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1704, 05
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60
" Los
Henkolice
SJ
CHANTILLY



MERCURE
GALANT
DEDIE'A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MAY
, 1704.
SA
004
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Sale du
Palais, au Mercure galant.
Omme il eft impoffible dans la con²
Cjoncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC IV .
Aves Privilege du Roy.


MERCVRE
CALANT
MAY , 170 4.
E ne doute point que
vous ne foyez fatisfaite
des Ouvrages qui fuivent
, & qui fervent de Prelude
à ma Lettre . Les deux premiers
regardent le Roy.
A iij
6 MERCURE
ODE
POUR LE ROY .
Imitée de celle d'Horace ,
MUSIS AMICUS.
}
TAndis que les neuf Soeurs d'un
regardfavorable
Daigneront m'honorer,
Te banniray les foins dont la foule
innombrable
Nous force à foupirer.
S
Heureux je pafferay tout le temps
de ma vie
Attendant le trépas ,
Et fans m'inquieter fi le Roy d'Armenie
Eft Maiftre enfes Etats.
GALANT 7.
1
&
Sile Parthe vainqueur étendantfa
Frontiere
Va jufqu'au Tanais ,
Et fi dans les Combats fon ame eft
aufi fiere
Qu'elle lefut jadis.
S
Naiades , de ces lieux à qui Neptune
donne
L'Empire de fes eaux ,
Pour couronner LOUIS ,formezune
Couronne
De cent lauriers nouveaux.
S
Sans vous , fans le fecours qui me
vient du Parnaffe ,
Mes Vers font languiffans ,
Et je ne puis jamais exprimer avec
grace
Des illuftres talens.
A iiij
8 MERCURE
2
Il est de voftre honneur de confacrer
Ja gloire
Ala Pofterité.
Jamais Prince ou Heros celebre
dans l' Hiftoire
Ne la tant merité.
EPIGRAMME ,
Imitée d'une Epigramme latine
de M ' de Santeül , & qui regarde
le Roy.
Pofteritéfi tu refufes
De croire fes faits inoüis ,
Rompt le charme dont tu t'abuses
Et jette lesyeuxfur LOUIS.
GALANT ģ
SONNET
A la gloire de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Que
Vel eft donc ce Heros , ou ce
nouvel Alcide
Qui renverse deja les tours & les
remparts.
Eft-ce un des Scipions , ou du fang
des Cefars
Un noble rejetton que la Victoire
guide.

Non , ne nous trompons plus , fon
coeur que n'intimide
Ny l'aspectdes combats , ny lagrefle
des dards >
Sortdu Sang de LOUIS , dontparmy
les bafards
10 MERCURE
Il imite de prés le
pide.
courage
intre-
&
Quel modele pour vous Guerriers ?
Dieu des combats ,
Preferves - le toûjours d'un funefte
trépas
Pour revêtir fon front d'une illuftre
Couronne.
S
Vous , Mufes , preparez vos luths
harmonieux ,
S'il emporte Brifac au premier coup
qu'il donne
Quels feront deformais fes exploits
glorieux.
GALANT II
EPIGRAMME
Pour mettre au bas du Portrait
de Madame la Ducheffe
de Bourgogne
.
Vous qui paroiffez furpris
Desbeaux traits qu'à vosyeux
ce tableau dévelope ,
Vous le prenez à tort pour celuy de
Cypris *
C'eft celuy de Penelope .
* Déeffe Venus.
M' le Cardinal de Furftem?
berg s'eftant retiré en 1696.
au Chafteau de la Bourdaifiere
prés de Tours , fa pieté
12 MERCURE
envers Saint Martin Patron
de la France , luy fit fouhai
ter , à l'exemple d'un ancien
Evêque & Prince de Liege ,
d'eftre Chanoine de l'Eglife
de Saint Martin de Tours . Il
y prit poffeffion folemnelle
de ce titre peu aprés fon arrivée
, le jour de la Tranſlation
de Saint Martin 4 Juillet . Il
a toûjours aimé le Chapitre
de cette Eglife , qui garde le
tombeau & les cendres d'un
Saint que l'Allemagne ne revere
pas moins que la France.
Auffi toft que le Chapitre de
Saint Martin cut appris fa
GALANT
13
1
mort , il fit faire pour le re
pos de fon ame un Service
folemnel de Chanoine d'hon-
1 neur , qui fut annoncé la
veille par toutes les cloches
de l'Eglife. Les Compagnies
du Prefidial & de la Mailon
de Ville , & les perfonnes
diftinguées de toutes condi
tions de la Ville de Tours , y
affifterent , & rendirent avec
le Clergé de Saint Martin
ce dernier devoir à la memoire
de ce Cardinal Prince,
qui par les manieres pen .
dant les longs fejours qu'il
avoit fait en Touraine , avoit
14 MERCURE
gagné leurs coeurs , & attiré
leur veneration .
Il manquoit le mois dernier
à la Relation de l'Entrée
de M ' l'Evêque d'Albi , dans
la Ville de ce nom , l'explication
des Devifes & des Em.
blêmes faites à ce sujet , je
la reçûs trop tard ; je vous
l'envoye avec l'extrait d'une
Lettre , qui accompagnoit
cette Explication
.
Albi avoit fans doute perdu
beaucoup en perdant Mr`de la
Berchere , à prefent Archevêque
GALANT IS
5
I
de
Narbonne ; mais cette perte
ne pouvoit eftre plus avanta.
geufement reparée que par un
nouveau Paſteur , rel que
Mr
de Nefmond : car que ne doit
point attendre de ce Prelat une
Ville auffi catholique que l'eft
Albi , puifque même les nouveaux
convertis de Montauban
n'ont pû le voir fortir de la leur
fans donner des marques de la
plus fincere douleur qu'on puiffe
reffentir dans de pareilles occa.
fions ? Quand une grande naif-
Sance , & une fortune brillante
• font les moindres chofes qu'on
remarque dans un homme , quel
16 MERCURE
merite ne doit- il pas avoir d'ailleurs
? C'est ce qu'on a dit de
plufieurs grands Perfonnages ;
mais il n'en est peut être aucun
de qui on l'ait dit avec plus de
juſtice que de cet illuftre Prelat.
Paris , la Cour & la Prom
vince tenans là deffus un même
langage. Ilnefaut donc pas être
furpris fi la Ville d'Albi a fait
paroiftre tant de tranfports de
joye.
Comme ce qui fuit a eſté
donné au public avant l'entrée
de Mr l'Evêque d'Albi ,
je vous l'envoye de la même
GALANT 17
3
maniere qu'il a couru avant
cette entrée.
Explication des Emblêmes &
des Devifes qui doivent orner
les fept Ares de Triomphe ,
éleve dans la Ville d'Albi ,
à l'entrée publique de Mon.
fieur DE NESMOND
Jon Archevêque.
PREMIERE EMBLEME.
Pour exprimer le defir
qu'on a de voir ce Prelat ,
on a mis fur la porte de la
Ville un affez grand Tableau,
e qui reprefente une troupe
May 1704.
B
7
18 MERCURE
de ces Peuples de l'Orient ,
qui avant que le Soleil fe
leve , paroiffent hors de leurs
habitations
, pour
preffer
par des voeux & par des of
frandes
ce Pere du jour de
vouloir
commencer
la cour.
fe. Vis à vis de ce groupe
d'Orientaux
le Soleil
paroît
commencer
à fortir de derriere
une haute Montagne
,
qui leur en deroboit
les premiers
regards
, ce qui leur
fait dire par une efpece
d'exclamation
, EXPECTATUS
ADES
. Enfin
nous
vous
voyons
.
GALANT 19
EXPLICATION
DE L'EMBLEME.
Long temps avant que fur ,
no re hemisphere ,
Phoebus ait tout rempli d'éclat
& de chaleur ,
De cent peuples divers l'empresa
fement fincere ;
Sollicite ce Dieu d'entrer dansfa
Carriere.
Leur ardeur cependant le cede à¸
nôtre ardeur.
Außt defirons nous un bien
beaucoup meilleur.
B ij
20 MERCURE
Les deux Deviſes qui fuivent
aprés chaque Emblême
ont toûjours quelque rap❤
port avec l'Emblême à laquelle
elles font jointes.
DEVISE.
Pour exprimer que la Ville
d'Albi va tirer de la preſence
de fon Prelat fon bien & fa
gloire ; on a fait peindre
une Montre Solaire , fur la
quelle les Rayons du Soleil
commencent à éclater , un
petit zephire chafſant le nuage
qui coupoit la communication
de cet Aftre avec
certe Montre ; Ce mot ItaGALANT
21
lien fert d'ame à cette Dé
vife : DAL TUO CONSPETTO,
MIO VALORE. Sans vous je
ne fuis rien .
DEVISE.
Pour marquer que la Vil
le d'Albi ne pouvoit fc
paffer plus long - temps de
ce Prelat , on reprefente d'un
côté un Vaiffeau fort mal.
traité de la tempére , &
preſque preft à faire naufra
ge , & de l'autre l'Etoile Po .
laire , un Aquilon diffipant
les épais nuages qui la couvroient;
Cette Devile a pour
22 MERCURE
Ame ce mot Efpdgnol . Esa
TAVA PERDIDO SIN ESTO .
Je dois mon Salut à cet
Aftre.
II. EMBLEME.
Pour exprimer fa tranflag
tion de l'Evêche de Mon.
tauban à l'Archevêché d'Al
by ; on a peint un Arbre
chargé de beau fruit , lequel
Arbre cft tiré d'une petite
Caiffe pour eftre mis dans
une plus grande , le Jardi .
nier difant par maniere d'Apoftrophe
, à la vûe de ce
fruit. DIGNUS MA ORI EST ,
ET MELIORE SOLO . Ce fonds
GALANT 23
he convient point à a beau
té du fruit.
EXPLICATION
DE L'EMBLEME.
Affez& trop long temps cer
arbre incomparable ,
Au tour defa racine a vû pour,
fon appuy
Cefonds troppeu confiderable;
Qu'ilpaffe dans cet autre un pem
plus convenable ;
Fufqu'à ce qu'il s'en trouve un
plus digne de luy
24 MERCURE
DEVISE.
Pour repreſenter qu'un
homme qui eft né avec toutes
les qualitez , avec lef
quelles nôtre Prelat est né ,
ne peut que voir croître fon
élevation à tous momens ;
On a mis pour corps de cette
Deviſe , un Fleuve qui fort
d'une Montagne , & qui eſt
joint & groffi , non loin de
fa fource par diverſes rivieres
; Ce mot latin en eft l'Ame.
CRESCIT EUNDO . Plus
il avance & plus il croît.
DEVIS E.
Pour faire entendre qu'à
toutes
GALANT 25
coutes les dignitez dont il eft
déja reveftu ,feront bien tôt
ajoûtées celles qui peuvent
y mettre le comble ; On a
repreſentéune Lune prefque
pleine , avec ce mot , A c-
CEDET CUMULUS Dans
peu de temps j'auray tout
mon Eclat.
III. EMBLEME.
Pour donner une juſte idée
de la liberalité de noftre Archevêque
,
rien vû de plus propre , que
de faire peindre un Apollon
fur un Char dans le Zodia
que , portant
d'une main
May 1974.
C
Nous n'avons
26 MERCURE
un Globe de feu, qui repand
la lumiere de toutes parts ,
& qui tient de l'autre , de
l'Or , de l'Argent , des Fruits,
des Fleurs , &c. Qu'il jette
de tous coftez . Ce Vers la
tin fert comme d'Ame à cette
Embléme.
Quifque Dei vario fignatur
munere greffus.
Mes dons furpafferont le
nombre de mes pas.
EXPLICATION
DE L'EMBLEME.
Ċe brillant Apollon , de l'un
GALANT
27
à l'autre Pole ,
Repand tous les jours fes
bien faits ;
D'un Aftre plus charmant il
n'est que le Symbole :
Dans nos murs trop heureux
Nous avonsfon Palais ,
.
DE VISE.
Pour exprimer cette méme
liberalitéd'une maniere diffe .
rente , on a peint une Fontaine
à plufieurs Tuyaux ,
qui fe déchargent dans un
grand Baffin , d'où l'eau ſe
répand de tous côtez , & fait
fur la terre d'alentour divers
Ruiffeaux , avec ce mor . Quo
C ij
28 MERCURE
PLENIOR EO LIBERALIOR
Plus il en a , plus il en donne.
DEVISE.
Pour marquer que les
graces s'étendront fur tout le
monde , on reprefente un
Aigle qui porte à manger à
fes petits . Cette Deviſe a pour
Ame ce mot Latin. URGET
AMOR , DUM PAVERIT OMNES.
Il n'en exclud aucun des
foins de fa tendreffe .
IV. EMBLEME.
Pour exprimer ſon élo
quence & les manieres charmantes
, on a fait peindre un
Amphion , qui attire aprés
GALANT 29
foi par les doux fons de la
Lyre , les Rochers
, les Arbres ,
les Fleuves
, les beftes feroces
, & c. avec ce Vers Latin .
Saxa ferafquefonis quò vuls
Flumina ducit.
Tout fuit avec plaifir , tant
fa voix a de charmes .
EXPLICATION
DE L'EMBLEME
.
Les Lyons, les Rochers , les Fleuves
& les Bois,
Dans le fiecle aux Metamorphofes
,
Sentirent le pouvoir d'une charmante
voix ,
C iij
30 MRECURE
Cefont fables qu'on crut bonnement
autrefois ;
Maispour nous de nos yeux nous
allons voir ces chofes.
DEVISE.
Pour repréfenter les qua
litez naturelles & acquifes de
ce grand Prelat , on a peint
un beau Parterre , couvert de
diverſes fleurs , & rempli de
toute forte d'ornemens. L'Ame
de cette Devife eft ce
mot Larin. NATURA PULCHER
ET ARTE . La nature
avec l'Art pour lui s'eft épuis
fée.
GALANT 31.
DEVISE .
Pour marquer que l'Eglife
d'Albi , & Mr de Nelmond
étoient veritablement faits
l'un pour l'autre ; on a repréfenté
icy l'Orgue , avec laquelle
on peint ordinairement
Sainte Cecile , Patronne
de l'Eglife Metropolitaine de
ce Dioceſe , & l'on y a joint
les Cors des Armes de la
Maiſon de Nefmond ; ces
mors fervant d'Ame à cette
Devife. QAM BENE CONVENIUNT
. Que leurs accords
font beaux !
C iiij
32 MERCURE
V. EMBLEME.
Pour exprimer le zéle de
cet Archevêque , on a peint
dans un affez grand Tableau
trois petits Genies , qui portent
chacun dans un Cartouche
fepare un des Cors d'Ar
mes de Nelmond , & une des
pieces Archiepifcopales , avec
ces mots.
Au premier , ANIMOS IM
BELLIBUS Addit. Il donnc
du courage aux foibles.
Au fecond , PECTORA
FORTIUM ACCENDIT.
Il anime les forts,
Au troifiéme , REVOCAT
"
33 GALANT
ERRANTES. 11 ramene ceux
qui s'égarent .
EXPLICATION
DE L'EMBLEME.
Pectora ne timeant fonitus an
dire tubarum ,
Cernite , non Martis præ:
liafava canunt.
Es melius calamo numerofos
pascua
novit
Lata docere greges , atque
fugare Lupos.
DEVISE .
Pour repréfenter qu'il in-
Aruira encore plus par fes
exemples que par fes paro
les,on a fait peindre un Lyon,
34 MERCURE
qui met en pieces un Dragon
en preſence de fes Lyon.
ccaux. Ce mot eft l'Ame de
cette Devile . PUGNAS ET
PREMIA MONSTRAT.
Il inftruit au Combat , &
mene à la Victoire.
DEVISE.
Pour marquer qu'il eſt ve
ritablement tout à tout, comme
un bon Paſteur & un bon
Pere ; on a donné pour corps
à cette Deviſe un Soleil en
fon midy , & pour Ame ce
mot Italien.
TUTTO A
TUTTI. Plus il est élevé ,
plus il eft tout à tout.
GALANT
35
VI. EMBLEME .
Pour faire entendre come
bien eft illuftre la Maiſon de
noftre Prelat, nous avons fait
repréſenter dans ce Tableau
une renommée tenant les
trois Cors des Armes de la
Maiſon de Nefmond , avec
ce Vers.
Vix tuba clara adeo gentipar
trina canendæm
Cent bouches en ce jour à
peine me fuffifent.
EXPLICATION
DE L'EMBLEME ..
Tant de Héros dans les Ar,
mées,
36 MERCURE
Tant de Magiftrats dans les
Cours ,
Tant de Prelats en diverfes
Contrées ,
Sortis de même Sang d'où
j'attends mes beaux jours ,
Occuperoient plus de dix Re .
nommées.
DEVISE .
Pour marquer qu'il y a , &
qu'il y a eu dans la Maiſon
de Nefmond beaucoup de
grands Hommes de toute
forte , on a reprefenté icy un
Ciel parfeme d'Etoiles de
differentes grandeurs, & l'os
ajoint à ce Corps ce mot Ita
"
GALANT
37
lien , pour lui fervir d'Ame,
MOLTI E DIVERSI . J'en
ay plufieurs & de fort diffe
rens.
DEVISE.
Pour exprimer que Mr de
Nelmond , aujourd'hui Archevêque
d'Alby , les égale ,
ou même les furpaffe tous ;
on a crû qu'un Soleil qui
éclipſe tous les autres Aftres ,
d'abord qu'il paroiſt , ſeroit
tres propre pour cela , fon
action eftant expliquée par
ce mot. PRÆSTANTIOR
OMNIBUS UNDs . Il les éga
le tous , ou même les ſurpaſſe.
38 MERCURE
VII. EMBLEME.
Pour exprimer que la perte
que nous avons faite de Mr
de la Berchere , eſt réparée
par la nomination de Mr
l'Evêque de Montauban à
l'Archevêché d'Alby . On a
fait peindre cet Arbre que les
Poëtes ont feint porter le Ra.
meau d'or , à la place duquel,
lors qu'on l'avoit arraché , il
en renaiffoit auffi-tôt un autre
, comme il arriva , felon
Virgile , pendant le voyage
d'Enée aux Enfers ; c'eft cet
enlevement du Rameau d'or
qu'on a reprefenté icy , ac .
GALANT
39
compagné de ce mot du
même Poëte. PRIMOQUE
AVULSO NON DEFICIT
ALTER AUREUS. Si j'en
perds un , j'en ay bien- toſt un
autre .
EXPLICATION
DE L'EMBLEME .
Un voisin trop puiffant m'en '
leve en vain mon or ,
Car auffitôt le Ciel , fenfible
à ma difgrace ,
M'enrichit d'un nouveau
trefor ,
Qui remplit du premier , par:
faitement la place:
40 MERCURE
DEVISE.
Pour marquer qu'il eft le
digne Succeffeur d'un fort
grand Prelat , on a peint une
Ente fur un Tronc qui a perdu
toutes les branches. Ce
mot lui fert d'Ame. AMISSOS
REPARABIT HONORES. Tout
ce que j'ay perdu , je le retrouve
en vous.
DEVISE.
Pour exprimer combien il
eft aimable dans fon Domeltique
, on a peint une Ruche
à Miel , où un Effein va fe
rendre . Cette Devile a pour
Ame ce mot Latin . DULCEM
GALANT
41
DABIT INCOLA SEDEM . Ce
= féjour fera doux fous cet ai .
: mable Maistre.
L'Ouvrage qui fuit convient
à la Saiſon , fur une Traduction
de la quatriéme Ode
du premier Livre d'Horace ,
fur le Printemps . Elle eft de
M' l'Abbé d'Elfaut , de l'Academie
Royale de Soiffons ; ce
n'eft pas d'aujourd'huy que
fon merite & fon nom vous
font connus . Les Dames fe
confoleroient de n'entendre
pas nos Poëtes Latins ,
s'il fe trouvoit fouvent de
May
1704.
D
42 MERCURE
pareils Traducteurs.
Cette Ode fut faite pour
le 13 Fevrier qu'on celebroit
chez les Romains , par des
Sacrifices au Dieu Faune , le
retour du Printemps.
ENfin
Nfin par le retour de l'aimable
Zephire ,
L'Hiver herifle defrimats
De nos Campagnes fe retire
Et va glacer d'autres climats.
Deja pour traverser le vafte fein de
ronde ,
Et trafiquer an nouveau Monde,
L'intrepide Marchand lance en mer
fes Vaiffeaux;
Deja mille & mille Troupeaux
Bondiffent au fortir de leur obfcure
étable ,
Et le Laboureur tout joyeux ,
GALANT 43
Abandonnant enfinfon foyer , &fa
table ,
Court dans fes champs fleuris rendre
graces aux Dieux.
A la brune déja la charmante Cythere
,
Que les Graces fuivent toûjours ,
Danfe legerement fur la tendre fou
gere
Avec lesfolâtres Amours ;
Tandis que dansfa forge ardente
Vulcain preffe au travailfes Cyclopes
hideux ,
Et forme d'une main fçavante
En differens métaux mille ouvrages
fameux.
Cher Ami , couronne ta tefte
Des fleurs qu'en ce beau jour le doux
Zephirproduit,
Et dans des Bois où regne une éternelle
nuit
Dij
44 MERCURE
Sacrifie au Dieu Faune , &paffe
cette Fefte ,
Quand tu le peux encor , dans le
fein des plaifirs.
La Mort ne bornera que trop toft tes
defirs.
Le pauvre au fond de fa mafure
Subit fes inhumaines loix,
Et des vaftes Palais la fuperbeftructare
Contre fes traits perçans , n'aſſure
pas les Rois
Adieu tous les plaifirs fitoft que la
Barbare
T'aura fait paffer l'Acheron ,
Dans le fombre manoir du terrible
Pluton
Il n'eft plus defeftins dont le fort te
prepare
Une bachique Royauté,
Nyde Nimphe's dont lajeuneße
GALANT 45
L'efprit, l'enjoüement , la beauté,
Anime toute ta tendreße ,
Et qui fenfible à tes ardeurs
Te comble enfin de fes faveurs:
Le Sonnet que vous allez
lire eft du même Auteur , il
ne paroit pas par fon tour
aifé qu'un Sonnet foit un Ou
vrage auffi dangereux qu'il
veut le perfuader . Il adreffe
ce Sonnet à un de fes Amis ,
qui luy avoit envoyé des Sonnets
qu'il avoit critiquez , &
qui l'invitoit d'en faire .
46 MERCURE
SONNET .
APollon , du Sonnet devroitbannir
l'ufage,
La Rime d'elle- même a d'aßez dures
loix
Şans inventer encor un fi bizarre onvrage
Pour donner la torture aux Poëtes
François.
23
Zoifque fur cette mer un bon Auteur
s'engage,
Il ne differe guere à s'en mordre les
doigts ,
Dès le premier Quatrain il perd
fouvent courage ,
Et le dernier Tercet le reduit aux
abois.
S
GALANT 47
Et tu voudrois , Damon , queprompt
à me féduire ,
Je m'efforçaffe en vain comme toy ,
d'enproduire ,
Moy , qui le crois l'écuëil de tons les,
beaux efprits.
2
Ab, je connois ton but , &je vois ta
fineffe ,
Pourquoy tant déguifer ! ma Criti
que te bleffe,
Il faut qu'à mes dépens tu vanges
tes écrits.
L'Article qui fuit , & qui
en comprend huit ou dix ,
quoy que fur une même matiere
, eft bien digne de vô
tre attention & des reflezions
de tous ceux qui le
liront.
48 MERCURE

Quand les Fanatiques
commencerent à commettre
des defordres dans le Royaume,
on crut d'abord les devoir
cacher autant qu'il feroit poffible
à cause de leurs profanations
& de leurs abomina.
tions , & que des Chreftiens
penetrez de leur Religion
n'auroient pû en entendre
parler , fans que
leurs coeurs
en laignaffent , on crut auffi
que ce mal ne dureroit pas
longtemps , parce qu'il avoit
commencé tropviolemment,
& l'on eftoit perfuadé que
les rebellions des Sujets con
tre
GALANT
49
tre leurs Souverains ne font
jamais éternelles , quand même
elles feroient generales ;
à moins que les Puiffances
qui prennent leur parti ne ſe
rendent fiabfolues chez eux ,
qu'ils ne puiffent plus eftre
maiftres de leur volonté
quelques remords qui les
obligent à rentrer dans leur
devoir.
Pendant qu'on tâchoit en
France à faire ouvrir les yeux
aux Fanatiques , & à les ramener
par la douceur , & que
ces railons empêchoient qu'
on n'étalaft leurs crimes dans
May 1704.
E
50 MERCURE
·
les nouvelles publiques ; les
Gazettes étrangeres , & fur
tout celles de Hollande , dont
le nombre eft tres grand ,
puiſqu'on en fait dans toutes
les Provinces de cet Etat , ne
parlerent prefque plus d'autre
chofe que de ce qui fe
paffoit dans les Cevennes ,
tant parce qu'ils avoient peu
de bonnes nouvelles à donner
au Public , les affaires de
la
guerre
· allant tres mal de
tous coftez pour les Allicz ,
que parce qu'ils vouloient
faire croire aux Peuples de
Hollande & à tous les Sujets
GALANT SI
de leurs Alliez , que les Fanatiques
alloient penetrer
jufqu'au coeur de la France ,
& que cette diverſion aides
roit à rétablir les affaires des
Princes liguez ; & dans cette
penſée dont ils n'eftoient
neantmoins que politiquement
frappez , ils exagererent
tous les petits avantages
remportez par les Fanatiques
, pendant qu'on en parloit
en France avec mode .
ration , & qu'on ne donnoit
des Relations au Public que
des grands avantages que les
Sujets fidelles remportoient
E ij
52 MERCURE
de temps en temps , parce
que l'on ne pouvoit s'empêcher
de parler de faits fiécla.
tans & Hi connus , & qu'il auroit
femblé qu'on n'auroit
pas voulu rendre juſtice à la
verité. Comme on a parlé
de ces avantages prefque
dans le moment qu'ils ont
efté remportez , on n'eſt preſs
que point entré dans le détail
ce qu'on ne peut faire autrement
lorsque l'on parle d'abord
qu'une affaire eft arrivée
, de forte qu'il manque
toujours beaucoup de cir
conftances aux recits que
GALANT
$3
l'on en fait , & que l'on ne
peut faire connoistre les
Braves qui le font diftinguez
dans ces actions éclatantes ;
c'eft ce qui m'oblige à vous
donner d'amples Relations
des deux derniers avantages
remportez par Mr le Maréchal
de Montrevel , & par Mr
de la Lande , accompagnées
de quelques extraits de Leta
tres qui font connoiſtre qu'il
eft impoffible que ceux qui
font des relations avec le plus
d'exactitude n'oublient quel
ques circonftances qu'il eft
E iij
54 MERCURE
tres important de fçavoir ;
tant pour la gloire de ceux
qui ont combatu , que pour
eftre parfaitement inftruits
de la maniere dont ces
Actions le font paffées . Je
crois devoir ajouter au dé
tail des deux Actions dont je
vais vous parler , celle qui a
precedé ; quoique dans cette
Action le fort des armes ne
nous ait pas efté favorable.
On ne triomphe pas toujours
lorfqu'on eft beaucoup inferieur
en nombre. Vous ver:
rez par le détail de cette
GALANT
55
Action
que
fi
d'autres troupes
avoient eſté à la place
de celles de la Marine elles
n'auroient peut- eftre pas
moins fouffert , & que les
Officiers de ce Corps ont
fait voir une tres grande intrepidite
, puifque plufieurs
ont efté tuez en combattant,
& qu'ils auroient évité la
mort s'ils avoient voulu prendre
la fuite. Voicy le détail
de cette premiere Action qui
n'a efté fçûë icy que par les
nouvelles publiques de nos
Ennemis qui l'ont beaucoup
défigurée , & qui n'ont mis
E iiij
$ 6 MERCURE
dans leurs
Relations que ce
qu'ils ont crû
avantageux
aux
Fanatiques .
RELATION
du
Combat donné prés
de Ners de Saint Cefaire
, Lafcours , Cruvers
&
Boucoiran , le 13. Mars.
M
Onfieur de laFonquiere
à la tefte de 500. hom.
mes de la Marine , & de 60 .
Dragons de Saint Sernin , ayant
cherché tout le
Mercredy dernier
les Camifars fans les trouver
, vint coucher à Moaſac ,
où il apprit que Cavalier &
GALANT 57
fa Troupe avoient couché la
nuit precedente , fur l'avis
qui luy fut donne , il marcha
jufques à neufheures du matin,
Feudy dernier fuivant les Troupes
de Cavalier à la trace des
Chevaux
.
Mr Piedmarcé qui eftoit allé
à la découverte avec fix Dragons
, ayant aperçu fix hommes
fur une hauteur , demanda à un
Vigneron ce que c'étoit , celui cy
luy dit , que c'étoient des Vignerons
; mais le voulant fçavoir
an vray , il matcha avec les
fix Dragons , ces hommes fe cacberent
, la curiofité de Mr
58 MERCURE
Piedmarcé luy fit doubler le pas,
& eftant fur la hauteur , il
apperçût dans un vallon Caž
valier à la tefte de fa Troupe
rangée en bataille , formant un
Bataillon carré , les Soldats fort
ferrez , fe touchant les uns les
autres , ayant derriere luy une
Ravine qui l'empéchoit d'eftre
attaqué par les coftez , & qui
én cas de malheur , s'il eftoit
forcé defuyr , pouvoit favorifer
fa retraite , ayant fur les aifles
de fa Troupe environ 150. Chevaux.
Mr de Piedmarcé , aprés
avoir fait toutes ces obfervations
, fit garder ce pofte par les
GALANT 59
fix Dragons , & alla rendre
compre à Mr de la Jonquiere ,
luy fit faire reflexion qu'ily
avoit quelque corps de referve
caché en quelque endroit
= qu'il feroit bon d'en garder un
pour s'opofer en cas de malheur;
Mr de la Fonquiere luy dit :
&
mon detachement eft nombreux
& de bonnes Troupes,
il faut les brufquer ; En effet
il marcha , & eftant arrivéfur
la hanteur , il vit ·luy - même les
ennemis dans ce vallen qui étoit
bordé par des hauteurs , fur
lefquelles eft d'un cofté Saint
Cefaire , de l'autre Ners ,& de
60 MERCURE
l'autre Lafcours , & Cruviers ,
il fit marcher fes Troupes aux
Rebelles jufques à la portée du
piftolen fans que perfonne tiraft,
ils l'attendirent de pied ferme
fans tirer ; mais comme il vou.
lut avancer de plus prés , Ca.
valier , fit faire une décharge de
tout le Bataillon tout à la fois ,
les Troupes du Roy firent en
même temps leur decharge ,
qui fus effuyée par ces Scelerats
fans branler. Mr de la Jon.
quiere dit alors , Soldars il faut
enfoncer la
bayonnette au
bour du fufil. Dans le temps
que la Marine avançoit tefte
GALANT 61
baiffée , & qu'elle étoit à la lon
gueurde la bayonnette. Cavalier
fit ouvrir fon Bataillon à droite ,
& à gauche , & les Troupes
de la Marine virent en face
un Bataillon de fept à huit cens
hommes qui avoit demeuré caché
dans cette ravine , qui fit une
decharge fi à propos , que les trou .
pes du Roy en furent effrayées,
&, ébranlées ; dans le mefme
temps la Cavalerie des Rebelles
donna fur nos Dragons , qui
furent chargez par l'Infanterie
cac ée , ils furent enfoncez &
renversez fur noftre Infanterie
qui prit la fuite , les Officiers
62 MERCURE
firent ferme , & eftant expoſe
à la fureur des Rebelles , qui
avoient la bayonnette au bous
du fufil , il y en cût vingt de
suez , du nombre defquels font ,
Mrs de Dargenille , de l'Hôpi -
tal , de Marcin , de Raouffet ,
de la Borde , de Gafte , Didier,
Didons , de Liffat , de Ligon.
dez , de Crus , de S. Thoron ,
du Bar , de Mazon , de Laval,
le Chevalier de Sabran , de Fontanges,
l'Ayde- major , & Mr de
Chaylus bleffez
deux cens foldais tuez & bleſſez
perdirent auffi beaucoup de mon
de , ces Officiers ayant chere.
les Rebelles
GALANT 63
1
ment vendu leur vie. Mr de
Piedmarcé , de S Chaffe , qui
furvint dans ce temps appella un
Valet qui avoit le Cheval d'un
Officier tué , & ne fe fentant
pas la force de le monter , appela
quatrefoldats pour l'aider
à monter & il fuivit les
Dragons quipafferent le Gardon
à la nage , & fe retirerent à
Boucoiran.
Mr de Piedmarcé avoit én
fon Cheval tuéfous luy , &fe
voyant poursuivi fe mit à crier,
foldats de la Marine à moy &
je vous fauverai , il en ramaffa
en courant de cofté & dauire
64 MERCURE
nviron cent quara nie , &avec
ce corps el fitfa retraite du côté
de S Cefaire , eftant entré dans
ce Village , le Rentier du Châ
teau luy refufa la porte ; &
comme il eftoit poursuivi , ilfe
jetra dans la maison clauftrale
où ilfe deffendit une heure ; &
comme il fit menacer le Rentier
dele faire pendre , pour avoirrefufé
la porie aux Troupes du Roy,
peur le prit , & il ouvrit la
porte du Château , & d'abord
Mr de Piedmarcé profitant
du temps avant que le gros
la Troupe des Camifars vint
l'aſſieger,s'y jetta , on lui tuafur
la
de
GALANT
65
la porte an Sergent &☞un foldat,
la Froupe de Cavalier eftant
fur venuë , voulut enfoncer les
portes , mais elle fue repousée à
coups defufl , le Chareau eftant
bon.
Mr de la Lande qui com .
mande àAlaix averti du combat ,
fortit avec huit cens hommes ,
& eftant arrivé fur les lieux ;
ne fçachant où aller , Mr de
Piedmarce qui le decouvrit · fit
mettre un Drapeau au bout
d'une perche , & fit tiver deux
coups defufil : Mr de la Lande
marcha de ce cofté là , ce que
voyant Cavalier il pris le parsi
May 1704.
F
66 MERCURE
defe retirers Plufieurs Villages
voifins fonnerent le Tocfin
pendant le combat , en forte que
la Trompe de Cavalier groffit
beaucouppar ceux qui le vinrent
joindre.
Aucune Relation n'ayant
parlé de ce qui s'eft paflé
depuis l'echec reçû par le
Bataillon de la Marine jufqu'à
la Victoire rempor
tée par Mr le Maréchal de
Montrevel. Vous trouverez
ici tout ce qui s'eft paffé dans
cet intervalle.
A Nifmes le 6 Avril 1704.
Mr le Maréchal coucha le 15 .
Mars le lendemain de la deffaite
GALANT 67

des Troupes de la Marine à Saint
Chatte , d'où il partit pourfe rendre
à Alaix , où il fejourna un
jour. Le 18. il arriva à S. Genies,
les troupes qui l'efcortoient appergurent
onze Camifars , elles y ac
coururent , & en tuerent fept , les
autres ayant pris la fuite , un Bataillon
de Charolois qui eftoit à fa
fuite brula trois maisons des nouveaux
convertis de Sauzet , le 19.
Mr le Maréchal arriva à Nifmes
, où il apprit que la troupe de
Cavalier eftoit le long du Gardon,
du cofté de Mouyffai , & avoit mis
tout le village fous contribution en
bled & en vin ou il refta tout le 21.
& ou il fit des expreffes deffenfe,
àfa troupe de luy attribuer le gain
du combat , mais bien à l'Eternel,
voulant par là abuſer le peuple , le
Fij
68 MERCURE
zz. Cavalier avec fa troupe alla
à Ayguesvives où il y reft jufques
au 24. il fit abbatre toutes les murailles
de Cloture , & bruler la por.
te au milieu de la place , il diftribua
les armes du bataillon de la
Marine, en difant , que l'Eternel
arme du bouclier de la foy , ceux
qu'il avoit armé des armes des
Papiſtes Idolatres. Ily donna la
Cene à une infinité de perfonnes ,
Dans ce même temps la troupe de
Rolland eftoit aux environs d'Alaix,&
tenoit Bouceiran bloqué, n'y
fouffrant aucune communication , &
allant de temps en temps far les
murailles faire le coup de fufil. Il
y cuft le 23. à S. Efteve petit vilbage
, auprés de celui- là une Affemble
de quatre mille Religionnairess
, Cavalier écrivit à Mr le
GALANT 69
Maréchal qu'il eftoit à A guesvives
, qu'il l'y attendoit avec impatience
, & qu'il y refteroit encore
trois jours pour donner la Cene à
fes freres de ce canton. Il alla le
25. à Bergeze où il fit quelque fejour
, le 26. les Capucins de Nifmes
eurent grand peur , les deux
qui estoient de garde ce foir - là,
ayant entendu grand bruit fous
une feneftre , un d'eux la voulut
entroavrir , il fut fur le champfalué
d'un coup de fuzil , dont les
balles lui frizerent la barbe de
bien prés , & cette mefme nuit Mr
le Major faifant la patroüille ,
aperçut dehors la ville plufieurs
Rebelles qui fufillierent une Sentinelle
avancée ; Cavalier alla
le 27 avec 700. homme de pied,
& 200. chevaux à Langlade , il
70 MERCURE
"
detacha fur le chemin de Montpellier
à Nimes vingt hommes qui
arrefterent trois Marchands qui en
furent quittes comme freres pour
leurs chevaux , épées , bottes &
piftolets , on ne toucha point à leurs
valizes ou ily avoit beaucoup d'argent
, le 28 cette troupe barbare
alla à Videlen à une promenade
de Nimes ou elle enleva douze tra
vailleurs de terre qu'ils égorgerent
tres-cruellem ment , & dont l'un
fut cloué à un arbre , le 19. Cavalier
divifa fa troupe en deux
bandes , il alla avec la plus gran.
de du ofté de Saufet , & laiffa
200. hommes à une Metayrie à un
quart de lieuëde Nimes , qui firent
un petit detachement fur le chemin
Avignon ils y enleverent trois
chevaux , dont l'un appartenoit
P
GALANT 71
ن م
à Mr le Chevalier Cotton : une
troupe de ces Rebelles s'enfonça
dans le mefme temps dans le Diocefe
de Montpellier , & y brula
quelques Metairies , le 30 le Major
faifant la patrouille arrefta un
Artifan qui avoit un fac plein de
Livres heretiques & de pain , il
fut conduit au Fort , & on lui donna
la queftion,il découvrit beaucoup
de pourvoyeurs des Camilars ,
toutes les nuits jufques à hier au
foir le Major va enlever des fem
mes & des Dames maſquées avec
des hommes , il peut y en avoir environ
cent au fort. Le 31. quelques
Rebelles enleverent à Baldebaune
les Catholiques ravai leurs de
Nimes qu'ils égorgerent avec leur
cruauté ordinaire. Le 1. Avril un
Bataillon de la Marine arriva
72 MERCURE
icy , il auroit cfté attaque par
deux mille Camizars fur le chemin
de Lunel à Nimes , fans l'escorte
qu'il eût de quatre - vingt Dragons
de Fimarcon , qui ayant efté apperçus
par les Couriers des Rebelles
qui les rencontrerent , les firent
Tetirer à petit bruit
quelques
Dragons apperçurent de loin un
Rebelle quifaifoit mettre à genoux
dans le grand chemin un homme
qui fe mettoit en eftat de l'egorger,
ils coururent à luy avec tant
de viteffe qu'ils le garentirent , en
faifant fuyr le Camifard qu'ils
pourfuivirentfi vigoureuſement , que
fe voyant en danger d'eftre pris , fe
retourna vers le Dragon qui le fer-
-voit de plus prés , & lai tira fon
fufil , dont les bales perferent de
part en part fon cheval : le Dragon
en
GALANT 73
J
>
ن م
en fautant dans le momentfur le
Camifard, le tua. Le 3. un Paquet
important que Mrle Maréchal de
Montrevel envoyoit de Sommieres à
Mr le Gouverneur de Nimes,fut enlevé
parun gros de Fanatiques, Mr
le Maréchal en fut averti
n'oublia rien pour le ravoir. Le
nommé le Fèvre partizan alla à
Crifpian avecfa Compagnie , ou il
croyoit trouver quelques Rebelles ,
mais non par la troupe de Cavalier
, qui cependant y eftoit toate
entiere, ayant pris langue d'un Sergent
de fa compagnie , & eftant
informé de la maifon la plus apparente
, dans la vûe que le chef du
detachement yferoit , il le lui demanda
avec quelques autres , affectant
la fraternité ; la fentinelle
des Rebelles ne fe doutant de rien,
May 1704. G
74 MERCURE
ils entrerent dans la maison , ils
égorgerent d'abord le Maiftre , ils
en firent autant d'un Camifard
qu'ils trouverent couché furfon fuzil
, en le depouillant ils trouverent
par hazard le paquet qu'il
n'avoit pas encore ozé ouvrir , u18
de cette maifon s'étant pour le
bonheur de le Fevre, ſauvé tout effrayé
, alla donner tant de terreur
à la troupe , qu'elle prit la fuite
avec beaucoup de precipitation dans
les bois voifins , &leFevre raffurépar
lapeur chimerique des Camifards ,
apporta le paquet au Gouverneur
de Nimes. Les trois bataillons que
nous avons icy , ont fait des rondes
par la Ville pendant tout aujour
d'hui, Un Curé de noftre villefaillit
à eftre égorgé , ily a quelques
jours chez un maladé nouveau ca-
་་ ཕ
GALANT
75
tholique , fon intrepidité le garentit,
& prefentement les Curez ne vont
point voir les malades de nuitfans
une escorte , & menent dans la
chambre du moins un Sergent , les
Fanatiques ont enlevé dix- huit cloches
qu'ils deftinent pour faire des
couleurines , ils ont à leur tefte le
plus habile Partizan qu'il y ait
nommé Amalet , capitaine des
Barbets que le Duc de Savoye a
envoyé depuis environ cinq mois .
A Nimes le
Avril 1704
.
17.
Endredi dernier à deux heures
apres midy , les Camizards au
nombre de 2000 de la troupe de
Cavalier allerent à S. Geniez:
qui eft un grand bourg à deux
lieues d'icy en bon ordre ils avoient
deux cens chevaux qui faifoient
G ij
76 MERCURE
>
, Gr
>
l'avant & arriere garde
Infanterie eftoit au milieu ; &
comme ce Village eftoit clos ils
commencerent par y faire des breches
par où ils entrerent , les anciens
Catholiques les ayant vû venir
, fe refugierent dans l'Eglife on
on a faitfaire de bonnes fortifications
ces atroupes firent tout
leurs efforts pour y mettre le feu ;
mais les gens qui eftoient fur le
clocher bien retranchez les en empecherent
à coups de fufil , ces atroupés
eftant donc entrez , & s'eftant
rendus maitres des maisons ou il
n'y avoit perſonne , ils pillerent &
ravagerent tout ce qu'il y avoit
dedans , & enfuite mirent le feu
àdixmaifons d'anciens catholiques ,
ils referent au village jufques à
Sept heures du foir , aprés quoi ils
GALANT
77
:
> $
en partirent en bon ordre ceux qui
font venus icy depuis ce temps - là ,
ont rapporté , qu'il y avoit huit
tambours & quelques fifres , que
Cavalier qui eft le commandant
de cette troupe eftoit magnifique
qu'il avoit quatre laquais & douze
gardes habillez de rouge qui ne le
quittoient pas , que lors qu'on partit
les gardes qui font à cheval
avoient l'épée haute , les gens qui
eftoient fur le clocher tuerent quelques
Camizars , mais ces Rebelles
ne tuerent perfonne , parce qu'ils
eftoient dans des maifons des nouveaux
convertis ou ils faifoient
bonne chere , aufquels ils ne font
point de mal , parce qu'ils font de
Leurs freres ; on compte que foit par
les brulemens des maifons , ou parce
qu'ils ont pris , comme linge , car
G
iij
78 MERCURE
toute cette troupe changea de chemife
, habits , farine , pain , &
autres chofes , ils en ont fait pour
plus de vingt mille livres.
Mardy à onze heures dufoircette
même troupe alla à Caveirac ,
ils
en abbatirent les murailles , &
eftant entrez , ils logerent chez les
nouveaux convertis , les catholiques
eftoient dans le Château de M
Sartre , dont ils n'approcherent pas,
ils refferent làjufques à hier à huit
beures du matin , & prirent le chemin
de Nages qui eft un autre village.
Mr le Gouverneur d'icy n'en
fut averti que hier à dix heures
du matin par quelques Payfans
nouveaux convertis , lefquels Mr
le Gouverneur ft mettre au Fort à
caufe qu'ils n'etoient pas venus
avertir plutoft , cependant Mr le
GALANT 79
Gouverneur fit un detacheme nt de
500. hommes , qui partirent hier à
deux heures aprés midy , & il ne
fuft pas plutoft parti , que Mr le
Maréchal écrivit une Lettre à Mr
le Gouverneur , par laquelle il lui
marquoit qu'au premier bruit qu'il
avoit eu que les Camifards avoient
efté à Caveirac , il eftoit parti de
Sommieres ou il eftoit , & eftoit
venu à Clarenfac avec 400.
bommes
: & comme il n'avoit pas affez
de troupes , il le prioit de lui en
envoyer d'autres avant que ce detachement
euftjoint Mr le Maréchal
, lequel avoit donné ordre
avant de partir à Mr de Grandval
qui eftoit Colonel , de partir
avec des troupes pour le venir joindre
, Mr le Maréchal eſtant arrivé à
Clarenfac avant
avant que Mr de Grand-
Giiij
80 MERCURE
val , & le detachement d'icy l'euffent
joints : il apprit que les Camizards
eftoient en pleine campagne
proche Nages . Il y marcha ,
& ayant remarqué qu'ils eftoient
plus de 2000. & n'en ayant que
400. il ne les oza pas attaquer
mais en attendant le fecours il les
amufa par des efcarmouches . Mr de
Grandval eftant arrivé avec le
Regiment de Charrolois , des Dragons
de Fimarçon & de S. Sernin ,
ils commencerent à approcher les
Camizards qui estoient rangez en
bataille lefquels d'abord firent
leurs décharges fans que nos troupes
tiraffent , aprés quoy Fimat--
çon & S. Sernin les ayant mis en
deroute, ils commencerent à prendre
la fuite , & furent fe refugier à
Nages , nos gens les poursuivant
>
GALANT 81
la bayonnette au bout dufufil. Mr
le Maréchal donna ordre à Mr de
Foy Lieutenant colonel de Fimarçon
, d'aller à Nages pour les reconnoiftre
, ce qu'il fit , & le deta
cachement que Mr le Gouverneur
avoit fait d'icy eftant arrivé dans
ce temps - là , ils environnerent ce
village , mais ils ne le firent qu'aprés
qu'une grande quantité de
Camizards euc pris la fuite , dont
Cavalier eftoit du nombre : la nuit
eftant venuë nos troupes fe retirerent
, cependant on aẞure qu'il eft
reftè fur la place plus de 600. Camifars
, fans compter les bleffez,
dont ily en a bien pour le moins
autant. Si le detachement d'icy fut
arrivé avant le choc , il eft feur
qu'on auroit entierement defait
cette troupe , nous avons perdu 17.
82 MERCURE
foldats de Charrolois , 7. Dragons
de Fimarcon , 5. de S. Sernin , le
Lieutenant- colonel bleſſé , 2. Officiers
tuez , & quelques foldats
bleffez.
On a appris ce matin, Vendredy,
que Mr de Grandval avoit toûjours
Pourfuivi pendant la'nuit , &'hier
en plein jour les Camifards , qu'il
en avoit encore tué plus de trois cens,
ainfi que plufieurs bleſſez qui s'étoient
refugiez dans des Metayries,
il a defait entierement leur Cavalerie
; le nommé Catinac qui avoit
fervi fous le Maréchal de ce nom ,
& qui la commandoit , a efté tué ,
& on affure que Cavalier a esté
blessé. Enfin il eft certain que cette
troupe a efté entierement defaite ,
c'eftoit la principale & la mieux
armée , ellefaifoit tenir des vivres

GALANT 83
aux autres troupes qui font dans
les Cevenes , fçavoir , celles de
Caftanet , Rolland&Foüannen.
Quand lesCamifards eurent fait
leur décharge , les Dragons de Fi
marcon & de Saint Sernin allerent
à eux tefte baissée , enforte que ces
bandits faifoient de terribles bearlemens.
Mrde Grandval fit environ
deux cens prisonniers qu'il fit
Paffer aufilde l'épée , excepté cinq
qui lui promirent de decouvrirbeau
coup de chofes , on les a amenezici,
& on leurfait leur procés ; l'on dit
qu'ils parlent tres- bien de tout ce
qui fe paffe parmi eux.
A Caveirac le 19. Avril 17043
Monfieur le Maréchal de Montrevel
qui attendoit depuis
quelquesjours àSommieres des nou84
MERCURE
velles de la troupe des Camifards
qui devoit defcendre dans la Plaine,
donna ordre le 15. Avril qu'on préparaft
toute chofes pour fon départ
de Montpellier , & ayant eu avis
que le feize cette troupe eftoit effectivement
en Plaine dans le lieu de
Caveirac. Il manda à Mr de Grandval
de le venir joindre avec les
troupes de la Garnifon de Lunel ;
tandis que Mr le Maréchal marchoit
pour s'y rendre , en paſſant
toûjours à couvert des montagnes ,
par le chemin de Coprou , laiffant
Monpezat fur la gauche ; il détacha
fur la hauteur de Caveirac Mr.
Miraud Capitaine de Dragons
dans Fimarcon
> avec cinquante
Dragons pour fçavoir qu'eftoient
devenus les Rebelles . Pendant ce
temps Mr le Maréchal defcendit
GALANT 85
à
dans le Lavaunage par le Village
de Penfac d'où il écrivit à Mr de
Sendricour Gouverneur de Nifme ,
pour en faire fortir un gros détachement
de Dragons & d'Infanterie ,
pour aller du cofté Duchau. Mr le
Maréchal eftant informé par les
Payfans de Clarenfac , que les
Rebelles eftoient partis de Camprac
onze heures du matin , & qu'ils
avoientpaßépar le Moulin de Langlade
, il envoya ordre à M1 de
Miraud de partir de Caveirac pour
fe rendre à Langlade afin de les
joindre ; Mr de Miraud paffafur
la hauteur de Langlade d'ou ilentendit
une groffe décharge entre Boif
fin & Derzile. Il détacha le Commiffaire
d'Efpiochpour en aller don
ner avis à Mr le Maréchal , qui
marcha auffi- toft avecfes Dragons,

86 MERCURE
>
fur la hauteur où le Commißairè
avoit laiße Mr Miraud d'où il entendit
tirer plufieurs coups , & s'y
eftant rendu en toute diligence , il
trouva effectivement les Rebelles
qui avoient déja combatu avec
defavantage contre les troupes de
Mr de Grandval , lefquels furent
chargezfi vigoureusement par Mr
le Maréchal
qu'ils gagnerent
aufi- toft la hauteur de la montagne
de Raze aprés y avoir fait un
grandfeu. Mr le Maréchal gagna
de fon cofté la Plaine pour couper
les Rebelles , qui s'en eftant apperçus
allerent auffi à la droite de
la bauteur de Razę , où ils furent
fort furpris de voir venir à eux un
détachement d'Infanterie comgros
mandé par Mr Menou , parce que
fe voyant par là pris de tout coftez,
CH
GALANT 87
ils furent enfin obligez de defcendre
de la montagne qui en eft proche, &
pour s'échaper de nos troupes , ils
marcherent avec une vitesse incroya
ble , de maniere qu'on avoit peine
à les fuivre ; cela fut caufe que Mr
le Maréchal prit le parti d'aller
aprés eux avec les Officiers Irlandois
, fes Gardes & les Dragons qui
les joignirent un moment aprés fur
la hauteur de Clarenfac , on ne
difcontinua pas de les poursuivre
prés de trois lieuës; maisfur les neuf
beures du foir on fut obligé de fe retirer
, parce qu'on ne trouvoit plus
que des gens tuez de cette troupe de
Rebelles compofée de plus de douze
cens hommes , dont il ne fe fauva
que cent cinquante qui furent joins
pendant la nuit par la Compagnie
franche du FrereGabriel qui eftois à
88 MERCURE
Saint Geniez, & qui vint au bruit
des décharges qu'il entendit. Le
refte de cette troupe de douze cent
ayant effé tué dans les trois actions
du premier combat , foit de Mr de
Grandval , de Mr le Maréchal &
dans le lieu de Razes , ainfi que
vers la montagne du mefme lieu &
dans la plaine de Lavaunage pendant
les trois lieuës qu'ils furent
pourfuivis, à l'exception de quelques
uns qui s'échaperent de leurs troupes,
& quife retirerent du cofté de Ĉaveirac
, ou ils tomberent entre les
mains du détachement qui s'étoit
avancé vers eux au bruit dufeu, &
qui acheva de les tailler en pieces .
Enfin on peut dire que cette action
eft des plus completes , que non feu- .
lement elle deconcerte ce qui refte de
Rebelles , mais encore parce qu'il
GALANT 89
>
eft resté fur le Champ de Bataille
une quantité confiderable d'armes
& qu'il n'eft pas échappé douze de
leurs chevaux. Nous avons eu 30 .
foldats tuez ou blessez , deux Officiers
Irlandois tuez, & le Lieutenant-
Colonel de Saint Sernin blessé
à la tefte & à la cuiffe. Mr de
Grandvaly a fait des merveilles ,
& a eu un cheval tuéfous luy. Mr
le Maréchal lui en a donné un de
cinquante Louis .
De Clarenfac le 18. Avril
1704 .
LE feize Mr de Grandvak
ayant eu avis que ces mal .
heureux eftoient en grand nom.
May 1704 .
H
90 MERCURE
bre du cofté de Caveirac , il fie
partir 2 Compagnies de Dra
gons de Fimarcon & deux de
Saint Seinin , fur le midy , &
fe mit à leur tefte pour aller rea
connoiftre ces malheureux , &
eftant à la porice de la Carabine
il détacha douze Dragons avec
un Maréchal des Logis pour
voir leur contenance , quifurent
vivement repouffe par les Fa
natiques , s'eftant retivez en
bon ordre auprés du fieur de
Grandval , ils lui di - ent que
nombre eftoit de douZ: à quinze
cens hommes. Dans ce temps là
le Regiment de Charollois ayant
le
GALANT 91
joint Mr de Grandval , il mità
leur droite Fimarcon , & Saint
Sernin à la gauche , aprés quoy
il marcha en bataille contre les
Fanatiques qui attendirent de
piedferme le genoux à terre. Mr
de Grandval ayant effuyé leur
décharg , fit faire la fienne
aux troupes du Roy , & leur fit
mettre la Bayonnette au bout du
fufil le fabre à la main aux
Dragons quifondirent tous dans
le mefme tempsfur les Fanatiques.
Il en refta trois cens fur la
place & ils mirent le refte
entierement en déroute , qui
voulut paſſer du cofté de Som,
Hij
92 MERCURE
mieres ; mais Mr de Montrevel
qui eftoit à la tefte defes troupes
les chargea fi vigoureusement ,
qu'il en refta encore trois cens fur
la place , il pourfuivit les autres
jufques dans la montagne. On a
fçu que parmi les morts on a
touvé quantité de femmes ha
billées en homme On a pris quatre
vingt chevaux , dix mulets
charg d'armes & de hardes
& le tout a efté conduit à Nifmes
de forte que toute cette
troupe a efte detruite,
On reçût nouvelle le mesme
jour que du cofté de Brenous
tous les anciens Catholiques de
GALANT 93
Beauvois , de Courry , du Travers
de Roubiare jufqu'au portes
de Saint Ambroise , ont tucz
tous les nouveaux Convertis
qu'ils ont trouvé.
Mr de la Lande a inveſti
Roland & Foüannens avec leurs
troupes , les a tellement battus
qu'il en eft resté cinq cens
fur la place vers Genouillac le 18.
de ce mois , & il les pourfuit,
encore.
L'on a ſçû auſſi que l'on afaie
paſſer au fil de l'épée une trompe
qui s'eftoit retirée dans une Ca.
werne , où l'on a trouvé deux
moulins à poudre , deux à blé ,
94 MERCURE
beaucoup de farine , de plomb´ ,
d'eftain , de balles , dufalé &
quantité de hardes.
Je croy devoir ajoûter ce
qui fuit à ce que vous venez
de lire. Vous y trouverezune
partie des faits marquez dans
les Relations précedentes ;
mais il a efté neceffaire de
les répeter pour vous appren.
dre quelques circonstances ,
& quelques faits nouveaux
qui ne le trouvent point dans
ce que vous venez de lire.
GALANT
95
A Pezenas ce 14. Avril 17043
Monfieur
le Maré.hal_de
Montrevel
partit
le 15.
Avril de Montpellier
, il ent
avis le lendemain
que la troupe
de Cavalier
paroifoit
dans la
Plaine de Caveirac
, il donna
auffi toft ordre à Mr de Grandval
de le venir joindre avec les
troupes de la Garniſon
de Lunel,
il marcha lui_m:fme contre ces
Rebelles
, a couvert
des montag
gnes par le chemin de Coivon ,
laiffant Montpezat
fur la giuche
; il detachafur la banecur de
96 MERCURE
Clarenfac Mr de Miraud Ca
puaine de Dragons dans le Re
giment de Fimarcon , il lui or.
donna d'aller avec cinquante
Dragons jufqu'à Caveirac pour
tâcher de decouvrir ces malheu .
là il
reux ; pendant ce temps.
defcendit lui mefme dans le La .
vaunage par Clarenfac , d'où il
écrivit à Mr de Sandricour
Gouverneur de Nifmes , afin
quil en fit fortir un gros deta .
chement de Dragons & d'Infanterie
en leur ordonnant
d aller du cofté du Chau attendre
de fes nouvelles , enfuite ayant
appris des Payfans de Clarenfac
que
GALANT 97
T
que les Rebelles eftoient partis de
Caveirac à onze heures du matin
, & avoient paßé par le
moulin de Langlade , il écrivit
à Mr de Miraud de partir de
Caveirac , de fe rendre in.
ceffamment à Langlade , afin
qu'ils s'y puffent joindre Cet
Officier paffant avecfa Compa .
gnie fur la hauteur de Langlade
y entendit une groffe decharge
entre Boiffiere & Burgefe , il en
fit donner avis à Mile Maré.
chal quiy accourut auffi toft avec
tousles Dragons Quandilyfut
arrivé il entendit er du ofté
de Nages , & il s'y rendit en
May 1704.
I
98 MERCURE
you
diligence, ily trouva les Rebelles
qui avoient efté pouffe par Mr
de Grandval , il les chargea de
fon costé vigoureusement , ils
furent obligez de gagner la hausteur
de Nages , où ils effugerent
encore un grand feu. Mr le
Marechal qui les contraignit de
defcendre dans la Plaine , s'y
rendit d'un autre cofté pour leur
couper chemin , ces canailles s'en
eftant apperçus
, regagnerent
la
hauteur de Nages , où ilsfurent
fort furpris de voir venir à eux
un gros detachement d'Infanterie
commandé par Mr de Menou
Brigadier. Se voyantpar là enGALANT
99
fermez de toutes parts , ils prirent
le chemin de Clarenfac pour
gagner une montagne qui en eft
fort proche ; ils s'enfuirent avec
tant de précipitation , que noftre
Infanterie cut de la peine à les
fuiore , ce qui fit prendre à Mr
le Maréchal le parti d'aller aprés
eux avec fes Gardes , aufquels
il joignit les Officiers Irlandois
& tous les Dragons qu'il avoit ;
il atteignit les Rebelles un moment
aprés fur la hauteur de
Clarenfac , il en fie un grand
carnage , il les pourfuivis jusqu'à
neuf heures du foir , &
pendant trois lieuës de chemin
I ij
100 MERCURE
il ne difcontinua pas d'en tuer?
Il ne s'eft fauvé de cette bande
de Fanatiques qui eftoit de plus
de douze cens , qu'environ cent
cinquante , ce refte fut attaqué
pendant la nuit par la Compagnie
franche de Frere Gabriel,
Hermite , qui eftant alors à S.
Geniez accourut au bruit des
décharges & en tua quarante
huit pourfa part ; ce Capitaine
Hermite , qui a eftè autrefois
Brigadier , & qui s'eftfait dans
les hautes Cevenes une petite
Cellule , eft à la tefte de plus de
cent hommes aufquels il a apris
lui mefme la maniere de com

GALANT ΙΟΙ
&
batre , & dont il s'eft fervi de
temps en temps fort utilement
pourſe mettre à couvert des dif
tractions que lui caufoient quelques
fois les Fanatiques . Leur
grande troupe a esté entierement
taillée en pieces , ou par Mr le
~Maréchal, ou par Mr de Grandvál
tant au lieu de Nages , que
fur la bauteur , dans la Plaine
de Lavaunage , & pendant les
trois lieuës qu'on les pourfuivit.
Ceux qui s'étoient détachezfu .
rent furpris par le détachement
de Nimes qui acheva de les détruire.
Cette action eft des plus
complettes , il n'eft pas échapéun
I ij
102
MERCURE
feul des fix- vingt chevaux
qu'ils avoient , & toutes leurs
armes font
demeurées fur le
Champ de
bataille , ceux qui
prirent la faite les ayant jeriées
afin de fe fauver plus vite. Mr
le Beer
Lieutenant Colonel de S.
Sernin ,fut bleẞé à la tefte & à
la cuiffe Mr de
Palvoifin Caps .
taine de
Dragons fui
dangereus
fement blessé. Mr de Grandval
cut un cheval tué fous luy , mais
Mr le
Maréchal luy en donna
un fur le chimp de 80 Louis ,
pour le
dédomm ger de fa perie;
Mr de
Montrevel r çû· en cette ›
Occaſion trois
coups de
pierre, &
GALANT 103
une balle de mousquet paſſa au
travers de fes cheveux. Mr le
Maréchal foupa avant hier dans
la maiſon des Peres de l'Oratoire,
ily fut regalé par Mrl Evêque
d'Agde qui lui donna auſſi à aîner
le lendemain au même lien
avec une magnificence digne de
ce Prelat.
Voicy la Copie d'une Lettre
écrite par Mr le Maréchal
de Montrevel , touchant
l'avantage remporté par Mr
de la Lande .
Je dois être content Monfieur,
I mj
104 MERCURI
de ce qui vient
d'arriver par
mes ordres. La troupe de Rolland
qui habuoit dans les
Cevenes ;
& qui commetions des defordres
infinis mayant
determiné il y a
env.ron trois semaines à mander
à Mr de la Lande de venir conle
certer
avec
moy
moyen de le
Surprendre
, je le priay
pour cet
eff :
d'aſſigner
un
jour à toutes
les
troupes des
principaux
quartiers
, afin de les faire
arriver
toutes
par des
chemins
differens ,
pour
envelopper
les
Villages
de
Bernoux , Saint
Paul , la Cofte,
Souftelle
dans
lesquels
ces ca.
nailles
habitoient
plus
qu'ailleurs,
GALANT 105
Gavoient de grands amas de
vivres. Comme la plupart
étoient habitans des Paroiffes
condamnées dans les bautes Ce
venes qui faifoient plus de mal
que la troupe de Rolland , je luy
ordonnay , puifqu'ils s'opinia
troient ày vouloir habiter contre
les ordres du Roy , quand mefme
il n'y trouveroit point
la
troupe
de Rolland , de paffer au fil de
l'épée tous ceux qui s'y rencon.
treroient. Mr de la Lande a
commencé par

en approchant
de ces Cantons & y ayani trouvé
une fille , qui offit , fi on lui
donnoit la vie , de découvrir où
106 MERCURE
eftoir Rolland ; il fe prevalut de
fon offre , & ayant appris d'elle
qu'il eftoit avec trois cent cin.
quante hommes de fes gens dans
une Caverne , il en fit garder la
fortie , il mit à l'entrée unfac de
poudre quifi fauter la Caverne,
dont le debris écrasa la plûpart
de ces canailles ›& ceux qui
voulurentfefauverfurent paffez
par les armes , enforte qu'il n'en
refta pas un feul , ainfi Mr de la
Lande n'eut plus que la
peine
>
d'a bever de détruire les autres
Payfons qui étoient dans ces
trois Villages , qui ont efté emtierem.
nt ruin.Z
GALANT 107
Une autre Lettre & qui
vient d'un homme qui doit
fçavoir ce qu'il écrit , ajoûte,
que nos troupes découvrirent
l'Hôpital des Fanatiques qui
eftoit dans le fonds des hautes
Cevenes , & qu'ily avoit quaz
tre cens lits deux cens mala
bleffez, que nos foldats,
de
des ou
n'épargnerent
pas.
Ce qui fuit
cft trescurieux
& vous
apprendra
les rufes
guerre
dont
Mr le Maréchal
s'eft
fervi
pour
engager
les Fanatiques
au combat
il donna
ordre
à tous
les
Dragons
de fe tenir
prests
108 MERCURE
ainfi qu'aux Troupes qu'il
avoit auprès de lui . Les Dragons
demeurerent bottez
pendant trois jours à Sommieres
, & quoy que les Camifards
en fuffent avertis ,
ils ne laifferent pas de demeurer
tranquilles jufqu'à ce
qu'ils euffent tout réglé pour
la marche qu'ils avoient deffein
d'entreprendre : cependant
Mr le Maréchal envoya
des Troupes du cofté
où ils avoient commis les
derniers defordres , afin de
les attirer dans la Plaine ;
mais les Troupes qu'il avoit
GALANT 109
envoyées eftant de retour
les Camifards ne faiſant au
cun mouvement , & les Dra
gons eftant toûjours bottez,
il leur ordonna de fe debora
ter , & affecta de dire qu'il
avoit manqué ſon coup ; il
dit même qu'il partoit pour
la Guyenne , & deux jours
aprés il donna ordre aux
Troupes de fe tenir preftes
pour l'escorter jufqu'à Montpellier
, & pour le mieux faire
croire aux Camilards , dont
les elpions font fidelles , il fit
partir les équipages. Cette
feinte les trompa & les obli110
MERCURE
gea de defcendre des montagnes
, & de ſe joindre au
nombre de quinze cens pour
ravager les lieux de Lavaunage
, où ils fe faifoient loger
par billet , notamment
Caveirac & aux lieux cir.
convoifins . Mr le Maréchal
ayant efté averti de leur manoeuvre
par un Cordonnier
Catholique de Caveirac , envoya
un homme à Lunel la
nuit du 15. en toute diligence
à Mr de Grandval , pour lui
dire de marcher du cofté de
Nages avec les Dragons & le
Bataillon de Charollois , penGALANT
III
dant qu'il le porteroit fur une
hauteur , &c. vous fçavez le
refte .
Quelques jours aprés les
avantages remportez par Mr
le Maréchal de Montrevel ,
ou par Mr de la Lande , on
prit du cofté de Saint Hypo
lite un Chef des Camifards
qui commandoit quarante
hommes , il fe nommoit le
Marquis , il fut fufillé à Saint
Hypolite ; deux jours aprés
quinze Fanatiques vinrent
rendre les armes à Mr de la
Haye , Gouverneur de Saint
Hypolite qui les reçut .
112 MERCURE
Vous avez vû ce que Mr
le Maréchal de Montrevel a
fait en quittant le Commandement
des Troupes qui
eftoient fous fes ordres pour
agir contre les Fanatiques ,
Vous fçavez que Mr le Ma¬
réchal de Villars a efté nommé
pour commander à la
place de ce Maréchal, Voicy
de quelle maniere il a
debutté.
|
GALANT 113
EXTRAIT
D'une Lettre d'un Officier
des Troupes de Mr le
Maréchal de Villars.
A Sommieres le 26. Avril 1704.
1
Monfieur
le Maréchal de Vil-
Lars eft dans l'efperance
de ramener
par la douceur la plupart de
ces Rebelles déclarez qui font capables
de porter les armes , & de fauver
ainfi au Roy cinq à fix mille
braves Sujets dans cette vuë il a
parlé fortement aux Rebelles couverts
qui font à Nimes & icy en
beaucoup plus grand nombre que les
May 1704
;
K
114 MERCUR
=
Catholiques ; il leur a parlé aufi
dans les Bourgs & Villages où il a
Paffe: il leur a dit combien les malheurs
dont ils fe plaignoient touchoient
le Roy , mais qu'ils alle ent
encore eux-mêmes augmenter confiderablement
ces malheurs , s'ils ne
donnoient inceffamment des preuves.
de lafidelité de l'afoumiſſion qu'ils
proteftent avoir pour sa Majefté ;
que pour cela il eftoit neceffaire que
chacun d'eux s'employaſt à l'égard
de les Parens & de fes Amis ui
font en armes , pour venir profiter
promptement de la
grace de l'Amniftre.
Que s'ils vouloient s'y employer
de bonnefoy & avec ardeur ,
il ne doutoit point que le calme
& bien- toſt aprés l'abondance ne
Je rétabliffent dans toute la Province.
Ces Difcours ont déja efte
"
GALANT 115
portez avec fuccés à plufieurs des
Rebelles armez, qu'on appelle Camifards
, & trente dentre- eux font
venus fe jetter aux pieds de Mr le
Maréchal & rendre leurs armes , on
s'en fert utilement & on les envoye
à leurs anciens Camarades , même
aux Chefs , pour leur perfuader de
prendre le feul parti qui convient à
leurs intereft . Dieu veüillle que
leur opintatreté n'oblige pas Mrle
Maréchal à ufer de la derniere ri.
queur,moyen qu'il n'employera qu'à
la derniere extremité.
Le peuple croit ici facilement
aux Propheties, &fur tout à celles
de Noftradamus , ily en a une qu'ils
prennent pour un bon augure , parce
que M le Maréchal a mis le pied
dans la Province en debarquant à
Beaucaire , la Prophetie porte que
Kij
116 MERCURE
la tranquillité fera rendue à la
Province par un General qui y entrera
par Beaucaire , les peuples
fur fon paffage ont donné de grandes
demonftrations de joye de fon arri
vée , les Fanatiques couverts commencent
à prendre confiance en luy ;
enfin tout le monde croit que les
chofes vontprendre un autre train .
A Anduſe le 28. Avril 1704 .
Sur l'avisque Mr le Maréchal
a eu qu'ily avoit de ce cofte- cy
plufieurs troupes de Fanatiques , il
eft venu icy, & il a divife fes troupes
en cinq ou fix petits Corps qui
marchent par des routes differentes;
un de ces petits Corps commandé
par Mr Menou , Brigadier , joignit
hier la queuë de la troupe de CaGALANT
117
valier qui fuyoit , il en tua trente,
on fuit le refte.
Mr le Maréchal fait dans fes
marches affembler les Villages &
les Bourgs , il leur parle , & fes
difcours ne font pasfans fruit : bier
il vint encore dix- huit de leurs Soldats
apporter leurs armes , & demander
pardon , ceux là aideront à
trouver les autres , & à en ramener
à l'amnistie.
Je croy qu'avant que de
fermer ma Lettre , je pourray
vous apprendre de quelle
maniere Mr le Maréchal de
Villars aura continué à redui,
re les Camifards.
118 MERCURE
Tous les Articles qui fuivent
continueront de vous
Confirmer que les hommes
ne meurent pas moins dans
leur lic que les armes à la
main.
Don Juan de Leyva , Evêque
e
d'Almeric , eft mort
dans fa Ville Epiſcopale dans
de grands fntimens de pieré.
Iya etté generalement regretté
, fur tout des Pauvres
aufquels il faifoit de grands
bias. Almeric que les Latins
nomment Ameria , cft une
Ville du Royaume de Gre.
GALANT 119
pade L'Evêché eft
Suffragane
de Grenade. Cette Ville a un
Port nommé Geta , ou Gita ,
qui eft fort confiderable.
Elle fut autrefois fi grande
qu'elle eut un Roy parti
culier. Ce Prince fe nommoit
Aben - hut . Alphonfe
VIII. du nom , Roy de Gaftille
, la prit fur les Infidelles
& il mourut au retour de cette
expedition. Cette Ville a eu
de Saints Prelats . Celui qui
donne lica à cet Article raf
fembloit en luy toutes les ver
tus Epifcopales.
Le Pere Pierre de Marines
120 MERCURE
Docteur en Theologie , Vi
caire General de l'Ordre de
Noftre Dame de la Mercy
de la Redemption des Captifs
, de la Congregation de
Paris , eft mort dans la Maifon
de Paris , âgé de 57. ans ,
aprés une maladie où il a don
né des marques réïterées de
fa patience & de fa refignation
aux ordres de fon Createur.
Il eftoit fort eftimé dans
fa Congregation , & il en
eftoit un des principaux
Membres , depuis plufieurs
ancées , il y avoit eſté élevé
aux Charges dés qu'il avoit

GALANT 121
pû les exercer. Il avoit une
grande intelligence pour les
affaires même les plus emba
raffées , & peu de Perfonnes
eftoient plus propres que
luy au gouvernement d'une
Communauté , & à la direction
des affaires de tout un
Ordre. Il avoit fait les études
avec beaucoup de fuccés.
Il eftoit profond Theologien
, & dans le cours de
fes études il avoit fait plu .
fieurs fois admirer la vivaci .
té & la folidité de fon efprit.
Ce Pere avoit beaucoup de
douceur , qualité qui femble
May 1074.
L
122 MERCURE
10
tres - effentielle à un Supe
"rieur , auffieftoit - il fort aimé
dans fa Congregation. Il y a
efté regretté univerfellement,
& l'on convient qu'il meritoit
les regrets qu'on a cus
de fa perte. Il eftoit fort
verfé dans les belles Lettres ;
il les avoit cultivées avec
beaucoup de foin pendant ſa
jeuneffe , & il s'y attachoit
dans fes heures de loifir
pour
fe délaffer des importantes
fonctions dont il eftoit chargé
par fon miniftere.
Meffire Antoine Petit , Sei
gneur de Paffy , Eftigny , Se
J
GALANT 123
rilly , & Hebecourt , mourut
dans le mois de Mars dernier.
Il laifle un fils Confeiller au
Parlement , & deux filles.
L'une mariée à Mr le Blanc
Maistre des Requeſtes , proche
Parent de Mr l'Ar
chevéque de Bordeaux ; &
l'autre à Mr Boucher Prefident
de la Cour des Aides.
Mr Petit a efté fort regretté.
Il eftoit d'un tres , agreable
commerce , & peu de perfonnes
avoient plus de gouft que
luy pour les belles Lettres . Il
les avoit toûjours cultivées
avec un tres grand fuccés .
Lij
124 MERCURE
Sa Famille eft fort connuë
dans la Robe . Elle a produit
plufieurs Magiftrats d'un
grand merire , & plufieurs
Officiers de ce nom ont eu
des emplois de diftinction
dans le Parlement de Paris.
Cette Maiſon a auſſi donné
plufieurs Chanoines à l'Eglife
Metropolitaine
de Paris ;
& des Docteurs de la Faculté
de Theologie de Paris . Il
eſt peu de Maiſons enfin qui
aient plus produit de gens
Doctes , que celle là.11 femble
que tous ceux qui ont porté
ce nom ont cu un gouſt par;
GALANT 125
&
ticulier pour les Sciences ,
que l'inclination pour les
cultiver , naiffoit avec eux.
Celui qui donne lieu à cet
article , aimoit extrémement
la lecture , & il fçavoit l'Hif
toire ancienne & moderne ,
à laquelle il a toûjours eftê
fort attaché.
Dame Marie Conftance
de Châlon veuve de мeffire
François d'Eſpinay , Chevalier
Marquis de Boifgue.
roul , mourut dans le mois -
de Mars dernier. Elle eftoit
fortie d'une maison qui a
produit des fujets d'un grand
Liij
126 MERCURE
merite & d'une grande ver?
tu. Quant à la maiſon d'Efpinay
dont étoit fon Epoux,
il faut remarquer qu'il y a
deux maiſons d'Efpinay en
France , qui fuivant quelques
Genealogiftes , viennent de
la même origine. Efpinaydu
Reftat , & Efpinay Saint
Luc. La premiere a produit
un Archevêque de Lyon, qui
eftoit fils de Richard fieur
d'Elpinay en Bretagne , &
de Beatrix de Montauban ,
Il mourut au Château des
Tournelles à Paris le 10.
Novembre 1500. fon corps
MERCURE 227
fut enterré dans l'Eglife des
Celeftins de Paris , où l'on
voit les Armes & fon Epitaphe
prés de la Chapelle
d'Orleans. L'autre maifon
d'Elpinay eft une des plus
illuftres de Normandie , elle
a produit un Maréchal de
France (Timoleon d'Elpinay
fieur de S. Luc , Maréchal
de France , Chevalier des
Ordres du Roy , Gouverneur
de Broüage , & enfuite Lieutenant
general au Gouver
nement de Guienne ) : il fe
mit fous le regne de Loüis
le Jufte dans les guerres con-
Liiij
228 MERCURE
tre les Huguenots , le feu
Roy lui donna le Bâton de
Maréchal de France en 1628.
il mourut à Bordeaux l'an
1644. fon corps fut apporté
à Paris l'année fuivante , &
enterré le 14. Janvier dans
l'Eglife des Celeftins dans la
Chapelle d'Orleans .
Dame Anne Favier veuve
'de Meffire François le VeneurComte
de Tillieres . Cette
Dame avoit paffé fa vie
dans une pratique exacte des
vertus chrétiennes . Elle étoit
d'une maiſon , où la pieté
femble êtrehereditaire; le ſeul
GALANT 129
avantage d'avoir eſté élevée
par feue Madame Favier ,
peut faire l'Eloge de ſa pieté.
Feu Mr le Comte de Tillie
res fon Epoux eftoit d'une
maifon diftinguée
par fon
ancienneté
& par fes alliances.
La maison de Leveneur
eft connue dans le Royaume
depuis plufieurs ficcles , elle
ne l'eft pas moins dans les
Païs bas , où elle a toûjours
paru avec un grand éclat,
Un Charles Leveneur faifoit
une grande figure à la Cour
de Philipes le Bon , Duc de
Bourgogne. Il fut l'un des
130 MERCURE
Favoris de ce Prince , & celuy
qui euft le plus de part
dans fes bonnes graces . Jerome
Leveneur fon petit
neveu fut un des plus grands
ornemens de l'Ordre S. Dominique
. Le talent qu'il avoit
pour la Predication luy donna
une grande reputation ;
il cuft des Commiffions importantes
, où il donna des
marques de fon eſprit & de
fon habileté. Il s'apliqua avec
fuccés à l'intelligence de l'Ecriture
fainte , & il y a apparence
, qu'il nous auroit
laiffé
d'excellentes remar
GALANT IZI
ques fur ce fujet , fi la mort
ne l'euft prevenu
.
Tous ceux dont vous allez
apprendre la mort font
decedez fur la fin du mois
d'Avril.
Meflirc Noël Eleonor Pa
latin de Dyo , Chevalier
Seigneur , Comte de Montperroux
, Saligny , Baron
de Vefure , &c. La maiſon
de Montperroux eft une des
plus anciennes maifons du
Royaume , elle y eft connue
depuis plufieurs fiecles , elle
eftoitfur un grand pied dés
le temps de Philipes Augufte
132 MERCURE
"
je vous parlay de cette mais
fon lorſque je vous appris
que Mr de Montperroux fils
de celui qui vient de mourir ,
avoit acheté de Mr de Villars
la charge de Commiffaire
general de la Cavalerie.
Le titre de Palatin de Dyo
eft attaché aux aînez de cette
maiſon , & il y a long temps
qu'ils le portent , je vous en
ay auffi appris la raison . Mr
le Comte de Montperroux
,
dont je vous apprens la mort ,
avoit beaucoup de fervice ;
il avoit commencé à s'y engager
dés fa plus grande
GALANT 133
jeuneffe , & il avoit porté
les armes avec beaucoup de
diftinction . Il avoit herité
d'une grande partie des biens
de la maifon d'Alegre par
fon mariage avec Dame N ...
d'Alegre une des principales
heritieres de cette maiſon ,
& proche parente de feuë
Me de Seignelay. L'Hoſtel
de Montperroux fitué dans
la rue Pot de fer où ce Seigneur
eft mort , étoit même
autrefois l'Hostel d'Alegre..
Un Gafpard de Montperroux
fe trouva à la bataille
de Fornoue où il fit des pro
134 MERCURE
diges de valeur , & il contribua
beaucoup par fa pru
dence & par fon courage au
falut de l'Armée Françoiſe ,
qui couroic grand rifque ,
puis qu'elle eftoit inveftie
de tous coftez , & qu'on luy
avoit coupé tous les paffages
, il reçut même deux
bleffures dans cette glorieufe
journée.
Meffire Nicolas Antoine
le Haguais fieur de Queritot
Avocat general de la Cour
des Aydes , il eftoit frere de
Mr des Haguais auffi Avocat
general de la même Cour ,
GALANT 135
& qui a un ſi beau talent
pour l'éloquence : elle fema
ble naturelle à tous ceux de
cette famille , puifque celuy
qui vient de mourir s'eft fait
admirer plufieurs fois dans
les fonctions de fa charge ,
qui l'engageoient ſouvent
de parler. Avant d'être reveftu
de cette dignité , il
avoit paru avec éclat dans le
barreau , & on peut dire qu'il
en avoit efté un des principaux
ornemens. Sa diction
eftoit pure , & fon éloquence
eftoit vehemente
, & quoy
qu'il repandit avec profufion
136 MERCURE
les fleurs dans fes difcours ;
elles y fembloient cependant
femées avec beaucoup d'art
& de menagement , il avoit
le fon de la voix fort agreable
; & quoy qu'il fut plein
de feu , il parloit cependant
avec toute la dignité qui
convient à un Magiftrat.
Meffieurs des Haguais étoient
fils de feu Meflire N .... le
Haguais Confeiller au Par .
lement de Rouen , qui étoit
auffi un grand Orateur ; il
fut dans fon temps un des
plus grands fujets de ce Parlement
& il n'étoit pas
>
GALANT
137
moins
admiré dans le Cabi
net où l'on le
confultoit ,
que
lors
qu'il
parloit en
public
dans fon
Tribunal.
Mr le
Chevalier de
Camilly
de
l'Ordre de S.
Jean de Jeruſalem
eft
neveu de Mrs
des
Haguais .
Perſonne n'i
gnore la
reputation
que ce
Chevalier s'eft
acquis
dans
le
fervice de la
Marine. Ileft
fort
eftimé dans fon
Ordre,
& le
Grand
Maistre luy a
donné
dans
quelques occa
fions des
marques
d'une dig
ftinction
particuliere.
Meffire
Guillaume
Alez
May 1704. M
138 MERCURE
xandre Joubert , Seigneur de
Godonville , Confeiller du
Roy en la Cour des Aydes.
Ce Magiftrat eftoit fort eftimé
, & il avoit donné en
pluſieurs occaſions des preuves
de fon intelligence dans
les affaires , & de ſon exactitude
à rendre la Juftice. Sa
Famille eft connue il y a
longtemps dans la Robe , &
elle a produit des Magiftrats
d'un grand merite , & qui
ont fait honneur à la Magiftrarure.
Ceux qui fe font
engagez dans l'Etat Ecclefiaftique
ne lui en ont pas
GALANT
139
moins fait. Noël Joubert fuc
un Preftre d'une grande pieté
au commencement
du derz
nier fiecle ; il eftoit fort verſé
dans les fciences
Talmadiftiques
, & il écrivit même pour
deffendre le Livre
intitulé ,
Speculum oculare , du docte
Reuchlin , qui avoit été fletri
par l'Univerfité de Paris plufieurs
années auparavant
. Il
publia auffi l'Apologie de
Reuchlin, & il s'en fallut peu
qu'il n'en fit comme Eraſme
avoit déja fait , l'Apotheofe .
Il ne pouvoit pas deffendre
les interefts de Reuchlin fans
Mij
140
MERCURE
attaquer
Noël
Beda , Syndic
de la Faculté
de Theologie
de Paris
qui avoit
efté fa
Partie
; ainfi il publia
un eſpece
de Manifefte
contre
ce
dernier
, où il le peignoit
avec
de terribles
couleurs
.
En effet ce Noël
Beda
étoit
un eſprit
inquiet
& remuant
,
qui attira
fouvent
des affai .
res à la Faculté
.
Dame Marie- Catherine-
Elizabeth
de Pocholle
, époufe
de Meffire Nicolas Boulet
Seigneur
d'Ouchamps
, Confeiller
du Roy en la Cour de
Parlement
. Ayant déja cu
GALANT 141
occafion de vous parler de
la Maiſon de Pocholle , je ne
vous en diray rien davand
tage aujourd'huy , finon
qu'elle eft ancienne dans la
Robe , & qu'elle a donné
plufieurs Officiers aux Cours
Superieures. Elle a auffi produit
plufieurs Perſonnes dif
tinguées par leur valeur &
par leur zele au ſervice de
nos Rois . Celle qui donne
lieu à cet Article , l'a efté par
un merite generalement reconnu
. Mr fon Epoux eft
auffi d'une famille d'où font
forties plufieurs Perfonnes

142 MERCURE
diftinguées par leur fçavoir ;
& par leur pieté. Un Ceſar
Boulet de la mefme tige quê
ce Magiſtrat fut un des plus
fçavans hommes du penul.
tiéme fiecle. Il avoit une in
telligence furprenante pour
les Langues Orientales , & il
s'en étoit familiarifé l'uſage
dans les longs voyages qu'il
avoit fait au Levant ,fur tout
dans Syrie , où il avoit
demeuré 20.années entieres ,
il en avoit même fait une
Defcription qui n'a jamais
efté imprimée , au grand regret
de tous les Sçavans , &
GALANT 143
de ceux qui aiment les Re
lations de voyage
.
Aprés tant d'Articles de
morts , je dois vous entrete
nir d'un mariage qui né réparera
aucune des pertes que
fait tous les jours le genre
humain , & qui a caufé un
démêlé fi extraordinaire
qu'il eſt inoüy qu'il y en ait
jamais eu un ſemblable . Un
homme de diftinction âgé
de plus de quatre- vingt ans,'
étant devenu éperduement
amoureux d'une fille de 15
ans , follicita avec de fi vifs
empreffemens
, l'Evêque du
144 MERCURE
lieu , qu'il lui fut impoffible
de s'empêcher de lui donner
la permiffion de fe marier le
lendemain du Dimanche des
Rameaux , voyant qu'il y
alloit de la vie de cet Amant
s'il lui refufoit cette permiffion.
Le mariage fut celebré,
& fut fuivi quelques jours
aprés , d'un gros démêlé entre
l'époux & les Parens de
la Demoiselle , Ill'avoit épou
fée fur le pied d'une fille de
12, ans ; mais fon Extrait baptiftaire
étant par hazard
tombé entre fes mains , il apprit
qu'elle avoit cu 15. ans
acomplis
GALANT
145
accomplis juſtement la veille
de fes noces ; il fut au defefpoir
d'avoir épousé une femme
qui avoit quinze paſſez ,
& dont les preuves de cet
âge pouvoient eftre connues
de tout le monde ; il fit grand
bruit , il fe plaignit haute
ment , il menaça , mais il ne
fçavoit dequoi il menaçoit ;
il auroit voulu plaider pour
avoir raiſon de la tromperie
qui lui avoit efté faite , mais
il eftoit impoffible qu'on ordonnaft
aux Parens d'ofter
à leur fille les trois ans qu'ils
luy avoient donné de moins .
May 1704.
N
146 MERCURE
On auroit pû , puifqu'il
eftoit chagrin de voir une
fi vieille perfonne à ſes côftez
, ordonner une fepag
ration ; mais cela ne ſe ſeroit
pas fait fans qu'on l'eut
obligé auparavant de donner
une grofle fomme. Ainfi ces
deux enfans font demeurez
enfemble , & le plus jeune
qui eft celui qui a le plus de
fageffe & le plus de conduite,
fait jouer l'autre & lui fert de
mere , en attendant qu'aprés
fa mort , un autre mary lay
ferve d'époux.
GALANT
147
>
Mr Baillieu ,
Geographe &
Ingenieur , demeurant fur le
Quay des Morfondus
au
Neptune François , à coſté
du gros Diamant , a mis au
jour une Carte
Geographi
que qui a pour titre , le Royau.
me de Portugal , & partie du
Royaume d'Efpagne . L'Auteur
pretend que cette Carte
contient beaucoup de choſes
qui ne fe trouvent point
dans les autres. Elle com .
prend le Royaume de Portugal
& des Algarves , les
Royaumes
de Galice , de la
vieille & nouvelle Caftilles ,
Nij
148 MERCURE
de Leon , de Grenade , de
Jaen & d'Andaloufie . Elle
s'eftend depuis le Détroit de
Gibraltard jufqu'à Fontaras
rabie, L'Auteur a pris tous
les foins qu'il a cru neceſſaires
pour rendre cette Carte
parfaite.
Les Reverends Peres Bar
nabites ont tenu leur Chapitre
General à Rome , & ont
élû dans la premiere Sceance
le R. P. Bizoton , François ,
pour Prefident du Chapitre.
Tous les Capitulaires font
enfuite convenus , d'un con
GALANT 149
fentement unanime , d'élire
pour General de leur Congregation
, le Reverendiffime
Pere Manara , Milanois . Ce
Pere eft un des plus grands
Predicateurs du fiecle , & il a
rempli toutes les meilleures
Chaires d'Italie.
On doit remarquer dans
l'élection du P. Bizoton , une
chofe qui lui eft bien glorieuſe
, c'eſt qu'il n'y avoit que
trois Capitulaires Francois à
ce Chapitre ; ainfi il n'a dû
fon élection pour gouverner
tout l'Ordre pendant la va .
cance du Generalat , qu'à
Niij
150 MERCURE
fon feul merite , qui eftoit
connu de tous les Capitulaires
Etrangers.
Un Auteur Anonimé de la
Ville de Chartres m'a ena
voyé la Critique fuivante de
la Vie du Veritable Pere Jo
Seph , dans laquelle il pretend
developer la fauffeté , & la
paffion qui caracterifent cette
Contre. Hiftoire . Il invite
les Lecteurs qui auront des
Memoires fur la Vie du Pere
Jofeph , de me les envoyer
pour rendre parfaite l'Hil
toire qu'on veut entreprenGALANT
151
dre d'un homme qui doit
eftre regardé comme un des
plus habiles hommes de fon
fiecle , foit par fa vive pene.
tration dans les affaires , foit'
par fa pieté & fon zele .
L'Auteur de cette Critique
fe fera connoiftre , dit il , s'il
apprend par mes Lettres
que l'on m'ait adreffé des Memoires.
Je n'ay jamais pris
aucun party dans la querelle
des Auteurs ; ainfi je laifferay ,
à mon ordinaire , vuider en
paix à ceux cy leurs demê
lez , me contentant d'infor
mer le Public de leurs raiſons,
Niiij
152 MERCURE
& de remarquer que ce n'eft
pas
d'aujourd'huy que l'on a
vû des Auceurs le fervir de
plumes à deux tranchans .
On en voit tous les jours qui
peu fatisfaits, ou peu recom .
penfez d'avoir trahi la verité
par de baffes flatteries , ſe
jettent dans l'autre extremi
té , & le
dedommagent
en
repandant à pleine mains le
venin de la Satyre la plus envenimée
fur ceux même qu'ils
venoient de
couronner
;
n'ont aucune honte de faire
l'objet de leur colere & de
leurs injures ceux même qui
&
GALANT
153
venoient de l'eftre de leur
encens , & de leurs éloges.
Tout cela foit dit fans appli
cation .
Voici la Critique qui m'a
efté envoyée..
L'on a donné depuis peu au
public une feconde vie du Pere
Jofeph , Capucin , dont le nom
ne fe fletrira jamais malgré les
traits envenime de fes ennemis.
L'Auteur est un Echo fidelle , il
eft inutile de dire fon nom , on le
connoift à sa voix Go on le
nomme par tout . C'est un homme
qui a voulu eſtre lui mefmefon
plagiere , fuivant toujours fes
"
154 MERCURE
premieres idées , & ne s'écartant
jamais de la contradiction ; il
commencefa Preface en prometsant
d'eftre un. Hiftorien plus
fidelle , & de donner un autre
jour à la Vie de ce Capucin , que
n'a fait le premier. Promeffe fans
effet , mais non pas fans often .
sation. Secondement , il caracte
rife ce Pere du titre de bon Religieux
& n'hefite point de dire
un moment aprés que l'ambition
le devoroit
. Quelle abfurdité
!
ignore.t- il que l'humilité eft felon
l'expreffion du devot Pere faint
Bernard
, la vertu favorite
Solitaire
, & qu'elle fait toute
da
GALANT
155
Ja perfection ? Il dit en troifiéme
lieu , que ce Pere rafinoit fur les
maximes de Machiavel , qu'il
eftoit propre à gouverner des
Peuples fans Religion , le fai
fant voir cependant dans le corps
de fon Hiftoire , fort regulier à
fes obfervances , au milieu du
tumulte de la Cour. Quelle réverie
! a.til oublié , ou pour,
mieux dire , n'a- t- il jamais lú ce
trait de l'Ecriture , qu'on ne peut
unir le Seigneur & Belial . Il
dit en quatrième lieu , qu'il le
veut dénicher du Ciel où l'a placé
l'Abbé Richard. Quel langage !
c'eft icy un tour de la Fable &
156 MERCURE
noftre Hiftorien le prend pour
quelque Divinité de l'antiquité:
mais fur quel principe avance
t- il cette propofition ? il a apprehendé
, dit- il , les Jugemens
du Seigneur , & il craignoit de
rendre compte à Dieu des actions
defa vie. Fauffe raiſon ! le Pro .
phete en a este troublé, & le Saint
Efprit trace fouvent à nos yeux
cet exemple . Il die , cinquie.
mement , qu'on doit prendre pour
des contre veritez tout ce qui eft
écrit dans fon Livre à l'avan .
tage du Pere Iofeph. N'est- ce pas
là trouver le fecret de fe rendre
ridicule , & de nous faire douter
GALANT 157
la
d'une Hiftoire que nous confide .
rons déja comme fors apocriphe.
Il finit enfin cette Preface par un
portrait flateur qu'il fait de luis
même fous lequel il nous devoile
fon genie prefomptueux & ma¬
lin qui voudroit ternir
gloire de ce grand Cardinal , qui
fera immortelle , la faintetéde
ce Penitent qui n'a paru en place
que pour foutenir la Religion qui
eftoit menacée d'une ruine totale.
Tel doit eftre le jugement qu'on
de cet Auteur
doit
apporter
Anonime
,
c'est dans
cefens
que fa Preface
dois fervir
de
clef.
158 MERCURE
L'Auteur dont je viens de
rapporter les Remarques ,
trouve de la contradiction
dans quelques endroits du
Livre , qui porte pour tître ,
le veritable Pere Jofeph , il faut
remarquer fur ce fujet , que
pour la perfection d'un portrait
, il en faut fouvent relever
la beauté par des om
bres . C'est ce qui paroit qu'a
fait cet Hiſtorien pour ren.
dre croyable tout le mal
qu'il a dit de ce celebre Capucin
, il n'a pas voulu taire
le bien qu'il en fçavoit . Ce
n'eft pas là une contradicGALANT
159
tion , c'est plutoft un air de
bonne foy & de fincerité ,
qui donne de la confiance à
un Lecteur . Un bon Reli
gieux peut avoir des paffions,
& il ne dépend pas de luy de
n'en point avoir ; mais il
doit travailler à les affujettir ;
ellés font trop attachées à
l'humanité pour pouvoir les
éteindre , ainfi tout l'effort
d'un Solitaire doit eftre de
les regler. C'est dans ce fens
qu'on a dit fans doute que
le P. Jofeph eftoit un bon
Religieux , & qu'il avoit de
l'ambition , & qu'on auroit
160 MERCURE
même pû dire qu'il avoit de
l'humilité & de l'ambition .
Quant au nom de ce nouvel
Hiftorien il y auroit de la du .
reté à le vouloir découvrir. Il
demandeengrace dans la preface
de demeurer dans l'obfcurité
: il dit qu'il fçaura gré
à ceux qui ne penetreront
pas plus avant , & que c'eſt
la feule recompenfe qu'il attent
de fon travail , Demeurons
en donc là puis qu'il le
veut , & remarquons feule.
ment qu'il rend le P Jofeph
Auteur des troubles d'Angle;
terre , & de la mort du Roy
GALANT 161
Charler qu'il l'accufe d'avoir
fait battre de la fauffe
monnoye à la Baftille , d'avoir
fait rendre par les Religieufes
du Calvaire à fon
manteau un culte ridicule ,
d'avoir fait tuer le Duc de
Buckinkam en Angleterre .
Eftant preft de s'embarquer
pour venir fecourir la Rochelle
; d'avoir fait mourir le
Maréchal d'Ornano , le Comte
de Chalais , Fancans, Des
Hayes , Courmoulin , & plu .
fieurs perfonnes de qualité.
J'avoue que voila de vilaines
ombres dans le portrait du
May 1704.
162 MERCURE
P. Jofeph , & que la plus
grande application de celui
qui va entreprendre une
nouvelle hiftoire de ce Ca
pucin doit eftre de détruire
ces faits . D'ailleurs il me
femble que rien ne bleſſe la
Religion , ny le
gouvernement
dans la contr'hiftoire
du P. Jofeph . Il menage avec
une grande attention les interefts
de plufieurs Commu
nautez , crainte fans doute
de les avoir fur les bras ; mais
que doit craindre , dira t'on un Auteur qui écrit du fonds
des montagnes de la Maudira
- t'on ,
GALANT 163
rienne , c'est là le fujet de
nos reflexions qu'il eft inutile
de rendre publiques.
Je vous dis encore une
fois que je ne prens aucune
part au démelé de ces Au
teurs , dont la querelle fait
beaucoup de bruit , & merite
l'attention de ceux qui
cherchent à démeler la verité
de l'hiftoire.
Je vous envoyay dans ma
Lettre du mois de Mars dernier
les noms des foixante
& dix neuf Officiers qui ont
efté faits Brigadiers cette an
née , & je vous promis en
O ij
164 MERCURE
même temps de vous parler
dans le mois fuivant de chacun
de ces Officiers en particulier
, & de leurs fervices ;
mais comme il n'étoit pas
aifé d'être fi toft inftruit de
ce que l'on peut peut dire d'avantageux
d'un fi grand nombre
de perfonnes , i'ay differé
jufqu'à ce mois à fatisfaire
voftre curiofité. Je vous en-
Voye tout ce qui eft venu
à ma connoiffance ; vous
trouverez quelques Officiers
dont je dis peu de chofes ,
mais cela ne doit pas vous
faire croire qu'on en puifle
GALANT 165
'dire davantage ; je vous envoye
feulement ce que je
fçay , & ce que je vous envoye
eft peut être moins
confiderable que ce que je
ne ſçay pas .
Brigadiers d'Infanterie.
Mr Menou. Il a efté Co.
lonel de Milices , & il eût
l'agréement du Roy au mois
de Juillet 1702. pour lever
un nouveau Regiment , il a
fait dans les Cevenes un fi
grand nombre d'actions' du
plus haut éclat , & de la
166 MERCURE
plus grande bravoure , qu'elles
luy ont fait meriter une
recompenſe qu'on n'obtient
ordinairement qu'aprés un
plus grand nombre d'années
de fervices , mais ceux qu'il
a rendus ont efté fi conti .
nuels & fi peu éloignez les
uns des autres , que le Roy
a crû le devoir honorer de
la qualité de Brigadier de fest
Armes. Il est d'une bonne
maiſon , & qui eſt fort répandue
dans les Provinces
de Berry & de Touraine.
Mr Phiffer. Il fut receu
Capitaine aux Gardes Suiffes
GALANT 167
le 15. de Septembre 1702 , &
peu de temps aprés il leva
un Regiment Suifle pour le
ſervice du Roy.
Mr de Menevilette. Il fut
pourvû en 1689 d'une Com .
pagnie au Regiment des
Gardes Françoiles , qui vacquoit
par la mort de Mr de
Chamillart. Son nom & fes
fervices le font affez connoître
, fans qu'il foit beſoin
que j'en dife davantage.
Mrde Maupeou. Il ache
ta de Mr de Montmont en
1689. la Compagnie de Capitaine
aux Gardes. Tous
168 MERCURE
ceux qui ont fervi long tems
dans ce Corps , tant en qualité
de Capitaines que de
fubalternes ont esté expoſez
à de tres grands perils pendant
tout le temps qu'ils
ont fervi . Le Regiment des
Gardes eftant toûjours ex.
polé , & ouvrant toujours le
premier la tranchée à tous
les Sieges où il le trouve . Le
nom de Maupeou est fort
diftingué dans l'épée & dans
la robe ; celui qui vient d'être
faut Brigadier eft proche
parent de Me la Chanceliere.
Mr de
GALANT 169
r
'Mr de Tremolet Marquis de
Montpezat , Gouverneur de
Sommieres. Il eft fils de Mr
le Marquis de Montpezar ,
qui a efté Gouverneur de
Cazal , de Gravelines & d'Arras
, & Lieutenant general
des Armées du Roy , & de
la Province de Languedoc.
Sa maiſon eft originaire de
Florence , elle s'établit au
bas Languedoc ſous François
Premier ; il y a eu des
Prefidens , des Archevêques,
& des Maréchaux de France
du nom de Montpezat ; on
pretent même que S. Roch
May 1704.
P
170 MERCURE
étoit de cette maiſon. Celui
qui vient d'être fait Briga .
dier avoit un frere qui fut
rué an fiége de Luxembourg
,
je ne parle point de tous
ceux de cette maiſon qui ont
efté tuez dans le fervice . Mr
le Marquis de Montpezat
qui fait le fujet de cet article
, avoit eſté deſtiné à l'Eglife
, & il n'a pris le parti
des Armes que pour foute
nir l'éclat de fa maiſon , il
acheta en 1690. la Compagnie
de Capitaine aux Gardes
qu'avoit Mr de Cham.
platreux , & il a reçu pluGALANT
171
fieurs bleffures depuis qu'il
eft dans le fervice.
3 Monfieur de Zurlauben . II
eft frere du
Lieutenant general
de ce nom , & Capitaine
aux Gardes Suiffes , ils font
du Câton de Zurick ,leurs fer.
vices font fi connus & fiécla
tans, que je ne vous en pourrois
rien dire que vous ne ſçachiez
déja .
Mr de BeZenvvald Il y
a long temps que ceux de
cette Maiſon ſe font difting
guez , & ce nom eft celebre
dans les relations des Conquêtes
faites par le Duc de
Pij
172 MERCURE
Weimard. Le frere aîné de
celuy dont je vous parle eft
Capitaine aux Gardes Suiffes .
Mr de Bernieres. Il acheta
'de Mr de Senneterre en 1692.
une Compagnie de Capitaine
aux Gardes , fes grands fervi
ces ,fa conduite & fon merite
perfonel le firent enfuite
nommer par le Roy Major du
Regiment des Gardes.
Mr le Guerchois. Il acheta
'de Mr de Creil en 1694. une
Compagnie de Capitaine aux
Gardes , & en 1701. il acheta
de мr deTaleran leRegiment
de la Marine,il s'eft fait beau
GALANT 173
coup aimer & eftimer dans
tous les poftes qui luy ont eté
confiez par la maniere dont il
y a vécu , & il ne s'eſt pas
moins fait diftinguer par fa
valeur . Il eft fils de мr le Pro .
cureur general au Parlement
de Roüen .
Mr Martin. Il eft fils du
Commandant des Galliottes
de Verſailles , & il a tous les
fervices neceffaires pour être
élevé au rang où il vient d'étre
nommé.
Mr de Miromenil 11 eft Co
lonel du Regiment de Boufflers
infanterie , qu'il acheta
Piij
174 MERCURE
du Marechal de ce nom en
1694. lly a peu de noms dans
la Robe plus connus que ce,
luy de Miromenil .
MrdeMorangis. Il eut ent
1695 le Regiment de Mr de
Catinat. Il eft Neveu de Mr
le Marquis de la Fare Colonel
du Regiment de ce nom.
MrleComte d'Herouville.Il
porte ce nom à caufe d'une
Terre érigée en Comté dans
toutes les formes , dont il eft
Seigneur. Il a été Page de la
Chambre pendant cinq années
, il entra enfuite dans les
Moufquetaires , d'où étant
GALANT 175
forti , il futnommé Enfeigne
de la Colonelle du Regiment
Dauphin. Aprés fa 2. Campagne
il fervit au Siége de Lu,
xembourg en qualité d'Ayde
de Camp , il fut fait dans le
mois de Novembre fuivant
Capitaine dans le même Regiment
, il s'eft trouvé au Siéges
de Philifbourg, Manhein,
& Frar kendal, il eftoit au Siége
de Mayence lorfque le
Roy prit cette Place , il eftoit
dedans la Ville lorfque les en
nemis l'affiegerent , il a fervi
au Siege de Mons & de Namur
, il fut bleffé à la cheville
..
P iiij
176 MERCURE
du pied au Siege de cette der?
niere Place , ce qui ne l'em
pelcha pas de fe trouver à la
prife de la Citadelle , il eftoit
auffi au Combat de Steinkerque
, où douze perfonnes fu
rent tuées autour de luy , il fe
diftingua enſuite au Siege de
la Ville & du Château de
Namur , le Roy luy donna
enfuite le Regiment d'Hai¬
naut en reconnoiffance de fes
fervices : il s'eft auffi trouvé
dans beaucoup d'occafions
perilleuses où il a toûjours
continué de fe
diftinguer , &
furtout à la Bataille de FredGALANT
177
lingen, il fut commandé du
côté du pont , mais ayant
reconnu que fa preſence étoit
plus utile à la Bataille , il laiffa
une Garde telle qu'il la crut
neceffaire au pont , & il fe
mit à la tête de fon Regiment,
& ſe joignit à Mr de Villars
de maniere qu'avec fon Rea
giment il contribua beaucoup
au gain de la Bataille.
Sa Majesté le gratifia d'une
fomme de dix mil livres en reconnoiffance
de ce ſervice,
& ayant continué de fervir
avec le mefme zele , la mefme
conduite & la meſme valeur,
178 MERCURE
& fur- tout contre les Fanati
quesoù il vient encore de fe
diftinguer , Sa Majeſté l'a
nommé Brigadier .
Mr de Vilefort. Il a efté
Major du Regiment de Sain
te Hermine , il fur pourvû
d'un des cinquante nouveaux
Regimens que le Roy mit
fur pied au mois d'Octobre
1695. il fut reformé aprés la
Paix de Rifwic ; il a reccu
plufieurs bleffures , qui font
connoître , qu'il a toujours
fait tête aux ennemis avec
beaucoup d'intrepidité.
Mr de Talandec . Il a efté
GALANT 179
Capitaine de Dragons , il
eut un des cinquante nouveaux
Regimens qui furent
créez dans le temps cy- def.
fus : il fut reformé aprés la
Paix de Rifwic , le Roy luy
permit en 1702. de lever un
nouveau Regiment , il eſt
entré dans le ſervice dés fa
plus tendre jeuneſſe.
Mr le Chevalier de Damas,
Il a efté Capitaine dans le
Regiment de Dragons de
Gramont , & leva un des
cinquante nouveaux Regimens
dans le temps que je
viens de marquer , il fut
180 MERCURE
reformé aprés la paix de
Rifwic.
Mr de Belle ifle. Ila efté Ca
pitaine dans le Regiment
Dauphin Infanterie. Il cuſt
un des cinquante nouveaux
Regimens levez en 1697. il
fut reformé aprés la paix de
Rifvvic , il y a tres long-tems
qu'il eft dans le ſervice.
Mr de Mouchy. Ila eſté Capitaine
de Grenadiers dans
le Regiment de Solre , il eut
un des cinquante nouveaux
Regimens , & c. il fut reformé
aprés la Paix de Rifvvic ,
& en 1703 il fut remis en pied.
GALANT 181
f.
Mr de Treceffon. Il a efté
Capitaine dans le Regiment
d'Artillerie , il eut un des
cinquante nouveaux Regimens
& c. il fut reformé
aprés la Paix de Riſvvic , &
le Roy luy permit en 1702 .
de lever un nouveau Regiment.
Mr de la Mothe. Il a efté
Capitaine dans le Regiment
de Bourbon , il eut un des
cinquante nouveaux Regi
mens , & c. & il fut reformé
aprés la paix de Riſvvic , &
il cuft permiffion de lever
un Regiment en 1702. Il a
182 MERCURE
efté Aide de Camp de Moñ:
feigneur le Duc de Bour
gogne,
Mr le Comte de Sanzay, Il
a eftè Capitaine de Dragons
, il eut un des cinquante
nouveaux Regimens ,
&c. il fut reformé aprés la
Paix de Rifvvic. Le Roy lui
accorda en 1702 la levée
d'un nouveau Regiment , &
il a efté Aide de Camp de
Monſeigneur le Duc de
Bourgogne ; il eft de l'ancienne
& illuftre maison de
Turpin Criflé.
MrDenonville, Il a efté Ca
GALANT 183
pitaine dans le Regiment du
Roy, il eutun des cinquante
nouveaux Regimens , & c . &
il fut reformé aprés la Paix
de Rifvvic , le Roy luy per.
mit de lever un Regiment
en 1702. & il eut en 1703
le Regiment Royal Infante
rie , il a efté Aide de Camp
de Monſeigneur le Duc de
Bourgogne ; il eft fils de
Mr le Marquis Denonville
Sous - Gouverneur de Meffci
gneurs les Princes .
Mr de Beuil. Il a efté Ca
pitaine dans le Regiment
Royal Infanterie , il cut un
184 MERCURE
des cinquante nouveaux Regimens
, &c. & fut reformé
aprés la Paix de Rifvvic. Il
eft de la maiſon de San-
*cerre.
Mr de Puynormand. Il a été
Officier aux Gardes , il eut
en Octobre 1695. un des cinquante
, & c , il fut reformé
aprés la Paix de Rifvvic , &
incorporé dans le Regiment
Royal qu'il a commandé à
la Bataille de Spire aprés la
mort de Mr de Calvos , Le
Roy l'a Dommé Major gez
neral des Troupes qui font
en Elpagne.
GALANT 185
Mr de Permangle. Il a été
Capitaine dans leRoyal étrang
ger , il eut un des cinquan :
te , &c. & il fut reforme
aprés la Paix de Rifvvic.
Mr de Courville, Il a efté
Commandant dans le Fort
de l'Eclufe , il euft en Octo
bre 1695 un des cinquante ,
&c . il fut reformé aprés la
Paix de Rifwic , & il fut enſui;
te nommé Colonel du regi
ment du Maine .
Mr le Comte de Crony . Mr
le Comte de Solre fon pere
fe demit en 1696. de fon re
giment en fa faveur. Je ne
May 1704
a
186 MERCURE
dis rien de fa maiſon qui
doit vous eftre connue
puifqu'il y en a pen d'auffi
illuftres en Europe.
Mr de Greder . Il a efté Ca
pitaine aux Gardes Suiffes ,
Lieutenant- Colonel , & enfuite
Colonel .
Mr le Comte de Damas . Il
eft Colonel reformé , & frere
de Mr. le Marquis d'Antigny,
Gouverneur de la Principau
té de Dombes.
Mr de Vilemort. Il euft un
des cinquante nouveaux regimens
levez en Octobre
1695 il en leva un nouveau
GALANT 187
en 1702. tous le nom de regiment
de Vilemort. Il eft
fils de feu Mr de Vilemort ,
qui fe diftingua tellement en
Candie , qu'il fut furnommé
le brave.
Mr le Comte de la Marck.
Le regiment de мr le Cardinal
de
Furftemberg ayant
vacqué par la mort de fon
frere aîné , il fut pourven de
ce regiment en 1691 , il eut
en 1692. le regiment d'Infan¬
terie de
Furſtemberg par la
retraite de fon frere cadet le
Comte Augufte ; il eft
s
de
Me la Comteffe de Furftem-
Qij berg,
188 MERCURE
Mr de Polaftron Il a efté
Sous Lieutenant des Gardes,
il a acheté en 1698. de Mr
de Saint André le Regiment
de la Couronne , il fert prefentement
en Espagne , il s'eft
fort diftingué au fiege de
Bonn , où il a esté dangereuſement
bleffé , il eft fils
de Mr de Polaftron Lieutenant
general , & Commandeur
de l'Ordre de S. Loüis,
qui commande en Bretagne
fous les ordres de Mr le Maréchal
d'Eftrées . La maiſon
de Polastron cft originaire
de Bearn , & s'eft établie
GALANT 189
prés de Bordeaux , où elle
tient un rang confiderable.
Mr le Comte de Bourk Il eut
en 1699. un regiment Irlan
dois formé de ceux qui a
voient efté à la folde & au
nom du Roy d'Angleterre , il
fert prefentement dans l'Ara
mée commandée par мr de
Marcin .
-il
Mr le Comte d'Efterre. Il acheta
au mois de Mars 1700.de ME
le Comte de la Bourlie , le
regiment de Normandie ,
fut bleffé à Chiari : il eft frere
de Mrle Prince de R k ebco.
Mr de Courten. Il eft Licu
190 MERCURE
tenant Colonel du regiment
de Courten , dont fon frere
eft Colonel.
Mr de Tavagni . Ileft de la
Maifon de Miromenil , & Colonel
d'un regiment qui porte
ce nom .
Mr le Chevalier de Cadrieu.
Il eft Colonel du regiment
de Garinois ,
Mr le Chevalier de Seve, Il
a été Lieutenant Colonel du
regiment de Picardie , dont il
eft prefentement Colonel :
cette maiſon a beaucoup de
branches , elle eft fort illuftrée
; outre la branche de
GALANT 191
Seve , Rochechouart dont eft
Mr. l'Evêque d'Arras , il y en
a deux autres branches , dont
l'une eft à Lyon , & l'autre à
Grenoble.
Mr Robert. Il eft Ingenieur,
& fert en Eſpagne.
Mr le Chevalier des Tou
ches. Il eft Lieutenant d'Ar
tillerie , il eft fils de Mr. des
Touches , neveu de feu Mr.
de Beaulieu , & de feu Mr le
Camus Abbé de la Magde
leine. Je vous ay parlé de cet
te famille par plufieurs de mes
lettres ,il y a long -tems qu'el
le eft connue par fes fervices,
192 MERCURE
O
Brigadiers de Cavalerie.
Mr de Briffac. Il eft Enfei
gne dans les Gardes du Corps ,
& neveu de Mr de Briffac qui
en eft Major.
Mr de Chelader. Il eft Enfeigne
des Gardes du Corps ,
il a efté Lieutenant Colonel
du regiment de Noailles , il
eft de la Maiſon de Pienne en
Auvergne.
Mr de Savine . Il achetaen
1695. le Regiment de Puger ,
il fut reforme à la Paix de Rif
wic. Le Roy lui donna enfuite
un regiment de Cavalerie ,
vaquant par la mort de Mr
de
---
GALANT
193
de Catulan , qu'il vendit en
1702. à Mr. le Marquis de la
Baome .
Mrde Marnay Virieu . Ileut
un regiment en 1695 il fut reformé
aprés la Paix de Rifwic,
il obtint de Sa Majette un des
20. nouveaux regimens qui
furent levez en 1701. Le Roy
lu donna peu de temps aprés
22500. liv. Sa Majefté le fic
Enfeigne des Gardes du
Corps , & donna fon regi
ment à Mr de Tracy.
Mr de Tournefort. Il a eſté
Capitaine de Carabiniers ,
le Roy luy donna en 1696. l'a
2
May
1704.
R
194 MERCURE
gréement pour acheter le regiment
dePaifegur , qu'il vendit
en 1699. à Mr. de Livry ,
& fut nommé Enſeigne des
Gardes du Corps .
Mrdes Fourneaux.ll eft Enfeigne
des Gardes du Corps
Mr de Bruzac. Aide Ma
jor des Gardes du Corps , il
eft de la Maifon d'Hautefort .
Mr le Vidame d'Amiens . Il
a efté Capitaine dans le Regi
ment du Roy infanterie , il
eut en Octobre 1695 , un des
so. nouveaux regimens , &
fut reformé aprés la Paix de
Rifwic. Il eut en 1701. un regiGALANT
195
ment de Dragons , qui vacquoit
par
la mort de Mr. le
Chevalier d'Albert ſon Frere,
il le vendit en 1702. à Mr le
Chevalier du Heron , & fut
fait Sous lieutenant des Che
vaux Legers . Il eft fils de мr
le Duc de Chevreule & a
epoufé Mademoiſelle de Lavardin
.
>
Mr de Mimure. Il a eſté
Page & Menin de Monfeigneur
le Dauphin Souslieutenant
des Gendarmes
Anglois & Aide de Camps
de Moinfeigneur le Duc de
Bourgogne , il a infiniment
Rij
196 MERCUREAN
d'efprit , & beaucoup d'eru
dition , il eft d'une bonne
Mailon de Bourgogne , dont
je vous ay parlé plufieurs fois.
Mr d'Efcorailles. Il a esté
Lieutenant Colonel des Dra
gons , & il eft à preſent Colonel
du regiment de Drai
gons qu'avoir cy- devant мr
de Grammont. Il eft de la
Maiſon de Fontanges
.
Mr de Quadt. Il fut poura
veu du regiment de ce nom
après la mort de feu мr de
Quadr fon pere , qui fut tué
au combat de Nervinde , &
il fut reformé à la Paix , &c .
GALANT 197
Mr de Mortani. Il a efté
Lieutenant Colonel du Regiment
du Prince Adminiftrateur
de Virtemberg. Le Roy
luy donna en 1693. le Regiment
de Houffars. Ily a longtemps
que fa Maiſon ſe dif
tingue dans les armes. L'Hif
toire remarque qu'on de ſes
Ayeux s'étant trouvé à la Bataille
de Marignan , il tua de
fa main 30 Suiffes.
Mr de Vienne. Colonel de
Cavalerie , il eût le Regiment
de Montbas en 1694.
Mr de Pelleport . Il a esté
fait Colonel en 1694. il fut
R iij
198 MERCURE
reformé aprés la paix de
Rifwic , & il fut pourvu en
1701. d'un des vingt nouveaux
Regimens , il fert pres
fentement en Eſpagne. Un
de les Ayeux fe trouva à la
bataille de Cerizolles , où il
fut tué à côté du Prince de
Condé.
Mr de la Bretoniere . Il fue
fait Colonel du Regiment de
Mr le Chevalier de Bouzols,
ce Regiment avoit cy devant
porté le nom de du Bordage .
Mr Rozen. Le Roy luy
donna le Regiment de мr de
Rottemberg fon beau frere.
GALANT 199
en 1696. Il eſt neveu de мrle
Marechal Rozen,
Mr de Chamlin. Il a efté
Officier dans les Carabiniers.
Le Roy luy donna en 1694 le
regiment des Carabiniersqu'avoit
Mr le Comte d'Aubeterre
loríque ce Comtefutfaitмarechal
de Camp , il fut reformé
aprés la Paix de Rifwic. Sa
Maiſon eft fort ancienne ,
puifque Guillaume de Cham.
lin accompagna le Roy Char.
les VIII. au Voyage de Na;
ples .
Mr de Gaffion . Il eſt Capi
taine Lieutenant dans la Gen-
Riiij
200
MERCURE
darmerie. Il eft d'une maifon
tres
confiderable du Bearn ,
elle a produit un Marechal de
France . Mrs de Gaflion ont
toûjours poffedé les premie
res Charges du Parlement de
Pau , où l'on voit
aujourd'huy
un
Prefident à Mortier de ce
nom .
Mr
Defclos. Il eut en 1694.
le regiment
de Noailles , il
a fait beaucoup
d'actions
di-
Atinguées , & n'eſt pas moins
eftimé dans les
troupes par
fes
manieres
honnêtes que
que par fa valeur.
Mr
d'Iliers. Ileft
Capitaine
GALANT 201
Lieutenant dans la Gendarmerie.
Il eft de la Maifon d'I
liers d'Entragues , qui eft une
des plus anciennes du Royau
me. Cette Maiſon étoit fort
celebre fous le Regne du Roy
Henri IV .
Mr de Leffart. Ilacheta en
1696. le regiment de magnac ,
dont il étoit Lieutenant Com
lonel , il fut reformé aprés la
Paix deRifwic,il eft entré fort
jeune dans le ſervice , & paſſe
parmy les troupes pour un
des meilleurs Officiers de Ca;
valerie.
Mr de Chatillon . Il a efté
!
202 MERCURE
Capitaine de Carabiniers
il fut choifi en 1696. pour ache
ter un des onze regimens
nouveaux qui furent levez en
ce temps.là . Il fert en Eſpagne
en qualité de Marechal
des Logis de la Cavalerie . Il
eft de la maison de Moyria ,
qui est fort illuftre dans le
Bugey.
Mr de Bar. Il étoit Capitaine
de Carabiniers en 1696.
il fut fait Colonel d'un des
nouveaux
regimens
dont je viens de parler , & il
fut enfuite reformé.
onze
Mr de Chateau Morant . Il
GALANT 203
}
eftoit Capitaine de Carabiniers
, il eut permiffion d'a ,
cheter un des onze regimens,
& il fut reforméaprés la Paix
de Rifwic ; il eft neveu de feu
Mr de Tourville , & fils d'une
de les foeurs , il eft frere de
Mr l'Abbé de Château moa
rant qui mene une vie fort
exemplaire dans la Communauté
des Prêtres de faint
Sulpice.
Mr le Comte de Durfort . II
acheta en 1697. le regiment
de Tallard , il eft fils unique
de мr le Marechal Duc de
Duras , & il n'avoit que 19.
204 MERCURE
ans lorsqu'il fe diftingua à la
journée de Nimegue , & qu'il
donna des marques de la plus
grande intrepidité , en arrachant
un Etendart des enne .
mis en preſence de Monfei
gneur le Duc de Bourgogne.
Mr le Chevalier de Roye. Il
eft Capitaine Lieutenant dans
la Gendarmerie , & frere
de Mr le Comte de Rouſly , de
Mr de Blanzac & de мrle Mar.
quis de Roye Lieutenant ge
neral des Caleres. Ilfont Ca.
dets de la maifon de la Roche.
foucaut.
Mr le Comte d'UZés. Il eut
GALANT 205
en 1697. le regiment de S.
Silveftre qui fut confervé à la
Paix. Il fert avec beaucoup
d'ardeur , il eft de la maiſon
de Cruffol , & frere de мr le
Duc d'Uzés.
Mrle Comte de Nils . Il a été
Lieutenant Colonel du regiment
de Furftemberg Cavalerie
, il eut en 1701, une
Commiffion de mettre de .
Camp , il commandoit auparavant
le regiment Royal.
Allemand . Il eft Liegeois ,
& d'une des plus illuftres Maifons
de ce païs là.
Mrle Prince Charles de Lor206
MERCURE
:
raine. Il eut au mois de Fé:
vrier 1702. le regiment de
feu мr le Prince Camille fon
frere la bleffure qu'il a reçû
en Baviere eft une marque de
fon intrepidité , il eft fils de
Mr le Comte d'Armagnac, { }
Mr des Aydes, ou des Zeddes.
Il eſt Colonel de Dragons reformé
, & Ayde de Camp du
Roy d'Eſpagne. Sa Maiſon eft
originaire des Griſons , & a
donné à la France dépuis
qu'elle y eft habituée , plu .
fieurs Officiers de diftinction .
Mr Toly. Il eft Lieutenant
Colonel du regiment des Dra
GALANT
207.
gons de la Reine , il eut en
1694. une Commiffion de
Mestre de Camp .
Mr de Bourneuf Ileft Lieutenant
Colonel du regiment
des Dragons de du Heron ,
il eut en 1694. une Commiffion
de mestre de Camp.
Mr Gaffart. Il eft Colonel
de Dragons , il vient d'être
nommé Gouverneur de la
Garfagnane , il n'a pas moins
d'efprit que de valeur , & il
ne brilleroit pas moins dans
un Confeil qu'à la tête des
troupes. Feu Mr de Louvois
s'eft ſouvent fervi de luy pour
208 MERCURE
negocier avec des Etrangers .
Mr de Cailus. Il eut l'agrée;
ment pour acheter le Regi
ment de Dragons de Langue
doc. Il eft neveu de feu мr
le Cardinal de Bonzi.
Mrde Lautrec Colonel de
Dragons , il eft fils aîné de
Mr le Marquis d'Ambres , il
fert en Italie avec beaucoup
de dictinction , il eut en 1697.
le Regiment des Cuirafliers.
Sa Maiſon eft originaire de
Flandres , elle eft connuë de .
puis deux fiecles & demi .
Mr leChevalier de PeДeux.
Il a efté Capitaine de Dragons
GALANT 209
gons dans , il eut un des so.
nouveaux Regimens levez
en 1695. & fut reformé aprés
la Paix de Rifwic , il leva en
1701. un nouveau Regiment
d'Infanterie qu'il vendit à Mr
de la fonde , il en leva un au
tre de Dragons en 1702. il
eft neveu de Mr le maréchal
de Choiseul.
Mr Dormoy Il a été major
du Regiment du Roy Cavalerie
, il eft prefentement
Major general de la Cavalerie.
Je fuis irés perfuadé que la
lecture de ce quifuit vousfera un
extrême plaifir.
May 1794 .
S
210 MERCURE
HOMELIE
De Notre Saint Pere le Pape
Clement XI prononcée
le jour de Pâques de l'année
1704 dans la Baſilique
du Prince des Apôtres.
Afainte Eglife notre Mere annonce
en ce jour à fes enfans les
plus grands fujets de réjouissance
de triomphe: Elle fait entendre
des Cantiques d'allegreſſe aujour de
la glorieufe Refurrection d'un Dieu ,
au Trépas duquel revétuë de deüil
elle avoit fait éclater fa douleur.
Tout l'Univers entre avec elle dans
les mêmes fentimens . Le monde qui
avoit parù queques jours auparaGALANT
211
vant dans la confufion par le defor
dre prefque univerfel de tous les Elemens
, reprendfa premiere face pour
applaudir dans untranſport de joye
à l'accompliffement du grand ou.
vrage de la Redemption des hommes.
Le Soleil qui s'étoit couvert au
milieu defa courfe des plus épaiffe s
tenebres à la mort de fon Seigneur
comme pour enfaire les funerailles,
Aujourd'huyfenfible à la nouvell
vie qu'a repris l'Auteur defon être
fait luire fur la terre unjour &plus
lumineux, & plus brillant . La terre
toute renouvellée fait fortir de fon
fein des hommes reffufcitez , le Ciel
enfin fermé jufqualors reçoit dans ce
glorieux jour ceux que le Seigneury
fait monter. Ainfi la Refurrection
de fefus- Chrift retire du fonds des
abines , éleve dufein de la terre ,
Sij
212 MERCURE
&placejufqu'auplus haut des Cieux
les captifs qu'elle a délivrez Ainfi
cetteglorieuse Refurrection est tout à
la fois la vie des morts , la reconciliation
des pecheurs , & lagloire
des Saints,
mes Pourroit- il donc arriver ,
Venerables Freres , & mes chers
Enfans , que nous ne fullins pas penetrez
des plus vifs fentimens de
joye & de confolation dans le jour
où le Reparateur du genre humain ,
chargé des dépouilles de la mort dont
il vient de triompher , nous attire
aprés luy des plus profonds abimes
pour nous faire monter avec luy au
plus haut des Cieux. Jesus - Chrift
fortant Vainqueur des Enfers , ne
s'éleve fur fon trone que pour nous
faire paffer de la mort à la vie.
C'eft noire Fète que nous celebrons
GALANT
213
en ce jour , c'est notre gloire que nous
exaltons , c'eft à notre victoire & à
notre triomphe que nous applaudiffons.
En effet , ce commencement
des promeffes déja accompli nousfait
voirpar les yeux de la Foy tout ce
que nous avons à esperer pour la
fuite : Et la feule joye que l'élevavation
de notre nature nous donne ,
nous met par avance en poffefion de
ce que la Foy nous promet . Chantons
donc des Cantiques de joye à la
louange du Seigneur Il vient de
manifefter fa gloire d'une maniere
admirable : l'Homme de douleurs
1:
dans lequel il ne paroiffoit ny grace
ny beauté , le dernier leplus me- &
prisé des hommes , celuy que Dieu
avoit chargé de toutes nos iniquitez
eft devenu tout d'un coup le plus bear
des enfans des hommes. Celui qui
241 MERCURE
pendant la vie mortelle a eftéfujet
aux bleffures , eft devenu invulnerable
: celui qui étoitſujet à la mort
eft devenu immortel ; celui , en un mot
qui s'eft humilié jusqu'au fupplice
de la Croix , eft devenu impaffible.
Ainfi les playes facrées dont les
Pieds & les mains de ce Dieu refffcité
, demeurent tranfpercez, font
platoft des marques de fa gloire ,
qu'un monument de fa pallion . Les
timides Difciples ne regarderont
plus la mort de leur Maître comme
un oljet d'horreur : les fouffrances ne
leur feront plus une fource de larmes
: fa Croix ne leur caufera plus
de confufion, Cette Croix devenie
l'inftrument du falut des hommes ,
eft un myftere où éclate toute la force
d'un Dieu , & un modelefeul capable
d'animer noftre ferveur & noftre
$
Λ
GALANT 215
pieté Tachons , mes chers Enfans ,
de bienpenetrer toute la vertu d'un
tel myftere , & l'efficace d'un tel
exemple. C'eft fur ce bois facré que
Fefus - Chrift a porté dans fon corps
la peine de nos pechez , afin de nous
faire mourir au peché , & vivre à
lajustice. Que tous ceux donc qui
vivent , fçachent qu'ils ne doivent
plus vivre pour eux - mêmes , mais
uniquement pour celuy qui eft mort
& reffufcitépour tous , Faifons mou -
rir dans nous tout ce qui y pourroit
refter du vieil homme , pour vivre
d'une vie toute nouvelle . Quel autre
caractere en effet de resemblance
pouvons nous avoir avec la Refur
rection du Seigneur que le parfait
dépouillement du vieilhomme ? Ne
foyons plus ce que nous avons été :
& puifque noussommes invitez an
216 MERCURE
Feftin des Noces , revétons- nous de
la robe nouvelle des verius , à l'exemple
des faintes femmes , qui ,
comme vous l'avez entendu lire
dans l'Evangile , n'oferent approcher
du Sepulchre de Jefus Chrift
qu'avec des parfums ; c'est- à - dire ,
avec la bonne odeur des faintes oeu
vres. Elles acheterent des parfums
pour aller embaumer Jefus
- Chrift . Ne croyons pas que
ces Vertus dont la bonne odeur nou s
rend agreables à Dieu , ne nous doivent
coûter que quelques défirs foibles
& inefficaces . Il faut les acheter
au prix de nos peines & de nos
travaux. Ces faintes femmes allerent
au Sepulchre de grand matin
pourmeriterpar l'ardeur & la vigilance
de leur amour de trouver celuy
qu'elles chercho, ent , fe fouvenans
Jans
GALANT
217
fans doute de cet
avertiſſement divin.
Ceux qui
veilleront dés le
matin pour me
chercher , ne
manqueront pas de
metrouver .
La grace du S. Efprit ne connoit ni
Lenteurs ni
retardemens . Une ame à
lafuite de Jefus- Chrift, & qui fçait
ce que c'est que
d'aimer , ne fçait,
point languir ni deliberer.
Levonsnous
donc dés lapointe du jour, avangans
dans la
voye de la
vertu avec
lespas de la Foy , avec les oeuvres
de la
mifericorde , & l'amour de la
verité : Et des que Le Soleil de Juf
tice aura fait luire à nos yeux les
rayons de la charité celefte , approchons-
nous du
Seigneur . Cesfaintes
femmes fe
difoient les unes aux
autres : Qui nous ôtera la pierre
de
devant
l'entrée du
Sepulchre
Carelles
n'ignoroientpas les
May 1704. T
218 MERCURE
difficultez de leur entreprife , & les
obftacles que rencontrent ordinaire
ment ceux qui cherchent en verité
Jefus Chrift ; toutefois ces difficul
tezne font pas capables de les détourner
du voyage qu'elles ont entrepris.
Leur charité étant parfaite
, elle a banni toute crainte .
Ainfi rien ne les épouvante , ni la
grandeur de la pierre qu'elles ont à
oter , ni le fouvenir amer de la
Croix , ni l'horreur du Sepulchre :
Pour nous convaincre que ceux qui
cherchent Jesus - Chrift ne doivent
s'effrayer d'aucuns dangers , & qu'il
n'eſtpoint de miracle fur lequel il ne
leurfoit permis de fonder leur efperance
dans le befoin, c'est pour cette
raifon que s'étant mifes à regar
der , elles virent que la pierre
étoit ôtée : car cette pierre étoit
GALANT 219
fort grande. Obſervezque la pierve
se trouva diée › Parce qu'elle
étoit fort grande ; c'eft à - dire , que
Les fecours du Cielfont d'autantplus
affarez & d'autant plus prefens à
ceux qui cherchent Jefus - Chrift ,
qu'ils trouvent moins de reßources
dans les bras de chairs & dans les
confeils des hommes. Soyons dociles ,
més bien- aimez , aux avis falutaires
que l'Evangile nous donne , tàchons
d'imiter ces exemples , afin
que cherchant veritablement Jefus-
Chrift , & Jefus- Chrift crucifie
, nous meritions d'avoir part à
fafainte Refurection , qui nous a
ouvert le chemin pour paſſer de cette
terre couverte des ombres de la mort
à la terre de Promilion cette
terre promife , l'objet de nos plus
faint défirs. Ainſi ſoit- il,
>
Tij
220 MERCURE
On trouve cette Home)
lie imprimée en Latin chez
Raymond
Mazieres , ruë S.
Jacques à la Providence
, &
celle que Sa Sainteté prononça
à la Feſte de Noël ,
chez Nicolas le Clerc , ruë S.
Jacques , à l'Image S. Lambert
proche S. Yves.
Mr le Duc d'Aumont ayant
laiffé par la mort une place
vacante d'Academicien honnoraire
à l'Academie des
Medailles & des Inſcriptions,
ce Corps à choifi tout d'une
voix Mr de Lamoignon ,
Prefident à Mortier pour
&
GALANT 221
remplir cette place , & ce
choix a efté generalement
applaudi . Mr de Lamoignon
a une parfaite intelligence
des Medailles dont il a un
tres - beau Cabinet. Il fçait
beaucoup , il connoift le
monde , il a voyagé , il a
longtemps brillé dans le
Barreau , & a non . feulement
toutes les qualitez d'un parfait
Academicien , mais auffi
toutes celles d'un parfaite .
ment honneſte homme .
Quelques jours après cette
nomination Mr le Marquis
de Dangeau dont l'esprit eft
Tiij
222 MERCURE
univerfel fuc nommé

l'Academie des Sciences ,
pour remplir la place de Mr
le Marquis de Lhopital , qui
paffoit pour un des plus fça .
vans hommes qui ait jamais
efté dans la fcience de l'AI:
gerbe. On n'en connoift
point de plus difficile à acquerir,
& la plufpart de ceux
qui cherchent à la connoître
, échoüent le plus fouvent
;cependant Mr le Mar
quis de d'Angeau fçait plus
que l'Algerbe , puiſque par
fon efprit , par la prudence ,
par fa lagefle , & par la bonne
GALANT 223
conduite il a fçû le maintenir
à la Cour depuis fa plus
grande jeuneffe , & meriter
fouvent de nouvelles graces
du plus grand & du plus éclai
ré des Monarques.
Je dois dire ici , puifque
cet Article regarde l'Acade
mie des Sciences , qu'en lifant
la page 209, de ma Lers
tre précedente , on y doit
ajouter que Mr Moreau de
Mautour croit que la veritable
Bibracté a efté détruite,
& fans aucun préjugé pour
la Ville de Beaune lieu de fa
naiffance ; il foûtint par des
Tiiij
224
MERCURE
4
raifons
convaincantes
que
cette
Ville
ou
celle
d'Au
thun
ne
peuvent
eftre
l'an :
cienne
Bibracté ,
mais
bien
Beurget
,
lieu
diftant
envie
ron
de
trois
lieuës
d'Authun.
Ce
qui
donna
matiere à
cette
differtation ,
eft
une
Infcription
antique
fur
Bronze

eft
employé
le
nom
de
Bibracte
qui
eft
dans le
Cabinet
de
Mr
de
Mautour , &
qui a
efté
trouvée
en
Bour
gogne.
Il
paroift
depuis
peu
un
Livre
nouveau ,
intitulé ,
Le
GALANT 225
Chymifte Phyficien , où l'on
• montre que les principes naturels
de tous les corps font veritas
blement ceux que l'on découvre
par la Chymie , & oùs par des
experiences & des raifons fondées
fur les Loix des Mechaniques
, aprés avoir donné des
moyens faciles pour les feparer
des Mixies , on explique leurs
proprietez , leurs vifages & les
principaux Phenomenes qu'on
obferve en travaillant en Chy.
mie. Par 7 Mongin , Docteur
en Medecine.
Ceux qui s'appliquent à la
connoiffance de la Chymic,
226 MERCURE
re
& qui aiment à connoiſtre les
curiofitez de la nature,feront
tres -fatisfaits de la lecture de
cet ouvrage. L'Auteur, quoique
jeune , raiſonne fur des
fondemens fi folides ,
de fijuftes confequences des
faits qu'il raporte , qu'on
peur dire qu'il s'eft tres fe
rieufement appliqué à la ma.
tiere qu'il traite.
Ce Livre eft divifé en trois
parties ; dans la premiere
l'Auteur donne des moyens
faciles pour feparer le fel , le
foufre , l'eau & la terre des
Mixtes , & il apprend comGALANT
227
ment on peut connoitre leurs
proprietez & leurs ufages.
Mr Mongin raporte en:
fuite les principales obiec
tions que l'on fait contre
l'existence des Principes de
Chymie , & il y répond tres
clairement
.
Il dit qu'une fauffe appa
rence de raiſon eſt cauſe des
iugemens precipitez que
beaucoup de Philofophes ont
porté là deffus . Il prouve que
le fel alkali n'eft point un
ouvrage du feu , il infinuë
que cer agent ne fait rien
autre chofe que defunir &
228 MERCURE
& divifer les principes des
Mixtes en des tas plus petits.
Il fait voir ce que c'eſt qu'-
acide & alkali , & l'idée que
l'on doit en avoir.
Cet Auteur fait voir com
bien un Medecin eft obligé
de fçavoir la Chymie , qu'il
lui eft impoffible de connof
tre ny le dérangement des
liqueurs qui circulent dans
nos corps par le chaud , &
par le froid , ny les qualitez
des anciens. Il explique les
proprietez des remedes par
les principes qu'ils contie
nent. Ony voit comment le
GALANT 229
Quinquina guerit les fievres,
comment le Senné eft purs
gatif, comment l'Opium eft
fommifere comment les
Acides confervent les vian.
des , comment ils diminuent
les fermentations du fang ,
comment ils arreftent les
vomiffemens , comment quel ;
ques fois ils font fudorifi .
ques , & aperitifs , comment
les alkali diffoluent nos hucomment
ils affoi- meurs
bliffent la force des acides , &
enfin on y trouve toutes les
proprietez des principes.
Les fermentations •
les
230 MERCURE
diffolutions , les coagulations ,
& les precipitations y font
clairement expliquées , & je
dois ajouter que ceux qui ne
font rien moins que Chymif
tes , eftimeront les explications
de l'Auteur d'autant
plus juftes , qu'elles font plus
fenfibles .
Mr Mongin aprés avoir
'dit dans la premiere Partie ,
que tout ce qui eft dans la
nature eft compoſé de ſel , de
foufre , d'eau & de terre
pouffe fon imagination dans
les entrailles de la terre, & en
fuivant l'idée qu'il s'eft faite
GALANT 231
de l'action de fels fur les fou
fres ,il explique la production
des Coreaux & desMineraux ,
d'une maniere tout à fait in .
genieufe & toute naturelle.
Les finus dans les Carieres ,
les diverſes couches des pierres
, les larmes cristalines que
l'on trouve à la furface des
Mineraux & en quoy confifte
leur difference , tant par rap
port à leur couleur qu'à leur
differente folidité , tout y eft
Mechaniquement expliqué.
On y trouve la caufe des
houragans, des tremblemens
de terre & des feux fouter232
MERCURE
rains. On y voit comment le
cerveau d'un boeuf a pû cftre
petrifié dans le corps vivant
de cet animal , & comment
la pierre de la veffie dans
l'homme y eft produite d'une
maniere fi fenfible , qu'il ne
faut eftre ny Chymifte
, ny
Medecin pour le compren
dre.
Dans la troifiéme Partie ,
Mr Mongin rapporte trois
experiences tirées de Vanhelmont.
Cet Auteur tres
celebre croyoit que l'eau
eftoit le feul & veritable prin
cipe de tous les corps ; les
GALANT 233
raiſons que Mr Mongin donne
pour réfuter ce fentiment
& pour faire voir que le fel ,
l'huile & la terre ne font pas
moins anciens , ny moins
principes que l'eau , font fi
judicieuſes & fi folidement
foûtenues que je craindrois
de les affoiblir fi je les répe
tois icy. Le Lecteur ne fera
pas fâché de les voir dans
fon ouvrage. Ce Livre fe
vend chez Laurent d'Houry,
ruë S Severin , au S. Efprit ;
& chez Pierre Auguftin le
Mercier , ruë S. Jacques , à
Saint Ambroise .
May 1704.
V
234 MERCURE
Mr le Maréchal de Chateau
renaad a prefenté au Roy
avant fon départ ſes deux fils
aînez , & à fuplié Sa Majesté
de leur donner fon agrément
pour fervir dans la marine.
Ce Prince y a non -ſeulement
confenti , mais il a en meſme
temps fait l'aîné Enſeigne ,
& le fecond , Garde marine ,
en difant que s'ils fuivoient
l'exemple de leur pere, ils lui
rendroient de bons fervices.
Mr le Marquis de Lyonne,
petit fils de мr le Marquis de
Lyonne , miniſtre & Secre .
taire d'Etat , a acheté le Res
GALANT 235
giment d'Aunix qu'avoit mr
le marquis de Polignac . S'il
fait voir autant de valeur à
la guerre que fon grand pere
a fait voir d'efprit dans le
Miniftere , il fçaura confer
ver la gloire de fon nom .
Mr le Marquis de Curton a
acheté le Regiment d'Anjou
Cavalerie. Il eft d'une des
plus illuftres maisons d'Au .
vergne , dont il eſt ſorti un
Maréchal de France.
Mr le Marquis de Saint
Germain Beaupré a eu le
Regiment de Racé. Cette
Mailon eft connuë par le
V ij
236 MERCURE

grand nombre de differens
Emplois que ceux qui por
tent ce nom ont poffedé , &
dont ils fe fontacquitez avec
gloire.
Les Religieux de l'Ordre
'de la Sainte Trinité & Res
demption des Captifs , tinrent
leur Chapitre general le
vingtiéme Avril, dans la premiere
& capitale Maiſon de
leur Ordre appellée Cerfroy,
au Dioceſe de Meaux . Les
Religieux des Provinces d'Ef
pagne , d'Italie & de Portugal
qui n'avoient jamais efté
GALANT 237
appellez à ces fortes de Chapitres
furent convoquez à ce
dernier , & s'y rendirent à la
referve des Religieux de la
Province de Portugal qui
s'eftoient excufez d'y venir
à caufe de la guerre des Cou .
ronnes. Le Reverendiffime
Pere Gregoire de la Forge ,
Docteur en Theologie , Confeiller
, Aumonier , Predica
teur du Roy , miniſtre particulier
du Convent Royal
fondé au Chafteau de Fon .
tainebleau & General élû &
reconnu en France depuis
dix ans , voulut bien , par un
228 MERCURE
defintereffement qui n'a
guere d'exemples , renoncer
fon Generalat , & qu'on fit
une nouvelle élection du
fujet qu'on croiroit le plus
digne de remplir cette Di
gnité , afin que les Provinces
étrangeres que je viens de
vous nommer , cuffent la
fatisfaction d'y concourir &
de fe choifir elles-mefmes un
Chef. De forte que toutes
enſemble & fans exception
d'aucun fuffrage , le Reverendiffime
Pere de la Forge
fut élû une feconde fois , &
reconnu General pour toutes
GALANT 239
les Nations de fon Ordre.
Au retour dudit Chapitre il
préſenta au Roy vingt Relij
gieux d'Eſpagne & d'Italie,
Sa Majesté les reçût avec ſes
manieres honneſtes & enga
geantes qui charment tous
les Etrangers
qu'on fit ioüer exprés pour
eux les eaux de Verſailles.
>
& ordonna
Il furent enchantez de
tout ce qu'ils virent , & répe
terent plufieurs fois qu'aprés
avoir vu le Roy , rien ne pow.
voit plus les furprendre . Les
Espagnols ont témoigné ,
dans l'élection du Pere Geg
240 MERCURE
neral , qui doit ioüir de cette
grande dignité iufqu'à la
mort autant d'envie que les
François mefme de le voir
nommer de nouveau pour
occuper un Pofte qu'il avoit
fi dignement rempli depuis
dix ans. Auffi peut- on dire
que ce General à toutes les
qualitez que l'on peut fou.
haitter dans ceux qui font
chargez d'auffi grands foins
& qui rempliffent ces fortes
d'emplois , qui ne font pas
moins penibles que glorieux.
Ce General n'eft pas moins
eftimé & confideré à la Cour
qu'il
GALANT 241
qu'il eft aimé & respecté
dans fon Ordre.
Mr de Saffenage neveu de
Mr le Marquis de Saffenage.
premier Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur le Duc
dOrleans , & qui a épousé
Dame N. d'Albert de Chevreuſe
veuve de Mr le Comte
de Morſtain , epoufe Dame
N. de Tallard fille de Mr.
le Marechal de Tallard &
de feüe Dame N. de Grolée
Viriville , morte en cette
Ville depuis trois ou quatre
ans . Mr le Marechal de Tallard
eft de la Maiſon d'Ho-
May 1704.
J
X
2
242 MERCURE
ftung en Dauphiné , où elle
a toûjours tenu un rang con
fiderable. Feue Madame la
Marquife de la Baume , mere
de mr le Marechal de Tallard,
& Grande- mere de la nouvel
le mariée , étoitfille de Meflire
N. de Bonne , Comte de
Tallard, & de De N. de Neus
ville Villeroy , foeur de feu
Mr le Maréchal de Ville-
& de Mr l'Archevêque
de Lyon. Quant à Mr
le Marquis de Saffenage , il
eft de l'illuftre Maifon de
Beranger de Dauphiné , &
qui a toujours tenu un rang
tres confiderable dans cette
roy ,
A
GALANT 243
Province. Cette Maiſon def.
cend des anciens Comtes
de Forcalquier , & ceux ¢ i
defcendent des anciens Dauphins
de Viennois de la Maifon
d'Albon . Cette Maiſon
de Beranger a toûjours eſté
fur un fi grand pied dans le
monde , qu'elle s'eft même
alliée aux Dauphins de Vien .
nois & auxComtes de Savoye.
Un Gilbert de Beranger alla
a la feconde Croifade où il
fut la terreur des Infideles ,
aufquels à la tête d'un Corps
d'Armée qu'il commandoit,
il fit une cruelle guerre. Je
x ij
244 MERCURE
vous ay parlé en plufieurs
occafions des Maifons de Tallard
& de Saffenage , ainfi je
n'ay rien à vous en dire de
nouveau.
Je vous envoye une piece
Originalle , dont vous avez
déja veù quelques lambeaux
dans les Nouvelles publi
ques. Vous connoiſtrez pa
là la veritable fituation où
étoient les affaires des Alliez
en Portugal aprés l'arri
vée de l'Archiduc à Liſbonne,
par
GALANT 245
ASDECOPIE
D'une Lettre écrite par Monfieur
le Duc de Schomberg
aux Etats Generaux.
De Lisbonne le 10. Avril 1704.
Hauts & Puiffants Seigneurs.
Mr le Chevalier Lacke
m'a rendu la Lettre que Vos
Hautes Puiffances m'ont fait
I honneur de m'écrire , par laquelle
entre autres chofes Elles me marquent
de les informer de l'état
des affaires de ce païs . ci : Je fon-
X iij
246 MERCURE
baiterois de pouvoir mander
V H. P. des chofes agreabless
mais fi les effets ne répondent pas
à mon zele , jefatisferay toûjours
à mon devoir par la brieveté
par lafincerité.
Aprés le débarquement des
Troupes de la Reine & de V.
H P. j'en fis la revûë , dont je
joints ici un état dans lequel
VH P. verront qu'il eft more
dans le trajet 174 hommes de
l'une ou de l'autre nation , 2317 .
furent mis dans les Hôpitaux
où il en eft mort dé a quelquesuns
. Les chaleurs da climat , &
la difference de la boiffon étans
GALANT 247
affe contraires à leur conva
leffance , jay ordonné qu'on les
empêchat de boire du win , e
faute de biere , on leurfait de la
Limonade fansfucre . Nous n'avons
pas encore les deux tiers
des chevaux
nec ffaires pour
monter noire Cavalerie & nos
Dragons,
Le Roy de Portugal fit faire
le 2. de ce mois la revue d'une
partie de fes troupes en prefence
de Sa Majefte Catholique dans
la Plaine de Salvatierra , qui
ne se trouverent qu'au nombre
de 7800. hommes , & qui me
parurent affez mal équipez &,
X iiij
248 MERCURE
mal armez : leurs Officiers leur
font faire l'Exercice tous les
jours , afin de les accoûtumer au
maniement des armes , dont la
&
>
la moitié de l'Arplupart
s'aquitent moins bien que
nos Milices d Angleterre : On
m'a affuré que ces troupes ne
compofoient que
mée que Sa Ma efté Portugaise
auroit fur pied cette Campagne ,
que le refte étoit fur la frontiere
d'Espagne pour garder les
principaux Poftes , jusqu'à cer
que nous nous en aprochions.
Mr l'Amirante de Caftille
m'envoya avant hier un Officier
Espagnol qui l'eft venu joindres
GALANT 249
s'il faut l'en croire , les
peuples de Galice & du Royau
me de Grenade n'aſpirent qu'à
fecouer le joug des François pour
ſe foûmettre à la domination du
Roy d Efpagne ; mais il ne me
fut pas difficile de reconnoître
que cet Espagnol ne cherchoit
que quelque recompenſe mal me.
ritée , car luy ayant demandé
des particularite & le nom
de quelques uns des principaux
Meconiens , il fut affez emba
raffé , & toute la découverte ne
fus appuyée que fur quelque oüy
dire.
Dans les Conferences que j'ay
250 MERCURE
le
eu avec Monfieur l'Amirante;
Sur le peu d'esperance que je
voyois au foulevement general
quenous avions lieu d'esperer par
les differentes lettres qu'il avoit
écrites aux Cours de Vienne
d'Angleterre , il m'a dit que
retardement de l'arrivée de Sa
Majesté Carbolique , & desfecours
que la Nation Espagnole.
en prétendoit , jointe à l'arri..
vée des troupes Françoifes en
Espagne , eftoit la feule caufe de
ce relâchement ; mais que fi on
avoit des forces fuffifanies pour
faire une defcente fur la fron.
siere de Galice , & une autre
GALANT 251
en Catalogne , pendant qu'ane
troifiéme armée attaqueroit l'E
Atramadure par la frontiere de
Portugal , on verroit bien toft
l'effet de fes promeffes. Mr le
Prince de Darmftat eft du même
fentiment , fur- tout pour la def
cente en Catalogne .
Comme ces Meffieurs ont fans
doute des lumieres & des pene

que
les trations plus étenduës
miennes , il ne faut pas êire fur •
pris , Hauts Puiffants Sei
gneurs , fi mes fentimens ne conviennent
pas avec les leurs , fi ce
n'eft dans le feul point , que nos
troupes font trop inferieures pour,
252 MERCURE
faire de grands progrez, & encore
moins pour former differentes
entreprifes à la fois : g fi
nous avons le bonheur de rem▾
porter quelque avantage fur nos
Ennemis , nous ne pourrons l'attribuer
qu'à la protection du Ciel,
&à la bravoure des troupes que
nous avons am nées : Il feront à
foubauer que V HP conjoin .
temen: avec leurs Alliez vou
luffent bien en augmenter à sel
point le nombre , qu'il pût au
moins égaller celui que les François
ont introduit en Espagne ;
mais en atiendant , je ne laiffe .
ray pas de faire tout ce qui nee
GALANT 253
de
fera poffibble avec le peu de mon .
que nous avons pour meriter
I honneur de la bien veuillance.
de la confiance dont vos V.
H P. m'ont honoré , étant avec
un tres profondrespect , & c.
Les Etats Generaux ont
fait communiquer cette Letà
tre aux Provinces de l'Union,
afin d'avoir leurs fentimens
far le renfort de troupes
que Mr de Schomberg leur
propoſe.
On a fceu que мr de
Schomberg avoit écrit en
même temps à la Princeffe
de Dannemarc , & qu'il luy
254 MERCURE
a mandé la grande mefin
telligence qui eftoit deflors
entre les Alliez & les Por
tugais , & qu'elle a été principalement
caufée par les
Hollandois , qui ont les premiers
tourné les mifteres de
la Religion catholique en derifion
, & montré l'exemple
aux Anglois , & qu'il ne dou
toit pas que cette mefintelligence
ne produifit de tresmauvais
effets , la fuite a fair
voir que ce General ne s'eft
point trompé , puiſque les
Troupes des Alliez , & les
Troupes Portugaifes en font
GALANT 255
fouvent venues aux mains ,
·lors qu'il eft entré quelques
Troupes des Alliez dans les
Villes , & qu'il y avoit en
dans Lifbonne un choc
de ces Troupes fi furieux ,
qu'il en étoit demeuré deux
cens fur la place , tant de
l'un que de l'autre party , de
forte que dans toutes les
Villes où il y a des garniſons
on a été obligé de defarmer
les Soldats , & de ne laiffer
d'armes qu'à ceux qui étoient
de garde. Je remets la fuite
de cet article à la fin de ma
Lettre ; où je vous parleray
*.
256 MERCURE
Ý
des conquêtes faites par Phi
lipes V. Roy d'Espagne .
Meffire N......de Melac
Lieutenant general des Armées
de Sa Majefté , & ancien
Gouverneur de Landau
eft mort au commencement
de ce mois , il avoit fervi
pendant la plus grande par.
tie de fa vie . Quoiqu'il paffât
pour le plus habile Partilan
qui ait jamais efté , il
entendoit fi bien la guerre
qu'il n'y a point de commandement
dont il ne fut capable
Je ne dis rien de la
longue & vigoureuſe deffen .
GALANT 257
fe de Landau : elle parle affes
Mà fa gloire . Les ennemis
trembloient lors qu'il étoit
chargé de quelque execution
militaire. Il eftoit veuf d'une
parente de мr le Maréchal
de Duras , dont il n'a
point eu d'enfans , il fit une
difpofition d'une parrie de
fon bien en faveur de mr le
Marquis de Montbretton fon
neveu Capitaine dans le regiment
Royal Allemand lors
qu'il fe maria , il y a quelques
années , avec une Dea
moiſelle d'une tres ancienne
maiſon. мr de Montbret
May 1704.
Y
258 MERCURE
शु
ton eft fils de feu Mr de la
Motte Lieutenant Colonel
du regiment de Cavalerie de
Konifmarg , qui avoit épouſé
une foeur de Mr de Melac ,
Mr de la Rare qui a le regiment
de Melac ett frere
de mere de Mr de Melać.
Ils font l'un & l'autre fortis
de deux bonnes maifons de
Guienne celle de Mr de ;
Melac y eft connuë , il y a
long temps , mais elle le fera
encore plus deformais par
l'honneur que luy a fait celuy
qui donne lieu à cet ar
ticle.
GALANT 259.
Mr de la Lane qui fervoir
depuis long temps , mourut le
8. du mois dernier prefque.
fubitement, Il avoit paffé la
plus grande partie de fa vie
dans le fervice où il avoit
donné plufieurs marques de
fon courage & de ſa valeur.
Il avoit même efté bleffé en
quelques occafions . Il n'eft
pas le feul de fon nom qui
fe foit diftingué dans la profeffion
des armes , plufieurs
de fes ayeuls les ont portez
avec gloire.
Gilbert de la Lane fit des
merveilles de fa perfonne à
Y ij
260 MERCURE
la bataille de Pavicily fat
tué à cofté de l'Amiral de
Bonnivet. Meffieurs de la
Lane qui font établis à Bordeaux
, ont poffedé depuis
plufieurs années les principales
Charges de ce Parlement.
Mr de la Lane y eft
encore aujourd'huy Prefident
au Mortier , il eſt frere
de feu Mr l'Evêque de
Bayonne , il a plufieurs enfans
, entr'autres Mr l'Abbé
de la Lane qui demeure aux
Peres de la Doctrine Chré
rienne & qui eft d'un
merite & d'une pieté genes
GALANT 261
1
1
ralement connûs. Il y fac
une fage diftribution de fon
temps & de fon bien.
L'Eglife & la Republique
des Lettres viennent de faire
une grande perte en la perfonne
de Meffire Charles
Boileau Prêtre Abbé de
Beaulieu , Prieur de Faye ,
Predicateur ordinaire da
Roy , & Directeur en exercice
de l'Academie Françoife
, qui mourut le 4. de ce
mois dans l'Abaye de S. Vic
tor , où il faifoit fa refi lence ,
& en l'Eglife de laquelle il
a choisi la fepulture. Cer
262 MERCURE
fide
Abbé eftoit de la Ville
Beauvais , & il laiffe deux
freres Ecclefiaftiques d'un
merite diftingué , l'aîné eſt
Doyen d'un Chapitre , & le
cader eft Curé de Vitry, dont
il avoit efté lui même Curé.
Il eftoit allié à plufieurs perfonnes
de confideration de
Picardie, & Mrs Thureau qui
font Docteurs de Sorbonne
font les plus proches parens
. Mr. l'Abbé Boileau
avoit toutes les qualitez qui
font l'honnefte homme felon
Dieu & felon le monde ;
jamais Miniftre de l'Eglife
GALANT 263
D'en fit les fonctions avec
plus de zele & plus de fuir ;
toutes les Chaires de Paris
où il a preché des Carêmes
entiers en peuvent rendre
témoignage ; jamais auffi on
ne vit un amy plus officieux
& plus genereux , il fçavoit
prevenir les defirs de ceux
qui avoient befoin de fon
credit & de fon miniſtere ; il
s'étoit attiré la confiance de
l'homme le plus officieux &
le plus genereux qui fut ja,
mais je parle de feu Mr
Bontemps. Il avoit preché
avec beaucoup de fuccés des
264 MERCURE
vant S. M. pendant plufieurs
Avents & plufieurs Garêmės,
il connoilloit parfaitement
le coeur de l'homme , & lors
qu'il failoir quelque peintu
re dans fes Sermons , elles
eftoient i belles & fi vives ,
que tous les Auditeurs en
ettoient charmez . Voicy celle
de la Cour qu'il fic il
plufieurs annees en prefen,
ce de la Cour même.
>
y a
PORTRAIT
GALANT 265
1
PORTRAIT
Q
DE LA COUR.
V'est ce que la Cour ? une
Elite de gens les plus fpirituels
, les plus confiderables
dont les paffions font plus vives
& plus fubtiles , qui ont tous
leur deſſein & l'adreſſe de le
cacher on pour arriver à la
fortune , c'est une máxime de
détruire tous ceux qui peuvent
nuire. Rien n'y eft fincere , tout
y eft deguifé , de mauvais offices
rendus fourdement , des intrigues
cachées qu'on ne peut demefler, des
May 1704.

266 MERCURE
chagrins morselsfous une agreas
ble apparence , une mod frie fine
qui bouffit d'orgueil , où il n'eſt
pas permis d'aimer fouvent ce
qu'on veur , quelquefois de faire
se qu'on doit , ny jamais de dire
ce qu'on penfe. Il faut eftre
fecres , & cache fes fentimens.
Souple à les changer , adroit à
Les infinuer , louer felon le juge
ment , haïr felon le gouft , parler
felon l'usage , vivre felon le ca
price des autres befperance amus
ſe , le temps ennuïe ", les Rivaux
de/esperent , lafortuneſe joue de
nos hommages , comme la mort
de nos deffeins ; car quelles fort
GALANT 267
les manieres d'un Courtisan de
Danger les injures ,& les diffi
muler : flatter fes ennemis ,
les perdre : profiter de fes amis
quand ils luy rendent fervice ,
les abandonner quand ils ont
befoin de fien promettre tout
pour obtenir une dignité , oublier
sout quand on y eft parvena ,
payer les bienfaits de paroles ,
les fervices de promeffes , &
deites de menaces. Le plaifir eft
plus dangereux , parce qu'il eft
plus fpirituel La medifance plus
àcraindre parce qu'elle y eltplus
fine. Lambition plus ardente
parce qu'elle eftfoutenue par la
les
Z
"1
268 MERCURE
naiſſance , par le credit , & par
l'adreſſe. On adore la fortune ,
on s'en plaint , on lože le me¬
rite , & on l'oublie ; on cache
la verité , & on oublie lafranchife
. Eft ce un lieu propre pour
fe fanctifier , où tout ce qu'on
respire eft poifon , ce qu'on en ,
tend eft menfonge , & tout ce
qu'on vois eft illufion.
La mortvient de nous ena
lever un des plus grands Ora;
teurs qui ait jamais été , en la
perfonne du Reverend Pere
Louis Bourdalouë de la Com.
pagnie de Jefus , & Predica ,
GALANT 269
teur ordinaire du Roy , quí
mourut icy à la Maifon Pro
feffe des Jefuites le 17. de ce
mois , âgé de foizante. douze
ans , aprés avoir exercé le
Miniftere Evangelique à la
Cour & dans cette grande
Ville avec un fuccez merveilleux
pendant trente- cinq
années. C'est dans cet homme
éloquent qu'on peut dire
que cet art admirable qui faifoit
regner autrefois Periclés
& Demofthene fur l'efprit
des hommes , ne s'étoit pas
avili , puifque bien loin d'a
voir été inferieur à ces grands
Ziij
270 MERCURE
hommes , on doit hardiment
Je leur affocier : fon éloquend
ce auffi bien que la leur , n'étoit
foûtenuë que de la grand
deur des choles , & nullement
de la pompe des mors : la vea
rité , la raifon & la clarté en
étoient le but & la regle ,
comme elles l'éroient de cèl.
le de ces Orateurs Grecs ?
elle ne s'échapoit pas dans
ees enthoufiafmes qui tranf
portent un Audireur dans
des païs perdus , & qui ne le
ramenent au fujet qu'aprés
avoir épuifé fon attention.
Son éloquence auſſi bien que
GALANT 271
celle de ces illuftres Grecs ,
n'avoit rien que de réel & de
folide fa grace n'éclatoit
jamais par des couleurs chargées
& empruntées : tous fes
ornemens lui étoient propres,
& c'est uniquement par les
traits de la beauté naturelle
qu'elle charmoit autant qu '
elle perfuadoit. En effet , le
Pere Bourdalouë fçavoit al
lier la fublimité de la penſée
avec la fimplicité de l'expref-
Lion, perfuadé que parce qu'
une chole eft grande , il n'eft
pas neceffaire de l'exprimer
par des grands mots : il avoir :
272 MERCURE
l'art de la rendre fenfible &
familiere fans luy rien ôter de
fa grandeur ; de forte qu'en
fa bouche les veritez les plus
abſtraites & les plus élevées
fe laiffoient comprendre aux
intelligences les plus commu?
nes :tandis qu'il donnoit aux
chofes les plus fimples , &
aux veritez les plus families
res , un air de fublimité par
la richeffe & la pompe des
expreffions dans lesquelles il
les enchafloit. Ce grand Ora
teur avoit naturellement en
lui toutes les difpofitions
neceffaires pour acquerir la
GALANT 273
de
& perfection de l'éloquence ,
un fonds de bon fens & de
bon efprit , l'imagination vive
, la memoire fidelle , la
prefence & le fon de la voix
agréables , la prononciation
belle , le gefte noble , une
affûrance honnête , & une
grande facilité de parler. Je
conviens que les quatre der
nieres qualitez le peuvent acquerir
parlespreceptesde l'art
& par un long exercice; mais
ileft conftant que les autres
font de purs dons de la nature
que l'art peut à la verité polir,
mais qu'il ne peut jamais don
274 MERCURE
ner , & l'on doit être perfua
dé que ces ralens qui embraf
fent beaucoup de chofes ,
n'achevent pas neanmoins
un Orateur. Le Pere Bour
daloue avant que d'entreprendre
de parler en public,
avoit pourri fon efprit par
par une longue étude , &
& l'avoit formé par la lecture
affidue des Auteurs qui ont
le plus de réputation . La
converfation des Sçavans , &
les confeils de fes amis lui en
feignerent dabord l'ufage , &
lui aprirent enfuite à le regler
fur la pureté de l'Evangile.
GALANT 278
C'eſt par la pratique de ces
maximes , & avec de tels ſecours
qu'il étoit devenu un
des plus celebres Orateurs
qui ait jamais été . En effet ,
perfonne n'a jamais tendu
toutes fortes de fujets plus
fufceptibles d'ornemens , &
n'a répandu plus d'ordre dans ,
fon deffein , ni plus de liaifon
dans les penfees. Sa
diction étoit toûjours pure
& propre à ſon fujet , riche
& ornée fans fard , forte &
ferrée fans fechereffe , & toû
jours convenable à un Ora
teur Chrétien , au licu , au
276 MERCURE
temps , & aux Auditeurs. On
remarquoit dans les difcours
plus de foin de fe rendre intelligible
, que de paroître
docte ; cependant , en ſe
laiffant entendre au peuple ,
il le faifoit toûjours louer
par les Sçavans . Il évitoit avec
adreffe les expreffions
que
trop de fublimité rendent ob.
ſcures , auffi bien que celles
qui s'échapent jufqu'aux
licences de la Poëfie : il ne
fuïoit pas moins l'enflure, ennemie
du bon fens & de la
verité. On remarquoit dans
fa narration un caractere fing
GALANT 277
the
*
gulier de defintereffement
&
de bonne foy : elle couloit
majestueufement
comme les
grands fleuves , & non pas
avec rapidité comme les tor
rens : la grandeur des choſes
qu'il traitoit , & non pas la
grandeur des mots , faifoit
Ï'élevation de fes difcours ; il
en banniffoit fcrupuleuſe
ment tout ce qui pouvoit
bleffer même la vrai fem.
blance. S'il s'écartoit quelque
fois de fon fujet , il ne s'éga
roit jamais , & il revenoit
auffi toft avec plus de force
& d'agrément : ſes compas
·
278 MERCUR E
raiſons étoientuftes & cour:
tes fes metaphores fuivies
& naturelles , fes citations
choifies & peu frequentes.
On ne remarquoit jamais
dans les difcours ces endroits
froids , ces proverbes , ces
équivoques , ces fauffes poin
tes , ces jeux de mots qui
font ordinairement le fruit
d'une éducation baffe , & un
ornement indigne de la ve
ritable éloquence. Les figures
y eftoient difpofées avec
beaucoup de délicateſſe , &
l'Art y eftoit toûjours caché
avec beaucoup de discretion.
GALANT 279
Voilà une legere ébauche
du portrait & du caractere
d'un des plus grands homs
mes que nôtre fiecle ait pro
duit. Il a paru quelques recueils
des Sermons de ce
Pere , mais fort imparfaits &
fort mutiles : on efpere que
fes amis n'eftans plus retenus
par la modestie qui l'avoit
empêché iufqu'à preſent de
les faire imprimer lui même,
en donneront une edition ?
exacte . On y verra furtout de
tres beaux Panegyriques , &
de tres- belles Orailons fune.
bres : c'eſt dans les difcours
11
280 MERCURE
de ce genre, qu'il faut pro:
prement chercher les chefsd'oeuvres
de ce Pere ; il avoit
encore un grand talent pour
la direction : l'onction qu'il
repandoit dans les voyes fpi.
rituelles , où tant d'autres ne
fément que des epines , lui
attiroit la conduite des conſciences
d'une multitude extraordinaire
de perſonnes de
tout ſexe & de tout etat.
Le Pere Bourdalouë eftoit
d'une famille confiderable de
la Ville de Bourges où fon
pere eftoit Treforier de France.
On affure que le Pere de
GALANT 281
la Rue reparera dignement
la perte de ce Pere . Tout le
monde convient qu'il eſt un
des plus grands Predicateurs
du fiecle , & l'on fçait que le
Pere Bourdalouë a dit mille
fois lorsqu'on lui parloit des
Sermons de ce Pere , qu'il
Prefchoit mieux que luy
Quoique la modeftie le fit
parler ainfi , on doit neanmoins
eftre perfuadé qu'il
n'auroit pas pouffé les chofes
fi loin s'il n'avoit regardé le
Pere de la Rue comme un
tres grand Predicateur. On
a toûjours remarqué beaut
May 1704 .
A a
282 MERCURE
coup de rapport entre ces
deux Peres , ils ont toûjours
efte également honorez &
aimez des grands & du peuple
& quoi que leur reputation &
leur efprit les fit fouhaiter par
tout , & qu'ils euffent pû eftre
répandus dans le monde
ainfi que quantité d'autres
Reguliers qui y font briller
leur efprit ; ils n'ont jamais
abandonné leur étude & le
lieu de leur retraite que pour
des chofes qui pouvoient
eftre utilesà leur Ordre , ainfi
qu'au falur des ames , & qui
regardoient leur profeffion. 3
GALANT 283
Voicy les noms de ceux qui
ont efté nommez aux Bene
fices vaccans dans la derniere
Promotion. n .
Le Roy a nommé à l'Evêché
de Meaux Mr de Biffy
Evêque de Toul . Il eft fils de
feu Mr de Billy Lieutenant
general des Armées du Roy ,
Lieutenant de Roy de la
Franche Comté , & cy - de?
vant Gouverneur de Nancy,
& frere de Mr le Marquis de
Biffy qui fert dans l'Armée
de Mr le Grand Prieur , de
Mr le Comte de Biffy Bri
gadier des Armées du koy ,
A a iij
>
284 MERCURE
Epoux de Me la Comtelle
de Billy veuve en premieres
noces de Mr le Maitre Confeiller
au Parlement de Paris
dont elle a eu des enfans ;
de Mr le Chevalier de Biffy
qui commande un regiment
dans l'Armée de Mr le Duc
de Baviere & de Mr le Chevalier
de Biffy qui fert avec
diftinction dans la Marine ,
de Mr l'Abbé de Biffy , &
de Me de Biffy Abbeffe de
Baume les Nones en Franche-
Comté. La maifon de
Biffy eft des plus anciennes ,
& des plus illuftrées de toute

4
GALANT 285
la Bourgogne , elle y eft con
nuo depuis plufieurs fiécles
Le Prelat qui donne lieu à
cet article eſt d'une profon
de érudition , il paffe pour
un des hommes du Royaume
des plus verfez dans l'hi
ftoire Ecclefiaftique , & dans
les antiquitez de l'Eglife , il
fit fa licence avec un fuccés
extraordinaire , fa modeftie
& fon defintereffement pa
rurent dans le refus qu'il fie
de l'Archevêché de Bordeaux
, aprés la mort de feu
Mr de Bourlemont . Son zele
& fa ferveur n'ont pas moins
286 MERCURE
éclaré dans les fonctions pe
nibles de l'Epifcopat &
d'autant plus penibles pour
luy , qu'il ſe trouvoit chargé
d'un des plus grands Diocefes
du Royaume , puilque
Toul a dix huit cens Paroiffes
ce qui ne l'a pas
empéché de faire moins re
gulierement les vifites prefque
toutes les années.
13
Mr l'Abbé de Teffé a été
pourvû de l'Abbaye de Savigny.
Il eft fils de Mr le
Maréchal de Teffé, La maifon
de Froullé dont eft cet
Abbé, eftilluftre & ancienne,
GALANT 287
elle eft originaire du pays du
Maine , & elle a donné plu
fieurs Comtes à l'Eglife de
Lyon . Mr l'Abbé de Telle
qui donne lieu à cet article ,
eft auffi Comte de Lyon .
Il eftoit petit neveu de Mr
le Comte de Froullé Cha.
none de S. Jean de Lyon ,
mort depuis quelques années
. Il eft actuellement dans
les études de Sorbonne où il
ſe diftingue beaucoup. Mr
le Maréchal de Teffé defs
cend des anciens Comtes de*
Froullé , qui ont toujours
fait une fi grande figure dang
288 MERCURE
7
l'Anjou , & dans le pays du
Maine. L'Abbaye de Savigny
eft de l'Ordre de Saing
Benoift , elle a toujours efte
poffedée par des perfonnes
de qualité. Elle eftoit vaccante
par la nomination de
Mr l'Abbé Boffuet à l'Ab.
baye de S. Lucien de Beau .
vais . Meffieurs d'Albon l'ont
poffedée pendant plus d'un
fiécle, & le dernier Abbé étoit
feu le Comte d'Albon Cha
noine & Archidiacre de l'E .
glife de S. Jean de Lyon. Mr
L'Abbé Boffuet en fur pourvâ
aprés la mort. Cette Ab.
baye
GALANT 289
baye a produit de grands
Perfonnages
, & elle eft eacore
aujourd'huy
remplie de
fujets d'un grand merite , &
d'une vertu eminente.
Le Roy donna dans la même
Promotion , l'Abbaye de
Cherbourg à Monfieur l'Abbé
de Matignon , fils de Mr
le Comte de Gacé. Cet Abbé
fait fon cours des Etades
de Sorbonne , où il réuffit par.
faitement bien , il demeure
dans le Seminaire des Bons
Enfens où il s'attache aux
fonctions Ecclefiaſtiques avec
beaucoup de zele . La mai
Bb
May 1974.
290 MERCURE
fon de Matignon eſt une des
plus grandes du Royaume
foit par fes fervices , ſoit par
les dignitezqu'elle a poffedez.
Mr l'Abbé de Matignon eft
neveu de Mr l'Evêque de
Condom ; & dans un âge
encore peu avancé , il donne
de juftes efperances de ce
qu'il fera un jour & du progrés
qu'il fera un jour dans
les Sciences qui conviennent
à fon état , puifque ur le
Maire Docteur de Sorbonne
eft chargé du foin de fes études
, & de demeurer au
prés de luy.

Mr l'Abbé Quinot DoGALANT
291
teur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne fut en même
temps pourveu de l'Abbaye
de Beaulieu. Quand ſon merite
ne feroit pas luffifamment
connu , la confiance
qu'a pour luy Mr le Duc de
Beauvilliers qui l'a chargé de
leducation de ſes enfans
feroit fon éloge. L'Abbaye
de Beaulieu étoit vacante
par la mort de мr l'Abbé
Boileau. Elle eft dans la Touraine
, & dans la plus belle
fituation du monde. Cette
Abbaye a produit de faints
& de fçavans Religieux
Bb ij
292 MERCURE
1
fur.tout dans le 16. fiecle , où
un Dom Hugues fe fit ad.
mirer par la profondeur de
fa penetration dans le dénoüement
des plus embaraf
fantes difficultez de la Scholaftique.
Dom Victor mourut
dans le milieu de ce même
fiecle dans une grande opi
nion de fainteté , on pré
tend même qu'il en donna
quelques marques.
Mr l'Abbé de Tallard fuc
nommé dans la même Promotion
au Prieuré du Pleffis.
Cer Abbé eft dans le cours
des études de Sorbonne , il
GALANT 293
demeure au College de Li
fieux depuis quelques années,
il eft fils de Mr le Maréchal
de Tallard , & de feuë мe
de Grolée Viriville , il eft frere
de mr le Marquis de la Baume
qui vient d'époufer мlle de
Verdun la Coufine : je vous ay
parlé plufieurs fois de la maifon
d'Hoſtungen Dauphiné,
dont deſcend Mr le Marechal
de Tallard. Mr l'Abbé de
Tallard a beaucoup de merite,
& il eft eftimé de tous
ceux qui ont l'honneur de le
connoître. Il s'applique avec
un tres grand fuccés à l'étu
Bb iij
294 MERCURE
de , il aime beaucoup les Lig
vres , il en a même une par
faite connoiffance.
Mr l'Abbé Pernot Clerc
de la Chapelle du Roy , a cu
le Prieuré d'Epoifle . Cet Abbé
est fort eſtimé de ceux
qui le connoiffent. Le Prieuré
d'Epoifle a été poſſedé par
des perfonnes d'un rare me
rite & d'un fçavoir prodigieux
. Ce Prieuré a efté pofle .
dé il y a pluſieurs années par
un Prieur qui a efté un des
plus grands fujets de l'Egli
de France. Il étoit grand
Mathematicien , il fic méme
J
GALANT 295
un Traité des Sections Ca.
noniques qui a été tres eſtig
mé , & qui a méme efté tra
duit en Italien & en Eſpagnol .
Ce Prieur eftoit un homme
d'une vertu éminente , on le
confultoit de routes parts fur
les cas de conſcience .
Le Prieuré de Fayes , Or ,
dre de Grandmont a efté
donne à мr l'Abbé Milanges
Docteur de Sorbonne. J'au
rois beaucoup de chofes à,
vous dire fur cet article s'il
m'étoit permis de parlers tout
ce que je puis vous dire ,eft
que cet Abbé doit avoir une
Bb iiij
296 MBR CURE
profonde erudition,une gran.
de fageffe , & une grande pie
tè puis qu'il a été mis auprés
d'un Abbé qui doit dans peu
briller dans l'Eglife.
Le Roy a donné à Mc
d'Avejan l'Abbaye des Re
ligieufes d'Hieres : on trouve
dans tous ceux qui portent
ce nom , beaucoup de fageffe
avec beaucoup de valeur , &
beaucoup de pieté & de
conduite.
Ce qui fuit merite une tresprofonde
attention .
GALANT 297
930.60.
EXTRAIT
d'une Lettre , écrite à l'occa
#fion d'un nouveau Syſtême
de Mufique.
3
I E nouveau fyftème de Mufique,
qui fait beaucoup de bruit a la
Cour & à la ville , me donne une
occafion agréable de continuer à vous
faire part de ce qu'il y a de plus curieux
dans la Republique des Lettres.
Ce fyftème fait partie d'une
acoustique , mot nouveau , que
l'Auteur a donné à la fcience qui
traite des fons en general ; ayant
referre celui de Mufique , à la partie
qui traite feulement des fons
agréables à l'ouie , quoique juſqu'à
prefent on cuft donné le foin à la
298 MERCURE
Mufique Mathematique , de fe
charger de la connoiffance de toute
forte de fons ; mais l'Auteur a jugé
que c'étoit affés pour elle d'avoir
foin des fons agréables à l'ouye.
Quoiqu'il en foit , comme fon arouftique
demande trop d'application ,
je n'ay le temps que de vous parler
de fa Mufique , d'autant plus , que
m'eftant trouvé dans une compagnie,
oùil expliqua cette partie , je l'ay
aßés prefente.
L'Auteur eft Mr Sauveur , qui:
a en l'honneur de montrer les Mathématiques
au Royd'Espagne , & à
Meffeigneurs les Ducs de Bourgo
gne & de Berry : il eft profeffeur
au College Royal , & de l'Aca
demie Royalle des Sciences : il eft
auffi Examinateur de ceux qui demandent
à eftre Ingnieurs du Roy
GALANT 299
les
il est peu connu par fes écrits imprimez:
mais il l'eft beaucoupplus par
fes manufcrits , qui font communs
dans le public. La netteté & la,
fimplicité de fes écrits ont tenu lieu
d'Eloquencepour mettre à la mode
Mathematiques à la Cour , chez
les Princes chez les perfonnes de .
la premiere qualité , cette fcience y
ayant efté tres -pea connuë , avant
qu'il leuft montrée aux Princes :
en forte que on lui a obligation d'être
l'occafion de l'état florißant où
elle eft , ayant donné lieu à l'incli
nation que les Princes ont euë pour
cette fcience , & pour ceux quis'y .
appliquent , & d'exciter par leur
exemple , l'émulation des Particaliers
: ce qui a enfuite donné occafion
au Roy de les honorer de les bienfaits
, & d'achever de former la
300 MERCURE
plus floriflante Academie du monde .
Vous jugez bien , qu'une perfonne
dans la fcituation où il eft n'hazar
dera pas de donner au public unfy
fteme de Mufique qui ne foit bien
lié dans toutes fes parties : & ceft
ce qui m'a engagé à l'apprendre, &
à vous en écrire,
Il a d'abord changé les noms or
dinaires .
UT, RE , MI , FA , SOL,
LA, SI, UT.
En ceux - cy ,
PA, RA, GA , SO , BO ,
LO DO , PA .
Comme vous pouvez voir dans
les noms & les notes du Syfteme
que je vous envoye . Vousfentirez.
la raifon de ce changement , fivous
prenez garde , qu'ayant mis trois
nems en A, & quatre en vil
SONS EN b MOL
ro go se be le de
p
gbb
2 J
b b b,
re mi fa sol la vi
les basses
bd
bd
sous-Oct Octaue moyenne
des Silences ou pauser
O

GALANT 308
donne moyen de diftinguer les inter
valles majeurs d'avec les mineurs.
& En chargeant , & ne changeant
point de voyelles : car par exemple,
PA, RA, eft un ton aufi - bien que
SO, BO , & GA , SO , auſſibien
que DO, PA, font des demitons.
De même PA , GA , & SO,
LO,font des tierces majeures : mais
RA , SO , & LO , PA , font des
tierces mineures , & ainfi des autres
Vous n'avez point cet avantage
avec les noms ordinaires : ilfaut y
fuppléer par un long ufage. Les
Muficiens accoutumez aux anciens
noms , auront de lapeine à confentir
qu'on les change : maisje crois qu'a
prés avoir bataillé contre l'uſage,
on y viendra enfin comme on eft vena
au SI C'est le fort ordinaire des
bonnes chofes qu'on vient d'établir.
302 MERCURE
Pour marquer les diefes & les By
mols , il change les voyelles , fçavoir
l'A en I , & l'O en A , pour
les diefes ainfi PA diefe , fait
PI, & SO fait SA . Et pour les B
mols il change A en O, & O en E.
Ainfi G A fait GO , & DOfait
DÉ. Vous voyez que dans les Tablatures
ordinaires de Mufique , fi
on trouve une note fur la ligne jur
laquelle eft la clef de C SOL
UT, on l'appellera PA, fi elle
eft naturelle : PI , fi elle eft diefée,
& PO : sily a un B mol. Ces nouvelles
expreſſions ôtent les équivoques
en donnant à chaque fon un
nom particulier : elles oftent les difficultez
des tranfpofitions , qui met.
tent à la gehenne ceux qui commencent
la Mufique : elles donnent les
mêmes facilitez pour diftinguer les
GALANT 303
>
intervallesmajeurs des mineurs , que
les noms des notes naturelles , pour
veu qu'on fe fouvienne que lE eft
l'équivalente de l'A : & l'I del'Ő:
en forte que c'est comme fi on ne
changeoit point de voyelle , quand
on dit DO , PI , ou quand on dit
DE, PA. Onfait là. deffus beaucoup
de difficultez à M. Sauveur :
mais il répond , que fi on va pied
à-pied , on trouvera qu'il n'y au
roit que fort peu de difficulté : & en
effet , j'ay vi de jeunes gens , qui
par curiofité ont appris fa Mufique,
qui ne font point touchez de cette
difficulté : ils trouvent commode d'être
exempts des tranfpofitions , & de
prononcer les mêmes noms en folfiant,
que pour les inftrumens.
L'Auteur ne fe contente pas de
marquer les fons d'une octave , il
304 MERCURE
a voulu diftinguer les fons d'une
octave d'avec ceux d'une autre ,
pardesfillabes qu'il appelle Clefs
des noms; & pour bien entendre cecy,
concevez que le C SOL UT
qui eft au milieu du Clavecin , eft
Le fon moyen qui fert de fondement
aux autres ; qu'il appelle octave
moyenne , les fons compris entre ce
CSOLUT , & ſon octave en
montant ; il appelle de fuite , premiere
, deuxième , troiſième octaves ,
en montant. A l'égard des octaves
qui vont en defcendant , au deffous
du même CSO LUT , il les appelle
premiere , deuxième , troifiéme
fous-octaves .
Cela fuppofe , il ne donne point
de Clefs aux noms de l'octave moyenne
, mais il met lesfillabes tem , bis,
ter , devant les noms aux octaves
GALANT 305
en montant ; & fub , fubbis , fubcer
, aux ſous - oktaves en defcen .
dant : de forte que quandon prononcera
PA , on marque UT de l'uftave-
moyenne ; mais l'on dit fem PA,
bis PA , ter PA , on marque UT
de la premiere , deuxième , troifiéme
octave. Au contraire , fub PA ,
fubbis PA , fubter PA , marquent
UT de la premiere , deuxième , &
troifiéme fous oftave . On doit penfer
la même chefe pour les autres noms
de's fons renfermez dans chaque oc-
Lave. 4.
Avec ces clefs , l'Auteur ofte les
équivoques , ou les periphrafes des
Muficiens ordinaires , qui pour fi
gnifier fem BO , diſent l'oïtave de
aclef de GRESOL en montant
, ou le SO en haut , en par
lant d'un deẞus.
May 1704.
Cc
I
306 MERCURE
A l'occafion de ces clefs , on dit
à l'Auteur : Voulez- vous qu'en fots
fint far des Notes , j'aille dire LO
DO fem PA,fem RA ce qui allon
geroit trop l'intonation ? Il répons
dit que comme en folfiant , on ne
paffoit quepeu au delà d'une octave,
il n'eftoit point neceſſaire de chanter
avec les clefs , puifque la note qui
monte ou qui defcend , fuffitpour ofter
l'équivoque.
Je vous envoye un petit air connu ,
que j'ay noté à l'ordinaire , auquel
j'ay ajoûté les noms des notes , felr
ce nouveau système ; j'y ay ajou. ?
les notes de fon fyftème , queje vai
vous expliquer.
Quoique les noms que Mr Sau -
veur a inventé pour exprimer lesfons
de la Musique , puißent s'appliquer
aux notes ordinaires
comme je
1.110
30 2031
да го ве
o P2το
AL
GALANT
307
iens de vous
marquer dans ce petit
Air şika
neanmoins
imaginé des
·otes
particulieres , qui me
paroif
nt fart fimples & commodes ; elles
pruntent leurs figures de
quatre
res , p. q. b. d. & comme il a
in de fept notes , il a doublé ces
ess, en continuant
un peu la
ceüe vers la partie oppofee , qu'il
nelle tefte , comme l'on peut voir
dans la figure des "ons naturels
.
Ces notes ne font difinguées
que
dar lafituation
de la queže
& de la
e : car les trois premieres ont la
queüe en bas , & répondent aux
veen A ; & les trois autres ont
eüe en haut , & répondent aux
en de forte qu'on peut dif
tinguer les intervales majeurs da.
vec les mineurs par les notes , de la
mèmemaniere que par les noms. En
I
Ccij
308 MERCURE
fecond lieu , les premieres notes ont
la quenë devant le corps de la note ,
dans les dernieres la quenë eft
après i enfin entre les notes qui ont
la queue vers un même cofté, l'une
aane tefte , &l'autre eft fans tefte:
2. Ce qu'il y a de fimple dans ces
notes , c'est que (çachant entonner ces
fept notes , l'on fait toute la Mufique
, puifque chaque note porte fon
nom & fon fon, & que dans la
Mufique ordinaire , il faut des
attentions aux clefs , aux lignes ,
& aux intervalles qui nous
engagent aux tranfpofitions :
qui eft encore facile , c'eft que
les diefes s'expriment en courbant
la queue vers la droite bles
b mo's vers la gauche , comme vous
pourrez voir dans la m:(me figure .~
Pour marquerles differentes ofta
***.
GALANT 309
"
ves , ilfefert de deux fortes de clefs
Savoir , de , pour les octaves ,
& de D pourries fous octaves : dans
ces chefs , il met les nombres 1. 2. 3.
c. pour marquer les differentes
octaves. Voyez dans la premiere fi
gure les clefs pour les Deffus & les
Baffes.
Les paufes , foupirs , ou filences
fe marquent par O, c'est à direpar
une notefans queüe.
Les valeurs des notes & des paufes
,ſe marquent ainfi elles font
blanches & noires , comme dans nos
notes pour marquer une croche , il
met un trait deffus la note noire : les
deux croches ont deux traits : les
&trois croches ont un c renversé : il
met les femblables marques fur les
notes blanches pour répondre à nog
sondes , quariées & à queues,
310 MERCURE
La mefure fe marque devant la
clef avec un chiffre une note qui
marque la valeur d'un temps
ainfi , Oz. fignifie une mesure à
deux , dont chaque temps vaut une
blanche.
}
#1
los
Enfin il marque la durée d'une
note ou d'une mefure , par la lon
gueur d'un pendule , qui est une
balle attachée à unfil qui peut s'allonger
& fe racourcir en faisant
mouvoir de cofté cette balle , elle fait
des vibrations , qui font lentes lorfque
le pendule eft long ; & elles fe
font en moins de temps , lorfque le
pendule eft plus court : enfuite il di
vife une regle en poulces . Ainfi 0 .
P. 20 fignifie qu'une blanche dure
autant qu'une vibration d'un pendule
qui a vingt poulces de long.
Vous voyezdans l'air noté àfa
GALANT 311
maniere , qu'il ne fe fert que d'une
lignes dans laquelle il met les notes
qui appartiennent à Poltave ,
marquée par la clef : les notes qui
fant au deffus de la ligne , appartiennent
à l'olłave fuivante , en
montant & s'il y avoit des notes
qui fuffent au deffous de la ligne ,
elles appartiendroient à Poltave
fuivante, en defcendant.
* Jene doute point que vous ne
fçachiez déja l'arrivée de la
flotte de la nouvelle Eſpagne
confiftant en 6. Vaiffeaux ,
dont quatre font appellez de
Registre , & appartiennent à
des Particuliers , qui moyennant
un donatifau Roy , obtiennent
de Sa Majesté la permiffion
de porter feulement en
312 MERCUR
E
certains Ports de l'Amerique"
Espagnole , & marquez dans
leurs Commiffions, uniquement
des fruits du païs , comme Vins ,
Huilles , Olives , Raifins fecs
Amandes , & c.
Il eft deffendu à ces mêmes
Vaiffeaux de Regiftre fous de
groffes peines , d'y porter d'autres
fortes de marchandifes que
les fruits cy deffus. Cartagene,
Porto-velo , Vera Crux , & la
Havane , étants les Ports où
il leur eft particulierement deffendu
d'aller , leflits Ports étans
refervez uniquement pour
les Gallions , & pour la flote
de la nouvelle ffpagne .
Il paffe auffi dans la nouvelle
Efpagne , foit feparément , foit
avec les Vaiffeaux de Regiſtre ,
foir
GALANT 313
Toit avec la flotte annuelle, 2. ou
3. Vaiffeaux que les Espagnols
appellentlaflotilla, o laflota de los
Acanguez; c'est- à - dire, la flotte
du vif-argent indiſpenſablement
neceffaire pour l'affinage
de l'argent dans la nouvelle Ef.
pagne feulement , car il y a dans
le Perou une Mine de vifargent
, appellée Guantavelica ,
fi abondante, qu'elle fuffit pour
l'affinage de l'argent qui le tire
dans toute l'étendue de cette
Viceroyauté.
Ces quatre Vaiffeaux de Regiftre
s'appellent ainfi , parce
qu'ilsfont enregiſtrez au Greffe
de la Contractation , ou Chambre
des Indes à Seville , auffi
bien que leurs cargaifons , &
les noms des Ports , où il leur
D
May
1704.
314 MERCURE
eft permis de faire Négoce , &
ceux où il leur été deffendu
d'aller.
Les deux Vaiffeaux de los Acauguez
qui font arrivez à Cadix
avec les 4. de Regiftre, ont
fait leur voyage en dix mois ,
enétant partis pour Vera - Crux
au commencement du mois
d'Aouft de l'année derniere
avec so.
à 60. milliers de vifargent
, furquoy il eft à remarquer
que le Roy feul peut ac
corder aux Particuliers la permiffion
de tranfporter du vifargent
dans le Mexique pour
une fomme confiderable qu'ils
donnent pour cet effet à Sa
Majefté Catholique ; & quoique
pendant plufieurs années
les Rois d'Efpagne n'ayent ac
"
SGALANT 315
corde cette grace qu'à des Ef
pagnols naturels , ils s'en font
quelque fois difpenfez , quand
ils ont tiré de plus grands avantages
de quelques Etrangers à
qui ils ont permis d'en être les
Affeintiftes ou Partifans , ainfi
qu'autrefois l'ont été des Venitiens
nommez Balbi , qui tiroient
le vif- argent des Mines
de Gorricia Capitale de Carniole
, ce qui dura peu , & depuis
quoy on a prefque toûjours
tiré le vif- argent qu'on porte
au Mexique des Mines d'Almaden
qui font vers la Sierra
morena , ou Montagne noire
dans la partie de la Caftille ,
qu'on appelle la Manche , païs
natal du fameux Don Quichotte
, & de Sancho Panía fon
fon fidel Efcuyer.
T
D dij
316 MERCURE
Pendant
le Regne de Philipe
IV . & même pendant celui
de Charles Second , les Marquis
Grilli Gentils hommes
Genois ont été Affeintiftes
ou
Partiſans
du Vif- argent qu'ils
tiroient de cette Mine d'Almaden
à laquelle ils faifoient travailler
, & ceux de cette Maifon
ont été tres - long- temps
auf Affeintifies
ou Partiſans
de
Affiente , ou fourniture des Efelaves
Negres pour toutes les
parties de l'Amerique
Efpa
gnole , où ils avoient auffi l'Af
hente du Papel Sellado , ou papier
marqué , & de la Cruzada,
qui l'un & l'autre font d'un
tres grand revenu au Roy , tant
en Efpagne que dans toutes fes
Colonies
de l'Amerique
, ce
GALANT
317
qui fait qu'outre le cinquième
qui appartient à S. M. C. de
tout ce qui vient de ce païs - là ,
foit argent ou marchandifes , &
qui eft enregistré , le provenu
des Affientes , ou Fermes dont
je viens de parler , & d'autres
encore feront veniraux Coffres
du Roy prefque la moitié de
ce que ces 6. Vaiffeaux ont apporté
; car outre les huit millions
d'écus en piaftres , en barres
& en lingaux , nos Négocians
croyent qu'on en a chargé
fur ces 6. Vaiffeaux pour une
plus grande valeur en Marchandifes
, & c'est ce que je
vous feray fçavoir plus precifément
quand j'en ferav plus
particulierement informé.
Dd iij
3 : 8 MERCURE
Le Reverend Pere Placide
Auguftin déchauffé , Geographe
du Roy , vient de donner.
au Public la cinquième feuille
de fa Carte du Cours du Pôr
Elle comprend le Piemont
partie de la Savoye & du Dauphiné
, avec les paffages de
France en Piémont Cette Car
te qui ne cede en rien aux precedentes
, ni pour l'exactitude
le bel ordre , ni pour la
jufte difpofition des lieux : fait
plaifir aux yeux tant elle eſt
nettement gravée ; de forte que
quoique la multitude des montagnes
foit d'ordinaire l'écüeil
des Geographes à caufe de l'embarras
qu'elles caufent aux Lecteurs
quand elles font mêlées
avec l'écriture . Elles donnent
ni
pour
GALANT 319

au contraire beaucoup de fatiffaction
dans cette Carte
l'on voit que l'Auteur a pris un
foin tout particulier de les difpofer
comme dans un tableau ;
de maniere que l'oeil peut faci
lement s'y promener , ce qui
eft aifé de connoître dans cette
Carte par ladifpofition des paffages
du Mont- cenis , du Montgenêvre
, du Mont - vifo , & des
autres . Les Villes principales
y font engroffes CAPITALES ,
les fecondes , en petites CAPITALES
, les troifiémes en Romaines
& les autres lieux à
proportion . L'Auteur a obfervé
le même ordre à l'égard des
Rivieres. Quant à la Graveure
de cette Carte , elle eft tres .
belle , puifqu'elle eft de l'ha-
Dd iiij

220 MERCURE
bile Mr Berey , chez qui elle
fe vend. Il demeure ruë faint
Jacques , vis-à- vis la Fontaine
S. Severin , à la Princeffe de
Savoye Je dois vous dire en
Vous parlant des Ouvrages du
Pere Placide , qu'il vient de
revoir & d'augmenter la nouvelle
édition du Traité de Geo .
graphie , qui donne la connoiffance
du Globe & de la Carte ,
compofé par feu Mr Duval
Geographe ordinaire du Roy.
Ce Livre comprend tous les
principes de la Geographic
avec une methode fi claire & fi
nette , qu'on peut en tres peu
de temps par le moyen de cet
ouvrage , fe rendre habile dans
cette fcience. Il fe vend chez
Mademoiſelle Duval fille de
GALANT 321
P'Auteur : elle demeure ruë S.
Jacques au Dauphin d'or , vis
à vis la rue de la Parcheminerie.
Elle vient auffi de donner
au Public une nouvelle édition
de la grande Carte d'Espagne
de feu Mr Duval fon Pere , &
au premier jour elle diftribuera
la nouvelle Carte particuliere
du Royaume de Portugal
Carte tres- exacte du R. P.
Placide dont je viens de vous
parler.
Vous fçavez que Monfieur le
Duc de Mantouë arriva à Paris
le 9. de ce mois fous le nom
de Mr le Marquis de San - Salvador
, & qu'il eft logé au Luxembourg
, où il eft deffrayé
par le Roy. Je ne vous dis rien
de ce qui s'eft obfervé à fon ar
322 MERCURE
rivée, parceque ce Prince étant
icy incognito , ceux qui font
auprés de lui y font plûtôt
pour le conduire
que pour faire
aucune fonction qui regarde le
Ceremonial .
Monfieur le Duc de Mantoüe
fut conduit le 1 2. du même mois
à Versailles , & introduit par
un Efcalier degagé dans le Cabinet
du Roy , où S. M. l'attendoit
au bout de fa table
Voicy ce que j'ay pû apprendre
de ce qui fe paffa dans cette
entreveuë . Mr le Duc de
Mantoüe dit au Roy,
SIRE , je n'ay jamais rien
tant fouhaité en ma vie , que le
bonheur dont je jouis aujourd'huy
je m'en trouve fi penetré en ce mo
1
GALANT 323
ment , quefi j'étois obligé de m'en
retourner en Italie , tout à l'heure
aprés avoir eu l'honneur de me prefenter
à V. M. je croirois encore
mon voyage trop bien employé , &
je ferois ravi de l'avoir fait.
Monfieur, lui répondit le Roy,
Fayfort fouhaité aufi de vous voir,
pour vous remercier moi- même de
toutes les obligations que je vous ay,
vous avez exposé , pour me faire
plaifir , & vos Etats , & vos interefts
, &Pen fuis fi reconnoiſſant,
que je crains de ne pas vivre aẞés
pour vous en témoigner à mon grè
toute mareconnoiffance.
Sire , repliqua Mr de Mantoüe
: je nefçay pas de quel merite
peut eftre tout ce que j'ayfait :
maisje puis affurer V. M. queje
ne m'en fuis jamais repenti , &
324 MFRCURE
que je ne voudrois eftre à le faire
que pour faire encore mieux.
Monfieur , repartit le Roy :
Fy gaurai répondre , & ma reconnoillance
nefe borne pas à moyfeul,
Voila Monfieur le Dauphin, Monfieur
le Duc de Bourgogne &
Monfieur le Duc de Berry , qui
fçaventfur cela mes fentimens , &
qui les partagent : ils vous temoigneront
tous la même reconnoiſſance
dans tous les temps.
Monfieur de Mantoüe repondit
avec beaucoup d'efprit
à tout ce que lui dit S. M. qui
lui parla enfuite des mouvemens
qui s'étoient faits du côté
du Piedmont depuis fon depart,
& qui lui fit une belle peinture
de la fituation où eſtoient les
Armées en ce païs là . Le Roy
GALANT 325
s'en expliqua avec tant d'ordre
, de netteté & d'intelligence
, que ceux qui font le plus
accoûtumez à l'admirer furent
charmez de l'entendre.
Rien ne devant eftre plus curieux
que ce qui s'eft paffé dans
cette entrevûë , plufieurs perfonnes
de la Cour ont mis en
ufage plufieurs moïens pour le
fçavoir , & voici ce que jay ap
pris de ce qui leur à eſté rapporté.
Il eftoit deux heures &
demie lorfque Monfieur le Duc
de Mantoue entra dans le Cabinet
du Roy, S.M.lui dit d'abord
que toute l'Europe avoit vu ce qu'il
avoitfaitpourlui &pour le Royfon
petit-fils,en foutenant la bonne caufe
, & ce qu'il avoit rifqué. Ce
Prince ajouta , qu'il n'en per326
MERCURE
droit jamais la memoire , qu'il en
conferveroit une reconnoissance dont
il lui donneroit des marques en toutes
les occafions , & qu'il avoit på
remarquer à l'empreſſement & à la
foule du peuple , qu'il avoit trouvé
àfon arrivée , qu'on le regardoit
icy comme un bon ami. Il ajoûta
que dans la fituation où étoient
les affaires , il paroiffoit devoir
eftre accablé , mais qu'il efperoit
que Dieu qui connoiffoit le fond de
fon coeur & fes- intentions le proregeroit
toûjours. S. M. prefenta
enfuite à ce Prince Monfeigneur
le Dauphin , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
Monfieur le Duc d'Orleans,
Monfieur le Duc , Monſeigneur
le Duc de Berry , Monfieur
de Prince de de Conty, & Moncur
le Duc du Maine , &
GALANT 327
après lui avoir nommé tous ces
Princes , il l'affura qu'ils ferojent
garands de fa parole , &
qu'ils la tiendroient aprés luy.
Le Roy dit enfuite à ce Prince
, qu'il manquoit là Madame
la Ducheffe de Bourgogne , &
il l'invita d'aller chez elle ,
S. M. l'y conduifit par le grand
appartement. La Chambre de
Madame la Ducheffe de Bourgogne
eftoit remplie de Dames
, & Monfieur le Duc de
Mantoüe avoit beaucoup de
Gentils hommes à fa fuite. La
converfation fe paffa debout ,
& dura un quart d'heure &
plus LeRoy nomma à Monfieur
le Duc de Mantoüe la plûpart
des Dames qui compofoient le
Cercle de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & ce Prince
328 MERCURE
trouva que Madame de Mau
levrier avoit beaucoup d'air de
Mr le Maréchal de Teffé fon
pere. Le Roy le reconduifit enfuite
dans fon appartement
, ce
Prince en fortit un moment
aprés par le même Efcalier qu'il
eftoit venu , & alla dans l'apartement
de мr le Comte de Tou
louſe où il s'étoit repoſé en arrivant.
On doit remarquer que Monfieur
le Duc de Mantoüe n'ayant
voulu voir perfonne jufques
à ce qu'il eût vû le Roy:
ce Prince ne commença à recevoir
des viſites qu'aprés fon
retour à Paris : il alla à l'Opera
& à la Comedie de l'Inconnu
qu'il avoit fouhaité de voir,
& où les Comediens eurent
GALANT 329
Phonneur de lui fervir euxmêmes
une tres- belle collation
.
Ce Prince a efté auffi à S.
Germain en Laye rendre vifite
à leurs Majeftez Britanniques
qui fe trouverent enfemble pour
le recevoir , il en fut charmé ,
& marqua par des termes tresenergiques
avec combien d'ardeur
, il fouhaitoit de les voir
fur leur trône , & ce qu'il voudroit
qu'il lui coutât pour avancer
leur retabliſſement.
Mr le Marquis de Monteleon ,
Envoyé de Sa Majefté Catholique
auprés de Mr le Duc de
Mantouë , & qui a fuivi icy ce
Prince , eut l'honneur de faluër
le Roy dans fon Cabinet le 13.
de ce mois. Il fut prefenté par
May 1704.
Eq
330 MERCURE
Son Excellence Mr le Duc
d'Albe. Sa Majesté le reçue
avec beaucoup de bonté , & luy
témoigna une veritable eftime
en confideration de la conduite
judicieufe & délicate qu'il a tenuë
en plufieurs occafions dans
des affaires qui regardoient les
deux Couronnes . Cet Envoyé
fut fi charmé de l'honneur que
luy fit le Roy , & des manieres
honneftes & obligeantes de ce
Prince , qu'il dit à un de fes
amis en fortant du Cabinet de
Sa Majefté , que ce grand Monarque
avoit le fecret de s'attacher
les coeurs & les efprits par des chatnes
qui leur eftoient bien douces. Mr
le Marquis de Monteleon eft Efpagnol
, il a toutes les bonnes
qualitésde ceux de fa nation &de
LA NI
33r
fa naiſſance . Son air fait connoître
tout ce qu'il eft , il a l'efprit
fort propre aux negociations.
Ileft Queſtor del Estado de Milan
, quieft un employ fort confiderable
. Mr le Duc de Mantouë
a fait voir beaucoup d'eftime
& de confideration pour luy
depuis qu'il eft auprés de fa
perfonne en qualité d'Envoyé
d'Eſpagne.
**Quoy que vous fçachiez déja
l'entiere foûmiffion des Fapatiques
, je dois vous apprendre
comme les choſes fe font paffées ,
& vous y en apprendrez de trescurieuſes
, & dont vous n'avez
pas encore oüi parler . La viva.
cité avec laquelle Mr le Maréchal
de Villars a mené cette af
Ee ij
232 MERCURE

faire , les difcours qu'il a tent
aux Communautéz , & les bons
traitemens qu'il a fait aux Rendus
, a commencé à rétablir la
confiance entre les anciens Catholiques
& les Proteftans,
Toutes ces choſes enſemble ont
fait finir cette grande affaire en
un mois de temps , puifqu'on a
remarqué que Mr le Maréchal
de Villars n'eft parti que le 13 .
d'Avril , & qu'il a dépêché le
13. May Mr le Marquis de Saint
Pierre fon Neveu , un de fes
Aides de Camp , qui a apporté
au Roy la nouvelle de l'entiere
foûmiffion de tous les Rebelles
de Languedoc. Voicy de quelle
maniere la chofe eft arrivée.
Mr de Menou ayant battu les
Rebelles dans une rencontre
GALANT 333
où il en avoit tué trente ou quarante
, Cavalier leur : Chef envoya
demander à Mr de la Lande
une converfation fur parole,
& donna pareillement la fienne
. Mr de la Lande alla au lieu
du rendez - vous , qu'il trouva
en quelque eftat de deffenfe , &
quand il entra dans les barrieres
il trouva tous les Fanatiques ,
sant Cavalerie qu'Infanterie ,
fous les armes , qui luy furent
prefentées par l'Infanterie ,
quand il palla devant elle . Le
refultat de la Conference fut
que Cavalier demanda au Roy
pardon & amnistic, pour luy
pour Roland un des Chefs , &
pour les Troupes qu'il commandoit
, fuppliant Sa Majesté
de leur accorder des routes &
334 MERCURE

des paffeports pour fortir du
Royaume , avec ceux dont il
donneroit les noms , que le
Roy permettroit
à tous con
de leur party qui voudroient en
fortir, d'en fartir à leurs dépens ,
à ceux qui voudroient vendre
leur bien , de le vendre , & qu'il
pardonneroit à ceux de leur
parti qui fe trouveroient prifonniers
. L'intrepidité de Mr
de la Lande a eſté grande en
cette occafion , & il fembloit
aprés les cruautez commiſes par
les Camifards , qu'il rifquoit
beaucoup en les allant trouyer.
GALANT 335
Bench
COPIE
D'une Lettre d'un Officier
de l'Armée de Monfieur
le Maréchal de Villars.
A Nilmes , le 17 May 1704,
2
Six heures aprés que Monfieur
le Marquis de S. Pierre fut parti
d'ici pour aller porter au Roy la
nouvelle de la foumiffion des Rebelles
, Mr le Maréchal reçut une
Lettre de Cavalier , dont voici la
copie.
MONSEIGNEUR ,
Quoique Voique
je me fois
donné
hier l'honneur
de vous écrire
,
336 MERCURE
je ne sçaurois m'empêcher de
recourir encore par celle - ci à vô.
tre Grandeur , pour vous fupplier
tres humblement de m'ac
corder la grace de vôtre pro .
tection pour moy & pour me
Troupe , qui brûlons tous d'un
Zele ardent de reparer la fante
que nous avons commife , de
prendre les armes non point
contre Sa Majesté , comme nos
ennemis nous ont voulu impu .
ter , mais pour deffendre nos vies
contre nos ennemis qui les ont
attaquées avec fi grande animofité,
que nous n'avons pas cri
que cefus par ordre de Sa Ma
jesté
GALANT 337
jefté. Si malgré ces proteftations
tres fincéres , le Roy demande
nôtre fang , nous ferons prefts
dans tres peu de temps , de re.
mettre nos vies àfa Fuftice on
àfa Clemence. Nous- nous eftimerons
tres heureux , Monſei
gneur ,fi Sa Majesté touchée de
nôtre repentir à l'exemple de la
Divinité dont il eft l'Image
vivantefur la terre , veut nous
faire lagrace de nous pardonner
denous recevoir àfonfervice;
Nous esperons que par nôtre
I fidelite notre zele nous ac
quererons ll''hhoonnnneeuurr ddee voiré
Protection, fous un illuftre
5 May 1704.
Ff
338 MERCURE
clement General comme Vous,
Monfeigneur , nous ferons no
tre plus grande gloire de bazar.
der notre fang & notre viepour
le fervice de Sa Majesté , & de
pouvoir par là me rendre digne
de me dire avec un profond refpect
, Monseigneur , Votre treshumble
, tres obeffant & tresredevableferviteur,
CAVALIER.
Du quartier de St Jean Seiror.
gues ce treiZiéme May mil fepe
cens quatre.
Cavalier écrivit en méme temps
à Roland ce dont il étoit convenu
avec Mr de la Lande , mais la
Lettre luy arriva trop tard dune
beure pour le malheur de Mr deGALANT
339
Tournon ce Brigadier avoit 300,
hommes dans un pofte avancé dans
les hautes Sevennes pour obferver
Roland. Mr le Marechal luy avoit
envoyé des Ordres réiterezde nepoint
quitter fon poftejufqu'à nouvel Or
dre ; cependant il crut avoir de
bonnes raisons pour en fortir ; il eft
à croire qu'elles l'étoient en effet :
il ne mena avec luy qu'environ 150 .
hommes, Roland qui étoit toujours
avertipromptementparles Paifans,
vint auffi- toft avec 7. ou 800 , hommes
, l'attaqua , le défit & luy tun
environ 80. hommes , entre lefquels
étoient le Lieutenant Coconel de
Tournefis , & 3. Capitaines. Roland
reçut bien-toft après l'action,
la Lettre de Cavalier , & dans le
moment il dépêcha à Mrle Marechal
pour lui demander pardon
Ffij
340 MERCURE
pour luy apprendre qu'il dit
au defefpoir de n'avoir pas fçk
l'état des affaires , & qu'il le
fupplioit de ne lui pas imputer fon
ignorance. Il lui demandoit infram
ment pour lui & pourfa Troupe la
même grace qu'il avoit accordé à
Cavalier , qu'il auroit foin des
bleffez, & rendroit tout ce qui leur
bleſſez
avait été pris. Je croy que ce qui
contribua le plus à lui faire écrire
cette Lettre après cefuccez , c'eft
qu'il appris que Mr le Maréchal
le faifoitfaivre de prés pardiverfes
groupes qui marchoient fans relache
par divers chemins pour l'envelo
Per 3 car il eft vray que Mr le
Maréchal a tenu nos troupes dans
un mouvement perpetuel pour chercher
les Rebelles , fachant bien
qu'il n'y avoit point à efperer qu'on
GALANT 241
en fçut jamais aucune nouvelle par
les gens du pays , qui loin d'enfet
gner nos troupes , ne fongevient qu'à
les égarer. Il a marché lui - même
pendant douze jours par les bois &
par les montagnes fans avoir avec
luiplus de 300. hommes . Cette marche
continuelle des troupes avoit
réduit les Camifards à demeurer
dans des bois de Chênes verds impenetrables
, ils n'en fortoient que
pour chercher du pain , &ils étoient
quelque fais deux jours fansmangers
dailleurs les Villages & les Communautezaufquelles
MrleMaréchal
avoit parle , commençoient à lear
refufer le pain , difans : Que ne
recevez-vous le Pardon que Mr
le Maréchal vous offre ? Nous
ferons brûlez demain s'il fçait
que nous vous fournillons du
Ffü
x
342 MERCURE
pain . Tels étoient les difcours des
Payfans aux Camifards ; enfin la
bonne opinion qu'ils ont conçue de la
bonne foy , de la douceur , de la fermete
de Mrle Maréchal, & de l'a-
Hlivité des troupes , tout a confpire
à faire dans les efprits cette prompte
& heureufe révolution .
སྲ་
Cavalier après avoir obtenu la
permiſſion de venir iei , y vint hier
avec fa troupe, M. le Maréchal
les envoya à Cauvißon & aux envitons
, & leur fera là fournir des
vivresjufqu'au premier de Juin . Ca
valier eft petit , agé de vingt- trois.
ans, fils d'un Cabaretier d'un Bourg
à trois lieues de Nifmes. Lui & fes.
Officiers promirent qu'avant le 1ª.
Jain , la troupe de Roland , celle de.
Caftanet , celle de Joanin , &
les autres petites troupes feraffem
GALANT 343
Bleroient fous Caaviffon pour y attendre
les Ordres du Roy. Ils difent
qu'ils s'y rendront plus de 4000 jeu.
nes gens braves & bien faits , qui
n'ayant plus ni feu ni lieu depuis
qu'on leur a brulé plus de cent trente
Villages dans les montagnes , demandent
inftamment à former des
Regimens pourferuir le Roy fous fes
~Ordres & fous les yeux de Mr le Ma
réchal en qui ils ont pris une entiere
confiance. On croit que Mr de Savoye
qui comptoit fur la durée de
cette révolte , fera bien étonné de
voir arriver fur lui dix ou douze
mille hommes de troupes quiy étoient
occupées, & peut- être les Revoltezmêmes
, car on ne fait encore quels
Ordres ou quels Pouvoirs recevra
Mr le Maréchal .
.
En attendant c'eft icy une joye
F. f. iiij.
344 MERCURE
extraordinaire , de voir tous les ef
pries calmez, & la confiance entre
Les anciens Catholiques & les nou
veaux Convertis qui ſe rétabliſſent
de tous côtez. Mr le Maréchal eff
adoré de tous les Etats , peuple ,
Clergé & Nobleffe . Ses manieres
onvertes , honnêtes & gracienfes y
contribuentfort ; mais ce qui leur eft
plus fenfible , c'est qu'ils commenfent
à jouirde la fureté de leursper
fonnes que chacun croyoit en danger
& à fe promettre de rétablir leurs
biens & leurs metairies qui étoient
ou ruinées , ou en friche , parce
qu'ils n'ofoient les cultiver
20
On reçût des nouvelles quelques
jours aprés que Cavalier
fut arrivé auprés de Monfieur
le Maréchal de Villars , qui
ta
1
GALANT 345
portoient qu'ilne demandoit plus
de Paffepert, mais qu'il proteſtoit
d'une entiere foûmiſſion & obéiffance
aux volontez du Roy ,
& même de porter la tête fur
un échaffaut s'il l'ordonnoit
qu'il offroit de fournir à Say
Majefté trois mille hommes.
pour fervir où il lui plairoit..
Trop heureux à tous
s'ils
pouvoient verfer tous jufqu'à
la derniere goute de leur fang
pour fon fervice & pour expier
leurs crimes.
C
La Piece qui fuit merite bien
de tenir fa place parmi ce que
yous venez de lire. aft
346 MERCURE

COPIE
De la Requefte prefentée par les
Nouveaux convertis de Nifmes
Mr le Maréchal de Villars,
L
ES Nouveaux convertis
de la Ville de Nî
» mes viennent vous
"
terer
,, les affurances de leur invio
lable fidelité pour le fervice
,, du Roy , & vous protefter
» qu'ils ne fe departiront jamais
d'un fi legitime devoir ,
ils vous ont fuplié , & ils vous
fuplient encore tres humble-
,, ment de vouloir difpofer dé
leurs perfonnes & de leurs .
biens pour diffiper ces malheureux
Fanatiques qui ont
""
A
GALANT 347
la temerité de s'élever contre
l'autorité du Roy : s'il nous “
eftoit permis de combatre , "
les Armes à la main , nous le "
ferions avec tant d'ordre & "
de zele qu'on feroit forcé "
d'avouer que nos proteftations
font finceres , & qu'on "
a tort de s'imaginer que nous
foyons les Auteurs de ces rebellions
il n'eft rien que
nous ne foions en eftat de
faire pour effacer un foupçon
fi injurieux , & qui de- «
yroit tomber de lui - même . "
Car enfin il faudroit avoir “
perdu tous les fentimens de "
Religion & d'humanité pour
is
ofer feconder les intentions "
d'une Troupe de Scelerats , «
qui joignent avec leur re348
MERCURE
" bellion , l'impieté , les facri
gales
leges, les incendies, les meur-
,, tres , & mille autres cruauz
tez , dont les feuls Demons de
l'Enfer peuvent eltre ca-
„ pables . Il faudroit avoir oublié
ou
»,
que nous vivons fous le
,, regne du plus puiffant Roy
de l'Univers
. L'Europe pref
que entiere liguée contre lui ,
eft obligée de ceder à l'effort
de fes Armes : que doit efperer
une troupe de malheurreux
mutins , nous les de-
,, teftons , nous les avons en
horreur
, & noftte indignation
eft d'autant plus grande
qu'ils rendent le nom odieux
de Nouveaux convertis
, &
2, avec la haine publique atti-
„ rent fur nous des maux qui
2.3
GALANT 349
"
+
doivent tomber fur eux , & "*
fur leurs Complices , ce n'eft
pas ,Monfeigneur , la crain
te de ces maux qui nous met
en mouvement ; nos biens &
nos vies nous font moins chers
que noftre fidelité , la tenir "
pour fufpecte , c'est le plus "
grand de tous nos malheurs ,
éprouvez - la , Monseigneur ,
cette fidelité , nous vous en
prions, & nous vous en conjurons
de to
de toutes les forces "
de nos ames , perfuadez que
cette épreuve diffipera les
mauvailes idées qu'on a for- «
mé fur la difpofition de nos "
efprits , qu'elle fera connoi- «
tre que nous n'avons que de
bonnes intentions , qu'une "
forte paffion de donner des
350 MERCURE
"
marques de nôtre fincere fou
million aux volontez de nô-
,, tre Grand Monarque , & un
ardent defir de voir bien - tôt
la deftruction
des Rebelles ,
& le retabliffement
du repos
& de la tranquilité publique,
Vous y ttravaillez , Monfei-
,, gneur , avec tant d'applica-
,, tion qu'un bien fi defirable
ne peut pas eftre éloigné
.
Pour nous qui n'avons qu'
une foible voix en partage
,
nous devons l'élever dans le
Ciel, & faire des voeux pour
l'heureux fuccès de vos entreprifes
, nous devons quelque
trifte & deplorable que
foit noftre eftat calmer nos
craintes , nous repofer fur
voftre fageffe , fur voftre bon
ز ر
"

"
>
GALANT 351

naturel , & fur voftre equi . «
té , qui ne permettra pas que
¢
dans l'execution des ordres "*
te
de S. M. les innocens foient <<
confondus avec les coupables
, & qu'on voit dans la «
defolation une des plus con- "
fiderables Villes du Royau- 6.
me par fon commerce , qui
roule entierement fur les «
Nouveaux convertis, permettez
, Monfeigneur , que nous "
vous fuppliïons avec un tresprofond
refpect , de porter
nos fentimens , & nos tres . <<
humbles foumiflions au trône."<
de noftre Monarque nous ce
efperons , Monfeigneur , cet - ce
te grace de l'honneur de vôtre
protection , dont nous
Yous demandons la continuai
.

«
352 MERCURE
(
tion & nous ne cefferons
d'adreffer nos prieres à Dieu
,, pour votre fantén , & porr
vôtre profperité.
Il est temps de vous parler
de ce qui s'eft paffé dans toutes
les Armées du Roy depuis ma
derniere Lettre . Je crois devoir
commencer par l'Italie , parce
que l'on peut dire que les Armées
de SaMajefté ont toujours
agi de ce côté- là , & que les
troupes n'y ont prefques point
eu de quartier d'hyver . Cet Article
des Armées d'Italie en
contient trois , dans lefquels je
dois parler de ce qui s'est faits
fçavoir , fur la Secchia , en
Piémont & en Savoye..
Les Allemans avoient laiffe
GALANT 353
une partie de leurs troupes fur
Fa Secchia , feulement pour
faire diverfion , & nous oceuper
une Armée pendant que
Monfieur de Savoye agiroit
avec le reste de leurs troupes
& les fennes. Il fut prudem
ment refolu qu'on les poufferoit
vivement du côté de la Secchia
pendant tout l'hyver , afin de
n'étre point obligé de tenir
ane groffe Armée de ce côtéla
pendant la campagne
que pour cet effet Mr de Vendôme
envoyeroit vintg compa
guies de Grenadiers à Mr le
Grand Pricar que ce Prince
lui renvoyeroit après avoir fait
quelques expeditions . Tout ce
la s'eft exécuté de la maniere
qu'il avoit dié projeté : Mr le
G g
&
354 MRCURE
Grand Pricur a pris Concordia
& Revere , ainfi que pluſieurs
petits Poftes qui environnoient
ces Places , il n'a pas cru devoir
étendre fes conquêtes fur la
Mirandolle & fur Oftiglia, par
ce qu'il auroit fait plaifir aux
Allemands, & que leurs troupes
leur feroient demeurées faines
& entieres aprés la priſe de ces
deux Places , au licu qu'en y
demeurant , elles y periront
prefque toutes fansqu'il en coute
un homme au Roy . La Mirandole
devant tomber un jour
comme a fait Bercelle , eette
Place étant enfermée comme
Pautre l'a été, & rien n'y pouvant
entrer. Quant à Oftiglia,
il y a fi l'ong- temps que les Ennemis
y-font , & le lieu eft fi
GALANT 335
1
mauvais & fi empefté , qu'ils
n'y pourront refter encore longtemps
fans perir preſque tous,
C'eft ce qui obligea Mr Davia
que l'infortune fait toujours
d'en fortir avec 350 chevaux ,
afin de joindre Mr de Starem
berg s'il lui étoit poffible : cette
Cavalerie a fait beaucoup de
chemin , en ne prenant pas les
voies ordinaires , & marchant
fouvent dans des lieux impraticables
qui ruinent les chevaux,
Il étoit impoffible que paffant
par beaucoup d'endroits du mi-
Janez où elle n'étoit pas attent
due , & ou même on ne pou
voit prevoir qu'elle pourroit
venir , elle ne fit quelque butins
mais il y avoit de fi bons ordres
par tout pour empêcher qu'elle
Gg ij
356 MERCURE
1
joignit Mr de Staremberg >
qu'elle a été coupée & battue
en plufieurs
endric
સે
Mr de
Toralba en deffit une partie ,
fie beaucoup de prifonniers ,
* & reprit tout le butin qu'elle
avoit fait , & le bagage qu'elle
avoit avec elle Mr le prince
d'Elbeuf & Mr de Quelus qui
commande les Dragons jaunes
du Roy d'Espagne , curent
beaucoup de part à cette deffaite
, & acquirent beaucoup
gloire. Ce qui fe ſauva de cette
Cavalerie fut encore coupé &
battu par Mrode Vaudray &C
la même choſe étant arrivée au
refte de ce Corps du côté Tisol
, il far entierement diffipé.
Cependant Mr le Grand
Prieur prit toutes les mesures
GALANT 357
neceffaires pour boucher le
paffage aux troupes qui font
dans Oftiglia , & les empêcher
de joindre мr de Staremberg,
& de fe retirer par le Trentin .
Les ennemis publient que ces,
troupes d'Oftiglia feront grof-
Les par d'autres troupes qui
viendront du Tirol ; mais on
çait que l'Empereur loin d'avoir
eu deffein d'en envoyer en
Italie , avoit refolu de retirer
le Corps qu'il a du côté de la
3 Secchia , & qu'il feroit repaffé
Sila long- temps , fiмr de Sa-
3 voye qui fatigue toûjours fes
Alliez qui fe plaint & qui crie
fans ceffe , n'avoit fait faire
des infances vigoureuſes & fou-
Event réitefées à la Cour de
Vienne pour empêcher que
=
358 MERCURE
ces troupes ne retournaffent
en Allemagne ; elles viennent
de perdre Mr le Prince Thomas
de Vaudemont leur General ,
qui n'a été malade que quatre
jours d'une maladie caufée par
tion des lieux où ces troupes
habitent . Il y a lieu de
croire que fi les Generaux s'en
reffentent malgré toutes les
précautions qu'ils prennent
pour s'en garantir , les foldats
s'en reffentent bien davantage
,
c'eft ce qui avoit tellement af
foibli la fanté de мr le Comte
de Stratmandorf
, que l'Empe
reur a efté obligé de lui accorder
la permiffion de retour
ner en Allemagne . Je ne vous
dis rien dans cet Article de Mr
le Prince Thomas de Vaude
GALANT 359
mont , pour ne pas interrompre
la fuite de cette Relation
par ce que j'aurois à vous en
direi ainfi je remets au mois
prochain à vous en parler.
Il ne me refte plus qu'à vous
entretenir d'une action qui regarde
les troupes commandées.
par мr le Grand Prieur , aprés
quoy je vous parleray de tout
ce que Mr de Vendôme a fait
depuis l'ouverture de la Campagne
. Comme on a parlé fort
differemment de l'action dont
il s'agit , & que je ne pourrois
vous en parler juſte fur tout ce
qu'on en a raporté , je vous
envoye une Relation faite par
Mr des Bournais Capitaine de
Cavalerie dansle Regiment d'Eftrades
, qui fut detaché pour
360 MERCURE
aller au fecours de la Caffing
qui étoit fort preffée par les
ennemis. Voicy cette Relation.
Les Ennemis attaquérent Con-~
cordia le premier jour de May
&furprirent même nos gen's qui
furent obligez de fe retirer dans
ane maison entourée d'un petit
foffe fec , où ils fe deffendivent
pendant plus de vingt - quatre
beures. Les ennemis avoient mis
une batterie de deux pieces de
canon dans une Caffine voisine
de celle là; Mrle Comted Eftrades
partit de Reveré le fair avec
fon Regiment , cinq Compagnies
de
GALANT 361
de
Grenadiers & cent chevaux.
Nous
marchames presque pen .
dant toute la nuit , & nous arri.
vâmes au point du jour. Mr de
Vaudray y marcha auſſi avec
mille
hommes
d'Infanterie , &
trois ceus
chevaux , ilprit la route
de ce cofté cy , & Mr de Vaudray
qui eftoit parti tardde Man-
1ouë & avec un plus gros Corps
d'Infanterie ne pût marcher fi
diligemment que Mr d'Eftra .
des. On auroit bien voulu furprendre
les ennemis avant qu'ils
euffent eu le temps defe retirer ,
mais Mr
d'Eftrades voyant que
Mr de
Vaudray eftoit encore éloi-
May
1704. Hh
362 MERCURE
gué , fçachant que nos gens
eftoient fors preffez , jugea qu'il
valoit mieux laiffer retirer ces
gens là que delaiffer perdre deux
Compagnies
de Grenadiers
; c'eſt
pourquoy il marcha toujours & fit
avancer un détachement
sarvec
tous les Tambours
du Regimens
que
l'on fit battre , dés qu'on crut
qu'ils pouvoient
eftre entendus ,
afin de faire connoiftre
que le fe.
cours venoit ; les ennemis fe reti.
rerent d'abord qu'ils les entendi .
rent , & emporterent
leurs bleffez
Ces Troupes eftoient de la
garnifon de la Mirandole
, &
elles n'avoient
quequatre
mille
GALANT
363
de chemin à faire pour s'y retirer.
Nous
revinfmes au Camp le
même jour , aprés avoir donné
cent hommes
d'Infanterie de renfort
aux deux
Compagnies de
Grenadiers que Mr de Crevecoeur
Capitaine des Grenadiers de
Solre , commandoit dans Concordia.
Nous
n'avons eu dans cette
occafion que quatre
Grenadiers
tuez, & dix fept ou dix buit
bleffez . L'on ne fait point ce que
les
ennemisont perdu , parce qu'ils
avoient
enterrez leurs morts
avant que de partir : on leur a
vú emporter plufieurs bleſſe ,
entr'autres
un Lieutenant
Colo.
Hhij
264 MERCURE
nel quelques Capitaines.
On ne peut trop admirer la
vigoureufe deffense que мr de
Crevecoeur qui commandoit les
deux Compagnies de Grenadiers
de Solre , a fait dans la
Caffine , où elles fe font fi bien
deffendues , elles ont fait de
frequentes forties de fix & de
huit perfonnes , & grand feu
avoient
méme refolu de fe retirer dans
la cave , lorfqu'elles fe verroient
fur le point d'eftre forcées , &
d'y attendre les ennemis la
bayonnette au bout du fufil
mais voyant qu'ils fe retiroient
precipitamment , ils fortirent
for eux & en tuerent un bon
nombre. Le Roy qui ne laiffe
par
les
feneftres
.
dans
GALANT 365
&
doint d'actions fi éclatantes
d'une intrepide valeur fans récompenfe
, a donné des gratifications
tant auxOfficiers qu'aux
Soldats.
+
Monfieur le Grand Prieur
pour finir le Prelude de la Campagne
, s'eft auffi faifi de Monte-
Alfonfo & d'une autre Fortereffe
dans le païs de la Garftgnana
, appartenant au Duc de
Modene , & fituées dans l'Appenin
, entre le Modenois &
FEtat de la Republique de Luques
, & a nommé pour commander
dans cette Province
où il a mis deux cens hommes
de garnifon , Mr Gaffart Brigadier
& Colonel de Dragons.
La prife de ces Places empêche
les ennemis de fe joindre par
Hh jij
366 MERCURE
les montagnes à мr de Starem.
berg , & leur ôte auffi le moyen
de recevoir des Troupes par
mer.
Pendant tout le temps que
Monfieur le Grand Prieur agiffoit
& mettoit toutes choſes
en eftat pour les raifons qui
ont efté marquées au commencement
de cet article , Monfieur
de Vendôme travailloit
de fon cofté à couvrir le Milanez
, il faifoit travailler à Cafal,
il refferroit chaque jour Mr
de Savoye par les differens poftes
dont il fe rendoit maiſtre ,
& cherchoit fur tout à s'emparer
de tous les lieux
par
où de
petits corps fe pouvoient gliffer
pour groffir fon Armée . Enfin
il n'oublioit rien pour couGALANT
367
per les paffages à toutes les
troupes qui auroient pû chercher
à le fecourir ; & lorfque
tous les Magazins furent remplis
, & que la plus grande par
tie de ſes recruës fut arrivée
il refolut d'ouvrir la Campa
gne. Ce Prince monta au clocher
de Cafal , d'où il obferva
l'Armée ennemie qu'il vit en
bataille , fa droite à Balzola ,
& fa gauche à Villanova .. II
refolut dés lors de l'aller attaquer
, & pour faire voir qu'il
ne la craignoit pas , de paffer
le Pô fur trois ponts , tam
bours battans , enfeignes deployées
, & aux fanfares des
trompettes ; pour cet effet il
fit affembler fon Armée à Cafal
le 3. le 4. & le 5. de ce mois,
Hh iiij
368 MERCURE
il y paffa le Pô le 6 à la point
te du jour fur trois ponts des
batteaux avec toutes les prezos
cautions neceffaires pour fe
mettre en bataille de l'autre.
cofté , perfonne ne doutant que
Mr de Savoye qui avoit aſſemblé
fon Armée à Villanova , nem
voulut riſquer un combat pour >
empêcher noftre armée de paf
fer le Pô , mais il ne jugea pas
à
camp
de
l'hazarder
, il decampa
le même
jour
de
Villasi
nova
, & marcha
à
Trin
. Mrg
de
Vendôme
fe
contenta
ces
jour
- là de
faire
paffer
toute
fon
armée
, &
le
lendemain
il
fe mit
en
marche
fur
Trin
que
les
ennemis
abandonnerent
b
pour
fe
retirer
à
Crefcentions
dans
cette
marche
l'avant
- gar
GALANT 369
de compofée de 400. chevaux,
commandée par Mr de la Bretonniere
, & foutenue du Regiment
de Lautrec , & de celui
de Verac , pouffa l'arriere gar- "
de des ennemis , commandée par
Mr de Vaubonne , qui commença
à faire ferme au village
de Treno , où il avoit pofté de
l'Infanterie , fous le feu de laquelle
il deploïa fes Efcadrons ,
& vint vigoureufement charger
les 400. chevaux , commandez
par Mr de la Bretonniere , qui
fetrouverent d'abord obligez
de ſe replier ſur Mr de Lautrec
qui les foutint avec fix Efcadrons
, & leur donna le temps
denfe rallier , & de recharger
enfuite Mr de Vaubonne qui
fut pris , quoique fes Efcadrons
I
370 MERCURE

ne fuffent point rompus , & fe
retiraffent en affés bon ordre
fous le feu de l'infanterie poftée
au village de Treno . Mr de
Vendôme arriva en ce tempslà
avec les Carabiniers & plufieurs
brigades de Dragons &
de Cavalerie, & aïant reconnu
le Village , il refolut de l'attaquer
, & il ordonna à Mr de
Lautrec de faire cette attaque
avec la brigade , & celle du
Dauphin , aïant donc mis pied
à terre , & rempli le terrain
qui eftoit occupé par des Efcadrons
de Cavalerie ; ces deux
brigades marcherent au Village
, la baïonnette au bout du
fufil , & y entrerent fans refiftance
les ennemis l'aïant abandonné
aprés leur premiere deGALANT
371
charge , de laquelle plufieurs
Dragons furent tuez ou bleſſez,
parmi lesquels Mr de Lautrec
Lieutenant Colonel des Dragons
de Languedoc fe trouva
mort .
Aprés cette derniere action ,
les ennemis ne fongerent qu'à
fe retirer , laiffant Mr de Vendôme
maiftre du Village , &
d'environ 60. prifonniers , de
3. Officiers , & de Mr de Vau.
bonne en charge de Brigadier
parmi eux. Ils ont eu prés de
200 hommes tuez fur la place ,
& on leur prit deux Etendarts .
Mr de Vendôme ramena enfuite
les troupes dans le Camp
marqué à Trin , d'où il partit
le 8. au matin avec l'Armée
pour s'avancer vers Crefcentin,
372 MERCURE
1000
dans l'efperance que les ennemis
l'abandonneroient
pour
paffer la Doria Baltea , maïs
aïant appris par fes partis qu'ils
s'y retranchoient , aïant leur
gauche à la riviere de Doria ,
& leur droite à Crefcentin , il
fit faire alte à l'Armée à deux
mille de Crefcentin , où elle
campa , la gauche au Pô, & la
droite vers Naviglio de la
Salutia
Voici quelle eftoit alors la
difpofition des Armées.
E
L'Armée de Mr de Vendôme
avoit 42. bataillons & 75 .
Efcadrons , & eftoit campée à
Sainte Marie à deux mille de
Crefcentin. ?
Mr d'Albergotti avoit un
corps à Gabion de fept EfcaGALANT
373
drons , & de huit bataillons
pour obferver ce qui pourroit
deboucher de Verrue , & pour
couvrir le Montferrat.
Mr de las Torres avoit un autre
Corps compofé de Troupes
de l'Etat de Milan vers le Bourg
de Verceil , & pour couvrir le
Milanez .
L'Armée de M. de Savoye,
& de Mr. de Staremberg eftoit
de 26. bataillons & de 52. Ef
cadrons à Crefcentini il y avoit
13. bataillons & 3. Efcadrons à
Verceil : les ennemis occupoient
auffi des poftes fous
Verrue où ils eftoient bien re
tranchez
Je vous marquerai à la fin
de ma Lettre , ce qui fe fera
paſſé depuis le jour où cette
374 MERCURE
Relation finit : cependant vous
pouvez vous affurer que celle
que je vous envoye du paffage
du Pô eft la feule qui air eſté
renduë publique.
Quant à ce qui regarde la
Savoye , il s'y eft paffé peu
de chofes depuis l'attaque de
Chambery par Mr le Marquis
de S. Remi , la marche qu'il a
fait de ce côté- là a couté 1200.
hommes à Mr de Savoye , qui
ont pris parti dans nos troupes ;
c'eft un fait conftant , & connu
par les routes qu'on leur a expediées
pour venir fervir en
Flandres , & en beaucoup d'autres
endroits . Tout tremble du
cofté de Savoye , où il eft conftant
qu'un terrible orage eft
fur le point de tomber , ainfi
GALANT 375
E
Mr de Savoye fe va voir bien
preflé du cofté du Piedmont ,
& de celui de la Savoyé. Je ne
doute point qu'on n'aprenne
avant que je ferme ma Lettre ,
la fuite de quelques progrez
faits de ces deux côtez , cependant
je dois ajoûter ici que
Mr le Marquis de Marfilli , qui
commande au Blocus de Montmeillan
s'étant emparé d'une
contremine que les ennemis
avoient faite , & aïant attaché
la nuit du 13. au 14. le мineur
au Pont de cette Place , il en
fit fauter une partie, nonobftant
le grand feu de canon & de
moufqueterie de la Ville & du
Château .
fais
Depuis 27. ans que je vous
part de tout ce qui fe fait
376 MERCURE
de nouveau dans l'Europe , &
même d'une partie de ce qui fe
paffe dans les trois autres Parties
du monde , je ne crois pas
vous avoir envoyé de Relation
plus exacte que celle que vous
allez lire : Elle contient le
Paffage de Mr le Maréchal de
Tallard par la Vallée de S.
Pierre , pour s'aboucher avec
Son Alteffe Electorale de Baviere
, & pour conduire diffe
rens fecours à ce Prince. Cette
Relation eft contenue dans la
Lettre fuivante , écrite par Mr
de Valernad Capitaine dans
le Regiment de Navarre .
GALANT 377
Du Camp de S. George , ce
22. May 1704
F
MONSIEUR ,
E m'acquite avec plaifir de la
promeffe que je vous ayfaite , de
vous informer exactement des principaux
évenemens de notre Campagne
. Comme nous venons d'en terminer
un tres important & tresheureux
, & quine peut que répandre
des influences heureufes fur tous
ceux de l'avenir , j'auray l'honneur
de vous l'apprendre avec toutes les
circonftances qui font venues à ma
connoiffance. Monfieur le Maréchal
de Tallard étant arr fur cette
Frontiere , n'a eu d'autres vues
que celles defaire paffer a Monfieur
Ii
378 MERCURE
de Baviere un fecours d'hommes
d'argent & de munitions ; la chofe
ne paroiffoit pasfeulement difficile,
mais elle étoit regardée comme impoffible
à caufe des grandes précautions
que l'Ennemi avoit pris pour
en fermer tous les paffages : il a fa
lu lui donner de la jalousie en differens
endroits ; pour cet effet Mr le
Maréchal a menacé le bas Rhin ,
en portant une tête de troupes vers
Landau avec lesbateaux neceffaires
pour pafferle Rhin : le Prince de Bade
perfuade que c'étoit là notre unique
& veritable deffein , aſſembla inceffammenttoutes
fes forces dans fes
Lignes , tant en vue de les deffendre
, que pour nous empêcher le
paßage de ce fleuve , S'étant contente
de bien garnir de Troupes la
Vallée de la Kinche , qui eft celle
GALANT
379
de ce mois avec
t
par où nous penetrames en Baviere
l'année paßée. Dans ces entrefaites
Mr le Maréchal fit paffer le Rhin
à Brifac le 13.
toutes les Recruës , proviſions &
munitions deftinées pour Armée,
& fe campa avec tout cet attirail
à une lieuë de cette Place . Le 14 .
il vint à S. George prés de Fribourg
, & fe pofta à l'entrée de la
gorge du Val S. Pierre le même
jour il en reconnut l'entrée avec cent
Grenadiers , & fut à plus de deux
lieues de fan Camp dans les endroits
les plus efcarpez des montagnes , an
nous trouvames des Rayfans , qui
par fon ordre labouroient les rampes
des montagnes, & x pratiquoient
des chemins autant que l'industrie
bamaine pouvoit le permettre . Il
gevint le même jour au Camp pour
Ii ij
380 MERCURE
en faire partir le lendemain 15,
buit cens Grenadiers , douze cens
hommes de pied , & deux mille
chevaux. Cette Troupe de laquelle
J'étois fous les ordres de Mr de Zură
lauben , devoit faire l'avantgarde
de tout , & en conduisant un bon
nombre de pionniers & travail
teurs , devoit traquer les monta
gnes , & forcer les Retranchemens
que l'Ennemi y avoit faitpour nous
en difputer le paßage. Nous ne
trouvames d'obstacles que ceux que
la nature des lieux nous caufoit ,
ce qui fut caufe que nous ne fimes
ce jour- là que quatre lienes avec
notre avant-garde qui campa à
Quindeftalpour donner avis à Mr
le Maréchal de nôtre arrivée , &
y attendre fes Ordres . Dans ces entrefaites
nos Grenadiers arrefterent
C.
GALANT 381
le Couvier de Fribourg qui alloit
porter fes dépeſches à Felinguen .
Nous lumes toutes fes Lettres , qui
étoient en grand nombre , & pleines
de gemiffemens & de cris caufés par
l'arrivée de notre Armée & celle de
Son Alteße Electorale • qui avec
une diligence extraordinaire ayant
Laßemblé fon Armée , & luy ayant
fait faire plus de trente lieues
eftoit venu à Doneschingen fe met
tre à portée des montagnes pourfa
ciliter notre jonction . De toutes ces
Lettres il n'y en eut qu'une qui fut
communiquée à Mr le Maréchal,
& que je traduifis de Latin en
François , crite par le Recteur des
Jefuites de Fribourg au Confeßeur
de l'Empereur. Il formoit plufieurs
raifonnemens fur nos projets , & ape
prebendoit fort que nous ne pene

3
con
ие
til
ôté
vfit
inx
ec-
01
incore
fon
ufte
Jért
Doit
besa
Luy
and
quer
om.
emiy
382 MERCURE
"
trafionspar la Vallée de S. Pierre,
attendu , difoit- il , qu'elle n'eftoit
deffendue que par deux mille hommes
& qu'il n'y avoit pas grand
fond à faire fur les Payfans. Le
16. Mr. le Maréchal aprés avoir
fait prendre notre route à une parsie
defon Armée , & laißé l'autre
à l'entrée de la Gorge où Mr de
Coignies fe rendit auſi avec toute
Jon Armée pour en fermer l'entrée,
Se mit à la tête de notre petite
Troupe , vint camperfur la haute
montagne du Torner. Là il aprit
que deux mille Brandebourgeois
mentionnez cy- deßus dans la Lettre
du Reverend Pere Recteur
s'eftoient retirez à nôtre approche
eftoient allez joindre le General
Thunguen , qui avec toutes ſes forces
etoit campé entre Rosteuil &
GALANT 283
Filinguen pour obferver celles de Son
Alteße Elect. On lui dit aufi que
l'on avoit entendu beaucoup d'Artiltillerie
& de Moufqueterie du côté
de Filinguen ce jour - là, ce qui luyfit
apprehender que les Imperianx
n'euffent livrécombat ǹ Mr l'Electeuravant
noftre jonition , cette nouvelle
luy ayant caufé quelque inquietude
, & comme il y avoit encore
buit lieues de cette montagne à fon
Armée, il apprehendoit avec juſte
raifon de marcher trop à découvert
s'il continuoit fa marche ; il avoit
voulu donner avis de fon arrivée à
Mrle Maréchal de Marfin , il luy
avoit envoyé pour cet effetun Parti
fan qui re vintfurfes pas , difant
qu'il ne pouvoit paſſer fans riſquer
abfolument quefes dépêches ne tom
baflent entre les mains de l'ennemi
384 MERCURE

A
P
Comme il y avoit plus de crainte
dans fon procedé que de danger à ef
fuyer, Mr le Maréchal m'envoya
chercher & me fit Phonneur de me
donner cette commiffion , qui n'eftois
difficile & onereufe que parce qu'il
falloitfaire dix lieuës à pied dans
des montagnes pour en affarer le
fuccés & pour bien s'en acquitter ,
ma bonne volonté me fournit des
jambes , & Mr le Maréchalm'ayant
remis le 16. à huit heures dufoirfa
Lettre pour Mrl'Electeur ; je partis
du mont Torner avec 10. Grenadiers
feulement pour paffer avec plus de
facilite , & fis unefi grande diligence
que le 17 , à quatre heures du ma
'tin j'arrivay à l'Armée Electorale .
rendis ma Lettre à Mr le Maréchal
de Marfin qui me mena fur le
champ chez Mr l'Electeur à qui
il
me
i
GALANT 389
3
me fit Phonneur de me prefenter
eftant informé par mes Depesches
de l'arrivée & proximité de Mr
de Tallard , ils ne balancerent
pas un feul moment l'un & l'autre
à répondre à fes intentions ; & pour
eet effet ils firent marcher le même
jour leur Armée droit à Filinguen
pour ofter à l'ennemy toute communication
avec les montagnes , &favorifer
par là noftre jonition: je ne peux
tcy me refoudre de quitter cette Arméeod
je ne reftay cependant que trois
heures , fans vous parler defa beaute
& de celle des Troupes qui la compofent
je n'en ay jamais vu de fi
belles ny de meilleure volonté , l'on
entrevolt fur le vifage de l'Officier
& du Soldat , une fierté une audace
qui doit allarmer l'ennemy contre
lequel ils auront affaire : Popu
May 1704.
Kk
390 MERCURE
lence caufée par la bonté de leur
quartier d'hivery regne , & Mr Electeur
y cherit les François , au
en eft- il adoré ; Mr le Maréchal de
Marfin y eft auffi aimé des Troupes
que l'eft dans cette Armée Mr de
Tallard , & ce n'eſt pas peudire :je
n'aurois jamaisfait fije voulois reprendre
tout ce qu'il y a de bon à en
dire ; j'enpartis àfept heures du ma-
के
tin le méme jour dans le méme temps
que l'Arméefe mit en marche , pour
revenir à la noftre rapporter à Mr de
Tallard la réponſe de мr de Baviere
, qui me chargea de luy dire
verbalement , qu'il mouroit d'envie
de l'embraßer. Je n'eus pas beaucoup
depeine dans monretour ; Mr le Maréchal
de Marfin ayant eu la bonté
de me donner un cheval & cent chevaux
d'escorte pour me reconduire
GALANT 391
A
arrivayfans trouver aucune oppofition
à deux heures aprés midy , &
rendis fur le champ la Lettre de Mr.
Electeur à Mr le Maréchal , qui
aprés l'avoir luë donna les ordres neceffaires
pour faire avancer toutes
les Recruës , armes , argent , habits,
& autres chofes qui appartiennent à
Armée de Baviere , pendant qu'accompagné
de quatre ou cinq perfonnes
feulement il partit avec douze
cns chevaux pour s'y rendre ; dés
que S. A. E. fceut fon arrivée il
monta à cheval pour venir au devant
de luy , Mr le Maréchal à fon
approche mit pied à terre , мrl' Electeur
en voulut faire autant &
joignit à beaucoup d'embraſſemens
toutes les louanges & tous les témoi
gnages poibles d'eftime. Ilfoupa
le même jour avec S, A. & le len
Kkij
392 MERCURE
demainil vint nous rejoindre . Toute
la journée du 18 & celle du 19. fut
employée à faire défiler le recrues &
chariots deftinez pour la Baviere, &
fur les deux heures du mêmejour après
midy nous eftant entierement deffairs
de ce pefant fardeau que l'on remit
entre les mains de Mr de Larion ?
Lieutenant general de l'Armée de
Mr le Maréchal de Marfin , nous
nous mimes en marche pour nous re
tirer, & vinmes à Quindeſtaloù nous
rouvâmes la partie de l'Armée que
M.le Maréchal avoit fait avancer
fous les ordres de Mr Clerambaule
pournousfoutenir , & le 20. nous en
décampames, & nous vinmes rejoin
dre le refte de nos Troupes à l'entrée
de la gorge prés de Fribourg. Voila
, Mr , le dénouement de cette im
portante maneuvre s'il eft bon de
GALANT 393
vous faire remarquer que du jour de
la fortie de nos quartiers d'hiver ,
jufqu'à l'accomplißement d'icelle.
Mr le Maréchal n'a employè quefix
jours de temps : on ne sçauroit luy
refufer toutes les louanges qui luy
font dues , puifque ce n'est que parfa
grande prudence & fage conduite que
tout s'eft heureufement terminé , les
Soldats ne doivent pointen partager
lagloire , puifqu'ils n'ont effuyé aucun
danger , ils doivent fe contenter
de la groffe maraude qu'ils ont fait
dans les montagnes . L'Armée de
Baviere eft prefentement de plus de
cinquante - cinq mille hommes ef
fectifs.
Je dois ajoûter à cette Relation
, que Mr de S. Victor Aide
de Camp de Mr de Baviere ,
Kk iij
394 MERCURE
qui arriva à Verſailles la nuit
du 22. au 23. de ce mois , a raporté
que noftre Infanterie de
ce païs- là , eft maintenant plus
que complette ; & que nos
Compagnies de Cavalerie font
de plus de 45. bien
hommes
,
qu'elles ne fuffent à leur paffage
que de 35. qu'il n'y a rien de
plus beau que les Troupes, tant
les Françolfes que les Bavar
Toifes ; qu'elles ont leur quar
tier d'hiver & leur paye de
refte . Que les chariots & ba
gages qui ont fuivi les recrues,
tenoient plus de fept lieuës de
païs , & que les ennemis n'ont
Taiffé que 100. hommes dans
Wilinguen , & qu'ils eftoient
affemblez aunombre de 22, mil.
le à Rodvvil , que les OffGALANT
395
ciers des troupes Hollandoifes
avoient vendu des chevaux aux
noftres pour fubfifter , & qu'il
ne manque pas un bout d'épée
à noftre Infanterie , ny une
croupiere à la Cavalerie.
Mr de S. Victor a aufli rapporté
que Mr le Maréchal de
Tallard n'a point trouvé dans
La marche d'autres obſtacles
que ceux de la difficulté des
chemins › que pendant trois
D
*
dieuës les hommes avoient cu
beaucoup de peine à paffer ,
que cependant la Cavalerie &
les chariots avoient franchi ce
mauvais pas , & que Mr de
Tallard
couvroit
fa marche
par
des pelotons
de fon Infanterie
,
difpofez
dans des bois , des hayes
& des buiffons
.
kk iiij
396 MERCURE
C
O
Le même ajoûte , que dors
que Mr de Baviere a marché
pour venir au devant de Mr de
Tallard , il a chaffé dans fa
marche les ennemis de poſte en
pofte , & les a obligé de lever
leurs quartiers vers le lac de
Conftance , & de les plier derriere
le Danube & Rotevvill,
que depuis Nortlingue Mr de
Baviere n'a trouvé perfonne ,
& qu'à mesure que les decachemens
marquoient les logemens
de fon Armée & les campemens
, les ennemis fe retiroient.
J
23 Q'on a trouvé des chevaux
& des armes à Aufbourg ,où
l'on eft venu vendre ce qui
eftoit envoïé pour l'Armée
Imperiale , parce que les Im
periaux n'avoient pas de
GALANT 207
39
quoi l'acheter , & que les Allemands
même avoient elté
obligez de vendre les leurs pour
fubfifter , tant la mifere eft
grande parmi eux,
19 Le même Mr de S. Victor a
dit que Monfieur
l'Electeur
de
-Baviere
eft un des plus vigilans
Princes
du monde , qu'il
eft toûjours
le premier
à cheval
, qu'il a de tres - grands é
gards pour les François
, qu'il
eft genereux
, qu'il comble
fes
-Officiers
& les nôtres de graces
-&
d'honneur , qué l'abondance
eft toûjours
dans fon Camp ,
que les chevaux
& les Soldats
font gras , les équipages
en bon
iétat que fa difcipline
eft adrable
parmi les Generaux,
les Subalternes & les Soldats ,
"gb 200
398 MERCURE
que les foins s'étendent à tout
& que tout le monde eft charmé
de ce grand General , qu'il eft
toûjours gay , égal , officieux
complaifant , jamais embaraffé
ny irréfolu , & que les Troupes
marchent avec luy fans inquiétude
, & avec une joye qu'on
ne peut exprimer . Je viens encore
d'apprendre que Mr de S.
Victor a dit que nous avons
prés de 40. mille hommes auprés
de Mr de Baviere , que les
Recrues qui ont paffé fe montent
à 15. mille hommes , fans
compter 1200. Officiers réformez
, qu'il n'y a point de ma
lades , que de deux ans nous
n'aurons befoin de Recruës
dans ce païs - là , & que Mr IElecteur
a les manieres du monde
GALANT 399
2
les plus agréables pour les François
, & que dansfon Palais les
entrées font reglées pour tous
les Officiers de guerre ; de maniere
qu'un Lieutenant n'entre
point dans les Chambres où
peut entrer un Capitaine , ny
celui- cy où entre un Lieutenant
Colonel. Il veut qu'on laiffe
entrer nos Sergens dans les
lieux-mêmes où vont les Colonels..
40
Le Roy a donné l'Evêché
de Toul à Mr l'Abbé de Camilly
Grand - Vicaire de Strasbourg.
Je vous en diray le mois
prochain davantage fur cet
Article . Sa Majeſté a donné
dans le même temps l'Abbaye
de S. Pierre de Verneüil au
400 MERCURE
Perche à la foeur de Mr le
Maréchal de Château - renaud.
Sapisup
Mr l'Abbé de Gaffé ayant
remis au Roy l'Abbaye de Cher
bourg , Sa Majesté en a pour
veu Mr l'Abbé de Ville - Mas
reuil Chanoine de Nôtre- Das
me , & Abbé de Miferay en
Berry , proche Sagonne, dont il
s'eft démis en faveur de Mr
l'Abbé Baudin frere de Me
Marfart , & Chanoine de l'E
glife de Paris.
*
siiga
pscomiJ
L'Article qui fuit eſt d'une
tres- grande utilité.24268 293
400g
Il paroift ici depuis peu un
Livre de la compofition de Mr
Barrème , intitulé , Le Compre
GALANT 401
a
fait , à l'ouverture duquel on
trouve dans une feule page , à
quelque prix que l'ancienne &
nouvelle , petite & groffe monnoye
puiffe arriver , le montant
de telle quantité d'efpeces
qu'on fouhaittera , comme auffi
tous les comptes & decomptes
de toutes fortes d'Officiers , &
Treforiers d'armée , de terre &
de mer , ainfi que tous les
Comptes pour tous les Marchands
, Merciers , Orfévres ,
Epiciers , Marchands de Vin .
Limonadiers , & pour les vins &
Eau de ie, & generalement tou
tes fortes de comptes tous faits
pour toute fortes de chofes.
Ce Livre vient d'eftre réimprimé
en vertu d'un nouveau
privilege du Roy ; cette nou402
MERCURE
+
velle Edition eft reveuë & corrigée
, & on en a ofté dix- huit
fautes d'impreffion qui s'étoient
gliffées dans les precedentes
impreffions , il falloit
que l'Imprimeur fut bien habile
d'en avoir fait fi peu dans
un Ouvrage fi grand , & dans
lequel on peut fi ailément fe
tromper ; cette nouvelle Edition
eſt augmentée de deux lignes
tres utiles à tous ceux
dont il eft parlé cy - deffus , &
de plus de 150. Tarifs . Ce Livre
n'avoit anciennement que
310. Tarifs , & il en a à preſent
plus de 470.
·
L'on avertit pour la fureté
des Calculs , que ce Livre ne
fe vend que chez la veuve Macé,
qui demeure dans la maiſon de
GALANT
403
Mr Barreme , au bout du Pontneuf
, à l'entrée de la ruë Dauphine
. Ce Livre ſe vend quarante-
cinq fols.
C
Vous avez oüy parler de la
prife des Ifles de la Providence
& de Siguatey dans le Canal de
Bahama , où les Anglois s'étoient
establis depuis quelques
années.
Ce qui fuit vous apprendra
tout ce qui s'eſt paſſé dans cet
te expedition.
tab
404 MERCURE
TRADUCTION
D'une Lettre Efpagnole
de Don Juan Varon de
Chavez , Gouverneur de
l'Ile de Cuba , au Roy."
AS. Jago de Cuba le 20 Decembre
∙1703.
SIRE ,
• Le defir de m'occuper conti
nuellement au fervice du Roy
mon Maiftre , me fait chercher
les occafions de le faire connoiftres
C'eft pour cela qu'ayant fait ar
mer des Baftimens Gardecoses ,
jay abbatu l'orgueil que les Eng
GALANT 405
nemis faifoient paroiftre en cette
partie de l'Amerique eftant
informé entr'autres chofes que les
Anglois établis dans les ifles de
la Providence & de Siguatey ,
qui bordent d'un cofté le canal de
Babama , pouvoient par leurs
courfes en interrompre la Navigation
,&yfubfifter du produit
de leurs prifes je fis armer un
Brigantin & une Balandre
avec cent cinquante hommes , &
les fis partir fous le commander
ment des Capitaines Blas More .
no , & Claude la Chefnaye ,
François de nation qui avoient
deja fait diverfes prifes fur les
May 1704.
LI
406 MERCURE
as
Anglois , pour aller à ces deux
Ifles. Ils eurent moins de peine
à's en rendre maifres qu'à y arri.
ver , parce qu'ils ne connoiffoient
pas affez la Côte, Eftant neanmoins
abordez dans un Port de
cette Ifle , nommé la Guanaxa
yayant pris des rafraichiſſe .
mens , ils continuerent
leur voy a
ge privent chemin faifant , cing
prifonniers de l'Ile de la Provi
dence ; dès le matin du 26.Juillet
dernier. Ils débarquerent
cent "
trenie hommes, lefquels partage
en deux corps marcherent prés
d'une lieue à l'Oueft . Blas Moreno
qui en commandoit
une , s'em
GALANT 407
100
para de la Ville & du Gouver.
neurfans aucune refiftance , parce
que tout y eftoit endormy. Claude
Ta Chefnaye qui conduifois l'au
tre ,fe vendit maiftre du Chasteau
ayant tue un homme qui parut
fur la muraille , & quitenoit une
méche allumée. Ils monterent fur
les'épaules les uns des autres pour
y entrer, & n'y trouverent que
fept hommes. Ce Chasteau eftoit
abondamment pourvû d'armes
de munitions , il ༡ avoit
furfes murailles vingt deux canons
de fer , ony en auroit pû
placer un bien plus grand nombre
ainsi que Voftre Majesté pourra
29
Lij
$408 MERCURE
le voirpar le Plan que j'ay l'hom?
neur de luy envoyer. Le Village
eftoit compofé de deux cent cin.
quante maiſons grandes ✔ péri .
tes , ily avoit environ deux cent
cinquante hommesportant les ar.
mes , fans ceux qui habitent les
Campagnes & les Ifles voisines ,
on trouva dans le Port onze Bâ
timens , dont l'un devois partir le
smêmejour pour l'Ifle de Siguatey,
qui eft à vingt lieuës fous le vent
de celle de lla Providence. Juan
•Lopés s'y embarqua avec qua.
rante hommee , & alla à Sigua.
dey Les Habitans qui atech .
doient ce Baſtiment, nefe douteIGALDANT!
8409
Zwent de rien , & nefe mirent poins
en deffenfe ; enforte qu'il la brûla
fans peine , revint à l'Iſle de la
Providence On y brûla de même
outes les Habitations & les bois
- que les Habitans avoient prepa .
é pour conftruire un Fort dans
lequel ils devoient mettre en Gar .
mifon deux cens hommes qu'ils atrendoient
d'Angleterre , on men.
cloua une partie de leur Artillerie
ste refte fur brife , aprés quoy le
Brigantine la Balandre rentre .
rent en ce Port , amenerent le
Gouverneur del'Ifle de la Provi,
dence Le nommé Jean Chauvin
«qui y a retourné depuis , n'y a
410 MERCURE
a trouvé que vingt femmes &
trois hommes , le reste des Has
bitans s'estant embarquéfur un
Corfaire qui y avoit paffé. Il
acheva de brûler les portes dis
Chasteau ce qui pouvoit refter
de pieces de Baftimens.
Fay cru , SIRE , ne pouvoir
me dispenfer d'envoyer à Voftre
Majefté le dé ail , dont j'ay auffi
rendu compte au Roy mon Mat.
tre , en luy envoyant le Gouverneur
prifonnier. Je tâcheray de
pouffer plus loin mes petites ens
treprifes , &je fuis , &c.
Si je n'avois point reçu trop
GALANT
411
R
tard le Plan de ce Chateau , je
l'aurois fait graver pour vous
en envoyer une Eftampe , mais
j'efpere fatisfaire le mois prochain
voſtre curiofité là - deflus :
cependant vous devez admirer
la bonne intelligence des François
& des Efpagnols , puifque
l'expedition dont je vous viens
de parler , a efté faite par les
Troupes des deux Nations .
Je dois ajoûter à l'Article
que vous avez déja lû touchant
ce qui s'eft paffé dans la premiere
entrevue du Roy & de-
Monfieur le Duc de Mantouë ,
que ce Prince en revenant de
Verſailles entra dans le Cours
où il fit plufieurs tours ; A peine
y fut-il entré , qu'il parut
412 MERCURE
un Caroffe dans lequel il y avoit
une Dame dont la beauté étoit
fi picquante , que tous ceux qui
étoient dans le Caroffe de Mr
le Duc de Mantouë lui donnerent
des louanges fans que ce
Prince dit aucun mot qui marquât
qu'il eut feulement jetté
les yeux fur cette belle perfonne.
Quelque temps aprés fon
Carroffe paffa de nouveau devant
celuy de Mr le Duc de
Mantouë , & ceux qui accompagnoient
ce Prince , donnerent
de nouvelles louanges à fa
beauté & à fon bon air ; & un
François qui étoit dans le Carroffe,
dit à Mr le Duc de Mantouë
que cette belle perfonne
avoit autant de merite que de
beauté , & que les qualitez de
l'eſprit
GALANT
413
l'efprit furpaffoient en elle celles
du corps . Mr leDuc deMantouë
qui jufqu'alors n'avoit
point parlé , & qui même n'avoit
marqué aucune attention
à tout ce que l'on avoit dit, prit
la parole , & dit au François :
Monfieur ,je viens d'avoir l'honneur
de voir le Roy , & je fuis
fi rempli de la Perfonne de ce Prince
de tout ce qu'il a dit , & de
toutes fes bontez pour moy , que j
ne verray rien aujourd'huy de toat
te quife prefentera devant mesyeux,
& que je n'entendray tien de tout
ce qu'on me dira.
Le 23. de ce mois Mr le Duc
de Mantouè retourna à Verfailles
: ce y arriva fur
ince
le midy , il defcendit dans l'apartement
de Mr le Comte de
M m
214 MERCURE
Les
Toulouſe , où Mr le Marquis
de Torcy le vint auffi- toft trou
ver , il eut une courte conver
fation avec ce Miniftre.
Roulettes l'attendoient àbla
Porte de l'Apartement de Mr
le Comte de Toulouße du côn
té du jardin : ce que l'on appelle
Roulettes , font des Fau
teuils dans lesquels on fe pro
mene dans les Jardins : ils font
fufpendus & tirez par un Suiffes
mais comme ils font pouffez par
deux autres Suiffes , ils vont
auffi vite qu'on les veut faire
aller . Mr le Duc de Mantouë
monta dans une de ces Roulet
tes , & les plus confiderables
perfonnes de fa fuite monterent
dans 19. autres, Il fut
fuivi par beaucoup de monde à
GALANT 45
efous
pied ,mais qui n'entra
fes aufpices , ou par le moïen
des gens de fa Maifon , toutes
les portes du petit Parc ayant
été interdites dés le matin à
toutes autres perfonnes : On le
mena dans tous les Bofquets qui
font à gauche juſqu'à l'Appolton
, & ce Prince rentra avant
deux heures dans l'Apparte,
ment de Mr le Comte de Touloufe
, & fut conduit comme
la premiere fois par les derric
res dans le Cabinet du Roy ,
qui fortoit de table , & qui éteit
feul avec Mr le Marquis
de Torcy. Il eut une converfation
feul avec S. M. qui
dura prés de trois quarts d'heure
, & Mr de Torcy y fut prefent
. Il retourna enfuite dans
Mm ij
416 MERCURE
l'Apartement de мr le Comte
de Touloufe , mais par la Galerie
, le grand Apartement &
le bel efcalier. Il y trouva une
colation fort propre de fruits
feulement , de patifferies , de
confitures feches, de toutes fortes
de vins, & de differentes liqueurs.
Cette Collation fut fervie
par les gens de Mr Blouin .
Mr le Duc de Mantouë remonta
enfuite dans fa Roulette , &
alla voir tous les Bofquets qui
font du côté droit : il trouva
dans le premier Monseigneur
le Duc de Bourgogne qui l'y
reçût , & ne paffa pas outre,
Ce Prince remonta en Caroffe
à fix heures , & retourna à Pa
ris. Ilalla le Dimanche fuivant
à l'Hôtel de Condé . Il trouva
GALANT 417
Madame la Princeffe dans fon
Appartement, accompagnée de
Mademoiſelle d'Anguien , ils
demeurerent une heure&demie
enfemble , & leur converfation
n'eut point de témoins .
** Ce Prince alla le 26. à Meu
don , il eftoit environ une heure
aprés midy lors qu'il y arriva.
Monfeigneur le Dauphin
l'attendoit dans fon apparte
ment avec Meffeigneurs les
Duc de Bourgogne , de Berry ,
Monfieur le Duc d'Orleans , &
Monfieur le Prince de Conty.
Les premiers complimens furent
fort courts . Monfeigneur
lui dit , qu'aprés avoir vû Verfailles
al feroit moins fenfible aux
beautez de Meudon, que c'eftoit an-
Maifon qu'il avoit eu d'un partie
M m iij
418 MERCURE
culier , mais que tout ce qu'ils
trouveroit lui paroiftroitfort naturel,
On ne reſta qu'un moment dans
l'appartement de Monſeigneur,
aprés quoi l'on fit le tour du
Château pour gagner l'appar
་ ཆ་
B ment neuf du cofté des Maronniers
où les Dames attendoient
l'arrivée de ces Princes .
Mr le Duc de Mantoüe fut
frapé à la veuë d'un fi agreable
fpectacle , les Dames relevant
la beauté du lieu . Madame la
Princeffe de Conty , & les Dames
de fa fuite. Madame la
Ducheffe d'Aumont , & Madame
fa foeur attirerent les
premiers
regards de ce Prince , on
promena un inftant dans l'allée
des Maronniers , & on fe mit
à table aprés cette promenade .
fe
I GALANT
! 419
119
de
Monfeigneur eftoit au milieu
Monfieur le Duc de Bourgo
gne à fa droite , & Madame la
Princeffe de Conty , & Mont®
fieur le Duc d'Orleans à fa gau
che, & vis à vis eftoit Monfieur
le Duc de Mantouë , & avoit à
fa droite Monſeigneur le Duc
de Berry , Madame la Ducheffe
d'Aumont, & Monfieur le Prin
ce de Conty à fa gauche: la ta
ble qui devoit eſtre de dix - huit
couverts , ne fe trouva que de
feize à caufe de l'abſence de
Mesdamesde Liflebonne & l'Epi
noy , qui venoient d'apprendre
la mort de Mr le Prince Tho
mas de Vaudemont leur coufin
germain , le refte des places fut
occupé par les Dames de la
fuite & pareмr le Marquis
420 MERCURE
d'Alfiano Maiftre de la Chambre
de Monfieur le Duc de мantoue
par Mr le Marquis de
Strozzi Capitaine de fes Gardes,
& par мr le Marquis d'Urfé
qui remplit le feizième couvert
, il y avoit encore trois autres
tables en trois endroits
differens du Château , dont la
premiere eftoit pour les Seigneurs
de la Cour de Monfeigneur
le Dauphin , & pour les
perfonnes les plus qualifiées de
la fuite de мr le Duc de мantoue
, les deux autres tables
étoient pour plufieurs Officiers
de diſtinction
& pour
les perfonnes confiderables ,
qui fe trouvoient alors à meudon
.
Monfieur le Duc de Mantoue
GALANT 42x
parla long- tems Italien à Monfieur
le Prince de Conty pendant
le repas , & cette con
verfation fut generale , il pare
la des chaffes d'Italie , & dit
qu'elles étoient toutes à tirer,
Monfeigneur dit qu'il n'aimoit
que les Chaffes à courre , &
que quelques jours auparavant
il avoit couru un loup pen
dans huit heures fans l'avoir
pris Mr de Mantouë répondit
qu'il aimoit les Chaffes courtes
& certaines. On refta quelque
temps dans l'Apartement
aprés le repas , & l'on prit
du Caffé. Quelque temps aprés
Monfeigneur fe promena avec
Mr le Duc de Mantouë dans
l'Allée des maronniers , au
bout de laquelle l'on voit l'E422
MERCURE
curie qui fait un effet tresfurprenant
, quantité de chedestes
vaux d'une beauté peu com
mune la garniffent : la propreté
du lieu & la fituation firent un
vray plaifir à ce Prince qui aime
beaucoup les chevaux. Il
monta enfuite dans une Caléche
avec monſeigneur , & l'on
donna des chevaux à toute fa
fuite . On fe promena dans les
bas de Meudon , aprés quoy on
remonta dans les hauts ou les
Dames fe trouverent , & il s'en
retourna enfuite auffi fatisfait
qu'il eft aifé de fe l'imaginer.
Tous ceux qui étoient à meudon
fe louent fort des manieres
fpirituelles & polies de
ce Prince .
Vous attendez fans doute des
GALANT
423 .
*
nouvelles des Conqueftes faites
en Portugal par le Roy d'Efpagne
, voſtre curiofité va eftre
pleinement fatisfaite . Je com
mence par l'extrait d'une Let
tre de Mr le Duc de Barvvick.
Salvaterra
Alvaterra fut investi le 8. de ce
moispar Mr le Comte d' Aguilar
par mr le Marquis de Thouy ,
cette Place capitala le lendemain
& fe rendit à difcretion. Ily avoit
dedans dix Compagnies d'Infante
rie. Diego de Fonseca , Gouverneur
de cette Place & qui eft Comman
dant de la Province , s'eft laiffé per
fuader d'écrire & d'envoyer ordre an
Gouverneur de Segura de fe rendre.
Mr de Tferclas marcha le même
jour de Cadozira pour aller camper
Aronches & Portalegre , pays des
.
334 MERCURE
plus abondans du Portugal.
L'Extrait qui fuit eft encore
dumême Duc.
Du Camp d'entre Zegredo &
Idanha Velha , le 24. May
Ε
1704 .
LE9. de ce mois Mr le Marquis
Le
de Risbourg fut détaché pour
aller prendre Segura , qui fe rendit
aux mêmes conditions que Salvaserra,
La Garniſon eftoit composée
de quatre à cinq cens hommes , & à
fté envoyée en Caftille.
3-
Le 10. Mr le Comte d'Aguilar,
marcha a Pena Garzia qui ſe renditpareillement
, mais la pluſpart
des Soldats de la garniſon ſeſauverent
dans les montagnes , excepté
Le Gouverneur qui a eftéfait priſonnier
GALANT
335
mier.Le mêmejour les ennemis aban
donnerent Zegredo, & nos gens pen
trerent. Lexzharmée décampa d'ana
prés de Salvaterra , & vint camper
icy. L'on reconnut Idanha Velba
dontlafituationparoiffoit tres- avan=
tageuse , & de difficile accès. Le 137
Mr de Salazar Lieutenant General
fut détaché avec 2000. hommes de
pied & 300. chevaux pour attac.
quer Idanha Velha. Les Milices,
qui y estoient en garnifon reçurene
nos gens hors de la Kille à grands
coups de mousquet , ce qui coûta chers
ala Place , puifque nos Troupes ,
Infanterie Espagnole à la tefte ,
poußerent les ennemis fi vivement
qu'ils entrerent dedans avec eux ,
os Soldats ne furent pas plutoft en
trez qu'ils fe mirent à piller , les
ennemis fortirent par l'autre porte
May 1794
ΝΑ
336 MERCURE
& gagnerent les Montagnes . Le
Chasteau fe rendit enfuite fans coup
ferir. Cette Ville a fix cens maifons
affez jolies & riches , mais tout a
fe pillé , comme il arrive d'ordi
naire aux Places emportées de vive
force : ce qui felon les apparences
fervira d'exemple au refte du Pays
de ne fe point mettre en deffenfe contre
l'armée de Sa Majefte Catholi
que. Mr le Prince Tferclas eft tak
jours entre Aronches & Portalegra ,
fans qu'ily ait encore aucune nou
velle de Affemblée des Ennemis
dans la Lantage , non plus que dans
La Beira, Mr de Joffreville ef
venu en deçà de la Montagne pour
joindre l'armée du Roy , & feraity
demain avec les 17. Efcadrons qu'il
commande
GALANT 337
Extrait d'une autre Lettre.
Les Habitans d'un lieu fermé
ayant refusé d'ouvrir leurs portes &
tire quelques coups de fufil: Mr
de Joffreville l'afait forcer & brübet.
L'armée commandée par Mr leP.
Tfcerclas eftoit le 11. aux portes
& Aronches , & elle devoit retourner
du cofté de Portalegra. Ce General
n'a encore rien entrepris , mais il a
mande que la confternation eftoit f
grande dans tout le Portugal , qu'il
doute pas que fi - toft que le Roy
¿Eſpagne ſe preſentera avec fon
Armée dans la Lantage , Sa Majeffé
nefoumette toutes les Places de
ce pays la , la prévoyance & la bon
ne conduite de Mr de Barvvick qui
ne
Na ij
338 MERCURE
fe comporte avecune prudence & une
capacité extraordinaire , font qu'on
ne doit rien attendre que d'avan-
Un détachement de Cavaleite
qu'on a envoyé ce matin du cofté
Aduira , pour fçavoir s'ily avoit
une garnison , a appris qu'elle en
ftoit fortie. Ce détachement a obligé
cans d'ouvrir lesportes
& les
y est entré pour garder ce Pofte
Mr le Marquis de Thony, &
Mr le Marquis de Leide Maré
chal de Camp , viennent d'effre com -
mandez avec douze cens hommes de
pied & cent cinquante chevaux ,
pour aller prendre Rofmarinos , où il
ya garnison Angloife & Hollan
doife on ne doute pas qu'ils ne s'en
rendent maiftres demain , aprés quoy
on fera un autre détachement pour
GALANT 339
aller attaquer Montefanto , qui eft
fur la pointe d'une montagne qui pareift
inacceffible Les Portugais
croyent cette Place fi bonne qu'its
"difent communement , que qui pourra
s'en emparer prendra aisément le
refte du Portugal.
On a trouvé du canon dans toutes
les Places qu'on a prifes , &
beaucoup de poudre & de plomb ; les
"ennemis ayant tout fait porter fur
les Frontieres , croyant entrer les premiers
en campagne , & faire de
grands progrés dans l'Espagne.
L'Extrait qui fuit ne vous fera
par moins de plaifir que
tres.
les au-
Au Camp entre Zegredo &
* Idanha Velha , le 14 Mars.
* Nos Soldatsfont rage & prennent
Naiij
340 MERCURE
R
d'eux-mêmes des Fortereffes qu'on
croyoit danscepays imprenables : ee
matin plufieurs Cavaliers & cent
maraudeurs ont pris Montefanto;
Voila la feptième Plate que nous
leurprenons , funs qu'il en ait coûté
qu'un Capitaine des Dragons de
Mahony bleffé , avec un Dragon ,
S'épouvante eft tres - grande dans le
Portugal , & je nefçay pas comment
Amirante de Caftille fe tirera
d'affaire. Ce qui eft fùr , eft que
Que n'avons aucunes nouvelles des
ennemis . Le 7. du mois on leur in
veffit cinq Places. Le Duc d' Hijar
une prés des Frontieres de la Galice
Le Marquis de Villadarias uNE
autre dans le Royaume des Algar
ves. Mr le Prince Tferclas Tilly ,
Portalegre. Mr de Joffreville , Almoda
; nous avec le Roy , SalvaGALANT
34%
"A
terra , qui fe rendit d'abord. Segu
na, Zegredo, & Peña-Garzia fefont
rendues . Idanha Velha fut investie
avant bier 3 cette Place fit mine de
vouloir fe deffendre , on envoya un
détachement de prés de trois mille
hommes pour l'infulter ; its deffendirent
les approches , &firent une
fortie au nombre de trois cens homemes
fur vingt Dragons qui s'eftoient
emparez d'un pont & d'une maison,
& les obligerent à fe retirer au
Corps mais voyant que nos Troupes
les alloient attaquer par deux
endroits , ils firent une décharge &
fe fauverent par une porte qu'ils
Savoient libre 35 il ne refta que le
Cure , le Gardien des Recolees &
quelques vieillesfemmes qui fe fau
derent dans les Eglifes qui ont été com
fermées ; tour le reste a est aupillage ,
342 MERCURE
nos Soldats y ont fait un butin confiderable
, ils font fi amorcez que ce
matin d'eux- mêmes ils ont efté pren
dre Montefanio , qu'ils ont emporté
au troifiéme aßaut & ont paẞe la
garnifon qui eftoit d'environ trois
cens hommes au fil de l'épée , on a
fommé Rofmarinos fur le Tage ,
comme il y a quelques Troupes reglées
Hollandoifes & Angloifes
elles ont répondu qu'elles fervoient
leur Roy comme nous fervions le
noftre, & qu'elles ne craignoient
rien en faifant leur devoir.
On a appris depuis que cette
Place a efté prife à difcretion
Mr du Mefnil qui fait la fonation
d'Aide - major des Gardes
du Corps de Sa Majefté Catholique
mande du 15. que les Porsugais
font plus de pitié que
GALANT 343
d'embarras , qu'on devoit le famedi
fuivant envoyer des détachemens
pour prendre diverfes
Villes , & qu'affurément fi tout
eftoit trouvé preft pour entrer
en campagne un mois plutoft ,
la conquête du Portugal feroit
tenant achevée .
On a auffi appris que D. Fran
cifco Ronquillo a ruiné S. Piedro
, & Valdimura , pour avoir
égorgé quatre Dragons Efpa
gnols qui avoient elté faits pri
fonniers de guerre. On a pris
soo, bouriques dans les Places
de Portugal , qui fervent à por
ter le butin qu'on a fait dans ce
Roiaume là .
Le Roy d'Efpagne conti
Duant de jouir du bonheur atu
taché à fonfang , a reçû la nous
344 MERCURE
velle de l'arrivée à Cadix dự
Navire de Registre de Campê
che & de la Patache des Vailfeaux
qui portoit le prefent de
trois millions de Piaftres que le
Clergé & le peuple de la nou
velle Efpagne fait au Roy3
ainG tout ce qui regardoitola
flotte du Vif- argent eft arrivé.
On a auffi appris que le Roy
de Maroc affiege Mazagan fun
les côtes d'Afrique , qui appar
tient au Roy de Portugal.02
Toutes ces bonnes nouvelles
étant arrivées à Madrid la
Reine d'Espagne alla auffitoft
à Nôtre Dame d'Atocha pour
en rendre graces à Dieu , &
toutes les Eglifes de Madrid fu
rent remplies de peuple pour le
méme fujet. Ce peuple fe ré
GALANT 345
$
pandit enfuite dans toutes les
raes de la Ville , qui en furent
bien- toft toutes remplies . La
Reine étant revenuë de N61
tre Dame d'Atocha , fe mit fur
un des Balcons du Palais , d'où
Elle jetta quantité de pieces
d'or & d'argent au peuple; qu'il
reçût avec de grandes accla
mations de joye , & en donnant
mille marques de fa fidelité &
de fon zele pour fon legitime
Souverain , qui expofoit fa Perfonne
pour le falut & la gloire
de la Nation. Chacun fe deman .
da s'il y avoit quelqu'un dont
la fidelité fut chancelante , on
fit des perquifitions là - deffus ,
le peuple ayant refolu de brûler
fur l'heure les maifons de
ceux dont la fidelité feroit fuf
346 MERCURE
2
pectes mais ne s'étant trouvé
perfonne qui meritât cette punition
, le peuple s'écria tout
d'une voix , tout eft fidelle. Les
réjoüiffances publiques commencerent
auffi - toft. On fo
prepara pour faire des illumi
narions pendant deux jours ,
on inventa des fêtes nouvelles,
& on fe regala , contre l'uſage
d'Efpagne , où les réjouiſſances
publiques n'avoient jamais em➡
pêché la fobrieté mais le fue
jet de celle - cy étoit fi nouveau
à Madrid , qu'il ne faut pas
s'êtonner qu'on y ait fait des
fêtes extraordinaires
pour des
chofes qui y font fi peu ordinaires
, puifqu'il y a long - temps
qu'on n'a vû de Roy d'Efpagne
aller reconnoître les Places
la
GALANT
347
la portée du moufquet , ainfi
que vient de faire Philippe V.
On affure qu'en huit jours fes
Armées ont fait plus de 1500.
Prifonniers qu'il a envoyé en
Navarre afin de les faire voir à
tous les fujets .
Il ne me refte plus qu'à vous
parler de l'Armée commandée
par Mr le Maréchal de Villeroy
: ce General a paru cette
année en Campagne un mois
plutoft que l'année derniere ;
& quoiqu'il n'y eut point d'herbes
fur la terre , fes Troupes
n'ont pas laiffé de fubfifter , ce
qui ne fe voit qu'en France par
les grands foins qu'on y prend
d'amaffer des fourages , ce qui
a fouvent efté caufe que de
nombreuſes Armées du Roy
May 1974.
O
348 MERCURE
commandées par S. M. en per
fonne, ont fouvent efté en Campagne
pendant des hyvers entiers
, quoique ces hyvers fuf
fent des plus rudes. Pour revenir
à мr le Maréchal de Villeroy
, il n'a point trouvé d'Ennemis
en campagne lorfqu'il y
a paru , il a fait rétablir ce que
les Ennemis avoient détruit de
nos Lignes , il a pourveu à toutes
chofes pour la feureté de
nos Places , les Ennemis met
tant toutes leurs efperances
dans le grand nombre de trouapes
qu'ils devoient avoir en
Flandres, jugeant bien que leurs
affaires devoient aller mal par
tout ailleurs ; cependant Mr
de Villeroy étant maistre de la
Campagne , & aiant elecuté
GALANT 349
tout ce qu'il avoit refolu de fai
re , fit cantonner les troupes
pour les faire repofer , pendant
que les Ennemis inquiets affembloient
un Corps entre Liege
& Maftrich
, & que cherchant
a groffir leur Armée , ils faifoient
rafer les Fortifications
de la Chartreuse de Liege pour
en retirer les troupes , auffi bien
que de la Citadelle de cette
Place , ou ils n'ont laiffé que
deux Bataillons. Il étoit alors
difficile de juger ce que devien
droient les deux Armées , celle
des Ennemis groffiffant chaque .
jours mais enfin les Hollandois
fatiguez par l'Empereur & par
Alliez , dont les affaires .
font en tres- mauvais état , confentirent
à faire marcher leurs
O jj
350 MERCURE
troupes vers la Mozelle : cette
marche doit faire
remarquer
que cette guerre ruine les Anglois
, fans qu'ils puiffent efperer
d'en tirer aucun avantage :
ils ne
vouloient point la continuer
à moins qu'on n'afficgeât
Dunkerque , afin que cette Ville
leur fût remife aprés qu'on
en auroit fait la conquête. Les
Hollandois de leur côté vouloient
qu'on affiegeât Anvers ,
cette conquête leur étant d'une
extrême importance , mais la
mauvaife fituation de leurs Alliez
a rompu toutes leurs me
fures . Ils marchent de leur côté
dans
l'incertitude de ce qu'ils
doivent & de ce qu'ils peuvent
faire. Les mauvais fuccez de
leurs Alliez dont ils apprenGALANT
351
2
nent tous les jours des nouvelles
, leur font tous les jours
changer de deffein . Ils no
croyoient pas que Mr de Villeroy
les fuivroit , ce qui leur
donne de nouvelles inquietu
tudes , auffi bien que la nouvelle
du paffage de мr le Maré
chal de Tallard par la Vallée
de S. Pierre , qui les a rendu
immobiles , & les a obligé de
refter à Coblentz , d'où ils ont
dépêché des Couriers à leurs
Superieurs pour fçavoir ce
qu ' ils doivent faire. мr le ма-
réchal de Villeroy étoit à Luxembourg
le 28. Il a un Corps
avancé vers la Mofelle , & un
autre qui ne s'éloigne pas de la
Meufe , ce qui embaraffe fort
les Ennemis , ce Maréchal étant
Ouj

352 MERCURE
en état de les fuivre s'ils veulent
avancer , & de revenir du côté
de la Flandre s'ils veulent s'en
raprocher.
no13
Mr le Maréchal de Villeroy
agiffoit comme s'il eût deviné
les deffeins de Mr de Marleboroug
, & qu'il avoit refolu
de mettre fon Infanterie dans
des batteaux pour lui faire déf
cendre le Rhin , afin de prevenir
мrde Villeroy, & d'affieger
Anversimais ce Maréchal avoit
difpofé les troupes , de maniere
que le corps le plus confiderable
qui eft commandé par Mr
de Luxembourg , & qui fait
fon arrière garde, pouvoit joindre
en quatre jours мr de Bedmard
, qui de fon cofté a un
affés gros corps de troupes. Mr
GALANI
353
le Maréchal de Villeroy a dans
fon Armée trente- fix pieces de
canon d'une nouvelle invention
, ces canons tirent trois
coups à la fois , & fe chargent
en tres - peu de temps.
+
Le mot de la derniere Enigme
eftoit la jarretiere , il a été
trouvé par plufieurs perfonnes,
mais peu ont donné leurs noms,
aïant deviné la jarretiere fans
croire avoir trouvé le veritable
mot , ne s'imaginant pas
qu'on donnât deux fois de fuite
une Enigme , dont le mot
afût le même. Ceux qui ont
donné leur nom font , Meffieurs
Bardet & Dupleffis fon
ami , Maistre Chirurgien au
Mans , Charier , le Chevalier
Romain grand Mathematicien,
354 MERCURE
bruns
T'aimable voilée aux yeux
& blonds cheveux , & fa nouvelle
conquefte de Chofel , Le
nouveau devineur de la rue des
Maturins , & par l'ainée des
neuf mufes de la Paroiffe Saint
Honoré .
Voicy une Enigme nouvelle ,
elle eft de мr d'Aubicourt .
ENIGM E.
Du beau feu qui m'anime on prolonge
le cours ,
Lorfque l'onfatisfait reglementfon
attente :
De deux alimens feuls mon befoin
fe contente,
A peu de frais ainfi , je puis vivre
toûjours.
Si ma flameparoit la nuit plus que
le jour
,
GALANT
355
Ce n'est pas qu'au Soleil elle foit
moins ardente:
L'Aurore anonce en vainfa victoi
re éclatante
,
Je triomphe le foir , & je brille
mon tour ,
S
Utile aux pauvres gens , en mepris
chez le riche >
Je me trouve par tout
Louvre on me niche ;
même as
L'on me plaçoit jadis juſques dans
les tombeaux.
$
Dix-fept fiecles paſſezfourniroient
peu d'exemples ,
Quefans moy on ait veu frequenter
les faints Temples ,
Comme il n'eft point fans moy de
chaumiere aux hameaux.
Les démelez font toûjours
356 MERCURE
grands en Portugal entre les
Portugais & les troupes des
Alliez au fujer de la difference
de leur Religion . Quelques Of
ficiers Anglois accompagnezde
beaucoup de valet's aïant efté
au Convent des Jeronimiftes de
Belem auprés de Liſbonne , où
font les tombeaux des Rois de
Portugal , les valets en voyant.
ces tombeaux , firent de grands
éclats de rire , les Moines crurent
qu'ils fe mocquoient d'eux ,
& des miſteres de la Religion .
Les Maiftres voulurent les excufer
, mais les Moines ne les
croyant pas moins coupables ,
les maltraiterent aufli , ces Officiers
mirent l'épée à la main
dans l'Eglife , les Religieux
crierent au fecours , la popu
St
GALANT 357
lace vint en foule , & les Anglois
eurent beaucoup de peine
à regagner les barques, dans
lefquelles ils eftoient venus ,
plufieurs furent bleffez , & l'on
croit que le Chevalier Piterfon
l'un des principaux Officiers
eft mort . On dit que les
troupes des Alliez , & celles de
Portugal fe retranchent à quatorze
lieuës de Lisbonne .
J'ai oublié de vous dire , en
vous parlant des conquêtes faites
par le Roy d'Efpagne qu'on
a pris aux Portugais deux mille
pieces de betail , & que le Gouverneur
de Salvaterra envoya
les clefs de fa Place au Roy par
un Aumônier & par un Capi
taine , enlui marquant qu'il reconnoiffoit
la juftice defa caus
358 MERCURE
T
fe , & qu'en cette conſideration
il ferviroit fidellement S. M. fi
elle vouloir luy accorder la con
tinuation de fon gouvernement
cequ'il demandoit par un grand
Placet , dans lequel il expofoit
que fes grands & longs fervices
pour le Roy de Portugal ,
n'aïant point efté recompenfez,
il demeureroit fans biens fi Sa
Majesté Catholique ne lui accordoit
ce qu'il prenoit la liberté
de lui demander . Ce Mọ
narque n'a point fait de répon
fe à ce Placet , & ce Gouver
neur eft demeuré prilonnier
avec la garniion .
J'apprens en ce moment que
Mr Marlboroug a paffé le Rhin
à Coblentz. Je vous ay déja
déja fait voir les raifons qui
doivent
GALANT 359
doivent l'empêcher de mettre
fon Infanterie fur des batteaux .
pour luy faire defcendre le Rhin
afin de faire le fiége d'Anvers .
On fait beaucoup de raifonne-.
mens fur les autres projets qu'il
peut avoir , & voicy comment
on raiſonne . Si ce General remonte
le Rhin , мr de Tallard
a affez de forces pour s'opofer
à fes entreprifes , & alors мr
de Villeroy pourroit entreprendre
ce qu'il voudroit entre la
Meufe & la Mofelle , ou dans le
païs des Etats Generaux : mais
I'on croit que fon but eft plûtoft
de fe tenir à portée de raffurer
les Cercles de Suabe & de Franconic
, qui ont déclaré hautement
que fi on ne les fecouroit
puiffamment , ils accepteroient
May 1704.
PP
360 MERCURE
la neutralité , & abandonneroient
l'Empereur. Il femble
auffi que les Hollandois veulent
en même temps fauver les
17. Bataillons qu'ils ont dans
les Lignes & dans le Vvirtemberg.
On fe perfuade auffi que
Marlboroug prétend garder le
Rhin avec les Anglois & Hollandois,
pendant que мrde Bade
affemblera tous les Allemans
pour marcher contre Mr de Baviere
; mais quand cela arriveroit
, les Ennemis feroient encore
plus foibles en Allemagne
que les Armées de мr de Bavic
re , de мr de Marcin , de мr de
de Tallard , & de мr de Coignies
, & мr le Maréchal de
Villeroy qui n'auroit alors plus
d'Armée en tête , pourroit faire
GALANT 361
de grandes conquêtes . On ne
fera pas long- temps fans apprendre
à quoi мr de Marlbo
roug fe fera déterminé,
"
Monfieur de Mantouë retourna
à Verſailles le 31. de ce mois.
Ce Prince a d'abord eſté conduit
au Chenit , où il a paru
d'abord furpris du grand nom
bre & de la beauté des chiens
ainfi que des chevaux qu'on luy
fit voir dans ces lieux . On le
mena enfuite à la petite, Ecurie
où fa furpriſe éclata bien davantage
en voyant tous les Va
lets d'Ecurie au nombre de plus
de deux cens , avec la livrée du
Roy , cinq cent chevaux qui
font dans cette Ecurie avec des
brides tres propres & des rubans;
le Garde- meuble des houf
-
Ppij
prija
362 MERCURE
les & des felles magnifiques ,
Ce Prince demeura dans cette
Ecurie plus de 5. quarts d'heures
, & Mr Manſart qui l'y avoit
conduit & à qui l'on doit ce beau
bâtiment qui a efté fait fur fes
deffins , le mena enfuite à la
grande , où il n'eut pas moins
de fatisfaction , & ou les chevaux
luy parurent de la plus
grande beauté , il y vit ainſi que
dans la petite Ecurie , tous les
gens de livrée parez , & les
chevaux en fort bon eftat , une
tres- grande propreté par tout
& un bon ordre , fur lequel il
fe récria plufieurs fois , de même
que fur la magnificence. Douze
Pages choifis monterent les plus
beaux chevaux dans le manége ,
avec beaucoup de vigueur & de
GALANT 363
grace , leurs chevaux étoient noüez part
derriere avec des rubans , & leurs cha
peaux étoient garnis de plumes , & le fils
de Mr de Memont, Ecuyer de la grande
Ecurie , qui a montré à monter à cheval
à Meffeigneurs les Princes , exerça tresagreablement
un fauteur vigoureux.
Monfieur le Duc de Mantouë alla au
fortir de la grande Ecurie voir la Ménagerie
, où ce Prince vit d'abord les petits
Apartemens de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , qu'il trouva riches &
galants : il entra enfuite dans le Sallon ,
où les Officiers de Mr Blouin avoient'
difpofé une grande Collation , il y pric
du Chocolat , & mangea peu de chofe,
il vifita enfuite routes les Cours où font
les Animaux , & il prit beaucoup de
plaifir à les voir. Il monra au fortir de la
Ménagerie dans une Gondolle , dans la
quelle il fut mené jufqu'au bout du Ca
nal, pourlui faire voir de là le Château ,
& fes deux aîles , aprés quoy les Gondolles
allerent aborder au bas de Trian
non.Comme le jour commençoit à bail
Pp iij
364 MERCURE
fer , il n'eut que le temps de voir une
partie des Appartemens du Château : il
parcourut enfuite les Jardins, & remonta
aprés dans la Gondolle qui l'aborda
vers l'Apollon , où il monta en Caroffe
& revint à Paris .
Je viens d'apprendre que мr
de Marlbouroug acheva le 27.
de paffer le Rhin avec fon Armée.
On prétend qu'il avoit
deffein d'aller à Landau , mais
que fes mefures ont été rompuës
par la jonction , non - feulement
à l'égard du Siége de cette Place
, mais des autres projets qu'il
avoit formé : Son paffage du
Rhin eft regardé comme le
dernier effort que les Anglois &
les Hollandois pouvoient faire
pour l'Empereur. Ce General
n'a que 22. mille hommes , 44 .
pieces de Canon, & jo . Pontons
GALANT 365
de cuivre . La confternation eſt
par tout dans les troupes & parmi
les peuples . Mr le Maréchal
de Villeroy continue fa route ,
& marche auffi en Allemagne
, où le Roy aura plus de
cent trente mille François , en
y comprenant l'Armée de мr de
Marcin , & le Camp volant de
Mr de Laubanie . мr de Tallard
quitta le 25. les environs de
Brifac pour venir vers Landau
& entrer dans le Palatinat afin
de regler fes mouvemens fur
ceux des Ennemis .
ގ
Les Fanatiques ont dû être
difperfez e 30. de ce mois en le
diverſes Provinces , aprés avoir
reçû l'Amniſtie . Mrde S. Mauris
Gouverneur du neuf Brifac
étant mort , le Roy a donné fon
366 MERCURE
Gouvernement à мr dela Lan
des , & S. M. a donné à мr de
Babezieres le Gouvernement
de S. Quentin , vacquant par
la dém fion de мr de мaupertuis.
Tous les beftiaux de la
Mirandolle ont efté enlevez par
Mr des Effars Colonel de Ĉavalerie
, mais ce Colonel a elté
tué en allant reconnoître une
Caffine , d'un coup de fufil tiré
de la même Caffine .
Mr le Grand Prieur eft à
Sanguineto , & мr de S. Fre
mont fait conftruire un pont
fur la Panaro prés de Bondeno.
Le Tranchée a été ouverte devant
Suze le 31. de ce mois par
Mr Valliere qui avoit inveſti
cette Place
GALANT 367
Madame la Ducheffe de Be
jar a efté nommée à la place
de Madame la Princeffe des
Urfins , pour eftre Camera-
Major de la Reine d'Espagne.
Cette Dame eft Veuue de
feu Mr le Duc de Bejar , qui
fut tué au fiége de Bude . Elle
eft mere de Mr le Duc de Bejar
Grand d'Espagne , & de
Don Pedro de Zuñiga Colonel
d'un Regiment qui fert dans
l'Armée de S M. C. Peu d'Enfans
ont plus d'obligation à leur
mere que ces deux freres en ont
à la leur. Elle a vécu dans une
efpece de retraite depuis la
mort de feu Mr le Duc de Bejar
, & elle ne s'eft appliquée
qu'à remplir tous fes devoirs ,
& à liquider les biens de fes en368
MERCURE
fans. Elle y a réuſſi avec un fuccés
qui lui a attiré une admiration
generale.
Je remers au mois prochain à vous
parler de ce qui s'eft paffé à l'égard des
Fanatiques dépuis qu'ils ont reçu l'Am
niftie qu'ils ont demandée au Roy.
Après avoir fait l'Article de la mort
du PereBourdalouë que vous avez trouvé
dans ma Lettre , j'ay reçû un Eloge
de ce Pere , fait par une perfonne d'un
efprit diftingué , je vous envoyeray le
mois prochain cette Piece d'Eloquence.
Je fuis , & c.
A Paris , ce dernier May 17047
TABLE
P
Relade.
9
Ode & Epigrame pour le Roy. 6
Sonnet à la gloire de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
Epigramme pour mettre au bas du
portrait de Madame la Ducheffe
de Bourgogne
,
Service folennel fait à S. Martin
de Tours pourfeu Mr le Cardinal
de Furftemberg
,
II
idem
Explication des devifes , & Emblemes
faites pour l'entrée de Mr
l'Evêque d'Albi à Albi ,
Ode fur le Printemps ,
Sonnet ,
14
41
46 Article où l'on voit de nouvelles
particularitez touchant les quatre
ou cinq dernieres actions qui
fe font paßées entre les troupes du
Royles Fanatiques, 47
TABLE.
Article de morts ,
г
118
Mariage divertiſſant pourle Lecteur
143
Nouvelle carte de Portugal, 147
Election d'un General des Barnabites
, 148
Article touchant la vie du veritable
150 Pere Jofeph ,
Noms , qualitez fervices , & emplois
des Brigadiers , tant de
Cavalerie que d'Infanterie de
la derniere promotion , 163
Homelie de notre S. Pere le Pape
prononcée lejour de Pâques, 210
Places vaquautes des Academies ,
des Medailles, &des Infcriptions
remplies ,
Changemens & Corrections dans le
difcours de Mr Moreau , prononcéal
Academie des Sciences 223
224 Ze Chimifte phyficien ,
220
TABLE .
Emplois dans la marine donnezpar
le Roy aux enfans de Mr le
Maréchal de Chateaurenaud
234.
Regimens achetez,
Idem
Election du General de la Mer-
Icy ,
Martage,
236.
241
Lettre écrite par Mr le Duc de
·Schomberg ,
Troifiéme article de morts , dans le
quel on trouve un portrait de la
4
Cour,

256
Benefices donnez par le Roy, 283
Lettre écrite à l'occafion d'un nouveau
fyfteme de musique , 297
Article curieux touchant la flote de
la Nouvelle Efpagne arrivée à
Cadix ,
Nouvelle carte da Pere Placide ,
3rE
Amote de Mr le Duc de Man-
May 1704. QI
TABLE.
321
some , & fa premiere entréveuč
avec le Roy, &c.
mrle marquis de Montleon a l'bonneur
de faluer le Roy , 329
331
Article curieux touchant le commencement
de la foumillion des Fanatiques.
Requefte prefentée par les Nonve
sux Convertis de Nifmes à Mr.
le Maréchal de Villars. 345
Détail de toutce qui s'eft paffé en Italie
pendant lemois de May. 392
Détail du paffage de mr le Maréchal
de Tallardpar laVallé de Saint
Pierre.
395
Plufieurs chofes rapportées par mrde
S. Victor àla gloire de Mr de Baviere,&
touchant le bon estat où ſe
trouvent les troupes de ce Prince &
celles de France, ainfi quefes manieres
obligeantes & generenſes,
TABLE.
pour tout ce qui les regarde. 399
Seconde promotion de Benefices , 393
Le Comptefaitpar mr Barime 400
Traduction d'une Lettre écrite au
RoyparDon Juan Varon de Cha...
vez, Gouverneur de rifle de Cuba,
touchantlapriſe des Iſles de laProvidence
& de Siguatey. 403
Promenade de Mr de Mantouë au
Cours 4411
Coquis eft paffe lorfque мrde man
toue a efté voirles eaux àVerfailfailles.
Détail de ce qui s'eſt paſſé à Meudon
lorfque ce Princey a efté.
413
417
Relation de toutce qui s'eſt paffé à la
prife d eplufieurs Places de Portugal
emportées par le Roy d'Eſpa-
422
gne.
Bonne nouvelle receue à Madrid
enfuite de celle des premieres canTABLE.
1
queftesfaites par le Roy d'Efpa
gne
334
Rejouiffancesfaites dans la même
ville,
344
Mr le Duc de Mantouě retourne à
Verfailles voirles Ecuries de S.M.
&la Ménagerie de Trianon. 361
Suite de ce qui regarde les deffeins de
Mrle Maréchal de Villeroy &
de Mr de Marlboroug.
264
Fanatiques difperfez en diverfes
Provinces.
Gouvernemens donnezparle Roy. id.
Suite des Affaires d'Italie. 366.
Madame la Ducheße de Bejar eft
nommée Camera major, à la pla
co de Me des Unfins.
369
167
Noms & Notes da Syftemepage 300.
Exemple de Mufique , page 306
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le