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1704, 02
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Eur. 511m
1704,2
Mercure
<36624505650016
<36624505650016
Bayer . Staatsbibliothek

MERCURE
CALANT
DEDIE'A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIER 1704.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Sale du
au Palais au Mercure galant,
?
Com
Omme il eft impoffible dans la con
joncture prefente de ne pas groffic
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix, Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin,
on n'en payera que trente - cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DC CIV .
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek.
München
+
AU LECTEUR.
TL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
quemalgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
"les Memoires
qu'on envoye
.
pour eſtre employez
, on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
,
de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MEREVRE
GALANT
FEVRIER 1704 .
I
E fuis
perfuadé que
vous ferez fatisfaite du
commencement
de ma
Lettre , & que
les
quatre
Pieces
qui
fuivent
recevront
des applaudiflemens
.
A iij
6 MERCURE
AU ROY ,
Sur la derniere Campagne.
SONNE T.
PLusgrandparta vertu , quepar ton Diademe
Prince , on eft étonné qu'abſent en
douze mois
Tuforces trois Remparts & vainques
quatre fois.
Je ne fuis point furpris de ce bonheur
extrême.
2 .
L'admire bien plutoft ta fageſſeſuprême
,
Qui donne à tes Guerriers le Plan de
ces Exploits s
GALANT
7
Abfent , tu les conduits , éloigné tu
les vois
Et ton Nom a l'effet de ta Perſonne
même.
Auffi , lorfque loüant Generaux &
Soldats
Tu veux bien leur devoir le gain
de ces combats ;
Eux- mêmes des fuccés te rapporteni
la
gloire .
S
Tes bons ordres , tes foins , ta pieté ;
tes voeux ,
Ont à tes Etendarts attaché la Victoire
,
S'ils
combattent pour toy , c'eft toy
qui vainc pour eux.
A iiij
8 MERCURE
A MESSIEURS
DE L'ACADEMIE
FRANCOISE.
Sur ce qu'ils ont donné, pour
le fujet du Prix des Vers de
l'année prochaine , les heureux
fuccés de la Campagne
derniere.
SONNET.
LE Prixpourra longtemps atten.
dre ,
Et le Parnaffe eftfort furpris
Que vostre Academie ait pris
Unfujet qu'il n'ofe entreprendre.
GALANT
9
S
En cent vers cent Exploits comprenz
dre ?
C'eft fe mocquerdes beaux efprits ;
Et moins leur propofer un Prix ,
Qu'un bout de corde à s'allerpendres
226
Qui peut en ce nombre de Vers
D'écrire les fuccés divers ,
Qu'a vu la Campagne paſſée .
$
Pourra renfermer à la fois.
Et l'Illiade & l'Odiffée
Dans la coquille d'une noix .
роё
MADRIGAL.
Oëtes indifcrets, à Cefar , Alexandre
,
Vous comparezfouvent l'Invincible
Louis
10
MERCURE
Que vous comparez mal ! je vais
le faire entendre .
Zeurs faits qui font bornez, ne font
pas inouis
Mais de pouvoir compter , & de
pouvoir comprendre
Les Exploits de ce Prince , à nul il
n'eft permis .
GALANT
PRIERE
POUR LE ROY.
Sur les grandes & continuelles
Victoires que Sa Maj
jefté remporte fur les Ennemis.
Dieu tout puiſſant , & Pere
celefte , nous vous rendons de
tres humbles actions de grace
pour les grandes & continuelles
Victoires que noftre triomphant,
Monarque remporte tous les
jours fur fes Ennemis . * Vous
*
Pleaume
143 .
12 MERCURE
le conduifez par la main au combat
& adreffez fes doirs à la
guerre ; & comme un autre Prophere
Royal , Princefelon voftre
coeur , vous l'affiftez de votre
puiffante protection , & le faites
triompher de tous fes Ennemis . *
Vous combatez toûjours en fa
faveur , Dieu des Armées , &
luy faites gagner des batailles ,
&prendre de grandes &fortes
Villes , parce que la guerre qu'il
foutiens eft tres - jufte . Car ce
neft point pour dépouiller les
Princes fes voisins de leurs
Etats , qu'il a pris les armes
* Ifaïc. I.
GALANT 13
mais feulement pour foûtenir &
affermir la Couronne que vostre
bonté paternelle a mile fur la
tefte du Roy d'Espagne ,fon petit
Fils. C'est vous , Seigneur , qui
luy avez mis les armes à la main
qui avez rendu intrepide le
coeur defes Sujets pour maintenir
les interefts & le bon droit
de cet Augufte Potentar . Le Roy
Catholique, Prince dont la pieté,
la vertu & le courage fuit les
traces defon incomparable Aycul
que vous avez gratifié du plus
long & du plus heureux regne
qu'on ait vû. Nous avoüons , ô
Dieu , que les avantages qu'il
14 MERCURE
remportefurfes Ennemis de tous
coftez , font des coups vifibles de
voftre main invifible. C'est un
fruit precieux de vôtre benediction
, la terre n'en porte
point un plus fignalé en juſtice
& en integrité , plus craignans
Dieu , plus clement & plus debonnaire
. Il vient de changer la
guerre en paix , & la rebellion en
obeïffance. Tant de perfonnes
feditieufes de toutes fortes d'états
viennent d'éprouver fa clemence ,
qui par leur revolte avoient merité
tout le châtiment qu'un juſte
reffentiment peut infliger à des
fujets matins , Cependant ce Roy
GALANT
15
bien faiſant, par une bonté vrai,
ment Royale & plus que pater.
nelle , leur a magnanimement
pardonné , faisant voir à tous
fes Ennemis , par cette vertu
heroïque , qu'il n'a rien oublié de
la douceur de fes Peres. Vous
luy avez mis la douceur au coeur
pourSupporter la foibleffe de fes
Sujets qui aux fujeftions des en .
nemis de fon regne defa prof.
perité , avoient pris les armes
contre fa domination . Vous l'avez
fait , Roy , en un Etat fi
floriffant qu'il eft la gloire de
l'Europe & l'ornement de l'U.
nivers. Toute la Chrétienté
16 MERCURE
depuis longtemps lesyeux ouverts
fur Sa Majefte , & admire fa
merveillenfe pieté. De même
qu'un Fofué vous l'avez choisi
pour exterminer les Peuples qui
ne vous fervent pas en efprit &
en verité, & qui fe font liguez
contre voftre Eglife auffi bien que
contre fon fils aîné , lequel à
fouvent abandonné fes intereſts
particuliers pour le bien public
de la paix , & qui a toujours
donné azile & protection aux
Princes perfecuse . C'eft , grand
Dieu , le plus brillant portrait
de voftre divine Majeſté , & la
plus vive image de vostrefaz
GALANT 17
geffe qui ait jamais regné fur
nous. Il renferme en fa Royale
perfonne tout ce que les plus aus
guftes Souverains ont pratiqué de
grand de judicieux . Toute fa
force viens de vous , faites que
fes Ennemis reffentent la pefanteur
de voftre bras , afin qu'ils
connoiffent que c'est la puiſſance
du Dieu des Armées qui le con
duit. Etende fon Empire jufqu'aux
extremitez de la terre
habitable , afin que les Peuples
les plus barbares adorent le Dieu
qui le protege. Fous les François,
grand Dieu , ont aujourd'huy
fajet de s'humilier extraordinai-
Fevrier 1704 B
18 MERCURE
rement au pied du Trône de vôi
tre Majefté divine pour vous
remercier du plus profond de leur
coeur des grandes Victoires que
vous avez accordées aux armes
de noftre redoutable Souverain.
Se's combats ont efté fanglants
,
mais voftre bras foudroyant l'a
toujours fait triompher de fes
Ennemis. Combien fommes nous
oblige d'eftre fidelles au Prince
qui regne fur nous avec tant de
bonté , & qui par la prudence,
force & puiffance que vous luy
ave mifes en main , nous con
ferve & maintient dans un
Etat heureux aux milieu de tans
GALANT 19
de troubles , de guerre , & de
calamitez dont l'Europe fe voir
prefentement affligée. * Que fi
l'Apoftrefaint Pierre veut qu'un
domestique foit fidelle & obeif
fant à fon Maistre , qui n'a
d'autorité fur luy que pour un
temps , à plus forte raifon des
fujets doivent ils eftre fidelles à
leur Sounerain qui a droit de
vie & de mort fur eux ; leurs
corps & leur biens luy appar
tiennent de droit ; ainfi ils doi .
vent volontairement & fans
murmure contribuer à tous fes
befoins. Mais puifqu'il eft vray
1. Pierre 2. 18.
Bij
20 MERCURE
>
que les Rois font les Peres des
Peuples imprimez s'il vous
plaift , dans le coeur de tous fes
fujets une obeiffance fujette &
filialle , afin qu'ils joignent leurs
vaux & leurs prieres pour la
confervation de leur Santé
Roy, pour la profperité de fes
armes , que les Sacrifices que
tous les Peuples de fes Etats
vous offrent continuellement pour
l'heureux fuccés de cette guerre
dont la caufe eft fi jufte , vous
foient agreables. Que nous nous
rejoüiffions à l'avenir , comme
nous faifons à cette heure , defes
Conquefies & de fes Victoires,
GALANT 21
Que nous publions à haute voix
que c'est le Dieu des Ifraëlites
qui combat pour luy. Grand
Dieu qui faites voir àſes Vaiffeaux
le Levant le Ponant,
& l'un & l'autre Pôle , veüillez
par vostre grace & bonté infinie
les conduire au travers de tant
de vagues , d'écueils , de tempeftes
& d'ennemis , & que parfon
moyen l'Evangile du Seigneur
·Jefus brille dans tous les lieux
où ils abordent , communiquant
aux Infidelles une lumiere que
illuminant les efprits , leur fera
voir dans la fplendeur de la
Foy les chofes fpiritueles ins
22 MERCURE
vifibles ; &qu'aprés avoir fait
tant de courfes , & traversé tan
de mers , que par votre puif
fance infinie ils retournent heu
reux dans le Port de leur chere
Patrie. Qu'il vous plaife , Perc
celefte , faire comprendre aux
Princes liguez que ces prifes de
Villes , défaite d'Armées , nau .
frages effrayans , innondation:
Villes fubmergées
font des
effets de vostre jufte indignation
de voftre bras foudroyant qui
s'apefantit de plus en plus fur
eux , & que lefang qu'ils font
répandre in aftement est le fang
des enfans des Souverains , &
GALANT 23
Etats ; renad
que les Villes qui fe detruisent
font les habitations des Peuples
que vous avez commis à leur
conduite. Vous avez fait miraculeufement
fucceder ce grand
Roy à de puiffans
dez, s'il vous plaift , par ſon
autorité la paix & la tranquil
lité à l'Etat du Sauveur die
monde , qui eft fon Eglife , que
fes armes foient toujours victorieufes
& triomphantes ; que fa
gloire s'accroiffe & s'éternife dans
les fiecles à venir ; que fes Ennemisfoient
abbatus & humiliez
aux pieds de fa puiffance , tandis
que le Souverain Maistre de
24 MERCURE
l'Univers combatra pour fa
deffence. Confervez, confervez,
ô Dien , noftre Roy qui en ce
fiecle eft feul deffenfeur de la For
de fes Peres , & le Protecteur
vifible de voftrefainte Eglife. I'l
s'eft rejouy dans la force que vous
luy avez donnée combattant le
bon combat contre les Ennemis
de vostre gloire & de la fienne.
Prenez auffi , s'il vous plaift , en
voftre fainte garde tous les Prin
ces & Princeffes du fang. Donnez
Pere de grace , aux auguftes
époufes des Princes de fon
fang ane fecondité abondante
que les precieux fruits qui en
fortiront
GALANT 25
Fortiront foient la joye du Ciel,
L'amour des Peuples , la gloire
des Princes & la terreur de leurs
Ennemis ; & quant à nous ,fes
fujets ,faites nous auffi la grace
que nous n'ouvrions à l'avenir
bouche qu'en benediction pour
noftre Roy, que nous n'ayons
que des pensées fidelles pour fon
fervice. Amen.
Je vous ay déja envoyé
plufieurs Ouvrages du même
Auteur , qui ont efté tres.
bien reçus. Ces Ouvrages
ont paru fous le nom de Mr
Gafchet c'est un fameux
Fevrier 1704 C
26 MERCURE
Pharmacien de Savion , en
Saintonge.
Je vous envoye la Relation
dont je vous ay parlé le
mois dernier . On doit en
quelque temps que ce foit ,
faire part au Public de fes
fortes de Feftes , où le zele
n'a pas moins de part que
l'invention , l'efprit , & la ma
gnificence.
2
GALANT 27
LETTRE
Ecrite de Montauban par un
Officier à un de fes Amis ,
fur les réjouiffances publiques
que Mr le Gendre Intendant
de la Province , a fait faire
dans cette Ville , à l'occafion
de la prife de Landau , de la
défaite du Prince de Heffe
& des heureux fuccés de la
Campagne derniere.

Vperdu ,
Monfieur , de
Ous avez beaucoup
ne vous eftre pas trouvé à
Montauban le lendemain de
Cij
28 MERCURE
Noël , pour y voir la magnifique
Fefte que donna Mr le
Gendre Intendant de cette
Province , à l'occafion de la
priſe de Landau , de la deffaite
du Prince de Heffe , & des
heureux fuccés de cette Cam .
pagne.
Dés que Mr l'Intendant
dont vous connoiſſez le zele
pour la gloire du Roy , en
cut reçu la nouvelle , il refolut
de celebrer avec éclat
tous ces glorieux évenemens ,
le jour en fut marqué au 26.
de ce mois.
Cette Fefte fut annoncée
1
GALANT 29
le matin par le bruit du canon
, auquel fucceda celuy
des tambours , des hautbois ,
& des trompettes , qui mirent
tous les Habitans dans
mouvemens heureux ces
qu'infpire la joye , & que le
zele anime.
On vit d'abord jaillir de
vant la porte une fontaine
de vin , ce qui ne contribua
pas peu à réjouir le peuple.
Les Habitans qui s'eftoient
preparez depuis plufieurs
jours à répondre au zele de
Mr l'Intendant , fe mirent
fous les armes à midy , & for
C iij
30 MERCURE
merent deux Corps , un de
Cavalerie & l'autre d'Infan
terie , qui parcoururènt toute
la Ville avec l'allegreffe naturelle
à des Sujets fideles .
Aune heure ces deux Troupes
allerent fe ranger en ba
taille fur le Rempart vis - à- vis
l'Eglife des Carmes , où le
Te Deum devoit fe chanter ,
ils y formerent deux lignes ,
l'une d'Infanterie compofée
de plus de cinq cens hommes
, & l'autre de Cavalerie
de plus de trois cens , avec
des cocardes vertes aux cha.
peaux , livrée de Mr l'Inten
GALANT 31
dant , les Gentilshommes les
plus diftinguez le firent honneur
de fe mettre à la tefte
de ces Troupes.
-
A trois heures aprés midi
Mr Bertier premier Prefident
de Pau , Mr le Prefident
Riquet , & les Gentilshommes
les plus qualifiez de la
Province , qui estoient venus
exprés à Montauban parami.
tié pour Mr le Gendre , fe
rendirent chez luy avec tou
tes les Dames & les perfonnes
les plus confiderables de
la Ville , & allerent enſemble
à l'Eglife des Carmes , que
C iiij
32 MERCURE
Mr l'Intendant avoit choifie
pour faire chanter le Te
Deum. Il y avoit un concours
de monde extraordinaire , la
Mufique , la beauté des ornemens
, & le filence de l'Affemblée
rendirent cette Ceremonie
auffi augufte que de
vote . Elle commença & finit
par une décharge du canon
& de la moufqueterie
.
Aprés les actions de graces.
Le jour eftoit fi beau que
Mr l'Intendant propofa à
toute l'Affemblée de paffer
fur le boulevart pour y voir
toute la Bourgeoifie qui
GALANT
33
eftoit fous les armes.
D'abort que les Troupes
apperçurent
Mr l'Intendant
,
on entendit de tous coftez
des cris de Vive le Roy , & on
remarqua avec plaifir fur le
vifage de tous les Habitans
le zele & la fidelité qu'ils ont
dans le coeur.
Aprés que ces Troupes cu
rent défilé en tres -bon ordre,
elles allerent fe ranger en ba
taille dans la grande Place ;
où Mr l'Intendant avoit fait
dreffer un Feu d'artifice.
Ce feroit naturellement ici
le lieu de vous en faire la def
34 MERCURE
cription , ainfi que des Eme
blêmes & des Deviſes qui en
firent le principal ornement ;
mais comme cela pourroic
vous faire perdre la fuite de
nos plaifirs , qui n'ont eu aucune
interruption ; je vous
fupplie de fufpendre voftre
curiofité .
L'heure du Feu eftant ve
nuë , le canon & la moufqueterie
firent plufieurs décharg
ges , & auffi toft Mr l'Inten
dant fit partir de la feneftre
où il eftoit , une lance à feu
qui alla s'attacher à l'un des
quatre Soleils qui eftoient
GALANT
35
placez fur les angles de la
Galerie de l'Arc de triom
phe. Ce Soleil embraſé jetta
une fi grande quantité de feu
qu'il le communiqua à toute
la machine , & dans le même
inftant on vit une agréable
confufion de boëtes , de fer
penteaux , de lances à feu ,
& de fufées volantes : les unes
alloient fe perdre dans les
nuës pour faire appercevoir
de plus loin la folemnité de
cette Fefte , il y en avoit qui
ferpentoient en l'air & for
moient mille chiffres enflad
mez les autres , en ache
2
36 MERCURE
vant leur courſe , ſe diffi
poient en éclats , ou fe partageoient
en petites étoiles ;
enfin les éclats des boëtes &
les fifflemens des fufées mê .
lées avec le bruit des tam .
bours , des hautbois , des
trompettes , & des cris réï .
terez de vive le Roy, faifoient
le plus charmant effet du
monde .
A ce brillant ſpectacle en
fucceda un autre qui ne fut
pas moins agreable que furprenant.
En arrivant chez Mr l'In
tendant on trouva toute la
GALANT 37
·
face & les feneftres de fa
maiſon , illuminées d'une maniere
tres ingenieufe. Le
grand appartement qu'il a fi
fort embelli , eftoit éclairé
par une infinité de luftres
rempli de tables de jeu , &
rien n'y manquoit de tout ce
qui peut contribuer au plaifir
d'une belle & nombreuſe
Compagnie , l'on y joüa juſ
ques au foupé.
Sur les huit heures l'on
monta dans l'appartement
de Madame le Gendre , oùle
foupé eftoit fervi , avec une
magnificence , une abondan
38 MERCURE
Ily
ce , une propreté & un ordre
qui paffe tout ce que vous
avec vû icy jufqu'à prefent.
Il y avoit dans la premiere
Salle une table en fer à cheval
de cinquante couverts
où le mirent les feules Dames
, qui furent fervies par
les jeunes gens de la Ville
les plus galans , & dans les
deux Chambres fuivantes , il
y avoit quatres autres tables
de feize couverts chacune .
Toutes ces tables furent
également bien fervies , &
chacun y trouva ce qui pouvoit
flater fon gouft ; il eft
GALANT 39
furprenant que dans une
Province on ait pû faire une
chere auffi grande & auffi
délicate , fans embarras &
fans que perfonne attendiſt
un moment , ce qu'il pouvoit
fouhaiter ; il n'y eut d'autre
confufion que celle que peut
inſpirer la vivacité du plaiſir,
Les Violons joüerent pendant
le foupé , & préparerent
aux Dames le plaifir du Bal
qui commença au fortir de
table , où elles brillerent avec
plus d'éclat que jamais , tant
par leurs parures que par
bonne grace & les agrémens
la
40 MERCURE
que vous leur connoiſſez .
Quelque brillante que cet!
te Feste ait efté , chacun fe
retira encore plus content
des manieres & des honneftetez
de Mr le Gendre , que de
fa magnificence
.
Ne vous imaginez pas que
la Relation que je viens de
vous faire , doive toute fa
beauté aux fictions ; celle cy
n'a befoin que d'une plume
filele , vous pourrez en croi.
re la mienne , ayant efté tég
moin de tout.
Aprés vous avoir rendu
compte de la fuite de nos
GALANT 41
plaifirs , il eft jufte que je fa
tisfaffe voftre curiofité fur la
deſcription du feu.
C'eftoit une maniere d'Arc
de triomphe à quatre faces ,
autour duquel regnoit une
Balustrade peinte en marbre.
La principale face eftoit diftinguée
par un fronton où
l'on avoit peint les armes de
France & d'Espagne accolées,
& apuyées fur un trophée
d'armes ; on leur avoit don
né pour fuppoft la Renom
mée & la Victoire , telles
qu'on a coûtume de les reprefenter.
Février 1704
. D
42 MERCURE
Sur la Banderolle de la
trompette que tenoit la Renommée
eftoient ces paro
les :
NON MIHI SI VOCES
CENTUM ORAQUE CENTUM.
Et l'on voyoit fortir de la
bouche de la Victoire , cely
les -cy :
FAMA COMES:
Sur le premier échaffaut
eftoit un maffif ou embaſe
ment tout uni & peint en
pierre , qui avoit environ dix
GALANT 43
ou douze pieds en carrés ce
maffif portoit un pié d'eftal
peint en marbre , dont les
quatre angles eftoient ornez
de quatre figures de Sculpture
dorées, qui reprefentoient les
quatre Vertus. Ces hierogli .
phiques , quoique communs
& connus de tout le monde ,
eftoient neantmoins expli
quez par des paroles qu'on
avoit choifi pour caracteri
fer chaque Vertu , & qu'on
avoir gravées fur la plinthe
qui en foûtenoit la reprefentation.
392910
Au pied de la Figure qui
Dij
44 MERCURE
reprefentoit la Juftice eftoit
écrit :
NIL SINE PONDEREA
Au pied de celle qui re
preſentoit la Force ,
HEC FECIT HEROES
La Prudence eftoit defi
gnée par ces paroles :
FATO PRUDENTIA MAJOR.
Et la Temperance par
celles
cy :
FURENTES DOCET COMPONERE
MOTOS.
GALANT 45
Ces quatre figures foutes
noient les deux Trônes unis
fur l'un eftoit la repréſenta
tion de la France fous la fi
gure d'une femme , avec tous
les ornemens qui peuvent
defigner cette Monarchie
& l'Eſpagne eftoit repréfens
tée de même fur l'autre , leur
union eftoit marquée par
celle de leurs Trônes , au
pied deſquels on lifoit ces
parolles.
QUIS VERTET QUOD STA
TUERE DIL
46 MERCURE
L'Espagne s'unit à la France ;
Les Dieux ontfait cette alliance ,
Temeraires mortels vos efforts feront
vains
Contre l'ouvrage de leurs mains .
Au deffus des Trônes pa
roiſſoit une Victoire fondant
des nuës , & couronnant les
deux Monarchies , avec ces
paroles.
DIIS VICTORIA CONCORS.
Mais , Monfieur, ce qu'il y
avoit de plus remarquable &
de plus digne de voſtre cu
GALANT
47
riofité dans la decoration de
ce Feu , c'étoient diverfes
emblêmes ou devifes qui
étoient pofées d'efpace en
efpace fur l'entablement de
l'Arc de Triomphe , le fujet
en eftoit pris de l'eftat pres
fent des affaires de l'Europe,
ou des principaux évenemens
de la
Campagne
.
Le double avantage que
le Roy a remporté fur les
Ennemis par la deffaite du
Prince de Heffe , qui a efté
fuivie de la reddition de
Landau , y eftoit reprefenté
dans deux Tableaux diffe
rens.
48 MERCURE
Dans l'un eftoit peint u
torrent qui fe diviſe , & ravage
tout ce qui s'oppose à
fon cours , avec ces mots.
DIVISUS PLURA STERNIT .
Croyez- vous quand ilfe partage
Qu'il en affoibliffe fon cours
Rapide , impetueux toûjours
Il n'en fait que plus de ravage.
Dans l'autre de ces Ta.
bleaux , eftoit peint au deffous
du Soleil , un nuage ef
pais d'où partoit la foudre ,
qui alloit d'un colté rüiner
les murs d'une Place , & de
l'autre
GALANT 49
l'autre renverser une Armée,
avec ces paroles ,
HINC QUATIUNT TURRES ,
HUIC AGMINA DELENT.
'Le Soleil dans la nuë , a formé
cette foudre ,
Qui d'abord fe partage en deux
Pour détruire un Camp orgueilleux,
Et reduire une Ville en poudre.
Il y avoit un troifiéme
Tableau , qui fur le même
fujet , renfermoit plus de
circonftances non feule
ment la deffaite du Prince de
Heffe , & la prise de Landau,
Fevrier 1704 E
50 MERCURE
y estoient repreſentées , mais
encore le peu de temps que
les Imperiaux ont gardé cette
Place.
On avoit figuré tout cela
par une Aigle , qui a à
peine enlevé la proye , qu'un
Chaffeur la bleffe d'un trait
mortel , & l'oblige de la lâcher,
& voicy les paroles.
VULNERATA Dimittit .
Ceffe de tant chanter ta victoire
& tajoye ,
Fier Aigle vainement , tu crois garder
ta proye ,
Le Chaleur vient te l'arracher
A
GALANT 51
Etfa gloire en eft plus parfaite
Puifque le même coup qui te l'a
fait lacher,
Eft fignalé par ta deffaite.
La courte durée de la con
quefte de Landau › par le
Roy des Romains , eft encore
exprimée dans un autre
Tableau , par la repréfentag
tion d'un pied de fougere ,
qui feche dans l'année, avec
ces paroles.
ARESCIT IN ANNO .
A cette Devife on en avoir
opposé une autre dans le
E ij
52 MERCURE
même Tableau , fur la prife
de Brifac , par Monseigneur
le Duc de Bourgogne , la
gloire que ce Prince s'eft ac .
quife dans cette expedition ,
y eftoit exprimée par la repréſentation
d'un jeune Chêne
verd qui doit durer plufieurs
fiecles , avec ces paroles.
VIRESCIT IN OEVUM.
Les Lauriers du Roy des Romains
Ont eu lefort de la fougere;
Mais ceux que Brifac offre à des
plus dignes mains ,
1:
GALANT
53
Auront du Chêne verd , la deftinée
entiere.
La vanité des projets des
Ennemis , & l'inutilité de
leur Flote eftoient reprefentées
fous la figure d'un enfant
, ſe joüant fur le bord
de la mer , à faire des bou .
teilles de favon qui s'éva
noüiffent au même inftani
qu'elles fe forment . A ce
corps de Devife
mis ces paroles .
on avoit
SIC CUNCTUS PELAGI CECI
DIT FRAGOR .
E j
54 MERCURE
Flatez d'un efpoir decevant ,
Mille Vaiffeaux armez pour nous
reduire en poudre
Sur nos Coftes déja , faifoientgronder
la foudre ,
Où font leurs grands fuccez, qu'ontils
produit ? du vent.
La
mauvaiſe
politique
du .... qui quitte l'alliance
des deux
Couronnes , pour
des efperances
chimeriques ,
eftoit dépeinte
par le chien
de la Fable qui laiffe tomber
fa proye pour courir aprés
l'ombre qu'il en avoit aper
çûe dans l'eau .
GALANT 55
UMBRAM NUNC CAPTAT
INANEM .
Semblable au credale chien ,
Qu'un avide defir entraine ,
Tu quittes lefolide bien ,
Et cours après une ombre vaine .
L'Archiduc n'y avoit pas
efté oublié , on le reprefentoit
allant à la conqueste de
la Toifon qu'on avoit peinte
fufpendue à un arbre , autour
duquel on voyoit plufieurs
morts qui avoient peri
dans une pareille entrepriſe
avec ces paroles.
E iiij
56 MERCURE
HÆC TE FATA MANENT.
La folle & temeraire envie
De ravir la riche Toifon
D'un trifte fort fera fuivie ,
Les Dieux l'ont donnée à Jafon.
Pour donner au Peuple
l'efperance de la Paix , on
avoit peint une Foreſt de
Lauriers , dans le milieu de
laquelle naiffoit un Olivier.
INTER LAUROS NASCETUR
OLIVA.
Peuple fur la foyde l'Hifiore
GALANT 57
Soyez tranquille deformais ,
C'est dans le fein de la Victoire ,
Qu'on voit toujours naitre la Paix.
Pour marquer le bonheur
qui accompagne les armes
du Roy , qui femble avoir
fixé la Victoire , on avoit
peint un Lis entrelaffé de
Palmes & de Lauriers , avec
ces mots.
SOCIA FECIMUS LILIA
Les Lis ont acquis tant de gloire
Qu'avec nous unis deformais ,
Nous ferons tous trois à jamais ,
Lefimbole de la Victoire,
58 MERCURE
: par
Monfieur de Chamillart a
tant de part au fuccés glorieux
de la guerre prefente ,
fon exactitude à executer
les ordres du Roy , & par
l'application avec laquelle il
en fuit les vûës , qu'on ne
pouvoit mieux caracteriſer
fon Miniftere qu'en repre
ſentant l'Etat ſous une figure
d'un Vaiffeau dont il eft le
Pilote , toujours attentif à
fon Pole , avec ces paroles.
ATTENTUS POLE REGIT.
Contremoy conjurez Neptune avec
Eale
GALANT 59
Pour retarder mon cours , ne font
qu'un vain effort ,
Redoublant mes travaux attentifà
mon Pole ,
l'avance toujours vers le Port.
Autre explication .
Toy qu'on voit dans le miniftere
Si ferme fous un double poids ,
Attentif àfuivre les Lois
D'un Roy de qui l'efprit te dirige 3
& t'éclaire ;
Tu nous paroisfous ce fardeau
Vn Pilote intrepide & fage
Qui conduit par fon Pole au milien
de l'orage ,
Sçait de tous les écueils , detourner
fon Vaiffeau,
60 MERCURE
Autre .
Sous la figure du Navire ,
L'Etat nous eft repreſenté ,
Aufi difficile à conduire ,
Que peut l'eftre un Vaiſſeau , par
les vens agité ;
Miniftre vigilant que la France
revere
Comme un Pilote habile , infatigable,
heureux ,
Malgré les écueils dangereux
De ton penible miniftere ,
Attentif & fidele au Pole qui t'è
claire ,
Tes projets ont toujours un fuccez
glorieux.
GALANT 61 .
Autre .
Zors qu'honoré du choix du plus
>
grand Roy du monde ,
Tu tiens fans t'ébranler le timon
de l'Eftat.
C'est àfa fageffe profonde
Que tes nobles travaux doivent
tout leur éclat ;
Mais tu peut te flater de ce doux
avantage ,
Quejamais Miniftre avant toy
N'a feu faire un plus bel ufage
Des lumieres de ce grand Roy.
Je fouhaite que vous foyez
auffi content de ma Relation
, que toute la Province
l'a efté de la fefte . Je fuis, & c .
62 MERCURE
Ceux qui font diftinguez
par une grande naiſſance ou
par les plus confiderables
emplois de l'Etat , ne font
pas feuls de ces feftes publiques
lorfqu'il s'agit de celebrer
la gloire du Roy , & il
fe trouve beaucoup de particuliers
à qui la dépenfe ne
coûte rien en de pareilles
occafions. C'eſt ce que vient
de faire voir à Maubeuge ;
Mr de Terradelles Chevalier
de l'Ordre Militaire de
Saint Louis , Capitaine dans
le Regiment Royal Rouffillon
, entretenu par le Royà
GALANT
63
la fuite de cette Place. Il y fit
chanter le 22. Janvier , une
Meffe folemnelle en Mufi .
que , dans l'Eglife de Saint
Pierre , où les Magiftrats &
les principales Perſonnes de
la Ville affifterent , pour remercier
Dieu des heureus
fuccés des Armées de Sa Ma .
jefté & de celles de fes Alliez
pendant la Campagne derniere
, & pour le prier de répandre
fes benedictions
afin qu'elle continuë de
triompher toujours de fes
Ennemis. Le foir il donna le
divertiffement d'un Feu d'ara /
64 MERCURE
tifice dans la Place publique,
pendant lequel toutes les
cloches de la Ville carillonnerent.
Il fit auffi couler pen .
dant quelques heures une
Fontaine de Vin .
Vous fçavez que le Roy a
'écrit à tous les Archevêques
& Evêques de France , & à
ceux des Païs qui font fous
fa domination , afin qu'ils
fiffent rendre graces à Dieu
dans toute l'étenduë de leur
Dioceſe , de la priſe de Landau
, & de l'heureux fuccés
de la bataille de Spire. Je ne
vous envoye point ordinai.
GALANT 65
rement ces Lettres , puif
qu'elles contiennent toutes ,
à peu prés , les mêmes cho
fes , & je vous fais feulement
part de celle que Sa Majefte
écrit à Monfieur l'Archevêque
de Paris : Mais comme
ce Prince jugea à propos
d'écrire une Lettre plus ame
ple à Monfieur le Coadjuteur.
de Strasbourg , & que cette
Lettre contient une espece
de Relation des avantages
remportez par les troupes de
Sa Majefté. J'ay cru que je
vous la devois envoyer. A
peine Monfieur le Coadju
Fevrier 1704 .
F
66 MERCURE
teur de Strasbourg eut- il reçû
cette Lettre qu'il la fit tra
duire en Allemand , & la fit
imprimer afin de la rendre
publique . L'Allemand
eftoit
imprimé à coſté du François .
Voicy une Copie de cette
Lettre.
LET TRE
Du Roy , à Monfieur le
Coadjuteur de Strasbourg.
Mon
Confin ; mes ennemis
connoiffans
l'importance
Idont il eftoit pour eux de conferver
la Ville de Landau,
GALANT 67
avoient raſſemblé un nombre de
troupes confiderable pour obliger
le Maréchal de Tallard d'en le.
ver le Siege, ilsy auroient reuſſi,
fi Dieu qui s'est déclaré pour la
cauſe juſte , n'avoit pas protegé
mes armes dans cette derniere
occafion , comme il a fait à la
priſe de Kell , au combat d'Echeren
, au Siege de Brifac , d
la yataille d'Hocfted & en tant
d'autres rencontres Cette Place
femble n'avoir efté fi longtemps
défenduë , que pour donner loifir
à l'Armée des Ennemis , d'arri »
ver à son fecours , & augmen
ter par fon entiere défaite , la
Fij
68 MERCURE
gloire de cette Campagne . Le
Prince de Heffe. Caffel avec un
corps de troupes qu'il avoit ame ■
né du Pays de Limbourg , paſſa
le buit & le neuf de ce mois la
Mofelle au deffus de Coblens , &
fit une fi extraordinaire diligence,
¿que le 17. il arriva prés de Wormes
, où ayant efté joint par les
troupes du Comte de Naſſau
Weilbourg, il fe trouva fort de
wingt huit bataillons , & de
cinquante - quatre efcadrons . Il
marcha le 14 avec cette Armés
dans le deffein d'aller forcer les
lignes du Siege ; mais le Maréchal
de Tallard bien informé de
16
Ad
40
tin
4
GALANT 69
fes mouvemens en fortit le
même jour , & marcha au de
vant de luy avec vingt huit
bataillons & quarante huit ef
cadrons . Le fieur de Pracental
avoit ‹fté detaché , par mes ordres
, de mon Armée de Flandres
avec trente- un bataillons &
vingt- quatre efcadrons ; quelque
diligence qu'il eut faite ,Jon in
fanterie ne put arriver. Mais
ayant joint avec fa Cavalerie le
is à quatre heures du matin , le
Maréchal de Tallard marcha
anffi-toft aux Ennemis , les deux
Armées fe rangerent en bataille
dans la plaine de la petite Hol-
बीर
2
70 MERCURE

lande , & en eftant enfin venuës
aux mains ,la Cavalerie enne -
miefut d'abord miſe en déroute,
& leur infanterie poußée
enfoncée par la mienne , avec.
tant de vigueur , qu'à la reſerve.
de quatre ou cinq bataillons qui
fe trouverent les plus éloignez
toute l'infanterie des Ennemis a
efté entierement détruite ; plus de
cinq mille des leurs font demeurez
morts fur le Champ de bataille,
parmi lesquels on compte le Prince
de Heffe Hombourg , le fils du
Prince de Naffan Welbourg,
le General Hoffkirk , le Baron
de Laos , lefieur Tetan & beau.
GALANT 71
coup d'autres gens de marque. Il
s'en eft trouvé outre cela plus de
trois mille morts mourans ola
bleffez , repandus dans les Vill
lages , plus de deux cens Officiers
& deux mille foldats ont efté
faits prifonniers , & on leur a
pris trente deux Drapeaux &
fix Etendars , trente pieces de
Canon, toutes leurs munitions de
guerre & leurs tentes , Le même
jour du combat , le Gouverneur
de Landau ayant demandé à
capituler , il eft forti de la place
le 18. avecfa Garniſon , que
Siege avoit diminuée de plus dé
moitié, eftant convenu lay même
le
72 MERCURE
qu'il y avoit perdu plus de deux
mille hommes de fes troupes , &
plus de cent Officiers . Et comme
je me trouve obligé de rendre
graces à Dieu d'un évenement
qui me marque fi viſiblement ſa
protection , je defire que vous
faffic chanter le Te Deum
dans votre Eglife Cathedrale ,
dans toutes les autres de vôtre
Diocefe , avec les folemnitez requifes
, & invitiez d'y affifter
tous ceux qu'il conviendra ; &
lapréfente n'eftantpour autre fin :
Je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin , en fa fainte & digne
garde. Ecrit à Marly le 29.
Novembre
GALANT 73
Novembre 1703. Signèfur l'Ỡ-
riginal , LOUIS , & plus bas
Chamillart ; & au dos eft écrit :
A mon Coufin le Coadjuteur de
l'Evêché de Strasbourg , & en
fon abfence , au grand Vicaire
dudit Evêché.
Monfieur le Coadjuteur
de Strasbourg fit publier fon
Mandement dans le même
temps qu'il rendit cette Lettre
publique. Son Mande
ment eftoit à coté d'une
traduction Françoiſe que ce
Coadjuteur fit auffi publier,
Voicy ce Mandement.
Fevrier 1704: G
74 MERCURE
MANDE MENT
de Reverendiffime, & trese
que
Sereniffime Prince Monfeigneur
le Coadjuteur de
Strasbourg.
grace
Armand Gafton de Rohan ;
Prince de Soubize , par la
mifericorde divine , &la
du faint Siege Apoftolique, Evéde
Tiberiade Coadjuteur
de l'Evêché de Strasbourg
A tous les Abbez , Prevosts ;
Doyens , Chanoines , Prieurs ,
Archiprefires Paroiffes , Superieurs
, Abbeffes Chanoi
GALANT
75
neffes & Superieures de ce Dio
cefe : Salut benediction.
L'Alface a recouvré sa premiere
tranquillité , & aux cala ?
mitez de la guerre elle voit fuc
ceder un doux repos : elle n'a plus
la douleur de voir moiffonner fes
champs par les Ennemis , & habiter
fes Maifons par les troupes
étrangeres. Le Citoyen ne voit
plus arriver chez luy un hofte
d'un vifage inconnu . Sous le
Regne glorieux & fortuné de
Louis le Grand , on
on goûte par
tout le charme de la fecurité,
les Peuples dont le Pays a efté fi
longtemps le theatre de la guerre,
Gij
76 MERCURE
Se dedommagent à preſent dans .
lefein de la paix des allarmes
des frayeurs que traine toujours
aprés Joy ce terrible fleau C'eft
l'illuftre Maréchal de Tallard
qui nous met dans cette tranquille
fituation , & ſa valeur
nous fait joüir aujourd'huy de
cette paix que nous defirions il
ya fi longtemps . Il a pris Landau
aprés vinge neuf jours de
Siege, Cene Ville que la force
de fes murailles & la regularité
de fes retranchemens rendoient
encore plus forte que la valeur
de fa Garnison ; mais ce glorieux
fuccés a esté relevé par un autre
·
GALANT
77
une
encore plus confiderable. Les Énnemis
honteux de voir prendre
fous leurs yeux & à la veuë
d'une Armée nombreuſe
Ville fi forte & défenduë par un
fi grand nombre de troupes , prés
parent un fecours d'Infanterie ,
☛ de Cavalerie , & pleins de
confiance dans la fuperiorité du
nombre de lears troupes , marcherent
pour fecourir cette Ville.
L'intrepide Maréchal l'ayant
appris , fait un détachement de
fes Lignes , & fe mettant à la
refte , il vient au devant des
Ennemis les rencontrer les
vaincre , n'eft qu'une même chose
:
Giij
78 MERCURE
pour luy . En un mot , il leur tua
pour le moins cingmille hommes,
en prit trois mille prifonniers ,
avec quarante Drapeaux on
Etendars , trente pieces de
Canon , toutes leurs munitions.
de guerres & leurs tentes. Ce genereux
défenfeur de l'Alface
merite cette loüange , de dire que
les premiers exploits de cette
Campagne ont esté marquez par
le fang des Ennemis , & que par
une double gloire il a fçû allier
la Fortune avec la Valeur.
Noftre tres- religieux Monarque
rendu à Dieu les graces qu'il
buy devoit de ce fucces imporGALANT
79
rant ; à ce Dieu tout puiffant
qui fait tout tourner à l'avan .
tage de la France , même le cara
nage & l'horreur des combats ;
par la grace duquel la guerre ,
en unfens , nous eft plus utile
que la plus profonde Paix.
Pleins de reconnoiffance de l'an .
cienne tranquillué qu'il vient
de nous faire recouvrer , chantons
luy un Hymne de loüan ;
ges , &c. Hymnum cante .
mus Domino , & exaltemus
nomen ejus , magnificavit
Regem in excelfum , & percuffit
inimicos ejus plagâ
magnâ,
G iiij
80 MERCURE
C'est pourquoy nous mandons
& enjoignons de l'avis
&
>
confentement de noftre reverendiffime
& illuftriffime Chapitre ,
à toutes les Eglifes Collegiales
Paroiffes de cette Ville , de
fe rendre le Dimanche 9. Decem-.
bre , à la Cathedrale à l'iffue des
Vefpres & à l'heure de quatre ,
pour y chanter l'Hymne Te
Deum laudamus , & la Col.
lecte qui fuit , en actions de
graces ; & aux autres Eglifes
hors la Ville de chanter le
même Hymne le Dimanche fuir
vant feiziéme du même mois.
Donné à Strasbourg , dans le
GALANT 8r
Palais Epiſcopal , le ſeptiéme
Decembre 1703. Signé , dans
l'Original , Armand - Gafton
Coadjuteur de Strasbourg.
Par ordre du Sereniffime
Prince Coadjuteur.
RICCIUS
Il eft conftant qu'on në
peut fe rendre maistre d'une
Place auffi forte que Landau ,
& gagner une Bataille auffi
complette que celle de Spire ,
fans que les
Vainqueurs per
dent un nombre fort confi
derable d'Officiers , & fans
qu'il y en ait auſſi beaucoup
82 MERCURE
de bleffez . C'est la perte du
fang de ces Braves qui fait
la gloire des Troupes victorieuſes
, puifque fi leurs En-
3
nemis s'eftoient rendus fans
refiftance , les Vainqueurs
tireroient peu de gloire d'un
avantage
qui ne leur auroit
rien coûté. S'il eft ainsi , les
Vainqueurs ne doivent point
cacher la perte qu'ils ont
faite , il n'appartient qu'aux
vaincus de la déguiſer , &
c'est pourquoy nos Ennemis
cherchent tant de détours.
pour faire croire que les per
tes qu'ils font tous les jours
GALANT 82
ne font pas confiderables ;
ils ont encore d'autres rai
fons pour en uſer ainfi , &
font obligez de tromper leurs
peuples qui ne fouffrent déja,
que trop impatiemment ,
pour eux , le fardeau de la
guerre. Quant aux François ,
ils ne peuvent trop faire con.
noiftre la valeur de ceux qui
ont efté tuez ou bleſſez en
remportant des Places & en
gagnant des Batailles. Les
louanges que reçoivent les
familles de ceux qui ont per
du la vie pour leur Roy &
pour leur Patrie , les anime à
84 MERCURE
fi
fournir de nouveaux Braves
qui puiffent vanger la mort
de ceux qui ont efté tuez , &
ceux qui ont acquis tant de
gloire par leurs bleffures fe
trouvent plus animez qu'auparavant
, & cherchent encore
avec plus d'empreffementà
gnaler leur valeur . Enfin ce
qui fe trouve de ces Braves
dans les Relations imprimées
font des titres d'honneur &
des éguillons qui engagent
leurs defcendans à fe fignaler,
ainfi qu'ont fait les Braves
de leur fang qui ſe font ac- ·
quis une gloire immortelle ;
GALANT 85
c'est ce qui m'a obligé à
chercher avec beaucoup de
foin un état de ceux qui ont
efté tuez ou bleffez au Siege
de Landau & à la Bataille de
Spire. Je vous envoye celuy
qui est tombé entre mes
mains ; je ne doute point
qu'on n'y ait oublié quelques
noms , & qu'il n'y en
ait quelques autres de défigurez
, les noms propres
eftans fouvent difficiles à
déchiffrer , quand ils ne font
pas parfaitement bien écrits.
86 MERCURE
OFFICIERS
Tuez & Bleffez au Siege
de Landau.
NAVARRE .
Officiers tucz
Mr de la Blandiniere , Capi
taine.
Du Roy.
Officiers bleffez.
Meßieurs,
Puget , Capitaine.
Lieutenans,
Miremont.
Cajeaux.
Carbonne ,Sous- lieutenant,
GALANT 87
Officiers tuck.
Lieutenans.
Calnicourt.
Molas.
ROYAL.
Officiers tuez
Meffieurs ,
La Fitte , Capitaine .
Maillant , Lieutenant.
Officiers bleffez
Bretagne.
Boulée .
Saint Louis,
De Forte.
Cadau.
Louen.
Saint Priva.
88 MERCURE
Belcau , Capitaine.
TOURAINE .
Officiers bleffez.
Meffieurs ,
Graville , Capitaine.
La Reniere .
Beuche.
Le Roux.
Barbeze.
Coucy.
Riot.
Limofin .
Du Fay.
Doujon ,
Deshotels.
Milly , Sous.lieutenant ,
GALANT 89.
Officiers tuez.
Mr Charles , Capitaine .
SURBECK.
Officiers bleßez.
Clement , Capitaine .
Perlet , Lieutenant.
Urfan.
Schuitbourg.
Stoupen.
Fabrici , Lientenant,
Granu .
AULNIX .
Officiers bleffez:
Meffieurs ,
Capitaines.
La Croix.
Morival.
Fevrier 1704
H
90 MERCURE
Beauvoir , Lieutenant
Mavoir , Sous -lieutenant.
SAINT SECOND ,
Officiers bleffek
Meffieurs ,
Murſeau , Capitaine .
Moris , Lieutenant.
Berthelot , Sous lieutenant
SANTERRE.
Officiers bleffez.
Meffieurs,
Preüille , Capitaine.
Freminville.
Defrochers , Lieutenant.
Rochelet , Ingenieur volon
caire.
GALANT 91
SOURCHE S.
Officiers bleffeze
Meffieurs,
Lieutenans.
La Roche.
Barré.
Convers. EN
GREN.
Officiers bleffez.
Meffieurs ,
Lieutenans.
Saint Louis.
Renedi.ad
Saint Martin , Capitaine:
Saint Aubin , Sous - Lieute
nant.
Hij
92 MERCURE
ROYAL ITALIEN
Officiers bleffez.
Meffieurs ,
Vagnon , Capitaine.
Lieutenans.
Orvir.
Sarmery:
GRIMALDI
Officiers bleffez.
Meßieurs ,
Servedio , Capitaine .
Arbefino.
GREDER.
Officiers tnez
Meßieurs ,
Rebret , Capitaine .
GALANT 93
Officiers bleffez:
Des Roches , Capitaine.
LA COURONNE.'
Officiers tuez.
Meßieurs,
Des Mouline , Capitaine
Trefenac , Lieutenant.
Officiers bleffez.
Mainville.
Motet
De Chaffe.
ROYAL ARTILLERIE
Officiers tuez.
Meßieurs ,
Rouval , Lieutenant.
Officiers bleffez
Pijart , Commandant,
94 MERCURE
Foreft , Capitaine.
Lieutenans.
Coffiere.
Caftera.
Souflieutenans,
Du Portail.
Boule,
SILLERY .
Officiers tuez.
M' Villars , Souflieutenant.
HAYNA U T.
bare Officers bleſſez
Meffieurs
Francifque , Major.
Dodonnel , Capitaine,
Paris , Lieutenant.
GALANT 95
TILLY .
Officiers tuez.
M' Roftaing , Major.
ORLEANOIS
,
Officiers tuez.
M' Martin , Lieutenant.
Officiers bleffez.
Mr Bouchet , Lieutenant.
BEAUCE.
Officiers bleffez.
Meffieurs
La Vergne , Capitaine,
Fayole , Lieutenant.
BRIE.
Officiers bleffez
Mr La Semerie , Capitaine
Ingenieurs tuez
96 MERCURE
Lezeau .
Meffieurs ,
Saint Sars.
Chalaux.
Chevalier.
Du Hallé.
Beauzancour.
Ingenieurs bleffez
Martin.
Poilly.
Officiers d'Artillerie tuez;
Meffieurs ,
Marange , Lieutenant.
La Refidiere .
Officiers d'Artillerie bleſſez
Camus , Commiflaire.
Pelletier , Lieutenant.
Officiers
GALANT 97
OFFICIERS.
Tuez & Bleffez , à la
Bataille de Spire.
NAVARR E.
Officiers tuez
Mr Carbonin , Lieutenant.
Officiers bleffez
Meffieurs ,
De Salle , Capitaine.
De Jar , Lieutenant .
Calvo.
ROYAL.
Officiers tuez.
Meßieurs,
Blafignac , Capitaine.
Fevrier
1704 1
98 MERCURE
Officiers bleffez.
Monbrau .
Morel.
De Fienne.
Boideft .
Saint Marc , Aide- Major.
Lieutenans .
La Couray.
De Sorte.
'Artigole.
La Barte.
Bornay.
BRIE.
Officiers bleffez
Mr La Troche , Lieutenant.
G .... DE BOURGOGNE .
Officiers Bleffez
GALANT 99
1
Meßieurs ,
Capitaines.
Saint Martin ..
Doclaris.
Benavant , Sous- lieutenant,
MILAN.
Officiers bleffez
Meßieurs
,
Ponty Capitaine.
Vanberkel.
ROBECK.
Officiers bleffez.
Meßieurs ,
Saint Simon , Capitaine.
Saint Sauveur.
SURBECK .
Officiers bleffez.
I ij
100 MERCURE
Meßieurs,
Wath , Lieutenant.
Schucider.
ORLEANOIS.
Officiers tuez.
M' Dable , Lieutenant- Colonel.
Officiers bleßeZ
Chateauvieux , Major.
La Fontaine , Capitaine .
LA MARCHE.
Officiers bleßez
M' Giurgeon .
Du Roy .
Officiers bleffez.
Du Barail , Lieutenant- Colonel.
GALANT IO
Officiers tuez.
M' De Hauterive Raffin
Lieutenant .
OFFICIERS
de Dragons tuez & bleffeZ
COLONEL GENERAL .
Officiers tuez.
M.Bieurs ,
De Seves , Capitaine.
De Lifle , Cornete.
Sordre , Maréchal des Logis
Officiers bleffez.
Chalay , Capitaine reformé
Vignamont , Aide.major.
Geoffray , Cornette.
I iij
102 MERCURE
Crazené.
Boulonche.
La Coviliere.
LA REINE
Officiers tueż.
Mcẞieurs,
Dandelart
> Capitaine res
formé.
Duclos , Maréchal des Logis :
Officiers bleffez
Grainville , Capitaine.
Breuge , Capitaine reformé.
Lieutenans.
Boifée.
Marbay.
La Cofte , Cornette.
Bois de Lofman , Volontaire
GALANT 103
FLAVACOURT .
Officiers tuez.
Meffieurs ,
Tallon , Capitaine .
Chevalier , Cornette .
Officiers bleffez.
De Sandrin , Capitaine.
Tulis , Lieutenant.
DE ROHA-N.
De Bois.
Officiers sucz
De Brefle,
Saint Germain .
Officiers bleffez
Berthier.
Bourbon.
Courcelle.
I iiij
104 MERCURE
Dauphin.
Herbin.
Lafary , Maréchal des Logist
Détachemens de quatre - vingedix
Dragons de Hautefort.
Officiers bleffez
Meßieurs,
Sailly , Lieutenant - Colone!
reformé.
Viffée ,
Capitaine.
Détachement de Vaße.
Officiers bleffez.
Meßieurs ,
Du Sellier ; Lieutenant - Colo
nel
GALANT 105
Paris , Aide major.
Du Clare Lieutenant re
formé.
>
Détachement de PeДeux!
Officiers bleffez.
M' le Marquis de Paudy.
DRAGONS DU ROY.
Officiers tuez
Meßieurs,
Boiloon.
Neuville.
Paſquier.
Landrimon.
Officiers bleffez!
D'Armon , Lieutenant - Co
lonel.
106 MERCURE
Capitaines.
Heffagne.
Dantroche.
Longpré.
Verdalle , Lieutenant,
Dupré.
Saint Georges .
OFFICIERS
de Cavalerie suez & bleffe z
DU REGIMENT
MESTRE
DE CAMP .
Officiers tuez.
Meßieurs,
Darnolet , Capitaine.
Lieutenans.
De
Monperou.
De Vauchere.
1
GALANT 107
Riviere.
Lieutenans reformez:
De Cabazac .
Cointel.
Routier , Capitaine Aide
major.
Officiers bleffez
Meffieurs ,
De Coulange , Meſtre de
Camp.
Capitaines
De Fontenay.
De Monchy.
Le Boa.
Lieutenans,
De Beaujeu.
Vignan.
108 MERCURE
Lieutenans reformez.
Daron .
De Monteau .
De Billy.
DE BOURGOGNE.
Officiers tuez;
Meffieurs ,
Capitaines.
De Puguion .
De Saint Laurens.
Officiers bleffezi
Meßieurs ,
De Pugujon , Brigadier .
Prouville , Capitaine,
De Saint-Loup.
Du Laurens , Major.
De Bergerac.
GALANT 109
Yignau , Maréchal des Logis .
Lieutenans.
La Hoeliere.
Ville longue.
Artheau ,Maréchal des Logis.
Montagnac.
Deſpinay.
De Toqueville.
La Barre.
De Montreau , pere.
De Montreau , fils.
Cannet , Cornette .
Boullard, Maréchal desLogis
DE BOURGOGNE .
Officiers bleffez
Meffieurs ,
Le Chevalier d'Argenteüil ;
Capitaine .
110 MERCURE
Lieutenans.
La Bouille.
Sance.
La Riviere.
Tanfau , Maréchal des Logis
Daucque Cornette.
• Conflans , Maréchal des Logis.
Du Boifle.
Cognoy, Maréchal des Logis,
DE LA BAUME.
Officiers tuez.
M'Foiffy, Maréchal desLogis.
Officiers bleffez.
Meffieurs ,
De Beauchene , Capitaine .
Torche Foullon , Lieutenant.
GALANT III
De Mannify , Cornette , fait
prifonnier.
DE LA VALIERE ,
Officiers tuez:
Mr De Briqueville.
Officiers bleffez.
Meffieurs ,
Le Chevalier Paul.
La Montagne , Maréchal des
Logis .
DES CRAVATTES,
Officiers tuez.
Meffieurs ,
Bourls , Capitaine.
Beaulieu .
Frazan.
Du Quenu , Lieutenant reformé.
112 MERCURE
Saint -Jean Maréchal des Lo.
gis.
Officiers bleffez.
De Saint Maur, Major , mort
de fes bleffures .
Dalzon.
Perignon.
Rouveray.
Boifle.
Nenteüil.
Le Chevalier le Veneur.
Darau , Maréchal des Logis,
Lannois.
ORLEANS .
Officiers tuez.
Meffieurs,
De Royé , Lieutenant.
GALANT 113
Saint Quentin , Cornette.
De Brutrieres.
Montfort Maréchal des
Logis.
Officiers bleffez.
De Serry Capitaine.
Le Chevalier de Chepy.
Charlier , Cornette.
Grandcham.
Villandré.
BRISSAC.
Officiers tuez.
Mr Fournier.
Officiers bleffez.
Meffieurs ,
Du Foffé,Maréchal desLogis
De Villebuffiere.
Fevrier
1704
K
114 MERCURE
De Droeüil , Capitaine,
De Tronville , Major.
Villedonné , Cornette .
Trouffebois , Gentilhomme
volontaire.
CROY.
Officiers tucz
Meßieurs ,
Charles Hartemand .
Offendorf, prifonnier,ou tue.
Panafini , Maréchal des Logis ?
Officiers bleffez
Jacques de la Tour.
Bacqman , Capitaine.
Lieutenans.
Hart.
De Praff
GALANT IIS
VIENNE .
Officiers ruez.
Meßieurs,
Gally Capitaine.
De Gennefte , Major.
De Cugy , Lieutenant .
De Belrive , Cornette .
Aumont , Cornette .
Murat , Maréchal des Logis
Officiers bleffez.
De Vienne , Maréchal de
Camp.
La Combe , Maréchal des
Logis.
De Refly , Capitaine.
CHARTRES.
Officiers bleffez.
Kij
116 MERCURE
Mr de Vieubourg , Capitaine
SAINT POUANGE.
Officiers bleffez.
Mr Dannify.
Lieutenans.
Roquevert.
De Marcé.
La Rue, Maréchal des Logis;
De Barville , Capitaine.
NOAILLES.
Officiers tuez.
Meßieurs,
Le Marquis de Lavardin ;
Capitaine.
De Fauves, Lieutenant.
Daumelay.
Belle Brune , Cornette,
GALANT 117
Macombe , Maréchal des
Logis.
Officiers bleffez.
De la Daufic , Lieutenang
Colonel.
De Gras Leal,
Des Broffes.
Boifandré , Lieutenant,
Saint Hilaire , Cornette.
Dumont , Maréchal des L6
gis.
GAETANO.
Officiers bleffez.
Meffieurs ,
De Gaetano , mort de fa
bleffure.
Du Jardin , Capitaine
118 MERCURE
DAURIAC .
Dauriac ,
Officiers tuez.
Messieurs
Durene , Cornette
Officiers bleffiz
De Laurette , Cornette ,
De l'Armée de Monfieur de
Pracontal,
Officiers tuez
Mr De Pracontal ,
MEUSE.
Officiers tuez:
Meffieurs ,
Le Marquis de Meule ,
GALANT
119
Le Huzé , Cornette ,
FIENNES.
Officiers tuck-
Mr
Danfaumond ,
Officiers bleffez
Le Comte de Fiennes ,
De
Longueville , Major ,
De Beauregard , Capitaine ,
Durepert ,
Le Sage, Maréchal des Logis,
DE ROZE.
Officiers bleßez
Meffieurs,
Ferreft , Lieutenant ,
Munu , Cornette ,
MONTREVEL
Officiers tuck
120 MERCURE
Meffieurs,
D'Alimon , Capitaine ,
Marechal , Cornette ,
Monfaulin , Lieutenant ,
Officiers bleffez.
Vignol , Cornette ,
Capitaines
.
Giraud ,
La Chapelle ,
Du Noiet , Capitaine Aide-
Major ,
Chalon des Aliers ,
Du Verger , Lieutenant ,
GENDARMERIE .
Officiers tuez.
Meffieurs ,
Le Marquis de Brulard , Capi.
taine. Lieutenant.
GALANT 121
Lieutenans.
Le Chevalier de Thoiras ,
Souflieutenant.
Officiers bleffez.
Souflieutenans.
Le Marquis de Ranoy ,
Le Marquis de S. Marc ,
Le Chevalier de Manturel ,
De Mefnier , Enſeigne ,
De Fontenay , Guidon ,
De Sejargue , Guidon , mort
de la bleffure .
Mr l'Abbé Albani , neveu
du Pape regnant , foûtint
des Thefes publiques le 13.
Aouft 1703 dans l'Eglife du
Février 1704.
L
122 MERCURE
College Romain , pour pren
dre le Doctorat en Philofo
phie & en Theologie. Cer
Abbé qui aprés deux années
écoulées du Pontificat de fon
oncle , n'est encore que
Chanoine de Saint Pierre ;
& que fon merite a unique
ment diftingué , foit dans le
College Romain où il a efté
élevé , foit dans la Cour de
Rome , depuis qu'il eft forti
du College , voulut paffer
par la plus rude des épreuves,
le Pape nomma quatre fçavans
Cardinaux pour s'y trou
ver. Mr l'Abbé Albani avoir
GALANT 123
choifi une Eftampe fort fim,
ple , & qui avoit fervi au
Pape d'aujourd'hui , dans le
même lieu & pour le même
fujet. Vingt un Cardinaux ;
toute la Prélature & prefque
toute la Nobleffe de Rome
fe rendirent dans l'Eglife du
College Romain , avec une
faite tres nombreuſe d'Etran !
gers , de Religieux , & une
multitude de gens de Lertres.
La Reine de Pologne
s'y trouva dans une Tribune
qu'on lui avoit preparée.
L'ordre fuc admirable , &
parmi ce grand nombre
Lij
124 MERCURE
d'Auditeurs de la plus grande
diftinction , il n'y eut aucun
trouble , & ontrendit , fans
aucune confufion , les honneurs
qui estoient dûs à fon
rang & à la qualité. Le Soû
tenant commença par une
tres belle Harangue qu'il.
prononça avec une grace
inexprimable. Il expliqua le
commerce du Ciel & de la
Terre qu'il avoit repreſenté
dans fa Theſe , par par fes mors:
La vertu celefte anime tout. Si
les influances du Ciel , dit il ,
ont tant de pouvoir fur les
quel fera le pouvoir
corps ,
GALANT 125
$
de la Theologie fur les ames;
Les Thefes furent diftribueés
par une troupe de jeunes
Seigneurs Romains des plus
diftinguez , entre lesquels
eftoit le Commandeur Albani
frere du Sourenant . Les
plus habiles Theologiens de
Rome argumenterent. La
difpute continua le foir avec
la même vivacité , & Mon
fignor Severoli , qui eſt un
Prélat d'une tres grande éru .
dition , dit tout haut , que
la maniere dont Mr l'Abbé
Albani avoit répondu , vendroit
la flaterie inutile. La
Liij
126 MERCURE
diſpute eftant finie , le Pere
Marcelli , Recteur du College
Romain , reçûc la Profeffion
de Foi du jeune Abbé , & le
Pere Caregno , aprés avoir
parlé avec beaucoup d'élos
quence fur ce fujer, pronon
ça le Decret de l'inftalation
au Doctorat . Ce qui eftanc
fait le nouveau Docteur reçût
le Bonnet de Docteur ;
l'Anneau , les Livres d'Arif.
tote & la fainte Ecriture , des
mains de ce Pere , qui accompagna
chacun de ces
Symboles d'un diſcours court
mais éloquent. Il mena ce
GALANT 127
jeune Docteur prendre fa
place parmi les anciens.
Voici les principales Thefes
que j'ay traduit en François.
1. La Providence divine a
préparé des fecours fuffifans
à tous les hommes , foit aux
petits foit aux adultes , quoique
ces fecours ne foient pas
pour tous également effi .
caces.
2. Pour conferver la liberté
que nous nommons , d'indiference
, il est neceffaire que
les infpirations divinės , tant
à l'égard de l'intellect , que
de la volonté , ne foient pas
Liiij
128 MERCURE
metaphifiquement
& abfos
lument liées avec noftre opes
ration .

3. Ces infpirations & ces
determinations
à la grace ,
n'obtiennent neceffairement
leur effet, qu'autantque Dieu
par fa fçience , prevoit que
noftre liberté, ou pour mieux
dire noftre volonté ébranlée
cooperera à cette grace.
4. Et par la même raiſon
Dieu reprouve les ames qu'il
a prevû qui abuſeront de fes
graces : Quem vult indurat.
Mr Pouchard de l'Aca
GALANT 129
demie Royale des Infcrip
sions & Medailles , & Profeffeur
de la Langue Grecque
dans le College Royal , fit
l'ouverture de cette Ecole le
Samedy 12. Janvier de cer
année. Ce fçavant Academicien
qui ,comme perfonne ne
l'ignore , eft tres habile dans
la connoiffance des Langues
Orientales , parla avec cette
fecondité & cette delicateffe
qu'on a toujours admiré dans
fes difcours. Aucun des en
droits les plus cachez de la
Mithologie qu'il s'étoit propofé
d'expliquer , ne luy
130 MERCURE
échapa , la vivacité de fes
Jumieres fe repandit fur tout
ce qu'il y a de plus obfcur
& de plus tenebreux dans
l'HiftoirePoëtique . Il ne compara
pas Hefiode, dont il expliqua
la Theogonie , à Moya
fe , à l'exemple de plufieurs
Auteurs , comme celui - cy
à proprement écrit l'Histoire
de Dieu en écrivant celle de
la creation du monde. Hefiode
a de même écrit en
Grec l'Hiftoire des Dieux ;
il s'étendit beaucoup
fur fon
Livre De opere fex dierum ; il
compara auffi cet Auteur
1
GALANT 131
Grec à un autre de la même
Nation dont la reputation
n'eſt pas moins éclatante
je parle d'Homere : Hefiode
& Homere , dit cet habile
Profeffeur , ont eu cela de
commun qu'ils fe font tous
deux fort attachez à traiter
de l'origine des Dieux. 11
avoüa aprés tant d'Auteurs
qui ont tous efté du même
fentiment que ce que nous
fçavons des Dieux , & toutes
les lumieres que nous avons
fur la Mythologie, nous vien
nent des Egiptiens dont la
connoiffance fur ces fortes
"
132 MERCURE
de chofes étoit exquife , en
expliquant les diverfes qualitez
des Dieux , comme de
Platus , Jupiter , Saturne &
de tant d'autres que la Fable
nous fournit. Il nous fit voir
que chaque Pays , chaque
Nation , chaque Peuple s'en
étoit fait chacun felon fon
goût & fon inclination , &
que les Nations enfevelies
dans les tenebres du Paganiſme
, n'avoient point puifé
ailleurs que dans leur fantaifie
l'objet de leur culte , à
l'exemple des Egiptiens , dont
elles avoient tiré toute leur
GALANT 133
Connoiffance fur les fauffes
Divinitez.
Mr Pouchard parla encore
d'une maniere bien recherchée
& en homme bien rem }
pli de fa matiere fur les Har
pies ; il prouva , & il demons
tra que ce n'étoit autre choſe
que les Sauterelles dont il
et parlé dans l'Ecriture .
Toute l'Affemblée enfin for
tit charmée de l'éloquence
& de la vaſte érudition de ce
Profeffeur.
La Noblefle & les Peuples
dEſpagne donnent tous les
134 MERCURE
jours de nouvelles marques
au Roy de leur fidelité ine ,
branlable , de leur affection;
de leur attachement pour leur
legitime Souverain & de l'en.
vie qu'ils ont de facrifier leurs
biens & leur fang contre les
Ennemis de la Religion & de
Sa Majefté , voulant imiter
l'ancienne valeur que leurs
Anceftres ont fait paroître
dans les fiecles paſſez contre
les Mores , & autres ennemis
de Dieu & de l'Etat. Les Etats
de toutes les Provinces s'em
preffent , de donner des af
urances à Sa Majefté par les
GALANT 135
lettres remplies de zele & de
tendreffe pour ſon ſervice
qu'ils lui font preſenter par
Icurs Deputez entre lef
quelles on voit celle de la
Seigneurie de Biſcaye, & la
reponse que le Roy a eu la
bonté de faire. Voicy l'une
& l'autre.
SIRE ,
Don Francifco Rimol y Qui:
roga , noftre Corregidor , nous
a communiqué
une lettre de l'Archevêque
Prefident , où il eft
marqué que l'Empereur prefe
136 MERCURE
par les Anglois les HollanL
dois , &fur tout par les Portugais
, feferoit déterminé à faire
partir l'Archiduc fur des idées
& des titres chimeriques
; &
que l'on croit que ce Prince fe
vendra à Lisbone poury declarer
une guerre injufte . La même
lettre porte que Vôtre Majeſté
s'attend avec beaucoup de cong
fiance , qu'Elle recevra en cette
occafion des preuves de la valeur
&de la fidelité defes Vaffaux
& principalement
tout ce que
l'on peut efperer de l'ancienne
Nobleffe de la reputation de
sexte Seigneurie. Ces monftruens
17
GALANT 137
d'horreur , que
fes circonstances, Sire, & fi inju
rienfes , àVoftre Majesté , nous
ont furpris au delà de toute exi
preffion , & nous ont inspiré
tant de haine
nous fouhaitterions que nos for
ces pûffent fe multiplier en cette
rencontre pour en avoir autant
d'avantage à employer pour le
Royal fervice de Voftre Majefté,
pour la confufion de fembla.
bles reveries ; nous tâcherons
Sire , d'y fuppléer par noſtre fi
delitéconftante noſtre affection,
prefts à verser pour la gloire &
la confervation de Voftre Majeflé
jusques à la derniere goute
Fevrier 1704:
M
138 MERCURE
donna
du noble fang qui coule dans leš
veines de nos enfans , fans en
exempter la plus tendre jeuneffe;
voulant faire voir que nous
femmes de dignes defcendans de
nos Anceftres , dont un petit
nombre ayant refifté à l'Ennemi,
& s'eftant confervé
lieu au recouvrement deplufieurs.
Royaumes, Voftre Majeftè pens
compterque ce fincere dévouement
de noftre veritable obeïffance qui
nous eft naturelle , luy eft entie
rement consacré ; & nous vous
affurons , Sire , que nous avons
taché de mettre nos Coftes en
bonne défenſe ; noſtre ancienne
GALANT 139
valeur nous animant à ce devoir
& à faire paroiftre au monde
combien nous fommes fenfibles à
la bonté de Dieu ,& aux liens de
la nature , qui nous ont donné
Voftre Majesté pour Roy &
Seigneur Souverain de cette
Monarchie. Nous efperons
Sire , que Dieu vous fera la
grace de triompher de tous vos
Ennemis; nons le prions de
conferver longues années la
Royale Perfonne de Voftre Majeftè
Catholique , felon que
gent les befoins de la Chrétientè
fes Sujets. De Bifcaye le 26.
Novembre
1703 .
l'exi-
Mij
140 MERCURE
Voicy la réponſe de Sa
Majefté.
Fointe , Deputez , Gentils
hommes , Efcuyers , &c. Les
expreffions de vostre affection &
de vostre zele , & les autres
marques de voſtre fidele attaches
ment pour noftreſervice que vous
nous donne dans voftre Lettre
du 26 Novembre dernier , à
l'occafion de ce que vous avez
appris par la Lettre de l'Archevêque
qui a efté Gouverneur de
neftre Confeil , touchant l'attentak
inoui & injurieux de nos
Ennemis , ant feu fi bien meriter
GALANT 141
noftre Royalegratitude , & noftre
eftime , que nous avons voulu en
donner ces marques publiques !
Nous sommes perfuadez que
vous continuerez dans toutes les
occafions de répondre aux efperan
ces que l'experience nousfait con
cevoir de vostre fidélité , de vos
nobles fentimens , de voſtre
valeur naturelle : & c'est ainsi
que foûtenant l'honneur des Armes
, la gloire de noftre Monar
chie , & voftre fidelité , vous
apporterez de la facilité à dé
fendre la Religion de ces Royan
mes. De noftre cofte , répondant
à voſtre zele & à la diſpoſition
142 MERCURE
que nous reconnoiffons
dans tous
nos Sujets ; Je ne feray point de
difficulté d'expofer ma Perſonne
à toute forte de dangers
de
fatigues pour leur feureté De
Madrid le 21. Decembre 1703.
Moy ROY. Pat ordonnance
du
Roy noftre Sire , Don Francifco
Nicolas de Caftro.
Rien n'eftant plus ordinaire
que la mort , vous ne
devez pas vous étonner s'il
fe trouve beaucoup de ces
articles dans mes Lettres ;
je tâche à les rendre curieux
par beaucoup de faits hifto,
GALANT 143
riques qui regardent les Fa
milles des deffunts. Vous en
trouverez dans le premier des
articles que vous allez lire; il
merire que vous y faffiez at
tention par rapport aux mou;
vemens qui fe font aujour
d'huy en Hongrie.
Le Comte de Serin , fils
du malheureux Pierre Com
te de Serin , décapité à Neu
fladt en 1671. fur quelques
pretextes d'avoir entrepris de
faire revolter la Hongrie , eft
mort de maladie à Gratz en
Stirie , dans le mois de Novembre
dernier. Aprés la
144 MERCURE
mort funefte du pere , on fe
faifit de la perfonne du fils ,
qui n'eftoit nullement refponfable
des fautes de fon
pere , & contre tous les droits
les plus facrez de la nature
on le confina dans une prifon
perpetuelle dans le Châ
teau de Rattemberg , prés
d'infpruck , & avant que Mr
Electeur de Baviere ſe fuft
faifi du Tirol , on le transfera
au Château de Gratz , où il a
fini fa trifte & pitoyable deftinée.
Ce jeune Seigneur eftoit
parfaitement bien fait , &
Lous ceux qui le connoif.
foient
GALANT 145
ra
i.
&
t
S
foient dans l'Empire plaigni
rent fon malheureux fort, Il
eftoit frere de la feuë Com
teffe Tekeli , mere du Prince
Ragotski , qui donne tant
d'occupation à l'Empereur.
Celuy - cy fut plus heureux
que fon oncle , puifqu'il trouva
moyen de s'évader il y a ya
quelques années dans les
troubles de Hongrie qui coû
térent la vie au Comte de
Serin , à Frangipani fon beau:
frere , & au Comte Nadafti.
Le Comte qui eftoit Chef
des Mécontens parmi lef
quels eftoit le Prince Ragots
Fevrier 1704. N
146 MERCURE
ki fon gendre , & premier
mary de la Comteſſe Tekeli ,
fat trahi par le Comte de
Keri car aprés la priſe de
la Ville de Schacketorn par
le General Spankau , dans
laquelle estoient les Comtes
de Serin & Frangipani , qui fe
fauverent , le Comte de Keri
dans le Chasteau duquel ces
Seigneurs s'eftoient retirez
comme dans un azile affuré ,
les vendit à l'Empereur
, qui
les fit conduire à Vienne ,
où il fit inftruire leur procés ,
& où le malheureux Comte
fut même abandonné par
GALANT
147
fon
beaufrere
Frangipani, qui
pour conferver fa propre vie ,
& profiter de la dépouille du
Comte , découvrit à l'Empe
reur tous les articles les plus
fecrets de
l'engagement qu'ils
avoient l'un & l'autre contre
l'Empereur
. La Comtefle
de
Serin fut arreftée dans la
Ville de Schacketorn , dans
le temps que les Imperiaux
s'en faifirent. L'execution du
Comte de Serin fe fit publi
quement
dans la Ville de
Neustadt le 30. Avril 1671. Il
mourut avec beaucoup
de
fermeté & une grande conf
2
Nij
148 MERCURE
tance , & ce fut en prononçant
ces mots : Mon Dieu , je
remet mon esprit entre vos mains
qu'il reçut le coup fatal. Le
Clergé de la Ville luy fit des
Obfeques magnifiques , & la
douleur fut univerfelle à la
vue d'un fi tragique fpectacle.
Il fut enterré dans le Cime.
tiere du Dôme , avec un grand
appareil ; & le fils , dont je
vous apprens aujourd'huy la
mort , fut condamné à quic
ter le Nom & les Armes de
fon pere & à prendre celuy
de Gadé . Le feiziéme fiecle
produifit un Heros en la per
CALANT 149
fonne de Nicolas Comte de
Serin , qui mourut en deffendant
la Citadelle de Sziget ,
qui fut emportée le même
jour de la mort .
Mr de Revol , Seigneur
des Avenieres , dont je vous
apprens la mort , eftoit un
Gentilhomme d'un grand
merite. Il avoit efté Procureur
General de la Chambre
Souveraine qui eftoit établie
à Bourg en Breffe , & il fut
enfuite Officier du Parlement
de Mets. Ila laiffé des enfans
de Madame de Revol , quieft
d'une des meilleures Maifons
Niij
150 MERCURE
de Poitou , & qui eſtoit ſoeur
de mere de feu Mr de Marmont,
Gentilhomme de Bref
fe . Mr de Revol qui a fair
plufieurs Campagnes , & qui
a fervi avec éclat dans les
Arrieres - bans de Dauphiné ,
eft fon fils aîné. Il a épousé
Dame N... de Mufinos , d'une
tres ancienne Maifon da
Viennois . Mr l'Abbé de Revol
, aujourd'huy Grand Vi .
caire de l'Evêché de Poitiers ,
eftoit l'aîné de la Maiſon
mais il a quitté les avantages
que fa naiffance & le monde
luy preparoient pour le con
GALANT 151
ī
es
Be
3
facrer à Dieu dans l'Etat Ecclefiaftique.
Le talent qu'il a
pour la Predication le diftin
gue fort dans le monde .
Madame de Chatellard , épou .
fe de Mr de Chaftellard, Con
feiller au Parlement de Dombes
, eft auffi fille de feu Mr
de Revol , dont je vous apprens
la mort. La Maiſon
de Revol est tres ancienne ,
elle eftoit déja fort diſtin .
guée dans le Dauphiné ,
Jorfque Lonis de Revol
Secretaire d'Etar , fut élevé
à cette Charge fous le re
gne de Henry III . Ce far
N iiij
152 MERCURE
à ce fage Miniftre que ce
Prince confia lecfecret du
deffein qu'on avoit fur Mrs
de Guife , & ce fut même fur
luy qu'il s'en repofa , & c'eſt
pour cette raison qu'il l'attira
à la Cour. Il avoit eu n
tendance de Juftice de l'Armée
de Provence fous le Duc
d'Epernon , qui l'avoit faic
connoiftre au Roy. Ce fut à
à Mr Brulart , qui fut éloigné
du miniftere , que Mr de Re
vol fucceda en 1588. Il rendit
auffi de grands fervices au
Roy Henry IV. qui l'employa
aux Conferences de
GALANT 153
Noifi & de Surefne , & ce fut
Mr de Revol qui parla avec
tant de hardieffe à ce Prince ,
au fujet de ſa converfion. Il
mourut l'an 1594. & il fue
enterré à Saint Germain l'Aut:
xerrois , où l'on voit fon Epitaphe.
I laiffa Ennemond
de Revol fon fils , qui fuer
Confeiller au grand Confeils
Le Roy le nomma à l'Evêché
de Dol pendant le Siege
de Rouen ; mais il ne pûc
obtenir de Bulles , & il ceda
fon droit en 1604 à Antoine
de Revol fon coufin. Cet
Antoine fut un grand Evê
154 MERCURE
que. Il mourut en 1629 Pierre
H
de Revol Confeiller
au Parlement
de mets , & Procureur
General en la Cour des
Aides de Vienne en Dauphi
né , qui a donné lieu à cet
Article
, a efté regretté
dans toute la Province où
fa Maiſon eft divifée en deux
branches.
Dame Anne Hüe de Francines
, veuve de Meffire Eufe
tache de Conflans , Cheva .
lier Marquis d'Armentieres ,
eſt auſſi décedée . CetteDame
avoit beaucoup de merite ,
GALANT 155
fa vertu & les autres qualia
tez de fon efprit ont aug
menté les regrets que l'on a
fenti de fa perte dans la famille.
Il n'y a pas longtemps que
je vous ay parlé de la Maiſon
de cette Dame au fujet de la
mort de Madame de Francines.
Il me fuffit de vous faire
remarquer
qu'elle eft originaire
de Florence , & que
c'eſt feu Mr de Lully qui
l'attira en France . La Maiſon
de Conflans dont eftoit feu
Mr le Marquis d'Armentieres
époux de la Dame dont
je vous aprens la mort , eft
156 MERCURE
d'une des plus anciennes dr
Royaume. Elle eft forrétendue
par les diverles branches
qu'elle a formée . Les Seigneurs
de cette Maiſon ont
paru avec beaucoup d'éclat
dans la Franchecomté , dans
les Pays Bas & en Eſpagne ,
où ils ont eu des Emplois
d'une grande diftinction .
Leur attachement pour le
fervice des Rois d'Eſpagne ,
s'eft toujours fait remarquer.
Feu Mr le Marquis d'Armen .
tieres avoit porté les armes
avec beaucoup de valeur , &
& les Emplois qu'il avoit eu
GALANT 157
marquoient affez le cas qu'on
faifoit de fes fervices . Il étoit
fils d'un pere qui avoit fi
gnalé fes premieres années
par mille actions de la plus
grande valeur , & qui con ♪
facra au ſervice de fon Prince
toutes les années de fa vie ,
fans difcontinuation
& avec
une application qui fait encore
aujourd'huy beaucoup
d'honneur à la memoire de
če Gentilhomme.
I
Les Articles fuivans vous
apprendront encore la mort
de trois Perfonnes de voſtre
fexe .
158 MERCURE
Dame N. ,. de Broflaming
épouse de Meffire Claude
Potier , Comte de Novion ;
Maréchal des Camps & Ar
mées du Roy , fils puifné do
feu Mr le Premier Prefident,
eft morte dans de grands
fentimens de picté. La Maig
fon de cette Dame eft conmuë
par les alliances qu'elle a
euës , par les grands biens
qu'elle a poffedez , par les
honneurs & les titres dont
elle a eſté reveſtuë , & plus
encore par les hommes de
merite qu'elle a produir.
Nicolas Potier , Seigneur de
GALANT 159
Novion , fut Confeiller au
Parlement de Paris l'an 1637.
Prefident à Mortier en 1645.
& premier Prefident en
1678 Il avoit efté auparavant
Greffier des Ordres du Roy.
Il époufa N ... Gallard , fille
de Claude , Confeiller & Se
cretaire du Roy , dont il a eu
une grande pofterité. Feu
Mr le premier Prefident
eftoit fils d'André Potier, qui
a fait la branche de Novion ,
& de Catherine Caveliert íà
feconde femme. André Po
tier fut Confeiller , & puis
Prefident au Parlement de
J
(
160 MERCURE
&
Bretagne , il le fut enſuite aŭ
Parlement
de Paris , par la
demiffion que fon oncle en
fit en fa faveur en 1616. II
exerça cette Charge jufqu'à
l'année 1645. qui fut celle
de fa mort . Il étoit le troifiéme
fils de Nicolas Potier ,
Seigneur de Blancmefnil ,
fecond Prefident
au Parle
ment de Paris & Chancelier
de la Reine Marie de Medicis
, un des plus fages & des
plus heureux Magiftrats de
fon temps. En 1564. il fut hoi
noré d'une Charge de Confeiller
au Parlement ; trois
A
GALANT 16F
ans aprés il fut pourvû de
celle de Maiftre des Re-
Equeftes. Il mourut âgé de
quatre vingt quatorze ans ,
avec une force d'efprit qui
n'avoit rien des incommo
ditez de la vieilleffe. Il eut
cinq fils d'Anne Bailler , fon
épouſe, deux deſquels furent
élevez à la Prélature, Nicolas
Potier eftoit l'aîné des enfans
de Jacques Potier , qui fut fi
eftimé dans le Parlement ,
que par la force de les rai
fonnemens il fit changer de
fentiment tout le Parle.
ment,& abfoudreune femme
Fevrier
1704
O
162 MERCURE
innocente qui avoit efté con
damnée à la mort.
Dame Magdelainerade
Broüilly , veuve de Meffire
Nicolas Monnerot , Rece
veur General des Finances à
Lyon & Treforier des Reve
nus Cafuels. Cette Dame eft
fortie d'une Maifon où la
piete a toujours ſemblé hes
reditaire. Madame la mere a
vêcu dans la pratique exacte
des vertus les plus rigides du
Chriftianifme & c'est dans
cet efprit où elle avoit élevé
fa fille , dans laquelle on
voroit un affemblage heureux
GALANT 163
de toutes les vertus Chrêtieng
nes dans la profeffion conftante
defquelles elle mourut
2
#1
dans le mois de Decembre
dernier. Feu Mr de Monne.
ror , fon époux , avoir tou
jours vêcu avec elle dans une
union qui eftoit le modéle
d'un heureux mariage. Jamais
liaifon ne fut fi tendre , ni fi
datable , puifque Madame
de Monnerot a eſté ſenſible
à la perte de fon époux , tant
que fon coeur za efté capable
de fentiment , c'eft le temoi,
gnage que luy one rendo tous
ceux qui ont oftésen com-
O ij
164 MERCURE
?
merce d'amitié avec elle
c'eft auffi celui que je me
crois obligé de rendre dans
cette occafion à la verité.
Marguerite de Ramboüil.
let fille de Mr de Rambouil
det , Confeiller d'Etat , & de
Dame Marguerite de Giraud,
mourut le jour de Noël au
Port Royal du Fauxbourg
Saint Jacques , âgée de qua
tre-vingt- dix ans , & dans les
fentimens de la plus haute
pieté dans les exercices de
laquelle elle a paffé prefque
toute la vie. Il n'eft Perfonne
qui ne connoiffe l'antiquité
GALANT 165
Seid
de la Maifon d'Angennes
Rambouillet. Robert d'Angennes
rendit de grands fervices
au Roy Charles V. &
fe fignala en diverſes occafions
contre les Anglois . Jean
d'Angennes , fon fils ,
gneur de la Louppe ,fut Gou,
verneur de Dauphiné en 1414 )
& du Château du Louvre
Jacques d'Angennes , Seigneur
de Rambouillet , eur
une groffe part à la bien
veüillance de François I
C'étoit unGentilhomme
d'un
merite diftingué. Charles
d'Angennes Cardinal de
166 MERCURE
"
Rambouillet , Evêque du
Mans , vivoit dans le mefme
fiecle ( le 16 ) il nâquit le 30.
Octobre de l'an 150. Sa
mere fut Iſabeau de Cotte.
reau , Dame de Maintenon ,
qui fut fi diftinguée par la
vertu & par fon érudition .
Charles IX . & Catherine de
Medicis , confidererent fort
le Cardinal de Rambouiller,
& l'aimerent tendrement .
Je vous envoye la fuite du Jé
Traité qui enfeigne les regles
neceffaires pour bien faire des
Vers , lapitano & oring
GALANT 167
A
Mademoiſelle Ro.....
F. Ay eu tort ,ma belle Ecoliere,
je l'avoue : grand tort fi vous
voulez , je l'avouéray de même
de vous parler Diphtongue. Car
comment concevoir qu'une jeune
perfonne comme vous , qui eſtes
la douceur même , & qui nepar
liz que
naturellement , s'accom
mode d'un des plus barbares mots
que l'antiquité , qui fait voir un
peu de rudeffe dans les difcours ,
nous a laiffez en heritage.
Pardon ,Mademoiselle,pardon,
je n'y retourneray plus , & fi
168 MERCURE
*
vous trouvez à préfent Diphtongue
dans mes lettres , je confens
qu'elles foyent déchirées , brûlées ,
déclarées indignes d'eftre luës , &
même ( j'ay pourtant bien de la
peine à dire cela ) même que
vous ne faffie pas plus d'eftat
de l'Ecrivain , que de l'écriture,
ce qui pourtant feroit pour luy ,
une grande mortifications mais
pour ne rien dire de plus , & pour
-ne pas fonger à ces grandes mortifications
allons rechercher nos
rimes
Nous parlions de ce qu'ilfaut
obferver dans ces rimes . Sans
nous embaraffer du nombre des
regles
GALANT 169
7
regles qui peut- eftre vous effraye.
roit, nous nous contenterons d'en
faire la revuefelon qu'elles nous
pafferont par la tefte.
Vous comprendrez bien celle :
cy , je crois. Sçavoir qu'un mot
ne peut rimer avec foi même:
Rien n'eft plus jufte , direz vous ,
rien n'est plus raisonnable.
Avoir donc qu'ily a de lajuftice
, qu'ily a de la raifon chez
Meffieurs les Poetes. Cependant
cette regle fi jufte fi raiſonnaż
ble ilfaut mettre une exception .
Famais , dit on regle n'a marché
fans celá ; encore eft ce quelque
choſe quand l'exception eſt_raig
P Fevrier
1704,
170 MERCURE
fonnable comme celle ci , c'eſt
qu'un mot peut rimer avec foi .
même quand il eft pris dans une
fignification differente . Ainfi ,
Mademoiselle , je pourrois dire
dans le langage rimé , que pour
vous je ferous mille pas ; mais que
s'il s'agiffoit d'en faire un ſeul
pour lalaide & diſcourtoife Gr..
je ne leferois pas. Jepourrois dire
auffi dans le même langage que
je n'ay pas ce que je veux , tant
que vous n'écouterez pas mes
voeux.
Voicy encore une autre regle ;
c'eft que lefimple ne rime poine
avec fon compofé. Expliquons .
GALANT 171
!
nous , j'aime fors qu'on s'expli
que. Pendre eft le fimple , dépendre
eft fon compoſe Hebien,
Mademoiselle , fi à la fin d'un
Vers on vient de pendre un
homme , il n'eft pas permis de le
dépendre au bout de l'autre . Il
eft auffi défendu en Vers , auffibien
qu'en Profe , de défaire un
enfant qu'on a pris la peine de
faire , de confondre la justice
avec l'injustice , les amis avec
les ennemis , & de donner du
renom à un Heros aprés en
avoir dit le nom . En effet , ais
mable perfonne, n'est- ce pas affez
de nommer LOUIS ?Fay pour .
Pij
#72 MERCURE
tant vú des Vers , & des Verg
de grands Poëtes , où le renom
fuivoit le nom , ou l'amitié par
une alliance bijarre eftoit unie à
l'inimitié : Mais , Mademoi
felle , voulez vous que je vous
parle naturellement , c'eſtoient
des licences , des licences en
fait de Poefte , font chofes contre
les regles. Nous venons de dire
tout à l beure , que chaque regle
fon exception , celle - ey n'en est
pas exempte : Voyons donc quelle
Exception elle a . Plus je cherche ,
plus je trouve que fi le mot compofe
a une fignification toute dif
ferente de celle du fimple , il rime
,
GALANT
173
bien avec lui : c'est ainsi qu'on
peut pendre un homme , & déy
pendre d'un autre homme.
Quelle regle mettrons nous
aprés celle- là une qui en approche
bien , c'est que les compofez
ne riment pas enfemble ( bien
s'entend. ) Donc , puis je dire
hardiment, c'eſt un crime de leze
Poefie de dépendre
un homme
pour le rependre
un moment
aprés. A l'exception
, elle eft
auffi femblable à l'exception, que
la regle eft femblable à la regle
Les compofez , m'aflure - t'on .
peuvent rimer s'ilsfignifient differentes
chofes . Cela eftant , ilfe
Pijį
174 MERCURE
peut faire qu'on repende un tel
qu'on dépende d'un autre
tel.
A ces répetitions frequentes de
Pendaifon , n'avez - vous poine
envie de quitter cette lecturepour
aller , à l'exemple de Pourceaugnac
, demander à vostre chere
confine ce que vous feniez.
Ne nous quittez poins je vous
en conjure , on auroit peine àfe
paffer de vous , & de plus on a
à vous apprendre une nouvelle
regle toujours raisonnable ; car
nous autres d'autour du Parnaffe,
nous n'en reconnoiffons point
d'autres : la voicy, Les fingu
GALANT 175
liers ne riment point avec les
pluriers ; ne faifons donc jamais
trouver en rime les flâmes avec
une feule Dame , paffe fi c'est
avec des Dames. Naffocions
point non plus les contentes
mens avec un amant , mais
nous pouvons les mettre avec les
amans. Vous m'allez peut- eftre
dire , aprés avoirfaire quelques
reflexions , que pour le coup ma
regle n'eft pas juste . Mon Dieu,
ce n'est pas moy qui l'ayfait cette
regle , ainfi elle n'eft pas mienne
mais je veux bien m'engager àla
défendre.Voyons voftre objection.
La voila, n'eft.cepas ? Univers
Pij
176 MERCURE
eft un fingulier , fais un pluriers
cependant ces deux mots riment
bien enſemble. Voftre regle ( con
tinuez- vous ) eft donc déjafauffe
pour les rimes mafculines, voyons
fi elle eft plus vraye pour les feminines
: c'est ce que je ne trouve
pas ; car ces mots tu aimes , tu
difpofes , font ce me femble des
finguliers , cependant ils riment
mal à ce que je crois , avec ceuxcy
, d'amour extréme , de cette
chole qui font d'autres fingu
liers. J'admire , ma belle , les
progrez que vous faites dans la
Porfie par la maniere dont vous
en parlez, &par les objections • par
GALANT 177
que vous faites. Elles font fi bonnes
, ces objections , qu'on nepeut
y répondre qu'en disant que ce
font des exceptions à la regle que
j'ay avancée.
Vous aurez la bonté de confiderer
un peu celle- cy , qu'il n'eft
pas beau de faire rimer deux noms
propres enfemble , comme Iris
avec Cloris. On n'enferme guere
cette lay que dans les ouvrages de
Longue baleine comme d'une Tra
gedie , encore n'eft.ce que quand
Le nom delaperfonne eftfi bizarre
que dans les noms des chofes ,
n'en eft point qui luy reffemble, on
fipeu , que cela ne vaut pas le
il
178 MERCURE
peine d'en parler. Alaric me
fervira d'exemple , je le feray
rimer, s'il me plaift , avee Theo
doric , je feray rimer auffi , fi ie
veux , Sejan avec Trajan , car
"il faut vous dire au fuiet de la
terminaiſon an qu'elle a peu de
rimes . Je ne luy trouve guere que
Tyran , qui ne devroit jamais
ou s'il regnoit
ن م
paffer un an
davantage, ne devroit regner que
dans le Roman. Je ne luy trou.
ve , dis.ie , que ces mots
quelques autres mais en plus
petit nombre qu'on ne croiroit ,
il nefaut pas s'y tromper, Tyran ,
par exemple , ne s'accorde poins

GALANT 179
en rime avec expirant , quoiqu'il
le merite bien. Let l'en
empêche. Attribuez cela à bi-
Zarrerie fi vous vous voulez ;
ce qui eſt effectif , eſt que ie n'en
fasis point la raison . C'est peutą
eftre une autre bizarrerie quifait
que lang & fanc riment enfemble
,que long & tond riment
auffi , & que nom
rond ne riment pas.
Pour vous faire voir pourtang
que d'ordinaire , la prononcia
tion decidé de la rime , ie vous
feray remarquer que quoique le
pain fe termine par un ¤ , & la
faim par un m, on peut pourtang
180 MERCURE
les faire rimer ensemble , on peur
auffi les faire rimer avec le
deflein , avec le vin . J'en dis
de même de Climene , qui quoiqu'elle
ne foit pas Reine , pent
neanmoins eftre fort hauraine:
C'est encore la même choſe dans
une mere , qui peut bien avoir
encore de quoy plaire. Il faut
encore confiderer fur la rime en
ere , que quoiqu'on n'appuye pas
plus fur la terre
que fur la
fougere , il est neceffaire de
mettre pour rimer avec le premier
de ces mots un mot en ere
qui ait auffi deux rr comme
fonnerre , guerre , &c . N'éles
GALANT 181
vous point déja rebuttez par
toutes ces obfervations , tout ce
fairas de regles ? un peu de paª
tience , la patience vient à bour
de tout. Fe fuis de la Signore ,
avec la permiffion de la Signore,
e tres humble ferviteur de la
Signore.
Je vous envoye un Air qui
a efté fait par Mr de Maiz
de la Fleche en Anjou.
AIR NOUVEA U.
Grand Dieu qui protegez les
Rois ,
182 MERCURE
Contre vos Ennemis , LOUIS
deffend vos droits.
Confervez avec foin , ce Heros
indomptable,
Puifqu'il combat pour vous ¦
Soyez luyfecourable ,
Rendez tout l'Univers , de få
gloire étonné;
Aiontez , chaque jour , quelqué
nouvelle marque
,
Au nom qu'il s'eft acquis du plus
Tare Monarque
Que vous ayez jamais , en terre
Couronné.
Mr le Cardinal Gio Batti
fta Spinola , Genois de nation ,
GALANT 183
mourut le 4. du mois de
Janvier dernier , aprés une
longue maladie. Il eftoit âgé
de plus de quatre vingt- huic
ans. Ce Cardinal eftoir Créa .
ture d'Innocent XI . dont il
avoit reçû la Pourpre Romaine.
Cette mort fait va
quer un douziéme lieu dans
le Sacré College , & le Titre
de Sainte Marie in trastevere ,
dont il eftoit reveſtu. Ce
Cardinal a efté fort regretté
dans le Sacré College à cauſe
des excellentes qualitez dont
il eftoit doüé. Il eftoit doux ,
affable & fort charitable ; il
184 MERCURE
entendoit parfaitement bien
les matieres Ecclefiaftiques ,
fur tour celles qui regardent
le droit Canonique. Il eftoit
Parent de Mr le Duc de Saint
Pierre dont je vous ay apris
le mariage. Leurs branches
font cftablies en differens:
Etats , puifque celle de ce
Duc eft dans le Milanez &
le Royaume de Naples , &
'celle de ce Cardinal dans la
Republique de Gennes , où
elle fait une de ces quatre
grandes familles qui font fi
exceffivement riches & puiffantes.
Ce Cardinal , auffis
GALANT 185
bien que Mr le Duc de Saint
Pierre , eftoit Parent de ce
celebre Spinola qui tenoit
Cazal affiégé au commencement
du fiecle paffé . Ce General
des Espagnols donna
bien de l'inquietude au Cardinal
de Richelieu & au Pere
Jofeph , qui tâchoient de
pacifier les troubles de l'Ita
lie ; mais il en donna encore
plus au General Collalte qui
vouloir partager l'autorité de
Spinola , & qui eftoit jaloux
1 de celle que le Confeil d'Ef
pagne luy avoit confié. La
jaloufie de ces deux Generaux
Février 1704
186 MERCURE
apporta mille difficultez au
Traité qu'on negotioit
à
Ratisbonne
par l'entremife
du Cardinal de Richelieu .
Louis XIII. voyant enfin qu'il
ne pouvoit fauver Cazal que
par ce Traité , envoya des
pouvoirs au Sr de Leon & au
Pere Jofeph pour conclure
ce Traité, à quelque prix que
ce fut.
Mr le Cardinal Spinola a
declaré fon legataire univerfel,
Monfignor Spinola Clerc
de la Chambre ,fon neveu , qui
eft fort estimé dans la Prélasure.
Il eft chargé de donner
GALANT 187
trois mille écus aux Domeſti
ques du Cardinal fon oncle ,
& d'acquiter plufieurs legs
pieux .
Mr l'Abbé Lumague Cha
noine d'Efnay de Lyon , eft
mort environ dans le même
temps . C'eftoit un homme
d'un merite diftingué , &
d'une probité reconnuë ; il
eftoit fils de feu Mr Lumague
qui eftoit forti d'une
Maiſon tres ancienne de la
Republique de Luques. Ils
vinrent s'eftablir en France
dans le dernier fiecle ; ils
rendirent des fervices impor
-
Qij
188 MERCURE
tans à nos Roys , & ils en
meriterent cette glorieufe récompenſe
du Roy Louis XIII.
de pouvoir mettre au chef
de leurs Armes , une Fleur
de Lys ; avantage qu'ils cu
rent commun avec Mrs de
Mafcranny. Mr l'Abbé Lu
mague , dont je vous aprens.
la mort avoit des freres &.
des foeurs. Ses freres font
morts avant luy. Mr Delpoix
qui avoit fervi longtemps
avec beaucoup de diftinction
eft mort depuis quelques.
années. Mr d'Arcuit qui a
efté longtemps Capitaine.
GALANT 189
dans le Regiment Lyonnois,
eft mort quelques mois avant
fon frere. Il reste encore de
cette famille Mr l'Abbé Lua
mague qui eft en cette Ville, &
qui eft generalement eſtimé.
Mrs Lumague ont deux
feeurs mariées ; Madame Cle.
ment eſt l'aînée , & Madame
de Royeres qui eft mariée à
un Gentilhomme du Bugey.
Feu Mr Lumague , pere de
tous ceux dont je viens de
parler , fit un acte de gene .
rofice & de la plus exacte
probité qui lui doit à jamis
faire honneur. Une banque
190 MERCURE
route frauduleufe luy emporta
tour d'un coup la plus
grande partie de fon bien.
Ses creanciers qui prirent
part à fon infortune , offtirent
d'abord de lui faire des
rabais confiderables à cauſe
du malheur qui lui eſtoit
arrivé ; mais non feulement
il ne fe voulut pas prevaloir
de leurs offres , mais il leur
tint encore compte de tous
les interefts qui leur eſtoient
dûs.
Meffire N... de Catinat ,
Confeiller d'Honneur au Par.
lement de Paris , & frere de
GALANT 191
Mr le Maréchal de Catinat ,
eft mort fubitement. Il laiffe
de Madame fon Epouſe мr de
Catinat , Confeiller au Parle
ment & мr l'Abbé de Cati
nat. Il avoit eſté longtemps
Confeiller au Parlement, lors
que le Roy lui donna une
Charge de Confeiller d'hon
neur , quelque temps aprés
avoir donné le Bâton de мaréchal
de France à fon frere
Ces Mrs avoient un frere
Abbé , homme d'un grand
merite , & une foeur mariée à
feu мr Pucelle , fameux Avo
cat , qui ne voulut point ezer
192 MERCURE
cer d'autre profeffion , quel.
que inftance qu'on luy fit
d'acheter une Charge. Il
mourut fort jeune chargé de
gloire & de merites. Il laiffa
feu Mr Pucelle , qui aprés
avoir efté quelque temps
Confeiller au Parlement , fut
nommé par le Roy premier
Prefident au Parlement de
Grenoble , où il fucceda à
feu Mr de Saint André. Il ne
jouit pas longtemps de cette
dignité . Il mourut fort jeune
à Grenoble , laiſſant plufieurs
enfans de Dame N.... Rou
jaur, foeur de Mr l'Intendane
de
GALANT 193
He Bourges , & entre autres
Dame N.... Pucelle , épouse
de Mr le Comte d'Asfeld.
Feu Mr Pucelle l'Avocat , a
laiffe un fils , qui eft Confeil.
ler Clerc au Parlement de
Paris. Mrs de Catinat & Ma.
dame Pucelle eftoient iffus
de feu Mr de Catinat auffi
Confeiller au Parlement de
Paris , lequel eftoit fils de
Mr de Catinat Lieutenant
general du Prefidial de Tours ,
Cette Maiſon eft alliée à toutes
celles qui font les plus
diftinguées dans la Robe.
Mrs de Marle & Frezon leur
Fevrier 1704. R
194 MERCURE
touchent de fort prés. Mrs
le Coq & Briçonnet font
auffi alliez à Mrs de Carinat.
Mr le Maréchal de Catinat
qui avoit efté averti de l'ex
tremité où eftoit Mr fon frere
, arriva dans fa Chambre
lors qu'il rendoit le dernier
foupir. Il eft mort d'une fon .
te d'humeurs , aprés avoir
efté deux heures fans con
noiffance.
Meffire François Berthaule
Seigneur de Freauville , Confeiller
honoraire du Parle
ment , mourut il y a quelque
temps. Pendant qu'il a cſté
GALANT 195
dans le Parlement de Paris , il
s'eft acquitté des fonctions de
fa Charge avec une exactitude
& une droirure qui l'ont fait
eftimer de tout le monde. Il
a efté regretté de tous fes
Confreres , qui fe le propos
foient pour modele . Ce digne
magiftrat avoit une tendre
pieté. Il en a donné des
preuves jufqu'aux derniers
jours de fa vie. Il avoit efté
élevé dans les fentimens les
plus vifs de la Religion , &
c'eftoit à quoy l'on s'eftoit
le plus appliqué en luy don
nant l'éducation . Tout le
Rij
196 MERCURE
monde eft informé du merite
de feu Mr fon pere qui eftoit
generalement eftimé . Leur
famille a produit un faing
Perfonnage dans le commen
cement du dernier fiecle , en
la perfonne du Pere Alexis
Berthault Capucin , aprés
avoir efté longtemps dans
l'Ordre de S. Benoit,
3
Le Mercredy 30. de Janvier
, Mr l'Abbé d'Auvergne
qu'on nomme le Prince , Fre
deric , foutint la Tentative
l'apreldinée dans la grande
Salle de Sorbonne. L'Affem
GALANT
197
blée y fut tres - belle & tresnombreufe.
Mrs les Nonces
y affifterent & Mr le Cardinal
de Noailles accompagné de
tous les Evêques qui le trouverent
à Paris . Mr. l'Evêque
d'Amiens y prefida , & il
propofa felon la coutume ,
trois differentes difficultez
au Soutenant , qui y répondit
avec beaucoup de fuccés,
& de prefence d'efprit , qui
furent applaudies de toute
l'Affemblée. Il répondit aux
argumens des Bacheliers de
Licence avec un fuccés éton
nant ; & jamais Soutenant ne
Riij
198 MERCURE
fuc tant applaudi que le fue
ce jeune Prince. Il eut affez
d'habileté pour refoudre les
queftions les plus épineuſes
& les plus difficiles de la
Theologie. Il répondit à мr
l'Abbé Maletefte qui difputa
contre luy avec une vivacité
qui luy attira plufieurs accla,
mations.
Mr l'Abbé de Maulevrier,
Colbert , frere de Mr le Mar;
quis de Maulevrier , gendre
de Mrle Maréchal de Teffè ,
& fils de Mr le Comte de
Maulevrier , Capitaine-Lieu
tenant des Moufquetaires ,
GALANT 199
& Lieutenant general des
Armées du Roy , foutint auffi
fa Tentative le lendemain
Jeudy 31. Janvier , à la même
heure & dans la même Salle.
Mr l'Evêque de Meaux avoit
efté choisi pour prefider à
cette Theſe , mais fa fanté
ne luy ayant pas permis de
s'y trouver , Mr l'Abbé Vig
vans Chanoine & Official de
l'Eglife de Paris & Syndic de
la Faculté , prefida à la place.
La Compagnie fut auffi des
plus celebres. Il y eut un
grand nombre de Prelats , &
Mr le Marquis de Torcy , cou,
R iiij
200 MERCURE
fin germain du Soutenant ,
y demeura longtemps. On
peut juger qu'un jeune Candidat
qui s'eft preparé à repondre
aux argumens de мr
de l'Evêque de Meaux , qui
paffe avec juftice pour un des
plus fins Dialecticiens de
J'Ecole , doir eftre bien fort ,
& doit bien poffeder fes matieres
; auffi мr l'Abbé de
Maulevrier
les fçavoit par
faitement , & il fe fit admirer
de toute l'Affemblée par la
fubtilité de ſes réponles &
par la folidité de fes folu
Lions.
GALANT zor
Le lendemain de ce même
jour , qui eftoit le Vendredy
premier Fevrier , мr l'Abbé
de Saint Aignan foutint aufli
fa Tentative dans le même
lieu & à la même heure . Il
avoit pour Prefident Mr l'E
vêque de Bayeux . On peut
dire que tout ce qu'il y avoit
d'illuftre & de plus confide .
rable en France parut dans
cette augufte Affemblée . Mr
le Duc de Beauvilliers , frere
du Soutenant en fit les hon
neurs durant tout le cours
de l'Acte , où prefque tous les
Ducs & Pairs & Maréchaux
202 MERCURE
de France qui font icy af
fifterent , aufli bien que Mcffieurs
les Cardinaux d'Eftrées ,
de Coiflin , & de Noailles ,
Mrs les Nonces , tous les Evêques
qui fe trouverent à
Paris , & tout ce qu'il y a de
plus illaftre dans le Clergé.
On ne peut douter du
fuccés qu'eut Mr l'Abbé de
Saint Aignan , fi l'on ſe ſouvient
de celuy qu'il a eu dans
fes études , & fur tout dans
fes examens , où il a fait des
merveilles au jugement même
des plus rigides Exami.
mateurs par les mains def
GALANT 203
quels il a paffé. Mr l'Evêque
de Bayeux argumenta avec
beaucoup de force , & on admira
ce qu'il dit à un Jacobin
qui infiftoit trop fur la formalité
, & qui ne venoit pas
affez promptement au noeud
de la difficulté.
Ce qui regarde la fanté
n'eftant pas moins confiderable
que les pieces galantes
& d'érudition ; j'ay cru devoir
mettre icy l'ouvrage fuivant
204 MERCURE
DISSERTATION
fur la Goutte & le
Rhumatifme , de Mr Dumont
, Chirurgien Juré
d'Auch .
TL y a des Auteurs fameux qui
prétendent que la pituite & les
ferofitez acres , qui fe feparent des
humeurs par le tiffu des parties membraneufes
& glanduleufes , font la
caufe de la Goutte & du Rhumatifme
, lefquelles s'épanchant dans
toute l'habitude exterieure du
deviennent la fource feconde des douleurs
arthritiqnes & rhumatiques ,
procedant du vice des filtrations ,
ordinairement de celles qui fe
corps,
GALANT 205
Font dans la tefte , appellée pour ce
fujet la fource des maladies .
Cependant le fentiment le plus
fuivi eft , que le fang chargé de fels
acides & de fels acres , epanchez
hors des routes de la circulation par
les extremitez , ou par les pores
de
plus petites arteres dans les jointures
auquel heu ils ne peuvent plus eftre
repris par les veines , ou dillipez , il
forme la matiere de la Goutte , par
le dérangement & le mélange dif
proportionné de fes principes , & par
Le relachement des parties . C'eft donc
uniquement dans le vice , & dans
la conftitution dépravée au fang
qu'il faut chercher la fource &
levain de la Goutte & du Rhumi
tifme ; de forte qu'on n'en peut ata
rendre la guerifon avant qu'on n'ait
rétabli la tiſſure duſang , &redon206
MERCURE
mé de l'élafticité aux parties , en
venouvellant tout le fiftème dufang,
& lefaifant changer de nature.
Surce principe il eft aifé de s'imaginer
que ces fels acides & acres ,
extravafezpar voye d'épanchemen:
fe gliffent entre les membranes , qui
enveloppent les muscles , jufques
ce qu'ils foient conduits par la cir
culation dans les parties membra..
neufes , & vers les tendons & li.
gamens des jointures , où ils trouven,
des cavitez qui les arrêtent , don
il refte tres-fouvent au fonds un
efpece de mare ou de vafe , en form
de platre , ou de fel , qui forme des
concretions , & des nauds prefque in
~diffolubles , par la coagulation de
-leurfynovie , jufques à y contracter
avecle temps lafermeté de lapierre;
-c'est là le levain qui occafionne le
GALANT 207
vechate & le retour periodique de
la Goutte nouée , dans le temps que
ces fels viennent à fe fermenter.
Il eft vray de dire que lesfels acides
& acres s'arreſtent ſuivant leur
détermination dans les jointures &
dans les parties qui les touchent , &
y caufent des irritations & des di
vulfions douloureufes , ils piquent &
ébranlent les filets membraneux &
nerveux qui en dérivent ; ils compriment
& preffent les tendons , les
ligamens , les vaisseaux fanguins ,
les vaiffeaux lymphatiques , & les
tuyaux excreteurs , & par ce moyen
troublent & empêchent la circulation
dufang , & confequemment le cours
des efprits animaux , & par là entretiennent
unefenfation douloureufe
, pendant tout le cours de la ma
Ladie.
208 MERCURE
que
la
Le Rhumatifme eft une espece de
Goutte vague , par diftinction de la
Goutte fixe , qui afonſiege precifement
dans lesjointures , & articula
sions des parties ; au lieu
vague afflige tout le corps , c'est-à
dire les espaces entre les articles , les
mufcles , leurs membranes , & toute
L'habitude , avec une douleur cruelle,
faifantfentir des élancemens indifferemment
le long des parties , tantoft
dans l'un des bras , tantoft dans
l'autre , commefi ces douleurs eftoient
errantes. La caufe de cette Goulte
vague eftant une ferofite empreinte
dun nitre fulfureux , qui abonde
dans la maffe dufang , qui eft d'une
grande acrimonie , fouvent accompagnée
des vents ; ilfaut que cette
feroficefoit telle , puifqu'elle fe fait
fentir par des chaleurs , & par des
GALANT 209
picqueures douloureufes dans lesparties
, fes chaleurs venant dufouffre ,
& les picqueures venant dufel.
au
Le Rhumatifme ne differe d'a
vec la goutte , que parfon eftendues
car la goutte s'infinue dans les parties
des articles , où les os emboitez,
laiffent quelque espace vuide ,
lieu que le rhumatisme eft comme un
débordement qui fe repend fur toute
P'habitude exterieure du corps , ou
fur quelque partie en particulier ,
de maniere que cette ferofitè demeure
quelque fois engagée entre les parties
membranenfes & mufculeuses
vers le milieu des membres ; mais
lorfqu'elle coale le long des tendons
& des ligamans , elle fe jette dans
les jointures , & par son explosion
caufe , ou le rhumatisme , qui fe termine
fouvent par la goutte , ou la
Fevrier 1704 S
210 MERCURE
goutte qui fe change fouvent en
rhumatifme.
Il n'y a point de doute que las
cide ne foit l'ennemi juré du genre
nerveux , & de toutes les parties da
corps, excepté l'eftomac , felon Vanhelmont
, en aigriffant trop la maffe
dufang , & lui donnant trop de
confiftance & de großftereté ; de forte
que la circulation devenant plus
difficile & plus lente , le fang imprime
aux parties folides un caractere
qui affaiblit toutes leurs actions ;
de maniere que les efprits animaux
font comme engourdis ,& noyez dans
les humeurs dont les couloirs font
farcis ; de forte que les recremens
du fang nagent & circulent avec
lui dans les parties , & deviennent
Les femences fecondes de la goutte &
du rhumatisme , par la feparation
GALANT 2IF
des parties fereufes du fang , d'avec
Les fibreufes , & par la rapidité &
appauvriffement des liqueurs , &
des parties balfamiques & Spiri
tuenfes du fang.
Cela eftant fuppofé & fondé , je
fuis für des experiences conftantes &
averée , & j'ofe dire que le plus
fur moyen de combatre la matiere
de la goutte , eft la voye des urines
de la tranfpiration , procurée par
le Mercure diaphoretique & horizontal
, marié avec lesftomachiques
& par l'application exterieure d'un
Baume antipodagre specifique ; car
enfin fi dans la tranfpiration natu
relle, les épanchemens des fels acides
& acres dans lesjointures , fe confument
d'eux memes , par leur ardeur
propre & par le nouveau
degré de chaleur qu'ils reçoivent de
Sij
212 MERCURE
les
L'obftruction , en s'évaporant à tra➡
vers les pores ; il est à préfumer ,
raifonnablement , que la tranfpiration
artificielle , fera d'un trespuiffant
fecours , & comme la chaleur
naturelle de ceux quifont avan
cez en age , qui va toujours en s'af.
foibliffant , ne peut plus faire entierement
tranfpirer la matiere qui.
samalle dans les jointures ,
nerfs , les tendons & les ligamens
continuellement imbibezle relâchent
& contractent unefoibleffe qui augmente
à mesure que la douleur diminue
: enfin lorfque les atteintes de
la goutte fe font multipliées , les
vaiffeaux tant defois décolez obéiffent
à la moindre effufion , de forte
que ces ferofitez fe forment un paſſage
libre , jufques aux articles qui
' élargit toujours , & ne ſe bouche
GALANT
213
dejamais
; de forte que la goutte
vient plus cruelle à mesure qu'elle
vieillit & prend toute fa force de
la rapidité & de l'appauvriffement
dufang , & de la foibleffe des levains
digestifs , & du relâchement
des parties fibreufes ; ce qui donne
occafion à une espece de crudité dans
les humeurs. Les vieillards neanmoins
ne doivent pas defefperer de
voir fouvent foulager , & quelquefois
guerir à fonds leurs maux ,
comme je l'ay experimente fur un ſur
homme feptuagenaire
, travaillé de
la goutte , & fur plufieurs autres
perfonnes de tout age , dont les anes
eftoient attaquées de la goutte , &
Les autres d'un rhumatisme chroni
que & inveteré.
L'experience , en effet , prouve
tous les jours qu'il eft des perfonnes
214 MERCURE
fexagenaires , qui ont leurs fermens
vigoureux , le tenus des parties ferme
, & la tiffure du fang robufte :
Cependant javoie que la goutte
nouée ne cedera pas toujours , ny
ce remede › ny au Baume antipodagre
, mais elle deviendra moins
frequente , & moins cruelle ; c'eſt
toujours un grand bien d'eftre foulagé
d'un mal dont on ne peut
entierement guerir , qu'en tachant
de corriger & de rectifier la crudité
outrée des humeurs , & de primer
l'exaltation de l'acide , de la lym
phe , du fuc pancreatique & de la
bile , qui prend toute fa force de l'ai-
"gre avec lequel elle fermente ; car
Pexaltation de ces liqueurs ne vient
que par un trop long fejours qu'elles
ont fait dans les filtres , foit par le
gelachement des fibres destinées à en
GALANT 215
Faire l'expreffion , foit enfin par le
vice des fermens qui fixent le fangs
c'eft de cette crudité que naiffens
dans les premieres voyes , & dans
le fang même , tous les fels étrangers
, qui occafionnent des attaques
fi frequentes de la goutte , & du
rhumatifme.
Nous voyons au contraire que les
jeunes gens , & fur tout les enfans,
trouvent une heureuſe exemption
dans la jufteffe de leur temperament
, qui n'afouffert encore aucune
attaque , parce que leurs vaiffeaux
toujours également remplis , étant
étroitement inferez les uns dans les
antres , la ferofite ne trouve aucune
iffue pour s'extravafer , ou s'il s'en
échape quelques goutes , les muscles
joints & ferrez entr'eux leur refu
fent le paffage ellesfont plustoft dif
216 MERCURE
fipées par la transpiration , qu'elles
ne font arrivées aux jointures ; car
dans le bel àge le fang eft riche en
efprits , les fermens font vigoureux ,
& dans lequel les parties ont tout
leur tenus enfin s'il arrive alors
quelque defordre dans le fiftème du
fang , & qu'ilfaffe quelque im .
preffion mauvaise fur les parties , la
nature fe fert heureufement de fes
efprits qui rayonnent dans les liqueurs
, pour en chaffer ce qu'il y a
des fucs falins eftrangers dans la
maffe, qui en troublent l'aconomie de
l'animal , & déconcertent , pour
ainfi dire , la machine ; c'est pourquoi
la fuppreffion de l'infenfible
transpiration produit une infinité
de maladies , tant aigues ' , que
chroniques : car ce qui fe dillipe ordina
trement de nos corps , foit par·
le
GALANT 217
le paffage de la matierefubtile , quà
en détache continuellement quelques
parties , ou par les filtrations des
glandes cutanées , & tuyaux excreteurs
, eft bienfenfible , puifque San-
Etorius prétend qu'ilfurpaffe quinze
fois le volume des autres excretions,
Ilfaut doncfuivant mon fiftème
'de pratique pour guerir la goutte &
le rhumatifme , fe fervir de la voye
d'attenuer les humeurs , afin qu'en
leur donnant plus de flaidité , elles
puiffent aisément ſe débaraffer , où
pour entrer dans la maffe , & fuivre
fon cours , ou enfin pour ſe perdre par
L'infenfible tranfpiration , & par
quelque petite diaphorefe ; ce qui
S'obtiendra pardes remedesfondans,
diuretiques , dépurans , abſorbans
& diaphoretiques , pourcombatre la
goutte & le rhumatisme : enfin le
Fevrier 1704 I
218 MERCURE
Mercure diaphoretique & horizon
talrenferme enfoy ces ciny qualitez
& par confequent c'est un remede
Specifique à ces maux , ce qui neans
moins et bien contraire à l'opinion
commune , car le vulgaire croit le
Mercure tres - pernicieux & tresnuifible
, de quoy il doit eftre détrom.
pé , puifque c'est une erreur manifefte
qui repugne au bon fens &à la
pratique ordinaire : car le Mercure
felon Vanhelmont , Paracelfe , Sennert
, & plufieurs aucres Auteurs
anciens modernes , eft capable de
produire des effets auffi merveilleux
qu'ils font incomprehenfibles aux
efprits vulgaires.
>
On peut donc conclurre fuivant
Muys les Modernes , que la
Goutte & les maladies fecrettes demandent
les mêmes remedes , &comGALANT
219
me la maffe dufang humain dans
de pareils maux eft aigre , chargée
defels acides & acres , le Mercure
diaphoretique & horizontal , marié
avec les Stomachiques , corrige &
repare ce deffaut , tanime & rectifie
be ferment digeftif de l'eftomach ,
affaifonne le chile , proportionne les
coctions , donne de la fluidité aux
fucs , refout les craßes du fyftème des
nerfs , & des glandes , &fournit au
fang des parties fpiritueufes & alka
lines , afin qu'il reprenne fa premiere
pureté &fapremiereforce.
La falivation procurée par les
frictions de Mercure , triomphe des
maladies les plus difficiles & les
plus rebelles ,felon VVillis & Batbette
, en purifiant le fang de tout ce
qu'ily a d'heterogene dans fa maffe
en détruifant tous les fermens étran
Tij
220 MERCURE
gers , & en redonnant aux parties
leur tenus , & leur reffort. On ne
peut pas donc douter que le Mercure
preparé de certaine maniere , ne convienne
à la Goutte & au Rhumatifme
, puifque par deſſus la qualité
qu'il a de purifier le fang , de luy
donner du mouvement , de tenir les
couloirs libres , il a encore par les
alkalis doux & puiffans , dans lef
quels il abonde , celle d'émouffer&
dabforber la pointe des fels acides ,
& d'adoucir la pointe des fels acres ,
contenus dans la maffe du fang , qui
font les principaux acteurs de cette
douloureufe tragedie : ce remede en
un mot fuivant les differentes alliances
qu'on en fait , convient à
bien d'autres maladies ; & generalement
à toutes les conftitutions du
fang , dans lesquelles abonde une
GALANT 221
lymphe épaiffie , & dans tous les cas
où les fels acides & les fels acres
font de la partie.
Sylvius de Leboé eft encore garent
de cette verité , & fi l'on ne vois pas
dans lagoutte un effet aut fenfible,
que dans les maladies de galanterie
, cela ne procede que de la diverfitè
accidentelle des fels acides & des
fels acres ; & il est toûjours vray
dire qu'il convient à tous , felon le
plus ou le moins de rapport que le
Mercure a avec eux .
de
Il eft für que j'ay donné de ce
Mercure à plus de deux cens perfonnes
de tout âge , fans qu'il leur fois
jamais arrivé le plus petit accident,
& cet excellent remede ne sçauroit
jamaisfaire de mal ; de quoy j'ofe
bardiment répondre : car ce n'eft pas
d'aujourd'huy que je me fers de co
Tiij
222 MERCURE
remede , puifqu'il y a plus de dense
cens ans que ce Mercure diaphoretique
& horizontal eft dans ma famille
, dont mes Anceftres , de qui
je fais tres - foiblement revivre le
nom , s'en font fervis avec fuccés ,
pour les maladies fecrettes ; je ne
crois pas qu'on puiffe en imaginerun
plus fur , la friction mercurielle prés ,
fans que l'ufage de ce remede empêche
les malades de vacquer à leurs
affaires. Cet excellent remede a
gueri un bon nombre de malades ,
travaillez des maladies de galanterie
, & de le fcorbut , tant fur mer
que dans les Illes de l'Amerique ;
la Guadeloupe , Saint Domingue ,
&la Havane. Fofe encore dire &
afſurer que le Mercare diaphoretique
& horizontal a pour ainfi dire
vencheri , & triomphé des maladies
GALANT 223
dit la
voye
fecrettes les plus inveterées , ne les
ayant pu furmonternypar la Pana
cée mercurielle , ny même par la
friction , pratiquée neanmoins fuivant
les regles de l'Art & la methode
ordinaire , qui eftfans contrela
plusfure & la meil
leure , pourguerir radicalement cette
cruelle maladie , qui eft un verita.
ble Prothée , elle prend tous lesjours
desformes differentes e c'est enfin une
hydre qui pouffe fi fouvent de nouvelles
teftes ; c'est pourquoy cette fuperbe
maladie fe joue de tous les
autres remedes , & ne souffre poin
qu'aucun autre la dompte.
Ceux qui auront beſoin de m
du Mont , fe trouveront à la
ruë de la Huchette au grand
I iiij
224 MERCURE
Turc. Je vous ay déia envoyé
plufieurs de fes Ouvrages ;
qui lui ont acquis beaucoup
de reputation , & dont les
Journaux des Sçavans ont
avantageufement parlé.
Mr l'Envoyé extraordinaire
de Mantouë ayant envoyé
des ordres à Charle
ville pour y faire des Prieres
folemnelles
pour le repos de
l'ame de Son Alteffe Sereniffime
Madame la Ducheffe de
Mantouë ; les Confuls & les
Magiftrats firent dreffer un
Maufolée dans l'Eglife Pa
GALANT 225
roiffiale dont le Choeur fut
tendu de noir , & fort illu
miné. Le Service ſe fit le 163
Janvier , les Chanoines du
Doyenné s'y trouverent avec
le Clergé Seculier & Regu
lier . La Cour Souveraine, les
Confuls & les Magiftrats y
affifterent en deüil , & l'Og
raiſon Funebre fut pronon
cée par Mr le Doyen .
Le 22. du même mois les
Capucins firent auffi un Ser
vice pour le repos de l'ame
de la même Princeffe , & fi
rent dreffer pareillement un
Mauſolée en maniere de Lit
226 MERCURE
de parade . La Cour Souve
raine , les Confuls & les Magistrats
affifterent auffi à ce
Service ; toute l'Eglife eftoit
remplie d'un grand nombre
de lumieres . Le Reverend
Pere Bonaventure de moulins
en Bourbonnois
, prononça
l'Oraifon Funebre .
Le
23 .
fes
du
Saint
Sepulchre
s'ac4
quiterent
auffi
de
ce
devoir
,
&
l'Oraifon
Funebre
fut
faite
par
un
Pere
Jefuite
.
Vous
fçavez
qu'il
n'y
a que
de
bons
Predicateurs
dans
cette
Societé
.
les Dames ReligieuGALANT
227
1
Les Recolets firent auff
un Service le 25. où les mê
mes Corps affifterent. Le
Mauſolée fut trouvé tresbeau,
le Pere Candide , Recolet,
fit l'Oraifon Funebre..
Le 30. les Peres Jefuites fe
diftinguerent dans le Service
qu'ils firent faire , par quan
tité de deviſes ſur les vertus
de la Défunte. Ces devifes
eftoient placées autour de
leur Eglife. Le Pere Flaman
ville , Jefuite , prononça l'Og
raiſon Funebre.
Le 31. les Filles de la Pro
vidence firent auffi un Scre
228 MERCURE
vice dans leur Eglife .
Le Fevrier les Carmeli.
tes firent la clôture de ces
Services avec une Pompe
Funebre qui les fit beaucoup
diftinguer ; leur Egliſe
qui eftoit tenduë de noir ,
eftoit toute brillante de lu
mieres , eftant remplie de
plufieurs luftres , ainſi que de
plaques & de bras qui regnoient
tout autour & qui
eftoient garnis de quantité
de bougies. L'Autel eftoit
orné d'un riche Parement de
velours noir , garni de frang
ges d'or. Le Maufolée eftoit
GALANT 229
d'une tres belle ftructure ,
& entouré de beaucoup
d'argenterie , de cierges &
de flambeaux . La Cour Sou
veraine , les Confuls , les Ma
giftrats , le Clergé Seculier
& Regulier & la Nobleffe
des environs affifterent à ce
Service. Le Reverend Pere
Cazimir du Tot de Paris Ca.
pucin , & Vicaire du Cons
vent des R. P. Capucins de
Charleville prononça l'Oraifon
Funebre , qui luy attira
de grands applaudiffemens ,
& dans laquelle il fit une
tres belle peinture des vertus
230 MERCURE
de la Princeffe défunte.
L'ouverture des Etats de
Foix a efté faite par un difcours
que prononça Mr le
Marquis de Segur , Gouverneur
de la Province , auquel
Mr l'Evêque de Pamiers ,
Prefident des Etats , répon
dit , & toute l'Aſſemblée ac.
corda unanimement
au Roy,
le don gratuit ordinaire .
Aprés quoy Mr le Marquis
de Segur , accompagné de
toute la Nobleffe , fe rendit
à l'Eglife principale de Foix,
où le Te Deum fut chanté
2
GALANT
231
7
en actions de graces du gain
de la Bataille de Spire , &
de la prife de Landau . Mr
l'Evêque de Pamiers officia
à cette Ceremonie
, & en
fuite Mr le Marquis de Se
gur , precedé de les Gardes ,
alla allumer le feu de joye ,
au bruit de la Moufqueterie
& du Canon du Chafteau.
Je ne vous parle point des
fervices de ce Marquis , ny
de la naiffance , parce qu'ils
font affez connus . Il eft de
la veritable Mailon de Segur
Pardaillon du Perigord, l'une
des plus anciennes du Royau
232 MERCURE
me. Il defcend du cofté ma
ternel de celle de Taillefer ;
qui fort des Anciens Comtes
de Perigord , & qui eft alliée
à tout ce qu'il y a de plus
grand en France.
Les Etats de Languedoc
fe feparerent le 8. Fevrier ;
quelques jours auparavantils
avoient fait faire un Service
folemnel pour feu Mr le
Cardinal de Bonzy , auquel
Mr l'Archevêpue de Nare
bonne , Préfident né des
Etats officia . L'Oraifon Funebre
fut prononcée par Mr
l'Abbé Poncet , Vicaire geGALANT
233
neral de Mr l'Evêque d'Ulez
fon oncle : les Abfoutes furent
faites à la fin de la Meffe
par Mrl'Archevéque de Narbonne
, & par Mrs les Evé
ques de Saint Pons , d'Ufez ,
de Mirepoix , & de Caftres ,
Mr.le Maréchal de Montrevel
, Mrs les autres Commiſ
faires du Roy & les Etats en
Corps , affifterent à cette
Pompe funebre .
On a fait de grandes re
joüiffances dans tous les Etats
de Monfieur le Duc de Lorraine
pour la naiffance de
Monfieur le Duc de Bar
V Fevrier
1704
234 MERCURE
comme prefomptif heritier
des Etats de Lorraine.LaVille
de Bar s'eft diftinguée fur
toutes les autres Villes ; les
Boutiques ont efté fermées
pendant quatre jours , les
Cloches n'ont preſque point
ceffé de carillonner
; toute
la Ville a efté illuminée pendant
ces quatre nuits , &
l'on a fait tous les foirs des
feux de joye devant les por
tes. Le Dimanche du Carna“
val la Ville fit faire un grand
feu de joye dans la premiere
Cour du Chafteau , tous les
Bourgeois cftans fous les arGALANT
235
& de
mes ; de là on paffa à la fe
conde Cour qui eft en forme
de Terraffe , où l'on fic plug
fieurs decharges de Canon
Moufqueterie , & on
tira plus de cent cinquante
fufées & autres feux d'arti
fice. On fir diftribuer quantité
de pieces de Vin dans
tous les quartiers de la Ville,
où l'on n'entendoit que cris
de joye & des acclamations
de Vive leurs Alieffes , &
Monfieur le Duc de Bar. Les
Magiftrats avoient fait preparer
un grand & magnifique
repas , qui fut fervi dans ung
Vij
236 MERCURE
Salle du Chafteau , oùse trou
verent environ quarante pera
fonnes de confideration . Les
Violons & la Simphonic paf
ferent après le repas dansune
autre grande Salle , où l'on
donna le Bal aux Dames qui
dura iufqu'à trois heures après
minuit.
Mr Bailleu , Ingenieur ,
qui a fait la Campagne dans,
le Milanez avec Mr le Duc
de la Feüillade, vient de don
ner au public une nouvelle
Carte du Theatre de la guerre
le long & aux environs des
Rivieres du cours du Pô ,
GALANT 237
depuis fa fource iuſqu'à ſon
emboucheure. Cette Carte
eft d'autant plus curieuſe que
l'on y a joint tout le Piémont,
toute la Savoye & toutes les
Vallées ; ces details font ac
compagnez de plufieurs Plans
des Places d'Italie , de Sa
voye & de Piémont. On voit
dans cetteCarte tout ce qu'on
peut fouhaiter touchant la
marche des Armées qui fonc
en ce pays. Elle fe vend à
Paris chez l'Auteur , fur le
Quay de l'Orloge du Palais ,
au Neptune François , à côté
du gros Diamant,
238 MERCURE
Mr Infelin vient de mettre
aujour deuxCartes nouvelles ,
fçavoir , une de la Hongrie ,
fort exacte & fort détaillée , &
dans laquelle font diftinguez
les Pays appartenans à l'Autriche
& au Turc; elle fe joint
la Carte du Theatre de la
guerre pour les mouvemens
prefens des Armées en Allemagne
& en Alface avec leurs
routes. L'Auteur a gravé au
bas de cette Carte les Plans
de Landau , Philifbourg, Fribourg
, des deux Brifac ,
d'Ulm , de Vienne en Allemagne
, ceux de Komore ,
GALANT 239
Raab & du Grand Varadin
en Hongrie , deffus & aux
environs des Cours du Rhin
& du Danube . L'autre Carte
eft une Carte de Flandres
dreffée fuivant les nouvelles
obfervations , ces Cartes font
tres curieuſes , & fe vendent
à Paris chez l'Auteur, ruë des
Noyers prés la Place Mau
bert.
La Charge de General de
l'Artillerie de l'Empereur
eftant vacquante depuis la
mort de feu Mr le Comte de.
Soiffons quia efté tué devant
Laudau lorique le Roy des
240 MERCURE
Romains afliega cette Place;
Sa Majesté Imperiale en vient
de gratifier Mr le Comte de
Frife en confideration des
fervices qu'il a rendus en défendant
vigoureuſement la
Ville de Landau, lorsque cette
Place a efté repriſe par Mr le
Maréchal de Tallard. Vous
fçavez que Mr le Comte de
Frize eft frere de Madame la
ཊི ཏྟ
Marquife de Villefranche
Monbrun , & que cette Dame
paffe pour une des plus belles
Perfonnes de l'Europe . Je
yous envoye une traduction
della Lettre écrite de la main
de
GALANT 241
de l'Empereur à Mr le Comte
de Frife, par laquelle Sa Majefté
Imperiale donne avis à
ce Comte , du don qu'il luy
a fait. On voit dans cetté
Lettre que l'Empereur demeure
d'accord que les trou
pes qui marchoient au fe
cours de Landau ont efté
battuës.
TRADUCTION
de la Lettre.
LEOPOLD,
2
Nos Ennemis font forcez de
reconnoiftre , & nos Amis ng
Fevrier 1704 X
242 GALANT
fçauroient affez admirer la va.
leur extraordinaire
aveclaquelle
vous avezfoûtenus les longues
& rudes attaques des Ennemis
à la Place de Landau , & de ce
qu'après avoir tenu juſqu'à la
derniere extremite
, & que le
fecours qui vous venoit a efté
battu , vous avez fçû obtenir
une capitulation accompagnée de
toutes les mare
marques
d'honneur,&
avezfauvé la garnison . Ilferoic
àfouhaiterque d'autres Commandans
en euffent fait autant , &
qu'ils vouluffent prendre à la
venir , exemplefur votre conrage.
Vous avez acquis une reGALANT
243
putation immortelle que nous
voulons confirmer nonfeulement
par les temoignages de noſtre fatisfaction
, mais nous voulons
encore l'augmenter par une marque
de noftre reconnoiſſance.
Dans cette vue nous avons
vefolu de vous donner la Charge
de General de noftre Artillerie ,
nous venons d'en faire expedier
la Patente en vostre faeur
, par preference même à
plufieurs de nos autres Feld
Maréchal , Lieutenans Genes
raux qui par leur ancienneté &
leurs fervices , avoient droit d'y
prétendre. Tout le monde fera
X ij
244 MERCURE
inftruit de ce dont vous vous
eftes rendu digne , & l'on sçaura
que nous n'avons point de conft
deration qui foit auprés de nous
plus puiffante que le merite. Vous
pouvez eftre affuré que nous
fongerons à vous avec encore
plus d'attention dans la fuite ,
& c.
14
Le 26. Decembre 1703. Mr
le Marquis d'Auxi , ci devant
Capitaine de Dragons au Rea
giment de Mr le Chevalier
de Hanvoille , fon oncle pa
ternel , eftant Lieutenant aux
Gardes Françoiles , aprés y
GALANT 245
avoir efté Sous . Lieutenant &
Enſeigne , traita avec l'agrés
ment du Roy de la Compa
gnie de Mr de Moulineaux ,
qui eftoit Capitaine au même
Regiment des Gardes .
Pour vous parler d'une
partie de leurs Ancestres ,
fans remonter prefentement
plus haut , je commenceray
par Pierre d'Auxi , de la
Maiſon des anciens Sires
& Bers d'Auxi , originaire
de Flandre ; lequel eftoit Sei ,
gneur de Monceaux , dont il
prit le nom vers le commencement
du quatorziéme fie-
X iij
246 MERCURE
cle , & qui époufa Françoiſe
de Mailly. Leur fils Mathieu
de Monceaux d'Auxi fut ma-
Lié à Catherine de Brimeu , &
for pere de Jean premier du
nom de cette branche , Capitaine
d'Arque vers Dieppe.
Vous fçavez qu'on donnoit
en ce temps là le nom de
Capitaine aux Gouverneurs
de Places . Sa femme le nom.
moit Jeanne de Bailleul . Jean
fecond leur fils , eut pour
épouſe Jeanne de Villers l'ifle
Adam. Il eftoit General des
Finances de Picardie ; ce fut
en cette qualité que Saint
a
GALANT 247
François de Paule , Inftituteur
de l'Ordre des Minimes ,
luy écrivit one Lettre de fon
Convent de Touffains prés
d'Amboife , vers l'an 1497. le
traitant de Monfeigneur , &
luy demandant fa protection
pour l'établiffement d'un
Convent de fon Ordre en la
Ville d'Amiens.
Il mourut le 8. d'Octobre
1505. & fut inhumé aux Cora
deliers de Paris , dans la Chay
pelle du Saint Sepulchre ;
qu'il avoit fondée vers la fin
du quinziéme ficcle , avec la
Meffe folemnelle qui s'y
W
X iiij
248 MERCURE
chante en Grec tous les ans
le premier Dimanche d'aprés
Paſques , avec une Proceflion
& un Sermon qui fe dit de
même en Langue Grecque à
la Meffe . Par fes Epitaphes
& par plufieurs Actes il
eft qualifié Gouverneur de
l'Artois , Chevalier de l'Or
dre de Saint Michel , & Scigneur
de quantité de terres
dont plufieurs font encore à
prefent poffedées par les defcendans
, qui ont droit de
fepulture dans cette Chapelle
du Sepulchre.
Son fils Jean troifiéme fe
GALANT 249
maria à Genevieve Dauver ,
petite fille d'un premier Pre
fident du Parlement de Paris,
Il donna avec François fon
frere decedé fans lignée , la
Terre de Villacoublay à l'Ha
tel Dieu de Paris , & d'autres
biens à l'Hôtel Dieu de Beauvais
. De ce mariage fortirent
cinq fils , dont le premier
nommé Antoine , étant more
fans enfans , le fecond'appel
lé Guy devint l'aîné , & fit la
branche de Hodenc , qui fa
prononce Houdan , ayant
époufé Jeanne de la Chatre ,
fille & foeur de Capitaine des
250 MERCURE
Gardes du Corps . Le 3. d'Avril
1554. il fut chargé des
'ordres & des memoires du
Roy Henry II pour aller en
Avignon rendre des Lettres
au Cardinal Farneze , & à
Marſeille vers le Baron de la
Garde pour y faire aprêter les
Galeres , pour porter à Rome
ce même Cardinal & autres ,
& pour d'autres negociations
importantes.
Le premier May 1571. il fur
fait Maiftre d'Hoſtel du Roy.
En Novembre & Decembre
1586, le Roy Henry III . luy
donna plufieurs inftructions
GALANT 251
pour aller établir & regler les
chofes neceflairés pour la
garde de fa Sour Marguerite
Reine de Navarre , au Châ
teau d'Uffon en Auvergne
& pour la maniere dont elle
devoit eftre traitée. En 1587.
il estoit Chevalier de Saint
Michel. Ce même Guy eut
trois fils & une fille mariée
à Mrs de Jars Rochechoüart
frere de Mr le Commandeur
de Jars.
Gafpar l'ainé , Seigneur
d'Houdan , ayant époulé Jaca
queline d'O , veuve du Sei
gneur de Broffes , il ne laiffa
252 MERCURE
que deux filles dont l'aînée
Charlotte , fut mariée à Meffire
Geofroy de Tiercelin ,
Marquis de Broffes ; l'autre
nommée Suſanne , épouſa
Meffire François du Val ,
Marquis de Fontenai - Mareüil
, Ambaffadeur Extraor
dinaire à Rome , qui n'eut
qu'une fille unique , fçavoir ,
Madame la Ducheffe de Gef
yres qui déceda en 1702
Voila donc cette branche
aînée éteinte : ainfi il faut
revenir à un fecond fils de
Gui , lequel s'apelloit Francois
, & qui portoit le nom
GALANT 253
de Villers. Houdan , marié à
une fille de la Maifon de
Bouri du Bec. Il fut Gouver
neurs de Dieppe , & Vice
Amiral en Normandie , Che .
valier de S. Michel en 1611.
& nommé Chevalier du Saint
Efprit en 1612. Il eut un fils
tué dans les Moufquetaires
du Roi, à l'âge de vingt ans,
au fiège d'Aire dans l'Artois ;
& deux filles , l'aînée mariée
au Marquis de Buli , la fed
conde au Marquis de Beaumont
, par où cette feconde
branche eft auffi tombée en
quenoüille. Il a fait ainsi que
254 MERCURE
fes Predeceffeurs , quelques
donations confiderables au
grand Convent des Corde
liers de Paris
avec Gafpar
fon aîné , Gentilhomme or.
dinaire de la Chambre du
Roy , & Charles leur autre
frere, troifiéme fils de Gui ,leş
quel Charles fut Abbé Com
mandataire de Saint Germer
au Dioceſe de Beauvais, Il y
eut auffi de cette famille dans
le même Dioceſe , prés la
Ville de Beauvais , deux Abbeffes
de Saint Paul de ſuite,
aprés le milieu du feiziéme
Gecle , fçavoir Charlotte fille
GALANT 255.
de Jean ſecond , & Louiſe fa
niece, fille de Jean troifiéme,
duquel un troifiéme fils
auffi nommé Jean , a fait la
branche de la Comune en
Brie , dont il y a eu un Che
valier de Malte qui s'apellois
Charles , & qui mourut à la
bataille de Lepante le 7.Oc.
tobre 1571 En cet endroit il
faut remonter à un fecond
fils de Jean troifiéme qui ſe
nommoit François , & qui a
fait la branche de Hanvoille,
ayant épousé Marie Raguier
de la Maifon de Pouffe dans
la Brie , & qui eut deux fils ,
256 MERCURE
Gui & Jean , ce dernier fuc
enterré à Conftantinople ,
'étant mort dans les voyages
'du Levant , revenant de la
Terre Sainte , où il avoit efté
par devotion , ainſi que plu、
feurs de fes Predeceffeurs.
Gui fon aîné , devenu uni
que , époufa Sufanne de Soye
court , fille de François , Che .
valier de l'Ordre , & de Charlotte
de Mailli . François leur
fils , fut marié à Marthe-
Jeanne de Boufflers , foeur du
grand pere paternel de Mrle
Maréchal Duc de Boufflers ,
elle eftoit fille d'Adrien de
GALANT 257
Boufflers , Chevalier de l'Ordre
du Roy , & de Françoile
Gouffier , petite fille de l'A
miral de Bonivet.
De ce mariage eft iffu
Meffire Adrien de Monceaux
d'Auxi , Marquis de Hanvoille
, Seigneur de Martin .
cours , Glatigni , Saint Samfon
, Saint Aubin , & c. re.
commandable par la pieté ,
& par la liberalité envers les
pauvres , fur tout dans les
neceffitez publiques : il épou
fa en 1646 Elifabeth Legrant,
foeur d'Alexandre Legrant ,
Confeiller de la Grand'Cham;
Fevrier 1704
Y
258 MERCURE
bre au Parlement de Paris , &
Prieur de Souvigni dans le
Bourbonnois, aprés fon frere
Henry Legrant , qui avoit
efté Prevoft de l'Eglife Cathedrale
de Toulon , & de
Madeleine Legrant , marićë
à Meffire Alphonfe Jubert ,
Prefident en la Cour des Aides
de Normandie , oncle
paternel de Meffire André
Jubert de Bouville ; Confeil.
ler d'Etat , Intendant à Ora
leans , & c. tous quatre enfans
de Meffire Henry Legrant ,
Maistre des Requeftes , In
tendant de Province en Lang

GALANT 259
guedoc , où il eut la Commiffion
de faire démolir les
fortifications de Nilmes , &
de Dame Anne Danés , fille
de Jacques , Seigneur de
Marli , Compans , & c. Prefident
en la Chambre des
Comptes à Paris , & foeur de
Meffire Jacques Danés , Evêque
de Toullon , de N ... 3
Danés Dame du Thil , & de
la mere de feu Madame la
Chanceliere Boucherat ; defquelles
trois foeurs & Dames
Danés fat Mere Anne Hennequin
, coufice germaine de
Mr le Cardinal de Berulle ,
9
Y ij
260 MERCURE
& de Mr le Chancelier Se
guier.
Du mariage d'Adrien avec
Elizabeth Legrant , font ve
nus quinze enfans

dont
l'aîné François , Marquis de
Monceaux , s'eft allié à Ma
deleine Jubert , fille de Jacques
, Marquis du Thil , Con.
feiller d'Etat & de Marie
Courtin de la famille de Plenipotentiaire
; ayant fait le
voyage de Candic fous Mr.
de la Fcüillade.
Enfuite Adrien , nourri
Page de la Chambre du Roy,
Capitaine au Regiment de
GALANT 261
Picardie à 21. ans , tué au ſiege
de Limbourg en Juin 1675.
Aprés lui , Henry furnom ?
mé le Chevalier d'Hanvoille ,
ci-devant Colonel d'un Regiment
de Dragons.
Puis Jacques , fieur de la
Frefnoye , Capitaine au Regiment
de Champagne. Mara
the leur four , for mariée à
Georges du Fay , fecond fils
de Jean du Fay , Comte de
Maulevrier , Grand Bailly de
Roüen .
Il reste à dire , pour achever
cette Genealogie , que
François , Marquis de Mon
262 MERCURE
ceaux , & Magdeleine Jubert,
font pere & mere de Jacques,
Marquis d'Auxi , Capitaine
' aux Gardes , & de fon frere
François Charles , qu'on ap
pelloit Chevalier d'Auxi ,
2
mort à l'expedition de Car.
tagene dans l'Amerique , à
l'âge de vingt ans , eftant
Enteigne de Vaiffeau, & ayant
déja fervi plufieurs Campa
gnes fur mer.
Cette Mailon eft alliée à
celles de Beauvau, Boufflers,
Broffes , Chaunes , du Fay !
Dauyet, Gefvres Gouffier, Jubert
, la Tremoille, la Chatre,
GALANT 263
Mailli , Maulevrier , Mont
morenci , S. Simon , Roche,
choüart , Soyecourt , &c .
Mr le Marquis d'Auxi fut
reçû le Dimanche 10. Fevrier,
le Regiment des Gardes
eftant à la Plaine pour l'exer.
cice . Mrle Maréchal de Bouf,
Alers s'y trouva & fit recevoir
lui même le nouveau Capia
taine , & aprés l'avoir embraffé
, il pria tous les Offi
ciers du Regiment qui
eftoient autour de lui , d'ac
corder à Mr le Marquis
d'Auxi leur amitié , en leur
difant que c'étoit fon plus
264 MERCURE
proche Parent , & qu'il étoit
d'une naiffance diftinguée.
Le nouveau Capitaine fut
enfuite accablé de complimens
& des plus tendres
marques d'affection , eftant
fort aimé dans le Regiment ,
ce qui fit que tous les Of
ficiers fuivirent , avec plai
fir , en l'embraffant , l'exemple
de мr de Boufflers , qui
n'auroit pû parler autrement
pour fon fils. La Compagnie
de мr d'Auxi monta enfuite
la garde , le leudy 14 juſqu'au
Dimanche fuivant 17. Fe
vrier..
Mr
GALANT 265
M' le Marquis de Saint-
Aulaire , Colonel d'Infanteric
, a épousé au commencement
de cette année mademoiſelle
de Lambert , foeur
de мr le Marquis de Lambert
qui eft auffi Colonel . Il eft
fils aîné de François Jofeph
de Beaupoil de Saint Aulaire,
Lieutenant general pour le
Roy au Gouvernement du
haut & bas Limofin , & de
Dame Marie Fumel , fille du
Comte de Fumel en Age
nois . Les freres & foeurs de
Mr le Marquis de Saint- Aulai
re le pere , font , André : Da,

Fevrier
1704:
266 MERCURE
niel de Beaupoil de Saint . Au.
laire , Evêque de Tulles ,
Foucaud Chevalier de malte ,
Commandeur de Laumus où
Laumuffe , prés de mâcon , il
eft prefentement à malte , où
le Grand Maiſtre l'a appellé
pour le faire Secretaire de
fes Commandemens , marie
de Beaupoil de Saint. Aulaire
a épousé Armand d'Aydie-
Riberac , Seigneur de Vau .
goubert, dit le Vicomte d'Ay
die & quelques Religieufes .
La Maison de Beaupoil eft
originaire de Bretagne , où
elle tenoit un rang confides
GALANT 267
fable dés le
commencement
de l'onzième fiecle. Elle s'eft
établie en Limofin , il y a plus
de trois cens ans , elle a pris
alliance dans les maiſons de
Bron , de Pompadour , de
Bourdeil , de Voluire -Ruffec,
de Tallerand , de Carbonniere
la Capelle Biron , de Blot ,
Chauvigny , & c .
Les armes de la Maifon de
Beaupoil font , de gueules à 3.
couples de Chiens d'argent.
La branche des Marquis de
Lanmary en Perigord , eft
fortie de cette maiſon , il y a
plus de deux cens cinquante
Z ij
268 MERCURE
ans , elle s'eft alliëé aux maifons
de Lauriere , de Bourdeiller
, d'Aubuffon - la Feüils
lade , de la Roche- Aymon ,
Saint Mexant , & c .
Les Ducs de la Force , dont
le nom eft Nompar de Cau
mont, font iffus d'une fille de
cette Maiſon . Elle fe nommoit
Philippe de Beaupoil ,
Baronne & heritiere de la
Force , elle épouſa François
Nompăr de Caumont , & de
ce mariagenâquit le premier
Maréchal de la Force.
Mr de Fremont , Marquis
d'Auneüil , Maistre des ReGALANT
269
queftes de l'Hôtel du Roy ,
frere de Madame la Maréchale
de Lorges , & fils de
feu de Mr de Fremont , aufli
Marquis d'Auncül , a épousé
depuis peu Dame N ... Pu .
celle , fille de feu Mr Pucelle
premier Prefident au Parlement
de Grenoble , & de
Dame N.... Roujaut , foeur
de Mr Roujaut Intendant de
la Generalité de Bourges , &
de M. l'Abbé Roujaut , Con;
feiller Clerc au Parlement de
Paris . Madame de Fremont
Marquife d'Auneüil eft foeur
de Madame la Comteffe
Z iij
270 MERCURE
d'Asfeld , & elles font petites
filles de Mr Pucelle , qui avoit
acquis une grande reputation
par les beaux plaidoyers , &
de Dame N .... de Catinat
fille de мr de Catinat , Confeiller
au Parlement , & foeur
de Mr le Maréchal de Cari-
Dat & de Mr de Catinat
Confeiller d'honneur au Par
lement , & qui vient de mourir.
Madame d'Auneüila beau
coup d'agrémens , & il eft des
beautez touchantes qui ne
plaiſent pas tant qu'elle . Mr le
Marquis d'Auncüil a heritéde
la vertu de m° la mere , femme
GALANT 271
d'une folide pieté. Le mara
quilat d'Auncüil vient de la
maiſon de Barjot , dont plus
fieurs portent encor aujours
d'huy le nom d'Auneüil . La
terre eft tres-conſiderable ,
& elle est fort connuë par une
haute Tour qui eft fort re
marquée en Picardie.
Mr le Marquis du Palais ,
dont le nom eft de Rivoire ,
d'une tres bonne Maiſon de
la Province de Forefis , épou
fa le 31. Janvier dernier , dans
l'Eglife de Saint Jacques du
haut pas Dame Jeanne Marie
Perrault , veuve de Meffire
Z iiij
272 MERCURE
Louis de Beaupoil de Saint
Aulaire , Marquis de Lanma
ry , grand Echanſon de France
, Capitaine Lieutenant des
Gendarmes de la Reine. Hy
a eu fept enfans de ce mariage
, fçavoir trois garçons &
quatre filles ; l'aîné fe nomme
Marc Antoine Front de
Beaupoil de Saint Aulaire ,
Marquis de Lanmary , & eft
grand Echanfon de France .
Les Nouvelles étrangeres im.
primées , en datte du quin .
ziéme de Fevrier , ont parlé
de ce mariage , & au lieu de
dire Dame Jeanne Marie Perg
-
GALANT 273
rault , veuve de Mr le Marquis
de Lanmary , grand Echanfon de
France , Capitaine Lieutenant
des Gendarmes de la Reine. Elles
ont dit : Mr le Marquis die
Palais époufa ces jours paffez
dans l'Eglife de Saint Jacques du
haut pas , Dame Jeanne Marie
Perrault , fille du Marquis de
Lanmary , grand Echanson de
France , &c.
L'erreur eft grande , puiſ,
que le nom de cette Dame
eft Perrault , & que celuy de
feu Mrle Marquis de Lanma
ry fon époux , eft Beaupoil de
Saint Aulaire.
274 MERCURE
Mr le Marquis du Palais
eft d'une tres bonne maifon ,
& qui eft connuë dans le
Royaume depuis le regne de
Louis VII. Pere du Roy Phi-
Hippes Augufte. A la Bataille
de Bouvines , un Seigneur de
cette grande maiſon fit des
merveilles de fa perfonne ,
& jetta , à la tefte de la Trou .
pe qu'il conduifoit , une fi
grande terreur parmy les ennemis
, qu'il fit en partie de
clarer la victoire pour les
François. On fçait de quelle
importance leur fut ce fuccés.
GALANT 275
Vous me mandez que vous
auriez fouhaité qu'en vous
parlant du mariage de мr le
Vidame d'Amiens , cet arti
cle cut efté accompagné d'un
peu de Genealogie
; il faut
vous fatisfaire . Voici ce que
vous y pouvez ajoûter.
M ' le Vidame eft fils de
Meffire Charles Honoré d'Al
bert Duc de Chevreufe , Ca
pitaine , Lieutenant des Che
vaux Legers de la Garde , &
de Jeanne - Marie Therefe
Colbert fille aînée de Jean
Baptifte Colbert , Miniftre &
Secretaire d'Etat , qu'il épou
276 MERCURE
fa le3 . Fevrier 1667. Charles
Honoré d'Albert , Duc de
Chevreufe eft fils de Louis
Charles d'Albert Duc de Luy.
nes , Pair de France , Cheva .
lier des Ordres du Roy '; & de
Marie Segaier , Marquiſe d'O
fille unique de Pietre Seguier ,
Marquis d'O Maître des Requêtes
de l'Hôtel , fa premiere
femme. Feu m' le Duc
de Luynes eftoit fils du celebre
Connetable de Luy.
nes , qui fut dans une fi
grande faveur fous le dernier
Regne, Charles d'Albert Duc
de Luynes , Pair & Connêta ,
GALANT 277
ble de France , Grand Fauconier
, Chevalier des Ordres
du Roy , Premier Gentilhomme
de fa Chambre & Gou ”
verneur de Picardie , & du
Boulonnois , eut le bonheur
de gagner les bonnes graces
de Louis XIII. qui le combla
de fes biens & d'honneur.
Ilfupplanta le maréchal d'Ancre.
Il fervit le feu Roy avec
beaucoup de zele & de fuc
cés , il mourut d'une fievre
pourprée dont il fur attaqué
en Langudoc , il le fit porter
à Longueville où il mourut
le is, Decembre 1621. fon
278 MERCURE
corps fut porté à maillé prés
de Tours qu'il avoit fait ériger
en Duché fous le nom de
Luynes. En 1617. il avoit épou
fé Marie de Rohan fille aînée
d'Hercule de Rohan , Duc de
Monbazon Grand Veneur de
France, & de fa premiere fem
me Magdeleine de Lenoncourt
Dame de Couvray, Elle
époufa enfuite Claude de Lor.
raine Duc de Chevreuſe , c'eft
cette Ducheffe de Chevreufe
, qui eut tant de part à la
confiance de la Reine mere,
elle mourut en 1679. ; c'eft
de ce mariage qu'eftoit venu
1
GALANT
279
feur le Duc de Luynes . Le
Connêtable de Luynes étoit
fils aîné d'Honoré d'Albert
Seigneur de Luynes dans le
Comté d'Avignon , qui fervit
le Roy Henry IV . en diverſes
occaſions avec beaucoup
de fidelité. Il eut de Dame
Anne de Rodulf fon épouse
qui eftoit une tres - belle perfonne,
le Connêtable de Luy!
nes , Honoré d'Albert Duc
de Chaulnes , Pair & maré
chal de France , Vidame d'A
miens , Seigneur de Pequi
gny , & de Caineval , qui de
Charlotte d'Ailly Comteffe
280 MERCURA
de Chaulnes , cut feu мr la,
Duc de Chaulnes mort fans
Enfans depuis quelques an
nées . Leon d'Albert fut le
troifiéme fils d'Honoré d'Albert
, & eut la Lieutenance
de la Compagnie des deux
cens Chevaux Legers de la
Garde du Roy , il fut depuis
Duc de Luxembourg, Pair
de France & Chevalier des
Ordres du Roy ; il épousa
Marguerite Charlotte Duz
cheffe de Luxembourg de la
quelle il laiffa Henry Leon,
Ecclefiaftique , & Marie Reli,
gicule à l'Abbaye aux bois .
GALANT 281
La Maiſon d'Albert ou Al
berti eft une famille tres ancienne
qui s'établit dans le
Comtat d'Avignon fous Innocent
VI. & qui s'eft ex
traordinairement élevée dans
le dernier fiecle . M' le Che.
valier de Luynes & le Comte
d'Albert font freres de mile
-Duc de Chevreuſe. encl
Ceux qui m'ont donné les
Memoires du mariage de ma
demoiſelle de Monchi ; ſe
font trompez en deux arti
cles. Ils ont dit que madamé
fa focur le nommoit malher;
be & elle s'appelle Manerbe ;
Fevrier 1704.
A a
282 MERCURE
ainfi tout ce que j'ay dit par
rapport au premier nom ne
convient point à cette Dame.
Mademoiſelle de monchi a
veritablement épousé мr de
Blambuiffon , mais ce Gentilhomme
n'eft pas de la mai
fon de Marles , mais du merle.
La premiere de ces deux maifons
eft à la verité tres - illuftre
, mais la feconde ne l'eft
pas moins , & elle eſt tres rez
commandable par une an
cienneté de quatre cens ans.
La maiſon du мerle a donné
à la France beaucoup d'Offi.
ciers de marque dans les ar
GALANT 283.
mées de nos Rois , des Che.
valiers de l'Ordre du Roy
un maréchal de France ; & la
Genealogie de cette maiſon
fut affez connuë , lorfque
dans fon jeune âge мr de
Blambuiffon cut l'honneur
d'eftre reçu Page du Roy.
Je vous envoye un Diſcours
qui a efté prononcé par le
premier Avocat du Roy au
Prefidial d'Angers , à l'occa
fion du Te Deum chanté pour
rendre graces à Dieu de la
prife de la Ville d'Aufbourg.
A a ij
284 MERCURE
-
MESSIEURS ,
Nous avions lieu de croire que
cette Campagne fi glorieuse de
toutes parts eftoit finie par le gain
de la Bataille de Spire , & par
la Conquefte de Landau ; mais
elle vient d'eftre enfin couronnée
par la prife de la Ville d'Aufbsurg
, dans une faifon qui n'a
paru rigoureuse qu'à fes Habi- .
tans vaincus , d'un coflé ils ont efté
témoins de la foibleffe de cing mil-.
le Allemans deffenfeurs de leurs:
remparts ; & de l'autre ils ont
éprouvé la valeur d'un grand
GALANT 285
Prince qui combat au nom de
deux grands Rois qui luy font
unis par les liens du fang , de
l'amitié , & de l'interest Cette
Place qui a efté le Conclave de
plufieurs Princes liguez contre la
France , l'Espagne & la Ba.
viere eft devenue le fejour agreable
de leurs Troupes victorieuses ,
elles la font prefentement repentir
de fon infidelité , à la bonte du
General qui s'eftoit conftitué fon
garand & fon protecteur. Quoy
que Louis le Grand n'y trouve
d'autres avantages que ceux de
la gloire , comme le plus zelé de
tous les Princes Chreftiens , &
286 MERCURE
le plus jufte de tous les hommes :
il s'anit avec Son Alteffe Electorale
de Baviere , pour en marquer
fa pieufe reconnoiffance an
Dieu des Armées , elle eft infinie.
Elle ne peut neanmoins fatisfaire
à la protection visible que le Seig
gneur a la bonie de donner à tou
tes fes entrepriſes , & à celles de
cet Allié auffi fidel qu'illuftre
cette impuiffance oblige Sa Ma
jesté d'ordonner à tous fes Sujets
de faire agir leur zele unanime
par des Prieres publiques Ilfera ,
Meffieurs , celebré demain Dimanche
au defir de lafemonce qui
baus en estfaite par Mrs Du₂
GALANT 287
pont , les Venerables Depurez
du Chapitre de la Cathedrale de
cette Ville , de laquelle Semonce
il vous plaira , Meſſieurs , nous
donner Acte , de la demande
quenous vousfaisons qu'ilfoit enjoint
fuivant les ordres du Roy ,
à toutes les Compagnies Laïques
d'y affifter à l'heure & en la maŋ
niere ordinaite.
M ' de Midorge , âgé de
vingt- deux ans & deux mois,
fut reçu le 23. Janvier , Confeiller
au Parlement de Paris ,
ayant eu des Lettres de dif
penfe d'âge. Il fit un difcours
288 MERCURE
2
fort éloquent , & répondic
pendant une heure avec beau
coup de prefence d'efprit ,
avec toute la capacité poffi .
ble , à plufieurs questions qui
luy furent faires par Mr le
premier Prefident , tant fur
la Loy dontil avoit fait choix ,
que fur le Droid François ,
fur lequel Mr le premier Pre
fident eft tres fevere , ayant
dit à ce fujer que ce n'eftoit
pas la Science des Ecoles qui
rendoit un homme capable ,
mais celle du Droit François ;
ce qu'il fir entendre de nouveau
dans le dilcours , où il
parla
GALANT 289
·
parla du Répondant , dont la
jufteffe des réponſes , fit dire
qu'il y avoit lieu d'efperer qu'il
marcheroit fur les pas de fes
Anceftres , dont le nom eft fi
ancien dans la Magiftrature. Il
eft fils de Mr de Mydorge
Confeiller en la Cour des Aides
, & de Dame Catherine le
Clerc de Leffeville , d'une noble
& tres ancienne famille
de Paris , alliée aux meilleures
maifons de la Robe , ainſi qu'à
plufieurs maifons tres- confide
rables . Dés l'année 1573. on red
çut un Confeiller au Parlement
de cette Maifon , dans laquelle
on comptoit dés le commencement
du fiècle pafé plufieurs
Chevaliers & Commandeurs de
l'Ordre de Malte. Le Confeiller
Février 1704
. Bb
290 MERCURE
de cette maifon qui vient d'être
reçu , a fon frere cadet Chevalier
de Malte .
On reçut le même jour Confeiller
au Parlement Mr Poultier
, ci - devant Avocat du Roy
au Chaftelet . Il a exercé cette
Charge avec applaudiffement.
Il eft fils de Mr Poultier , Con-
Leiller Secretaire du Roy .
Je vous envoye un Sonnet
qui a efté fait pour le Roy de
Suede ; je devrois me fervir de
cette occafion pour vous faire
l'éloge de ce Monarque , puis
qu'avant l'âge de dix - neuf ans ,
il s'étoit déjà acquis une gloire
immortelle par les actions & par
des faits tres finguliers ; mais la
matiere eft trop belle & trop
abondante , & il me refte trop
GALANT 291
peu de temps & trop peu de
place pour vous en entretenir
icy
.
SUR LE PORTRAIT
DU ROY DE SUEDE.
Voicy
SONNET.
le Succeffeur du celebre
Guftave
,
Qui pour lefurpafferfait un illuftre
effort ,
Et qui rend à fon gré dans les Plaines
du Nord
Za Victoire conftante , & la For
tune efclave,
2 .
Desrivages glacez que la Baltique
lave
Bb ij
292 MERCURE
Ilfémefous fes pas l'épouvante &
la
morts er
La Parque le refpefte , attentive à
fon fort
Et veillefur fes jours , dans l'inftant
qu'il la brave,
Inflexible ennemi des vains amufemens
,
Ses aufteres devoirs rempliffent fes
momen's ;
Il aime les Vertus encorplus que la
Gloire:
2
Mais , ce qui le comblant d'éloges
inouis >
Gravera mieux fon nom au Temple
de Memoire ,
Il ft l'Imitateur & l'Ami de
LOUIS
1
GALANT 293
Mr de la Foffe vient de faire
une nouvelle Traduction en
Vers François des Odes d'Anacreon.
Il a confervé dans fa
Verfion toute la fineffe & toute
la delicateffe de la Langue
Grecque on y trouve toutes
les graces inexprimables qui
accompagnent le langage de
cette Nation polie ; les fleurs ,
les beautez , & les ornemens
dont les Vers grecs , fur tout
ceux d'Anacreon , font remplis
, fe font fentir également
dans cette Traduction , qu'il a
confervée à fon original . Ces
mêmes agrémens , ce caractere
detendreffe & d'enjouëment qui
diftinguent particulièrement
cet ancien Poëte . L'Aureur de
cette verfion l'a dediée à Mon-
Bb iij
294 MERCURE
-
fieur le Duc d'Orleans , qui en
connoift parfaitement la fineffe ,
& la delicateffe . On n'avoit encore
vû aucune Traduction entiere
d'Anacreon en vers François
. Mr l'Abbé Regnier en
avoit fait une à la verité , qui a
efté tres eftimée , mais elle
n'eft que de quelques Odes feulement
; celle de Madame Dacier
qui a beaucoup reüffi com
prend auffi tout Anacreon
mais elle eft en Profe Françoife,
Mr de la Foffe eft donc le premier
qui a traduit tout Anacreon
en vers François . Il a cru
d'auffi excellens vers que
que
ceux de ce Poëte ne devoient
être traduits qu'en vers , la profe
pouvant leur faire perdre une
partie de leur beauté. Madame
GALANT 295
Dacier n'eft pas de ce fentiment
, & croit qu'il n'y a que
les Traductions en Profe qui
puiffent eftre fidelles . Elle a
herité la haine pour la Poëfie
de fon illuftre Pere Mr le Févre
, qui compofa il y a quelques
années un Traité De Futilitate
Poëtices , pour en montrer
l'inutilité & même le danger.
Mr de Longepierre , connu
par plufieurs ouvrages dont le
Public a efté tres fatisfait , &
par des Pieces de Theatre qui
ont efté tres bien reçues , a don
né une Traduction des Odes
d'Anacreon . I eft inutile de
dire qu'elle a efté fort eftimée
tout ce qui eft forti de la plu
me de cet Auteur ayant to
jours efté fort applaudi .
Bbj
296 MERCURE
Mr de la Foffe parle dans la
Preface de quelques libertez
qu'il a pris dans le corps de fa
Traduction , & fur tout de celle
de s'eftre plus attaché au fens
qu'au mot du Texte , & d'avoir
rempli une Lacune de la quarante
neuviéme Ode , qui eft la
plus longue ; mais elle paroîtra
heureufe à ceux qui ont du gouft
pour la Poëfie , qui fentent
l'harmonie & ce beau feu qu'on
atoûjours admiré dans les Odes
d'Anacreon . Ce Traducteur
donne de tres - bonnes raifons
pour juftifier la liberté qu'il a
prife de ne pas fuivre Anacreon
dans l'uniformité de fes vers , il
a cru avec fondement que les
oreilles Françoifes qui n'y font
pas accoûtumées , auroient de
GALANT 297
la peine à s'y accommoder. Il
n'a traduit que les cinquantecinq
Odes qu'on attribuë fans
conteftation à Anacteon , il a
trouvé les autres fi inferieures
au genie de ce Poëte , qu'il n'a
point voulu les confondre . Toutes
ces Odes font accompagnées
de Remarques du Traducteur
qui font tres- judicieufes & plei
nes d'une grande recherche .
On y reconnoift la connoiffance
qu'il a de l'Antiquité . L'étude
qu'il a fait des moeurs &
des ufages des Grecs & du caractere
de fon Original . Ces
Odes font fuivies de quelques
pieces de Poëfie de Mr de la
Foffe qui ont beaucoup reüffi
dans le monde. La premiere eft
unc Ode fur la Bataille de la
298 MERCURE
i
>
Marfaille , qui fut fort applau
die dans fon temps . La Tra-
' duction de l'Ydile latine de
·Buchanan O formofa Amarylli &
les remarques qu'il a fair fur
cette Y dille , ont efté tres - eftimées.
Le Tombeau de Mr le
Marquis de Crequi , auprés
duquel il eftoit lorfqu'il fut
tué à la Bataille de Luzzara
& qui fait la derniere piece de
Recueil , a auffi efté tres - applaudi
. On ne peut enfin trop
fouer les ouvrages de Mr de la
Foffe , celui - ci a eu un grand
fuccés à la Cour , & perfonne
n'ignore le talent qu'il a pour
les Pieces de Theatre , & le
cours extraordinaire qu'ont eu
en leur temps les Tragedies de
Polixene , de Manlius Capitoli
GALANT 299
nus , & de Thefée , dont il eft
l'Auteur. Quant à ce qui regarde
Anacreon , vous fçavez
que c'eft le plus gracieux Poëte
de l'Antiquité , & du plus beau
naturel . On prétend qu'il fut
l'homme le plus amoureux de
fon temps
.
Je vous parlai le mois paffé
des cent queftions & réponſes
de Mr l'Abbé Bourdelon , il
vient de donner un fecond Volume
au public , qui en contient
autant que le premier , ce
qui marque le fuccés de cet
Ouvrage , puifque cet Auteur
ne l'auroit pas continué s'il
n'avoit beaucoup réüffi.
On voit icy depuis quelques
jours une nouvelle Hiftoire de
la Chapelle de nos Rois com
300 MERCURE
>
polée par Mr l'Abbé Ar.bon Licentié
de Sorbonne Chapelain
de Sa M. & de M. la Ducheffe
de Bourgogne
, elle fe vend
chez Nicolas le Clerc ruë
Saint Jacques à l'Image Saint
Lambert. L'ouvrage eft dedié
au Roy , Mr Archon n'eft pas
le feul qui ait écrit l'Hiftoire
de la Chapelle des Rois . Vincentius
Turretus Chapelain
de
Philipes IV. Roi d'Elpagne fit
un Traité Latin de la Chapelle
des Rois Catholiques
, Dutillet
& Fauchet en ont parlé en
paffant. Mr Frifon dans fon
Gallia purpurata , & Mrs de
Sainte Marthe dans le Gallia
Chriftiana en ont encor parlé.
Mr Rouillard Avocat en Parlement
, fit au commencement
GALANT 301

du dernier fiecle un Traité qui
regardoit cette matiere . Mr
l'Abbé du Peyrat Aumônier
d'Henry IV . & de Louis XIII .
eft celui qui a traité avec plus
de precifion de cette matiere .
Son Hiftoire Ecclefiaftique de la
Cour fut tres - eftimée . Mr d'Archon
a pris de tous ces Auteurs
ce qu'ils avoient de meilleur ,
& les a paffé de bien loin , puis
qu'il a inferé dans fon Hiftoire
tout ce qui pouvoit avoir une
liaifon naturelle avec l'Hiftoire
de l'Eglife de France . L'Auteur
n'a'encor publié que la premiere
partie , qui contient l'Hiftoire
de la Chapelle des Rois de la
premiere & de la feconde race.
La premiere partie, renferme
deux Livres. Le premier , gar302
MERCURE
"
de la premiere race qu'il
commence , comme on peut
le juger , au RoyClovis , il
finit ce premier Livre par la
remarque qu'il fait fur Saint
Vvlfran un des Ecclefiaftiques
de la Chapelle du Roi Thierry
III. ce Saint eftoit de Milly
en Gaſtinois & fils d'un des
premiers Officiers du Roy Dagobert
, il fut Archevêque de
Sens . Tavollus qui a recueilli
les Vies des Archevêques de
Sens , en parlant de lui dit :
divinis officiis in Palatio perfectus
erat. Mr Archon a eu moins de
peine pour écrire l'Hiftoire de
La Chapelle des Rois de la feconde
race , plufieus Auteurs
en ayant parlé avant lui. Folrad
Abbé de Saint Denis fur
GALANT
303
grand Chapelain de Pepin , &
alla à Rome pour obtenir du
Pape la depofition deChilderic.
Cette Hilloire eft écrite avec
beaucoup de pureté .
Le fieur Ribou qui vend le
Nouvel Anacreon , debite encor
une Nouvelle Grammaire
de la langue Efpagnolle , qui
eft tres- eftimée des connoif.
feurs , Mr Perger Secretaire
Interprete du Roy pour les
langues étrangeres , Efpagno
Italienne & Allemande
en eft l'Auteur. La Grammaire
Allemande qu'il donna , il y
a quelques années , lui a fait
beaucoup d'honneuron doit
juger par le fuccés qu'elle eût
de celui que doit avoir cette
nouvelle Grammaire Elpagno
le >
304 MERCURE
le. Elle eft dediée à Mr le
Marquis de Champlay ami de
Mr Perger. Aprés un détail
exact de tous les mots François
rendus en Eſpagnols , & rangez
fuivant l'ordre alphabeti
que l'on trouve une centaine
de Contes fort divertiffans
que Mr Perger donne dans les
deux langues. Ces cent petites
Hiftoriettes tiennent la moitié
du Livre. La naïveté qui doit
eftre naturelle aux Ouvrages
de cette nature regne dans ces
Contes . Mr Perger y a femé
plufieurs moralitez . Le troifiéme
Conte regarde un C ... &
eft affés rejoüiffant. Le dernier
eft fur le fruit de l'aumône que
l'Evangile promet au centuple.
L'exemple qu'on en rapporte
GALANT
305
eft fort touchant , il regarde
un Payen qui avoit épousé une
Chreftienne , laquelle lui précha
tant la neceffité de l'Aumône
, & la promeffe du centuple
que fait J. C. à ceux qui
la feront ,
qu'entrainé par cette
efperance , il diftribua une partie
de ſes biens aux pauvres , &
en fut recompenfé
d'une maniere
finguliere . Mr Perger
conte fort agreablement , &
il entre beaucoup dans le caractere
de la langue Espagnole .
dont il connoit toute la force.
& toute la nobleffe. Il a beaucoup
voyagé , ainsi qu'il marque
dans fa Preface , c'eft le veritable
moyen d'apprendre
les
Langues
étrangeres .
L'Auteur des Effais de lit-
Fevrier 1704. Сс
306 MERCURE
terature a changé de Plan , &
au lieu de parler indifferemment
des Auteurs de tous les
fiecles , ainfi qu'il a fait pendant
les dix - huit mois qui ſe
font écoulez depuis la naiſſance
de fon Ouvrage , il vient de
prendre une metode qui eft
plus du goût des Sçavans , &
qu'on lui a conſeillé de ſuivre .
H parcourrera par ordre tous
les fiécles , il donnera deux
Effais pour chaque fiecle , &
dans chaque fiecle il donnera
l'Extrait des Auteurs rares &
inconnus .
L'effai de Janvier , qui eft ce
lui par où il a commencé à exe
Cuter fon nouveau Plan , contient
les Auteurs du fiecle de
J. C. auquel il define auffi
GALANT 307
l'Esai de Fevrier 5 fi on juge
du faccés de ce nouveau plan
par le choix des Auteurs , qu'il
à fait dans le mois de Janvier,
on aura lieu d'être content des
Effais qui fuivront .
Le 4 de ce mois le Pere Bernard
Carme des Billettes précha
à la Paroiffe de Verfail
les , un des trois Sermons des
Prieres de quarante heures, l'on
admira la force de fon diſcous &
la beauté de fes termes . Il finit
par un compliment adreffé à
M. Hebert Curé de Verfailles
nommé à l'Evêché d'Agent . Je:
vous l'envoye tel que je l'ay
reçû d'une perfonne qui l'a
retenu
Vous voila , Mon, eigneur , rés
véru d'une gloire – à laquelle
Cc ij
308 MERCURE
vous n'afpiriez pas. Vous ne la
devez qu'à vôtre merite. Si Sa
Majefté a crù vous faire honneur,
Elle n'a pas pretendu vous faire.
grace , la place que vous occupier
n'a fervi qu'à faire connoitre celle
que vous meritiez d'occuper, Elle
fuffifoit pour vous faire admirer
mais elle ne fuffifoitpas pour exerser
l'étendue de votre zele.
#
Heureux les peuples qui vous ont
eu pour Pasteur de leur Ame , plus
heureux ceux qui vont vous poffeder
comme Prince de l'Eglife . Le
Pauvre va trouver dans votre abondance
une reßource abondante à fa
mifere , l'affligé de touchantes confolations
dans fes chagrins , la ver
tu y va triompher , le vice y va
tre confondu.
Illuftres Habitans de cette Ville
GALANT
309
bonnorés par la prefence du plus
grand Roy du monde , vous perdez
un faint Prêtre , un vigilant Pafteur
, un amy , un protecteur , un
pere , mais confolez- vous , il ne va
recueillir que ce que tant de fois
vous avez dit qu'il meritoit. Cedez
à fa gloire ce que vous devez à fes
vertus , il vous a aimé prefent , abfent,
il ne vous oubliera pas , en travaillant
au falut de fes Pemples il
penfera au votre , dans l'efperance
de vous revoir tous ensemble dans
la gloire que je vous fouhaite.
Ce compliment a efté fi fort
gouté , que chacun s'eſt einpreffé
d'en avoir des copies.
Voici encore quelques Arti
cles de morts.
310 MERCURE
Dame Marguerite de Barentin
mourut en cette Ville le 8.
de ce mois , âgée de plus de foi
xante - dix fept ans . Elle eftoit
veuve en premieres nôces dé
Meffire Charles de Souvré ,
Marquis de Courtenvaux , pre
mier Gentilhomme de la Chambre
du Roy , & Pere de Madame
la Marquife de Louvois ; &
en fecondes nôces de Meffire
Urbain de Laval , Marquis de
Boisdauphin . Cette Dame étoit
fille de Meffire N... de Barentin
, Confeiller du Roy & Prefident
en la Chambre des Com-
*ptes , & foeur de Mr de Barentin
Prefident au Grand Confeil
& pere de Mrde Barentin Gouverneur
de Dunkerque La
Mailon de Barentin eft ancien
GALANT
311
ne dans la Robe , & elle a donné
des Officiers au Parlement
de Paris , dés le commencement
du feiziéme fiecle. Mr le
Marquis de Courtenvaux premier
époux de cette Dame ,
eftoit fils de Mr le Marquis de
Souvré , qui avoit eſté Gouverneur
du feu Roy Louis XIII.
La Maiſon de Souvré eſt illuftre
& ancienne , elle a donné un
grand Prieur de France à l'Ordre
de Malte dans le dernier
fiecle : elle finit en la perfonne
de Madame la Marquife de Louvois
, qui a eu trois fils de feu
Mr le Marquis de Louvois . Mr
le Marquis de Courtenvaux
époux de Dame N... d'Eftrées, ..
foeur de Mr le Maréchal de
Coeuvres. Feu Mr le Marquis de
312 MERCURE
Barbezieux , Secretaire d'Etat ,
qui avoit déja épousé en premieres
nôces Dame N .. de Cruffold
Uzés , dont eft venue une fille ,
& en fecondes Dame N... d'Alegre
, dont font forties deux filles.
Le troifiéme fils de Mr de
Louvois eft Mr le Marquis de
Souvray , qui a épousé Dame
N... de Pas de Feuquieres , fille
unique de Mr le Comte de Rebenac.
La Dame dont je vous
apprens la mort époufa en fecondes
noces Mr le Marquis de
Boisdauphin , fils du feu Maréchal
de Boisdauphin. Perfonne
n'ignore que la Maiſon de Laval
eft une branche de celle de
Montmorenci
.
Dame Marie Dagueffeau
foeur de Mr Dagueffeau Confeiller
GALANT 313
Teiller d'Etat , veuve de мeffire
Claude du Houffay , Confeiller
du Roy en fes Confeils , Chancelier
de feu Son Alteffe Royale
Monfieur Duc d'Orleans , eſt
auffi decedée . La pieté de cette
Dame a toûjours efté d'une
grande édification dans fa famille
, & parmi les perfonnes
qui l'approchoient , & elle eft
morte dans les fentimens dans
lefquels elle a toûjours vêcu .
Sa Maiſon eft alliée aux meilleures
Maifons de la Robe , &
aux plus confiderables de l'Epée
. N... Dagueffeau fille du
Confeiller d'Etat & foeur de мr
le Procureur General , eft veuve
de Mrle Comte de Tavanes ,
aîné de illuftre Maifon de
Saux , & petit fils du Maréchal
Fevrier 1704. Dd
314 MERCURE
de Tavanes . Cette Maifon eftoit
déja connue dans le feizième
fiecle par fes emplois & fes al-
-liances . La Maiſon duHouſſay
eſt
auffi fort connuë , elle a produit
de grands fajets . Jerôme du
Houtlay fut au commencement
du dix-feptiéme fiecle , un modele
de la plus haute vertu
- dans l'Ordre des Bernardins
;
' il avoit beaucoup
écrit , mais
fes papiers furent diffipez , & il
ne refta de fes Manufcrits
qu'un
Commentaire
fur le Prophete
Jeremie.
Mr le Marquis de Montbron ,
Colonel du Regiment Dauphin
, & fils de Mr le Comte de
Montbron , Lieutenant General
des Armées du Roy & Gou.
verneur de Cambray , eft mort
::.
GALANT 315
Ulm, de la petite verole. II
zavoit obtenu la furvivance du
Gouvernement de fon pere en
confideration de fes fervices &
de ceux de fon pere. La Maiſon
de Montbron eft de la Province
de Poitou , où elle tient un
rang confiderable depuis plu
fieurs fiecles , Charles de Montbron
fe trouva à la Bataille de
Poitiers , où il combattit vaillamment
à la vue du Roy Jean,
auprés duquel il fut tué dans le
moment que ce Prince infortuné
fut pris. Il s'eſtoit déja trouvé
à la Bataille de Crecy , où il
eut l'honneur de combattre
contre le Roy d'Angleterre
Edouard III. qui lui donna
mille éloges aprés la Bataille ,
en prefence de toute l'Armée
D dij
316 MERCURE
Angloife . Philippes de Mont
bron , filleul de Philippes le
Bon , Duc de Bourgogne , acquit
auffi beaucoup de réputation
dans les armes .
Meffire Honoré Irenée Perlan
, Preftre Chanoine de l'Eglife
de Paris , & Principal du
College de Fortet , dont un
Chanoine de l'Eglife Cathedrale
eft ordinairement Principal ,
eft mort de la petite verole. Mr
l'Abbé Perlan eftoit fort confideré
dans fon Chapitre. Il étoit
homme de merite , & entendu
dans les affaires. Il eftoit bon
Theologien & excellent Canonifte
mais ce qui le diftinguoit
encore plus que toutes les autres
qualitez , eftoit une pieté folide
, dans l'exercice de laquelle
GALANT 317
il a efté conftant jufqu'au dernier
foupir, 1left mort à la fleur
de fon âge , & dans une grande
foumiffion aux ordres du Seigneur.
Il avoit le talent de la
Parole , & il Prêchoit avec
beaucoup de fuccés . Mr l'Abbé
Perlan eftoit fils de feu
Mr Perlan , Avocat General de
la Cour des Monnoyes , qui l'avoit
fait élever avec beaucoup
de foin . Cet Abbé demeuroit
au College de Fortet , dans la
Montagne Sainte Geneviève ,
d'où il alloit cependant à tous
les Offices de fon Eglife , avec
une exactitude remarquable.

On s'eft trompé dans les
Nouvelles publiques du 26 , Janvier
dernier , en parlant de la
Dd iij
318 MERCURE
mort de Dame Jacqueline d'Au
buffon de la Feüillade , Marquile
de Lanmary ; en difant
qu'elle mourut au Chafteau de
Lanmary en Picardie , au lieu
de dire en Perigord . 11 eft für
que Lanmary eft en Perigord ,
& même affez prés de Perigueux
Capitale de la Province.
Cette Dame eftoit fille de
Georges d'Aubuffon , Comte
de la Feüillade , & d'Olimpe
Grain de Saint Marfault . Elle
avoit époufé en premieres nôces
Philibert de la Roche - Aymon
, Marquis de Saint Mexant ,
dont eft venuë Anne de la Roche
-Aymon , Comteffe de Lanmary
, mere de feu Mr le Marquis
de Lanmary , grand Echanfon
de France , Capitaine- Lieu
GALANT 319.
L
tenant des Gendarmes de la
Reine , qui mourut à Cafal
Major le 22. Juillet 17025 de
Mr le Chevalier de Lanmary,
qui eft actuellement à Malte
, où il fert fur les Galeres de
la Religion ; de Madame la
Marquile de Giverfac , & de
Madame l'Abbeffe de Ligueux ..
Jacqueline d'Aubuffon de la
Feüillade , qui donne fujet, à
cet Article , à épousé en fecondes
nôces François de Beaupoil
de Saint- Aulaire , Marquis de
Lanmary , duquel mariage il
n'y a point eu d'enfant .
-
Jedevrois ajouter icy la mort
de Mr le Marquis de Sebville.
& celle de Mr le Marquis de
'Hôpital , ainfi que celle de
Dd iiij
320 MERCURE
Me la Comteffe de Montmege
mais j'ay tant de chofes à vous
en dire , que je fuis obligé de
referver ces articles pour le
mois prochain , & ce que j'ay à
vous dire de la . Famille de Mr
de Mafcaron Evêque d'Agen
dont je ne vous ay point parlé
en vous apprenant la mort
de ce Prelat .
Vous avez vû dans ma Lettre
du mois dernier des details
de tout ce qui s'eſt paffé dans
les actions où Mr de Vendôme
a battu les ennemis pendant
leur marche pour joindre Mr
le Duc de Savoye ; mais vous
n'avez trouvé dans cette Let-.
tre aucun detail de la marche
des deux Armées ; c'eft une
choſe bien digne de vôtre cu
GALANT
321
riofité & de celle du Public ,
3 & qu'il feroit difficile de bien
fçavoir fi Mr le Duc de Ven
dôme ne s'étoit donné la peine
d'en faire une Relation en maniere
de Journal . Ce morceau
d'Hiftoire merite d'être fçû
& d'être confervé. Il a efté
recherché avec beaucoup d'empreffement
, & l'on en a fait un
grand nombre de copies , je
puis vous affurer que tous ceux
du métier qui ont commandé
des Armées ont approuvé la
marche de Mr de Vendôme , &
ont donné de grandes loüanges
à ce Prince . Voici la Relation
qui a couru fous fon nom .
322 MERCURE
V
A Afti , ce 20. Janvier
1704 :
Ous ne devez pas eftre
furpris que j'aye efté fi
long -temps fans vous écrire ;
puifque vous fçavez que nous
avons marché pendant vingtcinq
jours. A prefent que j'ay
un peu plus de repos , je vais
vous compter toute noftre marche
, & les mouvemens que les
ennemis ont fait pour m'obliger
porter toutes mes Troupes du
cofté du Mincio , quoique je
n'aime pas à mefaire valoir ; je
crois cependant être obligé de
dire la verité , & de vous faire
envifager tous les embaras que
j'ay eu , dont les principaux
GALANT 323
Zchapent à la connoiffance de
ceux qui ne font pas fur les
lieux.
Vous fçaurez, pour prendre la
choſe d'un peu loin , qu'aprés
avoir établi icy mes quartiers ,
je receus ordre du Roy de me
rendre à San Benedetto , je me
mis en chemin le 4. Decembre,
& n'y arrivay que le 17 , aïant
étéobligé de féjourner quelques
jours à Milan , m'y eftant trouvé
un peu indifpofé. Le 16. en
m'embarquant à Cafal Major ,
j'appris que les ennerais paffoient
à Ponte-Molino , & qu'ils
vouloient marcher vers le haut
Mincio le 17 en m'embar.
quant à Guaftalle j'eus la confirmation
de cette nouvelle , on
marquoit de plus que les Veni,
324 MERCURE
tiens faifoient retirer tous les
beftiaux & tous les meubles du
plat Païs dans les lieux fermez ,
& que certainement l'Armée de
l'Empereur alloit marcher au
Mincio. Il n'y a forte de chofe
que le Comte de Staremberg
n'ait fait pour me faire prendre
le change il a fait affembler
de l'Artillerie à Ponte- Molino ,
& a fait du Bifquit du coſté de
Lignago ; fur toutes ces nouvelles
, aïant appris que la plus
grande parrie de nos Troupes
eftoient deja fur le Po prêtes
à le paffer , je manday à Mr
de Bezons d'en renvoïer la plus
grande partie à Reggio & à
Carpi , & de n'en laiffer qu'un
certain nombre fur le Mincio
& à Mantoüe i parceque j'éGALANT
325
с
tois feur
que les ennemis vouloient
nous tromper , & que s'ils
avoient à paffer , ce feroit du
cofté du Carpi .
J'arrivai le 17. Decembre de
bonne heure à San Benedetto . Le
24 au foir , toutes les nouvelles
me confirmerent toûjours la
marche des ennemis du cofté du
Mincio , fans que cela m'obligeât
à rien deranger de ma premiere
difpofition ; le 25. en fortant
de la meffe de minuit , je
fus averti par tous nos Poftes
de la Sechia , qu'on entendoit
du bruit , & qu'il le faifoit ún
mouvement dans l'Armée des
ennemis , & le 25 au matin ,
aïant abandonné plufieurs poftes
qu'ils occupoient fur la Secchia
, je ne doutai plus qu'ils no
326 MERCURE
paffaffent à la Concorde, ce qui
me fit prendre le parti de m'en
aller en diligence à Carpi joindre
les Troupes à qui j'avois
donné ordre d'y marcher la nuit
auparavant , au premier avis
que j'eus du mouvement de leur
Armée ; & comme je voulois
eftre éclairci de leur nombre ,
je donnai ordre au Marquis de
Vaudrai que j'avois laiffé à San
Benedetto d'attaquer quelques
Guez prés de Bondanella , &
de me rendre compte de la re
fiftance qu'il y trouveroit .
L'Armée ennemie campa le
25. au foir à deux mille de Carpi
, entre le Chaſteau de la Lame
& Courtille , & par toutes
les nouvelles que j'eus pendant
la nuit , j'appris que ce Corps
GALANT 327
eftoit compofé d'un affez grand
nombre de Cavalerie , mais qu'il
y avoit tres - peu d'Infanterie ;
je trouvay affez de vrai-femblance
à cela , ne pouvant m'imaginer
que l'Armée de l'Empereur
partit comme une Ca
ravane de derriere la Secchia ,
.pour aller en Piémont . Sur ce
principe je me mis en marche
de Carpi , le 26. au matin avec
6000. hommes & fix pieces de
canon , pour joindre à Solieres
Saint Fremont , à qui j'avois
ordonné de me venir joindre
avec la plus grande partie de
la Cavalerie & de l'Infanteric
de la garnifon de Modene . IL
falloit pour cette jonction paffer
la Lame , ce que je fis fur
un Pont de pierre à un mille de
328 MERCURE
Carpi , je marchay à la tefte
avec vingt Compagnies de Gre
nadiers , lefquelles avoient déja
paffé cette riviere , & comme
il faifoit un grand broüillard je
me trouvay à la demi portée du
fufil de l'Armée des ennemis ,
laquelle marchoit fur deux colomnes
, l'une de Cavalerie &
l'autre d'Infanterie. Je pris fur
le champ le parti de faire repaffer
la Lame aux Grenadiers ,
ce qui fe fit en bon ordre , &
fans que les ennemis nous fuiviffent
. Auffi -toft aprés je me
mis en bataille , ce ruiffeau devant
moy , & les Ennemis firent
la même chofe de leur cofté ,
& voyant que les Ennemis
eftoient entre Saint Fremont &
moy , je lui manday de m'enGALANT
329
voyer fes Troupes par Rubic
res , & de s'en retourner à Modene
, lefdites Troupes me joignirent
à l'entrée de la nuit
fous les ordres de мr le Marquis
de Sezanne, as novelis
t
Les Armées demeurerent en
prefence jufqu'au 27. à neuf
heures du matin à la portée du
fufil , & cependant il ne s'y
paffa rien que quelques coups
de canon tirez de part & d'autre.
Pendant que nous eſtions en
prefence j'eus tout le temps de
reconnoiftre que l'Armée ennemie
eftoit fort fuperieure à la
noftre , ce qui m'obligea d'envoyer
en diligence à San Be
nedetto pour faire marcher encore
des Troupes , avec fordre
Fevrier 1704. Ec
330 MERCURE
de me venir joindre à Saint
Martin d'Eft , que je comptois
de laiffer derriere moy , ayant
refolu , quoi que je me vift inferieur
, de gagner Rubieres , &
de difputer aux ennemis le canal
de Carpi.
L'Armée ennemie le 27. £
dix heures du matin , commença
à marcher par la gauche , &
nous par noftre droite. Je détachay
devant moy de la Cavalerie
& des Grenadiers pour
occuper les foftes qui fe trouveroient
fur le Canal de Carpi ,
je fuivis avec la tefte de l'Armée.
Lorfque je fus au Moulin
de Paufan , ou, la Lame paffe
fous le Canal de Carpi , j'appris
que nos Troupes que j'avois
détaché devant moy , n'avoient
GALANT 331
pa arriver affez toft à Campogajan
, & que les ennemis venoient
de s'en rendre maiſtres.
A l'égard de cet Article , je
vous diray que peut - eftre nos
Troupes auroient pu faire plus
de diligence ; je ne fçai de qui
c'eft la faute , mais je fçai bien
que ce n'est pas la mienne .
Voyant donc les ennemis maîtres
d'un paffage fur le Canal
de Carpi , & d'un Chateau
qu'on ne peut prendre qu'avec
du canon , & ne pouvant plus
gagner Rubieres , je pris le parti
de gagner Saint Martin d'Eft ,
& j'y marchay avec toute la diligence
poffible , avec huit Efcadrons
, & la tefte de mon Infanterie
, le centre & l'arrieregarde
eftant encore de l'autre
Ee ij
332 MERCURE
cofté de la Lame , fi - toft que je
fus à un mille de Saint Martin ,
où le païs eft tres - ouvert , ma
Cavalerie qui eftoit fur ma gauche
, fe trouva à la vue de
l'avantgarde des ennemis , à
deux portées de fufil , & j'entendis
en même temps leurs
tambours ; cela m'obligea ne
voulant point combattre , & fur
tout dans un païs auffi ouvert
que celuy-là , de me rejetter
dans les défilez , & de repaffer
la Lame , & de me rapprocher
du refte de mes Troupes , ce
mouvement fe fit dans tout
l'ordre poffible ; & quoi que les
ennemis euffent là prés de mille
chevaux , ils ne nous fuivirent
point. Lorfque je vis que je ne
pouvois arriver à Saint Martin
GALANT 533
d'Eft , je changeay le Rendezvous
que j'avois donné aux
Troupes de San Benedetto , &
je leur manday de m'attendre à
Corregio qui eft une Place à
nous ; j'envoyay auffi ordre à
Mantouë de m'envoyer des
Troupes pour me joindre à
Reggio. Nous paffâmes la nuit
au Moulin de Pauſan , & je vins
le 28. avec l'Armée à Carpi ;
le 29. nous allâmes au Moulin
de la Rotta , & le 30. nous campâmes
fous Reggio au de - là du
Croftollo , où il nous joignit un
bon nombre de Troupes , & je
me vis en eftat & en force pour
pouvoir combattre les ennemis.
Depuis ce jour- là nous arrivâmes
tous les foirs dans le Camp
qu'ils avoient quitté le matin,
334
MERCURE
& nous n'avons pû joindre leur
arrieregarde qu'à Leftradelle.
Je ne vous diray point ce qui
s'y eft paffé , puifque vous l'avez
déja fçu ; mais il eft certain
que fi le Chasteau de Leftradelle
avoit tenu dix heures de plus ,
l'Armée des ennemis auroit
reçu un échec confiderable ,
& n'auroit pû éviter de perdre
tout fon canon & fes bagages
. De Leftradelle nous marchâmes
à Vogueras , où j'appris
en arrivant que les Ennemis
avoient paffé la Scrivia à Caftelnovo
, comme certe riviere
eftoit groffe , qu'il me fallut du
temps pour y faire un Pont , &
que de plus eftant fort inferieur
en Cavalerie , il ne me convenoit
pas de combattre dans les
GALANT 335
Plaines d'Alexandrie , qui font
comme celles de Champagne ,
je pris le parti de ne plus fuivre
les ennemis , & je marchai le
lendemain à Tortone , & le jour
d'aprés à Serravalle , & enfuite
à Cabriata , où je fis faire un
Pont fur l'Orba , qui eft une riviere
fort difficile , & que les
ennemis avoient paffée à fix
mille fur ma droite . Le 11. j'arrivay
à deux heures aprés midy
toûjours tenant les Montagnes
à la vûë de Caftelnovo de Bormia
; j'attaquay l'arrieregarde
des ennemis au paffage de cette
riviere. Je ne vous parleray
point de ce qui fe paffa à cette
action , puifque vous l'avez déja
fçu .
Le 12. je vins camper à Caſtel
336 MERCURE
Spino , & j'envoyai
ordre de
remonter à Caftellazzo
, le Pont
que nous avions fur la Bormida ,
prés d'Alexandrie
, il fut achevé
le 13. au foir , nous paffâmes
deffus le 14. au matin , & vin ,
mes camper à Corticelli
, & le
lendemain
prés d'Afti , où ſe
joignirent
fix mille hommes des
troupes qui étoient aux ordres
de mon frere , & que je lui
avois mandé de tenir prêts .
Le 16. je me mis en marche , &
vint camper à Coftiolle, comptant
de pouvoir encore tomber
fur les Ennemis au paffage du
Tanaro , lefquels depuis la Bormida
avoient pris le chemin
d'Acqui , & celui de Canelli ,
mais nous les manquâmes
de dix
heures par l'extrême
diligence
qu'ils
GALANT 337
>
&
qu'ils firent , ayant paffé le Tanaro
partie à Albe , partie à
Gouvon ; nous fûmes obligez
de finir là noftre pourfuite, qui
a eſté ce me femble , affez
longue. Je fejournay le 17,
le 18. je fis marcher toutes les
troupes dans les quartiers que
je leur ay deſtinez. Je crois devoir
faire remarquer que les
Ennemis étoient preparez pour
cette marche il y a quatre mois,
& quoique nous n'y fuffions pas
preparez , nous les avons joint,
& l'armée n'a manqué ni de
pain , ni des autres chofes neceffaires
, quoique nous ayons
marché pendant 19. jours fans
difcontinuer. Cette marche a
commencé le jour de Noël , &
n'a fini que le 19. Janvier ; pen-
Fevrier 1704 .
Ff
338 MERCURE
J
dant tout ce temps - là l'armée
n'a eu que deux jours de fejours.
J'ay cru que vous ne feriez
pas fâché que je vous fiffe
le détail d'une marche fi fingu
liere, & que je crois fans exemple
, fur tout dans une faifon
comme celle- ci. Si j'ay manqué
à quelque chofe , je me foûmet
de tout mon coeur à la cenſure
du public , & s'il approuve ma
conduite , je ne luy demande
aucune loüange.
Nos quartiers s'étendent
d'ici au Pô , à la veuë de Verruë
; de l'autre cofté du Pô , ils
vont jufqu'aux Vallées de la
Sezia ; nous occupons outre
cela Acqui , jufqu'à Alexandrie
, A juger fainement de la
perte des Ennemis pendant
GALANT 339
Fette marche , on peut , fans
exagerer , la faire monter à fix
mille hommes , mille Chariots
d'équipages ou de vivres , &
plus de quatre mille boeufs.
Nous avons au moins trois mille
prifonniers. Voila au jufte , le
recit de ce qui s'eft paffé .
y
Cette Relation eft écrite fi
naturellement , que la verité
paroift toute nuë; je dis , toute
nuë , parce que Mr de Vendôme
auroit pû y faire valoir
beaucoup de choſes qui font à
fa gloire. La modeftie de ce
Prince a même efté fi grande ,
qu'il a évité de parler des trois
rencontres où les Ennemis ont
eſtë battus , & ont fait de gran-
Ffij
340 MERCURE
des pertes, ayant fuppofé qu'on
les fçavoit , pour n'eftre point
obligé d'entrer dans des détails
dont il n'auroit pû parler fans
dire des chofes qui auroient
tourné à fa loüange.
Quelques jours aprés la jonc
tion des troupes Allemandes
avec celles de Savoye , le bruit
fe répandit icy que Mrde Vendôme
avoit cfté pouffé par les
Ennemis , mais il ne courut aucun
détail de cette nouvelle ,
& l'on n'a rien donné au public
de ce qui fe paffa immediatement
aprés la jonction dont je
viens de vous parler. Il eftoit
à préfumer que Mr de Savoye
tenteroit quelque chofe pour
faire croire à toute l'Europe
qu'il eftoit en eftat de batre Mr
GALANT 341
de Vendôme. Vous verrez dans
la Lettre qui fuit " ce que ce
Prince fit , c'eft la feule Relation
qu'on en ait vû icy , elle
eft écrite par un homme digne
de foy , & bien inftruit de ce
qu'il mande .
A Afti ce 28. Janvier 1704.
>
Ous avons crû ces jours cy eftre
obligez de donner bataille
quoique fort inferieurs aux Ennemis
, & ce n'est que la fermeté de
Mr le Duc de Vendôme & fa ma
nauvre , qui ont empêché les Ernemis
de profiter d'un avantage
qu'ils ne trouveront jamais . Mr le
Duc de Savoye ayant laißé establir
nos quartiers , & voyant que nos
troupes eftoient fort difperfees &
Ff iij
342 MERCURE
s'avança avec huit bataillons &
trois Regimens de Cavalerie ou
Dragons à Meruzingue , laiſſant
un corps à Coconato , & ayant
Parmée de l'Empereur en feconde
ligne , dans les montagnes qui vont
à Verrue ; fon deffein eftoit de s'em.
parer de Villadratis , & d'aller
delà à Moncalvo , ce qui nous auroit
ofté entierement la communica
tion de nos quartiers & de Cazal ,
& le bloquoit en faisant pouffer
l'armée de l'Empereur au Pont
d'Afture . Mr le Duc de Vendome
prit le parti de faire avec peu
troupes , ce qui auroit pû paroiftre
tres- difficile à un gros corps ; ilfit
d'abord occuper Villadratis par Mr
de Vaubecourt & fe pofta à Rinco
avec des détachemens , pour y attendre
les troupes qu'il faifoit venir de
de
GALANT 343
Zoutes parts , ces poftes arréterent
tout court Mr le Duc de Savoye
à quoi nous ne nous attendions pas,
de donner letemps aux troupes d'arriver.
Nous fommes reftez cinqjours,
en préfence croyant tous les jours
avoir une affaire , & effectivement
nous l'aurions ene hier , fi Mr
de Savoye n'avoit eu la precaution
de decamper la nuit pour nous cather
fa marche , nous marchames
pourchargerfon arrieregarde ; mais
les Ennemis fe retirerent avec tant
de precipitation , qu'il nous fut impoffible
de les joindre ; ils ont tous
paffé le Pò à Verrae pour fe jetter
du cofté de Verceil , ce qui nous oblige
de changer tous nos quartiers ,
& Mr de Vendôme de fe mettre à
Cazal , qui eft à préfent fon centre.
L'expedition de Mr de Savoye
.
Ffiiij
344 MERCURE
confifte à avoir pillé & brûlé quelques
Caffines du Montferrat; mais
nous fommes gens d'honneur , &
nous fçavons rendre au centuples
Je ſuis à Afti , à préſent ; mais je
retournerai inceffament à Cazal ,
nous avons un peu fouffert dans
noftre petite Campagne , car nous
n'avions aucun équipage , de forte
que nous avons efté huit jours par
un grand froid fans quitter ni les
bottes ni les habits.
La fatigue ne rebutant point
les François , ils firent , aprés
avoir effuyé toutes celles dont
je viens de vous parler , les
conqueftes fuivantes .
GALANT 345
Au Camp de Buonporto , le 30
Janvier 1704.
CE que les Ennemis pendant que
tout ce Pays eftoit dégarny de
Troupes , ont eu bien de la peine à
prendre en fix jours , ne nous en a
qu'un de marche. Mr de Saint Fremont
arriva hier à Modene avec les
Troupes destinées poury refter engarnifon
, & ayant appris dés Reggio ,
que fur le bruit de fon arrivée , ils
n'avoient ofé attaquer Pontealto
furla Secchia qui n'est qu'unretran
chement de palliffades , devant le
quel ils s'eftoientavancez
, crus qu'il
eftoit inutile d'attendre le refte des
détachemens des garnisons de Mantoue
& de San- Benedetto , & s'eft
mis ce matin en marche avec en246
MERCURE
viron deux mille hommes de pied ;
commandez par Mr le Comte de Sezanne
& par Mrle Comte Dautrey
Colonel de Vauge , & cinq cens
chevaux commandezpar Mrle Comte
d'Eftrades , Mr le Comte d'Uzés
& Mr d'Inteville, & quatre petites
pieces de canon qui devoient eftre
fuivies de quatre plus groffes , mais
elles n'ont pas efté neceffaires . En
arrivant à la Baftia , il a fait
faire un Pont fur le canal , fur lequel
Mr le Comte Dautrey avec les
Regimens de Soiffonnois , Ponthieu
Solre & Vauges , pafferent ; les
Grenadiers gagnerent les maifons
furle borddu canal , d'où ils voyoient
dans les retranchemens des Ennemis
, &fur un autre Pont qu'onfit
à la droite au moyen d'une barque
que les Payfans nous enſeignerent,
GALANT 347
Mr le Comte de Sezanne paffa avea
le Regiment Royal , la Marine , &
celuy de Bretagne. Les ennemis fe
voyans preffezde tous coftez, & ayant
voulu inutilement s'opposer au dernier
Pont , prirent le parti de fe
retirer , mais ils furent fuivis fi via
vement que Mr le Comte Dautrey
entra dans le temps qu'ils fortoient,
& fit 75. Prifonniers , parmi lefquels
il y avoit trois Officiers , em
tua une vingtaine , & pritun Drapeau.
Mr le Comte de Sezanne defon côté
& la Cavalerie tomberent auffi ſur
ceux quiformoient leur arrieregarde,
dont ily eut plufieurs d'écharpez par
la Cavalerie qui fe débanda fur,
eux , & qui fit auffi beaucoup de pri
fonniers. On en avoit déja raffemblé
117. lorfque nous fommes partis
348 MERCURE
de Bafia à midy. Mr de Saint Fre
mont avoit trop bien commencé pour
en demeurer là , il fit marcher tant
à droit qu'à gauche du canal , droit
a Buonporo, & fe fit fuivre par fa
Barque qu'iljoignit en chemin à une
autre pour eftre en eftat defefaire une
commmunication. Quelques troupes
de Cavalerieparurent au delà dudit
Canal , qui fe mirent le cul dans
des maifons , protegées du feu des
retranchemens . Les ennemis tirerent
du canon & beaucoup de moufqueteriefans
effet ; il crut qu'ils vou
loient fe mieux deffendre qu'à l'a
Baftia , & attendit fon canon pendant
qu'il faifoit faire fon Pont ;
après quoy il fit fa difpofition par
la droite en deçà du canal & ordonna
aux Dragons à pied & aux
Grenadiers de fe faifir des maifons
GALANT 349
qui découvroient à revers les onurages
des ennemis , ils ne l'attendirent
pas , & fe fauverent par un Pont
qu'ils avoient fur le Panaro , qu'ils
ne parent affez rompre pour empêche
les Grenadiers de lesfuivre , la Ca
valerie même fejoignit aux Grenadiers
, lorfque le Pont fut raccom
modé , mais le temps qu'on fus
obligé à fe faire des paffages &
à abattre les Ponts - levis , fit gagner
beaucoup d'avance aux Ennemis.
On les a poursuivis cinq mille
durant , & fi la nuit n'eftoit furvenue
, malgré la lasitude dont devoicnt
eftre nos Troupes , on feroit
tombe deffus ; on n'a pas laiffé d'en
prendre & d'en tuer plufieurs & de
ramener deux chariots d'Artillerie
chargez de poudre & de plomb. Ils
avoient enterré quantité de muni350
MERCURE
tions à Buonporto , & de fix pieces
de canon qu'ils avoient , ils en ont
jetté quatre dans la riviere, Tout
cela n'a coûté qu'un Capitaine de
Ponthieu & un Grenadier tuez, deux
Officiers & deux Soldats feulement
ont efte bleffez, Mr de Perryfaifant
la Charge de Major general , a en
un cheval de tuéfous luy, & Mr le
Comte d'Uzès un de bleffé. Ily avoit
quatre cens hommes dans la Baftia ,
trois cens dans Buonporto.
Voila ce que porte la Lettre
qui a le mieux detaillé ces actions
; on ne peut donner trop
de loüanges à Mr de Saint Fremont
, qui dés le foir qu'il arriva
à Modene , fit ramafler des
Chevaux & des Boeufs pour
changer ceux qui avoient ameGALANT
351
né fon Artillerie , & fe remit en
marche dés le lendemain 6. heures
du matin . Il avoit mandé
dans fa route à Mr de Pralin que
fi de San Benedetto & de Governollo
, on entendoit tirer à
Modene neufs coups de canons,
il paffa le Mincio à onze heures
du matin que Mr Seüil paffaft la
Secchia , & que lui à la même
heure il marcheroit vers la Baftia
& le Panaro , ce qui aïant
efté heureufement executé , a
efté caufe du faccés dont vous
venez de voir le detail ; Mr le
Comte d'Ulez , Mr de Perri ,
& Mr le Comte d'Autrey fe font
auffi fort diftinguez en cette
occafion , & les deux premiers
ont eu leurs Chevaux tuez fous
eux. Mr le Comte d'Angennes
352 MERCURE
Colonel du Regiment Roïal de
la Marine entra le premier dans
la Baſtia. Toutes nos Troupes,
aprés leur retour dans ces poftes
, & dans tout le païs de Modene
reçûrent mille bons traittemens
des Habitans , qui leur
marquerent , & la joye qu'ils
avoient de les revoir , & la
peine qu'ils avoient foufferts
du fejour que les Allemands
avoient fait chez eux ; il en
coûta aux Allemans tout ce
qu'ils en avoient tiré du Païs ,
en les rançonnant , & tout ce
qu'ils avoient pillé , c'est-àdire
beaucoup ; car ils font en
peu de temps de grandes executions
de cette nature.
On doit remarquer une chofe
bien digne des François , &
GALANT 353
de l'attention du General qui
les commande en Italie . Ôn
avoit concerté pour faire di
verfion , de faire le même jour,
& dans le même temps , qu'on
attaqueroit la Baſtia & Buon-
Porto deux autres entrepriſes.
Mr le Comte de Praflin paffa
le Mincio pour inquietter &
arrefter les ennemis , & s'avançant
vers Oftiglia , alla jufques
aux Tours de Sarravelle . D'un
autre cofté Mr de Seüil Colonel
du Regiment de Bigorre , fit
avancer un détachement vers
Quiftello petite Ville fur la Secchia
, ce detachement fit mine
de vouloir paffer la Sechia . Les
ennemis , ainfi qu'on l'avoit
prevû , fortirent de Quiſtello
pour s'y oppofer ; mais Mr de
Février 1704
Gg
354 MERCURE
en
Seüil traversa pendant ce temslà
la Secchia plus bas avec d'au
tres Troupes , qui aïant marché
aux ennemis , les obligerent
à prendre la fuite
ábandonnant Quiſtello , dont '
on s'empara fans combat . Mr de
Seüil fit enfuite , felon l'ordre
qu'il en avoit , conftruire fur
la Secchia un Pont, qu'il fortifia
d'une bonne redoute . On aprit
en même temps que les ennemis
avoient abandonné Nonantola
au de la du Panaro fur la frontiere
du Bolonnois , & quelques
autres poftes , & qu'ils n'avoient
confervé que la Mirandolle ,
Oftiglia , & Revere.
Pendant que ces chofes fe
paffoient , un Officier , néfujet
de Mr le Duc de Savoye , qui
GALANT
355
>
fervoir dans les Troupes d'Efpagne
, & qui eftoit bien dans
l'efprit de Mr le Prince de
Vaudemont s'imagina qu'il
pourroit faire quelque action
qui feroit agreable au Duc de
Savoye , en abuſant de la confiance
qu'avoit en lui Mr le
Prince de Vaudemont , il de
manda pour cet effet à ce Prince
une permiffionde lever une compagnie
Franche de 200. Maiftres
, avec laquelle il promettoit
de faire des expeditions confiderables
, dont il feignit de
confier le fecret à Mr le Prince
de Vaudemont ; i demanda
enfuite à ce Prince une permiffion
d'entrer dans Milan , &
en quelques autres Villes , tant
pendant le jour que pendant la
Gg ij
356 MERCURE
nuit , ce qui lui fut accordé.
Il fit confidence de ſes mauvais
deffeins à un Venitien qu'il
croyoit mal intentionné pour
les deux Couronnes , & dont il
croyoit avoir besoin pour l'execution
de fes deffeins. Ce Venitien
aprés avoir feint d'y applaudir
, & même d'y vouloir
concourir , en donna en même
temps avis à Mr de Vaudemont
. Le Traitre au lieu de lever
deux cens hommes , en leva
fecrettement deux cens de plus
qui fe trouverent presque tous
Grenadiers de l'Empereur , &
parmi lefquels il y avoit plufieurs
Officiers des Troupes de
S. M. I. il alla enfuite ſe livrer
à Mr de Vaudemont pendant
qu'il cherchoit les moyens de
GALANT 357
le faire arreſter ; il venoit dire à
ce Prince , qu'aïant bien confideré
la grandeur & l'importance
de fon projet , il avoit befoin
de deux cens hommes de
plus , & que s'il lui donnoit la
permiffion de les lever , il avoit
lieu d'efperer que cette Recruë
feroit bientôt faite , s'étant
imagine de feurs moïens pour en
venir promptement à bout . Mr
de Vaudemont l'écouta paifiblement
, lui fit plufieurs queftions
, & le fit enfuite arrefter,
on le menaça , on lui offrit la
vie s'il decouvroit tout fon
complot , il avoüa tout , & declara
, qu'il avoit dans Milan
une vingtaine d'Officiers de Mr
de Savoye d'intelligence avec
lui , & qui devoient entrer dans
358 MERCURE
cette Compagnie Franche , ils
furent auffi - tôt arreftez , Ce
traitre declara auffi , qu'il avoit
refolu de livrer Pifighiton aux
Troupes de Mr de Savoye.
Jamais les François n'ont fait
voir tant d'ardeur pour fervir
dans les Armées du Roy qu'ils
en ont marqué depuis l'ouverture
de la Guerre prefente , &
l'empreffement d'avoir des Regimens
eft fi grand , qu'à peine
ont ils appris l'elevation de
quelques Colonels aux Emplois
qui ne leur permettent pas de
conferver des Regimens , qu'ils
font accablez d'Officiers qui demandent
à les acheter. Le Roy
ten donne plufieurs , & plufieurs
font vendus ; mais il ne s'en
zachete aucun fans l'agrément
·
GALANT 359
de Sa Majefté . Mr le Marquis
de Dangeau luy demanda le
mois dernier la permiffion d'en
acheter un pour M² le Marquis
de Courfillon fon fils, ce Prince
la luy donna de la maniere du
monde la plus obligeante , &
luy dit qu'il pouvoit choifir entre
tous ceux qui eftoient à vendre
, mais aïant vû l'apreſdiné
Madame la Marquife de Dangeau
, il lui dit qu'il avoit changé
de fentiment , & que pour
épargner à M¹ de Dangeau le
foin de chercher un Regiment
& la peine d'en traiter , il luy
donnoit celuy de Furftemberg
vous fçavez que ce Regiment
eftant fur un pied étranger rapporte
beaucoup plus que les autres
il y a long- temps que ce
360 MERCURE
Regiment eftoit à la difpofition
du Roy , il avoit autrefois esté
formé des Gardes de Mile Cardinal
de Furftemberg.
Le Roy a donné le Regiment
Dauphin qu'avoit Mr de
Mr de Monbron dont je vous.
ay appris la mort , à Mr le Comte
de Maure frere de мile Duc
de Mortemart, & celuy de вearn
que ce Comte avoir , à м le
Chevalier de Montandre parent
de м de la Rochefoucault.
M' le Marquis d'Anfeny , fils
de м le Duc de Charroft
a acheté de м de Puyguion
le Regiment de Cavalerie de
Bourgogne. M de la Ferronaye
a vendu le fien à мr de Petitbourg
fon cadet qui eftoit dans
le Maine , & мr de Sauffoy a
acheté
GALANT 361
acheté cette Compagnie .
MrleComte des Marets Grand
Fauconier de France , a obtenu
l'agrément du Roy pour acheter
le Regiment de мr le Comte
d'Egmont. Ce Comte dont
je vous ay parlé plufieurs fois,
ainfi que de la grandeur de cette
Maiſon , aïant esté nommé
par Sa Majesté Catholique pour,
commander la Cavalerie en
Flandres .
Mr de Monceau qui acheta
l'année derniere de мr de la
Devaiſe le Regiment de Vauge
, vient d'acheter celui de la
Sarre .
Mr de Thoy a vendu le fien
qui eft un Regiment étranger ,
au fils de Mr l'Intendant du :
Rouffillon .
Fevrier 1704.
Hh
362 MERCURE
Mr de Cacurli , Enfeigne des
Moufquetaires , a quitté avec
quatre mille livres de penfion ,
Mr de l'Efcuffan a monté à fa
place , Mr de Treſbon eſt devenu
fecond Enfeigne , мr de
la Surriere premier Cornette
& Mr de Combe fecond Cornette
dans les moufquetaires
noirs.
- Mr du Chefne Major de
Philippeville , fils du Premier
Medecin de Mefeigneurs les
Princes , a obtenu du Roy le.
Gouvernement de Bouillon .
Sa Majesté envoye en Efpagne
Mr du Meny Aide Major
des Gardes du Corps pour établir
la même difcipline parmi
les Gardes du Corps de Sa Majefté
Catholique , le Roy a auffi
GALANT 363
nommé Mr de Lufancy Aide-
Major du Regiment des Gardes
, pour aller pareillement éta
blir la difcipline de ce Regiment
des Gardes de Sa Majefté
Catholique.
Le Roy qui fait une attention
continuelle à tout ce qui peut
contribuer au bien , & à la
gloire de la Couronne d'Efpagne
, a cru qu'il devoit chercher
à procurer aux troupes de
cette fidele & brave Nation ,
les mêmes avantages qui ont
en partie efté caufe des grands.
& continuels fuccez qui ont
accompagné fes armes depuis
qu'il a commencé à regner par
lui-même , a nommé pour cet
effet Mr Marié qui a efté Com-;
miffaire Ordonnateur , & In-
Hhij
364 MERCURE
tendant dans fes Armées ; fon
fçavoir profond , & fon experience
dans l'exercice de fes
Emplois , ainfi que fa grande
probité , ont fait tomber ce
choix fur la Perfonne.
Le Roy a auffi nommé pour
fervir auprés de Sa Majesté
Catholique , les fix Aides de
Camp qui ont eu l'honneur
d'accompagner ce Monarque
dans toutes fes Campagnes d'Italie
. Ils ne devoient pas eftre
feulement regardez comme Aides
de Camp , mais comme des
gens de confiance qui doivent
toujours eftre autour de Sa
Majefté , & veiller à la fureté
de la Perfonne ; ce que fit tresà
propos à la bataille de Luzzarra
Mr de Monchamp , qui
GALANT 365
1
eft l'un de ces fix Aides de
Camp. Il s'apperçut que le
Roy d'Efpagne couroit avec la
plus grande intrepidité à un
peril manifefte , & il eut affez
de prefence d'efprit pour concevoir
que s'il remontroit à ce
Prince qu'il ne devoit pas expofer
fa Perfonne lorfque les
dangers eftoient fi évidens , il
ne gagneroit rien fur fon efprit,
& qu'au contraire il le feroit
peut- eftre courir aux perils
avec plus d'empreffement , il
s'écria tout d'un coup , où courez-
vous , Sire , ce n'eft pas de ce
cofté là où vous pouvez acquerir le
plus de gloire , puifque le peril le
plus certain eft de l'autre cofié , &
que c'est là où Voftre Majesté doit
aller pour remettre les affaires. Il
Hhij
366 MERCURE
n'en falut pas d'avantage pour
obliger le Roy d'Espagne à
marcher du cofté que Mr de
Monchamp lui marquoit , il y
vola , & comme le peril eftoit
moins grand de ce coſté - là que
de celui que fa bouillante valeur
l'obligea de quitter , on
peut dire que Mr de Monchamp
rendit un fervice à Sa Majeſté
Catholique dont toute l'Efpagne
fe doit fouvenir éternellement
, & qu'il répondit bien
aux intentions que Sa Majesté
tres - Chrêtienne avoit eu en
l'envoyant auprés du Roy d'Ef
pagne,
Je vous manday le mois der
nier l'arrivée de Mr de Puifegur
en Espagne , à peine eut- il
Blue Sa Majesté Catholique ,
GALANT 367
qu'il partit pour aller vifiter
les Frontieres d'Espagne qui
confinent avec le Portugal , &
aprés avoir examiné toutes chofes
fur ces Frontieres , il retour.
na à Madrid avec une extrême
diligence , & fit fon rapport au
Roy en préſence de fon Confeil
;il dit à Sa Majesté que tous
les Efpagnols qui avoient efté
chargez de quelques foins qui
regardoient ces Frontieres , s'en
eftoient parfaitement bien acquitez
, & qu'on ne pouvoit leur
donner trop de louanges .
Mr l'Evêque Devora s'eftant
mis en chemin pour paffer en
Espagne , envoya dire au Roy
d'Espagne qu'il avoit quelques
propofitions à lui faire . Sa Majeftè
Catholique lui fit dire de
368 MERCURE
ne pas avancer davantage , &
qu'elle partiroit le premier de
Mars pour aller fur fes Frontieres
fçavoir pourquoi le Roy
de Portugal lui déclaroit la
guerre .
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit le Fufil : Ceux qui
l'ont trouvé font ,
Meffieurs de Beauvais de la
rue faint Martin : Devaux Ayocat
au Parlement de Bretagne :
Bardet & fon ami Dupleffis ,
Maitre Chirurgien au Mans :
Le petit Nez furet , & fa mie
Fanche de la rue faint Severin .
Le gros Emberline de l'Etoil-.
le : Le fidele Berger des bords
de l'Orne : L'ami content de .
Verfailles Le brave la Creu-
1
}
GALANT 369
:
zette de Gien : Le Galonné
d'Evreux , le beau Jumeau de
la rue Cogneber : De Noloi
fieur du Chaudron , & fa dulcinée
de la Porte faint Martin ,
Nicolas Gaufement , & la charmante
Blonde de la Butte faint
Roch L'aimable Feye : Mademoiſelle
de la Rofere , & les
deux aimables Dames de la ruë
de Beaurepaire : Le grand Voyageur
racourci: L'Amant maltraité
, & toûjours fidelle de la
ruë faint Severin , & fon aima
ble Inhumaine : Vendôme Gouverneur
de l'Ifle du Grand
agreable : Les deux noms qui ne
fe conviennent gueres de la ruë
de la Verrerie : Le Mari boudeux
: La grande Saviarde : La
Devotion revoltée de la ruë
37° MERCURE
:
ر
faint Severin : L'aimable' Veuve
Marchande proche les Quinze
vingts , La belle Heleine de
l'enclos dudit lieu , & le Berger
de la rue dudit lieu aimé de fa
Bergere : Li Bergere Climene ,
& fon Berger Tircis de la Place
Roïale La veritable Judith
Betlar de la rue du Bourneuf
à Troyes : Le fieur des Places '
grand Sableur des Affifes d'IfLles
Son Compagnon de faint)
Jean de Bonneval , & le Procureur
Fifcal Bourguignal du
Duché d'Aumont : La Couple
brune affortie de la rue faint
Severin : La chere Minette , &
fon cher frere du Courteron de
la rue faint Denis , & Made .
moifelle Sauvage de Montivil. '
liers : Les quinze Heroines du
GALANT 371
Cercle ancien de la ruë de la
Tifferandrie > & leurs Nourriffons
heureux : Laimable trio
des Nimphes du coin de la ruë
des Billettes , & leur brunet
Colin Maillard de la même
maifon Le Procureur Gafcon
dé leurs affernblées : La Gra
cicule efperance de fon incertainbillet
, & l'inutile Antago
niſte des Amans imaginaires du
petic Paris.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle .
F
ENIGME .
E fais l'homme : Autrefois j'ay.
fait le Philofophe
La Nature me teint en noir , &
puis en blanc';
372 MERCURE
Couleur au temps paſſé qui diſtin
guoit le rang;
Mais j'ay perdu mon prix comme
une vieille étoffe ,
Je ne puis plus croitre à la Cour,
Où l'on m'écharpe au ſecond jour
Je vous envoye une Chanſon
nouvelle , l'air & les paroles
font de Mrle Camus le fils .
AIR NOUVEAU,
Ay beau par mes regards , é
mes frequens foupirs , FAY
Découvrir à Philis l'excés de ma
tendreffe .
Elle me rebute fans ceffe ,
Et m'accable de déplaifirs .
Pour prix de mon ardeurfidelle
Aymable Dieu d'Amour , toy le
maitre des coeurs ,
Perce
GALANT
373
Perce d'un trait doré celuy de cette
Belle
Et fais qu'aprés tes mauxje goute
tes douceurs .
Mr le Duc de Bervvick arriya
à Madrid le 15. Sa Majesté
Catholique envoya des Carof.
fes au devant de lui, & un tresgrand
nombre de Perſonnes des
plus qualifiées allerent fur fa
route , ou pour lui faire complimens
, ou pour fatisfaire leur
curiofité. Plus de trois cens
Carroffes allerent à deux & à
trois lieuës de Madrid , àfa rencontre
, & dans toute cette diftance
de chemin , il paſſa au
ravers d'une double haye de
euple & de gens de tous états .
On ne fçauroit exprimer la joye
Fevrier 1704
li
374 MERCURE
& la fatisfaction qu'ont témoigné
les Espagnols de voir arriver
le general des troupes Françoifes
que le Roy envoye au fecours
de cette brave Nation .
Les plus grands Seigneurs de
cette Cour fe font diftinguez
dans cet empreffement ; mais
perfonne ne l'a porté plus loin
que Mr le Due d'Arcos & Mr le
Duc de Baños , tous deux freres
de Madame la Ducheffeld'Albe.
Ils ont paru fi magnifiques &
fi polis pendant le fejour qu'
ils ont fait en France , qu'on
n'y fera jamais furpris de tout
ce qu'on verra de grand & de
délicat dans leurs fentimens &
dans leur conduite. Il fuffit de
dire qu'ils font dignes freres de
Madame la Ducheffe d'Albe ,
GALANT 375
que tout le monde admire icy
par toutes les qualitez qui peuvent
le plus diftinguer les Perfonnes
de fon rang & de fon
fexe . Meffieurs fes freres ont
foûtenu & ont furpaffé toutes
les avances qu'avoient fait à
Mr le Duc de Bervvick Mr le
Duc & Madame la Ducheffe
d'Albe . Leurs Excellences lui
avoient offert leur Hôtel dans
Madrid , & tout ce qui pouvoit
en dependre . Elles ne fe font
pas contentées de ces offres,
Les ordres de Mr le Duc d'Al¬
be avoient efté donnez fi à propos
, que plufieurs de fes Caroffes
& un grand nombre de fes
Domestiques de tous eftages
ont efté attendre Mr le Duc
de Bervvick à fa derniere cou-
Ii ij
376 MERCURE
chée , & on l'a conduit à la
magnifique maiſon de мr le
Duc d'Albe , qu'il a
·
trouvée
trés fuperbe. Je n'ay pas
le temps de vous en faire icy
la deſcription . Je me contenteray
de vous dire que мr le
Duc de Bervvick a trouvé ce
Palais fuperbement meublé ,
& il a efté furpris que мr le Duc
d'Albe ait laiffé du moins autant
de Domeſtiques à Madrid,
qu'il en a à Paris à ſon ſervice .
On lui fert , foir & matin , de
magnifiques repas ; ſa table y eſt
ouverte , on y fert d'autres tables
outre la fienne. Il y a peu
d'exemples de ce que fait dans
cette rencontre мr leDuc d'Albe.
Je paffe beaucoup de par
ticularitez qui meriteroient
GALANT
377
voftre curiofité ; mais je ne puis
m'empêcher de vous faire remarquer
que dans la Chambre
du dais de l'appartement qu'-
Occupе мrle Duc de Bervvick,
comme il eft General des troupes
de France en Espagne , on
n'a pas mis fous ce dais le portrait
de Sa Majesté Catholique ,
mais feulement celui de Sa Majefté
tres- Chrêtienne . Tout le
refte de ce grand Hôtel eft
meublé comme fi мr le Duc &
Madame la Ducheffe d'Albe
eftoient à Madrid .
La Ville de Tolede n'a pas
plûtôt appris que le Roy d'Efpagne
devoit marcher à la tête
de fes troupes pour faire la
Campagne, qu'elle a fait fraper
deux medailles d'or qu'elle luy
Ii iij
378 MERCURE
a préfenté avec quatre mille
reauls de huit.
L'Espagne fe trouve fi peu
plée , que la feule Caftille met
fur pied cent Regiment de milices
, qui font cinquante mille
hommes . On peut juger par là
de ce que pourra faire le refte
de l'Espagne .
Voicy les noms des fix Officiers
dont je viens de vous parler
, que le Roy a choifis dans
toutes les troupes pour aller
fervir en Eſpagne auprés de S.
M. C. comme ils ont déja fervi
il y a deux ans auprés de ce
même Monarque en Italic .
Mr de Monchan , Colonel
d'Infanterie .
Mr des Aydes , Brigadier de
Dragons ,
GALANT 379
Mr le Chevalier de Paulle ,
Colonel de Cavalerie .
Mr de Leffar , Brigadier de
Cavalerie .
Mr de Lafbourg , Colonel de
Cavalerie .
Mr Deflour, Colonel de Dra
gons.
Mr le Marquis de Chamillart
fils unique de Mr de Chamillart
Miniftre & Secretaire d'Etat
a foutenu aujourd'hui des
Thefes fur partie de la Philofopie
dans le College d'Har
court , il en a fait l'ouverture
par une harangue qui a efté extrêmement
applaudie , & qu'il
a prononcée avec beaucoup de
grace ; il a fçû marquer en ´habile
Orateur les beautez &
380 MERCURE
l'éloquence de fon difcours par
des élevations de voix faites
રે propos , & par la force de fa
declamation . Il y a élevé l'étude
& l'amour de la Philofo .
phie fur toutes les autres occupations
du Sage : il a fait voir
l'utilité de cette ſcience , & en
quelle excellence on l'a portée
dans ces derniers temps . Il y a
peint Ariftote cet illuftre chef
des Peripateciens , avec les plus
belles couleurs . La caufe de
cet ancien Philofophe fera toujours
en bonnes mains lors
qu'elle tombera dans celles d'un
Difciple auffi zelé ; il a fait con- ·
noître par des traits tous pleins
d'efprit , qu'il vouloit defigner
les Modernes qui fe font erigez
en Novateurs , & qui ont quitté
>
GALANT 38r
les anciennes routes de la Philofophie
. Mr d'Agoumer Profeffeur
de Philofophie au College
d'Harcourt a prefidé à cette
action publique ; & on peut
affurer
qu'il a prefidé plus pour fuivre
les anciens ufages que pour
l'utilité dont il pouvoit être à
ce jeune Répondant,qui ne lui a
prefque point donné d'occaſion
de parlers puifqu'il a donné toutes
les folutions aux argumens
qui lui ont efté propofez avec
une prefence d'efprit , & une
folidité , qui ont furpris toute
l'Affemblée. Mr le Marquis de
Molé Champlatreux qui fait fa
Philofophie dans ce College ,
avec Mr le Marquis de Chamillart
, avoit efté choisi pour ouvrir
la difpute , ce qu'il fit par
382 MERCURE

un Compliment , où il loüa le
Répondant avec autant de fineffe
que de delicateffe il
propofa fes difficultez au Soutenant
avec toute la force dont
elles eftoient fufceptibles
, &
il leur donna toute l'étenduë
qu'elles pouvoient avoir : la folution
fuivit de prés l'argument ,
& dans cette occafion comme
dans celles qui la fuivirent , le
Prefident a eu plus de lieu d'admirer
que de parler ; puifque
Mr le Marquis de Chamillart a
répondu fi jufte , & avec tant
de prefence d'efprit , qu'il n'a
pas eu occafion de parler . Mr
le Blond , cet habile Profeffeur
, & dont la reputation eft fi
grande, a argumenté avec beaucoup
de force , & tout autre
GALANT
383
,
que le Repondant auroit cu
peine , à fe tirer de fes filets , Mr
le Blond fut obligé de rendre
juftice à la vivacité & à la capacité
de мr le мarquis de Chamillart
, & il avoüa qu'il n'avoit
pas trouvé depuis longtemps
un jeune Philofophe fi
ferme dans les principes. Mr
Guenon & Mr Mirmion connus
par le fuccés avec lequel ils
ont long - temps Profeffé dans
l'Univerfité ont auffi
argumenté
& avec le même avantage
pour le Répondant , auquel la
feule force de la verité les a obligé
de donner de juftes loüanges
qui ne doivent pas eftre fuf
pectes dans leur bouche ; puif--
qu'ils en donnent rarement .
Quelques autres perfonnes ont
384 MERCURE
auffi argumenté , & il n'y a rien
d'épineux dans la Philofophie
fur quoi on n'ait éprouvé la
capacité du Repondant . On a
difputé fur tout ce qu'il y a de
plus embarraffant dans la Logique.
On a propofé plufieurs experiences
de Phifique , aufquelles
ce jeune Marquis a répondu
avec une penetration au deffus
de fon âge. L'Aſſemblée a eſté
charmée de la bonne grace , &
du progrés étonnant qu'il a fait
dans fes Etudes , chacun lui en a
fait compliment en fortant, lorfque
cette action a efté finie , à
laquelle Mr de Chamillart a été
prefent . L'Affemblée acfté auffi
illuftre que nombreuſe elle
étoit compofée de tout ce qu'il
y a prefentement de plus illuftre
dans
>
GALANT
385
dans l'Eglife , dans l'Epée &
dans la Robbe . Elle finit par
un éloquent Difcours que le
Repondant fit pour la remer,
cier.
Ily a des Lettres
d'Angleterre
du 12. de ce mois qui portent
que
l'Archiduc n'eftoit parti ,
aprés la premiere tempefte
qu'avec vingt - deux Vaiffeaux
Apglois & huit Hollandois
quoi que les relations de Hollande
euffent groffi le nombre
de moitié , en difant qu'ils en
avoient foixante. Ces Lettres
ajoûtent que le nombre des Bâtimens
de charge eftoit auffi
beaucoup moins confiderable
qu'ils n'eftoient avant la premiere
tempefte , & qu'il n'y
Février 17.04. KK
386 MERCURE
avoit fur cette Flotte que huir
à neuf mille hommes , & des
provifions & des munitions à
proportion. Le dommage fait
par la premiere tempête n'ayant
pû à beaucoup prés eftre entierement
reparé. Les mêmes Lettres
portent que generalement
tous les Vaiffeaux arrivez aprés
la feconde tempefte , estoient
tellement endommagez qu'il n'y
en avoit aucun auquel il n'ait
fallu beaucoup travailler &
que craignant que le Roy de
Portugal ne s'impatientaft , on
avoit fait partir le Prince Darmftat
avec une Fregate de 40. canons
avec ordre de dire à Sa
Majefté Portugaife qu'il eftoit
parti avec l'Archiduc , & qu'-
devoit arriver inceffamment
GALANT 387
avec toute la Flotte . On a fçu
depuis par des Lettres de Lif
bonne , que le Prince Darmstat
yeftant arrivé , avoit efté ſou
per chez l'Amirante de Caftil
le, & qu'il luy avoit declaré
que la Flotte qui le devoit fuivre
, eftoit moins nombreuſe
qu'avant la tempefte , & qu'elle
n'apportoit ny autant d'argent,
ny autant d'hommes , ny autant
de provifions ny autant de
munitions qu'il eftoit porté par
le Traité fait entre les Anglois ,
les Hollandois , & le Roy de
Roy de Portugal ; que l'Amirante
dit au Prince Darmftar
qu'il devoit bien le garder de le
dire à S. M. P. à quoy ce Prince
répondit que fes ordres pors
toient tout le contraire , qu'il
Kk ij
388 MERCURE
eftoit chargé de faire des excufes
au Roy de Portugal , & de
l'affurer
que dans la fuite il recevroit
tout ce qui lui avoit efté.
promis par le Traité , mais que
les Anglois & les Hollandois le
prioient d'y fuppléer pour le
prefent , & qu'ils
'ils avoient cru .
lui devoir avoüer la verité par
ce que s'il ne reparoit par des
hommes & par de l'argent une
partie des malheurs caufez par
la tempefte , tous leurs projets
avorteroient , & que leurs Troupes
ne feroient fuffifantes
pas
aprés leur arrivée, même pour
deffendre le Portugal , Sa Majefté
Portugaife fut frappée de
ce difcours , qui fut bientoft répandu
. Ceux qui avoient confeillé
la rupture avec l'Espagne
GALANT 389

furent accablez de ce même
coup ; & ceux qui avoient confeillé
le contraire , parurent
triomphans . Le Peuple qui apprit
bientoft cette nouvelle
murmura beaucoup & commença
à croire que l'Archiduc ne
viendroit point Le Roy de Portugal
fe fervit d'un ſtratagême
qu'il avoit déja mis en ulage ,
pour lui faire croire le contraire,
& fit publier qu'on tinft preft.
tout ce qui étoit neceffaire pour
faire des illuminations , parce
qu'il venoit de recevoir des nouvelles
qui portoient que l'Archi.
duc arriveroit inceffamment ;
il fit aufli publier que tous ceux
qui estoient en deuil euffent à
le quitter pendant que l'Archiduc
feroit à Lifbonne .
Kk iij
390 MERCURE
Mi le Duc de Vendôme fait
faire une Ligne pour couvrir
fes quartiers. Il y auroit une
action files Ennemis inquiesoient
les Travailleurs , ce qu'ils
ne manqueroient pas de faire ,
fi Mr le Duc de Savoye eftoit
le maître dans fes Etats , mais
Mr le Comte de Staremberg
lui fit fçavoir dés qu'il l'eut
joint, qu il ne l'eftoit pas , & refufa
de combatre les François ,
quelque inftance que ce Prince
luy en fit , difant qu'il les connoiffoit
& qu'il n'eſtoit pas affez
anal habile homme pour attaquer
l'Infanterie Françoiſe dans
des Poftes avantageux , fi ce Ge
neral donne des chagrins au
Duc de Savoye , fes Troupes
ne lui en donnent pas moins ,
GALANT 391
elles ont cru que pour fe refaire
de la fatigue effuïée pendant
plus d'un mois pour fon fervice,
c'eftoit le moins qu'elles vêcuffent
dans fes Etats comme
elles ont accoûtumé de faire ,
même en Allemagne . Les Italiens
peu accoutumez à fe voir
enlever leurs effets & fort amateurs
de leurs biens , fe font
mis fur la deffenfive ; de forte
qu'il y en a ſouvent de tuez de
part & d'autre ; ce qui affoiblit
мr de Savoye de deux maniere
differentes
, puifque les
deux partis doivent contribuer
à l'agrandiffement
où à la deffeafe
de fes Etats.
Comme vous ne pouvez recevoir
ma Lettre de quatre
392 MERCURE
jours , il eft impoffible que le
fort de l'Archiduc ne foit pas
éclairci en temps là : cependant
je vous diray qu'il paroît
par des Lettres venues de plufieurs
endroits qu'il n'eftoit pas
encore parti le vingt quatre.
J'apprens en ce moment que
Le Roy a lieu d'eftre tres - fatisfait
de tout ce qui s'eft paffé à
la Diette des Suiffes convoquée
à Soleure. Je n'ay pas le
temps de vous en dire davanta-
.ge.
Le Roy a fait quelques maréchaux
de Camp Lieutenans
Generaux , & quelques Brigadiers
Maréchaux de Camp . Sa
M. a nommé à differentes fois
un grand nombre de Brigadiers ,
GALANT 393
mais comme la nomination n'eſt
point finie & que les liftes qui
courent font imparfaites , parce
que l'on en a point encore
donné , & que ces liftes ne font
compofées que de noms , que
plufieurs qui fe font peut - eftre
trompez , croyent avoir bien retenus
. Je me trouve obligé de
remettre cette lifte au mois prochain
; je prie ceux qui connoiffent
ces nouveaux Officiers &
qui fçavent tout ce qu'on peut
dire à leur avantage , & toutes
les actions par lesquelles ils fe
font diftinguez, de m'en envoïer,
des Memoires. Je ne puis m'empêcher
de repeter ce que j'ay
deja dit fouvent , qui eft qu'il
me reste plufieurs articles done
chacun trouvera place à fon
394 MERCURE
tour. Je fuis Madame , & c .
A Paris ce dernier Fevri r 1704 ?
TABLE
PRelude.
Sonnet.
Sonnets.
Madrigal.
6
8
9
Priere pour le Roy fur les grandes
& continuelles victoires que S. M.
remporte fur fes ennemis. -
Defcription des Festes qui ont efté
faites à Montauban & à Mau-
II
27
64
beuge.
Lettre du Roy à Mr le Coadjuteur
de Strasbourg.
Mandement dudit Coadjuteur. 73
Article touchant ceux qui ont efté
tuez & bleffez au Siege de Landau
& à la Bataille de Spire , 81
Thefesfoutenues par Mr l'Abbé AlTABLE.
121
128
bani , neveu du Pape.
Ouverture de l'Ecole de la Langue
Grecque faite au College Royal ,
par Mr Pouchard,
Marques du zele & de la fidelite
des Espagnols envers S. M. C. 133
Article de morts . 142
Suite du Traité qui enfeigne les regles
nceffaires pour bien faire des
Vers.
Second article de morts .
156
182
Thefes foutenues par Mr l'Abbé
d'Auvergne , par Mr l'Abbé de
Maulevrier , & par мi l'Abbé
de Saint Aignan.
Dffertationfur la Goutte & le Rhu-
196
203 matifme.
Services faits à Charleville pour
Madame la Ducheffe de Mantouë,
Ouverture des Etats de Foix.
224.
230
TABLE.
Separation des Etats de Zangets
doc.
Réjouiffances faites dans tous les
Etats de Lorraine,
Cartes nouvelles.
233
236
Lettre de l'Empereur écrite à Mr le
7439
ComtedeFrife.
Mr le Marquis & Auxi eft reçu Capitaine
dans le Regiment des
Gardes.
Mariages.
Difcours prononcé à Angers.
244
265
283
291
Confeillers reçus au Parlement , 287
Portrait da Roy de suede.
Traduit. des Odes d'Anacreon. 293
Second Volume des cent Questions &
299 Reponfes.
Hiftoire de la Chapelle de nos Ross.
idem.
Nouvelle
Grammaire de la Langue
Espagnole.
Fevrier 1794 ,
393
21
TABLE.
Vouveau plan des Effais de listeraz
ture .
305
Eloge de Mrd Agen prononcé dans
la Paroisse de Verfailles . 307
Dernier article de morts.
309
322
Belle marche de Mr de Vendôme,
décrite parce Prince.
Relation de ce qui s'eft paffe immediatement
après la jonction des
des Troupes de l'Empereur avec
celles de Mr de Savoye . 341
Relation de ce qui s'eft paffè à la
prife de la Baftia & de Buonpor-
345
353
Trabifon d'un Officier néfujet de
to.
Prife de Quiftello.
Mr de Savoye.
Regimens donnez & vendus,
354
358
Affaires d'Espagne.
Articles des Enigmes .
362
363
Suitte des affaires d'Espagne, 373
TABLE.
379
These foutenue par Mr le Marz
quis de Chamillart.
Nouvelles concernant la Flotte
Angloife & Hollandoife , & le
Traité de Portugals
6385
Site des nouvelles d'Italie.
399
Nouvelles de l' Archiduc.
392
Nouvelles de Suiffe.
idem
Officiers Generaux. idem .
Conclusion
393
LI ij
ཀུན
Avis pourplacer les Figures..
L'Air qui commence par
Grand Dieu » quis protegez, let
Rois , doit regarder le page
281.
L'Air qui commence
par ,Fay beau par mes regards,
doit regarder la page 372.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le