finie .
No. 179. Finie.
No. 180. N. Demande d'être Précepteur
, ou un autre emploi ; il fera
connoître qui il eft .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 181. N. Affaire particuliere.
No. 182. N. Demande plufieurs meubles
& hardes à acheter.
Sçavoir une tapifferie de 6000. liv.
DE DECEMBRE .
25x
Une montre , d'or de 600. liv.
Un lit de damas cramoifi , ou d'une
autre couleur , & une juppe de velours .
L'adreffe eft au Bureau .
No. 183. N. Demande à emprunter
4000. livres par obligation , un tiers en
argent , & deux tiers en billets d'Etat .
Il a de bons hypotheques à Paris .
L'adreffe eft au Bureau.
{ No. 184. Contrat fur la Ville à vendre
.
Il est au principal des5oo. livres .
No. 185. N. Demande un emploi.
Cette perfonne a eu plufieurs emplois
, dans les Aides , Domaines , &
dans les vivres. Il eft encore propre
pour les affaires du Commerce , foit
de Mer ou autre.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 186. N. Demande à acheter une
trouffe de rencontre.
On y mettra jufqu'à dix pistolles.
No. 187.. Affaire particuliere.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 188. Un lit de damas' cramoifi
de rencontre , à vendre .
La houffe eft d'une belle ferge d'aumal.
Au Bureau .
252 LE MERCURE
No. 189. Finie.
No. 190. Finie ..
No. 191. Un Lit brodé en or & en argent
, avec des tapifferies y affortif
fantes.
Au Bureau.
No. 192. Un tableau à vendre .
On le dit un Paul Brille , peint fur
bois,dans fa bordure dorée , d'environ
trois pieds , fur deux pieds & demi de
haut :Il reprefente un Port .
Au Bureau.
No. 193. Un homme qui a été marchand
, demande de l'emploi , ou à folliciter
des payemens en ville.
Quelques Marchands l'en ont déja
chargé.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 193. Une Montre d'or d'Angleterre
, à double boëte , à vendre ; pour
1000. livres.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 195. On demande à acheter des
perles fines , & toutes fortes de diamans
de prix , de rencontre.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 196. Un contrat fur la Ville , au
principal de 8000. livres, à vendre , ou
à échanger contre des billets de l'Etat ,
ou autres effets.
L'adreffe
DE DECEMBRE.
253
L'adreffe eft au bureau.
No 197. Un Habit d'homme , velours
cra moifi , richement brodé d'or & non
monté , à vendre , pour
Au bureau.
soo liv
No 198. Une Vefte de taffetas vert , brodée
d'or , doublée de taffetas vert, pour
Au bureau.
100 livres.
No. 199. Une Paire de paremens de
drap écarlate,brodés d'or,comme neufs ,
pour
Au bureau.
90. liv.
No 200. Une riche Houffe brodée
d'or, avec les cuftodes , pour 500. liv.
Au bureau.
Nd. 201. N. Demande à acheter une
Maifon à Paris , ou une Terre d'environ
40000 liv. partie en billets de l'Etat.
Ou bien à placer fûrement le fonds
de pareille fomme.
L'adreffe eft au bureau.
No. 202. On demande un Lit de damas
de Camp.
Il n'importe de quelle couleur.
L'adreffe eft au bureau .
No. 203. Finie .
No 204 Une Maison à vendre à Paris
, ou à emprunter deffus , en atten
dant la vente. Y
1234 LE MERCURE
L'adreße eft au bureau.
No. 205. Cheval Anglois à vendre.
Il eft fous poil gris de fouris, âgé de
huit à neuf ans .
L'adreffe eft au bureau .
No. 206. Maifon à Arcücil prés Pa
is, à vendre.
Elle eft bâtie depuis 10. à 12. ans ; le
prix eft de 3500. livres .
1
Le memoire eft au bureau.
No. 207. Finie .
No 208. Un Tablier à raifeaux d'or,
pour
Au bureau.
No. 209. Finie.
30.
liv
.
No. 210. On demande une maiſon de
canipagne à acheter , du prix de fept à
8000. livres .
L'adresse eft an bureau.
No. 211. On demande une tableà
jouer, garnie de velours , à acheter.
L'adresse eft au bureau.
No. 212. Ondemande à placer environ
50000 livres efpéces , fur des nantiffements
en billets d'Etat , ou autres
effets mobiliaires , dont il fera paffé
acte pardevant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
No. 213. Un beau Tableau original, reDE
DECEMBRE . 255
préfentant une fileuſe ; à vendre.
Il est d'un des bons maîtres du fiécle,
pour
Au bureau.
400.
1.
N. 214. On demande à acheter une
Terre, la plus proche deParis que faire
fe pourra , depuis 40000. écus juſqu'à
200000. livres .
Que ladite Terre foit en Château ,
Prés , Bois , &c.
L'adreffe eft au bureau.
No. 215 On demande à emprunter
vingt à 30000. livres d'efpèces .
On hypothequera un bâtiment neuf
à Paris.
L'adreffe eft au bureau .
No 216. On demande une tapifferie,
verdure, d'environ dix aûnes .
L'adresse eft au bureau.
No. 217. On demande une maifon
à louer.
Qu'elle foit fituée depuis le coin
de la rue Saint Sauveur , jufqu'au Palais
Royal , ou dans les rues qui y aboutiffent.
N.218 . Avis , pour mettre des Enfans
en penfion , depuis l'âge d'environ
deux ans .
Pour douze à quinze livres par mois.
Yij
256
LEMERCURE
L'adresse eft au bureau.
No. 219. Affaire particuliere.
No 2 20. Un Habit de la Vannerie du
Louvre , à vendre chez un Tailleur.
L'adresse eft au bureau .
-Changement de demeure.
No. 2 2 1. Monfieur Porus Mc Boutonnier
, qui demeuroit ci - devant ruë
Saint Sauveur , donne avis qu'il de
meure préfentement rue Saint Denis ,
devant la Huche verte , aux vieilles
étuves .
No. 222. Finie.
N. 223. On demande une maifon à
loüer .
Qu'elle foit à porte cochere ou boutique
, fans corps de logis derriere , an
quartier S. Honoré , ou au Faubourg
Saint Germain ; du prix de mille , douze
à quinze cent livres.
L'adreffe eft aus Bureau.
No.2 24. Un Meuble précieux à vendre
.
Il est compofé de fix fauteuils , un
canapé , un écran , deux placets travaillés
en petits points de foye , figures reprefentans
des hiftoires & payfages ; le
tout d'une beauté parfaite , le prix eft
DE DECEMBRE. 257
•
de 2000. livres efpéces & 2000. en
billets de l'Etat.
L'adreffe eft au bureau.
No. 225. Finie .
No. 226. On demande à placer pour
1 2 30. livres de billets de l'Etat.
L'adreffe eft au bureau.
N 227. UN PETIT COFFRET de bois ,
garni de chaton & de filagrame d'argent
, à vendre pour
Au Bureau.
* 25 liv.
No. 228 UN LIT de Tapiflerie à
vendre.
"
Le dedans eft de Taffetas aurore ,
garni de trois pointes , & trois foubaffemens
de Tapifferie par bandes , de
moire aurore ; les deux bonnes - graces
de Tapifferies en plein & les
quatre rideaux doublés en plein de
taffetas aurore , le grand Doffier &
l'Impérial doublé de toile > pour
450 liv.
Un habit d'Eté avec fa vefte , galoné
d'argent fur les manches & les poches
en plein , pardevant & par derriere
, pour 60 liv..
Au Bureau.
No 229. UN PARTICULIER , à quil
il est dû deux années de rentes de sol
Yiij
258
LE MERCURE
par chacun an , payables à Paris , vou
droit les tranfporter avec garantie ,
de même qu'une Promeffe de 312 liv.
10 fols.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 230. Vafes précieux & des Tableaux
originaux à vendre .
L'adreffe eft au Bureau .
No 231. On demande à emprunter
16 à 17000 liv. d'efpéces , fous le
cautionnement d'une perfonne de
Paris connue , & qui pofféde environ
12 à 1 500000 livres de biens en
fonds , confiftants en Maiſons dans .
Paris & en Terres..
L'adreffe eft au bureau ..
No 232. Un Garçon demande à emprunter
20000 1. en espéces, & 10000
1. en billets de l'Etat..
C'est pour 4 ans ; l'on affectera &
hipotequera pour plus d'un million de
biens à Paris .
L'adresse eft au bureau.
No 233 Plufieurs pièces de Dentelles
de Maline à vendre.
" Elles montent à 104 IL. 1 f 6 d. fui
vant la notte inferée au Regiftre du
Bureau qui les fera voir;
No 234 On demande une vefte
DE DECEMBRE.
259
d'Etoffe d'or pour l'efté.
L'adresse eft au bureau .
No 235. On demande à emprunter
1000 1. espéces
L'on hipotequera une maiſon ſciſe
à une demie lieue de Paris , que l'on
déclarera franche & quitte; elle produit
400 l de rentes par an , & indépendamment,
il donnera caution qui certi-.
fiéra que ladite maifon eft franche &
quitte .
L'adresse eft au bureau.
No 235. finie .
No 237. finie.
No 238. L'on demande à placer en
viron 6000 liv. partie en billets d'Etat.-
L'adreffe eft au Bureau .
*
No 239. Demande particuliere : On
en trouvera au Bureau les éclairciffe :
mens néceffaires.
N 240. Cinquante mil livres d'ar .
gent à placer , en donnant de bonnes
feuretés .
L'adresse eft au Bureau.
No 241. finie.
• No 24 Un Particulier demande
à emprunter 4000 liv. à conftitution
de, rente .
C'eft pour les employer ; fçavoir
160 LE MERCURE
2000 liv. au Bailleur de fonds de la
Maifon acquife par ledit particulier ,
& les autres 2000l . pour parachéver de
payer les Ouvriers qui ont travaillé
aux Ouvrages & réparations qui y êtoient
à faire.
L'adresse eft au bureau.
No 243. On demande à acheter une
veille Tapiflerie d'Aubuffon ou d'Auvergne,
de 13 à 14 aûnes de cours ,
fur deux un quart de haut au moins.
On y mettra jufqu'à 250 liv.
L'adresse eft au bureau.
No 244 Dentelles en gros à ven- .
dre. Il y en a environ II aûnes.
274 liv. 13 f. 8 d.
L'adresse eft au bureau.
pour
No 245. Um Habit complet pour
femme à vendre.
Il eft de Damas brodé d'or & fove ,
manteau & juppe de huit lais , non
monté pour
me.
Au bureau:
No 245. Un autre habit
650 liv.
pour fem-
Il eft de Damas brodé , argent &
foye ,la juppe ayant huit lais non mon
té
pour
Au bureau..
350 liv.
DE DECEMBRE. 261
No 247. finie .
No 248.Une Garnitured'Angleterre,
à raiſeau , à 2 piéces fans fond , à vendre
pour
Au bureau.
100 liv.
No 249. Tableaux à vendre .
Sçavoir une Marine fur toille . 35 1.
Une autre grande Marine . 35 liv.
Une Simphonie ou Mufique. 15 liv
Un Hyver.
Une Réveufe
Un Païfage.
Autre Païfage,
30 liv
20 liv
20 liv
20 liv.
liv.
Un Tableau Flamand pour 25
On les fera voir au Bureau.
N 250 Affaire particuliere .
N° 251. Affaire particuliere.
No 252 Un Particulier demande à
emprunter 500 1 efpéces pour 6 mois .
I nantira d'une ordonnance fur le
le Tréfor Royal de 14000 1 . pour la
liquidation d'un office de Sécretaire
du Roy , & il en fera paffé un acte
devant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
par
No 253 On demande à emprunter
à conftitution de rente, 4000 1. efpeces
C'est pour employer au parfait payement
d'une Terre de 180000 1. Ainfi,
il y a emploi & un privilege certain .
$262 LE MERCURE
L'adresse eft au bureau.
No 254 On demande un meuble à
acheter.
Qu'il foit complet , il n'importe de
quelle couleur ; mais qu'il foit propre
, avec une batterie de cuisine .
On y mettra environ.
L'adresse eft au bureau.
6000 1.
No ass. Affaire particuliere..
No. 256. On demande à emprunter
200 livres pour un an..
On hypothequera un contrat de
4400. livres fur l'Hôtel de Ville de
Paris,que l'on déclarera franc & quitte.
L'adresse eft au bureau.
No. 257. Un contrat de rente fur
l'Hôtel de Ville à vendre.
Il eft de 5500. livres de principal.
L'adresse eft au bureau.
No.
9.258. Un jeu de paume à vendre.
Il eft d'environ vingt à 2 2000. liv.
L'ddrefse eft au bureau .
No. 259. Demande particuliere.
On en trouvera les éclairciffements
convenables au Bureau .
No. 260. On demande à emprunter
à fond perdu.
On voudroit trouver une perfonne,
qui voulût mettre fur une Terre à fond
perdu , 20000 écus au denier 16. dont
DE DECEMBRE. 26
l'acquiſition eft de 1 20000. livres,produifant
8000. livres de rente par an.
L'adresse eft au bureau.
No. 261. N. Demande à emprunter
20000. livres d'argent .
On nantira de 5000. livres de billets
de l'état , dont fera paffé acte par
devant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
No 252. Un Habit d'homme brodé
en argent , à vendre.
Il eft de drap brun , avec les paremens
d'étoffe d'argent , & or fur-brodés
, doublé de chagrin ,couleur de feu,
avec la culotte.
Au bureau.
No. 263. Marché de laine à faire.
Un Particulier voudroit trouver une
perfonne , avec qui il pût faire marché,
pour lui fournir trente livres de laine
par femaine , toute prête à filer , ou
huit à dix livres de filée , ainſi qu'il fera
convenu .
L'adresse eft au bureau.
No. 264. Marché de faffran à faire.
Un Particulier demande qu'on lui
fourniffe huit ou dix livres de faffran
par femaine,lec , ou fraichement cüeilli
, au choix de l'Acheteur , même pour
264 DE DECEMBRE.
plus grande quantité ; ainfi qu'il fera
convenu .
L'adresse eft au bureau.
No. 265. N. Demande à acheter
une Terre , & veut vendre une berline ,
& une chaife de pofte.
Que la terre foit fituée au tour de
Paris , & du prix de dix- huit à 20000.
livres de produit au denier 20.
La Berline eft un caroffe coupé, doublé
de velours, avec les harnois.
La chaife de pofte eft doublée de
drap écarlate.
L'adresse eft au bureau .
No. 266. Affaire particuliere .
No. 266. N. Demande à emprunter
300. livres d'argent pour fix mois.
On hypothequera un contrat de
1400. livres de principal, fur les mouleurs
de bois ; vifé & liquidé , duquel
il fera paffé acte par devant Notaires .
L'adresse eft au bureau.
No. 267. Tapisserie de Flandre à
vendre.
Elle contient fix piéces , ayant enfemble
dix- huit aûnes de cours , fur
deux aûnes & demie de haut , doublée
par bandes, petit cadre bien rembruni ,
& elle eft fraîche , pour
550.
liv.
On
DE DECEMBRE
265
On les fera voir au Bureau.
N°. 268. Affaire particuliere.
No. 269. Affaire particuliere.
N°. 270. Diverses Tentures de tapifleries
, d'Aubuffon , & de félletin ,
& fauteuil à vendre.
Une verdure de fix pièces , fut deux
aûnes un grand tiers d'hauteur , à double
broche bordée à Grotefque , coin à
coquille , bande , mufque tirant 16.
aûnes , un tiers , pour sso. liv.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 271. Six piéces verdure de felletin
, bordée avec des cartouches au milieu
, bandes bleuës , fur deux aûnes &
demie d'hauteur , tirant 17. dûnes , pour
L'adreffe eft au Bureau. an
380. liv.
&
No. 272. Sept pieces de tapifferies ,
verdure trés- fine , fur deux afines & demie
de haut , bords à ornement ,
portes bandes de mufque , deffin avec
des parterres ; tirant 19 , aûnes , cinq ,
fix , pour
1393 liv.
L'alreffe eft au Bureau .
No. 273. Six pieces , verdure fur deux
aûnes & demie d'hauteur , bords , dits
à la Romaine ; coins à Dauphin , bandes
bleuës , tirant dix fept aûnes deux
Ꮓ
266 LE MERCURE
tiers , pour
L'adreffe et au Bureau .
No. 274 Finic .
Nº.
No. 275. Finie .
424.liv.
No. 276. N. Demande à emprunter
2000. livres de billers de l'Etat.
On rembourfera ladite fomme , d'année
en année, par 400. livres en espéces,
& on donnera toutes les fûretés néceffaires.
L'adreße eft au Bureau-
N°. 277. N. Demande à emprunter
2000. livres , ou 1590. feulement d'atgent
.
On hypothequera une Maifon & Terres
, fituées à la valée de Montmorency
, de valeur de 10000. livres , qui fe
ront déclarées franches & quittes.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 278. N. Demande à emprunter
3000, livres en billets de l'Etat.
On prendra ladite fomme à conftitution
; & on hypothequera une Terre
Seigneuriale , eftimée 20000. livres , &
affermée 800 , livres , fituée dans l'Election
de Mantes .
L'adreffe eft au Bureau,
N°. 279. N. Demande à acheter une
Maiſon à Paris ,
DE DECEMBRE 267
Qu'elle foit fituée dans un bon &
beau quartier: On y met ra depuis trente
jufqu'à foooo . livres , & même quelque
chofe de plus ; on payera moitié comptant
, & l'autre moitié en contrat fur
la Vile , ou en bi lets de l'Etat , ou en
conftitution fur la maifon , & fur les autres
biens,
Ou bien , on placera le même fond
fur des maifonsà Paris, ou fur autres bons
privileges & déclarations d'emploi .
L'adreße eft an Bureau.
a
N°. 280. Ñ. Demande à le défaire
d'une Penſion en argent comptant.
Elle eft de 450. livres fur le Tréfor
Royal.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 281. N. Demande à acheter une
bigue & une chêne d'or , de rencontre
.
Que le Diamant foit d'environ soo. I.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 282. N. Demande à acheter une
Montre unie de bons Maîtres.
L'alreffe eft au Bureau.
·N °. 283. L'on demande à placer
des billets de l'Etat , de plufieurs manieres.
Z ij
268
LE MERCURE
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 284. Ceintures de femmes , cotdons
de Cannes , or , argent & foye , à
vendre.
No. 285. Une couverture de laine blanche
, à vendre.
Au Bureau .
Nº . 286. Un Paravant trés- curieux,
à huit fcüilles , orné de plufieurs figures
d'hommes & d'animaux , à l'endroit
& à l'envers , pour
An Burean.
5oo. liv.
No. 287 N Demande à emprunter
1200 livres en efpéces , pour trois mois. ·
L'on hypothequera un contrat de
l'Hôtel de Ville , au principal de 5000 ,
liyres ; lequel eft à un garçon , qui le
déclarera franc & quitte.
adre e au Bureau ..
No. 288. N. Demande à acheter des
Con rats , fur les Etats de Languedoc
& de Bretagne .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 289. On demande une maison à
loüer , & un caroffe coupé à acheter .
Que la maifon foit à porte cochere ,
écurie , remife , cave , & grenier , de huit
à 900. livres , & même 1000. livres de
loyers ; qu'elle foit fituée dans l'undes
DE DECEMBRE 269
Quartiers de Richelieu , Butte de Saint
Roch , ou Faubourg Saint Germain
ou au tour des Théatins , ou de l'Abbaye
Saint Germain des Prés ; & que
le caroffe foit de fept à 8oo . livres.
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 290. N. Demande une maiſon
à vendre.
Elle eft fituée à Paris , du côté de la
rue de Bourbon .
La même perfonne demande à emprunter
2000. 1. & on l'hypothequera,
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 291 Caléche à vendre. Elle eft
doublée d'un velours cramoifi , les Campannes
de foye aurore , avec cinq grandes
glaces , les cuirs & la dorure belle;
& le tout comme neuf , pour 3000. I.
L'adreffe eft an Bureau.
N°. 292. Office de Secretaire du Roy,
à vendre en la Chancellerie du Parlement
de Besançon , dont la finance eft de
25000. I. il y a les augmentations de
gages .
L'adreße eft au Bureau.
N°. 293. C'est la tapifferie magnifique
qui eft tranfportée au commencement
de la lifte..
N°. 294. Habit , écharpes , fau-
Z iij
270 LE MERCURE
teuils & chaifes à vendre.
L'Habit eft de drap brun , fur couleur
noilette , brodé en argent.
L'écharpe eft de taffetas blanc d'Angleterre
, brodé de plufieurs couleurs en
foye , garnie de feugere ; le corps eft de
gafe noire à fleurs.
Deux deffus de fauteuils de petit
point en laine , à fond blanc.
Un fauteuil de commodité , à fond
de laine noire de petit point, quatre chaifes
, & deux tabourets à fond noir de
pareil deffin , le tout non monté.
L'adreffe eft au Bureau .
N°. 295. N. Demande à ceder deux
fols d'interêt dans une Ferme.
On prendra des billets de l'Etat.
L'adreffe eft an Bureau.
N°. 296. N. Demande à emprunter
soo. livres en espéces pour fix mois .
On nantira de deux quittances de
finances de rachat de Capitation , montant
en principal & inrerêt à 3065. lie
vres 14. fols 4. deniers ; il & en fera
paffé un acte par devant Notaires.
L'adreße et au Bureau.
No. 297. N. Lemande à emprunter
4000. livres ; un tiers en billets de l'E
Tat
1
DE DECEMBRE. 271
Deux Freres feront folidairement une
conftitution de ladite fomme , ou céderont
plufieurs parties de rentes , dont
les principaux font de 44300 l .; ainſi
qu'il eft plus amplement décrit fur le
Registre.
L'adreße eft au Bureau.
N° 298. Caroße coupé à vendre.
Il eft de velours craimoify à rama ,
ge , le tout bon , comme neuf.
L'adreffe eft au Burean.
No 299 Deux Tableaux à vendre.
Ils font de grands Maîtres , l'un reprefente
un Paï fage , & l'autre , une
Tempeſte.
"
On les fera voir au Bureau.
No 300. Une Charge. Une Charge de Confeiller
en la Cour des monnoyes à vendre .
L'adreffe eft au bureau..
Na 301. Affaire particuliére.
N° 302. Contrat de rente fur l'Hô
gel de Ville à vendre.
Il eft de 3000 l. de principal , ou on
empruntera 1200. 1. & on hipotequera
ledit Contrat.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 303.N.Demande à acheter des ro
bes de chambre de Damas , & des juppes
de drap de faint- maur.
Z iiij
272 LE MERCURE
Il n'importe de quelles couleurs
foient les robes de chambre.
L'adreße eft au Bureau.
N° 374. N. Demande à acheter une
Tapiflerie .
Qu'elle foit de ferge ou de foye, pro.
pre à un Cabinet.
L'adreffe eft an Bureau.
· N° 305- Contrat de Conftitution
de rente..
C'eft une portion de 7600. 1.
On donnera toutes les facilités convenables..
La même perfonne fouhaiteroit encore
vendre une portion de 3000 ! .
qu'il a fur un Contrat de 6000 1. qui
eft principalement hipotequé fur une
Terre , dont les déniers ont êté employés
à l'acquifition .
L'adreße eft au Bureau.
N ° 306 finie .
N° 307. N. Demande à acheter une
robe de chambre d'homme & de
femme de Calemande ou d'autres
Eroffes.
>
Qu'elles foient de rencontre & à bon
marché .
L'adreffe eft au Bureau.
N° 508. NDemande à acheter une
DE DECEMBRE. 273
Tapiflerie des gobelins , Berline , Bague
, & Pendulle.
Que la Tapiflexie foit de 3 à 4000
1. Que la Bague foit pour homme , &
d'un brillant de 12 à 1500l . & que la
Pendulle foit de 2 à 300 l.
L'adreffe eft au Bureau.
•
N° 309. N. Demande à acheter un
lit de ferge , chaifes , commode , Diamans
& Montre d'or à répetition .
A
Que le Lit de ferge foit couleur de
feu ou cramoify , bordé de blanc avec
fa garniture complerte , & à la ducheffe
, d'environ 4 à 500 l , avec une demie
douzaine de chaifes & une Commode.
Que la Bague pour homme, foit d'un
Diamant brillant de 4 à 500 I , & la
Montre d'or à répetition aufli de 4 a 500
1.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 310. On demande à emprunter
de
l'argent.
tés ..
On donnera de trés bonnes feure-
L'adreffe eft au Bureau .
No 311. N. Demande à placer 40000
1. de billets de l'Etat,
Soit à conftitution ou à rendre en
differents tems , ou on les employera en
1
274 LE MERCURE
achat de meubles de differentes natures.
L'adreffe eft aus Bureau .
N° 312. On demande à acheter un
trumeau .
Qu'il foit de cinq pieds d'hauteur
& de ; pieds de largeur.
L'adreffe eft au Bureau,
N° 313 N. Demande une Terre ou
Ferme à acheter.
Que la Terre foit du prix depuis
3000 1. jufqu'à 10000 1. & éloignées
de Paris depuis 6 lieües jufqu'à 3olieües.
L'adreffe eft aus Bureau.
N° 314. N. Demande à achetter une
véfted'Etoffe d'or ou d'argent , & une
juppe de velours noir .
La même perfonne demande un Domeftioue
qui ait au moins 40 ans , fçachant
faire la cuifine & qui foit à toute
main.
L'adreffe eft au Bureau .
N° 315. N. Demande à acheter une
Tapiflerie fine , à perfonnages, d'environ
3000 1.
Plus deux faureüi's .
L'adreße eft au Bureau.
N° 316. N Demande à acheter
Maitons , Terres ou Rentes , ou à plaDE
DECEMBRE. 275
cer un fonds fur divers particuliers .
L'adreje eft an Bureau.
N° 317. N. Demande à acheter des
fauteuils dorés & des rideaux de fenêtres
.
Que les fauteiii's foient faits à la mode,
garnis non couverts, & que les deux
rideaux foient de Damas où de Taffetas
cramoify .
L'adreffe eft au Bureau.
N° 318. N. Demand: à placer ou à
acheter diverfes chofes en billets de
l'Etat , partie en argent.
L'adreße eft au Bureau,
N° 319. N. Demande à acheter Dentelles
, Tabatiére , & Montre d'or pour
homme & pour femme.
L'adreffe eft an Bureau.
N° 320. N. Demande à convertir
des billets d'Etat en rentes, fur des parti
culiers
L'adreffe eft au Bureau.
N° 321. N. Demande à acheter une
Maiſon ,
Qu'elle foit fituée à Paris , & au deffous
de 40000.1 . On payera le prix de
l'acquifition en espéces , pourvû qu'elle
n'ait aucunes charges.
L'adreße eft an Bureau.
275 LE MERCURE
Nº 322. Ce sont deux Navires , dont
il est parlé au ' article de cette Lifte.
No 323. Affaire particuliére.
N° 324. Jufqu'au Nº 329. Affaires
finics .
N° 330. Sept livres de foye d'Italie
fillées , à vendre pour
Au Bureau .
80. l.
N° 331. N. Demande à emprunter
15000 1. efpéces .
C'eft pour achever de payer des Ouvrages
& Bâtiments déja avancés ; l'on
fournira une déclaration d'emploi fur
& Maifons .
L'adreffe eft au Bureau.
Nº 332. On demande un meuble
complet à acheter.
C'est - à - dire , une Tapiflerie de Damas
cramoify , avec 8 fauteuils , un
fopha comme tout neuf; plus un
écran, un trumeau qui ait tout au moins
3 pieds de large , & la hauteur à proportion.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 333. N. Demande à acheter un
Diamant brillant en bague , pout homme,
de 10 à 1200 1. & une juppe de
velours noir,
L'adreffe eft an Bureau.
DE DECEMBRE
277
N° 134. Charge d'Aumonier ordinaire
en Cour , à vendre , pour 5000 1.
Elle jouit de tous les Privileges des
grands Commenfeaux de France ; elle
peut être poffedée à fimple Tonfure ;
elle produit de révenu , fçavoir 547 l .
10 f.pour nourriture , payables en argent
par chacun quartier ; 200 1. d'apointements
; 6ol.de fourniture & 180 ' .
de bon par an ; plus un logement à Paris
de trois chambres eftimées 300 1. par an ,
outre deux autres en deux Maifons Royales.
Les frais de reception iront à 150
1. pour l'acquereur.
L'adreße est au Bureas.
No 335. Un gand Tableau reprefentant
le jugement univerfel , à vendre .
Il et de 7 pieds 2 po . de haut , &
de 6 pieds 2 po. de large fur toille ,
de
C'eſt une copie tirée fur l'original , d'aprés
Michel Ange fur leVatican deRome
On le voit au Bureau .
N » 336. Montres à vendre .
>
Depuis ce N jufqu'à 339 , font pluficurs
Montres de differents prix ,
parmi lesquelles il y en a une à répetition
d'or.
A a
278 LE MERCURE
On en donnera l'adreffe.
N 340, Affaire particuliére
No 341. N. Demande à emprunter
soo 1, efpéces.
On hipotequera un Contrat de rente,
fur l'Hôtel de Ville de 4850. 1. de
principal , que l'on déclarera franc &
quitte.
L'adreße eft au bureau.
No 242. Deux bagues à vendre.
L'une eft carrée , taillée en rofe pour,
4501
.
Et l'autre
en coeur
, auffi
taillée
en
rofe
, pour
300
1. Au
bureau
.
N 344 Un Pied de table à confolle,
fculpté , en tête de Dragon d'oré ,
comme neuf, à vendre.
Au bureau.
40 1.
No
345. On
demande
à acheter
à
vie
une
maifon
, à Paris
ou à la Campagne
, de 8 à 900
1. de loyer
.
la
Que la maison de Campagne foit à
3 ou 4 lieues de Paris , fortant par
porte faint Bernard , ou par celle de
faint Antoine , du prix de 4 à 5000 l .
qu'il y ait un peu de terrain en cour
& en jardin.
Que la maifon dansParis , foit à porte
cochere , remite & écurie , avec un
DE DECEMBRE. 279
jardin , il n'importe du quartier ny de
l'éloignement.
L'adresse eft au bureau .
No 346. Un Particulier demande une
place de fécretaire ou gouverneur d'enfans.
Il fçait le Latin , l'Eſpagnol , l'Aritmethique
, & les affaires.
L'adresse eft au burean .
No 347. finie .
No 348. Un (arofse à deux fonds
à vendre .
Il eft de bois peint en ébeine , doublé
de damas à feuilles mortes , & à feurs
noires & aurores , avec 3 belles glaces
, & quatre bons réforts ; il eft d'environ
4. à fool.
L'adresse est au bureau .
No 349. N. Demande à fe deffaire du
billet d'un particulier d'environ 2020 l .
L'adresse du Propofant est au bureau.
No 350 : 351. & 352. font Plufieurs
fichus brodés , or , argent & foye , fur
gaze d'Italie , à vendre.
Les uns font à 3 l . 6 ſ. 6 d . & á
51. 14 f. & les autres à 9 l . 10 f. de
toutes couleurs.
Au burean.
7
No 353. N. Demande à acheter une
bonne Berline. A a ij
LE MERCURE
"
Il n'importe de quelle couleur le dedans
foit.
L'adresse est au bureau.
No 354. N. Demande à acheter un
habit court avec un manteau pour un
Eclefiaftique.
On y mettra jufqu'à 60 1 .
L'adresse est au bureau .
No 355. N. Demande à acheter une
Terre , à haute , moyenne & baffe juftice.
Qu'elle foit hors de toutes capitaineries
, diftante de Paris , depuis 8 jul
qu'à 16 lieües : S'il y a Riviére , en remontant
de Paris , du côté d'Auxerre
ou de Nogent fur Seyne, on fera content
que la diſtance foit d'environ 25 lieües ,
fi plus prêt elle ne fe trouve.
L'adresse eft au bureau ,
No 356. N. Demande à placer des
billets de l'Etat.
L'adrefe eft au bureau .
No 357. Demande à emprunter 1000
1. fur une maison à Paris .
Elle produit 240 1. de rente ; on la
déclarera franche & quitte , & on payera
l'intérêt au dénier 20 .
L'adresse eft au bureau.
No 358. N. Demande à acheter une
DE DECEMBRE 281
maifon aux environs du Palais.
Qu'elle foit à porte cochere ou une
belle porte batarde ; on y mettra environ
L'adresse est au bureau.
30000
1.
No. 359. Ceintures de femmes ; fines,
* de faye , mêlées d'or & d'argent , à vendre.
Il y en a de differents prix , & de di-
- verfes couleurs ; ainfi qu'on en fera voir
au Bureau les échantillons .
1
• Nº, 360. Chaife de poste , comme
neuve , à vendre .
Elle eft doublée de velours , à ramige
, à refforts d'Espagne , Elle a coûté
d'hazard soo . livres , & n'a fait que le
voyage d'Alençon .
L'adresse est au bureau.
N° , 361. N. Demande à emprunter
1000. livres à dé eguer
,
fur des loyers
de maitons pour le remboursement.
L'adrelse est au bureau .
N°. 362. N. Demande à vendre une
maifon à Paris , ou à emprunter 3000.
livres à conflitution .
Elle eft nouvellement rébatie ,
prés de la place Maubert , & a êté acquife
par decret ; pour fûreté de l'emprunt
, on hypothequera ladite maifon
A a iis
282 LE MERCURE
que l'on déclarera franche & quitte ,
avec 20000 livres de principaux fur.
l'Hôtel de Ville .
*
L'adreffe eft au Bureau.
No. 394. Une Montre à vendre.
Elle eft de métal doré, cizelée, à grand
balancier ; émaille blanc , pour 55. liv.
Au Bureau.
No, 565. 7abatiere en étoile , garnie
de piéces d'or , & de chagrin vert , à
vendre.
Au Bureau.
No. 366. N. Demande à acheter des
foyers de marbres , des chambranles en
marbre & en pierre , avec des trumeaux
& gardes-feu do : és ou unis .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 367. N. Demande à transporter
un Billet en forme de Quittances , fur
le Tréforier des menus de la Maifon du
Roy.
L'adreffe eft au Bur as.
No. 368. Affaire particuliere.
No. 369 N. Demande à acheter un
Caroffe coupé , ou une Berline à deux
petits fonds , ou coupée
On y mettra ufqu'à mille ou 1200. l-
L'atreffe eft au Bureau .
N°. 370. Chaife de pofte , à vendre.
DE DECEMBRE 283
Elle eft fur quatre rouës , pour 400 .
L'adreße eft au Bureau.
No. 371. Finic .
No. 372. Montre à vendre .
Elle cit de métal de Prince , à grand
balancier , à boëre de chagrin noir , piquée
de cloux d'or , chaine à l'Angloife
de même métal , pour
Au Bureau.
75. liv.
No. 373. Un Particulier demande une
perfonne qui veuille s'accommoder avec
lui , des prétentions qu'il a pour un
compte de tutelle , qui eft pendant au
Bailliage de Tours ; le rendant - compte
fe trouve reliquaraire de 90co . livres ,
& eft fort folvable .
L'adreße eft au Bureau.
N°. 374. Un beaufufil , comme neuf,
à garniture dorée , à vendre, pour 100. 1 .
An Bureau·
Nº . 375. N. Demande à placer 2500.
1vres , partie en billets de l'Etat , partie
en argent , à rendre dans les remps
convenus.
L'adreße eft an Bureau .
No. 376. & 377. Plufieurs piéces de
ruban rayé , mêlé d'argent fur gros
grains, de diverfes couleurs , & à differens
prix, à vendre les uns à 3. livres 5. fols S
284 LE MERCURE
1
*
l'aune , & les autres,à 2. livres 5. fols.
Au Bureau
No. 378. Finie.
No. 379. Un Particulier , Me & ancien
Marchand , demande à s'affocier
avec une perfonne , pour fabriquer des
draps hins.
L'a'reffe eft au bureau,
N° 380 N. Demande à acheter une
Charge d'Architecte ou autres , à conftitution
, au denier 255 ou àરે payer en
quittances de finances d'une autre
charge , liquidées.
L'adreße eft au bureau.
N° . 381. Un Particulier demande un
emploi dans un Bureau , ou place de
Secretaire , ou Gouverneur d'enfans de
Qualité ; il fçait écrire, felon les principes
du plus fçavant Maître de Paris , &
fçait auffi les Mathématiques.
L'adreffe eft an bureau.
N°. 382. N. Demande à tranſporter
des interêrs échûs & à échoir , d'uneCharge
(uprimée , & dont le remboursement
a êté liquidé.
L'adreffe eft au burean .
No. 383. Apartementgarni à loiter.
C'est dans la rue Maubué au Saint-
Efprit , chez Monfieur Marior.
DE DECEMBRE 285
L'ameublement eſt trés propre , & à
lamode : Il fournira la nourriture, fi on
le fouhaite .
N. 384. Une garniture de point , à
raifeau , avec les engagantes , à vendre.
Au bureau.
Nº . 385. Une Enſeigne de cuivre de
la bonne grandeur , reprefentant la Pro-´
vidence , à vendre . .
Au bureau,
No. 386. Une Garde d'épée fur cuivre
doré, à vendre ; elle eft comme neuve,
2. liv. 10, f.
Au bureau.
No. 387. Plufieurs pieces de dentelles
communes , à differens prix , à vendre
.
Au bureau.
Nº . 388. N. Demande à placer 30oo .
livres de billets de l'Etat , ou à acheter
pour ladite fomme, divers effets de rencontre.
L'adresse eft au bureau.
N. 389. Montre à vendre .
Elle eft de métal de Prince doré dans
fa boëte de même métal , cifelée , faite
par Jean Baillon , pour
An bureau.
75.
liv.
N°. 390. boutons de poignets , montés
en or , à vendre.
286 LE MERCURE
"
Ils font d'Angleterre , & garnis de
chiffres , couverts de criftaux taillez ,
pour
Au bureau.
25. liv.
N°. 391. Un brafselet de vermeil ,
avec un chiffre couronné de deux Anges
, à vendre , pour
Au burean.
10. liv.
No. 392. On demande un Caroffe
doublé de velours cramoifi, à quatre pla
ces , avec une catéche à cinq ou fix places
, avec un dais .
L'adresse est an bureau .
AVIS AU PUBLIC.
Outes les Reconnoiſſances , que le
Tou &
tre délivrera au Public , ne feront fignées
que de M. Prieur.
Suplément au Journal de Paris.
LoyedeNo , entendit le beau
E Roy, aprés avoir affifté à tout
,
Sermon du P. Surian de l'Oratoire ,
dont le compliment à S. M. fut trés
applaudi. Cet Orateur Evangélique lui
*
DE DECEMBRE. 287
appliqua hûreufement ces paroles de
Şalomon : Parvulus ego fum , afpice in
me , fecifti me regnare pro patre meo .
Le Roy pendant le Sermon êtoit affis
fur un fauteuil , ayant à fa droite M.
le Card. de Rohan Grand -Aumônier ,
Mrs les Abbez de la Vieuville , Milon
, Maulevrier , d'Argentré & Caulet
fes Aumôniers ; à fa gauche Mgr le
Duc du Maine , & derriere , M. le Duc
de Villeroy & M. de Frejus fon précepteur.
M. le Prince de Cellamaré
Ambaffadeur d'Efpagne étoit vis- àvis
S. M. , & M. le Card . de Polignac
fur la gauche du Prie- Dieu . Toute la
la Chapelle étoit remplie d'un grand
nombre de Courtifans. Madame la
Comteffe d'Egmont fit la quête , pendant
qu'on chantoit le Magnificat à
Vêpres.
>
Le 24 du même mois , veille de Noël ,
Madame , Ducheffe de Berry , fe rendit
à l'Eglife de Saint Sulpice fa
Paroiffe pour y entendre la
Grand'Meffe Elle y arriva à onze
heures & demie , & n'en fortit qu'à
deux : On avoit placé fon Prie- Dieu
au milieu du Chour ; où quarante de
fes Gardes étoient rangez en haye , le
288 * LE MERCURE
4
moufquet fur l'épaule : Au - devant du
prie- Dieu , fur la droite , êtoient M.
I'Archevêque de Tours , fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget , M.
l'Abbé du Tremblé , M. l'Abbé d'Avejan
, & M. l'Abbé d'Anglade fes Aumôniers
, tous en Rochet. A la droite
de fon fauteuil , êtoit Madame la Ducheffe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, Meſdames les Marquifes de
Pons & de Mouchi , fes Dames datours ;
fur fa gauche , M. le Marquis de Cotenfao
fon Chevalier d'honneur , Mrs
le Chevalier d'Hautefort & Comte de
Rions fes premiers Ecuyers : Entre le
fauteuil & le prie Dieu , êtoient fur la
droite , Meldames les Marquifes d'Armentiers
& de Braffac ; fur la gauche,
Mefdames les Marquifes de Laval &
d'Arpajou , fes Dames du Palais : Derriere
fon fauteuil , êtot M. le Marquis
de la Rochefoucault fon Capitaine des
Gardes , & les autres Officiers de fa
Maifon Cette Princeffe alla à l'Offrande
, & donna dix Louis : Elle fit
de grandes libéralitez aux Quêteufes :
Madame de Courtemer y fit la quêre,
& M. le Duc de la Force y rendit les
Pains benits , qui furent portez avec
-
beaucoup
DE DECEMBRE. 289
beaucoup de folennité , accompagnez
de huit Haubois , fix Trompettes &
Timbales. La Grand'Meffe & Laudes
finies , cette Princeffe s'en retourna à
fon Pa'ais du Luxembourg ; efcortée
de fes Gardes du Corps , & de fes cent
Suiffes , dont le Tambour batit aux
champs , en entrant & fortant de l'Eglife
: Cette Princeffe alla le jour de
Noël entendre les Vêpres & le Salut
aux Carmelites de la rue Grenelle.
Le mêmejour Mer le Duc d'Orleans
alla entendre Matines & les trois Meffes
aux Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , précedé de M. l'Abbé Saucroix
fon Aumônier en quartier & du
reite de fa Chapelle accompagné
de M's les Marquis de la Fare, d'Etampes
, Capitaine des Gardes ; de M.
le Marquis de Simiane fon premier
Gentilhomme , & du refte de fa Maifon
Ce Prince fe rendit le jour de
Noël à l'Eglife de S. Eustache fa Pa-
Toiffe pour y entendre la grande Meſſe,
MADAME s'y rendit auffi , ayant communié
par les mains de M. de Magnas
fon premier Aumônier : Cette Princeffe
avoit à fa droite M. l'Abbé de Belle-
Fontaine , M. l'Abbé de Verthamon
& M. l'Abbé de la Gerle fes Aumôniers
en Rochet . Madame la Ducheſſe de
D.cembre 1717.
Bb
:
290 LE MERCURE
Brancas fa Dame d'honneurs , Madame
de Chateautiers fa Dame d'atour , M.
le Comte de Mortagne fon Chevalier
d'honneur , & M. le Comte de Simiane
fon premier Ecuyer. Le même
jour , ce Prince & Madame allérent à
1'Eglife entendre les Vêpres & le
Salut.
Le 25. Madame la Ducheffe de
Berry a fait M. le Marquis de Jars la
Roche- Chouart , Major dans fes Gardes
; cette Princeffe a fait aufli donner
un Jufte- au-corps de Brévet d'entrée
chez le Roy, à M. le Marquis de Ryons
Lieutenant de fes Gardes , & Gouverneur
de Cognac.
Toute la Nobleffe de Bretagne fe
conforme aux ordres dn Roy : Elle
envoye deux Députez à S. M. pour
lui faire fes foûmiffions.
On a appris que les Etats de Languedoc
voulant témoigner leur zele
& leur empreffement pour le fervice
du Roy , & fubvenir aux befoins de
l'Etat. , avoient accordé le 14 de ce
'mois d'un commun confentement , le
don gratuit ordinaire. Ils fupplioient
en même tems S. M. de leur conferver
M. de Bafville qui leur eft fort cher ,
& tout à fait néceffaire par fa pru
dence , & par la connoiffance qu'il a
DE DECEMBRE. 291
des affaires de la Province .
· M. l'Abbé Dubois eft reparti depuis
quelques jours pour l'Angleterre.
La Cour a envoyé des Lettres circulaires
aux Infpecteurs des Troupes ,
pour qu'ils ûffent à envoyers leur avis
par écrit , fur la réfolution où l'on eſt
d'augmenter l'Infanterie de Jo hommes
par Compagnie , & la Cavalerie
de Maîtres .
S
M. d'Ofier célébre Généalogifte , a
cédé tous fes Livres & fes Manufcrits
à la Biblioteque du Roy ; ' moyennant
une Penfion de 2000 livres, fa vie du
rant.
On va commencer inceffament l'Im
preffion des Vies des hommes illuftres
de Plutarque , revûës fur le manufcrit ,
& traduites en françois avec des remarques
hiftoriques & critiques , & le
Suplément des comparaifons qui ont
êté perdues . On décorera cet Ouvrage
des Têtes gravées d'aprés les Anti -
ques du Cabinet du Roy , ou autres
Monumens anciens , avec un indice
général de toutes les matiéres , par M.
Dacier de l'Académie Royale des Infcriptions
& belles Lettres , Sécrétaire
perpétuel de l'Académie Françoife ,
& Garde des Livres du Cabinet du
Roy , en VIII . Vol . In quarto , Ou-
B bij
192 LEMERCURE
vrage propofé , par foufcription.
On s'adreffera pour les foufcriptions
anx Libraires ici défignés : A Rome
chez J. B. Andreoli , à Leipfix ,
chez Thomas Fritch , à Londres , chez
Paul Vaillant ; à Léïde , chez P. Vander
Aa ; à la Haye , chez Henry du
Sauzer ; à Bruxelles ; chez F. Foppens;
à Lyon , chez Antoine Boudet ; à
Renres , chez Joſeph Vatart à Tou-
Joufe , chez Jean Tenne ; & à Paris ,
•hez Antoine Urbain Coutelier
Il y a quelques jours que l'on apprit 11
que le Courier revenant d'Espagne
avoit êté arrêté ; qu'on avoit enlevé de
la male deux paquets de Lettres , l'un
pour la Cour , & l'autre , pour l'Italie ,
& qu'on n'avoit point touché aux Lettres
des particuliers.
Les Lettres de Cadix du 7 , portent
que le Vaiffeau l'Hermione étoit entré
dans ce Port , avec prés de 40 millions,
dont 20 en lingois , & le refte en
Cochenilles & en differentes marchandifes
de prix. Ellesajoutent que la Flote
des Indes êroit abordée à la Havanne .
& qu'elle devoit arriver inceffament à
Cadix fort richement chargée.
Madame Ducheffe de Berry , ayant
dans fa Maifon une Charge de Maître
de fa Garde- Robe , qui n'avoit pas
DE DECEMBRE..: 293
efté remplie jufqu'alors , vient d'en
gratifier M. de Bonnivet Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de la
Tremoille Certe Princeffe y a attribué
peu de fonctions ; mais , des appointemens
affez confidérables ; &
cela , en confidération de la naiffance
illuftre de M. Gouffier , Marquis de
Bonnivet , forri de l'une des plus an
ciennes Maifons de Poitou , fi féconde
en grands hommes. -
Le 26 , Madame du Guefclin Cha-.-
noineffe de Miremont , manqua d'être
affaffinée par un Laquais qui la fervoir ..
Il s'êtoit caché fous fon lit , & dans le
tems qu'il la crut endormie , il eftoit
prêt à la percer d'un coup d'épée , lorfque
cette Dame ayant fenti une maint
qui la touchoit , elle fe leva précipi
tament farfon féant , & ayant préfenté
fes mains au devant , elle ûr le bon- :
heur d'empoigner l'épée , & en ayant
gagné le fort,elle ût l'adreffe de def
armer ce fripon , & aïant crié auffitor
aufecours ; elle ût encore la bonté de
kui dire de fe fauver . On prétend que
fa fille de Chambre & ce malhûreux
êtoient d'intelligence pour lui ôter la
vie , & enfuite la voler ; ils font l'un
& l'autre en prifon.
On commence à avoir des indices .
B biij
294 LE MERCURE
-
"
prefque certains de l'Auteur de la
mort de M. l'Abbé de Bonneuil & de
fon Valet. On ne doute plus préfentement
que ce ne foit un nommé Ruelle
, ci- devanr Soldat au Garde , qui
feul a commis ce meurtre. Il eft conf
tant qu'il n'en vouloit qu'au Domeftique
duquel il eftoit ami ; & croyant
avoir le tems, aprés s'en eftre défait, de
faire fa main; mais , comme je l'ai déja
remarqué , l'Abbé eftant arrivé plûtor:
que ce Scélérat n'avoit compté, il fe déermina
fur le champ de le tuer ; & en
teffet , il y a toute apparence que le
Maître eftant entré fans aucune défiance,
il lui affena un coup de lévier fur la
tête dont il l'étourdit , & l'acheva enfuite
: Aprés quoy,il fe retira avec un fac
de 1000 l , une Tabatiere & une Montre
d'or , qu'il remit le lendemain matin
aprés bien des allées & venues à l'Epoufe
du Valet qu'il avoit affaffiné ::
On a des preuves certaines de ce faits,
la femme eft en prifon , & l'on vient
d'apprendre queRuele eftant fur le point
d'eftre arrefté par deux Exempts qui:
l'avoient fuivi à Bar- le- Duc , s'eftoit
plongé un Poignard dans le coeur dont
il est mort. Le fcellé que l'on avoit
d'abord appofé fur toutes les Armoires
& Commodes de M. l'Abbé de BonDE
DECEMBR.E. 195
neuil a efté levé ; on y a encore trouvé
1400 liv . en espéces.
Le 29. l'Opera ouvrit pour la premiere
fois le Bal, tel qu'il s'eft donné
les années précedentes , il continuera
à l'ordinaire. M. Dancourt prépare une
petite Comédie , fous le titre de la Déroute
du Pharaon .
On s'eft mépris dans le Mercure de:
Novembre , lorsqu'on a avancé , que le
Roy d'Espagne avoit exilé le Duc de Linarés
; c'eſt le Duc d'Eſcalona , Grand
Maître de la Maifon du Roy , Chevalier
de la Toifon d'Or , & ci- devant
Vice- Roy de Naples : Il paffe pour un
des plus fçavans hommes de l'Efpagne ;
comme fon exil ne provenoit que de
quelques formalitez du Palais touchant
fa Charge , il ne faut pas être furpris,
fi S. M. C. la rapellé bien- tôt , & fi elle
l'a comblé d'honneurs & de careffes à
fon arrivée , auffi bien que le Comte de
Montijo , qui avoit êté éloigné de la
Cour , pour avoir toleré quelques - uns
de fes Domeftiques furpris en contrebande
.
Feu M. le Noble aïant compofé plufieurs
ouvrages qu'il a fait imprimer
par differents Libraires ; ce qui les rend
trés-rares ; M.. Ribou a crû faire plaifir
au Public de les ramaffer enſemble , &
296
DE
DECEMBRE
d'en donner une nouvelle Edition , fans
aucun retranchement, que de quelques
piéces qui ont paru fous fon nom avant
fa mort , & qui ne font pas de lui.
ARTICLE DES MORTS.
Ame Marie de Comans d'Aftrie
veuve de MreJean RoüilléComte
de Meflay , Confeiller d'Etat ordinaie
mourut le 30. Novembre 1717 :
Elle eftoit fille de Thomas , de Commans
d'Aftrie , Maitre d'Hôtel ordinaire
du Roy , & de Jeanne Forger ,
& elle a eu pour enfans, feu Jean Baptifte
Rouillé , Comte de Melay
Confeiller au Parlement , mort de-
>
puis peu , laiffant pour fils unique de
fon mariage avec feue Anne Catherine
de la Briffe , Anne Jean Rouillé , Comte
de Mellay , Confeiller au Parlement ,
Marie-Anne Rouillé , mariée le 21 .
Decembre
1677 , avec Charles Denis
de Bullion , Marquis de Gallardon ,
Prevoft de Paris , & Gouverneur
des Provinces du Maine , Perche , &
Comté de Laval , morte le 29. Seprembre
1714 , Marguerite
Therefe-
Rouillé , Marieé 1les . May 1687 ,
avec Jean- Baptifte-François de Noail -
les , Marquis de Noailles , &de MorrDE
DECEMBRE. 297
telar Lieutenant General au Gouverne
nent de la Haute Auvergne , &
Marechal des Camps & Armeés du
Roy , 29. leo. Mars 1702 , à Jean
Armand du Pleffis de Vignerod Duc
de Richelieu , Pair de France Chevalier
des ordres du Roy , & Elifabeth
Rouillé , Marieé le 2. Septembre
1683 à Etienne Jean Bouchet Marq. de
Leffart , alors Confeiller au Parlement
de Metz , depuis Maître des Requê→
tes & Confeiller d'Etat.
Mre Pierre de Bragelongne Préfident
honoraire aux Enquestes du Parlement
de Bretagne , où il avoit esté receu dés
l'an 1683 , mourut les Nov. 1717 , il
eftoit fils de Pierre de Bragelongne
Treforier General de l'ordinaire des
uerres , & deClaude delaCour: Il avoit
époufé Marie de Gaumont , foeur de
Mr de Gaumont à préfent Maiftre des
des Requeſtes , & de ce Mariage il ne
luy eftoit resté que Marie Catherine
de Braguelongne , Marieé, en 1709
à Michel Chauvin , Confeiller au Parlement
& Conf. aux Req. du Palais,
mort peu de temps aprésfon Mariage.
Meffire Eftienne Baudouin , Con--
feillier Honoraire de la Grande
Chambré du Parlement de Paris ,
mourut le se Decembre àAthis âgé de
198 LE MERCURE
3 ans , fans eftre marié.
Dame Louife Diane Dauvet des Ma
refts veuve de Mre Gafpard de Caftille
Marquis de Monjeu Baron de
Dracy, mourut le 7. Decembre , laiffant
pour fille unique Marie Louife Chriftine
de Caftille , marieé avec Anne
Marie Jofeph de Lorraine Prince de
Harcourt Madame de Caftille eftoit
Tante de Mr le Comte des Maretts
Grand Fauconier de France .
De Angelique Bellier de Plabuiffon
femme de Mre Ifidore Lotin Chevalier
Seigneur de Charny , Confeiller Honoraire
au Grand Confeil mourut le 10:
Decembre .
MARIAGES.
Le 23 Decembre, Meffire Pierre- Jean
Romaner , Confeiller au Parlement , a
époufe Dfelle M.Charlo . d'Eftrades, fille
de Mre Godefroi Louis Com.d'Eftrades
Gén.des Arm du Roi, Maire perpétuel , &
Gouv.delaVillede Bordeaux , quieftmort
de fes bleffures la derniere Campagne
de Hongrie ; & de Dame Charlotte le
Normand.
NOUVELLES DIVERSES.
E Nonce du Pape a êté obligé de
fortir de Naples , par Ordre de
P'Empereur en 24 heures , & de tout
PEtat en 48 : Le Cardinal Nuzzi eft
DE DECEMBRE. 299
mort , il laiffe un troifiéme Chapeau
vacant.
Le Prince de Galles qui s'étoit retiré
avec la Princeffe fon époufe chez le
Comte de Grantham , eft rentré en
grace avec S. Majefté : Le different que
ce Prince avoit û avec le Duc de Neucaftle
, au fujet du Batême du jeune
Prince , ayant êté terminé à l'amiable.
Le Prince Ragotski a êté reçû à Conftantinople
, avec les mêmes honneurs
qu'on auroit pû rendre au Grand Seigneur
même."
APPROBATION.
J'Ai lû par ordre de Monfeigneur le
Chancelier, le Mercure de Décembre
1717, & j'ai crû que la lecture de cet
Ouvrage , continueroit d'eftre agréable
au Public . Fait à Paris , ce 31 Decembre
1717.
TERRASSON .
TABLE DES MATIERES.
A
Vant- Propos .
Examen des
Tranfpofitions permifes
ou défendues dans le ftilePoetique,
par le P. du C ,
Imma Conte ,
P. 7
73
レ
TABLE.
77
79
Fragment d'une Lettre de M.PAbbé
de C. à M. le Marq. de ..
Peur de Cupidon, Fable Anacr.à Mlle
Quinaut , par M. Fuselier ,
Diffection du Crane d'un petit Maît. 80
Anatomie du Coeur d'une Coquette , 87
Mem. du Sr de Villars concernant une
Eau de fa compofition qu'il qualifie
Remede Univerfel ,
Lettre d'une Dame fur la perfidie de
fon mari ,
Nouvelles Etrangeres ,
Deuxième Let . en Vers d'Héloïfe à
94
135
143
Abailard, par M. de Beauchamp, 168
Enigmes
Chanfon ,
183
184
185
Journal de Paris , qui commence par
l'Eloge de feu M. Santerre ,
Les Dieux Comédiens , 209
Fragment d'une Let . de M. Areskin
Confeiller Medecin , & non Chambellan
duCzar,àM ľ AbbéBignon215
Premiere Lifte du Bureau d'Adreſſe
de Rencontre , précédée d'un
Avant-propos , le tout envoyé à
l'Auteur du Mercure ,
236
Affaffinat de M. l'Abbé de Bonneuil,
207293
Morts.
Mariage..
Suplément au Journal de Paris,
Nouvelles div.rfes ,``
296
299
300
NOUVEAU
MERCURE
Le prix eft de 20 fols.
Octobre
1717.
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depuis fon arrivée
en France , jufqu'à ce jour ,
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#WNTINTIVE
** *** ** ** *** **
nu drzakDOKO * * QU
W (RE)COI IDAJATIMA
AVANT- PROPOS.
Nne sçauroit trop se prêter à la
curiofitépublique , quand il s'agit
d'une Recherche auffi utile qu'est celle
de l'Eau de la Mer renduë potable .
Les Piéces juftificatives que nous avons
produites dans les Mercures précédents
touchant cette Découverte , n'ont ſervi
qu'à exciter de plus en plus le défir de
connoître tous les moyens employez pour
parvenir à la consommation de ce grand
Oeuvre Il femble après cela , que ce
feroit naturellement ici la place de donner
la defcription de la Machine avec
laquelle l'ingénieux Auteur a operé
cette Merveille. On n'auroit pas manqué
de remplir l'attente du Public , en
la faifant graver , fi M. Gautier à qui
Seul appartient l'honneur de l'Invention
, n'avoit reçû des ordres précis de
Monfeigneur le Duc Régent & du
Confeil de Marine , de n'en pas révé-
:
Aij
AVANT - PROPOS.
.
ler fitôt le Mécanisme : On a jugé à prode
la mettre en évidence
pos
avant que
de faire embarquer l'Auteur fur unVaiffeau
du Roy deftiné pour l'Amérique ;
afin d'éprouver files Equipages qui refpirent
en Mer un air falé , & qui ne
mangent que des viandes altérantes , fe
trouveront auffi bien de l'ufage de cette
Eau , que ceux qui en ont bû , étant à terre,
dans un état tranquile & dans un air plus
doux .
2. On veut voir , fi la Machine eft
à l'épreuve des agitations & desfeconfes
violentes de la Mer. Comme l'Inventeur
eft feul capable de remédier à ces Inconvéniens
, c'est ce qui l'a engagé à demander
au Confeil de Marine , de courir les
rifques d'une Navigation de long cours ;
afin d'être toujours prêt à réparer les
défordres de fa Machine, au cas qu'il en
arrivât ; & par la même occafion , de la
rectifier ou de la perfectionner , chemin
faifant : Ce qui ne lui étoit pas poſſible
d'exécuter au Port de l'Orient , où il a fait
fes expériences fur une Mer calme : Il
eft vray que l'Auteur , par Ordre de S.
A. R. en a fait un modéle en Cartons
qui a mérité L'approbation de ce Prince
1
-AVANT - PROPOS.
pas
>
celle de Meffieurs de l'Académie
des Sciences ; mais on ne craindra,
d'avancer › que ce modéle ne fuffit
pas pour donner une idée complette de
la chofe , & für lequel on puiffe tenter
des expériences avec fuccès ; l'Auteur
déclarant qu'il ne s'eft point encore expliqué
fur les Proportions , fur les Matieres
convenables & fur la Maniere de
travailler: Il affure même que la nouvelle
Machine qu'il vafaire conftruire pourfon
voyage , ne ferapas précisément la même
que le Modèle ; elle ne perdra cependant
rien de fa fimplicité , puiſqu'il ne fera que
changer la figure du Tambour. Alors,
le même feu fervira en même temps .
pour différens befoins trés néceffaires
à tout l'Equipage du Vaiffean , fans
néanmoins interrompre fon effet princi
pal qui doit être par préférence , la
diftillation de l'Eau de Mer. On y rôtira
par exemple , les Viandes & l'on
Le paffera de Fours pour cuire le pain
des Officiers : On y pourra joindre une
Chaudiere fabriquée fuivant les principes
de cette Découverte dont le Sieur
Gaultier a fait ici l'expérience , aprés
en avoir préſenté le Modéle à S. A.
ཞ་
-
A iij
AVANT - PROPOS.
Monfeigneur le Comte de Toulouſe qui
a fort approuvée . Cette Chaudiere eft
propre à toutes fortes d'ufages , foit pour
faire cuire des Pois , Fêves , &c. Ce
qu'il y a de furprenant , c'est que pour
toutes ces différentes Opérations , it
fandra fi peu confommer de matiére
combustible , de quelque nature qu'elle
foit ,, que ce ne fera plus un objet pour
la dépenfe ; fans compter que le Faif
feau en fera beaucoup moins embaraſſé.
Les Nations Maritimes qui auroient
un interêt prochain qu'on en donnât.
an plûtôt une exacte Defcription , doivent
attendre de la libéralité de S. A.
R. que non seulement elle n'en fera
point un Secret , mais que , lorfque les
Expériences feront confommées , elle
préviendra leurs fouhaits : Elle a
même û la bonté de témoigner par
Avance , la fatisfaction qu'elle aurois
de leur en faire préfent , lorsqu'on n'aura
plus rien à défirer. L'espérance
de profiter bien-tôt de l'avantage d'une
fi hurense Découverte , dont ce Prince a
entrepris de poursuivre avec tant de générofité
& de dépense la perfection ,
doit animer les Puiffances à favorifer
AVANT- PROPOS.
,
-
*
toutes les perfounes éclairées qui ne
font occupées que de travaux utiles
à la République ; afin de tirer du fruit
de leurs veilles , des avantages qui aillent
au bien commun de la Societé des
Hommes ; mais , cette même prudence
qui doit les porter à protéger les
Arts & à examiner avec foin toutes
les Découvertes de cette nature
doit auffi les tenir en même temps ,
en garde contre ceux qui dans leurs
Systèmes entreprennent de forcer
Art & la Nature an lien de
lui obéir & de s'y plier felon les
circonftances : C'est le principe qu'à
Suivi conftamment Monfieur Gautier ,
& qui l'a conduit à ſurpaſſer la Nature
même en l'imitant ; ayant été
obligé de trouver l'Art en multipliant
les furfaces , d'en multiplier auſſi l'effet
fous trés pen de furface apparente ;
Parce que en Suivant les régles feules
de la Nature , la Machine ent été
d'un f grand volume , pour en tirer
quelque avantage , quelle feroit devenuë
impraticable.
En attendant que nous puissions mettre
au jour le deffein de fa Machine
?
A iiij
AVANT- PROPOS.
en donner un Plan exact ; j'espére
que le Leiteur fera bien- aife de trou
ver ici les Lettres qui m'ont été communiquées
touchant les premieres épreuves
de cette fameuſe expérience .
LE
NOUVEAU
MERCURE.
COPIE DE LA LETTRE
DU CONSEIL DE MARINE ,
Ecrite de Paris à Monfieur de Lufançay ,
Commiffaire de la Marine à Nantes ,
le 30 Decembre 1716.
E Sieur Gautier Medecin de
Nantes , prétend avoir trouvé
un fecret pour deffaler l'Eau de
la Mer , & a propofé au Confeil par une
Lettre du 8 de ce mois , d'en faire l'épreuve
. Comme le fuccés d'une pareille
Découverte feroit trés utile à la navigation,
vous pourrez dire au Sieur Gautier
de fe rendre à l'Orient , pour faire certe
épreuve en préfence du Commandant
10 LE MERCURE
& de l'Ordonnateur de ce Port : Que le
Confeil luy fera payer la dépenfe de fon
voyage , & qu'il luy fera donné une
gratification pour le dédommager du
tems qu'il aura employé , file fecret fe
trouve bon. Signés , Louis -Alexandre:
de Bourbon & le Maréchal d'Eftrées .
Pour Copie Lufançay.
A Paris , Le 30 Decembre 1716.
LETTRE
Ecrite à M. de Beauregard Commandant
la Marine à l'Orient..
E Confeil vous envoye , M. la copie
tes , qui prétend avoir trouvé un fecret
pour défaller l'Eau de la Mer , & qui
propofe d'en faire l'épreuve . Comme
le fuccés d'une pareille découverte feroit
utile à la Navigation , le Confeil.
écrit à M. de Lufançay de dire à ce
Médecin de fe rendre à l'Orient , pour
faire cette épreuve en vôtre préfence :
& en celle de M. Clairambault , à qui
le Confeil mande de faire donner à cet
Homme , les facilitez qu'il demandera :
D'OCTOBRE. TI
Vous aurez attention que cette épreuve
foit faite avec toute l'exactitude poffible
Sile Sieur Gautier veut confentir
qu'il y foit appellé des Officiers du
Corps, pour goûter cette Eau,vous aurez
agréable d'en avertir d'y venir. Il faut
qu'il foit dreffé un Procés verbal figné
par tous ceux qui y auront affifté , de ce
qu'ils auront reconnu. Le Confeil fera
même fort aife d'en avoir un demi- feptier
dans une bouteille , pour la goûter
ici . Signés ,Louis -Alexandre de Bourbon
& le Maréchal d'Eftrées. Pour Copie
Chunlaud de Bois- Dizon Secretaire de
M. de Beauregard Commandant..
EXTRAIT
Du Regiftre des Lettres écrites au Cönfeil
de Marine , par M. de Beauregard
Chevalier de l'Ordre militaire
de Saint Louis , Capitaine de Vaiffeaux
du Roy , Commandant la Marine
an Département du Port- Louis &
l'Orient.
Du 19 Avril 1717.
LA Machine eft en place s mais le
Sicur Gautier veut faire diverfes
12 LE MERCURE
épreuves en fon particulier avant la décifive
Il veut pendant trois ou quatre
jours , faire bouillir de l'Eau douce dedans
, pour ôter l'odeur de la foudure :
il veut auffi connoitre la difference qu'il
peut y avoir du charbon de bois à celui
de terre , employés dans fon réchaud .
J'ai en mon particulier, fait un Mémoire
de tout ce qui pouvoit s'oppofer à l'exécution
de fon projet ; afin qu'il y faffe
fes réponſes , pour autorifer l'ufage qu'il
prétend qu'on en peut faire , & faire
prononcer fur cela Meffieurs les Capitaines
, le Médecin , les Chirurgiens-
Majors & l'Apoticaire de la Marine, fans
leur donner une entiére connoiffance de
fon fecret.
:
D# 7 May 1717.
' Ay l'honneur d'informer le Confeil ,
que les Gardiens des Vaiffeaux du
Roy & celui du Triton où eft la Machine
du Sieur Gautier , ne boivent que
de l'Eau de l'épreuve de cette Machine;
& il me paroift que s'il y a quelque
difficulté dans fon projet , ce ne fera pas
fur la qualité de l'Eau : Car , on ne peut
alléguer qu'étant confervée, elle fe pour
Loit corrompre ; puifqu'elle n'eft point:
D'OCTOBRE,
13.
faite
pour ne s'en point fervir journellement
: Il ne s'agit donc que de fçavoir
la quantité qui s'en pourra faire dans
un jour , & l'efpace que contiendra le
bois ou le charbon qui feront employés
à cet ufage : Je fçay déja que ladire Machine
peut contenir l'efpace de 8 à 10
Tonneaux dans un Vaiffeau du troifiéme
rang , & dans un autre plus petit
Navire , elle feroit plus inférieure : Je
ne manquerai pas d'en faire un détail ,
lorfque l'entiére connoiffance de tout ce
qui pourra regarder l'employ de cette
Eau , me fera parvenue ; car , j'aimerois
mieux eftre mort que d'avoir condamné
ou approuvé ce que je ne fçaurois pas.
certainement.
DE
Du 21 May 1717.
EPUIS hier midi jufqu'aujourd'huy
pareille heure , le Sieur Gautier
a fait l'épreuve de la quantité d'Eau
que luy pouvoit produire la Machine
qu'il a établie à bord du Vaiffeau du
Roy le Triton , & la confommation du
charbon Pendant ces 24 heures , il a
confommé un pied & demi cube de
charbon , dont les deux tiers de terre &
14 LE MERCURE
l'autre tiers de bois , mêlés enfemble, &
a fait 162 pots d'Eau douce en préfence
de deux perfonnes fidéles ; l'une nommée
par M. Clairambault ,
l'autre par
moy , qui y ont paffé la nuit fans repofer.
Demain à 7 heures du matin , on commencera
l'épreuve de la confommation
du bois feul & de la quantité d'Eau qui
en proviendra pendant 12 heures.
>
Du 28 May 1717.
TOUTES les expériences que M.
Gautier devoit faire ici par ordre
du Confeil , devant eftre finies Lundi
prochain , il fupplie le Confeil d'avoir
la bonté de luy faire fçavoir , s'il pourra
retourner à Nantes , avant que d'avoir la
réponſe du Procés verbal , où fera détaillé
toutes les épreuves de l'Eau de
Mer qu'il a convertie en Eau douce , qui
fera envoyé fans faute avec de cette Eau
dans la femaine prochaine ; parce qu'il
eft appellé par plufieurs malades à
Nantes,qui ont en luy toute la confiancé
qu'on peut avoir pour un auffi habile &
un auffi honête homme que nous le connoiffons
tous :Son expérience dans la Médecine,
a tiré d'affaire plufieurs Gens ici .
"
D'OCTOBRE.
Du 18 Juin 1717.
COMM. j'ay une connoiffance parfaite
de toutes les épreuves mentionnées
au Procés verbal qu'on envoye
au Confeil , ainfi que des réponſes faites
par le Sieur Gautier,fur les queftions qui
luy ont efté alléguées par Meffieurs les
Officiers que j'ay choifi , comme les plus
capables de juger de la qualité de l'Eau
de Mer rendue potable , du lieu le plus
convenable pour placer fa Machine , &
de la facilité avec laquelle on s'en pourra
fervir; je croirois abufer de la patience
du Confeil , en luy faifant un nouveau.
détail de toute l'utilité qu'on en peut
tirer ; j'aurai l'honneur de luy dire leulement,
qu'ayant fait conferver de cette
Eau dans une barrique , pour fçavoir.
précisément ce qu'il en arriveroit : Aprés
Î'y avoir laiffée quinzejours, j'ay remarqué
que non feulement elle ne s'étoit
pas corrompue , & même que fon leger
goût de feu & de la foudure s'étoit
diffipé ; mais, pour ôter toute fufpicion ;
j'ay appellé les Médecins , Chirurgiens
Majors & Apoticaires du Port , pour
voir diftiller eux-mêmes l'Eau qu'on en16
LE MERCURE
voye au Confeil dans une bouteille que
je les ai prié de cacheter du Sceau dut
Contrôlle de la Marine ; & en mêmetems
, M. de Clairambault & moy y
avons mis nos cachets. Ce n'eſt pasTans
répugnance que j'ay conſenti à demander
le congé du Sieur Gautier , aupara
vant d'avoir eu l'honneur d'informer le
Confeil du fuccés de cette épreuve,dont
xécution paroift auffi facile que la
fimplicité de fon Auteur , qui exige plûtoft
qu'on luy faffe des difficultez que de
quêter des éloges : Il m'a paru fi uniyerfel
qu'à quelque dégré de fçience que
Meffieurs de l'Académie foient parvenus
, je fuis perfuadé qu'ils ne feroient
pas fâchés de connoiftre ce Médecin qui
n'a pas laiffé de fe trouver ici à propos,
pour fecourir de fa profeffion , plufieurs
perfonnes dangereufement malades : Il
s'eft acquis dans le peu de féjour qu'il
a fait ici, toute l'eftime qu'un honnête
homme peut efperer ; je lui ai remis fon
congé pour retourner à Nantes.
Depuis que j'ay eu l'honneur d'écrire
le contenu ci-deffus au Confeil ; M. le
Maréchal de Montefquiou a goûté de
cette Eau , ainfi que les Meffieurs qui
l'accompagnent ; ils l'ont trouvée bonne
Et
D'OCTOBRE. 17
& utile pour l'ufage auquel on la detic.
Pour copie , figné , Chunlaud de
Boisdizon Sécretaire de Mr le Comman-
'dant.
A Paris le 7 Juin 1717..
LETTRE
Ecrite à Monfieur de Beauregard.
E Confeil a reçû , Monfieur , vôtre
LE
paflé ; il
trouve bon que le fieur Gautier retourne
à Nantes , fans attendre à l'Orient , la
réponſe du Procés verbal d'Epreuve
qui doit être faite du Sécret qu'il prétend
avoir inventé, pour deffäller l'Eau
de la Mer ; & vous pouvez l'en avertir.
Signés , L. A. de Bourbon & le .
Maréchal d'Eftrées..
EXTRAIT
De la Lettre du Confeil , écrite à M. de
Clairambault.
A Paris le Juillet 1717.
E Confeil a reçu la Lettre que
vous lui avez écrite le 18 du paffé ,
avec les Procez verbaux de l'Epreuve
Octobre 1717. But
r8 LE MERCURE
qui a été faite du Sécret que le fieur
Gautier ainventé , pour deffaller l'Eau
de la Mer. Le Confeil en a rendu compte
à MB le Regent , & S. A. R. a été
bien aife d'apprendre qu'elle ait réüffi :
Il auroit été néceffaire, que le fieur
Gautier eut remis un Mémoire de ce
Sécret , & un deffein de la Machine ;
afin d'en faire l'Expérience à la Mer ,
fur le premier Vaiffeau qui ira au long
cours. Signés L. A. de Bourbon & le
Marêchal d'Eftrées. Pour Extrait. Clai-
Jambault.
JE
A L'ORIENT ,
Le 8 Juillet 1717.
E viens , Monfieur , de recevoir la
réponse du Confeil , fur l'envoi que
vous fçavez que nous fimes touchant
l'Eau douce : Vous verrez.
:: Vous verrez par l'Extrait
cy joint , qu'ils en ont rendu compte
à MB le Regent & qu'ils font bienaifes
que cela ait réüffi ; & comme ils
ont envie d'avoir un deffein de la Machine
, il vous fera aifé de les contenrer
en leur faifant yôtre cour , & en prenant
les précautions convenables , pour.
qu'elle ne devienne pas publique fitôt
D'OCTOBRE. 19
J'apprens que la Frégatte la Bellone
armée à Breft , commandée par M
Kerguelin Officier dudit Département ,
eft arrivée au Chily , avec 68. malades
dans fon Equipage : Il ne me mande
point la caufe de leur maladie , aparemment
qu'ils n'ont pas bû de l'Eau auffi
bonne que la vôtre. Il marque qu'il fait
faire par ordre du Confeil, une Machine
de cuivre propre à deffaler l'Eau de la
Mer , fur le modèle d'une caiffe trouvée
dans une prife Hollandoife , avec
laquelle on fait de l'Eau douce , en 12.
heures 60 pots ; & qu'il a ordre , après
qu'elle fera finie , de la faire embarquer
fur un Navire qui ira au long cours pour
l'effayer , & qu'on en fait du Thé qui
oft bon. Nous verrons dans la fuite fi
cette Eau eft auffi pure que la vôtre.
Vous fçavés que j'ai mis de l'Eau de
fontaine dans une fiolle que j'ai expofée
à la chaleur , fur la fenêtre de mon
Cabinet , & que je l'ai pofée proche du
vafe rempli de votre Eau douce ; afin
d'obferver pendant cet Ete , les chan
gemens qui pourront arriver dans ces
Eaux. Jufqu'à préfent , vôtre Eau s'eft
maintenue dans fa clarté ordinaire , &
je n'y vois plusfublimer ces petites veffi
2
Bij
20 LE MERCURE
cules d'air , & je viens de regarder la
furface de cette Eau : Elle m'a paru
auffi nette que toute celle du vafe , au
fonds duquel il paroît feulement un peu.
de parties terreftres ; mais , en fi petite
quantité, que cela ne mérite pas d'atten
tion : Il n'en eft pas ainfi de l'Eau de
fontaine de ma fiolle ; peu de jours aprés
y avoir été mife, il s'eft amaffé au fonds .
d'icelle quelques parties terreftres &
jaunâtres , qui peu à peu , font devenuës .
vertes , comme ces Eaux qui croupif
fent dans des endroits peu fréquentez :
Cette verdeur s'eft fublimée & arrêtée :
au haut du col de la fiolle : Je verray
ce que deviendra cette verdeur. Cela.
me fait juger que vôtre Eau doit être:
bien plus faine que nôtre Eau de Fontaine.
Signé , Clairambault.
DE
·
3
E mon autorité privée , j'avois im-.
pofé le nom de Théophrafte Moderne
à l'Ecrivain Anonyme des Moeurs
& des Caractéres des Habitans de Paris ;
perfuadé que fes Réflexions étoient afſés
vivement frapées , pour mériter cette
*Antonomafe : Mais , le nouvel Auteur
Figure de Rhétorique par laquelle on fe fert
d'un nom appellatif au lieu d'un nom propr
D'OCTOBRE. 21.
ayant trouvé ce nom trop respectable &
peut-être trop à charge ,pour un Ouvrage.
né du Caprice felon lui , & felon mai
produit par une raifon trés épurée , il
vient de mefaire l'honneur de m'adref
fer la Lettre fuivante , dans laquelle ,,
aprés avoir expofé avec délicateffe les
raifons qui lui font renoncer à ce nom ,.
il à la madeftie de fe contenter du fien.
LETTRE
ECRITE PAR M DE MARIVAUX
A L'AUTEUR DU MERCURE
E vous fais obligé , M² , d'avoir
trouvé mes Réfléxions dignes d'a
voir place dans un Mercure eftimable,
par le choix des Piéces dont vous le
rempliffés. Ce Livre n'a pas toujours
été le rendés- vous des bonnes chofes ;.
mais, on y peut mettre aujourd'huy ce
qu'on a fait de meilleur : Sûr de l'y
trouver en bonne compagnie ; c'eft une
juftice qu'on doit vous rendre.
3
Ce commencement de ma Lettre ne
vous préfage point de querelle , je vais
222 LE MERCURE
cependant vous en faire une. Je penfois
au train que vous prenés , qu'on
auroit jamais rien à vous reprocher :
Voici,difois-je , un Mercure prudent &
délicat ; il fatisfera tout le monde : Conclufion
imprudente & trop hâtée. Un
moment plus tard , vous ne teniés rien ;
car j'ouvris un de vos Livres , où je
me vis couché fous le nom du Théo-.
phrafte Moderne : Répondès , s'il vous
plaît , Mr ; vôtre Devife n'eft- elle pas ,
Qui fert mandataper auras ? Je l'explique
ainfi à vôtre égard , celui qui va
porter les nouvelles : Où avez - vous
pris celle qui m'appelle le Théophrafte
Moderne ? La nouvelle feroit curieufe,
fr elle étoit véritable ; mais , le Public
tout crédule qu'il eft , n'en croira rien
für ma parole. Sçavez vous bien, M¹,
que quand on auroit à préfent autant
de génie que les Hommes de cet ordre ,
on n'iroit jamais jufqu'à gagner leur
nom , ou la valeur de l'idée qu'on a
d'eux. C'en éft fait : Ils ont moiffonné
dans l'efprit des Hommes , le plus beau
de l'eftime qu'il peur donner là-deffus,
& l'on ne fait plus qu'y glaner : Moi
qui n'y prétends rien ; moi qui n'y peux
rien prétendre ; moi dont tous les pe
D'OCTOBRE 239
tits Ouvrages font nés du caprice ; moit
qui fans m'embarrafler des Lecteurs
qu'ils auroient , voulû me fatisfaire en
les faifant , & n'û d'autre objet que
moi-même ; je me trouve chargé du
poids d'un nom , qui compromet avec
le Public , le peu que j'ai de forces..
Je fuis , &c...
DE MARAVAUX.
Arións les matiéres : Laiſſons - là
les Bourgeois & leurs femmes ,
pour les reprendre chemin faifant ; &
parlons un peu des gens de Qualité.
C'est là vôtre ordre , Mde. Hûreux
ceux qui comme vous , fçavent en rendre
la Chimére refpectable , & qui par
leur affabilité , reftituent à l'Ignoble ,
comme un équivalent de l'égalité naturelle
entre les Hommes.
J'ai dit chimére ; & ce mot eft fans
conféquence ; c'est le langage des Philofophes
, & leurs idées ne gâtent perfonne
fur le train établi des chofes.
On pourroit dire là - deffus ', qu'il en
eft de la pure raifon , à peu près comme
de ces Antiques : Elle a fes Curieux qui
la prêchent par interêt ou par vanité ,
jamais par goût.
14
LE
MERCURE
Le Philofophe Roturier tâche dé
F'accréditer chez les Nobles ; il en voudroit
faire fes Dupes : Le noble Philofophe
quitte avec fon amour propre
fur le chapitre de la naiffance , ſe
cherche par elle des admirateurs.
Pouvoir être impunément fuperbe ; -
fentir que cela n'eft pas jufte & fe rendre
modefic , non , pour l'honneur de
l'être , mais par fageffe ; cela eft beau.
Eftre né fans Nobleffe , n'en point
cougir intérieurement , prêcher des Sentimens
d'égalité , fans mépris & fans envie
l'état du Noble, & par un paifible
amour pour la vérité ; c'eft avoir
des lumieres de raifon parfaite .
pour
Ces deux caractéres d'efprit que je
viens de peindre , font fans exemple ;
mais en revanche , nous avons des Fourbes
qu'on appelle Sages ou Philofophes
: Ils n'ont point les Vertus que je
viens de dire , mais ils ont de l'efprit ,
& beaucoup d'orgueil : Ils font avec ces
deux pièces , la même figure que s'ils
étoient en effet ce qu'ils feignent d'être
: Ils trompent les fots : & les Clairvo
yans font en fi petit nombre , qu'ils ne
vallent pas une exception.
Vous feriés furpriſe de voir ici
Mde
D
D'OCTOBRE. 25
Madame , avec quelle facilité certains
Hommes du plus haut rang abordent
leurs inférieurs ; j'ai fouvent regardé
leur façon de près.
Celui- ci vous careffe , vous tend la
main , vous fous-rit , familiarife , pourvû
qu'il ait des témoins ; car , c'eft un
râle de fimplicité trop brillant , pour
le perdre dans l'obfcurité. Nôtre homme
n'eft point fimple ; c'est un Acteurqui
veut être aplaudi : Il lui faut du
Spectacle : Tous les inftans ne font pas
favorables ; il en vient un : l'Acteur
Vous trouve. Vous devenez l'inftrument
& la victime de fa gloire : Vous restés
careffé , marqué de honte , confirmé
petit , infulté par l'eftime que s'acquiert
le Perfide qui vous facrifie , qui a joué
le Public & qui s'eft jojié lui- même ;
car , il jouit de l'aplaudiffement , fans fe
douter que c'eft un bien mal acquis.
Sans s'en douter , me dirés- vous ; oui,
Madame ; ajuftés cela, comme vous le
pourés ; mais la Comédie ne finit pas
autrement
.
Sur cela , je fais une refléxion . Le
Superbe hypocrite eft comme un Monftre
dans la Nature ; elle femble ne lui
avoir donné qu'un pur orgueil : Il n'ea
Octobre 1717. C
F
26 LE MERCURE
fait pas un ufage de bonne foy ; il fouftrait
ce vice aux yeux des autres ; il letravaille
, il en mafque la forme
l'unit par fon rafinement à des dehors
de modeftie , & fe fait enfin un
caractére de vice que j'appelle monftrueux
, par l'alliage raifonné du mauvais
avec l'aparence du bon.
Le Superbe qui va fon train d'orgueil
tout uniment , fait fa charge & remplit
fa vocation ; on fçait à quoy s'en tenir
avec lui.
Un jour , je me trouvai dans un endroit
où vint un de ces hauts Seigneurs
dont nous avons parlé ; il fe fit un écart
dans la compagnie ; on lui prodigua les
honnêtes déférences. Meffieurs , dit- il ,
avec un gefte de main , qui mélangeoit
artiftement la hauteur& la fimplicité , ou
qui pour mieux dire , étoit un équivoque
de l'une & de l'autre , auffi fateur
pour lui qu'il le croyoit flateur pour
nous ; Meffieurs , point de cérémonie ,
je vis fans façon , & partout où je vais ;
c'eft m'obliger que de n'en point faire.
Cela bien interprété , fignifioit ; on doit
des refpects à mon rang ,je le fçai ; je fuis
charme que vous ne l'ignoriés pas ,
mais , je vous en fais grace ; vous vous
D'OCTOBRE. 27
êtes mis en état , & cela me fuffit.
A vôtre avis , Madame , ay - je mal
fondu ce Compliment ; n'eft- ce pas là
le fens qu'il peut rendre ; & l'inférieur
n'eft-il pas bien flaté d'une familiarité
dont on ne l'honore , qu'en fe montrant
fatisfait des fentimens qu'il a de fa petiteffe.
Avec cela cependant , & d'autres vertus
de la même force , l'Homme de haute
Qualité gagne le titre de Philofophe :
Celui dont je vous parle, nous fit un récit
qui tendoit à nous prouver fa Modeftie;
mais , qui charioit en même tems
une HISTORIETTE de fes avantages.
Ce récit eft de trois lignes ; le
voici.
Les Provinciaux font fatiguans , nous
dit-il , je ne pû l'autre jour , me difpenfer
d'aller à une petite Ville dont je fuis
Seigneur; j'appris que les Habitans viendroient
en Corps me complimenter à
mon arrivée.LeGentil- homme deFrance
le plus ennemi de ces fadaifes là ; c'eſt
moi : La vanité de mes Confreres làdeffus,
m'eft infuportable . Pour me fauver
je dis à mes gens d'arrêter à deux lieuës
de la Ville , dans le deffein de n'entrer
qu'à dix heures du foir , & d'envoyer
Cij
28 LE MERCURE
dire que je n'arriverois que le lendemain
. Je m'affoupis pour mes péchés ;
on n'ofa me réveiller , & le lendemain,
je fus contraint d'effuyer la Kirielle de
refpects ridicules : Quelle corvée ! Je
baiffai mes glaces , & fis le malade .
Monfieur , lui dis-je ; le fommeil a
joué plus d'un mauvais tour à bien des
gens ; il endormit l'autre jour un Juge
au Palais , qui fut obligé d'opiner fur
ce qu'il n'avoit pas entendu ; cela eft
mortifiant , mais , dans vôtre avanture ,
il est bien modefte à vous de dire qu'il
vous deffervit , nous ne le penfons pas.
Tout ce que j'ai dit jufqu'ici , ne regarde
que l'homme du haut rang ; le
petit Noble ne peut guéres fe donnertes
airs mitigés ; la diitance d'un Bourgeois
à lui , n'eft pas affés grande , pour qu'ils
fuffent à leur place. Dénué de ces équipages
magnifiques , de cet apareil de domeftiques
qui fubjugue la vanité des
inférieurs , à la faveur d'un Sentiment
de vanité même , il n'a pour toute reffource
d'orgueil , que le maigre titre de
Noble ; & fa Philofophie , quand il fe
mêle d'en avoir , n'eft guéres au large
avec cela .
S'il contrefait le modefte ; ce ne peut
D'OCTOBRE.-
·29
eftre qu'avec le Bourgeois ; & fa modeitie
avec luy , ne feroit point fortune :
Le Bourgeois à la vérité, l'en croira fur fa
mine ; mais , il ne l'en louera pas ; il le
trouvera feulement dans l'ordre ; &
file Bourgeois eft plus riche , il croira
pouvoir en confcience , faire deux nombres
égaux en valeur , de fa roture & de
fes richeffes , avec la naiffance & la médiocrité
des biens du Noble , tant pour
tant, & le compte fait , fa fierté fe tient
en garde.
Il y a de l'erreur , dit intérieurement
le Noble qui fe doute bien du calcul ;
mais; comment faire pour la prouver au
Bourgeois ? Le voici , Madame.
Parmi les Hommes , le préjugé de la
Nobleffe eft violent ; le riche Bourgeois
a beau s'étourdir là - deffus , il n'y
a que façon de le prendre pour le rendre
au joug.
Le Gentil - homme employe une familiarité
franche & fans mélange odieux ,
raille la Nobleffe, vante le bon Citoyen ,
luy fait honneur de fa roture , & le confirme
dans le mépris qu'il a pour les
avantages de la naiffance. C'est là le
hameçon qui ratrape le Bourgeois qui
avoit rompu fes filets .
Ciij
30 LE MERCURE
Comme il s'étoit attendu à quelque
réfiftance de la part du Noble , quand
il avoit arrêté fon compte ; il eft charmé
de fa docilité , il en a de la reconnoiffan
te , il eftime , il admire enfin , celui qui
a bien voulu ne pas fentir qu'il eftoit
Gentil-homme:Voilà le grand oeuvre du
petit Noble Philofophe , dont l'amour
propre longtems contraint , fe fait enfin ,
une recolte à vie de refpect & de réputation.
Il me femble , Madame , que vous me
demandez , comment il en ufe avec
l'Homme de Qualité ; c'est une autre
allure ; jeune , il brigue fa compagnie,
fon amitié , fa confidence ; quelquefois
par un autre tour d'imagination , il travaille
d'efprit , de gefte & de dépenfe
pour arriver à prendre un ton d'égal à
égal , & lui donner cours en fa faveur ;
il s'enfle , fait la Grenouille & veut être
auffi gros que le Boeuf.
>
Si fon bien & fa fituation lui interdifent
le commerce des Gens de Qualité ,
& que par hazard il ayt à leur parler, il
affiche fur fon vifage , qu'il eft Gentilhomme
, & paroît à peu-prés dans le
goût de ces Avanturiers de Roman
cafque en tête & lance au poing , &
D'OCTOBRE.
qui fe vantent par la pofture.
Tous ces caractéres fe peuvent trouver
en Province , àl'air prés de focieté
moins aifé : Parlons de chofes plus nonvelles
pour vous Mde; par exemple, difons
un mot des femmes de Qualité ,
cela vous réjouira .
Oftés à la Campagnarde de Qualité
fon Mafque qu'elle porte ; quand mon
rée fur fa Hacquenée , elle traverse.
d'un Château à l'autre ; ôtés lui fa vanité
crûe fur les Antiquitez de fa Famille
, fon ton bruyant , fon estomac redreffé
par intervalles de réflexion , l'embaras
total de fa contenance , & fa marche
à mouvement uniforme ; car , tout
cela compofe l'Economie de fa figure ;
ôtés lui fon fils le Marquis & le Chevalier
, petits enfans qu'elle dreffe devant
vous à la révérence villageoife , & qui
par fatalité,font toujours morveux quand
ils arrivent afin d'être, mouché du
mouchoir de la Mere; paflés- moi le portrait
; ôtés-lui , dis-je toutes ces chofes , il
ne vous reste plus rien de curieux chez
elle , fi ce n'eft la longueur ou le ton
pathétique des complimens qu'elle fait ,
quand elle eft en Ville .
2
Tout cela vû & entendu , le fujet
Ciiij
3 LE MERCURE
eft épuifé , les femmes de Qualité dans
ce pays, font un fpectacle bien plus varié:
Les definirai je en général ? Le projet
eft hardy ; n'importe .
La femme de Qualité a tous les défauts
de la Bourgeoife ; mais, pour ainfi die ,
tirés au clair par l'éducation & l'ufage .
Elle poffede un goût de hardieffe fi hûreux
, qu'elle jouit du bénéfice de l'effronterie
fans être effrontée . Pent- être ,
ne doit - elle cette indulgence , qu'à la
nature de l'efprit des hommes , faciles à
donner des droits plus amples à qui les
étonne par de plus fortes impreffions.
L'air de mépris le mieux entendu de
la femme de Qualité pour la Bourgeoife;
ce font fes careffes & fes honnêterez ;
& là- deſſus , rien n'eft plus poly que la
femme de Qualité , dit la Bourgeoife ;
l'innocente qui ne voit pas le ftratageme
, & qui ne fent pas que par cette politeffe
, la voila marquée au coin de fubordination
.
Dans la femme de Qualité , l'habillement
, la marche , le gefte & le
ton, tout eft formé par les Graces ; mais,
la Nature ne les a point faites ; ce ne
font point de ces graces qui font partie
néceffaire de la figure , que l'on a fans y
D'OCTOBRE. 33
penfer , qui nous fuivent par tout , qui
font. en nous , qui font nous mêmes ; ce
font des Graces de hazard, d'aprés coup,
que la vanité des Parens a commencées,
que l'exemple & le commerce aifé des
autres femmes ont avancées , & qu'un.
étude de vanité perfonnelle a finies.
Graces ridicules aux yeux raifonnables
, attirantes pour les jeunes gens ,
impofantes pour le peuple , inimitables
aux Bourgeoifes , quoique toujours copiées
par elles , voifines du mal dont
elles applaniffent les voyes , & peut- être.
le terme de l'orgueil .
Et voila, Mde, ce que l'on appelle , Air
du monde .
On ne peut aisément exprimer ce que
c'eltque
le commerce mutuel des femmes
de Qualité ; fans aller même jusqu'au
crime, tout eft jeu pour elles, jufqu'à leur
réputation ; & ce qui paroît incroyable ,
leur réputation même eft un jeu pour
ceux dont elles dépendent.
Parmi elles , attrappe qui peut , le dit
qui veut , un bon mot tire tout le monde
d'affaire ; elles font les Confidentes
les unes des autres, fe préftent réciproquement
fecours dans l'occafion , fe
promettent le fecret que réciproquement .
34 LE MERCURE
elles violent auffi ; la médiſance court ,
on la croife par une autre , & pendant
que la demande & la repartie amuſent
le Public, elles reftent en bonnes amies ,
fpectatrices des effets plaifans de leur
perfidie.
Il y a l'efpece des femmes tendres ;
ce font celles dont le coeur embraffe la
profeffion du bel amour ; leur éfprit
fourmille d'idées délicates ; elles aiment
en un mot , plùs par métier que par paffion
: Un Amant infidele met leur talent
au jour ; fans lui , on ne fçauroit pas qu'elles
ont mille graces attendriffantes dans
une affiction de tendreffe .
promena-
Il y a l'efpece des femmes coquettes
: Celles- la font l'amour indiftinctement
; ce font des femmes à
des , à rendés- vous imprudens ; ce font
des furieufes d'éclat ; elles ne languiffent
point , elles aiment hardiment , fe
plaignent de même ; c'eft pour elles , faveur
du hazard , quand on trouve un
de leurs billets d'intrigue ; tout cela va
au profit de leur gloire. Il y a les femmes
prudes ; ce font celles qui s'entefent
, non de l'amour de l'ordre , mais ,
de l'estime qu'on fait de ceux qui font
dans l'ordre : Elles font ordin airement
D'OCTOBRE. 135
âgées, cabale d'autant plus dangereufe,
qu'elle eft du côté des plaifirs dans une
oifiveté dont elle enrage. Je vous les
peindrai une autrefois , Mde, en achevant
l'article des femmes de Qualitez qui ne
fait que commencer & qui n'a rien
dit encore des exceptions avantageufes.
,
DISSERTATION
SUR LES PIECES
DE CORNEILLE ET DE RACINE
A M DE ***
MONSIE ONSIEUR ,
Je ne fuis pas fi broüillé avec Mr
De... que la Rénommée le publie : Je
vais vous rendre un compte fidele de
la prétendue querelle , dont on vous a
parlé un peu malignement. Je compte
que vôtre fcandale ceffera , lorfque vous
aurez vû de quoi il a été queftion entre
nous. Nous allâmes Mr De ... &
moy ; la femaine derniere , à la maifon
de Campagne de la Marquife De ...
Vous fçavez qu'elle eftime infiniment
36 LE MERCURE
fort
Racine ; mais , vous ne fçavez peut- être
pas que Mr De ... n'en fait pas
grand cas , & qu'il n'a jamais pê fouffrir
qu'on fit à cet Auteur , l'honneur de le
mettre en parallele avec le grand Corneille
. La Marquife De .. engagea la converfation
fur les ouvrages de Théatre , &
demanda quel jugement nous portions
de Pierre Corneille . Mr De ... ſe hâta
de l'élever jufqu'aux Cieux , & dele faire
primer fur Sophocle , fur Euripide
& même fur Racire . Pour l'emporter fur
Sophocle & fur Furipide , dit la Marquife
, c'eft ce que j'ignore , mais j'ofe
le croire inferieur à Racine , & j'en
prends , dit- elle, en me montrant , Mr
à temoin : Je ne fçai , réprit nôtre ami ,
d'un air un peu ferieux , fi Mr donne
la préférence à Racine ; mais , il feroit
aifé de le détromper, en comparant l'un
avec l'autre . Que faire Mr. dans des
circonftances fi embaraffantes : Accepter
le défi ; c'eftoit s'expofer à rompre avec
nôtre ami. Abandonner le parti de la
Marquife, me paroiffoit peu galant; d'ail
leurs , c'étoit trahir mes propres fentiments
. Enfin,me voyant dans la néceffité
de choifir entre les deux perils , je me determinay
à courir le plus noble Nous
D'OCTOBRE.
37
voilà aux mains. Nôtre ami commença
par me lancer les grands traits que lui
fournirent le Cid , Cinna , Pompée , & quelques
autres piéces fuperieures de Corneille
Aprés ce préliminaire faftueux ,
ilfe mit en régle. Pour juger fainement
du mérite des deux Emules , ne pré- .
nons,dit-il,qu'une pièce de chacun . Je ne
propoferai point le Cid , continua- t -il, ce
feroit trop vous embaraffer. Paffons à
une autre. Pour le Cid , lui dis-je , il eft
vray que j'aurois peine à trouver de quoy
lui oppofer. Racine ne fçait pas renfer
mer dans une feule pièce, autant d'avantages
, que Corneille la fçût faire dans
celle-là. Je n'en vois point où il faffe rire
& pleurer tout enfemble , où il ait
l'art , de renfermer en un feul jour,plus
d'actions qu'il ne s'en pouroit moralement
paffer enun mois : Où il enrichiffe
fa langue de nouvaux mots , & qui
ont été fi refpectez , que depuis , on n'a
point ofé s'en fervir : & ce qu'il y a de
plus admirable, où il ménage fesActeurs
avec tant d'adreffe , qu'il les laiffe repofer
préfque à chaque fcéne . Enfin , je
n'y vois point tout ce que l'Académie
& Mr Scuderi ont fi juftement critiqué ,.
& où vous permettrez que je vous ren38
LE
MERCURE
voye . Tout ce que vous en dirés , réprit
nôtre ami , n'empêchera pas pourtant
que le Cid ne foit le plus beau Poëme
que nous ayons . Mais, venons dit- i !,
à quelque piéce de Racine. Je devine
que vous me propoferez Phédre , comme
le modele des Tragedies. Cependant ,
avec le fecours que Racine a pris
dans Euripide ; Mr de Fénelon ne l'a
point trouvée fi parfaite , qu'en deux
mots , il ne nous y faffe voir de grands
défauts. Par exemple, cet amour d'Hippolite
fi inutile & fi contraire à fon caractere
, amour qui ne fert qu'à rendre
le fpectacle double . Ce recit fi pompeux
de la mort du Heros , déclamation
fleurie qui dément la douleur de Theraméne
; tous ces défauts , dis- je ,ne les érigerez-
vous point en perfections . A cela
Mr , lui dis-je , je pourois vous répondre
que tout ce que Mr de Fénelon condamne
, n'eft pas également condamné
de tout le monde ; & quoique je n'aye
jamais les ouvrages de cet illuftre
Prélat que pour les admirer , on me permettra
de dire , que le Parallele par exemple,
qu'il fait de Martial &d'Ovide ,
n'eft pas fort juste : Et quel autre que lui ,
a jamais reproché à Ovide d'être forD'OCTOBRE.
39
cé dans fes penſées ? Certainement , fila
Poftérité a toujours regardé ce Poëte
comme le plus fpirituel de l'Antiquité ;
elle ne lui à jamais difputé la gloire d'être
le plus naturel ; le reproche que Mr
de la Bruyere fait à ces Auteurs , qui ne
fe fervent de ce qu'ils ont puifé chez les
Anciens, que pour les combattre , & qu'il
compare à ces enfants drus & forts d'un
bon laict , qui battent leur nourrice ; ce
reproche, dis- je, ne pouroit- il point tomber
fur Mr de Fénelon . Cette belle &
féconde imagination qui paroît dans fes
écrits , cet art de faire plufieurs defcriptions
d'une même chofe , & toujours
avec un nouveau tour & un nouvel
agrément , tout cela reffemble fi fort
au caractére d'Ovide ; que fi Mr de
Cambrai n'y a pas puifé ces avantages ,
du moins , devroit - il épargner un homme
avec lequel il a tant de raport. Mr de
Cambrai ne me paroît pas plus heureux ,
dans la critique qu'il fait de cet endroit
de l'Avare de Moliere , où Harpagon
qui met un Valet dehors , & toujours
inquiet , fi on ne le vole point ; lui demande
à voir fes mains : Aprés les avoir
vues, montre-moi les autres , dit - il . Je
foutiens contre Moliere , dit Mr de Fé40
LE MERCURE
•
nelon , qu'un Avare qui n'eft point fou ,
ne va point jufqu'à vouloir regarder
dans la troifiéme main de l'homme qu'il
foupçonne l'avoir volé. J'avoue avec
Mr de Fénelon , que cette action n'eſt
pas d'un homme qui a tout fon bon fens ;
mais,depuis quand les paffions , fur tout
quand elles font auffi violentes, qu'eſt
celle que Moliere nous repréfente dans
Harpagon , ne font -elles plus faire de
folie? Selon cette critique, ilfaudroit condamner
tout le caractére d'Harpagon .
Un homme fans être fou , dirai-je à M¹ de
Cambrai , aprés avoir foüillé par tout, le
même homme qu'il foupçone l'avoir volé,
ne va point jufqu'à lui dire , rend- moi ,
fans te foüiller, ce que tu ma pris. Un Avare
ne peut dire ,fans être fou , qu'il veut
faire arrêter la Ville & les Fauxbourgs ,
pour ravoir un argent qu'on lui à volé ,
& tout ce que dit Harpagon , dans la
derniére fcéne du quatrième Acte. Je dirai
encore qu'il faudra retrancher les
traits qui peignent le mieux les paffions,
par exemple , celui- ci du Misantrope, à
qui on confeille de folliciter les juges
pour fon procés,de crainte que fa Partie
ne l'emporte par la faveur.
Je
D'OCTOBRE.
41
Je voudrois m'en couta-t- il grand'chofe
Pour la beauté du fait , avoir perdu
ma caufe.
Mais , ne nous écartons point , & revenons
à la critique qu'il fait de Phédre.
Mr Racine , dit Mr de Cambrai , a fait
un double fpectacle, en joignant à Phédre
furieufe, Hippolite foupirant contre fon
vrai caractere . A cela , je n'ai d'autre réponfe
à faire , que celle que Mr Racine
me fournit lui - même dans la préface
de cetteTragédie : Qu'il falloit don
ner quelque foibleffe à Hippolite , de
crainte que fa mort ne caufa plus d'indignation
que de pitié , fans lui ôter cependant
cette grandeur d'Ame , avec laquelle
il aime mieux fe laiffer opprimer
que d'expofer l'honneur de Phédre. Ce,
Amour encore , ne rend point le fpec- t
tacle double , puifqu'il ne fait pas l'action
principale , & qu'il ne fert qu'à faire
mieux connoître l'action que le Poëte
veut principalement reprefenter. Je
veux dire, à montrer toute l'étendue de
la fureur de Phédre , par la jaloufie
qu'allume dans fon coeur ,l'amour d'Hippolite
pour Aricie. Or , fi cette action
n'eft pas l'action principale ; mais ferr :
D
12 LE MERCURE
feulement à fortifier le principal Caratére
; on n'a pas plus de droit
de le condamner qu'on en auroit à
condamner un Peintre qui par exemple,.
voulant peindre le facrifice d'Iphigénie
, ne la repréfenteroit pas feule au
pied de l'autel avec Calcas ; mais ,y adjouteroit
tous les Princes Grécs. Ménélaus
fonOncle avec un vifage afligé ; Agamemnon
, avec un voile fur fon vifage ,
pour cacher la tendreffe paternelle aux
Chefs de fon armée ; Clitemnestre , com
me défefperée , à caufe que toutes les
actions accompagnent cette pieufe cérémonie
qui feroit foible & denuée de
fes agréments , fans ces circonstances . Il
n'eft pas plus vrai que cet amour d'Hippolite
foit contraire à fon caractére
puifque Virgile dit que ce Prince époufa
Aricie. Il fuffit que Racine ait tellement
ménagé cette paffion dans ce
Prince , que loin de nous la reprefenter
comme fon occupation ordinaire , Hippolite
paroiffe fi nouveau dans l'amour,
que la maniere dont il s'exprime , ne
ferve qu'à fortifier l'idée que nous avons
de ce Prince. La premiere idée que nous
avons d'Hercule , n'eft certainement
D'OCTOBRE. 43
point d'un Prince foupirant & amoureux
; cependant , on auroit tort de blamer
un Auteur qui nous, le repréfenteroit
dans quelques circonftances de fa
vie, aux pieds de Déjanire & d'Ioles.
Venons préfentement à la critique ,
que le même Autheur fait du recit de la
mort d'Hippolite . Rien n'est moins naturel
, dit Mr de Cambrai , que la narration
de la mort d'Hippolite ... Theramene
qui vient pour apprendre à Thefée
la mort funefte de fon fils , ne devroit
dire que ces deux mots , & manquer
même de force pour les prononcer
diftinctement. Hyppolite eft mort : Un
Monftre envoyé du fond de la Mer par
la colere des Dieux , l'a fait périr , je l'ai
vû. Un tel homme faifi , éperdu , fans
Haleine , peut- il s'amufer à faire la def
cription la plus pompeufe & la plus fleu--
ric. Hé quoi ? Mr de Cambrai n'a- t - il jamais
remarqué qu'un homme faifi de la
douleur la plus violente , qui a l'imagi
nation troublée d'un fpectacle auffi tragique
, qu'est celui dont Theramene:
vient d'être temoin , exagere toujours
fur ce qu'il à vui. Comme il veut infpirer
aux autres toute l'horreur dont il
eft faifi , fa douleur lui fournit quelque-
Dij
44 LE MERCURE
fois les expreffions les plus fortes , & les
plus energiques ; les moindres circontances
mêmes ne lui échapent point :
Mais , pour preuve que ce recit eft fondé
far la Nature, je citeray l'avide attention
du Spectateur , la furprife dont il
eft frapé , l'émotion douloureuſe dont
il eft faifi ; le dirai-je ? Ces larmes qu'il
répand fur le fort du malhûreux Hippolite
.
Enfin , toutes ces voix qui s'élévent
pour aplaudir , & qui forment , comme
la voix de la Nature , ne doivent- elles
pas faire foupçonner que tant de beautez
qui fe trouvent dans ce récit , ne
font point fi déplacées & fi contraires
à la reffemblance , que le foutient M. de
Fénelon ?
Nôtre ami affés embaraffé , & n'ayant
peut-etre pas de quoy répondre , me
dit , que quand il feroit vray que ces.
endroits feroient excufables , & qu'il y
auroit de grandes beautés dans Phedre,il
ne s'en-fuivroit pas que cette piéce dût
l'emporter fur les meilleures de Corneille
: Qu'elle devoit toujours céder à
Cinna , Pompée , Nicomede , Sertorius
&c. Il est vrai , répondis- je, que ces piéces
ont dignes de nôtre admiration ; mais,,
D'OCTOBRE ,
45
cela n'empêchera point de dire que leurs
beautés font alterées par beaucoup de
défauts: Cinna par exemple, qui eft une
des piéces les plus exactes de Corneille,
n'eft pas fans imperfections. Le commencement
, comme remarque Mr Defpreaux,
eft trop plein d'Emphafe ; la fin
ne me fatisfait pas pleinement ; quand
j'ai veu Cinna accablé de biens de la
part d'Augufte , & dans le temps même
qu'il veut partager avec lui fa puiffance ,
fonger encore à l'affaffiner ; je doute de
la fincérité des fentiments de ce même
Cinna;lorfqu'Augufte lai pardonne , rien
ne me répond que ce Courtifan ne fera
plus traitre. Et Corneille a fi bien fenti
ce defaut, que pour renvoyer les élprits.
tranquiles, il fait parler Livie comme infpirée
des Dieux , qui affûre Augufte
d'une foy inviolable de la part des Romains
: Mais, cette prophetie a paru fi peu
naturelle , qu'on a mieux aimé la retrancher
dans la repréfentation. Je ne puis encore
fouffrir fans indignation , Cinna ,
confeiller à Augufte de retenir l'Empire,
de le voir fe jetter à fes pieds,l'en conjurer
au nom de Rome; & cela, pour avoir
un prétexte de l'affaffiner. Ce trait eft ſi
lâche que la tyrannie & les fureurs
4.5. LE MERCURE
d'Augufte ne me préfentent rien de fr
odieux . Pour ce qui eft de Pompée , je ne
fçaurois m'empêcher de rendre juftice
à cette pièce ; je ne vois rien au deffus
de la grandeur d'Ame que j'y rémarque
:Toute la grandeur Romaine, eft à
fon comble dans la perfonne de Corne
lie : Je lis toujours avec un nouveau
plaifir , tout ce que cette Princeffe dit
à Céfar ; mon ame s'éleve au deffusd'elle
même , & il me femble que les
fentimens de cette Romaine paffent
dans moi. Enfin , plus je lis cette pièce , &
plus je doute fi les Romains ont plus fait
pour Corneille , que Corneille a fait
pour les Romains . Mais avec tout cela ,
cette Tragédie n'a jamais paffé pour
être dans les regles : Et aprés le troifiéme
acte , il femble que ce foit une nouvelle
action , dont la mort de Ptolomée
& des Complices fait le dénouement.Si
je fuis charmé de Pompée , je ne le fuis
pas moins de fon Horace Toutes les
paffions y font raffemblées avec un Art
admirable;laFureur & l'Amour,la Crainte
& la Terreur y font parfaitement exprimées.
J'aime à y voir Sabine foeur des
Curiaces , que Corneille fuppofe êiremariée
avec l'Aîné des Horaces , qui op-
.
D'OCTOBRE.
47
pofe toutes les paffions d'une Epoufe à
celles de Camille qui n'étoit qu'Amante.
Enfin , fi on retranche le cinquiéme
acte , qui eft hors d'oeuvre & qui ne fert
qu'à faire languir la pièce , l'ouvrage eft
entier. Je trouve dans les derniers actes
de l'Oedipe , de grandes beautés, mais , je
ne puis fouffrir le commencement de
cette piéce.Dans une confternation auffi
grande qu'eft celle où fe trouve la Cour
d'Oedipe, ce n'eft gueres le rems de parler
d'amour ,& encor moins de mariage :
Toutes ces idées m'écartent de l'unique
que je devrois avoir , m'arrachent à
l'horreur que le fujet de cette pièce doit
m'infpirer J'ay veu des perfonnes inftruites
de l'hiftoire d'Oedipe, démander
à la fin dù fecond acte , quelle piéce on
reprefentoit.
:
Je fçai queCorneille repond à cela, qu'il
a voulu par cet épifode qu'il apelle heureux,
ménager la délicateffe des Dames :
Certainement, les Dames n'ont point un.
goût contraire à celui de la Nature ; &
je fuis fûr que les feules avantures d'Oëdipe
ménagées avec art , ne leurs auroit
pas moins plû, que je fuis certain que
le froid amour de Dirce leurs déplaît .
Mais enfin , reprit la Marquife , quand
48 LE MERCURE
même la piéce auroit infpiré de l'horreur
, le fujer y préparoit affés , & il ût
encore mieux valu bleffer la délicateffe
des Dames , que de pecher contre la
vrai-femblance & contre la raison . Mais
M. achevez de nous dire vôtre fentiment
fur les autres Piéces de Corneille ;
car , je vois que M.de...brûle d'envie
de fe venger fur Racine . Nicomede , repris-
je , et une des Piéces ou Corneille
a le plus excelle : Quoiqu'elle foit
d'une conduite extraordinaire , & qn'il·
n'y ait ni tendreffe ni paffions , la grandeur
de courage y tient lieu de tout . Je
remarque avec plaifir le difciple d'Annibal,
braver la grandeur Romaine & l'emporter
fur cette orgueilleufe République ,
par la hauteur des fentimens & par- la.
force du courage
.
J'admire Laodice qui méprife un Trône
qu'elle tiendroit d'une autre que
d'elle-même: J'aime à la voir réſiſter
aux confeils de Prufias , & refufer d'écouter
l'Ambaffadeur Romain,chargé de
luy propofer un himen qu'elle déteite .
Recevoir Ambaffade en qualité de Reine ,
Ce feroit à vos yeuxfaire la Souveraine ;
Car, hors de l'Arménie , enfin je ne fuis
rien ,
D'OCTOBRE. 49
Et ce grand nom de Reine , ailleurs ne
m'autorife
Q'è n'y voir point de Trône à qui je
fois foumife ;
A vivre indépendante & n'avoir en tous
lieux
Pour Souverains , que Moi, la Raifon &
les Dieux.
J'aurois cependant voulu que Corneille
ût donné plus de grandeur d'ame
à Flaminius , & moins de foibleffe à Prufias.
Quelqu'élévation que je trouve
dans Nicoméde , j'en vois encote davantage
dans Sertorius ; c'eft dans cette
Piéce où Corneille a pris plaifir à déployer
fon ame entiere. Je fuis fi faifi
des grandes beautés que je trouve dans
l'entrevûë de Sertorius & de Pompée ,
que fi cette Piéce a des défauts , elles
m'ôtent la liberté de les voir : Voilà,
continuai- je rendre juftice à Corneille ;
mais avec tout cela , je le crois encor inferieur
à Racine ; & par quel endroit ,
reprit nôtre ami ; feroit - ce par défaut
de régularité Mais ; fi on vous en faifoi
voir autant dans Racine , luy donneriez
vous encore la préférence ? Oiii M. re
pondis- je, je le croirois encore fupérieu
O &tobre
1717. E
so
LE MERCURE
par la délicateffe des fentimens , par le
choix heureux de fes fujets , par la beauté
des vers , par la maniere vraie dont
il dévelope la Nature ; & que n'ajoûtez
-vous encore , par la grandeur des
fentimens ? Dit M. de ... Pour l'élévation
, repris-je , Corneille en a peuteftre
plus , quoique Racine n'en manque
pas , & qu'il en faffe voir autant que Corneille
dans de certains endroits . Ah , celui-
là eft nouveau ! Reprit nôtre ami ,
en s'éforçant de rire ; autant de grandeur
d'amé dans Racine que dans
Corneille ! Faites le nous un peu voir,
& ouvrez les yeux du Public qui ont
efté jufqu'aujourd'hui fermez : Ce fera
M. luy dis-je , lorfque vous m'aurez
fait voir cette irregularité que vous
reprochez à Racine. Comme cela nous
meneroit un peu loin , reprit M. de ...
& que nous n'avons déja que trop difputé
en prefence d'une fi aimable Dame ;
nous en parlerons une autrefois : Auffibien,
aurez- vous le loifir de feuilleter
vôtre Racine, pour chercher ce fublime
que vous devez comparer à celui de
Corneille. Dailleurs, j'aurois de la peine
à condamner en prefence de Madame ,
un Auteur pour qui elle témoigne tant
d'attachement.
D'OCTOBRE.
SI
En verité Mr , reprit la Marquife en
fouriant , il faut que vous me croyez bien
peu généreufe , de croire que je veuille
fauver Racine de vôtre critique ; apré
avoir été témoin du traitement févér
qu'on a fait à fon Emule : Non-Mr, com™
battez avec courage ; je vous prie de ne
faire aucune grace à nôtre Heros ; il n'a
aucun befoin d'indulgence : Nôtre ami
commença donc par attaquer Andromaque
. Je ne conçois pas , dit-il , comment
Racine , qui s'eft fur tout appliqué à la
régularité dans toutes les pièces , a mis
dans fon Andromaque une double ac
tion. L'amour de Pyrrus pour Andromaque
, & les répugnances de cette Princeffe
pour Pirrus devoient fuffire , fans joindre
encore l'amour d'Orefte pour Hermione
qui caufe la duplicité d'action .
D'ailleurs , le Caractére d'Orefte eft fi
odieux , qu'en le retranchant , il auroit
ôté un défaut de fa piéce , fans lui ravir
aucune beauté : Je ne vois dans ce Prince,
qu'un Furieux qui ne parle que d'enlevement,
de mort , & dont l'ambaffade
fe termine par le plus lâche des Parricides.
Il est vrai , dis- je , que Racine a
eu tort de nous reprefenter ce Prince
avec un Caractére fi violent. Qui ne
E ij
52 LE MERCURE
fçait que jamais homme ne fut plus tránquile
qu'Orefte ? Mais , que veulentces
fureurs qui s'emparent de ce Prince à
la fin de la piéce?
Mais, quelle épaiffe nuit tout à coup m'environne
>
De quel côté fortir , d'où vient que je
frifonne ?
Quelle horreur me faifit , grace au Ciel
j'entrevois
Dieux , quels ruiffeaux de fang coulent
au tour de moy.
..... quoy Prrus , je te rencontre encore?
Trouverai-je partout un Rival que j'abhorre:
Percé de tant de coups , comment t´es- tu
Sauvé ,
Tiens , tiens , voilà le coup que je t'ai
réservé?
Mais, que vois-je à mes yeux, Hermione
l'embraffe?
Elle vientl'arracher au coupqui le menace;
Dieux , quels affreux regards elle jette
fur moi!
Quels Démons , quels Serpens traînet'elle
apres foi !
Hé bien Filles d'Enfer , vos mains fontelles
prêtes?
D'OCTOBRE. 53
Pour quifont ces Serpens qui fiflent fur
vos têtes ?
A qui deftinés- vous , l'appareil qui vous
Suit ?
Venez- vous m'enlever dans l'éternelle
nuit ?
Venez , à vos fureurs Orefte s'abandonne
;
Mais non , retirés- vous , laiffez faire
Hermione :
L'ingrate mieux que vous , sçaura me
déchirer ,
Etje lui porte enfin , mon coeur à dévorer.
Ne feriez- vous point tenté , continua-
t'il , d'oppofer ce morceau de Racine
, aux plus grands traits de Corneille
; ce n'en est pas un des moindres ,
répris-je , ni l'unique, comme il fera aifé
de vous le faire voir ; lorfque vous aurez
achevé de nous dire vôtre fentiment
fur les autres piéces de Racine .
Britannicus , reprit nôtre ami , qui eft
la piéce que Racine avoue avoir le plus
travaillé , n'eft pas à beaucoup - prés
fans défauts; témoin cette confiance qu'a
Britannicus enNarciffe contre toute vraifemblance.
Britannicus , aprés la froideur
que Junie a été obligée de lui té-
Eiij
14 LE MERCURE
moigner; Britannicus , dis-je , la croyant
infidele , & ne la pouvant cependant
bannir de fon coeur , demande à Narciffe
dans la fixième fcéne du troifiéme
acte ; s'il ne peut plus voir Junie . Narciffe
répond qu'elle reçoit les voeux de
Néron fon nouvel Amant. Junie arri
vant dans le moment , l'affûre d'une
amour éternelle , lui découvre la caufe
de la froideur qu'elle lui a temoignée , lui
dit que Néron P'écoutoir & lui ordonnoit
de feindre : Tout cela devroit être
plus que fuffifant , pour prouver à Britannicus
que Narciffe le trahiffoit ; cependant,
au commencement du cinquiéme
acte , le même Britannicus , pour
prouver à Junie que Neron eft réconcilié
avec lui de bonne- foy , lui cite en
core le témoignage de Narciffe .
.
Que dis-je , il reconnoît ſa derniere
injuftice ,
Ses remords ont paru même aux
yeux de Narciffe ;
Ah ? s'il avoit dit ma Princeſſe à
quel point .
Et fur ce que Junie lui répond ;
D'OCTOBRE.
35
Mais , Narciffe , Seigneur ne vous
trahit-il point ?
Britannicus que tout doit porter à la
défiance , lui dit.
Et pourquoi voulés vous que mon
coeur s'en defie ?
Vous me dirés peut- être,que Britannicus
qui a le coeur bon & fincére,juge icy
des autres par lui même ; mais , à moins
de vouloir abfolument fermer les
yeux ; on ne peut être crédule juſqu'à
que
cet exces.
Pour l'Alexandre , je n'en dirai préfque
rien , aprés la differtation qu'en a
faite Mr de S. Evremont. J'adjouterai
feulement que je ne puis fouffrir qu'un
Prince tel que nous eft dépeint Porus
dans toute la piéce , amoureux de la
gloire au deffus de ce qu'on peut dire ,
qui avoit trouvé Alexandre trop lent à
traverfer l'Afie & à venir l'attaquer ;
je ne puis, dis - je , fouffrir , que ce grand
coeur foit cependant prêt à facrifier cette
même gloire à une Maîtreffe ; voici
comme il parle à Axiane .
E iiij
55 LE MERCURE
Ab ? Madame , arrêtés , & connoiffes
ma flame >
Ordonnés de mes jours , difpofez de
mon Ame;
La gloire ypeut beaucoup , je ne m'en cache
pas ;
Mais , que n'y peuvent point tant de divins
appas ?
*
Je ne vous dis plus rien , parlés en Souveraine
;
Mon coeur met à vos pieds ,
Sa haîne.
.
fagloire
y a encore un endroit dans Mitridate
, qui ne me paroit pas tout -à - fait
excufable : Je ne fçai pourquoi Arbate
accufe Pharnace , d'aimer Monime
Maîtreffe de Mithridate; tandis qu'il épargne
Xiphares. Vous me dirès qu'il
eft attaché à Xiphares . Mais enfin , étant
inftruit de l'amour de celui- cy pour Monime
, il me femble qu'il ne devoit pas
plus accufer Pharnace que Xiphares , ou
plutôt,qu'il devoit déguifer l'amour de
l'un comme celui de l'autre ; cela feroit
plus généreux : Pharnace accufé , tandis
que fon frere ne l'eft point , me fait
quelque pitié ; & je m'intereffe un peu
moins au fort de Xiphares . PermettésD'OCTOBRE
57
moi encore de dire deux mors fur Iphigénie
. Je ne prétends pas être le feul
qui refufeà cette piéce , les louanges
qu'elle merite . On peut dire que les Caractéres
font parfaitement bien confervés.
Agamemnon y eft peint avec tout
l'orgueil & toute la fierté des Atrides .
J'y reconnois Achille agiffant , fier ,inéxorable
, croyant que les Loix lui doivent
céder , & ne connoiffant que la
force pour tout droit dans fes entreprifes.
Le refpect & l'aveugle obeiffance
d'Iphigénie , jufqu'à être prête à facrifier
la vie au premier ordre de fon Pere ;
me font prendre un fi grand intereft
à fon fort , que non feulement, j'ap .
prouve la fureur d'Achille ; mais que
je crains qu'elle ne foit impuiffante à
conferver la vie à cette Princeffe. Troye
ne me paroit pas un prix digne d'un fang
fi précieux. Clitemneftre me fait voir
les fentiments les plus vifs d'une Mere
tendre & défolée . Enfin,il ne manque à
cette piéce , qu'un fondement plus folide.
Cette piéce ne roulé que fur l'égarement
de chemin de Clitemnestre &
d'Iphigénie . En voila affés, continua nôtre
ami , pour vous faire voir que Racine
eft au deffous de Corneille ; puif58
LE
MERCURE
qu'outre ces defauts vous ne nous ferez
jamais voir dans Racine, l'équivalent
du fublime de Corneille .
Comme Racine, répondis- je , ne s'eft
pas principalement attaché au fublime ',
je m'en fuis tenu à dire , qu'il a autant
d'élévation que Corneille , dans les endroits
où elle eft néceffaire : Et que
voulez - vous de plus grand que Porus ?
Quoi qu'il foit grand prefque par tout ,
je ne raporterai que quatre vers ; c'eft
lorfqu'il répond à Taxile qui lui vante
Alexandre.
Oui , je confens qu'au Ciel on éleve
Alexandre ;
Mais ,fi je puis Seigneur , je l'en
ferai defcendre ;
Et j'irai l'attaquer jufque fur
les Autels
Que lui dreffe en tremblant le
refte des Mortels.
Voyez le caractére d'Andromaque
, de Burrus , de Mitrhidate , de Joud
dans Athalie ; adjoutés encore que Racine
traite infiniment mieux les paffions
que Corneille : Voulez - vous voir la
violence dé l'amour , vous les verrés
D'OCTOBRE.
59
dans l'Andromaque ; toutes les fureurs
dans Phedre: La Delicaleffe , la Jaloufie
, l'Inquiétude qu'il caufe dans Bajazet.
J'ofe avancer que tout ces effets ne
feront jamais mieux dans leur jour.Tantôt
je vois une Amante dans Atalide ,
qui d'abord confent à voir fon Amant
entre les bras d'une autre , plutôt que
de le voir perir ; & qui un moment
aprés, s'en répent. Peu- t- on jamais rien
dire de plus tendre , que ce qu'elle dit
à Bajazet dans la cinquiéme fcéne du
deuxième acte ; On voit dans Roxane ,
uneAmante que la Jaloufie rend furieufe;
qui veut perdre fon Amant , qui ordonne
fon fupplice , parce qu'elle eft
toujours maitreffe de le fauver. Mais
qui , fur l'ordre qu'elle reçoit d'Amurat
de faire mourir Bajazet , change tout à
coup de fentiment, & ne ppeennffee plus
qu'à le fauver. Enfin Mr , quand je conviendrois
avec vous qu'en général Corneille
éleve plus l'éfprit , il faudroit que
vousconvinifies que Racine feait toucher
plus le coeur. Mde De ... craignant
que nôtre difpute ne nous entrainât
trop loin , demanda grace aux Difputans
, & fit changer d'objet la converfation.
60- LE MERCURE
*OUTHCE & ANTISE
LA POUDRE
POEME
Muſe , raconte- moi, quel Mortelfurieux
Ofa contre nos jours nous rendre indufrieux
;
Et montrant aux Humains l'art d'aſſonvir
leur rage ,
Du falpêtre & du foufre inventa l'altiage.
L'intérêt feul moteur des avides Mortels
,
Avoit de l'innocence ufurpé les Autel's ;.
Et déja plufieurs fois , le flambeau de la
guerre
Avoit vengé le Ciel des mépris de la
terre :.
Mais lefoufre tiré des antres fouterrains,
N'avoit encorfervi qu'au falut des Humains.
Sans cefecours fatal , dans fafureur ex-
1- trême ,
L'Homme fçavoit affez fe détruire luimême.
D'OCTOBRE 61
L'Enfer en triomphoit ; le vieux Nocher.
des Morts
Les voyoit à grands flots arriverfur fes
bords.
L'implacable Alecto , feule peufatisfaite,
Ne reffent de ces maux qu'une joye imparfaite
>
Et croit que les malheurs des Mortels infenfez
,
Pouvant être plus grands , ne le font pas
affez.
L'infipide lenteur d'une fureur vulgaire ,
Dut-elle , plus long- temps ne peut me fatisfaire
,
Achevons nôtre ouvrage , & par d'antrés
fleaux
Méritons des Enfers des éloges nouveaux.
Impuissant ennemi de tout ce qui refpire ,
C'est par moi que Pluton voit fleurirfon
Empire ;
Vainement la Difcorde eût agité les
coeurs >
Son fouffle n'eût produit que de vaines «
fureurs.
Du glaive meurtrier , j'armai l'humaine
rage ,
De l'arc, desjavelots je lui traçai l'image ,
Mais cefroid appareil commence à m'ennuyer
;
62 LE MERCURE
Apprenons aux Mortels l'art de fe foudroyer.
Elle dit , & d'un vol que l'ardeur pré-
- cipite ,
Elle quitte les bords du ténébreux Cocite
Confpirant aufuccés de fesfuneftes voeux,
La nuit d'un voile épais couvre fon vol
affreux.
Dans ces lieux * qu'en naiſſant arroſe le
Danube ,
Un Mortel , digne fruit d'une nouvelle
Hecube , *
Exerçoit d'Apollon * l'art utile aux humains
,
Heureux , s'il eût toûjours ſecondé ſes
deffeins ?
Précieux aux Moriels , & cher à leur
mémoire ,
Son nom n'auroit jamais fait horreur
à
l'Hiftoire
.
*
L'Allemagne.
* Hecube avant d'accoucher de Paris,
crut en fonge accoucher d'un flambeau
qui embrafoit Troye .
* Dieu de la Médecine ..
* Polidore Virgile dit que le Ciel n'a
pas voulu que fon nom paffat à la Poftérité
.
D'OCTOBRE.
T3
Empirique orgieilleux de fes nouveaux
Secrets ,
Alecto le croit propre à remplir fes projets':
Elle arrive , & n'ofant lui découvrir fa
rage ,
Elle prend de Pallas les traits & le langage.
Dans les bras dufommeil be Mortel retenu
,
Eft foudain ébloui d'un éclat inconnu.
Heureux mortel , lui dit la trompeufe
Furie ,
Aux leçons de Pallas prête ton induftrie :
Quelle gloire attends- tu de tes travaux
divers ?
Par unfeul tu pourrois étonner l'Univers..
Sous mes loix déformais , arbitre de ta
guerre ,
Enfeigne l'art de vaincre aux Héros de
la terre ;
Et la foudre à la main , fur les pas des
Céfars ,
Va du fort des combats difputer avec
Mars.
Obferve , écoute. Alors , l'Euménide
cruelle ,
Des bombes , des mortiers lui trace le modelle
;
64 LEMERCURE
Lui dit quels minéraux , quel bois , quelle
liqueur
Doivent former la foudre & femer la
terreur.
Lui peint en treffaillant , le glorieux ravage
Que vapar tout caufer ce facile alliage :
Et pour en achever le fidele tableau
و
Elle expofe à fes yeux ce Chef - d'oeuvre
थे
nouveau ;
L'allume , & dans l'inftant lamatiére enflammée
Luit , éclate , produit une épaiffe fumée.
Tels on voit en bruyant , s'élever dans les
airs
Les feux qu'Ethna vomit de fes antres
divers .
Titán même au milieu de fa vafte carriére
,
Ne répand à l'entour qu'une foible lumiére.
Le fommeil prend la fuite , effrayé de ce
bruit.
Fille de Jupiter , dit le Mortelféduit ",
Vous l'ordonnez , je vais ,
fidele ,
१
vos ordres
Faire prendre aux combats uneface nouvelle.
Flaté du faux espoir de fe rendre immortel
, Il
D'OCTOBRE.
es
се
t,
-es
I fait des minéraux l'alliage cruel.
Puiffe-t-il le premier , ce Pérille * barbare
,
Faire l'effai fatal des maux qu'il nous
prépare ?
Dans de vaftes fourneaux , des riviéres
d'airain
Prennent bientôt la forme utile à fon
deffein :
Le cruel s'applaudit d'en voir comme d'un
gouffre,
Et
Sortir avec éclat le falpêtre & le fouffre ;
marquant teur vertu par des coups
effrayans ,
Pouffer avecfureur des globesfoudrayans
Contre eux dans les combats l'adreffe eft
inutile ,
Un Therfite avec eux , fait autant qu'un
Achille.
Ils ne laiffent par tout , plus prompts que
les regards ,
Que des corps ravagez & des membres
épers.
De Morts & de Mourans unfunefte carnage
* Pérille fut l'Auteur de ce fameux
taureau d'airain de Phalaris. Il y fut enfermé
le premier.
F
Il
66 LE MERCURE
Marque à l'inftant le lieu de leur cruel
paffage.
Les nouveaux Iliums fur leurs rocs fourcilleux
Malgré leurs fiers Hectors , fuccombent
avec eux.
Leurs tours , où la terreur & la mort fe
répandent .
Croulent au premier choc fur ceux qui les
défendent.
Ceuxque l'âge ou le fexe éloigne des combats,
Sous leurs toits foudroyez rencontrent le
trépas >
Où vomiſſantfondain lesfeux qu'elle recèle
,
Laterre fous leurs pas ouvre unſein infidele
.
Tu le vois , Jupiter , dans fes cruels projets
Ce Salmonée au bruit fçait unir les
effers.
Sans en êtrejaloux , peux-tu voir fur la
terre
Salmonée fut foudroyé pour avoit
feulement imité le bruit de la foudre.
D'OCTOBRE 67
L'Homme ufurper le droit de lancer le
tonnerre.
Viens , Deeffe des Bois , & malgré les
Enfers ,
Reads cet artfurieux utile à l'Univers.
Que l'homme fur tes pas renonçant àſa
rage ,
N'en faffe déformais qu'un innocent
ufage.
+ * Diane Déeffe des bois & de la
chaffe.
Nil mortalibus arduum eft. Hor;
LA TO CANNE
PAR M. DE ...
N'A quére avois dans un accés de
goute ,
Juré de par le Benoiſt ſaint Martin ,
Que ne boirois , quelque cher qu'il m'en
coute ,
De mesbuyplus une goute de Vin.
Bien me trouvois de ce fage régime ;
De plus en plus ferme en cette maxime ,
J'oubliois jà ce jus délicieux ;
Quand un enfant vint s'offrirà mes yeux ,
Fij
68 LE MERCURE
Qui dans Ai nefaifoit que de nitre .
Qu'il étoit beau , vif, piquant,gracieux !
A peine le vis-je paroître
Que foudain de ma bouche , il paffa dans
mon coeur,;
Ily remit battement & chaleur :
Puis tout à coup , réchauffant ma pensée
Par l'Eau déja toute glacée ,
Il rappella par fes douces vapeurs
Mufes & Vers , aimables révéries ;
Les fleurs , les Bois , les Ruiffeaux , les
Prairies ,
L'enchantement & cent autres erreurs.
Mieux fit encor, me rappella vos charmes
,
De nos plaifirs le tendreſouvenir ;
Lors , je laiffai doucement revenir
Cet autre Enfant qu'autrefois tant de
Larmes ,
Entre nous deux n'avoient pû retenir.
Je jurai donc , foit folie , onfageffe,
Quepafferois avec ces fripons là ,
Quelques beauxjours qu'encor me laiffera
Le trifte Hyver qu'on appelle vieilleffe
D'OCTOBRE . 69
M. RENE BOUDIER ,
SIEUR DE LA JOUSSELINIERE,
Agé de 83 ans.
AUX MANES
DE M. BOURET
Lieutenant général de Mantes ,
cher Ami , âgé de
CL
71 ans.
EPICE DIE..
fon
Lothon qui devide nos jours
Et tranche à fan gré nas fufées i
Vous envoye aux Champs Elifées ,
Faire un Voyage de lang cours.
La route feule en eft fachenfe :
On traverfe des Bois épais
On paffe une Eau naire & fangenfe.
Que l'on ne repaffe jamais.
Mais , tranfportez d'un bord à l'autre ,
Les Manes font tout étonnez
D'être en des Pais fortunez ,
Et faits autrement que le nôtre.
70
LE MERCURE
Les fleurs y naiffent fous leurs pas
Tout y fate leur fantaisie ;
Et comme au Ciel , tous leurs repas
Sont de Nectar & d'Ambroisie .
Loin d'eux fe tiennent écartez ,
Les foucis de la vie humaine
Et l'effroy de la mort certaine ,
Dont les Vivans font agitez.
Enfin , l'on y trouve un azile
Contre la peur de l'Avenir ;
Et c'eft un féjour fi tranquile ,
Que pas un n'en veut revenir..
Plus âge que vous de deux Luftres ,
J'y devois aller avant vous ;
Mais , la Parque qui nous prend tous
Commence par les plus Illuftres..
Defcendu dans ces vastes lieux ,
Vous irezprendre vôtre place
Au Quartier des Manes pieux
Près de Juvenal & d'Horace.
Ménagez avec eux ma Paix ,
Ou du moins faites leur entendre
Quefur vos pas je vais leur rendre
Les Larcins que je leur ai faits ..
D'O 71: D'OCTOBRE..
8338
EPITAFE D'UN SERIN..
A. L'ombrede cesRomains,
Gitun Serin Séréniffime ,
Mort avant l'âge légitime
Que la Parquefile aux Serins ..
Il ut furvécu la Corneille ,
Si les Deftins comme autrefois ,.
Avoient voulu prêter l'oreille
Aux accens d'une belle voix :
Au moins , la charmante Climéne
Qui fe confume de chagrin ,
Avecfon doux Chant de Syréne ,
Rendroit la vie à fon Serin..
!
92
SUR LE PORTRAIT D'IRIS.
0
Nne peut rien voir de plus beau:
Que cette vivante peinture ›
Où le mêlange du Pinceau
Aprefque égalé la Nature.
Les traits d'Iris & fon beau teint
Que la Parque a trop- tôt éteint ,
Charme les yeux dans cet Ouvrages.
Elle y refpire , elle y fourit ;
Rien n'y manque horsfon efprit,
Encor plus beau que son visage .
7.2. LE MERCURE
´A
SUR ARRIA.
Près s'être percé le flanc
Arriafans parôitre émie
>
Donnant le fer teint de fon fang
*
APétusfon Epoux qui détournoit fa vûë,
Lui dit ces mots dictés par l'amour conjugat
,
Tiens , cela nefait point de mal.
1
Dion Lib.. 6.
SUR MADEMOISELLE DE
Es difent qu' Arnulfe eft mort
LD'autres , qu'il n'a qu'une bleſſure :
Quoiqu'aucun pourtant ne l'affûre ,
Sa Soeur s'en afflige trèsfort.
On a beau lui faire connoître
Que ce n'est qu'un faux bruit peut- être ,
Dont elle s'alarme & fe plaint;
A ces mots , fa douleur redouble :
Cette incertitude la trouble ;
\ Et c'est ce faux bruit qu'elle craint.
punu
A UN
D'OCTOBRE, гост
73
A UN CONSEILLER.
Α'
Vec cent mille francs qu'on vous a
faitpréter;
Vous voilà revêtu d'une Charge hone
rable ,
Dont vous pourriez être capable ,
Si la Capacitéfe pouvoit emprunter.
SUR UN USURIER DEVOT; }
Bigot ,Supposé qu'on te croye
Homme de bien & de vertu :
Tefuffit-il & penfes-tu
Payer Dieu de cette monnoye ?
Un Ufurier tel que tu l'es ,
A beau rouler des Chapelets ,
Gagner tous les Pardonsgagnables ,
Et jeuner tous les Vendredis ;
Il court en pofte à tous les Diables
Par le chemin de Paradis.
SUR LA VIEILLESSE.
D
"Un Tombeau ruiné , d'un Cirque
ancien dans Rome ,
Octobre 1717.
G
74 LE * MERCURE
Nos yeux avec respect contemplent les
débris :
L'âge d'une Médaille en rehauffe Le
prix :
On fait cas d'un vieux Bufte , on méprise
un vieil homme .
燒
11 quetouvelles.Paris,quidans
L femble que tout foit en vacances ,
les Mercures précedens , m'avoit fourni
affés d'évenemens pour enformer deux articles
confidérables , me laffe ce mois - cy
dans une telle difette , que pour remplir
ee vuide , je crois ne pouvoir mieux faire
qu'enyfubftituant une lettrefort curieuſe,
écrite récemment de Goa. C'est une défcription
Hiftorique & Geographique
de la partie Meridionale de l'Affrique.
On aura le plaifir d'y remarquer des découvertes
dans l'interieur des Terres , &
d'y voir des détails qu'on chercheroit inutilement
dans toutes les autres Rélations
que l'on nous a données jusqu'à préſent.
D'OCTOBRE.
75
1
*********
DESCRIPTION
DE LA CAFRERIE ,
IT DES RIVIERES DE CUAMA
'Ethiopie inferieure ou Affrique
Auftrale, dont nous allons parler
ici , s'étend en allant de la ligne vers le
Sud, jufqu'au Cap de bonne efperance, à
la hauteur de 35 degrés. Elle eft environnée
de l'Ocean au Levant : Au Couchant
, au Midy & du côté du Nord ,
elle confine à cette etendue immenfe de
Terre qu'on nomme Affrique Septentrionale
ou Ethiopie fuperieure . C'eft dans
l'Affrique Auftrale qu'eft fitué le Pays
que les Portugais appellent Cafreries
pour être habitée par des Cafres , mor
Arabe qui fignife Hommes fans loy : Ce
nom convient plus particulierement aux
Nations qui fe trouvent fur la côte
Orientale , depuis le cap Delgado qui
eft à 10 degrés , 20 m . de latitude Méridionale,
jufqu'au Cap de bonne Efperance
; parce que les Arabes qui donnerent
le nom de Cafres à ces Barbares , n'ont
Gij
76 LE MERCURE
jamais paffé à la côte Occidentale ; &
que les Portugais d'Europe , ni ceux du
Brefil n'appellent point Caffres , les Häbitans
d'Angola , de Bengola & les autres
Nations des Negres Occidentaux
qui font fous leur domination.
Il y a donc dans cette partie Orien
tale de l'Affrique Auftrale , beaucoup
de Seigneuries , de Républiques libres
& de Royaumes , dont cependant , les
plus confiderables & les plus connus font
les deux Empires du Monomotapa &
des Bororos : L'un & l'autre font féparés
par la Riviére de Zambeze , le prémier
à l'Occident & le dernier à l'Orient.
Cette Riviére arrofe prefque toute
la Cafrerie ; fa fource et fi éloignée
oufi cachée , qu'on n'eft pas encor parvenu
jufqu'à préfent à la decouvrir ; parce
que toute l'attention des Portugais
dans cette Conquête , ne tend qu'à la
traite de l'Or & de l'Argent , fans être
curieux d'aucune autre récherche . En attendant
cette découverte , nous pouvons
toujours affûrer que la Riviére de Zambeze
, aprés avoir parcouru une grande
partie de l'Afrique , &avoir reçû dans fon
fein plufieurs autres fleuves , vient ſejetter
dans la Mer Orientale par deux bou
D'OCTOBRE. 77
ches éloignées l'une de l'autre de 30.
lieuës . La prémiere embouchure qui est
la plus proche de Moçanbique , eft la
Barre de Quilimane dont l'ouverture
eft à l'Eft. La feconde qui eft plus proche
du Cap de bonne Efperance, eft celle de
Luabo. Entre ces deux barres , il y a
trois Ifles , dont celle du milieu eft la
plus grande , & peut avoir 30 lieuës
d'étendue jufqu'à la gorge de la Riviére
qui ferpentant delà en avant , remonte
vers le Nort , & fait une bonne
route par
où nous allons parer au Lac
de Zembre : Chingoma eft le nom de cette
Ifle. Il y a û autrefois une habitation ya
nommée Cuama , qui a donné lieu aux
Portugais d'appeller tout ce Pais , Riviéres
de Cuama : Je dis Riviéres & non
pas Riviére ; car , quoique ce n'en foit
qu'une feule , elle paroit fe divifer en
beaucoup d'autres, partageant le terrain
en diverfes Ifles par la quantité de bras
qu'elle fait.
La deuxième Iffe eft celle de Linde
qui a fept lieues de long ; elle eft vis- àvis
la terre ferme de Quilimane & en
forme la Barre .
La troifiéme qui eft la plus petite , eſt
du côté de Luabo . Les deux barres de
Giij
78 LE MERCURE
Quilimane &de Luabo peuvent contenir
des Vaiffeaux de cent toneaux ; cependant
, les Portugais ne frequentent que
celle de Quilimane , comme étant la
plus fûre .
Mais , avant que de quitter la côte
Orientale , il eft à propos que nous faffions
connoître un peu les Peuples qui
l'habitent . La plus part de ces Barbares ,
furtout ceux qui tirent vers le Cap
de bonne Efperance , font beaucoup
moins noirs que les autres Nations de
l'Affrique : Leur couleur livide & bazanée
approche fort de celle des Mulates dans
tout le refte : Ils font trez reffemblants
pour les cheveux , le nez , les levres ,
aux autres Negres ; mais beaucoup plus
alertes : Ce qui fait qu'ils font fi légers
à la courfe & en même tems fi vigoureux,
qu'ils arrêtent un Taureau .Ils ornent
leurs cheveux de petites plaques ,
comme de déniers , des coquilles & des
grains de Corail : Beaucoup fe font des
incifions fur la peau , & les rempliffent
de graiffe & de fuif; ce qui exhale une
odeur fi dégoutante qu'il n'eft pas poffible
à un Européen d'ofer approcher
d'eux.Les plus riches en Troupeaux , ont
le côté extérieur de leurs habits tout
+
D'OCTOBRE. 79%
réluiffant de graiffe ; & ceux qui en ont
peu, ne font vetus que de peaux féches :
Ainfi , parmi les Gorin- Huiconas qui ont
peu de bétail , il n'y a que leurs Chefs
qui en portent de graffes : Leurs pendans-
d'oreil font des faifceaux de Corail
,de neuf ou dix branches chacune , du
poids d'un quarteron ; d'autre fe font
un collier des entrailles d'une ere fraichement
tuée; & l'habitude qu'ils ont à
fouffrir cette puanteur , fait qu'ils ne
l'ôtent pas même quand ils fe couchent .
Ils prennent auffi de ces boyaux fecs ,
s'en entortillent les jambes , tant pour fe
garantir des épines , que pour faire plus
de bruit en danfant . Il y en a même qui
fe font une poche de ces inteftins à leur
col, où ils mettent leur tabac, leur pipe ,
& de certaines racines qu'ils mâchent .
Quand ils fortent , ils prennent une plume
d'Autruche& une queue dechat ſauvage
, pour chaffer les mouches dont ce
Pays eft rempli : L'Arc , les fleches &
les Zagayes * font leurs armes ordinaires;
on pouroit y ajouter leurs ongles qui
font fi longs , qu'on les prendroit pour
* Batons de 4. on de 5. pieds de long ,
enchaffés dans un fer long & pointu.
Giiij
to LE MERCURE
des griffes d'Aigles. Ils font fifort abru
tis, que la plupart n'ont pas l'adreffe de
préparer leur viande ; ils fe jettent fur
les charognes qu'ils trouvent; & le plus
fouvent , ils les mangent toutes cruës.
Faute de chair , ils vont chercher du
poiffon mort fur le Rivage. Malgré une
vie fi mathureufe ils atteignent à une extremevieleffe.
Leurs funérailles étoient
autrefois fuivies d'une cérémonie trés
facheufe , touts les Parents du deffunt
étant obligés de fe faire couper le petit
doigt de la main gauche , pour le
mettre auprés du mort; & les Enfans å la
mamelle n'étoient pas exempts de cette
cruelle Loy.
Lorfqu'un Pere accorde fa fille à un
jeune homme qui la demande , elle eit
obligée d'obeir fans murmurer. La
Chaîne nuptiale que l'Epoux lui donne ,
eft un boyau de Boeuf , qu'il faut qu'elporte
au col jufqu'à qu'étant ufé, il tombe
par piéces. Les femmes mariées ont
le fein fi pendant , qu'elles le renverfent
par deffus leurs épaules , pour donner
à téter plus facilement à leurs Enfans.
On condamne au foüet les Adulteres ,
& on fait fouffrir un fuplice horrible aux
D'OCTOBRE. 81
1
Inceftueux. On jette les Criminels , pieds
& poings liés , dans une foffe; le jour fuivant
, on retire l'homme & on le pend
par le cou à une branche d'Arbre où il
eft déchiqueté: Aprés l'avoir ainfi traité,
ce corps mutilé & encore vivant , refte là
pour fervir d'exemple ; enfuite, on tire la
femme de la foffe , & on la jette fur un
Bucher où elle eft brulée toure vive.
Pour les Affaffins , on leur perce les genoux
qu'on attache à leurs épaules , &
on les laiffe expirer dans les tourmens
d'une longue mort. On voit par là que
ces Peuples , quoi qu'en apparence plus
bêtes qu'hommes , ont pourtant de l'amour
pour la vertu & pour l'équité naturelle.
Ils vivent à la Campagne fous des
Tentes faites de branches d'arbres , &
couvertes de Nates de Jonc ; il y en a
de fi grandes qu'une Famille de 20. ou
30. perfonnes peut s'y retirer. Le foyer
eft au milieu ; ce qui fait qu'on ne peut
prefque pas y refpirer , à caufe de la fumée
épaiffe qui n'a point d'iffue que par
l'ouverture de la porte qui eft fort baffe.
Au refte , le Pays eft propre à porter
des fruits de toute efpece , étant gras &
limoneux en plufieurs endroits , fort
82 LE MERCURE
Pierreux & fort fabloneux en d'autres ,
furtoutau delà de la ligne duCapricorne.
Les Pâturages y font bons ; leFroment , le
Segle , l'Orge viennent fort bien dans
les vallées où on les féme . On ya
beaucoup de bétail gros & menu : Les
Boeufs font d'un demi- pied plus
hauts que nos plus grands Boeufs d'Europe.
Pour les Brebis , elles font fort
hautes de jambes , trainans une queuë
qui pefe 20 livres & quelquefois
davantage. Les Forêts , les Plaines &
les Vallées nouriffent quantité de gros
& menu Gibier , comme Cerfs . Chevreüils
, Buffles ou Chamois , Liévres ,
lapins ; & des Bêtes féroces comme
Sangliers , Loups , Tigres , Leopards
Lions,Eléphans.Ordinairement, le Lion
eft accompagné d'un Animal nommé
Kak- Hals par les Hollandois , fort reffemblant
à un Renard ; lequel ayant
l'odorat extrêmement fin , découvre la
proye de fort loin ; le Lion s'en étant
faifi , ne manque jamais de lui en faire
part. On y trouve une espece de Rhinoceros
qui a deux Cornes fur le nez; il eſt
de la groffear d'un Eléphant & le poil
d'un gris cendré , avec un flocon fur la
Nuque qui eft de couleur noire. Il y a
quantité de Tortues de Terre & d'Eau ;
,
>
D'OCTOBRE. 83
la Mer prés de cette côte , eft trés féconde
en Monftres Amphibies ; on y voit
des Chiens , & des Chats de Mer , des
Loups , des Ours marins ; ce dernier
Animal eft d'une viteffe extraordinaire ;
il eft fort hideux & fa morfure eft prefque
mortelle : Les Boeufs marins s'y trou
vent à foifon; on les nomme Démons de
Mer ; ils vont fouvent paître dans les
Prairies comme le bétail : En Eté , tous
ces Monitres nagent & s'éloignent de
la côte . En Hiver, le froid les fait retiter
prés du Rivage & demeurer entre les Ecueils.
Il eft tems à préfent d'avancer
dans le Pays.
Defcription des Habitations des Portugais
& de leurs Foires.
Po
OUR décrire par ordre la fituation
& la difpofition des habitations Portugaifes
, & donner une idée des Foires.
ou Marchés d'or ; fuppofons que nous
entrons par la Barre de Luabo , & que
nous allons à la vue des Terres qui font
à main gauche & qui appartiennent à
l'Empire du Monomotapa . De la Barre
de Luabo jufqu'à l'Habitation de Séna ,
il y'a do lieues : Toutes les Terres qui
font au bord de la Riviére , appartiennent
à la Couronne de Portugal. Les
84 LE MERCURE
Jefuites ont deux Paroifles à Luabo , &
une autre à Gornbe qui n'eft pas éloignée
de Séna. Cette Habitation de Séna
fituée dans le Royaume d'Inbamoy, a
fon Eglife Cathédrale , la Mifericorde ,
le Couvent de S. Dominique & la réfidence
de la Compagnie de JESUS
fondée dans le même lieu , où on dépeçoit
& vendoit autrefois la chair
humaine . Il peut y avoir 30 familles
Portugaifes & un grand nombre de
Chrêtiens du Pais de Séna jufqu'à
Tété qui eft la feconde Habitation des
Portugais . Il y a auffi 60 lieues de Païs
dans ce district ; les PP. Jefuites en ont
une fituée dans le Païs de la Chemba ,
& une autre au Marangué. Il peut avoir
dans Tété 15 ou 20 familles de Portugais
, une Eglife Paroiffiale de Religieux
Dominicains , une réfidence de la Čompagnie
de Jesus & un bon nombre
de Naturels baptifés.
SU
Maintenant, nous allons voir d'icy en
avant le très vafte Royaume de Munbay
, Patrimoine du Monomotapa , dont
les Païs qui font plus avancés dans les
Terres , s'appellent Mocranga ; & ceux
qui font proche la Riviére , Botonga . En
navigeant donc de Tété , 30. lieues en
D'OCTO BR E. 85
remontant la Riviére , on rencontre un
Rocher qui occupe & traverse toute cette
Riviere , & qui empêche le paffage
des Vaiffeaux. On peut voyager cependant
le long de ce fleuve , par un grand
chemin Royal par lequel , du tems de
François Barreto premier Conquérant
des Mines , dix Portugais allérentpour
en découvrir la fource , dont ils ne
pûrent rien apprendre , non pas même
fur les Relations des Naturels du Païs.
Nous voici déja au diſtrict des Mines,
& nous pouvons parcourir les Foires ,
où nos gens remontoient anciennement,
pour y faire la traite de l'Or , & où les
Caffres defcendoient en même tems,
pour y acheter des Etoffes ; dans toutes
lefquelles Foires il y avoit beaucoup
de Portugais établis .
35
>
La premiere Foire étoit un lieu appellé
Luanze. Cette Foire qui n'éxifte
plus , étoit éloignée de Tété ,
lieues du côté du Sud , entre deux petites
Rivieres qui fe joignent en une
laquelle prend le nom de Manzoro &
fe jette dans le Zambeze. Il y avoit
dans cette Foire , une Eglife de Religieux
de S. Dominique . Elle abondoit
en Vaches , Poules , Beurre & Ris . Il
86 LE MERCURE
y a quantité de bonnes Fontaines qui
arrofent cette Contrée , & la rendent
fort faine , comme font toutes les Terres
de la Maranga.
en
La feconde Foire étoit celle de Bocuto
, à treize lieues de Luanze` ,
ligne droite : La fituation étoit entre
deux petites Riviéres qui fe déchargent
dans le Manzoro, à demie lieuë de l'habitation.
On portoit beaucoup d'or à
cette Foire,, où l'on trouvoit aufli quantité
de rafraichiffemens , d'herbages &
de fruits , & où il y avoit une Eglife de
Religieux Dominicains.
A cinquante lieues de Tété, 10 lienës.
de Bocuto , & demie journée de la riviere
de Manforo, eft le Bourg de Maſſapa
qui étoit anciennement la principale
Foire ; c'eft encore aujourd'huy la réfidence
d'un Capitaine Portugais quen
nomme le Capitaine des Portes , à caufe
que de là en avant dans le Païs , on
trouve les Mines d'Or. Les Dominicains
y ont une Eglife de Nôtre- Dame
du Rofaire. Tous les Portugais dans cet
Empire , ont le Privilege de prendre la
qualité de Femmes de l'Empereur ; &
même ce Prince appelle le Capitaine
des Portes ,fa grande femme. Cet OffiD'OCTOBRE.
87
sier eft honoré de ce Titre par les Caffres.
Jufqu'à préfent, je n'ai trouvé perfonne
qui ait bien pû m'expliquer ce
que c'est que ces Priviléges .
Auprés de ce lieu , eft la grande Montagne
de Fara trés riche en or ; &.
il y en a qui veullent que ce nom de
Fura , vient par corruption du mot Ofir.
On voit encore aujourd'huy dans cette
Montagne , des enceintes de pierres de
taille , de la hauteur d'un homme , en- .
chaffées les unes dans les autres ,
avec un artifice admirable , fans y avoir
de chaux & fans être travaillées au Pic .
C'étoit apparemment dans ces enceintes
que demeuroient les Juifs de la
Flote de Salomon . Depuis ce tems- là ,
les Maures durant plufieurs fiécles , ont
été les maîtres de ce Commerce . C'elt
entre cette Montagne que paffe la Riviere
de Mocaras , dont les Eaux roulent
des fables d'or que les Cafres raportent
en poudre.
A trente-cinq lieuës de Maffapa , eft
le lieu de Dambarari qui a été une Foire
à l'or dans ces derniers tems ; & à quatre
journées de Dambarari vers le Nord ,
la Foire de l'Ongoé : Ces deux Foires
ont été détruites, par le Général Char$$
LE MERCURE
gamira, Caffre qui fe fouleva au mois de
Novembre 1693 ; avec cette différence
que les Habitans de l'Ongoé , tant Portugais
que Canarins , eurent le tems de
fe fauver & échapérent ; mais , ceux
de Dambarari qui voulurent fe montrer
plus courageux , périrent tous en fe défendant.
C'est ainsi que toutes ces Foires
à l'Or que les Portugais avoient
établies dans la Mocranga , durant un fi
long efpace d'années, ont été ruinées tout
d'un coup ; pour venger le tort & les
injuftices que nous avons faites aux Empereurs
de Monomotapa , qui nous
avoient toujours recûs & traitez, comme
fi nous avions été leurs enfans ; ou bien,
fuivant qu'ils s'en expliquent eux- mêmes
, à caufe que leurs femmes nous
marquoient un peu trop d'amitié.
Defcription des autres Royaumes.
Aprés avoir paffé les Mines d'or qui
font toutes à main gauche , en entrant
par l'embouchure du Zambeze ; on trouve
le Royaume de Chiroro fuffifament
fourni de provifions de vivres , mais qui
manque de bois, parce que ce n'eft partout
que des champs & des campagnes
de
D'OCTOBRE. 89
de ris , & des paturages de gros & menu
Bétail : Mais au couchant , il y a Aru- ya
pande , Xangra & le vafte Royaume
de Butua , fi connu par la Racine médecinale
qu'on en tire . Il abonde en or
que les Portugais de la fortereffe de Sofala
auffibien que ceux de Séna , vont
trafiquer. Il y a dans ce Royaume un
grand fleuve par lequel les Caffres Occidentaux
defcendent jufqu'à un certain
parage ; & fuivant les indices qu'ils donnerent
anciennement , on jugea qu'ils
étoient Naturels d'Angola ou de Ben- .
guela ; car ils difoient , felon le témoi
gnage de plufieurs , qu'à vingt journées
de chemin , il y avoit un pays de Gens
blancs qui alloient à cheval & qui portoient
des croix. Il y a apparence qu'ils
vouloient parler de quelqu'une de nos
armées qui fe trouvoit dans ce tems là ,
marcher dans le coeur du païs : Cequi me
confirme dans cette penfée , eft que j'ai
lû dans une Rélation manufcrite , que le :
Conquérant de Benguela avoit penêtré:
fi avant dans les Terres , qu'en deux jour
nées il auroit pû arriver aux Riviéres de:
Cuama.
Il refulte de la connoiffance des deux :
faits que je viens de raporter qu'es
H
90 LE MERCURE
pouroit ailément venir à bout du def
fein que plufieurs ont formé , de s'ouvrir
un chemin de communication de l'un
à l'autre côté de l'Afrique ; ce qui feroit
d'une utilité incomparable pour le
commerce , & qui affûreroit bien davantage
l'une & l'autre conquête, par la mutuelle
correfpondance des fecours , &
auffi par la furpriſe des Cafres qui feroient
bien étonnez de l'etenduë de nôtre
puiffance , en fe voyant enfermez &
coupez des deux côtez.
Cette entrepriſe feroit veritable
ment trez digne d'un Roy de Portugal ,
qui ajoutant la conquête de ces Provinces
à celle des autres , fe rendroit
ainfi maître de toutes les Terres qui s'étendent
depuis le Cap de bonne Efperance
jufqu'en Egypte,
Le Royaume de la Manica eft un
des plus célébres qui foient dans l'interieur
de la Caffrerie ; & les Portugais
y ont deux Foires , où les Marchands
de Séna & de Sofala vont trafiquer
ou prendre l'or .
Il y a dans ce Royaume une Montagne
où croît la fameufé Racine de Manique
, qui a tant d'admirables vertus,
particulierement pour les bleffures fraîD'OCTOBRE.
ches , étant trempée dans l'Eau & appliquée
fur la playe avec autant ou plus
d'effet que le Baume. On dit que
que l'Arbre
qui produit cette Racine, eft unique , comme
le Phoenix , & que la Racine vaut
autant d'or qu'elle péfe : Cependant,
aprez avoir confulté la deffus , comme fur
plufieurs autres chofes , unhomme digne
de foi & trez fincére , qui a été dans
toute la Cafrerie pendant plus de vingt
ans ; il a affûré que tout cela n'étoit
que des gafconades & des embelliffemens
de ceux qui vouloient faite valoir
leurs préfens , en faifant paffer cet
Arbre pour unique , & fa Racine , pour
quelque chofe d'infiniment précieux.
Le Royaume de la Manica eft éloigné
de Séna de 40. ou so . lieues au couchant
; & c'eft entre deux que font
les deux Royaumes de Barbé & de
Macombe. Je ne marque point les degrés
de latitude fous lefquels ces pays
font fituez ; parce que les Marchands
des Riviéres de Cuama portent d'une
main la balance pour pefer l'or , & de
l'autre, la verge ou aulne pour méfurer
le drap; & qu'ils ne vont pas s'amufer
à porter des Aftrolabes pour prendrela
hauteur du Soleil , & des Cartes
Saga Hij
*
92 LE MERCURE
pour la marquer deffus.
Je remarqueray feulement ici , que
pour ce qui touche la fituation des Terres
dans l'interieur de la Cafrerie , il ne
faut pas fe fier aux Cartes modernes :
dont la plupart ont été traçées fur des.
nouvelles Rélations fort incertaines ,
On doit encore moins s'affûrer fur
les anciennes . Outre les habitations
mentionnées ci -deffus , nous avons
encore dans cet Empire de Monomotapa
, la fortereffe de Sofala port de Mer
qui eft à 16 degrez de latitude auftrale
, & à 30 lieues de la Barre de Luabo ;.
On y a découvert une pêche d'Aljofres
qu'on aporta à Goa en 1715.
De ce Port , on embarque pour Mo.
cambique & de là pour l'Inde , la plus
grande quantité de Morfis , autrement
dits de l'Ivoire.
Defcription de Simbacê..
*
Avant que de paffer à l'Empire des
Bororos , il eft à propos de dire quelque
chofe de l'Empereur du Monomotapa
; j'ai trouvé deux verfions : L'une
dit qu'il fignifie Empereur de l'or ; &
* Ce font depetits Coquillages quifervent
de Monnoye .
D'OCTOBRE.
93
né
l'autre , fils de la Terre : Peut -être que
les Caffres donnent ce nom à leur Roy,
pour faire entendre qu'il eft ce grand
& ce puiffant Geant de l'Affrique, à qui
la Terre comme à fon fils Aîné, a donpour
heritage, les plus précieux Tréfors
qu'elle enferme dans fes entrailles .
La Ville impériale s'appelle Simbaoê ,
ce qui dans leur langue,fignifie la même
chofe que la Cour. Lorfqu'en
1620 , le Pere jules Céfar jefuite y entra
, aprés en avoir été convié par l'Empereur,
cetteCapitale avoit plus d'une lieue
de circuit, parce que les maifons étoient
éloignées les unes des autres d'un jet de
pierre, en y comprenant les clayes de bois
qui les environnent. Le même Pere .
dit ,, que le Roy avoit neuf enceintès
de ces Clayes , outre les maifons de
fes femmes , lefquelles femmes étoient
au nombre de plus de 1000 ; & que la
multitude de fes enfans égaloit celledes
Effains de mouches ; que ces enfans
là étoient occupés à charier de la paille,
pour couvrir les maifons , & que le Roy
fui- même les y faifoit travailler en perfonne
, pour une maifon à un étage qui
lui avoit été bâtie par cinq Mocoques ;
c'est- à - dire Canarins , qui s'étoient
94
LE MERCURE
réfugiés en ce Païs -là 11 fe ceignoit
d'une Etoffe de foye , & en avoit une
autre par derriere qui lui tomboit fur
les épaules & le couvroit tout entier.
Il étoit vêtu de cette maniére , quand il
recût l'Ambaffadeur Gafpard Bocarro
Jefuite. Son Trône étoit le Seuilde
la Porte , fur lequel il s'affit fur
un dégré élevé & couvert d'une Machire
c'est - à - dire d'un filet , comme
ceux du Brefil : Il n'y avoit pour tout
Meuble & pour toute Tapiflerie au
Parois de fon Palais, que de ces Machi
res : Tel eft l'appareil avec lequel cette
noire Majefté le fait fervir à genoux ;
& quand il boit , qu'il touffe ou qu'i
éternuë, auffi -tôt on le fçait dans toute
la Ville ; car, ceux qui font préfents, le
faluent à haute voix & battent en mê--
me- tems des mains : Dés que ceux qui
font hors de fon Appartement , l'entendent
; ils en font de même par imitation
; ce qui fe continuë de l'an à l'au--
tre par tous les Quartiers de la Ville.
Il porte une petite Hache penduë à
fa ceinture , que plufieurs ont pris pour
une bêche ; de forte que d'un Arme militaire
, ils en ont fait un inftrument/de
D'OCTOBRE.
95
Laboureur, qualité que ce Prince'ne mé
prife pas ; au contraire, le même Pere
affûre qu'il expédia promptement fon..
Ambaffade , afin d'aller vaquer à fon
Labour , parce que c'étoit le tems des
femailles.
,
Quand il fort dehors , il porte dans
fa main fon Arc & des Flèches ou
bien une Zagaye de bois noir, dont la
pointe eft d'or , en forme de pointe de
Lance. Il y a toujours un Caffre qui
marche devant lui , en frapant de fa main
fur un Tambour , pour avertir tout le
monde que l'Empereur le fuit . Tous les
mois à la nouvelle Lune , il fait une
Fête à fes Mozimnes , c'eſt-à - dire aux.
Morts ; & ce jour là, perfonne ne tra
vaille ; mais chacun fe rend à la Cour,
où ce Prince prend de certaines Herbes -
qu'il mêle avec du Mill & de l'Huile" :
Il fe lave dans du vin ; enſuite, il le donne
à boire à fes gens pour les unir à lui,
comme ne faifans qu'un coeur & qu'une
ame. Cette Fête fe célébre au fon de
quantité de Flutes , de Timbales & de
Chalumeaux ; aprês quoy tout le mon
de fe retire, la tête baiffée & lespieds
tremblans .
Les chofes font encore à peu prés.
96 LE MERCURE
dans le même état & ont fort peu changé.
Qui croiroit cependant que ce
fût là le même Palais & les mêmes
Ameublemens dont certains Auteurs
ont parlé, entre autres Dupper ? Le Pais
Impérial felon eux , eit d'une magnificence
fans pareil ; les Poutres &
les Lambris font d'une Sculpture finie
& tous couverts de Plaques d'or cizelé.
Les Tapifferies à la vérité ne font
que de coton ; mais , la vivacité des
couleurs y difpute le prix à l'éclat de
l'or. Des Meubles dorés , peints & émaillés
, des Chandeliers & de la Vaiffelle
d'or maffif , avec une infinité de
Porcelaine entourée de Rameaux d'or
qui reffemblent à des branches de corail
, font une partie des beautés de ces
fuperbes Appartemens : Les dehors du
Palais , ajoûtent- ils , font fortifiés de
Tours , dont la ftructure & la fimmétrie
font un effet furprenant . Ce Puiffant
Monarque employe deux livres d'Or
par jour en parfums. Son Habit eft une
Robe d'un drap de foye à ramage d'or ,
tiffu dans le Païs , &c. C'eft par ces
Defcriptions imaginaires qu'en furprend
la crédulité des Lecteurs ; mais
c'est trop s'arrêter fur le faux .
Simbacé
D'OCTOBRE. 97
Simbaoé eft fitué au Levant de l'habitation
de Têté :Toutes les maifons font de
bois & de terre, couvertes de paille , n'y
ayant point de chaux ni de brique dans
ce Païs là. Il n'y en a aucune qui ait
des portes que celles du Roy.Les Grands
du Royaume font chargés du foin de
deffendre le Peuple des voleurs . En effet,
fi la Juſtice étoit bien exercée dans
les Villes , on pouroit fe paffer de porde
verrouils & de ferrures. tes ,'
Plufieurs de ces Empereurs ont été
Chrétiens de nom : & D. Pedro qui regne
aujourd'hui , fut batifé, étant enfant ,
par un Réligieux Dominicain, à l'inftance
du Roy fon Pere .
Defcription de l'Empire des Bororos
& du Lac de Maravi.
Le fecond Empire eft celui des Boro
ros qui eft à main droite du fleuve Zambeze
, en entrant par la barre de Quilimane
. Proche de cette barre , les Portugais
ont une habitation limitée qui les
rend maîtres de quantité de terres en
avant ; & les Peres Jefuites y ont
une Paroiffe : Tous les autres Païs
qui s'étendent jufqu'aux confins du Ma-
Octobre 1717. I
98 LE MERCURE
rave , qui eft vis- à- vis l'habitation de
Tété , apartiennent à des Rois & à des
Seigneurs qui du tems du Gouverneur
François Barreto, faifoient hommage aux
Portugais Aujourd'hui , ces Barbares
n'ont ni Eglife ni hitations de ce côtelà.
La Ville de Maravi , qui a donné fon
nom au principal Royaume de cet Empire,
peut être éloignée de Tété d'un peu
plus de 60 lieuës . A demi lieuë de cette
Ville , on voit un lac qui va en ferpentant
au Nord Nord Eft . On ne fait
pas encore aujourd'hui jufqu'où il s'étend.
Sa largeur eft de 4. ou 5. licuës; &
on ne voit point la terre du côté de
l'Orient , en quelques endroits ; ni les
Caffres eux -mêmes n'en ont point connoiffance
. Tout ce Lac eft femé de quantité
d'lfles défertes , à la faveur defquelles
pouront s'abrier les Argonautes qui
en voudront découvrir l'extremité du
côté du Nord. Il abonde en Poiſſons , &
a un fond de 8 ou 10 braffes.Les Peres de
la Compagnie de J. voulurent anciennement
naviger par ce Lac jufqu'en Ethiopie
, dont les Ports qui font fur la Mer
rouge, étoient déja pour lors fous 1
mination des Turcs. Ils envoyere
mander au Pere Louis Mariano
l '
D'OCTOBRE. 99
5
meuroit à Tété, fi ce voyage étoit praticable
. Le Pere leur fit réponſe dans une
Lettre que l'on conferve encore dans la
fécretairie de Goa , que cela étoit poffible
& praticable,parce que la Rive de ce
Lac abondoit en mill& en viandes comme
auffi en quantité d'Ivoire,joint à cela
qu'il s'y trouvoit des Almadies ou Canots
qui pouvoient naviger où on voudroit
que cette découverte dépendoit
d'avoir où 6 charges d'Etoffe qu'on
nomme Barres,avec quantité deVeroterie
&40 perfonnes tant Blancs queNoirs,
qu'il falloit commencer la navigation
en Avril & en May , à caufe que c'eft la
faifon ou régnent les vents du Couchant
comme fur la Côte de Moçambique : Cependant,
il ne s'eft trouvé jufqu'à préfent
perfonne qui ait voulu fe charger de cette
entreprife. Cette découverte démanderoit
un bras Royal; & pour cela il faudroit
conftruire fur le Lac même des
Vaiffeaux à voiles & à rames , ainfi que
fit Ferdinand Cortez , lorſqu'il voulût al--
ler prendre la Ville de Mexique ; à caufe
qu'il eft prefque impoffible que des
hommes hazardent l'entreprife d'une
navigation fi longue & fi incertaine fur
de fimples petits Canots.
Iij
335104
100 LE MERCURE
Le Royaume de Maravi eft fitué entre
ce Lac & le fleuve Zambeze , & en pénétrant
plus avant fur la même rive,à 15 .
journées de chemin , on trouve le RoyaumedeMaffi
:Puis,pourfuivant encore
autant de journées , un peu plus out
moins , eft le Royaume de Ruengas , prefqu'à
la hauteur de Mombas ; aprés cela,
je, ne fai pas qu'il s'étende plus loin.
NOUVELLES DE HONGRIE.
E Prince Eugéne fe tient toûjours
dans fon nouveau Camp de Semlim
, où l'Armée Impériale tâche de
fe rétablir des fatigues qu'elle a effuyées
pendant la Campagne. Comme ces
Troupes ont beaucoup fouffert , & qu'-
elles font diminuées confidérablement ,
ce Prince n'eft prefque attentif qu'au
foin de recruter de bonne heure l'Infanterie
& de remonter la Cavalerie. 11
s'eft tranfporté à Sémendria , avec le
Prince de Virtemberg , le Général Vehlen
& l'Ingénieur général ; pour examiner
quelles Fortifications on poura faire
à cette Place ; & en même tems ordonner
la diftribution des Poftes & des
Quartiers qu'il jugera à propos d'établir
le long de la Frontiére .
D'OCTOBRE. 101
"
Le Comte Philippi qui a efcorté la
Garnifon Turque de Belgrade , jufqu'à
la hauteurde Niffa, eft de retour en ce
Camp. Il a raporté qu'il n'avoit pû
voir qu'avec horreur , les chemins parfemez
de Turcs , partie morts , partie
encore expirans ; de Chameaux , de
Buffles, de Boeufs,'de chariots & d'autres
voitures abandonnées par les Infideles .
Que le Grand Vizir l'étant venu reconnoître
avec un gros détachement ,
n'ût pas plûtôt vû que c'étoit la Garnifon
de Belgrade qui avoit été obligée
de fe rendre , que s'étant jetté précipitamment
de fon cheval ; il fe profterna à
terre , avec des cris & des gemiffemens
tout-à-fait touchans: Aprés des Démonf.
trations de la douleur la plus vive
il remonta à cheval , la tête baiffée
& repaffa avec fes Troupes & la Garnifon
, la Morave , en difant : Que
Dieu & Mahomet avoient permis que
cette Riviere devint , par la priſe de
cette importante Fortereffe , la Borne
des deux Empires. Le Comte de Philippi
a ajouté , que le Séraskier qui
commandoit dans Belgrade , en fe féparant
de lui , lui avoit pris les mains ,
& en les ferrant , les larmes aux yeux ,
Liij
102 LE MERCURE
s'étoit fervi de ces propres termes :
Allez , Monfieur , affürer fon A. le
Prince Eugéne , que nous ne ferons point
enguerre la Campagne prochaine : Nous
ferons cet hyver une Paix on une Tréve
fi folide , que le Sultan - même ne fera
pas leMaître de la rompre fitôt, & vous ap- ·
prendrez dans peu, de grands changemens
dans la Cour Ottomane.
Le Grand Seigneur qui étoit en marche
avec un gros Corps de Troupes
pour venir joindre la grande Armée ,
informé de ces mauvais fuccés , étoit
retourné fur fes pas , rempli de confternation
. Cet Officier a confirmé que de
tous les débris de ce grand Corps , le
G. Vizir n'avoit pû raffembler auprés de
Niffa. que 18 à 20000 hommes ; tout le
refte s'étant débandé .
Les Janiffaires méconteus de la Porte
, marchoient à Andrinople , dans le
deffein de demander que le Grand - Vizir
fût dépofé , & que Chimporgogli Séraf-
Kier de la Bofnie, fût élevé à cette dignité
. Le Grand -Seigneur de fon côté, doit
tout appréhender de la fureur de cette
Milice irritée , & qu'elle ne foit affez
infolente pour ofer lui donner un Succeffeur.
D'OCTOBRE
103
Les Arnautes , les Albaniens & les
Bulgariens ont envoyé des Députez
au Prince Eugéne , pour implorer la
protection de l'Empereur , & le prier de
leur faire diftribuer de la poudre , des
bales & autres munitions de guerre ,
pour être en état de fe deffendre contre
les Turcs.
Pendant que l'on eft occupé depuis
plufieurs jours à embarquer l'Artillerie
furnuméraire , pour la transférer fur´
So Barques dans d'autres places , felon
les ordres du Prince Eugéne ; on ne ceffe
point de travailler à reparer les ouvrages
& les fortifications délabrées
de Belgrade , & à rendre le port de cette
Fortereffe, capable d'y faire hiverner
les Vaiffeaux de guerre Imperiaux qui
ont fervi fi utilement cette Campagne.
Quoi qu'il y ait un grand nombre de Soldats
employez à nétoyer les rues & les
places , elles étoient tellement embaraffées
des ruines & des débris de cette
Ville , qu'ils foufroient avec impatience
ce penible travail ; mais , depuis
qu'ils ont découvert , en fouillant des habits
, des Armes , des Bijoux , des Vafes
& des Sacs remplis d'or & d'argent ,
ils ont oublié toutes leurs fatigues , ce
Liiij
104
LE MERCURE
qui fait avancer l'ouvrage . Le Prince:
Eugéne a déclaré que tout ce que les Soldats
déterreroient , leur apartiendroit ,
fans que les Officiers fe pûffent rien aproprier
que de gré à gré. Un Fantaſſin
ayant trouvé un trez beau Rubis , le pré-.
fenta fur le champ au Prince Généraliffime
qui lui fit compter 300 ducats. On
a fait la découverte d'unMagazin foûterrain
où il y avoit 200 quintaux de poudre
que les Ennemis n'avoient pas indiquez
; de même que d'une pièce de Canon
fi enorme , qu'elle porte des Boulets
de 115. livres de bales.
La Cavalerie doit faire un mouvement
dans peu vers Futack , pour la
commodité du fourage ; mais, l'Infanterie
n'entrera point en quartier d'Hiver
que les nouveaux ouvrages qu'on fait
au deffous de Semlim, en deçà de la Save
, vis-à- vis Belgrade , n'ayent été mis
dans leur perfection . On éleve auffi un
nouveau Fort à la pointe de la Save , où
les Nôtres avoient , durant le Siége ,
dreffé des batteries qui avoient fort endommagé
la Ville d'Eau & la Citadelle.
Outre ces précautions , on a entrepris
de tirer une communication d'un
bras du Danube avec la Save ; on y fera
D'OCTOBRE. TOS
des Eclufes , afin d'inonder le terrain
en deçà de cette Riviére en cas de néceffité.
Ily a un grand nombre de Païfans
employez à ces differens travaux ,
fans compter mille Fantaffins qui font
relevez fucceffivement par pareil nombre.
Par des lettres du 6. de ce mois du
même Camp , on a appris que les
Turcs avoient fait une députation au
Prince Eugéne pour la paix. Cette démarche
fait préfumer que la Porte ne
tardera pas à envoyer une Ambaffade
folemnelle à l'Empereur pour la moyener.
S'il en faut croire le raport de quelques
Transfuges , le Grand-Vizir avoit
été rélegué à Theffalonique , & peu de
tems aprés étranglé ; que Mehemet-
Baffa cy- devant Chancelier avoit été
choifi pour le remplacer : Elles ajoutent
que la plupart des Janniffaires depuis
laBataille, ne s'étoient crû en fûreté qu'à
Sophie , où ils avoient commis plufieurs
défordres , fans que le Grand - Seigneur
qui y étoit revenu , ait ofé s'y oppoſer
crainte de quelque foulevement de la
part de ces Mutins .
>
Le Général Mercy doit fe tranſporTOG
LE MERCURE
ter du côté de Niffa avec un gros détachement
de Troupes , pour obliger un
Corps confiderable de Turcs qui est
campé entre Niffa, & Vidin , de fe retirer.
Le Prince Eugéne ne doit féparer
fon Armée qu'après cette expedition ,
aprés quoi il s'en rétournera à Vienne .
Le Comte Rabutin eft nommé pour
aller audevant de cette Alteffe , pour
Jui porter une trés riche épée eftimée
80000. florins dont l'Empereur lui fait
préfent .
De Vienne le 10 Octobre.
N vient d'avoir la confirmation
ONq
ue le Corps de Turcs , Tartares,
ou Hongrois Rebelles qui avoient pénétré
par la Moldavie dans la haute
Hongrie , avoit êté prefque tout détruit
par les differens détachemens
qu'on avoit mis à leur pourfuite . On
ne peut imaginer toutes les cruautés &
tous les défordres que ces. Barbares ont:
exercés par tout où ils n'ont point trouvé
de réfittance. Its s'étoient avancésjufqu'à
Bistritz ; mais ayant été informés
que les Comtes de Steinville , de
Martigni & le Général Viard n'étoient
"D'OCTOBRE. 107
pas éloignés , & que l'on s'étoit emparé
des débouchés par où ils pouvoient
fe rétirer , ils furent obligés de remonter
jufque dans le Comté de Marmaros,
pour tâcher de regagner les frontieres
de Pologne . Pendant leur rétraite , les
Milices Nationales s'étant jointes aux
Troupes réglées ; & les Païfans de leur
côté , avec de longues perches ferrées ,
leur tombant de toutes parts fur le
Corps ; dans cette extremité , ils prirent
le parti de fe partager en plufieurs Troupes
pour échaper plus facilement : Et
afin d'être moins embaraffés , ils commencerent
par fabrer tous les Vieillards,
Femmes & Enfans qu'ils emmenoient
en esclavage , n'épargnant que les plus
robuftes. Cette cruelle précaution ne
les a pas tiré du mauvais pas où ils s'étoient
engagez ; car, ils ont été fi` vivement
harcélez & attaquez en tant d'endroits
, que de 15000. qui étoient entrez
fous la conduite du Sultan - Ach net-
Gerai ; à peine s'en eft- t - il fauvé la troifiéme
partie : On ne voit que Corps
morts par les chemins . La plus grande,
partie des Habitans qu'ils emmenoient,
a été remife en liberté : On leur a pris
prés de 5000 chevaux qu'ils avoient
108 LE MERCURE
abandonnés , ne pouvant s'en fervir dans
les Montagnes ; on a fait auffi plufieurs
Prifonniers qui courent rifque d'être
cruellement traitez : Il y en a û déja
quelques uns d'écorchez vifs par les
Païfans qui font des aiguilletes de leurs
peaux. La Cour de Vienne n'eſt pas fi
contente de la manoeuvre des Milices
de Croatie que Meffieurs de Nabatta
&
Drakowitz
commandoient prez de
Novi en Bofnie ; car , dans une action
qu'elles ont ûe avec les Turcs, ceux - ci
les ont taillées en piéces , fait quantité
de
Prifonniers & emmené plus de 3 000
perfonnes en efclavage.
La Garnifon Turque continue à fe
deffendre avec beaucoup d'opiniatreté,
dans le Château de Zwornick fitué fur
la petite Rivière de Drin qui fépare la
Bofnie de la Servie : On a été obligé
d'y envoyer de nouveaux Renforts &
du Canon pour en venir à bout . Le Général
Petrafch qui commande à ce fiége,
y a été dangereufement bleffé, & a demandé
qu'on le tranfportât à Brod fur
la Save pour s'y faire pançer.
Le Prince Eugéne fe donne beaucoup
de foin, pour rétablir le commerce
de Témefvar avec Belgrade : L'EmpeD'OCTOBRE.
109
reur conformément à ce deffein , a accordé
deux Foires franches à chacune
de ces Villes.
De l'Empire , du 8. Octobre.
L'Empereur vient de donner de nouveau
une ordonnance , par laquelle
il eft enjoint au Landgrave de Heffe
- Caffel d'évacuer dans le terme de
fix femaines ,la Fortereffe de Rhinsfeld ;
faute de quoi , l'exécution fuivra de
prés la menace. On ne croit pas cependant
que ce Landgrave obeiffe , étant
vrai-femblable qu'il eft appuyé par des
Puiffances étrangeres qui ont interêt
qu'on ne lui enleve pas cette Fortereffe ,
par laquelle elles peuvent avoir un paffage
jufque dans la baffe- Saxe. Le Baron
Beck eft de la part de l'Electeur
Palatin à Caffel, pour empêcher, s'il eft
poffible, que l'on n'en vienne à une rupture,
O
De Hambourg du premier Octobre
N est fort curieux de fçavoir ici
ce qu'eft dévenu le Baron de
Gortz. Il y a des lettres qui affûrent
110 LE MER CURE
qu'il eft partíavec un Pafle - port duCzar
pour Rével , d'où il a paffé en Suéde.
Cette complaisance pour cette Couronne
, fait foupçonner S. M. Cz.d'être entrée
dans l'alliance du Nord.
La démolition de Wifmar fe conti-.
nue avec force.
Le Roy de Pruffe a fait préfent au
Czar d'une pièce de Canon de 115 livres
de bales ; & la Reine de Pruffe a
donné à la Czarienne un caroffe magnifique
attelé de 8. chevaux Ifabelles,
avec des harnois trés riches: Le Czar
par reconnoiffance , deftine à S. M. P.
un Regiment compofé des plus grands-
& des plus beaux hommes de fes Etats:
Ils feront habillez comme le Regiment
des Gardes Suiffes en France .
La Paix du Nord s'avance , & le
Roy de Suéde doit nommer une Ville
pour le Congrez .
L
De Venife , le 15 Octobre.
A Flote de la République , depuis
le dernier échec contre les Turcs,
n'a pas été en état de tenir la Mer : Elle
étoit encore à la fin de Septembre, à
Zante.Celle desTurcs qui auroit pû faiD'OCTOBRE.
717
re quelque entrepriſe d'éclat , n'a ofé
la rifquer ; ayant perdu courage fur la
Nouvelle de la Victoire remportée par
l'Armée Imperiale fur celle des Turcs ;
c'eft ce qui fait qu'elle n'a pas quitté
les Eaux de Modon.
Le général Mocénigo qui eſt à Cataro
, difpofe, dit-on , toutes chofes pour
le bombardement de Dulcigno ; mais ,
nos plus fenfez Politiques doutent fort
que ce projet foit fuivi de l'éxécution
par la raison que cette expedition couteroit
beaucoup d'argent à la République
qui n'en a pas plus qu'il lui en faut.
L'on travaille avec empreffement à former
des fonds pour la Campagne prochaine
; mais ,felon l'ufage ordinaire ,
on ne fera rien avec précipitation . Pour
cet effet , l'on parle d'obliger les Particuliers
à porter leur Vaiſelle d'argent à
la Monoye, pour engager par cet exemple
, les Eglifes , les Monafteres & les
Confrairies qui ont beaucoup de ce métal
, à faire de même. Ces lettres
confirment que le different entre le Pape,
touchant le cours que S.S. veut donner
dans le Po de Prémaro aux Eaux
de la Riviére de Ren , fait toujours
beaucoup de bruit. Le Comte de Gal112
LEMERCURE
las Ambaffadeur de l'Empereur à Rome
, s'oppose à cette entreprife ; parce
qu'il feroit à craindre que les fables
que le Ren entraine , ne rempliffent les
Canaux de Comachio , & ne détruiffent
la pêche dont l'Empereur tire de
gros Révenus.
i
JOURNAL DE CAGLIARI.
Cagliari Ville Capitalle de l'Iſle
de Sardaigne , eft fituée fur une éminence
, au bord de la Mer , avec un
beau Port où les Vaiffeaux qui viennent
du Ponant & du Levant , fe retirent
: C'eſt le Siége d'un Archevéché
& d'un Viceroy: Son regard principal ett
fur l'Affrique . On la divife en 4 Parties.
Celle du milieu ceinte d'une forte muraille
, s'appelle proprement Caglier.
La Partie qui la joint & qui regarde le
Levant , eft nommé Villeneuve , l'autre
qui tire au Midi , ayant fon afpect vers
la Marine , a pris fon nom de la Marine,
ou de Gliapola ; & celle qui eft au
Couchant , fe nomme Stampax . Ces
3 dernieres parties , quoique fermées de
D'OCTO BRE. 112
murailles avec des foffez , font comme
les Fauxbourgs de Cagliari . L'on remarque
entre autres chofes , dans cette
Capitale , la belle Tour Saint Brancas ,
prefque toute de marbre , celle de l'Eléphant
auffi bâtie de marbre pour la plus.
grande partie ; le Château qui eft très
fort ; le Palais du Roy où loge le Viceroy
; la Maifon des Senateurs appellée
la Maifon de Ville , la grande Fontaine
, les Boulevars & les Baſtions de
Sainte Croix , de Saint auguftin &c.
Jacques II. Roy d'Aragon prit cette
Ville en 1330. Depuis ce tems- là , cette
Ifle étoit demeurée foûmife aux Efpa--
gnols , jufqu'au Traité d'Utrech , par
lequel ce Royaume a été démembré de
la Monarchie Efpagnole & cédé à l'Em--
pereur Charles V.
Elle a
Confeillers : Ils portent par
S
la Ville les Armoiries de leurs Charges ,
& gouvernent feuls la République & fes
revenus qui font confidérables.
Ils ont en de certains cas , la puiffance
d'établir des Loix : Leurs Privileges.
portent que le Roy d'Aragon , comme
Prince de Sardaigne , ne fe mélera point
non plus que le Viceroy fon Lieutenant ,
da Gouvernement de leur République.
K
114
LE MERCURE
L.
>
Es Relations différentes qui fe font
répandues depuis deux mois , an fujet
des Armes defa MajeftéCatholique.
dans l'entreprise de la Sardaigne ; ont
étéfi incertaines , que je n'ai rien voulu
prendrefur mon compte touchant cet événement
, dans mon Mercure de Septembre
; mais apréfent , que je fuis pleiner
ment inftruit du dénouement de cette
grande affaire , je vais reprendre mon
Journal , à l'endroit où j'en demeurai le
mois d'Aouft dernier , & raporter exa-
Element tout ce qui s'eft passé de plus mémorable.
Dans le Suplément du Journal du mois.
d'Aouft , nous dimes que la premiere &
& laplus forte Efcadre de la Flote Efpagnole
qui étoit fortie de Barcelone quelques
jours avant la feconde , étoit entrée
par deux fois dans la Rede d'Alcudia
en l'Ile de Mayorque , à cause que les
vents contraires & le calme s'étoient oppofés
àfon deffein . Apréſent , il eſt à propos
d'inftruire le Public que cette même
Efcadre ayant fait voile vers la Sardaigne
, ellefut obligée de rentrer pour
par.
troifiémefois dans la même Rade la
fuite du mauvais tems . Mais enfin , à
la
D'OCTOBRE. 175 :
la faveur d'un bon vent , elle pourfuivit
fa route & entra dans la Baye de Cagliarile
21 du même mois , où elle trouva la feconde
Efcadre commandée par Dom Balthazar
de Guevra , laquelle y étoit ar
rivée quelques jours auparavant.
Le 22 , le débarquement fut fait à
une lieuë de la Place , près de la petite
Riviere de Saint André de Quarte, non
loin des Salines qu'il y a dans le même
endroit . Six. cens chevaux de Cavalerie
nationale de l'Ifle. ayant entrepris de
soppofer au débarquement , furent
bientôt battus & mis en fuite par quelques
Troupes Efpagnoles qui eftoient à
l'abri de leurs Galéres , lefquelles s'approchérent
beaucoup de la Terre ; après
quoi , tout le débarquement fe fit fans
la moindre oppofition ; & les Troupes
Efpagnoles fe campérent près du Sanctuaire
& du Palais de Notre - Dame de
Buen- Ayre, à un petit quart de lienë de
la Place .
"
Le débarquement fait , M. le Marquis
de Lede Commandant en Chef,
fit fommer le Viceroy de ferendre , par ;
le Colonel Don Martin de Mayorga
Capitaine du Regiment des Gardes Efpagnoles
, Officier de valeur & de conduite
; mais , M. de Rubi Viceroi de la
116 LE MERCURE
.
Sardaigne ayant répondu avec beau
coup de hauteur & de fierté , les Galiotes
à bombes commencérent à bombarder
là Ville , & les Troupes prirent ce Pofte
pour faire le fiége par terre .
Le Vice- Roy ne pouvant plus fe foutenir
dans la Ville,fe retira au Château
où il fait fa demeure ordinaire : L'Archevêque
en fit autant , & prefque toute
la Nobleffe de Cagliari prit le parti le
-plus fûr , en fe répandant dans les endroits
les plus reculez de la Montagne ,
pour y attendre l'évenément de cette
entrepriſe .
Au commencement , l'Armée Efpagnole
fentit quelque diferte de Vivres ,
à caufe que tous les Païfans prirent l'épouvante
à fon arrivée ; mais, ils fe raffurerent
fur le champ;parce que leMarquis
de Lede fit publier une Amniftie
générale , & offrit de la part de Sa
Majefté Catholique, la confervation de
tous les Privileges du Royaume qui
font très grands , à caufe que cette Iſle
fait une partie de l'ancienne Couronne
d'Aragon. A peine la publication de
l'Amnistic fut faite , qu'on commen-
са à aporter à l'Armée toutes fortes
de Vivres en abondance ; de forte
que
1
D'OCTOBRE. 117
.
qu'on fourniffoit 10000 rations de pain.
frais par jour.
A l'arrivée de la Flote , une Fregate
Efpagnole appellée la Junon , prit, trois
gros Bâtimens que le Viceroy de Naples
envoyoit au fecours de la Place ,.
tous chargez de munitions , de poudres ,
d'affuts de canons , de mortiers à
bombes & autres appareils de guerre ;
& le Colonel Ferrer fort connu dans
4
la guerre d'Efpagne , par les différentes
exécutions qu'il fit à la tête des Miquelets
, fut encore pris dans un de ces Bâtimens
qu'il cominandoit.
En même tems , le Marquis de . Lede
envoya deux Officiers à Barcelone &
à Génes , pour faire fçavoir aux Efpagnols
& aux Italiens . fon hûreux dé-
Barquement , & fit détacher de fa Flote
4 Frégates , bonnes voilieres , pour
cotoyer la Sardaigne & l'Ile de Corfe ;.
afin d'empêcher les fecours qui pouroient
être envoyez en ce Royaume- là.
Au commencement du mois de Septembre
, le Marquis de Rubi Vice - Roy
fe voyant réduit à l'extrémité , fit battre
la chamade pour capituler ; à caufe
qu'une partie des Fauxbourgs étoit déja
foumife aux Efpagnols , & que le Châ118
LE MERCURE
teau étoit fort endomagé par les bombes
& par quelques batteries de campagne
; mais , les conditions qu'il propofa
, ayant parû fort exceffives au
Marquis de Lede , ce Général ne voulut
pas les écouter ; fi bien que le 7 , il
fit placer une batterie de 36Canons ,pour
battre en bréche le Château ; mais , par
le défaut de fafcines qu'il faloit aller
chercher fort loin , & parce qu'il faloit
dreffer les platesformesdans des endroits
trés difficiles , & efcarpez de la Montagne
fur laquelle le Château est bâti;
on différa l'ouverture de la tranchée
jufqu'au 14.
La nuit du 3. au 4. Septembre , le
Marquis de Lede détacha M. Graffeton
Maréchal de Camp, avec 350 Grenadiers
& quelques Dragons , pour attaquer
le Château de S. Michel - la
Comteffe , petite fortereffe placée hors
la portée du Canon de la place : On ne
s'étoit déterminé à cette entreprife , que
fur les avis que l'on avoit reçû que ce.
Château que l'on difoit à demi- ruiné
n'étoit défendu que par des Paifans ;
mais aux approches , on reconnut qu'on
avoit été mal informé , puifqu'on y
trouva de bons foffez & de bonnes
D'OCTOBRE. 119
fortifications , derriere lefquelles il y
avoit des Troupes reglées avec du Canon
à Cartouche qui nous bleffa 12 .
Soldats , en tua 7.ou 8. autres avec 5.
Officiers .
Les du même mois ,il étoit arrivé
au Port de Gennes , un grand Vaiffeaude
guerre d'Efpagne nommé le Royal S:
Philippe Il étoit commandé par Dom
Cayetano Pujadas Chevalier de Mal- .
the , & brave Officier de Mer Le-
Marquis de Saint Philippe envoyé
d'Efpagne à Gennes , y monta le
même jour par ordre de Sa Majefté
Catholique , pour, aller en qualité de
Gentil - Homme originaire de Sardaigne,
ramener par fon crédit , les éfprits de fes
Compatriottes , & frayer la route de.
l'entier recouvrement de cette Ifle .
Le 7. on envoya la Fregatte le Volant
de l'autre côté du Port , avec un
détachement commandé par un Lieutenant
Colonel , pour faire des fafcines
& des picquets qui dévoient être employez
à dreffer des Batteries & à
ouvrir la Tranchée .
Le 8. le Chevalier de Lede étant
forti du Camp , à la tête de 3. Compagnies
de Grenadiers des Gardes & de
120 LE MERCURE
220. Dragons , réduifit à l'obeiffance
du Roy quelques Villages, animez con--
the les Espagnols par le Bailly Maranioffa
qui commandoit quelques Troupes
de Cavalerie du Païs , laquelle à fon
aproche , fe fauva dans les Montagnes :
Le même jour , on fit un Lieutenant de
Vaiffeaux prifonnier , qui portoit à Naples
des dépêches du Marquis de Rubi ,
avec des lettres pour la Cour de Vienne .
Le 9 , quelques Gentils- Hommes.
du pays , du nombre des Partifans du
Roy d'Espagne , vinrent fe rendre au
Camp des Eſpagnols.
Le 10. deux Vaifeaux du Roy de Sicile
commandez par le général Scarempi
, en entrant dans le Port , effuyerent
une rude bordée de toute l'Artillerie
d'un Vaiffeau Efpagnol qui les prit
pour Batimens Ennemis , perfuadés que
c'étoit un fecours envoyé de Naples
ou de Gennes , pour fécourir la Place ;
mais l'Espagnol ayant réconnû le Pavillon
de S. M. S. il en fit fes excufes
, & la chofe fe paffa à l'amiable de
part & d'autre.
Le 11. on commença à tirer une ligne
de communication de la Croix de
Notre- Dame de Buen- Ayte vers la Marine,
D'OCTOBRE. 121
rine , pour faire l'ouverture de la tranchée
: Comme on ne peut pas creufer la
terre pas la difficulté des Roches qui
s'y rencontrent on a êté obligé de ſe
couvrir à force de Tonneaux & de Gabions.
9
Le même jour , la Ville de Saffaria
Capitale de la partie Septentrionale de
la Sardaigne , envoya deux Députés au
Marquis de Lede , pour demander un
fecours de deux Galéres avec 300 hommes
; afin de fe mettre en état par là ,
de fecouer le joug des Allemans. Quelques
Lettres de Gennes affûrent que
l'ayant obtenû , les Habitans ont chaffé
de leur Ville , la Garniſon & le Gouverneur
,mis par ordre de la Cour de
Vie ne ; & qu'enfuite ils ont reconnu
le Roy Catholique pour leur légitime
Souverain.
Le 12. les Troupes Eſpagnoles pouffoient
fi vivement les travaux , malgré
le feu de la place , qu'elles en
avoient déja fait 90. Toiles.
Le 13. fut employé à perfectioner
une batterie , contre les Baſtions de la
Marine qui font détachés de l'enceinte
de la Place de Cagliari : On fit une ligne
de communication duCouvent de laTri-
Octobre 1717.. L
122 LE MERCURE
nité jufqu'à celui de S. Lucifero . Ce ne
fut cependant que la nuit du 13 au 14,
qu'on ouvrit la tranchée , qui fut montée
par 2. Bataillons des Gardes Efpagnoles
commandées par Dom Jofeph
de Armendariz Lieutenant général , par
le Chevalier de Lede Maréchal de
Camp , & par le Brigadier Dom Jean de
Carrote.
La nuit du 14. au 15. la tranchée fat
fervie par 2. autres Bataillons des Gardes
Efpagnoles , par 60. Dragons , &
800. Travailleurs commandés par le
Marquis de San Vicente Lieutenant
général. Le Royal S. Philippe monté par
le Marquis de S. Philippe , entra dans
le Port ; il venoit de Gennes avec un
fecours de 14000. Pistoles pour l'Ar
mée.
Les 735. Dragons du Regiment d'Hamilton
, qui s'étoient embarqué à Gennes
pour la Sardaigne , dans le deffein
de fecourir les Affiégés , on de fe jetter
dans quelque autre Place de cette Ifle ,
font venus d'abord à S. Florence , Port
de l'Ifle de Corfe ; dé là , ils ont gagné
le Port de Calvi , & font enfin entrés
dans le Port d'Ayazzo , d'où , felon les
dernieres lettres de Gennes ils font bloD'OCTOBRE.
123
qués par deux Fregattes & deux Galeres
d'Efpagne qui leur interceptent le
paffage.
Les Tempêtes de Mer ayant empêché
de recevoir la fuite de ce Journal ,
nous fommes obligés de le terminer à
cette derniere datte , en attendant que
nous en recevions la continuation.
On vient cependant d'apprendre par
la voye de Marfeille , que le Patron
d'une Barque Françoife , partit le zjde ce
mois du Port de Cagliari pour paffer
à Barcelonne , a déclaré que le 30. Septembre
, les Espagnols s'étoient rendus
maîtres de la Place & du Château , où
on avoit fait deux grandes Bréches ; ce
qui avoit obligé le Marquis de Rubi de
fe rendre , fans fçavoir encore à quelles
conditions . Pluſieurs autres Barques confirment
cette nouvelle , entre lefquel .
les , il y en a qui ajoutent que la Pla-.
ce d'Alguer, aprés quelque foible réfiftance
, s'étoit foûmife aux armes du
Roy Catholique , & que toute l'ille
avoit fuivi cet exemple : Peut - être
qu'avant de finir nôtre Recueil , on faura
à quoi s'en tenir.
Lij
124 LE MERCURE
L
A Lettre du Pape au Roy d'Efpagne
, touchant l'entreprife formée
fur le Royaume de Sardaigne , eft une
piéce trop importante pour ne lui pas
donner place ici,
LETTRE
DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE .
RES-CHER FILS EN JESUS-CHRIST,
Salut de Bénédiction Apoftolique .
Comme Nous ne doutions nullement des
affûrances que Vêtre Majesté Nous avoit
données plus d'unefois , que les Vaiſſeanx
de guerre que Nous Vous avions demandex
inftamment & que Vous faifiez
équiper , etoient deftinez pour fecourir
puiffamment la Flote Chrêtienne centre
les Turcs : Dans cette perfuafion &
pour contribuer à vôtre gloire , Nous en
fimes d'abord part en Confiftoire à nos vénérables
Freres les Cardinaux de la Samte
Eglife Romaine ; de même que ce qui
Nous fut mandé enfuite de vôtre part ;
D'OCTOBRE. 125
que ces Vaiffeaux avoient mis à la voile ,
pour aller en Levant & foutenir la Canfe
commune , comme Vous Nous aviez
fouvent promis. Nous enfumes d'autant
plus perfuadez , que Nous le fouhaitions
avec ardeur , ayant en avis que cette Flor
te , quoi qu'elle eût défendu vaillamment
la Caufe du Nom Chrêtien , attendoit
avec impatience l'arrivée de ces Waiffeaux
Auxiliaires ; fe trouvant fort fatiguée
par les Combats fanglans donneX
dernierement dans l'Archipel.
que
Votre Majesté peut donc juger de la
furprise de la douleur que Nous ont
caufe les bruits répandus depuis peu 3 que
vos Vaiffeaux n'avoient pas pris la route
Vous Nous aviez marquée , mais une
autre directement contraire à vos promeffes
; en forte que la Religion Orthodoxe
n'en pouvoit efperer aucun fecours , mais
aucontraire,avoit tout fujet d'en craindre
des fuites trés dangerenfes..
Nous avoüons bien , que jufqu'à préfent
Nous avons tâché d'adoucir la douleur
que Nous avons eue de cette Nouvelte
, en ne croyant pas qu'il fallut encorey
ajouter une entiere foi ; quoi qu'elle fut
confirmée par les difcours & les plaintes,
dě plufieurs ; parce que Nous l'envifa-
Lii
126
LE MERCURE
gions comme une chofe directement contraire
à vôtre grande pieté , à la foi de
vos promeffes , & même au devoir d'un
Roy Catholique , dans un tems où l'Eglife
fe trouve dans un fi grand danger.
>
Mais,comme le bruit commun , répandu
de tous côtez fur cette affaire , Nous
fait craindre › que par les artifices de
quelques perfonnes , Vous n'ayez étéentrainé
malgré Vous & contre vôtre inclination
dans ce nuifible & dangereux
deffen , qu'on dit même que Vous avez
déja fait éclater ; nôtre fincère & paternelle
Charité envers Vous , ne nous permet
pas de nous taire , dans un auffi grand
péril non feulement de vôtre Réputation ,
mais même de vôtre Ame : Car , qui ne
voit quel compte vous auriez à rendre
an Roy des Roys , & quelle tache ce feroit
à votre Reputation , fi vos Confeillers
avoient étécapables d'extorquer de
Vous , que Vous abandonnaffiez la Cauſe
commune ; que Vous ne fiffiez aucune attention
aux périls de la Religion Chrêtienne
; & que Vous oubliant Vous-même,
Vous portaffiez ailleurs les Troupes
& les Armes deftinées à une Guerre
Sacrée , à la defenfe de la Sainte Egli
fe ; & que Vous ne gardaffiez pas la Foi
D'OCTOBRE. 127
que Vous Nous avez fi ſouvent promiſe ,
on plûtôt à Dieu qui ne peut être moqué
, & au Nom duquel Nous avons reçû
vos promeffes ? Ces Confeillers s'attireroient
les effets terribles de la Vengeance
Divine , fi fous prétexte de quelques
offenfes , on pouez par des interêts
particuliers , ils avoient donné à V. M.
de fi pernicieux confeils , pour ternir la
gloire de vôtre Nom Royal , éluder les
foins & les efforts de notre fonction Pafte
rale pour la défenfe du Nom Chrêtien z
& lequel enfin Dieu , terrible envers les
Roys de la Terre , ne permettroitpas qu'il
demeurât impuni.
Quelles affenfes, en effet , vos Miniftrespourroient-
ils rapeller , pour Vous
confeiller de les préferer à la Caufe de
Dien ? Quelles raifonsfauroient-ils alleguer
, qui dûffent être préferées au Bien
de la Religion Catholique , à l'avancement
de la Gloire de Dieu , & aux urgentes
néceffitez de la République Chrêtienne
? Pourroient- ils prendre pourprétexte,
queJESUS - CHRIST leur eût en quelque
chofe manqué de Foi , ou qu'il leur
eût fait quelque injustice , pour foutenir.
qu'on pourroit auffi lui manquer de Foi ,
& abandonner la défenfe de fon Nom
Liiij
LE MERCURE
& de fes Droits , à laquelle ils étoient
obligez ?
Nous prions donc trés inftamment V.
M. & la conjurons au nom du Seigneur,
comme Nous vous l'avons déja repréſenté
librement , mais avec une affection paternelle
, quefuivant votre équité & vôtre
prudence finguliere , Vous faffiez de
férienfes réflexions fur les dangers de la
République Chrétienne , de l'Eglife &
de la Religion ; & que Vous veuilliez
Nous écouter , Nous qui Vous tenons
lien de Pere, qui Vous aimons tendrement
& qui vous donnons de veritables &fam
lutaires confeils , plûtôt que ces Fils de
défiance , qui ne fongent qu'aux choſes.
de la Terre , & qui ne souhaitant
pas tant vôtre grandeur qu'à s'acquérir
de la louange , Vous infpirent des deffeins
avantageux en aparence ; mais ,
trés-pernicieux en effet ; & que vous préniez
une réfolution , qui Vous faifant
laiffer les chofes dans le même état où elles.
étoient , ou fi l'on y a aporté quelque
changement , les rétabliſſant dans l'état
•ù elles étoient auparavant , mette vôtre
gloire & votre confcience à couvert , contribue
à la Tranquillitépublique , & prévienne
enfin les plaintes de tous les gens
de bien.
D'OCTOBRE. 1.2.9
Notre vénérable Frere Pompée , Archevêque
de Neo - Cefarée ( Andrinople
) nôtre Nonce auprès de Vous , Vous
en dira davantage fur ce sujet ; & Nous
Vous prions de vouloir toûjours l'écouter
favorablement , fuivant vôtre coûtume.
Cependant , Nous ne cefferons de prier
Dieu , entre les mains de qui font les
coeurs des Roys , qu'il donne à nos paroles
ànos avertiffemens , la force de fléchir
l'efprit de V. M. & lui faire former
des deffeins qui n'arrêtent point le cours,
des Bénédictions Célestes fur Vous , mais
qui puiffent Vous les attirer de plus en
plus , au bonheur continuel de Votre
Royaume : Et pourgage de notre Charité
Pontificale , Nous Vous donnons très- affectueufement
nôtre Benediction Apoftolique.
Donnè à Rome à Sainte Marie.
Majeure ,fous le Seau du Pécheur , le 25 .
Août de l'An 1717 , & de nôtre Pontificat
le 17.
L
A Rome le Octobre 1717 .
S
A Princeffe Scavolina , autrement
la Princeffe Carpeigne a quitté Rome
, pour paffer , à ce que l'on prétend ,
en France , où elle efpere qu'on luy fe130
LE MERCURE
ra juftice & qu'on aura égard à fes demandes
Sa politeffe & fes manieres
engageantes la font regretter de tous
ceux qui l'ont connue . Sa maifon étoit
le rendez - vous de tout ce qu'il y avoit
de plus choifi dans cette Ville ; & c'étoit
fans contredit l'Affemblée , ou pour
me fervir de l'expreffion du Pays , la
converfation la mieux affortie & la plus
commode de tout Rome .
·
Le Comte de Peterborong étant arrivé
le 7 de Septembre à Boulogne , il fue
arrêté le 11 avec fon Secretaire & un autre
Domestique : On faifit tous les papiers
, aprés quoy il fut conduit au Fort
Urbain. Il n'y a que s ou 6 mois que ce
Milord quitta Rome pour s'en retourner
à Londres , d'où étant reparti en poíte
pour ce Pays , il fut fuivi par un Gentil-
Homme du parti du Chevalier de S.
Georges , qui l'ayant perdu dans les
Montagnes , ne fit qu'augmenter par fon
retour, les foupçons que cette Cour avoit
conçus de ce Seigneur. Comme il gardoit
l'incognito à Boulogne , & qu'il ne
fortoit que de nuit , on fe crut en droit
de s'en faifir : On ne luy trouva d'abord.
que 10000 fterlins en billers & en efpéces
, mais depuis , on a voulu infinuer
D'OCTOBRE.
131
qu'il avoit des remifes pour plus de
100000 autres livres fterlins ; c'eſt ce
que l'on a peine à croire. Il faut aparemment
qu'il ne foit pas ficoupable
qu'on le difoit ; puifque , quand on luy
a offert la liberté de fortir, il l'a refufée ,
attendant des ordres du Roy Georges
pour prendre fon parti . Le Pape a envoyé
quelques Troupes pour la garde
du Prince..
M. l'Abbé Chevalier & le Pere la
Borde de l'Oratoire,partirent d'ici le 29
du paffé pour s'en retourner en France.
Le Courier extraordinaire qu'on avoit
dépêché pour l'Indult de l'Archevêché
de Besançon , n'a emporté autre choſe
qu'un refus honnête du Saint Pere , qui
fufpend cette grace jufqu'à ce que la
grande affaire foit terminée .
La Coadjutorerie du Prieuré de Saint
Martin des Champs , en faveur de M.
l'Abbé de Saint Albin , a cependant été
expediée en datterie : Le Courier s'en eft
retourné en France pour en porter la
Nouvelle .
Le Pape n'a pas témoigné beaucoup
de joye de la naiſſance de fon petit Neveu
: On n'a pas manqué d'impofer aux
autres noms du nouveau Né , ceux en132
LE MERCURE
core des Mages , c'est un ufage de co
Pays fondé fur une fuperftition trés accréditée
, & le tout pour préferver l'enfant
des maléfices des Sorciers , & en
même temps les Peres & Meres des
reproches qu'on leur feroit, s'il lui arrivoit
malheur.
Le 28 Septembre mourut le Cardinal
Francefco Martelli Fiorentino , né le 19
Janvier 1634. Par cette mort , il vaquoit
un fecond Chapeau , & c'étoit de quoy
faire compenfation entre l'Empereur &
le Roy de France ; mais , le Saint Pere
ne l'a faite qu'en faveur du premier.
Le Vendredy premier Octobre, le Pape
tint confiftoire & propofa Eméricus
Cziaacki Senpulenfis Archevêque de Co.
lors , & Evêque de Varadin né en 1672 ;
Il a donc efté fait Cardinal plenis votis.
Le Cardinal Ptolomei en fit l'Eloge en
plein Confiftoire , comme d'un Šujer
trés digre & dont il pouvoit répondre..
L'Empereur avoit donné l'option à S. S.
ou de cette nouvelle Eminence , ou de
M. Stella Napolitain .
Le le 3 S. Pere fit chanter le Te
Deum en Action de Graces de laVictoire
remportée , fuivi de la prife de Belgrade
par les Chrétiens fur les Infidéles , on
D'OCTO BRE. 133
ira un magnifique Feu d'Artifice au
Château S. Ange.
M. Zappi Poëte célébre , a fait à
l'occafion de la Victoire de Belgrade ,
un Sonnet en Italien qui eft ici fort .
eftimé : Il dédié à M. le Comte de
Gallas Ambaffadeur de l'Empereur à
Rome ; en voici une copie .
V
Iva t'Augusto CARLO. Oppreffa
, e vinta
Cadde Belgrado , e già la Croce adora :::
Bacia l'aurée Catene , ond' oggi è cinta ,
E del nuovo Signor fe fteffa onora .
Ma questo èpoco ; alle difefe accinta ,
Tutti i fuoi Regni fpopolò l'Aurora :
E già fugata , prigioniera , eftinta
Fu la grand' Ofte ; e questo è poco ancora .
Io del deftino apro i Volumi ; e leggi
Che del Barbaro Impero è già maturo
L'ultime eccidio , che nel Ciel fi trama :
E volgo il guardo inver Bizanzio , e
vergo
L'ombra di Conftantino , altaful muro ;
Che il Succeffore , dall' Auftria , afpet- .
ta , e chiama.
134
LE MERCURE
De Bruxelles le 10 Octobre 1717.
ON fithier en cette Vile l'Inauguration
de l'Empereur , comme
Duc deBrabant & de Limbourg. Les Seigneurs
Etats du Duché de Brabant &
lesDéputez de Limbourg, s'étant affemblez
chez le Comte de Tildonc , allerent
en Cavalcade vers les ro heures
du matin, à l'Hôtel de M. le Marquis de
Prié , pour le conduire à l'Eglife Collegiale
de S. Michel & de Sainte Gudule.
La marche commença par le Regiment
du Marquis de wefterlo , les Officiers
à la tête , puis les Députez des
Etats du Duché de Limbourg précédez
des trompettes & timbales ; aprés eux, le
Marquis d'Affche portant le grand
Etendart , comme Guidon héréditaire
du Duché de Brabant , ayant devant
luy' les deux Huiffiers des Etats de cette
Province ; enfuite les trois Receveurs &
le Greffier des Etats de Brabant , les
Députez des Villes d'Anvers , de Bruxelles
& de Louvain ; les Nobles &
les Prélats, chacun felon fon rang, ayant
à leur tête l'Abbé & Comte de Gem-1
bloux comme premier Noble . M. l'ED'OCTOBRE.
-135
vêque d'Anvers & l'Archevêque de
Malines fuivirent enfuite . Le Duc d'Urfel
reprefentant le Comte de Grobbendonc
, comme Maréchal heréditaire de
Brabant , portoit l'Epée , ayant devant
lui trois Herauts- d'Armes aux titres de
Brabant , de Limbourg & du Marquifat
du S : Empire ; à fa droite , le Herautd'Armes
à titre de la Toifon d'or , & à
fa gauche, celui à titre de Lothier , tous
vêtus de leurs cotes d'armes, le Caducéé
en main . M. le Marquis de Prić entouré
de la Noble garde des Archers , &
précedé de celle des Hallebardiers ,
marcha enfuite avec les Gentils - Hommes
,fes autres Officiers domeftiques,
Pages , Valets de pied & Haiduques ,.
fes chevaux de main & fes Caroffes de
corps. La marche fut fermée par le Regiment
de Dragons du Prince de Holftein.
Dés que Son Exc. fut entrée dans
l'Eglife , on commença la Meſſe de la
Sainte Trinité , qui fut chantée pontificalement
par M. l'Archevêque de
Malines , Primar des Pays bas , affifté
du Prélat du Parc Archichapelain des
Ducs de Brabant , du Prélat de Villers
comme Diacre , & du Prélat de S Bernard
comme Soudiacre. La Meſſe fi136
LE MERCURE
nie,Son Exc . mit la main fur le Miffel
qui lui fut préfenté pour ce fujet , &
fit entre les mains dudit Seigneur Archevêque,
le ferment accoûtumé pour
l'obſervation des Droits & Privileges
compérans aux Eglifes de Brabant . Le
Doyen de ladite Eglife fuivi des Chanoines
tous en chapes , vint faire enfuite
à M. de Prié la lecture d'un ferment
particulier pour les Droits & Privileges
de l'Eglife de S. Michel & de
Ste Gudule . Ces fonctions étant achevées
, Son Exc. accompagnée defdits
Seigneurs Etats , reprit la marche dans
le même ordre vers la Cour , où Elle
monta fur le grand Théatre qu'on y
avoit préparé pour cette célébre cérémonie
. Elle s'y mit dans un fauteuil
fous un riche dais , où le Portrait de Sa
Majefté Imp . étoit expofé , & fut entourée
de deux côtez des Seigneurs
Archevêque de Malines , de l'Evêque
d'Anvers , des Prelats , des Nobles
des Deputez , & c. Le Duc d'Urfel repréfentant
le Comte de Grobbendock ,
comme Maréchal héréditaire de Brabant
, tenant l'Epée , fe mit à droite de
la Table , & le Marquis d'Affche à la
gauche, comme Guidon héréditaire de
›
B
D'OCTOBRE
137
Brabant avec l'Etendart de la Province.
Chacun étant placé , le premier Heraut-
d'Armes cria à haute voix Silence,
Silence ; Son Exc. déclara le fujet de
cette Affemblée , à quoi le Greffier des
Etats de Brabant ayant répondu , lût à
haute voix les Lettres de Plein -pouvoir
de Sa Majefté Imp. enfuite les Lettres
de la Joyeufe Entrée avec leurs additions
. Enfin , les deux Sermens
ordinaires en langue Brabançonne &
Bourguignone . M. de Prié mit la main
fur le Miffel qui lui fut préfenté par
l'Archevêque , & fit au nom de l'Em
pereur,comme Duc de Brabant , les deux
fermens mentionnez. Enfuite de quoi ,
on fit à haute voix la lecture du ferment
d'obéiffance & de fidelité que les-
Etats de Brabant devoient prêter. Aprés
quoi , l'Archevêque , l'Evêque & les Prelats
le firent entre les mains de Son
Exc & les Nobles & les Députez des
Chefs Villes , en firent de même . Le
Penfionnaire des Etats de Limbourg fic
enfuite lecture des deux fermens que
Son Exc. devoit prêter aux Etats de
la même Province ; Onlûr enfuite le
ferment de fidélité & d'obéïffance que
les Etats de Limbourg devoient prêtez
Octobre 1717. M
138,
LE MERCURE
& que leurs Députez firentpareillement.
Cette Cérémonie étant achevée , le premier
Roi d'Armes cria trois fois à haute
voix : Vive l'Empereur & Roi , Duc
de Lothier , de Brabant , de Limbourg ,
& Marquis du S. Empire. Les trompettes
& timbales fe firent d'abord entendre
, & on fit trois décharges de
l'Artillerie de nos remparts , au fon de
la Cloche de Triomphe ; pendant quoi,
on jetta au Peuple des Médailles d'or
& d'argent. Son Exc . donna enfuite un
fettin fort magnifique dans le grand Salon
de la Cour , aux Seigneurs Etats des
deux Provinces , comme auffi à plufeurs
autres Seigneurs. Le foir il y eût
un grand feu d'artifice dreffé dans le
Parc derriere le Palais.
De Londres le 14 Octobre.
L'Emprifonement
du Comte de Peterborough
fait ici l'attention publique
& donne lieu à divers raifonnemens
; mais , on ne peut pas fe perfuader
que ce Milord ait été capable de former
le deffein d'attenter à la vie du
Prétendant : Quoi que les Jacobites publient
que ce Milord avoit promis soooo
D'OCTOBRE.
1;9
piftoles à un Italien , pour exécuter ce
noir complot , & que c'eft ce même
Italien qui l'eft venu déceler .
Comme le Parlement fe doit affem .
bler au commencement de Décembre ,
les Toris ne régligent rien, afin d'avarcer
leurs interelts . Pour cet effet , ils
font des Affemblées dans la Campagne,
pour concerter les moyens de gagner
la fupériorité fur le préfent Miniftére .
La nuitdu Samedy au Dimanche dernier
,'quelques mal affectionnez répandirent
jufques dans le Palais de St James
& à Hamptoncourt, deux , Libelles ;
Pan fous le titre , Avis à l'Armée &
au Peuple d'Angleterre , qui contient en
fubftance , que fi on veut vivre en paix
dans ce Royaume , il faut néceffairement
appeller le veritable heritier de
la Couronne & le mettre fur le Trône.
L'autre eft intitulé , Avis à M. Ro~
bert Vvalpool , par lequel l'Auteur prétend
prouver que le Roy Georges a contrevenu
à l'Acte qui établit la fucceffion
à la Couronne dans la ligne proteftante
; & qu'il a même agi contre le
ferment qu'il fit à fon couronnement
&c. Il ne faut pas douter que fi on:
découvre les Auteurs de ces Ecrits fe
Mij
140
LE MERCURE
ditieux , on ne les puniffe felon tou
te la rigueur des Loix .
On apréhende que les Rebelles qui fe
font retirez dans les Montagnes d'Ecoffe,
ne faffent des irruptions dans le plat-
Pays. On craint même que d'autres Mécontents
ne s'y joignent & n'éxcitent
une nouvelle Rebellion . Le Roy a
donné ordre au Comte de Sutherland &
au Lord Lorat , de fe rendre inceffam-.
ment en Ecoffe ; afin de prévenir leurs
pernicieux deffeins enfaifant marcherles
Troupes & les Milices contre eux , &
en mettant en oeuvre tout ce qu'ils jugeront
néceffaire pour éviter ce malheur :
Mais on croit que ces Seigneurs rencontreront
de grandes difficultez , & qu'il
fera comme impoffible , de les réduire,
à caufe qu'ils occupent des Montagnes
inacceffibles .
Il y a quelques jours que le Baron-
Shader Allemand , prefenta un Mémoireau
Roy à Hamptoncourt , dans lequel
il accufoit le Comte de Bradbourg
qu'on dit être un Moine françois
défrocqué , d'avoir parlé avec
beaucoup de mépris de S. M. jufqu'à l'avoir
appellé un Prince de deux liards..
Le Roy ayant examiné ce Mémoire fir
D'OCTOBRE.. 1411
1
venir l'un & l'autre en fa préfence pour.
les
interroger.
Le Baron foutine que,fon accufatione
étoit véritable, & que pour la vérifier ,
S. M. n'avoit qu'à confiderer la maṛ-
que, qui étoit gravée fur le front du
Comte ; que c'étoit lui- même qui la lui .
avoitimprimée par un coup de chandeliers
parce qu'il n'avoit pu fouffrir les
difcours fcandaleux que celui- ci tenoit
de S. M.Le Comte aïant été obligé d'en
convenir , S. M. s'eft contentée d'ordonner
à cet Imprudent de ne plus fe:
prafenter à l'avenir devant lui , le Roy
lui ayant fait fouvent l'honneur de le
faire manger à fa Table ; & le
pour
Baron , il le pria de ne plus parler de
certe affaire .
YEPA.PARAY2 PA YEER VOOR
EPITRE DE M. MICHEL
A M. DE .
POUR LE DETOURNER DE LA SATYRE
If Ennemi de tout . Rimeur glacé,
Par qui j'ai vu de leur froide manie
Plus d'un Tableau fidellement tracé;,
142 LE MERCURE
Gentil Ami , de qui l'heureux génie
Peut efpérer d'être unjour remplacé ,
Sur le Parnaffe aux fonctions utiles
De feu Boileau ; quand cet Auteur prifè
Pour la Raifon, d'un chaud zele embrafé,
Vilipendoit tous ces Ecrits fertiles
Où le bonfens fe voit martyrisé.
Je vous écris , non quej'aye à vous rendre
Vos Complimens , & cet amas fucré
De doux propos dont m'avés fonpoûdré.
A tel retour , jà ne devez prétendre ;
Puifqu'entre nous regne fincérité ,
Commefavez; & s'il vous plaît , Beaufire,
Vousfuffira ce qu'elle m'a fait dire
Ez petits Vers par oùj'ai débuté:
Qu'ainfi ne foit: Naïve vérité
Toujours me plût , & fidéle à ſon culte ,
Son Oracle eft le feul que je confulte.
Quand de rimer par fois je fuis tenté,
Non moins que moi d'elle feule enchanté,
Vous dédaignez la foupleffe frivole
Des vain's Flateurs ; & pour être écouté,
Il ne faut pas qu'un Ami vous cajole :
Si qu'avec vous , on peut impunément
Rifquer cenfure libre fentiment :
Tout an rebours de cette Seite habile
Qui fe croyant la vûë affez fubtile , *
D'OCTOBRE. 143
Four pénétrer dans l'objet le plus fin ,
N'eut onc befoin des yeux defon voisin.
Que tels Docteurs ayent vuidé leur
cervelle
De quelque écrit qui s'enfit arracher ;
Vous les verrez tout prets à fe fácher ,
Au moindre endroit de la Piéce nouvelle ,
O vôtrelime ofera s'attacher :
Vainement donc votre main les harcelle
Far traits fréquens ; vainement pretentelle
Les corriger à force de mépriss
Et me déplait , s'il faut queje le dife ,
Que voussoyezfifortement êpris
Du faux honneur de punir leur fotife.
Loin de vouloir contr'eux nous fignaler ,
Tachons fans plus de ne point reffembler
A telle Race ; & contens qu'on nous toüe,
Laiffons crier un Corbeau qui s'enrouë :
Mais , qui penfant mieux chanter qu'Apollon
,
Vent croaffer dans fon facré Vallon ;
Et que me fait à moi qu'un Fât écrive
MalgréMinerve , & que Phoebus le prive
Defes Lauriers? Que m'importe aprés tout
Que dans fes Vers cet aveugle fe mire ?
Pourquoy vouloir que mon fecours eti re
De fon erreur ; fouffrons - là juſqu'au
bouti
144 LE MERCURE
,
Et par pitié, permettons qu'il s'admire ye
Sans mecharger , cruel Defenchanteur
De lui ravir un plaifir fédulleur :
Le feul peut- être , auquel il foit fenfible ::
Pour tel Malade il n'eft remede aucun
Deffous les Creux , dont l'effet foit planfible
:
Soyez fincere ou flateur , c'est tout un,
Dès qu'une fois un Auteurfans mérite ,.
Seft prévenu qu'on devoit l'admirer ,
Quiconque veut lui parler vrai , l'irrite ;
Et l'on ne gagne à vouloirl'éclairer ,
Qu'unfot mépris , une haine intrattable
De peu d'effet ; mais toûjours redoutable.
Je crainsfortpeu, direz- vous , leurs tranfparts
Et ma raifon fe fait à les poursuivre
Certain plaifir dont la douceur l'enyore ,
Et qui n'engage à braver leurs efforts ,
Où font les traits dont ils peuvent m'atteindre
:
Au demeurantje ne puis me contraindre ,
Unfot m'aigrit & me met en humeur;
Afesdépens il faut que je m'égaye ,
Des qu'il paroit ,je le marque à ma craye ,
Et je me livre . Ony ,je connois l'ar-c
deur ,
Quifur ce point vous emporte à mèdire;
En vous reluit cet efprit fétulant ,
Qui
D'OCTOBRE. 145
Qui dans un coeurfait germer la Satyre ;
Mais cet efprit , infortuné Talent ,
De tous les dons que nous fait la Natu
Eft le feul Don indigne de nos voeux ,
Et qu'ilfied bien de laiſſer fans culture.
Que j'aime à voir un Auteur généreux
De tout bon mot fuir l'appas dangereux !
Ne fe permettre enfa Verve prudente
Aucun écart d'une bile mordante ;
D'un trait malin mépriser le fuccès ,
Vivre fans fiel & libre des accès
Qui font hair une Mufe impudente
De la Satyre ignorer les excès.
Tous ces difcours , dites- vous , font fort
fages ,
Mais toutesfois, on vit dans tous les âges ,
En dépit d'eux , s'armer de grands Auteurs
Du mauvais goût ardens Inquifitenrs ,
Et d'Apollon embraffant la vengeance ;
Perfécuter la rimaillenfe engéance :
Et , dites-moi , fi ces rares Efprits,
Si Juvenal , Defpreaux, Perfe , Horace ,
A cette engeance eûffent fait plus de grace.
Nous ferions donc fruftrés de leurs
Ecrits ....
Oh, quel malheur pour les Races futures ?
Quand moins farcis d'orgueillenfes Cen--
Jure's ,
On les verroit réduits aux autres traits
Octobre 1717
N
146 "
LE MERCURE
Quifont bonneur à leur Mufe Critique ;
Mais vous enfin , dont la Verve Cauftique
De fa malice afait d'heureux effais
Et qui déjafier de cet avantage ,
De Defpreaux convoités l'Heritage :
Vous qui penfes que draperfans quartier,
Un pauvre Auteur est unfi beau métier:
Interrogés nos Maîtres en Satyre ,
Ces Profeffeurs du grand Art de médire,
Vous avoueront le malheur de leur choix,
Ils vous diront qu'au bout de la Carriére ,
Tentés cent fois de marcher en arriere ,
Ils ont eux-mêmes abhorré leurs exploits
Et detefté les fruits de leur étude ;
Que devenus malins par habitude
Leur main fouvent lâcha d'injuftes traits
Et que par eux la Raifon offenfée .
Sur le Rapport de l'équité bleffée
Plus d'une fois fit caffer leurs Arrêts ;
Ils vous diront que le dignefalaire ,
Que remporta leur Mufe arbitraire ,
Fut de n'avoir , entourés d'Ennemis ,
Nul Partifan , nuls fincéres amis ,
C'est le deftin de quiconque fe moule
Sur ces Auteurs & mon Sermon ne roûle
Que fur ce point , le plus digne de tous
D'être pefé : Non , ce n'est point l'eftime
Dug and effort, Partage légitime ,
Qui de nos biens doit faire leplus doux ,
D'OCTOBRE. 147
Et le Sçavoirfut- il plus vafte en vous ;
·Euffies- vous fait une moiſſon plusgrande
Que Scaliger on Pic de la Mirande ;
Votre génie eût- il l'heureux pouvoir ,
Avec legoût d'accorder lefçavoir ;
Si pour autrui né facheux , infenfible ,
L'injufte orgueil vous rend inacceffible;
Si votre coeur ne peut être foûmis
Au jong charmant d'une amitié fincère ;
·S peu touché de fe voir fans amis ,
Il ne connoît ni l'Art fi néceffaire
De les garder, ni le fecret d'en faire :
Vous n'êtes rien qu'un vil Monftre , &
pour moy
Vôtre mérite eft hors de bas- aloy.
Dans le commerce indigne de paroître
Avec le coeur qui devon ne point naître ,
Ne vives pas plus long-temsfous nos yeux;
Au fond des bois , nouvel Anachorette ,
Parmi les Ours cherchez une retraite ;
Drgne héritier de nos premiers Ayeux ,
Auffifarouche & plus criminel qu'eux ,
Ou bienfemblable à ce hideux Cynique ,
Flean des fiens & l'horreur de l'Attique
· Dans un Tonneau retranché jusqu'an
dents ,
>
‹ Delà , s'il faut, aboyés les Paffants.
Maisfiniffons , j'aperçois votre Mufe
Rire des foins où la mienne s'amufe .
Nij
.148 LE MERCURE
Et n'opofer enguife de raison ,
Que fon penchant à ma longue Oraiſon.
Eh bien allez ? Sans crainte de l'orage ,
Embarquez vous & bravez le naufrage ?
De votre courfe, inutile témoin,
A vos périls j'affifierai de loin ;
Et nepouvant par l'exemple d'un autre ,
Vous retenir contre un penchat trop doux,
Mesyeux vengés veront aumoinslevôtre,
Servir aux gens plus dociles que vous :
Vous m'allez dire & c'eft vôtre réponse ,
Qu'ici j'ai tort de vous entretenir
De mes frayeurs , & que je vous annonce
Un peu trop tôt une douleur à venir :
Vous prétendezembraffer la Satyre ,
Eftre à l'abri des maux qu'elle s'attire ;
Et par prudence évitant tout écueil
De préjugés , d'injustice, & d'orgueil;
Bien moins Cenfeur d'autrui que de vousmême,
Vous vous ferés, un important Systême ,
De ne jamais donner prife au Bêtail
Dont vous aurez blafonné le travail ,
De n'attaquer dans les écrits des autres
Que des travers incõnus dans les vôtres.
Soit à ce prix : Je vous livre les fots ,
De leurs chifons , nettoyés le Parnaffe ;
Bien entendu que vos traits feront grace
A leur perfonne , en blámant leurs dèfans.
D'OCTOBRE." 149
Le Dieu des Fers , dont les regards propices
De votre veine ont haié les premices;
Et les neufSoeurs à qui plaît vôtre encens ,
Vont prefider à vos travaux naiffants :
Plus glorieux pourtant , fi ma doctrine
Mettant unfrein à verre humeur chagrine,
Vousfaut choifir, en changeant de Métier,
Un autre champ où cueillir du Laurier.
Le mot de la premiere Enigme du
mois paffé , étoit le Miroire , & celuf
de la feconde le Z.
L
ENIGME S.
E Sexe dontje fuis , qui doit me revêtir
, TUA
Ne m'habille avec foin que pour me dévêtiri
Et celle à qui je fais le mieux gagnerfa
vie >
Semble me dépouiller avec le plus d'envie
,
Cependant , ce qui fert , oupour le vètetement
,
Niij
150 LE MERCURE
La parure on l'ameublement
Par moi dans l'origine a pris un nouvel
Etre ,
Et neferoitfans moi , ce qu'on le voitparoitre
Sous le pluspompeux ornement.
Dés que l'apas du gain m'a mife toute nuë
Mon corps aride , fec , long, tout d'une
venue
Abandonnépour lors , fans fupoft ni foltiens
›
N'eft propre qu'à brûler , où qu'à chaffer
les chiens.
Si d'un Herosjadis , je fus l'amusement
Dans un tendre déguisement
Il avoit fes raifons Fraiment c'eftoit pour
caufes ,
Quifirent faire aux Dieux pires métamorphofes
M
AUTRE.
On nom est un mot ruineux
Au malheureux ;
A propos prononcé , mon nom fait des
Conquêtes.
Je porte un Etui de poil ras ;
J'ai plus de têtes que de bras :
Mais, j'ai plus de mains que de têtes .
Falst
Octobre 1717
8
X
Papillon qui
dans
cepc - cc 500
flour formes des voeux, Jaine
X
ge . Maitafen
X
vic, non,non, non non a
fais les plaisirs Je faislaa
vi.
X
Je
D'OCTOBRE.
ISI
海鮮豬豬豬魚魚魚魚蘿
CHANSON.
Papillon , qui dans ce Bocage
Inconftant autant qu'amoureux
Four chaque fleur formes des voeux ,
J'admire ton humeur volage
Mais à ta folle liberté
Mon coeur ne porte point d'envie :
Non non , de ma captivite
Je fais lesplaifirs de ma vie.
EXXXXXXX
JOURNAL DE PARIS.
LM. le Conte d'Affy Capitaine aux
E 29 du paffé , le Roy donna à
Gardes , le Gouvernement de la Citadelle
de Befançon, vaquant par la mort
de M. le Comte de Moncaut Lieutenant
Général des Armées du Roy.
M. le Duc de S. Simon a acheté les 2 .
Regiments de S. Aignan & de Villepreux
Cavalerie, pour les deux fils aînez.
M. Chauvelin de Beauséjour Inten-
Nii
152 LE MERCURE
1
dant de Tours , paffe à l'Intendance de
Bordeaux, à la place de M. de Courſon ;
& M. d'Ormeflon de Cheré va relever
M. de Guerchois Intendant de Befançon
, qui revient à la Cour, poury
faire
les fonctions de la Charge de Confeiller
d'Etat.
Le premier Octobre , M. Vivant Curé.
de S. Méry , qui avoit efté autrefois fort
attaché à M. le Cardinal de Noailles ,
& qui l'avoit accompagné dans fon
voyage de Rome , a refigné fa Cure à
M. l'Abbé Metra fon Neveu , fous-
Chancelier, de l'Univerfité. Il eft parti
pour Strafbourg , où il fera Grand Vicaire
de M. le Cardinal de Rohan .
Le 2. M. d'Iberville qui a refidé en
Angleterre , en qualité d'Envoyé Extraordinaire
de France , & qui s'y eſt
acquis par fes belles qualitez , un applau
diffement général de la Cour & de la
Nation , et arrivé à Paris , où il a été
favorablement reçû du Roy &de Monfeigneur
le Due Regent .
Monfieur le Duc eft depuis peu grand
Maistre des Mines & Miniéres de
France ; c'eft une Charge qui avoit été
poffedée par feu M. le Marquis de
Blainville .
D'COTO BRE.
153
&
Depuis l'Election d'un nouveau
Syndic , qui eft M. le Curé de Saint
Innocent , tout eft tranquile dans la
Faculté de Theologie , à laquelle Monfeigneur
le Duc Regent a laiffe une entiere
liberré.
-
- Le 9. le feu prit par accident fur les
11 heures du foir , dans le bâtiment de
l'Orangerie qui eft au bout du Jardin
des Tuilleries. La fentinelle ne pouvant
pas quitter fon pofte , tira un
coup de fufil pour avertir la Garde qui
s'y rendit fur le champ. On détacha
beaucoup de Suiffes , qui joints aux
Capucins accourus aa fecours , empêcherent
que tout le bâtiment ne fut réduit
en cendre , dont une partie a été
feulement confumée avec beaucoup de
meubles . Les Orangers en ont été fort
endommagez. Le Roy a promis une
gratification aux P. C. en faveur de
leur zéle & des fervices qu'ils y ont
rendu .
154 LE MERCURE
Le 10 , on publia la Déclaration du Rey ,
qui fufpend toutes les difputes , conteftations
& differens qui fe font formez
dans le Royaume , à l'occafion de
la Conftitution de N. S. P. le Pape ,
contre le Livre des Réfléxions Morales
fur le Nouveau Testament.
Nous avions deffein d'en donner un Extrait
; mais , l'importance de la Matiére
nous a determiné à l'inférer dans
fon entier.
LOUIS parla de Dieu
OUIS par la Grace de Dieu Roy
ceux qui ces prefentes Lettres verront ,
Salut. Le feu Roy noftre très honoré
Seigneur & Bifayeul , Nous ayant laiffé
ce Royaume dans une heureufe Paix
avec toutes les Puiffances de l'Europe ,
Nous n'avons eu qu'à fuivre & à affermir
ce dernier ouvrage de fa profonde
fageffe ; mais, Nous ne remplirions qu'-
imparfaitement les devoirs de la Royau
té , fi Nous ne travaillions avec autant
d'attention à rétablir une autre efpece
de Paix , non moins importante pour le
bonheur & la tranquillité des Peuples
foumis à noftre domination , en appaiD'OCTOBRE.
iss
fant ces troubles interieurs dont le Clergé
de noftre Royaume eft agité au fujet
de la Bulle donnée par N. S. P. le Pape
, contre le livre intitulé Réflexions
Morales fur le nouveau Teftament. Les
difputes qui fe font élevées à l'occafion
de cette Bulle, eftoient nées avant nôtre
avenement à la Couronne ; & depuis que
Nous y fommes parvenus, Nous n'avons
ceffé d'employer differens moyens pour
les terminer,par l'avis & par les foins infatigables
de noftre très cher & trés amé
Oncle le Duc d'Orleans Regent de
noftre Royaume. Mais , l'experience
Nous montre que le plus grand obftacle
au fuccés de ces moyens , eft d'un
' côté , la continuation des difputes , &
de l'autre , la licence de ces écrits & libelles
fans nombre , qu'il femble que
l'efprit de difcorde ait dietez , où l'on
voit des Ecrivains paffionnez s'ériger
par differens motifs en cenfeurs de la
conduite des Evêques , attaquer les Maximes
les plus inviolables de ce Royaume
, ou porter leur témerité jufqu'à repandre
des traits injurieux au Saint
Siege, & à N. S. P. le Pape. Les efprits
prévenus par ces écrits contentieux , fe
partagent fuivant la diverfité de leur
15G LE MERCURE
caracteres ou de leurs prejugez ; & tel
eft l'effet ordinaire de ces fortes de difputes
, que l'Eglife ne peut que perdre
dans un combat qui fe paffe entre les Enfans
; pendant que fes Ennemis triomphent
& profitent de la divifion des Crthodoxes
: Les procedures mêmes , &
les voyes Juridiques n'ont prefque fervi
jufqu'à prefent qu'à irriter le mal , au
lieu de le guerir ; parce que les Evêques
ayant pris des routes differentes
dans cette grande affaire , chaque particulier
a crû pouvoir fuivre celle qui
convenoit à fes fentimens, jufqu'à ce que
une Autorité fuperieure ût réuni les efprits
dans une matiére qui intereffe toute
l'Eglife . Nous ne pouvons donc faire
un plus digne ufage du pouvoir
dont il a plû à Dieu de nous revêtir ,
qu'en l'employant à arrêter le progrés
d'une divifion fi dangereufe , par les
voyes qu'il a remifes entre nos mains
lorfqu'il nous a chargé de la défenſe &
de la protection de fon Eglife. Plus foûmis
à fes Décifions que le moindre de
nos Sujets , Nous fommes perfuadez
que c'est par elle que les Rois & les Peuples
doivent apprendre également les
véritez néceffaires au falut ; & nous.
D'OCTOBRE. 157
n'avons garde de vouloir étendre nôtre
pouvoir fur ce qui concerne la Doctrine,
dont le dépoft facré a efté confié à une
autre Puiffance . Nous fçavons que c'est
à Elle feule qu'il eft refervé d'en prendre
connoiffance , & Nous ne pourions
y entrer fans nous expofer au jufte reproche
de n'avoir foutenu la vérité , que
pune entrepriſe manifefte fur la Fuiffance
fpirituelle , & d'avoit fait un grand
mal ,fous pretexte de procurer un plus
grand bien : Nous ne devons donc &
Nous ne voulons ufer de noftre pouvoir
en cette occafion , que comme Protec
teur de l'Eglife ; pour la mettre en état
d'exercer fon autorité dans une fituation
plus tranquille , & plus propre à en affurer
le fuccés & le fruit. C'eit dans cette
vûë que pour calmer le mouvement des
efprits , Nous avons réfolu d'impoſer
un Silence auffi utile que neceffaire , &
de préparer les voyes par cette efpece
de Tréve , à une véritable Paix . Nous
nous portons d'autant plus volontiers
â prendre ce parti qui nous a efté infpiré
par plufieurs Prélats de noftre Royaume
, que Nous fçavons que ceux même
qui jufqu'à prefent avoient paru les plus
oppofez les uns aux autres dans leur con158
LE MERCURE
duite , ont déclaré plusieurs fois en préfence
de noftre tres cher & tres amé Oncle
le Duc d'Orleans , qu'il n'y avoit
entre eux aucune diverfité de fentimens
fur ce qui appatient à la foy : Er cette
confolation que Dieu Nous donne au
milieu d'un trouble qui nous afflige , devient
un nouveau motifpour nous engager
à interpofer noftre autorité ; aprés
une Déclaration qui Nous fait voir que
la foy eft en fùreté , Et que par conféil
eft auffi quent inutile que dangereux
de troubler l'Eglife par des difputes ,
dans un tems où l'on doit efpérer que les
Evèques unis fur le dogme , trouveront
bientôt les moyens de fe concilier auffi
parfairement fur les difficultez qui reftent
encore à applanir : Nous ne regardons
pas même cette fufpenfion de
tout ce qui peut entretenir le trouble
préfent , comme un reméde qui doive
durer long tems : Et nous fommes
bien éloignez de vouloir l'Etablir d'une
maniere indéfinie qui pourroit eftre également
fufpecte de part & d'autre , &
qui paroîtroit excéder les bornes de nôtre
pouvoir. Nous ne prétendons tenir
les choſes en cet eftat , qu'en attendant
que N. S. P. le Pape touché des mau
D'OCTOBRE. 159
de l'Eglife de France , qui a toujours
eſté fi fidellement attachée au S Siége ,'
ait trouvé les moyens d'y reftablir une
paix folide ; Et nous ne doutons pas que
Sa Sainteté remplie des fentimens qui
conviennent à fa qualité de Pere commun
, ne faffe voir que fes lumieres font
au-deffus des veuës de ceux qui ont crû
qu'il falloit avoir recours à l'Eglife univerfelle
, pour faire ceffer la divifion
dont une partie de fon corps eft agitéç.
C'est donc dans l'attente d'un fecours fi
digne de la Religion & de la charité du
Souverain Pontife , & pendant le cours
des inftances qui lui feront faitesde nôtre
part pour l'obtenir, que Nous tiendrons
toutes chofes en fufpens , Et que Nous
uferons même d'une fage & utile rigueur
contre tous ceux qui par des écrits féditieux
, ou par d'autres voyes indifcrétes
ou prématurées, voudroient entrerenir
laGuerre , pendant que Nous ne fommes
occupez que du foin de parvenir à
la Paix. Nous aurons enfin la fatisfac- ,
tion , en prenant ce parti , de fuivre l'éxemple
que le feu Roy nôtre très honoré
Seigneur & Bifayeul Nous a donné
par les Arretts des 23 Octobre 1668
& Mars 1703. 5 Et Nous efperons que
160 LE MERCURE
Dieu beniffant la droiture de nos intentions
,Nous aurons bien- tôt la confolation
de voir tous les Paſteurs de notreRoyaume
parfaitement unanimes , s'appliquer
également à inftruire & à pacifier
le Troupeau qui leur eft confié , & à.
donner au Chef des Pafteurs des marques
de leur attachement , de leur
refpect & de leur foumiffion. A
CES CAUSES & autres à ce
nous mouvans , de l'avis de nôtre
trés cher & trés amé Oncle le Duc
d'Orleans , petit Fils de France Regent
, de nôtre trés- cher & trés amé
Coufin leDuc de Bourbon , de noftre
trés- cher & trés amé Coufin le Prince
de Conty , Princes de nôtre Sang
de nôtre trés cher & trés-amé Oncle
le Duc du Maine , de nôtre trés-.
cher & trés amé Oncle le Comte
de Toulouſe , Princes légitimez , & autres
Pairs de France , Grands & notables
Perfonnages de nôtre Royaume,
Nous avons dit & declaré , & par
ces Prefentes fignées de nôtre
main , difons & déclarons , Voulons &
Nous plaît , Que toutes les difputes ,
conteftations & differens qui fe font for-
,
mez
>
D'OCTOBRE. 161
mez dans nôtre Royaume , à l'occafion
de la Conſtitution de N. S. P. le Pape ,
contre le livre des Reflexions Morales
fur le Nouveau Teftament , foient &
demeurent fufpenduës , comme Nous
les fufpendons par ces Prefentes , impofant
par provifion un Silence général
& abfolu fur cette matiére , Et ce .
pendant le cours des inftances que
nous continuerons de faire auprés.
de N. S. P. le Pape , pour obtenir de
fa fageffe & de fon authorité , des lecours
capables d'éteindre & de termiter
entierement les divifions prefentes,
Deffendons en confequence à toutes les
Univerfitez , & notamment aux Facultez
de Theologie de nôtre Royaume,
de permettre ou de fouffrir qu'il fe fal
fe aucunes difputes dans les Ecoles , fur
le fujet de ladite Conſtitution : Deffendons
pareillement à tous nos Sujets ,
de quelque êtat & qualité qu'ils foient
fous les peines cy-aprés marquées , de.
compofer , imprimer , vendre , debiter ,
ou autrement diftribuer , aucuns Ecrits ,
Livres , Libelles ou Mémoires fous
quelque titre que ce foit ; ni de faire aucuns
actes ou déclarations , de quelque
nature qu'elles puiffent être,für le même.
Octobre 17173. Q
152 LE MERCURE
fujet,& à l'occafion des difputes préfentes
directement, ou indirectement , Et notamment
de rien dire , écrire ou imprimer ,
debiter ou diftribuer , contre le reſpect
qui eft dû au Saint Siége & à N. S. P. le
Pape ; Seront au furplus les Arrêts rendus
par le feu Roy nôtre trés- honoré
Seigneur & Bifayeul le 23. Octobre
1668. & le 5. Mars 1703. exécutez felon
leur forme & teneur; Et en confequence
faifons trés expreffes inhibitions &
deffenfes à tous nos Sujets , de quelque
état & qualité qu'ils foient , de s'attaquer
ou provoquer les uns les autres
par des termes injurieux de Novateurs ,
Janfeniftes , Semi- Pélagiens , Schifmatiques
, Heretiques , & autres noms de
party ; le tout , à peine contre les contrevenans
d'être traitez comme rebelles
, défobeïffans à Nos ordres , feditieux
& perturbateurs du repos public :
Exhortons , & neantmoins Enjoignons
à tous les Archevêques & Evêques de
nôtre Royaume de veiller , chacun dans
leur Diocefe , à ce que la tranquilité que
Nous voulons ý rétablir par la prefente
Déclaration , y foit charitablement &
inviolablement confervée : Enjoignons
pareillement à nos Cours de Parlement ,
& à tous nos Juges & Officic char
D'OCTOBRE.
163
•
en droit foy , de tenir la main à l'Execution
de nôtre prefente Déclaration
d'empêcher qu'on n'y contrevienne en
quelque maniere que ce foit , de faire
faire des recherches exactes de tous livres
, Ecrits , Mémoires ou Libelles fur
les matieres fur lefquelles Nous impofons
Silence à tous nos Sujets par ces
Prefentes , de faire fupprimer , même
brûler ou lacérer lefdits Livres ou Libelles
, s'il y écher , & de punir les
contrevenans , de quelque qualité &
condition qu'il foient , fuivant la rigueur
des Ordonnances. Voulons au furplus
que nôtre Déclaration du 12. May
dernier, concernant les Libraires & Imprimeurs
, Colporteurs & autres Diſtributeurs
de Livres , Libelles ou Mémoires
imprimez , fans privilege ni permif
fion , foit executée felon fa forme & teneur.
Lei , la Reine Doüairiere d'Angleterre
vint de Chaillot rendre vifite au
Roy. Elle étoit fuivie de plufieurs caroffes
, & efcortée par un détachement
des Gardes Françoifes . Cette Princefle
alla enfuite au Palais Royal , rendre
vifite à Mgr le Duc d'Orleans & à Madame
la Ducho "Orlea
O ij
164 LE MERCURE
Le même jour , M. Godeau ancien
Regent , fut Elû Recteur de l'Univer
fité de Paris.
Le 12 , le fieur Dominique reçû depuis
peu dans la Troupe des Comédiens
Italiens de S. A. R. parut pour
la premiere fois fur leur Theatre , faifant
le Rôle de Pierrot dans la piéce de
la Force du Naturel. Il prévint l'Affemblée
par un difcours qui fut applaudi.
On le doute bien que les deux points
principaux rouloient fur ce qu'il étoit
Als dufameux Dominique , & en mê
me tems fur le befoin qu'il avoit de
l'indulgence des Auditeurs dans le Rôle
nouveau qu'il alloit jouer , on en ût
en effet : Mais , comme le Public lui eft
favorable , on efpera qu'il le rempli
roit beaucoup mieux par la fuite.On ju
gea cependant , que le Rôle de Valer
Fourbe & Intriguant lui conviendroit
beaucoup mieux ; c'eftauffi à quoi on le
deftine .
M. de la Vierrue a eû le gouvernement
de Nifmes vaquant par le déceds
de M. de S. Simon Marquis de Sandricourt
qui eft mort fort âgé.
Le 13. le Roy accompagné de Monfeigneur
le Duc du Maine & de M. le.
D'OCTOBRE. 165
Maréchal de Villeroy , alla à Chaillot
rendre vifite à la Reine Doüairiere.
d'Angleterre qui va paffer l'hiver à S.
Germain en Laye.
Les Habitans de Chaillot ayant profité
de cette occafion , pour prier le Roi
& la Reine d'être Parain & Maraine
d'une de leur cloche ; leurs Majeftez
ent eû la bonté de leur accorder cette
grace. On prépare tout pour cette Cérémonie
.
M. le Chancelier eft allé loger dans
le nouvel Hôtel de la Chancellerie qui
confifte en la maifon du fieur Bourvalais
, & dans une autre attenant qui appartenoit
au même. Le Roy a pris ces
deux bâtimens pour y loger dorefnavant
les Chanceliers de France à Paris ,
comme ils l'étoient à Verfailles.
Le 14. Me la Marquife d'Arpajou
fut choisie pour Daine de la Compagnie
de Madame Ducheffe de Berry :
Elle remplace feüe Madame d'Aidyes.
On croit que le nombre des Dames du
Palais fera augmenté jufqu'à 6.
Le is. le Roi dont la fanté et trésbonne
, prit beaucoup de plaifir à voir
les petites merveilles d'une Perfperctive
qu'on appelle communément Op166
LE MERCURE
tique ; & que tout Paris a vûë à la derniere
Foire de S, Laurent . Elle préfente
differents Afpects des Ports les plus
célébres , comme celui de Conftantinople
, de Génes , de Marfeille , & c.
Le Roy a nommé depuis peu
Meffieurs le Pelletier de Souzy , de
Caumartin , Amelot , d'Ormeffon , le
Pelletier des Forts , Rouillé au Coudray
, de la Houffaye , Fagon , Gilbert
de Voifin , de Gaumont & de Baudry,
Commiffaires pour la vente & engagement
des Domaines , Bois & Droits
ordonnez par l'Edit du mois d'Aouſt
dernier. L'on fera les Publications &
Adjudications définitives au Château
du Louvre , à la maniere accoûtumée ;
& il eft deffendu de recevoir en payement
defdites Adjudications autres effets
que des Billets d'Eftat & de la
Caifle Commune des Recettes Générales.
Le Roi a auffi nommé des Commif
faires , pour la difcuffion des biens que
M. Bourvalais & fa femme ont abandonnez
à S. M, qui fe charge par là
de toutes leurs dettes .
Les Porteurs des Refcriptions & Billets
des Receveurs Généraux des FiD'OCTOBRE.
157
nances, doivent les remettre entre les
mains de M. Geoffroy, pour eftre convertis
en Billets de la Caiffe Commune
des Recettes Générales .
Le Roi a envoïé 50000 écus à M.
d'Avaré , Ambaffadeur de France en
Suiffe , pour le dédommager de la perte
qu'il a faite dans l'incendie de fa “maifon
à Soleure.
Ou a eû des nouvelles que M. l'Abbé
du Bois accompagné de M. le Chevalier
de Beuve de Chavigny eft arrivé
en Angleterre , & qu'il a eu l'honneur de
manger plufieurs fois avec le Roi .
Le 17. on publia un Arreft du Confeil
d'Etat du Roi , pour faire brûler
publiquement à l'Hôtel de Ville tous
les billets de l'Etat qui ont été ou qui
feront retirez dans la fuite , par quel -
que voye & de quelque manière que ce
puiffe être , aux jours & heures qui feront
marquées par les Prevôt des Marchands
& Echevins,
Le 18. les Comédiens Ordinaires du
Roi jouerent pour la premiere fois
l'Obstacle impriua Comédie nouvelle
en 5. actes. Elle eft de la compofition
de M. Néricault Deftouches Auteur
du Curieux Impertinent & de quelques
168 LE MERCURE
autres pièces. Le Public ne lui a pas
fait acceüil , & fon mauvais fort me
difpenfe d'en donner un Extrait critique.
Je ne ferai donc autre chofe ici ,
que de rendre compte des raifons que
le Public lui-même m'a fournies de fon.
peu de goût pour cette Piéce .
1. L'intrigue en eft fort bien compofée
; mais, de ce genre de compofition
qui décéle moins d'induftrie que dans les
piéces précédentes de cet Auteur . Les
événemens ne font pas entraînez les uns
par les autres ; ils fe fuccédent violemment
& comme par fecouffes.
2°. Le principal noeud de la Piéce
que l'Auteur appelle l'Obstacle imprevu,
eft de nature à ne pouvoir être dènoüé
, fans violer là Vraiſemblance .
3 °. Les caractéres de la Piéce n'ont
rien de neuf & de faillant ; par conféquent
, ne peuvent racheter les fautes
de l'intrigue.
4° . Quoique le Dialogue foit écrit
avec affez de vivacité & d'élégance ,
on reproche à l'Auteur de l'avoir dégradé
par plufieurs traits équivoques ,
faux moyens de plaire , dont apparemment
les Auteurs fe détromperont.
' Si le Public me diſpenſe d'un Extrait
étendu
D'OCTOBRE 169
étendu de l'obftacle imprévu , il n'y
a pas d'aparence qu'il éxige de moi
que je l'entretienne fur la petite Piéce
qui a pourTitre, le Prix de l'Arquebuze.
LeRoy a donné àM.le Duc de Noailles
le Gouvernement & la Capitainerie de
S. Germain en Laye , vaquante par la
mort de M. le Comte de Mornay,
Marquis de Monchevreuil , Lieutenant
Général des Armées du Roy.
Madame vint dîner le 21 de Saint-
Clou au Palais Royal , où elle affila
le foir à la Comédie. Madame la Dncheffe
d'Orleans qui étoit aller paffer
quelques jours à Saint Clou , avec
Mgr le Duc de Chartres & Mdle de
Valois , en eft de retour.
>
Le 22 , M. l'Abbé d'Entragues nommé
ci - devant à l'Evê ché de Clermont
paffe à celui de Leictour, vaquant par la
mort de Meffire Louis de Polaftron ,
arrivée le 13 Octobre de cette année .
Ilétoit âgé d'environ 65ans , &de la branche
cadette de la Maifon de Polaftron .
Le Roy a donné à M. l'Abbé de Ta
vannes l'Abbaye de Mont- Benoist Diocefe
de Befançon ; à M. l'Abbé de Gontaut
Doyen de Noftre- Dame de Paris ,
l'Abbaye de Saint Ambroife de Bourge
Octobre
17172 P
1701
LE MERCURE.
à M. l'Abbé de la Fare l'Abbaye de S.
Barthelemi de Noyon ; à M. l'Abbé de
Beaufort ancien Doyen d'Ypres , l'Abbaye
de Font-moutiers ; à M. l'Abbé de
Court l'Abbaye de S. Serge d'Angers,
M. l'Abbé Paris eft mort : Il laiffe le
Prieuré de Colomiers en Brie , fitué à
8 lieues de Paris , & l'Abbaye de Saint
Pierre de Melun.
Le Roy a reuni le Doyéné deS.Martin
de Tours qu'avoit M. l'Evêque de Rennes
à l'Archevêché de Tours.
L'Abbaye de S. Jean d'Angely , a
efté donnée à M. Dreüillet Evêque de
Bayonne Elle raporte 10 à 12000 1.
de revenu .
Le Roi nomma vers la fin du mois.
de Septembre,M Turpin Criffé de Sanfay
Evefque de Rennes à l'Abbaye de
Quimperlay , vaquante par la mort de
M. l'Abbé Cherier qui la tenoit du feu,
Cardinal de Richelieu. Cette Abbaye .
qui eft defondation tres ancienne, vaut 7
8000 livres de rentes : Elle eft fituée
à 3 lieues de Port-Louis.
M. l'Abbê de Valbelle de Tourves
Aumônier ordinaire du Roi , & Grand
Vicaire de S. Omer , a efté gratifié du
Doyéné de S. Omer.
D'OCTOBRE. 171.
Tous les Confeils ont recommencé à
reprendre leurs fcéances pour travailler
aux affaires de l'Etat.
Le 14 , on publia un Arreft de la
Cour de Parlement, qui ordonne la fuppreffion
de quatre Ecrits ou Libelles,fur
le fujer de la Conftitution de Nôtre S.
Pere le Pape , contre le Livre des Réflexions
Morales fur le Nouveau Tetament.
Le premier eft intitulé , Apologie
des Curez du Dioceze de Paris ,
contre l'Ordonnance de M. l'Archevêque
de Reims du 4Janvier 1717 Le fecond;
Apologie des Curez qui ont écrit
des Lettres contre l'acceptation de la
ConftitutionUnigenitus & c. La troifiéme
Lettre , d'un Docteur à un Miffionaire ,
touchant l'Apel , & la quatriéme obfervation,
fur la Lettre circulaire de M.
de Biffi aux Evêques de France . Tous
Ecrits qui n'ont paru que depuis peu de
jours ; quoiqu'ils femblent par la datte
qu'on leur donne , avoir été imprimez
il y a quelques mois.
Le départ de M. le Duc de la Feüillade
qui avoit été douteux jufqu'ici ,
paroit affûré depuis la nouvelle Declaration
du Roi fur la Conflitutions
Mer le Regent lui a donné pour Théo-
Pij
172
LE MERCURE
logien , M. l'Abbé Croufet Docteur de
Sorbonne , qui joint au Savoir , beaucoup
d'efprit & de politeffe : Il eit d'autant
plus propre à réuffir dans cette
Cour , qu'il la connoit déja : Il y fit un
voïage dans l'Année Sainte , avec M.
l'Abbé de Francquevaux fon frere ,
homme de beaucoup de mérite. Il eſt
Homme de Condition : M. fon pere
eftoit Préfident en la Chambre des
Comptes de Montpellier. Le Frere aîné
de cet Abbé occupe cette Place aujourd'hui.
Il en a efté tué deux autres au
Service , dont l'un eftoit Gouverneur
de Tarafcon.
Monfieur le Chevalier de Broglio
voulant dreffer deux Chevaux neufs
le 7 de ce mois , les fit atteler à une
chaife , dans laquelle il monta , pour
les aller effayer lui-même dans la Plaine
de Grenelle . Les chevaux s'eltant emportez
vis- à- vis les Invalides , ce Chevalier
prit le parti de fe jetter par la
portiere , fe caffa la jambe & ſe fit une
bleffure à la tête . Trois jours après , la
Gangrenne parut à fa jambe : M. Marefchal
qui fut confulté huit jours après,
opina à lui couper la cuiffe ; ce qui fur
exécuté ; mais , comme la Gangrenne
+
D'OCTOBRE. 173
avoit gagnè , il mourut deux jours après.
Mgr le Regent informé de cet accident
, chargea M. le Marquis de Biron ,
de dire à M. le Marquis de Broglio
F'aîné , Maréchal de Camp & Infpecteur
d'Infanterie , qu'il lui donnoit le Régiment
d'Agenois qu'avoit le Chevalier
fon frere, avec l'agrément de le vendres
pour en païer les dettes de fon frere . M.
le Marquis de Broglio répondit à M. le
Marquis de Biron , qu'il remercioit très
humblement Mst le Duc Regent de
l'offre qu'il lui faifoit ; mais , qu'il ne
vouloit point faire le tort aux anciens
Colonel's réformez , de les priver parfon
acceptation, d'une efpérance fi légitimement
deuë ; & qu'il avoit affez de
bien pour fe charger des dettes de for
frere.
M. le Marquis de Biron aïant fait le
raport du refus de M. de Broglio à Met
le Regent , S. A. R. répondit que cette
gènèrofité eftoit rare, & que peu de gens
eneftoient capables ; que cependant , il
vouloit que M. de Broglio acceptât ce
Regiment,&renvoïa M.deBiron pour le
lui dire : M. de Broglio perfifta dans fon
refus , & pria M. de Biron de demander
cetre grace pour lui à Mer le Regent : S.
-74
LE MERCURE
A. R. s'eft enfin rendue & donna le 26 ,
ce Regiment à M. de Tréceffon auffi
Colonel à remplacer.
Le Roi a ordonné qu'il fera fait de
nouveaux Poinçons & Cachets , pour
fervir aux nouveaux Fermiers à marquer
les Ouvrages d'or & d'argent dans l'étendue
du Royaume , à commencer du
10. 1717 , auquel M. Paul de Manis
Fermier général a remis les Matrices &
Poinçons dont il s'eft fervi jufqu'ici , pour
être rompus. Les nouveaux Sous - Fermiers
des Aydes & Droits , y joints Papiers
& ParcheminsTimbres ,font entrés
en poffeffion defdits droits le 1 Oct. de
cette année 1717; & le Roi fait deffenfe
à tousOfficiers & autres qui font obligés
de fe fervir de Papiers , Parchemins ,
Timbres , d'en ufer dautres que de ceux
des nouveaux Sous - Fermiers à peine de
3000 liv. d'amende .
Ona jugé à propos de lever le fiége de Zvvornick. Le
Prince Eugene cft attendu à tout moment à Vienne. Avang
que de partir, il a donné fes ordres pour envoyer lesTroupes
en Quartier d'hyver. Le Prince Electoral de Saxe qui a fair
Abjuration , a déclaré qu'il étoit Catholique interieurement
depuis long - tems. Il affiſta le 12 à la Meſſ:, & reçût
publiquement la Communion des mains du Nonce duPape,
M. le Duc de Mortemart a deffendu que qui que ce foit
enrrâ dans la Chambre du Roy , à moins qu'il n'eut les
entrées.
Le Bureau Général d'Adreſſe & de rencontre rue S. Sau
Yeur, eft ouvert , & reçoit toutes les propofitions permiſes .
D'OCTOBRE.
175
TRADUCTION
De la Lettre écrite à Son Excellence
Monfieur le Prince de Chelamar
Ambaffadeurdu Roy Catholique , auprés
du Roy Trés- Chrêtien , par Monfieur
le Marquis Grimaldo , premier
Secretaire d'État & des Dépêches univerfelles
de Sa Majeftè Catholique.
MONSIEUR ,
VOTRE Excellence aura fans doute
été furpriſe , à la premiere nouvelle que
les Armes du Roy nôtre Maître alloient
être employées à la Conquête de la Sárdaigne
, dans le temps que tout le monde
étoit perfuadé , & que toute la Chrétienté
fe promettoit qu'elles alloient
renforcer l'Armée Navale des Chrétiens
qui agit contre les Turcs , & enfuite
des offres que Sa Majesté pouffée
par les fentimens de fa Religion &
de fon coeur , en avoit fait faire au Pape
. Je vous auouerai , Monfieur , que
Piiij
176
LE
MERCURE
je ne m'attendois pas encore fitôt à cette
deftination des Armes du Roy. L'ent
ploi que j'ai l'honneur d'exercer , me
donnant de fréquentes occafions d'approcher
de fa Perfonne ; je dois , ce
femble , connoître mieux que beaucoup
d'autres , fa juftice , fa droiture , la religion
avec laquelle il obferve fa parole
, la délicateffe de fa confcience ; en
fin fa grandeur de courage à l'épreuve
des adverfitez les plus durables ; qualitez
qui le rendent fi digne d'être le fucceffeur
de ces Princes , qui par leur piété,
ont merité d'être mis au nombre des
Saints , & d'avoir le Titre particulier de
Rois Catholiques.
En effet , qui peut ne point être étonné
d'abord , qu'un Prince , dont le
monde vante les vertus , & qu'il reconnoît
pour être incapable de facrifier
jamais la juftice à fa gloire , commence
les premieres hoftilitez contre l'Archiduc
actuellement en guerre ouverte
avec le Sultan des Turcs ; & dans
un temps où les Côtes de l'Etat Ecclefiaftique
paroiffent expofées à fes invafions
? Mais , un peu de reflexion fur
cette conduite , fait bientôt comprendre
qu'un tel deffein n'a pas été formé fans.
D'OCTOBRE. 177
7
un motifimportant qui 'rendoit l'entreprife
abfolument néceſſaire.
Aprés avoir longtemps gardé un profond
filence fur ce fujet , Sa Majesté a
enfin daigné nie faire part d'elle-même ,
des caufes & des motifs de fa réfolution
; & Elle m'a en même temps ordonné
d'en informer Vôtre Excellence :
C'est ce que je vais faire auffi fuccinctement
que l'importance de la matiere le
permet.
Les Perfonnes qui firent le Plan de
la derniere Paix , ayant crû que pour
y parvenir , il falloit que le Roy nôtre .
Maître cedât une partie de fes Etats ,
il a bien voulu faire ce facrifice
> pour
parvenir au rétabliffement de la tranquillité
dans la focieté des Nations. Sa
Majefté eft entrée dans les mefures qu'elles
avoient prifes , avec fa grandeur
d'ame ordinaire , fe flattant que du
moins les Traitez feroient exécutez , &
que fes Peuples , dont les malheurs le
touchoient plus que fes propres difgraces
, jouiroient en repos de la gloire due
à leurs vertus .
•
Mais , aprés avoir cedé le Royaume
de Sicile , pour obtenir l'évacuation de
la Catalogne & de Mayorque , afin de
178 LE MERCURE
procurer à l'Espagne la tranquillité qu'il
vouloit bien acheter pour elle à ce prix ,
il reconnut bientôt qu'il n'avoit pas
traité avec des Puiffances auffi jalouſes
que lui , d'accomplir leurs engagemens.
Ceux qui devoient évacuer la Catalogne
, cacherent long- tems les ordres
qu'ils en avoient reçûs. Ce ne furent
pas leurs leurs Superieurs qui les contraignirent
à les montrer , mais leurs Alliez
qui les obligerent à feindre du moins de
vouloir exécuter les Traitez . Ce
qui
donna lieu au Roy nôtre Maître de demander
qu'on lui remît les Places qui
devoient lui être renduës . Rien n'étoit
plus facile aux Officiers de l'Archiduc
que de les configner à ceux du Roy ,
fuivant la forme en ufage entre les
Puiffances , lorfqu'elles ont promis de
rendre quelque Place ; en fe fervant
dans le Traité des mêmes termes dont
on s'étoit fervi pour ftipuler que les Places
de Catalogne feroient remiſes au
Roy. Mais , ces Officiers manquans à
leur parole , & violans la foy que l'on
garde à fes ennemis , fe contenterent de
retirer leurs Troupes ; & ils firent même
efperer aux Catalans qu'ils reviendroient
bientôt avec d'autresforces , foD'OCTOBRE.
179
mentans ainfi la déloyauté des Seditieux
, & les encourageans à une reſiftance
opiniâtre. Afin que la refiftance
des Rebelles für plus longue & plus deshonorable
aux Armes du Roy , les Généraux
de l'Archiduc leur enflerent encore
le courage , en leur donnant tous
les moyens poffibles de la prolonger. Ils
permirent que les Cavaliers , avant que
de s'embarquer , laiffaffent leurs chevaux
aux plus mutins , & même ils voulurent
leur livrer la Place d'Oftalric ,
que le Roy avoit eu la condeſcendance
d'accorder aux Troupes de l'Archiduc ,
comme une derniere retraite , pour y demeurer
enfûreté jufqu'à leur embarquement
. Cette infraction des Traitez , cette
infulte faite à la foy publique , a fait
fouffrir de nouveaux malheurs à l'Efpague
, en la jettant dans la néceffité de
faire encore des dépenfes immenfes ,
lorfqu'elle fe voyoit déja fort épuifée par
celles des Campagnes précedentes . Ces
dépenfes auroient été moins onéreufes
& plus honorables , fi elles s'étoient faites
dans une continuation de guerre.
La paffion du Roy pour le rétabliffement
de la tranquillité publique , lui fic
diffimuler cet outrage , auffi bien que
180 LE MERCURE
les fecours continuels que les Révoltez
recevoient du Royaume de Naples , leſquels
entretenoient leur audace. Sa Majefté
voulut bien encore acheter , pour
ainfi dire , une feconde fois le repos de
fes Sujets , en recouvrant pied à pied
fes propres Domaines : Mais , il cbferva
toujours la paix avec ceux qui lui faifoient
la guerre fous les étendarts des
Rebelles , Il lui auroit été plus facile de
combattie les Troupes de l'Archiduc
dans les propres Etats de ce Prince , s'il
avoit voulu y porter la guerre , qu'on
lui donnoit un jufte fujet de declarer.
Les autres conditions du Traité ne
furent pas plus religieufement exécutées.
Il cf vray que les Cénéraux de
P'Archiduc délivrerent des ordres adref
fez à ceux qui commandoient pour ce
Prince à Mayor que , de remettre l'ifle
aux Officiers du Roy. Mais, ceux de
I'A chiduc differerent toûjours de les
exécuter ; & une preuve qu'en cela ils
ne defobéiffoient point à la volonté de
leurs Superieurs , c'eft que peu aprés , ils
reçûrent un renfort de Troupes Allemandes.
Ainfi l'Eſpagne fe vit forcée à
faire de nouveaux armemens de Terre
& de Mer , & il fallut qu'elle conquît
D'OCTOBRE 181
Mayorque qui devoit lui être remife
par le Traité.
On ne s'eft pas même borné à des
manquemens de foy fi authentiques &
fi fcandaleux . Le Miniftere de Vienne
les a avouez par plufieurs démonftrations
publiques , comme par les récompenfes
qu'il a données aux Seditieux , en
diftinguant par des bienfaits plus confiderables
, ceux des Révoltez qui s'étoient
diftinguez par les plus grands crimes;
& en fe déclarant ainfi l'Auteur
de tous les excés où le font portez ces
malheureux.
Voilà une partie des juftes motifs que
le Roy nôtre Maître avoit de reprendre
les armes , lorfque la guerre que l'Archiduc
déclara l'année derniere au Sultan
des Turcs , fournit à Sa Majesté
une fi belle occafion de recouvrer par
la voye d'une réprefaille legitime , les
Etats qu'Elle a perdus. Au lieu de profiter
des conjonctures , non feulement
elle voulut bien s'engager à ne point
troubler l'Italie , mais facrifiant encore
fes propres interêts , elle contribua par
voye de diverfion anx Corquêtes de fon
Ennemi . Elle renforce par une puffante
Efcadre,PArmic Nyle des Venitiens ,
182 LE MERCURE
les Alliez de l'Archiduc , & dont les
efforts affoibliffoient le même Ennemi
que ce Prince attaquoit .
Le Roy penfoit qu'un procédé fi honorable
engageroit l'Archiduc , finon à
faire la paix avec lui , du moins à garder
à fon égard les mefures que gardent l'un
envers l'autre les Généraux de deux
Armées prêtes à donner bataille . Mais ,
ce Prince n'a pasjugé à propos de fe foumettre
à ces bienféances . L'Allemagne ,
l'Italie & les Pays - Bas viennent de
voir des Declarations injurieufes â la
Couronne & à la Perfonne du Roy . La
Cour de Vienne s'eft même oubliée ,
jufqu'à faire arrêter prifonnier le Grand
Inquifiteur d'Espagne , qui paffoit par
Milan avec un Paffeport du Pape , que
Sa Sainteté lui avoit donné du confentement
exprés du Cardinal de Schrotembach
, qui eft chargé auprés d'elle
des affaires de cette Cour.
Ce dernier coup a fait r'ouvrir les
premieres bleffures , & a obligé le Roy
nôtre Maître à faire les plus ferieufes
reflexions fur l'obligation où font les
Souverains de fe reffentir des injures
faites à leur Couronne , dont l'impunité
avilit la Majefté Royale , en faisant
D'OCTOBRE. 183
regarder les Princes qui fouffrent avec
indolence de pareils outrages , comme
des Maîtres incapables de défendre,
l'honneur & les biens de leurs Sujets.
Il a fait encore reflexion que la Cour,
de Vienne a voulu fe prévaloir de ces
manquemens,pour aliener de lui l'efprit
d'une Nation auffi fenfible fur le point
d'honneur que l'eft la Nation Efpagnol
le ; en donnant à croire à fes Sujets que.
leur gloire étoit bleffée par les affronts
& par les outrages qui le faifoient impunément
à leur Chef & à leur Souverain
›
Des confiderations d'un fi grand poids.
ont fufpendu pour quelque tems les effets
du zele & de la religion du Roy ,
en l'obligeant d'employerfes forces àfaire
de juftes réprefailles pour les outrages
qu'il a reçûs de la part de l'Archiduc
, avant que de les faire paffer une
feconde fois au fecours des Alliez de ce
Prince.
La prudence confommée de Vôtre
Excellence lui aura déja fait affez concevoir
qu'il ne falloit pas un motif moins
important, pour retarder les fecours dont
le Roy veut continuer d'aider la caufe
de la Religion , pour laquelle il eft toû184
LE MERCURE
jours plein du zele , dont il a donné des
preuves fi éclatantes dans fon accommodement
avec la Cour de Rome . Le
Roy lui-même en eft trés - affligé ; & je
puis vous affurer que je vois auffi avec
douleur , qu'une entrepriſe fi jufte retienne
pour un temps les fecours que le
Pape fouhaiteroit de voir unis à l'Armée
Chrétienne.Sa Sainteté n'auroit pas
vu reculer l'accompliffement de fes defirs
, fi les Miniftres d'un auffi grand
Prince que l'Archiduc , avoient fçû
mieux ménager les véritables interêts
de leur Maître , & ne pas expofer fa
Perfonne & fes affaires aux mauvais difcours
& aux inconveniens qui font les
fuites néceffaires de la mauvaiſe foy.
Je prie Dieu , Monfieur , qu'il conferve
vôtre Excellence auffi long-tems
que je le defire.
A Madrid le 9. Aoust
1717.
Signè , Le Marquis de
GRIMALDO.
COPIT
D'OCTOBRE. 185
COPIE DE L'ECRIT
Remis à Son Excellence Monfieur le
Maréchal d'Huxelles , Fréfident du
Confeil des Affaires Etrangeres , par
Son Excellence Monfieur le Prince de
Chelamar , Ambaſſadeur de Sa Majefté
Catholique auprés de Sa Majesté
Trés- Chrétienne.
M ONSIEUR ,
LES bruits confus & les nouvelles
furprenantes qui ont couru depuis quelque
tems dans cette Cour , comme dans
toutes les autres Cours de l'Europe , que
le Roy mon Maître deftinoit pour quelque
fecrette entreprife les forces de
Terre & de Mer qu'il avoit raffemblées
à Barcelonne ; joints aux inftances , aux
remontrances continuelles, & aux mouvemens
extraordinaires que j'ai fçû qui
fe faifoient à Paris , comme à Londres ,
par les Miniftres Allemans , & par leurs
créatures , allarmez à caufe des remords
de leur propre confcience fur la premiere
nouvelle d'une telle entrepriſe ,
m'ont tenu jufques à prefent dans ces
186 LE MERCURE
inquiétudes , dont Vôtre Excellence qui
connoîr affez mon zele pour la gloire
du Roy mon Maître , & mon dévouċment
à tout ce qui regarde le fervice de
Sa Majefté , peut bien juger de l'extrême
agitation que ces bruits m'ont
caufé Mais , cette agitation s'eft calmée
auffitôt que j'ai reçû la Lettre de Monfieur
le Marquis Grimaldo , dont copie
eft jointe à cet Ecrit que j'ai l'honneur
de remettre à Vôtre Excellence.
J'ai la fatisfaction d'y voir les raifons
que le Roy mon Maître a d'entreprendre
le recouvrement de la Sardaigne à
main armée , expofées de maniere à perfuader
tout le monde de la juftice de certe
Expedition. Mes vûës , quoiqu'affez
bornées , ne laiffoient pas d'entrevoir
déja la folidité de ces raifons , qui confiftent
dans les infractions que la Cour
de Vienne a faites aux Traitez folemrels
conclus pour l'évacuation de la Catalogne
& de Mayorque , & dans l'inobfervation
des conditions aufquelles
on étoit convenu de l'Armiftice d'Italie.
On ne fçauroit jamais oublier des pareilles
contraventions .
Je remers donc entre les mains de
Vône Excellence , une copie de la Lettre
de Monfieur le Marquis Grimaldo ,
D'OCTOBRE.. 187
afin qu'elle demeure entierement &
pleinement perfuadée de la justice des
Armes de Sa Majesté Catholique , &
qu'elle puiffe en informer plus précifément
la Régence : Je ne puis rien
ajouter au contenu de cette Lettre ,
qu'une reflexion , qui eft , que le
Roy mon Maître a été jufques ici
retenu d'attaquer l'Archiduc dans
les Etats qu'il a ufurpez fur lui , par
deux motifs également fages & importans.
Voilà pourquoi il ne le fait qu'à
l'extrémité , & aprês que l'Archiduc
a violé tous les égards dûs aux Têtes
Couronnées , & aprés qu'il lui a fait
l'affront d'arrêter violeminent le Grand
Inquifiteur d'Efpagne.
Le premier motif, eft que le Roy
mon Maître , dont le courage, & la
grandeur d'ame font dignes de fa naiffance
& de fon Trône , reffent bien plus
vivement les manquemens qui bleffent
fa dignité , que les entreprifes faites
principalement contre fes interêts. C'eſt
de quoi je me propofe ici pour témoin
irréprochable ayant vû à quel point
fon généreux courage fut indigné lofqu'il
entendit le récit des violences injuftes
& des traitemens odieux que les
Allemans faifoient fouffriş dans les Pri
188 LE MERCURE
fons de Milan , depuis la perte du Ro….
yaume de Naples , au Viceroy le Marquis
de Villena , & aux Officiers Géneraux
qui avoienr fervi fous lui , parmi
lefquels j'ai eu la gloire ineftimable d'ê
tre diftingué par une attention particuliere
des Ennemis du Roy à me maltraiter..
Vôtre Excellence verra d'abord le
merite au fecond motif. Le dernier outrage
que l'Archiduc a fait au Roy mon
Maître , dans un tems où il ne penfoit
pas d'en recevoir un nouveau , a eu la
force du dernier poids , dont on charge
une balance déjà remplie , dont- il fait
auffitôt pencher le baffin où l'on a mis
ce poids. Ainfi , l'Arrêt du Grand Inquifiteur
a mis le comble à fon reffentiment.
Sa Majefté Catholique auroit
Reanmoins facrifié ce reffentiment aux:
maximes faintes qui font la régle de
fa conduite , & elle en auroit fait une
autre victime immolée au bien de la
Chrétienté ; fi elle n'avoit pas vû les
forces matitimes des Venitiens & des
Princes leurs Alliez , naîtreffes de la.
mer dans le Levant; & fi enfin , elle n'avoit
pas été pleinement convaincuë
qu'elle fe trouvoit dans la néceffité de
fairejune entreprise d'éclat , afia deipré
#
D'OCTOBRE 189
venir de nouveaux outrages , & afin de
confondre l'orgueil de fes Ennemis , qui
pour raffafier leur haine , & pour épouvanter
par leur perverfité , s'en font
pris à un Ecclefiaitique , que fa vielleffe
& fes infirmitez devoient rendre un
objet de compaffion , en foulant aux
pieds dans leur acharnement ſur ſa perfonne
, le Droit des Gens & les Traitez.
qui devoient le mettre à l'abri de toute
détention ; d'autant plus que c'étoit du
confentement pofitif du Miniftre de
FArchiduc à Rome , qu'il palloit part.
PEtat de Milan , avec un Paffe-port
que le Pape lui avoit donné: L'Archiduc
en le violant , à bien mal refpecté le
Chef fuprême de cette Eglife , contre
les Ennerais de laquelle il fe vante tant
de combattre aujourd'hui.
Je prie Dieu , Monfieur , qu'il conferve
vôtre Excellence auffi long-tems que:
je le defire.
A Paris , le 23. Aouſt 1717 .
Le 29 , M. l'Abbé de Louvois a été
nommé à l'Evêché de Clermont.
MORTS,
D Ame Marguerite Felice de Levis ,
femme de Meffire Jacques- Henry de
Durfort Duc de Duras & Maréchal de France
, Chevalier des ordres du Roy & Gouver
190
LE MERCURE
neur du Comté de Bourgogar , mourut le
0 Septembre 1717 , Elle eftoit fille de Mef-
Are Charles de Levis Duc de Ventadour .
Chevalier des ordres du Roy , Gouverneur
du Limon , mort le 19 May 1649 , & de
Dame Marie de la Guiche de § . Gelan fa
feconde femme , morte le 26 Juillet 1701,
& elle avoit eu entr'autres enfans deux fils
& deux filles fçavoir , Jacques Henry de
Detfort Duc de Duras , mort à Mons de
Ja petite verole le...Septembre 1697 , à l'âge
de 27 ans , ne laiffant de fon mar are avec
Dame Louife -Madelene de la Marck Comteffe
de Braine , Baronne de Pontarcy , qu'il avoit
épousée le 7 Mars 1689 , & morte le 13 Avril
1717 , que deux filles dont l'aînée nommée
Jeanne Henriette de Durfert a épousé le 22
May 1709 Henry de Lorraine Prince de
Lambele , fils aîné de feu M. le Comte de
Brionne, Tean Duc de Duras qui fuit , Felice
Armande Charlote de Darfort mariée en
Desembre 1685. à Paul- Jule Duc de Marin
la Meilleraye , & Lonile - Bernardine de
Durfort, mariée le 16 Janvier 1696 avec
Jean - François Pau de Bonne de Crequy
Duc de Lefdiguieres , Pair de France , mort
de maladie en Italie , où il tervoit le 6 Octobre
1703 , à l'âge de 25 ans , & fans enfans :
Jean de Durfort fecond fils de M le Maréchal
de Duras , eft devenu Duc de uras par
la mert de fon frere ainé , & it a épousé le
S Janvier 1706 N ... d- Bournonville, fille
de fu Mefire Alexandre Albert François-
Ba thelemy ince de Bournonville , & de
Charlo Victo re Albert de Luynes .
Miflice Louis - Charles de Levis Puc de
Ventadour Pair de ance,mourut le 28 S- p-
..
D'OCTOBRE. 198
tembre 1717 : It cfton. frere de feue Me. la
Maréchale de Duras , dont je viens de vous
annoncer la mort , & il avoit époufé le 14
Mars 1671 , Dame Charlote- Eleonore- Madelcine
de la Mo he . Houdancourt Gouvernante
du Roy & des enfans de France , fille de
Mefire Philippés de la Moth - Houdancourt
Dac de Cardonne Maréchal de France , & de
Dame Louife de Prie Gouvernante des An
fans de France . I en a laiffé pour fille unique
Dame Anne Geneviève de Levis , née le...
Fevrier 1673 , mariée 1o. le 16 Février 1691 à
Mcfire Louis Charles de la Tour Prince de
Turenne tué à la Bataille de Steinkerque en
en 1693 , fans poftérité . 20. Le 15 février
1694 , avec M fre H: rcules Merialec depuis
Duc de Rohan , Prince de Soubife, Capicaine-
Licutelart des G ndarmes de la Garde
du Roy Gouverneur de Champagne & de.
Brie , duquel elle a cu plefieurs enfans . Le
nom de Levis eft & illuftre & par conféquent
fi connu , que je n'entrerai ici dans aucun
détail généalogique fur cette Maison.
Jeremets au mois prochain à vous apprendre
que rous avons aufa perdus dans ce mois,.
Mis les Comte de Mornay , le Chevalier
de Broglio , M. de Contade le fils & Monfieur
de Biffy fis , puifné de Monfieut . de Biffy
Maistre des Requeftes , & Neveu de M. de
Caumartin , de M. tard le Camus maiftre
des Comptes , de Dame Marie Bodinet femme
de M. Nicolas Dreux C nfeiller de la
Grand'Chambre , de Dam : Françoi e Bailly
femmede Mre Ren ide zu lion .
Pierre Ribou Libraire Qay dés Auguftins , va mettre
inee fameut en vente , la Recueil complez des Ouvrages
de Mele Noble en 19 Volumes, in- 12.
192 LE MERCURE
On vient de recevon par la voye de Genes la confirma
tion , que les Espagnols s'étoient rendus maistres du Châ
teau de Cagliari , & qe k Ma quis de Rubi qui y avoir
été bleflé . s'étoit retiré dans les Montagnes avec une
partie de fa Garifon cù on le poctfulvoit
Les Comméliens du Roy jolietent pour la premiere
fois. Antiochus 8 Cléopatre , Tragédie nouvelle de la
con pofition de M Defchamps auteur de la Tragédie de
Caton ' Utique . Le fujet de la premiere Piéce eft tité de
Juftin. Le fecond Ace a été fort applaudi . Loríqu'elle fera
dans les régies , nous pourrons le mos prochain , en donneta
1. Fable avec le jugen en que le Public en aura porté.
On eft forcé de ten cure mois de Noven.bre les Extraits
des Livres que nous avions promis dans le Mercure de Sep-
APPROBATION. ten bre
J
.
AY û par ordre de Monfeigneur e Chancellier le
Mereure d'obre 1717. & j'ai cru que la lecture de
ret Ouvrage conumëroit d'être agréable au Public. Fait à.
Paris ce o acbre 1717. TERRASON .
A
TABLE
Vant-Propos de l'Amat..
Leures du Confeil de la Marine , touchant les preniere
épreuves de l'Eau de la Mer , rendië po able
Lettre écrite par M. de Marivaux Auteur des n oeoeurs & des
carpetes des Habitats de Paris , a l'Auteur du Mercure , 21
Suite de ces caracteres ,
Differtation fur les piéces de Corneille 8: de Racine
Prelics ,
Defcription de la Cafierie & des Rivieres de Cuama
Nouvelles de Ho grie & de l'Empire ,
Journal de Cagliari ,
23
68
75
100
U13
124
129
Inauguration de l'Empereur dans les Duchez de Brabant
Lettre du Pape au Roy p'Espagne ,
Nouvelles de Rome ,
& de Lin bourg ,
134
Nouvelles de Londres , 138
Epitre de M. Michel à M. de pour ... le détourner de
la Sa yre ,
14 I
Enigines ,
14.9
Chanson , 151
Journal de Paris.
151
Courtes Réfléxions fur la Comédie de l'obftacle imprévú.
Traduction de la rettre écrite à M.le Prince de Chelamar
Ferit remis à M. le Maréchal d'Uxelles
Morts.
167
-184
191
LE
NOUVEAU
MERCURE
Le prix eft de 20 fols.
Novembre
1717.
MANDATA
PER AURAS ,
PEFERT
Chez
A PARIS
PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , a l'Image S. Louis.
ET
GREGOIRE DUPUIS ue S.
Jacques , a la Fontaine d'Or.
M.D. CCXVII.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THE NEW YO
PUBLIC LIBRAKT
333105
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
19 Fautes diffées pendant l'impreffion du
Mercure d'Octobre 1717 .
Pages, Lignes , Fautes , Corrigez .
41 18 ce . •
44 29 onc
cet
font
·
•
apré
fever
•
aprés
fevere
feigle
94 •
98
99 12
123 II • ·
14 6 · 21 • •
147 • 14 • hors · •
148 14 •
149 2 · haie
149 10 ·
170 22 · •
fegle
au
Eglife
veroterie
partit
arbitraire
aux
Eglifes
veroteries
parti
atrabilaire
une douleur..un douteux
Miroire
Richelieu
or
hâté
Miroir
$ 74 2 auffi · • •
192 6 •
192
12
mettez- le 2.9
donnera
·
•
142 6 •
142 10 •
143 28 · etire
147 · 16 •
148
fertiles
foupoudré .
avec fon .
embrailer .
·
•
•
Rerz
ancien
donner.
futiles
faupoudré
le tire
avec ce
embrafant.
SINTETIT
DTH
AN
INDATIDALID W (11 )
AVANT - PROPOS.
N Ecrivain du Mercure doit
fe féliciter , lorfque fa bonne fortune
lui fait tomber entre les mains , des
Piéces du mérite de celle que je préfente
au commencement de ce Recueil. Quand
je ferois mystére de cacher ici le nom de
celui à qui j'en fuis redevable , un Lecteur
de goût devineroit fans peine ,
autant par le tour vif& aifé de la Phra-
Je , que par l'ordonnance de la Matiére,
que ce ne peut être que le R.P.du Cercean.
,
Si les Piéces de cet ingénieux Auteur
que j'ai inférées dans les Mercures
précédens, ont fait un des principaux ornemens
de cet Ouvrage périodique
j'augure tout au moins auſſi favorablement
de cette nouvelle
Differtation ;
fous le titre de Réfléxions fur la
Poefie Françoife , &c. Lamatiére qu'il
y traite , eft trop intéreffante & maniée
trop
délicatement , pour qu'on ne foit
pas tenté d'en défirer lafuite avec quelqueforte
d'impatience . Les jeunes gens
Sur-tout , qui avec du génie & du con-
A ij
AVANT - PROPOS.
rage , tournent leurs vûës du côté du
Parnaffe François , auront le plaifir d'y
faire des Découvertes, par le moyen defquelles
ils marcheront bien plus fûrement
en bien moins de tems , que
s'ils n'avoient pas eftéguidés par un auſſi
habile Conducteur : Ils fçauront éviter
par les confeils réfléchis qu'il leur propofe
, une infinité de dangers poëtiques,
qui comme antant d'écueils, font échouer
la plupart de nos Poëmes , tant Epiques
que Dramatiques ; faute d'être foûtenus
par une bonne verfification. Ils apprendront
que la Céfure & la Rime , &
même le Jargon Poetique , ne fuffisent
pas pour conftruire des Vers hureux.
!
Que pour y réuffir , il doit entrer dans
leur compofition on arrangement , béaucoup
d'autres parties effentielles , qui en
produifent tout le charme & l'agrément :
"C'eft ce qu'il leur fera aifé de reconnoître
dans la lecture qu'ils en vont faire,
ن م
LE
NOUVEAU
MERCURE
REFLEXIONS
SUR LA POESIE FRANCOISE ,
où L'ON EXAMINE
En quoy confifte ce qui fait le Caractere
propre du Vers François , &
ce qui le diftingue
effentiellement
de
la Profe.
OM ME le reproche le plus
fpécieux qu'on ait fait à la
Poëfie Françoife, roule fur le
Langage contraint & forcé ;
auquel femble la réduire la néceffité
A iij
6 LE MERCURE
de la Mefure & de la Rime ; il n'y a
rien à quoi les Poëtes , tant bons que
mauvais , fe foient généralement plus
étudiez , qu'à rendre leurs Vers aifez
& naturels . On a tâché , malgré cette
efpece de gêne effentiellement attachée
à la méchanique du Vers , de faire
paffer dans la Poëfie la même aifance
qui fe trouve dans la Profe. La
Poëfie en effet ne touche gueres que
quand elle est coulante & libre dans fa
marche. Les Vers les plus beaux d'ailleurs
, laffent & fatiguent , dés qu'on
y apperçoit quelque chofe de forcé ;
on fçait mauvais -gré à l'Auteur , de
s'être mis à la torture , pour nous y
mettre enfuite nous mêmes ; & l'on ne
peut s'empêcher de lui dire avec Def
preaux .
Il ſe tuë à rimer, que n'écrit- il en Proſe?
Qui eft-ce au contraire , qui ne fe
rend pas au charme de la facilité qui
regne dans les bons Vers : On y admire
d'autant plus l'art , qu'il y eft
plus caché ; & le Lecteur n'eft jamais.
plus content que quand , en lifant des
Vers , il lui femble qu'il eut êté imDE
NOVEMBRE
. 7
poffible de s'exprimer
plus heureuſement
en Profe .
Mais, il y a en ceci un grand écueil à
éviter ; & il eft à craindre qu'en vou→ lant donner aux Vers le naturel de la
Profe , on n'énerve & on ne dégrade
la Poëfie , & qu'on ne faffe de la Pro
fe rimée , en croyant faire des Vers.
Bien des gens tombent dans le cas fans
la Rimie
s'en appercevoir
. Pourveu que
vienne naturellement
à la fin du Vers ,
on croit que tout est fait ; & on fe livre
tellement
à cet air de facilité , qu'on
en neglige tout le refte , & qu'à la Rime
prés , on oublie , ou peu s'en faut,
qu'on faffe des Vers . Mais , le Public
éclairé n'en eit pas la Dupe ; & quelque
charme qu'ait pour lui ce naturel ,
qu'on exige & qu'on recherche
aujourd'hui
plus que jamais dans nôtre Poëfie
, il fent bien quand on lui donne de
la Profe rimée pour des Vers .
Ily a donc dans la Poëfie Françoiſe
un air de facilité different de celui de
la Profe. On demande également dans
l'une & dans l'autre , un tour ailé &
naturel ; mais , il me paroît que ce tour
n'eft pas le même pour l'une & pour
l'autre , & qu'indépendamment
de la
A iiij
LE MERCURE.
Mefure & de la Rime, chacune a fa marche
particuliere. C'est un point que je
fuis furpris, qu'aucunAuteur n'ait enco
re traitté . Nous avons des Livres faits
exprez pour enfeigner les Regles des
Vers François , chofe fi aifée & d'un
fi petit détail, qu'il n'y a perfonne qu'en
une demie heure de temps, on ne mette
parfaitement au fait fur cette matiere.
Nous avons des Volumes entiers &
des Differtations trés fçavantes , fur les
differentes efpeces de Poëfies. Il y en
a fur le Poëme Epique , fur le Dramatique
, fur le Lyrique , fur l'Eclogue
fur l'Epigramme &c. Mais, nous
n'avons rien fur ce qui fait la difference
effentiélle du ftile dans la Profe
& dans les Vers. Cependant,faute d'être
bien inftruit fur cet article , on
peut avec la connoiffance la plus parfaite
des Régles ordinaires de la verfification
, & avec toute la Doctrine renfermée
dans les difcours que je viens
de citer , faire de trés mauvais Vers.
,
Il feroit donc à fouhaiter que quelqu'un
de nos Grands - Maîtres voulût
bien s'ouvrir un peu là deffus , & nous
traçer quelques Leçons touchant un
point fi délicat , & qui me paroît fi
DE NOVEMBRE.
néceffaire pour la perfection de notre
Poëfie ; mais , en attendant qu'il plaife.
Apollon d'en fufciter quelqu'un d'affez
zelé , pour fe charger d'un pareil
travail , je me hazarderai à propoſer
fur cela mes Réflexions , plûtôt comme
des doutes que comme des Regles
, & moins pour inftruire les autres,
que pour engager par là quelque Poëte
plus intelligent à me redreffer &
à m'inftruire moi- même.
Je fuis convaincû que fi l'on prenoit
à ferment la plupart de ceux qui
fe meflent de verfifier , & qu'on leur
demandât , en quoi ils font confiſter
l'effence du Vers françois & le Caractere
diftinctif qui le tire de pair
d'avec la Profe , ils conviendroient de
bonne-foy , qu'ils n'en ont jamais connu
d'autre que la Mefure & la Rime :
Principe qu'on peut regarder, comme
la Source de ce ftile profaique qui s'eft :
intrus dans nôtre Poëfie . Car , cette maxime
une fois établie , il s'enfuivra que.
la Profe & les Vers auront une même.
allûre pour le fonds , & qu'en mertant
une Rime au bout d'un certain nombre
de Syllabes , on pourra avec trés
peu de changement, métamorphofer en
10 LE MERCURE
Poëte , un Orateur , & faire un Poëme
d'une Hiftoire ; au moins en ce qui
regarde le ftile .
Pour rendre ceci plus fenfible , je
me fers du premier Livre qui me tombe
fous la main , & qui fe trouve être
le fecond Tome de l'Hiftoire Univerfelle
où l'Auteur commence ainfi .
Nicephore chaffa Irêne & s'empara de
l'Empire d'Orient . Ce fut un Prince
avare & fans foy , Difciple des Ma
nichéens , & rempli de leurs fuperſtitions
, Grand perfécuteur des Ecclefiaftiques
& des Moines. Il fit une paix
honteuse avec les Sarrazins , & périt
dans la guerre qu'il eut contre les Bulgares.
Voilà de la Profe & de la plus
fimple , telle qu'il convient pour un
Abrégé Chronologique : Or , fi pour faire
des Vers ,il ne s'agit que de mefurer des
Syllabes & de coudre une Rime au bout;
il me paroît que de cette Profe fi fimple
& fi unie , il eft fort aifé de faire
des Vers : En voici la preuve.
Nicéphore autrefois chaffa du Trane
Irêne,
Et bientôt s'empara de l'Empire fans
peine ;
DE NOVEMBRE. I
1
C'étoit un Prince indigne , avare , fans
bonneur ;
Il fut Manichéen & grand Ferfécu
teur.
Avec les Sarrazins fit une paix hon-
*tenſe ;
Puis , eut chez le Bulgare une fin malheureuſe.
Je pourrois continuer fur le même
ton , & la chofe eft fi facile qu'il ne
faudroit gueres pour cela que le tems
d'écrire. Que l'on compare à préfent
ces prétendus Vers avec la Profe fur
laquelle je les ai formez , on conviendra
qu'il n'y a autre difference entre les
deux , que la Rime que j'ai coufuë
au bout d'un certain nombre de Syllabes
mefurées & coupées par la céfure.
Quantà l'arrangement
des termes , &
à ce qui s'appelle le ftile , c'eft précifément
la même chofe. On ne dira
pas d'ailleurs qu'il y ait beaucoup à
redire à ces prétendus Vers , foit pour
la Céfure , foit pour la Rime ; & j'en
citerois , s'il le falloit , qui fans être
mieux conditionnés fur ces deux points,
ne laiffent pas de paffer pour trés bons
& de l'être en effet.Que ceux- ci foient
12.
LE MERCURE
trés mauvais , c'eft fur quoi je fuis
perfuadé qu'il n'y aura point deux voix .
Les Sçavants & les Ignorants conviendront
également qu'ils ne valent rien.
Cependant , pechent- ils contre les regles
de la verfification ? Non ; tout
y eft affez exact pour la Mefure des
Syllabes , pour la Céfure & pour la Rime;
mais , avec tout cela , on n'y fent
point le goût de Vers ; on n'y trouve
de la Profe cadencée & rimée . Il
faut donc néceffairement conclure delà
, que ce qui fait l'effence & le caractere
diftinctifdu Vers , confifte dans
quelque autre chofe que la cadence
d'un certain nombre de Syllabes mefurées
& terminées par une Rime.
que
C'est de quoy je m'imagine que ceux
qui liront ceci avec attention , demeureront
d'abord perfuadez . Voyons cependant,
fr on ne pourroit point encore
porter la chofe à un plus haut degré
d'évidence & la rendre plus palpable.
Quelqu'un dira peut- être que j'ai choifilà
une matiere peu favorable à lan
Poëfie , & qu'il n'eft pas étonnant qu'on
ne puiffe faire que de mauvais Vers ,
de ce qui eft pure Profe. C'eft ce me
femble,l'objection la plus raisonnable
DE NOVEMBRE .
13
qu'on peut faire , & celle qui vient
le plus naturellement à l'éfprit. Mais,
fi on y prend bien garde , cette objection
là même renferme la
7
preuve de
ce que je dis , qu'il y a autre chofe
que la mefure
& la rime , en quoy . confifte
le caractere
effentiel
du Vers :
Car , fi malgré cette rime & cette mefure
, la Profe que je viens d'habiller
.
en Vers , reite toujours
Profe & n'acquiert
rien de plus , fi non qu'elle
eft, cadencée
& rimée , il s'enfuit
évidemment
de là qu'indépendamment
de la mefure
& de la rime , 'les Vers
ont un ftile particulier
, different
de ce- lui de la Profe.
Mais , pour faire encore mieux fentir
la difference infinie de ces deux ftiles
, effayons un peu , fi de cette même
matiere qui paroît fi ingrate & fi
peu fufceptible des ornements de la
Poëfie , on ne pourroit pas en faire de
bons Vers & qui ne reffemblaffent en
rien à la Profe . Voici, à ce qu'il me paroît
, comment un Poëte pourroît en
huit Vers ,dire à peu prez du regne de
Nicéphore , ce que l'Auteur de l'Hiftoire
univerfelle en dit en huit lignes
-de Profe .
$4
LE MERCURE
Miniſtre ambitieux , traître à ſa Souveraine
,
Nicéphore autrefois chaſſa du Trône
Irêne.
· Prince avare & fans foy , ce lafche Ufurpateur
Difciple de Manés & grand Perfécuteur
>
Bientôt aux Sarrafins pour fruit de leur
Victoire ,
> Par un Traitté honteux Sacrifia fa
gloire ;
Et Victime , à la fin du Bulgare irrité
,
Périt plus noblement qu'il n'avoit merité.
Quelques que foient ces Vers , &
quelque chofe qu'on y puiffe reprendre
d'ailleurs, du moins , ne difconviendra-
t-on point que ce ne foient veritablement
des Vers & non de la Profe
rimée. Cependant , qu'ont- ils de plus
que les prémiers pour la mefure ou
pour la rime ? Rien d'effentiel . Tout
eft à peu prez égal de part & d'autre
fur ces deux points. Concluons donc ,
que ce qui fait le caractére propre du
DE NOVEMBRE.
'S
Vers & ce qui le diftingue effentiellement
de la Profe, eft quelque autre chofe
que la meſure & que la rime.
En effet , fi les Vers n'avoient point
d'autre avantage fur la Profe , les Poëtes
n'auroient pas lieu de s'en faire tant
accroire ; & le langage des Dieux ne
l'emporteroit de gueres fur le langage
ordinaire des Hommes. De plus , com
me les Vers de quatre pieds ou de huit
Syllabes & audeffous, n'ont point de céfureoude
reposdéterminé ,il fe trouveroit
qu'une grande partie de noftre Poëfie
françoife & fur- tout une de fes efpeces
les plus nobles , qui eft la Poëfie Lyrique
, ne differeroit prefque de la Proſe
que par la rime. Nos Pindares , nos
Horaces & nos Anacréons modernes
fe contenteroient-ils d'une difference fi
légere , & trouveroient-ils dans la feule
prérogative de la rime , de quoy ſe tirer
de pair d'avec le refte des Auteurs?
J'avoue que dans les Vers de fix & de
cinq pieds , le repos joint à la rime , a
quelque chofe de plus marqué ; mais ,
quand il ne s'y trouve rien d'ailleurs
qui caractériſe le vers , on fent que la
rime & la céfure ( je comprends fous ce
nom la meſure des fyllabes qu'elle partage
) loin d'eftre un agrêment , dégeLE
MERCURE
nerent en une monotonie plus infoutenable
que la Profe même la plus fimple
& la moins ornée . Qu'y a- t-il en effet
de plus ennuyeux que ce repos & cette
rime qui reviennent toujours au bout
d'un certain nombre de fyllabes toujours
le même ? L'un & l'autre à la verité ,
font effentiels à la forme méchanique
du Vers, fi j'ofe m'exprimer ainfi ; mais ,
ce n'eft point ce qui en conftituë le caractere
& ce qui fait le charme de la
Poëfie. On convient que les Vers plaifent
plus que la Profe ; cependant , s'ils
n'en eftoient diftinguez que par ces deux
endroits, ils devroient plaire infiniment
moins. Cette monotonie uniforme a
quelque chofe en foy de fi defagréable ,
que toutes chofes égales d'ailleurs , l'avantage
feroit tout entier pour le ftile
qui s'en trouveroit le plas exempt . Or,
fi malgré le defagrément qui refulte de
cette uniformité perpetuelle de chutes
& de fons , les Vers , de l'aveu même
de ceux qui font le moins favorables à
noftre Poëfie , ont plus de charmes que
la Profe ; il faut conclure néceffairement
, qu'il y a quelque chofe de plus
que la céfure & que la rime quiles en diftingue
, & qui fait en quelque forte l'a .
Ame
DE NOVEMBRE. 17
me de cette Poëfie , dont le repos &
la rime ne font , pour ainsi dire , que le
corps ou la forme exterieure. Enfin,
pour finir fur cet article , il faut un diftinctif
qui foit général pour toutes les
efpeces de Vers ; & comme les Vers de
huir fyllabes & audeffous , qui tous
n'admettent point de céfure , font autant
& auffi effentiellement Vers , que
ceux de dix & de douze fyllabes ; il eft
évident que la céfure n'eft point ce qui
décide de la Poëfie dans le Vers françois
: Ainfi , on ne pourra fe retrancher
que fur la rime ; & alors , il ne faudra
plus mettre d'autre diftinction entre les
Vers & la Profe , finon, que les premiers
feront de la Profe qui rime , & l'autre
de la Profe qui ne rime pas. Concluons
donc de tout cela , qu'il faut qu'il y ait
quelqu'autre chofe que la rime & que
la céfure , qui conftitue l'effence de la
Pocfie, & qui faffe le caractere diſtinctif
de ce qui eft véritablement Vers &
de ce qui n'en a que l'apparence,
On ne peut point non plus réferer
ce diftinctif à la difference des termes
& à la nobleffe de l'expreffion ; puifque
les termes font communs aux Vers
& à la Profe , & que tous ceux qui font
Novembre 1717. B
18 LE MERCURE
reçûs dans la bonne Profe , font auffi
de mife dans les bons Vers . Je dis la
même chofe des figures hardies & fublimes
que la Poëfie ne fait qu'emprunter
de la Rhétorique , à qui elles appartiennent
en propre, & dont les Poëtes
doivent l'hommage aux Orateurs.
Ce n'eft donc que dans l'arrangement
des termes , c'est à dire dans la conftruction
& le tour de la phrafe , que
peut confifter cette difference qui caractériſe
le Vers François & le diftingue
de la Profe ; & c'eft en cela uniquement
que je pretends qu'elle confifte
, comme je me flate de le démontrer
dans la fuite.
Mais , pour aller au devant de toute
équivoque , il faut faire attention que
je ne parle ici que de la verfification
prife precifément en elle- même , indépendamment
du génie & de la verve du
Poëte ; & que je ne l'enviſage qu'entant
que le tour du Vers differe de celui de
la Profe. Un Auteur peut etre tout Poëtique
dans un Ouvrage , par la hardieffe
& la nouveauté des Fictions , par
la richeffe & la varieté des Images , par
la fécondité & les faillies heureuſes
• d'une Imagination vive & allumée , fans
-
DE NOVEMBRE, 19
que pour cela il le foit dans fa verfification
. Un autre au contraire ,peut l'eftre
dans fa verfification , fans qu'il le foit
dans la difpofition & l'économie de
fon Ouvrage : C'est ce qu'on peut dire
en particulier de Lucain . Il n'eft en
quelque forte que trop Poëte dans fes
Vers ; il ne l'eft pas affez dans l'ordonnance
de fon Poëme . Rien de plus Poëtique
que le Télémaque , par rapport à
Fordonnance & à la conduite , aux fictions
, aux figures & à tous les autres
ornements qui ne touchent point à la
Verfification. Pour le ftile , non feulement
il ne l'eft pas , mais même il ne
le doit pas être.
C'est ce que je fuis bien - aife de faire
remarquer ici , pour décromper bien des
gens qui fur les defcriptions brillantes ,
fur les comparaifons fleuries & autres
pareils ornements que l'Auteur a empruntez
de la Poëfie , fe font imaginez
que le Télémaque eftoit écrit en ftile
Poetique . Ces fortes d'agrêments font
chofes qu'il ne faut point confondre
avec le ftile , auquel ils font abfolument
étrangers.Dire que l'Aurore avec
* Nouveau Télém. Liv. 4. pag. 120.
121. Bij
20 LE MERCURE
fes doigts de rofes entr'ouvre les portes dorées
de l'Orient , & Souhaiter que
Morphée répande fes plus doux charmes
fur des paupieres appefanties , qu'ilfaffe
couler une vapeur divine dans des mem
bres fatigués , & autres expreffions
femblables , fouvent employées dans
le Télémaque ; c'est ce qu'on peut
appeller le langage ou même le jargon
de la Poefie , qui accoûtumée à
animer , à perfonnifier , & même à
divinifer tout ce qu'il lui plaît , nous
reprefente l'Aurore fous l'idée de Déeffe;
& le fommeil fous le nom d'un Dieu..
Mais , comme ces conceptions figurées
fe peuvent exprimer dans un itile Profaique
, tout auffi bien que dans un ftile
Poëtique , elles ne décident rien pour
la qualité du ftile . Feu M. de Cam
brai fe propofant de faire un Poëme Epique
en Profe , aprice la Poëfie tout
ce que la Profe e pouvoit admetre.
Ainfi , la difpofition , l'ordonnance & la
conduite de fon fujet , les penfées , les
images , les comparaifons, les defcriptions,
tout y eft poëtique pour le fonds ;
mais , comme il fe bornoit à écrire en
Profe , il s'eft toujours tenu renfermé
}
DE NOVEMBRE. 2.I
*
dans la fphere d'une Profe , vive à la
verité , noble , fublime & pompeufe ,
mais, qui ne fort point du Caractere de
la Profe. Il y a plus , comme je l'ai déja
remarqué ; c'eft qu'il n'a pas même
dû en ufer autrement , puifque le ftile
Poëtique fiéeroit aufli mal dans la Profe
, que le ftile Profaïque le fait dans
les vers. Ainfi , quand l'Auteur de la Préface
qui est à la tête du nouveau Télémáque
, applique à M. de Cambrai ,
ce que Strabon a dit d'un ancien :
Qu'il avoit imité parfaitement la Poëfie
en rompant feulement la Meſure.
Si par le terme de Mefure , il n'entend
que le dérangement des pieds du
Vers , il n'en dit pas affez ; puifque
M. de Cambrai a fait plus que cela,
& que fon ftile tel qu'il eft , quand on
en arrangeroit les fyllabes felon la Méchanique
du Vers , n'en feroit pas moins
ftile de Profe. Si fous le terme de Mefure
, il entend le Tour Poetique & ce
ftile propre & particulier qui diftingue
les Vers de la Profe rimée , je fouferis
fans peine à fa penfée , & nous
fommes parfaitement d'accord.
* pag. 47+
22 LE MERCURE
En effet , qu'on life Télémaque , on
y trouvera la preuve de ce que j'avance.
Calypfo , dit-il d'abord en commengant
, ne pouvoit fe confoler du départ
d'Uliffe . Dans fa douleur , elle fe trouvoit
malheureuse d'être immortelle & c .
Voila , de la Profe , voila le pur ftile
Hiftorique , tel que M. de Cambrai
l'employe dans tout le cours de fon ouvrage
, & tel qu'il a dû abfolument
l'employer. Veut- on transformer cette
Profe en ftile Poëtique ? Voici ce
me femble , comme on pourroit tourner
la penſée.
Du départ de fan cher Uliffe ,
Calypfo ne pouvoit encor fe confoler ;
Pour elle déformais la vie est un fupplice
exc.
Je crois qu'on n'aura pas de peine
à fentir la difference de ces deux ftiles
par rapport à la Poëfie ; mais , je me
Alate qu'on la fentira bien mieux encore
, quand j'aurai développé ce quifait
, felon moi , cette difference , que
je foutiens qui ne confifte que dans la
difference du tour qu'on donne à la
Phrafe , & qui eft toute autre dans les
DE NOVEMBRE. 23
Vers que dans la Profe . C'est à dire
qu'il y a un tour de Phrafe qui eft Poëtique
& un qui eft Profaïque ; que ce
dernier , avec la meſure la plus exacte
& la Rime la plus riche , eft toujours
dans le fonds veritablement Profe ; au
lieu que l'autre , fans rime même &
fans meſure , est toujours réellement
Poëfie. Il ne s'agit plus que de démefler
ce qui fait la difference , & ce qui
conftitue le caractére diftinctif de ces
deux Tours de Phraſe .
C'est un point qui paroît d'abord d'autant
plus difficile à déterminer , que la
conftruction françoife ne nous permet
pas , même dans la Poëfie la plus fublime
, ces inverfions hardies que fouffre
la conftruction latine , où pourveû
que tous les mots qui doivent
entrer dans la compofition d'une Phrafe
, s'y trouvent raffemblez , peu importe
bien fouvent dans quel ordre on
les y place , & quel rang ils y tiennent.
Tel qu'on met à la tête de la Période ,
figureroit fouvent tout auffi bien , ſi on
le renvoyoit à la queue ; de forte qu'en
mettant confufément tous les termes
d'une Phraſe dans un chapeau , & les
tirant au hazard l'un aprés l'autre >
24 LE MERCURE
comme des Billers de Loterie , la conf
truction s'en trouveroit toujours , à
peu de chofe prés , affés réguliere-
Nôtre Langue n'admet point une pareille
liberté , & a fa route plus refferrée
& plus gênée . C'est ce que quelques
gens lui reprochent, comme une
imperfection. J'en conviendrai fans peine
dés qu'on m'aura fait concevoir , que
de parler dans le même ordre qu'on
penfe , c'est un deffaut : Que l'obfcurité
dans la conftruction des Phrafes ,.
eft une vertu , & la clarté un vice ; &
que plus une Langue eft embroüillée ,
& plus elle laiffe à deviner , plus auffi
elle est belle. Pour moi , j'ai crû jufqu'ici
, que comme on ne parle que
pour ſe faire entendre , celui-la parloit
le mieux , qui fe rendoit le plus intelligible,
& qu'on fe le rendoit d'autant
plus , qu'on laiffoit moins à faire à la
conception de ceux à qui on adreffoit la
parole. Le dérangement de mots & la
difpofition prefque arbitraire que permet
fur ce point la conftruction latine
, a quelque chofe de fatiguant pour
l'intelligence de celui qui écoute. Il
faut qu'il épele, pour ainfi dire, chaque
mot , & qu'il mette en ordre dans fon
efprit
DE NOVEMBRE. 25
ofprit , ce que nous lui préfentons en
défordre dans le Difcours. Je ſçai
que l'ufage & l'habitude rendent cette
peine beaucoup moins fenfible qu'elle
ne l'eft en effet ; mais , c'est toujours
une peine & une fatigue de moins que
nôtre Langue nous épargne , en préfentant
les idées dans l'ordre naturel
qu'elles doivent avoir : De forte que
celui qui nous écoute , n'a rien à reformer
pour l'arrangement , dans ce que
nous lui difons ; & comme nous lui
préfentons les idées felon l'ordre qu'elles
doivent avoir entre elles , elles fe
placent d'elles mêmes dans fon efprit,
à mesure que nous parlons , & toute
fa peine fe réduit à écouter.
C'eft un avantage que nôtre Langue
a fur la Latine & fur celles qui lui
reffemblent ; & l'on peut dire que l'éloignement
naturel que nous avons
pour tout ce qui demande du travail
& de la difcuffion , n'en releve pas
peu le prix. Tout ce qui fe fait à moins
de frais, eft toujours plus felon le goût
de l'homme , en quelque chofe que ce
foit,&fur-tout dans celles qui font d'un
ufage ordinaire & néceffaire , comme
l'eft le Langage. Je ne prétends point
Novembre 1717. C
26 LE MERCURE
par la déprimer la Langue Latine
que j'ai étudiée toute ma vie , &
dont je fuis Partifan auffi zelé que perfonne
: Mais,je ne craindrai point de dire
, que je l'admire bien moins dans la
conftruction de chaque phraſe en particulier
, que dans la liaifon des phrafes
, dans le tiffu du difcours , & dans
l'ordre naturel & aifé avec lequel elle
développe un raifónement ou un narré ,
& en affortit toutes les parties . C'eſt
en quoi elle l'emporte infiniment fur
nôtre Langue : Mais , quand elle l'emporteroit
encore par mille autres endroits
, dont la difcuffion feroit ici hors
d'oeuvre , il faut qu'elle lui céde pour
la régularité & la netteté de la conftruction.
Cette licence qu'elle fe permet
dans le defordre & la confufion
des termes qui compofent fa phrafe ,
eit , felon moi , bien moins une liberté
qu'une forte de libertinage , dont on
doit fçavoir bon gré à nôtre Langue de
s'être jufqu'ici toujours défenduë .
Il eft aifé de juger par là , que je
fuis bien éloigné de foufcrire au fouhait
que
femble former , en faveur de nôtreLangue
, l'Auteur de l'excellente Préface
que j'ai déja citée . C'eſt à la
A
page
DE NOVEMBRE.
27
XLVIII. * où après avoir loüé un Poëte
Anglois qui a commencé , dit- il , d'introduire
avec fuccés dans la Langue
les Inverfions des Phrafes : Feut - être
ajoute- il , que les François reprendront
un jour cette noble Liberté des Grecs &
des Romains. Le terme de reprendront ,
femble fuppofer qu'ils l'avoient prife
autrefois ; & en cela , cet Auteur à raifon.
Ronfard en effet , l'avoit introdui
te de fon temps dans nôtre langue . Sa
réputation foûtenue de l'exemple des
beaux efprits de fon fiécle , qui le regardant
comme le Phenix de la Poë
fie , & comme leur Maître , faifoient
gloire de l'imiter , avoit mis en crédit
ces inverfions hardies de phraſes
qu'il avoit empruntées du Grec & du
Latin. Ces Meffieurs crûrent embellir
nôtre Langue en l'obfcurciffant ; ce
fût un mérite , que de fe rendre inintelligible
; & la chofe fat pouffée
fi loin , que du vivant même de Ronfard
, il fallut un Commentaire à fes
Poëfies. C'eft- à - dire , que fes Vers
devinrent en quelque forte, un langage
* Difcours de la Poëfie Epique &c.
fervant de Préface au nouveau Téléma
que. Cij
28 LE MERCURE
êtranger pour fes Compatriotes mêmes,
& que des François , pour. entendre des
Poëtes François, eurent befoin de Scholiaftes
, comme s'il fe fut agi de Poëtes
Latins ou de Poëtes Grecs .
Mais,l'illufion ne fut pas de longue
durée. Le génie droit & judicieux de
la Nation, qu'on furprend quelquefois ,
mais qu'on ne violente jamais longtemps
, réclama bientôt contre un goût
fi oppofé à ce caractére de fimplicité
& de clarté que nous aimons tant
dans les Ouvrages d'efprit. On cut
honte d'avoir efté quelque temps la
dupe du Pédantifme de Ronfard & de
fes Partifans ; & les productions de
ce Poëte tombérent bientôt dans un
mépris dont elles ne fe font point relevées
jufqu'ici . Je ne fçai même fi
on n'a pas un peu outré les choſes à
cet égard , & il me femble qu'on ne
rend d'ailleurs à Ronfard toute la
pas
juftice qu'il mérite ; car , il faut convenir
, qu'il avoit , après tout , d'excellentes
parties pour la Poefie : Beauboup
d'efprit , de l'imagination , du
feu, de l'entoufiafme , bien de la lecture
, & une grande connoiffance des
Anciens ; de forte qu'on ne peut guć- '
DE NOVEMBRE. 29
res attribuer fa chûte & le décri de
fes ouvrages qu'à ces Inverfions bardies
, qu'on prétend qui manquent à
nôtre langue ; mais , qui ont fi mal
réüffi à cet Auteur , que je ne crois
pas, qu'il prenne jamais envie à aucun
autre de tenter une femblable Avan
ture.
Mais , en rejettant ces Inverfions hardies
, je fuis bien éloigné , comme on
le va voir , de prétendre que toute
tranfpofition foit incompatible avec la
conſtruction de nôtre Langue , & conféquemment
avec nôtre Poëfie ; puifque,
c'eſt au contraire dans ces tranfpof
tions mêmes,que je fais confifter le caractere
effèntiel & diftinctif de la verfification
françoife : Voici comment.
J'ai dit , qu'il y avoit une phrafe
poëtique , & une phrafe profaique ;
& comme les termes qui entrent dans
la compofition de l'une & de l'autre
appartiennent également à la Profe &
aux Vers , & que l'ufage leur en eft
commun ; il s'enfuit que ces deux fortes
de Phraſes ne peuvent différer , que
par l'arrangement des termes & par le
tour qu'on leur donne . Or, quel eft cè
tour de phrafe qui eft particulier à la
Ciij
30 LE MERCURE
Poëfie , & qui diftingue les Vers , de
la Profe ? Le voici . C'eſt uniquement
le Tour qui met de la ſuſpenſion dans
la Phrafe , par le moyen des inverfions
on tranfpofitions recenës dans la Langue ,
qui n'en forcent point la construction.
Les exemples rendront cela plus fenfible
, que llaa ddééffiinniittiioonn ne le peut faire ;
mais , avant que de les appliquer , je
crois qu'il eft à propos de développer
cette définition , dont je fais la bafe
de tout mon Syſtème fur cette matiere .
- Je regarde donc la fufpenfion , comme
l'ame du Vers , & ce qui en fait le
charme , par l'attente où elle met
& par la furpriſe qu'elle caufe . On foûtient
par ce moïen l'efprit duLecteur qui
demeure toûjours en haleine,jufqu'à ce
que le terme le plus effentiel , & qui eſt
comme la clef de la phraſe, ait enfin déterminé
la penſée. Il en eft à peu prés en
cela,duVers par rapport à laProfe,comme
du Poeme par rapport à l'Hiftoire .
Un Hiftorien qui entreprend de traiter
d'une guerre , obferve régulièrement
dans fa narration l'ordre naturel des
chofes. Il expofe d'abord les motifs de
cette guerre , de là il paffe aux préparatifs
, & il ne fera point le fiége d'une
Ville qu'il n'ait mis auparavant l'Ar-
T
DE NOVEMBRE. 31
mée en Campagne. Le Poete au contraire
, tranfporte d'abord fon Lecteur
au milieu des Evénements.
a In medias res
Non fecus ac notas Auditorem rapit .
C'eſtpar la fin d'un fiége qu'il ouvre
la Scéne ; & ce n'eft que dans le cours
du Poëme qu'on apprend enfin , comme
par occafion , les cauſes , les ſuites
& les exploits d'une guerre qui eft fur
le point de fe terminer.
Telle eft , à proportion , la marche
du Vers par rapport à la Profe ; car,
au lieu que celle- cy débute ordinairement
par le terme principal de la
Phrafe ; au lieu qu'elle met d'abord en
chef le Nominatif fubftantif efcorté
de fon adjectif , s'il doit en avoir , &
fuivi de fon verbe , qui traifne lui même
aprés lui ou l'accufatif , ou tel
autre cas qui lui convient : Méthode
qui , comme le remarque fort bien M.
de Cambray , b exclut toute fufpenfion
d'esprit , toute attente , toute furprife ,
a Horat. Ars Poëtica.
Réfléxions fur la Rhéthorique.
C iiij
32. LE
MERCURE
toute variété , & Souvent toute magnifique
cadence ; le Vers au contraire ,
Commence fa marche par ce qu'il renferme
de moins effentiel. Le premier
terme qui fe préfente d'abord , en fuppofe
prefque toûjours un autre , dont
il dépend abfolument , & qui peut-être,
ne fe déclarera qu'à la fin de là Période .
Souvent tout eft en l'air dans le piemier
Vers , & ce n'eft que dans le fecond
ou le troifiéme qu'on découvre
enfin , ce qui l'appuye & lui fert de
foûtien. C'eft comme une intrigue de
Théatre qui caufe un embarras intereffant
& agréable durant le cours de
la Piéce , & dont on ne voit le dénouëment
qu'à la fin : & voilà ce qui produit
cette fufpenfion d'efprit propre du
Vers , & où la Profe , de l'aveu de M.
de Cambray , ne fçauroit afpirer.
Qu'on rappelle ici ce quej'ai cité plus
haut du commencement deTélémaque.
On y trouvera la preuve de ce que je
viens d'expofer. Calypfo , dit l'Auteur , ne
pouvoit fe confoler da départ d'Uliffe.
Quel est dans cette phrafe le principal
Perfonnage ,&celui qui y figure en chef?
C'eft Calypfo. Auffi, eft- ce elle qu'on
met d'abord fur la Scene. Qu'elle eft
DE NOVEMBRE,
33:
1
fon attitude ? C'est celle d'une femme
défolée. Elle ne peut fe confoler :
Et de quoi ? Du départ d'une perfonne.
qu 'elle aime. Qui eft cette perfonne ?
C'eft Ulyffe. Voilà l'ordre naturel
des Questions qu'on peut faire fur
Calypfo dans le point de vue où on la
met ? On veut d'abord connoître la
perfonne ; ce n'est qu'aprés qu'on a re--.
connu qu'elle eft affligée , qu'on s'informe
du fujet de fon affliction ; & c'eſt'
auffi l'ordre que fuit la Phrafe profaïque
dans fa conftruction . La Poëfie
au contraire , débute d'abord par ce
qui fait le fujet de l'affliction ; & on
apprend chez elle , pourquoi Calypfo
eft affligée,avant que de fçavoir que
Calypfo foit affligée ,
Du départ de fon cher Ulyffe
Calypfo ne pouvoit encorfe confoler.
Ici , le premier Vers eft comme en
l'air. On y parle du départ d'Ulyffe ;
mais, on n'y voit point encore , ny qui
s'y intereffe , ny à quel point on s'y intereffe
; & ce n'eft que dans le fecond
Vers qu'on apprend enfin que c'eſt
Calypfo qui y prend part , & qui en eft
même touchée à tel point , qu'elle ne
1
1
34 LE MERCURE
peut s'en confoler. De là naît certe
furprife , cette attente & cette agréa
ble fufpenfion, dans laquelle je fais confifter
le caractere & l'agrêment de la
verfification françoife.
Je ferois même voir, s'il étoit néceffaire,
que la fufpenfion dont je parle,
s'ĉtend à la Verfification Latine comme
à la Françoife ; que c'eft en fa faveur,
qu'on y fait ordinairement marcher
les Epithetes avant leur fubftantif.
c Seve memorem Junonis ob iram.
Et qu'entre deux fubftantifs celui qui
eft gouverné , paffe prefque toûjours
devant celui qui gouverne , & qu'il fup -
pofe.
d Troje qni primus ab oris
Italiam fato profugus &c .
Mais , comme cela eft êtranger à mon
fujet , je ne m'y arrête pas ; & quoiqu'il
en foit de la fufpenfion à l'égard
du Vers latin , il eft toûjours vrai qu '
C
Virg. I. Æneid.
Ibid.
DE NOVEM BRE
35
elle eft l'ame du Vers francois , &
qu'elle en fait le caractere diftinctif.
Je crois avoir expliqué d'une maniere
affez fenfible , ce que j'entends par
cette fufpenfion. Elle convient effentiellement
au Vers , comme je me fla
te de l'avoir déja montré,& comme je
le ferai encore mieux fentir dans la
fuite ; & elle y convient , à la difference
de la Profe , dont la marche réglée &
uniforme lui donne , de l'aveu de M.
de Cambray , une entiére exclufion .
Mais, quel eft ce principe de cette
fufpenfion , & par où parvient-on à la
produire ? C'eft , comme je l'ai dit
dans ma définition , par le moyen des
tranfpofitions reçues dans la langue.
Ce que j'entends par tranfpofition ,
' eft quand l'ordre naturel de la Phrafe
eft renverfé, & qu'un nom ou un verbe
qui dépend d'un autre , paffe devant
celui de qui il dépend & qui le gouverne.
Onen a déja vû un exemple dans
ce que j'ai tourné en Vers , du commencement
de Télémaque , où l'on ap .
prend le fujet de l'affliction de Calypfo,
avant que de fçavoir qu'elle foit
*
Reflex. fur la Rh.
366
LE
MERCURE
affligée. En voici un autre tiré de Raeine
dans fa Tragédie de Mithridate :
Arbate étant arrivé affez à temps , pour
empêcher la Reyne d'avaler le poifon.
qu'on lui préfentoit par ordre de Mithridate
, ordonne à Arcas d'aller informer
ce Prince du fuccés de fa diligence
& de fon zele . A parler régu
lierement voici comment il auroit
dû s'expliquer à Arcas , & comment
en effet il auroit parlé en Profe : Et
vous , Arcas , courez apprendre à Mithridate
la nouvelle du fuccès de mon
zele. Tel eft l'arrangement naturel
quedemande la conftruction ordinaire.
La Poefie au contraire , renverse &
dérange cette conftruction , & tranf
porte au commencement de la Phrafe ,
ce qui dans la Profes ne doit eftro
qu'à la fin.
* Et vous Arcas,du fuccés de mon zele
Courez à Mithridate apprendre la nouvelle.
La Phrafe en Profe, finiffoit par ces
termes du fuccés de mon zele ; c'eſt par
*A&t. V. Scene III
DE NOVEMBRE.
$7
où elle débute en Vers ; voilà ce que
j'appelle tranfpofition.
Mais ,comme nôtre langue a ces ufages
; qu'elle n'admet pas toutes fortes
d'inverfions ; qu'il y en a qu'elle fouffre
, & d'autres qu'elle rejette ; c'eft
pour cela que j'ai déterminé les differentes
fortes de tranfpofitions qu'admet
notre Poefie , en les fixant précifément
à celles qui font reçues dans la
langue. En effet , la Poefie fuppofe la
Grammaire ; & il faut parler François ,
avant que d'entreprendre de faire des
Vers françois. C'eft fur cela que Deſpreaux
dit fi judicieufement dans
Lon Art Poetique.
*Surtout qu'en vos Ecrits la langue révérée
,
Dans vos plus grands excés vous foit
toujours facrée.
Envain , vous mefrapez d'un ton mélodieux
,
Si le terme eft impropre ou le tour vicieux.
Donnez à vos Vers le tour le plus
* I. Chant.
38
LE
MERCURE
noble & le plus neuf qu'il vous fera
poffible ; mais, que ce tour foit avoüé
de l'ufage : Ufez de tranfpofitions, vous
le devez , mais , n'en hazardez point
que la langue n'autorife . M. de Cambray
& l'Auteur de la Préface de fon
Télémaque , femblent ſouhaiter qu'on
mît nôtre langue un peu plus au largefur
le fait des inverfions. Je le fouhaiterois
comme eux. Les Poetes y gagneroient
encore plus que le refte des Ecrivains.
Qu'on adopte dans nôtre
langue de nouvelles inverfions , je ferai
des premiers à les fuivre , dés
qu'elles auront été admifes . Mais , jufqu'à
ce que l'ufage ait naturalifé celles
qu'on prétend qui nous manquent ,
plus für eft de ne rien rifquer , & de
nous en tenir à celles qui font inconteſtablement
receuës.
le
Bien loin que la Poefie foit pour
nous, un titre de nous licentier für la
régularité de la conftruction ; je fuis
perfuadé au contraire , qu'elle autorife
les Cenfeurs à exiger de nous, plus
d'exactitude que du refte des Auteurs ;
& il me paroît en effet , que perfonne
*Réflex . fur la Rh .
DE NOVEMBRE. 39
ne mérite moins d'indulgence qu'un'
Poete qui péche contre la langue .
Qu'on s'explique en Profe bien ou mal,
quand le fonds des chofes eft bon , on
n'y prend pas garde de fi prés : Un
homme eft excufable de le faire
entendre comme il peut . Mais ,
fi vous ne pouvez pas parler correctement
en Vers ; qui vous oblige à
verfifier , & que ne vous expliquezvous
en Profe ?
Ainfi , tant d'inverfions & de tranfpofitions
qu'il vous plaira , la Poefie non
feulement les fouffre , mais mefme les
exige ; mais à cette condition , qu'elles
foient receues dans la langue. J'ai ajouté
& qu'elles n'en forcent point la conftrution.
Quelqu'un croira peut- être , que
cette addition eft inutile , puifque les
tranfpofitions qui font receues dans la
langue,n'en fçauroient forcer la conftruction
; mais , cela n'eft pas tout- àfait
vrai , y ayant des tranfpofitions
qui , quoique receues dans la langue , ne
laiffent pas par la façon dont elles font
maniées,d'en forcer quelquefois la conftruction.
Auffi , cette remarque tombet-
elle moins fur la tranfpofition même ,
que fur le mauvais ufage qu'on en peut
40 LE MERCURE
faire. Je n'apporte point ici d'exemple
ny de l'une ny de l'autre , parce qu'il
s'en préfentera affez dans les Vers
que j'aurai occafion de citer dans la
fuite ; & fur lesquels je ne manquerai
pas de faire remarquer le rapport qu'ils
auront à ce que je viens d'obferver ici
Voilà donc ma définition expliquée ,
de la maniere la plus intelligible qu'il
m'a efté poffible . Il ne me reste plus
qu'à y appliquer les exemples pour la
juftifier ; & je me flate que cette application
donnera encore une nouvelle
clarté à mon opinion , en même tems
qu'elle en fera la preuve .
la
Et , afin que ces exemples foient plus
à la main , je les ay tous tiré pour
pluspart d'une des plus bellesTragédies
de Racine qui eft Mithridate. Cette
feule Tragedie me fournira , foit en
bonne , foit en mauvaiſe part , tous les
Traits dont j'aurai beſoin. Je n'ay
garde de vouloir blâmer par là ny la
Piéce ny l'Auteur ; je rend juſtice autant
que perfonne à l'un & à l'autre :
Mais , comme je ne pouvois gueres
mieux m'adreffer que chez Racine ,
pour trouver des exemples à imiter
jay crû auffi que n'y ayant point d'Auteur
DE NOVEMBRE. 41
Auteur fi parfait qui ne foit réprehenfible
en quelque chofe , les exemples
que je citerois en mauvaiſe part , feroient
bien plus d'effet , fi je les tirois
d'un Auteur de la réputation de Racine
, que fi j'allois les dêterrer dans
quelque Poete médiocre ,à l'incapacité
duquel on pût les attribuer. J'ay efté
bien-aife d'ailleurs ,dans une matiere de
Critique , de ne toucher à aucun Auteur
vivant ,ou du moins de n'en point citer,
que ce ne fût en bonne part. On peut
en ufer avec plus de liberté à l'égard
des morts , fur-tout , quand on le fait
avec toute la circonfpection & la réverence
même que je me propofe d'apporter
au fujet de Racine . Je ne l'ay
choifi préférablement à d'autres , que
parce que je l'ay regardé , comme un
des plus excellens Poetes & des plus
corrects que nous ait fournis le dernier
Siécle & pour un trait où il y aura
peut -eftre quelque chofe à redire , j'en
trouverai chez luy cent qui pourront
fervir de modele. Cela eft fi vray , que
jay eu bien de la peine à découvrir
dans toute la Tragédie de Mithridate ,
un exemple en mauvaiſe part , part , conditionné
comme je le fouhaitois , pour
Novembre 1717. D
42 LE MERCURE
l'ufage que j'en veux faire . Il eft tiré
de la Scene où Arbate vient raconter
, comment Mithridate , aprés avoir
effayé inutilement le fecours des poifons
, a efté réduit à fe fervir de fon
épée contre luy même : Voici donc
comme il s'explique .
D'abord il a tenté les atteintes
mortelles
Des Poifons que luy-même a crû les plus
fideles
Je n'examine point pour le préfent ,
fi la céfure du premier Vers eft d'alloy,
ny, file paffage de ce même Vers " au
fuivant , eft dans les regles : Ce font
chofes à difcuter à part , & que je pourai
traiter dans la fuite. Il n'eft queſtion
ici que de fçavoir , fi le ftile de ces deux
Vers eft Poetique ou Profaïque.
de
Or ,pour pouvoir juger plus fùrement
, tant de ces deux Vers , que
tous les autres que j'aurai à citer dans
la fuite ; j'établis d'abord une regle generale
qui me paroît évidente , & qui
cft : Qu'un Vers , pour être veritable-
Alte S. Scene
DE NOVEMBRE . 43
ment de la Poëfie & non de la Profe ,
doit être tel ; qu'en rompant la meſure
en Suprimant la rime , on ne laiffe
pas de retrouver , même dans cette ef
péce de démembrement , un air de
Poefie & un langage veritablement poëtique.
Car , s'il eft vray , comme je
crois l'avoir montré fenfiblement , qu'-
indépendamment de la Rime & de la
Mefure , la marche du Vers doit être
toute différente de l'allûre de la Profe;
du moins quant au ftyle , le Vers refte
toujours Vers , même après le dérangement
des fyllabes & la fuppreffion de la
time :& dés qu'en le dégradant de la
forte , il paroît Profe ; il faut conclure
que ce n'étoit pas un Vers , mais feulement
de la Profe rimée .
Or , fur ce principe , je dis que les
deux Vers que j'ai citez de Racinę ,
ne font point d'un ftile poetique. Pourquoy
parce que fi on vouloit dire
la mefme chofe en Profe , on n'arrangeroit
point les termes autrement qu'ils
le font dans ces deuxVers ; & qu'en les
dépouillant de la Rime & en compant
la cadence' , on n'y trouve plus que de
la Profe.
Faifons en l'épreuve , en les dégra44
LE MERCURE
dant de la maniere que je viens de pro
pofer. Voici précisément comme parle
Arbate. D'abord il a effayé les mortelles
atteintes despoifons que lui- même
avoit crû les plus fideles. Il eft aifé de
voir que dans cette expofition , je ne
dérange rien de l'ordre des termes qui
compofent les deux Vers , & que je
n'y apporte de changement que celui
qui eft néceffaire pour fupprimer
la rime & rompre la cadence. Or ,
je demande fi , dans cette phraſe ainſi
expofée , il refte rien qui fente la Poefie
? La Profe s'énonceroit - elle autrement
? On trouve ici le nominatif fuivi
immédiatement de fon verbe , il a tenté.
Le cas du verbe fuit dé mefme immédiatement
aprés , tenant comme par
main fon adjectif, les atteintes mortelles,
& traînant après lui un genitif qu'il
gouverne & qui con nence le Vers fuivant
: Despoifons. Voilà la marche pure
de la Profe telle que nous l'a tracée
* M . de Cambray. Nulle tranfpofition ;
& par conféquent nulle fufpenfion. Or,
que faut- il faire pour ménager cette
fufpenfion par le moyen des tranfpofi
Reflexions fur la Rh
la
DE NOVEMBRE. 43
tions ; & pour rendre poetiques , ces
deux mefmes Vers Rien autre chofe
que d'en renverfer. l'ordre ? & de mettre
le premier , celui que Racine a mis
le fecond , en difant :
Des poifons que lui-même a crû les plus
fideles
D'abord il a tenté les atteintes mortelles.
Ou , comme il feroit encore mieux ,
en changeant quelque chofe de plus ;
conferver au commencement dè pour
la phraſe , le terme de Dabord , qui y
figure plus naturellement : On pour
roit dire.
D'abord , de ces poifons qu'il crût les plus
fideles ,
Mithridate a tentéles atteintes mortelles
Qu'on fupprime ici la Rime ; qu'on
rompe la cadence des Vers & qu'on
dife : Dabord des Poifons aufquels ilfe
froit le plus , Mithridate a effayé les
mortelles atteintes . On reconnoîtra toujours
dans ces Vers mefmes ainfi degradez
, un tour étranger à la Profe ,
& un ftile véritablement poetique; car,
Dij
46 LE MERCURE
comme la tranfpofition fubfifte toujours
, la phrafe ne perd rien de cette
fufpenfion qui tient l'efprit en attente ,
& qui fait l'ame de la Poefie.
Autre exemple tiré de la même
Piéce . Monime voulant implorer le
fecours de Xiphares , contre Pharnace
frere du même Xiphares , luy parle
ainfi.
J'efpere toutefois qu'un Prince magnanime
Ne facrifiera point les pleurs des malbeureux,
Aux interefts du Sang qui vous unit tous
deux.
La nobleffe des termes qui entrent
dans la compofition de ces trois
Vers, a quelque chofe de féduifant &
qui impofe d'abord ; mais, qu'on en retranche
la Rime , & qu'on en rompe la
cadence , comme on a fait aux précedens
, on
trouvera que le tour eft
pure
Profe ; car , voici ce que dit Monime.
J'efpere pourtant qu'un Grand Prince
ne facrifiera point les larmes des mifé-
A& . I. Sc . 2.
DE NOVEMBRE. 47
rables aux interefts de ce Sang qui vous
lie tousdeux . Or , on ne peut difconvenir
que la construction de la Profe telle
que la reprefente M. de Cambray , ne
foir ici trés régulierement obfervée ;
c'est ce que chacun peut juftifier par
foy- même , en examinant ces trois Vers
en détail , comme on a fait les deux
précedents. Veut-on à prefent faire de
la Poefie , de ces trois Vers qui ne
paroiffent que de la Profe rimée ? Il
ne faut que déplacer les deux derniers ,
mettre le fecond , celui qui eft le troifiéme
, & en ajuſtant le reste à ce dérangement
, faire dire ainfi .
J'efpere toutefois , Prince trop magnanime,
Qu'aux interefts du Sang qui vous unit
tous deux ,
Vous n'immolerez point les pleurs des
malheureux.
Je parle mal peut-être , en difant immoler
des pleurs , métaphore que je
ne crois pas bien réguliere ; mais ce
n'eft pas de quoi il eft ici queftion .
Il s'agit feulement du tour de la Phrafe
, qui de profaïque qu'elle êtoit, de43
LE MERCURE
-
vient poetique par le fecours de la
tranfpofition. En effet , qu'on fupprime
la rime dans ces Vers , & qu'on en
rompe la cadence , en difant. J'efpere
toutefois , Grand Prince , qu'aux interefts
du fang qui vous lie tous deux ,
vous nefacrifierez point les larmes des
miferables. On y trouve toujours un
goût de Vers , parce que la tranfpofition
y fubfifte toûjours , & donne à la
Phrafe un tour que la Profe n'admet
gueres.
Encore un exemple plus étendu &
tiré de la mefme Scene. C'est Xiphares
qui parle , & qui ayant fait entendre
à Monime , que fi Pharnace êtoit coupable
en l'aimant , il étoit fur ce point
là , plus criminel encore que Pharnace.
Fous? Lui dit Monime , avec un air de
furprife ; à quoi Xiphares répond ainfi .
Mettez ce malheur au rang des plus
funeftes ,
Atteftez , s'il le faut , les Puiffances :
Celeftes ,
Contre un fang malheureux , né pour
vous tourmenter ,
Pere , Enfans animez à vous perſecu
ter&c.
fans
DE NOVEMBRE.
49
Sans qu'il foit befoin de faire ici l'Anatomie
de ces quatre Vers , il n'y a perfonne
qui n'avoue , qu'on ne peut rien
voir de plus profaïque que la conftru-
&tion de cette Phrafe.
Atteftez , s'il le faut , les Puiffances
Célestes
Contre &c .
Rien de plus aifé cependant , que
de réformer cette Profe rimée , & de
la rendre poetique . Il ne faut pour cela
que tranfpofer l'ordre des Vers ; &
voici , ce me femble , comment on pourroit
s'y prendre , pour les rétablir , en
ajuftant d'ailleurs les Rimes , par rapport
à ce qui précéde & à ce qui fuit.
3. Contre un Sang malheureux , ně pour
vous tourmenter >
4. Peres, Enfans animez à vous perfécuter
,
2. Atteftez , s'il le faut , les Puiſſances
Célestes ,
1. Et mettezce malheur au rang des plus
funeftes.
J'ai chiffré ces quatre Vers felon l'or-
Novembre 1717.
E
50 LE MERCURE
dre qu'i's gardent dans l'Origin al . On
y trouvera un grand renverfement ; car,
je commence la Phrafe par les deux
Vers qui la finiffent dans Racine , & je
finis par celui qu'il met au commencement
:Mais ,letour poetique demande
cela , & toutes les perfonnes qui auront
quelque connoiffance de la Poefie, conviendront
, en comparant ces deux Phrafes
, que la derniere eft poetique , &
que celle de Racine ne l'eft pas . Cependant
, qu'y a-t-il de plus dans l'une
que dans l'autre ? Rien ; finon, qu'aulieu
que Xiphares chez Racine dit :
Atteftez les Puiffances Céleftes contre un
fang malheureux , & c. Je lui fais dire :
Contre un fang malheureux & c . Atteftés
les Puiffances Celeftes. C'est- à- dire, que
j'ufe de tranfpofition où il n'en ufe pas
& par ce feul fécret, je fais des Vers avec
les mêmes termes dont il ne fait que de
la Profe rimée.
Vous blâmez donc Racine, dira quetqu'un
, & vous vous croyez bon pour
lui faire fon procez ? Quelle préfomption
? Elle eft grande , j'en conviens ; &
cependant ,toute grande qu'elle eft , je
DE
NOVEMBRE.
ne la
defavouë pas. * Vous
manquez en
5.2
peu de chofes, dit Ciceron , en
appliquant
à Catoa ce paffage d'un Ancien ; mais ,
fi vous tombez enfaute , jefuis en droit
de vous reprendre. Je puis dire la même
chofe à l'égard de Racine .
Rarement
s'écarte-t-il des regles dans fa Poëfie ;
mais , lorfqu'il s'en écarte , je fuis en
droit de le relever ; & je le fais avec
d'autant plus de confiance , que c'eft à
lui même que je dois les lumieres à la
faveur
defquelles je découvre fes négligences
. C'eft chez lui en effet, plus que
chez aucun autre Poëte , que j'ai appris
combien l'ufage des
tranfpofitions êtoit
néceffaire, pour parvenir à cette fufpenfion
qui fait l'ame de la Poëfie , & qu'il
ménage fi habilement dans la fienne. Il
faudroit tranfcrire ici prefque toutes fes
piéces , fi je voulois rapporter tous les
exemples qu'on en peut tirer fur ce
point : Mais , comme je me fuis borné ,
dans cet examen, à la feule Tragédie de
Mithridate , je me contenterai d'en citer
une tirade de huit ou dix Vers de la
* Non multa peccas , inquit ille , fed fi
peccas , te regere poffum.
Cic. or. pro Murænâ.
Eij
52 LE
MERCURE
premiere page. C'eſt Xiphares qui parle,
& qui , aprés avoir annoncé en quatre
Vers à Arbate la mort de Mithridate ,
pourſuit ainsi.
Aprez un long combat , tout fon Camp
difperfé ,
Dans la foule des Morts en fuyant l'a
laiffé.
Etj'aifcû qu'un Soldat dans les mains
de Pompée
Avec fon Diademé à remis ſon Epée.
Ainfi ce Roy , quifeul a durant quaran
te ans
Laffé tout ce que Rome eut de Chefs im
portants ,
Et qui dans l'Orient balançant la fortune
,
Vengeoit de tousles Roys la querelle commune
,
Meurt , & laiffe aprez lui ,pour venger
fon trépas ,
Deuxfils infortunez qui ne s'accordent
pas.
Qu'on examine ces Vers , on n'en
trouvera gueres où il n'y ait quelque
tranfpofition & quelquefois deux plûtôt
qu'une. La Profe diroit. L'a laiffé
DE NOVEMBRE.
S3
dans lafoule des morts ... a remis fon Epée
avec fon Diadême dans les mains de
Pompée a laffe durant quarante ans ...
balançant la fortune dans l'Orient .
Vengeoit la querelle commune de tous les
Roys . La Poëfie au contraire dir : Dans la
fouledes morts l'a laiffé ... dans les mains
de Pompée avec fon Diademe a remis fon
Epée:Ce qui fait deux tranfpofitions.La
premiere , en ce qu'il y a , dans les mains
de Pompée aremis fonEpée. La feconde ,
en ce qu'au lieu de dire , a remis fon
Epée avec fon Diadéme, on met : Avec
fon Diademe a remis fon Epée. Et ainfi
des autres tranfpofitions qu'on peut juftifier
dans ce morceau , & qui fe trouvent
en affez grand nombre dans l'efpace
de fept Vers feulement. Voila quel
eft le ftile ordinaire de Racine dans fa
Poëfie , & s'il lui arrive quelquefois de
mollir & de s'écarter de la regle qu'il
fuit le plus fouvent , on doit regarder
eesfortes de libertez , comme des petites
négligences, dont les plus grands
Poëtes mêmes n'ont jamais efté totalement
exempts. Je crois qu'aprez cette
déclaration, perfonne ne trouvera mauvais
que je continue à relever ces négligences
légeres qui peuvent fervir à nous
A iij
$4
LE MERCURE
inftruire . C'eſt par là que les fautes mêmes
ou les imperfections de Grands.
Hommes,nous déviennent utiles..
Je n'ai jufqu'ici apporté d'exemples
que de plufieurs Vers joints enfemble
&l'on a pû voir ,comment en les déplaÇant
feulement, & mettant les premiers
ceux qui eftoient les derniers , on faifoit
des Vers , de ce qui n'eftoit auparavant
que de la profe rimée . J'ajoûte
à cela que la même chofe arrive à
l'égard des moitiez de Vers ou des hemiftiches
, où ce qui en Profe iroit le
´premier , doit marcher le dernier dans
la Poëfie, Qu'on dife par exemple .
Kondra-t-il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Le Vers n'eft point abfolument mauvais
; mais , la Profe ne parlera pas autrement.
Au lieu que dans la Poëfie , on
tranfpofe ces deux hemiftiches , comme
le fait Racine.
D'un Gendre fans appui voudra- t-il fe
charger ?
On dira peut. être , que la rime eft ce
qui a déterminé Racine à cette tranfpo-
* A&t. 3. Sc. 1 .
DE NOVEMBRE.
$5
fition . C'est ce qui peut bien arriver à
des Poëtes médiocres , mais , non pas
à un Poëte tel que Racine. Ses ouvrages
font affez foy , que la rime ne le
gouvernoit point.Non, que quelquefois
il ne fe difpenfe de cette tranfpofition
d'hemiftiches , & qu'il ne fuive à peu
prez l'allure de la Profe. Comme quand
il dit .
I Il faut qu'on joigne encor l'outrage
mes douleurs ,
...
2- L'Amour a peu de part à mes juftes
Soupçons.
Car , il eft certain qu'il eut efté plus
poëtique de dire.
Ilfaut qu'à mes douleurs on joigne encor
l'outrage ,
A mes juftes foupçons l'Amour a peu
de
part.
Mais , il faut confiderer qu'il y a des
occafions où cela eft corrigépar ce qui
précede ou par ce qui fuit , & où ces
inverfions trop multipliées pourroient
faire un mauvais effet . C'eft fur quoi
je m'expliquerai plus au long , en par
1 A&t . 2. Sc. 6.
2 Act . 4. Sc. 1. E iiij
+6 LE MERCURE
lant de l'ufage des tranfpofitions , &
de la maniere dont il faut les ménager.
Je me contenterai de faire voir ici par
un feul exemple, qu'un Vers qui confideré
feul , auroit l'allure de la Profe ,
dévient poëtique, quand il eft joint à un
autre ; & cela , par le moyen de la tranfpofition
commune qui les lie tous deux .
Suppofons donc le Vers que j'ay déja
cité un peu plus haut.
Voudra-t- il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Il eft fûr que ce Vers confideré feul
eft tout-à-fait dans le goût de la Profe
. Mais , joignons en un autre qui le
précede dans ce fens...Ce Prince qui
avoit de la peine à fe déclarer pour .
nous , dans le temps que la fortune
nous favorifoit le plus.
9
Lorfque tout l'Univers nous accable aujourd'hui
Vondra-t-ilfe charger d'un Gendre fans
appui?
Alors ,ce fecondVers qui pris tout feul,
paroiffoit Profe, devient véritablement
Vers , par la jonction du premier. Pourquoi
cela ? C'est qu'il s'y trouve de la
1
DE NOVEMBRE.
57
tranfpofition , & par confequent de la
fufpenfion ; car , dans l'ordre naturel ,
& tel que le demande le tour de la
Profe , il faudroit dire.
Vondra-t-il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Lorfque tout l'Univers nous accable an
jourd'hui.
Dans cette difpofition des deux Vers ,
on n'attend plus le fecond , qu'on ne
peut regarder que comme un traîneur
qui vient trop tard & après coup : Aulieu
qu'en commençant par ce fecond
Vers , comme je l'ay fait ci-devant , onprépare
l'efprit à l'autre Vers que celuici
fuppofe : Or , voilà la fufpenfion ,
& dés qu'il y a de la fufpenfion , le
tour eft poëtique.
Ainfi,quand j'examine un Vers en par
ticulier , & que je juge fi le tour en eft
poëtique ou non , je n'en juge qu'en
le confidérant à part , & fans rapport
à ce qui précede ou ce qui fuit : & je
disfur cela , que la Poëfie demande que
le premier hémistiche fuppofe toujours ,
autant qu'il fe pourra , celui qui doit
fuivre , & qu'il y prépare l'efprit du
58 LE MERCURE
Lecteur ; c'eft comme en ufe ordinai
rement Racine. Il ne dit point.
On m'y verra courir plus ardent qu'aucun
autre . . .
Pourquoi vous taifiez vous, avant que
partir ...
de
Preffer noftre départ ainfi que noftre hymen
Cette tournure ne vaudroit rien , parceque,
fi on y prend garde ; aprés le premier
hémiftiche de ces trois Vers , on
n'attend plus le fecond : Chacun de ces
premiers hémiftiches a un fens terminé
qui ne promet plus rien . Auffi , Racine
n'a - t- il eu garde de les conftruire de la
forte. Il a tranfporté ces hémiſtiches ,
& par là en là en a fait de trés bons Vers en
difant.
1. Plus ardent qu'aucun autre , on my
verra courir,
2. Avant que de partir , pourquoi vous
taifiez vous ?
3. Ainfi que noftre hymen preſſer noſtre
départ .
Mais , comme en êtabliffant la né-
1. Acte III. Sc. I.
2. Att . IV. Sc. 4.
3, Alte I. Sc. 30.
DE NOVEMBRE. 59%
ceffité des tranfpofitions , par rapport
à la fufpenfion dont elles font le principe
, j'ay fixé ces tranfpofitions à celles
qui font reçues dans la langue . Je
crois qu'il ne fera point hors de propos
d'examiner qui font celles qui fe pratiquent
en Vers , & que la langue autorife
; & qui font celles qu'elle n'y fouffre
pas.
Nous sommes obligez, de remettre au
mois prochain, la fuite de cette Differtation
qui contient un détail trés curieux
fur les tranfpofitions , & dont on ne fera
pas moins content que de ce qu'on a pû
Lire ici.
( DE ) W
LE DIVORCE
D'AMOUR ET D'HYME N'EE.
D
Par M. le GRAND.
' Où vient que le fils de Cipris
fait laniche au Dieu des Maris ?
Jadis l'Enfant plus débonnaire ,
Avec Hymen vivoit en frere :
Tous deuxfe tenans par le doigt ,
Logeoient deffous le même toit.
Enfemble ils faifoient leur négoce ;
L'un n'alloit fans l'autre à la noce.
60 LE MERCURE
Amourfe faifoit un honneur
D'eftre toujour'sfon Sémoneur : ·
Sans ceffe entr'eux mainte accolade ,
On eût dit d'Orefte & Pylade.
Ce n'est plus ainfi , ce dit - on ,
Quand il trompe fon Camarade ,
Amour croit gagner maint Pardon :
A-t-ilfi grand tort ? C'eftfelon :
Cupidon, qui rien ne médite
Qu'il n'acheve d'un coup de trait
En blefa Fortune & Mérite :
Tout fier du coup qu'il avoitfait ,
Là , difoit le Dieu de Cythere
ce ferachofe rare à voir ,
Fortune qui fait tant la fiere ,
Au Mérite chercher à plaire,
Eût-il jamais un tel eſpoir ?'
Il a beau la Nymphe Semondre ,
Elle ne daigne lui répondre ;
Il la fuit , & fon oeil fubtil
Onc ne la vit que de profil :
Il la verra d'autre maniere.
Je veux qu' Hymen de l'héritiere
Et du Galandfigne au Contract
Amour parla , s'il eût pû faire ,
Comme il difoit , ce Concordat ;
Onc il n'eût fait meilleure affaire :
Tous deux avoient maints dons de plaire.-
DE NOVEMBRE, 61
*
>
→
Par eftre beau , gentil Parleur
Mérite n'avoit fonfemblable
De fon Sexe c'étoit l'honneur.
Fortune êtoit jeune & paſſable ,
Riche furtout , c'eft le meilleur;
On en eût fait un couple aimable :
Mais , l'Infante avoit un Tuteur ,
Un oiy manquoit à leur affaire ;
Hymenfans lui ne veut rien faire.
Force fut donc que de fon coeur
L'Amant lui conta le mysterë ,
Qu'étoit fa chevance & fon bien ,
Qu'il n'avoit pour tout appanage .
Que bel efprit , doux entretiens
Chofe qu'en fait de Mariage ,
On compte fort fouvent pour rien.
Mérite en fit l'expérience ,
On méprifa fon éloquence ,
Son Sçavoir & tous fes talens :
Plus fortuné dans fa demande ,
Avant de la faire aux Parens ,
-S'il eût , ami de la Galande ,
Adroitement volé les Gands ;
D'un Hymen rendu néceffaire
Avec la bonne Ménagére ,
Nous verrions riches fes enfans.
Il s'en repent , Fortune fiere
l'en regarde encor de travers ;
Elie porta la folle enchere
962 LE MERCURE
De leurs myfteres découverts :
Le Tuteur lui chanta goguette ,
Lui fit fabbat fur le Galand ,
Puis au Couvent mit la Coquette
Pour prévenir tout accident.
Fortune en fut toute honteufe : "
Va va, difoit la foufreteufe ,
Mérite qui mas feu charmer
Pour ceffer d'eftre malheureuse ,
Je jure de ne plus t'aimer :
Ainfi promit & tint parole ;
Et cependant elle défole
Abbeffe , Nonne & Directeur ,
Tant queforce fut que la folle
S'en retourna chez fon Tuteur.
Le bon homme auffitôt rumine ,
Ouais , ce dit-il , nôtre Orpheline
Nous va donner bien du tintoüin :
Faut marier la Diablotine ;
Fille demande trop de foin.
La marier , non à fa mode ,
Afon Pimpant qu'elle aime encor ,
Prenons plûtôtfon antipode ;
Il eft plus laid qu'une Pagode ;
Mais riche , il eft comme un Milord :
Plutus vaut feul triple Mérite ,
Ja long-tems il nous follicine :
Faifons def- adonc les accords.
On dit : Parentelle s'affemble ,
DE NOVEMBRE. 6,3
Plutus entre & Trésors enſemble
Soucis foudain fortent dehors.
Vifage rit , pied cabriole ;
Fortune vient , Amant l'accole.
Tuteur commande , elle dit , oüy :
Auffitôt , voici Garde- Notte ,
Seigneur Hymen tout èjotty
Le couple on lie & l'on garotte.
Tandis Violon s'introduit ,
On danfe , on boit fanté de l'Hôtes
Compere à toi , ris n'y font fautes.
Ce fut plaifir , hors que la nuit
Prés le tendron tout côte à côte ,
L'Epoux ne fongea qu'à dormir :
Dormir? Eh quoi ! Pas autres chofes
L'Hymen a maint autre plaifir ?
Ouy, quand Amour en fait les clauses ,
Si l'on fait les noces fans lui,
Tantpis ; au lieu d'un lit de rofes
Hymen n'a qu'épine & qu'ennui.
Fortune enfit l'apprentissage ,
Tréfors rouloient dans fon ménage ,
Plaifir eftoit fon Intendant ,
,
2
Dieux des Cadeaux eftoient fes Pagès.
Chantoient Syrenes àfes gages :
Pourfa parure on payoit tant ,
Ceftoit on Bal , où Comédie .
Que lui manquoit ? Tout ; quoign'on die,
Sans un Mary Cythérien ,
64
LE MERCURE
Femelle est toujours mal lotie`:
Fortune auffi le difoit bien ,
>
Qu'elle avoit tout &n'avoit rien ;
C'eftoitfon mot : Mais , comment faire,
Quand Hymen nous tient fous fes Loix,
On abeau s'en mordre les doigts ;
Lavoilà qui s'en défefpere
On oit par tout fa trifte voix ;
Seroit-ce mal fait , difoit- elle ?
Dansla détreffe où je me vois :
Fiancée , encore Pucelle ,
De prendre parfois réconfort
Avec Amant jeune & fidelle.
Une Comere aimoit la belle
Qui lui dit , non , & pour renfort ,
Ajouta ;jefuis bien bonace ;
Mais , fi j'étois à vôtre place ,
Au lieu d'un feul , j'en aurois cent .
Le beau ragout ! Ma pauvre Enfant ,
Que vôtre Epoux, c'eft vôtre Pere ;
Laiffez-mei là ce vieux grifon ,
Roupiller feulfur le tifon ;
Galand , vous dis-je , eft vôtre affaire ,
Le confeil étoit falutaire :
Femme contre Mary qui dort ,
Voire aujourd'hui s'en fert encor.
Aces raifons de la Comere ,
La Nymphe prit foulagement ,
Puis alla s'aguymper pour plaire,
a
Prit
DE NOVEMBRE.
69
Prit bel atour , air fouriant ;
Difoit de l'oeil ,je ne fuis fière ,
Il y fait bon , entrez Galand.
Un lui falloit : Sous fa banniere
Vous en euffiez vû plas d'un cent.
Volontiers où fonne l'argent ,
Nichent Citoyens de Cythere :
Je fuis d'avis d'enfaire autant.
Parmi cet effain foûpirant
Un luiplût , lui conta fleurettes ;
Beaubras , bel ceil , aftre charmant .
Il l'emmiéla d'autres fornettes ;
Puis d'un baifer il lui timbra
La main , la jonë & catera.
L'Amant eftoit courtois , honnête ;
Mais quand fille ne dit, arrête ›
C'est impoli d'en rester là.
Ainfi ne fut ; Amour parla ::
Enfans , dit-il , prenez courage ,
De vos jeux un grand Dieu naitra.
Apeine il dit , qu' Amant ferra ,
Nymphe d'en rire, & Cocnage
Ace qu'on dit , naquit de là.
Vous euffiez ris à fa naifance ,
De voir d'en haut dégringoler
Troupes d'Amours entrer en danfe.
Plaifirs & Jeux fe rigoler ,
Trotter Cadeaux , flacons aller :
Amour crioit
Réjoüiſſance,
F
66 LE MERCURE
Nous faut fefter le nouveau Né;
Puis l'accolant , lui dit , bean Sire ,
O que tu naquis fortuné ,
Je vais te former , te conduire
An Throne qui t'eft deſtiné ;
Hymen envain voudra te nuire ,
Deffous tes Loix il fléchira ;
Tousfes Sujets , peu s'enfaudra ,
Compoferent ton vafte Empire ,
Maint de ton jougfe foucira :
Tel en mourra , tel en vivra.
Heureux, qui n'enfera que rire !
EPITRE
A M. L'ABBE DE C..
PAR MONSIEUR DE BEAUCHAMPS,
Auteur de la traduction en Vers françoisde
la premiere Lettre d'Héloïfe à
Abélard , qui a efté fit bien recûë
du Public .
P
"
Lus glorieux de ton fuffrage
Que des vains applaudiffements
De ces gens qui n'ont en partage
Que les vaftes égaremens.
DE NOVEMBRE. 67.
D'une verve outrée & peu fage,
J'appelle de leurs jugêmens,
Et préfére les agrémens
D'unfimple & galant badinage ,
Aux emphatiques ornemens
D'un brillant & pompeux ouvrage
Où la richeffe du langage
Tient la place des fentimens.
De ces Auteurs qu'on préconise ,
Tu n'admires point les Ecrits ;
Et la faftueuse forife
>
De ces Modernes beaux Efprits ,
Te paroit une marchandiſe
Qui neferajamais de mife
Que dans les Caffez de Paris .
Efclaves rampans de la Rime ,
Ils n'ofent fecouer fon jong.
La raifon n'eft pas de leur goûti
Et les mots feuls font leur fublime .
En vain par de tendres accens ,
On fait de la fimple Nature
Trager une vive peinture
Et dans des Vers remplis de fens ,
Eviter la fade parure.
Du merveilleux & de l'enflure,
Ce Vers tendres , intereffans
Leur femblent froids & languiffans
Il faut fe donner la torture ,
Pour leur arracher de l'encens.
Fij
38 LE MERCURE
Ils ont entravé le génie
Dans une bizare harmonie ,
Dont les Pedansfont éblouis.
Quelle fauffe délicateſſe !
Avoit-on plus de politeffe
Sous Augufte que fous Louis ?
Etoit-ce ainfi que les Tibulles ,
Les Ovides les Catulles
Peignoient leursfeux & leurs tourmens
Qu'auroient dit Corinne & Lefbie
De la froide galanterie-
Des Poëtes de notre tems ?.
Par un indigne Sacrilége ,
Ils ont défiguré l'Amour ;
Ofe-t-on produire à la Cour
Les termes enflez du College ?"
Cette affreufe contagion
Jufqu'à toi ne s'eft point gliffée ;
Ta Mufe polie & fenfée ,
Même au fort de la paſſion ,
Joint la force de la penfée
Aux charmes de l'expreffion .
Tes Vers font dictez par les Graces
Dans leur noble fimplicité,
On retrouve par tout les traces
Du bon goût de l'Antiquité.
Formé dans Anet par Chapelle
Farmi les Plaifirs & les Jeux.
Tu fcûs prendre de ton modelle ,
DE NOVEMBRE.
"
Le génie & les tours heureux..
Façon de penfer naturelle
Riche de fes propres attraits ,
Toujours vive , toujours nouvelle,
Brille dans tout ce que tu fais :
Sage difciple d'Epicure ,
Tunous prêches la volupté ;
Mais c'est une volupté pure ,
Dont le coeur n'eft point infecté..
Tu fais dans ta Philofophie
Puifer le bonheur de tes jours ;.
Contre les chagrins de la vie
Elle t'offre mille fecours :
A la douleur inacceffible ,
Tuportes par tout la gayeté;
Et d'un ftoicifme invincible
Tu conferves la fermeté :
Q que ta Morale eft flatenfe !
Du préjugé victorienfe ,
La vertu s'y montre à nos yeux
Tu nous la fais voir gracieuſe ,
Telle qu'autrefois nos Ayeux,
Dans les fiécles de l'innocence ,
La virent defcendre des Cieux ;
Lorfque foumis à fa puiffance ,
Ils converfcient avec les Dieux.
Que j'aime à la voir fans rudeffe
S'accommoder à ma foibleffe
Et ne point gêner mes défirs ,
70 LE MERCURE
Je ne connois d'autre Sageffe ,
Que la Sageffe des plaifirs..
( TX )
DUAD 運動
EPITAPHE
DE
DOGUIN GRI -
CHOU.
C
Y deffous gir Doguin Gri- chon ,
Grave & ferieux
Perfonnage ,
Qui mourut pourtant comme un fou
Pour une
Chienne de Village :
C'est peu de chose que le Sage .
DESCRIPTION
DE
L'ISLE DE
CEYLAN.
A M. DE M ***
Par M. B. D'A………
MONSIEUR ,
Je vous obéïs ; & vous me tiendrez
compte de cette obéïffance ,
quand vous fçaurez qu'elle interrompt
un filence & une inaction d'affez longue
durée ; furtout , quand il a fallu
DE NOVEM BRE. 7t
que
mettre la plume à la main. Vous jugez
bien l'oubli de la plupart des
chofes , & la perte de l'habitude du
ftile doivent naître néceffairement
d'une oifiveté fuivie : J'ai tâché de
remédier à tout cela par un travail
affez affidu.
Nous variâmés les matieres dans
nos converſations , à la Campagne de
nôtreAmi M. De . S. Les dernieres vous
parurent intéreffantes :Nous y parlâmes
des fingularitez de la Nature dans fes
Ouvrages , & de la maniere de vivre
des Peuples qui refpirent éloignez de
nous. Le Parallele de ces chofes êtrangéres
avec celles qui nous font familiéres
vous fit beaucoup de plaifir.
Je ne fçai pourquoi nous fîmes grande
mention des Indes & fur-tout de Ceylan
; mais enfin , il en refulta chez vous
une envie , d'avoir
écrit ce que je
par
vous avois dit de cette Iſle : Mon
amour propre fe fentit piqué de ce défir
; il l'emporta fur ma pareffe & fur
quelques autres raifons ; bref , je vous
donnai ma parole , & je vais la tenir.
>
J'ignore pourtant encore , fi je me
ferai acquitté ; & fi ce n'eft que j'ay
été trés fenfiblement touché de l'hon.72
LE MERCURE
neur d'une Requeste de vôtre part
J'ignore prefque pourquoi je me fuis
mis en êtat de vous donner plus que je
n'ai promis. Petit- être regretterés- vous.
les bornes étroites que vous m'aviez.
prefcrites ; & fi cela arrive , je fuis puni
par avance , puifque j'aurai le chagrin
de voir quelques veilles infrutucules
; & c'est un vrai fuplice pour
unhomme , qui n'habite pas un cabinet
volontiers . Quoiqu'il en foit, l'Ouvrage
a crû fous mes mains ; & j'ai êté
furpris de voir que ce qu'une Lettre.
devoit contenir , en remplit deux , qui
peut- être, feront doublement longues .
Un compte éxact de mes recherches.
& de leur emploi , nous inttruira de la.
caufe de ce détail . Je vous rendrai ce
fidele compte : Perfuadé , que dans l'êtat
où j'ai mis l'acquift de ma parole ,.
c'est un des points de mon engangement
; & que s'il ne fauve point dans
mon Ouvrage l'éxecution détaillée , il
en juftifiera du moins l'idée principale.-
-
J'ai voulu d'abord m'affortir dans
tous les genres de fingularitez , que.
peut fournir la maniere , dont vous fouhaitez
que foit dêcrite une Contrée ,
auffi- bien affortie que l'eft l'ile de
Ceylan.
DE NOVEMBRE. 73
•
Ceylan. Cela n'a pû que produire une
affez grande abondance de faits , dont le
nombre m'a paru mériter de la méthode
dans l'arrangement. J'ai conçû , que
le tout pouvoit être embraffé dans le
cercle de quelques idées générales , qui
fe fubdiviferoient naturellement en
d'autres idées particulieres;& qu'aprés,
il me refteroit à digérer mes recherches .
J'avoue de bonnefoy , que dans l'exécution,
je n'ai pas volontiers obmis des
faits queje m'eftois donné la peine d'êcrire
; & que quand j'ai tant fait que
d'en retrancher quelqu'uns , qui me..
fembloient abfolument froids & inutiles ,
je me fuis racquité par d'autres ,
dont le fuccés & le mérite me paroif.
foit équivoque. Ces petits travaux fucceffifs
ont donné à quelques Mémoires
, l'air d'Ouvrage compler. Vous
jugez bien , Monfieur ; qu'alors , il a
fallu amener néceffairement les faits .
finguliers fuivant l'ordre le plus ordinaire
, & les coudre le plus fouvent par
d'autres faits , la plupart indifpenfa
bles ; mais , beaucoup moins particuliers
à ce que je me fuis propofé de
décrire. Il n'eft pas poffible , que ces
derniers faits foient aufli amufans
Novembre 1717. G
74 LE MERCURE
que les autres ; puifque rien n'eft
extraordinairement faillant, qu'aux dépens
de ce qui l'accompagne . Mais ,
lorfqu'on parle de Rélations & de Voyages
à la plupart des gens , il ne leur
fautpas
pas moins que des prodiges à cha
que pas qu'ils font dans les Païs , dont
l'éloignement a frapé leur imagination :
Auffi , voyent-ils fouvent des merveil
les , quand l'Homme d'efprit ne découvre
dans les chofes , que la route de la
Nature la plus commune & la plus
frayée.
Je finis cette espece de Préface par
la derniere raiſon , qui a déterminé une
certaine étendue méthodique & affortie
, à ce qui devoit fe borner à quelques
faits ifolez , travaillez fans intention
principale , qui leur affignât un ordre
fixe , & qui les accompagnât indifpenfablement
d'autres faits .
Le goût fçavant que vous avez pour
la Géographie , vous a mécontenté
fur tous ces Livres qui prétendent l'enfeigner
: Le plus grand nombre a fes
défauts marquez , & tous en général
font arides & négligez . 11 feroit d'ailleurs
à fouhaiter , que tous les Voyageurs
reffemblaffent à quelques - uns
DE NOVEMBRE.
75
d'entr'eux que vous connoiffez fort :
La plupart font ignorans ; & comme
tout les a frapé indiſtinctement , il n'eft
pas étonnant qu'ils en impofent , puifqu'ils
ne peuvent rendre que leurs idées
que le préjugé a fait naître , & que les
tenebres de l'efprit ont entretenues.
Vous m'avez fouvent paru défirer le
remede à ce mal ; c'eft- à- dire , une
méthode differtée , qui debita des faits
circonftanciés , & qui mit fous les yeux
une connoiffance fi fort à la mode . Vous
l'avez defiré comm'un Homme éclairé.
"Sur -la communication de vos idées , &
fur quelques études affez particulieres ,
j'ai fenti qu'on pourroit épargner la
lecture de tant deLivres en toutes Lan-
"gues ; & qu'un Sçavant compilateur
avec du goût , pourroit rendre par là
un fervice trés êtendus puifqu'il eft certain
, que le mérite d'acquifition êrabliroit
, ce que les lumieres de l'efprit
placeroient dans un jour avantageux
.
il me femble que la Géographie acquereroit
de nouveaux Amateurs . Elle déviendroit
propre à l'Ignorant comm'au
Sçavant Elle fauveroit un Homme
oifif de l'ennui , & délafferoit fouvent
celui qu'un travail trop affidu paroif-
Gij
76 LE MERCURE
foit avoir rendu peu capable d'aucune
application. Mais , quel profit pour le
Philofophe La Phyfique y trouveroit
les fécrets de la Nature & fes ouvrages
les plus rares : LeMéta - Phyficien
dans les moeurs des Peuples , liroit des
exemples qui aideroient à la fpéculation
, ou qui la réformeroient dans
les principes & dans les confequences.
Et puifque cela fourniroit néceffairement
, un fi grand nombre de Portraits
divers de ce que nous fommes , fuivant
les différens accidens des tems &
des lieux ; je ne fçai , fi ce ne feroit
pas le plus für moyen , de parvenir à
connoître l'histoire de l'efprit & du
coeur humain.
>
Aprés tout ce que je viens de dire ,
me conviendra- t-il de vous avouër
que j'ai fouhaité de fournir un échantillon
de ceque vous avez projetté? J'ai
travaillé , Monfieur , fans être muni
d'aucune des parties de ce mérite compofé
que la matiere demande. Je n'ai
û que celui de fouhaiter ardemment
l'exécution de quelques idées affez réflechies
; & lorfque ce défir a produit
quelqu'effai de ma part , je l'ai fait pour
quelques amis , qui m'en ont dit leur
DE NOVEMBRE. 77
avis d'autant plus volontiers , qu'ils
ont reconnu de la difpofition à les rece
voir. Je compte fur cette faveur ; &
c'eft à ce prix que je vais commencer.
Je citerai mes authorités avant toutes
chofes .
Des Rélateurs & des Hiftoriens qui
ont parlé de Ceylan.
L'Ile de Ceylan eft mentionnée
dans les Defcriptions générales de l'Afie
, telles qu'eft celle de George Fournier;
& dans les Defcriptions particulieres
des Indes , telles que font celles
de Louis Godefroy, du P. Maffée , & de
tant d'autres qu'on nous a données en
toutes Langues. Les Nations de nôtre
Couchant qui courent les Mers , l'ont
décrite , foit en tout , foit en partie . Les
Anglois- & les Hollandois ont fourni
des Rélations détaillées de leurs grands
& fréquens Voyages dans les Indes :
Outre ceux qu'on a récueillis , nous
avons les Navigations de Spielberg , de
VVibrand-van- VVaervvijek, de Val.
ter- Scultzen , & de tant d'autres : Je
n'obmetrai pas ceux qu'on nous a données
en nôtre Langue ; & ce qui fe trou-
Giij
78
LE MERCURE
ve dans les Recuëils de Ramufio , de
Parchas , de Hackluft , & de M. The
venot.
Mais , les Portugais ont, je croi , plus
êcrit qu'aucuns autres ; je parlerai de
ceux qui ont fait plus ample mention
de Ceylan , que des autres parties des
Indes Orientales. Nous avons les Décades
de Joan de Barros , traduit en
Italien par Ulloa ; celles de Joan Lavanha
, de Diego de Conto , d'Antonio
Bocarro : L'Hiftoire des Indes , les Con--
quêtes & les Découvertes des Portugais
ont efté données par Antonio de San-
Roman , Alonfo de Alburquerque ; &.
fut tout par Lopez de Caftanheda , traduit
en Italien par le même Ulloa , &
en François par Gron. La vie de Conftantin
de Saa , fameux Capitaine Portugais
, eft écrite en Efpagnol par fon
fils Rodriguez de Saa & Ménéfez . Jean
Ribeyro préfenta fon Hiftoire de Ceylan
au Roy de Portugal , l'an 1685. Il
y décrit fort en détail les guerres que
les Portugais eurent à foutenir , pour
s'êtablir dans l'Ifle , & celle qui les en
a chaffés : M. l'Abbé le Grand donna
u Public la Traduction de Ribeyro
n 1701 avec des augmentations confidéDE
NOVEMBRE. 79
rables. Il s'eft fervi de plufieurs Mémoires
MSS.; de la Rélation de Philippe
Botelho Ceylanois , de l'Hiftoire
de Gafpard Correa , des Journaux de
Damien Vieira Jeſuite , & de la continuation
de la Décade de Diego de Couto
par le Bocarro , dont le MS . eft à
la Biblioteque du Roy. Texeira , l'Hitoire
de Philippe Balde , & les Mémoires
du Jefuite anonyme fourniffent des
lumieres pour la Defcription de l'Ifle de
Ceylan. Mais , ce qu'il y a de plus détaillé
, eft la Rélation de Robert Knox
Anglois , donnée à Londres en 1631 ,
traduite en François & imprimée avec
des Figures à Lyon en 1693.
Il y a une Carte de l'Ile de Ceylan
en tête de ce Livre . Cette Carte a eſté
la meilleure qu'ait eu le Public jufqu'en
1701. que M. de l'Ile donna la
fienne, pour préceder la Traduction de
Ribeyro:Elle a efté dreffée ſur un grand
nombre de Plans & de Mémoires
MS S. que la Hollande & M. de Guenegaud
fournirent obligeament à l'Auteur
:Elle a le caractére & le merite de
tous les Ouvrages qui font fortis dū
cabinet de ce Sçavant ; mais , ce qu'elle
à de particulier , c'eft le merite d'un
Giiij
80 LE MERCURE
trés grand détail dans un Païs fi éloigné..
Voila , Monfieur , le plus grand nombre
de ceux qui ont parlé de Ceylan.
Je me fuis fervi de la plupart de ces
Auteurs . J'ai û grand foin d'examiner
dans la foule , ceux qui avoient eſté
le plus en êtat de s'inftruire & je leur ai
donné la préférence , lorfqu'il a fallu
compiler des faits. Si j'ai quelque
merite , c'est celui du choix & de l'ordonnance.
J'ai fubdivifé chaque partie
en plufieurs articles . Je vous envoye
les deux prémieres , qui vous entretiendront
de la defcription générale duPaïs ,
& des productions de la Terre Le
portrait des Habitans & l'Hiftoire de
Ceylan , feront le fujer de la troifiéme
& de la quatriéme ; vous les aurez au
prémier ordinaire.
DESCRIPTION GENERALE
DE L'ISLE DE CEYLA N.
I. Defcription du Païs.
II. Qualité du Païs .
III. Villes principales.
Je ne crois pas qu'il foit néceffaire
DE NOVEMBRE.
1
8
de deffigner ici la figure de l'Ile de
Ceylan , de détailler fa fituation à
l'égard des Etats voifins , & celle de
Les Provinces entr'elles ; de nommer les
Villes de chacune de ces Provinces ,
de fuivre le cours des Rivieres , de
parcourir les Montagnes & les Plaines :
Toutes ces chofes font préciſement le
devoir d'une bonne Carte de Géographie
, qui s'en acquite toûjours mieux
que la Defcription la plus détaillée ::
Auffi , je ne dirai gueres que les chofes
qu'elle ne peut décrire.
I..
Les Cartes de Mrs Samfon & les
nouvelles obfervations de l'Académie.
Royale des Sciences , font à peu prés
d'accord fur la Latitude de Ceylan ;
la Longitude des uns & des autres differe
confidérablement : Je parlerai de
la fituation de Ceylan , fuivant l'avis
des prémiers , pour m'en tenir cependant
aux nouvelles Découvertes af
tronomiques , dont M. de l'Ifle a fait
ufage le premier. L'Ifle de Ceylan s'etend
depuis le fixiéme dégré de Latitude
Septentrionale jufqu'au dixième ..
82 LE MERCURE
On prend ici fa longueur , depuis la
Pagode de TanaWaré , jufqu'à la Poinre
das Pedras , diftante de quatrevingt
lieues de France , à vingt au dégré.
C'est une erreur dans les anciennes
Cartes , de la placer au cent dixfeptiéme
& au cent vingtiéme degré
de Longitude ; quand elle n'eft qu'entre
le quatre- vingt dix- feptiéme degré
vingt- cinq minutes & le centiéme degre
: Sa largeur la plus étenduë d'Eft
en Ouelt , eft de cinquante lieuës , de
Columbo à la Pagode de Trincoly: Elle
a plus de deux cent lieues de tour.
Elle eft à cinquante lieues à l'Eft du Cap
Comorin ; & la Mer fait entre la cô
te de la Pêcherie & Ceylan , un Détroit
qui fe rétrécit au Nord de l'Ifle.
On dit que cette Ifle a fept Royaumes
; & je n'en fuis pas furpris , puifque
fur les côtes des Indes , chaque
petit Païs a fouvent fon Roy particulier
, comme nous le voyons dans le
Malabar & dans les Ifles de l'Orient.
Mais , pour donner une idée plus diftincte
de la domination de Ceylan , je
dirai , que deux Puiffances la partagent
: Les Hollandois poffedent pref
que toutes les côtes , & le Roy de CanDE
NOVEMBRE. 83
dy eft maître de l'interieur du Païs.
Tout obeit dans l'Ifle à l'une ou à l'autre
de ces deux Puiffances. Il n'y a que
les Bedas, Peuple fauvage , qui n'en reconnoiffent
point l'auctorité : Le petit
Pays qu'ils habitent eft au Nord de
l'Ifle ; ils confinent à la Mer , & leur
côte regarde le Nord- Est .
Les Etats du Roy de Candy s'êrendent
du Nord- Oüeft au Sud-Eft , & par
ces deux côtez, il attint la Mer : La Do
mination des Hollandois le referre du
côté du Nord, de l'Eſt , & du Sud - Oüeft;
&par- là, ils font Maîtres de prefque
tout ce qui eft maritime. Le Royaume
de Candy & la Principauté d'Ouva font
divifées en grandes & en petites parties
; celles -là répondent à nos Provin
ces , & celles -ci répondent à nos Baillages
, qu'ils appellent Corlas , &.
qu'ils féparent par de grands Bois qui
leur fervent de fortifications. On compte
jufqu'à trente deux principales Provinces
; dans chacune defquelles , il y
a des Villes , des: Châteaux , des
Bourgs , & des Villages : Tout ce Pays
eft habité par les Chingulais , Peuples
originaires de l'Ifle .
4
Les Hollandois commandent au refte
$4 LE MERCURE
de l'Iflè , & cette êtendue en emporte
bien la moitié ; ce qu'ils poffedent n'eft
pas continu. L'ancien Royaume de Cota,
qu'ils ont appellé le Pays de la Canelle,
eit Sud- Ouest & Sud- Oüeft : Ils font
Maîtres par là de plus de 70 lieuës
de côtes , & ont foûmis les Chingulais
jufques dansle coeur du Pays . Ils occupent-
là, 27 Provinces ou Corlas : Ils ont
des Places fortes fur le Rivage , & des
Châteaux-dans l'interieur du Pays . Ils
confinent à la Principauté d'Ouva , &
aux Bedas à l'Eft de l'Ifle , par la poffeffion
de trois Provinces maritimes.
Enfin , les Malabars font leurs Vaffaux
chez les Vanias , dans le Royaume deJafanapatan
au Nord de l'lfle ; & dans les
Ifles voifines , à l'Eft de la Côte de Coromandel.
II.
Comme l'Ile de Ceylan eft la clef
des Indes , il femble que l'Auteur de la
Nature ait prit plaifir à l'enrichir des
plus rares Tréfors de la Terre & à la
placer fous le plus heureux Climat du
Monde . C'eft cependant , ce que l'on
ne peut dire fans exception : Puifque,
malgré la température du Ciel , les
DE NOVEMBRE 85
Farties Septentrionales , & fur-tout le
Royaume de Jafanapatan , reſpirent un
air affez mal -fain ; & que tous les Cantons
de l'Ifle ne font pas également fertiles
& différent par la fituation.
Le Païs eft le plus fouvent montagneux
: L'Ouva , les Parties du Septentrion
& quelques Provinces Maritinies
de l'Eft , font ce qu'il y a de plus
uni dans Ceylan. Le Royaume de Candy
eft fortifié par la Nature : Dés qu'on
y entre , on va toûjours en montant , &
l'on ne trouve que de hautes & grandes
Montagnes couvertes de Bos , qui'
font trés épais dans toute l'Ifle , fi l'ont
en excepte l'Ouva & quelques Contrées
de la Partie Orientale . L'accés,
de ces Montagnes n'eft pas aifé : Les
chemins - mêmes. >
quoiqu'en grande
quantité , y font fi étroits , qu'un Voyageur
les prendroit plûtôt pour des défilez
, que pour des Routes publiques :
Ces fentiers dans les Rochers , que nous
apellons Cols & Ports , font deffendus
par des Barriéres d'épines , & par les
Habitans des lieux voifins , qui font
armez du nom du Roy , avec lequel ils
fe font obéir . Cette fituation élevée
donne au Souverain du Pais , le Titre
186
LE MERCURE
de Roy de Candy- Uda , ou de Roy fur
le haut des Montagnes.
La plus élevée de ces Montagnes eft fi
fameufe , que je ne puis m'empêcher
d'en faire ici une deſcription détaillée.
Elle fépare les Etats de Candy vers le
Midy , d'avec la Domination des Hollandois
: Les Chingulais l'apellent Hamalel
, les Européens Pic , à caufe que
La partie la plus élevée eft de figure
piramidale. Je dirai ce que j'en ai trouvé
dans Ribeyro qui en parle plus
qu'aucun autre.
de
,
Le Pic d'Adam eft à 25 lieues de la
Mer , & les Matelots le voyent encore
25 lieues en Mer : Il en a deux de
hauteur ; & avant que d'arriver à ſa
Cime , on trouve une grande Plaine
fort agréable , arrofée de plufieurs Ruiffeaux
qui tombent de la Montagne
couverte d'Arbres , & entrecoupée
de belles Vallées. Les Gentils y viennent
fouvent en Pelerinage & ne manquent
pas de s'y baigner , d'y laver
leurs linges & leurs habits , êtant perfuadez
qu'ils effacent par- là tous leurs
pechez. Ces Superftitions faites , ils
grimpent jufqu'au haut de la Montagne
par des chaînes de fer qu'on y a attaDE
NOVEMBRE. 87
2
chées ; fans quoi , il feroit impoffible
d'y monter , tant elle eft efcarpée , depuis
la Plaine jufqu'à la Cime : Le chemin
eft environ d'un bon quart de lieuë.
Sur ce Sommer eft une belle Place
toute ronde de deux cent pas de diamétre
, & au milieu de la Plaine, eft un
Lac trés profond , de la meilleure eau
qu'on puiffe boire . Près du Lac, eft une
Table de pierre , fur laquelle eft l'empreinte
d'un pied humain Gigantefque
longue de deux palmes & large de huit
doigts Elle eft fi bien gravée , que
quand elle feroit fur de la cire , elle ne
pourroit pas l'être mieux. Tous les Gentils
y ont une grande dévotion , & de
tous côtez vont en Pelerinage à cette
Table ; foit pour la voir & lui rendre
leur culte , foit pour accomplir quelques,
Veux. On a planté autour de cette
Pierre quelques Arbres : A gauche,
font quelques maifons de terre & de
bois , où fe retirent les Pelerins ; & à
main droite et une Pagode ; & tout
près , la Maiſon d'un Chantagar ou Prêtre
qui eft là , pour recevoir les offrandes
qu'on y apporte , & pour conter
aux Pelerins les Miracles qui fe font
faits en ce lieu- là , les Graces & les In83
LE MERCURE
dulgences qui leur font accordées ; &
enfin pour faire valoir l'antiquité & la
fainteté de cette Pierre , en perfuadant
à tous ces Gentils , que c'eſt- là l'empreinte
du Pied de notre premier Pere.
Mais, ce n'eft pas là le plus grand mérite
du Pic d'Adam. Cette vaite Montagne
contient dans fes flancs des réfervoirs
d'eau , qui en fourniffent prefque
toute l'Ifle : Les ruiffeaux qui tombent
de fon fommet, forment , êtant réunis
, les trois plus grandes Riviéres qui
arrofent Ceylan , & qui font croître le
Ris : La Movvilganga eft trés large &
trés profonde ; les autres prennent le
nom des lieux qu'elles parcourent : Les
Rochers les rendent impraticables pour
la Navigation commode & marchande
; mais , elles abondent en Poiffon.
J'ai dit que la qualite du Païs différoit
dans l'étendue de l'Ifle. Les Vallées
que
renferment les Montagnes ,
font d'ordinaire marécageufes , & arrofées
la plupart de belles fources :
Ces Vallées font eftimées eftre le meilleur
Terroir parce que leurs grains
demandent beaucoup d'humidité ; &
telles font les Provinces Méridionalles ,
en tirant vers le Midi , qui ne font que
de
DE NOVEMBRE.
de fertiles côteaux , que les eaux parcourent
avec abondance . Mais , voici
ce qu'il y a de particulier à Ceylan .
Quand les Vents d'Oüeit fouflent ,
les Parties Occidentalles ont de la
pluye , & c'eft là le tems de remuer &
de travailler la Terre ; cependant , ce
qui eft exposé à l'Eft , jouit d'un tems
beau & fec , & c'eft alors qu'on y fait
lá Moiffon : Au contraire , quand les
Vents d'Orient regnent , on laboure les
Parties Orientales de l'Ifle , & on recueille
les grains dans la Partie qu
voit l'Occident. Les pluyes d'un côté
& la féchereffe de l'autre , fe partagent
d'ordinaire au milieu de l'Ifle ; & la
Montagne de Canrahing qui la fepare ,
eft féche & humide en mefme tems ,
fans que cette différence foit légére .
Il pleut beaucoup d'avantage fur les
Terres hautes de Candi- Uda , quefur
celles qui font audeffous des Montagnes.
La partie Septentrionnale de
I'Ifle n'eft pas fujette à la même humidité
: La féchereffe y eft quelquefois
trés longue , & alors on n'y peut labourer
, faute d'eau , car , il n'y a dans
cette eſpace de terre que trois fources ,
& on ne compte d'ailleurs que fur les
Novembre 1717. H
go LE MERCURE
pluïes ; il eft même difficile d'y creufer
des puits affez profonds pour en tirer
de l'eau , qui garde toûjours une
acrimonie alterante qu'elle a pris dans
les entrailles de la Terre .
III.
Cette qualité de Terroir variée &
plus ou moins bonne , a peuplé le Pays
differemment. L'Ifle de Ceylan eft plus .
habitée vers le milieu , que fur les côtes
Nord-Est & Nord-Oüeft ; elle a
des Déferts en allant chez les Malabares.
Les veftiges de plufieurs Villes ruinées
nous annoncent , ce me femble ,
que ce Païs a efté plus garni qu'il ne
l'eft. Ces Villes portent encore leurs
anciens & premiers noms , fi nous en
croyons les infulaires , & ont efté habitées
par des Rois ..
Les plus magnifiques de ces, Ruines :
font au Nord des Etats du Roy ' de
Candy: La Contrée des environs eft déferte
, & comme c'eft une frontiere,
fait garde. Quatre vingt dix Rois
ont fait leur demeure dans Anurodghurro
, à ce que prétendent les Indiens ,
& c'eft de là même qu'elle a pris fon
on y
DE NOVEMBRE.
nom : Je ne fçay pourquoi l'Auteur de
la vie de Conftantin de Saa l'appelle
Amarajapure. Quoiqu'il en foit, rien de
plus fameux dans les Chroniques & dans
les Romances des Chingulais , qué ces
reftes de leur ancienne magnificence.
Come nous ne connoiffons prefque point
d'autres Ouvrages confidérables , que
ceux que les Romains nous ont laiffez ;
on veutque lesTemples & lesPalais ,dont
on voit encore de grands monumens ,
foient de la façon deces Maîtres du monde,
& qu'ils ayent efté bâtis depuis l'Empereur
Claude. D'autres croyent auffi
vrai-femblablement, que ces Ouvrages
font d'Alexandre le Grand. Mais , puifque
les Egyptiens ont partagé avec les
Grecs & les Romains , l'honneur d'avoir
connu le bon goût dans les Arts &
dans les Sçierces , je ne vois pas pourquoi
on veut ôter aux Indes le même
privilege . Je pense que quelque :
Prince plus ancien que le Conquerant
de 'Empire des Perfés , a pû élever de :
fuperbes Edifices dans FOrient , qui
peut- eftre a dégéneré. Cette Ville avoit
un Palais orné de feize cent Colonnes
d'un marbre trés fin & d'un travail
merveilleux ; un Temple fuperbe , qui
92 LE MERCURE
contenoit trois cent foixante & fix Pa
godes , dont il y en avoit vingt quatre
d'une grandeur extraordinaire , conftruits
d'une pierre trés belle & trés rare :
Cenombre de Pagodes répondoit à celui
des jours , ce qui feroit voir que
ceux qui l'ont bâtie , avoient l'année
folaire à peu prés comme nous. Auprés
de ce Temple , eftoient des étangs qui
recevoient l'Eau par des Aqueducs ; on
défféchoit ces Refervoirs & on les rempliffoit
d'Eau fuivant le befoin. Prés de
cette Ville , eft une Riviere , fur les
bords delaquelle fe voyent
quantité de pierres toutes taillées,
& quantité de ces pierres font propres
à faire des colonnes : Il
ya eu fur cette Riviere trois Ponts de
pierre , chofe maintenant prefqu'inoüie
chez les Chingulais ; ils étoient apuyez
au lieu de Pilotis fur des piliers
de pierre.
encore:
On ruina dans le dernier fiécle la fameufe
Ville de Cota , où les Empereurs
de ce nom avoient fait réfidence pendant
grand nombre d'années ; mais, à
peine peut- on découvrir les veftiges de
leur Palais parmi les broffailles &
les bois La Ville eftoit affife au miDE
NOVEMBRE.
Hieu d'un Lac ; on n'y arrivoit que par
une Chauffée affés longue & affés étroi--
te , & c'eft de ces Ruines que l'on a
bâti Columbo ..
:
Il y a encore cinq Villes dans Ceylan
, où le Roy du Païs a des Palais .
Candy eft la premiere de ces Villes.
Elle eft fituée dans les Montagnes ::
Les Originaires du Païs l'appellent
en leur Langue , la Ville du Peuple.
Chingulay Hingodagul- Neure Les
Corlas voifins font beaucoup plus penplés
que les autres , & leurs Habitáns
font regardés comme les principaux de.
l'Ifle ; fon affiéte eft avantageufe , puif
que toutes les richeffes y peuvent aborder
par le moyen de la grande Riviere
, qui paffe à un quart de lieuë :
Elle eft de figure triangulaire ; & à la
pointe de l'Eft , eft bâti , felon la coûtume
, le Palais du Roy : Elle n'eſt
point fortifiée , mais , toutes les Avenues
en font gardées. Les Portugais
l'ont brûlée plufieurs fois dans leurs
incurfions.
Nellemby- Neure.
Allout Neure , est environnée de
grandes Forêts , habitées par des
Peuples qui tiennent beaucoup des
94 LE MERCURE
Bedas , dont ils font voifins ,
Badoula , que les Portugais ont brus
lée jufqu'aux fondemens..
Digligy- Neure . Le Païs des environs
eft plein de Montagnes& de Rochers ; le
Terroir eft fterile , & c'eft le plus mauvais
Canton de l'ffle : Elle: eft au coeur
du Royaume de Candy , & le Souverain
a derriere fon Palais une retraite affùrée
; c'eft la haute Montagne de Gauluda
, qui produit affez de grains , pour
entretenir les Garnifons de trois Forts
qui y font bâtis ; elle eft efcarpée de
tous côtez.; des Rochers , des Bois &
des Précipices la deffendent fi bien ,
qu'une poignée de monde y peut tenir
contre une grande Armée .
-
-
Ce font là les grandes Villes de
l'interieur du Païs. Pour ce qui eft des
Bourgs & des Villages , les meilleurs
font ceux que les Peuples ont confacrés
à leurs Idoles , & dans lefquels ils leur
ont dédié des Devvals ou des Temples.
Mais en général , ils ne fongent
point à tirer des rues au cordeau nyà
bâtir leurs Maifons les unes auprés les
autres , ou avec quelque regularité :
Chaque famille vit en fon particulier
dans une maifon , au tour de laquelle
DE NOVEMBRE. 951
il y a le plus fouvent une haye & un
foffe , à caufe de leurs Beftiaux. Leurs
Villages ne font pas grands ; il y en a
qui ont jufqu'à cent maifons , & d'autres
n'en ont que huit ou dix.
Les Villes Maritimes fout fituées .
aux meilleurs abordages. On ne peut
pas dire cependant que les Côtes de
Ceylan foient avantageufes. Celles de
l'Eft font d'ordinaire baffes , & les Vaiffeaux
y font fans abri : Celles du Midy
font hériffées de Rochers ; la Mer
voifine y eft garnie de Bancs , qui rendent
la Rade de difficile abord & lemoüillage
peu für ; les gros Bâtimens
courent rifque de ne point trouver de
fond.En général cette Île a peu de bons
·Ports.
LeRoy de Candy n'a qu'un petit nombre
de Fortereffes fur la Côte : Les par--
ties Orientales de fes Etats fe fourniffent
de fel à Leavvavva , & celles du
Couchant à Portaloon ; feul Port , à la
faveur du quel il entretient quelque ·
commerce avec les Etrangers fes voifins.
Les Hollandois l'environnent par un
affez grand nombre de Places. Je ne
parlerai que des principales , fans mêt
96
LE
MERCURE
me nommer les autres . Voici celles
qu'ils poffedent à l'Eft & au Sud.
Columbo n'eftoit d'abord qu'une Loge
qu'on avoit pallifladée : Peu aprés
on s'eft etendu ; on a bâti un petit Fort ,
& dans la fuite on y a fait une Ville
trés jolie & trés agréable , environnés
de douze Baſtions , & ayant une Place
d'Armes ; un Lac ferme du côté de
la terre un tiers de la Ville . Elle eft fituée
dans un terrain trés mauvais ; la
Baye eft petite , peu capable de contenir
de gros Vaiffeaux , & expoſée à de
trés grands coups de Vent : Malgré toutes
ces incommoditez , elle eft la plus
confiderable Ville que les Portugais
ayent poffédée, & que les Hollandois
poffedent encore dans l'Ile de Ceylan
; parce qu'elle eft fituée dans un
Quartier, où croît la meilleure Canelle .
Ses derniers Maîtres la prirent au mois
de May de l'année 1656 ; & pour la fortifier
à la moderne , la diminuerent
prefque de moitié . Ribeyro en fait une
ample defcription
Ponto de Galle fut prife par les Hollandois
en 1640 , & elle a efté long - tems
la meilleure Place qu'ils euffent dans
Ceylan:La Fortereffe eft fur une pointe
de .
DE NOVEMBRE.
3
de terre que la Mer baigne du côté
du Nord : Elle eft entourrée d'un foffé
& debonnes murailles , flanquées de
Baftions . La fituation eft plus avantâgeufe
que celle de Columbo , & la Baye
meilleure .
Calituré & Negombo font deux petites
Fortereffes : Calituré eft dans la
plus agréable fituation du monde , à
l'extrêmité d'une belle Prairie , & fur
l'embouchure d'une Riviére .
Batécals & Trinquilimalé font à l'Eft
de Ceylan : Ce font les deux meilleurs
Ports & les plus confidérables de toute
l'Ifle. Ce fut à Batécalo que les Hollandois
abordérent en 1601 & 1602 :
Les Portugais ayant reconnu l'importance
de ces deux Ports , réfolurent d'y
bâtir quelques Fortereffes , pour boucher
tout commerce entre les Nations
Etrangères & le Roy de Candy.
Parlons du Nord de Ceylan. Jafanapatan
eft un quarré , ayant quatre Ba- ટ
ftions & quatre demie- Lunes ; avec un
Fort qui commande la Barre du Port
C'étoit la réfidence ordinaire du Capitaine
général Portugais .
La Fortereffe de l'Ile de Manar eft
petite ; mais , fa Jurifdiction eft fort e-
Novembre 1717. I
98 LE MERCURE
tendue dans Ceylan . Conftantin de
Bragance paffa dans cette Ifle en 1560 ,
pour vanger la mort des Chrêtiens , &
y porta le fer & le feu : Les Hollandois
s'en rendirent les maîtres en 1558. Elle
eft très peuplée : Elle eftoit autrefois
fameufe par la pêche des Perles ; mais
préfentement , les Huîtres retirées ſe
pêchent mieux vers Tutucorin.
Jafanapatan eft voifin de plufieurs Ifles.
L'Ille Das- Cabras a long- tems manqué
d'Eau douce ; ce qui empêchoit qu'on
T'habitat : Mais , la Foudre a ouvert
plufieurs Rochers qui fourniffent de
Î'Eau avec abondance : On tient que les
Habitans de la Pangarduia font d'une
taille prefque gigantefque. Le Canal de
Mer à l'endroit de ces Ifles qui font
en affez grand nombre , cft fi plein de
Bancs , qu'il n'y peut aller que de pctits
Bâtimens , qui courent la Côte de
Coromandel & celle de Ceylan : Ces
Bancs , qui font une eſpèce de Barre de
Ramanancor à Manar , s'appellent Adam-
Brugh , Paffage d'Adam.
Je croy avoir fatisfait à la Géographie
, & qu'avec une bonne Carte , on
doit connoître la figure , la fituation ,
DE NOVEMBRE.
99
les Provinces , les Villes , & la qualité
du Terroir de l'Ile de Ceylan. Je pourrois
intéreffer les Naturaliftes dans le
Chapitre fuivant .
DE CE QUE PRODUIT L'ISLE DE CEYLAN
ET DES ANIMAUX QU'ELLE NOURRIT.
1
I. Des Plantes , des Arbres.
II. Des Animaux.
III. Des Pierres précieufes & des
autres Denréesde Ceylan.
Ce que j'ai à dire des Peuples qui habitent
Ceylan , m'a toûjours paru l'endroit
de cet Ouvrage qui méritât le
plus d'attention : Qui mêricât la mienne
à mettre avantageufement ce Portrait
fous les yeux ; & celle du Lecteur à en
faire quelque ufage. Cette confidération
m'a porté à n'en pas compofer la
premiere Partie de ma Defcription :
Semblable à ces gens qui refervent ce
qu'ils ont de meilleur pour le dernier ;
& qui , à la faveur de l'attente , font
paffer quantité de chofes moins curieufes.
J'ai donc craint devoir négliger lo
travail le plus étendu , fi je commencois
par le plus intéreffant. Voilà ce qui fait
Iÿ
830105
100 LE MERCURE
marcher les Plantes , les Arbres , les
Bêtes , les Minéraux , avant les Hommes
: Au refte , puifqu'il eft permis de
fouhaiter ; j'ai cru qu'il valloit mieux
fe faire lire plufieurs fois , que d'amufer
une premiere & prefque unique
avec éclat : Ce défir m'a fait dire des
chofes , dont le fingulier n'eſt pas bizarre
; & par conféquent , peu convémable
à bien des gens .
I
Je commencerai par les Grains , qui
Bourriffent les Habitans de Ceylan .
Le Ris eft la principale forte. On
fçait le grand ufage qui s'en fait dans
tout l'Orient : Les Chingulais le font
bouillir , & l'affaifonnent avec une efpéce
de haut- goût que les Portugais
appellent Carrée. Il y en a plufieurs efpéces
Ils nomment chaque efpéce différemment
, felon le tems qu'il lui faut
pour mûrir , quoiqu'il n'y ait pas beaucoup
de différence pour le goût. Le plus
tardif, eft fept mois à croître , & il n'en
faut que trois au plus diligent : Le prix
eft égal ; ce dernier eft meilleur ; mais ,
il ne raporte pas tant. Il fe nomme Au
DE NOVEMBRE 101
Ifancol , les autres , Henit , Honorovval
, Hauteal & Mauvy qui eft le
plus long-tems dans la terre. l'Eau eſt
abfolument néceffaire , pour faire croître
toutes ces fortes de Ris , & ils veulent
en être toûjours couverts ; ce qui
donne des peines incroyables aux gens
du Païs , qui ont grand foin de la garder
, & de la faire venir fur leurs Terres
, par le moyen de leurs canaux.
Ils la tirent des Riviéres & des Etangs
avec beaucoup d'induftrie ; & applaniffent
avec la même adreffe , les
champs où doit croître ce qu'ils ont fe
mé; afin qu'ils foient entierement noyés :
Ils donnent à leurs Collines , la figure
d'un Amphitéatre , dont les fiéges ont
depuis trois piedsjufqu'à huitde largeur :
Les Réfervoirs font fur le fommet ; on
fait tomber l'Eau fur les premiers rangs,
qui en recevant ce qu'il leur en faut ,
la laiffent couler aux autres par dégrez .
De cette maniere , tout eft arrofé. La
provifion d'Eau dure plus ou moins ,
deux , trois , quatre , ou cinq mois ; &
c'est ce qui les régle pour l'efpéce de
Ris qu'ils fémeront : Car , le tems qu'il
doit être à marir , doit répondre abfo
lument à celui que l'Eau demeurera fur
I iij
192 LE MERCURE
la terre. Les lieux fans Riviéres & qui
n'ont que peu de Sources , ont recours
à l'Eau de la pluye qu'ils confervent
dans des Réfervoirs élevez ', d'où ils
peuvent la diftribuer fur leurs Terres.
Le Ris qu'elles produifent ne laiffe pas
que de parvenir à maturité , quoiqu'il
foit à fec le plus fouvent ; mais , cetre
forte n'eft pas fi eftimée que l'autre .
dont elle différe & pour le goût & pour
l'odeur.
LeTemps qu'on fémedans l'Ifle eft trés
incertain : C'eſt le plus ordinairement
pendant les mois de Juiller & d'Aouft,
la moiffon fe fait ainfi en Février ou à
peu prés. Les Terres êtant le plus fouvent
en commun , toute une Ville ou
tout un Village travaille conjointément.
On ne féme point que l'on n'ait labouré
deux fois ; & avant que de remuer
la terre , on arrofe les Campagnes
pour faciliter ce travail : Leurs
charues font d'une autre figure , d'un
plus petit volume & moins pefantes que
les nôtres. Quand la femence a pouffé
environ quatre ou cinq doigts, il eft tems
qu'elle foit couverte. Ils moiffonnent
ainfi que nous ; mais , aulieu de battre
leurs grains, ils les font fouler aux pieds
DE NOVEMBRE. 103
par des beftiaux , ce qui eft beaucoup
plus prompt & plus aifé.
Le Pays, outre le ris , fournit plufieurs
autres espéces de grains ; mais qui n'en
approchent point en bonté , & c'eft la
nourriture des pauvres gens : Quand il
leur manque , ils ont le Coracan petite
graine femblable à celle de la moutarde
, & qui leur donne une espece de farine.
Le Tanna eft d'un grand ufage
vers le Nord de l'Ifle : Cette graine eft
auffi petite que l'autre,mais ,je ne croy
pas qu'il y en ait aucune forte qui produife
d'avantage ; un feul grain porte
d'ordinaire deux , trois , quatre , & jufqu'à
cinq Tiges , fuivant le terroir plus
ou moins avantageux ; & fur chaque
tige , eft un épic, qui renferme juſqu'à
mil grains. L'Omb fe mange comme
le Ris : Quand elle eft venue en certaine
Terre , & qu'elle eft encore nouvelle
, elle caufe un effet affez êtrange
elle remplit un homme d'une efpece
d'ivreffe , & excite des maux de coeur
& des vomiffemens . Ils fe frotent le
corps de l'huile que leur donne le Tolla.
Ceylan ne manque pas de Plantes de
toutes efpeces , de Racines , d' Herbes , de
Légumes , comme Inhames & Batates.
I ij
10.4 LE MERCURE
Quelqu'unes de ces herbes font pro
pres à la Médecine : Les bois font les
boutiques de Pharmacie , oùles Chingulais
vont chercher des remedes à
leurs maladies. Ils ont la plupart de nos
herbes nourriffantes , & les Hollandois
leur en ont porté de chez nous qui
viennent à merveille ; ce qui eft un
grand témoignage de l'excellence des
Terres de ce Païs.
Les Vallées & les Collines y font en
tout tems couvertes de Fleurs , & les
Vergers font- ordinairement fur des
Ruiffeaux clairs , comme le plus beau
Cryftal. La plupart de ces Fleurs font
cependant fauvages ; car , on n'en
plante point-là : Plufieurs font trés odoriférantes.
Les jeunes gens les cüeillent
& les mettent dans leurs cheveux pour
les parfumer. Celle qu'ils appellent
Sindrie- Mal eft digne de remarque :
Il y en a de rouges & de blanches ;
elle s'ouvre fur les quatre heures aprés
midi , & demeure épanouie toute la
nuit ; le matin, elle ſe referme jufqu'à 4
heures qu'elle fe rouvre ; en un mot ,
elle leur fert d'Horloge , quand le Soleil
eft caché .
Mais les fruits font meilleurs à CeyDE
NOVEMBRE. 1ος
lan , qu'en aucun autre endroit des
Indes .
Celui des Tacks & fa racine font d'un
grand uſage chez les Chingulais ; ils en
mangent à peu près , comme nous mangeons
ici des Navets ou des Choux ; ce
Fruit eft affez gros , pour pouvoir raffafier
fix ou fept perfonnes . Ils en ont quantité
de fauvages , qui reviennent affez aux
nôtres. Ils ont de petits Limons , des
Citrons , des Melons d'Eau , des Oranges
douces & aigres ; & une autre efpéce
particulière qu'ils appellent Orange
du Roi , Mangos , & qui peut-être ,
eft le plus excellent Fruit qu'il y ait au
Monde : Le Cardamome vient dans
cette Ifle fi grand & fi gros , que fix
Cardamomes de Cananor n'en égalent
pas un de Ceylan.
Les Arbres y portent fouvent des fruits
deux fois l'année ; il y en auroit même
beaucoup d'avantage , fi fes Habitans
les eftimoient. Ils n'y cherchent que ce
qui peut appaifer leur faim , fans être
piquez du goût agréable ; ce qui fait
qu'ils les cücillent & les mangent prefque
tout verds : Delà vient qu'ils ne plan.
rent gueres que ces Arbres dont le
Fruit eft raffafiant , ceux qui produifent
Iij
106 LE MERCURE
du Fruit délicat , viennent d'eux - mêmes ,
parce qu'il tombe lorfqu'il eft mûr , que
fa femence reprend en terre , & produit
naturellement un autre Arbre.
Entre les Fruits dont les Chingulais
font le plus de cas , eft celui qu'ils
nomment Noix de Bétel , qui ne croît
que dans les Parties Méridionales &
Occidentales de l'Ifle. S'il n'y a que peu
d'argent dans le Pais , on s'y fournit
de tout ce qui eft néceffaire par le moï--
en de cette Denrée , qui fe tranfporte
ordinairement fur la Côte de Coromandel.
Les Noix croiffent au haut de l'Arbre
par pelotons : Elles font , êtant mûres
, d'une couleur rougeâtre , trés agréables
à la vûë ; & tel de ces Arbres
en produit jufqu'à quinze cent . Ce Noyer
eft moelleux dans le coeur, le bois en
elt pourtant trés dur . Sa feüille reffemble
en quelque façon à celle de l'Arbre
qui porte le Coco : Elle eft longue
de cinq ou fix pieds , & à chaque côté
font deux autres petites feuilles , qui
produifent quelque chofe de femblable
aux barbes d'une plume.
On mange beaucoup de ces feuilles
à Ceylan. Quoique l'Areka croiffe en
beaucoup d'autres lieux ,, que
dans cetDE
NOVEMBRE. 107
te Ifle ; il s'y en fait un commerce fi
confidérable , que je crois en devoir
dire quelque chofe . Cet Arbre qui eft
droit , devient très haut ; fes branches
font pendantes , & forment comme des
bouquets de plumes vertes ; fon fruit ,
quoiqu'un peu aigre , eft trés agreable
au goût : On ne le prend gueres que
mêlé avec de la chaux , & envelopé
d'une feuille de Bétel. Mais , l'ufage
de l'Areka ainfi préparé , eſt ſi grand ,
qu'il n'y any Homme, ny Femme, ny Indien,
ny Portugais, ny Hollandois , qui
n'en ait toûjours la bouche pleine : Ön
prétend qu'il rend l'haleine douce
qu'il affermit les gencives , qu'il nétoye
& fortifiée l'éttomach . Aufli , dans
toutes les vifites & dans les Feſtins
on préfente le Bétel . Les Chingulais
lui atribuent leur bonne fanté & leur
longue vie Il est vrai qu'on en voit
beaucoup de tout Sexe , qui paffent
quatre - vingt ans avec toutes leurs
Dents , que ce fruit rend noires.
:
L'Arbre Orula produit un fruit ref
femblant à l'Olive , duquel ils fe fervent
pour fe purger & pour teindre
en noir.
Le Capita- Gonbah porte un goût de
>
108 LE MERCURE
médecine Les Bêtes n'en veulent :
pas
manger ; & comme il ne s'en trouve
point dans l'Quva , on croit que c'eſt
l'odeur de cet Arbre , qui fait mourir
le Bétail de cette Contrée , quand on
le méne en d'autres Provinces.
Si les Chingulais fçavoient aider la
Nature par des foins , leur Ifle fourniroit
autant de Poivre que Canara, Cochin,
Coulaon, & que tout autre endroit
de l'Orient : Mais , ce peu qu'elle produit,
eft auffi le meilleur & le plus cher.
La tige de cet Arbre eft auffi foible
que celle du Lierre .
PARLOS DE CEUX QUI SONT SANS FRUIT.
Les Infulaires en refpectent beaucoup
un , qu'ils appellent Boga- hah Arbre
de Dieu : Les Vieillards le plantent &
le cultivent avec foin ; & comme ils
croyent , que Buddon , une de leurs Divinités
, le repofoit fouvent fous fes
ombrages , ils regardent la vénération
qu'ils lui portent , comme un des chemins
du Ciel .
Ceylan produit encore plufieurs
efpeces d'Arbies très fingulières . Je décrirai
quelques-uns de ces Arbres , qui
ne portent rien de bon à manger :
Neantmoins , les feuilles de l'un , le
DE NOVEMBRE. 109
jus de l'autre , & l'écorce du troifiéme ,
font trés récommendables par l'ufage
que l'on en fait.
Le Tallipot eft le premier de ces Arbres
: Je l'ai trouvé,nommé Talagas ou
Talagaya dans les Auteurs Portugais .
Quoiqu'il en foit , on ne le trouve que
dans le Malabar & dans quelques endroits
de Ceylan . Il croît jufqu'à la hau
teur de foixante ou foixante& dix pieds ,
pendant trente ans , fans pouffer aucune
fleur ny aucun fruit : Au boût de
ce tems , il fort de fonfommet une nouvelle
tige, qui en moins de quatre mois ,
s'éleve de prés de trente pieds ; & alors,
toutes les feuilles tombent : La Tige &
l'Arbre paroiffent comme un Mas de
Navire , & environ trois mois aprés
cette tige pouffe diverfes branches
qui fleuriffent pendant trois ou quatre
femaines Ces fleurs font jaunes &
d'une odeur infuportable. Elles fe convertiffent
en fruits qui ne mûtiffent
qu'en une demie année ; mais , en fi
grande quantité , qu'un feul Arbre peut
en fournir toute une Province : Alors , la
tige fe féche & l'Arbre meurt. Ce fruit
eft gros comme nos cerices ; les filles
le mettent en couleur , & en font des
IIO LE MERCURE
bracelets & des colliers , dont elles fe
parent. Mais , la Feuille du Tallipot eft
ce qu'il a de plus fingulier. Ces feuilles
font d'une telle grandeur , qu'une
feule peut couvrir quinze ou vingt hommes
, & les garentir de la pluie ou du
Soleil : Seches , elles font fortes & maniables
, Les Chingulais en portent ;
car , elle fe peut refferrer comme un
éventail , & alors , elle n'est pas plus
groffe que le bras, & eft trés légere : Elle
eft ronde naturellement ; mais , ils
la coupent en triangle ; l'angle aigû
qu'ils mettent pardevant , leur ouvre
le paffage au travers les buiffons : Les
Soldats en font des Tentes , ce qui eft
trés commode dans un Païs fujet à la
pluïe , & où le peuple marche nud :
Comme elles font fort dentelées &
prefque fenduës , on eft obligé de les
coudrepar les extremitez : On en couvre
les Maifons ; on écrit deffus avec
un ftilet , l'uſage du Papier étant encore
inconnu chez ce Peuple. La moëlle
& le fuc de cet Arbre ont , à ce qu'on
prétend , la même vertu que l'Epic
que produit Ceylan , & dont parle Texeira.
Cet Epic eft femblable à l'Epic
d'Orge ; mais ; il eft plus noir & plus
DE NOVEMBRE . III
barbu : Eftant appliqué fur le ventre
d'une Femme enceinte , il la fait acoucher
aufli- tô ; & l'on ajoute , que s'il
y reftoit trop longtems , l'Enfant tomberoit
par morceaux , & que la Mere
auroit une perte de Sang que rien ne
pourroit guérir. Je croy que c'eft l'Ecbolmin
des Grecs , & la plante que les
Chingulais apellent Adhatoda.
La Liqueur que rend le Ketulé , eft
extremement douce , trés agréable &
trés faine . Quand on la fait bouillir ,
elle prend une certaine confiftance: On
peut la rendre blanche ; & alors , elle
forme unfucre qui ne céde au nôtre
ny en utilité ny en bonté. Les Arbres
communs en rendent douze pintes par
jour. Son écorce eft pleine de filets auffi
forts que du fil d'archal , & l'on en
fait de la corde.
Mais , une des plus grandes richeffes
de Ceylan, eit le débit de la Canelle.
Cet Arbre croît en divers endroits
du monde : Ily en a à la Chine,à la Cochinchine
, dans les Illes de Trinor &
de Mindanao , dans le Malabar ; & depuis
quelques années , les Portugais
en ont tranfplanté dans le Bréfil , où
elle vient bien , fans aprocher cepen112
LE MERCURE
dant pour la bonté , de celle de Ceylan.
Encore , le Canellier ne vient - il
pas généralement par toute l'Ifle : On
ne le trouve que depuis Grudumalé
jufqu'à Tanavvaré ; il y en a une Forêt
de douze lieues prés de Chilaon ;
l'excellente Canelle eft celle que l'on
cueille entre Ceira - Vaca & Columbo .
Les Chingulais apelent l'Arbre qui la
porte , Gorunda - Goubah. Texeira dit ,
que les Perfes & les Arabes , qui en
confument beaucoup plus que nous , diftinguent
les différentes efpeces par
deux noms Kerfah , eft celle de Malabar
& qui n'eft pas de Ceylan ; Dar-
Chini- Seylani Bois de la Chine de
Ceylan, eft celle que produit cette ifle :
En effet , les Chinois en faifoient le
plus grand trafic ; & d'Ormus , ils la ditribuoient
dans toutes les parties de
nôtre Continent ; on prétend même , -
que fon hom latin Cinnamomum derive
du Chinois Sin & Ha-mama , qui
veut dire pied de Pigeon. Cet Arbre
n'eft pas grand ; fon bois ne rend aucune
odeur , il eft blanc , & n'est pas
plus dur que du Sapin. Sa feuille , qui
ne tombe jamais malgré les pluies ,
reffemble affez à celle du Laurier pour
DE NOVEMBRE.
.
la couleur & l'épaiffeur ; quand elle
commence à pouffer , elle eft rouge
comme de l'écarlatte : Ces feuilles
meurtries ont plus l'odeur du cloud.
de Girofle que de la Cannelle. L'Arbre
porte un fruit deux fois l'année ;
mais , ordinairement plus mûr au mois
de Septembre , & qui reflemble au
gland fans être auffi gros : Ce fruit n'a
pas tant de goût que l'Ecorce Etant
boüilli dans l'eau , il jette une huille.
qui furnage , & qui , quand elle est
congelée , eft odoriferante , & devient
auffi dure & auffi blanche que du fuif.
On fçait que ce Canellier fe ce Canellier fe dépouille
, ce qui ne fe fait que tous les trois
ans ; la premiere année qu'il est dépouillé
, il paroît comme mort : Op
fend l'Arbre en long , pour avoir cette
précieufe écorce qui eft affez blanche
; mais , qui prend à l'air une couleur
brune , & fe ploïe , comme nous
la voyons . Au refte , le Forêts en font fi
épaiffes , qu'un Homme ne fçauroit y
entrer La chaleur du Climat & l'hu
midité de la Terre le font germer ,
prefque auffitôt qu'il tombe ; & ces Arbres
croiffent fi vite & fi facilement ,
qu'une Loi oblige les Habitans à né-
K
114 LE MERCURE
toyer les chemins ; s'ils étoient une année
fans le faire , l'épaiffeur des Forêts
empêcheroit toute communication.
Cette féracité de Terroir ne peut
qu'engendrer bien des Bois , en un Païs
qui n'eft pas garni de Peuples dans toutes
fes parties. On y eftime beaucoup
le Bois de Bréfil , que les Indiens apellent
Sapaon. Ces Forêts d'Arbres de
toutes especes, produifent des Gommes
de plufieurs fortes , dont on fait affez
grand débit.
Mais, ce que nous connoiſſons des
opérations de la Nature , dans ce que
produit la Terre de Ceylan , a êté dêcrit
par un Sçavant Botanifle , dont
l'Ouvrage eft imprimé à Leyde : Il y
renvoye les Lecteurs curieux d'un plus
grand détail dans cette mariere.
II.
L'ordre le plus naturel veut que ce
foit ici le lieu de faire mention des
Animaux. Il y en a dans Ceylan qui
font prefque uniquement à elle ; beau
coup lui font particuliers en bien des
chofes ; elle en a qui lui font communs
DE NOVEMBRE. 176
avec prefque toutes les Contrées de
l'Univers .
On y trouve toutes fortes de provifions
pour la vie ; des Vaches , des Bufles
, des Chévres , des Cochons , mais
point de Brebis. On y chaffe les Sangliers
, les Cerfs , les Merus , les Gazelles
, les Daims , les Porcs- Epics ,
les Civettes & les Liévres qui s'y trou
vent en quantité ; & une efpéce de
Lézard nommé Talagoya , qui eft long
de trois palmes , & d'un goût excellent
: La Terre y eft couverte de Gibiers
, comme de Paons , de Tourterelles,
de Pigeons , de Perdrix , de Bécaffines
, de Gelinotes de bois , de Bécaffes ,
d'Oyesfauvages , de Canards , de Vanneaux.
Les Riviéres & les Etangs dont
nent abondament d'excellent Poiffon ,
& des Coquillages. L'air eft rempli
d'Oyfeaux de toutes espéces , qui cependant
,vont rarement en bandes comme
ici ; plufieurs de ces Oyfeaux font
d'un beau plumage ; tels font de petits
Perroquets verds , qui ne peuvent apprendre
à parler ainfi que les Mal-
Covvda & les Can- Covvda , dont l'habir
eft d'un jaune d'or ; le Carlo fait
en récompenfe un bruit épouventable .
kj
115
LE MERCURE
qui fe fait entendre d'une demie lieuë.
Ön nourrit des Animaux domestiques ;
des Poules, des Coqs d'Inde , des Chiens,
des Chevaux , & des Anes : Les Bêtes
Sauvages n'y font pas grand mal aux
Hommes , à caufe de l'abondance des
Troupeaux ; les Forêts ont des Lyons ,
des Tigres , des Ours , des Jacols , &
l'efpéce de Taureau nommé Gauvera ,
dont le dos eft élevé , l'échigne aiguë
& les extrémitez des Jambes blanches.
Il y a des Eléphans fauvages , il y
en a de familiers : Mais , qui ne fçait
combien Ceylan en produit ? Ceux
qui habitent les Bois , font trés dangereux
: Ils courent bien plus vite qu'un
Homme ; outre qu'ils tuent fouvent du
monde , ils ravagent les Vergers & les
Plantations , fur - tout au bord des Forêts
; car , ils mangent & foulent tout
aux pieds , ce qui oblige quelquefois
de faire garde la nuit. Quand il arrive
, que ny les illuminations des Torches
, ny les cris ne peuvent les mertre
en fuite , on les tire avec des Fléches
; mais ce n'eft pas fans encourir
quelque danger. Ils fe chaffent dans la
Partie Méridionalle de l'Ifle , entre
Maturé , & Vvalavve , apparemment,
DE NOVEMBRE. r17
parce qu'ils y font en plus grand nombre
qu'ailleurs. Lorfqu'on veut les avoir
, on leur méne des Femelles
qu'ils fuivent partout , & qui les conduifent
à travers les champs : Alors , ils fe
prennent dans des filets & quelquefois
on les pouffe dans des mares d'eau . Rien
n'eft plus aifé à apprivoifer : En trois
jours, ils deviennent auffi doux & auffi
traitables , que ceux que l'on a depuis
plufieurs années ; & dés- lors , ils ne retournent
plus au Bois. La meilleure maniére
de les dompter, eft de ne les point
laiffer dormir les premiers jours de leur
captivité. On les réveille quand ils s'endorment,
par de grands coups,puis on les
Aate & on les careffe . An refte ,il eft non
feulement le plus grand de tous les Animaux
, mais auffi le plus intelligent.
Aucun n'aime fi fort fes petits : Ils vont
par bandes dans les bois , & ont à leur
tête un Chef , auquel ils femblent obéir
tous Ils fe plaifent dans l'Eau ,
& nagent à merveille . Je remarquerai
qu'il n'y a que les Mâles qui ayent
des
dents , & que ces dents ne tombent jamais
; qu'on coupe par le bout celles
des Eléphants privez , afin qu'elles
croiffent mieux . Quelques Auteurs ont
:
118 LE MERCURE
écrit qu'ils ne fe couchoient point , que
lorfqu'ils font prêts de mourir ; mais
c'est une vieille erreur dont on eft revenu
: Ils fe couchent toutes les nuits ,
& mefme ils fe courbent & ſe baiffent
quand on les charge : Il est vrai qu'en
voyage , ils ne fe couchent gueres ; &
s'ils le font , c'eft qu'ils font fi las & fi
fatiguez , que c'eft fouvent pour ne fe
relever jamais . Il est des tems que les
Eléphans mâles ont une infirmité qui
les rend enragez ; de forte que perfonne
ne peut les gouverner : On eſt
ordinairement prévenu par une espéce
d'huile qui leur coule de la jouë , &
d'abord on les attache par les jambes
à de gros Arbres. Le Roy de Candy en
a quantité : Il s'en fert pour éxécuter
la juftice ; pour cet effet , on arme leurs
dents d'un fer bien éguifé , & qui a z
trenchans. Ils percent le corps d'un
Homme & le déchirent en pièces.
Ceux qui font commis à la garde de
ceux- ci , s'en divertiffent quelquefois
de cette maniére : Ils commandent à
cet Animal de prendre de l'Eau qu'il
tient dans fa Trompe , jufqu'à ce qu'ils
lui ordonnent de la jetter fur quelqu'un;
il obéit auflitôt , verfant quelquefois
DE NOVEMBRE, 119
un feau entier , & la jettant d'une telle
force qu'un homme a fouvent de la peine
à le fouffrir , fans en eftre renverfé.
In vend cet animal ' felon fa taille . Le
plus grand a neuf coudées , depuis lá
pointe du pied jufqu'à l'épaule , & chaque
coudée est évaluée mille Pardaons ,
Les Mores ou Mahometans qui en achetent,
donneront autant pour un Eléphant
de Ceylan , que pour quatre d'un autre
Païs , qui femblent reconnoiftre cette
fuperiorité , & la témoignent par quelque
figne exterieur.
Les Singes de l'Ifle différent de ceux
des autres Païs en plufieurs autres chofes.
Ribeyro dit qu'il y en a de cinq
efpeces : Les forefts , & furtout celles
du Royaume de Jafanapatan , en font
trés peuplées . Il s'en trouve d'auffi
grands que nos Epagneuls , ayant le poil
gris , le vifage noir , & de longues barbes
blanches d'une oreille à l'autre ;
ce qui fait qu'on les prendroit pour des
vieillards : Ceux qu'on appelle vvanderous
, font differenciez par la couleur
car avec la barbe , ils ont le corps &
le vifage blanc ; des feuilles d'arbre
font leur nouriture . Les Rillors ne
vont que par troupes , ravageans le
;
·T20 LE MERCURE
grain qui croît dans les Bois , & quelquefois
les jardins ; ils ont la face
blanche fans barbe , mais avec de longs
cheveux fur la tête , qui tombent comme
ceux d'un homme.
Les Infectes font à peu -prés les mêmes
qu'aux Indes.
Les Fourmis font prefque toutes fort
groffes. Il y en a de plufieurs fortes,
dont quelques unes meritent d'eftre remarquées.
Les Coumbias & Tale- Coumbiasfont
celles qui reffemblent le plus
aux nôtres par la figure ; elles habirent
les troncs d'arbres , & fentent fort
mauvais : Il y en a d'autres , nommées
Dimbios dont les nids font de feuilles
fur les arbres les plus élevez :
Les Coura - atch fe pratiquent des
fentiers fouterrains : Les Coddia font
d'un beau noir & leur piqueure eft dou-
Loureufe ; mais , l'efpece de Vacos eſt
plus nombreufe qu'aucune autre . La
terre en fourmille , pour ainfi dire :
Elles ont le corps blanc & la tête rouge
; elles dévorent tout , montent le
long des murailles , & fe font avec de
la terre , une maniere de voute qu'elles
continuent en arcade, tout du long de
Teur chemin , à quelque hauteur qu’-
elles
DE NOVEMBRE. 12
1
elles aillent : Dans les endroits inhabités
, elles élevent de petites mortagnes
de quatre , cinq , ou fix pieds ; la terre
en elt fi fine , que le Peuple en fabrique
fes Dieux , & fi bien liée , qu'on auroit
de la peine à abattre ces demeures ,
que les Chingulais apellent Humboffes :
L'Interieur eft percé de routes que les
Vacos habitent, & où elles engendrent ;
leurs nids font remplis d'oeufs & de jeunes
fourmis : Comme elles multiplient
extremement auffi meurent- elles par
pelotons ; il leur vient des ailes , &
pour lors , elles s'élevent dans l'air vers
l'Occident en fi grand nombre , qu'on
a de la peine à voir le Ciel ; on les perd
bientôt de vue , car , elles ne cellent
point de voler , qu'elles ne foient épuifées
de force , & qu'elles ne tombent
mortes.
,
Il y ades Abeilles de plufieurs fortes .
Celles qui répondent aux nôtres , s'ap
pellent Méemaffes : Ces Connameya ou
Abeilles aveugles , font petites , & les
gens du Pays n'en font aucun cas : Celles
qu'ils nomment Bamburos .font plus
grandes & d'une couleur plus vive que
nos mouches ; leur miel eft clair commie
de l'eau , & elles le font fur les plus
Novembre 1717. L
122
LE MERCURE
1
hautes branches des arbres ; en certain´
tems de l'année , des Villes entieres
vont dans les bois chercher ce miel dont
elles reviennent chargées .
Mais , fi Ceylan a reçû du Ciel de
il femble
l'Auque
grands avantages
, teur de la Nature ait voulu compenfer
le bien par des maux. Elle eft fort
incommodée
des Serpens : Ils font de
figure diverfe , & répandent
differemment
un Venin , qui n'opere pas de la
même maniere .
&
Les moins dangereux font : Le Gerende
, qui eft le plus nombreux ,
qui n'en veut qu'aux petits Oifeaux &
aux Lapins; le Carovvla , que les Chats
mangent le Lézard Kiekanella ; le
Kobbera- Guyon , de cinq ou fix pieds de
longueur , à qui la langue eft bleüe &
fourchüe,femblable à un éguillon;mais ,
qu'il ne tire que pour fiffler & non pour
mordre . Le Tolla - Guyon , qui n'eſt pas
fi grand , eft le meilleur manger des
Chingulais : L'Araignée , qu'ils appellent
Democulo , eft longue, velue, noire ,
tachetée & luifante ; fon corps eit de
la groffeur du poingt , & les autres
membres y font proportionnés
; fa bleffure
n'eft pas mortelle , mais , elle rend
DE NOVEMBRE. 123
quelquefois les gens infenfez .
Ce qu'il y a de plus venimeux eſt
auffi ce qu'il y a de plus rare . Un de
ces Serpens n'a que deux paknes de
longueur ; il eft de couleur brune &
particulierement fous le ventre ; dés
qu'on en eft atteint , l'on tombe dans
un fommeil profond , & l'on meurt en
peu de tems , fi l'on n'eft
promptement
fecouru : La morfure d'un autre excite
un tranſport de furie , que la mort fuit
au bout de vingt- quatre heures : Mais ,
le plus terrible de tous eft celui , dont
le Venin eft fi prompt & fi violent ,
que dés qu'un homme en eft piqué , le
Sang lui fort par tous les pores , fans
qu'il y ait de remede : Il y en a un qui
eftverd, & qui n'eft pas plus gros qu'une
corde de Violon , de la longueur de
trois palmes , & qui tire , à ce qu'on
prétend , les yeux de ceux qu'il attaque
. Ce que je vais dire d'un autre de
la même êrenduë , paroîtra peat-être
fabuleux & incroyable : Il fe perche
fur un Arbre , & s'élance fur quelque
Animal qu'il voye paffer ; en quelque
endroit qu'il s'attache , la chair tombe
par morceaux de fa groffeur , & l'Animal
bleffé demeure immobile , le Ve-
Lij
124
LE MERCURE
nin agiffant toûjours interieurement ,
fans qu'il en paroiffe prefque rien au
dehors : Quelques Curieux ayant ouvert
des Animaux que ce Serpent avoit
tués , on leur a trouvé toute la chair
hachée & pourie , quoique la peau fur
entiere
Celui que les Chingulais appellent-
Pimberah & les Portugais Cobra - da-
Serra , a le corps auffi gros que celui
d'un homme , & il eft long à proportion
: Cette étendue l'empêche d'aller
vîte ; pour y remedier , il fe cache
dans les fentiers , & il arrête les Dains
& les Geniffes avec une efpece de Cheville
, qu'il porte à l'extremité de fa
Queue Mais , telle eft la capacité de
fon ventre , qu'il avale quelquefois un
Chevreuil tout entier avec fes cornes ,
qui cependant le crevent & le tuënt
affez fouvent. Les Cafres d'Afrique
font trés friands de ces Serpens de la
Montagne , & les trouvent trés délicats
.
:
Les deux efpeces de Polonga en veulent
également au Bétail .
Ils font grands ennemis du Cobrade-
Capello des Portugais . Celui-cy eft
trés refpecté des Chingulais
, & tous
DE NOVEMBRE 5 125
les Indiens font convenus de l'appel
ler, Noya- Rodgerah, ou Naghaia le Roy
des Serpens : Ils croyent que s'ils en
tuoient un , tous les autres de la même,
efpece vangeroient fa mort fur toute,
la Famille du Meurtrier. Il eft de couleur
grifâtre , & long de quatre pieds :
La moitié de fon corps eft quelquefois.
debout pendant deux ou trois heures ;
il ouvre alors la gueule toute entiere ,
de forte qu'à voir fes yeux , on diroit
qu'il porte une paire de lunettes. Ce
Serpent eit trés commun & trés dangegereux
; le meilleur préfervatif contre
les morfures , eft de manger de la femence
d'un Arbre qui n'eft pas rare
dans le Païs , que les Malabares nomment
Caniram & les Bramins Caro.
L'antipatie que le Mangus a pour
tous les Serpens , demande quelque
mention Cet Animal n'eſt pas plus
gros qu'un Furet : Il livre une cruelle
guerre à tout ce qui eſt venimeux ; .
quand il fe fent bleffé , il a recours à
une certaine herbe qu'il mange , &
qui eft pour lui un merveilleux contrepoifon
.
Si les Senfuës ne font pas ce qu'il y
a de plus dangereux , elles font du
Liij
126 LE MERCURE
moins ce qu'il y a de plus incommode
à Ceylan Prefque toutes les Provinces
en font remplies , & elles font fort
groffes ; les plus petites font cependant
les plus à craindre : Quand il pleut ,
la Campagne en eft couverte : On ne
peut faire un pas dans les Bois , qu'on
n'en foit attaqué ; elles montent aux
jambes & aux cuiffes des Chingulais
qui marchent pieds nuds , & s'y attachent
fi fort , qu'on ne peut leur faire
quitter prife , qu'elles ne regorgent de
Sang: Il arrive quelquefois, la nuit, qu'elles
attrapent le vifage , & qu'elles feigment
jufqu'aux Gencives . Celles qui
viennent dans les eaux & dans les lieux
où l'on féme le Ris , ne font point de
mal.
III.
J'ai promis un Article qui doit traiter
des Denrées qui font les Richeffes
de l'Ifle. Outre celles que j'ai décrites ,
en faifant mention des Fruits de la
Terre , & des Animaux qu'elle entretient
, elle a beaucoup de Fer dont on
peut faire de l'Acier Elle a du Salpêtre
& du Soufres de la Mine de
DE NOVEMBRE. 127
Plomb , de l'Ebeine , du Mufque , de
la Cire , & du Coron qu'elle produit.
en affez grande quantité , pour donner
des Etoffes & des Habits à tous fes
Habitans Le Royaume de Cota fournit
tous les ans aux Indes un Sable >
duquel il fe fait un grand débit. L'Ifle
Das-Cabras nourrit des Chévres , qui
portent le meilleur Bezoard de tout
Ï'Orient ; & dans celle qui lui eft voifine
, on trouve une herbe appellée
Zaye , dont la proprieté eft de teindre
en cramoify ; le commerce en eft confidérable.
Mais , peut- être qu'aucune Contrée
de l'Univers ne produit autant d'efpéces
de Pierres précieufes que Ceylan .
Celles dont on y fait le plus de cas ,
font les Teux de Chat . Cette Pierre eft
prefque inconnue dans nôtre Europe :
Elle eft ronde ; il y en a de fort groffes ,
qui péfent plus que toute autre du même
volume ; on fe contente de les laver
fans les travailler Car , il femble
que la Nature ait pris plaifir d'y
ramaffer toutes les plus belles & les
plus vives couleurs qu'elle puiffe produire
, ces couleurs , en remuant la
Pierre , forment un combat entr'elles ,
Liiij
128 DE NOVEMBRE
.
à qui l'emportera pour le brillant , fans
que pas une ait l'avantage fur l'autre.
Les Rubis font plus beaux dans cette
Ifle , qu'en aucun autre lieu du Monde.
Il s'y trouve des Saphirs de deux
fortes : Les plus précieux font fort durs&
d'un bel azur; les Mores eftiment beaucoup
les Topazes ,parcequ'il y en a d'une
grandeurfinguliére.Il s'y trouve des Iaeintes,
des Verlis , des Taripos, dont on fait
là , auffi peu de cas que nous pourrions
faire ici du fable & des cailloux de nos
Rivières. Ces Infulaires fçavent cependant
blanchir fi- bien quelques- unes
de ces Pierres , qu'il faut être habile ,
pour ne les pas croire des Diamans les
plus fins . Cette adreffe les porte à des
Ouvrages de Crystal , qu'ils tirent
rouge & verd de leurs Montagnes.
J'ai parlé des Salines de Ceylan ,
fur-tout de celles qui font entre Leavvavva
& Velavve : Il y en a d'autres
fur le Canal qui fait une Ile de Calpentin.
Les Chingulais difent , qu'il y
avoit autrefois fur la Côte d'Eft , un petit
Royaume maritime nommé Saula ,
dont les Terres baffes furent un jour
fubmergées par la Mer extraordinairement
enflée , & la Plaine auparavant.
DE NOVEMBRE. 129
fertile , changée en une Aire de Sel.
Ileft fort dur , mais il ne vaut rien
pour faler des viandes que l'on voudroit
garder.
Le Sel n'eft pas le feul don que la Mer
faffe à ce Pais ; elle contribue par bien
d'autres chofes à fon abondance . Elle
pouffe vers le Nord- Oüeft de l'Ie , une
quantité prodigieufe de Branches de
Corail : On fçait que le noir eft plus
eftimé que le rouge en plufieurs endroits.
Mais , outre la Pêche de l'Ambre
, dont les morceaux font d'une gran
deur extraordinaire , je ne dois pas
me taire fur celle des Perles , qui fe
fait le long de la Côte d'Aripo .
Cette Pêche & celle du Cap Como .
rin, ont êté décrites fort en détail par
un grand nombre de Voyageurs. Vers.
le commencement de Mars , ilfe trouve
fur cette Côre , quatre ou cinq mil
Barques pourvûes & payées par des
Négocians de toutes Nations , qui
traitent avec le Roy de Ceylan , pour
la permiffion de pêcher . La Pêche
commence le onzième de Mars , & finit
au vingtiéme Avril. La Foire dure
cinquante jours. Les Marchands y logent
fous des Tentés magnifiques : On
30 ' LE MERCURE
y vend toutes fortes de Marchandifes
des plus riches ; des Pierreries de toutes
les espèces , de l'Or en barre , des
Pataques , des Tapis de Turquie , &
de ces belles Etoffes des Indes. Ces
Richeffes y amènent du monde de toutes
les Parties de la Terre , & ce concours
ne contribuë pas peu à l'état floriffant
du commerce de Ceylan.
Voici ce que j'ai appris des fingularitez
de ce Païs : Le Portrait de fes
Peuples fournira l'autre moitié de ma
Carriére . Heureux , Monfieur , fi j'ai
dit ce que j'ai prétendu dire ; puifque
je n'ai eu d'autre envie , que de remplir
quelques- unes de vos idees : Plus
heureux encore , fi quelques veilles
vous paroiffent un témoignage irréprochable
de cette affection refpectueuſe
avec laquelle je fuis ,
Monfieur ,
Votre & c.
B. D'A . ***
4
DE NOVEMBRE. 131
Cinformé des évenemens de Mer,
Omme on n'a pas esté exactement
qui fe font paffés pendant cette Campagne,
entre les Flotes Venitiennes & Turques
; peut - être me faura- t- on gré que
j'en donne ici un Journal plus fidele que
ce qui a paru dans les Gazettes.. It
a efté traduit fur une Lettre Italienne,
écritepar un Chevalier à un de ſes amis :
On reconnoîtrafans peine qu'il n'avance
aucun fait dont il n'ait eftétémoin , ou
dont il n'ait efté parfaitement inftruit.
NOUVELLES ETRANGERES.
N
A Malthe le8 Octobre 1717.
OUS fortîmes de Malthe lez
de Juin avec deux des Vaiffeaux
de la Religion.
Le 16 du même mois , nous arrivâmes
à Corfon où étoit le rendez - vous
de la Flote Vénitienne : Nous la trouvâmes
cependant partie, pour gagner les
Bouches de Conftantinople ,fur un faux
avis que les Turcs ne pouvant pas trou132
LEMERCURE
ver de monde pour armer leurs Vaiffeaux
, étoient hors d'état de fe mettre:
en Mer. M. le Bailly de Belle - Fontaine
Lieutenant Général des Vaiffeaux
du Roy de France , nommé par le
Grand- Maître & le Pape , pour commander
les Auxiliaires , prévoyant cequi
artiveroit de cette Manoeuvre à
contre tems , dit hautement que ces
Vaifleaux alloient fe faire battre aux
Dardanelles ; qu'il eftoit un peu furpris
que ces Meffieurs ûffent manqué de leur
prudence ordinaire dans cette occafion ,
par trop d'impatience ; qu'ils devoient
bien attendre au moins la jonction des
fecours qui n'auroient point êté de trop.
V
Nous avions trouvé en effet à Corfou
, outre les Vaiffeaux Portugais avec
deux Brulots , les 5. Galeres de la Réligion
, les 5. autres du Pape , avec les
deux du grand Duc & toutes celles de
Veniſe..
Le 21. nous partîmes tous enfemble
pour les Zantès : Le 25. nous moüillâmes
à la Rade de ces ifles . Le 29. nous
apprîmes apres midi, que les Venitiens
êtant arrivés à l'entrée des Dardanelles
, s'en étoient retirés fort précipi- :
tamment ; après avoir laiffé leurs An- ¸
DE NOVEMBRE. 133
cres & leurs Cables aux Ifles de Ténédos
où ils ne faifoient que de moüiller .
Il leur a fallu effuyer deux combâts
confécutifs ; preſque toûjours en fuyant
devant la flotte Ottomane . M. de Frangini
fort brave homme d'ailleurs , mais,
aïant peu de capacité pour le metier
de la Mer ,fut tué dans l'i pemiere action
. M. Diedo l'a templacé dans la
même fonction d'Amira ' . Nous continuâmes
nôtre route pour nous joindre à
l'Armée Venitienne , qui s'êtoit retirée
entre la Candie & la Morée , Païs de
Maniotes qui font des Sauvages fous
la domination des Turcs. Le 2. Juillet ,
nous nous joignîmes avec la flore Venitienne
,réduite dans un pitoyable êtar,
êtapt fort délabrée & manquant de tour .
Le 4. nous apperçûmes les Vaiffeaux
ennemis, pourfuivans toûjours les Venitiens
Nous nous préparâmes au combat
le refte du jour & de la nuit . Le s .
à 8 heures du matin,ils vinrent fur nous
& nous gagnerent le vent : Nous nous
vîmes abandonnés en moins de z. heures
de toutes nos Galeres , dans le tems
que nos Vaiffeaux en avoient le plus
de befoin ,êtant en bonace , & que nous
êtions à 2. portées de Canon des En134
LE MERCURE
nemis. Les 8. Galeres Turques au contraire,
ne s'écarterent point de leurs Sultanes
ou Vaiff. quarrés. Hûreufement il
nous vint un peu de vent ; nous en profitâmes
& nous êtant mis en ligne
les Turcs déployerent leurs Pavillons ,
& nous , les nôtres aprés . Mais , ces Barbares
ayant reconnû que la flote chrêtienne
avoit reçû 10 Vaiff. de renfort ,ils
n'oferent pas nous attaquer ; ils fe contenterent
de tenir le vent. Noustachâmes
de le leur gagner , fans y avoir pû.
réuffir. Le 6. nous vîmes les Ennemis
qui fe retiroient & qui allerent moüiller
à Coron. Pour nous autres , nous
reftântes jufqu'au 13. dans les mêmes
eaux,ayant toûjours ûles vents contraires
& toûjours en vue des Ottomans.
Il ne nous auroit pas fallu plus de 12 .
heures de bon tems, pour regagner les
Zantes où nous nous ferions raccommodés
: Nous prîmes le parti d'aborder
au Golfe de Paflava , pour y faite
de l'Eau ; il n'y en avoit pas pour 24.
heures dans chaque Navire des Venitiens
, qui pour l'épargner , n'en diſtribuoient
à chaque homme que 2. verres
par jour : Jugés de l'extremité où nous
êtions , quand on penfe que nous toûDE
NOVEMBRE.
135
chions au moment de périr de foif.Deux
jours aprés, nous retrouvâmes nos Galeres
& nos Généraux .
•
Le 14 Juillet , eftant entrez dans le
Golfe de Paffava , nous apperçûmes
9 Barbarefques qui nous prenant pour
leurs gens , vinrent s'affaier fur la terre:
Elles fe détromperent bien- tôt , & nous
ayant reconnu , elles fortirent précipitamment
de leur -Taniere fur les s
heures du foir. Nous les chaffâmes inutilement
, nous y étant pris trop tard .
Nous fimes nôtre eau, aprés avoir pris
la précaution de mettre à terre 4000
hommes , à caufe que c'eft Pays de
Turquie.
Il y ût des Capitaines des Vaiffeaux
Vénitiens , qui nous avoüerent qu'il
y avoit un jour que l'eau leur manquoit.
Le 16 , une Chaloupe Vénitienne fe fauva
avec fon équipage & alla fe rendre
aux Turcs , auxquels elle découvrit la
fituation facheufe où l'Armée fe trouvoir.
LesEnnemis en ayant profité , le 18 ,
nous les reconûmes venans à toute voile
fur nous . Nous appareillâmes & nous
nous préparâmes toute la nuit au cobat .
Le19 , à la pointe du jour ,nous découvrîmes
de nôtre avant , leurs voiles , à deux
136 LE MERCURE
lieuës de nos Navires: Ayant le vent fur
nous , nous êtendîmes nôtre ligne tant
bien que mal : M. de Belle - Fontainecommandoit
l'arriere Garde de la Flote
avec les Auxiliaires . Les Vénitiens qui
avoient l'Avant- Garde, commencerent
à tirer à 8 heures du matin : Pour notre
Arriere- Garde , elle ne fit fes décharges
qu'à 9 heures , que les Ennemis
n'étoient qu'à demie-portée de canon
de nous. Le Corps de bataille des
Turcs , & tous les Amiraux tomberent
en même tems fur elle. Ils virent un
autre feu que celui des Vénitiens ; nôcanon
alloit comme la moufqueterie ,
Les Portugais , dont deux de leurs
Vaiffeaux eftoient de 80piéces de canon
, en ayant furtout de 36 livres de
balles à leur premiere batterie , y firent
des merveilles : Le Navire que montoit
M. de Belle - Fontaine , tira en quatre
heures 1250 coups de canon , & fit
revirer de bord l'Amiral Turc qui n'en
voulut plus tâter. Comme les Ennemis
tenoient le vent , & qu'ils nous avoient
enfoncez dans le Golphe de Paffava
tout à fait fur la terre ; M. de Belle-
Fontaine envoya dire par le Major à
l'Amiral Vénitien de revirer
les
DE NOVEMBRE. 137
les vents nous ayant adonez ; &
de couper l'Armée Turque en deux ;-
ce qui fut heureufement exécuté dans
le moment : Les Turcs pour lors , fe
crûrent entierement perdus ; nous
fimes feu des deux bords ; tout rioit
pour gagner une Bataille complette &
abimer la Marine Turque ; mais , cette
efperance ne dura pás long - tems ,
car , contre toute attente , l'avant - garde
alla fe remettre tout en Peloton
fous le vent des Ennemis , où nous nous
trouvâmes en bonace les uns fur les
autres. Il eft comme indubitable , que
files Turcs avoient efté gens experimentés
>
ils n'avoient qu'à envoyer
deux ou 3. Brulots , & toute la flore
chrêtienne auroit efté dévorée par les
flammes . Enfin às heures du foir , le
Combât finit Nos Galeres pendant l'action,
refterent toûjours fous le vent , fans
pouvoir tirer un feul coup , fe mertans .
à l'abri de nos Vaiffeaux du côté qu'ils
ne tiroient point. Toute nôtre Armée a
efté fort maltraitée ; mais , en revanche
, celle des Ennemis n'a gueres
moins fouffert que la nôtre . Pour les
Venitiens, ils avoient déja efté fort endommagés
dans les deux premiers
M
138
LE MERCURE
combâts. Il faut avouer que les Turcs
êtoient plus forts que nous , ayant so.
Navires , & nous 35. en tout. Les premiers
avoient des canons de nouvelle
invention , qui pouffoient des Boulets
de marbre , gros comme des bombes de
400. livres; ce qui abimoit un Vaiffeau ;
auffi , nôtre flote faifoit - elle pitié . On
ne voyoit que Mats , Voiles , Corps de
Navires brifés , Bras , Jambes emportées,
& Cadavres jonchés . Nous avons û
3000. hommes de tués ou bleffés dans
cette journée.
Le lendemain 20. les deux Armées
êtant reftées dans le Golfe de Paſſava ,
demeurerent tranquilles & dans l'inaction.
Nous travaillâmes à nous raccom
moder toute la journée. Le 21. manqua
de nous être bien funefte ; puifqu'à 7 .
heures du matin , nous vîmes revirer
les Turcs fur nous , pour nous rattaquer
de nouveau , s'êtant raccommodés dans
leurs ports & rafraichis de monde.Nous
voulûmes nous mettre en ligne , mais ,
la moitié de nôtre Armée fe trouva en
bonace. A 2. heures aprés midi , il s'éleva
un gros vent de Nord- Ouëft qui
nous démâta 7. de nos plus gros Na-..
vires. Quelle êtrange extremité ? Etre
DE NOVEMBRE.
139
nous
en vue des Ennemis , à portée & demie
de canon, & dans la crainte à chaqueinftant
d'en être écrafés , fans pouvoir
prefque fe deffendre : Voilà qu'elle
etoit nôtre fituation . Nous prîmes le
parti le plus fûr , qui eftoit de gagner
le large. Il ne tenoit qu'à ces Barbares
de nous enlever 4. Vaiffeaux qui
reftoient de l'arriere-garde ; cependant,
ils n'en firent rien , n'ayant pas. fû profiter
de l'occafion . Nous manoeuvrames
fi bien que le jour ayant baiffé ,
nous fauvâmes à la faveur des ténébres
; nous ûmes toute la nuit, le vent
trés frais avec une groffe Mer. Toute
la flotte qui avoit fa mâture endommagée
, êtoit occupée à remorquer des
Navires démâtés . Le lendemain 22 .
nous nous trouvâmes à 15. lieuës de
Terre , les Galéres s'en allant , vent
arriere , du côté de la Candie . Le foir ,
le vent manqua , & ayant fait nos fignaux
de reconnoiffance nous nous
ralliames .
,
Depuis le 23 Juillet , jufqu'au 3 Août
que nous découvrîmes du Cap Paffaro,
la Sicile ; nous n'avions point vû de
terre , tant nous apprehendions les Côtes.
Miij
140 LE MERCURE
Le 12 Aouft , les Portugais prirent
congé de l'Armée des Vénitiens , ne
paroiffans pas contens de ces derniers.
Le 13, nous moüillâmes à Corfou,où
nos Galéres nous avoient précédez.
Ce qu'on aura peine à croire , c'eſt que
malgré tous les défordres du dernier
combat , nous avons trouvé , aprez le
compte fait de nos Bâtimens , que nous
n'en avions pas perdu un feul.
Depuis le 17 jufqu'au 26 , on répara
tant bien que mal , le dommage reçû .
Le 26 , les Galéres de la Religion êtant
parties pour Malthe avec 300 malades ,
nous appareillâmes pour les Zantes , où
nous moüillames le 30 .
Le premier Septembre , les Galéres
de Venife nous y joignirent .
Le 26 du mefme mois , le Tonnerre:
tomba à huit heures de matin fur un
Navire de Malthe. Il brifa le Mât de
Mizaine , tua quatre hommes , & en
brûla 20. Il est étonnant qu'il n'ait pas
mis le feu aux poudres ; mais , ce qu'il
y a de plus furprenant , c'eft qu'il foit
retombé à huit heures du foir fur le
mefme Bâtiment ; eftant entré par un
Sabord , & refforti dans l'inſtant par
l'autre , fans caufer aucun dommage :
DE NOVEMBRE. 14 %
Il fe tranfporta de là fur un Vaiffeau
Vénitien , où il tua hommes , & le
démâta de fes Mats de Hune.
Le 30 Septembre , les Vaiffeaux de
l'Ordre fortirent desZantes ,pour ſe rendre
à Malthe , où ils abordérent. Le 7
Octobre , un de ces meſmes Navires repart
pour ramener M. de Bellefontaine
à Toulon.
De Londres le 18 Novembre 1717 .
le 'On ne doute prefque pas ici que
Roy , comme Electeur d'Hanovre ,
n'ait fait un Traité d'Alliance deffenfive
avec l'Empereur ; fuivant lequel ,
ce Prince doit donner du fecours à S.
M. I. qui eft préfentement attaquée en
Italie par le Roy d'Espagne . Comme
la Nation ne paroit nullement difpofée
à entrer dans cette guerre , dont la
feule déclaration feroit perdre la plus
confidérable branche de fon commerce ,
il n'y a pas d'apparence qu'elle rompe
fitôt avec les Efpagnols : Ainfi , on eft
perfuadé que fi le Roy veut fecourir
l'Empereur , il ne pourra le faire qu'avec
les Troupes de fon Electorat ; &
comme Roy d'Angleterre , il tâchera
avec les autres Puiffances , de regler
742 LE MERCURE.
les différents de ces deux Monarques ,
à l'amiable.
,
Le Lord Cadogan a êté confulté fur
la réduction des Troupes ; mais , cóntre
fon fentiment & celui du Comte
de Sunderland , les ordres ont êté ex-.
pédiés pour réformer inceffament
6300 hommes. Le Roi s'y eft déterminé
fur les rémontrances de Milord
Covvpert, qui a reprefenté à S. M. que
c'étoit le plus für moyen , pour fe
concilier l'affection des Peuples , qui
feroient convaincus par là , qu'elle a
plus de confiance en leur fidélité , que
dans la force d'ure Armée : Cependant
, le Parti oppofé à la Cour , ne témoigne
pas eftre fatisfait de cette réforme
; il prétend qu'elle n'eft
forme au Réglement qui fut fait du
tems du Roy Guillaume ; puifque les
Troupes qui refteroient aprés cette réduction
dans le Royaume , montéroient
encore à plus de 14000 hommes . Ce
Parti voudroit , que fuivant ce Réglement
, on caffât entiérement les nouveaux
Corps , & qu'on les réduifit à
7000 hommes feulement ; ce qui , felon
ces Meffieurs , eft d'une grande
conféquence ; puifqu'en ne réformanc
pas conDE
NOVEMBRE. 143
les Troupes que de dix hommes par
Gompagnies de Cavalerie , & de vingt
par celles d'Infanterie , les Corps n'en
reftent pas moins fur pied ; ce qui n'eft
pas néceffaire , difent -ils , avec d'autant
moins de raifon , que le Royaume
eft en Paix , & que d'ailleurs on a une
Flote pour la garde des Côtes . Ce Parti
prétend faire grand bruit là deffus , dans
le prochain Parlement ; mais , on eft
perfuadé que la Cour fera échouler le
projet de ces Mécontens.
On a êté furpris ici que Milord Cadogan
ait quitté fon Ambaffade de Hollande
, dans le tems qu'il y devoit faire
fon Entrée publique , pour laquelle tous
les préparatifs êtoient faits . On a appris
en même tems , que fon départ êtoit
fondéfur le refus que les E. G. ont fait ,
d'entrer conjointement avec la Cour
dans l'équipement d'une Flote contre
la Suéde , ou contre toute autre Puiſfance.
La Cour eſt tout à fait indignée contre
le Pape , de l'affront qui luy a efté
fait en la perfonne du Comte de Peterboroug
: Comme Pair d'Angleterre, elle
prétend qu'il luy en faffe fatisfaction.
Pour cet effet, elle a écrit au Comte de
144
LE MERCURE
Galafch Ambaffadeur de l'Empereur à
Rome , & l'a chargé de demander
en fon nom au Pontife : 10 , Qu'il air
à déclarer par un êcrit figné du Cardinal
Paulucci fon Secretaire , que ce
n'eft pas par fon ordre , que le Comte:
de Peterborough a êté arrêtè . 2 , Qu'il
fera punir le Cardinal Légat de Bologne
qui a donné l'ordre pour arrêter
ce Seigneur. 30 , Qu'il promettra qu'à«
l'avenir , aucun des Sujets de Sa Majefté
ne fera inquieté dans fes Etats , directement
ou indirectement , fous- pretexte
du Prétendant. 4º , Que le Pape
promettra de ne donner à l'avenir aucune
retraite , fecours , ni entretien , aut
Prétendant. 50 , Que fi le Pape refuſe
de donner cette fatisfaction , le Comte
de Galafch a ordre de luy déclarer que
Sa Majesté fait équiper une Efcadre de
Vailleaux, avec des Galiotes à bombes,
pour aller bobarder Civita- Vechia à fes
dépens. On affùre que le Roy a êcrit à
l'Empereur à ce fujet , pour qu'il donne
ordre à fon Ambaffadeur, d'exécuter la
Commiffion de Sa Majefté. Nos Politiques
prétendent que voilà une belle
occafion pour profiter de l'Armement
de huit Vaiffeaux de Guerre , & de deux
Galiotes
DE NOVEMBRE. 145
Galiotes à bombes ; puifqu'il pourra
fervir
à deux fins ; l'un contre le Pape ,
l'autre pour tenir la balance de ce
côté là , & pour empêcher que les Efpagnols
ne pouffent leurs conquêtes
plus avant en Italie , aprés la priſe de
Sardaigne : Mais , il y a grande apparence
que cette Efcadre ne fera pas
prête avant le Printems prochain ; peuteftre
que dans ce tems- là , la Cour de
Rome aura trouvé des moyens d'affoupir
cette affaire .
De Vienne , les Novembre.
Quoique les Turcs publient que la
Porte fera des efforts étonnants , pour
agir offenfivement la Campagne prochaine
; il n'en eft pas moins vrai que
ces Infidéles recherchent la Paix avec
empreffement, & mefme fans la participation
d'aucune autre Puiffance . On
fçait que pour préliminaire , ils confentent
de céder Themefvvar , & tout le
côté Septentrional du Danube , juſqu'à
Belgrade . Mais , ils infitent extremément
fur la reftitution de cette derniére
Ville,qui leur tient fi fort au coeur,
que pour la ravoir , ils permetteront
Novembre
1717. N
146
LE
MERCURE
que l'Empereur puiffe conftruire deux
nouvelles Fortereffes fur le Danube ;
l'une , vis- à- vis Belgrade , & l'autre ,
où S. M. I. le trouvera bon. Pour cet
effet , ils offrent de lui payer un million
de Florins ; à condition cependant ,
que les Vénitiens ne feront point compris
dans ce Traité , ne voulans
leur rendre la Morée.
pas
Auffitôt que les Députez des Turcs
qui font à Belgrade , auront reçû de -la
Porte , une plus ample inftruction pour
traiter de la Paix . M. le Prince Eugéne
partira d'ici incognito pour s'y rendre .
En attendant , les Troupes Impériales
font actuellement occupées à s'êtendre
fur la droite par la Bofnie , en
tirant vers Triefte. On avance beaucoup
les nouveaux préparatifs , pour
attaquer de rechef Zvvornick , dont la
la fituation incommode fort nos Quartiers.
La Cour eft en Traité,pour prendre
à fon fervice 30000 hommes d'augmentation
de Troupes auxiliaires ,
qui lui font offertes par divers Princes
Allemagne ...
Les derniéres Lettres de
Hambourg
du dix de ce mois , portent que le Roy
de
Danemarck avance fort fes préparaDE
NOVEMBRE
147
tifs pour le meure de bonne heure
en Campagne avec une Armée de
fooo hommes : Que le Roy de Suéde
defon côté , qui a des Troupes nombreufes
& bien entretenues , ne perdpoint
de vûë fon deffein fur la Norwvege
, fe flatant d'y pouvoir faire
une invafion , à la faveur des glaces
prochaines.
Le Duc de Mexelbourg continue à
faire de nouvelles levées , pour aug
menter le nombre de fes Troupes. Il
prétend avoir fur pied une armée de
15000 hommes le Printes prochain.
On craint fort que cet Armement
n'ait d'autre objet , que fa Nobleffe ;
puifqu'il ne faut pas tant de monde
pour la réduire .
A Rome , le 11 Novembre 1717 .
Le Pape tint Confiftoire le 11 de l'autre
mois. Tous les Cardinaux , même
les abfens , avoient efté fommés de s'y
rendre. S. S. leur fit part de l'abiuration
du Prince Electoral de Saxe, faite
en 1712 à Bologne , entre les mains
du Cardinal Cafoni Legat pour lors..
dans cette Ville. C'eft le Prince mê
Nij
148 C LE MERCURE
me quia fupplié le S. P. par une Let.
tre du 28 Septembre de la rendre publique
: On ne doute pas que l'Empereur
ne prenne la défenfe du nouveau
Converti , contre toute Puiffance qui
voudroit lui nuire , ou l'attaquer fous ce
pretexte de changement de Religión.
Milord Peterborough eft toûjours
prifonnier au Fort Urbin, où il fe réjoüit
& fe divertit de fon mieux. On voudroit
bien l'élargir mais il s'y oppofe :
Come ce Seigneur fe croit trés offenfé, il
veut avoir une fatisfaction à l'avenant.
Le 25 du paffé, mourut le Cardinal
Grimaldi Gennois , né le 6 Décembre
1545. Le S. P. médite un voyage à
Urbin lieu de fa naiffance , où il verra
le Prétendant à qui il doit vifite : Il y
paroîtra avec tout l'éclat de la Papauté.
Il a épargné à ce deffein les frais de
trois Villegiatures ; & c'eft pour cela
à ce qu'on affûre ,qu'il ne va point cette
année, à Caftel- Gandolphe : Chemin faifant
, il vifitera Nôtre- Dame de Lorette ,
à qui il deftine pour hommage , les
Queues de cheval nouvellement conquifes
fur les Turcs. Il est arrivé de
France un Courier extraordiniare ; il
eftoit porteur d'un Edit fameux, qui fait
DE NOVEMBRE.. 149
défenfe deparler de la Conftitution.
Quelque inftance qu'ait pû faire M.
le Cardinal de la Tremoille auprés du
Pape , il n'a pû obtenir l'Indult pour
Befançon ; quoique M. l'Abbé de Mornay
défigné pour cet Archevêché , foit
agréable à cette Cour.
Nous fommes dans l'attente , d'un
Confiftoire, pour voir fi M. de ... fera
fait enfin Cardinal : Le Pape s'y eft engagé
de parole trop pofitivement , en
difant de ce Prélat , vederà che fono
galant-huomo,
Le 4 de Novembre , le Pape tint Chapelle
dans l'Eglife de S.
Milanois , dont S. M. I.
Charles des
porte
le nom .
DU CHASTE AU
DU GRAND - MAISTRE
DE L'ORDRE DE LA JOYE .
Le vingt- trois Novembre 1717.
> fa
A Cour du Grand- Maître groffit
tous les jours de même que
corpulance. On voit arriver de tous
Nij
150 LE MERCURE
côtez , des Envoyez qui s'empreffent de
le venir complimenter fur fon joyeux
avénement à la grande Maîtriſe. Ceux
de Coindrieux , de Frontignan , de Rivéfalte
, de Caffis & de S. Laurent
font venus prefque tous en même tems.
L'on apprend par une Lettre de Frere
Rogier Bon- Temps qui eft à Lyon, où il
tient fes- Affifes à la Pomme de Pin en
Belle -Cour , que les Députez de
Champagne & de Bourgogne font en
marche .
Le nombre des Freres augmentans
chaque jour , le Grand-Maître a cu
qu'il étoit néceffaire de leur donner
des Statuts , pour leur fervir de Régle .
STATUTS
DE L'ORDRE DE LA JOYE.
ForandMarnFun Ordre Bachique ,
RERE François réjouiffant,
Ordrefameux &floriffant ,
Fondé pour la Santé publique.
ACEUX qui ce préfent Statut
Verront , ou entendront , SALUT.
Comme l'on fait que dans la vie
Chacun au gré de fes défirs
>
LE MERCURE
151
Cherche à fe faire des plaifirs
Selon que fon goût l'y convie.
Nous , qui voyons que nos beaux jours
Et l'hûreux tems de la jeuneſſe,
Fuyent avec tant de viteffe ,
Que rien n'en arrête le cours ;
Et voulans le
que
peu d'années
Qui nous conduisent à la mort ,
Soient tranquiles & fortunées
Malgré les caprices du Sort.
De notre certaine Science
Parmi la joye & l'abondance
Débaraffés de toutfouci,
,
Nous avons dans une Scéance ,
Dreffé les Statuts que voici .
DANS vôtre Augufte COMPAGNIE
Vous ne recevrez que des gens ,
Tous bien buvans & bien mangeans ,
Et qui ménent joyeuſe vie.
Meflez toujours dans vos repas
Les bons mots & les chansonnettes ,
Buvez razade aux Amourettes ;
Mais pourtant , ne vous foulez pas.
Quefi par malheur , quelque Frere
Venoit à perdre fa raifon ,
Prenez pitié de fa mifére
Et le menez dans fa maison.
Pour boire le Jus de la Treille
Servez- vous d'un verre bien net ;
,
152 LE MERCURE
Mais n'embouchez pas , la Bouteille :
Car , je fçai quel en est l'effet.
Je veux que deformais à Table ,
Chacun boive àfa volonté.
Les plaifirs n'ont rien d'agréable™
Qu'autant qu'on a de liberté.
Nefaites jamais violence
A ceux qui refufent du Vin ;
S'ils n'aiment pas ce Jus Divin ,
Ils en font bien la pénitence .
Dans mes Hôtels fi d'avanture ,
Un Frerefalit fes difcours
Par la moindre petite ordure ,
Je l'en bannis pour quinze jours.
Quefi ces peines redoublées
Sur lui ne font aucun effet ,
Toutes les Tables affemblées
Je veux que fon Procès foit fait.
Gardez- vous fur-tout de médire ,
Et lorfque vous ferez en train
De vous divertir & de rire ,
Ménagez toujours le Prochain.
Enfin , quand vous ferez des nôtres
Dans vos befoins fecourez- vous ;
Le plaifir de tous le plus doux
C'eft de faire celui des autres.
Chez Frere MISEAU CRAMOISY , Imp.
& Libraire de l'Ordre de la Joye ,
au Papier Raifin.
DE NOVEMBRE
753
On diftribuëra chez le mefme , les
Livres fuivans .
L'Art de bien vivre , ou le Cuifinier
françois , par Robert Vinot Auteur
de la Sauffe à Robert.
Remarques fur les Langues mortes ,
comme Langues de Boeuf , de Cochon ,
& autres , par un Frere de la Société.
Recueil de diverfes Piéces de Four ,
par Frere Godiveau .
Maniére facile de rendre l'Or potable
, & l'argent auffi , par Frere la
Buvette.
L'Art de bien boucher les Bouteilles,
par Frere Ramequin. Impreffion de
Liége.
J
E donnai le mois de May dernier ,
une Epitre en Vers de Mile de Lu
fur la Pareffe. Le favorable accueil que
le Public fit à cette Piéce , m'eft garant
du fuccez d'un nouvel ouvrage.
de fa façon, dont elle veut bien parer ce
Mercure. C'est une fable mithologique
où elle attaque avec grace & enjoüement
, le préjugé qui donna autre - fois
naiffance au culte infenfé des faux
Dieux .
154 LE MERCURE
Les Payens adoroient Pallas fille de
Jupiter , & atribuoient à cette Déeffe
une naiffance toute merveilleufe : Ils
prétendoient donc que le bon Jupiter
voulant faire dépit à Junon , s'eftoit
mis en tête d'engendrer fans elle , & fans
le fecours d'aucune femme : Qu'un beau
jour , ce Dieu avoit exécuté ce projet à
la vue de tous les Immortels ; que l'af
femblée célelte avoit tout à coup vâ
Pallas furnommée la Sageffe , fortir du
Cerveau de fon Pere , vetuë d'une Cuiraffe
, le Cafque en tête,& la lance à la
main.
C'eft de ce trait de la Theologie Payenne
que Mile de Lu prend droit d'ériger
le Prejugé en Docteur , mais en
Docteur ridicule ,& de feindre qu'il eft
né du Cerveau deJupiter yvre. Il s'en
faut beaucoup que le prejugé nous gouverne
aujourd'hui ,comme il regentoit
nos Ayeux dans ces tems.reculés dont
parle Mlle de Lu. Il tenoit alors école
de Réligion & de Philofophie tout enfemble
; mais , il ceffa d'être Theologien
, lorfque la vraye Réligion fut embraffée
par les Gentils . La raifon & la
foy s'emparerent de cette partie de fon
ancien domaine ; & depuis, il ne fe mêla
DE NOVEMBRE. 753
pour
plus que d'être Philofophe . Retranché
dans les Colleges , il y profeffa fierement
& fans aucun trouble ,les Sciences
naturelles jufques au commencement
du dernier fiécle : Epoque fatale
lui . En effet, ce fut alors que la Raifon
commença à faire guerre ouverte au
faux Docteur, & à revendiquer contre
lui , les Ecoles dont il s'étoit emparé
Il fit valoir durant quelque tems fa longue
poffeffion , & prétendit qu'elle devoit
preferire contre les droits de la raifon
; mais , tandis que les Difciples zélés
du prejugé tenoient ferme pour lui ,
la raifon de fon côté formoit un nouveau
Peuple & le difciplinoit de maniere,
que bientôt elle fe vit en êtat de parler
imperieufement à l'Ufurpateur.
Il est vrai que la Raifon n'eft pas
encore aujourd'hui rentrée dans tous
fes droits ; mais, la Génération qui nous
fuit , achevera ce que nous avons commencé
en fa faveur..
L'ORIGINE DU PREJUGE
D
A M. L'ABBE DE PONS.
U Prejugéredoutable ennemi,
De Pons , chez qui la Raifon re-
Spectée
756 LE MERCURE
Eft toujours Jeule confultée ;
Et voit fon Empire affermi.
Je vous adreffe cet ouvrage
Non , pour briguer votre fuffrage ,
u pour vous dire en termes ennuieux
s
Que je vousfais un Préfent merveil
leux.
Ne recevez ceci que comme un badinage
J'ai voulu m'eguaïer & n'ai point affecté
De donner à ma Fable un air de verité.
Vous y verrez, qu'avec peu d'étalage ,
Pour debiter quelque Moralité ,
J'ai du menfange emprunté le langage
;
Et que fous ce masque impofteur
Je fçai du Vrai faire entrevoir l'image.
Quoi qu'il en foit : Si le lecteur
N'approuve pas ce bifare affemblage ,
Qu'il me pardonne , ou j'en appelle
au fage
Qui fçait , qu'auffi bien que le coeur
L'Efprit a fon libertinage.
DE NOVEMBRE.
157
L'ORIGINE DU PREJUGE'
J
FABLE.
Adis , las des plaifirs qui les avoient
flatez,
Les Dieux ne vouloient plus d'un bonheur
fi tranquile ;
Par l'attrait des difficultez
Leurs defirs languiffans n'êtoient point
irritez ,
A leurs voeux , tout êtoit facile .
Les Graces de la Nouveauté
Manquoient à leur felicité ;
L'Ennui les faififfoit à table ,
Momus n'y laiffoit plus échapper de bons
mots.
Enfin , dégoutez d'un repos
Qui leur étoit infuportable ,
Pour bannir cet ennui des Cieux ,
Jupiter tint confeil , affembla tous les
Dieux.
Mais , n'imaginant rien qui pût les fatisfaire
,
Il pria le Deftin d'examiner l'affaire ,
Et de leur enfeigner, pour combler leurs
fouhaits,
Comment ils fe pouroient occuper defor
mais .
158
LE MERCURE
Pour diffiper l'ennui qui vous domine ,
Voici , dit le Deftin , ce qu'ici j'imagine.
Ne vivez plus oififs comme autrefois
►
Créez un peuple & donnez lui des
loix.
Mettez en lui la connoiffance
De fon neant & de vôtre excellence.
Entre les dons qu'il faut lui départir,
Eclairez le d'une raifon folide ;
Car , qui voudroit regner fur un peuple
ftupide ?
Non , non , il faut qu'il foit capable de
fentir
Quel est votre être , & l'étenduë
immenfe
De votre immortelle puiffance :
Lors , connoiffant quels respect's vous
font dûs •
De fes talents vous raportant l'hommage
2
Vous le verrez par des voeux affidus
S'applaudir de fon esclavage.
Quy , prompts à vous fervir, chaque jour
les Mortels
Feront fûmer l'encens fur vos autels.
Il dit , & tous les Dieux fans tarder
davantage
DE NOVEMBRE. 159
Adopterent l'avis , commencerent l'ouvrage,
Formerent l'Homme , & d'un coma
mun accord
En fa faveur chacun fit un effort.
Tous à Penvi , de quelque don l'orex
nerent ;
Mais , de tous les Préfens des
Dieux
Et le dernier & le plus précieux ,
Fut la Raifon qu'ils lui donnerent.
Alors, par leurs foins achevé,
L'Homme , dit- on , à leurs yeux fut
trouvé
Sans nul défaut , fans la moindre
foibleffe ,
Et fa raifon égalloit leur fageffe .
Il fallut lui donner des loix
De l'augufte affemblée on recueillit les
voix .
Les Dieux alors , tombans de laffitude
›
Accablez du Jommeil qui venoit les
preffer
Ne fongeans qu'à se délaffer
Aprez un travail auffi rude ,
Se baterent de les dicter.
Surpris de la beauté de leur nouvel onvrage
,
160
LE
MERCURE
Ils ne ceffoient de s'en feliciter :
Mais Apollon , par un fecret préfage
L'examinant d'un oeil jaloux ,
De la Raifon conçeut un jufte ombrage.
Hé quoi , dit-il , enflamé de couroux
,
Eft-ce pour l'égaler à nous
Que nous avons fait l'Homme ; & par
quelle manie
Avons nous à l'envi tous orné fon genie
?
J'en crains pour nous un trifte évenement.
On connut , mais trop tard , qu'il pen-
Soit fainement :
L'Homme , en effet , permit àfes lumieres
De pénétrer dans les Caufes premieres
;
Ofa des Dieux dévoiller les fécrets ,
Leur demanda raifon de leurs décrets
,
Epia la Nature : Enfin , de chaque
chofe
Par fon effet fçeut connoître la caufe.
Rien n'échappoit à fon oeil curieux ;
Et de plus prés examinant les Dieux ,
IL
DE NOVEMBRE.. 161
Il fe difoit , pourquoi , par quel ca
price ,
Me traitent- ils avec tant d'injustice ?
Tandis qu'ils font efclaves des plaifirs
>
Qu'ils n'ont jamais combattu leurs
defirs ,
Si l'on en croit leurs loix illegitimes,
Les imiter , c'est commettre des crimes?
N'auroient- ils donc fait naître dans.
mon coeur
DesPaffions le charme feducteur ,
Que pour jouir du biſare avantage
De mepunir, fi j'ofe en faire ufage ?
Tels étoient fes difcours par la Raiſon
dictez :
Les Deux juftement irritez
Du crime de l'humaine engeance
;
Dans un feftin délicieux
Que leur donnoit le fouverain des
Cieux ,
Difputerent entr'eux duchoix de la van
geance :
Chacun crioit à qui mieux mieux,
Leurs Cris troubloient les plaisirs de
·la fête.
Vous euffiez vu le bon Jupin ,
162 LE MERCURE
Durant ce bruit qui lui rempoit la
tête,
Dans des flots de nectar détremper
fon chagrin.
Il en but trop , & la liqueur joyeuse
Echauffant fon Cerveau, lefit gefticuler,
Rire, chanter , caprioler ,
D'une maniere fcandaleufe.
Dans leur étonnement, les Dienx
Honteux pour lui , n'ofoient lever
les yeuxs
Quand tout à coup, trépignant d'allegreffe,
Il dit en bégaiant,filence ici , je crois
Queje vais accoucher une feconde fois ;
Qu'à me feliciter chacun de vous s'em
preffe.
Du je me trompe fort , ou bientôt à
Pallas
Jupiter va donner un Frere :
Dans ma tête je fens un terrible fracas
,
Ceci renferme un angufte Miftere.
Il dit , & dans l'inftant , on vit de fon
Cerveau
Sortir un Prodige nouveau :
Un Monftre pedantefque à contenance
altiere.
Il avoit l'air imperieux »
DE NOVEMBRE. 163
L'orgueil éclattoit dans fes yeux
Cependant , fa foible paupiere
Ne pouvoit foutenir l'éclat de la lumiere.
Les Dieux examinoient fon maintien
affecté ,
Sa demarche , enfin tout , juſqu'à ſon
moindre gefte.
Loin d'en être déconcerté,
Sa fierté s'en accrut ; d'un ton d'autorité
Il fit une barangue à la Troupe Célefte
,
Qui ne pouvant garder fa gravité ;
Abregea le difcours par maint éclat de
rire.
Jupiter confus & furpris
D'avoir pu faire un fils fi digne de
mépris ,
Les yeux baiffez , n'ofoit rien dire.
Bien lui vallut encor dans fon affliction ,
D'avoir bûplus qu'à l'ordinaire :
Mieux que la Raifon n'eut pu faire,
L'yvreffe en cette occafion ,
Lui fauva la monié de la confufion.
Pallas examinant fon ridicule Frere ,
Dit en maître des Dieux. O Vous ! qu'en
ce moment .
L'ai bonte d'apeller mon Pere ,
· Oij
164 LE MERCURE
N'efperez pas impunément
Deshonorer notre famille ,
Ou defavoüez vôtre Fille ,
Ou chaffez ce .... Ho doucement ,
Dit Phoebus ? Calmez vous Déeffe;
Hé quoi , faut-il que Lafageffe
Parle avec tant d'emportement ?
Du fils de Jupiter ne foyez, point en
peine ,
De l'Olimpe on va le bannir
Au Livre du Deftin j'ai lû fon
avenir >
J'ai de fon fort conoiſſance certaine
.
Notre frere , Pallas , fe nomme Préjugé.
Vous voyez qu'aujourdhui , bravant nôtre
puissance ,
L'Homme afpire à l'independance ;
De nos loix , la raifon l'a prefque degagé
:
Mais , il va deformais rentrerſous nôtre
empire ,
Prejugé feul ,peut le reduire.
Chez les Mortels en Docteur erigé
Envoyons ce nouveau Confrere.
Ileft fot , ignorant ; mais n'importe, j'efpere
Que chez eux ilfera bientôt acredité.
DE NOVEMBRE.
165
Il eft impérieux , l'infolence le guide ,
Il viendra de loin , il décide ;
C'en eft affez pour qu'ilfoit écouté.
Nous le verrons avec audace ,
De la Raifon prendre la place ;
Et ramener aujoug les rebelles Humains.
Par mille battements de mains
Ace projet tous les Dieux applandirent
;
Et pour l'éxecuter , voici comme ils s'y
prirent.
Ils donnerent au faux Docteur
En l'envoyant régenter fur la terre ,
Le titre de Legislateur ,
Avec ordre de faire une éternelle guerre
Ala Raifon , à tousfes Adhérans.
Chezles humains arrivépour détruire
De la raifon le fouverain empire ,
Préjugé des plus ignorans
Gagna d'abord la troupe ridicule ;.
Car tout ignorant eft crédule :
Par le nombre entraînez , bientôt tous les
Mortel's
De la raifon briferent les Autels.
En quittant des ingrats qui l'avoient outragée
,
Elle en crut être affez vangée.
Alors, loin de perçer l'obfcure verité ,
Adorateur d'un bizare fiftême ,
166 LE MERCURE
L'homme ne connut plus ce qu'il êtoir
lui-même.
La plus groffiere abfurdité
En impofa fans peine àfa crédulité.
Non content d'encenfer Lupin & ſa Sequele
,
Indignes Habitans des Cieux s
L'Imbécile fe fit maint Idolé nouvelle
Créateur defes propres Dieux.
AND INTO (ANITY
Le Miroir étoit le mot de la premiere
Enigme du mois paffé & le mot ,
Taupe , celui de la feconde.
ENIGME..
C Herchant fortune dans Paris ,
Je fuis peu dangereux pour les jaloux
Maris ;
Car,mon allûre eft indifcrete :
On me voit venir de cent pas..
Parfois , la plus fiére fillette
Me regardant du haut en bas ,.
Fait cependant le premier pas :
Mais , dés la porte eft ouverte ,
Bon pied , bon oeil , elle me tient alèrte ;
D'abord, elle me prend la main ,
que
C'est par malheur , quand trop je la lui
donne :
DE NOVEMBRE. 167
J'enfuis faché. Bon foir fripone ,
Je ferai plus bûreux demain .
AUTRE.
D'Un Pere meurtrier on dit que je
fuis fille ,
Je cheris cependant la Paix ;
Puifque l'accord , & le bon ordre brille
Dans tout ce que je fais.
De mes Peuples , les uns font noirs , les
autres blancs ,
Sous différente Ligne , ils retiennent
leurs rangs s
Sujets à tout caprice , & par un trait
bizarre ,
Jamais d'accord , qu'un tiers au moins ,
ne les fépare..
De moi-même je fuis fans vie ,
Jela donne à ceux de qui je la reçois :
Mais , belas ! Quelquefois
Je me la vois ravie
Par un foupir qui me coupant la voix,
Me laiffe comme évanouie.
J'aifléchi l'Achéron , j'ai bâti des Mürailles
,
Je prefide aux Batailles ,
Et Maîtreffe abfolue & des Airs & des
Tems ,
Je dirige les Vents.
463 LE MERCURE
CHANSON.
Hers de
Gregoire eftmous , le grand
Une pinte de Vin imprudemmentſablée
Afine fon illuftre fort ,
Et fa Cave eft fon Mofolée :
O vous , qui defcendez dans ce charmant
Tombeau
Necroyez pas quefon ombreyrepose ?
Elle eft encore errante au tour de fon
Tonneau ,
•Pas
C'eft de larmes de Vin qu'elle vent qu'on
l'e roſe .
Quoique cette Chanfon ne foit nouvelle
, je l'ai cependant préfereà pluhieurs
autres qui m'ont été envoyées : Je
me flate que ceux qui ne la connoiffent
pas , feront charmés de la trouver ici .
-+
Nous annoncames dernierement
un
Livre , qui a pour Titre , Regle
artificielle du tems : Nous promimes d'en
donner l'Extrait ; c'est avec plaifir que
nous fatisfaifons
aujourd'hui
à nôtre
engagement Persuadéque c'eftfervir
le Public que de iny faire connoiftre un
Traité,qui a mérité l'approbation de l'Académie
des Sciente . Ce Livrefe trouve
chez Gregoire Dupuis rue S. Jacques a
La Fontaine d'Or. L'Auteur
novembre 1I
9:2
Chers Infans deBaccim
- ment
sablée
, α
fir
J
ci o vous qui de
ombreyrepo- se; Elle &
J
J
Cest de larmes de Vin :
1
DE
NOVEMBRE.
169
L
'Auteur entre en matiere , par une
petite differtation fur la conftruction
des Horloges & des Montres en
général : Il en donne une idée fort nette.
Le reste de fon ouvrage eft divifé
en dix Chapitres. Dans le premier , il
diftingue les differentes
efpeces
d'Horloges
& de
Montres , & enfeigne les
degrés
d'exactitude, qu'on doit attendre
de
chacune de ces
efpeces en particulier
, fuivant la Nature ou les Principes
de fa conftruction.
Le fecond Chapitre contient des
raifons tant. Phifiques que Méchaniques
; pourquoi les Montres de Poches
ne peuvent pas aller auffi
regulierement
que les Pendules, quelques perfections
que les plus habiles Ouvriers leurs
puiffent donner.
с
Leze , 4° &
Chapitres roulent
fur la divifion
naturelle &
artificielle
du Tems , fur la Nature du Tems vrai
& du
Tems moyen , ainfi
diftingué
par les
Aftronômes , & que
l'Autheur
aime mieux
appeller Tems
apparent
& Tems égal ; & fur le
moyen de
trouver ces Tems par le Soleil & par
les Etoilles fixes , avec toutes les pré-
Novembre 1717 .
P
170 LE MERCURE
cautions réquifes . Les matieres contenues
dans ces 5. 1ers Chapitres , font
traîtées avec beaucoup d'ordre & de
clarté ; & quoiqu'on y trouve un affez
grand nombre de traits de Phifique
,de Méchanique & d'Aftronômie,
qui ne foient pas à la portée de tout le
monde , l'Autheur a pourtant rendû
ces chofes trés faciles à entendre , à
ceux mêmes qui font les moins au fait
des ces fortes d'études .
Lefixiéme Chapitre traite de la maniere
de fe fervir du Tems apparent
& du Tems égal , pour bien regler les
Horloges & les Montres : On y trouve
plufieurs inftructions fort détaillées qui
conduifent à ces Opérations.
tre par
Les Chapitres 7. 8. contiennent des
difcours un peu moins arangés que ces
premiers , qui roulent fur le choix des
Montres , & ce qu'on en peut connoîl'effai
; on y apprend pourtant
plufieurs chofes qu'on ett bien aife de
ne pas ignorer. Le Chapitre 9e traite
de la Nature & de l'office du Reffort
fpiral dans les Montres de poches ,
avec les regles ou inftructions néceffaires
, pour fçavoir faire avancer ou
retarder le mouvement d'une Montre ,
DE NOVEMBRE. 171
felon qu'il en fera befoin . Les regles
contenues dans ce Chapitre , intereffent
toutes les Perfonnes qui ont des Mon
tres ; & on y trouve des remarques affez
curieufes fur la délicateffe de cette
operation. Le Chapitre 10 contient
quelques regles générales pour le ménagement
des Montres de poches; avec
quelques réflexions fur l'importance de
l'art de les raccommoder ; & fur les
abûs qui s'y commettent.
,
On trouve enfuite des remarques
de feu M. le Baron de Libnitz fut cer
ouvrage , & aprés , celles d'un Sçavant
Jefuite, regardans l'Equation du mouvement
du Soleil . Ces dernieres ont
excité l'Auteur à y répondre , pour
mettre cette matiere jufqu'ici affez embrouillée
, dans un plus beau jour .
Il conclut par la Defcription d'une
Montre de fon invention , qui eft
conftruite différemment des autres..
Comme ce Mémoire a efté prononcé
devant l'Ac . R. des Sçi . & qu'elle en
a porté fon jugement , qui eft plus circonftancié
que ceux qu'elle a coûtume
de donner en pareil rencontre ; je
ne puis donner une meilleure idée de
cette partie de l'ouvrage , qu'en rap-
Pij
172 LE MERCURE
portant le jugement même de l'Académie
, qui eft enſemble & un extrait
& une approbation.
RAPPORT
l'Académie
De Meffieurs Commis par
Royale des Sciences , pour examiner un
Mémoire , intitulé Defcription d'une
Montre de nouvelle conftruction , &
les piéces mêmes d'une Montre exécutées
fur les principes du Mémoire
. Par H. Sully.
N
Ous avons examiné avec foin ,
fuivant l'ordre de l'Académie ,
le Mémoire qui lui a etté preſenté par
le fieur Sully , ayant pour titre . Defcription
d'une Montre de nouvelle con-
Struction , & contenant les Caufes les
plus confiderables & les moins connuës ,
des défauts qui fe trouvent encore dans
les Montres portatives , les moyens de
rendre leurs mouvemens plus juftes &
cette jufteffe plus durable . Nous avons
examiné en même tems & avec le même
foin , toutes les piéces d'une MonDE
NOVEMBRE. 173
tre exécutée par l'Autheur,fur les principes
établis dans le Mémoire , & nous
avons efté fi pleinement fatisfaits & du
Mémoire & de la Montre , que nous
nous croyons obligés de lui en rendre
un témoignage qui réponde à l'idée
que nous en avons conçue.
Nous avons remarqué dans l'inven- .
vention de l'Autheur,trois chofes principales
. 1º Une diminution des frotemens
trés confiderable , & par des vo-.
yes qui nous ont parû également fimples
& ingenieuſes . z . Une adreffe finguliere
pour conferver dans une égalité
conftante , ce qui refte de frotemens.
3. Un arangement des parties de la
Montre , qui marque beaucoup de fagacité
dans l'Inventeur , & qui promet
une plus grande perfection ; l'arrangement
ordinaire eftant une des
principales caufes de l'inégalité du
dans une Montre miſe en mouvement ,
differentes
pofitions .
Au refte , les attentions fenfées &
délicates,que l'Autheur à eues dans fes
recherches , & qu'on voit avec plaifir
dans fon Mémoire ,jointes à l'ordre & à
la netteté qui y regnent, annoncent un
Talent qui pourroit dévenir d'autant
P iij
174 LE MERCURE
plus utile, qu'il eft moins commun aux
perfonnes qui s'attachent à la pratique
de l'Art dont il fait profeffion . Et l'exactitude
pleine d'adreffe qui paroît dans
F'exécution de fa Montre , nous fait efperer
de fa main des Ouvrages plus
achevés que ce qu'on a vu jufqu'à prefent.
Donné à l'Académie le 10.Juin1716.
Ce rapport a efté unanimement approuvé
par tout le Corps , & enregiftré
dans les Mémoires de l'Acadé-
- mie .
LES
Es Dialogues des Vivants par M.-
l'Abbé Bordelon , demanderoétum
Extrait du moins auffi eftendû que celui
qu'on vient de lire ; mais ,je renvoie
les Curieux à l'Original - mefme qui les
fatisfera beaucoup mieux que moi. Il
fe vend chez PIERRE PRAULT
fur le Quai de Gefvres , au Paradis.
On trouve auffi chez le mefme Libraire
, trois nouvelles Lettres fur la
Comedie Italienne > avec les Déclarations
, Edits & Arrefts , tant anciens
que nouveaux.
DE NOVEMBRE. 175
Nfçait que les Extraits que nous
avons donné des Mémoires du Cardinal
de Retz, dans quelques - uns de nos
Mercures , ont eftéfuivis de plufieurs Editions
de ces mefmes Mémoires.
Celle de Nancy en 3. Volumes In- douze ,
qui a paru la premiere , eft de toutes , la
moins fautive & la mieux imprimée.
Il auroit eftéà fouhaiter que les Libraires
qui ont donné ces Editions , ûffent efté
fournis de Manufcrits plus corrects &
moins défigurés par les Lacunes.
42.PAYOPAYYEOEGRR.TEPRVE PR
JOURNAL DE PARIS.
Le
ER.P.Surian Prêtre de l'Oratoire
& Prédicateur célébre , ayant été
nommé pour prêcher devant le Roy ,
l'Avent où nous entrons , ouvrit ſa Station
par le Sermon de la Touffaints.
Il avoit pris pour Texte , ces paroles
de l'Apôtre. Hac eft voluntas
Dei , fanctificatio veftra. La volonté
de Dieu eft que vous foyez faint.
L'interprétation de ce Paffage lui
ayant fourni un très beau Difcours , le
iiiij
175 LE MERCURE
conduifit encore trés hûreufement à
cette conclufion qu'il adreffa au Roy.
Mais , ce que l'Efprit- Saint adreffe aujourdhui
à tous les hommes , SIRE ,
il femble le dire d'avantage à VÔTRE
MAJESTE ' , & d'une manière plus propre
& plus perfonélle. Car , où la volonté
de Dieu de fanctifier un Roy ,
fut- elle jamais plus fenfible ? Rappellés
ici dans votre coeur tout ce que Dieu
a fait pour vous. Il vous a conduit au
Thrône par des événemens fi inoüis ,
´qu'
'ils ont attendri fur nous le reſte du
Monde. Lorfque vosjours eux- mêmes
furent menacez , il daigna vous conferver
à nous , par les foins de la Gardienne
Illuftre de Vôtre Enfance , qui
fe croit plus hûreufe encore de vous
avoir infpiré la Vertu , que de vous
avoir fauvé la vie. Pour imprimer plus
profondément dans votre Ame le
néant du Monde , la crainte de Dieu ,
l'amour de vos Peuples , il vous a rendu
Spectateur de la mort fi héroïque
fi chrêtienne de vôtre Bis- Ayeul : Ec
les leçons qu'il vous fit en ce trifte
êtat , furent fi belles , fi touchantes ,
que vous ne les oublierez jamais . Ne
mettant à fes faveurs , ny mefure , ny
>
DE NOVEMBRE. 177
›
"
bornes , il vous a donné un de ces Naturels
hûreux , qui font faits pour la
Vertu ; un coeur droit , bon , fincére
généreux , docile pour le bien , timide
fur le mal , tendre pour les malhûreux ,
fenfible & reconnoiffant pour tous ceux
qui vous approchent , un Eſprit pénétrant
, une Ame grande , des fentimens
élevez , des inclinations nobles , un
fecret éloignement pour tous les amufemens
puériles . Ce qui eft encore de
vôtre âge , n'eft déja plus de vôtre goût,
& déja Maître de vous- mefme, vous aimés
à eftre tout ce qu'il faut que vous
foiez ; plein de dignité dans le maintien
& dans les paroles , fçachant repréfenter
& vous contraindre , ou plûtôt
ne vous contraignant jamais , dans
ce que la Raifon & la Bien-féance demandent
; nous offrant des Vertus dans
un âge , où l'on ne laiffe voir encore
que des efpérances ; furtout , Religieux
envers Dieu ; enforte que dans la jeuneffe
la plus tendre , non feulement
vous etes Roy , mais encore , ROY
TRE'S - CHRESTIEN, qui eft le plus
beau de vos Titres.
Des Graces fi rares , ne font- elles pas ,
SIRE , des engagemens heureux à
178* LE MERCURE
la fainteté ? Non , Dieu n'a pas raffemblé
fur VÔTRE MAJESTE tant
de genres de Prodiges , pour faire de
vous , précisément un Roy , mais pour
en faire unbon Roy , un grand Roy , un
faint Roy ; & il vous eft dit d'en haut ,
plus expreffément qu'à nul autre : La
volonté de Dieu est que vous foiez faint-
Il y a plus , SIRE : Ne pas vous fantifier
, ce feroit dégénérer de vôtre
Augufte Naiffance : Car , j'ofe dire
fans crainte d'eftre démenti , que vous
eftes le Fils d'un Saint. Ah ! S'il eft encore
fenfible aux chofes d'ici bas , ce
Prince
qui vécut affez pour fon bonheur
, & trop peu pour le nôtre ; qu'il'
eft tranfporté de joye , en voyant ce
que nous voyons ! Je crois l'entendre
qui s'écrie avec ce Pere attendri dans
l'Ecriture Quale gaudium mihi !
Quelle confolation pour moi ! Credo
equidem quod Angelus Dei bonus conducat
Filium meum. En regardant chacun
de ceux qui préfident ou qui concourent
à une éducation fi chere , il met
femble que Dieu lui- même a envoyé du
Ciel un guide fidéle , pour conduire
mon fils. Tout ce qui fe paffe au tour de
lui , fe fait avec fageffe & avec ordre :
T
DE NOVEMBRE. 179
Et bene omnia aguntur qua circa eum
fiunt . Cette joye puiffe - t - elle croître
chaque jour dans fon coeur. Et vous ,
mon Dieu ! Si la France vous eft encore
chere , confervez - lui un Thréfor
fiprécieux ; vous vous appellez le Pere
de l'Orphelin : En eft - il un dans l'Univers
plus digne qu'un Dieu l'adopte ?
Veillez fur fes jours , veillez fur fes Vertus
naiffantes : Verfez ſur cet Objet de
nôtre Amour, vos Bénédictions les plus
faintes. Difpofés- le par vôtre Efptit à
gouverner un jour ce grand Empire ,
avec la même prudence , la mefme juftice
, la mefme bonté , que le gouverne
aujourd'hui le Régent Augufte ,
à qui vous l'avez confié ; afin qu'aprés
avoir porté faintement la plus belle
Couronne de l'Univers , il mérite d'en
recevoir une éternelle dans le Ciel.
M. le Maréchal de Villeroy joüiffoit
depuis 19 ans , d'une gratification de,
50000 l . de rentes, que le feu Roy lui
avoit accordée fur les Octrois de la
Ville de Lyon , dont le bail ſe renouvelle
tous les 6 ans : Comme le terme
expiroit , ce Seigneur ayant demandé
la même grace à S. A. R. Elle fe fir
un plaifir de la lui continuer. A peine
180 LE MERCURE.
l'eut -il obtenue, qu'il la remit fur le
champ avec la générofité ordinaire , à
S. A. R. , difant qu'il n'avoit fongé en
la follicitant , qu'à l'honneur de l'obtenir
, & que ce feroit abufer des bontez
du Roy , furtout dans un tems où
tant d'Officiers de mérite avoient plus
befoin que lui , des largeffes de S. M.
On travaille depuis quelque tems à
la grande livrée de M. le Duc de Lorraine.
Les Habits au nombre de prés
de 100 , tant pour les Valets de pied,
que pour les gens d'Ecurie,font d'écarlatte
avec de fort beaux Galons ; ils
font doublés d'une Etoffe de couleur
de Jonquille . Il y a de plus , 20 Habits
pour les Pages avec les manches de
Velours ou de Bracelets . Les 7. Trompettes
des plaifirs de ce Prince ; les 12.
Trompettes & Timbaliers de la Gendarmerie
; les 2 Tambours & Fiffres
des Suiffes de fa garde auront des
Cafaques de la grande livrée gallonées
en plein , avec les pareméns de Velours
deJonquille. On ne fait pas encore précifément
, quand M. le Duc & Mde la
Ducheffe de Lorraine fe rendront à
Paris .
M. l'Abbé Chevalier , & le P. de
DE NOVEMBRE. 181
la Borde de l'Oratoire , font de retour
de Rome où ils êtoient allés il y a
plus d'un an , pour les affaires de la
Conftitution . M. le Cardinal de Noaïlles
a offert au premier , dans l'Eglife
de Paris , un Canonicat vacant qu'il
n'a pas accepté.
"
M. le Comte de Ryons a achetté
de M. de S. Vians qui eit fort âgé , le
Gouvernement de la Ville de Coignac ;
il rapporte 1200o liv. de rentes ; il n'oblige
point à refidence.
Les Acquereurs des 120000 liv . de
rentes viageres , à raifon du dénier feize,
pour parvenir à l'extinction d'une
partie des Billets de l'Etat , pouront
les conftituer fous le nom de telle perfonne
qu'ils voudront choifir , tant Sujets
du Roy , qu'Etrangers non naturalifés
, ou demeurans hors du Royaume
, pour en joüir tant par eux , que par
ceux qu'ils nommeront fur leurs quittances
, pendant la vie de la perfonne
qu'ils auront nommée.
Le Roy a commis M. Defnoyers de
Lorme , intereffé en la ferme des Domaines
duRoyaume, pour recevoir tou
tes les fommes qui proviendront de la
vente des dits Domaines , en Billets de
182 LEMERCURE
·
l'Etat ; & S. M. remet à fes Sujets les
2 f. pour livre du prix de leurs acquifitions.
M. le Grand- Prieur a donné fon confentement
, pour faire M. le Chevalier
d'Orleans Coadjuteur du Grand- Prieuré
de France. Mér le Duc Regent a donné
M. de Cauverel pour Gouverneur ,
à ce Chevalier qui fait fes exercices
à l'Académie de Long- pré.
M. de Caumartin a efté nommé avec
5. autres Confeillers d'Etat & 12 Mres
des Requêtes, pour examiner les Compres
de tous les Traitans . M. d'Ombreval
Avocat général de la Cour des
Aydes , eft Procureur général de cette
commiffion.
Le 4. fête de S. Charles , dont l'Empereur
porte le nom , M. le Comte de
Kinigfech Ambaffadeur de S. M. I. donna
dans fon hôtel , un repas fuperbe,
qui fut precedé & fuivi d'une fête magnifique
où il ny avoit rien à defirer.
Le 9. du mois , l'Académie Royale
de Mufique reprefenta pour la premiere
fois , Camille Reine des Volfques ,
Tragédie dont le Poëme eft de M.
Danchet , & la Mufique du fieur Campra
: Cet Opera fut parfaitement bien
DE NOVEMBRE. 18;
reçû du Public. J'entend dire aux Mres
de l'Art , que la Mufique en eft continûment
belle : Ces Mis en cette occafion
, fe déclarent en faveur de leur Emule
, avec un zele généreux qui tient
du prodige. M. Danchet n'eft pas f
bien fervi de la part des Poëtes les
Rivaux : Cela eft dans l'ordre.
M. de Bafville revient de Languedoc
, & M. de Bernages Intendant
d'Artois , eft nommé pour le remplacer.
M. d'Angervilliers à qui eftoit deftinée
cette Intendance , a mieux aimé
refter dans celle d'Alface , & M . de Meliand
Intendant de Lyon , paffera à celle
de Picardie & d'Artois ; M. Poulletier
qui a efté Intendant des Finances
, va relever ce dernier.
Il eft arrivé fur le Vaiffeau du Roy
le Paon, deux jeunes Sauvageffes de la
Nation des Chetimacha , fituée fur le
fleuve de la Loüifiane : Ces Peuples
font toûjours en guerre avec leurs voifins.
Lorfqu'ils tombent entre les mains
de leurs Énnemis , & reciproquement
' ceux- ci , entre les leurs , la mort eft
prefqu'inévitable , à moins qu'ils ne
trouvent à vendre leurs Prifonniers aux
François . Ceux ci , pour leur fauver la
184 LE MERCURE
vie,& les inftruire dans la Réligion Ch.
font comme forcés , de les acheter, quoique
le Roy n'ait point permis jufqu'à
prefent qu'on en fit des Efclaves. Madame
la Ducheffe de Noaillés les a
retirées d'un Paffager venant du
Miffiffipi : Elles n'ont rien de trop remarquable
, fi non qu'elles ont le teint
de couleur olivatre ; fans compter
les parures de leur Païs , qui confiftent
à avoir des bouquets de plumes fur
la tête , & beaucoup de Verroteries au
tour du Col.
Le Roy a donné à M. le Marquis
de la Carte , la Lieutenance générale
du Bas- Poitou , vacante par la démiffion
volontaire qu'en a faite , M: le
Marquis Deffiat qui en ettoit pourvû :
Les provifions de M. de la Carte font.
dattées du 7 Novembre 1717.
Le 11. Fête de S. Martin , Madame ,
Ducheffe de Berry tint Toilette , où le
trouvérent plufieurs Seigneurs & Dames
de la Cour : Mr le Maréchal de
Villars , de même que Mlle de Bouillon
& Mde la Comteffe d'Evreux , y affiftérent
; cette Princeffe donna le mênie
jour Audiance à l'Envoyé d'Heffe-Caffel
Le Dimanche 14 , Mile Nonce,Mr le
Comte
DE NOVEMBRE.
185
Comte de Kinigfech Ambaffadeur de
l'Empereur , avec les autres Miniftres
étrangers , fe trouvérent à la Toilette
de cette Princeffe , de même que Mrs
les Archevêques de Cambrai, de Tours
&M l'Evêque de Gap : Après la Meffe ,
cette Princeffe alla dîner à la Meute.
Le 15 , jour deſtiné pour le Baptême
de Mr le Comte de Clermont *, dont
le Roy eftoit parain , & Madame Ducheffe
de Berry, Maraine : Cette Princeffe
fe rendit à 6. heures du foir au
Palais des Tuileries , accompagnée de
Madame Ducheffe de S. Simon fa
Dame d'Honneur , de Meſdames les
Marquifes de Pons , de Mouchy , fes
Dames d'Atours , de Mefdames les
Marquifes d'Armenters , de Braffac &
d'Arpajon , fes Dames du Palais ; de
M. le Marquis de Coëtenfao fon Chevalier
d'Honneur : Le Roy accompagné
de Madame la Ducheffe de Berry , de
Mgr le Duc d'Orleans , de Mgr le Duc
de Chartres , de Mgr le Duc , de Mar le
Prince de Conty , de Me la Ducheffe,
de Miles de Charolois & de Clermont,
le rendit à fa Chapelle , où aprés avoir
fait fa priere , on fit avancer Mr le
* Il est âgé de ans,
dehy
Novembre
1717•
186 LE MERCURE
uA Comte de Clermont , qui portoit un
Habit d'un drap blanc galonné d'argent
, un Chapeau , un Plumer , une
Epée , des Bas , & des Souliers , le tout
blanc. M. l'Abbé Milon Aumônier du
Roy, fit la Cérémonie , affifté des Officiers
de la Chapelle, & de Mrsles Curez
de S. Sulpice &de S. Germain de l'Auxerrois:
Ce jeune Prince fe mit trois fois
à genoux, pendant cette Cérémonie, le
Roy lui fit arffi trois fois le Signe de la
Croix fur le front. Sa Majefté avoit à
fà droite , M. l'Abbé de la Vieuville , &
M. l'Abbé de Caulet fes Aumôniers ;
derriere , M. le Maréchal de Villeroy
& M. l'Evêque de Frejus . Madame Ducheffe
de Berry avoit de fon côté
M. l'Archevêque de Tours fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget
& M.l'Abbé duTremblayfesAumôniers:
M. le Marquis de Coetenfao & Madame
la Ducheffe de S. Simon , eftoient
placés derriere , avec les Dames du
Palais Audeffous du Roy , eftoient
Monfeigneur le Duc d'Orleans , M. le
Duc de Chartres , M. leDuc , M. lePrince
de Conty, Madame la Ducheffe & Mile
de Charollois , avec grand nombre de
Seigneurs Mr. de Gondrin , Mrs les
:
DE NOVEMBRE. 187
S
Marquis de Rupelmonde , de Torcy
& d'autres jeunes Seigneurs de l'âge
du Roy, y étoient,portans tous la Croix
de l'Ordre du Pavillon * ; M. le Comte
de Clermont avoit à fa droite M.l'Abbé
de Guijon fon Précepteur, & M.l'Abbé
des Forges fon fous- Précepteur : M. le
Chevalier de Dampierre Premier Gentil-
homme de la Chambre de M.leDuc,
faifoit la fonction de Gouverneur ; &
en cette qualité , il mit le Bandeau des
Adultes far la tête de ce Prince. *Ala
fin de la Cérémonie , M. l'Abbé Milon
préfenta la plume au Roy , enfuite à
Madame Ducheffe de Berry , & à Madame
la Ducheffe , pour figner fur les
Regiftres On diftribua quantité de
boëtes pleines de dragées aux Seigneurs
& Dames de la Cour. Le Roy
* L'Ordre du Pavillon a efté inftitué
depuis peu par Sa Majesté , pour les
jeunes Seigneurs qui lui font la Cour :
Les Croix font d'Or émaillées : Sur le
milieu , on voit d'un côté un Pavillon ,
& de l'autre , c'est un Aneau tournant
qui eft le jeu du Roy. Le Cordon auquel
eft attachée la Croix , eft rayé de blanc &
de bleu ; S. M. le porte Elle - même
fous le Cordon bleu.
Il fut nommé Louis .
Qij
138 LE MERCURE
1
portoit un Habit de velours noir garni
de Diamans , un plumet & un ruban
couleur de feu à la cravate . Madame
Ducheffe de Berry, avoit un Habit d'un
drap d'or , dont l'étofe feule avoit couté
9000 liv . Les Perles & les Pierreries
en faifoient la broderie , & fa coëfure
en êtoit toute brillante ; tou
tes les Dames de la Cour eſtoient magnifiques
: Comme la Cérémonie fe fit
à fix heures & demie du foir , les lumieres
de la Chapelle en augmentoient
encore l'éclat. La Tribune
du Roy & celle de la Mufique .,
eftoient remplies de Dames ou de Seigneurs,
parmi lesquels, il y avoit un trés
grand nombre d'Etrangers que la curiofité
y avoit attirés.
Lorfque le Roy tient des Princes du
du Sang , & qu'ils font encore entre
les mains des femmes , S. M. a coutume
d'envoyer dix mille francs pour ,
celles qui ont foin de l'Enfant. Comme
le cas eftoit différent , par raport à M.
lle Comte de Clermont , le Roy a fait
'honneur d'envoyer par M. le Febvre
Intendant de fes Plaifirs , à M. l'Abbé
de Guijon Précepteur de M. le Comte ,
un Diamant du prix de 1000 écus , & à
DE NOVEMBRE 189
>
M. l'Abbé des Forges fous- Précepteur
un autre de la valeur de 2000 livres.
Doluet Beg.ci-devant l'un des Pages
de l'Ambaffadeur de Perfe , converti
& inftruit par M. Gauderau , Curé du
Château Royal d'Amboife , fut batife
dans l'Eglife des Miffions Etrangères
le douze de ce mois. Son Parrain fut
M. l'Archevefque de Tours, premier
Aumônier de Madame la Ducheffe de
Berry , & Miniitre du Confeil de Confcience
; & fa Marraine , Madame la
Ducheffe de Saint Simon , Dame
d'Honneur de cette Princeffe
M. l'Abbé de Louvois ayant efté
nommé à l'Evefché de Clermont , n'en
ût pas plûtôt efté informé , qu'il revint
auffitôt de la Campagne , pour prier
Mgr le Duc Régent de permettre qu'il
ne l'acceptât pas ; s'excufant fur fa
mauvaife fanté ,qui le mettroit hors d'êtat
de donner à ce Diocéze , tout le tems
que fon êtenduë prodigieufe , & le peu
d'ordre qu'il y avoit , demandoient.
Mgr le Duc d'Orleans approuva fes
raifons , & lui donna fatisfaction ; ce
Prince ayant auffi - tôt deftiné cet Evef
ché au R. P. Maffilion de l'Oratoire ,
chargea M. le Cardinal de Noailles
190 LE MERCURE
de le lui propofer . Ce célébre Prédicateur
s'en deffendit d'abord le prix
confidérable des Bulles ne fut pas une
des moindres raifons qu'il allégua :-
Mais enfin , il fe laiffa perfuader ; ce
qui fut fuivi de fon acceptation qui , a
fait plaifir à tout Paris.
- en qua-
On a û avis par la voye des Miffions
êtrangéres de Perfe , que Méhémet
Beg qui eftoit venu
lité d'Ambaffadeur du Sophy , eftoit
enfin arrivé à Hifpahan avec une jeune
Françoife trés ainiable , à laquelle il s'êtoit
fortement attaché à Paris. Cette
fille s'en eftant cependant dégoutée ,
avoit formé le deffein à Dantzick de
fortir de l'esclavage où il la tenoit , &
de s'en revenir dans fa Patrie . Pour y
réuffir , elle avoit trouvé le moyen de
fe fauver heureufement dans la maifon
d'un François établi dans cette Ville
Anféatique. Méhémet ayant découvert
fa retraite , y eftoit entré le fabre à la
main , fuivi de quelques- uns de fes
gens , & avoit tellement êtonné par les
emportemens , le Particulier chez qui
elle eftoit cachée , que celui- ci avoit
efté forcé de la lui remettre . Elle
ne fut pas plûtôt en fon pouvoir "
DE NOVEMBRE. 19 B
qu'il lui mit les fers aux mains ,
quoique fort avancée en groffeffe . Par
la fuite , eftant accouchée en chemin
d'un garçon , elle avoit efté obligée de
le nourrir elle- mefme,pendant toute la
route qui a efté fort longue & fort pénible.
Ces Lettres ajoutent qu'il avoit
êté fort bien reçû du Roi de Perfe à qui
il a rendu compte de fon Ambaffade .
L'Ouverture du Parlement ſe fit le
lendemain de la S. Martin, en la maniére
accoutumée ; c'eſt- à-dire que , Meffieurs
les préfidens en Robes Rouges
& Fourures , tenans leur Mortier , Meffleurs
les Confeillers en Robes Rouges.
& Chaperons Fourés , & Meffieurs les
Gens du Roy, affitérent à la Meſſe du
Saint Efprit , célébrée dans la Chapelle
de la Grand - Saile du Palais ;.
aprés laquelle, M. de Mefmes Premier
Préfident donna un Dîner magnifique
à tous ces Meffieurs.
Le mefme jour , l'Académie de l'Hif
toire & des Belles Lettres , recommença
fes Affemblées. M. de Boze qui en
eft le Sécretaire perpétuel , lût les Eloges'de
M. l'Abbé Pinart , du célébre
M. Cuper Hollandois , & de M. Bourdelin
.
192 LE
MERCURE
M. l'Abbé Banniere régala enfuite
l'Auditoire , d'une
Differtation fur le
Culte d'Adonis , & M. l'Abbé Mahudel
s'étendit fort fur le Lotos des Anciens
, qu'il croit eftre une des espéces
de nôtre
Nénuphar aquatique .
Le 13 , l'Ouverture de l'Académie
Royale des Sciences fe fit à l'ordinaire.
M. de Fontenelle ayant partagé la le-
&ture de l'éloge de M. Leibnits , à cauſe
de fa longueur qui nous empêche même
d'en donner l'Extrait ; M. Caffini ,
remplit cet intervalle par un trés
beau Difcours , fur la grandeur des Etoiles
fixes , & fur leur diftance de la.
Terre. Il épargna aux Auditeurs l'embarras
& le travail des calculs ; & il ne
leur préfenta que le réfultat , ou l'expofé
toujours brillant des Découvertes
Aftronomiques. Pour faire fentir les
grands progrés que l'on a fait dans cette
Science , il prit les Etoiles fixes au
tems où l'on ne les croyoit guéres plus
grandes qu'elles ne le paroiffent, ni plus
élevées que les Montagnes qu'on difoit
foûtenir le Ciel ; & il les conduifit
de dégrez en dégrez , &de démonftrations
en
démonftrations , jufqu'à eftre
un million de millions de fois plus
groffes
DE NOVEMBRE. 193
tes fur
groffes que la Terre , & à en eftre éloignées
de plus d'un million de millions
de lieuës. Ces fupputations ont efté faiuneEtoileparticuliére
qu'on apelle
Sirius, dans la Conftellation du grand
Chien , & qui eft de la premiére grandeur
: Ainfi , s'il eftoit vrai que toutes
les Etoiles fuffent égales , & que les
unes ne paruffent plus petites que les
autres , que par un plus grand éloignement
; on peut juger à quelle diſtance
énorme doivent eftre celles qu'on ne
découvre qu'à peine , avec les plus longues
& les plus excellentes lunettes.
·M. Caffini inféra à cette occafion
dans fon Difcours , une détermination
trés belle de la Paralaxe de l'Orbe annuel
de la Terre . Il ne faut pas s'ef
frayer de ces termės ; on entendra aifément
la chofe mefme . Si la Terre
tourne autour du Soleil , felon le Syſtéme
de Copernic affez généralement
reçû par les Aftronomes , & que les E-.
toiles demeurent parfaitement immobiles
; on concoit bien que la Terre ſe
trouve , à l'égard d'une Etoile particuliére
qu'on choifira , dans des diſtances
prodigieufement différentes en différens
points de fa révolution annuelle. Cette
Novembre 1717.-
R.
194
LE MERCURE
diftance différente doit produire une
certaine différence d'afpect qu'on appelle
Paralaxe. Cependant , on n'avoit
point encore pû remarquer cette différence
d'une maniére affez fenfible ; ce
qui formoit une difficulté confidérable
contre le Systéme , de Copernic : M.
Caffini l'a enfin levée , en déterminant
cette Paralaxe qui fait la démonftration
du Systéme. En effet , on pourroit ne
point voir de Paralaxe , fans que le Syftéme
de Copernic fût faux , en fuppofant
que l'Orbe annuel de la Terre ,
quelque grand qu'il foit , n'eft qu'un
point , en comparaifon de l'éloignement
des Etoiles : Mais, la Paralaxe ne
fçauroit paroître , que le Syftéme ne
foit vrai puifque , malgré un éloignement
connu fi grand d'ailleurs , on ne
laiffe pas d'appercevoir en différens
tems de l'année , une différence d'afpect.
ز
Le mefme jour , M le Marquis des
Marets prêta Serment entre les mains
du Roy , pour la Charge de Grand Fauconier
de France , à laquelle il a efté
reçû , en furvivance de M. le Comte des
Marets fon pere .
M. de Verneüil , Neveu de M. l'Abbé
Renaudot , a cité pourvû de la CharDE
NOVEMBRE
195
ge
de Sécretaire du Cabinet , vacante
la démiflion volontaire de M. le
Prefident du Red.
par
Le Roy qui avoit eſté un peu indifpofé
, fe porte beaucoup mieux , depuis
qu'il a rendu un ver affez long qui l'incommodoit.
Le 19 , M. le Marquis de Pluvaut
a vendu la Charge de Me de la Garde-
Robe de S. A. R. à M. de Crécy Capitaine
des Gendarmes de Berry , qui
en a prêté Serment ce matin .
Le 20 , la Cour prit le Deüil de Madame
la Comteffe de Soiffons qui ,
mourut le 14 dans le Couvent de Belle-
Chaffe , où elle s'étoit retirée depuis
quelques années . Le Roy ne le
que huit jours.
portera
L'allarme qu'on avoit û pour la fanté
de Madame Ducheffe de Berry , qui
fe trouva mal à l'Opéra 4 jours auparavant
, eft ceffée ; cette indifpofition
n'a û aucune fuite fâcheufe .
Le 21, Madame , dont la fanté eft
continûment bonne , revint de S.Cloud,
pour n'y plus retourner que dans la
beile faifon .
Le 23 , le Rov alla rendre visite à
Madame Ducheffe de Berry , au Pa-
Rij
196 LE MERCURE
lais du Luxembourg , où il trouva cette
Princeffe entieremeut rétablie .
M. le Marquis de la Fare ayant êté
gratifié du Regiment de Normandie ,
Le Roy a donné une penfion de 1000
écus à M. le Chevalier de Belle- Ifle.
M. de la Fare & M. le Duc de S. Aignan
, ont efté faits Brigadiers des Armées
du Roy.
M. Dacier fi connu dans l'Empire
des Belles- Lettres, a obtenu un Brevet
de retenue de30000 liv. fur fa Charge
de Bibliotécaire du Cabinet.
Le 26 , à 4 quatre heures du foir ,
M. le Comte de Clermont fut confirmé
& tonfuré par M. le Cardinal Archevêque
, dans la petite chapelle de
l'Archevêché. Ce jeune Prince parût
fort attentif pendant tout ce tems. M.
le Cardinallui dit , en finiffant cette
Cérémonie : Monfieur ,fouvenez- vous
que vous êtes préfentement engage an
Service de l'Eglife ; que vous la devés édifier
par vos moeurs & par votre exemple
, la proteger de toute l'autorité
que vôtre illuftre naiffance & vôtre rang
vous donne ,
DE NOVEMBRE. 197
Vincau
Oici des Stances que M. de Martineau
Seigneur de Solleyne , a
préfentées à la Cour,à l'occafion de cette
derniere Cérémonie & de celledu Batême
de ce jeune Prince Je les expofe
au Public en faveur de l'Epoque qu'elles
célébrent. C'eft une grace qu'on
ne pouvoit refufer à l'Auteur , qui a
donné en plufieurs rencontres, des marques
publiques de fon attachement à
la Maifon de Condé .
STANCES
PRESENTE'ES AU ROY ,
SUR LES CEREMONIES
Λ
DU BAPTÊME
DE SON ALTESSE SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE COMTE DE CLERMONT .
Q
Uelpieux appareil ! Quel myftere
à nos yeux ?
Riij
198 LE MERCURE
Quelles vives clartés ! Quelle Cérémonie
?
La nouvelle Sion defcend - elle en ces
Lieux ?
Les Anges , les Mortels joignent leur
harmonie :
La Terre avec éclat commerce avec les
Cieux.
Dans quel Humain , la Grace à la Nature
unie ,
Vient - elle faire entendre un Serment
glorieux
A ta Bonté Suprême , O Sageſſe, infinie
,
Qui tranfmets dans les Fils , la Vertu
des Ayeux ?
A laReligion , fous d' Auguftes Aufpices
,
Un jeune Prince en qui revivent LES *
CLERMONTS,
Accourt de fa raifon confacrer les Prémices
Par des Voeux folennels
Sacrés Fonts .
› au pied des - >
* Le fecond fils de S. Louis & autres
Princes de fa pofterité , ont porté
ce Nom.
DE NOVEMBRE. 199
*
MINISTRES des Trefors de la toute
.Puiffance ,
Venez lui voir jurer une éternelle Fay :
Soyez- en les Témoins avec ce jeune ROY
De qui la Pieté fonde notre Efperance .
Peuple , fois attentif où coule ce Saint
Chrême :
Vois tu cette Onition paſſer juſques au
Coeur
De l'augufle Affiftant chargé du Diadême
?
Quel prefage pour toy d'un éternel bowbeur
!
Vois , comme elle penetre au fonds d'une
Ame* adulte
Il s'allume en fon Sein , une brûlante
ardeur
Pour les divines Loix & pour le * Sacré
Culte :
Elleremplit la Cour d'une Celefte odeur.
Sous les yeux de PHILIPPE , à ces tonchans
Prodiges ,
Mrs les Curés de S. Germain l'Auxerrois
& de S. Sulpice , furent prefens
à la Cérémonie .
* S. A. S. a huit ans.
Elle embraffe l'Etat Ecclefiaftiqu
200 LE MERCURE
Dans ce Pieux fpectacle , O FRANCE ,
reconnois
CLERMONT , ce Rejetton de tes
plus hautes Tiges ,
Digne du Nom d'un * Fils du plusfaint
de nos Rois.
Vous le fçavez affez , Potentats de la
Terre ;
Il n'eft point ici bas de fi glorieux Nom ;
Célébré par la Paix
la Guerre .
, ou fameux par
Dont la fplendeur ne cede à celui de
BOURBON.
Quoique de toutes parts , ce beau Nom
s'éternife :
CHRETIENS , ce jeune Prince aujourdhui
vous apprend ,
Que le Nom de LOUIS qu'il reçoit
de l'Eglife ,
Eft encore à fes yeux d'un Prix cent fois
plus grand.
L'Enfer tremble allarmé des Promesfes
qu'il fait :
* Robert de Clermont qui a donné
commencement à la Maifon a
te , fecond fils de S. Louis .
regnanDE
NOVEMBRE. 201
Eft-il d'erreurs qu'un jour ſon Eſprit
ne confonde ?
Il est déja porté par un Divin attrait ,
Au plus faint Miniſtere, en renonçant
au monde.
Que lesfaftes Sacrés célébrent ta Naiffance
;
COMTE , de quel Eclat ce grand
Jour nous répond !
De LOUIS , de * LOUISE il
forme une Alliance ,
Pour te donner un Nom en Vertus fi
fécond.
Tandis que chaque jour , tes Horoïques
Freres
Par d'illuftres Travaux , ferendent Immortels
Dans les mêmes chemins où triomphoient
tes Peres :
Ton Zele met fa Gloire à fervir les
Antels.
De ton Sang , dans l'Etat , quel précieux
Partage !
* Ce Prince a êté Tonfuré le 25 de
ce mois .
*Madame la Ducheffe de Berry porte
auffi ce Nom .
202 LE MERCURE
BOURBON , dans les Confeils fe
rend nôtre foutien :
CHAROLLOIS , de fon brasfecourt
le Nom Chrétien ;
Pour toy CLERMONT , tu prens
la Croixpour heritage.
Quel choix parmi les Grands que ta vi- .
ve Foy touche!
A peine aux yeux du fiécle encorfçaistu
marcher;
Qu'entraînépar ton coeur d'accord avec
ta Bouche ,
Dès
que tu connois Dieu , tu cours pour
le chercher.
Quel Ornement nouveau ? Quel preſent
pour le Temple ,
Qu'un Lys fi floriffant , où brille la Candeur
!
Le Ciel en eft jaloux : Vois comme il te
contemple ;
Iltourne à lui déja tes regards & ton
Coeur.
Des Dons Divins en toy nos yeux font
éblouis :
Tufçais qu'il eft bien plus d'une illuftre
Couronne ;
*
Tu te montres
CLERMONT
,
1
1
1
DE NOVEMBRE. 203
Sang de Saint LOUIS :
L'Eglife en Toy verrafaplusferme Colonne.
1
La lumiére rendue à l'oeil gauche de
MB le Duc Régent , fait depuis quelques
jours l'entretien de tout Paris. On
fçait que ce Prince en voyoit fi confufément
, qu'à peine pouvoit-il diftinguer
le gros des Objets . Dans un êtat fi
fâcheux , on a recours à un nommé
M. Mouffart Chapellain de Ruelles ,
qui depuis plufieurs années , avoit rétabli
charitablement d'un jour à l'autre
, la vûë à une infinité de perfonnes
qui accouroient à lui . Aprés quelques
Expériences faites ici avec le même fuccés
& en auffi peu de tems , Mgr le Duc
d'Orleans confirmé par tant d'épreu
ves , ne craignit plus de s'y confier . S.
A. R. ayant pris jour , & s'y eftant préparée
par quelques remédes ; jeudi matin
25 , M. Mouffart appliqua le fien fur
la partie affligée. Huit heures aprés, l'Oculifte
de campagne ayant levé l'appareil
, affùra le Regent qu'il eftoit
guéri , & qu'à mefure que l'inflammation
caufée par fa Poudre, fe diffiperoit ,
fa vûë fe fortifieroit. Ce Prince , non204
LE MERCURE
content de ces promeffes , vouloit qu'on
le lui réitéra , fe plaignant de n'avoir
pas fouffert autant qu'on le lui avoit promis
, & par conféquent ne fe croyant
pas tout-à - fait guéri . Ce Chapelain perfuadé
que cette feule application fuffifoit
, ne le jugea pas à propos. 11 eft
toujours conftant , que S. A. R. depuis
ce jour , apperçoit beaucoup plus nettement
les Objets qu'auparavant . Comme
il y eft resté encore beaucoup de rougeur
, Elle le couvre d'un taffetas vert
qu'Elle ôta cependant le 28 , pendant
l'Opéra de Camille.
On ne connoit point ce qui entre dans
ce Sécret , dont les effets font fi promts
& fi furprenans . On fçait feulement que
c'eft une Poudre délayée avec de la falive,
réduite en petites boules qu'il infinuë
dans l'oeil , en levant la paupière ; aprés
quoi il met du fromage mol entre deux
linges , qu'il applique incontinent def
fus.
Le 26 , les Comédiens François repréfenterent
pour la premiere fois ,Cléarque
Tyran d'Héraclée , Tragédie de
la compofition de Madame Gomez , à
qui le Public eft redevable d'Habis ,
dont le fuccez ne fut pas équivoque.
DE NOVEMBRE. 205
Le R. P..Buffier Jéfuîte , toujours ingénieux
à découvrir de nouvelles Méthodes
, pour apprendre aux perfonnes
qui ont le moins de mémoire , l'Hiftoire
univerfelle ; non content de l'avoir toutà
- fait facilitée par fon Livre de la Mémoire
Artificielle, il enchérit encore fur
ce premier Ouvrage , par un Tableas
Chronologique de l'Hiftoire Universelle
gravée en forme deJen. Il eft compofe
de Cafes qui renferment environ 110
Epoques ; c'est - à - dire , 110 événemens
des plus confidérables , marquez chacun .
par l'année où il est arrive.Ce Jeu ne demande
pas plus d'application que celui
de l'Oye: Il fait apprendre ce qui eft de
plus effentiel dans l'Hiftoire ; fçavoir ,
la fuite des tems & des années que l'on
ne fçait jamais bien , que par une lecture
ou une étude fuivie ; au lieu qu'avec
l'ufage de ce Jeu , elles entrent imperceptiblement
dans l'efprit , autant par
l'intereft qu'ont les Joueurs à retenir les
Epoques de ces Cafes, que par la répétition
frequente de ces mefmes Epoques.
Qui voudra en faire l'effai , fatisfera
fa curiofité pour dix fols : On trouvera
le Tableau & l'expofition de ce
Jeu , chez Jofeph Mongé rue Saint
206 LE MERCURE
-"
Jacques , à Saint Ignace , vis - à - vis
l'Eglife du College des Jefuites.
UNTITY (FDTD )
SUITE
DES NOUVELLES ETRANGERES.
A Rome le 9. Novembre.
E Cardinal Gualterio est de retour
LeCabina a
> où il a fait fa Cour
pendant 10 jours au - Prétendant , qui
vit affez retiré ; ne prenant d'autre
plaifir que celui de la Chaffe du Liévre
dans le Parc des Capucins , & de
manger avec les Seigneurs de fa fuite .
Milord Peterborough et enfin forti
de fa prifon par ordre de ce Prince ,
& a efté remis en liberté .
Avant hier , M. le Marquis de Ste
Croix reçût le Diplôme Imperial , qui
lui donne le rang & la qualité de Frince
du S. Empire .
c'eft
Depuis 4 jours , nous poffédons une
Dame Françoife , célébre par la fingularité
de fa vie & de fes
voyages ;
Madame de ... Elle cherche maifon
à louer On ne s'empreffe pas beau-
1
DE NOVEMBRE. 207
*
coup ici à lui faire la cour ; le tems
en eft paffé , & il n'en eft pas de la
beauté comme de la réputation , qu'on
repare aifément dans cette fainte Cité.
Pendant le féjour que cette Dame a fair
ici , lors d'un autre Voyage , fes charmes
& fes agrêmens lui avoient attiré
beaucoup d'ennemies: Comme elles en
appréhendent encore l'effet , on croit
qu'elles travaillent fous main , à faire
enforte que le S. Pere lui donne fon
congé.
A Vienne du 19 Novembre.
Depuis quelques jours , la Cour eft
remplie du bruit , que Sa Majesté Imperiale
a rejettée les propofitions de
Paix des Turcs. On travaille avec
chaleur aux préparatifs de Guerre d'Italie
, dont le fuccez cependant , dépend
de la commiffion de M. Bendenrieder
à Londres. On parle auffi beaucoup
des mariages de deux Archi- Ducheffes
, dont on compte l'un affûré
avec le Prince Electoral de Saxe , &
l'autre avec le Prince Electoral de Baviere.
Le Prince Infant de Portugal
s'eft retiré en Boheme ; il y restera
jufqu'au départ du Prince de Saxe , રે
208 LE MERCURE
caufe du cérémonial . On continue la
démolition de Wifmar avec force , &
on eft occupé à embarquer l'Artillerie
de cette Place , fuivant le partage
que les Rois d'Angleterre , de Dane .
marck & de Pruffe en ont fait . La Flote
Marchande d'Angleterre eft arrivée
hier ici ; elle eſt repartie aujourd'hui
pour retourner en Angleterre ; elle
feia efcortée par quelques Vaiffeaux
de Guerre Anglois qui l'attendent au
Sund depuis quelque tems.
De Ratisbonne le 11 Novembre.
Le
Roy de Pologne
a fair
une
Décla
ration
dans
fon
Electorat
de Saxe
, que
le changement
deReligion
de fon fils ne
préjudiciera
en aucune
façon
à la liberté
de la Religion
de fes Sujets
; & il a fait
faire
la mefme
Déclaration
ici .
M. le Comte de Charolois , aprés
avoir fait les délices de la Cour de
Vienne , eft arrivé à Munick ; où l'Electeur
l'a reçu avec tous les honneurs
dûs à fa haute Naiffance . Ce jeune
Prince prendra fa route par l'Italie ,
fe propofant de voir Rome , Venife &
le Royaume de Naples , où il pourra
voir
F
A
DE NOVEMBRE . 209
voir le Czarowitz fils aifnè du Czar ,
qui n'eftoit connu en cette qualité ,
que du Comte de Thaun Vice- Roy
de Naples.
Les dernieres Lettres de Madrid portent
, que le Roy d'Efpagne fe portoit
beaucoup mieux , & qu'il fe fentoit
affés de forces pour aller à laChaffe.Ces
mêmes Lettres ajoutent que les Forts
d'Alleguer& Arragon en Sardaigne, ont
efté forcés de fe rendre,& que lesTroupesImpériales
qui s'y estoient réfugiées,
avoient êté faites prifonnieresde Guerre.
LeDuc de Linares Major-dome du Roi.
d'Espagne, ayant voulu refufer l'entrée.
au Card . Alberoni ; cette Emin. s'en
êtant plainte au Roi , S.M.a exilé le Duc
à 40 lieues de Madrid . Elle a écrit
à tous fes Miniftres dans les Cours étran
geres , qu'Elle des - avouoit une Lettre
imprimée du Pape , qu'on fuppofe lui
avoir efté addreffée par le S. Pere .
DONS DU ROY.
E6 Novembre 1717 , le Roi donna
Benoift, Diocefe d'Amiens, vacante par
la mort de M. l'Abbé Molé de Cham
S
210 LE MERCURE
plaftreux, à Mre Charl . Franç. de Chaf
teauneuf de Rochebonne , Evêque &
Comte de Noyon , Pair de France.
L'Ab . de la Valaffe , Ord. de S. Benoît.
Dioc. de Rouen, vacante depuis la mort
de M. d'Argouges , Ev. de Vannes , au
Prince Frederic de la Tour,fils de M. le
Comte d'Auvergne.
L'Ab . de S.Maixant, Ord. de S. B.D ..
de Poitiers , vacante par la mort de M.
Yforé d'Hervault, Arch . de Tours , à Mre
N. Grimaldi de Monaco , fils de M. le
Prince de Monaco.
L'Ab . de S. Joüin de Marne , O. de S.
B.D. de Poitiers, vacante par la mort de
M. l'Ab. Servien , à M. N ... Bazin de
Bezons , fils de M. le Maréchal de ce
nom.
L'Ab. de Fontfroide , O.de Cifteaux ,
D. de Narbonne , vacante par la mort
du Prince de Marcillac , à M. N. de
Coffé de Briffac , frere du Duc.
L'Ab de S. Romain de Blaye, O.de S.
Aug. D. de Bordeaux , vacante par la
mort de M. l'Ab . de Gourdon de Genoüillac
de Vaillac , à M. N. de la Rochefoucault
de Roye de Roucy , fils de
M. le Comte de Roye .
L'Ab . de Belleville , O. de S. Aug. D.
DE NOVEMBRE. 211
1
del.yon, vac.par la mort de M.l'Abbé le
Prêtre de Vauban , à M. Terray , frere:
du premier Medecin de Madame.
L'Ab. de S.Vincent, O.de S. Aug.D.de
Senlis , vac: par la mort de M. l'Ab.d'Eftaing
,à M.N.de Chauméjan de Fourille .
L'Ab . de Calers , O.de Cifteaux ,D.de
Rieux, vac. par la mort de.... à M. N. de
Lenta de Grandmont , neveu de M.
l'Evefque de S. Papoul.
L'Ab. d'Eaunes ,O. de C. D.deTolofe ,
vac. par la mort de .... à M. N.Foucault.
L'Ab. de S. Aubin des Bois , O. C. D.
de S. Brieux , vac. par la mort de l'Ab..
Catuelan , à M. N. de Bethune./
L'Ab.dePerray- neuf, O.de C.D. d'Angers,
vac.par la mort de M.l'Ab. Servien
à M. N. de S. Andiol.
L.Ab. des Alleurs , O. de S. B. D. de
Poitiers , vac. par la mort de l'Ab. de
Brancas , à M. N de Fiennes.
L'Ab. de Quincay , O. de S. B. D. de:
Poitiers , vac. par la mort de l'Abbé le
Boiftel , à M. N. Bertet , Aum. de Mde..
L'Ab.de Lanvaux , O.de C.D. de Van--
nes vac. par la mort de l'Ab.devolvire-
Ruffec , à M. N.Gomer de Lufancy
Chanoine de l'Eglife de Paris.
L'Ab de S. Gilbert dit auffi Neuffons
212
LE MERCURE
•
O. des Prém. D. Clermont , vac . par la
mort de M.l'Ab. Archon , àM.N.deTilli.
L'Ab . N.Dame la Nouvelle de Gourdon,
O.de C. D. de Cahors , vac . par la
mort de M. l'Ab. Camy d'Aimar , à M.
N. de Henault .
L'Ab. de Châtres les- Coignac , O. de
S. Aug. D. de Saintes , vac. par la mort
de l'Ab. du Pont , à M. N. de Polaftron .
L'Ab. de Châtres, O. de S. Aug. D. de
Perigueux , vac. par la ... à M. N. de
Segonzac .
L'Ab. de Grobos , O. de C. D. d'an--
goulefme , vac. par la mort de M. l'Ab.
duQuefnet, Aum.de Mgr leDuc de Berri ,
à M. N. de Joüillac , Chapelain du Roy.
L'Ab. de S. Pierre de Melun , O. de-
S. B. D. de Sens, vac . par la mort de M.
l'Ab . de Paris , à M. N. de Brancas ,
Aumônier du Roy.
L'ab. du Maz t'azil , O.de S. B. D.de
Rieux , vac. par la mort de M. l'Ab. de
Leftrade , à M. de Monteil.
L'Ab. de Homblieres , O. S. B. D. de
Noyon , vac. par la mort de M. l'ab .
Auberi , à M. d'Halencourt de Dromefnil
, Evêque d'Autun .
L'Ab.duTreport, O. S. B. D. deRoüen,
vac par la mort de M. de Beauveau, Ev .
de Nantes , à M. de la Chaftre. ,
DE NOVEMBRE. 213
L'Ab. de S. Sauveur de Blaye , Diocefe
de Bordeaux , a efté donnée à Mre
Jean -Baptifte du Moutier Clerc du
Diocefe de Bayeux , & Prieur d'Huriel .
Cet Abbé êroit ci - devant Inſtituteur de
Mgr le Duc Il fut enfuite chargé feul
des Etudes de S. A. S. Mile de Charollois,
& eut encore l'honneur de partager
celle de S. A. S. Mgr le Comte ; aprés
quoy, il eut l'honneur d'eftre propofé par
ces Princes, pour eftre Inftituteur de feu
Mgr le Duc de Bretagne & du Roy
Louis X V..
Le Bureau Général d'Adreffe & de
Rencontre rue S. Sauveur , Quartier
Mont-Martre , continuë de recevoir les
propofitions du Public , dont les Directeurs
délivrent des Extraits fur le
champ: Ils donneront inceffamment une
Lifte de tous les effets , demandes & propofitions
qui leurs ont elté faites jufqu'à
lors. Il faut efperer que cet établiffement
par le bon ordre qu'ils y obfervent,
fera d'une trés grande utilité pour tous
les.
Particuliers.
214 LE MERCURE
MARIAGES .
N...Pignatelli Prince d'Egmond ,
fils de Nicolas Pignatelli , Duc
de Bifaccia , & c. Napolitain ; & de
Marie d'Egmond four aînée de Procope-
François Prince d'Egmond , Chevalier
de la Toifon d'or , mort en 1707
fans enfans , de Marie- Angelique Marquife
de Cofnac , & qui inftitua fon
heritier N ... Pignatelli fon Neveu ,
fils de fa foeur aînée , qui prit le nom
de Prince d'Egmond ; époufa à Paris
Novembre , Henriette Julie de
Durfort , feconde fille de Jacques-
Henry , Duc de Duras , & de Loüife-
Madelaine de la Marck .
le 25 7
Meffire N.... Bouhier Chevalier ,
Prefident à Mortier au Parlement de
Bourgogne , vient de fe remarier avec
Mile Bouhier de Lantenay fa coufine :
Il eft frere de M. l'Abbé Bouhier ,
Docteur de Sorbonne , Archidiacre de
Dijon & Vicaire Général du Diocéſe
de. Langres , lequel fur la démiffion
de M. l'Abbé de S. Eftienne de Dijon
fon grand Oncle , fut nommé il y a quel
ques années par le Roy au Prieuré de
Pontallier ; de Madame la Marquife
de Rouvray , & de M. le Chevalier
1
DE NOVEMBRE. 225
Bouhier Colonel d'Infanterie ; tous enfans
de feu Mre N .... Bouhier Chevalier
, Seigneur de Savigny , Préfident
à Mortier au même Parlement ; lequel
ût pour frere cadet Mre N ... Bouhier
Chevalier , Marquis de Lantenay ,
Confeiller au Grand Confeil , pere de
M. l'Abbé Bouhier de Lantenay , Confeiller
d'Eglife au Parlement , Doyen,
de S. Ettienne de Dijon , Vicaire Général
& Official de Langres , & de M.
Bouhier de Lantenay , auffi Confeiller
au Parlement , qui a pour file unique
la nouvelle mariée. Meffieurs les Préfidents
Bouhier de Verfalieux & de
Chevigny , font encore de la même Famille
; & de cette branche font, M.
le Commandeur Bouhier Chevalier de:
Malthe , qui a tenu Galére & les Commanderies
de Robaicour en Lorraine ,
& de Belle- Croix prés de Châlons fur
Saône : M., l'ancien Prevôt de la Ste
Chapelle à Dijon : M. le Doyen de
cette Eglife , dont l'oncle a efté pareillement
Doyen : M. l'Abbé Bouhier de
Verfalieux leur neveu , Bachelier de
Sorbonne & Chanoine en la même
Eglife Madame la Marquife de Belaccueil
en Dauphiné & Madame:
215 LEMERCURE
d'Antoine femme du Confeiller de ce
nom au Parlement de Provence . Cette
Famille eft également diftinguée dans
le Parlement de Bourgogne , pár fon
ancienneté & par le nombre & la qualité
de fes Alliances ; mais elle ne l'eſt
pas moins , par l'amour des Belles- Lettres
qu'on y a toujours entretenu : On
y conferve depuis long- tems la belle
Bibliotheque qui eft citée en plufieurs
grands Ouvrages ; & M. le Préfident
Bouhier qui donne lieu à cet article ,
a grand foin de l'enrichir de plus en
plus.
MORT S.
Mre Charl. Rodrigue Gonfalue de
Forbin, Chev. d'Oppede , Exempt des
Gardes du Corps du Roy , mourut le
29 Octobre âgé de 33 ans..
Mre Pier. Magon de la Baluë , Lieu--
tenant au Regiment des Gardes Françoifes
, mourut le 11 Novembre âgé de
30 ans fans alliances .
Mre Charl . le Boulanger Conf. au G.
C.mourut fans alliances le 12 Nov.Ilêtoit
fils puifné de Mre Louis letBoulan-.
ger Seigneur d'Hacqueville, Mtre, des .
Requestes , mort en Sep. 1701 , & de-
Dame
DE NOVEMBRE.
217
Dame Catherine le Mérat , morte en
1693. Il avoit pour frere aifné Mre Louis
le Boulanger , Seigneur d'Hacqueville
auffi Mtre des Requeftes .
Dame Uranie de la Cropte, veuve du
Prince Louis Thomas de Savoye
Comte de Soiffons , frere aifné du Pr.
Eugéne de Savoye , Généraliffime des
Armées de l'Empereur , mourut le 14
Nov. au Monaftere des Dames R. de
Belle Chaffe , Fauxbourg S. Germain ,
où elle s'étoit retirée ; laiffant pour fils
aifné Emanuel Prince de Soiffons , Colonel
d'un régiment des Cuiraffiers de
l'Empereur , né en 1687 , qui a épousé
en 1713 Therefe Princeffe de Lichtenftein
Ducheffe de Nifcolsbourg.
N. Santere , Peintre ordinaire du Roy,
mourut le 21 Novembre .
Dame N. Jolly de Fleuri , qui avoit
époufé le 27 Avril dernier , M. Benoist
Bidal Marquis d'Asfeld , Lieutenant
Géneral des Armées du Roï , Commandeur
de l'Ordre de S. Louis , Chev.
de la Toifon d'Or & Confeiller au C.
de Guerre, mourut le 23 Nov. Je vous
entretins affez amplement dans mon
Journal du mois d'Avril dernier , de la
Famille de la deffunte.
Novembre 1717. T
218 LE MERCURE
APOSTILLE.
Accouchement extraordinaire , fait par
la Dame Ferrot Sage- Femme , demeurant
à Paris, dans l'Ifle , ruë des
deux -Ponts.
Chau Cul-de -fac S. Laurent , à la Laude Alay Jardinier , demeu-
Porte S. Denis , aïant fa femme groffe
depuis 14 mois , & ne voyant point de
difpofition
pour fon Accouchement
, fit
faire plufieurs
confultations
de Médecins
, Chirurgiens
& Accoucheurs
,qui
ne pûrent convenir qu'elle eftoit groffe
d'enfant , ( aprés lui avoir fait tous les
remédes imaginables ) : Les uns affûroient
que cette groffeffe ne provenoit
que d'un corps êtranger qui n'avoit pas
pris place dans la matrice ; les autres ,
que c'étoit un monftre , & les autres ,
que ce n'eftoit qu'un mole. Enfin, un des
Chirurgiens
s'avifa d'infinuer
fa main
jufqu'à la matrice , pour en découvrir
la vérité. Il déclara que c'eftoit une
maffe de chair déplacée , qu'il eftoit
impoffible
de pouvoir tirer du ventre
de la mere , fans faire l'Opération
Céfarienne
, & l'expofer à perdre la
DE NOVEMBRE. 219
1
vie. Les chofes en cet êtat , obligérent
ledit Alay d'avoir recours à la
Dame Perrot fort expérimentée dans
fa Profeffion ; laquelle en préfence
de toute fa Famille & de plufieurs
Chirurgiens & amis du mari , fit
fa vifite ; aprés quoi , elle protefta que
cette femme êtoit véritablement groffe
d'enfant qui eftoit ſitué dans la matrice
, & qu'avec la grace de Dieu , elle
fauveroit la mere & l'enfant ; ce qui
arriva heureufement le 24 Novembre
dernier, le troifiéme jour aprés fa vifite ;
la mere êtant accouchée d'un gros garçon
qui a eû vie, contre toute efpérance ,
De Londres.
Le 13 entre 5 & 6 heures du foir ,
la Princeffe de Galles accoucha hureufement
d'un Prince : Auffitôt , le
Prince fon époux envoya le Lord
Hervey fils du Comte de Briſtol , un
des Seigneurs Gentils - hommes de fa
chambre , pour porter cette agréable
nouvelle au Roy à Hamptoncourt :
Elle fut en même- tems annoncée au
peuple par une décharge du Canon du
Parc & de la Tour , & par le fon des
cloches. Il y ût de grandes illuminations
& autres démonftrations de joïe
par toute la Ville .
220 LE MERCURE
On écrit de Strasbourg du 20 , que
l'Ambaffadeur du Czar de Moſcovie ,
paffa le 18 par cette Ville , avec une fuite
nombreuſe , pour fe rendre à la Cour
de France.
Un Vaiffeau arrivé au Havre , revenant
de la Mer du Sud , a rapporté,
que les Habitans de la Havanne mécontens
du Gouverneur & du Corregidor
, qui avoient voulu mettre un Impôt
fur le Tabac , les avoient enlevés
& fait embarquer dans un Vaiffeau
pour Cadix.
De Turin , ce 28 Octobre 1717.
LETTRE
De M. le Chevalier de C *** fils
de défunt M. le Premier Préfident
du Parlement de Turin , à M. Anel
Docteur en Chirurgie , Chirurgien
de Madame Royale de Savoye , de
de fon Excellence Met le Comte de
Kinigſegg Ambaffadeur de l'Empereur
, & Chirurgien Oculifte , par
Brevet du Roï .
MONSIEUR,
J'apprens avec plaifir , que Son Excellence
Monfeigneur le Comte de KinigDE
NOVEMBRE. 221
fegg , Ambassadeur de l'Empereur ,
vient de vous accorder une nouvelle gratification
trés confidérable , en reconnoif
fance de cette grande cure que vous ûtes
le bonheur de lui faire en Italie.Je -fouhaiterois
être en état de vous en faire
unefemblable : Vous ne l'avez pas moins
méritée avec moi , puifque je vous fuis
redevable de la vie , & de lafanté : Je
ne me tiens pas quitte en vôtre endroit
pour vous avoirprocuré l'occafion de guéri
la mere du Roy de Sicile. Quoique
vous ayez acquis par- là une fi haute réputation
, & reçu une récompenfe qui
n'eft pas moindre , je m'intéreffe trop en
tout ce qui vous regarde , pour ne vous
en pas donner de témoignages en toutes occafions.
Agréez donc que je vous exhorte
à vous attacher plus que jamais , à faire
des recherches dans un Art , où vous
faites fi facilement &fi heureufement des
nouvelles découvertes ; dont le fuccés eft
fi avantageux au Public, & à vous mêmes
furtout , foyez charitable à votre
ordinaire , envers les pauvres . Croyez
moi ; c'est à eux feuls que vous devez
tous les biens qui vous font furvenus.
Je fuis ,&c.
12
Tiij
222 LE MERCURE
De Paris , ce 14 Novembre 1717.
REPONSE
De M. ANEL à la Lettre de M. le
Chevalier de C *** fils de défunt
M. le Premier Préfident du Turin.
MONSIEUR,
La Renommée vous ainfermé des bienfaits
que fon Excellence Monfeigneur le
Comte de Kinigsegg vient de me départirf
généreusement . Je fuis fûrque connoiffantfon
caractére, vous n'en estes pas
furpris : La fortune qui nous perfecute
en général , m'a favorisé de ce côté-là,
J'ai refpiré long-tems aprés l'arrivée de
S. E. en cette Cour, par la reconnoiffance
l'attachement que je lui dois , &
que je lui porte ; fans m'attendre d'ailleurs
, à un fi grand bien-fait de fapart,
ny an témoignage de confideration &
d'eftime » que vous aves M. la bonté de
me marquer aujourdhui à ſon occafion. I
n'êtoit pas befoin M. d'une nouvelle conDE
NOVEMBRE.
225
firmation ; -vous m'en aviés donné des
marques affés fenfibles par tant d'endroits
particulierement, en me procurant
l'avantage d'être utile au retabliffement
de la fanté de Madame Royalle ; ce que
vous fites de la maniere du monde la plus
généreuse : Souvenés- vous M. que vous
eftiés chez moi a Gênes , dans un lit
prefque agonifant ; dans le tems que vous
prites la plume à mon infçu , pour faire
part de ma nouvelle découverte à Madame
Royalle , & pour lui offrir monfecours
; fans l'informer de vôtre êtat , ny
du befoin que vous en aviés vous même :
Il arriva que cette Princeffe ignorant
vôtrefituationfâcheufe , ennuyée de la longueur
de fa maladie , & preffée de fa
guérifan , hâta mon départ pour me rondre
aupres defa Perfonne Royalle , &.
que vous vous déterminates à vous tranfporter
dans une Litiére de 'Gênes à Turin,
pour mefuivre au peril de vôtre vie,
crainte que l'occafion que vous m'aviés
procurée ne me manquat . Le zele que vous
portiés à cette Princeffe , & l'affection
que vous aviés deja congeuë pour moy´,
vous firentfaire une Action digne d'Alexandre
:Je vous traite auffi , commefr
vous aviez êté lui-mêm: ; & la Princeſſe
"
124
LE MERCURE
vous regala aprés votre parfaite conva»
Ifcence , d'un riche Diamant. Vous
m'cxbortés , Monfieur , à avoir toujours
fin des Pauvres infirmes ; c'est ce que
j'ai deßein de faire plus que jamais . J'e
continuerai de leur donner audiance
les après midi , depuis une heure , juf
qu'à cinq heures en Hiver ; & en E'té ,
jufqu'afix. Ils trouveront chezmoi , tous
les fecours que je fuis capable de leur donner;
Remédes , Panfemens , Operations ,
Confultations verbales & par êcrit , tant
pour la Ville que pour les Provinces ;
j'irai panfer chez eux , ceux qui ne
pourront pas venir chez moi . La Maifon
où je demeure , rue du Four proche
Saint Eustache , vis- à- vis l'avance de
l'Hôtel de Soiffons , nommé l'Hôtel du
Bien des Yeux , eft un Hôpital affûré
pour eux : Qrant à vous , Monfieur , je
Souhaite que vôtre fante fe maintienne
long- tems auffi parfaite , qu'elle l'eftoit
aprés la cure que je vous ai faite. Je fuis
&'c.
L
AVIS AU PUBLIC.
ES Ulceres & les Abcez , font de
tous les maux des yeux lesplus dour
loureux & les plus à craindre , tant à
DE NOVEM RE. 225
caufe de l'aveuglement , qu'à caufe de
la grande difformité qui en eft la fuite
ordinaire , quand ils font mal panfez :
On voit à Paris tous les jours une infinité
de pareils accidens , & furtout aux
enfans qui font les plus fujets aux Fluxions
& Ulcéres des yeux , & les plus
difficiles à gouverner dans cet état.
Monfieur de Vvoolhouse Gentil- homme
Anglois , Oculifte de pere en fils depuis
quatre générations , a un Sécret
doux
› prompt & für pour guérir radicalement
tous femblables Ulcéres , Absés
, Excoriations & Fluxions opiniatres
aux yeux. Il en a donné à Paris
une infinité d'épreuves depuis trente an
nées qu'il eft dans ce Pais . Il vient de
faire quelques pareilles guérifons , comme
à l'enfant de M. le Vauché Marchand
Gantier vis- à- vis le grand Por
tail de S. Sulpice, La Frunelle de cet
enfant étoit toute abcédée , ridée , fiétrie
& enfoncée , jettant bien des matiéres
épaiffes ; &les plus habiles Ocu
liftes le difoient entierement perdu.
M. de Vvoolhouse eft venû aisément à
boût de cette guérison ; quoique l'Enfant
ne fait pas des plus traittables, à cau-
Je defa grande vivacité : M. de Vvool225
LE MERCURE
house vient de guérir d'un ſemblable
abcés , la petite fille de M. Nyon Relieur
& Doreur , proche S. Hylaire
contre le Puis certain , fur la Montagne
StéGenevieve ; laquelle avoit perdû l'antre
oeil auparavant , par un femblable
mal : Il a fait une guériſon ſurprenante
aux deux yeux de l'enfant de M. Thureaux
Bourgeois , demeurant ruë de la
Calande proche le Palais , dont lesyeux
êtoient tout ulcérés & abcedés. M. de
Vvoolhouse demeure toûjours au Collége
de l'Ave - Maria , fur la Montagne
Sainte Genevieve , vis - à- vis le Portail
S. Eftienne du Mont.
De Genes le 17 Novembre.
Le Sénat n'ayant répondu qu'en termes
généraux , aux preffantes follicitations
de l'Envoyé d'Efpagne , qui demande
paffage pour les Troupes Epagnoles
par les Etats de cette République
; cet Envoyé a dépêché aujourd'hui
deux Exprés ; l'unpour la Cour
de Madrid , & l'autre pour la Flote
Efpagnole , qui eft à la vûë de Porto-
Ercole. Le départ inopiné de ces deux
DE NOVEMBRE. 227
Exprés intrigue extrêmement le Sénat .
D'un autre côté , l'Envoyé de l'Empereur
n'inquiéte pas moins cette République
, la menaçant de toutes fortes
d'Actes d'hoftilités, au cas qu'elle donne
entrée aux Efpagnols ; & de plus ,
éxigeant d'Elle cinq millions d'emprunt.
J
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur
le Chancelier , le Mercure de Novembre
1717 , & j'ai cru que la lecture
de cet Ouvrage continueroit d'être
agréable au Public. Fait à Paris , ce
29
Novembre 1717 .
TERRASSON.
TABL E.
Vant-p-propos.
A Reflexions fur la Poëfie Françoife
, par
, par le R. P. du Cerceau , p.5
Le Divorce d'Amour & d'Hymenée ,
par M. le Grand.
Epitre à M. l'Abbé de C. par M. de
de
Beauchamps
59
66
TABLE.
Defcription de l'Ile de Ceylan, par
M. B. d'A.
Nouvelles Etrangeres.
Statuts de l'Ordre de la joïe .
70
131
150
L'Origine du Préjugé , Fable , par
Mlle du Lu .
Enigmes.
Chanfon.
Régle artificielle du tems par M.
Henri Sully.
Journal de Paris .
Compliment du R. P. Surian fait au
Roy le jour de la Touffaints.
Cérémonies du Baptême de M. le
Comte de Clermont.:
155
165
168
169
17$
175
185
Ouverture de l'Académie des
Sciences & des Belles Lettres 191
Stances préfentées au Roy , par M.
Martineau de Solleyne
197
Suite des Nouvelles Etrangeres 206
Dons du Roy
Mariages
Morts
Apoſtille
209
214
216
218
Lettre de Male Ch. de C. fils du
feu premier Préfident de Turin ,
à M. Anel , avec la Réponse de
M. Anel à M. le Ch. de C.
Avis
Nouvelles de Génes.
220
224
2263
LE
NOUVEAU
MERCURE
Le prix eft de zo fols.
Décembre
1717.
MANDATA
PER AURAS
PEFERT
Chez
A PARIS ,
་
PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis.
ET
GREGOIRE DUPUIS rae S.
Jacques , à la Fontaine d'Or.
M. DCCXVII.
Avec
Approbation
&
Privilége
du
Roy
.
THEN
PUBLIC LIBRAR
380106
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905
ERRATA.
DO MOIS DE NOVEMBRE
Age 88 , ligne 29. effacés , en tirant vers le Midy,
P.Pag. 168 , lig. 13 , ne foit , ajoûtés, pas.
Page 168 , lig. 14. préfeté , lifés , préférée.
Page 190 , lig. , 10 , Mehemet Beg , lifés , Mehemet
Riza- Beg.
Page 192 , lig. 3. M.l'Abbé Mahudel,lifés,M, Mahude
Medecine
IN TAMTAL SY
AVANT-PROPOS . '
ME voici enfin arrivé
au bout d'une carriere,
que j'ai peut - être fournie
avec plus de courage que de
fuccés. Ily a un an que de mois
en mois , je publie un nouveau
Livre : F'ai peine à concevoir,
comment j'ai pu contracter un
pareil engagement. Mais , pour
fçavoir, fi je dois aujourd'huy
me reprocher cette Audace ,
m'en applaudir 3 il faudroit que
lesjugemens que le Public a porté
de mon travail, me pûffent être
révelés. Or , un Auteur eft ra-
си
Aij
AVANT-PROPOS.
rement informé de l'opinion que
fon Ouvrage a donnée de lui
dans le monde. Les Perfonnes
qui m'honorent de leur amitié
félicitent en vain ; j'ai raiſon
decraindre, que la bien- veillance
ne leurfaffe trop d'illufion en ma
faveur. Mais , oferai-je le dire ;
les Perfonnes d'un rang & d'un
mérite trés diftingué me font garants,
que mon Ouvrage n'apas
êté defagréable au Public : En
m'engageant à le continuer , je
céde à leurs confeils : Je me complais
même à les confidérer comme
des ordres : Voilà mon Bail
renouvellé.
a
Je promets au Public,fur lafoy
Zele , queje me rendrai
de
mon
de plus en plus digne de fon indulgence
AVANT-PROPOS. *
,
grace
Je meflare , que quelques Per
fonnes connues dans la Littera
ture continueront d'enrichir
mes Recueils de ces Differtations
utilles, où l'on trouve des vérités
neuves , dévelopées dévelopées avec gr
des Principes Philofophiques préfentés
à l'efprit fans aucune of
tentation Pédantefque . Le R.
P. D. C. continuera pendant
quelques mois,à donnerpar morceaux
dis - joints , fon Systême
complet fur la Poefie Françoife.
Je n'ai pas été malhûreux jufqu'à
préfent en Piéces de Vers.
Fe ferai enforte que rien ne m'échape
à l'avenir , de ce que nôtre
Parnaffe produira de bon .
A l'égard des Nouvelles , foir
de France ou des Païs Etrangers;
A iij
AVANT- PROPOS .
elles ne peuvent être " également
abondantes & fingulieres . Les
Evenemens mémorables, les Révolutions
intérreffantes nefe dif
tribuans pas à proportion égale
dans tousles mois. Ainfi,pourvû
quejefache recueillirpar la voye
de mes
qui fera arrivé de remarquable
dans l'Europe, & que je ne perde
pas de vue l'Hiftoire Parifienne ;
je croirai avoir fait tout mon
devoir.
correfpondances , tout ce
Fe demande , à titre de juftice,
qu'on on me faffe grace de quelques .
fautes , qui êchapent néceſſairement
à quiconque corrige les
Epreuves imprimées . Je promets
de donner toute l'attention que
demande ce foin particulier.
7
LE
NOUVEAU .
MERCURE
EXAMEN
DES
TRANSPOSITIONS PERMISES ;
Ou défendues dans le ftile Poëtique.
Q
UAND je ne me ferois
pas engagé dans ma Differtation
précédente , à traitter
en détail, ce qui regar-
Tranfpofitions ; & à faire la
diftinction de celles qui font permiſes ,
& de celles qui ne le font pas ; c'eft
un point fi effentiel à mon fujet , que
de les
A iiij
LE MERCURE
je ne pourrois me difpenfer d'en parler.
termes
En effet , comme entre les Tranſpofitions
qui caractérisent le tour Poëtique
, par la fufpenfion qu'elles introduifent
dans la Phrafe , il y en a que.
la Langue admet , & d'autres qu'elle
rejette ; tout ce que j'ai dit jufqu'ici
, & de la fufpenfion & des tranfpofitions
, fe réduiroit aux
⚫d'une pure fpéculation ; fi je ne donnois
des régles fures , pour difcerner
celles qui font de mife , de celles qui ne
le font pas. Je fçai bien que l'uſage
qui eft le Grand Maître de la Langue,
femble les déterminer ; mais , outre
qu'il y a des Franfpofitions qui font
propres à la Poëfie & que la Profe ne
fouffre pas ; que l'ufage même qu'en
fait la Pocfie , n'eft pas bien certain ,.
bien déterminé & hors de toute conteſtation
, au moins à l'égard de quelques-
unes de ces Tranfpofitions ; ily
a lieu de douter , fi ce principe de l'ufage
,auquel on rapporte tout dans les bizarreries
prétendues de la Langue , ne
fuppofe pas lui -même un principe ultérieur
, & s'il n'eft pas fondé fur quelque
raifon.
DE DECEMBRE. 9
Pour moi , fi j'ofe dire ce que j'en
penfe , je fuis perfuadé que les irrégularitez
même les plus bizarres , en fait
de Langage , ont un principe caché que
peu de gens pénétrent ; mais , dont
tout le monde fuit l'impreffion fans le
connoître. C'eft une forte d'instinct
qui infpire toute une Nation ; & qui ,
quoi qu'à l'aveugle , conduit auffi
fûrement l'ignorant, que la raifon & la
régle dirigent l'Homme de Lettres &
le Grammairien. Pourquoi, entre deux
façons de parler , qui d'elles- mêmes
n'ont rien de vicieux , l'une eft - elle
admife & l'autre réprouvée ? On repond
que cela vient de l'ufage , qui
admet l'une & qui défavoue l'autre ,
& l'on feroit fcrupule de creufer plus
avant. Mais,comme de la maniere que
les Hommes font faits , toute une Nation
ne fe détermine pas à préférer une
expreffion à une autre , fans qu'il y ait
quelque raifon fourde de préférence ;
j'ofe dite , que fi on vouloit un peu
creufer en cette matière , on trouveroit
infailliblement ou dans le génie
de la Langue , ou dans le goût de la
Nation, le principe caché qui , fans
nous nous en appercevions › dé--
que
ΤΟ LE MERCURE
cide dans nous , de ce que nous devons
admettre en fait de Langage , & de ce
que nous devons réprouver.
Or , c'eft à ce principe que j'ai tâché
de remonter , non pas, pour régler
quelles font les Tranfpofitions dont
on peut ufer, & quelles font celles dont
on doit s'abstenir ; puifque , cela n'appartient
qu'à l'ufage : Mais , pour juftifier
l'ufage même dans celles qu'il a
permifes , comme dans celles qu'il a
condamnées. J'aurois pû m'en tenir à
faire un détail exact des differentes
inverfions qui font d'alloy dans la Poëfie
, & à les appuyer par des exemples
tirez de nos meilleurs Poëtes :
C'eftoit même , à peu prés , à quoi je
m'eftois borné d'abord . Le hazard,fans
que j'en euffe deffein , me mena plus
loin ; car , en lifant à quelques - uns
des mes amis , ce que j'avois jetté fur
le papier, touchant les Tranfpofitions,
& en ayant rapporté une qui , de mon
aveur,êtoit bonne ; mais , que j'avoüois
qui m'embarraffoit ; parce que je ne
trouvois pas qu'elle quadrât avec les
autres de même efpece , & que je ne
voyois pas d'ailleurs , ce qui pouvoit
la tirer hors de la régle; un d'eux,homDE
DECEMBRE. 1 11
me de beaucoup d'efprit * & qui fans
être Poëte , eft fort au fait fur la
Poëfie , me donna fur le champ le
dénouement que je cherchois >
en
me faifant remarquer , que ce qui
autorifoit cette Tranfpofition ; c'eftoit
qu'elle fe pouvoit faire fans ambiguité
& fans équivoque. Sa raifon qui me
parut décifive pour la difficulté dont
il s'agiffoit , me donna lieu d'enviſager
toutes les autres Tranfpofitions par
le même endroit . Je les examinai , &
les êtudiai de nouveau ; & à force de
les remanier & de les confronter enfemble
, je trouvai dans ce qu'on
m'avoit dit pour une , la clef de toutes
les autres , & le principe général &
déterminant , qui a fait admettre celles
qui font en ufage , & qui a fait exclure
celles qui n'y font pas.
C'est ce que je vais tâcher de développer
; & pour y parvenir , il faut
fuppofer d'abord , que les Tranfpofitions
ne peuvent rouler que fur deuxfortes
de termes qui font , pour ainfi
parler , le corps de la Phrafe ; c'est -àdire
ou furles noms , ou fur les verbes..
* M. l'Abbé de Pons.
1.2 LE MERCURE
Sur les noms , foit par rapport
d'autres noms dont ils dépendent ,
foit par rapport aux verbes , qu'ils
gouvernent ou dont ils font gouvernez
. Sur les verbes , par rapport à d'autres
verbes avec lefquels ils fe trouvent
liez par la conftruction.
A l'égard des Verbes , il n'y a point
de diftinction à faire entre les tems
differents ; préfent , paffé & fûtur ,
fur lefquels ils roulent. Car , comme
cela ne change rien à leur fignification
effentielle , dés qu'ils fouffrent
la tranfpofition dans un de
ces tems , ils la peuvent fouffrir dans
tous les autres . Il n'en est pas de même
des noms , par raport aux cas diffé
rens dont ils font compofez , & dont
les uns admettent la tranfpofition fans
reftriction ; & les autres ne s'y prêtent
qu'avec précaution , & qu'en certaines
fituations : Le Datif par exemple , le
tranfpofe tant qu'on veut , & prefque
fans aucune exception. Le Génitif &
l'Ablatif fe tranfpofent auffi le plus
fouvent , hors en quelques rencontres
particulieres. Le Nominatif aucontraire
, & l'Accufatif n'admettent la
ranfpofition qu'à certaines conditions,
DE DECEMBRE.
13
& ce dernier encore plus rarement que
l'autre. C'est ce que le Lecteur reconnoîtra
par lui-même ; lorfque j'entrerai
dans le détail des tranfpofitions ,
par rapport à ces différens cas. Je ne
mets point ici le Vocatif en ligne de
compte , parce que , n'ayant proprement
point de régime ny actif, ny
paffif , il eft abfolument indépendant .
Au refte , je crois qu'on ne trouvera
pas mauvais , qu'en parlant de tous
ces cas , je me régle fur i'Analogie latine:
11 ma paru que dans une matiére qui
ne regarde gueres que les gens de
Lettres , je devois en ufer ainfi , pour
leur plus grande commodité ; & je ne
difconviendrai pas que je n'aye û auffi
en cela , un peu égard à la mienne. La
différence de certains cas dans nôtre
Langue , eft fi peu marquée , que j'aurois
efté fort embaraffé à diftinguer
enplufieurs occafions , le Génitif de l'Ablatif.
Il m'a donc fallu , pour les fixer ,
avoir recours à la Méthode qu'on fuit
dans les
Déclinaifons de la Langue
Latine ; & fuivant ce plan , j'appelle
Nominatif, Génitif& c.ce qui dansnôtre
Langue , répond au Nominatif, Génitif
& autres cas des Latins. Détail de
14 LE MERCURE
Grammaire affez defagréable , mais fi
utile , que je me flate , qu'on voudra
bien l'excufer en faveur de la clarté
qu'il répandra fur tout ce que j'ai à
dire des tranfpofitions.
Ce fut dans la difcuffion de ces cas
différents , qu'ayant remarqué que des
cinq cas , à l'égard defquels la tranf
pofition pouvoit avoir lieu , le Datif
l'admettoit fans violence , & même
affés naturellement ; qu'à peu de chofe
prés , il en eftoit de mefme du Génitif
& de l'Ablatif mais qu'au contraire
, le Nominatif ne la fouffroit qu'à
peine , & feulement en certaines conjonctures
; & que l'Accufatif y répugnoit
prefque totalement ; je voulus démêler
d'où pouvoit venir tant de répugnance
dans les derniers , & tant de
facilité dans les premiers : Car , d'attribuer
cela à la bizarrerie de l'uſage ,
il me paroiffoit que c'eftoit éviter la
difficulté , & non pas la réfoudre. Je
me figurai donc qu'il falloit néceffairement
qu'il y ût dans quelques- uns
de ces cas , quelque chofe de particulier
qui ne fe trouvât pas dans les autres.
Sur cela , je me mis à les éxaminer
tous en détail , dans trois fortes de
"
DE DECEMBRE. IS
noms différens , tels que je les repréfente
içi.
SINGULIER.
Nominatif. L'homme.
Genitif.
La table. Le temple.
De l'homme, De la table. Du temple.
Datif. A l'homme. A la table . Au temple.
Accufatif. L'homme. La table. Lo temple.
Ablatif, De l'homme. De la table. Du temple.
Génitif.
PLURIER.
Nominatif. Les hommes. Les tables. Les temples.
Des hommes. Des tables. Des temples .
D'atif. Aux hommes, Aux tables. Aux temples.
Accufatif. Les hommes. Les tables. Les temples.
Ablatif. Des hommes. Des tables. Des temples.
Comme les noms dans nôtre Langue,
n'ont point d'infléxions différentes ,
ainfi que dans la latine , c'eſt l'article
feul qui y diftingue les cas. Or , je remarquai
qu'il n'y avoit que le Datif
qui ut un article particulier , lequel ne
lui fût commun avec aucun autre cas ;
c'eft l'article à ou au pour le fingulier ,
& aux pour le plurier. Auffi , remarquai-
je en mefme tems , que c'eftoit ,
comme onle verra dans la fuite , celui
de tous les cas , dont la tranſpoſition
16 LE MERCURE
.
êtoit la plus naturelle , & avoit le plus
d'agrêment & de douceur. Pour le
Génitif& l'Ablatif, je trouvai une entiére
conformité entr'eux ; de forte
que , quand ils concourent enfemble ,
ils femblent deux Génitifs de fuite ;
car , en difant : De l'Armée de Céfar
il paffa dans celle de Pompée ; cela fait
à peu prés le mefme effet , que fi on difoit
: Il eftoit le meilleur Soldat del'Armée
de Céfar. Sur quoi , je fis trois obfervations
; la premiere , que ce concours
de l'Ablatif & du Génitif êtoient
rares . La feconde › que comme ils figuroient
de la mefme maniére que
deux Génitifs ; ils devoient auffi obferver
la mefme régle ; & que par conféquent
, il ne pouvoit y avoir de tranfpofition
entr'eux , non plus qu'entre
deux Génitifs , à caufe de l'équivoque
qui en réfulteroit , comme je l'expliquerai
dans l'article de cette , tranfpofition
. Enfin , la troifiéme obfervation
que je fis , fut que partout ailleurs,
où il n'y avoit point lieu à une femblable
équivoque , le Génitif & l'Ablatif
pouvoient fe tranfpofer : De forte
qu'eftant d'eux- mêmes & de leur nature,
trés fufceptibles de tranfpofition ,
ce
DE DECEMBRE . 37
ce n'eftoit qu'accidentellement qu'ils
y répugnoient quelquefois, & toûjours ,
pour éviter l'ambiguité & l'équivoque ,
que cette tranfpofition y pourroit mettre..
Enfin , je trouvai entre le Nominatif
& l'Accufatif , une reffemblance plus
parfaite encore par fa fimplicité, qu'en
tre le Génitif & l'Ablatif ; car , ny l'un
my l'autren'ont d'articles : Reffemblance
d'ailleurs , bien autrement incommode
que dans les deux autres cas ; en ce
que fe trouvant prefque toûjours enfemble
par la conftitution de la phrafe,
où le verbe doit avoir fon Nomina
tif & fon cas , lequel pour le plus fouvent
, eft l'Accufatif ; il n'y avoit que
l'ordre de la marche entr'eux qui pût:
les caractériſer : De forte qu'on ne pouvoit
difcerner le Nominatif de l'Accufatif
, que parce que celui - là précé--
doit le verbe , & celui ci le fuivoit :
Car , fi on veut tranfpofer les termes
de cette phrafe ; Céfaraimoit la gloire
en difant ; la gloire aimoit Céfar ; on
prendra cela plûtôt pour un changement
de phrafe , que pour une tranf
pofition. La gloire paffera pour le Nominatif,
parce qu'elle eft devant le
B
18 LE MERCURE
verbe , & Céfar pour l'Accufatif , parce
qu'il eft aprés ; & perfonne ne
s'imaginera qu'on veuille dire dans
cette tranfpofition , que c'eft Céfar
qui aimoit la gloire , & non pas la gloire
qui aimoit Céfar .
De cette remarque je tirai deux conféquences.
La premiere , que la répugnance
que ces deux cas fembloient
avoir à la tranfpofition , ne venoit
que de la confufion inévitable que leur
uniformité cauferoit dans la phrafe ,
pour peu qu'on en troublât l'ordre naturel
: La feconde , que toutes les
fois qu'il n'y avoit point d'ambiguité
à craindre , on pouvoit tranfpofer ces
deux cas comme les autres ; & que c'êtoit
pour cela qu'il y avoit des occa-.
fions , où la tranfpofition du Nominatif,
loin de choquer , avoit un trés bon
effet.
Enfin , ramaffant tout ce que j'avois
fait d'obfervations , & confidérant
que le Datifne repugnoit prefque jamais
à la tranfpofition ; parce qu'ayant
marque particuliére dans fon article ,
l'inverfion à fon égard , ne pouvoit caufer
d'ambiguité : Que les autres cas ne
l'exclupient , que quand elle faifoir
fa
DE DECEMBRE. 19
un fens douteux & équivoque ; & que
hors delà , ils l'admettoient librement :
Que de mefme , comme on le verra
dans fon lieu , elle fe fouffroit entre
deux verbes , lorfqu'elle n'y apportoit
point d'embarras & de confufion ; je
tirai cette conféquence générale , dont
je fais la régle décifive , pour difcerner
les bonnes & les mauvaiſes tranfpofitions
Que toute inverfion de
phrafe eft permife & légitime , dés
qu'elle n'en altére point la clarté , &
qu'elle n'y cause ni confufion , ni équivoque
. Principe , d'autant plus folide
& plus fûr , qu'il eft fondé fur le génie
de la Langue françoife , dont le caractére
propre & particulier , eft la
clarté. La conftitution fimple & naturelle
de la phrafe , dans laquelle l'expreffion
fuit l'ordre de la perfée , nous
en eft une preuve. Nôtre Langue fe
preftera toujours fans répugnance aux /
tours les plus hardis , aux figures less
plus outrées , aux tranfpofitions les
plus extraordinaires , à toutes les libertez
, & aux défordres même de
la Poëfie , fi jofe parler ainfi ; mais
à cette condition , que fa clarté n'en
fouffrira point . Tant de beautés & d'ox-
Bij
20
LE MERCURE
nements qu'il vous plaisa; mais ny obfcurité
, ny confufion , ny équivoque.
La clarté eft un point , fur lequel elle
n'admet aucune compenfation , & elle
préférera toujours une fimplicité fans
embarras , à unfublime obfcur & fatigant
.
Ce principe êtant êtabli , il ne reſte
plus qu'à l'appliquer , & cette application
même en fera la preuve ; car , en
éxaminant fur cette régle , toutes les
tranfpofitions , tant bonnes que mauvaifes
, je ferai toucher au doigt : Que .
les premieres ne font permifes,que parce
qu'en donnant de la beauté à la phrafe
, elles n'en altérent point la clartés.
& que les autres ne font rejettées
que parce que , fous prétexte d'embellir
la phrafe , elles l'obfcurciffent .
Et comme , de toutes les tranfpofitions
, celle du Darif eft la plus naturelle
; c'est par elle auffi que je crois
devoir commencer , en l'éxaminant,
& par rapport aux verbes , & par rap
port aux noms , avec lefquels le Da
tif peut eftre tranfpofé.
DE DECEMBRE. 2x
EXAMEN
De la Tranfpofition du Datif.
Le Datif eft ordinairement régi par un
verbe qui le demande aprés lui : Comme
quand on dit . Tout confpire à mes
deffeins. On s'appofe à mes voeux. Déro- .
ber fa tête à un fardeau Voilà comment
on doit parler en profe , où l'on
place le verbe devant le cas qui en dépend
: En Vers , c'eft tout le contraire .
Le ftile poëtique éxige , qu'en renver..
-fant la phrafe , on tranſporte le cas devant
le verbe , & qu'on dife : A mes.
deffeins tout confpire. A mes voeux ons'oppofe.
A un fardeau dérober sa tête ::
Et c'eft ainfi qu'en uſe Racine.
A mesjuftes deffels je vois tout confpirer.
2. Ilfe plaint qu'à ſes voeux un autre ·
amour s'oppofe.
3 Chacun à ce fardeau vent dérober Sa
tête.
Tragédie de Mithridate..
A&t. III . Sc. I..
2. Act. II. Sc . VI
3 A&… III, Sc. I.
LE MERCURE
Ce n'eft pas à dire , que Racine luf
même fuive toûjours cette méthode ;
car , dans un autre endroit , il dit fansufer
de tranfpofition .
* Tu ne t'attendois pas fans doute à ce
Difcours.
Mais en cela mefme , il s'écarte de
fa pratique ordinaire ; & il eſt évident
qu'il feroit plus poëtique d'ufer de
tranfpofition, & de dire.
Sans doute à ce Difcours tu ne t'attendois
pas.
>
On peut donc établir , comme une
régle fûre , que le ftile poëtique exige
la Tranfpofition du datif, par rapport
aux verbes dont ce datif dépend.
Je ne prétends pas néantmoins qu'il ne
foit jamais permis de s'abftenir det ranfpofitions
tant à l'égard de ce cas ,
que des autres qui en font fufceptibles
car , ffuurr ccee ppiieedd , il faudroit
mettre dans un vers , toutes les tranfpofitions
qui pourroient y entrer : Ce
qui feroit le plus fouvent un trés mauvais
effet . Il y a du plus & du moins ,
des tempéraments à garder en tout
* Alte I. Sc. I.
DE DECEMBRE. 23
cela. C'eft de quoi je parlerai plus au
long dans la fuite , lorfque je traitterai
de l'ufage qu'on doit faire des tranf
pofitions. Mais quant à prefent , je
me borne à déterminer ce que le tour
de la Péëfie exige de lui- même , & à
quoi il faut s'affujettir , lorfqu'il n'y a
point de raifon légitime de s'en difpenfer..
Outre les Verbes qui gouvernent
des datifs , il y a auffi des adjectifs
, dont ces mêmes datifs dépendent..
Quelquefois , ces adjectifs font liez
à un verbe. Comme quand on dit . Cefils
fut cruel à fon Pere . Quelquefois ,ils
fe trouvent feuls & fans verbe , comme
fi on diſoit : Et par un trait fun? -
fte à fa gloire. Et quelquefois auffi , ils
font participes d'un verbe . C'eſt ainft.
qu'on dit. Soumis à mes loix , attaché
à fon devoir. Trois fituations , par rapport
aux quelles il faut confiderer la
Tranfpofition du datif.
Toutes les fois que l'adjectif fait
lui-même partie d'un verbe , ou qu'il
eit lié à un verbe , il peut-être regardé
comme verbe par rapport au datif
qui le fuit , & par confequent, la Tranf
14 LE MERCURE
pofition du Datif a lieu à fon égard
auffi naturellement qu'à l'égard des
verbes. En voici des exemples , donɛ
je forge le premier , parce que je n'en
trouve point fous ma main ; & je prie
le Lecteur d'agréer que j'en ufe de la
forte , lorfqu'ils me manqueront.
A fon Pere ce Fils fut toûjours trop
cruel.
Je fçay que de tout tems à mês ordres
foumis
Ilbait autant que moi nos communs
Ennemis.
Dans le premier exemple , l'Adjectif
eft joint à un verbe ; dans le fecond
, l'Adjectif eft participe , & la
Tranfpofition fait fort bien dans tous
les deux.
Mais , lorfque l'Adjectif est tour
feul , & qu'il n'eft point participe , il
eft difficile que la Tranfpofition ne
caufe de l'ambiguité dans la Phraſe.
S'il falloit dire , par exemple.
Mais , entreprise hélas ! · Trop fu-·
nefte à la gloire .
Er qu'on Tranfpofat ainfi.
1. Act. 11. Sc . 39 . Mais ,
DE
DECEMBRE.
25
Mais , entreprife hélas ! A fa gloire
funefte .
Cette
Tranfpofition ne
vaudroit
rien , parce qu'on pourroir douter , fi
l'Adjectif, funefte , fe
rapporteroit à entreprife
, ou à gloire ; & que felon le
principe général des
tranfpofitions ,
on n'en doit point ufer , dés qu'elles
peuvent apporter la moindre obfcurité
au fens de la Phrafe . Toutes les
précédentes ne font bonnes , que parce
qu'elles n'en altérent en rien la
clarté , de forte même , quefi en gare
dant la
tranfpofition dans ce dernier
Vers , on pouvoit le tourner , de maniere
qu'il n'y ût lieu à aucune équivoque
; comme fi on diſoit ,
Mais , à fa gloire hélas ! Entreprife
funeйte.
la
Tranfpofition feroit
beaucoup plus
tolerable.
Cependant ,
comme dans
ces termes , à fa gloire , l'article à ,
qui n'eft point encore
déterminé , peut
paffer pour
prépofition , & avoir le
même fens que ,
ad ejus
gloriam en
C Décembre
1717.
26 LE MERCURE
latin ; c'eſt-à- dire , marquer un Accufatif
; comme fi on difoit : A fagloi
re il faut que je le publie ; l'efprit
fouffre dans l'incertitude où il eft , fi
l'article , à , eft ici un article ou une
prépofition ; & fi c'eft un Datif ou un
Accufatif qu'il lui annonce : Or , il ne
faut jamais que l'efprit travaille pour
deviner ce qu'on lui expofe . Quelque
belle que fut une tranfpofition , on
doit toûjours la facrifier en faveur de
la clarté ; ou plûtôt, elle n'eft plus recevable
, dés qu'elle péche contre ce
principe .
C'eft de la fufpenfion que la Poëfie
demande , & non de l'incertitude ;
deux impreffions qu'il ne faut point
confondre. L'incertitude renferme la
fufpenfion, & en corrompt l'agrêment
par la peine , & la perplexité qu'elle
y porte ; mais , la fufpenfion ne fuppofe
point l'incertitude . Son idée aucontraire,
ne nous préfente qu'une attente
agréable de ce qu'elle nous annonce ,
& qu'elle nous met par avance à portée,
de deviner au moins en partie. Par
exemple , dans le Vers fuivant.
DE DECEMBRE : 27
1 Aux offres des Romains , ma Mere
ouvrit les yeux .
Il y a de la fufpenfion , mais , il
n'y a point d'incertitude ; parce que la
particule aux , marque évidemment un
article & non, une prépofition: Et quand
ily auroit , à l'offre des Romains , ce
feroit la même chofe , comme on peut
le voir dans le Vers qui fuit .
2 A mille coups mortels contre eux
me devouer.
Cette particule , à , détermine abfolument
le Datif , & annonce le verbe
qui demande ce cas : De forte que ,
quand ce verbe arrive , l'efprit qui
êtoit demeuré en fufpens , durant le
premier hémiftiche , elt enfin content
& fatisfait ; parce qu'il trouve ce qu'on
lui avoit annoncé , & ce qu'il s'êtoit
promis. Au lieu que , quand il ne fçait fi
la particule , à , eft article ou prépofition
; & fi elle prépare à un Datif
1 A&t. 1. Sc. I.
a Act. 1. So. I..
Cij
18 LE MERCURE
ou à un Accufatif , comme dans ces
termes ci - deffus , à fa gloire ; il fouffre ,
il peine , il n'ofe prendre de parti entre
le Datif & l'Accufatif ; ou , s'il le
prend , il rifque à fe voir obligé de
revenir fur fes pas ; chofe defagréable
pour nôtre efprit , & mortifiante
pour notre vanité. Toute erreur nous
humilie ; & comme nous n'aimons pas
à être humiliez , nous voulons toujours
du mal à ceux qui ont donné occafion
à nôtre humiliation : Nous cherchons
à nous difculper à leurs dépens ;
& fur ce point , comme dans toutes
les chofes où nous avons quelque tort ,
nous nous en prenons toûjours plus
volontiers à autrui , qu'à nous mêmes.
Or , rien n'eft plus facheux , &
plus imprudent à un Auteur , que de
mettre fon Lecteur , c'eft à - dire fon
juge , contre lui. Enfin , ce qui fait auprés
de nous le merire de la fufpenfion
, & le defagrêment de l'incertitu
de eſt fondé fur la bonne opinion
que nous avons de nôtre intelligence.
Nous voulons deviner , ce qui eft
la chofe du monde qui bleffe le plus
nôtre efprit ; mais , nous ne voulons
pas nous tromper ; ce qui est la cho-
?
•
DE DECEMBRE 29
que
fe du monde qui l'humilie le plus : Or,
par tout où il y a du doute & de l'in
certitude , il faut , ou que l'efprit s'arrête
tout - court , ou qu'il s'expofe &
fe mêprendre S'il eft obligé de s'arrêter
, c'eft un aveu de fon peu de pénétration
; s'il paffe outre , c'eft précipitation
& imprudence ; deux partis
qui bleffent prefque également fon orgueil
, & dont il fçait toûjours mauvais
gré , à ceux qui ne lui laiffentfur
cela le choix. Au lieu que, quand
il n'y a que de la fufpenfion ; il a le
plaifir pur de pouvoir deviner , fans
courir rifque de fe tromper. Peut - être,
trouvera- t-on que je me fuis trop êtendu
fur ce point ; mais , dans une matiere
fi mince d'elle-même , je ne crois
pas devoir rejetter , ce qui peut en
quelque forte, en corriger la fécheref
fe ; fur-tout , quand ce font des réfléxions
que mon fujet me fournit de lui
même : Et d'ailleurs,il eft bon que,par
le rapport fécret que des minuties de
Grammaire ont à notre amour propre ,
nous ayons occafion de connoître jufqu'où
s'étend fa tyrannie .
Voilà à peu près , à quoi fe réduit la
Tranfpofition du Datif , à l'égard des
Ciij
20 LE MERCURE
verbes & des Adjectifs dont il peut
dépendre.
Mais , comme il peut encore fe trouver
en concurrence avec d'autres cas;il
eft à propos d'éxaminer qui font ceux ,
à l'égard defquels il admet la tranſpofition
, & ceux avec qui il la comporte
moins. Ce qu'on peut dire en général
; c'eft que , quand la tranfpofition
fouffre de la difficulté , cela vient
moins de la part du Datif, que de celle
des autres cas avec lefquels il fe
trouve lié . De lui-même , il s'y prête
toûjours affez volontiers.
où il
Voici pourtant une rencontre ,
paroît autant de réſiſtance de fa part
à la tranfpofition , qu'il peut y en
avoir du côté du Genitif : Car , fuppofons
qu'on veüille tranfpofer ces
deux cas dans le Vers fuivant ,
Au plus grand des Héros , j'ofe le
comparer.
Il faudra dire .
Des Héros au plus grand , j'oſe le
comparer.
Tranfpofition qui paroît fonner mal,
& qui même , n'eft pas néceffaire dans
DE DECEMBRE.
31
ce Vers , où il y en a déja une . Mais ,
ce qui rend ce Vers rude , ce n'eft pas
la multiplicité des tranfpofitions ; c'eſt
la qualité de l'une des deux ; je veux
dire , celle du Genitif & du Datif qui
y repugnent également . Le Genitif prémierement
, à caufe de l'article , des
qui devient alors équivoque entre
lui & l'Ablatif. Car , on ne fçait , fi cet
hémiftiche, des Romains au plus grand ,
annonce une fimple comparaifon , ou
une efpéce de gradation , comme du
petit au grand : En fecond lieu , du côté
du Datif , on doute fi la particule
an , eft un article , ou une prépofition ;
fi elle défigne un Datif , ou un Acfatif.
Et ce qui femble prouver que
l'incongruité de la tranfpofition vient
de là en partie ; c'eft que fi on change
le Nominatif en Datif , & qu'on
dife ,
Des Héros le plus grand fe fit
voir à nos узих .
la Tranfpofition fera bonne.
J'ai dit que ce qui donnoit de la
rudeffe au Vers , n'êtoit pas la multi-
Des Héros au plus grand,j'ofe le com
parer.
2
32 LE MERCURE
plicité de tranfpofitions qu'il renfer
me , mais , la qualité de l'une de ces
tranfpofitions : C'est ce qu'il faut que
j'explique , quoi que cela regarde
proprement l'ufage & le ménagement
des tranfpofitions , dont j'ai deffein de
traitter à part; mais, pour ne point laiffer
le Lecteur dans l'embarras , je
crois devoir par avance, en toucher ici
quelque chofe.
En quoi donc , eft- ce que la qualité
d'une des tranfpofitions dans ce dernier
Vers , en caufe la rudeffe ? C'eſt
en ce qu'une de ces tranfpofitions eft
double ; c'eſt à - dire , en ce que le même
cas ett tranfpofé deux fois , l'une
avec un autre cas , & l'autre avec fon
verbe. Car , quoique la Phrafe Poëtique
exige des tranfpofitions , elle
ne les admet néantmoins , comme
nous l'avons remarqué qu'autant
qu'elles n'embarraffent point trop la
Phrafe Or , la Phrafe ne peut manquer
d'être embarraffée , dés qu'un terme
qui a de la liaiſon avec deux autres ,
eft tranfpofé à l'égard de tous les deux ;
& c'est ce qui arrive dans ce Vers.
,
Des Héros au plus grand , j'ofe le
comparer.
H
D
ta
D
DE DECEMBRE.
33
Au plus grand , qui eft un Datif,
eft déja tranfpofé , par rapport à fon
verbe qu'il précede ; car, dans l'ordre
naturel, il devroit le fuivre , & on dévroit
dire , comparer au plus grand. On
le tranfpofe encore à l'égard du Genitif
qu'il régit ; puifqu'au lieu de dire.
Au plus grand des Héros , on dit , des
Héros au plus grand. Voilà donc , le
même cas tranfpofé deux fois : De forte
qu'il faut que l'efprit faffe deux
opérations fur le même terme , pour
démêler le vrai fens que cette duplicité
de tranfpofition obfcurcit. Ce
n'eft plus un plaifir , tel que celui de
la fufpenfion ; c'est une peine & une
efpéce de torture , dont nôtre délicateffe
ne s'accommode pas.
,
D'où vient que dans la feconde maniere
de tourner ce même Vers en
changeant le Datif en Nominatif ; &
en difant ,
Des Héros le plus grand fe fit
voir à nos yeux .
la tranfpofition eft de mife ? C'eft
qu'alors , le même mot n'eft tranfpofé
qu'une fois .
14 LE MERCURE
Et pour prouver encore plus fenfiblement
, que la dureté de l'autre
Vers , des Héros au plus grand & c.
ne vient point de ce qu'il y a deux
tranfpofitions ; mais , de ce que l'une
des deux eft double ; c'est - à-dire , que
le même terme y eft tranfpofé deux
fois ; je vais citer un Vers de Racine ,
auffi compliqué qu'il puiffe y en avoir ,
par la multitude des termes differents.
qui le compofent , & qui forment
deux tranfpofitions ; fans que pourtant
, la beauté du Vers , ny la clarté
de la Phrafe en fouffrent. Le voici.
› De mon Pere à la Reyne il conte
la difgrace.
Il y a dans ce Vers un Nominatif,
il ; un Génitif , de mon Pere ; un Datif
; à la Reyne ; un Accufatif ; la difgrace
; un verbe , conta. Il s'y trouve
de plus deux tranfpofitions , mais ,
toutes deux fimples ; c'eft- à- dire, qu'il
n'y a aucun terme qui foit tranfpofe
deux fois. Le Genitif l'ett, par rapport
à l'Accufatif; de mon Pere la difgrace,
1 Att . 1. Sc . I
DE DECEMBRE.
35
au lieu de dire , la difgrace de mon
Pere. Le Datif l'eft , par rapport au
verbe qui le gouverne , à la Reyne il
conta au lieu de dire il conta à la
Reyne. Ainfi, cela ne fait point d'embarras
; cela n'altere point la clarté de
la Phrafe ; & dés lors , felon nôtre
principe , les tranfpofitions font bonnes.
Ce n'est donc point la multiplicité
des tranfpofitions , mais , leur
qualité qui peut nuire à la beauté du
Vers. Paffons aux autres cas avec lef
quels le Datif peut fe rencontrer.
Il fe trouve quelquefois deux Datifs
enfemble , comme dans ce Vers.
Aux Gaulois , aux Romains , fa
valeur fut fatale.
Mais , ces deux Datifs n'ayant point
de dépendance l'un de l'autre , il ne
peut y avoir entre eux de tranfpofition.
L'arrangement en eft purement
arbitraire : On peut mettre le premier
ou le dernier , celui des deux qu'on
juge à propos ; & c'eft dans certe occafion
que , comme dit Dom Japhet.
Il n'importe guere.
Que Pafcal foit devant , on Pafcal
foit derriere.
36
LEMERCURE
,,
On peut dire la même chofe du
Datif , par rapport au Nominatif &
à l'Accufatif , parce que , quoiqu'ils
fe trouvent enſemble dans une même
Phrafe c'eft fans dépendance l'un
de l'autre , & par conféquent , fans
qu'il puiffe y avoir de tranfpofition.
Il n'en faut point d'autre exemple ,
que le dernier Vers que j'ai cité de
Racine .
De mon Pere à la Reyne il conta
la difgrace.
Car dans ce Vers , le Datif , à la
Reyne , ne dépend que du verbe , il
conta ; & n'a point de rapport , ny au
Genitif , de mon Pere , ny à l'Accufatif
, difgrace.
Il ne refte que l'Ablatif, avec lequel
le Datif puiffe fe rencontrer ; mais , ny
le Datif, ny aucun autre cas ne peut
être lié avec l'Ablatif , qui ne dépend
que des verbes ,comme on l'expliquera
en fon lieu. Dans le Vers fuivant de
Defpreaux ,
De Paris au Perou , du Japon jufqu'à
Rome.
Sat. VIII.
DE DECEMBRE. 37
il faut prendre garde que
la particule
, as , n'eft point article , mais ,
prépofition ; & qu'elle ne défigne pas
un Datif, mais , un Accufatif. Ainfi,
cela ne regarde point la tranfpofition
du Datif , à laquelle nous nous bornons
dans cet article , & que je crois
avoir examinée, felon toutes les fitua
tions que ce cas peut avoir.
Or , de tout ce que j'ai dit jufqu'ici
fur la tranfpofition du Datif, je tire
trois conféquences.
La 1 : Que de lui-même , il ne répugne
prefque jamais à la tranfpofition
, & que , quand elle ne fe peut fai
re ce n'eft gueres de fon côté que l'affaire
manque
.
an ,
La 2 : Que la feule occafion où il
paroît ne la pas fouffrir fi commodé
ment , eft quand , la particule , à , ou ,
qui fait fon article déterminant
fe
peut prendre pour une prépofition,
& former par là une équivoque , comme
quand on dit : J'ofe le dire à fa
gloire.
La 3 Que quand , par la nature
des autres cas avec lesquels il concourt,
la tranfpofition ne peut le pratiquer ;
elle ne fe trouve exclufe, qu'à raifon
38
LE MERCURE
de l'équivoque & de l'ambiguité
qu'elle introduiroit dans la Phrafe .
Conféquences , qui toutes trois , quadrent
avec le principe général que j'ai
êtabli fur les tranfpofitions & en
même tems , en font la preuve ; fçavoir.
Que toute tranfpofition eft permife, des
qu'elle peut fefairefans altérer la elarté
de la Phrafe ..
Jufqu'à prefent , je n'ai envifagé la
tranfpofition du Datif , que dans ce
qu'elle a d'effentiel , & uniquement
pour régler , quand elle pouvoit avoir
lieu. Mais comme , quelque naturelle
& quelque douce qu'elle foit par
elle -même , elle peut avoir plus ou
moins de beauté , felon la maniere
dont on la pratique , il ne fera pas hors
propos
de faire fur cela quelques de
remarques .
La principale , & celle qui renferme
toutes les autres , & qui eft géné- ,
rale pour tous les cas , eft que plus
ils font éloignez du mot , auquel ils
font liez & dont ils dépendent ; &
plus auffi , la tranfpofition a de douceur.
Ainfi , quand les deux termes , entre
lefquels fe fair la tranfpofition , fe
trouvent dans le même hémiftiche ,
DE DECEMBRE. 39
elle eft moins douce ,que quand ils font
dans deux hémiftiches differents . C'eſt
ce qu'on peut voir dans les exemples
fuivants.
1Je fçay que de tout tems à mes ordres
foûmis.
Il bait autant que moi &c.
2 Un coeur que fon devoir à moi feul
affervit.
La tranfpofition du Datif eſt ſi naturelle
, que même pratiquée de la
forte , elle n'a rien de bien rude
mais , elle feroit encore plus agréable ,
fi les deux termes rélatifs fe trouvoient
dans deux hémiftiches differents
, en tournant ces vers de la maniere
qui fuit.
Et je fçay qu'à mes loix fon coeur
toujours foûmis .
Ce grand coeur qu'à moi feul fon
devoir affervit.
Enfin , fuivant le principe que j'ai
avancé , la tranfpofition s'adoucit toû-
1 A &t . 2. Sc. ; .
A&t . 2. Sc. 5.
40 LE MERCURE
jours , à proportion de l'éloignement
qui fe trouve entre les termes rélatifs
qui la compofent : Je vais en apporter
des exemples , où comme par
gradation , ils s'éloignent toûjours de
plus en plus.
Quand je fçûs qu'à fon lit Monime
réfervée .
2 Qu'aux offres des Romains , ma
Mere ouvrit les yeux.
que
Et fe pourroit-il bien qu'à mon reffentiment
3
?
Mon Amour indifcret eût livré.
mon Amant ?
On voit dans ces trois exemples ,
le Datif s'éloigne toûjours de plus
en plus , du verbe dont il dépend :
Que même au dernier , ils font l'un
& l'autre dans deux Vers differents ;
& que la tranfpofition n'en a que plus
de grace . C'est ce que je ferai obferver
dans les autres , comme dans celle-
ci , de laquelle je paffe immédiatement
à la tranfpofition du Génitif ,
1 A &t . 1. Sc . I.
2 Ibid.
3 Act. 4. Sc. I.
DE DECEMBRE. 41
& à celle de l'Ablatif , comme
êtant les plus naturelles , aprés celle
du Datif. La conformité & la reffemblance
que ces deux cas ont entre eux,
m'engage à les traitter enfemble ; &
je le ferai de maniere , que loin que
cela y mette de la confufion , ils fe
donneront au contraire du jour l'un à
l'autre .
EXAMEN
DE LA TRANSPOSITION
Du Génitif& de l'Ablatif.
> Me
Comme le Génitif & l'Ablatif one
tous deux le même article , & qu'on
dit également à l'un & à l'autre
l'homme , de la table , du temple. Il
faut d'abord donner un moyen de les
diftinguer. Or , voici le diftinctif de
de l'un & de l'autre.
Le Génitif eft toûjours gouverné par
un nom , foit fubftantif , foit adjectif :
En voici des éxemples.
*
De fes feintes bontez j'ai connu la
contrainte .
Att. IV. Sc. 2.
D
42 LEMERCURE
J'ay honte de me voir fi peu digne
de unus.
Seigneur , de mes malheurs ce ſont-là
les plus doux.
Dans le premier éxemple , le Génitif
eft gouverné par un fubitantif.
Dans le fecond , par un adjectif : Et
dans le troifiéme ,
par un fuperlatif,
qui eft auffi une forte d'adjectif.
L'Ablatifeft toûjours gouverné par
un verbe ; & toutes les fois qu'un nom ,
qui a l'article commun au Génitif & à
l'Ablatif , eft régi par un verbe , il le
faut tenir pour un Ablatif. Exemple:
1. Allés de fes fureurs fongez à vous
garder.
2. Et même de monfortje ne pourrois
me plaindre.
Je n'éxamine point ici fcrupuleufement
, fi en rigueur de Grammaire , il
n'y a pas des noms qui gouvernent
l'Ablatif, & des verbes qui gouvernent
le Génitif ; & fi quand on dir , digne d'ar
A&t. III. Sc. I.
* Act. I. Sc. II.
1. A&t. IV . Sc . I.
2. Ibid. Sc. IV.
DE DECEMBRE.
43
mour , ou je me souviens de vous i
amour eft à l'Ablatif dans le premier,
& de vous , au Génitif dans le fecond.
Que ce foit Ablatifou Génitif , je n'envilage
ces mots que par rapport
aux autres avec qui ils font liez ; &
tout ce queje me propofe , c'eft d'expliquer
comment, on doit en ufer pour
tranfpofition , à l'égard d'un cas qui
a, des , du , ou des, pour article : Et comme
ce cas défigné par un de ces articles,
eft tantôt joint à un verbe , & tantôt
joint à un nom ; je l'appelle Génitif,
quand il eft joint à un nom ; & Ablatif
, quand il eft joint à un verbe.
la
Je dois auffi faire obferver qu'il y a
des Ablatifs régis par une prépofition
telle que, dans ,fans , par , avec , & c : Mais ,
comme , je traiterai à part de la tranfpofition
des noms , qui font régis par
une prépofition , quelque foit cette
prépofition , & quelque cas qu'elle demande
; je renvoye là les Ablatifs de
cette nature & ne traitte dans l'article
préfent , que de ceux qui font
gouvernez immédiatement par un
verbe.
Il s'agit donc de fçavoir , fi à l'égard
du Génitif joint à un nom , & d'un
Dij
44 LE MERCURE
Ablatifjoint à un verbe , on peut ufer
de Tranfpofition ; & fi au lieu de dire ;
balancer le deftin des Romains , honorer
d'un titre funefte ; on peut dire ; des
Romains balancer le deftin , d'un titre
funefte honorer. Je répons qu'oüi : En
voici des exemples de Racine . D'abord
pour le Génitif.
i Qui des Romains toûjours balançant
le deftin. *
2 Du Palais à ces mots , il leur
ouvre les portes.
En voici d'autres pour l'Ablatif.
3 Quand d'un titre funefte on me
vint honorer.
4 Que de tant d'Ennemis vous
puiffiez vous défendre.
Les deux premiers exemples ,font pour
la tranfpofition du Génitif : A l'égard
d'un nom Subitantif , en voici'd'autres,
pour fa tranfpofition , avec un nonr
Adjectif.
. A&t. II. Sc. III.
2. Act. V. Sc. IV
3 .
A&t. V. Sc. II.
4. Ibid. Sc. dern
DE DECEMBRE.
45
1 Vous faffe des Romains , dévenir
l'alliée .
2 Seigneur , de mes malheurs ce font
là les plus doux .
Telle eft la régle générale pour le Génitif
& l'Ablatif , qui tous deux admettent
la tranfpofition , avec le terme
dont ils dépendent . Il ne reste plus
qu'à faire les obfervations qui peuvent
être particuliéres au Génitif , par rap
port aux autres cas , avec lefquels il
fe rencontrer. Car , comme l'Ablatif,
felon que nous l'avons expliqué
, ne dépend que des verbes ; il ne
peut concourir avec les noms .
peut
De tous les cas , le Nominatif &
l'Accufatif font ceux avec lesquels la
tranfpofition du Génitif , fe fait le plus
commodément , & le plus gracieuſement.
La raiſon de cela eft, que le Nominatif
, & l'Accufatif n'ayant point
d'article ; on ne peut les confondre
avec le Génitif. Auffi , le Génitif ne fe
trouve-t-il jamais tranfpofé plus fiéquemment
, qu'avec ces deux cas . Les
1. A &t. III. Sc. V.
2. Act . I. Sc. II.
46 LE MERCURE
exemples en fourmillent dans tous les
Livres de Poëfie : Je me contente d'en
rapporter un pour le Nominatif, & un
autre pour l'Accufatif.
1 D'un Heros tel que vous,c'est là
l'effort füpréme.
2 D'un Rival infolent , arrêter les
complots.
Il y a feulement , à l'égard de ces
deux cas joints avec le Génitif,une précaution
à prendre dans leur tranfpofition
; c'eft d'arranger tellement les
termes , que quand dans le mefme
Vers , il fe trouve deux Nominatifs ,
eu bien un Nominatif &iun Acccufatif
avec le Génitif ; on ne puiffe douter
auquel des deux le Génitif fe rapporte
. C'est à quoi Racine femble n'avoir
pas fait affez d'attention dans le Vers
fuivant.
* Le Parthe des Romains comme moi la
terreur.
Voilà deux Nominatifs : Le Parthe
1. At. II. Sc. VI.
2. Ibid . Sc . V.
* AT. III. Sc. I.
DE DECEMBRE. 47
1
la terreur : Et l'on peut douter fi,
c'est le Parthe des Romains , ou la
terreur des Romains. Je fçay que quand
le Vers eft achevé , on voit bien auquel
des deux le Génitif, des Romains,
fe rapporte , parce que le fens le détermine
; mais , cela fait toujours d'abord
quelque peine : J'ajouterai que ,
quand mefine au lieu d'un fecond Nominatif
, on mettroit un Accufatif,
en tournant le Vers de la maniére qui
fuit 2
Le Parthe des Romains , redoutoit la
terreur.
la mefme équivoque refteroit toûjours.
L'embarras eftoit de tourner autrement
le Vers ; car , de dire ,
Des Romains comme moi le Parthe la
terreur.
l'équivoque ût efté encore plus
grande ; parce que , comme moi ”, fe
rapporteroit alors bien plus naturellement
aux Romains , qu'à la terreur ;
outre que les deux Nominatifs joints
de fi prés , font un mauvais effet : On
pouvoit encore l'arranger ainfi..
48 LE MERCURE
+
Le Parthe comme moi des Romains la
terreur.
Ou bien .
Comme moi des Romains le Farthe la
terreur.
Mais , cette derniére maniére a encore
le défagrêment des deux Nominatifs
qui fe fuivent. La précédente vaut
mieux ; & je crois que Racine ne l'a
rejettée , qu'à caufe de la proximité
des deux mots qui forment la tranfpofition
du Génitif : Ce qui rend cette
tranfpofition plus rude , comme nous
l'avons déja fait remarquer au fajer du
Datif . Mais , j'aimerois mieux encore
m'expofer à cette rudeffe , pardeffus
laquelle Racine paffe quelquefois ,
que de mettre rien d'équivoque ou
d'obfcur dans le Vers. Pour celui- ci ,
il eft impoffible, en confervant la rime,
de la terreur , & la tranfpofition du
Génitif, d'en faire un Vers bien parfait
; & j'aurois autant aimé me paffer
de tranfpofition dans ce Vers , & dire.
Le Parthe comme moi la terreur des
Komains.
Cet éxemple du moins ,nous fait voir,
comDE
DECEMBRE. 49
ond
paile
COMP
dire
Combien Racine jugeoit la tranfpolition
effentielle au Vers ; puifqu'il en
a voulu abfolament mettre une dans
celui - ci , aux dépens même de la clarté
; mais , je m'en tiens à mon principe
: Que la tranfpofition n'eft de mife
, qu'autant qu'elle ne jette point
d'embarras, ni d'obſcurité dans la phra-
Le.
Au refte , on trouve dans ces Vers
de Racine , une preuve de ce que j'ai
infinué dans ma définition du tour poëtique
, qui eſt ; qu'il y a des tranfpcitions
, qui , quoique reçûës dans la
Langue , en forcent quelquefois la
conftruction . Car , la tranfpofition du
Génitifavec le Nominatif, en difant ,
des Romains la terreur , au lieu de dire
la terreur des Romains ; elt une tranf
pofition très permiſe & de fort bon
alloy ; mais , toute permife qu'elle eft
d'elle-même , elle force ici la conftruction
, à caufe de la concurrence
des deux Nominatifs ; & par là , elle
déchoit de fon prix .
Autre éxemple de tranfpofition ,
où la conftruction eft forcée : C'est dans
ce Vers du mefme Auteur.
Décembre 1717.
E
LE MERCURE
*
Lafoy de tous les coeurs eft pour moi
difparuë.
C'eftici une tranfpofition d'Ablatif ,
& d'elle-même elle eft bonne ; car ,
fi on change le terme de foy , qui ne
peut pas entrer dans le Vers , de la maniére
qu'il le faut tourner ; & qu'on
fubftitue à ſa place celui de crainte ,
on pourra conftruire le Vers de la maniére
fuivante , & il fera bon.
De tous les coeurs la crainte eft pour moi
difparuë.
Ce n'est donc point du côté de la
tranfpofition que péche ce Vers : Tout
le défaut n'en vient, que de la maniére
dont cette tranfpofition eft tournée ,
& de l'arrangement qu'on donne à la
phrafe. Car, comme le Génitif & l'Ablatif
font entièrement conformes , &
qu'il n'y a que le terme auquel on les
lie , qui détermine le nom à l'un ou
l'autre de ces deux cas ; on prend d'abord
cet hémistiche : La foy de tous les
coeurs , par une conftruction de Génitif;
& cependant , de tous les coeurs ne
dépend point du Nominatif , la foy
* A&t. III. Sc. IV.
,
DE DECEMBRE. SI
>
mais du verbe, eft difparuë , & c'eft une
conſtruction d'Ablatif: Ainfi , cela fait
une équivoque qui met l'efprit en défaut
; car , fur le premier hémistiche
ils'attend à une conftruction de Génitif
, & s'arrange fur cela ; & quand il
eft au bout du vers , il trouve qu'il a
efté furpris , & eft obligé de changer
d'idée. C'eft une espéce de bévûë dont
il fe prend à l'Auteur du Vers,& il n'a
pas tout-à- fait tort . Ce qui a engagé
Racine à tourner fon vers de la forte
c'est qu'en confervant les termes qui
le compofent , il ne pouvoit le tourner
autrement , car , l'arrangement naturel
ût efté celui - ci .
[parue.
Four moi de tous les coeurs la foi eft dif-
Mais , la foy eft , font deux termes
qui ne peuvent fe fuivre en Vers ; à
caufe de la rencontre des deux voyelles
. Il n'y avoit donc d'autre parti à
préndre , que celui de changer le Vers,
fi on vouloit le rendre correct ; & c'eft
ce qu'il me paroît qu'on doit toûjours
faire en femblable occafion.
.
Le feu Abbé Regnier des Marais
Sécretaire de l'Académie Françoiſe
nous a donné en cette matiére, un éxemple
qui ne fçauroit trop eftre imité. Je
E ij
52
LE MERCURE
le rapporte d'autant plus volontiers
en cet endroit , qu'il tombe fur un
défaut pareil à celui que nous venons
de relever dans Racine ; c'eſt- à-dire ,
fur une équivoque produite par l'incertitude
où l'on eft , du terme auquel
doit fe rapporter un Génitif , qui , par fa
conftruction , peut dépendre de deux
termes différents. Voici donc le fait.
L'Abbé Regnier traduifit en 1655 , la
fameufe Scéne du Paftor fido , qui commence
par ce Vers : 0 Mirtillo , Mirtillo
, animamia . Cette Traduction , qui
ût beaucoup de fuccés en ce tems- là ,
& qui eft encore fort eftimée aujourd'hui
, avoit esté attribuée durant long.
tems, à la célèbre Comteffe de la Suzë ,
fous le nom de laquelle elle avoit prefque
toûjours parû ; jufqu'à ce que
l'Abbé Regnier la revendiqua publiquement
, en imprimant fes Poëfies ,
peu d'années avant fa mort. Or , dans
cette Piece , aprés les quatorze premiers
Vers , voici comme il fait parler
Amarillis .
* Du Ciel pour nous trop rigoureux ,
Par quel ordre injufte & barbare ,
Faut- il que le fort nous fepare?
Poëfies franç. de M. l'Ab, Regnier
Des Marais. P. 2
DE DECEMBRE. $3
L'équivoque dans ces Vers, confifte
en ce que le mot , du Ciel , eftant tranf
pofé , on ne fçait d'abord à quoi il
faut le rapporter ; fi c'eft à ce nom ,
erdre injufte & barbare , où fi c'eſt à
à ce verbe , nous fépare ; puifque, dans
la conftruction , il peut fe rapporter
également à l'un & à l'autre ; & qu'il
peut eftre ou Génitif, en
au nom ; ou Ablatif , en fe
rapportant
au verbe : De forte que ce n'eft qu'aprés
avoir examiné le fens de la phraſe ,
qu'on démêle enfin , que c'est au nom
qu'il doit fe rapporter , & que par conféquent
, c'eft un Génitif.
en fe
rapportant
Apparemment , que l'Abbé Regnier
fentit lui-même l'inconvénient de
cette équivoque ; & ce fut pour y remédier
, qu'entre plufieurs changemens
qu'il fit de cette Scene , dans une
feconde Traduction qu'il nous a donnée
à la fuite de la premiere , il fupprima
totalement le premier Vers ; &
par ce retranchement , il fupprima auffi
l'équivoque , fe contentant de dire :
* Par quel ordre injufte & barbare,
Faut- il que le Ciel nous fépare ?
* Ibid .
Pag. s.
E iij
54 LE MERCURE
Ce changement eftoit abfolument
néceffaire ; mais auffi , eftoit- ce pref
que le feul qu'il fallût faire felon moi,
à la premiere Traduction . Je ne fçay ,
fi l'habitude & la prévention ne me féduifent
point , en faveur de cette premiere
façon , à laquelle je fuis accoûtumé
depuis plus de trente ans ;
mais , je ne puis m'empêcher de la
préférer de beaucoup à la fuivante ,
quoique faite dans un âge plus mûr , &
de la même main que la premiere : Il
me femble du moins , en n'envifage ant
cette Scéne que du côté de la verfification
, & mettant à part ce qui en
fait le fujet ; que je me fçaurois bon
gré d'avoir fait la premiere Tradution
, & que je ne me foucierois pas
d'avoir fait la feconde . On fent dans
celle- ci , non feulement le Phlegme ,
mais même la pefanteur de l'âge , &
la féchereffe , ou la fervitude d'une veine
que l'Art gourmande & maîtriſe ,
& qui ne coule plus librement : Dans
l'autre au contraire , ce qu'il peut quelquefois
y avoir de lâche , eft compenfé
, & en quelque forte rectifié par un
hûreux naturel ; rien , je ne dis pas,
qui y foit forcé ou contraint,mais même
DE DECEMBRE.
qui y paroiffe recherché ou étudié ,
foit dans les expreffions , foit dans les
tours ; & cependant , tours & expreffions
qui femblent faites, pour les fentimens
dont ils font les organes , & qui
ont quelque chofe d'auffi tendre &
d'auffi naturel que les penfées. Tout
y coule de fource ; un ftile aifé , intéreffant
, nourri , moëlleux ; & qui porte
avec lui , non feulement le feu & la
légereté , mais encore , l'embonpoint
& le coloris de la jeuneffe . Enfin , quand
je lis la premiere Traduction , je fuis
tenté de croire,que c'eft Amarillis qui
y parle elle-même : Mais , je ne reconnois
que l'Abbé Regnier dans la
feconde.
Je ne dirai rien ici de la tranfpofition
du Génitif avec le Datif ; parce
que j'en ai parlé , en traitant de la
tranfpofition du Datif même. Refte
donc à traiter de celle de l'Ablatif avec
le Génitif ; laquelle , comme il eſt viſible
, ne peut avoir lieu ; à caufe de
l'équivoque qu'elle cauferoit infailliblement.
Un exemple rendra la choſe
plus fenfible. Racine dit ,
* Mais , des fureurs du Roy, que puis -je
enfin juger ?
* Act. 2. Sc. 6. E iiij
56 LE MERCURE
Le terme , de fureurs , eſt un Ablatif,
eftant gouverné par le verbe, juger. Le
terme , de Roy , eft un Génitif régi par
celui de fureurs. Si , outre la tranfpofition
de l'Ablatif ou du verbe , on veut
encore en faire une , entre l'Ablatif &
le Génitif qu'il gouverne , cela fera
pis qu'une équivoque ; car , le fens de
la phrafe fera totalement changé.
Mais , du Roy des fureurs , que puis- je
enfin juger?
Ce n'eft plus une tranfpofition , c'eft
un changement de cas , qui produit
le changement du fens de la phrafe..
L'Ablatif devient Génitif, & le Génitif
devient Ablatif : Ce n'eft plus des
fureurs du Roy qu'on juge , c'eft du
Roy des fureurs . Inconvénient d'autant
plus infurmontable, qu'il vient de l'uniformité
qui fe trouve entre le Génitif
& l'Ablatif : De forte que tant qu'ils
auront le même article , la tranfpofition
fera toûjours impraticable entr'eux .
Je dis la même chofe de deux Génitifs
qui fe fuivent , & dont l'un dépend
de l'autre ; puifque , changeant
en Génitif,l'Ablatif du Vers précédent,
le même inconvénient refte toûjours ,
comme on va voir.
DE DECEMBRE.
57
Gead
Mais , des fureurs du Roy, fuis-je toujours
l'objet ?
Le terme,defureurs , qui ettoit Ablatif
dans le Vers précédent , devient
Génitif dans celui - ci ; cependant , l'équivoque
, ou plûtôt le contre-fens
n'en refte pas moins fenfible. Car , de
dire ,
Mais , du Roy des fureurs , que puis - je
enfin juger ?
Ou de dire ,
Mais , du Roy des fureurs, fuis-je toû
jours l'objet ?
· C'eft,par rapport au contre-fens , toutà-
fait la même chofe .
Je n'ai rien à dire ici de l'Ablatif,
par rapport aux autres cas . Premierement
, parce que ne dépendant jamais
que d'un verbe , felon la définition que
j'en ai donnée , il ne peut eftre gouverné
par un nom , en quelque cas que
ce foit : Secondement , parce que fi ,
fans eftre gouverné d'aucun nom , il
en gouverne quelqu'un lui-même , il ne
peut le 'gouverner qu'au Génitif ; &
nous venons de traiter ce point en
montrant,pourquoi la tranfpofition ne
pouvoit fe pratiquer entre le Génitif &
I'Ablatif.
,
,
18
LE
MERCURE
Ainfi , aprés avoir déterminé ce qu'il
y a d'effentiel , pour la tranfpofition de
ces deux cas , il ne refte qu'à dire un
mot ,de ce qui peut la rendre plus ou
moins douce.
Sur quoi , il faut obferver d'abord ,
que la remarque qu'on a faite au fujet
de la tranfpofition du Datif , a lieu
rout de même , à l'égard de celles du
Génitif & de l'Ablatif ; c'eſt- à- dire ,
que plus les termes tranfpofez feront
éloignez l'un de l'autre , plus la tranfpofition
aura de douceur. L'on peut
même ajoûter , que c'eft un ménage- .
ment , d'autant plus néceffaire à ces
dernieres tranfpofitions , qu'elles font
moins naturelles que celles du Datif.
Car, dans celle - ci , on peut abfolument
renfermer les deux termes tranfpofez
dans le même hémiftiche , fans que
cette proximité rende la tranfpofition
bien rude ; comme en font foy les exemples
qu'on a rapportez , & d'où font
tirez ces deux hémiſtiches .
A mes ordresfoûmis.
A moi feul afervit.
Au lieu que dans la tranfpofition du
DE DECEMBRE. 12
Génitif & de l'Ablatif , ce voifinage
feroit un trés mauvais effet ; comme ,
fi au lieu de dire ,
1. Qui de Rome toûjours balançant le
deftin.
on difoit
.
Qui toûjours balançant de Rome le
deftin.
Autre exemple en ce genre, pourl'Ablatif.
Si , au lieu de tourner le vers
fuivant , comme l'a tourné Racine ,
2 De ce trouble fatal, par où dois-je -
fortir ?
on rapprochoit le Génitif , trouble ,
du verbe , fortir , qui le gouverne ,
& qu'on dît
Et par où dois-je enfin de ce trou
ble fortir.
Cela auroit quelque chofe de choquant
& de fort dur.
Le mieux eft donc , d'éloigner , autant
que la conftruction de la Phrafe
peut fouffrir le , tant le Génitif que
1 Act. 2. Sc. 3.
2 Act. g. Sc. s.
60 LE MERCURE
l'Ablatif , du verbe ou du nom avec
lequel ils font liés. Voici des exemples
de l'un & de l'autre , qui vont
par gradation , comme nous avons fait
à l'égard du Datif. Et prémierement,
pour le Génitif.
1 Vangeoit de tous les Roys , la querelle
commune .
2 Il fant d'un fuppliant emprunter
le vifage .
3 D'un Rival infolent arrêter les
complots.
Quelquefois , le Génitif eft dans un ·
Vers , & le nom qui le gouverne , ne
paroît qu'au vers fuivant.
Je ne m'attendois pas que de nôtre
hymenée,
4Je diffe vor fi tard arriver la
journée .
On pourroit même encore , & les
Vers n'en auroient que plus de nơbleffe
, mettre le Génitif au commen-
1 A &t . 1. Sc . I.
2 A&t. 3. Sc. I.
3 A&t. 2. Sc. 3.
4 Act. 2. Sc. 4.
DE DECEMBRE. 61
cement du premier Vers ; & renvo
yer à la fin du fecond , le nom qui
le gouverne : Tel eft cet exemple que
j'ajufte exprés.
De l'hymen malheureux où j'étois
deftinée ,
J'attendois malgré moy , la fatale
journée.
Voici d'autres exemples pour l'Ablatif
, qui vont auffi par gradation.
1 Et même de mon fort , je ne pourrois
me plaindre.
2 Que de tant d'Ennemis vous puisfiez
vous défendre .
On peut encore de ce dernier Vers ,
en faire deux , où l'Ablatif foit au
commencement du premier , & le verbe
, à la fin du fecond.
Quand, de tant d'Ennemis tout prêts
vous furprendre
à >
Vous pourriez efpérer , Seigneur , de
vous défendre .
Ces exemples fuffifent
1. A &t. 4. Sc. 4.
2 Act.5. Sc. dern.
pour faire
62 LE MERCURE
connoître , combien l'éloignement des
termes , qui font rélatifs l'un à l'autre,
adoucit ces deux tranfpofitions .
Je crois pourtant devoir faire fur
cela une obfervation : J'ai recherché
d'où venoit , que dans les tranfpofitions
, tant du Datif , dont nous avons
déja traité , que du Génitif & de l'Ablatif,
fur lesquelles nous fommes à préfent
; plus les termes , du renversement
defquels fe forme la tranfpofition , fe
trouvoient éloignez l'un de l'autre , &
plus la tranfpofition avoit de grace.
Le fait eft für , comme on l'a pu voir .
par les exemples ; & cependant, il femble
, que plus , des termes rélatifs font
prés l'un de l'autre , & mieux ils devroient
compatir enfemble.
Surquoy , il m'a paru que l'éloignement
eftoit moins le Principe , que l'occafion
de ce bon effet ; & que la grace ,
qu'il donne à la tranfpofition , ne venoit
pas préciſement , de ce que les termes
tranfpofez eftoient féparez l'un de
l'autre , mais de ce que , par cette féparation
, ils facilitoient l'arrangement
naturel de la conftruction du refte de
la phrafe. Je m'explique.
DE DECEMBRE. 63
›
gou- Un Génitif, par exemple , eft
verné par un nom , & ce nom réciproquement,
eft lié à un verbe dont il eft,
ou le Nominatif , & ou plus fouvent
encore le cas. Suppofons cette phraſe ,
pour rendre cela plus fenfible . Il m'annonça
l'amour & les deffeins du Roy.
Dans cette phrafe , annoncer , eft le
verbe amour & les deffeins , voilà
l'Accufatif ou le cas du verbe . Du Roy,
voilà le Génitif qui ne dépend que de
l'Accufatif, l'amour & les deffeins.
On veut faire un Vers de cette phraſe ;
& pour y donner le tour poëtique
on y ménage la tranfpofition du Génitif
avec l'Accufatifdont il dépend ; c'eft· àdire
, qu'au lieu de mettre l'amour &
les deffeins du Roy ; on met , du Roy
l'amour & les deffeins . Voilà la tranf
pofition faite . Mais , comme toute
tranfpofition eft un dérangement de
l'ordre naturel , & qu'il ne fe fait point
fans quelque forte de violence ; il eft
fûr que, fi à cette premiere violence ,
on en ajoûte une feconde , le dérangement
en fera d'autant plus defagréable.
Or, c'est ce qui arrive ,quand les termes
tranfpofez fe touchent , comme
dans ce vers de Racine.
64 LE MERCURE
1. M'annoncérent du Roy l'amour &
les deffeins.
La premiere efpéce de violence eft
vifible ; c'eft la tranfpofition du cas du
verbe, & du Génitif que ce cas gouverne.
Mais , où eft la feconde ? Elle confifte
en ce que ce Génitif fépare du
verbe,le cas que ce mefme verbe gouverne
, & qui le devroit fuivre immé
diatement. C'est-à-dire, qu'il ne ſe contente
pas de déranger l'Accufatif , par
raport àlui-même, il le dérange encore
par rapport à fon verbe. C'est ce qu'on
voit dans levers de Racine que j'ai cité,
où le Génitif qui eft ce terme , du Roy,
fe met entre le verbe , annoncer &
l'Accufatif qui devroit le fuivre , l'amour&
les deffeins : Dérangement, dont
le verbe feroit en droit de fe plaindre,
& de demander raifon au Génitif. Il
vous plaît de vous déplacer, & de changer
de pofte avec l'Accufatif que je
dois avoir à ma fuite . A la bonne- heure ,
pourvû que je n'en fouffre point ; mais ,
vous venez vous jetter à la traverſe ,
& couper ma marche , en me féparant
de mon Accufatif , qui dans l'ordre naturel
, doit me fuivre immédiatement ,
1. Alt. 1. Sc. I.
2
&
DE DECEMBRE. 65
& dont rien ne m'oblige ici de me féparer
: En cela,je fuis lézé , & vous me
faites tort. Tant de tranfpofitions que
vous voudrez ; mais à condition , que
ce'ne foit pas à mon préjudice. Il me
femble que ce verbe a raifon de fe
plaindre ; & comme on doit juſtice à
tout le monde , il faut la lui rendre .
Comment cela ? En réformant le Vers
& rapprochant le verbe de fon Accufatif
; mais , comme cela ne ſe peur
faire avec le terme , annoncérent ; à
caufe de la cèfure à laquelle il n'eft
pas propre , je le change en celui d'annonça
, &je dis ,
Et du Roy m'annonça l'amour & les
deffeins .
Comme le Génitif , du Roy , dans ce
Vers,eft plus éloigné de l'Accufatif qui
le régit , qu'il ne l'eft dans celui de
Racine ; on croit d'abord , que c'eft
cet éloignement qui adoucit la tranfpofition
; mais dans le vrai , l'adouciffement
ne vient , que de ce qu'en s'éloignant
davantage , il laiffe au verbe
fa place naturelle , & ne trouble en
rien fa conftruction .
On pourra m'objecter , que
même Vers , de la maniére que je l'aj
Décembre 1717. F
dans ce
66 LE MERCURE
tourné , la céfure eft moins marquée
que dans celui de Racine. J'en conviendrai,
fi l'on veut ; mais , je répons
à cela , que je préférerai toûjours la
clarté de la phrafe , à la beauté de la
céfure ; comme la raifon , à la rime.
Je n'apporte point d'autre exemple
fur ce dérangement ; parce que , celui
que j'ai allégué , par rapport à l'Accufatif
, peut s'appliquer & au Nominatif
& au Datif, quand ces deux cas
fe trouvent dans un même Vers avec
le Génitif. Il fuffit feulement d'êtablic
pour Maxime certaine en ce genre ;
que comme , toute tranfpofition cauſe
toûjours un dérangement dans la conftruction
naturelle de la phrafe ; moins
on la trouble , & on la dérange d'ailleurs
; & mieux la tranſpoſition en eſt
reçûë.
Aprés tout , je ne voudrois pas nier
abfolumen , que l'éloignement des deux
termes relatifs ne contribuât par luimême
à adoucir leur tranfpofition.
Car , quoi qu'il femble , comme je me
le fuis objecté , que plus , deux termes
de cette espéce font près l'un de l'autre
, &plus ils doivent convenir entre
eux : Cela eſt vrai , quand ces termes
DE DECEMBRE. 67
font dans leur fituation naturelle ; mais,
quand ils font déplacez , ce n'eft plus
la même chofe . Au contraire , il paroît
qu'alors , ce que ce déplacement peut
avoir de rude , s'affoiblit & s'adoucit
à proportion de leur éloignement . Il en
eft , comme de deux couleurs contraires
,dont l'oppofition eft d'autant moins
fenfible , qu'elles font plus éloignées
l'une de l'autre. Le milieu quiles fépare
, ett une forte de dégradation qui
fert à faciliter leur accord.
Ce qui me le fait juger ain , par
rapport aux tranfpofitions , c'eft la re
marque que j'ai faite , fur- tout à l'égard
de celle du Génitif ; qu'une épithéte
ajoûtée à l'un des fubftantifs tranfpofez
, adouciffoit infiniment la tranſpofition
. Je vais en apporter des exem
ples , qui feront connoître infenfiblement
, quelle différence il y a pour la
douceur dans le même Vers , lorfque
les fubftantifs tranfpofez font dénuez
d'épithetes , & lorfqu'ils en font revêtus.
Suppofons donc d'abord ce Vers ,
fans épithètes.
J'y penfe , & de ce jour le fouvenir
m'afflige.
On fent que le choc de ces deux
68 LE MERCURE
Subftantifs, qui fe heurtent immédiate
ment , de cejour le fouvenir , a quelque
chofe de rude : Joignons une Epithéte
au premier , & le Vers perdra beaucoup
de fa dureté. En voici la preuve.
De ce jour malhûreux le fouvenir
m'aflige.
L'Epithéte eft jointe ici au premier
Subitantif , mais , quand elle ne le feroit
qu'au fecond , elle ne laifferoit
pas de produire à peu prés, le même
effet :On pourra en juger par ce Vers
de Racine .
*Etquede mon devoirEsclave infortunée.
Ce Vers en effet, n'a rien de choquant ;
mais , il auroit encore plus de douceur ,
fi,outre l'Epithéte jointe au fecond Subftantif,
on en ajoûtoit encore une au
premier , en difant ,
De ce cruel devoir Efclave infortunée.
Et peut - être , feroit- il plus doux encore
, fi cette nouvelle Epithéte féparoit
les deux Subftantifs , & qu'on dît :
D'un devoir odieux Efclave infortunée .
Car,quoiqu'il y ait plus de fufpenfion ,
quand l'Epithété précéde fon Subftan
tif, on doit toujours facrifier cet agrêment
, en faveur de tout ce qui peut
* Act. II. Sc. G.
DE DECEM BRE. 69
adoucir la tranfpofition . C'est par oú
je finirai ce qui regarde celle- cy , pour
paffer à celle du Nominatif & de l'Accufatif
, dont il nous refte à parler.
J
A. M. L. D. D. N.
P. M. V.
E ne rêve que Campagne :
Pour cet innocent séjour
Je bátis nuit & jour
Mille Châteaux en Espagne .
Sur cela , mes vifions
Formentplus d'illufions ,
Qu'une ambitieufe Mere
N'en enfante , & n'en nourrit
Pour un fils qu'elle chérit .
Réalifez ma Chimére :
D'unfeul mot vous le pouvez ;
En main , Seigneur , vous avez»
Et la forme & la matiére .
Même, à ce mot plein d'appas ,
Sansy fonger , n'allez pas
Donner fa puiffance entiére ;
Car , tant de force il prendroit ,
Qu'à l'instant il me rendroit
Lefouverain , & le maître
Eij
70 LEMERCURE
D'un Palais , dont la fplendeur,
Et dont la vafte grandeur
M'incommoderoit peut-être.
Je ne veux qu'une Maison ,
Dont la plus faine Raifon ,
Selon mon rang , ma naiſſance
Régle la magnificence :
Qu'en unpetit bâtiment ,
Un modeste ameublement ,
Sans égard aux goûts de mode ,
N'ait qu'un Air propre & commode
Pourfon plus riche ornement :
Jardins où la jeune Flore ,
Sans appareil , faffe éclore
Sesfleurs en toute faifon :
Vue an riant horison ,
Sans être précipitée ,
Supérieure pourtant.
De tous côtés préfentant
Dans une jufte portée ,
L'aimable variété ,
Dont , enfafécondité
Nature pour nous décore ,
Les champs les plus fortunez
Côteaux richement ornez ,
Plaines plus riches encore ;
Riviére au cours ferpentant ,
Dont le flot qu'elle proméne
Par tout s'en aille , portant
DE DECEMBRE . 70
Les richeffes qu'il amene.
Bois par bouquets difperfez ,
Clochers au Ciel élancez ,
Bourgs , Hameaux , Châteaux, Villages,
Divers fpectacles donnant :
Laborieux attelages .Y
Tantôt les champs fillonant ,
Tantôt les Moiffons trainant,
Parmi de vaftés prairies ;
Troupeaux fans nombre paiffants :
Et fur les herbes fleuries ,
Leurs Gardiens innocens ,
Au fon du haut- bois danfans .
Mais , quel chant plein d'allégreffer
Vient de ces côteaux hûreux ,
Que d'un regard amoureux
Le Soleil toujours careffe ?
C'eft Baccus , qui de fes dons ,
Vient y couronner l'Automne :
ty
Je reconnois aux fredons ,
Que la Vendangeuse entonne
L'Air vif & réjoüiſſant ,
Que ce Dieu-même en naiſſant
A tous les Humains infpire.
L'Amour aux yeux fatisfaits
Le fuit , & croit fon Empire
Affermi par ces bien-faits .
六
"
Dieux ! Quelle aimable peinture ,
Et quel Spectacle charmant
72
LE MERCURE
Pourun coeur fimple , & n'aimant
Que la plus fimple Nature.
Mais , dans cet aimable Lieu ,
Que la douceur de ma vie
Doit fembler digne d'envie
Là , dans un fage milien ,
La Vertu voluptueuse ,
La Volupté vertueuse ,
Ne fe feparentjamais .
Laliberté fouhaitée
Sans ceffe y regne auffis
Modefte & non effrontée ,
Ny telle qu'en ce tems -ci ,
On la voit regner ici.
Si , dans cette bumble Chaumiére ,
Mes amis viennent me voir ;
3
Soudain , pour les recevoir ,
L'Amitié court la premiere :
Tandis que la Propreté,
La fage fimplicité ,
Délicates & legeres ,
Et par bon goût ménagéres
Vont préparer un repas ;
Oùles Mets n'excédent pas
Les befoins de mon Convive ;
Mais, où vins frais & brillants,
Verfent à flots petillants
Une joye , & pure & vive .
Enfin , c'eft en ce séjour , Que
DE DECEMBRE. 93
Que fans compter un feuljour ,
J'attendray l'heure ordonnée
Pour fin de ma deftinée ;
Du même efprit , du même oeil ,
Dont , aprés chaque journée ,
Je vois la nuit raménée ,
Et de pavots couronnée ,
Meplonger dans le fommeil.
I M M A.
CONTE.
Fillesde Rois , comme nous , ont une
ame ,
Auffi fenfible à l'amoureuse flame.
Celle du Roy , nommé Charles le Grand ,
Va dans ce Conte en être un bon garand :
C'étoit Imma, belle, ou du moins gentille;
Car, à quinze ans,point n'eft de laide fille.
Amourprit donc un jour, un defes traits,
Et d'un feul coup fit deux nouveaux fujets
:
L'un fut Imma , puis l'autre , un Storetaire
,
On Confeiller de l'Empereur fon pere .
Ce Secretaire ( on l'appelle Eginard )
En fait d'amour , êtoit un fin Ren. d :
Décembre 1717. LG
74
LE MERCURE
Tendron n'êtoit , dont la minefût gentes
Sur qui l'Amour ne lui dût quelque
rente.
Filles de Rois ne luifaifoient pas peur ,
Encore moins celle de l'Empereur.
Il fe prit donc à mettre en batterie ,
Tout ce qu'Amour avoit d'artillerie ;
S'entendsfoupirs , pleurs feints , regards ,
langueur ,
Inventions pour conquêter un coeur
Et dont eft plein l'Arfenal d'Amathonte
:
D'autre côté , quelque légére honte
Faifoit , qu' Imma rongiffoit defon choix .
On fe eitoit maintes filles de Rois ,
Qui bien plus bas , placérent leur tendreffe.
On fe fouvint de plus d'une Déeffe ;
Car , quand on a befoin d'autorité,
La Fable prouve , & devient vérité.
Qui capitule, eft bien prêt à fe rendre :
Pas ne tarda la Princeffe trop tendre ,
Qui chaque fois que la nuit fitfon tour
Se confoloit des contraintes du jour ;
Et dans les bras de fon Amant fidéle ,
Ne devenoit qu'une fimple Mortelle.
Il s'avifa de néger une nuit ,
Qu'Imma l'avoit dans fa Chambre introduit.
>
DE DECEMBRE.
75
Or , pour fortir de chez nôtre Gallande,
Falloit pier une cour affezgrande ;
Pas ne pouvoit qu'Eginard n'y laiſſa.
Des traces d'hommes & ne commit
Imma.
D
Déja, Phoebus recommençoit fa course :
Quefaire? Mais ,que fille a de reffource!
On tint confeil , l'Amour y préfida ;
Et la Princeffe enfin y décida ,
Qu'il leur falloit renouveller l'hiſtoire ,
De ce Troyen de pieuse mémoire ;
Qui fur fon dos mit fon pere & ses
Dieux ,
Et les fauva du Grégéoisfurieux.
Eginard donc , aydé d'une efcabelle ,
Grimpe, fe met fur le dos defa belle ;
Puis , fans broncher sous un poids que
l'Amour ,
Avoit rendu de la moitié moins lourd ,
Elle tira fon Cavalier d'affaire .
Le bon Troyen , en emportant fon pere .
N'alla , je crois ,fi vite de moitié :
Mais , l'Amour eft plusfort que l'Amitié.
La nuit revint , & l'heure convenue
Du rendez- vous , êtoit auſſi vennë.
Or , il avoit encore nêgé le foir ;
Et nôtre Imma vit avec défefpoir
Quefon Amant ne venoit pas s'y rendre.
Gij
75 LE MERCURE
Dans l'avat- cour la Belle alla l'attendre;
Car,fansfe voir,comment paffer un jour :
Eginard vint plus transporté d'amour ;
Mais, le trajet eftoit impraticable.
Point d'autre azile , on fur , on convenable
,
Que cette Chambre , où la belle couchoit .
Hé direz- vous ! Alors, qui l'empêchoit
De faire encor, comme la nuit derniére ,
Etle porter de la même maniére ?
Enfoupirant, Eginard s'en ouvrit ',
Pria , preffa , s'emporta , s'attendrit ;
Non,lui dit-il , il n'eft pas für d'attendre
Au lendemain ; il faut toujours tout
prendre, ;
En fait d'amour, rien ne doit être dû ;
Ce qu'on différe eft autant de perdu.
Tant de raifons lafirent enfin rendre ;
Encore un coup,la Princeffe trop tendre
Tendit le dos , & notre Amant monté
Fût chez la belle en triomphe porté.
Il revenoit par la même voiture ;
Le Roy le vit pafferpar avanture ,
Fors éveillé par inspiration ;
Mais , ce ne fut fans admiration ,
Ny fans courroux , contre le Téméraire :
A fon Confeil il fut porter l'affaire ;
(Car , un bon Roy ne fait rien de fon .
chef.)
•
DE DECEMBRE.
77
A la rigueur on jugea le grief:
Tel
gui trouva le crime bien pendable ,
En ut voulu , je penfe , être coupable.
Tout cependant , alla plus doucement 5
C'eft la vertu d'un Roy, d'être clément :
Charles le fut , fi toutefois c'est l'être ;
Quand on fe fert d'un Notaire & d'un
Prêtre :
Eft- ce pardon , est- ce punition
Que d'époufer ! Jugez la queftion
FRAGMENT
D'UNE LETTRE
DE M. L'ABBE ' DE C ...
A M. LE MARQUIS DE ..
Uand verrai-je ma pauvreté
Honorable & voluptueuse ,.
Te donner avec liberté
Un fouper , où la propreté
Fait , loin d'une foulle ennuyeuse ,
Une chére délicieufe
De beaucoup de frugalité ?
Là , le nombre & l'éclat de cent Verres
bien nets,
Giij
78 LE MERCURE
Réparent par les yeux la difette des mets,
Et la monffe pétillante
D'un Vin délicat & frais ,
D'une fortune brillante
Cache à mofouvenir,les fragiles attraits:
Quelle injure à l'abondance ?
Lorfqu'avec volupté, ton appétit glouten
Borne fon intempérance
A l'épaule de Monton ;
Et qu'avec des cris de joye ,
On voit toûjours fur le tard
Venirl'aumelette au lard,
Qu'aufecours de ta faim, le Ciel propt
ce envoye.
Alors, l'imagination
Par ce nouveau mets éguisée ,
De mainte nouvelle penſée
Orne la converfation :
A des Maximes de fageffe
On mêle de joyeux propos ;
Et l'on jettefur quelques mots
Ce fel que produifoit la Gréce ,
Qui nous fait la Terreur desfots.
Mais hélas ! Le tems fuit avec tant
de viteffe >
Que parmi les difcours de Morale &
d'Amour ,
Nous attrapons bientôt la naiffance du
jour.
DE DECEMBRE. 79
N'est - il pas vrai , que nous paffons
ainfi les nuits au Temple. MTs les
Poëtes de la Cour , vous devriez répondre
à de pauvres Poëtes de la
Ville: Voilà un cartel que je vous envoye
de la part de tous mes Confreres.
Adieu , Monfieur le Marquis ; aimezmoi
toûjours.
( 11)
PEUR DE CUPIDON,
·Fable Anacreontique
A MADEMOISELLE QUINA UT.
L
Par M. Fufelier.
Ajeune Iris, qui par ſon enjouëment
Et fes attraits , broüille mainte
cervelle ,
Par fois, s'amufe à parler Allemand.
Un jour, je vis Amour en fentinelle ,
Tachant d'ouir ce que difoit la Belle ;
Tous ces mots durs l'effrayoient grandement
:
Si que, peureux, n'ofant approcher d'elle,
Le petit Dieu fe cachoit doucement ,
Comme un Moineau fe couvrant de fon
Giiij
aile :
80 LE MERCURE
bien
>
Lors je lui crie , Amour , je le voy
Tel idiome eft pour toy trop fauvage ;
Jamais Vénus n'en fit fon entretien
Iris auffi , n'en fait pas grand uſage ,
Sinon quand vent facherfon petit chien.
Ace Difcours Cupidon moins timide
Se raffurant , vole de mon côté.
Ecoute encor , dis -je , à l'Enfant perfide,
Ceffe de craindre une jeune Beauté.
J'écoute en vain,& c'eft langue êtrangére,
Me répond-il , quel eft donc ce mystére ?
Sans mon bandeau , j'éclaircirois cecy ; *
Je n'entens rien à ce langage- cy ,
Lefon de voix eft pourtant de Githere.
A
REVE D'UN ANGLOIS ,
Sur la diffection du Crane d'un PETITMAITRE,&
du Can d'une COQUETTE,
traduit de l'Anglois.
JA
E me trouvai hier engagé dans une
Affemblée de Philofophes , dont l'un
nous étala quantité d'obfervations curiefes
, qu'il avoit faites depuis peu ,
dans l'Anatomie du corps humain. Un
autre nous fit part de plufieurs Découvertes
admirables , qu'il y a faites avec
DE DECEMBRE
le fecours de certains Microſcopes fort
exacts : Tout cela produifit diverfes
remarques peu communes , & fournit
matiére à difcourir tout le refte de la
journée .
Les différens Syftemes qu'on bâtic
là deffus , préfentérent tant de nouvelles
idées à mon imagination , que jointes
à celles qu'il y avoit déja , elles
ont donné de l'exercice à mon pauvre
cerveau toute la nuit paffée , & ont
formé le Rêve extravagant dont je vais
yous entretenir.
Je fus invité,à ce qu'il me fembloit ,
à voir la diffection du crane d'un petit-
Maître , & du coeur d'une Coquette ,
qui repofoient fur une table qu'il y avoit
devant nous. Un habile Anatomifte ouvrit
la tefte du premier avec beaucoup
d'art ; & quoi qu'elle parût d'abord ,
comme celle d'un autre homme , nous
fâmes bien étonnés de voir , qu'à l'approche
de nos Microfcopes , ce que
nous avions pris pour de la cervelle ,
n'en avoit que l'apparence , & n'eftoit
qu'un amas de matiéres étranges , empaquetées
enfemble , avec un art merveilleux
, dans les différentes cavités
du crane : De forte que, fi Homere nous
82 LE MERCURE
dit ,, que le fang des Dieux n'eft pas
du veritable fang , mais , quelque chofe
d'Analogue ; on peut dire auffi , que
la cervelle d'un petit- Maître n'en est
pas réellement une , mais quelque chofe
qui en a la figure .
La Glande pinéale , que plufieurs de
nos Philofophes modernes fuppofent
eftre le fiége de l'Ame , avoit une
odeur très forte d'Effence , & d'Eau
de Fleur d'Orange ; & paroiffoit d'une
fabftance qui approchoit de la corne,
taillée en mille petites facettes, ou miroirs
imperceptibles à l'oeil ; en forte
que l'Ame , sil y en avoit jamais û
une , devoit eftre toujours occupée à
s'admirer elle - mefme.
Nous remarquâmes fur le devant
de la tefte , une grande cavité pleine
de Rubans , de Dentelles & de Broderies
, qui formoient enfemble une
cfpéce de réfeau , fi artiftement travaillé
& fi fin , que le tiffu en êchapoit
à la vûë : Une autre de ces cavités
eftoit farcie de Billets doux , de
Lettres Amoureufes , de Chanfons notées
, & de pareilles gentilleffes , qu'on
n'appercevoit qu'à la faveur de nos
Microſcopes Dans un troifiéme , ·il
DE DECEMBRE. 8*
y avoit une espéce de Poudre , qui fit
éternüer toute la compagnie , & que
nous reconnûmes à l'odeur , pour du
veritable tabac d'Espagne. En un mot ,
car je ne veux pas ennuyer mes Lecteurs
par un inventaire trop exact ,
plufieurs autres cellules contenoient
divers autres matériaux , à peu prés
auffi curieux .
Cependant , une grande cavité fpacieufe
, qu'il y avoit à l'un & à l'autre
côté de la tefte , mérite quelque attention
Celle du côté droit estoit rem-
'plie de fictions , de flateries , & de menfonges
, de voeux , de promeffes & de
proteftations : Celle du côté gauche ,
renfermoit des imprecations & des fermens.
De chacune de ces cavités , on
voyoit fortir un conduit , qui aboutiffoit
à la racine de la Langue , où ils
fe joignoient tous deux , & ne formoient
enfuite qu'un canal jufqu'à ce
petit mobile. Nous obfervâmes divers.
petits fentiers , ou conduits , qui paſfoient
de l'oreille au cerveau ; & nous
ûmes un foin tout particulier , de les
fuivre dans tous leurs détours : L'un
de ces conduits fe rendoit à un paquet
de Sonnets , & d'autres menuës Poefies :
84 LE MERCURE
D'autres fe terminoient à un amas de
veffies pleines d'écumes & de vent :
Mais , le plus gros de ces tuyaux entroit
dans une grande cavité du crane ,
d'où un autre s'êchapoit vers la langue.
Cette derniére cavité êtoit le réſervoir
d'une fubftance molle & fpongieuſe,
que l'on nomme Galimathias.
Les cuirs du front , la Derme & l'Epiderme,
êtoient d'une épaiffeur & d'une
duteté extraordinaire ; & nous fumes
bien furpris , de ne pouvoir y découvrir
,ny ártéres ny veines ; d'où nous
conclûmes, que le propre de ce crane
avoit perdu la faculté de rougir , lorfqu'il
étoit en vie.
L'os cribleux êtoit prefque bouché ,
par un amas de Tabac en poudre , &
même endommagé en quelques endroits
. Nous remarquâmes furtout , ce
petit mufcle , qu'on a de la peine à
découvrir dans les diffections , & qui
fert à tirer le nés en haut ; lorfque le
Propriétaire vent témoigner le mépris
qu'il fent , à la vue de quelque chofe
qui lui déplaît , ou à l'ouie de quelque
chofe qu'il n'entend pas . Il eft inutile
d'avertir que ce mufcle eft le même,
qui produit le mouvement tant de fois
DE DECEMBRE.
fpécifié dans les Poëtes latins ; lorfqu'ils
parlent d'un homme qui retrouffe
le nés , ou qui fait le bec de
Rhinoceros .
;
Nous n'apperçumes rien de fort remarquable
dans l'oeil à cela prés
que les muſcles amoureux , ou fi l'on
veut , lorgneurs , êtoient extrémement
ufez ; au lieu que l'éleveur , ou le
mufcle , qui fait tourner l'oeil vers le
Ciel , ne paroiffoit point avoir êté mis
en oeuvre.
Je n'ai parlé dans certe diffection ,
que des nouvelles découvertes que
nous y fîmes , fans examiner aucune
de ces parties qui fe trouvent dans les
têtes ordinaires . A l'égard du crane ,
du vifage , & même de toute la figure
externe , nous ne remarquâmes rien
qui la diftinguât de la tête des autres
hommes : D'ailleurs , on nous dit que
le propriétaire de cette belle tête avoit
vécu 35 ans : Que durant tout cet intervalle
, il avoit mangé & bû comme
les autres : Qu'il fe mettoit fort bien :
Qu'il parloit fort haut : Qu'il éclatoit
fouvent de rire ; & qu'en certaines
occafions , il jouoit affés bien fon rôle
dans un Bal , ou dans une Affemblée :
86 LE MERCURE
9
à quoi un de la compagnie ajouta
qu'il y avoit un cercle de Dames qui
le prenoient pour un bel efprit . Il fut
affommé d'un coup de péle , à la fleur
de fon âge , par un vieux militaire ,
qui le trouva un peu trop civil à l'égard
de fa femme.
Après qu'on ûr examiné à fonds cette
tête,avec toutes fes appartenances & fa
fourniture; on remit le cerveau , tel qu'il
êtoit en fon lieu , & la têtefût laiffée à.
quartier , fous un grand morceau de
drap écarlatte , pour être préparée à
loifir , & gardée dans un beau cabinet .
de diffections Anatomiques . De plus ,
nôtre Opérateur nous dit , que la préparation
n'en feroit pas fi difficile que
celle d'une autre tête ; puifque , la plûpart
des petits vaiffeaux , qui traverfoient
la fubftance interne , comme il
l'avoit obfervé , êtoient déja remplis
d'une espèce de mercure , ou plûtôt de
vif- argent , dont le mort avoit fait
ufage pendant fa vie .
DE DECEMBRE. 87
Après avoir donné la diffection de la
tête d'un petit-Maître , je raporterai
ici l'Anatomie du coeur d'une Coquette.
Hûreufement , j'en ai gardé la
Minute.
A Vant que nôtre Anatomiſte en vint à cette diffection , il nous
dit , qu'il n'y avoit rien de plus difficile
dans fon Art , que d'ouvrir le coeur
d'une Coquette , & d'en expoſer fidélement
toutes les parties aux yeux
des fpectateurs , à cauſe d'une infinité
de labyrintes & de replis qu'on y trouve
, & qui ne paroiffent pas dans le
coeur d'aucun autre animal .
Enfuite , il nous pria d'obſerver le
Péricarde , ou l'envelope extérieure du
coeur ; & nous y vîmes , à la faveur
de nos microſcopes , des millions de
petites cicatrices , qui fembloient avoir
êté caufées par les pointes d'une infinité
de petits dards & defléches , qu'on
avoit lancées côtre cette mébrane; quoi
qu'il n'y ût pas le moindre petit orifice ,
à travers lequel,aucun de ces traits ût
percé jufqu'à la fubftance du coeur.
Tous ceux qui ont quelque teinture
36 LE MERCURE
de l'Anatomie , fçavent que le Péricarde
contient une efpéce de liqueur
rougeatre & déliée , qu'on croit fe
former des exhalaifons qui s'évaporent
du coeur , & qui s'y confervent de cette
maniére. Lorsqu'on vint à l'examiner ,
il fe trouva qu'elle avoit toutes les
qualités de l'efprit - de - vin , dont on
remplit les Thermométres , qui fervent
à marquer les différens dégrez de
chaud ou de froid , qui arrivent dans
l'air .
Je ne dois pas oublier ici une expérience
, qu'un des Membres de lacompagnie
nous dit avoir faite avec
cette Liqueur , dont il avoit trouvé
bonne provifion,au tour du coeur d'une
Coquette qu'il avoit anatomifé autrefois
: Il nous affùra donc , qu'il en
avoit rempli un tuyau de verre , à peu
prés comme celui d'un Thermométre ;
mais , qu'au lieu de marquer les variations
de l'air , il défignoit les qualités
des perfonnes , qui entroient dans
la chambre où il l'avoit fufpendu. Il
ajoûta que cette Liqueur montoit à
l'approche d'un plumet , d'un habit
en broderie , ou d'une paire de gants à
franges ; & qu'elle baiffoit , d'abord
qu'une
DE DECEMBRE. 89
qu'une vilaine perruque mal peignée
qu'une paire de fouliers lourds , ou un
habit à l'antique , paroiffofent dans
fa maiſon. Ce n'eft pas tout , il
nous certifia , que s'il venoit à éclarer
de rire auprés de cette Liqueur ;
elle montoit d'une maniere fenfible
& qu'elle defcendoit au plus vîte , auſſitôt
qu'il prénoit un air férieux . En
un mot , il voulut nous perfuader que
par le moyen de cette invention , il
pouvoit connoître , s'il y avoit un homme
de bon fens ou un fat ,dans fa chamb.
e.
Aprés avoir bien épluché le Péricarde,
& confideré la Liqueur qu'il renfermoit
, nous en vinmes au coeur même ;
La furface extérieure en eftoit fi polie ,
& la pointe fi fioide , que lorfqu'on
vouloit l'empoigner , il s'échapoit à
travers les doigts , comme un morceau
de glace , ou une Anguille .
Les fibres en êtoient plus entrelacés,
que celle des autres cours ; jufques- là,
que ce coeur fembloit former un veritable
noud-gordien,& ne pouvoit avoir
û que des mouvemens fort inégaux &
fort irréguliers , pendant qu'il exerçoit
fes fonctions vitales.
Décembre 1717 . H
༡༠ LE MERCURE
Lorfque nous examinâmes tous les
vaiffeaux , qui en fortoient ou y aboutiffoient
; nous ne pûmes jamais découvrir
qu'il y ût û la moindre communication
avec la Langue ; ce qui
nous parut une caufe trés digne de
remarque .
On nous fit obferver en même tems,
que plufieurs de ces petits nerfs , qui
contribuoient à faire fentir l'amour
, la haine & les autres paffions,
n'y defcendoient pas du cerveau ,
mais des mufcles fitués au tourdes yeux.
Je pris ce coeur dans la main , pour
juger du poids ; & il me parut fi léger
, que je conclus d'abord , qu'il y
avoit beaucoup de vuide : En effet , l'intérieur
eftoit plein de cavités & de
cellules , qui paffoient les unes dans
les autres , & qui reffembloient à ces
appartements , que nos Hiftoriens attribuent
au berceau de Rofemonde . Pluhieurs
de ces petits trous êtoient farcis
de bagatelles , qu'il me feroit impoffible
de nommer en détail ; mais , je remarquerai
ſeulement , que la premiere
chofe que nous y apperçûmes , par le
moyen de nos Microſcopes , eftoit une
Coeffe de couleur de feu .
DE DECEMBRE. 91
Du refte , on nous dit que la Dame
propriétaire de ce coeur , lorfqu'elle
eftoit en vie ,, fouffroit les pourfuites
de tous ceux qui lui faifoient l'amour,
les entretenoit tous dans l'efpérance ,
& infinuoit à chacun d'eux , qu'il étoit
diftingué des autres ; c'est pour cela ,
que nous nous attendions à voir l'empreinte
d'un nombre infini de vifages ,
fur les différentes enveloppes de ce
coeur Mais , nous fumes bien furpris
de n'y en trouver aucune , juſqu'à
ce qu'on fût arrivé au centre .
Alors , nous y apperçumes un petit
homme vêtu d'un habit fort bizare ;
plus je le regardois , plus il me fembloit
que je l'avois vu quelque part fans
pouvoir me rappeller , ni le tems , ni
l'endroit ; jufques à ce qu'enfin , un
de la compagnie , qui l'avoit examiné
de plus prés que les autres , nous fit
voir clairement par le tour du vifage ,
& par plufieurs de fes traits , que la
petite idole , ainfi placée au milieu de
ce coeur , eftoit le feu petit- Maître
dont nous venions de defigner le cerveau.
2
D'abord que notre Anatomifte ûr
achevé fa diffection ; incapables de
Hij
92 LE MERCURE
nous déterminer fur la nature de ce
coeur , fi différent de celui des autres
femmes, nous réfolûmes d'en venir à
quelque épreuve , pour en découvrir
la fubftance : Ainfi , on le mit fur des
charbons ardens ; mais , bien loin de
fe confumer , il n'en reçut pas la moindre
atteinte d'où nous conclûmes
;
qu'il tenoit de la nature de la Salamandre
, & qu'il auroit pû ſubſiſter au
milieu du feu & des flammes .
Lorfque nous admirions un fi étrange
Phænoméne , & que nous formions un
cercle au tour du cerveau; ce coeur laiffa
échaper un terrible foupir , ou plûtôt
un éclat ; & fe réduifit en fumée : Cet
éclat imaginaire , qui me parut plus
fort que celui d'un canon , m'ébranla
fi bien le cerveau , qu'il diffipa toutes
les douces vapeurs du fommeil , &
qu'il n'y ût plus moyen de me rendormir.
4
DE DECEMBRE. 93
N
1
Ous avons annoncé avec
éloge dans quelques
Mercures , la vertu des Eaux
de M. de Villars contre toute
forte de Maladies: Comme nous
n'en avonsppaarrlléé qquuee fort légerement
, c'est avec plaifir que
nous communiquons au Public
un Mémoire Phifique , raifonné
détaillé fur leurs qualités.
Nous le faifons d'autant plus
volontiers , que M. de Villars
nous l'a prefenté de trop
grace , & qu'il y exprime
d'une maniere trop fenfee , pour
qu'on foit tenté de le foupçonner
d'aucun Charlatanifm ?.
bonne
Hij
94 LE MERCURE
MEMOIRE
DU SIEUR DE VILLARS
Concernant une EAU de fa
compofition , qu'il qualifie
REME'DE UNIVERSEL.
J
A v fait annoncer dans
les Journaux de France ,
de Hollande , de Trévoux ,
& dans la clef du Cabinet
des Princes , une Eau falutaire
, que j'ai qualifiée Reméde
univerfel ; fur la foy
des expériences multipliées
que j'en ai faites , fur toutes
efpéces de Maladies indiftinctement
.
Elle eft claire , tranfpaDE
DECEMBRE.
95
Ires
ARS
SELE
Fice,
OUN
rente , légere , ſans dégoût ,
fans faveur qui puiffe accufer
la moindre compofition
,
& la faire diftinguer de
l'Eau de Fontaine, la plus pure
& la meilleure.
Toutes les maladies tant
externes qu'internes , de
quelque caufe qu'elles procédent
, cédent à l'efficacité
de cette Eau : On en boit
pour les unes & pour les autres
; & outre cela , on en
lave les Playes , les Meurtriffûres
, les Brulûres , les
Dartres , les Tumeurs , les
Loupes , & généralement ,
toutes les excrefcences & inflammations
, dans quelque
partie du corps qu'elles
96 LEMERCURE
fe trouvent & quelque
corruption qu'il y ait , foit
Gangrenne , foit Cancer ,
foit Ecroüelle , foit Vérole
, fut- ce la Pefte même :
Elle en arrête le progrés ,
& diffout infenfiblement
tous les venins qui les caufent
, ou qui les nouriffent :
Il n'y faut point d'autre façon
que d'en boire , & d'en
baffiner les parties offenfées,
en renouvellant les compreffes
, 3 ou 4 fois par jour.
Dans les Maladies aiguës ,il .
en faut boire fans difcōtinuation,
& ne point craindre que
l'excés en foit préjudiciable.
Pour les Maladies , dont
les fuites ne font , ni ſi précipitées
DE DECEMBRE. 97
cipitées ny fi dangéreuſes, il
fuffit d'en boire à trois tems
par jour ; le matin en fe levant
, aprés dîné , & avant
de fe coucher , environ chopine
à chaque fois .
On
peut la boire froide ;
il eft pourtant mieux de la
faire un peu tiédir,fur tout ,
lorfqu'on s'en fert , comme
Topique. La feignée , les
purgations, & les autres préparatifs
, qui font ordinairement
cortège aux fpécifiques
les plus accrédites de la
Medecine ordinaire , nonfeulement
font inutiles à
mon remede , mais ils y font
préjudiciables : J'ai remarqué
, que quand ce cérémo-
Décembre 1717. I
58 LE MERCURE
nial avoit précedé , la guerifon
n'en étoit que plus lente
& plus difficile.
Il fuffit d'un régime réglé
par la raifon , & non ,
par le fcrupule : On peut
boire & manger , comme à
fon ordinaire , fans fe gêner.
Il n'y a aucun fruit à tirer
de ces attentions fuperftitieufes
, fur le choix des alimens
, de ces retranchemens
fur leur quantité , de ces réformes
en un mot , qui ont
donné lieu au proverbe :
Vivere médicé , vivere miferé ,
S'il eft effentiel de boire
de mon Eau , dés le commencement
de la Maladie ;
il ne l'eſt pas moins de´n'en
DE DECEMBRE. 99
pas difcontinuer l'ufage ,
tant qu'on peut préfumer
que le levain du mal féjourne
encore dans le corps . 11
y a des gens qui fe croyent
parfaittement gueris , dés.
qu'on les a foulagés : Ils ne
reffentent plus de douleur ,
cela leur fuffit : Ils interrompent
le remede ; & de là ,
il arrive , je ne dis pas
toûjours,
mais, quelquefois, que
le Malade retombe . Alors, il
faut recommencer fur nouveaux
frais ; & l'on multiplie
une dépense qu'on fe
feroit épargnée , fi l'on eut
paffé d'abord par tous les
degrés de convalefcence.
J'ai fouvent éprouvé que les
I ij
335100
100 LE MERCURE
1
Malades refufoient à mon
Eau , l'honneur des guerifons
les plus inefperées. Ces
Malades accutumés aux remüements
violents des remédes
ordinaires ; aiment
mieux attribuer leur guerifon
à la feule nature , qu'à
une liqueur dont l'opération
eft pour l'ordinaire infenfible
, & qui ne produit
aucun de ces effets violents
& douloureux , auxquels
leur imagination eſt accoutumée
d'attacher la guerifon
.
Lorfque les Malades feront
dans le cas d'une Nature
affaiſée fous les ans , accablée
du poids des autres
੧ .
DE DECEMBRE. ION
ge
remédes , ruinée par des débauches
d'habitude, & prefque
éteinte , ou par l'invetération
du mal , ou par l'alteration
des Parties nobles ;
ils feront foulagés par l'uſade
mon Eau : Elle émouf
fera les douleurs dont elle
ne poura enlever la cauſe.
Voilà à quoi je borne la vertu
de mon reméde , dans ces
cas , pour ainfi dire , défefperés:
Quoique , j'en aye éprouvé
quelquefois dans ces
cas mêmes , des guerifons
prefque furnaturelles .
L'étalage de tant de miracles
, n'eſt affûrément pas
un moyen fort fûr de me faire
des Profélites ; c'eft en-
I iij.
102 LE MERCURE
tendre mal mes interrêts ,
que d'annoncer mon Eau ,
d'une maniére fi peu mefurée
à la croyance commune .
J'aurois dû reſtraindre fes
proprietez , à la guérifon de
certaines Maladies privilegiées
, & quin'attaquent ordinairement
que les Grands
& les Riches : La vente m'au
roit rendu davantage fous
cette couleur ; & par ces titres
, je fçay tout cela : Mais
je haïs tout artifice , & je
rend compte de la verité ,
fans m'embaraffer, s'il m'auroit
êté plus utile de la déguifer
.
Je crois qu'il eft à propos
d'éxaminer ici , s'il y a
DE DECEMBRE. 103
de l'abfurdité à croire, qu'un
feul & unique reméde puiffe
guerir indiftinctement
toutes fortes de Maladies.
On croit communément que
nos Maladies , qui fe produifent
par des fignes variés
& fouvent contraires ; . qui
nous caufent des douleurs
de differentes efpéces ; qui
attaquent differentes parties
denôtre Machine ; on croit ,
dis-je , que chacune de ces
Maladies a fa cauſe & fon
principe particulier : D'où
l'on conclut , que la Médecine
a raifon d'employer des
remédes de differens genres ,
dont chacun ait pour objet ,
fon opération particuliere.
I iiij
104
LE MERCURE
Ce
raifonnement paroît
invincible , à quiconque n'a
jamais foupçonné , que toutes
nos maladies ou infirmiquelques
differentes tés
qu'elles nous paroiffent,foyent
une feule & même maladie
, enviſagées dans leur
principe .
Mais , j'efpere de prouver
avec évidence , qu'il n'y
a qu'une feule & unique
caufe , principe commun de
toutes nos differentes maladies
: Aprés quoi , l'on concevra
, que fi j'ai trouvé un
Reméde, qui agiffe efficacement
fur cette caufe com
mune , ce Reméde doit être
univerfel. Je m'expliquerai
DE DECEMBRE.
IOS
le plus fuccinctement & le
plus clairement qu'il me fera
poffible.
La ftructure du Corps humain
eſt un tiffu de canaux
de differentes grandeurs ,
qui font remplis de fang &
d'autres liqueurs qui y circulent
avec continuité .
De toutes les liqueurs qui
parcourent la Machine humaine
, nous diſtinguerons
le fang qui coule dans les
Arteres & dans les Veines ;
& le Suc nerveux c'eſt-àdire
, la liqueur qui coule
dans les tuyaux des Nerfs.
Nous ne dirons rien en particulier,
de la Lymphe , de
la falive , de la Bile & au105
LE MERCURE
tres fucs , qui font , pour
ainfi dire , des excrémens
du fang ; excrément qu'il
dépofe dans des glandes , où
ils récoivent une filtration ;
aprés laquelle , ils circulent
eux mêmes dans les canaux
qui leur font deſtinés .
Tous les mouvemens du
Corps humain , ſa ſanté , fa .
vie , dépendent du mouvement
circulaire du ſang , &
de celui des autres liqueurs.
Le cours du fang eft le mobile
de celui des autres liqueurs.
A mefure que le fang &
les autres liqueurs circulent,
une certaine portion de leur
maffe fe diffipe par la tranfDE
DECEMBRE. 107
I
25
piration ; & cette perte ,
comme celle qui s'eft faite
par les déjections fenfibles ,
fe répare proportionellement
par les fucs alimentaires.
-
Si un homme , joüiffant
d'une fanté parfaite , s'avifoit
de s'interdire tous alimens
, durant deux jours ou
plus ; fon Corps tomberoit
dans la langueur , à mefure
que le befoin de réparer
la perte de la tranſpiration
& de l'évacuation fenfible
, croîtroit. Le cours des
liqueurs eft alors extrémément
rallenti ; la maffe du
fang s'épaiffit à melure
qu'elle a perdu par la tranf
>
f
108 LE MERCURE
piration , fes parties les plus
fluides , qui n'ont point êté
remplacées par les alimens ;
le fuc nerveux s'eſt épaiffi
de même ; en forte que n'ayant
plus cette fluidité , qui
donne l'action aux Nerfs J
la Machine tombe à la fin ,
dans une impuifface prefque
rotale d'agir fi l'on tarde
à fécourir nôtre homme >
dans l'êtat où nous le fuppofons
: Bientôt le cours des
fiqueurs ceffera entierement ;
& ce qui veut dire la même
chofe , bientôt nôtre
homme mourra .
La fanté de l'homme que
nous venons de propofer
pour exemple , confiftoit
DE DECEMBRE. 100
dans la circulation parfaite
de fes liqueurs.
Sa
Maladie avoit pour
caufe , le rallentiſſement
de
cette circulation
.
Sa mort enfin , ne fera
caufée que par la ceffation
totale du cours de ces mêmes
liqueurs.
Nous avons donné pour
caufe du rallentiffement du
cours circulaire des liqueurs,
l'épaififfement & la coagulation
de leur maffe.
lon-
L'épaifiſſement & la coagulation
des liqueurs , peut
donc venir d'une trop
gue abftinence comme
dans l'exemple propofé
Mais , elle peut venir auſſi
›
:
110 LE MERCURE
d'une exceffive
intemperance
: C'est ce que nous allons
prouver par un nouvel
exemple .
Un homme joüiffant d'une
fanté parfaite , fe rend ſubitement
& volontairement
malade , en buvant des liqueurs
enyvrantes. Examinons
avec attention , ce qui ·
lui arrive dans les différents
degrés de l'yvreffe.
Dans le premier degré ,
il éprouve un fentiment joyeux
; il penſe avec liberté
& s'exprime avec grace :
Dans le fecond degré , fa
joye fe rallentit ; il penfe
confufément & s'exprime
difficillement : Dans le troiDE
DECEMBRE. III
a
fiéme enfin , il balbutie , au
point qu'on peut à peine
l'entendre . Il à la tête fi peſante,
qu'il ne peut la foûtenir
: Effaye - t - il de fe tenir
deboût , le voilà qui tombe
par terre , & qui y demeure
plongé dans un fommeil
apoplectique ?
Le Vin a produit fucceffivément
tous ces effets ; en
augmentant d'abord , & rallentiffant
enfuite , la circulation
du fang & du fuc nerveux
; ou ce qui veut dire
la même chofe , en augmentant
d'abord la fluidité , &
caufant aprés , l'épaififfement
de la maffe des liqueurs
.
112 LE MERCURE
Mais , comment le Vin
a-t-il pu caufer deux effets
auffi contraires : Le voici.
Il y a dans le Vin , dans
l'Eau-de-Vie , & autres liqueurs
enyvrantes ,des particules
extremément fluides ,
1
actives & pénétrantes ; mais,
ces parties extremément fluides
, y font mêlées avec une
huile glutineufe & un ſoufre
, qui ont , comme l'on
voit , une qualité contraire .
Lorſque le Vin eſt arrivé
dans l'eſtomac , les parties
les plus fluides de ce
mixte , fe féparent des parties
huileufes & fulphureufes
; & fe communiquent
promtement au ſang , & au
fuc
DE DECEMBRE 137
fuc nerveux , dont elles
augmentent
la fluidité , & hatent
le cours circulaire . Voilà
la raison de cette joye
que l'on éprouve dans le premier
degré de l'yvreffe.
Laiffons féjourner quelque
tems dans l'eftomac , les'
parties huileufes & fulphureufes
du Vin ; nous reviendrons
à elles , aprés avoir
examiné l'action des parties
fluides & pénétrantes
, qui
s'en font féparées , & qui
circulent dans la malle du
fang & du fuc nerveux.
Les parties les plus fluides
& les plus pénétrantes du
Vin, ne peuvent refter longtems
dans le corps : Non
K
114 LE MERCURE
feulement , elles s'échapent
abondamment par la tranfpiration
; mais en circulant
rapidement avec la maſſe du
fang, elles entraînent & diffipent
par la même voye, celles
du même caractére , qui
êtoient déja dans le fang &
dans le fuc nerveux ; aprés
quoi , il arrive néceffairement
, que la maffe de l'une
& de l'autre liqueur s'êpaiffit
, & que leur circulation
fe ralentit.
Revenons aux parties huileufes
& fulphureufes du
Vin , que nous avons laiffées
quelque tems dans l'eftomach
; elles en fortent enfin
mêlées avec le Chile , &
DE DECEMBRE.
ITS
fe comuniquét à leur tour, au
fang & au fuc nerveux : C'eft
alors,
que
la maffe
de l'une
& de l'autre
liqueur
s'épaiffit
, & fe
coagule
au point
,
qu'elles
ne peuvent
circuler
que
trés
lentement
. Or, c'eſt
la lenteur
de la
circulation
,
caufée
par
l'épaififfement
&
la coagulation
des
liqueurs
,
qui
eft la caufe
& le principe
de tous
les accidents
, du
fecond
& du
troifiéme
degré
de
l'yvreffe
.
Un homme peut donc fe
procurer la mort , foit par
l'excés d'abſtinence, foit par
celui d'intépérance ; & dans
ces deux cas qui paroiffent .
fi contraires , la mort & les
Kij
116 LE MERCURE
n'auront
différens accidens qui l'auront
précédée
qu'une feule & unique cau
fe ; à fçavoir , l'épaififfement
, & la coagulation des
liqueurs , le rallentiffement ,
& la ceffation totale de leur
cours circulaire dans la Machine
.
Il faut porter le même jugement
de toutes les Maladies
variées qui nous affiégent
.
Fiévres , Apoplexies , Paralyfies,
Rhumatifmes, Goutes
, Diffenteries , Afthmes ,
Pulmonies , Humeurs froides
, Epilepfies , & autres
Maladies quelconques , ne
font que des accidens vaDE
DECEMBRE.
17
Off
riés,qui procedent tous d'un
principe comun ; jeveuxdire ,
de l'épaififfemet de nos fucs,
& du ralentiffement de leur
circulation dans laMachine.
Un Reméde univerfel fera
donc celui , qui aura la
vertu de reftituer aufang &
aux autres liqueurs , la flui
dité qui leur eft néceffaire ;
pour fournir leur cours circulaire
, felon les vûës de la
Nature . Or , voila la vertu
que j'attribue à mon Eau :
Elle eft active , fluide & pénétrante
dans toutes fes parties.
Lorfqu'elle eft dans l'eftomac
, elle en perfectionne
les fucs , & les attenûë par
fon activité : Elle paffe enIIS
LE
MERCURE
fuite dans les
tuyaux des liqueurs
; elle y
communique
fa
fluidité , en
attenuant les
parties
coagulées
de leur
maffe : Elle
diffout les obftructions
qui
interceptoient
le paffage des fucs dans leurs.
tuyaux
, s'il y a érofion
dans
les
tuyaux : Elle a une vertu
balzamique qui
répare
cette
érofion . En un mot , .
je
prétend
que mon Eau eft
également
fouveraine
pour
toutes
fortes de
Maladies ;
& je le prétend , fur le fondement
des
expériences que
j'en ai
faittes ;
expériences
multipliées au
point de pe
pouvoir me
laiffer
aucun
doute :
Mais ,
tout ce que
DE DECEMBRE. 119
j'ai éprouvé de la vertu de
mon Reméde, ne prouve que
pour moi ; & le public ne
peut raifonnablement partager
ma confiance , qu'autant
qu'il aura êté témoin luimême
de fon efficacité . Or ,
je déclare qu'il ne tiendra
pas à moi, qu'il n'en ſoit fait
fous les yeux , des épreuves
folennelles
. J'ofe donc prendre
la liberté de dire aux
PRINCES & aux SoUVERAINS
, que rien n'eſt peutêtre
plus digne de leur attention
, que ce que je leur
propofe ; & que je m'engage
à guerir , à mes dépens ,
tous les malades qu'ils voudront
bien me confier : Bien
120 LE MERCURE
entendu , qu'on ne m'en livrera
qu'un feul à la fois , &
qu'on m'en laiffera abfolument
le Maître : Bien entendu
auffi , que ces Malades
ne feront dans aucun des
cas defefperés , pour lefquels
j'ai fait une exception expreffe
dans ce Mémoire . Je
ne ferar autre choſe , que de
leur faire boire de mon Eau ,
& d'en laver leurs playes :
J'en boirai moi - même autant
qu'eux , pour leur ôter
la crainte , qu'on voulût tenter
fur eux une experience
dangéreuſe. Je rendrai témoins
de ma conduite , toutes
les perfonnes intelligentes
qui me témoigneront en
avoir
:
DE DECEMBRE. 121
avoir la curiofité . On me
donnera un Certificat , atteſtant
l'êtat du Malade au
moment qu'il aura êté mis
entre mes mains ; & lorſqu'il
en fortira , on m'en donnera
un autre , qui fera foy du
changement que mon Reméde
aura fait en lui. Je ne
parle affûrément pas ici le
langage d'un Impofteur : On
fent bien que, fi je n'êtois vivement
perfuadé de ce que
j'avance , je ne m'aviſerois
pas de propofer à mes dépens
, une épreuve , dont le
mauvais fuccés ne pouroit
que détromper le Public fur
mon compte.Il ne reſte donc .
plus contre moi , que le
Décembre 1717. L
22 LE MERCURE
foupçon d'extravagance &
de fanatifme : Or , je protefte
que je pardonne fincerement
à ceux , qui fe feront
hâtés de me croire un Vifionnaire
; pourvû que , par
un orgueil mal -entendu , ils
ne refuſent pas de foûmettre
leur jugement aux experiences
que je propoſe.
Au refte, j'avertis que, je
ne vais chés aucun malade ,
& que je n'ai point l'honneur
d'être Médecin . Ceux
qui voudront effayer de mon
Eau , fe pafferont , s'il leur
plaît de moi Elle n'a pas
befoin , pour agir avec efficacité
, que je la fomme de
fon devoir, à la vue du MaDE
DECEMBRE. 123
lade : Elle agit à cent lieuës
de moi , comme fous mes
yeux . Je l'envoye hors du
Royaume ; elle ne fe corrompt
point ; & pourvû
qu'elle foit transferée dans
des bouteilles bien bouchées ,
elle portera toute la vertu au
bout du Monde .
Il eft bon de donner ici un
Mémoire abbregé , fur la maniére
dont il faut ufer de cette
Eau dans tous les cas.Nous commencerons
par les cas les plus
finguliers & les plus graves.
Pour l'Apoplexie. Il faut
chauffer l'Eau d'une chaleur
temperée , & en faire boire
coup fur coup au Malade ;
c'eſt - à - dire de moment à
Lij
124 LE MERCURE
autre , jufqu'à ce qu'il révienne
à fon bon fens : Ce
qui arrivera promptement ,
pourvû qu'on ne tente fur
lui aucun autre Reméde. Au
cas que le Malade foit hors
d'êtat d'avaler la liqueur , &
même, d'ouvrir la bouche ;
il faut la lui ouvrir avec une
cuilliere , lui en verfer doucement
avec un buberon , &
continuer de même, juſqu'à
ce qu'il foit en êtat d'en boire
en plus grande quantité ;
c'eft - à - dire 4 ou 5 bouteilles
, durant les deux ou trois
premiers jours , s'il eft poffible
; parce que la quantité
ne fauroit nuire.
Il eſt bon
d'obſerver que ,
DE DECEMBRE. 125
quoique le Malade faffe des
évacuations
fenfibles
en
prenant ce Reméde , il ne
doit pas pour cela diſcontinuer
d'en boire : Il faut prévenir
les impreffions
, que
cette Maladie fait d'ordinaire
dans le cerveau : Un
ufage continu de cette Eau
les empêchera
, auſſi bien
que tous les accidents de Paralyfie,
Ainfi , aprés avoir
fauvé les prémiers perils de
Apoplexie, par le moyen de
cette Eau , il faut continuer
en boire une bouteille
ou
deux , chaque jour , juſqu'à
parfaite guérifon
Les perfonnes qui font menacées
d'Apoplexie
, & qui
Liij
126 LE MERCURE
en éprouvent les fignes
avant- coureurs , comme , é
tourdiffemens , douleurs de tête
, laffitudes aux jambes , fe
garentiront de tous accidens
; en buvant de cette
Eau , une bouteille ou deux
par jour , jufqu'à parfaite .
guérifon.
Les perfonnes attaquées
de la Pefte , de la Fiévre maligne
, de la Pleuréfie , de la
Paralyfie fubite , uferont de
cette Eau , comme il a êté
expliqué pour l'Apoplexie.
Cette Eau guérit la Go
re ; pourvû qu'elle ne foit
pas podagre , & qu'elle n'ait
point formé de Nodus dans
les jointures des membres :
DE DECEMBRE. 127
car en ce cas , elle ne feroit
que foulager ; à moins qu'on
ne continuât d'en boire trés
long-tems . Mais , fi la Goute
n'eſt pas invetérée , elle
guérira en peu de jours : Il ne
faut pas omettre d'avertir ,
que la Goute remontée le guérit
en vingt - quatre heures ;
pourvû qu'on boive de mon
Eau abondament
& avec
continuité
. les Rhumatismes
& les Sciariques cédent à l'efficacité
de mon Eau, comme
la Goute.
On s'en fervira de même
pour la Démence, de quelqu'-
accidentqu'elle procéde, foit
Maladie,foit Chagrin, ſoit Accouchement.
Si le mal êtoit in-
L iiij
128 LE MERCURE
véteré , il en faudroit boire
durant quelque tems , environ
deux
Bouteilles par
jour.
On guérira auffi l'Hydropifie
, foit de poitrine , foit
de
quelqu'autre partie du
corps ; en buvant par jour ,
environ deux bouteilles de
cette Eau , juſqu'à parfaite
guérifon . Il en fera de même
des Exflures , qui auront
percé par quelqu'accident r
mais en ce cas , il faut faire
chauffer de cette Eau , en
baffiner la playe , & y mettre
des compreffes 4 fois en
heures . On ne
manquera
donc aucune Hydropifie ,
excepté celle qui fera caufée
24
DE DECEMBRE. 129
;
par un Squire pourvû encore
, que le foye ne ſoit point
ulceré car en ce cas , je ne
promets au Malade que du
foulagement, & non pas une
parfaite guérifon .
9
Pour l'Epilepfie , cette Eau
eft fouveraine. Il en faut boire
deux pintes ou plus par
jour , jufqu'à parfaite guérifon
: Pour les Enfans , on
leur en fera boire plus ou
moins , à proportion de leur
âge ; mais , il feroit bon que
tous les Epileptiques , fans diftinction
d'âge , en fiffent
leur boiffon ordinaire . Elle
guérira auffi les perfonnes
detout âge , attaquées de la
petite verole ; & les préferve130
LE MERCURE
.
ra de tous les accidens que
cette maladie traîne fouvent
à fa fuite : Il faut que le Malade
faffe de mon Eau , fa
boiffon ordinaire , juſqu'à
parfaite guérifon.
Toutes Coliques nefretiques
feront foulagées
ou autres ,
en deux ou trois heures de
tems , & entiérement gueries
en peu de jours ; à moins
que la Colique ne fut cauſée
par la Pierre.
Toutes les Diffenteries ou
Cours de ventre, guériront de
même : Si le Malade fouffre
des douleurs dans le ventre ,
il ne faut pas oublier de faire
tiédir l'Eau .
Les Pertes defang de filles,
DE DECEMBRE I31
ou de femmes , de quelque
caufe qu'elles puiffent venir;
la ceffation des Regles , dans
une âge où elles ne doivent
pas ceffer ; les fleurs blanches ,
de quelque caufe qu'elles
proviennent; la jauniffe, non
feulement des femmes, mais
des hommes ; les Fiévres , de
quelque nature qu'elles foyent;
les maux de Téte , Vapeurs
, ou Etourdiffemens ; les
Indigeftions, & Douleurs d'eftofoit
avant , foit aprés
le repas ; toutes les Maladies
veneriennes , de quelque nature
qu'elles foyent , guériront
par l'ufage de mon Eau.
Il en faudra ufer , comme il
a êté expliqué , & en contimac
132
LE MERCURE
nuer l'ufage plus ou moins
long- tems , fuivant le degré
ou la durée de la Maladie .
Cette Eau eft immanquable
pour la Surdité :
la Surdité : Il faut
pour cela la faire chauffer ,
en baffiner l'oreille dedans
& déhors , & mettre dans
l'oreille affligée , du coton
ou du linge trempé dans cette
Eau: Il faut en même tems,
que le Malade en boive une
bouteille ou plus par jour ,
& il guérira en affés peu de
tems , fi la violence de quelqu'autre
Reméde n'a point
offenfé ou brulé l'organe.
Elle eft un Reméde fouverain
pour les Ulceres , les
Chanchres , les Fiftules & HéDE
DECEMBRE. 133
morhoides : Elle guérira même
la Gangreine. Il faut non
feulement boire de mon
Eau , comme il a êté dit, pour
remédier à la caufe interne
de ces differens maux exterieurs
; mais il faut encore
en laver les parties offenſées ,
& les couvrir d'une compreffe
trempée , comme il à
déja êté expliqué.
Les Contufions , Meurtrifûres
& Brulûres , qui ne fuppofent
point une cauſe interne
, feront guéries , en lavant
feulement, & couvrant
d'une compreffe imbibée, la
partie malade.
Je voudrois pouvoir prévenir
par un détail plus êten134
LE MERCURE
du , toutes les queſtions que
les uns & les autres feront
tentés de me faire, aprés l'éclairciffement
général que
je donne ici ; mais ce Mémoire
n'eft déja que trop
long ; & d'ailleurs , les perfonnes
qui auront quelques
doutes , ou incertitudes àme
propofer , peuvent s'adreffer ·
directement à moi , j'aurai
l'honneur de les fatisfaire.Si
ces perfonnes ne demeurent
pas à Paris , elles
pouront
m'êcrire , en affranchiffant
leurs Lettres ; je répondrai
avec exactitude : Il faudra
adreffer les Lettres ..
A Monfieur de Villars ruë
Poiffonniere , quartier de NôtreDE
DECEMBRE. 135
Dame de Bonnes - Nouvelles.
A Paris.
ADJATI AI TALD
(TTTTTT (19 TUT
Lorsqu'on a entendu le récit de quel
que chofe de furprenant & de merveilleux
, on dit prefque toujours : Que
cela eft fort beau ! Du moins , s'il est
vrai. Mais , je fouhaiterois de tout mon
coeur , que la Rélation que je vais donner
, ſe trouvât fauffe ; quoiqu'elle fait
accompagnée d'une fi grande fimplicité,
& qu'ily ait des traits ſi vifs &fi natu.
rels d'une douleur profonde , qu'elle ne
paroît que trop véritable .
LETTRE
D'UNE DAME ,
SUR LA PERFIDIE DE SON MARY,
A. L'A. D. M.
Ly a quelques années,que je me trou .
vai logée dans une même Maifon ,
avec un jeune Gentil-homme de mérite
. Frapée de fa bonne mine , & plus
135 LE MERCURE
tout en oeuvre >
encore de fes bonnes qualitez , je mis
pour en acquérir
moi-même ; afin de me concilier fon
eftime. La facilité que nous avions de
converfer l'un avec l'autre , nous entraîna
bien- tôt d'une civilité générale,
à une paffion particulière. Il chercha
l'occafion de me déclarer la fienne ;
& moi , qui ne pouvois raiſonablement
prétendre à un homme auffi riche que
Îui , charmée de fa propofition , j'y
répondis en des termes , qui lui faifoient.
connoître , que fa déclaration ne me
déplaifoit pas , fans lui en marquer au
cun excés de joye , ny rien qui ne s'accordât
avec les régles de la bien- féance.
Son pere, quoiqu'homme du monde,
êtoit avare , & en même- tems ambiticux
De forte qu'il n'auroit pas êté
facile de lui perfuader , qu'il pût ſe
trouver quelque autre mérite , dans la
perfonne , ou le caractére d'une femme,
capable de balancer l'inégalité des
richeffes. Cependant , le fils m'entretenoit
toûjours de fon amour , & il ne
perdoit aucune occafion de me témoi
gner fon défintéreffement. Il offrit même
de m'époufer en fecret , & de taire
la chofe , jufqu'à ce qu'il ût obtenu
l'approbation
DE DECEMBRE
137
l'approbation de fon pere , ou qu'il fûc
maître de fon bien. Je l'aimois avec
tendreffe ; & vous pouvez bien croire ,
que je ne lui refufai pas ce que mon
interêt m'obligeoit de lui accorder :
Mais , je n'êtois pas fi neuve , que je
ne priffe avec moi , pour affilter à la
cérémonie de mon Mariage , deux
perfonnes de confiance , du fecret defquelles
j'étois bien füre. Lorfque le
Sacrement nous ût lié , je retirai du
Prêtre, un Certificat figné de ſa main ,
de celle de mon Epoux , & de mes
deux Témoins. Après cela , nous vécumes
plus familiéremene que jamais ,
fous le même toit ; quoique la contrainte
dans laquelle nous vivions en
général , & le foin extréme qu'il fal-
Toit prendre , pour cacher nos entrevûës
, donnaffent à nos démarches , un
air qui fembloit plûtôt venir de la tendreffe
impatiente de jeunes Amans ,
que de la paffion réguliére & ſatisfaite
de perfonnes mariées .
Le pere de mon Epoux , informé
fans doute de nos amours , craignit
dès-lors , que fon fils ne s'engageât avec
moi : De forte qu'il le preffà de fe déclarer
en faveur d'un parti , fur lequel
Décembre 1717. M
138 LE MERCURE
carté >
il avoit jetté les yeux, Pour nous délivrer
l'un & l'autre de cet embaras ,
& prévenir l'éclat de nôtre Mariage ,
qui ne pouvoit guéres fe cacher plus
long- tems , il fut réfolu que j'irois à la
campagne , dans quelque endroit é-
& que nous nous écririons
fous des noms fuppofez. Cela s'exécuta
, & nôtre commerce épiftolaire ne
dura que trop . Quoiqu'il en foit , avec
le fecours de mon aiguille , de mon
clavecin , d'un petit nombre de Livres
choifis ; & plus que tout cela , des
Lettres de mon Epoux que je relifois
à tout moment ; j'y coulai la vie dans
l'attente de voir enfin des jours moins
folitaires. Vous fçaurez d'ailleuts
qu'au bout de quatre mois , après nôtre
féparation , j'accouchai fécretement
d'un enfant , qui ne vécut que peu
d'heures après . Comme on me croyoit
fille dans le canton , où par prudence
je m'êtois exilée, un Gentil- homme du
voifinage , qui eftoit un vrai brutal de
profeffion , s'avifa de m'aimer ; & fa
paffion fut par la fuite , la fource funefte
de tous mes malheurs. Ce Ruftique
eft un de ces Campagnards grol-
Gers , qui croient eftre d'autant plus
DE DECEMBRE .
139
polis , qu'ils négligent toutes les régles
de la polireffe ; & qui ,à l'abry d'un ris
éclatant , d'un ton bruyant , d'un fort
petit génie & d'un grand bien , fe
croient tout permis , fans avoir aucun
égard au tems ou aux lieux . Une Parente
chez qui je demeurois cachée ,
& qui ,fans avoir le fécret de mon Maiiage
, avoit celui de mes couches , s'êtonnoit
, de ce que je faifois paroître
tant de froideur pour ce Gentil- homme
, qui avoit intention de m'époufer ;
puifque , felon elle , la fortune ne me
préfenteroit jamais une occafion plus
favorable , pour réparer ma faute . En
cela , elle avoit raifon de vouloir m'engager
Acette union ; & moi , je n'en
avois pas moins de la refufer conftament.
Comme elle perféveroit opiniatrément
dans ce deffein , quelque priére
& quelque inftance que je lui fiſſe ,
pour qu'elle me délivrât de mon importun
; ma bonne parente croyoit encore
faire merveilles , en l'introduifant
malgré moi , dans mon Appartement ;
perfuadée qu'à la fin , je m'accoutumerois
à fes maniéres . Il fallut donc fouffrir
en dépit de moi , les vifites de cet home.
Un jour , que j'étois affife dans une
Mij
140 LEMERCURE
>
petite fale à manger , toute occupée
de la lecture d'une Lettre de mon
Epoux , dans laquelle je pliois toujours
le Certificat de mon mariage ;
ceRuftre y furvint tout à coup ; & avec
cette familiarité dégoutante , qui eſt
affez ordinaire à de pareils brutaux
il m'arracha brufquement ces papiers
de la main : Je fus d'abord fi confternée
, que me jettant à fes pieds
je le fupliai de me les rendie . Là - deffus
, avec les mêmes airs impertinents
& haïffables , il jura qu'il les liroit ;
plus je redoublois mes inftances plus
fa curiofité augmentoit , jufques à ce
qu'enfin , pénétré d'un dépit qui partoit
fans doute , de la paffion qu'il avoit
pour moi; il jetta les papiers dans le
feu , avec ferment que puifquil ne
devoit pas les lire , celui qui les avoit
écrits , n'auroit pas le bonheur de les
faire fervir au mien. Il eft prefque inutile
de vous avertir , que mes larmes
& mes fanglans reproches obligérent
cet Indigne à fortir de ma Chambre,
couvert de honte & de confufion ; &.
que ce défaftie me caufa des inquiétudes
mortelles . Cependant , j'avois
alors une confiance fi grande en la
,
DE DECEMBRE. 14 .
bonne-foy de mon Epoux , que je lu,
écrivis le mal-heur qui m'étoit arrivé
& que je le priai de me renvoyer un
autre Certificat en bonne forme . Après
m'avoir manqué deux ou trois poftes ,
il me répondit en général , qu'il ne
pouvoit pas m'envoyer alors ce que
je lui demandois ; mais , qu'auffitôt
qu'il pourroit.me le faire tenir en fûseté
, je devois eftre perfuadée qu'il
me donneroit cette fatisfaction. Depuis
cette Epoque , fes Lettres devinrent
plus froides de jour en jour ; & à mefure
que fon indifférence croifloit ,
mes foupçons prenoient de nouvelles
racines. Enfin , c'eft ce qui m'a fair
prendre le parti de me rendre en cette
Ville, où j'ai trouvé que , les deux perfonnes
, qui avoient fervies de Témoins
à nôtre Mariage , êtoient mortes , &
que mon Epoux êtoit veuf d'une jeune
Dame qu'il avoit prife , il n'y a que
trois mois , pour obéir à fon pere. En
un mot , il me fuit & me défavotie.
Si j'allois chez lui , pour le convaincre
de fa perfidie, fon pere ne manqueroit
pas de foûtenir fon fils contre mes
prétentions . Si je divulgois dans le
monde ſa trahison , quelle réparation
Mij
142
LEMERCURE
pourois-je attendre d'une injustice que
je ne fçaurois prouver ? Il s'imagine ,
fans doute , de me réduire par la néceſſité,
à lui céder mes droits pour ure
penfion viagere ; mais , j'en mourrois
plûtôt , que de commettre une telle
lâcheté. Je fuis fa femme : Faites le
fouvenir je vous prie , vous Monfieur ,
qui êtes fon meilleur ami , de fa premiere
tendreffe pour moi , du plaifir
charmant qu'il prenoit , lorfque je venois
à me découvrir par mégarde devant
quelqu'un ; faites le fouvenir de
mon air fot & entrepris , lorfque je
voulois paroître indifférente pour lui
devant la compagnie ; demandez- lui
s'il eft poffible , que moi qui ne pous
vois , quoiqu'il m'en priât , cacher
mon amitié pour lui , je puiffe à préfent
renoncer pour toujours à la fienne .
Ah ! Mr , les coeurs fenfibles ne connoiffent
point d'indifférence dans le
Mariage : Si vous avez quelque compaffion
de l'innocence expofée à l'infamie
, jugez de l'état déplorable où
je me vois réduite. Je fuis &c.
DE.DECEMBRE. 145
NOUVELLES ETRANGERES
De Vienne , te 4 Décembre.
N commence à s'apercevoir , que
les Turcs ne témoignent plus
tant d'empreffement , pour faire leur
Paix avec l'Empereur : On attribuë ce
changement inopiné dans le Divan , à
l'arrivée du Prince Ragotſki à la Porre
; on en peut juger par les nouvelles
propofitions du Sultan, qui font fi
vagues & en même tems fi hautes ,
qu'on a pris le parti de n'y faire preſque
plus de fonds. Comme on eft informé,
que ces Infideles font de trés grands
préparatifs pour être fur l'offenfive, cette
Campagne; nous ne négligeons rien
de notre côté , pour les faire repentir
d'avoir préferé la continuation de la
guerre , à la folidité d'une Tréve bien
cimentée : On ne penfe donc plus ici,
qu'à remplacer prés de 40000 mille
bons hommes qui nous manquent de
la Campagne derniére . Dans cette vue,
on léve des recrues nombreuſes , &
144 LE MERCURE
de plus, on eft en traité avec quelques.
Princes d'Allemagne , pour avoir de
puiffans fenforts , afin de fe mettre
en êtat de foûtenir la guerre d'Italie ,
contre les prétentions de S. M. C,
dont nous reffentons déja des fuites
fâcheufes . En effet , on a contremandé
le Général Bonneval , qui devoit exécuter
avec 8000 hommes, une entreprife
confiderable fur les Turcs ; &
on lui à ordonné de fe tenir prêt à
marcher avec ce Corps , pour fe rendre
en Lombardie .
On a des avis , que plufieurs Chefs
des Rebelles Hongrois fe font rendus
à Sophie, pour toucher de groffes fommes
d'argent, deftinées à former une
Armée de Mécontens. Ils prétendent
faire par là ,une diverfion d'autant plus
grande , qu'ils fe flattent, que la Hongrie
, & la Tranfilvanie n'attendent
qu'une occafion favorable , pour prendre
les armes contre la Séréniffime
Maifon d'Autriche ; mais , on donne
ici de fi bons ordres , que l'on efpere
rendre tous leurs projets inutiles .
Le nouveau G.Vizir fetient toujours
à Niffa ,& le G.S.àPhilippoli;fa Hautef
fe n'ayant pas voulu rifquer fon retour
DE DE CEMBRE. 145
Conftantinople , où tout a êté
jufqu'à préfent dans une extréme confternation
, caufée par les mal-heurs
de la Campagne derniére.
Le Comte de Schonborn Vice-
Chancelier de l'Empire , eft arrivé ici ,
où il étoit attendu avec empreffement ,
pour des affaires de la derniére importance
.
L'Envoyé de Suéde en cette Cour ,
a de fréquentes conférences avec nos
principaux Miniftres.
Le Mariage du Prince Electoral de
Saxe , avec la premiere Archiducheffe
Jofephine , rencontre ici beaucoup de
difficultez & d'obstacles ; quoique le
Comte de Fleminghe ait ordre du
Roy Augufte , de déclarer à S. M. I.
que ce Prince abdiquera le Royaume
de Pologne , en faveur de cette Alliance
: Mais , il faudroit , pour que cette
propofition fût plus goûtée , que ce
Prince fut élû Roy , du confentement
unanime des Palatins , de la Nobleſſe
& du Peuple. On croit cependant , que
par de puiffantes raifons d'Etat , il
obtiendra cette Princeffe .
Tout eft ici dans une joye extraordinaire
, pour la groffeffe de l'Impera-
Décembre 1717. N
346 LE MERCURE
trice , qui a êté renduë publique à la
Cour.
P. S. Quoique le Prince Eugéne
n'ait point encore reçû de réponſes , à
la Lettre qu'il a écrite à Milord Vorfley
Montagu , Ambaffadeur de S. M. B.
à Conftantinople , touchant les Préliminaires
de la Paix , entre les deux
Empereurs ; Mrs de Sulton & de Stanian
Ambaffadeurs du Roy Georges en
cette Cour , ont cependant reçû - depuis
peu d'Angleterre , les ordres &
leurs Lettres de Créances & Plein-pouvoirs
, pour affifter au Traité de Paix ,
comme Miniftres médiateurs . Ces deux
Seigneurs fe préparent à partir d'ici ,
dans quinze jours , pour fe rendre au
lieu du Congrés ; mais , on doute fort
qu'ils réuffiffent dans cette Négociation.
M. de Stanian a reçû de plus ,
fes Léttres de Créances , pour aller
relever Milord Vorfley Montagu , qui
en eft tappellé.
De Ratisbone , le 10 Décembre.
E Baron de Gottorp eft arrivé ici
La
tre du Roy de Pologne , pour folliciDE
DECEMBRE. 147
ter de la part de ce Prince , la - continuation
du Directoire des Proteftans:
Il tâchera en même tems, d'applanir
toutes les difficultés , que le changement
de Réligion a caufé à ce fujer .
Le Comte de Meternith ne s'oppoſe
pas aux prétentions des Saxons ; mais
il prétend , qu'au cas qu'on en prive
le Roy Augufte , le Roy de Pruffe ait
feul le Directoire : Cependant, le Roy
Georges , comme Electeur d'Hannovre
, demande d'être joint à S. M. P.
Comme cette affaire eft de la derniére
conféquence , elle fera traitée avec
beaucoup de précaution .
De Londres , le 15 Décembre .
N reffent avec chagrin à nôtre
Cour , le changement de Réligion
du Prince Electoral de Saxe : On
eft fort étonné que le Roy Auguite y
ait donné fon confentement ; fur tout
dans un tems , où il paroiffoit avoir
le plus befoin de notre Roy , pour fe
maintenir fur le Trône de Pologne ;
avec d'autant plus de fondement , que
nous avons des avis , que les Roys de
Suéde & de Pruffe ont deffein , con-
Nij
148 LE MERCURE
jointement avec le Czar , de réméttre
Staniflas fur le Trône ; fans laquelle
condition , S. M. Suédoife refufe de
faire fa paix avec les deux autres
Puiffances.
M. de Bentenrieder Envoyé de
l'Empereur , follicite ici fortement 12
Vaiffeaux de guerre ; pour agir contre
l'Espagne en Italie , & pour remettre
S. M. I. en poffeffion du Royaume
de Sardaigne . Quoique nôtre Cour
cherche avec un empreffement extraordinaire
, l'amitié de S. M. I. , dans
la vue que le Roy d'Angleterre , comme
Electeur de Hannovre , puiſſe obtenir
les deux Duchés de Brémen &
de werten , on doute fort cependant
, que le Parlement approuve ,
qu'on fe déclare en faveur de l'Empereur
contre le Roy d'Efpagne , à
caufe du préjudice qu'en recevroit
la Nation ; puifqu'une telle rupture
entraîneroit infalliblement la
ruine d'une des plus importantes
branches de nôtre commerce . On
fouhaiteroit donc , qu'à l'exemple de
la France & des Etats généraux , on
tachât par toute forte de moyens , de
pacifier le différent qu'il y a préfenteDE
DECEMBRE 149
> ment entre ces 2 Puiffances & de
porter ces deux Princes , à exécuter
le traité de Paix d'Utrecht , & celui
de la Neutralité d'Italie. Comme S.
M. B. n'a pas fait part jufqu'à préfent
à fon Parlement , de fon alliance avec
S. M. I. , on ne croit pas que la Cour
donne une réponſe pofitive à M. de
Bentenrieder , avant que de l'avoir
communiquée aux 2 Chambres : Il y a
cependant , des ordres expediés , pour
équiper deux Efcadres ; l'une pour la
Mediteranée , & l'autre , pour la Mer
Baltique.
Le départ inopiné de M. l'Abbé
Dubois pour la Cour de France, ( d'où
Pon affure qu'il fera de retour dans peu
de jours ) fournit matiére à nos Politiques.
Come l'affaire dont il eſt chargé,
doit être,fuivant toutes les apparences ,
dela plus haute importance , elle doit
être auffi par conféquent du dernier fé-
-cret ; c'eft ce qui a obligé cet Abbé , de
ne pas confier les dépêches à un Expres
, & d'aller lui-même la communiquer
à M. le Regent de France .
On continue à réformer 20 hommes
par Compagnie des Regimens des Gardes.
Les Colonels de Cavalerie &
N iij
IFO
LEMERCURE
d'infanterie , qui ont leurs quartiers
dans les Provinces , font partis pour le
même fujet , conformément aux ordres
du Roy.
Le Parlement s'affembla le 2 de ce
mpis , fuivant la derniere prorogation.'
On renvoye aux Gazettes le Difcours
que S. M. B. fit aux deux Chambres ,&
& les adreffes de remerciement qu'elles
préfentérent à ce Prince ,
On mande de Devizes , dans le Comté
de wiltz , que le 8 de ce mois , un
Gentil - homme fut attaqué à trois mille
de cette Ville , par trois perfonnes
mafquées , qui , aprés l'avoir dépouilé
& fort maltraité , ûrent encore la barbarie
de lui tirer la langue avec violence
, & de la lui couper jufques à la
racine ; aprés quoi , ils le renvoyerent
dans ce pitoyable eftat . Cet homme
ût encore le courage de regagner la
Ville, où il entra nud , & perdant tout
fon fang. C'eftoit un ſpectacle effrayant
On efpére cependant , qu'il
en reviendra . Quelques perquifitions
qu'on ait faites jufques à préfent , pour
découvrir les Auteurs de cette cruauté ,
on n'a pu encore y parvenir.
:
Toute l'Europe eft informée, que le
DE DECEMBRE. ret
1
Roy de Danemarck a fait arrêter fur
la Rade , tous les Navires Hollandois
qui ont voulu repaffer le Sund ; fous
prétexte , que L. H. P. refufent de lui
payer les arrerages des fubfides de la
derniere Guerre , pour les Troupes .
qui ont fervi en Brabant. Sur cela ,
L. E. G. ont écrit à leur Envoyé qui
réfide en certe Cour , de déclarer à S.
M. D. que fi elle ne les faifoit pas relâcher
inceffamment , ils prendroient
des mefures convenables , pour affürer
leur Navigation , & repouffer la force
par la force.
Quoique les Hollandois ayent efté.
fortement follicités par la Cour de la
Grande Bretagne , pour joindre feulement
quatre Vaiffeaux à l'Efcadre Angloife
, deftinée contre le Roy de Suéde,
& autant , pour envoyer dans la Méditérannée
; il n'a pas efté poffible de
les engager à cette confédération. Il
paroît par ce refus , que cette République
veut profiter des avantages de la
Paix , & qu'elle fe contentera d'employer
fes bons offices , auprés des
Parties qui font en guerre.
On croit entrevoir par la conduite du
Marquis de Prié , que le différent de la
N iiij
152 LE MERCURE
Barriere ne finira pas fitôt ; & que S.
M. I. n'acceptera pas la médiation de
Leurs Hautes Puiffances , pour pacifier
les troubles de l'Italie.
De Hambourg le 13 Décembre.
Ous le déhors de Wifmar font
Tentiérementrarés, à l'exceptiondu
Fort de la Baleine, qui défend l'entrée
du Port qu'on fera miner inceflamment.
On n'a point touché au Corps de la
Place , le Roy de Pruffe & le Duc de
Mexelbourg fe flattant qu'on leur en
laiffera la poffeffion. On eft perfuadé
ici, qu'il y a un traitté de Paix conclu
entre le Czar & le Roy de Suède ,
ce qui cauferoit un grand changement
dans les affaires du Nord. On a trou
vé un tempérament pour le Port de
Rével, qui jufqu ici a retardé la Paix .
La fortification en fera rafée , & ce
Port fera neutre & ouvert à toutes
fortes de Nations. LEmpereur, le Roy
d'Angleterre , & L. E. G.. font fort
mécontens du Roy de Danemarck ,
caufe des Bâtimens qu'il retient à Gluchſtad.
S. M. B. a fait dire à ce Prinae,
que s'il ne rendoit le commerce de
DE DECEMBRE. 153:
l'Elbe, libre ; & s'il ne relâchoit les
Vaiffeaux qu'il retient , il envoiroit
une Flote dans ces Mers pour l'y
forcer.
M. Pouffein Envoyé de France , a
reçû des avis , que le Baron de Gortz
qui a paffé à Petersbourg , êtoit arrivé
à Stokolme. Le Roy de Pruffe a
accordé la liberté à tous les Prifonniers
Suédois qu'il avoit dans fon partage
; ce qui paroît d'un bon augure
pour la Couronne de Suéde.
A Rome le 30 ·Novembres
Ipereauxé fon départ d'ici, pour le
Left public dans Rome, que le S.
voyage de Lorrette & d'Urbin, le lendemain
de la Domenica in albis : Danscette
vue , il y a déja 100 mille écus
d'oeconomifés . Cette Villeggiature lera
de so jours ; on ne fera par jour que :
zo mille au plus . Il y aura so Cuiraf
fiers & 40 Chevaux légers de Garde 5
ico Suiffes avec toute la Sale & l'Anti-.
chambre du Pape. S. S. fera accom
pagnée des 3 Cardinaux Paulucci
Albani , & Olivieri ; il y en aura un
4 , qui comme Tréforier , prendra le-
2.
154
LE MERCURE
.
devant , pour ordonner toutes chofes fur
la route. 3 où 4 Auditeurs de Rote &
les Nationaux feront privilegiés. 8
Prélats du premier Ordre , avec plufieurs
du 2 & du Tiers Ordre , outre
la Daterie ,feront de la fête ; fans compter
les Miniftres Etrangers & autres
qui feront défrayés par SS . qui tiendra
table pour les Ambaffadeurs
les Cardinaux & les Prélats : l'Agent
fubalterne fera payé en argent. Malgré
ces préparatifs, le Cardinal Doyen a
fait les remontrances au S. P. pour le
détourner de ce pieux pélerinage , & ..
l'on croit que tous ceux qui en approchent
, en feront de même.
Milord Peterborough , aprés la for
tie de faPrifon , s'eft retiré à Venife ;
& le Comte de Galas Ambaffadeur
de l'Empereur,demande ici reparation
pour ce Seigneur , le Roy Georges
profitant de cette occafion, pour obliger
le S. P. à expulfer de l'Etat Ecclafiaftique,
le Chevalier de faint Georges.
On veut donc , en reparation de
cette injure faite à ce Milord , que ce
Prince fe réfugie autre part , & que le
Cardinal Origni Légat de Bologne ,foit
rappellé ; finon , les Anglois menacent
DE DECEMBRE. 195
les côtes de cet Etat , avec une Eſcadre
de 12 Vaiffeaux. On affûre même
, que les ordres font donnés pour
cela , & qu'ils agiront offenfivement
jufqu'à ce que la fatisfaction foit faite.
Le Pape ferecommande , pour accomoder
l'affaire du Roy d'Espagne
principalement celle du Milord , à ME
le Duc Régent.
, &
Hier 29 , on enferma au Château
faint Ange , le Marquis Davia Neveu
du Cardinal de ce nom : On ne croit
pourtant pas qu'il ait merité ce châtiment
, mais qu'en cela , on a û égard
à la recommandation de fon Oncle ,
avec lequel il vit en parfaite mefintelligence
; depuis qu'il a quitté fa
femme & fes enfans qui font à Bologne.
A Barcelonne , le 6 Décembre 1717.
LB
E grand Convoi qu'on avoit ici
pour aller joindre la Flote Efpagnole
en Sardaigne. Le dernier Convoi qui
mit à la voile le 24 du paffé , étoit compofé
de plus de 60 Bâtimens de char→
ges , fur lefquels il y avoit 3000 hommes
de Troupes réglées de débarque156
LE MERCURE
ment , tant Infanterie , que Cavalerie,
avec quantité de munitions de guerre
& de bouche , & toutes fortes de provifions
, fous l'eſcorte de 3 Vaiffeaux
de guerre; un du premier , & 2 du fecond
rang , avec une Fregate de 40
piéces de canon .
Il arriva le trente de l'autre mois , des
ordres de la Cour de Madrid , pour la
répartition des Quartiers qu'on doit
donner aux Troupes , qui étoient dans
cette Ville & dans les places des environs.
Depuis le deux de ce mois , juf
qu'au 6 inclufivement , près de 35 Ba--·
taillons & 20 Efcadrons fe font mis en
marche , pour fe rendre à leurs Quartiers
, qui font la Seud d'Urgel , la
Viguerie de Tarega , Mont- blanc , Tortoze
, Tarragone , Oftalric , Girone ,
& autres Places circonvoifines . A
l'égard des autres Troupes, qui doivent
encore fortir de cette Ville , & cellès
qui font cantonnées dans le voisinage ,
elles ne partiront que le 20 , pour aller
dans les Villes de Vic , de Solfone ,
Balaguer & Lérida. On comptoir qu'àprés
le départ de toutes ces forces , il
refteroit encore dans cette Capitale
plus de 15000 hommes..
DE DCEM PRE. 187
•
Nous apprenons de Sarragoffe , que
les levées pour les 2 Régimens Arragonois
, fe faifoient avec fuccés . On
compte que celui de Cavalerie fera
complet avant le premier du mois prochain
; & celui d'Infanterie qui doit
eftre de 3 bataillons , de 800 hommes
€3
chacun , le fera à la fin du mois de
Janvier.
Les 2 Régimens de Dragons & d'Infanterie
, que le Royaume de Navarre
fait auffi lever à fes dépens , font pareillement
fort avancés. Le Royaume
de Valence va fuivre cet exemple ..
La plupart des Bâtimens , qui font
arrivez ici de Rofe , où ils ont efté
conftruits , doivent mettre à la voile
au premier jour ; pour aller dans les
Ports de France , y charger des grains
que des Agens Efpagnols y ont achetés,
Les , il entra dans le Port de Barcelonne,
24 Bâtimens de charge , fur
lefquels il y avoit quantité d'habits
pour les Troupes , beaucoup de toiles ,
pour faire des chemiſes & des Tentes ,
& plufieurs caiffes remplies de Sabres
& de Bayonettes , avec une grande
quantité de toutes fortes de grains &
de provifions de bouche. On a û or18
LE MERCURE
dre d'acheter 1600 mulets , & de les
xenir prêts pour le premier Mars.
On a jetté dans Palamos 1800 hommes
en Garnifon . On va travailler à
relever les Fortifications de cette Place
, accommoder & nettoyer les Ports ;
poury mettre les Galéres d'Efpagne
qui feront beaucoup mieux , que dans
le Port de Barcelone.
Tout fe prépare pour faire le beau
Port de Rofe. L'Ingénieur qui en a levé
le Plan , & qui a êté approuvé de
la Cour de Madrid , en eft de retour.
Pour cet effet , on commencera par les
jettées
De Venife , le 4 Décembre.
E Czarovitz , autrement le fils aîné
Lie S.M. Cz.que l'on attendoit ici à
fon retour deNaples ,n'y eft point venu.
Il a paffé de Boulogne à Verone , pour
fe rendre à Vienne , & delà à Péterbourg,
pour aller trouver le Czar ,
avec qui il eft rentré en grace.
Le deffein échoué fur Antivari , a
mis de mauvais humeur le Sénat . Il
s'en prend à M. de Noftitz qui . commandoit
le débarquement ; & celui ci
rejette la faute fur M. de Mocenigo ,
DE DECEMBRE. 159
qui ne put empêcher , que quelques
Déferteurs qui fe fauvérent par les
Montagnes , n'avertiffent les Turcs de
l'approche des Vénitiens . Mais , il faut
s'en prendre aux mécontentements des
Troupes qui estoient la pûpart débandées.
Comme les noblesVénitiens n'ont
jamais tort , il a efté donné à M. de
Noftitz qui paroît fort content de
quitter ce fervice . On a efté un peu confolé
de ce mauvais fuccez ', par la priſe
de la Prévefa , gardée par 600 Ottomans
& 600 Cavaliers. Le Comman
dant des Infidéles y a efté tué , & les
Vénitiens y ont trouvé aprés 5 jours
d'attaques , 1 piéces de canon , beaucoup
de bagages & de munitions.
Il a paffé ces jours- ci 1000 ou 1200
hommes de Recrues Allemandes , par
le Territoire de Vérone , pour les Régimens
de cette Nation qui fervent
dans le Milanois : On en attend encore
2000 .
Les Vénitiens fe font enfin réfolus de
demander au Roy de Sicile le renvoi
de 2 ou 300 hommes , qui s'eftant révoltés
fur le Vaiffeaux de guerre le
San Pio Vo , s'en eftoient emparés ,
& l'avoient conduit en Sicile ой
160 LE MERCURE
à peine furent- ils débarquez , qu'ils fu
rent arrêtez par ordre du Vice- Roy.
De Turin , le 10 Décembre.
Es ordres viennent d'eftre donnés
remis
leurs Compagnies complettes pour le
mois de Fevrier prochain. Comme
nous fommes informez qu'il doit arriver
dans
peu, un corps de 10 à 12000
Impériaux dans le Milanois , on prend
ici toutes les précautions néceffaires,
pour empêcher que ces troupes ne faffent
quelques entreprifes fur quelques
unes des Places dépendantes des Etats
de S. M. Sic. C'est pourquoi , on a fait
fortir de leurs quartiers plufieurs Regimens
d'Infanterie , de Cavalerie & de
Dragons ; pour occuper tous les poftes
& les paffages fur nos Frontières ; afin
de prévenir les Troupes Allemandes ,
& en même-tems , obferver leurs démarches
. Le Roy de Sicile a ordonné
que l'on congédiât de chaque Compagnie
, tous les Soldats malingres.
A Milan
DE DECEMBRE. 161
LES
›
A Milan , le 8 Décembre:
Es Troupes de cet Etat ont fait depuis
8 jours de grands mouvemens ,
les unes vers le Mantoüan , le Modénois
& les Etats de Parme ; les autres ,
marchent du côté de la Frontière de
Tofcane & de Gênes : Mais , le tems
pluvieux & la quantité de neiges qui
font tombées & qui tombent actuellement
, ont tellement fait enfler les Riviéres
qu'elles ont inondé une
grande étenduë de Païs , & rendu
les chemins impraticables. Ce contretems
fâcheux a eſté cauſe que, quelques
Régimens qui êtoient déja fort avancés,
n'ont pû continuer leur route, & a obligé
la plus grande partie des Troupes.de
refter dans les endroits où elles fe font
trouvées , eſtant inveſties de toutes
parts par les grandes eaux . On vient
même d'apprendre que 3 Bataillons ,
qui avoient marché du côté des Montagnes
des Frontiéres de la République
de Gênes, eftoient enfermés & environnés
de maniére , qu'ils eftoient
en un péril évident d'eſtre entraînez -
les torrents.>
Décembre
1717.
par
Q
162 LE MERCURE
Sur ces avis , le Prince de Leuvefteinavoit
dépêché au Commandant de
deux Regimens de Cavalerie , & un de
Dragonsqui eftoient à dix mille en deça
de ces Montagnes , de marcher en diligence
au fecours de ces Bataillons . On
eft icy entre la crainte & l'efperance
fur le fort de ces Troupes ; ce qui nous
épouvante , c'est que les Eaux augmentent
de jour à autre.
On eit préfentement occupé, à réparer
à la hafte les Places de cet Erat ;
on les pourvoye abondamment de mu
nitions de guerre & de bouche .
On vient d'établir icy un Confeil de
l'Inconfidence , qui connoiftra de ceux
qui parlent mal du Gouvernement .
On mande de Cadix , qu'on y prépa
roit un grand Convoy , qui fera compofé
de plus de 80 Bâtimens de charges
, fur lefquels on doit embarquer
deux Regimens de Cavalerie & plufieurs
Compagnies de Carabiniers. 58,
piéces de gros Canon , 18 gros Mortiers
; 6000 Boulets , 1600 Bombes
plus de 8000 Grenades , plufieurs miliers
de Carcaffès d'une nouvelle invention
, avec 18 Mortiers pour
lancer ; 1200 Boulers creux , avec if.
les
DE DECEMBRE. 163
'Mortiers à leur ufage , 6000 barils de
poudre , 4000 facs de grains ; outre
une prodigieufe quantité de toutes fortes
de Provifions , aux préparatifs defquels
on travaille avec empreffement.
Sur des ordres de la Cour , on a mis
fur les Chantiers 4 Vaiffeaux de guerre,
3. Fregattes , & ; Galiottes à Bombes.
Tous lesOuvriers propres à la conftruc--
tion des Vaiffeaux , fe rendent icy des
Côtes de Leon,de Galice & de Bifcaye ,
pour avancer ce travail .
On a donné de pareils ordres à
Malaga , à Cartagéne & Alicant ; pour
faire conftruire dans ces Ports , plufieurs
autres Vaiffeaux de Guerre ,
Galiotes & Fregattes , avec s
Galeres :
On a reçû à cet effetde groffes remifes.:
D'un autre côté, on ne néglige rien pour
le départ des Galiotes & des Vaiffeaux
qui doivent leur fervir d'efcorte : Ils »
doivent partir pour la nouvelle Eſpagne
, au commencement de Mars au
plus tard : Selon tous les Avis , cette
Flote fera une des plus fortes & des
plus nombreuſes qui ait efté déftinée
pour l'Amerique.
Les Lettres de Naples du premier
Décembre,portent que le Viceroy êtoits
Q- ij
164 LE MERCURE
plus intrigué que jamais , depuis la prife
de la Sardaigne. Il y a quelques
jours qu'il fortit à cheval , accompagné
d'un grand nombre d'Officiers &
d'Ingenieurs ; pour aller vifiter les nouveaux
Forts qu'il avoit ordonnés de
conftruire,pour la fûreté des Côtes du
Royaume ; mais qu'il avoit êté fort
furpris de voir , que la plupart de ces
ouvrages n'êtoient pasfeulement com
mencés , & qu'il n'y avoit même aucuns
préparatifs pour la conftruction
de ces Forts. Il voulut faire des repri
mandes aux Ingenieurs fur cette négligence,
qui lui fermerent la bouche, en
lui difant que pour travailler il falloit
de l'argent. Ces Lettres ajoûtent, qu'on
y préparoit des logemens pour 4 Regiments
d'Infanterie & de Cavalerie
qui viennent de Hongrie : On avoit de
fréquentes allarmes, desVaiffeaux &des
Galeres d'Efpagne.qui fe font voir tousles
jours le long de cette Côte où ils
font fouvent des prifes . Le 16 fur les 11,
heures du matin , 4 Vaiffeaux de guer.
re & 2 Fregattes Efpagnoles , parûrent
à la vue de ce port ; & vers le midi ,
ils s'approchérent jufques fous leCanon
du Mole , d'où l'on fir plufieurs dé
DE DECEMBRE. 153 ;
charges des Forts , qui n'empêcherent
pas que , les 2 Fregattes foûtenues du
feu des 2 Vaiffeaux de guerre n'enle
vaffent 4 Bâtimens chargés d'huiles &
& 2 autres de grains; aprés quoi elles
allerent rejoindre leurs Vaiffeaux .
On mande de Livourne du 18 , qu'on
avoit vû paffer à la hauteur de ce port ,
un grand nombre de Bâtimens , por
tant Pavillon Efpagnol venant du
côté du détroit ; ce qui faifoit croire
que c'êtoit le grand Convoy de Barcelone
, qui alloit joindre la Flote Ef
pagnole, dont une partie croifoit toû
jours le long de la Côte , depuis Piom
bino jufqu'à Orbitello , & Porto - Ercole
. On a appris que depuis 5 jours ,
elle avoit enlevé 8 Bâtimens chargés
de grains & d'autres provifions, & mu
nitions de guerre, qui êtoient destinées
pour remplir-les -Magazins des Places
Imperiales..
De Lindance 30 Décembre 17175 .
'Abbé de faint Galle , aprés être
relevé d'une groffe maladie , fut
attaqué fubitement le 28du paffé , d'une »
Apoplexie , dont il mourut le lende
166 LE MERCURE
main : Il étoit âgé de 78 ans , & en
avoit regné 22. Pour avoir voulu introduire
des nouveautés , & violé les concordats
avec les fujets , dont les Cantons
de Zurik & de Bêrne font les Garants
, il s'êtoit attiré ces 2 Puiffances
qui l'avoient enfin depoffedé de fon
Abbaye & de fes dependances, qu'elles
gardoient en fequeftre depuis 5 ans .
De Vvirsbourg le 1 Décembre 1717.
M
le Baron de Hutten , Doyen du :
Chapitre de cette Ville, auffi illuftre
par fon favoir quepar fa naifface ,
a découvert un riche Tréfor, en recherchant
les Antiquités de l'Eglife Catédrale
Il a trouvé fous le toit de ce
Vaiffeau , une ancienne Bibliotéque ,.
qui y avoit êté cachée avant la guerre
des Suédois. Outre les Livres imprimés
, il y a plus de 170 manufcrits
en parchemin ou en papier. On y voit
entre autres , les 4 Evangiles écrits du
tems de Charlemagne , ou de Burcard
Evêque de Vvirsbourg , une Bible
de 700 ans : Un Codex Theodofianus
cum aliquibus novellis , Caji inftitutionibus
& Pauli ti libris V. Sententia
DE DECEMBRE. 157
rum , formâ quadrata , litteris femiuncialibus.
On croit que ce dernier manufcrit
, et du tems de l'Empereur
Juftinien Il y a :: auffi plufieurs écrits
de divers Peres de l'Eglife en caracteres
Lombards. M. de Hutten publiera
le Catalogue de cette Biblioteque ,
auquel il fait travailler par Georges .
Conrad Sigler , Bibliotécaire de l'Académie.
42.PAYOPAYOPAYOPAYJ PR
A Yant êté affez hûreux , que de
recouvrer laTraduction en Vers,
de la 2 Lettre d'Heloife à Abailard ;
c'eft avec complaifance que j'en pare
mon Mercure : Si la premiere Epitre
du même Auteur , a û un accueil
fi favorable , j'ofe me promettre qu'en
préfentant celle- ci au Public , elle trouvera
autant d'Approbateurs , que de
Lecteurs. Il feroit à fouhaiter que la
même main qui fçait repandre tant de
graces dans tous les écrits voulût
bien fe fouftraire de tems en tems , à
des occupations plus ferieufes , pour en
donner la continuation . C'eft une invitation
que je lui adreffe , de la parts
168 LE MERCURE
des gens de goût , pour l'engager à re
point laiffer cet Ouvrage imparfait,
lui qui peut le rendre ſi parfait.
SECONDE LETTRE ..
D'HELOISE A A BAILARE .
Q
·UE L nouveau coup de Foudre !
&que viens - je d'entendre !
Je ne vous verray plus . Vous pouvez
me l'apprendre ,.
Cruel. Vous m'ôtez tout ; & c'est pour
vôtre coeur
Un barbare plaifir , de combler ma douleur.
N'êtoit-ce pas aſſezqu'aux pleurs abandonnée
,
A vivre loin de vousjefuſſe condamnée? :
Que plaintive , mourante , en Proye¹à
mes defirs ,
Ce Cloître nuit & jour entendit mes
Soupirs ?
N'étoit-ce pas affez qu'à lafleur de mon
âge ,
Vous m'enffiez impofé le plus rude efctavage
?
·Pourquoy d'un vain espoir m'envier les
douceurs ,
Et
DE DECEMBRE. 169
Et verfer fur mes jours de nouvelles
noirceurs.?
Croyez vous donc , Ingrat , que ma foible
conftance ,
Refifte encor long-temps à votre indi-
Et
férence?
que de vos raifons le frivole fecours
De mes vives douleurs puiffe arrefter le
cours ?
Non. Votre changement ne peut rienfur
mon ame ,
Plus vous êtes de glace , & plus jefuis de
flame:
Mais enfin , mon amour devient un dé-
Sespoirs
C'en eft fait , & je veux ou mourir a
ou vous voir.
Quefais-je dans ces lieux ? Malheurcufe
& coupable;
J'aigris d'un Dieu vangeur le couroux
redoutable ,
J'amaffe des Tréfors de crimes & d'horreurs
,
Et fens de jour enjour s'augmenter mes
fureurs .
Je ne fuis plus , belas , cette Epoufefacile,
Qui baifoitfous le jong une tête docile.
Victime de mes feux , je céde à leurs
tranfports ,
Décembre 1717. p .
170
LE MERCURE .
Et ne conferve plus d'inutiles dehors.
Ceft trop jouer le Ciel fous un masque
hipocrite ;
Si mon coeur eft à vous , tout le refte
l'irrite :
Duffay -je vous offrir un Objet odieux,
Rien ne peut m'empêcher de paroître à
vos yeux ;
Vous ne me fuirez point au fecours de
mes charmes ;
Aufecours de mesfeux j'appelleray mes
larmes,
Mesfoupirs, mesfanglots fléchiront vôtre
coeur ,
Vous me regarderez avec moins de ·
rigueur;
Et loin de condamner l'excez où je me
livre
Peut- être quefans moy vous ne voudrez
plus vivre:
Vous fongerez, qu'unis par des noeuds
eternels ;
Nos voeux précipitez font des voeux
criminels ,
Que l'Himen a des Droitsfacrez,inviolables;
Que vouloir les brifer , c'eft nous rendre
coupables.
Je ne demande pas que fenfible à mes
voeux ,
DE DECEMBRE. 171
Votre coeur s'attendriffe & rallume fes
feux ;
Et que pour diffiper , la douleur qui me
preffe ,
Vous confondiez en moy l'Epouse & lạ
Maitreffe:
Je ne veux que vous voir , & que vous
sobéir ,
Et vous forcer au moins à ne meplus
hair.
Mais , cruel , vous craignez jusques à
mápréfence , יד
Pour un coeur inconftant l'amour est une
offence;
Et ce que nous reproche un crime , n'eft
pour nous ,
Qu'un Objet plein d'horreur qu'on voit
avec couroux .
Tu ne foutiendrois pas une Amante
eperdue ,
Ses larmes , fon amour. , tout blefferoit
ta vûë ;
Et tu confultes moins pour m'éloigner.
de
toy ,
La vertu , que ton coeur & ton manque
defoy:
Ce n'étoit pas ainſi qu'aydant à ma
foibleße ,
Tu fçavoispour meperdre , allumer ma
tendreffe ,
Pij
172 LE MERCURE
Rappelle-toi , cruel , cesfermens enflam
mez ,
Ces tranfports fi touchans & fi bien
exprimez :
Avant , me difois- tu , que je fois infidele
On verra fans époux vivre la Tourte-,
relle ;
Le tendre Roffignol ceffant d'être amoureux
Ne s'occupera plus de fes chants douloureux
:
On verra le Zéphir ceffer d'être volage ,
Les fleuvesfur les Monts s'entrouvrir
un passage ,
Le Soleil obfcurci nous refuſer le jour ,
Et tout perirenfin plûtôt que mon amour.
Ainfi pour me tromper, tu chaffois de mon
ame ,
Tout ce qui s'oppoſoit au fuccés de ta
flame ;
Mais qu'il t'en conta peu ! De concert
avec toy ,
Mon coeur, mon lâche coeur , s'éleva
contre moy ,
Te peignit à mesyeux, tendre , empreſſé,
fincere ;
**
Tuparlas , & tuplus , dés que tu voulus
plaire ;
On tel fut de l'amour lefuneftepouvoira
DE DECEMBRE.. 173
Que tume plûs peut - être avant de le
vouloir ;
Peut-être une Rivale , Objet de ta tendreffe
,
Fe voila quelque tems ma naiffante fois
bleffe ;
Et tes diftractions , ton trouble , ta lan
gueur ,
Paroiffoient prés de moy pour un autre
vainqueur ;
Et quand tu t'aperieus de mon extravagance
,
Funela partageas que par reconoiffance
Non cruel , non jamais tu ne ſçus bien
aimer ,
Tu n'étois que fenfible au plaifir de
charmer,
Foffris à tes defirs un Triomphe agréable :
J'aimois. C'en fut affex pour te paroître
aimable.
Eh pourquoy ! Pouvant plaire à mille
autres Objets ,
Vins-tu troubler mon coeur , en arracher
la paix ,
D'un Onele prévenu trahir la confiance,
Aux dépens de toy-même exciterfavangeance
;
Abufer lâchement de ma crédulité ,
Et nous facrifier tous deux par vanité.
Piij
174 LE MERCURE
Talens pernicieux ! Eſprit queje detefte
Prefent que m'avoit fait la colere celefte.
C'est par vous que l'amourféduisant ma.
raifon ,
Répandit dans mes fens fon funefte
poison.
Vain defir defçavoir , dangereufes Lectures:
Mon coeur ne s'eft rempli que de vos
impoftures ; -
J'en perdis l'Innocence , & bientôt ma:
pudeur ,
Fit place aux noirs tranfports d'une coupable
ardeur..
Digne fruit de tes foins , & de ton imprudence
,
Trop aveugle Fulbert , rends- moi mon
ignorance ;
Chaffe loin de ta Niece un Docteur
empefté ,
Qui va drejer un piége à sa fimplicité
;
Tu le crois occupé du deffein de m'inf
truire ;
Philofophe amoureux, il fonge à me
feduire.
Que dis-je ? Sa foibleffe a paffe dans
mon coeur ,
Ce Maître eft mon amant , ce Maître
eft mon vainqueur :
DE DECEMBRE
. 175
Mais je ne dois hélas , m'en préndre
qu'à moi même ,
Vains regrets , vain dépit , tout plait
dans ce qu'on aime :
Séduit par une ardeur pour lui pleine
3 d'appas,
Un coeur tendre fe livre , & ne rai-
Sonne pas ;
Le devoir veut en vain le tirer de fa
chaine >
Le feduiteur amour le fafcine & l'en-·
traine :
Tranquile
dans fes fers , & charmé
fous fes loix,
Ce coeur infortuné S'applaudit de fon
choix :
Infenfible à fes maux , il en craint le
reméde
Et nourit avec foin l'erreur qui le poffede
.
Au trifte portrait connoiffez , cher
> Ероих
Quels font les fentimens qu'Héloïfe a
pour vous :
J'aime à voir s'augmenter lefeu qui me
dévore ,
Je dévrois vous hair , hélas , je vous
adore !
Piiij
$76 LE MERCURE
Je ferme à la raison mon oreille &
mon coeur ,
Et je chéris en vous jusqu'à vôtre
rigueur.
Ne m'aimez plus, foyez infenfible , in
fidelle ;
Inposez- moi le joug d'une abſence éters
nelle ;
Condamnez mes tranfports : Reduifez
mon amour
Afe vaincre , ou du moins à fe cacher
au jour ;
Si ce n'eft pas affez , deffendez - moi
de rire .
J'obéis : Mais fouffrés qu'en fécret jė
foûpire.
Laiffez- moi parpitiémes craintes , mes
douleurs ,
Laiffez - moi vous donner des foupirs &
des pleurs ;
Vous n'y confentez-pas . Vôtre auftere.
Sageffe
Veut moins diffimuler, qu'étoufer mafoibleße
,
Je dois vous oublier fans feinte , sans
détour ,
Vous fermer dans mon coeur le plus foible
retour;
Imiter vôtre exemple ; & du Ciel pénetrée
DE DECEMBRE. 177
Remplir les faints devoirs , où je fuis
confacrée .
Immoler mon penchant à de plus nobles
feux' ;
Et faire de Dieu feul l'objet de tous
mes voeux .
Je dois n'aimer que lui , ne fonger qu'à
lui plaire ,
Par mes gemiffemens défarmer fa co
lere.
Foible Heloife ! En vain je fens que
je le doi
Mes coupables defirs s'échapent malgré
moi.
La raiſon veut regner , & parle enſouveraine
i
La foibleffe refifte , & triomphe fans
peine :
Toujours livrée au trouble , aux regrets »
au dépit
,
Cent fois en un moment mon coeur ſe :
contredit :
Je veux , je ne veux pas , j'befite , je
chancelle.
Quand la grace m'attire , Abailard
me rappelle ,
Et toûjours plus éprife aprés de vains :
efforts
C'est à vous , cher Epoux , que vont rouss
mes transports.
178 LE MERCURE
Soupirs impetueux , ceffés de vous contraindre
;
Eclatez mes fureurs . Je n'ai plus rien
à craindre.
L'Ingrat qui vous fait naître, a ceffé
de m'aimer >
Il me fuit , il me craint ... Mais puisje
l'en blâmer ?:
Ouy cruel !Ta vertume confond & m.accable
,
Coupable , je voudrois que tu fuffes con--
pable :
Quoi , Tu m'auras perdue , je poss
rai te voir
Triompherde ma peine , & de mon de-
Lespoir ?
Tranquile , t'applaudir de ton indiference
,
Et peut-être infulter à ma folle conftance
?
Je ne ferai pas feule en but à tant de
maux.
Je prétens à mon tour détruire ton
reposi
Te faire partager le trouble de mon
Ame ,
Et toutes les horreurs d'unefatalle flame:
Ne crois plus m'adoucir. Le fort en eſt
jetté
DE DECEMBRE. 179
Je ne puis trop punir ton infidelité.
Que n'est-il des tourmens pour vanger
mon injure ,
Qui puiffent égaler ma peine , & ton
parjure ?
Jépuiferois fur toi tout ce qu'ils ont
d'affreux
Foibles emportemens d'un amour malheureux
!*
Que vous me fervés mal ! Ma fureur
defarmée,
Respecte encor l'Ingrat dont mon ame eft
charmée :
Mon couroux contre lui , ne m'offre aucun
Secours ,
"
Et ce n'est plus qu'aux pleurs qu'Híloïfe
a recours..
Vivez , cher Abailard , fans allarmes
fans craintes ,
Et bravez de l'amour les frivoles atteintes
..
Goutez d'unfaint repos l'éternelle don
ceur
Maître de vos defirs , regnez für vô
tre coeur..
Du Dien que vous fervez foûtenezla
quérelle ;
Signalez pour fon nom ,
l'ardeur de vôi
tre.zele ::
180 LE MERCURE
Formez lui des Elûs
1
fur nous,
* qui fe réglant
Mettent dans fon amour leur bonheur
le plus doux.
Si mon falut vous touche , &fi je vous
fuis chere ,
Achevez d'affermir la raison qui m'éclaire..
Je sens que la vertu vent reprendre fes
droits
Aidez une ame foible à pratiquer fes
loix.
De fes égaremens mon esprit fe dégage
;
Mais votre idée encore affoiblit mon
courage.
Divin attrait des cours ! Charme victorieux
!
Grace adorable , enfin tu deffilles mes
yeux
Tu verfes dans mon fein laforce & l'a
lumiére,
A l'amour de mon Dien tu me rends
toute entiéres
Tu me fais retrouver l'innocence & la
Paix ;
Tu captives mes fens , &remplis mes
fouhaits.
Seigneur , c'eft ta bonté, c'eft tamain
Lecourable ,
DE DECEMBRE. 181
Qui ferme fous mes pas cet abîme effroyable:
Sans toi , je m'y plongeois ; déja même
L'erreur
A l'endurciffement avoit livré mon
coeur.
J'étois fourde à ta voix , & bravant
ta colere ,
J'étoufois du remords le trouble falu
taire.
Mon aveugle fureur m'occupoit nuit &
jour ,
Et je ne connoiffois d'autre Dieu que
l'amour:
Mais , qui peut avec toi balancer la
victoire
Nos forfaits les plus grands font écla
ter ta gloire.
Et le coeur le plus dur , quand tu veux
l'attendrir ,
A tes impreffions , lui- même vient´s’offrir.
Le mot de la premiere Enigme du
Mercure d'Octobre, êtoit la Quenoüille
, & non , le Miroir.
Le mot de la premiere du mois de
182
LE MERCURE
Novembre , eft l'Oublieux , & celui de
la feconde , la Mufique.
ENIGM E.
E nais de plus d'une façon :
Tan-tôt d'un frere furibon ;
Tan-tôt
par de petites meres »,
Et frétillantes , & légeres ,
Qu'enfante avec effort
Une trop roffe mere ,
Qu'un pere brun maltraite fort ::
Deux meres quelquefois , me produifent
fans pere ;
Quoi qu'elles foient fort mal d'acort.
Dans les champs , quelquefois je me
promene en folle,
Et dans la Vitle par ma mort .
Par-fois j'atrifte ouje confole.
AUTRE,
DE MONSIEUR LAUVIN.
P
Our mieux tromper les gens , j'em
prunte la figure
DesPrinces & des Empereurs :
DE DECEMBRE :
183
Auffi, fuis-je fouvent la fource des malheurs
,
De ceux qui m'ont reçeu, fans fçavoir
ma nature .
Je fuis pour l'ordinaire, affezcommune
en France ;
Mais pour mieux deguifer mon fcelérat
employ ,
je benis le Seigneur , j'implore pour le
Roy
La divine affiftance.
Enfin, dés que j'ai reçen l'être ,
Mes défauts font cachez , on m'aime
infiniment ;
Mais quand on vient à les connoitre,
Je fuis hai de tous , & retourne au
néant⚫
Si vous me connoiffez , vous fçavez bien
Lecteurs
Que je caufe toûjours la perte de mon
Pere :
Ainfi, n'hazardez pas de me donner des
Soëurs
De peur de recevoir un ſemblable ſalaire
184 LE MERCURE
338X8X8X8
Q
CHANSON.
Ve l'on gronde
Qu'on critique & fronde ;
Je m'en moquerai ,
J'aimerai
Je boirai
>
Tant que je pourai.
C'est fageffe ,
Di-t-on tous les jours
D'éviter la tendreffe :
Mais tout au rebours ;
(bis)
N'eft- ce pas fotife on foibleffe ?
Que de n'avoir par toûjours
Au prompt fecours ;
Que contre la trifteffe
Offrent fans ceffe
recours
Le Vin , les Jeux , les Amours,
Que l'on
gronde ,
Qu'on critique & frondes
Je m'en moquerai,
J'aimerai ,.
Je boirai
Tant queje vivrai. ( bis
Nargue des faveurs
Que nous promet lafortune ;
Puifque
DE DECEMBRE. 185
Puifque les honneurs
Changent les moeurs :
Evitons de pareils féducteurs.
-L'Eclat m'importune ;
Amis , un paifible bonheur
Eft pour un Buveur ;
Et les plus fenfibles douceurs
Pour les tendres coeurs.
Nous nous contentames le mois dernier
d'annoncer la mort de M. Santerre.
Depuis ce tems- là , un de fes Amis particuliers,
curieux d'ailleurs , bon connoiffeur
, m'a communiquécet Eloge, dont je
crois que la lecture fatisfera le Public.
JOURNAL DE PARIS.
Ban Baptifte Santerre naquit d'ho
nêtes Parens à Magni , près de Pontoife
, au mois de Mars de l'année ISSIO
Il perdit fon pere & fa mere dés fa
plus tendre enfance . I hérita d'eux
avec un peu de bien , beaucoup de
candeur & de probité .
.
Ses autres Parens incertains de la
profeffion dans laquelle ils engageroient
cet enfant , fe déterminérent
par le penchant de l'enfant même.
Q
185 LE MERCURE
Ils furent en cela plus faciles & plus
fages que les Parens ordinaires , qui
bornant opiniatrément leur vûë à l'état
où ils fe trouvent , contrarient &
étouffent fouvent dans leurs enfans ,
les difpofitions les plus hûreufes &
les talens les plus marquez . L'ardeur
& le goût que celui - ci montroit pour
le deffin , fit prendre le parti de le
livrer à la Peinture , & de l'amener à
Paris .
M. Santerre eft peut - être l'exemple
le plus fenfible , de ce que peut la feule
Nature en un Sujet qu'elle favoriſe.
Dans l'âge , & au centre des diffipations
, abandonné à lui-même , il ne
palla pas un jour fans faire quelque
êtude quieût raport à fon Art.
Malgré la modeftie & la docilité qui
le caractérifoient ec tous les Eléves,
´il ne put jamais s'empêcher de cher- .
cher la perfection de la Peinture , pardes
routes oppofées à celles qui lui
eltoient indiquées , & qui estoient fuivies
par fes Maîtres . Ils l'en reprenoient
fouvent ; on ne peut les en blamer : Ils
n'eftoient pas obligez de fçavoir , que
la Nature elle - même conduifoit ces.
Eléve pas à pas..
DE DECEMBRE. 187
Le jeune Santerre comprit de bonneheure
, que la feule Nature eftoit un
guide infaillible , & il réfolut de ne
s'attacher qu'à elle .
Il eft vrai, que par une grande méfiance
de foi-même ( qualité néceffaire
& peu commune à fon âge ) il quitta
quelquefois la route ordinaire, & chercha
à imiter les Maîtres les plus eftimés
de fon tems ; mais , il ne tarda gué
res à reconnoitre fon erreur. Averti
par deux perfonnes diftinguées
qui frapées de fes premiers fuccez
lui confeillérent alors de perdre de vûë
tous les Maîtres & de fuivre la feule
Nature , il fe livra à elle fans retour ;
il ne difcontinua plus de la chercher ,
& l'imita fidélement jufqu'au tombeau
.
L'événement juftifia fon choix : Sa
maniere de peindre fut fi différente de
celle de tous les Maîtres connus ,
qu'un jour , Monfeigneur le Régent ,
Prince auffi eftimable par fon grand
goût pour les Sciences & les Arts , que
refpectable par fon Augufle Naiffance
* M. le Marquis de Villarfean &
M. Defpreaux
1
185 LEMERCURE
ayant demandé à M. Santerre , & ayant
appris de lui , quels avoient efté les
Maîtres ; il lui fit l'honneur de lui répondre
: Vous avez bien fait de me.
les nommer ; car je ne les aurois jamais
devinez .
Ce grand Prince l'honoroit de fon
eitime : Il lui en a donné de fréquens témoignages
, il a eu la bonté de venir le
voir travailler plufieurs fois chez lui ;
depuis même que le poids de la
Régence lui laiffe fi peu de moments
libres. Un Suffrage fi éclairé fait feul
Féloge de M. Santerre Le Public
connoiffeur ne m'en défavoüera pas.
Ainfi , moins pour la gloire de cet
illuftre Peintre , que pour la fatisfa
&tion de ceux qui , comme lui , cherchent
le vrai , j'expoferai quelques
principes,& quelques maximes, dont il
a fouvent dit qu'il s'êtoit bien trouvé.J'y
joindrai quelques faits & quelques remarques,
qui acheveront fon caractére .
M. Santerre fit de bonne- heure des
études profondes fur l'Anatomie . Il
fe trouvoit fréquemment aux diffetions
; il en faifoit fouvent chez lui ;
& en parlant de cette Science , il difeit
que dans fon Art, il en fall favoir
DE DECEMBRE: 189
beaucoup , pour en laiffer voir un peu..
Son Principe, pour éviter d'eftre maniéré,
altoit d'imiter en tout la feuleNa--
ture ; parce que la Nature ne fe répétant
prefque jamais , & variant à l'infini
,le Peintre qui ne cherche qu'elle ,,
varie comme elle.
Il difoit fouvent , qu'il avoit apris ce
qu'il fçavoit , avec deux fortes de perfonnes
: La Méchanique de fon Art
dans les Académies & chez les Maitres;
tout le refte, avec les gens d'efprit .
C'est peut-être au commerce de ces
derniers qu'il doit ces penfées & ces
expreffions fines que l'on voit dans fes
Tableaux d'idée , & l'art de porter
ces fineffes de penfées & d'expreffions
jufques dans les Portraits .
Raportant tout la feule Nature
qu'il étudioit fans rélache , il trouvoit
des défauts dans l'antique même , &
dans les plus grands Peintres d'Italie ,
qu'il n'imitoit pas en tout : Il trouvoit
auffi des beautés dans les Modernes &
dans fes Contemporains. Il n'eftimoir
pas outrément les uns ; il rendoit justice
aux autres .
Quand les Connoiffeurs ou fes
Amis le follicitoient de fe faire une
190 LE MERCURE
1
maniére plus expéditive , & de ne pas
fondre fi parfaitement fes ouvrages ;
il leur répondoit deux chofes : La
premiére ; mes ouvrages , il eft vrai ,
font fondus avec un grand foin ; mais
la Nature l'eft encore davantage , &
je cherche à l'imiter : La feconde ; les
meilleurs Tableaux de Raphaél , du
Corege, du Titien & des autres grands
Maîtres font du moins auffi fondus
que les miens . Ainfi , la Nature m'ordonne
, & les exemples des grands
Maîtres me perfuadent de continuer ,..
comme j'ai commencé.
Il n'eft point de foins qu'il ne fe
foit donnés , pour rendre fes ouvrages -
durables , & pour ainfi dire , inaltera
bles : Il obfervoit jufqu'aux enfeignes
des boutiques ; il y remarquoit les couleurs
que le tems & le grand air detruifent
, & celles qu'ils laiffent dans
leur force. Enfin , aprés de mûres réflexions
fur cette partie de fon Art ,
il s'êtoit fait une regle , de n'employer
que des Terres au nombre de 4 ou 5 ,
dont le mélange lui fourniffoit toutes
fes reintes. Comme ces Terres font
fortes & entiéres , le mélange & lunion
en êtoit difficile ; il en venoir à
DE DECEMBRE.
19
boût par une longue patience ; il repeignoit
jufqu'à trois & quatre fois la
même choſe ; & fans le fecours des
laques & des ftils de grain dont il ne
fe fervoit prefque jamais , parce que
le tems les altere ,la patience fecondée
d'un grand jugement donnoit à
fes ouvrages le fondu , la fraicheur ,
& l'union que l'on y remarque. Cette
maniéré lui a fi bien reuffi que l'on
voit de lui des Portraits peints , il y a
vingt , ,trente , & quarante années,
prefque auffi frais que le premier jour .
L'empreffement que le Public avoit
pour les Ouvrages de ce Peintre célébre
, & le prix qu'il y mettoit , n'ont
jamais diminué fa modeſtle , je dirai
même fa timidité : Elle paroiffoit par
tout , excepté dans fes Ouvrages.
Cette difpofition de l'Ame • qu'on
regarde comme une foibleffe , il la
chérifloit & fe la croyoit néceffaire :
Ma timidité , difoit il , m'empefche de
trop préfumer de mes forces , fur les
applaudiſſemens dont le Public m'honore.
Parce que je fuis timide , je veille .
& j'eftudie toûjours , & je me dis fouvent
à moi-mefme , que pour mériter:
une folide réputation , il faut toujours.
•
A
192 LE MERCURE
ignorer qu'elle eft acquife.
•
Par tout ce qui précéde , on comprendra
quel eftoit le caractére de M.-
Santerre. Je me contenterai d'ajouter
ici , pour en donner une idée plus
complete qu'un extérieur fimple
& naturel , eftoit toûjours chez lui
une marque certaine du fonds de fon
Ame. Qui jamais en effet le trouva
différent de ce qu'il paroiffoit eftre ?:
Sa converfation eftoit remplie de fertimens
d'honneur , d'équité , & de mc--
dération. Il aimoit la réputation & la
gloire ; c'eft pour elle feule qu'il a
travaillé toute fa vie , avec tant de .
foins & de peines. Jamais l'intereft nefui
a fait paffer la moindre faute dans
fes Ouvrages , ni emprunter la main
d'autrui , pour hâter fon gain . Il aimoit
le Public , il aimoit ceux qui
travaillent à lui plaire. Senfible à l'a .
mitié , il préféroit le plaifir de travailler
pour fes amis , aux avantages qui
lui eftoient offerts tous les jours par les
Grands & par les Riches. Et pour exprimer
en deux mots , le mérite du Peintre
& celui de l'homme fociable ; if
avoit des Envieux , mais il n'eut jamais
un Ennemi..
Un
DE DECEMBRE. 193
Un caractére fi fage & fi raiſonnable,
ne pouvoit pas fe démentir dans
l'occafion la plus importante. Apeine
fe crut-il menacé de la mort , qu'il remplît
avec une grande préfence d'efprit ,
tous les devoirs d'un bon Chrêtien ; &
aprés une maladie de fept jours , il
mourut enfin , pleuré de fes amis &.
regretté de tout le monde , le 21 de
Novembre , aux Galleries du Louvre ,
où le Roy lui avoit donné un logement
avec une penſion.
Ses principaux Ouvrages , font détaillés
dans le Dictionaire de Morery
de la derniere édition . Il a fait depuis,
entre autres Tableaux , & fuivant
l'ordre des tems , le Portrait de S.
A. S. Mlle de Clermont : Un Tableau
de huit ou neuf pieds de hauteur , réprefentant
les cinq fens , fous les Pottraits
de M. Périchon Notaire , de fa
Femme , & de leurs trois Enfans , to s
cinq de grandeur naturelle & en pie ".
Le Portrait de Mer le Régent auffi
enpied , & grand comme Nature , a .
compagné d'une Minerve & des autributs
de la Régence. Enfin, il a fini peu
de jours avant fa mort , un Tableau e
fept pieds de haut , réprefentant Adam
Décembre 1717. R
194 LE MERCURE
& Eve au Paradis Terreftre , avec un
grand Païfage , & quelques Animaux.
M. Santerre a fouvent dit › que dans
aucun de fes Ouvrages , il n'avoit
pouffé fi loin , felon lui , l'élegance &
la correction du deffin , la finelle de
l'expreffion , & la verité du coloris .
C'eſt par ces côtés qu'il le regardoit,
comme fon chef- d'oeuvre ; le Public
paroît confirmer de jugement , & la
Pofterité en dira peut- être davantage.
Comme il s'étoit répandu depuis
quelques jours dans cette Capitale ,
plufieurs Exemplaires d'un Ecrit qui
a pour Titre : Acte d'Appel de S. E.
M. le Cardinalde Noailles Archevêque
de Paris du 3 Avril 1717 , au Pape
mieux confeillé , & au futur Concile
Général , de la Conftitution de N. S. P.
le Pape Clément XI. du 8 Septembre
1717 , imprimé fans l'aveu & la parsicipation
de ce Prélat. Le Parlement s'affembla
le premier de ce mois & la Cour
faifant droit fur les Conclufions du
Procureur Général du Roy , ordonna
que les Exemplaires dudit Imprimé ,
feroient & demeureroient fupprimez ,
a fait deffenfes à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs & autres , d'en
DE DECORE. 196
-imprimer , vendre , débiter , ou autrement
diftribuer , fous les peines portées
par la Déclaration du 7 Octobre denier
, qui fufpend toutes les Difputes
& les Conteftations formées dans le
Royaume , à l'occafion de la derniere
Conſtitution du Pape .
Madame la Princeffe de Soubize
eft accouchée d'un garçon
Mademoiſelle de Duras , qui a époufé
M le Comte d'Egmont , prit le
29 du mois paffé , le Tabouret, pour la
premiere fois chez le Roy .
Le 2 , Madame permit à Me la
Ducheffe d'Aremberg , qui eft depuis
quelques tems à Paris , de l'aller voir.
Elle a anffi trouvé bon , que Mde la
Comteffè de Kinigfek Epoule de l'Am-
: baffadeur de l'Empereur , ût le même
honneur ; mais , comme ce Seigneur
n'a pas fait fon Entrée publique ,
cetre Dame ne peut pas encore être
reçûë en cérémonie.
Le 3 , on ût des nouvelles certaines
que la fanté du Roy d'Eſpagne fe rétabliffoit
de jour, en jour.
Le même jour , le Parlement fir
brûler par la main du Boureau, un Ecrit
imprimé à 2 colonnes : L'une conté
Rij
196 LE MERCURE
nant la Déclaration du Roy du 7 0-
tobre dernier , & l'autre , une Tra
duction en françois du Type de l'Em
pereur Conftant , qui deffend toutes les
difputes , conteftations & différens formés
dans fon Empire à l'occafion de la
Queſtion* d'une ou de deux volontés en
J. C. Au bas de cet Ecrit,fe trouve une
autre Traduction , intitulée : Le jugement
du Concile de Latran , fur le Type.
On reconnoit aifément , à la vûë de
ce Libelle , quelle a êté l'intention de
ceux qui l'ont répandu dans le Public ;
puifque le Parallele qu'ils font duType
de l'Empereur Conftant & de la Déclaration
du Roy , fait affez entendre ,
que comme le Concile de Latran a condamné
l'un , ils portent le même jugement
fur l'autre : De forte que fuivant
leur opinion , la derniére Déclaration
du Roy porte le caractére d'une Loy
injufte , laquelle ne doit point avoir
d'exécution . Comme cet efprit de
Critique , & en même tems de révolte
, eft un attentat contre l'Autorité
* Héréfie des Monothélites , qui fu
rent ainfi appellez ; parce qu'ils n'admettoient
qu'uneseule volonté en en]. C.
DE DECEMBRE. 197
Royale , la Cour ne pouvoit févir trop
rigoureufement contre un pareil Ecrit
& contre fon Auteur .
Le
Le4 ,les Etats d'Artois affemblez à Arras
, accordérent àS.M. d'un confentement
unanime , le don gratuit ordinaire .
5 , M. de Paris- Fontaine Ayde-
Major Général unique des Gardes du
Corps , fut gratifié par S. M. de la
Brigade -Lieutenance de feu M. de la
Boulaye
Madame Ducheffe de Berry , tine
Toilette , à laquelle fe trouvérent tous
les Miniftres Errangers , avec un grand
nombre de Courtifans.
On fut informé à la Cour , que M.
le Marquis d'Alincourt petit - fils de M.
le Maréchal de Villeroy , s'êtoit rendu
d'Allemagne à Venife , où il arriva le
12 Novembre ; aprés un féjour de
dix jours , il en eft parti pour Rome.
Le 7 , M. l'Abbé Dubois qui, par
ordre de la Cour , êtoit paffé à Londres
depuis quelques femaines , arriva ici
le 7 Décembre , pour rendre compte
à S. A. R. de fa Commiffion ; il deyoit
retourner dans peu .
y
M. de laBellarderie ancien Exempt ,
& Ayde-Major de la Compagnie de
Riij
198 LE MERCURE
Charôt , eft monté à l'Aide- Majorité
de Paris- Fontaine, à condition qu'on
ne le fépareroit pas de fes Camarades,
avec lefquels il avoit coûtume de fervir
M les Aydes- Majors feront le
fervice pour lui , quand il ne poura pas
s'y trouver.
Mgr le Duc s'eft abfenté des Confeils
, Samedy , Dimanche & Lundy ,
à caufe de la petite vérole de Malle de
Charolois , dont cette belle Princeffe
a êté attaquée ; on eſpére qu'elle n'en
fera point marquée.
Depuis que Mer le Duc eft Grand-
Maître des Miniéres de France , on
s'empreffe à lui envoyer plufieurs effais
de Mines d'or & d'argent , tirées des
différentes parties du Royaume ; dans
l'efpérance que ce Prince contribuëra
de tout fon pouvoir , à faire des épreuves
qui puiffent être avantageufes à
l'Etat .
Un Particulier a compofé un nouveau
métal , qui approche tellement de l'argent
, qu'il en a le poids , la couleur &
la dureté. L'Inventeur en follicite le
Privilége , & s'engage de le donner à
so fols la livre ; mais , on ne doute pas
que les Orfèvres & les Poitiers d'étain
DE DECEMBRE. 199
ne s'y oppofent pour empêcher qu'on
ne le mette en oeuvre .
M. le Comte de Clermont paroît
préfentement à la Cour en habit
´d Abbé .
Le 10 , il parut une Ordonnance du
Roy , portant réglement au fujet des
départemens du Confeil des Finances .
Elle est énoncée , comme il s'enfuit . "
→
A MAJESTE, par l'Article dernier
de fon Ordonnance du 14 .
Novembre 1715. fervant de Réglement
pour le Confeil de Finances
ayant ordonné que Monfieur le Duc
d'Orleans fon Oncle Regent , auroit
la faculté de changer tous les ans
ainfi qu'il jugeroit à propos , les Departemens
des membres dudit Confeil
: Eftant d'ailleurs convenable , de
former des Departemens pour les perfonnes
qui y ont efté appellées de.
puis ledit jour 14. Novembre 1715 .
& de faire une nouvelle diftribution,
à ceux qui eftoient chargez de dif
ferentes affaires qui ne fubfiftent plus ;
afin qu'ils puiffent tous travailler pour
le bien de l'Eftat. SA MAJESTE'
s'eftant fait reprefenter ladite Ordonnance
& celle du 24. Novembre
200 LE MERCURE
dernier , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a Ordonné & Ordonne
que les Departemens particuliers
dudit Confeil , feront reglez à
l'avenir de la maniere fuivante.
LE REGENT , en qualité d'Ordonnateur
, aura feul la Signature de
toures les Ordonnances concernant
les Dépenfès comptables & les Comptans
; tant pour Dépenfes fecrettes ,
Remifes , Interests , qu'autres de toute
nature , ainfi & de la même maniere
que faifoit le feu Roy , conformément
a la Declaration du 23. Septembre
1-715.
,'
LB REGENT aura pareillement
le Trefor Royal & les Parties Cafuelles
fuivant qu'il eft porté par
l'Ordonnance, fervant de Reglement
pour le Confeil de Finances du 14 .
Novembre 1715. & il a commis le
Sr. LE COUSTURIER , pour tenir
feul fous fes ordres , les Regiftres du
Roy , luy rendre compte directement
des Placets qui feront préfentez , pour
demander des Payemens ; Enfemble
pour expédier les Eftats de diftribution
& ordres neceffaires.
LADITE Ordonnance du 14.
:
DE DECEMBRE. 201
Novembre 1715. fervant de Reglement
pour ledit Confeil de Finances ,
fera executée fuivant fa forme & teen
ce qui concerne le Chef dudit
Confeil , le Prefident & le Vice-
Prefident .
neur ,
A l'égard des Départemens.
LE ST. DUC DE LA FORCE Vice-
Prefident , aura les Eftats des Finan--
ces des Généralitez de Toulouſe &
Montpellier , & ceux des Provinces
de Bretagne , Bourgogne , Artois .,
Bearn , Bigorre & Navarre , & les
Cahiers des Eftats defdites Provinces.
LE ST. AMELOT aura Entrée ,
Séance & Voix deliberative audit Confeil
, tant par rapport aux affaires .
du Commerce , qu'aux differens Bu-:
reaux des Finances dont il eft chargé.
LE Sr. LE PELLETIER DESFORTS
aura les Domaines , les Eftats des
Domaines , la Capitation , les Impofitions
des Provinces de Flandres
& de Franche Comté , les Eftats des.
Finances de Provence , & le Cahier
de l'Affemblée des Communautéz
dudit Pays.
LE Sr. ROULLIE' DU COUDRAY aura
202 LE MERCURE
•
l'infpection du Controlle des Quittances
du Tréfor Royal , des Parties
Cafuelles , & autres dependantes du
Controlle General des Finances ; les
Rentes , les grandes & petites Gabelles
, les Etats des Fermes , & les
Cinq Groffes Fermes .
>
LE Sr. LE PELLETIER DE LA
HOUSSAYE aura le Clergé , les
Monnoyes , les Impofitions d'Alface
& de Metz , les Fonds & Eftats au
vray de l'Extraordinaire des Guerres ,
Pain de Munition , Vivres , Artillerie,
des Baftimens & Maifons Royales ,
& de la Marine du Levant & du
Ponant.
LE Sr. FAGON aura les Eaux & Forefts
, les Eftats des Bois , les Chambres
des Compres du Royaume , les
debets & toute autre nature de deniers
& revenans- bons , à la pourfuite & diligence
du Controlleur des Reftes &
autres.
LE Sr. D'ORMESSON aura la Ferme
du Tabac , la Ferme des Poudres
& Salpêtres , les Eftats au vray des
Comptes à rendre du Dixième.
LE Sr. GILBERT DE VOYSINS aura
les Generalitez des Pays d'Elections ,
DE DECEMBRE. 204
pour la Taille , le Taillon , & les
Eftats des Finances defdites Généralitez
.
LE Sr. DE GAUMONT aura les Aydes
& Papier timbré , les Otroys
des Villes & dettes des Communautez .
LE ST . DE BAUDRY aura tous les
Eftats de dépenfe de la Maifon de Sa
Majefté , les Penfions , les Eftats de
dépenfes des Maifons de Madame lat
Ducheffe de Berry , de Madame , du
Regent , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans ; les Ponts & Chauffées
Turcies & levées , Barrage & Pavé
de Paris : En ce qui eft de Finance ,
les petites Chancelleries , les Ligues
Suilles .
Le St Dodun aura les Parlemens &
Cours Superieures , la Ferme des Greffes
, Amortiffemens , Franc - Fiefs &
nouveaux Acquets , celle du Contrôlle
& des Infinuations , la Ferme des
Huiles & les Etapes .
Le St de Fourqueux aura le Domaine
d'Occident , le Grand'Confeil , les
Bureaux des Finances.
Il fera établi un Bureau chez le Sr
Amelot Confeiller d'Etat , auquel affilteront
les Srs le Pelletier Desforts ,
>
234 LE MERCURE
•
de la Houffaye Confeillers d'Etat , les
Srs d'Ormeffon , Gilbert de Voyfins &
de Gaumont Maiftres des Requeſtes ;
pour travailler à l'Exécution de l'Art.
IX de l'Edit du mois d'Aouft dernier,
concernant toutes les différentes parties
employées dans tous les Etats qui
s'arrêtent au Confeil.
Il fera pareillement tenu un Bureau
chez le Sr Roüillé du Coudray , auquel
affifteront les Srs Fagon Confeiller
d'Etat , de Baudry , Dodun & de
Fourqueux ; pour travailler en exécution
de l'Article X dudit Etat du mois .
d'Aouft dernier , à dreffer un Etat Général
diftingué par Chapitres de toutes
les Finances des Offices & Droits fupprimez
; afin de pourvoir au payement
des interefts defdites Finances , & au
Remboursement des Capitaux.
Les Traitez ou Négociations , qui
auront paffé par les mains de ceux du
Confeil qui ont des Départemens Particuliers
, feront toujours propofez &
rédigez de concert avec les Chef &
Préfident dudit Confeil , qui recevront
les ordres du Régent,fur ce qui devra
eftre propofé audit Confeil ; & lorfqu'il
s'agira d'écrire des Lettres , &
DEDECEMBRE . 205
de donner ou d'envoyer des ordres
concernant les affaires générales , lefdites
Lettres feront écrites , & les ordres
fignez & envoyez par le Chef
ou par le Préſident dudit Confeil .
LES Fonctions qui appartiennent aux
Chef & Prefident dudit Confeil , fuivant
le préfent Reglement , & l'Ordonnance
du 14. Novembre 17 15.feront
exercées par le Vice- Prefident ,
en cas d'abſence ou maladie des Chef
& Prefident , qui ne leur permettront
pas d'y vacquer ; ce qui aura lieu
pareillement pour l'ancien dudit Confeil
en cas d'abſence , maladie ou empefchement
dudit Vice Preſident .
ORDON NE au furplus Sa Majefté,
que ladite Ordonnance , en forme de
Reglement du 14. Novembre 1715.
feraExecutée fe'on fa forme & teneur,
en tout ce qui n'eft point contraire au
prefent Reglement.
.
On a publié enLorraine , une Bulle
du Pape , par laquelle le S. P. accorde
à S. A. R. la permiffion de lever pendant
3 ans , le vingtiéme denier , fur les
revenus des biens Eccléfiaftiques de
fes Etats , même fur le cafuel des Carez
; en confidération des dépenses
-206
LE MERCURE
que ce Prince fait pour fecourir l'Empire
contre les Infidèles . Les particu-
Iters , dont lesBénéfices font fitués dans
le Barois , principalement ceux de
Ligni qui font du reffort de Paris , fe
difpofent d'appeller comme d'abus , à
ce dernier Tribunal , d'une Bulle qui
n'y a pas êté enregistrée .
Le onze , on publia une Ordonnance
de S. M. , qui deffend expreffément
à toutes perfonnes , de quelque qualité
& condition qu'elle foit , de tenir aucune
afféniblée de Jeux , même dans
les Maifons qui ont pour Infcription .
fur les Portes , les noms des Princes &
Princeffes du Sang Royal . Cette Ordonnance
à û un tel effet , que le lendemain
toutes les Académies de Jeux
ont êté fermées , perfonne n'ayant ofé
y contrevenir.
On a remarqué que M. le Prince
de Cellemaré Ambaffadeur d'Espagne,
n'a jamais voulu permettre qu'on fe
fervit de fon nom ni de fon droit ,
pour ces fortes d'Affemblées Les Fêtes
cependant , n'en ont pas êté moins fréquentes
dans fon Hôtel , où tout s'eft
toûjours paffé avec la derniére magnificence
.
DE DECEMBRE 207
Le 14 , Mst le Duc Regent fe fit
appliquer une feconde fois fur fon oeil ,
le remede Topique de M. Mouffart .
Le même jour , M. le Cardinal de
Rohan arriva ici de Strasbourg par
ordre de la Cour. Le16 , cette Eminence
alla voir Mer le Duc Régent ; & le
lendemain, M. le Cardinal de Noailles .
Le 18 , le Cardinal Archevêque alla
rendre fa vifire à M. de Strasbourg.
Ces deux Eminences paroiffent fort
contentes l'une de l'autre .
Le 15 au matin , on trouva M.
l'Abbé de Bonneuil affaffiné dans fon
Appartement avec fon Valet . Sur le
rapport des Chirurgiens , on a reconnu
qu'ils avoient û latête écrafée à coups
de bâtons de cotret , que les Auteurs
de ce meurtre avoient laiffés dans la
Chambre teins de leur fang ; & que le
Domestique avoit êté tué entre dix &
onze du foir , plus d'une heure avant
fon Maître . Comme l'Abbé étoit allé
fouper en Ville & qu'il ne rentroit ordinairement
que fort tard ils crurentqu'ils
auroient tout le temsde foüillerpar tout ,
& de faire leur main , avant fon retour ;
mais êtant revenu fur le minuit ,
beaucoup plûtôt qu'ils ne l'attendoient
>
208 LE MERCURE
avec fes Porteurs qu'il renvoya malhûreufement
, fans les faire monter
avec lui ; ces Scélérats ne fçachant
comment s'échaper, fans être apperçus
ou rencontrés , piirent fur le champ , le
parti de lui faire éprouver le même
fort qu'à fon Laquais ; ce qu'ils exécutérent
auffi facilement . Ce qui paroît
fort étonnant , c'eſt qu'on ait ôté la vie
à deux hommes ,fans que les Locataires
de la Maifon qui êtoient au deffus ,
au deffous, & à côté de l'endroit où cerse
action Tragique s'eft paffée , n'ayent
rien entendu de tous ces mouvemens.
Outre les coups fur la tête , dont ces
victimes infortunées ont êté affommées
, on a encore remarqué cinq bieflures
poftiches dans le corps du Maître , &
fept dans celui du Valet , faites felon
toutes les apparences , avec un gros
ftilet ; mais on prétend , que ni l'un ,
ny l'autre n'avoit déja plus de vie ,
lorfqu'on leur a porté ces nouveaux
coups ; & que ces Affaffin ; n'en ont
ufé ainfi , que pour mieux s'affûrer de
leur mort. Car , pour l'épée du Valet ,
& un couteau de chaffe du Maître , qui
êtoient auprés des deux cadavres , il n'y
a prefque pointde doute qu'ils n'y ayent
efté
DE DECEMBRE. 209
été mis exprés , pour faire croire qu'ils
s'êtoient battus enfemble . Quoique
M. Mariet Commiffaire , ait trouvé fur
l'Abbé , cinq louis neufs & deux loüis
vieux , fans compter un baffin à barbe
avec l'étuy à favonnere d'argent, il n'y a
prefque point de doute qu'on n'ait enle
vé quelque fomme confidérable.
Le 15 , Madame alla dîner à l'Abbaye
de Chelles , pour y voir Mademoifelle
, qui continue toûjours avec
ferveur fon Noviciar.
"
t
Le 17 , les Comédiens ordinaires da
Roy repréfentérent pour la premiere
fois fur leur Théatre , une Piéce en 3
Actes , en Vers , intitulée : La Métamorphofe
des Dieux , ou les Dieux
Comédiens . Elle eft de la compofition
du fieur Dancourt , & la Mufique des
Intermédes , de M. Mourer.
Le fond ou fujet de la Fable , n'eſt
autre que Jupiter , qui galand , à fon
ordinaire , defcend du Ciel pour cul
tiver , ou plûtôt pour féduire le coeur
d'une jeune Bergere , nommée Corine ,
dont il et éperduement amoureux . Il
amène à fuire les Divinitez , qui peuvent:
contribuer aux plaifirs de fa nonvelle:
Maiwelfactes qu
LE MERCURE
-
Bachus , Faunus &c. Le Maître des
Dieux à qui les déguifemens coutoient
fi peu fe traveftit en Homme d'affaires :
Par malheur pour lui , fa Maîtreffe
n'êtoit point du fiécle , & fon goût n'êtoit
point à la mode. Elle aime un
fimple Berger ; fon nom eft Philene ,
dont le coeur naïf & tendre lui tient
hieu de tout & fair fa félicité . Jupiter
joüoitd'un grand malheur ;car ,peut-être
cette fille eftoit- elle un Phénix unique
en fon efpéce. La fatalité de l'amour
du Dieu ne finit pas là ; Junon eft avertie
de la fortie galante de fon perfide
Epoux Pour la traverfer , elle
prend à fon tour, la figure de la Tante
de la Bergere ; & fous ce déguifement
confeille à ce coeur innocent , de fe referver
tout entiere à fon Perger , & de
tenir ferme contre la fortune & les préfens
du Dieu Partifan. Junon revole
aux Cieux Aprés ceeetite fupercherie
qui fortifie la petite fille dans
fes projets de conftance , la vraie Tante
paroit on la reconnoit par le relâchement
de fa Morale auprès de fa niéce .
Ce relâchement eft d'ufage : M. Dancourt
a faifi le vrai des moeurs de pareilles
Tutrices. Il feroit à fouhaiter
DE DECEMBRE. 211
que les images de ce vrai , n'emportaffent
pas avec elle certain caractére
trop peu ménagé qui en diminuë le
prix. On ne peut critiquer l'Auteur
que fur le choix de fon vrai , non fur
Fexpofition qu'il en a donné , qui n'eſt
que trop en ufage . Jupiter , qui en bon
mary, craint le reffentiment de fa femme
, & qu'elle ne foit affés magicienne ,
pour lui enlever la Corine , charge
Bachus d'un Anneau conftellé, pour en
faire préfent à fa Maîtreffe. Après
bien des façons , elle l'accepte , ayant
reconnu par expérience qu'il avoit la
vertu de rendre invifible quiconque
le porteroit au doigt. La jeune fille fe
fert de la bague contre le Dieu même.
Bien plus , elle fe fouftrait & fait
fouftraire Philéne par fa lumiére magique
aux yeux des Argus qu'il avoit
placé auprés d'elle ; à plus forte taifən
de la Tante moyénenfe , & par fon fecours,
elle a le plaifir de fe livrer à fon
Amant. Jupiter s'emporte contre les
Amours qui l'avoient fi mal fervi : Il·les
accufe du mauvais fuccés de fon in
trigue . Effectivement , ces Dieux fri
Pons s'êtoient piêtez aux deffeins ja
Joux de Junon. Le Maître du Tonnerre
Sij
212
LE MERCURE
voulant s'en vanger , les condamne
dans fa colere, à mourir comme les autres
homines ; & pour rendre fon Arrêt
irrévocable , il en jure par les eaux du
Stix . Devenu plux doux enfuite , par
un nouvel attachement & par les priéres
de Vénus , il adhère à l'adouciffement
que l'Inconftance lui propofe de
mettre à l'effet de fon ferment, qui eft,
que , puifqu'il ne peut plus empêcher
que les Amours ne meurent, il les laiffe
renaître auffitôt dans d'autres coeurs.
Voilà ce qui fonde la Métempficofe des
Amours.
Cette Piéce eft bien êcrite , & remplie
de traits d'efprit variés ; de façon
qu'onperd de vue les fautes principales,
s'il y en a. Jupiter à la vérité n'y eft
pas délicat ; mais , il y eft Partifan'; &
fous certe figure , il y donne les exemples
d'infidélité conjugale , que fourniffent
fouvent les originaux dont il
eft copie.
Il faut convenir que fi cette Comédie
a de quoi plaire , elle tire une partie
de fon agrement des Feftes que Jupiter
ordonne , pour amufer fa chere
Corine dans des Jardins enchantez ,
ù elle est renfermée. La, Mufique
·
DE DECEMBRE. 213
des Intermédes en eft aisée • enjoüée
, bien caractérisée & tout
à fait chantante ; auffi eft- elle de l'Auteur
des Festes de Thalie
Le 18 , les deux Batons d'Exempt
dans la Compagnie de Charôt eftant
vacants , ils ont efté donnés , l'un à
M. d'Augé fils du Comte , Major Génér
ral de la Gendarmerie
efté retiré de ce corps , & l'autre , à M.
d'Anault ,ancien Brigadier de ce Corps
qui avoit
Le 19 , Madame Ducheffe de Berry
tint Toilette , où fe trouvérent tous
les Ambaffadeurs & Miniftres , avec
un grand nombre de Seigneurs & de
Dames qui formoient un cercle magnifique
.
Le 11 , il arriva un Courier de
Bretagne qui a rapporté , que par ordre
du Roy , les Etats de cette Province
avoient esté fufpendus.
Le même jour , Mgr le Duc déclara
aux Maîtres d'Hotel du Roy , que
leur différent avec les premiers Gentils-
hommes de la Chambre , avoit êté
réglé , que fur leurs rémontrances & l'éxamen
de leurs Titres , touchant ce
qui fe pratiquoit du tems de Louis
XIV. Ils avoient êté mantenus en pof214
LE MERCURE
feffion de paroître chez le Roy , avec
leur Bâton de cérémonie , & d'avertir
eux -mêmes S. M. dans fa Chambre ,
dans fon grand Cabinet , chez M. le
Maréchal de Villeroy & chez Madame
la Ducheffe de Vantadour , que la
viande êtoit fervie ; mais , qu'ils n'entreroient
point dans le Cabinet particulier
, le Roy pouvant s'y être enfermé
pour des affaires particuliéres ;
que dans ce cas , ils fe contenteroient
d'avertir l'Huiffier que la viande eft
fur la Table.
2
M. le Comte de Kiniffegg Ambaffa
deur de l'Empereur ayant efté attaqué
en même tems de la goute & d'une
douleur très violente au fondement ;
après avoir êté agité de maux infupportables
pendant 15 jours , M. Anėl
Chirurgien de S. E. jugea à propos de
lui faire l'Opération de la fiftule à
Panus , parce qu'il y remarqua une eſpéce
de dureré fans tumeur fituée entre
le coxix & l'anus , qui fut fuivie
peu de tems après , d'une élévation à
la peau ; c'est ce qui détermina d'abord
ce Chirurgien à plonger fa lancette
de l'épaiffeur d'un pouce , avant
que d'arriver à la matiére qu'il fit écou
•
DE DECEMBRE.
215
•
ler , à la faveur de laquelle il fit le
lendemain 18 la grande Opération ,
en préſence de M. Helvetius le fils ,
Médecin , de M. le Dran le pere , de
M. Maliffain & Tartanfon , trois fameux
Chirurgiens de cette Ville , M.
Dubois célébre Apoticaire , y fut auffi
appellé. Si M. Anel n'avoit pas ouvert
cet abcés auffi ponctuellement ,'
il y avoit à craindre que S. Ex . n'en
ût êtéincommodée le reite de ſa vie
Voilà la deuxième fois que M. Anel
a fait hûreufement 2 cures très périlleufes
à ce Seigneur ; l'une en Italie ,
où il lui tira avec toute la dextérité
imaginable , une bale perdue dans les
chairs ; & l'autre , en cette derniére
occafion , fans qu'il luy foit furvenu le
moindre accident , & fans qu'il ait
û de fiévre : Tous les panfemens ont
êté fuportables & deviennent tous les
jours moins douloureux ; on juge qu'-
il ne faut que cinq femaines pour fon
parfait rétab iffement .
M. l'Abbé Bignon a reçu une Lettre
de M. Arefkin Général Ajudant &
Chambellan , du Czar , êcrite de Peterbourg
le 7 Novembre , dont voici
la fubftance ; il lui marque : Que S.
216 LE MERCURE
"
M. CZ. eft très fatisfaite que l'il'uftre.
Corpsde l'Academie des Sciences veüille
bien l'a gréger au nombre des Membres
qui le composent , en lui offrant fes nobles
travaux * depuis l'année 1699
jufqu'à préfent , comme un Tribut appartenant
de droit à chaque Académicien
; quefon Maître cherchera les occafions
d'en marquer fa reconno : fance ;
& que par la recherche exacte de toutes
les curiofitez les nouveautez que S.
M. pouradécouvrir dans fes Etats , elle
tâchera en les communiquant , de mé
riter le nom d'un bon Membre de cette
illuftre Académie.
du
S. M. approuve fort vôtre pensée ,
Monfieur, qu'en fait de Science , la difinition
fe tire moins du rang , que dis
génie , des talents & de l'application.
Pour ce qui vous concerne , elle est très
fenfible à votre manière d'agir envers
elle , pendant fon féjour en France , &
fouhaite des occafions de vous témoigner
toute l'amitiéqu'elle a confervéepourpous .
Pource qui eft de moi , M,je ne perdrai
jamais le précieux fouvenir de vôt , baute
capacité & decette extréme politeffe qui
• vous attirel'eftime la vénération de tous
les honêtes gens.
Hiftoire de cette Académie. J'ai
DE'DECEMBRE 217
Ja
" Ai parlé dans les Mercures précédens
,de l'ouverture du Bureau général
d'Adreffe & de Rencontre , & des avantages
que le Public en retireroit.
Comme je n'en ai donnéjufqu'apréfent
qu'une légére idée , il femble que le Public
exige de moi , que je l'inftruife des
Loix & des Réglemens, que les Direc
teur de cette entrepriſe fe font impofés
pour l'utilité& la commodité publique.
J'ai cru qu'en y ajoûtant la première
Lifte de tous les Effets , Demandes G
Propofitions préfentées audit Bureau .
on détromperoit par cet expofé , beaucoup
de perfonnes qui avoient regardé
jufqu'à préfent , le projet de cet établiffement
, comme impoffible dans l'éxécution.
Voilà cependant les chofes en ordre »
& c'est déja beaucoup pour affermir la
confiance commune. Il faut efpérer
qu'elle ne fera qu'augmenter , & que
l'on appercevra bien- tôt les effets de la
fage régie de ceux qui en font à la tête.
Décembre 1717.
T
218 LE MERCURE
LISTE UNIVERSELLE.
Du Bureau général d'Adreffe & de
Rencontre , où chacun peut donner &
recevoir avis , de toutes les néceffités
& commoditez de la vie & focieté
civile , remis en meilleur ordre qu'il
n'a été par le paffé , pour l'utilité da
Public.
PAR PERMISSION DU ROY ,
Contenue en fes Brévets , Arrêts du .
Confeil d'Etat , Déclarations , Privilege
, Confirmations , Arrêts de
la Cour, Sentences & Jugemens don
nez en confequence .
L
E Bureau d'Adreſſe a paru fi utile
que les Rois Henri IV.
,
Louis XIII. Louis XIV. & Louis XV.
n'ont ceffé de le favorifer par les Brévers
, & Privileges qu'ils en ont accordés.
En effet , pour peu qu'on y
veüille faire attention , l'on reconnoîtra
qu'il n'y a gueres de chofes plus
avantageufes , que l'établiffement de
ce Bureau. Comme les hommes
DE DECEMBRE. 219
font liés entr'eux , par la néceffité
d'un commerce mutuel de befoins &
de fecours réciproques , il arrive tous
les jours , que les uns fouhaitent d'avoir
quelque chofe, dont les autres feroient
bien aife de fe défaire ; & que réciproquement
, les uns cherchent à fe
débaraffer de plufieurs effets , dont d'autres
defireroient de s'accommoder. Ce
qui peut donc être le plus utile pour
le commerce , c'est que chacun de
ceux qui voudroient fe dèfaire de quelque
chofe, fçeût à point nommé, quels
font les gens qui en ont befoin ; & qu'au
contraire, ceux qui voudroient s'accommoder
d'autres choſes , fuffent inftruits
où ils pourroient les trouver : Rien ne
paroît donc plus utile que de trouver
unmoyen facile , par lequel on pût
fatisfaire à ces befoins mutuels .
C'eft ce que nos Rois fe font propofé
dans l'établiffement du Bureau
général d'Adreffe & de Rencontre ,
auquel ce nom n'a êté donné , que
parce que, tout le monde pouvant toûjours
s'y adreffer , chacun y peut rencontrer
ce qu'il chercheroit vainement
ailleurs . C'eft auffi ce qu'on fe propo-
Tij
220 LE MERCURË
fe dans ce Bureau établi ruë faint Sau
veur , dans lequel , chaque particulier
qui aura befoin de quelque chofe
pourra venir propofer ce qu'il defire ;
comme au contraire , celui qui aura
quelque chofe dont il ait deffein de fe
défaire , viendra en donner avis ; afin
que l'on en informe le public.
"
On tiendra dans ce Bureau univerfel
des Regiftres dans lesquels ,
non feulement les perfonnes qui auront
des avis licites & permis à donner ,
mais celles qui voudront en recevoir ,
pouront fe faire enregistrer.
Pour cela , chaque particulier y
fera d'abord dreffer fon Mémoire fur
une feuille , en forme de Minute , fur
laquelle , l'intention du Demandeur y
fera apurée ; après quoi , ce Mémoire
fera infcrit fur le Regiftre dans les 2,4
heures , pendant lefquelles il fera in--
formé avec une prudence tacite , du Domicile
donné ; afin qu'il n'y ait point
d'avis inutiles ; & le tout fe fera moyennant
trois fols feulement , pour
chaque article enregistré , de même
que pour l'Extrait de chaque enrégiftrement
, en cas que l'on défire en
faire tirer un : Et fi on veut que l'avis
DE DECEMBRE. 221
•
paroiffe dans les Liftes courantes , le
Bureau fe contentera de fort peu de
chofe ,pour l'article qu'on fouhaite faire
imprimer , & que l'on réitérera dans
toutes les Editions fuivantes , jufqu'à
ce que l'affaire foit confommée .
L'on rendra le Mémoire le mieux
circonftancié & le plus court qu'il fe
pourra ; & pour éviter même la longueur
& l'embaras , on fe contentera
d'écrire fur le Registre du Bureau , le
nom de celui qui donne l'avis , ou tef
autre qu'il voudra choifir avec la chofe
dont il s'agit ; & on lui donnera un
billet femblable à cet enrégiftrement ,
fel on le rang auquel il fera venu .
On recevra auffi tous les avis des
Provinces de France & des Païs étrangers
, qui indiqueront quelque chofe à
vendre , ou qui marqueront les chofes
que l'on veut achetter. Mais on aura
foin fur les lieux , de payer le port des
Lettres qu'on envoyera : Les dépenfes
que l'onfait pour le Bureau étant déja
aflés grandes , il ne feroit pas jufte que
F'on fût encore chargé de celle- là .
On fera donc imprimer , autant de
fois qu'il fera néceffaire , un petit Livre
qui ne coutera que 2 fols 6 deniers , &
Tiij
222 LE MERCURE
>
qui contiendra tous les AVIS qu'on
aura envoyez au Bureau comme
Terres , on Maisons à vendre ou à
louer , Meubles , Chevaux , Inventaires
, Curiofitez , ou autres chofes
nouvellement arrivées , à vendre à
Paris ou en Province : Livres nouveaux,
inventions touchant , les Arts & les
Sciences , Changement de demeures des
Marchands on Artifans, & autres : Hôtel
à louer , entiere ou portion , on
Chambre garnie.
De même,fiquelqu'un a befoin d'un
habit brodé , d'un meuble de Velours
ou autre effet , on aura foin de le faireimprimer
comme les autres . Si l'on
ne veut pas mettre dans l'Avis ,fon nom,
ni fon adreffe , on poura donner des
Mémoires où cela ne foit point marqué
, & le petit Livre avertita que ce
nom eft au Bureau . Par ce moyen ,
aura l'avantage , fans fe faire
connoître , de fçavoir à qui s'adreffer,
& d'apprendre quels font les gens qui
auront befoin des chofes dont on veut
fe défaire Il en fera de même à l'égard
du prix. On aura foin à l'avenir ,
pour la commodité de ceux qui achetteront
ce petit Livre , de difpofer ces
on
DE DE CEMBRE. 223
avis par Chapitres diftincts avec cha
cun leur titre, comme Maifons à louer;
Maifons à vendre , Meubles, Chevaux ,
Nouveautez, chofes perdues & trou
vées & c.
S
Or , pour éviter les inconveniens
qui arrivent , de ce que les Avis publics
changent tous les jours , & engager
les particuliers à en avertir , on dépofera
au Bureau depuis fols , jufqu'à
un louis , dont fera donné recépiffé
; car , une des principalles commoditez
du Public en ceci , eft de
ne point recevoir d'Avis inutiles. De
même , ceux qui affichent pour toute
leur vie , & qui ont befoin de renouveller
leurs Affiches de tems en tems,
& de faire pour cela , bien de la dépenfe,
en feront quittes pour une mé
diocre fomme par mois , fans autre foin
que d'envoyer payer le mois.
Il eft bon d'avertir, que ceux qui demeurent
en Province , & qui voudront
avoir ces petits Livres , n'auront qu'à
faire tenir l'argent d'un quartier ou
d'une année , par leurs meffagers , ou
amis ou correfpondans ; on fera les paquets
, & on les portera à la pofte ,
fans qu'il en coûte autre chofe , que
le prix des Livrets , avec le port. Tiiij
•
224 LE MERCURE
Ceux qui voudront donner des Avis,
touchant ce petit Livre , pour l'utilité
du Public , pouront les envoyer inceffament
.
Cette nouvelle maniere prévé
nant tous les inconvéniens , on retirerá
de ce Bureau toute l'utilité imagi
nable :Car , on ne poura rien défirer
dans les Provinces & dans la Capitale
du Royaume , dont on ne foit informé
par cette voye , ce qui feroit trés difficile
à découvrir fans ce fecours , ne
feachant à qui s'adreffer , pour avoir
ces chofes , ou pour s'en défaire. Com- ·
me les Avis viendront d'une partie du
Public , ce fera faire préfent à l'autre ,
de ce que le Public lui donne : Ainfi ,
ce canal donnera, lien réciproquement
à tous les particuliers, de fe rendre fervice
les uns aux autres ; enforte que
perfonne n'aura rien qui puiffe ferviz
à un autre , que cet autre ne fçache
auffitôt où trouver celui qui peut l'en
accommoder . Il fe rencontrera même
par là , que la plupart des perfonnes qui
ont des choſes inutiles , qui ne font
publiquement d'aucun débit , & dont
elles demeurent chargées ; & d'autres
aucontraire,ayant befoin de ces chofes ,
DE DECEMBRE. 225
eftant contraints de s'en paffer, faute
de fçavoir où les prendre , les uns &
les autres apprendront par ces petits
Livres , les moyens de s'accommoder ;
ce que l'on peut regarder , comme un
des principaux liens de la focieté ; &
it eft difficile de trouver une voye plus
abregée , plus fûre & moms onéreufe ,
pour fe rendre utile les uns aux autres.
Car ,que peut - on imaginer de plus
commode , que de pouvoir apren
dre en un quart d'heine , fans for
tir de chez foi , & prefque pour rien ,
• tout ce qui peut entrer dans le commerce
des néceffitez de la vie ? L'on pou
ta donc encore fe difpenfer par ce même
moyen, de faire des affiches , dont
la dépenfe eft d'autant plus confidérable
, qu'elle monteroit fouvent auffi
haut , que la forme que produiroit ce
qu'on veut vendre ; lors que les chofes
dont on veut fe défaire , font de peu
deconféquence, & qui font en bien plus
grand nombre que les autres. De plus ,
il y a quantité de chofes pour lesquelles
on ne s'eft point encore fervi d'affiches,
afin d'en informer le Public .
La voye qu'on propofe eft bien plus
facile > car , outre que les affiches no
226 LE MERCURE
font vûës que de ceux qui marchene
dans les rues , & dont la plûpart ſe font
même une espéce de honte de les regarder
& de les lire ; c'eft qu'elles font
en une telle confufion , par le grand
nombre de nouvelles qu'on en trouve
tous les jours , qu'on ne daigneroit y
chercher celles dont on a befoin ; enforte
qu'on ne remarque guéres que
les plus apparentes. Ainfi , chaque particulier,
qui a quelque avis à donner au
public , a donc beaucoup d'interêt de
le faire par le moyen de ce petit Livre;
& l'on peut affûrer que ceux qui s'y
feront mettre , auront un grand avantage
fur ceux qui voudroient épargner
fe peu qu'il en coûte. Car , il eft certain
qu'une maison, par exemple, que par ce
Livrer , on verra être à louer , le fera
beaucoup plûtôt que celle dont on n'eſt
averti que par un écriteau attaché à la
porte. Ceux qui auront quelques mar→
chandifes ou modes nouvelles , quelque
invention ou autre chofe qui foit
d'ufage dans les Provinces , auront encore
un interêt trés confiderable à en
donner avis , par ce petit Livre qui ne
manquera pas d'y être envoyé.
.
DEDECEMBRE.. 227
LISTE
Des principalles chofes pour lesquelles
on peut s'adreffer, & defquelles on
peut faire rencontre aisément au Bureau
général d'Adreffe & de Rencontre
, & quiferont mifes fur le Regiftre
, & imprimées dans les petits
Livres d'Avis.
1. Eux qui voudront vendre des
Terres ou des Maifons à la
Campagne, envoyeront au Bureau , des
mémoires qui marquent en quoi elles
confiftent , & qui en faffent connoître
le prix.
II. Ceux qui auront des Maifons à
vendre à Paris , marqueront le prix &
ce qu'elles contiennent , dans les mémoires
qu'ils envoyeront au Bureau .
III. Ceux qui auront des places
à vendre pour bâtir , doivent marquer
dans leurs mémoires , le nombre des
toifes , le quartier où la place eft fituée
& le prix .
I V. Ceux qui auront des Charges
à vendre , doivent en marquer le prix
dans les mémoires qu'ils envoyeront
128 LE MERCURE
avec les gages & les émolumens qu'ils
en retirent.
V. Ceux qui auront des Rentes à
vendre , marqueront dans leurs mémoires
en quoi elles confiftent."
VI. Ceux qui auront des Biens, dont
la vente fera pourfuivie en Juſtice ,
pouront envoyer leurs mémoires.
VII. Ceux qui auront des Inventaires
à faire , pouront , quelque tems
avant de les ouvrir , envoyer des mémoires
de ce qui s'y doit vendre de plus
remarquable.
VIII. Ceux qui voudront vendre
des Bibliotheques , des Cabinets de
Livres ou des fonds de Librairie , dotvent
faire fçavoir le nombre des vo-
Humes, & fi ce font des Livres de Theo
logie , de Philofophie , de Mathe na
tiques , de Médecine , de Droit , d’Hiftoires
ou de figures , & dans quel lieu
on les peut aller voir ou achetter.
IX. Les Libraires pouront envoyer
des mémoires de leurs Livres nouveaux
, & le prix qu'ils les vendent ,
afin que le Public en föit inftruit On
n'entrera dans aucun détail de ce que
contiennent ces Livres ; mais , l'on fe
contentera de marquer le titre du Li-
C
DE DECEMBRE. 229
vre , le prix & le nom du Libraire .
X. Les Curieux ou autres , qui voudront
le défaire de leurs tableaux
n'auront qu'à en marquer la grandeur ,
ce qu'ils reprefentent , le nom des
Peintres qui les ont faits , & ce qu'ils
les eftiment.
XI. Ceux qui voudront vendre tout
ce qui s'appelle meubles , bijoux , habits
, caroffes , chevaux &c. n'auront
qu'à envoyer des mémoires inftructifs
de toutes ces choſes .
XII. Ceux qui voudront faire pêcher
leurs êtangs , & en vendre le
poiffon , doivent envoyer des mémojres
du lieu & du tems.
XIII. Les Particuliers qui auront
du vin à vendre en gros ou en détail ,
n'auront qu'à faire fçavoir de quel
crû , & de quel prix il eſt .
XIV. Les Jardiniers qui auront des
fruits , fleurs & legumes prématurées
à vendre , n'auront qu'à en envoyer
des mémoires .
XV. Ceux qui voudront achetter
quelques -unes des chofes marquées
dans les articles ci - deffus n'auront
qu'à s'adreffer au Bureau pour en informer
le Public.
›
230 LE MERCURE
XVI. Ceux qui auront des Maifons
ou des appartemens confidérables
à louer , en envoyeront des mémoires
: On en parlera plus amplement
que les écriteaux qui n'en font point
de defcriptions ; on dira en quel quartier
elles fons fituées , ce qu'elles ont
de beau & de commode , & leur prix.
XVII. Ceux qui voudront prendre
des Maifons à loyer, envoyeront auffi
leurs mémoires .
XVIII. Ceux qui auront des Jardins
à louer dans les fauxbourgs de
Paris , ou dans les Villages des envi-
Tons , pouront en faire fçavoir le prix ,
& en quoi ils confiftent; afin qu'on épargne
par là au Public , la peine de faire
plufieurs voyages pour en chercher.
XIX. Ceux qui voudront prendre
des Jardins à loyer , feront la même
choſe.
XX. Ceux qui voudront faire des
échanges de terres , de rentes , & généralement
de tout ce qui fe peut échanger
, marqueront dans leurs mémoires
ce qu'ils veulent donner , &
ce qu'ils veulent avoir.
XXI. Ceux qui auront des Biens
à donner à ferme , envoyeront des
DE DECEMBRE.
231
mémoires bien circonftanciés , & on
les rendra publics .
XXI . Ceux qui voudront prendre des
biens à ferme , feront la même chofe.
XXII . Ceux qui auront des machines
& des découvertes nouvelles ,
utiles au Public , n'auront qu'à le faire
fçavoir au Bureau.
XXIII . Ceux qui chercheront des
gens pour s'affocier avec eux , foit
dans l'exercice de quelque art , foit
pour trafiquer , n'auront qu'à le faire
fçavoir.
XXIV . Les Pinces Etrangers , les
Ambaffadeurs , & les autres Etrangers
de qualité qui arriveront à Paris , pourront
s'adreffer au Bureau , s'ils veulent
que leur train foit fait en peu de
tems. On les fervira , non feulement
en cela , mais encore, en ce qui regarde
beaucoup de chofes dont ils рец-
vent avoir beſoin .
XXV. Tous les Etrangers qui vien
dront à Paris , n'auront qu'à s'adreffer
au Bureau ; on leur dira comment
ils pourront voir ce qu'il y a de curieux
, à qui ils doivent s'adreffer ; &
s'ils veulent, on leur donnera des gens
pour les conduire par tour . On leur
232 LE MERCURE
enfeignera auffi ce qui leur poura
être néceffaire pendant le tems de
leur fejour.
dans
XXVI. Les Maîtres , qui prennent des
Penfionnaires pour étudier ,
étudier , n'auront
qu'à envoyer leurs Mémoires ,
lefquels ils auront foin de marquer
le lieu où ils demeurent , le prix qu'ils
prennent , & le nombre des Penfionnaires
qu'ils ont. Ils doivent même faire
fçavoir , s'ils font d'Eglife , ou mariez
; s'ils ont des Jardins , & s'ils
font logez en bel air .
XXVII. Ceux qui voudront fe mettre
en penfion , n'auront qu'à s'adreffer
au Bureau , on leur rendra fervice.
XXVIII. Les perfonnes publiques qui
fe trouveront chargées de beaucoup
d'affaires , pouront envoyer le lieu
de leur demeure , lors qu'elle "aura
changé ; on en avertira le public , &
fur tout, les gens de Province à qui on
croira faire un grand plaifir . Plufieurs
n'ayant point d'habitude à Patis , font
fouvent embaraffez , au retour de leur
pays, à chercher ceux qui ont eu autrefois
leurs affaires entre les mains ,
ne pouvant les trouver , parce qu'ils
ont changé de demeure,
CeuxDE
DECEMBRE. 233
XXIX. Cenx qui feront intereffez
dans les manufactures , pouront avertir
des chofes à quoi on travaille dans
ces lieux. Beaucoup de gens paffent
fouvent par des Villes , où il y en a
d'établies,fans rien achetter , faute de
fçavoir qu'il y en ait .
XXX . Les Curieux qui voudront
indiquer leurs demeures , & recevoir
ceux qu'on leur envoyera , pour voir
leurs Cabinets , pouront par ce moyen,
faire leurs affaires , foit en vendant ,
foit en troquant.
XXXI. Les Intereffez dans les Vaiffeaux
qui arriveront dans les Ports de
France , n'auront qu'à envoyer le dénombrement
des marchandifes qui feront
dans lefdits Vaiffeaux , & on en
avertira le Public .
XXXII Les Marchands forains
pourront
, avant l'ouverture des Foires , envoyer
des mémoires de tout ce qu'ils
auront fait faire de nouveau , pour y
étre vendu .
XXXIII. Les Peintres fameux , dont
le public fouhaite de voir les Ouvra
ges , & fur tout les Etrangers , envoyeront
leur demeure , & des mémoires
de tout ce qu'ils auront de plus confi
234
LE MERCURE
•
derable , ou qu'ils confervent chez
eux , ou qu'ils ont fait chez des , perfonnes
qui voudront bien les faire voir
aux Etrangers de qualité ; le tout , pour
la gloire de la France , & pour leur
utilité particuliere.
XXXIV . Les Marchands & Artifans
confiderables , qui auront changé de
demeure , , pouront en ' donner avis au
Bureau , qui en informera le Public.
XXXV.Ceux qui établiront des commoditez
pour voyager , doivent en envoyer
des mémoires .
XXXVI . Les Huiffiers qui partiront
pour quelque Province, pouront le faire
fçavoir , par ce moyen ils feront
chargez des affaires de ceux qui en
ent dans les mêmes lieux ou fur la
route ; & il en coûtera bien moins aux
particuliers , qui font fouvent obligez
d'envoyer des Haffiers , & de payer
feuls , tous les frais de leurs voyages.
XXXVII . Ceux qui auront des affaires
en Province , pouront auffi en
donner avis , & en envoyer des mémoires
au Bureau.
XXXVIII. Ceux qui auront fait
quelques pertes , de quelque nature
qu'elles foient , doivent bien marquer
DE DECEMBRE
235
dans les mémoires qu'ils envoyeront
au Bureau , tout ce qu'ils auront perdu
, & ce qu'ils voudront donner à
ceux qui l'auront trouvé .
XXXIX. Ceux qui auront trouvé
quelque chofe , en donneront avis au
Bureau ..
XL. Comme il fe fait de tems en
rems des plaidoyers fameux , que pluhieurs
perfonnes fouhaitent d'entendre,
foit à caufe des matiéres curieufes que
l'on y doit traitter , & dont on eft bien
aife de s'inftruire , foit à caufe du merite
des Avocats ; on croit obliger le
'public, en avertiffant des jours que l'on
doit plaider des caufes fi célébres . Ainfi
, les Parties pour lefquelles ces caufes
fe plaident , ou Meffieurs les Avocats
n'auront qu'à en envoyer des avis .
XLI. Lorfque des Prédicateurs fameux
prêcheront dans quelque Eglife ,
en en pourra auffi donner avis.
XLII. Ceux qui voudront faire des
Leçons ou des Conferences publiques ,
n'auront qu'à envoyer lears avis au
Bureau .
XLIII. Tous ceux enfin , qui voudront
avertir le public de quelque chofe qui
foit de nature à être affiché , ou qui
Vij
236
LE MERCURE
a coûtume de l'être , n'auront qu'a
donner leurs mémoires bien circonf.
tanciés au Bureau , avec pouvoir de les
faire imprimer on ne manquera pas
de les fatisfaire .
ce
Enfin , on peut s'adreffer en ee Bu
reau univerfel , pour tout ce qui peut
entier dans le commerce licite & permis
, qui compofe la focieté civile .
PREMIERE LISTE
Des Avis qui font venus au BUREAU
général d' Adreffe & de Rencontre, ruë-
S., Sauveur , qui donne d'un bout , dars
la rue Montorgueil; de l'autre , dans
la rue S. Denis..
DEUX NAVIRES A VENDRE .
L'un eft de so à 52 piéces de Canony
& l'autre, de 40 à 44 piéces , du port
de 400 à 450 Tonneaux chacun.
On verra au Bureau , l'Etat de leurs
Inventaires & autres Inftructions , pour
y recevoir les offres ..
UNE MAGNIFIQUE TENTURE DE
TAPISSERIE à Vendre .
C'eft un Ouvrage des plus riches
& des plus finis : Elle eft digne de
DE DECEMBRE.. 237
Fattention des curieux : Elle paffe.
30000 , cy
Elle eft au Bureau. grean .
30000
liv.
UNE BAGUE d'un Diamant de dix
huit grains , fort
Elle eft au Bureau.
• 5000
liv.
PLUS . 2. Pendeloques de Diamants
Ils péfent enfemble vingt-deux grains .
Au Bureau.
4500
liv.
UNE VERDURE , TAPISSERIE DE
FLANDRE.
Elle a deux afines & demie de haut ,
fur environ dix- huit aûnes de cours.
Au Bureau.
UN TABLEAU du Rimbran .. 150 liv.
1
On le voit an Bureau.
N° 2. UN TABLEAU de Louis XIV..
Dans fon cadre de bois doré.
L'adreffe eft au Burear.
་
N° 3. UN TABLEAU de Mgr le Grand
Dauphin , Fils de Louis XIV. 33 1
Au Bureau.
N 4 UN TABLEAU de Mgr le Dau
phin , Petit - Fils de Louis XIV : 33 10
Au Bureau.
NS UN TABLEAU repréſentant une
Danaë , dit original
Au Bureau.
60 liv.
Vrij
238
LE MERCURE
Nº 6. DEUX BRAS à bougie , à plaques
de glace de Venife .
An Bureau .
35 liv.
N° 7. DEUX FAUTEUILS à bras , garnis
de crin-
Ils font couverts de morceaux de
rapport , & en partie de velours cramoifi
•
401
.
L'adreffe eft au Bureau.
No S.UNE GARNITURE de fept piéces
de Fayance
Au Bureau.
14 l.
N° 9 UN CABINET,façon de la Chine.
11 eft avec une table à tiroirs , &
deux guéridons affortiffans , 401. ·
Au Bureau.
N 10. N. DEMANDB à emprunter
14000 1. partie Billers de l'Etat .
C'est un Particulier & la Dame fon
époufe , qui déclarent pour 42000 1. de
principal dans Paris , francs & quittes;
à l'exception de 150-1.de rente rachetable
, à laquelle la femme n'eft pas
obligée Les éclairciffements de leurs
biens font contenus fous les Articles ,
depuis No 10 , jufques & compris le
N 18 inclufivement. On en donnera
communication feulement à ceux à
qui la propofition conviendra .
No 19. UN TABLEAU fur toille de 40 f
DE DECEMBRE. 239
Il repréfente un Paifan jouant de
la mufette , copie d'aprés Vandeck,
Au Bureau .
30 1.
N 20 UN TABLEAU fur toille de 10 f
11 repréfente un S. Jerôme , d'aprés
Blanchard
Au Bureau.
20 1.
No 21 UN TABLEAU repréfentant les
Enfans de Jacob vendant leur frere
Jofeph ,
Au Bureau.
Nº. 22. AFFAIRE particulière .
N' 23. AFFAIRE particuliere.
No 24. UN MEUBLE à vendre.
30
l..
C'est un Lit à la Ducheffe de Damas
verd , & reparty de plufieurs étoffes
d'habits à fleurs d'or : Il y a un bordé
d'or fin , qui à la verité eft terny.
L'adreffe eft au Bureau.
No 25. PLus un Bois pour ledit lit,
une Paillaffe , deux Matelas , un
Lit de Plume , deux Couvertures
No 26. Affaire finie.
No 27 Affaire auffi finie.
N° 28. Affaire finie.
300 liv,
N 29. UNSOPHA de Bois à la
Capucine,
240 LEMERCURE
Heft garny de crin & couvert par Bandes
de Tapiflerie , & de Damas à
feurs d'Or.
L'adreffe eft au Bureau.
า
60 liv
N° 30 35. & 32. SIX CHAISES
afforties aux fufdit Soffa.
L'adreffe eft au Bureau .
>
N 33 DEUX TABOURETS de
Bois à la Capucine , affortiffans auf
dites Chaifes
An Bureau.
15. liv.
N34. UN PETIT Bureau à pied de
Biche.
Il eft façon d'Ebeine, couvert de maroquin.
Au Bureau.
1101
No 35 Jufqu'au No 47. Affaires finies .
N° 48. UN PARAVANT à fept.
feuilles.
Il est de bon Drap verd
L'adreffe eft au Bureau.
40 liv.
N 49. UN BON CLAVECIN ordinaire:
à deux Claviers & trois Jeux rgo l ..
Au Burean.
No.
50. N. DEMAND E´un Chien
Brac.
L'adreffe eft au Bureau.
No 51. N DEMANDE deux Lits
Jumeaux de rencontre,qui foient de
Damass
DE DECEMBRE. 241
Damas garnis de leur couche.
L'adreffe eft au Bureau.
No 52. N. DEMANDE une Roquelaure
Ecarlate , qui foit à Boutons d'or &
de rencontre.
L'adreffe eft au Bureau.
No 53 N. DEMANDE à vendre ou
à troquer un Contrat fur une Communauté.
Il est au principal de
L'adreffe eft au Bureau .
20000 1 .
No 54. DEMANDE particuliere.
L'adreffe eft au Bureau .
No ss. N. DEMANDE une Chaiſe
roulante de rencontre
piftoles.
>
L'adreffe eft an Bureau .
d'environ 35
N°. 55. UN TABLEAU repréfentant
un Saint Pierre dans le défert. 20 liv.
Au Bureau.
DEPUIS le N°. 57. jufques & compris
le N° 1 16, le Registre du Bureau n'eſt
chargé que de belles Porcelaines du
Japon , de rencontre , & à trés jufte
prix.
L'on en voit des efchantillons an
Bureau.
N° 117. UNE GARNITURE de bontons
de rencontre .
Décembre 1717. X
242 LE MERCURE
Ils font de pur trait d'argent. II liv.
Au Bureau.
N° 1 IS. UNE BELLE ECHARPE d'hermine
noire 200 liv.
Au Bureau.
LA MESME PERSONNE demande à achetter
un Lit à la Ducheffe , de Damas
cramoifi ; les Tapifleries les
Chaifes & le Sopha affortiſſans.
L'adreffe eft au Bureau.
,
N° 1 19. N. DEMANDE encore un
Meuble de Damas cramoifi.
L'adreffe eft au Bureau .
NI 20. CHAMBRE GARNIE AVEC
UN CABINET A LOVER .
Elle confifte en une Tapifferie à
Oyfeaux , un grand Lit à Houffe verte ,
& un petit Lit dans le Cabinet, avec un
grand Miroir ; & l'on y fournira le
linge de Table ; le tout pour 20 liv,
par mois , cy
20 liv.
L'adreffe eft vis- à - vis les Peres de
l'Oratoire , à l'Image Saint Sulpice.
N° 121 DEMANDE fecrette :Elle peut
convenir à beaucoup de gens , qui ont
de l'argent qu'ils veulent placer fûrement
& fans ufure ; les éclairciffemens
s'en pouront communiquer à
gens propres pour l'exécution.
DE DECEMBRE. 243
L'adreffe eft au Bureau .
N. 122. N. Demande un caroffe
coupé de rencontre .
L'adreffe eft au Bureau.
N. 123. N. Demande une tapifferie
, verdure de Flandre , de fept à
850. livres ; & pour n'avoir point
la peine d'aller de Tapifliers en Tapiffiers
, on prie ceux qui en auront de
cette qualité & de ce prix , de la venir
annoncer au Bureau . On la payera
Comptant.
No. 124. N. Demande à emprunter à
conftitution de rente,neufà 10000. liv.
L'on hypothequera pour dix-huit à
20000. livres de contrats de rente à Paris,
que l'on déclarera francs & quittes.
L'adreffe eft au Bureau .
N. 125. Un Habillement d'homme
complet,neuf & de rencontre , à vendre .
Il eft de drap noir , la culote doublée
de peau;il est pour moyenne taille .
40. liv.
Au Bureau.
No. 125. N. Demande à emprunter
fur des délégations de loyers qui feront
acceptés .
L'on veut fept à 800. livres , qui fe
Xij
244
LE MERCURE
ront remboursées par cinquième , de
quartier en quartier.
L'adreffe eft au Bureau.
N ... 127. N. Demande à acheter une
Terre confidérable , dans l'acquifition
de laquelle , on voudroit paffer des billets
de l'Etat . On voit là fuite de la
propofition au Bureau.
Propofition fecrétté , pour emprunter
cent mille livres.
L'on donnera des fûretés pour plus de
trois cent mille livres, qui ne feront pas
rejettées.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 128. N. Demande à emprunter
soo. livres pour neufmois.
. On donnera de bonnes fûretés.
N. Demande une verdure d'Hollande
, & unlit de Damas uni.
C'eft la même perfonne que deffus :
L'adreffe eft au Bureau .
No. 129. Un juppon , & la tapiſſerie
d'un fauteuil à vendre .
Le juppon eft de damas verd , beau ,
comme neuf, & les morceaux de tapiflerie
pour le fauteuil , n'ont point en
core êté montés , 39 liv.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 130. N. Affaire particuliere .
DE
245 DECEMBRE.
No 131. Affaire finie .
No 132.Un Trumeau ,pour cheminée
d'une glace à vendre ,
An Bureau.
70. liv.
No 133. N. Demande à acheter une
Berline , ou un Caroffe coupé.
L'adreffe eft au Bureau.
N' . 134. N. Demande à acheter une
maifon dans Paris .
On fouhaiteroit qu'elle fût à porte
cochere,avec jardin en grand air ; comme
vers l'Eſtrapade : L'on y mettra vingt
à 22000. livres ; & on payera d'abord
moitié en efpeces .
L'adreße eft au Bureau .
No. 135. Une Montre Angloife à
vendre .
La même perfonne demande 12. chemifes
à dentelles ; il y mettra quatre
à 5oo. livres .
No. 136. L'on demande 3000. livres
à conftitution de rente.
L'on déclare pour 30000. livres de
fonds à Paris, francs & quittes.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 137. Diverfes rentes & rembourfemens,
à vendre ou à emprunter deffus ,
avec garantie .
Le tout eft fur dés perfonnes qui font
•
X iij
2~46 LE MERCURE
bonnes , ainfi que les éclairciffemens,
que le propofant en a donné au Bureau ,
le feront connoître .
N° 138. N. Demande une place de
Jardinier.
C'est un homme de 40. ans , marié,
& fans enfans , qui dit fçavoir le jardinage
en perfection : Il entend la culture
des arbres fruitiers des orangers ; il tra
vaille aux fontaines ; il fera connoître
les lieux où il a été.
L'adresse eft au Bureau.
No. 139. N. Demande une place
de Concierge.
C'eſt une femme veuve ,fans enfans;
elle eft propre a être concierge , jardi-
Diere & gouvernante d'enfans.
No. 140. Finie.
No. 141. Plufieurs Commodes , &
Equipages de toillete,à vendre en gros .
Une commode d'écaille de marqueserie
,
On lafera
voir
au Bureau
.
145.
liv.
No. 142. Une autre de bois d'olivier,
48. liv.
L'adresse eft au Bureau.
lée ,
Nº. 143. Une de paliffandre anne-
46.
liv.
DE DECEMBRE. 247
L'adresse eft au Bureau.
No. 144. Une de bois d'olivier , 30. I.
L'adresse eft au Bureau.
No. 145. jufqu'au no. 148. finies .
N. 149. Une de bois de fil d'olivier,
Ladresse eft au Bureau..
30 liv.
No. 1 5o. Un équipage de toilette
ferrée ,
L'adresse eft au Bureau .
No. 151. Une autre de
L'adresse eft an Bureau .
20. liv.
14. liv.
No. 152. Une de bois d'Olivier. 18. 1 .
On poura vendre lefdites Commomodes
en gros , ou on les troquera con .
tre d'autres effets.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 153. Finic .
No. 154. Quarante-fix aûnes & demie
d'or faux , fur foye fine , de rencontre
.
Il eft large de trois travers de doigt ,
& uni ; le tout péfe 7. marcs 4. onces.
L'once eft à vingt fols .
No. 155. Vingt-deux onces de bord,
de même qualité , & au même prix.
On les fera voir au Bureau.
No. 156. Rente à vendre , ou à y faire
emprunt.
X iiij
248 LE MERCURE
C'est uncontrat au principal de 3000.
livres,fur l'Hôtel de Ville , que l'on veut
vendre , ou emprunter deffus 1000. 1 .
Le mari & la femme s'obligeront .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 157. Augmentations de gages
montants à 1500. livres , à vendre , ou
à emprunter deffus 400. livres.
No. 158. N. Demande à emprunter
6000. livres.
A rendre dans fix mois ; & l'on hypothequera
pour 1 8000. livres de contrats
,fur la Province de Languedoc.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 159. Finie.
No. 160. Un contrat de 1800. livres de
principal , à vendre fur une maiſon.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 161. Affaire particuliere.
No. 162. Finie.
No. 162. N. Demande place de Précepteur.
Le fujet offre d'être éprouvé un mois.
No. 164. Une Maiſon à donner à bail
ou à vendre à Fontainebleau.
Les inftructions font au Bureau.
No. 165. Finie.
N. 165 Avis , pour toifer exactement
les Terres.
DE DECEMBRE. 249
L'Auteur a apporté au Bureau un mémoire
inftructif, touchant la maniere de
tirer les plans des terres , &de renouveller
les terriers : Ceux qui en auront
befoin , s'adrefferont au Bureau , où on
leur donnera communication dudit
mémoire, avec la demeure de l'Auteur.
No167.Six bordures fculptées, non dorées
, avec leurs chapiteaux à vendre.
Mefure des bordures par le dedans.
Une de 39. pouces fur 29. po.
Une de 40 pouces fur 29. po .
Une de 42. pouces fur 31. po.
Une de 36. pouces fur 26. po .
Une de 34. pouces fur 26. po .
Une de 45 pouces fur 33.
Cette dernière eft fans chapiteau.
Les autres font particulierement
propres pour des miroirs.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 168. Affaire particuliere.
No. 159. Un Habit complet pour
femme ; il eft bordé d'or & de foye torfe
, non monté , & de rencontre , le tout
y eft diftribué avec un goût admirable.
sso. liv.
On lefera voir au Bureau.
No. 170. Une garniture brodée de
mouffeline non montée , à vendre.
250
LE MERCURE
Elle contient onze pieces , y compris
les engageantes , & le tour de gorge :
Cette broderie eft des plus parfaites.
On la voit au Bureau.
so. liv.
N. 171. Un Phaeton à cerceau , ou
chaife roulante de rencontre , à vendre.
Elle eft garnie de drap écarlate ,
effyeux de fer . 400.
liv, N». 172.
jufqu'au
110. 174„finies
.
N.
175. N. Demande
à vendre
un
contrat
fur la Ville
.
Il est au principal de 1500. livres.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 176. Finie.
No. 177 N. Demande à vendre un
contrat fur la Ville .
Il eſt au principal de 5000. livres.
Liadreffe eft au Bureau.
No. 178. Finie .
No. 179. Finie.
No. 180. N. Demande d'être Précepteur
, ou un autre emploi ; il fera
connoître qui il eft .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 181. N. Affaire particuliere.
No. 182. N. Demande plufieurs meubles
& hardes à acheter.
Sçavoir une tapifferie de 6000. liv.
DE DECEMBRE .
25x
Une montre , d'or de 600. liv.
Un lit de damas cramoifi , ou d'une
autre couleur , & une juppe de velours .
L'adreffe eft au Bureau .
No. 183. N. Demande à emprunter
4000. livres par obligation , un tiers en
argent , & deux tiers en billets d'Etat .
Il a de bons hypotheques à Paris .
L'adreffe eft au Bureau.
{ No. 184. Contrat fur la Ville à vendre
.
Il est au principal des5oo. livres .
No. 185. N. Demande un emploi.
Cette perfonne a eu plufieurs emplois
, dans les Aides , Domaines , &
dans les vivres. Il eft encore propre
pour les affaires du Commerce , foit
de Mer ou autre.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 186. N. Demande à acheter une
trouffe de rencontre.
On y mettra jufqu'à dix pistolles.
No. 187.. Affaire particuliere.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 188. Un lit de damas' cramoifi
de rencontre , à vendre .
La houffe eft d'une belle ferge d'aumal.
Au Bureau .
252 LE MERCURE
No. 189. Finie.
No. 190. Finie ..
No. 191. Un Lit brodé en or & en argent
, avec des tapifferies y affortif
fantes.
Au Bureau.
No. 192. Un tableau à vendre .
On le dit un Paul Brille , peint fur
bois,dans fa bordure dorée , d'environ
trois pieds , fur deux pieds & demi de
haut :Il reprefente un Port .
Au Bureau.
No. 193. Un homme qui a été marchand
, demande de l'emploi , ou à folliciter
des payemens en ville.
Quelques Marchands l'en ont déja
chargé.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 193. Une Montre d'or d'Angleterre
, à double boëte , à vendre ; pour
1000. livres.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 195. On demande à acheter des
perles fines , & toutes fortes de diamans
de prix , de rencontre.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 196. Un contrat fur la Ville , au
principal de 8000. livres, à vendre , ou
à échanger contre des billets de l'Etat ,
ou autres effets.
L'adreffe
DE DECEMBRE.
253
L'adreffe eft au bureau.
No 197. Un Habit d'homme , velours
cra moifi , richement brodé d'or & non
monté , à vendre , pour
Au bureau.
soo liv
No 198. Une Vefte de taffetas vert , brodée
d'or , doublée de taffetas vert, pour
Au bureau.
100 livres.
No. 199. Une Paire de paremens de
drap écarlate,brodés d'or,comme neufs ,
pour
Au bureau.
90. liv.
No 200. Une riche Houffe brodée
d'or, avec les cuftodes , pour 500. liv.
Au bureau.
Nd. 201. N. Demande à acheter une
Maifon à Paris , ou une Terre d'environ
40000 liv. partie en billets de l'Etat.
Ou bien à placer fûrement le fonds
de pareille fomme.
L'adreffe eft au bureau.
No. 202. On demande un Lit de damas
de Camp.
Il n'importe de quelle couleur.
L'adreffe eft au bureau .
No. 203. Finie .
No 204 Une Maison à vendre à Paris
, ou à emprunter deffus , en atten
dant la vente. Y
1234 LE MERCURE
L'adreße eft au bureau.
No. 205. Cheval Anglois à vendre.
Il eft fous poil gris de fouris, âgé de
huit à neuf ans .
L'adreffe eft au bureau .
No. 206. Maifon à Arcücil prés Pa
is, à vendre.
Elle eft bâtie depuis 10. à 12. ans ; le
prix eft de 3500. livres .
1
Le memoire eft au bureau.
No. 207. Finie .
No 208. Un Tablier à raifeaux d'or,
pour
Au bureau.
No. 209. Finie.
30.
liv
.
No. 210. On demande une maiſon de
canipagne à acheter , du prix de fept à
8000. livres .
L'adresse eft an bureau.
No. 211. On demande une tableà
jouer, garnie de velours , à acheter.
L'adresse eft au bureau.
No. 212. Ondemande à placer environ
50000 livres efpéces , fur des nantiffements
en billets d'Etat , ou autres
effets mobiliaires , dont il fera paffé
acte pardevant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
No. 213. Un beau Tableau original, reDE
DECEMBRE . 255
préfentant une fileuſe ; à vendre.
Il est d'un des bons maîtres du fiécle,
pour
Au bureau.
400.
1.
N. 214. On demande à acheter une
Terre, la plus proche deParis que faire
fe pourra , depuis 40000. écus juſqu'à
200000. livres .
Que ladite Terre foit en Château ,
Prés , Bois , &c.
L'adreffe eft au bureau.
No. 215 On demande à emprunter
vingt à 30000. livres d'efpèces .
On hypothequera un bâtiment neuf
à Paris.
L'adreffe eft au bureau .
No 216. On demande une tapifferie,
verdure, d'environ dix aûnes .
L'adresse eft au bureau.
No. 217. On demande une maifon
à louer.
Qu'elle foit fituée depuis le coin
de la rue Saint Sauveur , jufqu'au Palais
Royal , ou dans les rues qui y aboutiffent.
N.218 . Avis , pour mettre des Enfans
en penfion , depuis l'âge d'environ
deux ans .
Pour douze à quinze livres par mois.
Yij
256
LEMERCURE
L'adresse eft au bureau.
No. 219. Affaire particuliere.
No 2 20. Un Habit de la Vannerie du
Louvre , à vendre chez un Tailleur.
L'adresse eft au bureau .
-Changement de demeure.
No. 2 2 1. Monfieur Porus Mc Boutonnier
, qui demeuroit ci - devant ruë
Saint Sauveur , donne avis qu'il de
meure préfentement rue Saint Denis ,
devant la Huche verte , aux vieilles
étuves .
No. 222. Finie.
N. 223. On demande une maifon à
loüer .
Qu'elle foit à porte cochere ou boutique
, fans corps de logis derriere , an
quartier S. Honoré , ou au Faubourg
Saint Germain ; du prix de mille , douze
à quinze cent livres.
L'adreffe eft aus Bureau.
No.2 24. Un Meuble précieux à vendre
.
Il est compofé de fix fauteuils , un
canapé , un écran , deux placets travaillés
en petits points de foye , figures reprefentans
des hiftoires & payfages ; le
tout d'une beauté parfaite , le prix eft
DE DECEMBRE. 257
•
de 2000. livres efpéces & 2000. en
billets de l'Etat.
L'adreffe eft au bureau.
No. 225. Finie .
No. 226. On demande à placer pour
1 2 30. livres de billets de l'Etat.
L'adreffe eft au bureau.
N 227. UN PETIT COFFRET de bois ,
garni de chaton & de filagrame d'argent
, à vendre pour
Au Bureau.
* 25 liv.
No. 228 UN LIT de Tapiflerie à
vendre.
"
Le dedans eft de Taffetas aurore ,
garni de trois pointes , & trois foubaffemens
de Tapifferie par bandes , de
moire aurore ; les deux bonnes - graces
de Tapifferies en plein & les
quatre rideaux doublés en plein de
taffetas aurore , le grand Doffier &
l'Impérial doublé de toile > pour
450 liv.
Un habit d'Eté avec fa vefte , galoné
d'argent fur les manches & les poches
en plein , pardevant & par derriere
, pour 60 liv..
Au Bureau.
No 229. UN PARTICULIER , à quil
il est dû deux années de rentes de sol
Yiij
258
LE MERCURE
par chacun an , payables à Paris , vou
droit les tranfporter avec garantie ,
de même qu'une Promeffe de 312 liv.
10 fols.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 230. Vafes précieux & des Tableaux
originaux à vendre .
L'adreffe eft au Bureau .
No 231. On demande à emprunter
16 à 17000 liv. d'efpéces , fous le
cautionnement d'une perfonne de
Paris connue , & qui pofféde environ
12 à 1 500000 livres de biens en
fonds , confiftants en Maiſons dans .
Paris & en Terres..
L'adreffe eft au bureau ..
No 232. Un Garçon demande à emprunter
20000 1. en espéces, & 10000
1. en billets de l'Etat..
C'est pour 4 ans ; l'on affectera &
hipotequera pour plus d'un million de
biens à Paris .
L'adresse eft au bureau.
No 233 Plufieurs pièces de Dentelles
de Maline à vendre.
" Elles montent à 104 IL. 1 f 6 d. fui
vant la notte inferée au Regiftre du
Bureau qui les fera voir;
No 234 On demande une vefte
DE DECEMBRE.
259
d'Etoffe d'or pour l'efté.
L'adresse eft au bureau .
No 235. On demande à emprunter
1000 1. espéces
L'on hipotequera une maiſon ſciſe
à une demie lieue de Paris , que l'on
déclarera franche & quitte; elle produit
400 l de rentes par an , & indépendamment,
il donnera caution qui certi-.
fiéra que ladite maifon eft franche &
quitte .
L'adresse eft au bureau.
No 235. finie .
No 237. finie.
No 238. L'on demande à placer en
viron 6000 liv. partie en billets d'Etat.-
L'adreffe eft au Bureau .
*
No 239. Demande particuliere : On
en trouvera au Bureau les éclairciffe :
mens néceffaires.
N 240. Cinquante mil livres d'ar .
gent à placer , en donnant de bonnes
feuretés .
L'adresse eft au Bureau.
No 241. finie.
• No 24 Un Particulier demande
à emprunter 4000 liv. à conftitution
de, rente .
C'eft pour les employer ; fçavoir
160 LE MERCURE
2000 liv. au Bailleur de fonds de la
Maifon acquife par ledit particulier ,
& les autres 2000l . pour parachéver de
payer les Ouvriers qui ont travaillé
aux Ouvrages & réparations qui y êtoient
à faire.
L'adresse eft au bureau.
No 243. On demande à acheter une
veille Tapiflerie d'Aubuffon ou d'Auvergne,
de 13 à 14 aûnes de cours ,
fur deux un quart de haut au moins.
On y mettra jufqu'à 250 liv.
L'adresse eft au bureau.
No 244 Dentelles en gros à ven- .
dre. Il y en a environ II aûnes.
274 liv. 13 f. 8 d.
L'adresse eft au bureau.
pour
No 245. Um Habit complet pour
femme à vendre.
Il eft de Damas brodé d'or & fove ,
manteau & juppe de huit lais , non
monté pour
me.
Au bureau:
No 245. Un autre habit
650 liv.
pour fem-
Il eft de Damas brodé , argent &
foye ,la juppe ayant huit lais non mon
té
pour
Au bureau..
350 liv.
DE DECEMBRE. 261
No 247. finie .
No 248.Une Garnitured'Angleterre,
à raiſeau , à 2 piéces fans fond , à vendre
pour
Au bureau.
100 liv.
No 249. Tableaux à vendre .
Sçavoir une Marine fur toille . 35 1.
Une autre grande Marine . 35 liv.
Une Simphonie ou Mufique. 15 liv
Un Hyver.
Une Réveufe
Un Païfage.
Autre Païfage,
30 liv
20 liv
20 liv
20 liv.
liv.
Un Tableau Flamand pour 25
On les fera voir au Bureau.
N 250 Affaire particuliere .
N° 251. Affaire particuliere.
No 252 Un Particulier demande à
emprunter 500 1 efpéces pour 6 mois .
I nantira d'une ordonnance fur le
le Tréfor Royal de 14000 1 . pour la
liquidation d'un office de Sécretaire
du Roy , & il en fera paffé un acte
devant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
par
No 253 On demande à emprunter
à conftitution de rente, 4000 1. efpeces
C'est pour employer au parfait payement
d'une Terre de 180000 1. Ainfi,
il y a emploi & un privilege certain .
$262 LE MERCURE
L'adresse eft au bureau.
No 254 On demande un meuble à
acheter.
Qu'il foit complet , il n'importe de
quelle couleur ; mais qu'il foit propre
, avec une batterie de cuisine .
On y mettra environ.
L'adresse eft au bureau.
6000 1.
No ass. Affaire particuliere..
No. 256. On demande à emprunter
200 livres pour un an..
On hypothequera un contrat de
4400. livres fur l'Hôtel de Ville de
Paris,que l'on déclarera franc & quitte.
L'adresse eft au bureau.
No. 257. Un contrat de rente fur
l'Hôtel de Ville à vendre.
Il eft de 5500. livres de principal.
L'adresse eft au bureau.
No.
9.258. Un jeu de paume à vendre.
Il eft d'environ vingt à 2 2000. liv.
L'ddrefse eft au bureau .
No. 259. Demande particuliere.
On en trouvera les éclairciffements
convenables au Bureau .
No. 260. On demande à emprunter
à fond perdu.
On voudroit trouver une perfonne,
qui voulût mettre fur une Terre à fond
perdu , 20000 écus au denier 16. dont
DE DECEMBRE. 26
l'acquiſition eft de 1 20000. livres,produifant
8000. livres de rente par an.
L'adresse eft au bureau.
No. 261. N. Demande à emprunter
20000. livres d'argent .
On nantira de 5000. livres de billets
de l'état , dont fera paffé acte par
devant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
No 252. Un Habit d'homme brodé
en argent , à vendre.
Il eft de drap brun , avec les paremens
d'étoffe d'argent , & or fur-brodés
, doublé de chagrin ,couleur de feu,
avec la culotte.
Au bureau.
No. 263. Marché de laine à faire.
Un Particulier voudroit trouver une
perfonne , avec qui il pût faire marché,
pour lui fournir trente livres de laine
par femaine , toute prête à filer , ou
huit à dix livres de filée , ainſi qu'il fera
convenu .
L'adresse eft au bureau.
No. 264. Marché de faffran à faire.
Un Particulier demande qu'on lui
fourniffe huit ou dix livres de faffran
par femaine,lec , ou fraichement cüeilli
, au choix de l'Acheteur , même pour
264 DE DECEMBRE.
plus grande quantité ; ainfi qu'il fera
convenu .
L'adresse eft au bureau.
No. 265. N. Demande à acheter
une Terre , & veut vendre une berline ,
& une chaife de pofte.
Que la terre foit fituée au tour de
Paris , & du prix de dix- huit à 20000.
livres de produit au denier 20.
La Berline eft un caroffe coupé, doublé
de velours, avec les harnois.
La chaife de pofte eft doublée de
drap écarlate.
L'adresse eft au bureau .
No. 266. Affaire particuliere .
No. 266. N. Demande à emprunter
300. livres d'argent pour fix mois.
On hypothequera un contrat de
1400. livres de principal, fur les mouleurs
de bois ; vifé & liquidé , duquel
il fera paffé acte par devant Notaires .
L'adresse eft au bureau.
No. 267. Tapisserie de Flandre à
vendre.
Elle contient fix piéces , ayant enfemble
dix- huit aûnes de cours , fur
deux aûnes & demie de haut , doublée
par bandes, petit cadre bien rembruni ,
& elle eft fraîche , pour
550.
liv.
On
DE DECEMBRE
265
On les fera voir au Bureau.
N°. 268. Affaire particuliere.
No. 269. Affaire particuliere.
N°. 270. Diverses Tentures de tapifleries
, d'Aubuffon , & de félletin ,
& fauteuil à vendre.
Une verdure de fix pièces , fut deux
aûnes un grand tiers d'hauteur , à double
broche bordée à Grotefque , coin à
coquille , bande , mufque tirant 16.
aûnes , un tiers , pour sso. liv.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 271. Six piéces verdure de felletin
, bordée avec des cartouches au milieu
, bandes bleuës , fur deux aûnes &
demie d'hauteur , tirant 17. dûnes , pour
L'adreffe eft au Bureau. an
380. liv.
&
No. 272. Sept pieces de tapifferies ,
verdure trés- fine , fur deux afines & demie
de haut , bords à ornement ,
portes bandes de mufque , deffin avec
des parterres ; tirant 19 , aûnes , cinq ,
fix , pour
1393 liv.
L'alreffe eft au Bureau .
No. 273. Six pieces , verdure fur deux
aûnes & demie d'hauteur , bords , dits
à la Romaine ; coins à Dauphin , bandes
bleuës , tirant dix fept aûnes deux
Ꮓ
266 LE MERCURE
tiers , pour
L'adreffe et au Bureau .
No. 274 Finic .
Nº.
No. 275. Finie .
424.liv.
No. 276. N. Demande à emprunter
2000. livres de billers de l'Etat.
On rembourfera ladite fomme , d'année
en année, par 400. livres en espéces,
& on donnera toutes les fûretés néceffaires.
L'adreße eft au Bureau-
N°. 277. N. Demande à emprunter
2000. livres , ou 1590. feulement d'atgent
.
On hypothequera une Maifon & Terres
, fituées à la valée de Montmorency
, de valeur de 10000. livres , qui fe
ront déclarées franches & quittes.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 278. N. Demande à emprunter
3000, livres en billets de l'Etat.
On prendra ladite fomme à conftitution
; & on hypothequera une Terre
Seigneuriale , eftimée 20000. livres , &
affermée 800 , livres , fituée dans l'Election
de Mantes .
L'adreffe eft au Bureau,
N°. 279. N. Demande à acheter une
Maiſon à Paris ,
DE DECEMBRE 267
Qu'elle foit fituée dans un bon &
beau quartier: On y met ra depuis trente
jufqu'à foooo . livres , & même quelque
chofe de plus ; on payera moitié comptant
, & l'autre moitié en contrat fur
la Vile , ou en bi lets de l'Etat , ou en
conftitution fur la maifon , & fur les autres
biens,
Ou bien , on placera le même fond
fur des maifonsà Paris, ou fur autres bons
privileges & déclarations d'emploi .
L'adreße eft an Bureau.
a
N°. 280. Ñ. Demande à le défaire
d'une Penſion en argent comptant.
Elle eft de 450. livres fur le Tréfor
Royal.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 281. N. Demande à acheter une
bigue & une chêne d'or , de rencontre
.
Que le Diamant foit d'environ soo. I.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 282. N. Demande à acheter une
Montre unie de bons Maîtres.
L'alreffe eft au Bureau.
·N °. 283. L'on demande à placer
des billets de l'Etat , de plufieurs manieres.
Z ij
268
LE MERCURE
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 284. Ceintures de femmes , cotdons
de Cannes , or , argent & foye , à
vendre.
No. 285. Une couverture de laine blanche
, à vendre.
Au Bureau .
Nº . 286. Un Paravant trés- curieux,
à huit fcüilles , orné de plufieurs figures
d'hommes & d'animaux , à l'endroit
& à l'envers , pour
An Burean.
5oo. liv.
No. 287 N Demande à emprunter
1200 livres en efpéces , pour trois mois. ·
L'on hypothequera un contrat de
l'Hôtel de Ville , au principal de 5000 ,
liyres ; lequel eft à un garçon , qui le
déclarera franc & quitte.
adre e au Bureau ..
No. 288. N. Demande à acheter des
Con rats , fur les Etats de Languedoc
& de Bretagne .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 289. On demande une maison à
loüer , & un caroffe coupé à acheter .
Que la maifon foit à porte cochere ,
écurie , remife , cave , & grenier , de huit
à 900. livres , & même 1000. livres de
loyers ; qu'elle foit fituée dans l'undes
DE DECEMBRE 269
Quartiers de Richelieu , Butte de Saint
Roch , ou Faubourg Saint Germain
ou au tour des Théatins , ou de l'Abbaye
Saint Germain des Prés ; & que
le caroffe foit de fept à 8oo . livres.
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 290. N. Demande une maiſon
à vendre.
Elle eft fituée à Paris , du côté de la
rue de Bourbon .
La même perfonne demande à emprunter
2000. 1. & on l'hypothequera,
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 291 Caléche à vendre. Elle eft
doublée d'un velours cramoifi , les Campannes
de foye aurore , avec cinq grandes
glaces , les cuirs & la dorure belle;
& le tout comme neuf , pour 3000. I.
L'adreffe eft an Bureau.
N°. 292. Office de Secretaire du Roy,
à vendre en la Chancellerie du Parlement
de Besançon , dont la finance eft de
25000. I. il y a les augmentations de
gages .
L'adreße eft au Bureau.
N°. 293. C'est la tapifferie magnifique
qui eft tranfportée au commencement
de la lifte..
N°. 294. Habit , écharpes , fau-
Z iij
270 LE MERCURE
teuils & chaifes à vendre.
L'Habit eft de drap brun , fur couleur
noilette , brodé en argent.
L'écharpe eft de taffetas blanc d'Angleterre
, brodé de plufieurs couleurs en
foye , garnie de feugere ; le corps eft de
gafe noire à fleurs.
Deux deffus de fauteuils de petit
point en laine , à fond blanc.
Un fauteuil de commodité , à fond
de laine noire de petit point, quatre chaifes
, & deux tabourets à fond noir de
pareil deffin , le tout non monté.
L'adreffe eft au Bureau .
N°. 295. N. Demande à ceder deux
fols d'interêt dans une Ferme.
On prendra des billets de l'Etat.
L'adreffe eft an Bureau.
N°. 296. N. Demande à emprunter
soo. livres en espéces pour fix mois .
On nantira de deux quittances de
finances de rachat de Capitation , montant
en principal & inrerêt à 3065. lie
vres 14. fols 4. deniers ; il & en fera
paffé un acte par devant Notaires.
L'adreße et au Bureau.
No. 297. N. Lemande à emprunter
4000. livres ; un tiers en billets de l'E
Tat
1
DE DECEMBRE. 271
Deux Freres feront folidairement une
conftitution de ladite fomme , ou céderont
plufieurs parties de rentes , dont
les principaux font de 44300 l .; ainſi
qu'il eft plus amplement décrit fur le
Registre.
L'adreße eft au Bureau.
N° 298. Caroße coupé à vendre.
Il eft de velours craimoify à rama ,
ge , le tout bon , comme neuf.
L'adreffe eft au Burean.
No 299 Deux Tableaux à vendre.
Ils font de grands Maîtres , l'un reprefente
un Paï fage , & l'autre , une
Tempeſte.
"
On les fera voir au Bureau.
No 300. Une Charge. Une Charge de Confeiller
en la Cour des monnoyes à vendre .
L'adreffe eft au bureau..
Na 301. Affaire particuliére.
N° 302. Contrat de rente fur l'Hô
gel de Ville à vendre.
Il eft de 3000 l. de principal , ou on
empruntera 1200. 1. & on hipotequera
ledit Contrat.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 303.N.Demande à acheter des ro
bes de chambre de Damas , & des juppes
de drap de faint- maur.
Z iiij
272 LE MERCURE
Il n'importe de quelles couleurs
foient les robes de chambre.
L'adreße eft au Bureau.
N° 374. N. Demande à acheter une
Tapiflerie .
Qu'elle foit de ferge ou de foye, pro.
pre à un Cabinet.
L'adreffe eft an Bureau.
· N° 305- Contrat de Conftitution
de rente..
C'eft une portion de 7600. 1.
On donnera toutes les facilités convenables..
La même perfonne fouhaiteroit encore
vendre une portion de 3000 ! .
qu'il a fur un Contrat de 6000 1. qui
eft principalement hipotequé fur une
Terre , dont les déniers ont êté employés
à l'acquifition .
L'adreße eft au Bureau.
N ° 306 finie .
N° 307. N. Demande à acheter une
robe de chambre d'homme & de
femme de Calemande ou d'autres
Eroffes.
>
Qu'elles foient de rencontre & à bon
marché .
L'adreffe eft au Bureau.
N° 508. NDemande à acheter une
DE DECEMBRE. 273
Tapiflerie des gobelins , Berline , Bague
, & Pendulle.
Que la Tapiflexie foit de 3 à 4000
1. Que la Bague foit pour homme , &
d'un brillant de 12 à 1500l . & que la
Pendulle foit de 2 à 300 l.
L'adreffe eft au Bureau.
•
N° 309. N. Demande à acheter un
lit de ferge , chaifes , commode , Diamans
& Montre d'or à répetition .
A
Que le Lit de ferge foit couleur de
feu ou cramoify , bordé de blanc avec
fa garniture complerte , & à la ducheffe
, d'environ 4 à 500 l , avec une demie
douzaine de chaifes & une Commode.
Que la Bague pour homme, foit d'un
Diamant brillant de 4 à 500 I , & la
Montre d'or à répetition aufli de 4 a 500
1.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 310. On demande à emprunter
de
l'argent.
tés ..
On donnera de trés bonnes feure-
L'adreffe eft au Bureau .
No 311. N. Demande à placer 40000
1. de billets de l'Etat,
Soit à conftitution ou à rendre en
differents tems , ou on les employera en
1
274 LE MERCURE
achat de meubles de differentes natures.
L'adreffe eft aus Bureau .
N° 312. On demande à acheter un
trumeau .
Qu'il foit de cinq pieds d'hauteur
& de ; pieds de largeur.
L'adreffe eft au Bureau,
N° 313 N. Demande une Terre ou
Ferme à acheter.
Que la Terre foit du prix depuis
3000 1. jufqu'à 10000 1. & éloignées
de Paris depuis 6 lieües jufqu'à 3olieües.
L'adreffe eft aus Bureau.
N° 314. N. Demande à achetter une
véfted'Etoffe d'or ou d'argent , & une
juppe de velours noir .
La même perfonne demande un Domeftioue
qui ait au moins 40 ans , fçachant
faire la cuifine & qui foit à toute
main.
L'adreffe eft au Bureau .
N° 315. N. Demande à acheter une
Tapiflerie fine , à perfonnages, d'environ
3000 1.
Plus deux faureüi's .
L'adreße eft au Bureau.
N° 316. N Demande à acheter
Maitons , Terres ou Rentes , ou à plaDE
DECEMBRE. 275
cer un fonds fur divers particuliers .
L'adreje eft an Bureau.
N° 317. N. Demande à acheter des
fauteuils dorés & des rideaux de fenêtres
.
Que les fauteiii's foient faits à la mode,
garnis non couverts, & que les deux
rideaux foient de Damas où de Taffetas
cramoify .
L'adreffe eft au Bureau.
N° 318. N. Demand: à placer ou à
acheter diverfes chofes en billets de
l'Etat , partie en argent.
L'adreße eft au Bureau,
N° 319. N. Demande à acheter Dentelles
, Tabatiére , & Montre d'or pour
homme & pour femme.
L'adreffe eft an Bureau.
N° 320. N. Demande à convertir
des billets d'Etat en rentes, fur des parti
culiers
L'adreffe eft au Bureau.
N° 321. N. Demande à acheter une
Maiſon ,
Qu'elle foit fituée à Paris , & au deffous
de 40000.1 . On payera le prix de
l'acquifition en espéces , pourvû qu'elle
n'ait aucunes charges.
L'adreße eft an Bureau.
275 LE MERCURE
Nº 322. Ce sont deux Navires , dont
il est parlé au ' article de cette Lifte.
No 323. Affaire particuliére.
N° 324. Jufqu'au Nº 329. Affaires
finics .
N° 330. Sept livres de foye d'Italie
fillées , à vendre pour
Au Bureau .
80. l.
N° 331. N. Demande à emprunter
15000 1. efpéces .
C'eft pour achever de payer des Ouvrages
& Bâtiments déja avancés ; l'on
fournira une déclaration d'emploi fur
& Maifons .
L'adreffe eft au Bureau.
Nº 332. On demande un meuble
complet à acheter.
C'est - à - dire , une Tapiflerie de Damas
cramoify , avec 8 fauteuils , un
fopha comme tout neuf; plus un
écran, un trumeau qui ait tout au moins
3 pieds de large , & la hauteur à proportion.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 333. N. Demande à acheter un
Diamant brillant en bague , pout homme,
de 10 à 1200 1. & une juppe de
velours noir,
L'adreffe eft an Bureau.
DE DECEMBRE
277
N° 134. Charge d'Aumonier ordinaire
en Cour , à vendre , pour 5000 1.
Elle jouit de tous les Privileges des
grands Commenfeaux de France ; elle
peut être poffedée à fimple Tonfure ;
elle produit de révenu , fçavoir 547 l .
10 f.pour nourriture , payables en argent
par chacun quartier ; 200 1. d'apointements
; 6ol.de fourniture & 180 ' .
de bon par an ; plus un logement à Paris
de trois chambres eftimées 300 1. par an ,
outre deux autres en deux Maifons Royales.
Les frais de reception iront à 150
1. pour l'acquereur.
L'adreße est au Bureas.
No 335. Un gand Tableau reprefentant
le jugement univerfel , à vendre .
Il et de 7 pieds 2 po . de haut , &
de 6 pieds 2 po. de large fur toille ,
de
C'eſt une copie tirée fur l'original , d'aprés
Michel Ange fur leVatican deRome
On le voit au Bureau .
N » 336. Montres à vendre .
>
Depuis ce N jufqu'à 339 , font pluficurs
Montres de differents prix ,
parmi lesquelles il y en a une à répetition
d'or.
A a
278 LE MERCURE
On en donnera l'adreffe.
N 340, Affaire particuliére
No 341. N. Demande à emprunter
soo 1, efpéces.
On hipotequera un Contrat de rente,
fur l'Hôtel de Ville de 4850. 1. de
principal , que l'on déclarera franc &
quitte.
L'adreße eft au bureau.
No 242. Deux bagues à vendre.
L'une eft carrée , taillée en rofe pour,
4501
.
Et l'autre
en coeur
, auffi
taillée
en
rofe
, pour
300
1. Au
bureau
.
N 344 Un Pied de table à confolle,
fculpté , en tête de Dragon d'oré ,
comme neuf, à vendre.
Au bureau.
40 1.
No
345. On
demande
à acheter
à
vie
une
maifon
, à Paris
ou à la Campagne
, de 8 à 900
1. de loyer
.
la
Que la maison de Campagne foit à
3 ou 4 lieues de Paris , fortant par
porte faint Bernard , ou par celle de
faint Antoine , du prix de 4 à 5000 l .
qu'il y ait un peu de terrain en cour
& en jardin.
Que la maifon dansParis , foit à porte
cochere , remite & écurie , avec un
DE DECEMBRE. 279
jardin , il n'importe du quartier ny de
l'éloignement.
L'adresse eft au bureau .
No 346. Un Particulier demande une
place de fécretaire ou gouverneur d'enfans.
Il fçait le Latin , l'Eſpagnol , l'Aritmethique
, & les affaires.
L'adresse eft au burean .
No 347. finie .
No 348. Un (arofse à deux fonds
à vendre .
Il eft de bois peint en ébeine , doublé
de damas à feuilles mortes , & à feurs
noires & aurores , avec 3 belles glaces
, & quatre bons réforts ; il eft d'environ
4. à fool.
L'adresse est au bureau .
No 349. N. Demande à fe deffaire du
billet d'un particulier d'environ 2020 l .
L'adresse du Propofant est au bureau.
No 350 : 351. & 352. font Plufieurs
fichus brodés , or , argent & foye , fur
gaze d'Italie , à vendre.
Les uns font à 3 l . 6 ſ. 6 d . & á
51. 14 f. & les autres à 9 l . 10 f. de
toutes couleurs.
Au burean.
7
No 353. N. Demande à acheter une
bonne Berline. A a ij
LE MERCURE
"
Il n'importe de quelle couleur le dedans
foit.
L'adresse est au bureau.
No 354. N. Demande à acheter un
habit court avec un manteau pour un
Eclefiaftique.
On y mettra jufqu'à 60 1 .
L'adresse est au bureau .
No 355. N. Demande à acheter une
Terre , à haute , moyenne & baffe juftice.
Qu'elle foit hors de toutes capitaineries
, diftante de Paris , depuis 8 jul
qu'à 16 lieües : S'il y a Riviére , en remontant
de Paris , du côté d'Auxerre
ou de Nogent fur Seyne, on fera content
que la diſtance foit d'environ 25 lieües ,
fi plus prêt elle ne fe trouve.
L'adresse eft au bureau ,
No 356. N. Demande à placer des
billets de l'Etat.
L'adrefe eft au bureau .
No 357. Demande à emprunter 1000
1. fur une maison à Paris .
Elle produit 240 1. de rente ; on la
déclarera franche & quitte , & on payera
l'intérêt au dénier 20 .
L'adresse eft au bureau.
No 358. N. Demande à acheter une
DE DECEMBRE 281
maifon aux environs du Palais.
Qu'elle foit à porte cochere ou une
belle porte batarde ; on y mettra environ
L'adresse est au bureau.
30000
1.
No. 359. Ceintures de femmes ; fines,
* de faye , mêlées d'or & d'argent , à vendre.
Il y en a de differents prix , & de di-
- verfes couleurs ; ainfi qu'on en fera voir
au Bureau les échantillons .
1
• Nº, 360. Chaife de poste , comme
neuve , à vendre .
Elle eft doublée de velours , à ramige
, à refforts d'Espagne , Elle a coûté
d'hazard soo . livres , & n'a fait que le
voyage d'Alençon .
L'adresse est au bureau.
N° , 361. N. Demande à emprunter
1000. livres à dé eguer
,
fur des loyers
de maitons pour le remboursement.
L'adrelse est au bureau .
N°. 362. N. Demande à vendre une
maifon à Paris , ou à emprunter 3000.
livres à conflitution .
Elle eft nouvellement rébatie ,
prés de la place Maubert , & a êté acquife
par decret ; pour fûreté de l'emprunt
, on hypothequera ladite maifon
A a iis
282 LE MERCURE
que l'on déclarera franche & quitte ,
avec 20000 livres de principaux fur.
l'Hôtel de Ville .
*
L'adreffe eft au Bureau.
No. 394. Une Montre à vendre.
Elle eft de métal doré, cizelée, à grand
balancier ; émaille blanc , pour 55. liv.
Au Bureau.
No, 565. 7abatiere en étoile , garnie
de piéces d'or , & de chagrin vert , à
vendre.
Au Bureau.
No. 366. N. Demande à acheter des
foyers de marbres , des chambranles en
marbre & en pierre , avec des trumeaux
& gardes-feu do : és ou unis .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 367. N. Demande à transporter
un Billet en forme de Quittances , fur
le Tréforier des menus de la Maifon du
Roy.
L'adreffe eft au Bur as.
No. 368. Affaire particuliere.
No. 369 N. Demande à acheter un
Caroffe coupé , ou une Berline à deux
petits fonds , ou coupée
On y mettra ufqu'à mille ou 1200. l-
L'atreffe eft au Bureau .
N°. 370. Chaife de pofte , à vendre.
DE DECEMBRE 283
Elle eft fur quatre rouës , pour 400 .
L'adreße eft au Bureau.
No. 371. Finic .
No. 372. Montre à vendre .
Elle cit de métal de Prince , à grand
balancier , à boëre de chagrin noir , piquée
de cloux d'or , chaine à l'Angloife
de même métal , pour
Au Bureau.
75. liv.
No. 373. Un Particulier demande une
perfonne qui veuille s'accommoder avec
lui , des prétentions qu'il a pour un
compte de tutelle , qui eft pendant au
Bailliage de Tours ; le rendant - compte
fe trouve reliquaraire de 90co . livres ,
& eft fort folvable .
L'adreße eft au Bureau.
N°. 374. Un beaufufil , comme neuf,
à garniture dorée , à vendre, pour 100. 1 .
An Bureau·
Nº . 375. N. Demande à placer 2500.
1vres , partie en billets de l'Etat , partie
en argent , à rendre dans les remps
convenus.
L'adreße eft an Bureau .
No. 376. & 377. Plufieurs piéces de
ruban rayé , mêlé d'argent fur gros
grains, de diverfes couleurs , & à differens
prix, à vendre les uns à 3. livres 5. fols S
284 LE MERCURE
1
*
l'aune , & les autres,à 2. livres 5. fols.
Au Bureau
No. 378. Finie.
No. 379. Un Particulier , Me & ancien
Marchand , demande à s'affocier
avec une perfonne , pour fabriquer des
draps hins.
L'a'reffe eft au bureau,
N° 380 N. Demande à acheter une
Charge d'Architecte ou autres , à conftitution
, au denier 255 ou àરે payer en
quittances de finances d'une autre
charge , liquidées.
L'adreße eft au bureau.
N° . 381. Un Particulier demande un
emploi dans un Bureau , ou place de
Secretaire , ou Gouverneur d'enfans de
Qualité ; il fçait écrire, felon les principes
du plus fçavant Maître de Paris , &
fçait auffi les Mathématiques.
L'adreffe eft an bureau.
N°. 382. N. Demande à tranſporter
des interêrs échûs & à échoir , d'uneCharge
(uprimée , & dont le remboursement
a êté liquidé.
L'adreffe eft au burean .
No. 383. Apartementgarni à loiter.
C'est dans la rue Maubué au Saint-
Efprit , chez Monfieur Marior.
DE DECEMBRE 285
L'ameublement eſt trés propre , & à
lamode : Il fournira la nourriture, fi on
le fouhaite .
N. 384. Une garniture de point , à
raifeau , avec les engagantes , à vendre.
Au bureau.
Nº . 385. Une Enſeigne de cuivre de
la bonne grandeur , reprefentant la Pro-´
vidence , à vendre . .
Au bureau,
No. 386. Une Garde d'épée fur cuivre
doré, à vendre ; elle eft comme neuve,
2. liv. 10, f.
Au bureau.
No. 387. Plufieurs pieces de dentelles
communes , à differens prix , à vendre
.
Au bureau.
Nº . 388. N. Demande à placer 30oo .
livres de billets de l'Etat , ou à acheter
pour ladite fomme, divers effets de rencontre.
L'adresse eft au bureau.
N. 389. Montre à vendre .
Elle eft de métal de Prince doré dans
fa boëte de même métal , cifelée , faite
par Jean Baillon , pour
An bureau.
75.
liv.
N°. 390. boutons de poignets , montés
en or , à vendre.
286 LE MERCURE
"
Ils font d'Angleterre , & garnis de
chiffres , couverts de criftaux taillez ,
pour
Au bureau.
25. liv.
N°. 391. Un brafselet de vermeil ,
avec un chiffre couronné de deux Anges
, à vendre , pour
Au burean.
10. liv.
No. 392. On demande un Caroffe
doublé de velours cramoifi, à quatre pla
ces , avec une catéche à cinq ou fix places
, avec un dais .
L'adresse est an bureau .
AVIS AU PUBLIC.
Outes les Reconnoiſſances , que le
Tou &
tre délivrera au Public , ne feront fignées
que de M. Prieur.
Suplément au Journal de Paris.
LoyedeNo , entendit le beau
E Roy, aprés avoir affifté à tout
,
Sermon du P. Surian de l'Oratoire ,
dont le compliment à S. M. fut trés
applaudi. Cet Orateur Evangélique lui
*
DE DECEMBRE. 287
appliqua hûreufement ces paroles de
Şalomon : Parvulus ego fum , afpice in
me , fecifti me regnare pro patre meo .
Le Roy pendant le Sermon êtoit affis
fur un fauteuil , ayant à fa droite M.
le Card. de Rohan Grand -Aumônier ,
Mrs les Abbez de la Vieuville , Milon
, Maulevrier , d'Argentré & Caulet
fes Aumôniers ; à fa gauche Mgr le
Duc du Maine , & derriere , M. le Duc
de Villeroy & M. de Frejus fon précepteur.
M. le Prince de Cellamaré
Ambaffadeur d'Efpagne étoit vis- àvis
S. M. , & M. le Card . de Polignac
fur la gauche du Prie- Dieu . Toute la
la Chapelle étoit remplie d'un grand
nombre de Courtifans. Madame la
Comteffe d'Egmont fit la quête , pendant
qu'on chantoit le Magnificat à
Vêpres.
>
Le 24 du même mois , veille de Noël ,
Madame , Ducheffe de Berry , fe rendit
à l'Eglife de Saint Sulpice fa
Paroiffe pour y entendre la
Grand'Meffe Elle y arriva à onze
heures & demie , & n'en fortit qu'à
deux : On avoit placé fon Prie- Dieu
au milieu du Chour ; où quarante de
fes Gardes étoient rangez en haye , le
288 * LE MERCURE
4
moufquet fur l'épaule : Au - devant du
prie- Dieu , fur la droite , êtoient M.
I'Archevêque de Tours , fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget , M.
l'Abbé du Tremblé , M. l'Abbé d'Avejan
, & M. l'Abbé d'Anglade fes Aumôniers
, tous en Rochet. A la droite
de fon fauteuil , êtoit Madame la Ducheffe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, Meſdames les Marquifes de
Pons & de Mouchi , fes Dames datours ;
fur fa gauche , M. le Marquis de Cotenfao
fon Chevalier d'honneur , Mrs
le Chevalier d'Hautefort & Comte de
Rions fes premiers Ecuyers : Entre le
fauteuil & le prie Dieu , êtoient fur la
droite , Meldames les Marquifes d'Armentiers
& de Braffac ; fur la gauche,
Mefdames les Marquifes de Laval &
d'Arpajou , fes Dames du Palais : Derriere
fon fauteuil , êtot M. le Marquis
de la Rochefoucault fon Capitaine des
Gardes , & les autres Officiers de fa
Maifon Cette Princeffe alla à l'Offrande
, & donna dix Louis : Elle fit
de grandes libéralitez aux Quêteufes :
Madame de Courtemer y fit la quêre,
& M. le Duc de la Force y rendit les
Pains benits , qui furent portez avec
-
beaucoup
DE DECEMBRE. 289
beaucoup de folennité , accompagnez
de huit Haubois , fix Trompettes &
Timbales. La Grand'Meffe & Laudes
finies , cette Princeffe s'en retourna à
fon Pa'ais du Luxembourg ; efcortée
de fes Gardes du Corps , & de fes cent
Suiffes , dont le Tambour batit aux
champs , en entrant & fortant de l'Eglife
: Cette Princeffe alla le jour de
Noël entendre les Vêpres & le Salut
aux Carmelites de la rue Grenelle.
Le mêmejour Mer le Duc d'Orleans
alla entendre Matines & les trois Meffes
aux Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , précedé de M. l'Abbé Saucroix
fon Aumônier en quartier & du
reite de fa Chapelle accompagné
de M's les Marquis de la Fare, d'Etampes
, Capitaine des Gardes ; de M.
le Marquis de Simiane fon premier
Gentilhomme , & du refte de fa Maifon
Ce Prince fe rendit le jour de
Noël à l'Eglife de S. Eustache fa Pa-
Toiffe pour y entendre la grande Meſſe,
MADAME s'y rendit auffi , ayant communié
par les mains de M. de Magnas
fon premier Aumônier : Cette Princeffe
avoit à fa droite M. l'Abbé de Belle-
Fontaine , M. l'Abbé de Verthamon
& M. l'Abbé de la Gerle fes Aumôniers
en Rochet . Madame la Ducheſſe de
D.cembre 1717.
Bb
:
290 LE MERCURE
Brancas fa Dame d'honneurs , Madame
de Chateautiers fa Dame d'atour , M.
le Comte de Mortagne fon Chevalier
d'honneur , & M. le Comte de Simiane
fon premier Ecuyer. Le même
jour , ce Prince & Madame allérent à
1'Eglife entendre les Vêpres & le
Salut.
Le 25. Madame la Ducheffe de
Berry a fait M. le Marquis de Jars la
Roche- Chouart , Major dans fes Gardes
; cette Princeffe a fait aufli donner
un Jufte- au-corps de Brévet d'entrée
chez le Roy, à M. le Marquis de Ryons
Lieutenant de fes Gardes , & Gouverneur
de Cognac.
Toute la Nobleffe de Bretagne fe
conforme aux ordres dn Roy : Elle
envoye deux Députez à S. M. pour
lui faire fes foûmiffions.
On a appris que les Etats de Languedoc
voulant témoigner leur zele
& leur empreffement pour le fervice
du Roy , & fubvenir aux befoins de
l'Etat. , avoient accordé le 14 de ce
'mois d'un commun confentement , le
don gratuit ordinaire. Ils fupplioient
en même tems S. M. de leur conferver
M. de Bafville qui leur eft fort cher ,
& tout à fait néceffaire par fa pru
dence , & par la connoiffance qu'il a
DE DECEMBRE. 291
des affaires de la Province .
· M. l'Abbé Dubois eft reparti depuis
quelques jours pour l'Angleterre.
La Cour a envoyé des Lettres circulaires
aux Infpecteurs des Troupes ,
pour qu'ils ûffent à envoyers leur avis
par écrit , fur la réfolution où l'on eſt
d'augmenter l'Infanterie de Jo hommes
par Compagnie , & la Cavalerie
de Maîtres .
S
M. d'Ofier célébre Généalogifte , a
cédé tous fes Livres & fes Manufcrits
à la Biblioteque du Roy ; ' moyennant
une Penfion de 2000 livres, fa vie du
rant.
On va commencer inceffament l'Im
preffion des Vies des hommes illuftres
de Plutarque , revûës fur le manufcrit ,
& traduites en françois avec des remarques
hiftoriques & critiques , & le
Suplément des comparaifons qui ont
êté perdues . On décorera cet Ouvrage
des Têtes gravées d'aprés les Anti -
ques du Cabinet du Roy , ou autres
Monumens anciens , avec un indice
général de toutes les matiéres , par M.
Dacier de l'Académie Royale des Infcriptions
& belles Lettres , Sécrétaire
perpétuel de l'Académie Françoife ,
& Garde des Livres du Cabinet du
Roy , en VIII . Vol . In quarto , Ou-
B bij
192 LEMERCURE
vrage propofé , par foufcription.
On s'adreffera pour les foufcriptions
anx Libraires ici défignés : A Rome
chez J. B. Andreoli , à Leipfix ,
chez Thomas Fritch , à Londres , chez
Paul Vaillant ; à Léïde , chez P. Vander
Aa ; à la Haye , chez Henry du
Sauzer ; à Bruxelles ; chez F. Foppens;
à Lyon , chez Antoine Boudet ; à
Renres , chez Joſeph Vatart à Tou-
Joufe , chez Jean Tenne ; & à Paris ,
•hez Antoine Urbain Coutelier
Il y a quelques jours que l'on apprit 11
que le Courier revenant d'Espagne
avoit êté arrêté ; qu'on avoit enlevé de
la male deux paquets de Lettres , l'un
pour la Cour , & l'autre , pour l'Italie ,
& qu'on n'avoit point touché aux Lettres
des particuliers.
Les Lettres de Cadix du 7 , portent
que le Vaiffeau l'Hermione étoit entré
dans ce Port , avec prés de 40 millions,
dont 20 en lingois , & le refte en
Cochenilles & en differentes marchandifes
de prix. Ellesajoutent que la Flote
des Indes êroit abordée à la Havanne .
& qu'elle devoit arriver inceffament à
Cadix fort richement chargée.
Madame Ducheffe de Berry , ayant
dans fa Maifon une Charge de Maître
de fa Garde- Robe , qui n'avoit pas
DE DECEMBRE..: 293
efté remplie jufqu'alors , vient d'en
gratifier M. de Bonnivet Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de la
Tremoille Certe Princeffe y a attribué
peu de fonctions ; mais , des appointemens
affez confidérables ; &
cela , en confidération de la naiffance
illuftre de M. Gouffier , Marquis de
Bonnivet , forri de l'une des plus an
ciennes Maifons de Poitou , fi féconde
en grands hommes. -
Le 26 , Madame du Guefclin Cha-.-
noineffe de Miremont , manqua d'être
affaffinée par un Laquais qui la fervoir ..
Il s'êtoit caché fous fon lit , & dans le
tems qu'il la crut endormie , il eftoit
prêt à la percer d'un coup d'épée , lorfque
cette Dame ayant fenti une maint
qui la touchoit , elle fe leva précipi
tament farfon féant , & ayant préfenté
fes mains au devant , elle ûr le bon- :
heur d'empoigner l'épée , & en ayant
gagné le fort,elle ût l'adreffe de def
armer ce fripon , & aïant crié auffitor
aufecours ; elle ût encore la bonté de
kui dire de fe fauver . On prétend que
fa fille de Chambre & ce malhûreux
êtoient d'intelligence pour lui ôter la
vie , & enfuite la voler ; ils font l'un
& l'autre en prifon.
On commence à avoir des indices .
B biij
294 LE MERCURE
-
"
prefque certains de l'Auteur de la
mort de M. l'Abbé de Bonneuil & de
fon Valet. On ne doute plus préfentement
que ce ne foit un nommé Ruelle
, ci- devanr Soldat au Garde , qui
feul a commis ce meurtre. Il eft conf
tant qu'il n'en vouloit qu'au Domeftique
duquel il eftoit ami ; & croyant
avoir le tems, aprés s'en eftre défait, de
faire fa main; mais , comme je l'ai déja
remarqué , l'Abbé eftant arrivé plûtor:
que ce Scélérat n'avoit compté, il fe déermina
fur le champ de le tuer ; & en
teffet , il y a toute apparence que le
Maître eftant entré fans aucune défiance,
il lui affena un coup de lévier fur la
tête dont il l'étourdit , & l'acheva enfuite
: Aprés quoy,il fe retira avec un fac
de 1000 l , une Tabatiere & une Montre
d'or , qu'il remit le lendemain matin
aprés bien des allées & venues à l'Epoufe
du Valet qu'il avoit affaffiné ::
On a des preuves certaines de ce faits,
la femme eft en prifon , & l'on vient
d'apprendre queRuele eftant fur le point
d'eftre arrefté par deux Exempts qui:
l'avoient fuivi à Bar- le- Duc , s'eftoit
plongé un Poignard dans le coeur dont
il est mort. Le fcellé que l'on avoit
d'abord appofé fur toutes les Armoires
& Commodes de M. l'Abbé de BonDE
DECEMBR.E. 195
neuil a efté levé ; on y a encore trouvé
1400 liv . en espéces.
Le 29. l'Opera ouvrit pour la premiere
fois le Bal, tel qu'il s'eft donné
les années précedentes , il continuera
à l'ordinaire. M. Dancourt prépare une
petite Comédie , fous le titre de la Déroute
du Pharaon .
On s'eft mépris dans le Mercure de:
Novembre , lorsqu'on a avancé , que le
Roy d'Espagne avoit exilé le Duc de Linarés
; c'eſt le Duc d'Eſcalona , Grand
Maître de la Maifon du Roy , Chevalier
de la Toifon d'Or , & ci- devant
Vice- Roy de Naples : Il paffe pour un
des plus fçavans hommes de l'Efpagne ;
comme fon exil ne provenoit que de
quelques formalitez du Palais touchant
fa Charge , il ne faut pas être furpris,
fi S. M. C. la rapellé bien- tôt , & fi elle
l'a comblé d'honneurs & de careffes à
fon arrivée , auffi bien que le Comte de
Montijo , qui avoit êté éloigné de la
Cour , pour avoir toleré quelques - uns
de fes Domeftiques furpris en contrebande
.
Feu M. le Noble aïant compofé plufieurs
ouvrages qu'il a fait imprimer
par differents Libraires ; ce qui les rend
trés-rares ; M.. Ribou a crû faire plaifir
au Public de les ramaffer enſemble , &
296
DE
DECEMBRE
d'en donner une nouvelle Edition , fans
aucun retranchement, que de quelques
piéces qui ont paru fous fon nom avant
fa mort , & qui ne font pas de lui.
ARTICLE DES MORTS.
Ame Marie de Comans d'Aftrie
veuve de MreJean RoüilléComte
de Meflay , Confeiller d'Etat ordinaie
mourut le 30. Novembre 1717 :
Elle eftoit fille de Thomas , de Commans
d'Aftrie , Maitre d'Hôtel ordinaire
du Roy , & de Jeanne Forger ,
& elle a eu pour enfans, feu Jean Baptifte
Rouillé , Comte de Melay
Confeiller au Parlement , mort de-
>
puis peu , laiffant pour fils unique de
fon mariage avec feue Anne Catherine
de la Briffe , Anne Jean Rouillé , Comte
de Mellay , Confeiller au Parlement ,
Marie-Anne Rouillé , mariée le 21 .
Decembre
1677 , avec Charles Denis
de Bullion , Marquis de Gallardon ,
Prevoft de Paris , & Gouverneur
des Provinces du Maine , Perche , &
Comté de Laval , morte le 29. Seprembre
1714 , Marguerite
Therefe-
Rouillé , Marieé 1les . May 1687 ,
avec Jean- Baptifte-François de Noail -
les , Marquis de Noailles , &de MorrDE
DECEMBRE. 297
telar Lieutenant General au Gouverne
nent de la Haute Auvergne , &
Marechal des Camps & Armeés du
Roy , 29. leo. Mars 1702 , à Jean
Armand du Pleffis de Vignerod Duc
de Richelieu , Pair de France Chevalier
des ordres du Roy , & Elifabeth
Rouillé , Marieé le 2. Septembre
1683 à Etienne Jean Bouchet Marq. de
Leffart , alors Confeiller au Parlement
de Metz , depuis Maître des Requê→
tes & Confeiller d'Etat.
Mre Pierre de Bragelongne Préfident
honoraire aux Enquestes du Parlement
de Bretagne , où il avoit esté receu dés
l'an 1683 , mourut les Nov. 1717 , il
eftoit fils de Pierre de Bragelongne
Treforier General de l'ordinaire des
uerres , & deClaude delaCour: Il avoit
époufé Marie de Gaumont , foeur de
Mr de Gaumont à préfent Maiftre des
des Requeſtes , & de ce Mariage il ne
luy eftoit resté que Marie Catherine
de Braguelongne , Marieé, en 1709
à Michel Chauvin , Confeiller au Parlement
& Conf. aux Req. du Palais,
mort peu de temps aprésfon Mariage.
Meffire Eftienne Baudouin , Con--
feillier Honoraire de la Grande
Chambré du Parlement de Paris ,
mourut le se Decembre àAthis âgé de
198 LE MERCURE
3 ans , fans eftre marié.
Dame Louife Diane Dauvet des Ma
refts veuve de Mre Gafpard de Caftille
Marquis de Monjeu Baron de
Dracy, mourut le 7. Decembre , laiffant
pour fille unique Marie Louife Chriftine
de Caftille , marieé avec Anne
Marie Jofeph de Lorraine Prince de
Harcourt Madame de Caftille eftoit
Tante de Mr le Comte des Maretts
Grand Fauconier de France .
De Angelique Bellier de Plabuiffon
femme de Mre Ifidore Lotin Chevalier
Seigneur de Charny , Confeiller Honoraire
au Grand Confeil mourut le 10:
Decembre .
MARIAGES.
Le 23 Decembre, Meffire Pierre- Jean
Romaner , Confeiller au Parlement , a
époufe Dfelle M.Charlo . d'Eftrades, fille
de Mre Godefroi Louis Com.d'Eftrades
Gén.des Arm du Roi, Maire perpétuel , &
Gouv.delaVillede Bordeaux , quieftmort
de fes bleffures la derniere Campagne
de Hongrie ; & de Dame Charlotte le
Normand.
NOUVELLES DIVERSES.
E Nonce du Pape a êté obligé de
fortir de Naples , par Ordre de
P'Empereur en 24 heures , & de tout
PEtat en 48 : Le Cardinal Nuzzi eft
DE DECEMBRE. 299
mort , il laiffe un troifiéme Chapeau
vacant.
Le Prince de Galles qui s'étoit retiré
avec la Princeffe fon époufe chez le
Comte de Grantham , eft rentré en
grace avec S. Majefté : Le different que
ce Prince avoit û avec le Duc de Neucaftle
, au fujet du Batême du jeune
Prince , ayant êté terminé à l'amiable.
Le Prince Ragotski a êté reçû à Conftantinople
, avec les mêmes honneurs
qu'on auroit pû rendre au Grand Seigneur
même."
APPROBATION.
J'Ai lû par ordre de Monfeigneur le
Chancelier, le Mercure de Décembre
1717, & j'ai crû que la lecture de cet
Ouvrage , continueroit d'eftre agréable
au Public . Fait à Paris , ce 31 Decembre
1717.
TERRASSON .
TABLE DES MATIERES.
A
Vant- Propos .
Examen des
Tranfpofitions permifes
ou défendues dans le ftilePoetique,
par le P. du C ,
Imma Conte ,
P. 7
73
レ
TABLE.
77
79
Fragment d'une Lettre de M.PAbbé
de C. à M. le Marq. de ..
Peur de Cupidon, Fable Anacr.à Mlle
Quinaut , par M. Fuselier ,
Diffection du Crane d'un petit Maît. 80
Anatomie du Coeur d'une Coquette , 87
Mem. du Sr de Villars concernant une
Eau de fa compofition qu'il qualifie
Remede Univerfel ,
Lettre d'une Dame fur la perfidie de
fon mari ,
Nouvelles Etrangeres ,
Deuxième Let . en Vers d'Héloïfe à
94
135
143
Abailard, par M. de Beauchamp, 168
Enigmes
Chanfon ,
183
184
185
Journal de Paris , qui commence par
l'Eloge de feu M. Santerre ,
Les Dieux Comédiens , 209
Fragment d'une Let . de M. Areskin
Confeiller Medecin , & non Chambellan
duCzar,àM ľ AbbéBignon215
Premiere Lifte du Bureau d'Adreſſe
de Rencontre , précédée d'un
Avant-propos , le tout envoyé à
l'Auteur du Mercure ,
236
Affaffinat de M. l'Abbé de Bonneuil,
207293
Morts.
Mariage..
Suplément au Journal de Paris,
Nouvelles div.rfes ,``
296
299
300
Qualité de la reconnaissance optique de caractères