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1699, 12
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807156
MERCURE
GALANTBIBLIO
LYON
DEDIE A MONSEIGNEUR 3*
LE DAUPHIN
DECEMBRE 1699 .
DELA VIWAN
LA
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Mercure Galant.
BLIC
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais, au Mercure Galant,
M. DC . XCIX .
Avec Privilége du Roy.
1
AU LECTEUR.
ILys
lieu ya
lieu
de croire
qu'on
ne lit plus
l'Avis
qui
a efte
mis
depuis
tant
d'années
. au commencement
de chaque
Volume
du Mercure
, puis
que
malgré
les prieres
réite-
7ées
qu'on
afaites
d'écrire
en caracteres
lifibles
les
noms
propres
qui
fe trouvent
dans les Memoires
qu'on
envoye
pour
eftre
employez
, on
neglige
de
le faire
, ce qui
eft caufe
qu'il
y en
a quantité
:
A ij
AU LECTEUR
.
de defigurez
eftant impoffible
de deviner
le nom d'une Terre
, ou d'une Famille
, s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau
ceux qui en envoyent
d'y prendre
garde,
ils veulent
que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on nep end
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages
à leur
tour , pourvû
qu'ils ne defabligent
perfonne
, & que
ceux qui les envoyeront
en
affranchissent
le port.
&
d
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE 1699 .
O
LYON
Na dit fouvent avec
beaucoup de raifon
DE
que comme
il eft
impoffible
de louer dignement
le Roy , il n'y a point
de meilleur
party
à prendre
dans l'étonnement
que cau .
A iij
6 MERCURE
fent fes grandes & merveil
leufes qualitez , que de l'admirer
& de fe taire . C'est ce que
fait fort ingenieuſement
M
la Blanchere , dans le Sonnet
que vous allez lire.
AU ROY.
GRand Roy , dont la vertu ,
gloire & la vaillance
la
Ontfoumis à l'envitant de coeurs
fous tes loix ,
Que n'ay-je d'Apollon la divine
Eloquence ,
Pour chanter à jamais tes éclatans
exploits !
GALANT. 7
Tantoft je dépeindrois cette noble
aßurance,
Quidans les champs de Mars fit
pâlir tant de Rois.
Tantoft j'exalterois cette fainte
prudence ,
Qui mit en peu de jours l'Her fie
aux abois.
Enfin pour couronner ton immortelle
gloire
,
Finftruirois l'avenir qu'enchaî ·
nant la Victoire ,
Lors que tu pouvois tout tupref
crivis la Paix,
A iiij
8 MERCURE
Mais chante qui pourrata valeur
´invincible
;
Pour moy , trop foible encor pour
un chant fipenible ,
Fadmire tes exploits , tes vertus ,
& me tais.
Mr Saro , de Bordeaux , a fait
deux Infcriptions , chacune
d'un feul Vers latin , pour met
tre fous la Statuë Equeſtre du
Roy. L'une eft :
Bello pace potens Lodoix
oftenditur
orbi.
Et l'autre.
Martis equum frænans populis
lata otia fecit.
En voicy la traduction faite
GALANT. 9
par le même.
Tel fe fait voir à l'Univers
Ce grand Roy le Heros de la
Paix , de la Guerre.
2
Il vient d'arreſter Mars qui défoloit
la terre
d
Et rendre un heureux calme à
cent Peuples divers.
Jevous ay ddééjjaa fairt part de
plufieurs Differtations fur le
commencement du Siecle fu
tur. La difpute continue toujours
, & la réputation que M
de la Févrerie s'eft acquife par
fes differens Ouvrages , le
rendant d'une grande autorité
parmy les Sçavansa on ſera
10 MERCURE
bien aife , fans doute , de fça
voir ce qu'il en penſe. Voicy
ce qu'il a écrit fur cette matiere.
SENTIMENS
Sur la question du Siecle futur.
No
Ous touchons à l'an
1700. & la queſtion du
Siecle nouveau n'eft pas encore
décidée . Les uns prétendent
qu'il va commencer ; les
autres foutiennent qu'il ne
commencera qu'en 1701. Il a
paru dans le Mercure Galant
plufieurs Differtations fçavanGALANT.
IT
tes & curieufes fur cette difpute
, qui bien loin de l'avoir
terminée , n'ont fait que la
redoubler & l'échauffer da .
vantage. On fait des gageures
, chacun prend party , on
fe divife dans les Familles , &
un fort galant homme me di .
foit l'autre jour , qu'il eftoit
bien embaraffé à concilier làdeffus
fon Pere & fon Epouſe,
qui en venoient à toute heure
aux priſes. C'eſt en partie
pour luy aider à remettre la
paix entre ces deux illuftres
perſonnes ,que j'ay bien voulu
dire mon fentiment fur cette
B
12 MERCURE
queftion , que je ne prétens.
pas décider . J'en laiffe tout
l'honneur à Mi Mallement de
Meffange , qui a fait un Livre
exprés pour cela : mais comme
la matiere n'eft pas encore
épuilée , & que chacun a la
liberté de die ce qu'il luy
plaiſt fur de ſemblables problêmes
, on ne fera peut eftre
pas fâché de voir ce que j'ay
médité là de flus .
Ces fortes de curiofitez
Chronologiques renaiſſent de
temps en temps . On fit à peu
prés la même queſtion dans
le quinzième Siècle à l'égard
GALANT. 13
du quatorziéme ; & comme
cette difpute s'échauffa beaucoup
parmy les Sçavans , Charlier
, Doyen de Cambray , &
Docteur de Paris , fitun Traité
fur cette matiere , intitulé ,
Contre les Calculateurs du Siecle
paffé. Pour moy , je ne fçay ny
l'Arithmetique , ny l'Algebre,
ny la Chronologie , & j'ignore
même tout à fait le nombre
d'Or & l'Epacte. Mais comme
jufqu'icy toutes ces connoiffances
n'ont fait qu'embroüiller
la question , au lieu !
de l'éclaircir , je fuis perfuadé
qu'avec un peu de lecture &
14 MERCURE
"
de bon fens , on y peut donner
quelque jour , & par des
réflexions fimples & naturelles
obliger les deux partis à fe
concilier , ou du moins à difputer
avec plus de moderation
fur une chofe qu'ils entendent
fi peu l'un & l'autre .
Les années ne ſe comptent
pas comme de l'argent , & il
y a une grande difference entre
la fupputation
Chronologique
& la fupputation
Arithmetique.
Pour compter cent
francs , quatre vingt dix neuf
livres ne fuffifent pas , il faut
encore une livre pour fournir
GALANT.
la fomme entiere en bonne
Arithmetique , mais en Chro .
nologie , Siecle n'eft pas comme
cent. Il fuffic que l'année
quifuit quatre- vingt dix - neuf
foit entrée pour finir unSiecle,
& pour commencer l'autre .
Comme les années font en
nombre indéfini , & s'affemblent
les unes fur les autres, la
premiere, & celle d'entre deux
qui marque une Epoque , fe
confondent dans le compte
& dans la fupputation chronologique.
Quand on calcule la
durée du temps felon la Chronologie
, on commence par
16 MERCURE
une Epoque , mais il n'y a
point d'Epoque pour finir . Il
n'en eft pas de même en comptant
une lomme dans l'Arithmetique.
On commence
par un , & on finit par un qu'-
on ajoûte pour terminer le
nombre qui est toujours rempli
, quoy qu'on joigne plufieurs
autres fommes enfemble
, parce que ces autres fommes
recommencent aufli &
finiffent par un , le nombre qui
fuit eftant toujours fixe &
terminé , quelque liaiſon, qu'il
ait avec le fuivant.
Je fçay bien que dans la
GALANT. 17
fupputation Chronologique ,
il fe trouve quelquefois , &
même tres fouvent , un nombre
Arithmetique , c'est à dire
fini & complet ; & que huit
jours font huit jours , comme
huit livres font huit livres ;
mais il faut bien faire reflexion
de quelle maniere on
compte le nombre fini & le
nombre indefini dans l'ordre
des temps , & la difference
qu'il y a . Quand une perſonne
dic , Il y a quinze jours que je
fuis malade , il n'y en a fouvent
que quatorze , mais elle veut
dire qu'elle entre dans le
Decembre 1699. B
18 MERCURE
quinziéme jour de fa maladie ,
& cette maniere de compter
trompe quelquefois les Medecins
dans l'obſervation des
crifes . Il faut faire expliquer
le malade arithmetiquement
,
& fçavoir fi les quinze jours
font paffez , ou commencez
feulement, & pour lors le malade
dira , Je ſuis dans le quin .
Ziéme jour de mon mal , ou j'entre
dans le feizième. Il n'en eft
pas de même en comptant
de l'argent. Quand on dit ,
voilà quinzelivres, il n'y a point
à douter entre quatorze ou
feize livres , il n'y a ny plus
GALANT. 19
nymoins. Toute la difference
de la Chronologie & de l'Arithmetique
confifte donc
dans l'Epoque , dans le jour ,
dans le mois , dans l'année
où l'on compte . De là vient
que quand on datte une Lettre
du douze , du vingt d'un
tel mois, ou d'une telle année ,
ny le douze ny le vingt ne
font pas paffez , ils ne font que
commencer. Il en eft encore
de même de la maniere de
compter l'âge des gens. On
dit , il a vingt ans , il a trente
ans .ces vingt ans , ces trente
ans font ils faits & accomplis,
Bij
20 MERCURE
ou s'ils ne font que commen :
cez , car cela peut faire une
difference de huit ou dix mois ?
Pour avoir vingt ans faits , il
faut qu'il fe foit écoulé vingt
années entieres entre le jour
de la naiffance , & celuy auquel
on compte. C'eft auffi
comme on parle en termes
de voyage. On dit , il y a
deux ans que j'estois à Rome ; il
y a deux ans que je n'ay esté à
Paris , mais on ne dit pas toujours
vray & jufte , en bonne
Arithmetique. C'est comme
on dit , fe vais de deux ans en
deux ans à Paris. Il n'y a pas
ya
GALANT. 21
deux années entieres & completes
entre chaque voyage,
il n'y apeut etre que quinze,
ou dix huit mois. On dit communement
que Noftre Seigneur
a efté trois jours dans
le tombeau ; c'est une erreur
groffiere. Cependant de fçavans
Interpretes de l'Ecriture
ont fait de grandes Differtations
pour & contre . Il eft
vray que Vendredy , Samedy
& Dimanche font trois jours,
mais entre le Vendredy au
foir que le Sauveur fut mis.
dans le tombeau , & le Di.
manche ou le jour du Sabath,
22 MECURRE
qu'il reffufcita , il n'y a pourtant
qu'un jour entier, & deux
nuits. Pourquoy chercher tant
de miftere , & ne pas dire naturellement
avec le Simbole
de l'Eglife, que le Sauveur du
monde eft reffufcité le troifiéme
jour ?Quand il a parlé luymême
de fa Refurrection ,
& dit de fon Corps ce que
les Juifs entendoient de leur
Temple , qu'il le rédifieroit
en trois jours , c'est la même
chofe , il a voulu dire qu'il
feroit rétabli le troisième jour.
Saint Luc dit que les Apoftres
furent renfermez dix jours
GALANT.
23
dans le Cenacle pour attendre
la defcente du Saint Efprit
, mais depuis le Jeudy de
l'Afcenfion
, & le Dimanche
de la Pentecofte , il n'y a que
neufjours . Cependant
l'Eglife
ne fe trompe point dans fon
calcul en celebrant ces deux
Feftes , & l'Evangile encore
moins. Il a voulu dire que le
Saint Efprit defcendit le dixiéme
jour que les Apoftres
fe furent renfermez. Il y a
mille exemples de fupputer.
de la forte les évenemens
dans la vie , que je paffe fous
filence. Il ne faut donc pas
24 MERCURE
confondre ces deux differentes
fupputations quand on
parle des temps , foit dans
l'Hiftoire , foit dans les affaires.
Une perfonne qui compteroit
dix fept cens livres , &
qui poferoit un jetton pour
marquer chaque livre , trouveroit
cens jettons au bout
de cent livres , & fi enfuite elle
poſoit encore un jetton , pour
marquer chaque centaine de
livres, elle trouveroit auffi dix .
fept jetons au bout du compte
entier de dix- sept cens livres . 11
eſt facile d'en faire l'application
GALANT.
25
tion danslaChronologie fur la
queftion dont il s'agit.un jour,
un mois , une année , le doi
vent compter comme un denier
, un fou , une livre , mais
voicy le fecret qui leve entierement
la difficult . C'eft
qu'en Arithmetique , quand
oncompte de l'argent ,foit par
fou , ou par livre , la livre ou
le fou elt entier , & parfair ,
foit que l'on compte une fomme
indefinie , ou une fomme
terminée . C'eft la même cho.
ſe en chronologie à regard
du temps paffe . Dix années
font dix anneés completes &
Decembre 1699. C
26 MERCURE.
finies , il ne s'en faut pas un
quart d'heure , une minute.
Mais àl'egarddu tempsa venir,
on compte tout autrement .
L'année qui fuit l'année der
niere eft comptée avant même
qu'elle foit commencée . Ainfi
nous comptons 170 0. avec
les Aftrologues & les faifeurs
d'Almanacs , quoique cette
année ne faffe qu'entrer , &
qu'elle appartienne toute en
tiere au dix - feptiéme ficcle ,
bien loin de commencer le
dix - huitiéme qui n'ouvrira
qu'en 1701. A l'egard du temps.
paffé , les années font com
GALANT 27
pletes , à l'égard du temps prefent
, elles ne font que.com.
mencées, & à l'égard du temps
à venir elles font comptées
avant que d'eftre, Voila le
plus grand myftere de la Chro
nologiei ih notrs IN ,TO T
1. Dans l'Arithmetique , celuy
qui compte ભefીt maistre des
nombres , & fait ce qu'il veut
des jettons. Il n'en est pas de
même en Chronologie. Les
années coulent toûjours , &
l'accablents c'est le temps qui
en eft le maiftre. L'Arithmeticien
qui calcule une grande
fomme eft comme celuy qui
Cij
28 MERCURE
voudroit compter le fable del
la mer , mais le Chronologiſte
qui veut fupputer la durée du
monde , elt comme celuy qur
voudroit compter les vagues
d'un grand fleuve.
Vaine occupation des hommes !
Que nous importe til en quel
fiecle noussommes ? 000
Tandis
que nous nous amuſons
A calculer les ans , les faifons ,
P
Le temps fe palle , & noftre
vie, Bos
Dans un moment , de la mort eftí
fuivie,
Saus fçavoir ce que nous faifons.
(sa smajoo thaʼsimos
GALANT. 29
Helas ! quelfoucy nous devore ?
A mesurer le temps nos joins font
fuperflus Lallato ALS M
Nous voulons fupputer le Paffe
sts qui n'eftplus 9
L'Avenir qui n'eft pas encore
35 Et le Prefent qui n'est qu'un
....Qui coule, et nefubfifte point.
Le Lecteur me pardonnera
de petit trait de Morale que je
n'ay pû retetir en paffant,
Tout l'arndet l'Arithmeti
que eft d' affembler & de divifer
; il en el bien de même de
la Chronologie , mais la me
thode qu'elle obferve eft fort
C11
30 MERCURE
ying
100
différente. L'Arithmerique eft
Tûre dans Yon principe , elle
fçait par où elle doit commen
cer , & par où elle doit finir.
Il en eft au contraire de la
Chronologie qui n'a point de
principe certain , & de fin affurée.
Le temps nous cache
fon origine dans le nombreux
amas des aunées qui nous one
précédez , & la fin dans cèl.
les qui doivent faivre. I vin
Le fyfteme Chronologique
eft fort fpecieux, & charme les
gens de Cabinet , quifcachant
Seine
a Beine calculer la dépenfe
Je
de leur Maifon , fe meflent
GALANT.
31
de fupputer à un jour prés
l'âge du monde. Tous ceux
quiont de l'efprit , & de l'èrudition
, embraffent ce fyftême
avec chaleur , & le font bien
valoir. Ce font ces perfonnes.
là qui foutiennent que le Sie .
cle prochain commence dés
l'année 1700 Le fyftême Arith
merique eft plus fimple , &
plus fenfible ; il plaift davantage
au peuple qui hait les
chofes abftraites , & qui com ,
prend feulement qu'un & un
font deux. Les gens de Bureau
& de Finance , qui ont tonjours
les jettons à la main
Cij
32 MERCURE
prétendent en bon calcul , qu'-
un Siecle eft composé dé cent
années , comme une livre eft
composée de vingt fous . Tous
ceux qui ont du bon fens , &
qui aiment le raiſonnement
jufte & folide , font de cette
opinion , & foutiennent que
le Siecle prochain ne commencera
qu'en 1701 .
Ceux qui veulent que le
Siecle nouveau commence en
1700. fe font aviz de dire ,
pour trouver leur compte ,
que l'Epoque de la Naiffance
de Jefus - Chriſt , quoy qu'elle
né foit qu'à la fin de DecemGALANT.
33
bre , ne laiffe pas de
marquer
une année entiere encore
qu'elle ne foit que de fix jours;
en forte que dés le mois de
Janvier fuivant , on compte
la feconde année de Jefus
Chriſt. Ainfi dans la révolu
tion des Siecles , cette année
imparfaite ne laiffe pas de
faire nombre , & le dix - feprieme
Siecle fe trouve ac
compli au premier jour de
l'an 1700. mais c'est une tauffe
fubtilité , qui ne peut éblouir
que les gens qui fe laiffent
préoccuper d'une vaine eru
dition. Cette année de fix
34 MERCURE
jours , ou de douze jours , fe
lon les Grecs qui placent la
Naiffance de Noftre Seigneur
au fixiéme de Janvier , eft une
année purement imaginaire.
Par quelle raiſon , & fur quel
fondement fuppofer qu'une
Epoque conftitue & embraffe
une année entiere , qui eft
prefque finie : Une Epoque
eft un terme duquel on com
pre les jours , les mois , & les
années qui s'écoulent dans la
fuite du temps , mais qui n'en
augmente , ny n'en diminue
point le nombre. L'année qui
fuit une Epoque juſqu'au terGALANT
35

me où elle a rapport , doit
effre entiere & de douze mois.
Ainfi de la Naiſſance du Saul
veur , qu'on place d'ordinaire
au vingt - cinquième de Décenibre
, jufqu'à Fannée en
venant à pareil jour , il y doit
avoir douze mois révolus , qui
compofent une année complete.
On ne trouvera point
d'Hiſtorien qui ait fait mention
de cette année abrégée ,
ny de Chronologifte qui ait
établi cette nouvelle fupputation
de la Naillance de Jefus-
Chrift Les Hiftoriens & les
Chronologiftes peuvent bien
"
36
MERCURE
abreger les évenemens dans
le récit qu'ils en font , mais
non pas le temps auquel ils
font arrivez Tout leur art ne
fçauroit réduire à fix jours
une année de douze mois . Ils
font toujours indiſpenſablement
obligez de marquer les
temps , & de tout compter ,
les jours , les mois , les années,
L'Hiftoire eft en cela inferieure
au Roman , à la Tragedie
& au Poëme Epique , où par
desrécits indirects on ramaffe
dans les vingt- quatre heures,
ou dans une feule année, toute
la vie d'un Heros ; mais le
GALANT
37
jour artificiel du Poëme Dra
matique , & l'année fabuleuſe
du Roman ne ſubſiſtent que
dans l'imagination des Prép
tes , & ce n'eſt pas icy le lieu
d'en examinet la durée. 3
"
C'est encore une autre er
reur en bonne Chronologie ,
d'avancer je ne fçay quello
vieille maxime , qui dit qu'une
année commencée fe prend
pour
our une année complete.
Les évenemens n'arrivent qu'
avec le
temps ,, & on ne fçau
roit les marquér que dans leí
temps qu'ils font arrivez . Jet
diray bien qu'un Roy , qu'un
38 MERCURE
Pape eft d'un tel Siecle , mais
comment diray-je le mois &
l'année qu'ils font nez ,
qu'ils font morts , fi cette
annee r'a que fix jours & le
fiecle que quatre - vingt - dix
neuf ans ? Ceux qui fuppofent
cette premiere année,
Chronologique de fix jours ,
ne fçauroient, prouver que,
lors qu'on a commencé de
compter depuis la Naiſſance
de Noftre Seigneur, le nouvel
an arrivalt au mois de Janvier.
Il entroit generalement pour
tous les Chreftiens au Solitice ,
de Mars , de maniere que s'ils
GALANT . 39
y avoient bien penté , il faloit
faire cette année là de trois
mois pour le moins , & non
pas de fix jours . Mais c'eft
trop réfuter une opinion qui
fe détruit d'elle même .
L'année 1700. appartient
donc encore au dix feptieme
Siecle juſqu'au vingt- cinquié
me de Decembre , qui eft
l'Epoque de la Naiſſance du
Sauveur ; mais il rétulee do
certe fupputation une grande
difficulté , pourquoy chaqué
année & chaque fiecle ne
commence pas par cette Epo
que du vingt . cinquiéme de
40 MERCURE
Decembre , plûtoft que de
reculer l'un & l'autre de fix
jours , & les mettre au premier
Janvier fuivant , ou com
me on faifoit autrefois , au
Solftice de Mars? Que font
les Hiftoriens , les Chronologiftes
& les Aftrologues , de
ces fix jours , ou de ces trois
mois ? Je laiffe aux Sçavans à
refoudre cette objection , qu'-
on peut appeller un veritable
Cafferrefte , & je m'en tiens
à ma Thefe , que 1700. fera
encore du dix feptiéme Siecle
, & que le dix huitième ne
commencera qu'en 1701.
GALANT. 4t
Dans le dénombrement des
années qui fe font écoulées
MICG15.D
depuis la Naiffance de Jeſus-
Chrift , il n'importe pas en
quel mois a commencé cet
te Epoque , pourvû qu'elles
foient toutes completes
,
& compofées de douze mois
& que chaque Siecle fe termine
toujours à la même Epo
que Il ne faut donc pas com
pter , ny les années , ny fes
Siecles du premier Janvier
du vingt & un Mars
vingt cinquieme Septembre,
commefont
en ore quelquess
Peuples, mais invariablement
Decembre
1699.
D
vuon
ou ou
42
47 MERCURE
du vingt cinquiemedeDecem
bre , qui eft l'Epoque la plus
fuivie de la Naiffance du Sauvevr
; & c'eſt ainfi que l'année
fainte commence des le foir lainte congole
Noel
, que fe
l'ouverture du jubil
fait
A
HOD DE 2
du Jubilé , ce
qui quadre avec la fupputation
que je viens d'établir .
que nos
On ſe met fort en peine fi
l'année 1700 appartient au
vieux fiecle , ou bien au fiecle'
DIVE.
2012
nouveau
elle
commence
fielle
finit
le
fircle
paſſe
, bu
DO
le fiecle futur , mais on ne
s'eft pas affez expliqué quel
fiecle on entend par le fiecle
GALANT : 43
prochain, fic'eſt le dix - feptiéme
, ou le dix huitiéme depuis
la naiffance de Jefus Chrift.
Bien des gens acoutumez à
compter fur mil fix cens , &
qui ne lifent que leur alma,
nach , croient estre encore
dans le feizieme fiecle , & que
1900. doit fermer & ouvrir
le dix feptiême. Je ne m'arrelreray
› pas à les défabufer , ils
n'ont qu'à lire la premiere
Hiftoire du temps qui leur
tombera fous la main , pour
eftre inftruits de cette verité,
Il n'eft point necellaire quils
aillent confulter Scaliger , ou
Dij
44 MERCURE
le Pere Petau pour cela . En
verité je ne comprens pas ce
qui a fait naiftre cette diffi
culté chimerique ; fi ce n'eft
que nous vivons dansun temps
où l'on raffine fur tout; mais ce
raffinement eſt bien plus pro »
pre à conduire les efprits dans
l'erreur , qu'à les en retirer .
Le temps , comme le défi
niffent les Philofophes Stoïques
, eftant l'intervalle du
mouvement du monde , on a
marqué cet intervalle par
differentes Epoques , afin d'en
meſurer la durée . De tous les
Peuples de la Terre , il n'y en
GALANT.
45
"
a point qui ait eu plus d'Epo
ques remarquables , & en plus
grand nombre que les Juifs ;
Leur Hiftoire en eft remplie
La Creation du monde , le
Deluge , la Tour de Babel ,
J'Embrafement de Sodome ,
Ja Circoncifion d'Abraham, la
fortie de l'Egipte , le Temple
de Salomon , la Tranfmigra
tion de Babilone , la priſe de
Jerufalem , & plufieurs autres
évenemens qui enchaînent le
temps dans leur Chronologie,
Les autres Nations qui ont
eu moins de viciffitudes , ou
qui ont efté moins curieux.
46 MERCURE
d'en conferver la memoire
ont eu des Epoques artificiel
les pour compter les années ,
& fe font feulement attachées
quelques unes principales ,
delquelles ces Nations remontent
du temps prefent au
temps paffé , & du temps paffe
au temps prefent ; ce qu'on
peut appeller une échelle
Chronologique. Telle est l'Ere
d'Augufte , la Periode Julienne
, la Liera des Espagnols qu'-
ilsavoient prife de Bonnaffar,
& des Arabes , & qu'ils ont
confervée fi longtemps ; ayant
eu beaucoup de peine à com.
GALANT 47
pter commenou. 47 & à
Epoque generale des Chrêtiens
, qui eft la naiſſance du
Sauveur
. La grande Epoque
des Turcs
, que que l'on appelle
-T'Egire , eft la fuite ou retraite
de Mahomet à la Mecque ou
bien fon regne , car le mat
d'Egire fignifie l'un ou l'autre ;
& il y a une grande apparence
que ces Peuples qui fe fervent
fouvent de ce mot dans cette
fignification
, ont plutoft compré
du regne de Mahomet , &
de fon élévation fur le Trône ,
que de fa fuite , ou de fa rêtraite
à la Mecque , qui eft une
48 MERCURE
Epoque de mauvais augure ,
& qui ne feroit pas d'honneur
à leur Hiftoire . Quoy qu'il en
foit , les Epoques naturelles
ou artificielles ne fervent pas
feulement comme de jer .
tons dans la Chronologie
pour calculer les années , elles
fixent le temps qui coule fans
ceffe , & qui s'enfuit , & c'eſt
pour cela que l
l'Ere ou l'Epo
que d'Augufte , eftoit un clou
de cuivre , fiché en Elpagne
dans le Temple d'Hercule ,.
que l'on changeoit tous les
ans de place , pour marquer
Les diverfes periodes du temps.
L'Epoque
GALANT. 49
L'Epoque eft encore une barriere
qu'on met au devant du
temps paffé qu'on ne franchit
jamais , & à laquelle on atta
che un fil qui nous conduit
dans le temps à venir. Le temps
eft un point qui fe coule , &
l'Epoque eft un point qui le
fixe au Temple de Memoire:
Cette invention eſt tres utile
dans l'Hiftoire
, pour marquer
les événemens qui arrivent
dans le monde ; & dans l'Aftrologie
, pour connoiftre les
change mens & les revolutions
des Aftres & des Planetes qui
caufent fi fouvent ceux des
Decembre 1699. E
50 MERCURE
;
Etats & des Empires . Je ne
diray point précilement icy fi
Hiftoire a tiré fes Epoques
de l'Aftrologie , cu fi l'Aſtrologie
les a tirées de l'Hiftoire ;
je laiffe cette difpute aux Af
trologues , & aux Chronolo
giftes mais il eft certain
que la Chronologie emprunte
d'ordinaire les Epoques de
l'Histoire , & que l'Hiſtoire a
befoin des Epoques de la
Chronologie pour mettre les
événemens dans leur place
& felon l'ordre des temps.
Comme les choſes arrivent
avec le temps , le temps fait
GALANT.
SI
fouvenir des événemens , &
des événemens font fouvenir
du temps . L'Hiftoire & les
Memoires marquent les temps.
en racontant les évenemens ;
& les Journaux , les Faftes &
les Annales rapportent les
évenemens en marquant le
temps. Enfin comme les ter
mes enfeignent le chemin aux
Voyageurs , les Epoques enfeignent
la Chronologie aux
Hiftoriens ; & de même qu en
comptant plufieurs termes on
fçait combien on a fait de
lieuës , par la diſtance qu'il y
a de l'un à l'autre , en affem-
E ij
se MERCURE
blant plufieurs Epoques on
Içait auffi combien on a paffé
d'années.
le
Il ya deux fortes d'Epoques
dans la fuppuration destemps,
une Epoque Chronologique
& une Epoque Hiftorique.
L'Epoque Chronologique eft,
par exemple, l'Olimpiade ,
Luftre , le Siecle. L'Epoque
Hiftorique eft la fondation de
Rome , la Naiffance de Jefus
Chrift , l'Egire de Mahomet.
Ce font- là les grandes Epo .
ques de prefque toutes les Nations
, & qui fervent à fupputer
tous les évenemens & touGALANT
$3

tes les révolutions des Etats &
des Empires du monde ; mais
il y a enfuite de petites Epoques
particulieres, qu'on peut
appeller mixtes , c'eft à dire ,
• Chronologiques & Hiftoriques
, comme la naiffance ou
la mort des Princes & des
Grands , que tout le monde
E remarque. Chacun en fair
mêne de particulieres à fa
fantaific & à fon ufage , pour
fe fouvenir de ce qui luy eft
arrivé dans la vie , comme un
mariage , une maladie , ou
quelque autre événement
qu'il attache à un tel jour ,
a
53 Eij
14 MERCURE
1
un tel mois , à une telle année,
Mais on abuſe étrangement
de ces Epoques; car outre qu'
on en fait fouvent d'imperti
nentes & de ridicules , on eft
fort ſujet à s'y tromper lors
qu'on veut s'en fervir pour
raconter de grands évenemens
où le Public prend
intereft. Les Femmes , les Ma
giftrats , les Gens de guerre ,
font terribles avec leurs Epo
ques , & Dieu fçait comment
ils embrouillent la Chronolo
gie & Hiftoire. Il s'éleve tous
les jours de grandes conteftations
dans les Compagnies
pour ce fujet.
·
GALANT ST
1
• Dieu ! quel étrange jargon
Dans le Cercle & dans la
ruelle ,
Pour prouverune bagatelle !
Quand je me mariay vous eftrez
vieux Barban ,
Dit impertinemment Doralife.
Philenes
Je m'en fouviens fort bien , luy
dit auffi Climene ,
Feftois groffe pour lors de vion
premier garçon.
Un Soldar faftueux qui compte
fes exploits,
Et pour mieux les nombrer les
compre parfesdoigts ,
E iiij
56 MERCURE
Marque chaque action d'une Epo
que nouvelle ,
Qui luy donne du lustre , &quila
Arend plus belle.
A Steinkerque , à Nervinde ,
Marſaille , à Valcourt.
Jamais fur les grands noms il ne
demeure
court.s
Un Magistrat fuperbe & jaloux
de fa gloire.
Pour embellir fa vie
emprunte de
So I Hiftoire
Les plus fameux évenemens ;
Es d'une vanité qui n'a point de
Pareille ,
GALANT.
$ 7
Dans le récis qu'il fait des affai
res du temps ,
De fon nom importun nous élourdit
l'oreille.
Le Lecteur excufera encore
ce caprice de ma Muſe , pour
réveiller fon attention fur une
matiere fort feche , & qui
pourroit m'endormir moymême.
Tout le monde peut faire
des Epoques particulieres &
domestiques , pour les affaires
& pour les études ; mais il
n'appartient qu'aux Rois &
aux Souverains d'en faire de
generales & de publiques ,
1
58€
58
MERCURE
comme d'obliger les Peuples
à compter & à dater les Actes
d'un certain évenement, comme
les Rois de leur regne ,
& les Papes de leur Pontificar,
encore n'est ce qu'à l'égard
de leurs Sujets & dans leurs
Etats , car il n'y a qu'un petiz
nombre de grands Hommes
qui ayent eu le privilege d'en
donner d'univerfelespour tout
le monde, ou du moins pour la
plus grande partie. De là vient
que les Souverains le font rendus
les maiſtres du temps , &
l'ont fixé en quelque maniere
felon leur fantaile . L's ont
GALANT. 59
7
nommé & reglé les mois & les
années comme il leur a plû,
témoin Jules Cefar , Augufte,
& le Pape Gregoire XIH par
la reforme du Calendrier qui
porte fon nom ; mais enfin ils
n'en font pas toujours les
maiftres ; les Peuples s'y opr
pofent quelquefois , comme
les Romains fous plufieurs
Empereurs , & prefque toutes
les Nations du Nort contre
le Calendrier Gregorien, qu'el
les n'ont pas voulu recevoir,
Toutes ces Epoques du regne
des Princes font fujettes au
changement , & difficiles à
60 MERCURE
dem fler dans laChronologie.
Rien n'a plus obfcurci & em .
broüillé l'Hiftoire que la date
des Confuls pendant la Repu
blique , & lous l'Empire de
Rome . Il faut éplucher toutes
ces petites Epoqu s , & comme
il arrivoit que plufieurs
Confuls portoient le même
nom , & n'eftoient en charge
que deux ans , il eft prefque
impoffible de ne pas s'y tromper
, & de ne pas faire plufieurs
équivoques Les Conciles qui
font encore des Epoques confiderab'es
dans l'Hiftoire Ec
clefiaftique , car on date des
GALANT.
Actes publics de l'Indiction
des Conciles , ces Epoques .
dis je , font auffi fort fujettes
l'erreur.
Les Anciens , pour ne pas
confondre dans leur memoire
un fi grand nombre d'années
qui s écouloient dans la fuite
des temps , & pour mieux fe
fouvenir des chofes , fe fervoient
de petites Epoques generales
& publiques dans chaque
Nation , qu'ils redou
bloient pour compter leurs
faftes & leurs annales . Les
Grecs avoient des Olympiades
, & les Romains avoient
62 MECURRE
des Luftres , qui eftoient de
certaines ceremonies qu'on
obfervoit regulierement de
temps en temps . Les Olym .
piades , ainfi nommées des
Jeux Olympiques qu'on cele
broit dans la Grece , durant
cinq jours , vers le Solftice de
PEfté , & toûjours la cinquiéme
année , eftoit un jour reglé
de quatre ans revolus . On dir
que ces Jeux furent inſtituez
fous le regne d'Ofias , de Joatham
fon fils , ou d'Achaz ,
car les Chronologues ne con .
viennent pas fous lequel de
ces Princes les Olympiades
GALANT. 63
ont commencé ; & comme
cette Ceremonie fut interrom .
pue pendant plufieurs années,
on ne fçait pas non plus quand
elle fut renouvellée par Iphytus
, Roy d'Elide. C'eft pourt
quoy il y a une grande con
teftation entre les Sçavans ,
comme Torniel , de Sponde
, Scaliger , & le Pere Petau
, pour fçavoir quand on
a commencé à compter par
les Olympiades . Ce dernier
veut que la premiere ( ym .
piade ait commence lan
3938 de la Periode Julienne ,
776. avant Jeſus-Chritt . Les
64 MERCURE
autres la font monter plus
haut , & prétendent que ç'a
eſté dés l'an 3278. de la crea
tion du monde ; mais ce qui
fait cette difference , eft apparemment
que ces Auteurs confondent
l'origine avec le réta
bliffement des Olympiades.
Quoy qu'il en foit , l'Hiſtoire
ne s'eft de brouillée que depuis
ce tempslà , encore qu'elle
n'ait pas efté exempte d'erreur,
à cause de ce mélange continuel
du nombre de quatre entre
deux cinq ; mais enfin cette
maniere de compter par
Olympiades devint univerſel
GALANT: 65
le. Toutes les autres Nations
s'y affujétirent , & c'eft encore
par elle que nous apprenons
aujourd'huy la Chronologie.
Il n'en eft pas de même des
Luftres , dont le calcul a efte
borné chez les Romains feulement.
AM Les Luftres prenoient leur
nom de luftrare , ou de luere,
qui fignifient dans la Langue
Latine , purifier & payer , parce
que les Romains tenoient
tous les cinq ans une affem-
-blée generale pour purifier
leur Armée , & pour le payement
des Fermes & des Re
Decembre
1699 F
66 MERCURE

venus publics. Cette Ceremo
nie fut inftituée par Servius
Tullius ; elle commençoit
toûjours par un Sacrifice , on
faifoit plufieurs tours & plufieurs
proceffions autour de la
victime , on brûloit beaucoup
d'encens , & on faifoit de grandes
afperfions fur le Peuple ;
mais cette ceremonie fut ,
comme les Olimpiades, abo-
·lie, & negligée quelque temps.
Jules Cefar la rétablit , & depuis
ce temps là le cours de
cinq années completes fut
appellé Luftre . Ainfile Luftre
eft different de l'Olimpiade
;
GALANT. 67
deux Luftres font
dix ans , &
deuxOlimpiades en font que
neuf On peut faire aisément
l'application des uns & des
autres aux deux differentes
fupputations ou manieres de
compter , que j'ay sétablies
dans ce Difcours. Les Olimpiades
marquent la fupputation
chronologique , & les
Luftres la fupputacion arich .
merique Los Anciens s'en
fervoient utilement dans leurs
Faftes , & dans leurs Actes publics,
& ne sy trompojent
prefque jamais , car il est bien
plus facile de retenir dans fa
Fij
68 MERCURE
memoire cinq ou fix Olim
piades , huit ou dix Luftres ,
que trente ou quarante an
nées ; mais pour nous , qui
n'y fommes pas accoutumez ,
nous trouvons la maniere de
compter des Grecs extrémement
embaraffante . Ils regloient
leurs jours felon le
cours de la Lune , & limitoient
leurs mois d'une nouvelle Lune
à l'autre , mais comme il y
a plus de douze Lunes dans
l'année , ils n'avoient point de
jours certains pour commencer
leurs mois ; & c'est ce qui
obligea Solon d'appeller le
+
GALANT. 69
# trentiéme jour de chaque
mois le dernier , & le nouveau
, parce qu'il finiſſoit un
mois , & en recommençoit un
autre en même temps. Ceux
qui foutiennent que nous
fommes dans le Siecle nouveau
, raifonnent des Siecles
comme ce Philofophe faifoit
des mois , & prétendent que
1700. finit le dix feptiéme
-Siecle, & commence le dixhuitiéme.
Le Continuateur
de Moreri dit que le Siecle
prend fon nom du nombre
centenaire , auquel il finit , &
pour lors il calcule en Chrono,
70 MERCURE
logue , & femblejeftre de leur
fentiment ; mais dans fa Table
des Siecles , il convient qu'un
Siecle eft cent ans), & deux
Siecles deux cens ans) ; & fa
maniere de compter eft arithmetique.
Enfin les Greas ne
réfumoient jamais leurs Olimpiades
pour en former une
grande Epoque comme des
A
Romains , qui de vingt Luftres
en vingt Luftres celebroient
leurs Jeux Seculaires ,
qui eftoit leur Epoque genoale
pour le temps paffé , &c
pour le temps à venir.
Les Jeux Seculaires ou SecyGALANT.
71

hiers ,comme parlent improprement
quelques uns , d
toient la plus ancienne & da
plus celebre ceremonie du
Paganisme . Elle fut trouvée
dans les Livres des Sybilles , &
Valerius Publicola fut de premier
qui celebra ces Jeux , &
Septimus Severus le dernier ,
avec lequel finit cette Fefte
qu'on folemnifoit toutes les
centiémes années , & qui duroit
trois jours & trois nuits .
On commençoit ces Jeux par
des hymnes qu'on chantoit à
l'honneur des Dieux , pour les
inviter à prendre en leur pro-
*
72 MERCURE
rection l'Empire Romain , &
on s'adreffoit d'abord à Apollon
& à Diane , c'est à dire au
Soleil & à la Lune , qui par
leurs revolutions periodiques
compofent les années , & les
fiecles : & en effet le fiecle qui
eft un tour regulier de cent
ans , eft une revolution lunaire
& folaire de cent années.
On offroit des boeufs blancs en
facrifice à ces deux Divinitez.
L'hymne que lon compoſoit
en leur honneur eftoit chantée
par
par
de
jeunes
garçons
qu'on
choififfoit
des
plus
confiderade
jeunes Vierges , &
bles

C
GALANT 73
bles Familles de Rome. Le
nombre eftoit de trois fois
neuf de chaque fexe , ce qu'
on peut raporter aux cinquan
te - quatre ſemaines dont les
Romains compofoient leur an,
née. Les hymnes pour les au
tres Dieux , Protecteurs de
Rome , eftoient compofez en
Grec & en Latin,pour marquer
l'Empire univerfel du monde
par ces deux Langues. Horace
a fait un hymne du fiecle en
faveur d'Augufte, fous le regne
duquel on a encore celebré
cette Ceremonie , mais on n'y
trouve pas un grand éclaircil
Decembre 1699. G
74 MERCURE
fement fur la question qui fe
prefente. On y voit feulement
que le fiecle eftoit de cent ans
accomplis , & qu'il fe couloir
cent années entiéres entre la
celebration de ces jeux,
Certus ut denos decies per annos
Orbis & cantus , referatque ludos,
Et je ne fçay pas pourquoy
quelques Commentatenrs
camme Lambin & Torrentius,
lifent autrement cette Strophe
; c'eft à dire , undenos pour
ut denos , & veulent que le fie .
cle Romain fuft de cent dix
ans. Mais je trouve une autre
difficulté dans la dix - feptiéme
GALANT.
75
Strophe , que les Interpretes
ont paffée ,& qui meritoit bien
leur attention. La voicy.
* Alterum in luftrum¸meliuſque
femper
Proroger avum.
Horace demande qu'Apollon
étende la durée de l'Empire
Romain jufqu'à un autre Luftre,
& qu'il en augmente la
profperité. Que veut dire icy
le mot de Luftre , qui n'eftoit
que de cinq ans ? Quel fouhait
fait iEncore pour le mot
de fiecle, qui étoit de cent ans ,
c'eftoit le moins qu'il pouvoit
demander aux Dieux , mais le
Gij
76 MERCURE
mot de Luftre fignifieen ceten
droit temps ou âge , & le Poëre
demande que la profperité des
Romains dure jufqu'à un autre
âge & à un meilleur temps.
Quoy qu'il en foit , les Jeux Seculaires
eftoient la grande
Epoque des Romains, & ce fut
à leur imitation que le Pape
BonifaceVIII.inftitua legrand
Jubilé qu'on celebroit de cent
ans en cent ans , & qu'on a
réduit dans la fuite de cinquante
en cinquante ans , &
enfin de vingt cinq en vingtcinq
; mais il faut toûjours entendre
la centiéme , la cin,
GALANT. 77
quantiéme , la vingt- cinquiéme
année arrivant , & non pas
finie. Nous voicy dans cette
Année fainte , ou du grand Jubilé
, qui ne coumence pas le
fiecle , comme s'imaginent la
plufpart des Chreftiens , mais
qui le finit , puifqu'il a efté ouvert
dés la veille de Noël.
Comme le Jubilé renf.rme &
compole une amée entière ,
1 & que les Jeux Séculaires ne
duroient que peu de jours , il
5 eft plus difficile de compter les
années qui font entre les Jubi
lez que celles qui font entre les
1 Jeux Seculaires . Le grand Ju
I
Giij
78
MERCURE
bilé eftune Epoque confidera
ble dans l'Hiftoire Ecclefiaftique
, & même dans l'Hiftoire
Civile & Politique , fur tout en
Italie , où l'on date prefque
tous les Actes publics de l'année
du grand Jubilé.
Il y a le Siecle de l'Eglife ,
& même chaque Eglife parti
culière , chaque Nation , a fa
fupputation qui eft propre,
ce qui dérange fort les Epoques
, & qui embaraſſe extrémement
les Hiftoriens , fur
tout depuis la reforme du Ca
lendrier Gregorien , & ce n'eſt
pas fans peine qu'on démèle
GALANT. 79
la Chronologie par ce correc
tifperpetuelfelon l'ancien Stile,
& noftre maniere de compter
d'aujourd'huy , où il eft fi facile
de feméprendre en comptant
la même chofe en deux façons
differentes , ce qui nous embroüille
dans l'Hiftoire Ecclefiaftique,
& même dans l'Hi
ftoire Civile & Politique , pour
les jours, les mois , les années ,
& les fiècles.
6
La difference qu'il y a en.
tre les Jeux feculaires & les
Jeux Olympiques , ceftque la
centiéme année appartient
4 toujours au fiecle qui finir,
G iiij
80 MERCURE
& la cinquième année à l'Oi
lympiade qui commence , ou
plutot elle n'appartient ny à
celle qui commencé ny à cel
le qui finit ; & comme entre
trois Olympiades il demeus
roit une année furnumeraire
qui ne commence & qui ne
finit rien ; de même entre trois
fiecles il le trouve une année
qui n'appartient à aucun ;
quoy qu'elle ferve à compter
tous les trois . De là vient
qu'on fe trompe auffi ſouvent
en comptant les fiecles que
les Olympiades
, parce que les
Jeux Seculaires & les Jeux Olympiques
femblent toûjours
GALANT: 8
commencer plutoft que de finir
le Siecle ou l'Olympiade.
On traitera peut eftre, toutes
ces Remarques de minuties
, mais il faut entrer dans
ces minuties pour refoudre la
queſtion.
Les raisonnemens fubtils
& metaphyfiques éblouiffent
L'efprit , mais ils ne le convainquent
pas ; fouvent il leur cede
par vanité , parce qu'il croit
qu'il y a de la honte à leur
réfifter , mais dans le fond il
demeure dans le doute & dans
l'ignorance. Enfin , je croy
qu'on peut conclure de toutes
82 MERCURE
les reflexions que j'ay faites
fur l'une & fur l'autre opinion ,
que dans l'année 1700. nous
ferons encore dans le dixfepriéme
fiecle , & que nous
n'entrerons dans le dix huitiéme
, que l'année prochaine
1701.
J'ay receu trop tard le me .
moire que je vous envoye
pour avoir pû vous en faire
part dés le mois paſſé. Il eſt
d'un homme qui connoiffoir .
parfaitement celuy dont on
parle , ainfi je n'y change rien.
Meffire Aurele de la Fare
Abbé de Sylvanés en RoüerGALANT.
83
1
gue , Prevoft de l'Eglife Ca
thedrale d'Alais , de la Maiſon
& Societé de Sorbonne , mous
rut en cette Ville le 4 de ce
mois de Novembre , âgé d'environ
trente ans , comme il
finiffoit fa licence . Dés le tems
de fes premieres Etudes qu'il
fit au College de Louis le
Grand , fon efprit , fa fageffe
& fon heureux naturel le firent
éftimer & aimer de tous ,
& dés lors regarder comme un
fujet d'une grande eſperance
pour l'Eglife. Les progrés qu'il
avoit faits depuis dans des
études plus relevées & plus
84 MERCURE
en
faintes, répondoient à ces premiers
commencemens . Il s'étoir
acquis d'autant plus d'eftimé
que fon merite & fa ca
pacité avoient plus éclaté , foit
dans les épreuves & dans le
choix que les Docteurs de la
Maiſon de Sorbonne
avoient fait pour l'aggreger à
leur Illuftre Societé , foit durant
le cours de fa Licence ,
où il a toûjours paru avec
diftinction . Ses autres belles
qualitez , fa droiture , ſa modeftie
, fa Candeur , fes manieres
nobles & genereuſes ,
ajoûtoient un nouveau luftre
GALANT 84
à ſa réputation & le faifoient
aimer , & cherir de tous ceux
qui le connoiffoient Mais ce
qui le rendoit encore plus recommandable,
c'eft la régularité
de fa conduite fans reproche,
ayant toûjours preferé la
demeure des Seminaires les
mieux reglez à toute autre ;
c'eft fa pieté qui luy a infpiré
des fentimens fi Chrétiens &
fi édifians durant toute fa maladie,
avec lefquels il eſt mort
fans regret pour luy -même ,
tandis qu'il a eſté ſi regreté
des autres . Il eftoit fils de M
le Marquis de la Fare . Tornac
86 MERCURE
Baron des Etats de Languedoc
, & de feuë Madelene
Pellot , fille de Meffire Claude
Pellot , mort premier Prefident
du Parlement de Normandie
, & Frere de M' le
Comte de la Fare , premier
Capitaine du Regiment de
Dragons de l'Eftrade , qui a
fervi avec diftinction pendant
cette derniere guerre dans ce
Régiment. M' le Marquis
de la Fare-Tornac eft un Ca.
det de la Maifon de la
Fare , une des plns anciennes
Nobleffes de la Province de
Languedoc , dont la Branche
GALANT 87
ainée eft M' le Marquis de la
Fare , Capitaine des Gardes du
Corps de fon Alteffe Royale ,
L
Monfieur , avec Mle Marquis
de la Fare,fon Oncle,Ma
réchal de Camp des Armées
du Roy,Gouverneur duFortde
Belcou, & de laVille d'Agde en .
Languedoc , & Lieutenant de
Roy en cette Province . Je
n'en diray pas davantage , cette
Maifon étant fort connue ,
mais je ne dois pas omettre .
que feu M' l'Abbé de la Fare
dont il s'agit , étoit Couſin
Germain deM' le Comte d'AL
vejan , Lieutenant Colonel du
88 MERCURE
Regiment des Gardes Fran
çoiles , Maréchal de Camp
des Armées du Roy , & Gou
verneur de Furnes .
Nous avons fceu que Mef
fire Thomas Scaron , Marquis
de Vaure , eft mort âgé de quatre
vingt fix ans , dans fon
Chasteau de Marigny , fans
que le nombre de fes années
ait pû diminuer , fa bonne
difpofition , juſqu'au jour qu'il
eft tombé dans la maladie
dont il eft mort. Il eftoit fils
de мeffire Michel Scaron , Confeiller
d'Eftat , & Seigneur de
Vaujours qui l'avoit fait éle
GALANT. 89
ver en Allemagne & voyager
en plufieurs Cours de l'Europe
, où par fon merite & par fa
dépense , il s'étoit fait diftin .
guer , parlant aiſément plufieurs
fortes de Langues. A
fon retour le Roy l'honora
d'une Compagnie franche de
cent Maiftres , & dans fa
Commiffion luy donna le ti
tre de Marquis , & la Reine
Mere le fit Capitaine , Lieurenant
de la Galere , Patronne
Reale de France , qu'il a eu
l'honneur de commander plu
fieurs années. Cette Princeffe
luy a donné depuis ce temps-
Decembre 1699. H
90 MERCURE
1
J
là plufieurs emplois de confiance
& de diftinction , donr
il s'eft acquitté avec
utant de
prudence qu'il a fait voir de
valeur dans les occafions ge
nerales & particulieres où il
s'eft trouvé. Sa Maifon eft
d'une fort ancienne Nobleffe ,
& tire fon origine de la Ville
de Montcallier en Piémont ,
comme il fe voit par la donation
& fubftitution de tous
les biens de la Maifon de
Scaron , au profit du plus proche
mâle de ceux qui en font,
faites par Noble Jean Scaron
& Noble Baltazar Revalem ,
GALANT. gr
Michel de Caburetto , Epoux
de Jacobine Scaron fa femme,
de Noble Gafpar d'Ermiegle
& Michelle Scaron fon Epoufe
, au profit de Jacques Scaron
, en date du premier No.
vembre 1461. vidimé & confir
mé à
Montcallier par le Con.
feil du Duc de Savoye le 24
Novembre 1495. L'on voit
dans l'Eglife Collegiale de
Montcallier , dite Sainte Marie
de l'Echelle , la Chapelle de
S. Jacques , bâtie par Noble
Louis Scaron , où eft la fepul.
ture en Marbre blanc , & les
Armes dans le frontispice de
Hij
92 MERCURE

cette Chapelle , & auffi à une
Colomne peu éloignée du
grand Autel , & l'Infcription
autour de cette fepulture
avec les Armes gravées , dans
laquelle Chapelle eft une
Meffe fondée & deffervie par
fonRecteur,ainsi que l'atteſtent
le Prevost de cette Eglife &
les Chanoines en 1634. reconnoiffant
que cette Chapelle
cft fondée il y a plus de 400
ans , auquel temps il n'eftoit
permis qu'aux Nobles de fonder
des Chapelles dans cette
Eglife & d'y mettre leurs Ar
mes , comme il fe voit dans
GALANT: 93
les ttente- fix Chapelles de la
même Eglife , & que la Maifon
de Scaron à produit des
hommes de valeur , qui par
leur merite ont efté admis au
Gouvernement de l'Illuftre
Cité de Montcallier. Cette
Maiſon a paflé en France , &
s'y est maintenue par les Charges
& les emplois quelle y a
cus , de Prevoft des Marchands
à Lion , & enſuite à Paris , de
Doyen de la Grande Cham .
bre , & de plufieurs Confeillers
au Parlement , de Premier
Prefident à Arras , & un Evê
que de Grenoble, Elle a pris
94 MERCURE

fes alliances dans plufieurs
MaiſonsNobles & anciennes,
comme dans celles de Sichetti
de Lingotti , de Vignoti , de
Luneis à Montcallier , de Ta
dei & de Spinelli , en Italie ;
& en France dans celles Dobi.
gné,de Franchelin ,deChâteau-
Double , & le Coq ; dans la
Maifon d'Aumontpar Damema
deleine Scaron , qui époufa le
Marquis de Villequiers , de
puis Capitaine des Gardes du
Corps , General des Armées
du Roy en Flandre , Gouver
neur de Boulogne , Chevalier
des Ordres du Roy , Mare
GALANT. 95
chal de France , Duc & Pair ,
& Gouverneur de Paris , dont
eft iffu Louis - Marie , Duc
d'Aumont, l'Abbé d'Aumont,
Madame la Comteffe de Bro
glio , & Madame d'Aumont ,
Abbeffe du Prés , tous enfans
de feuë Madame la Maréchale
Ducheffe d'Aumont , Soeur du
Marquis de Vaure , dont je
vous apprens la mort . Il avoit
épousé en premieres Noces ,
en Provence , Dame Françoiſe
de Diodé , que la Reine avoit
honorée d'un Brevet de l'une
de fes Dames d'honneur , dont
font iffus fix enfans : le Mar96
MERCURE
quis de Mariguy , les Marquifes
de Caftillon & de Carvoi
fin , la Dame d'Amathe , &
deux Filles non mariées . Il
pafla à une feconde alliance
en 1692. avec Anne . Gilberthe
de Villers , d'une des plus'anciennes
Mailons de Flandre ,
& il en a eu Loüis Cefar , &
André Thomas Scaron. Cette
Maiſon porte pour Armes
en champ dazur une Bande d'argent
breteffée.
Il y a cinq ou fix mois queje
vous appris la mort de M' Moreau
, Avocat General de la
Chambre des Comptes de
Bourgogne.
GALANT. 97
ry
Bourgogne . On vient de me
donner un Madrigal que l'llluftre
Mademoiſelle de Scude .
fit fur cette mort. Tout ce
qui vient d'elle est à voir en
quelque temps que ce foit . Ce
Madrigal ne confifte qu'en ces
quatre Vers.
Quand on a des vertus fans
nombre ,
On ne peut plus n'eftre qu'un
Ombre
,
Et dufçavant Moreau , le merite
fut tel ,
Que fon nom doit eftre immor
tel.
M' Moreau de Mautour ,
Decembre 1699. I
98 MERCURE
Frere de l'Avocat General , fir
cette réponſe à Mademoiſelle
de Scudery.
C'est par toy , docte Soeur des
2 Filles de Memoire
Que mon Frere merite une immortelle
gloire.
Le temps qui détruit tout ne
Sçauroit effacer
Ceux que dans tes beaux Vers ta
* . Muſe àfçu placer.
Il accompagna cette réponfe
de cet autre Madrigal,
Moreau , l'honneur defa Patrie,
Dont la Mufe produit mille ouvrages
divers ;
GALANTE 499
Sage & docte Sapho , tanding i
fut en vie ,
Eut part en ron eftime ainfi qu'en
tes beaux Vers.
Aprés cette faveur , fe peut - il
qu'on l'oublie ?
Non , il vivra toujours dans la
Pofterité ,
Et fon nom répandu dans tes di .
vins
ouvrages ,
Du temps de l'oubly fans craindre
les
outrages
S'eft acquis l'immortalité.
Le même M' Moreau de
Mautour a envoyé ce qui fuir
à M¹l'Abbé de Bofquillon de
l'Academie Royale de Soif-
I ij
100 MERCURE
fons . Comme ces Vers regar
dent encore Mademoiſelle de
Scudery , vous ne ferez pas
fâchée de les voir.
Lorsque certain Abbé voudra
Abbé d'efprit & defcience ,
Meprocurer la connoiẞance
De Sapho , qui toujoursfera
Un des ornemens de la France.
Honneur , plaiſir , il mefera.
Mais malgré mon impatience ,
Pour acquerirfa bienveillance
Plus de dix ans il me fandra.
Hé bien ? elle a de l'indulgence ,
F'efpere qu'elle m'attendra.
On ne peut pas , comme
vous voyez , fouhaiter plus fi.
GALANT. 101
nement à cette fçavante Fille
encore dix années de vie , dont
le
nombre de plus ne peut
eftre
indifferent à fon âge .
Je vous envoye un Difcours
qui fut
prononcé à Agen à
l'ouverture du Prefidial le 14 .
du mois paffé , par M ' Labat ,
Avocar du Roy C'eſt le même
qui en
prononça un fur
la Paix de Savoye , que je vous
envoyay dans ma Lettre de
Decembre 1696. & dont la
lecture vous caufa tant de
plaifir.
I iij
102 MECURRE
DISCOURS
fur le Repos.
ENcore
Ncore que les petits Por
traits foient les plus malaifez
, parce que la petiteffe du
fujet femble s'oppofer à la
liberté du pinceau , il ne s'enfuit
pas que les plus grands
Portraits foient les plus facilés
, parce que l'étenduë de la
Piece d'attente ,femble prefter
quelque chofe à la grandeur
du deffein. C'est vous dire en
peu de mots , Meffieurs , que
s'il nous fut difficile de vous
entretenir autre - fois fur le
FI
GALANT.
103
Travail , il ne nous eft pas plus
aifé aujourd'huy de vous entretenir
fur le Repos , dans ce
temps de Paix. Il ne fe trouva
dans Rome aucun Peintre
qui vouluſt achever la Venus
d'Apellés , parce que la beauté
de fon vifage oftoit lefperance
de faire un corps digne
d'une fi belle tefte . Auffi fem.
ble til vray de dire , qu'on ne
peut dignement vous entretenir
du Repos , aprés ce qu'on
vous a dit de cette éclatante
Paix.
Nous avons
pourtant cru
qu'il étoit de notre devoir
I iiij
104 MERCURE
d'inspirer à cette Affemblée ,
qu'il ne fuffic pas d'avoir eu
des aplaudiffemens & des
Feftes , lors de la publication
de la Paix , d'avoir élevé des
Arcs de triomphe , gravé des
Infcriptions pour en laiffer les
monumens à la poſterité la
plus éloignée ; mais qu'il faut
dans le temps , & à l'occafion
de cette ouverture , reconnoi .
ftre de plus prés la fource de
noftre bonheur , ou plutoft
nous avons crû , encore un
coup devoir infpirer à cette
Affemblée, d'imiter les Fleuves
qui s'étendent à mesure qu'ils
-18.0
GALANT . 105
s'éloignent de leur fource : &
qu'à mesure que nous jouiffons
d'un fi grand calme , nous devons
de plus prés reconnoiftre
la main , qui nous départ un fi
grand bien . Comme il eft naturel
de fe flater fur ce que
l'on fouhaite
; nous croyons
pouvoir dire, que nous tenons
ce grand bien , de la grace , de
la nature & de la raifon ! &
parce que nous n'avons rien
à craindre de la qualité de la
matiere que nous avons à em,
ployer à ce difcours , nous ne
defefperons
pas de prouver
noftre propofition , fi noſtre
106 MERCURE
Difcours peut foûtenir la dia
gnité du fujet.
L'homme , dit un Ancien ,
ne fait rien fous le Soleil que
pour trouver fon repos. Les
Philofophes mêmes , quoy que
nez avec une grande étenduë
d'efprit & beaucoup d'ambition
, le font neanmoins réduits
& bornez en un feul objet ,
qui eft le repos ou tranquilité.
d'ame.
Seneque , nommé à bon
droit le Prince des Philofophes
, nous apprend ce que
c'eſt que repos . C'eft , dit ce
grand homme , une ame toû
GALANT. 107
8.
jours égale & en un même
état,en un cours heureux , plein
de proſperité, favorable à foyméme
qui regarde fes biens
avec joye & contentement
qui ne s'éleve ny ne s'abaiffe
jamais . C'eſt par elle que Dios
gene aime tant fa pauvreté ,
qu'ilméprife Alexandre & toutes
les graces. Zenon rend
graces à la fortune de l'avoir
réduit au portique & au man2
teau , & le même Seneque la
louë de luy avoir donné une
occafion favorable de mediter
en liberté , fur la douceur du
Repos
108 A
MERCURE
Pour nous qui ne fommes
point du Siecle des tenebres ,
& qui vivons heureuſement
fous la Loy d'un Dieu qui a
renverfé les Idoles du Paganifme
, nous ne cherchons ny
dans les raifonnemens des
Philofophes , ny dans la perfuafion
de la fageffe humaine ,
ce que nous trouvons decidé
dans les Ecritures.
C'est une verité qui nous
eft enfeignée dans l'Evangile,
que Dieu prefere le repos au
travail , la part de Marie à
celle de Marthe.
Nous Y
lifons
encore que
GALANT. 109
l'homme prudent l'emporte
fur le courageux. En effet , le
même Dieu qui fait le Heros ,
tire , quand il veut , des trefors
de fa providence , ces grandes
ames qu'il a choifies comme
les inftrumens vifibles de få
puiffance, pour faire naiftre du
fein des tempeftes , le repos ,
le calme & la tranquillité pu
blique.
N'est - ce pas ( pour paffer
heureuſement du champ de
Mars au temple de la Sageffe )
n'est - ce pas encore un coup
le même Dieu qui établit ks
fages Magiſtrars , pour gou.
110 MERCURE
verner fon peuple , comme elle
deftine les Preftres pour les
fanctifier , qui les établit pour
eftre les Cenfeurs de la plupart
des folies des hommes , qui
pour voir autour d'eux toutes
les paffions , n'en reffentent
pourtant aucune , femblables
à ces Salamandres
, qui pour
eſtre au milieu des flâmes në
brûlent pourtant
pas.
On a beau tâcher de les
émouvoir par des Images d'une
mifere affectée , on a beau
travailler à les ébloüir par des
apparences de droit , & par des
raifons fpecieuſes , par des
GALANT. ilf
foupçons artificieux ; on a
beau vouloir les animer con .
tre l'innocence d'une partie ;
enun mot de Juges qu'ils font ,
on a beau vouloir en faire des
complices de fes paflions ;
non , non , les ſages Magi
ftrats fe difent à eux- mêmes ,
que la Juſtice eft originaire du
Ciel , que la terre eft fon lieu
d'exil , que c'est dans ce lieu
d'exil , que l'homme doit la
recevoir pour la ramener dans
le Ciel qui eft le centre du re
pos , & la veritable patrie de
tous les deux. Un fage Ma
giftrat , qui n'agit au dehors ,
112 MERCURE
que dans la feule vûë de rem¬
plir fes devoirs , imite les fleuves
dont l'Ecriture dit qu'aprés
leur courfe , ils rentrent dans
le calme de la Mer , doù ils
font fortis , ou plûtoft les éclairs
dont il eft dit dans Job,
qu'ils vont & qu'ils reviennent
Le prefenter à Dieu , & luy dire
nous voilà. Auffi eft- ce en
faveur de ces fortes de Magi.
Atrats,pue nous nous defailons
de cette idée fautive qu'on a
d'ordinaire
de la Juſtice , qu'el
le eſt toûjours aveugle , toûjours
effrayante , toûjours armée.
Un fage Magiftrat la
rend , fans l'amollir , douce &
GALANT. 113
traitable , leve le bandeau qui
luy ferme les yeux , & luy laiffe
jetter des regards de pitié fur
les miferables , & fans luy retrancher
aucun de fes droits
luy ofte toute fa rudeffe .
Peuples , quelle tranquilité
n'avez vous pas goûtée par
un temps de licence & de defordre
, par le zele des fages
Magiftrats , ou plutolt quelles
vies ces fages Magiftrats n'ont .
ils pas confervées par la punition
des coupables . Si tant de ,
fages Miniftres , tant de fages
Magiftrats, dans les Provinces
ont contribué dans le temps
Decembre 1699. K
14 MERCURE
&avec tant de fuccés au repos
de la France ; en un mot , file
Soleil de la Providence s'eft
levé fur noftre horizon , & fi
fes rayons, qui font comme les
mains de Dieu , ont conduit
noftre Heros au travers de
tant de dangers , n'en cherchons
pas ailleurs la raifon. Je
le repete comme autrefois
dans ce même Sanctuaire.
puifque j'en ay l'occafion fr
favorable. C'eft qu'au langage
des Ecritures , le repos eft le
partage des hommes de bonne
volonté , & pour nous expliquer
plus clairement , ce n'eft
pas moins la recompenſe de la
GALANT. 115
droiture & de la pureté des intentions
de Sa Majefte , que
de la pieufe magnanimité &
de toutes les autres vertus
Royales , des Succeffeurs des
Louis & des Clouis , qui fé
trouvent dans le temps , comme
un autre Clouis , feul deffenfeur
des interefts de la religion .
N'eft ce pas dire avec le livre
des Rois , qu'aucun Prince
dans ce temps ne luy a efté
femblable , qu'il a efté feul veritablement
jufte & ſeul veri .
tablement grand ; juſte dans
tous les deffeins , grand dans
tous les fuccés , & fur le tout
Kij
216 MERCURE
qu'il a efté ſeul veritablement
juſte de la Juſtice que Dieu
demande des Princes.
Pour donner tout le jour à
ma penſée , comme un autre
Jofeph au milieu des faufles
menaces dont il éconnoit fes
Freres , commence à pleurer
veritablement , auffi le Prince
a- t- il gemi dans le temps de
cette foule d'Edits & de De
clarations , fonds neceflaire
de la Guerr e , qui n'ont jamais
parti de la bouchedu Roy pour
paffer en vos mains , qu'aprés
avoit vaincu les fentimens de
pere du peuple. Ce ne font ny
GALANT. 117
traits de politique ny jeux d'ef
prit pour exercer noftre eloquence
, j'avoue ingenuëment
que c'eft icy le bel endroit où
ma matiere m'échape d'entre
les mains , puifque je ne dis
plus rien de mon fonds . Vous
l'avez leu comme nous , écrit
& figné de ſa main , qu'il n'a
cherché par tant de marques
éclatantes de fon activité, que
le repos de fes peuples , que
c'eft le fruit du zele & du fa
crifice que vous avez fait de
voſtre ſang &de vos biens qui
a aidé à la valeur.
Publions hautement de no118
MERCURE
ftre cofté, que nous reffentons
aujourd'huy un veritable plaifir
, qui fort du milieu de nos
peines , & que tous nos facrifices
font infiniment au deffous
du repos qu'il nous a acquis.
Aujourd'huy que la joye
regne toute feule dans nos
coeurs à l'abry des Lauriers qui
couvrent la tefte de noftre invincible
Monarque , contemplons
à loifir les effets prodigieux
de cette fageffe profon
de , & pour y réuflir , permet
tez moy d'emprunter un trait
de la Fable . La Fabuleufe AntiGALANT.
itg
quité nous a figuré que le plus
grandde tous les Dieux,c'eftl'Amour.
Elle feint qu'un jour
la Diſcorde fe mit dans la troupe
de ces Divinitez imaginaires,
& que chaque Dieu s'arma
des armes qui luy eftoient propres
, Jupiter prit fes carreaux
& les foudres , Mars fon épée,
Neptune fon trident , Mercu
re fon caducée , & Vulcain
fes tenailles , & la Fable ajoufte
que ce Dieu d'Amour ne
fit autre chofe , que paroiftre
au milieu de la Troupe , que.
fa prefence tranquillifa ces efprits
irritez,& que Mars ,quoy
1
120 MERCURE
que le plus furieux , fut enfin
obligé de laiffer tomber les
armes de fa main.
Laiffons cette fiction pour
dire avec plus de verité , qu'un
grand nombre de Rois Enfans
du Ciel , raffemblez pour s'oppofer
à la gloire de Loüis le
Grand , avoient armé de tou
tes parts , & qu'aprés que la
difcorde a éclaté, le plus grand:
de tous les Rois ; moins laſſe
de vaincre ſes ennemis que de
vaincre en luy - même cette.
paffion dominante qu'il a pour
la gloire , n'a fait autre choſe
que donner les mains à une
alliance
GALANT. 121
1
2
alliance , qui toute feule a tran
quillife les efprits irritez , & l'on
vit enfin le plus obſtiné des
Rois fes ennemis , forcé de
laiffer tomber les armes de fa
main.
Couronner fa fageffe , de
tout ce que l'himenée porte
avec luy de douceurs charmantes
& de plaifirs innocens
, n'eft ce pas à voſtre
avis l'effet le plus naturel de
la fageffe la plus conſommée?
...Si nous avons jufqu'icy "
réüffi dans noftre deffein , n'at
tendez pas que nous faffions
un dernier effort pour vous
Decembre 1699. L
122 MERCURE
a
infpirer de la fermeté dans l'e .
xercice de vos Charges. Nous
croirions donner atteinte à
voltre vertu , & nous prefumons
que de ces exemples de
moderation , & de fa geffe ,
vous en ferez un frein à l'im .
petuofité qui pourroit vous
emporter.Auffi
remarque-t- on
en chacun de vous un coeur do .
cile pour recevoir les impreffions
de la verité , noble pour
s'élever au deffus des interefts
& des paffions , tendre pour
affifter les malheureux , ferme
pour réfifter à l'iniquité.
Avocats , vous qui comme
GALANT. 123
les Daniels portez la parole
dans ce miniftere delicat , menagez,
& la fidelité que vous
devez à vos parties & le refpect
que vous cftes obligez de
rendre aux Juges qui vous
écoutent. En déployant les
voiles qui couvrent le miſtere
d'iniquité , ayez affez de fer
meté, ou plutoft ne craignez
pas de déplaire à ceux- mêmes
qui vous ont chargez de leurs
cauſes .
Vous fçavez comme nous ,
que l'efprit ne sçauroit . eftre
trop tranquille & trop recueil.
li , pour contempler la verité ,
Lij
124 MERCURE
qui est toute pure , & qui n'eft
pas divifée ; qu'une eau troublée
ne reprefente pas nettement
l'image de celuy qui s'y
regarde , & qu'on ne voit
point le Soleil lors que des
nuages obſcurciſſent l'air.
Et vous, Procureurs , s'il m'eft
permis de me fervir de ce terme
, allumez tout voſtre zele
contre l'avarice , c'eſt à - dire ,
banniffez pour toûjours ces
-lenteurs affectées & ces detours
prefque infinis , que la
chicane femble elle- même
avoir inventez pour faire durer
les Procés & pour les en-
1.
GALANT. 125
Y
tretenir. Ne vous fervez plus
à la face de la Cour , des loix
mêmes que l'on a faites pour
les finir. Finiffons nous- mêmes
ce Difcours , & nous unif
fons , pour aller nous profterner
devant le Dieu fort . Pro .
teftons de noftre ferme, conftante
& perpetuelle volonté,
de rendre à chacun dans la
diftribution de la Juftice , ce
qui luy eſt deu & peut luy ap .
partenir. A ces fins , nous requerons
la prestation de Serment
, en la forme & manie .
re accouftumée .
Liij
126 MERCURE
en
Au commencement du
mois paflé , dans un Village
nommé Ferbriange , dépendant
du Comté d'Eftoge ,
Diocefe de Châlons
Champagne , mourut un Vigneron
, nommé Jean Gillet ,
âgé de cent deux ans , qui
avoit paffé toute cette longue
vie fans aucune infirmité , à
l'exception d'une grande playe
qu'il s'étoit faite à la main d'un
coup de ferpe depuis un an ,
dont il avoit efté gueri parfaitement.
Ce qui estoit tresparticulier
en cet homme ,
c'eft qu'encore qu'il n'euft ja
GALANT 127
mais apris à lire ni a écrire ,
il fçavoit neanmoins tout ce
qui fe chante à l'Office de
Eglife , & y tenoit fi bien fa
partie , que fe trouvant dans
un Village le jour de la Fefte
du Patron , le Maiftre d'Ecole
manquant , on le pria de prendre
la chape , & il s'en acquit.
ta fort bien .
L'Epitre que vous allez lire
eft écrite à un Solitaire que
l'Auteur a efté joindre depuis
peu. Il ne m'en a fait part qu'à
condition que je vous tairois
fon nom .
Liiij
128 MERCURE
L'ADIEU AU MONDE.
CE temps n'eft plus , Damis , où
mon efprit volage
Nefe plaifoit qu'au luxe & qu'au
libertinage
.
Par l'appas des vertus je me fens
attirer ,
Et maraifon enfin ceffe de s'égarer.
En vain des fiers humains la
grandeur importune
Fait briller à mes yeux l'éclat de
la fortune ,
Déja d'un beau mépris le prévoyant
fecours
Duluxe & de l'orgueil m'agueri
pour toujours.
En vain icy l'amour étale tousfes
sharmes,
GALANT. 129
Mon coeur eft infenfible àfes plus
fortes armes ;
Mais quoy que tant d'appas ne me
feduifent plus ,.
Féprouve d'autres maux qui se
font inconnus.
L'injufte autorité , la vangeance
inhumaine ,
La noire trahison
haine
l'implacable.
M'infultent tour à tour , &m'accablent
d'ennuy ,
Enfin tout contre moyfe déchaîne
aujourd'huy.
Non , ce n'eft deformais que dans
lafolitude
Que mon coeur peut calmer fa
trifte inquietude,
120 MERCURE
On y paffefes jours dans un fage
repos ,
La Natureyfournit mille plaifirs
nouveaux ;
Al'abry desgrandeurs , du tumulte
& du vice ,
On y brave à loisir le jouge l'injustice.
De l'aveugle
fortune
on n'y craint
point
les
coups ,
La paifible vertu n'yfait point de
jaloux ,
Touty plaift tout y rit , & la
difcorde affreuse
N'en vient jamais troubler la
paix delicienfe.
C'en est fait , il est temps que mon
coeur agité.
GALANT. 131
Vienne danston Difert chercher la
liberté.
Gemiffe qui voudra dans un trifte
esclavage,
Tolere qui voudra les vices de cer
âge,
Pour moy dont la raison ne peut
s'y conformer .
Las de me voir trabir , inſulter ,
opprimer ,
Loin d'un monde trompeur de
fes foibles charmes ,
Je viens auprésde toy diffiper mes
allarmes ,
Trop heureux d'aller joindre un
Ami vertueux ;
Pourformer avec luy d'infeparan
bles noeuds.
132 MERCURE
Voicy d'autres Vers , dont 2..
M' Teflon eft l'Auteur.
MADRRIGAL
EN
me voyant vous rouvous
>
giffez,
Et loin de moy , dit on
languiffez,
Cependant , cher objet de mon
amour extrême ,
Vous ne fçauriez me dire , Je
vous aime.
Helas ! pourquoy vous taifez:
vous?
N'eft il pas
temps.
filence ?
de rompre le
GALANT. 133
Craignez - vous de mes feux la
tendre violence,
Ou l'effet d'un aveu fi doux ?
Non , l'amour n'a rien de funefte
Pour ceux qui cedent à fes
coups,
Parlez , Iris , je vous répons du
refte.
Je vous envoye des paroles
faites par M Mallement de
Saffey , à la priere d'une jeune
Demoiselle de qualité , qui
vouloit faire profeffion de la
Vie Reguliere , & comme ſa
voix égale fon efprit & fa
beauté , elle jugea à propos
434 MERCURE
P
de les chanter à fes Parens
pour leur dire adieu . C'eft M
du Val qui en a fait l'Air.
AIR NOUVEAU.
MOnde trompeur , efperance
mortelle
Que c'est en vain que vous tenteZ
mon coeur!
Vous n'en ferezjamais vain .
queut ,
Je ne cherche que la gloire éternelle.
Voicy encore un Ouvrage
de M' de la Févrerie. Son nom
GALANT
DS
15
le
LYON
*
1893
aerniere guerre
jeunes Demoifelles
fe di.
guent entre les autres par le
beauté , leur bien , leur nait
fance & leur merite. Elles
MERCURE
be que la
เด gloNE
LIT
icy encore un Ouvrage
M ' de la Févrerie. Son nom

35
GALANT
.
fuffit pour vous tenir fûre que
la lecture vous en fera agreable.
FESTE
D
GALANTE
des trois Helenes .
Ansune petite Ville de
ce Royaume, qui fepare
deux grandes Provinces , &
que Son Alteffe Royale Monfieur
a honorée quelque
temps de fa preſence pendant
la derniere guerre, trois
jeunes Demoiselles fe diftinguent
entre les autres par leur
beauté , leur bien , leur naiffance
& leur merite. Elles
136 MERCURE
3
font proches Parentes , & par
je ne fçay quelle heureuſe fa
talité on leur a donné à tou.
tes trois le nom d'Helene ,
qui leur convient tres- bien ,
mais qui met fouvent en doute
laquelle eft la plus digne
de le porter. Une foule d'Adorateurs
qui leur font la
cour , agitent depuis longtemps
cette queſtion , fans
qu'elle foit encore décidée ;
car quoy qu'en les voyant on
ait d'abord de la peine à fe
partager, on prend parti pour
l'une auffi toft qu'on a donné
la préference à l'autre, Ces
GALANT . 137
trois Helenes ne manquent
pas de Paris , mais elles n'ont
encore pû fe réfoudre à choifir
un Menelas . Cela fair que
cette petite Ville eft remplie
autant qu'une autre de brillans
& de petits Maiftres qui prétendent
à cet honneur , & qui
viennent des deux Provinces
voifines leur offrir leurs fervices.
Le jour de leur Fefte approchant
, qui elt fainte Helene ,
ellesprirent de ffein de faire une
partie pour fe divertir , & d'en
mettre troisCavaliers pour leſquels
elles avoientle plus d'efti-
Decembre 1699. M
138 MERCURE
me & de confideration ; ne
doutant point qu'ils ne fuffent
des premiers à leur donner des
bouquets,mais elles fe concerterent
fi- bien , & prirent leurs
mefuresfifecretement
que cette
petitepartiefut preparée fans
que perfonne en cuft connoiffance.
Le jour venu , elles ne
furent pas trompées dans leurs
conjectures. Les trois Cavaliers
choifis leur envoyerent de
grand matin à chacune un
bouquet tout des plus galans ,
auquel elles répondirent par
un billet de même fuivant
qu'elles en étoient convenuës,
GALANT. 139
qu'elles les prenoient poureftre
leurs Chevaliers , & leur Paladins
cette journée là , & qu'ils
euffent à fe trouver chez elles
à l'heure d'aller au Temple
pour les accompagner. Ils ne
manquerent pas de s'y rendre ,
& s'étant tous rencontrez au
Temple , on propofa une partie
de promenade pour l'aprés
dinée fur les cinq heures du
foir, dans le parc du Gouverneur
de la Ville qui fait ail
leurs fa réfidence . Ce fut là le
lieu du rendez vous , & pour
faire la partie quarrée on prit
encore la Soeur d'une des He-
Miji
140 MERCURE
lenes, & un Cavalier de leurs
parens .
Sur les cinq heures toute
la Troupe le rendit dans le
Parc , comme le lieu le plus
agreable & le plus commode
pour prendre l'air. Il n'eft pas
grand , mais il eft propre &
cultivés tout planté d'arbres à
la ligne qui le partagent en
plufieurs belles allées Trois
fontaines dont les Jets d'eau
s'élevent jufqu'à la cime des
arbres , font l'ornement des
trois principales , avec une
grote dans le grand fond du
milieu , & quantité de Ber-
.
GALANT: 141
ceaux & de Cabinets de verdure
tout à l'entour & au bout
des allées. Mais ce qui en fait
la plus grande beauté , c'eſt
une Terraffe qui regne fur
une Prairie à perte de veuë ,
que la Riviere qui paffe au
pied des murailles de la Ville ,
ferpente & arrofe de ſes eaux
en plufieurs endroits . Com .
me elle eft fort poiffonneufe ,
on y prend fouvent le plaifir
de la pefche, & aux lieux où el .
le eft plus large , celuy du
bain , ce qui divertit beaucoup
ceux qui fe promenent fur
cette Terraffe . Vis- à vis, & de
$42 MERCURE
Fautre cofté de la Prairie , on
voit une longue chaîne de
cofteaux diverfifiez de jolies
maifons , de Bolquets & de
Jardinages, qui font un païla
ge fort agréable à la veuë
Mais ce qui l'enchante abſolument,
c'eft qu'à un des bouts
de la Terraffe lorfqu'on vient
à fe retourner , on découvre le
plus beau fpectacle que l'art
& la nature ayent jamais fait
en aucun autre lieu du monde.
Reprefententez vous une
vafte grêve de neuf lieuës de
circuit, entourée de toute fortes
d'arbres & d'un tapis de
GALANT. 143
verdure ou regne un éternel
printemps , auquel il femble
que la mer vienne rendre
hommage deux fois par jour,
qu'elle fait une plaine d'eau
de cette gréve , par fon flux
& fon reflux. Mais je me trom.
pe , c'eſt à un merveilleux Rocher
qui domine fur cette
cofte, qu'elle apporte le tribut
de fes eaux. Enfin imaginez .
vous une Mer dans une foreft
, & une Ville dans cette
Mer.
D'abord
que cet objet fe pre-·
fente à la veuë ,
On le prend bien fouvent pour
unefombre nuë
144 MERCURE
R
Mais on découvre enfin ce Ro.
cber fourcilleux ,
Qui brave de la Mer les gouffresperilleux
,
Malgré la Tempefte & 10-
rage ,
Enfin on voit un Mont & non
pas un nuage.
A l'affect de ce Mont , que la vûë
eftJurprife !
Ceft un Rocher , c'eſt une
Eglife
Car fur la cime du Rocher
L'artpour embellir la nature,
D'une fçavante Architecture
A fait un fuperbe Clocher.
GALANT. 145
Une foreft jadis le cachoit de for
ombre.
Es dans une caverne fombre
Mettoit des voleurs à couvert;
Une meràprefent inonde ce deſert .
Si toft que ce rocher fe montre
clairement ,
On eftfaifi d'étonnement
Pour fon admirable ſtructure ;
Qui ne doit pasfa gloire à laſeule
nature.
Le travaildes humains, leur cou¬
rage, &leur art
Decetout merveilleux fit la meil
leure part
.
Decembre 1699. N
146 MERCURE
Mais on ne peut aſſez admirer
leur audace ,
Je me trompe , leur pieté;
D'avoir bari fur cette place
Un Temple à la Divinité.
Si leur témerité , qui n'eut iumais
d'exemple
,
N'a pris pour s'excufer la figure
d'un Temple.
Temple qui dans les airs fe dérobe.
à nos
yeux ,
Et dont l'invention étrange
Surprend les hommes & les
Dieux ;
Mais faut - il s'étonner que le
Templed'an Ange
GALANT. 147
Ait efté bâti dans les Cieux?
Car ce n'eft point icy cette Tour
témeraire
Que l'orgueilleux Nembrot bâtir
Move infolemment.
De ces pienx Mortels le deffein
YEJO fut contraire,
En élevant ce Monument
Al'Ange qui du Firmament
Précipita honteufement
Le Demonfuperbe & rebelle :
Ilécouta leurs voeux , il approuva
Plz leur zele ,
}
Et depuis cet heureux moment
Que fur le facré Mont il recent
leur hommage
,
Nij
148 MERCURE
Il a touiours foigneuſement,
Confervant fes Autels , confervé
leur Ouvrage.
Ceux qui ont vû cette huis
tiéme merveille du monde ,
pardonneront volontiers en
cette occafion , ce petit antouſiaſme
à ma Muſe , & ceux
qui ne l'ont pas vûë, luy ſçauront
gré du foible crayon
qu'elle leur en donne.
""
Aprés s'eftre
promenez
quelque temps , & récriez
cent fois fur une fi belle vûë,
car on ne le laffe point de
l'admirer, & le foir qui eftoit
fetein , la rendoit encore plus
GALANT. 149
$
charmante , on defcendit de
la terraffe, & on alla fe repofer
dans un Cabinet de verdure ,
pour ſe délaffer les yeux qu'on
avoit un peu fatiguez à confiderer
tant de differens objets
. La converfation fut fort
vive & fort fpirituelle , tanto ft
mellée , & tantoft feparée' , &
à laquelle la Fefte , & les Bouquets
des trois Helenes fournirent
une ample matiere. La
premiere Helene , que j'ap
pelle ainfi à cauſe du rang
qu'elle tient parmy les autres,
& qu'elle avoit efté choifie
pour eftre la Reine de la Fefte
Niij
150 MERCURE
& pour en faire les honneurs,
ayant rêveun moment , voicy,
dit elle en tirant un papier de
fa poche' , un Bouquec que
j'ay receu ce matin , qui eſt
d'une autre façon que les voftres
. Les fleurs n'en brillent
pas aux yeux , mais elles y
parlent , ce qui les rend plus
admirables , auffi bien que
laur durée, qui peut eſtre éternelle.
Vous connoiffez M'de
L. P. c'eft noftre cher & feal
Ami . Le pauvre garçon ! je
voudrois qu'il fuft icy . Il m'a
envoyé cette Lettre par un
Gentilhomme
de fes Amis qui
GALANT : · 15
arriva hier au foir en cette
Ville , & qui de peur de manquerà
la commiffion , me l'a
.
apportée dés quatre heures du
matin. Vous pouvez croire
qu'il m'a chagrinée, car je ſuis
naturellement dormeufe , mais
aà peine l'ay je luë que je luy
ay pardonné de m'avoir éveil
fée , & l'envie de dormir ne
m'a point repriſe . Je croy que
vous ne lërcz pas fachez de
la voir. Donnez-en la lecture
à la Compagnie, dit - elle à ſon
Chevalier en la luy preſentant;
&comme il en avoit plusd'empreffement
que perfonne , il la
Nilij
152 MERCURE
lut auffitoft , & il y trouva ce
qui fuit.
BOUQUET
A MADEMOISELLE DE...
Le jour de fa Fefte .
Oicy voftre jour , belle Helene
,
Mais l'abfence en ce jour redouble
mes douleurs ,
Je ne puis vous offrir de fleurr,
Et même elle a glace ma veine;
En vainfur lefacré Vallon
Je vais invoquer Apollon ,
Feperds & mon temps & ma
peine.
GALANT: 153
Malgré le Parnaffe en couronx
Et le cruel deftin qui m'éloigne de
yous,
Il faut pourtant vous rendre
bommage
;
Et de cet heureux jour me retracer
l'image ,
Quand cent Amans à vos genoux
,
Glorieux de leur esclavage ,
Vinoient vous couronner de
fleurs ,
Et payer à l'onvile tribut deleurs
coents ,
Des Nimphes de C .. on vous
voyoitfuivie ,
154 MERCURE
Fieres , mais exemptes d'envie,
Et qui confeffent hautement
Que vous aviez encor plus
qu'elles
Dattraits degraces naturelles,
Et de veritable agrément.
Mille confufes voix redifoient
dans la plaine ,
Pourrépondre à leurfentiment,
Billes , c'est aujourd buy le triom -
phe d 'Hilene.
• Moins d'éclat & moins de
beauté
Avoit l'Helene de la Greee ,
Dont Paris eftole enchantéz
GALANT.
155
Comme elle , auprés de voas on
perd fa liberté,
Etpour vous adorer tout le monde
s'empreffe
,
Mais pour dire la verité ,
Car je ne pretens point faire un
Portrait flaté,
Si vous etesencor plus belle,
Ce quiplaift davantage en elle,
Elle avoit moins de cruauté..›
Mais ce n'eft pas àmoy de tenirte
langage,
Encore trop heureux de vivrefous
vos loix ,
Et depouvoir comme autrefois,
Foncherde fleurs vostrepaffage.
156 MERCURE
4
Je ne fçay , Mademoiſelle,
ce que vous direz des Vers
que je vous envoye le jour de
voftre Fefte. C'est une espece
de Bouquet , dont je crains
que vous ne trouviez les fleurs
d'une odeur un peu trop forte.
En effet je les ay cueillies fur
le Parnaffe pendant la nuit ,
& à la dérobée. J'ay pû y eftre
trompé , & avoir pris des Pavots
pour des Rofes. Cependant
j'efpere que leurs cou
leurs ne vous déplairont pas.
Vous aimez naturellement les
fleurs, celles qui naiſſent dans
les champs, comme celles que
GALANT: 157
fon cultive dans les Parterres,
& vous ay veuë fouvent prendre
plaifir à vous coiffer , & de
même que cette Bergere de
l'Aminte du Taffe ,
Dans une agreable prairie ,"
Qui brilloit de l'éclat de diverfes
couleurs;
Unjour la Bergere Silvie
Eftoit toute occupée à fe parer de
fleurs,
Tantoft des plus fraiches éclo
fes,
Elle prend des Lis & des Rofes,
Et les approchant defon teint,
Vaine d'eftre plus belle on la voyoit
Journe,
1,8 MERCORE
Et cefouris femblait leur dire.
Belles fleurs , voftre éclat par le
mien eft éteins.
Fayfur vous une ample vis
toire ,
Je nene vousporte point pour mon
ajuftement,
sma
Mais je vous pose feulement,
Pour veftre bonie", & pour
ma gloire edo deny it .
C'eft ce que vous pourriez
dire avec plus de juftice que
cette Bergere , fi la modeſtie
quiaccompagne toute vos pa
roles & routes vos actions , ne
vous deffendoit même d'en
avoir la peníée . Quoi qu'il en
GALANT. 1590
foit , fi par hafard ces Vers
vous plaifent davantage que
ceux du bouquet , & compa.
raiſon pour comparaiſon , fi
yous aimez mieux reffembler
à la Sylvie du Tafſe qu'à l'Helene
d'Homere vous n'avez
qu'à choisir. Je feray ravy
que le Poëte Italien repare ce
que le Poëte Gree m'a fait di
re , & me fourniſſe quelque
choſe qui puiſſe vous divertir
& vous marquer que je fuis
plus que perfonne du mon
de . Voftre , & c.
LeCavalier ne fit pas cette le
&ture fans être fouvent inter160
MERCURE
rompu par les loüanges qu'on
donna à cette Lettre , ce qui
caufa un peu de alouficaux Dade
n'avoir pas receu un pareil
bouquer , & de depit aux
Cavaliers de n'en avoir pas
fait autant , mais les uns & les
autres diffimulerent par poli
tique & par conplaifance gour
la Reine , & ce fut à qui l'aplaudiroit
davantage ; aprés
quoy toute la compagnie fe
leva voyant que le jour baiffoit
& qu'il eftoit temps de
s'en retourner. La premiere
Helene qui eftoit à la tefte de
la Troupe , marchoit fort len
GALANT $ 166
rement , & l'ayant fait repaffer
par dedans la grande allée ,
en entendit des violons & des
hauts bois en aprochant de la
Grote , qui avoient commencé
a jouer auffi toft qu'ils
avoient aperçu la Compagnie,
fuivant l'ordre qu'on leur en
avoit donné Les Cavaliers fe
regarderent l'un l'autre , com
me pour le demander d'où cela
venoit , & les Dames affec
ferent de n'en eftre pas moins
furpriſes. Ne feroit ce point,
dit la premiere Helene avec
une fort grande naïveté , quel
que partie de la Ville qui vien
Decembre 1699. O
162 MERCURE
droit fouper icy ; allons , ajoû
ta-t- elle en avançant le pasen
prendre noftre part , ce font
peut -eftre de nos amis. Mais
eftant arrivez à la Grote , on
fut encore plus furpris de trouver
une Collation magnifique,
& de ne voir que les violons
& quelques laquais qui avoient
changé de livrée pour n'eftre
point connus . Ce regale qui
fembloit à tous les Cavaliers
un Feftin dreffé par les Fées ,
leur fit dire de fort jolies cho
fes ; mais les trois Helenes les
ayant fait entrer dans la Gro
te , aidez- nous, leur dirent- ela
GALANT. 165
les , a deffaire cet enchante
ment , & voyons fi certe col
lation eft feinte ou veritable.
Alors commençant à deviner
l'Enigme , ils fe mirent à table
avec ces Dames, & fe difpofe
rent à bien célebrer cette
Fefte. Mais le lieu & le repas
meritent bien auffi que je les
décrive en peu de mots.
Cette Grote eft au milieu
du Bois , audeffus du grand
Baflin, & à l'extrémité du rond
auquel aboutiffent toutes les
allées. Elle eft fpacieuse &
en espece d'Octogone , inge
nieufement travaillée au de-
Oij
164 MERCURE
dans , d'une Rocaille curieufe
& recherchée. Seize Statuës
qui font placées dans les Angles
la foûtiennent au lieu de
Colonnes & la partagent en
autant de niches où l'on fe ca.
che lorfqu'on fait jouer les
eaux. Ces figures repreſentenc
des Naiades & d'autres Divinitez
de Fontaines. Une gran
de Coquille s'avance de leur
Piedestal , dans laquelle tom
be l'eau qu'elles rendent par
les yeux & par la bouche , &
qui forme une petite Cafcade
qui fait un fort joly effet quan I
elles jouent chaque niche a
GALANT 165
un fiege de marbre propre .
ment taillé. La Grote qu'on
avoit illuminée paroiffoit tou
te en feu. Un grand Luftre de
Cristal pendoit de fa voute ,
& chaque Figure tenoit une
groffe Bougie à la main , ce
qui joint à la Rocaille qui eſt
tres -luifante & bien diverfi
fiée rendoit cette Grote fi lumineufe
, que le Ciel n'a point
de couleurs plus vives qu'elle
en avoit alors , Chaque Niche
eftoit garnie d'un riche Carreau
, & on avoit placé au milieu
de la Grote un grand
Rond qui entenoit toute la ca166
MERCURE
pacité , enforte qu'elles fer
voient de fieges pour la Table
qui étoit de huic couverts. Une
grande Corbeille s'élevoir
dans le milieu qui repreſentoit
le Rocher dont j'ay parlé.
Quatre autres plus petites &
de differente, Figures garnies
de Fleurs eftoient placées fur
les coftez entre quatre Baffins
aux quatre coins , accompa
gnez de huit petits plats , &
d'un grand nombre d'affietes
& de Porcelaines hors d'oeu
vres , le tout éclairé de quan
tité de Flambeaux & de Giran
doles .
GALANT. 167
Le Buffet eftoit place entre
les Fontaines & la Grote , ma
gnifique & proprement dref
fé. Le grand nombre de flambeaux
dont il eftoit éclairé
& qui reflechiffoient dans le
jet d'eau qui s'élevoit au def
fus, lerendoit encore plus ri
che , car il fembloit que cha
que baffin eftoit rempli de
perles & de pierres precieuſes
Enfin , rien n'égaloit la brillante
clarté du buffet & de la
grote. Joignez à cela la beauté
des Dames , & la richeffe
de leurs habits ; car elles
eftoient fort parées, auffi-bien
168 MERCURE
que les Cavaliers qui estoient
tous dorez ce jour.là. Le coloris
des fruits , & l'émail des
fleurs dont la table eftoit ornée
, toutes ces chofes faifoient
un fpectacle fi charmant
, que j'aurois befoin de
rout ce que la Poëfie a de
plus brillant & de plus pompeux
pour en faire la defcription
: mais je croy qu'il vaut
mieux laiffer agir icy l'imagi
nation du Lecteur.
Les Violons & les Hautbois
eftoient placez fur les
deux coftez , à l'entrée de la
Grote, & les Domestiques aux
deux
GALANT. 169
deux boutsdu buffet, pourdonner
aux Cavaliers ce dont ils
avoient befoin pour fervir les
Dames , car il n'y avoit point
de paffage autour de la table ,
mais pour la commodité dé
ces Ecuyers , on avoit mis des
verres & des caraffes pleines
de vin & de liqueurs dans les
coquilles du piedeftal des Fi
gures , & pour de l'eau , il ne
falloit que les faire jouër pour
en avoir de la meilleure du
monde. Chaque Cavalier a
voit foin de fa Dame.
Mais fi la décoration eftoit
charmante , le
Decembre 1699.
repas eftoit
P
170 MERCURE
delicieux. C'eftoit un ambigu
de fruits , de confitures feches
& liquides , de viande & de
poiffon, carily en a en ce payslà
d'excellent , & en abondan.
ce , de mer & d'eau douce ; le
gibier y eft auffi commun ,
ainfi la chere fut entiere ; mais
ce qu'on trouva de plus exquis
& de meilleur gouft , ce fur
trois aflietes de tourtes , de
paftes & de compotes , que les
trois Helenes avoient aprê
tées elles mêmes à l'envi l'une
de l'autre. Chacune élevoit le
plat de fon métier , & leurs
Champions furent fort em
GALANT. 171
baraffez à leur diftribuer des
louanges , & à fe tirer d'intri
gue. Il falloit manger , il falloit
approuver , & on n'en
eftoit pas quitte pour cela , il
falloit encore le déclarer pour
Tune des trois aimables Cuifinieres
; & chaque Paris auroit
voulu donner le prix à fon
Helene. Mais enfin , aprés
uue agréable conteftation
tous les goufts & toutes les
voix fe réunirent en faveur de
la Reine de la Fefte , dont le
mets fut jugé le plus excellent.
Pour remercier les trois
Pij
12 MERCURE
Helenes , & terminer la difpu :
te , on but leurs fantez dans
les formes & lors qu'elles en
firent raifon , un des Cavaliers
qui a la voix tres belle ,
& qui chante d'une methode
à faire plaifir , parodia fur le
champ unevieille chanfon qui
a cu grande vogue autrefois.
"Ah !que vous estes divines
Toutes trois un verre à la main!
On vous doit , belles Confines.
Tout l'honneur de ce feftin.
Ne vous ennuyez pas à table,
Et faites que le vin petille dans
vos yeux;
Bacchus en fera plus aimable,
GALANT. 1731
Et Amour s'en trouvera'
mieux:
On applaudit au Cavalier , &
* les trois Helenes , pour répondre
à la chanfon , & pou ri
marquerà toute la Troupe ,
qu'elles eftoient d'humeur
s fe bien réjouir , continuérent
le repas avec tout l'enjoû
ment & toute la vivacité pol
fible , ce qui dura jufqu'à neuf
heures du foir qu'on fortit de
laGrote , &que la Compagnie
fe retira
Toute la Troupe ayant re
conduit la Reine de la Feftechez
ellen , on fut extreme-
P. iij
174 MERCURE
ment furpris d'entendre encore
les Violons , qu'on avoit
congediez à la fortie du Parc;
mais qui avoient pris le devant
, & qui joüoient dans la
grande Salle du Logis , qui
eftoit fort éclairée & dans
laquelle un Cercle du plus
beau monde de la Ville qu'on
y avoir invité , les attendoit
pour commencer un Bal , que
le Cavalier , Parent des trois
Helenes , avoit fait préparer.
avec beaucoup de fecret : &.
de diligence pendant qu'on
eftoit à la promenade, & qu'il
avoit réfolu de leur donner
GALANT. 178
ce jour là . Ce Cavalier , qui
fait tres - bien les chofes , fut
ravi d'avoir eu l'occafion de
la Grote pour les furprendre,
comme elles avoient fait tou .
te la troupe . Comme la premiere
Helene demeure avec
fa Soeur, chez une Dame Veuve
qui eft leur Tante commune,
cette Dame avoit pris
la peine de faire executer les
ordres du Cavalier ; en forte
qu'on n'admira pas moins fa
galanterie & fa magnificence
dans la Colation qu'il fit fervir
au Bal , où rien ne manquoit
, comme s'il avoit eu
Piiij
1.76 MERCURE
huit jours à s'y préparer , & il
n'y avoit que la fefte de la
Grote qui pouvoit luy difpu
ter le prix. Les trois Helenes
qui ont eu l'honneur de danfer
plufieurs fois devant Son
Alteffe Royale , & quelquesuns
des Cavaliers , fe furpafferent
ce foir- là , & s'attirerent
les louanges & les applaudif
femens de toute l'Affemblée,
Le Bal finit à quatre heures
aprés minuit , & c'eſt ainfi
que fe termina la Fefte des
trois Helenes le jour de
leur Patrone , dix huitiéme
d'Aouft dernier.
GALANT. 177
Heureux qui a l'efprit bien
tourné , & à qui une bonne
éducation a ofté les dangereux
fentimens de vanité que fait
prendre l'amour propre ,
quand il n'eft point corrigé
par la raifon ! Un jeune Marquis
flaté de fa bonne mine,
& de fe voir un grand bien
proportionné à la naiffance ,
donna dans des airs de fierté
& de hauteur qui le rendirent
infupportable à tous ceux qui
eurent quelque commerce
avec luy. Il fe croyoit tout
parfait , & fa Mere qui en
cftoit idolâtre , s'aveuglant.

178 MERCURE
encore plus que luy fur fes
defauts , loin de travailler à
l'en défaire , nourrifloit le fot
orgueil qui l'empêchoit de
les voir. Elle fe perfuadoit
que tout le monde prévenu
comme elle , trouvoit en luy
le merite qu'elle fe plaiſoit à
luy donner ; & à force de luy
applaudir en toutes choſes ,
elle le mettoit hors d'eftat de
s'imaginer qu'il puft manquer
en aucune . Comme fon Pere
qu'ilavoit perdu de fort bonne
heure , l'avoit laiffé extréme .
ment riche , elle ne luy avoir
rien épargné dés les plus tenGALANT.
179
dres années ; &l'habitude qu'il
avoit priſe de faire le Maiſtre,
parce qu'elle vouloit qu'on
luy obéift fi toft qu'il parloit
luy avoit donné des manieres
fr imperieufes , & fi éloignées
de la politeffe , que tous fes
difcours , ainfi que la pluſpart
de fes actions, n'eftoient remplies
que d'impertinence. )
Son titre de Marquis fort bien
fondé , & la figure que luy
faifoit faire une affez groffe
dépenfe , qu'il eftoit en eſtat
de foutenir fans s'incommoder
, luy avoient fi fort enflé
le coeur, que ne prenant au
180 : MERCURED
cun foin d'examiner frces a
vantages feuls pouvoient faire
l'honnefte homme , il s'abandonnoit
à ce qu'il penfoit de
luy , & fe croyoit fuperieur
prefqu'à tout. Ces follesidéest
le laiffant fans aucune attention
fur l'humeur hautaine qui
le rendoitméprifable, iln'avoit
en veuë que ce qui le diftinguoit
du cofté de la fortune ,
& perfuadé qu'il faifoit honneur
par tout où il vouloit
bien aller , il difoit mille fa- a
daifes qui faifoient connois
ftre fon peu de bon fens . Ain
fiil faifoit l'ennuy de toutes
GALANT. 18
zles Compagnies lors qu'il on
icroyoir faire le plaifir &
n'ayant point l'efprit affez fin
-pour developer ce qu'il pouvoit
y avoir d'offençant pour
-luy dans les contreveritez
qu'on duy difait , il demeuroit
dans l'antoufiafme de luy mê--
me ,& nefortoit point de fon
ridicule caractere. Il avoit un
-Frere moinsâgé que lui de trois
ou quatre ans , d'un exterieur
qui ne frapoit pas d'abord ,
mais d'autant plus dignè d'eftre
eftimé deshonneftes gens,
qui s'eftant formé fur le contraire
de ce qui le choquoit
182 MERCURE
dans fon aîné , les deffauts
avoient efté un miroir ou il
sleftoit toûjours regardé pour
·les éviter. Il y avoit parfaitement
bien réüffi , &autant que
l'un avoit de mauvaises quálitez
, autant l'autre en faifoit.
il voir qui luy gagnoient tous
les coeurs. L'intereft que le
fang luy faifoit prendre à la
réputation de fon aîné luy faifant
une espece de devoir de
ne luy pas déguifer combien
fes façons d'agir eftoient choquantes
, il l'avertiffoit fouvent
de ce qu'on difoit de luy
dans le monde & tâchoit de
GALANT. 183

luy faire concevoir que fes
airs prefomptueux luy feroient
-un tort irreparable , s'il continuoit
à fe trop remplir de fa
qualité , mais le Marquis étoit
tropau deffus des remontrant
ces pour y déferer. Il s'aigrit
contre les avis finceres qui auroient
deu le faire entrer en
luy même & la liberté que fon
Cadet fe donnoit de trouver
quelque chofe à redire en luy,
le piqua fi fort que ces marqués
d'amitié furent pour luy
des offenfes qu'il ne put luy
pardonner. La Mere qui prit
parti dans ce differend , tou84
MERCURE
jours enteftée pour fon Idole
dontelle adoroit toutesles fottifes,
traitoit fon Cadet de capricieux
& d'extravagant, & ne
faifoit que luy repeter impru
demment qu'il oublioit le refpect
qu'il devoit à ſon aîné.
Le Marquis tirant avantage
de ce prétendu respect que
luy devoit attirer fon droit
d'aîneffe , qui luy donnoit
d'un autre cofté deux fort belles
Terres qui faifoient la plus
confiderable partie du bien
de cette Famille , regardoit
fon Cadet de haut en bas , &
fe plaignoit hautement de ce
GALANT 18 .
qu'il refufoit de s'affujettir à
des devoirs qui auroient efté
plutoft d'un Domestique pour,
qui l'on a de certains égards ,
que d'un Frere que la naiffance
avoit rendu fon égal . Le
Cavalier avoir le coeur trop.
bien fait pour eftre capable
d'un pareil abaiffement . Quoy
fon bien ne fuft pas conque
fiderable, à le comparer avec
celuy du Marquis , il ne pouvoit
oablier ce qu'il eftoit ne ,
& l'eftime où il fe voyoit chez
Lous les honneftes gens , le
confoloit du defavantage d'a
voir partagé la fucceffion de-
Decembre 1699-
Q
186 MERCURE
a
fon Pere avec une fi grande
inégalité. Tout le monde luy
applaudiffoit , & ce confen
tement general à luy donner
des louanges , fit monter juf
qu'à une espece de fureur , l'averfion
que fon Frere prit pour
Juy. I le traverfoit dans tous
fes deffeins , & pour le punir de
ce qu'il ne vouloit pas le flater
dans fes caprices , il n'y avoit
point de mauvais offices qu'il
n'effayaft de luy rendre . LeCavalier
fut affez heureux pour
gagner les bonnes graces d'une
Demoiſelle pleine de fageffe
& de vertu, & quiluy des
*
GALANT: 187
voit apporter beaucoup de
bien par fon mariage. Elle
étoit fille d'un homme , qui
quoy qu'avare, ne laila pas de
recevoir la demande que le
Gavalier
en fit , par par le befoin
qu'il avoit d'une alliance
quile pût mettre à couvert d'u
ne recherche qu'il apprehen .
doit. Le Marquis n'eut pas fitoft
appris la bonne fortune ,
qu'il employa toutes fortes de
moyens pour l'empêcher d'en
joüir.Il fit dire tout ce qui pouvoit
détourner le Pere d'achever
le mariage , & s'il s'en fuft
rapporté aux portraits hideux
Q ij
188 MERCURE
qu'on luy fit du Cavalier , c'é
toit un diffimulé , un fourbe ,
qui fous quelques belles qua
litez apparentes , avoit des
deffauts à faire horreur. Il n'y
avoit jamais eu d'ame plus
double , point de bien , nulle
probité , perfidie en tout , &
peu d'afleurance pour fa vie
s'il avoit quelque avantage
attendre par fa mort. Cela fir
d'abord quelque impreffion
fur l'efprit du Pere , mais
les avis qu'il recevoit comme
venant de gens inconnus ,
dont la médifance eftoit ou
GALANT. 189
trée , le témoignage que rendoit
la voix publique , en
faveur du Cavalier , l'emporta
fur des rapports qui ne meritoient
aucune croyance.
Ainfi le Mariage eftoit fur
le point de fe conclure , lors
que le Marquis qui vouloic
le rompre , à quelque prix
que ce fuft , s'avila d'un
expedient qui ne pouvoit
manquer de luy réüffir. Il alla
trouver le Pere , fe déclara
Amant de fa Fille , qu'il avoit ,
luy difoit il , examinée en plu .
fieurs rencontres , & la de
mandant en mariage , il le
190 MERCURE
laiffa maiſtre des conditions.
Le Pere qui le connoiſſoir
Marquis à bon titre , & d'une
grande opulence , luy répon
dit d'abord qu'il ne pouvoit
croire qu'il voulut luy faire
l'honneur d'eftre fon Gendre,
& le Marquis pour ne luy laiffer
aucun doute qu'il ne luy
parlaft de bonne foy , voulus
figner un Contrat fur l'heure
avec un dédit de dix mille écus
de part & d'autre . Cela fut executéavant
qu'ils fe féparaffent
fe tenant tous deuxfort aſſurez
que la Demoiselle y confenti
roit avec plaifir ,le Marquis fur
GALANT. 191
la confiance qu'il avoit en ſa
bonne mine & en fes grands
biens , & le Pere , fur l'autorité
qu'il pouvoit prendre fur elle ,
mais fon caractere ne leur .
eftoit pas connu . Elle ne fe
laiffa , ny éblouir par les avantages
qui luy eftoient fûrs en
époufant le Marquis , ny intimider
par les menaces de fon
Pere , fielle refufoit de le foumettre
à fes volontez . Elle luy
dit nettement qu'elle ne fe
refoudroit jamais à eftre la
femme d'un homme qu'on
traitoit de ridicule dans toute
la Ville , & qu'aprés qu'il luy
192 MERCURE
+
4
1
avoit permis de prendre ' de !
l'engagement avec fon Frere ,
elle n'eftoit point capable de
luy manquer de parole. Il luy
demanda tout en colere fi elle
vouloit qu'il payaft dix mille
écus , portez par l'article du
dédit . La Demoiſelle tint ferme
, preferant toûjours le merite
à l'intereft, & enfin pour:
fe délivrer des perfecutions
qu'elle en recevoit , comme
elle vit qu'il ne luy laiffoit que
le choix du Marquis ou d'un
Convent , elle pric ce dernier
parti , n'ayant jamais eu beaucoup
d'attachement pour le
monde.
GALANT. 193
monde. Son Pere n'eut garde
de la retirer , puifque rien ne
pouvoit rendre le dédit nul
que fa retraite dans un Monastere.
Elle y prit l'habit
quelque temps aprés , & le
Contrat ne perdit fa force
qu'aprés qu'elle eut fait profeffion
. Le Marquis qui n'en
avoit point le coeur touché , &
qui ne s'eftoit refolu à l'épou
fer que pour l'ofter àfon Frere,
fe confola aifément de l'avoir
perdue. Le tort qu'il luy avoit
fait , luy fut un fujet de vray
triomphe , & il s'en vanta par
tout , fans fe mettre en peine
Decembre 1699. R
194 MERCURE
de la mauvaiſe reputation que
luy attiroit cette injuftice. Le
Cavalier , qui eftoit obligé à
la Demoiielle , de la fermeté
avec laquelle elle eftoit entrée
dans fes interefts , ne put
la blafmer de la refolution
qu'elle avoit priſe de l'abandonner
pour fe donner toute
à Dieu , quand il fçut que ce
facrifice avoit fait fon bonheur
& fon repos , & qu'elle
eftoit pleinement contente.
La mauvaiſe volonté que fon
Frere avoit pour luy augmen.
tant toûjours il eftoit refolu
de ne plus fonger à ſe marier ,
GALANT . 195
lorfque fon étoile l'entraîna
vers une jolie perfonne , à qni
il ne put s'empêcher de chercher
à plaire, &à qui il plut effe.
Aivement. Lors qu'elle l'eut
bien connu , elle écouta fe
rieufement
les galanteries
qu'
illuy difoit , & comme ils convinrent
de leurs faits pour un
mariage , où ils le trouverent
tous deux également difpofez
, le Cavalier luy demanda
en riant s'il ne devoit pas apprehender
qu'on luy préferaft
fon Frere , qui pour le troubler
dans fon bonheur vien.
droit luy offrir des avantages
Rij
196 MERCURE
qu'elle ne pouvoit trouver
avec luy. La Belle qui entendit
ce qu'il vouloit dire , par
la connoiffance qu'elle avoit
de fon avanture , luy répondit
qu'elle n'eftoit pas de moins.
bon gouft que la premiere
perfonne qu'il avoit aimée , &
qu'eftimant le merite préferablement
à toutes chofes , elle
avoit cet avantage qui manquoit
à l'autre , qu'elle ne dependoit
que d'une Mere qui
T'aimoit trop tendrementpour
ne la paslaifferdansune entiere
liberté de choix. Là deffus elle
fit uue réflexion qu'elle nevou;
GALANT: 197
lut point cacher à fon Amant,
le priant de vouloir bien la favorifer
dans un deffein qui le
vangeroit de l'injuſte averſion
de fon Frere , & luy donneroit
en même temps une
grande joye s'il réuffiffoit.
Elle avoit une Amie , un peu
coquette à la verité . & d'une
humeur brufque , mais qu'on
pouvoit dire toute belle , &
qui eftoit fort capable d'ébloüir
par un vif éclat qui
furprenoit. Elle eftoit d'une
fort bonne Maiſon , & ne
manquoit pas de bien en apparence
, parce qu'elle avoit
Riij
198 MERCURE
une belle Terre , fur laquelle
ceux de fa Famille avoient
prefté de fort groffes fommesa
fon Pere , mort depuis deux
ou trois ans , en forte que ces
dettes n'eftant point connues,
les créanciers attendoient à
faire leurs diligences
, que la
Demo felle fult mariée ,afin de
ne point effaroucher les Partis
qui pourroient ſe preſenter. Ih
s'agiffoit d'obtenir du Cavalier ›
qu'il s'en déclaraft l'Amant ,
pour voir s'il ne prendroit
fantaiſie au ridicule Marquis
de luy vouloir enlever cette
feconde Maiftreffe. Le CavaGALANT.
gron
!
OTHE
lier oppofà d'abord la co
trainte chagrinante où il fe
Foit d'avoir à paffer ailleurs
des heures que fon amour luy
voudroit donner , & pour remedier
à cet inconvenient, la
Belle promit qu'elle ſe rendroit
tous les jours chez fon
Amie où ils le pourroient
entretenir avec toute liberté .
Elle ajoûta en riant qu'il y
alloit de fes interefts de veiller
à fa conduite , de peur
qu'il nele laiffaft toucher aux
charmes de fon Amie . On
prit fes meſures , & la chofe fut
tres-bien executée . Les foins
R iiij .
200 MECURRE
affidus qu'on vit que le Cavalier
rendoit à cette charmante
Amie,firent répandre le bruit
qu'il en eftoit amoureux. Le
Marquis mit auffi toft des
gens en Campagne pour em
pêcher qu'il ne réüſſiſt , &les
chofes paroiffant preftes à
eftre concluës , il alla trouver
la Demoiselle , qu'il plaignit
de l'aveuglement où elleétoit
de vouloir bien époufer fon
Frere qui n'avoit point de
fortune , elle qui par fa beauté
& par ſon merite pouvoit
prétendre aux meilleurs partis.
La Belle joua fon rôle avec
GALANT. 201
une adreffe merveilleuſe , &
luy ayant dit que la naiſſan =
ce eftoit ce qui la touchoit le
plus , il luy dit enfin qu'il luy
fçavoit bon gré de ce fentiment
& qu'il vouloit la faire
Marquife. Elle feignit quelque
temps de ne vouloir point
fe rendre , & la mere à qui la
propofition du Marquis fut
communiquée , gronda forte
ment fa Fille de ce qu'elle balançoit
à accepter une fortune
fi confiderable, pour tenir parole
au Cavalier . Cette gron
derie parut l'ebranler , & elle
fe difpofa enfin a obéïr à ſa
202 MERCURE
Mere , pourveu que
le maria.
gefe fift en fecret afin de s'épargner
les reproches que fon
Amant auroit fujet de luy faire.
Le plaifir que le Marquis
efperoit tirer de l'accablement
où feroiu fon Frere , en perdant
ce qu'il croyoit qu'il aimoit , le
fitinfifterà demanderqu'onfilt
hautement la choſe Il préten
doit que l'honneur d'eftre fa
femme devoit prévaloir à
tout , & qu'il n'y avoit point
de confideration qui puftl'em
porter fur cette gloire. Ainfi
le mariage fut fait avec toutes
les folemnitez requifes ; & il
GALANT
203
en coûta un faux defefpoir au
Cavalier qui fe vit heureux
bien toft aprés , en époulant'
une perfonne toute pleine de
merite, & qui avoit un bien
fort confiderable. Un Mariage
fi prompt fit ouvrir les
yeux aux présomptueux Marquis
On ne luy déguifa point
qu'il avoit efté joué, & le chagrin
qu'il en eut ,joint à ce qu'il
découvrit du mauvais eftat où
eftoient les affaires de fa fem.
me , commença entr'eux un
grand divorce. Il luy reprocha
qu'elle eftoit gueule , &
elle qu'il eftoit un ridicule
"
204 MERCURE
achevé. Ce furent des demêlez
, qui loin de finir fe renouveloient
de jour en jour , &
comme la Dame aimoit les
plaifirs, & qu'elle preftoit l'o
reille aux douceurs, la jaloufie
s'y mefla , & le Marquis entreprit
de faire mettre la femme
dans un Monaftere. Elle eur
de puiffans amis qui prirent
ſes intereſts , & le mauvais fuc
cez de fon entrepriſe l'affligea
fi fort , qu'il tomba dans une
fievre qui l'emporta en fort
peu de temps. Ainfi le Cavalier
fe vit poffeffeur de tous
fes biens , & cut le plaifir de
GALANT 205
faire prendre le nom de Marquile
à la perfonne du monde
qu'il aimoit le plus , & que
fa tendreffe & fa generofité
pour luy en rendoient fi dígne
.
Mr Chevillard , Hiftoriographe
de France , vient de
nous donner une nouvelle
Carte de Chronologie , de
Genealogie , & de Blafon , laquelle
comprend la Succef
fion Chronologique & Hifto
rique du Comté & Duché de
Bar , depuis fon origine jufques
à prefent , commençant
à Federic I. Duc de la Haute
206 MERCURE
Lorraine
. Mozelane
, qui fit
bâtir un fort Chafteau
en un
lieu nommé
Banis , pour s'oppoſer
aux courſes
que les
Champenois
faifoient
fur fes
Terres. Ce Chafteau
leur fervit
de barriere
, d'où l'on a
dit Bar an Duc , ou Bar le Duc,
ce qui a donné
le nom au
Comté
& Duché
de Bar. Fe ;
deric II. Duc de Lorraine
& Duc de Bar , Petit fils de
Federic
1. ne laiffa point d'Enfans
males
, mais feulement
deux Filles , dont l'une nommée
Sophie
, porta le Comté
de Bar dans la Maiſon
de
GALANT. 807
Montbelliard, par fon mariage
avec Louis , Comte de Montbelliard
, & cette Terre a refté
avec le titre de Comté dans
cette Maifon jufqu'en 1357.
que le Roy Jean l'érigea en
Duché pour Robert premier
du nom , Comte de Bar , en luy
faifant épouser la Fille , Marie
de France. Ils eurent deux
Enfans mafles , qui furent
Edouard III. Duc de Bar ,
mort fans pofterité , & Loüis ,
Cardinal & Evefque de Verdun
, qui fut Duc de Bar aprés
la mort de fon Frere Edouard
III Yoland de Bar, leur Soeur,
208 MERCURE
fut mariée à Jean, Royd'Arragon,&
de leur mariagevint une
Fille, nomméeYoland d'Arragon
, qui époufa Loüis d'Anjou
, Roy de Sicile & de Jerufalem.
Louis d'Anjou fut Pere
de René d'Anjou , pour lors
Comte de Guife , auquel le
Cardinal de Bar , fon grand
Oncle , donna le Duché de
Bar en 1418. Ce René d'Anjou
,Duc deBar,fut depuisRoy
de Sicile & de Jerufalem , &
époufa Iſabelle de Lorraine ,
Fille unique & heritiere de
Charles I. du nom , Duc de
Lorraine , qui le rendit pof
GALANT. 209
feffeur de ce Duché. Ainfi il
fut Roy de Sicile , de Jerufalem
, Comte de Guife & Duc de
Bar par les Ancestres , & Duc
de Lorraine par la Femme , de
forte que le Duchéde Bar ayant
paffé dans la Maiſon d'Anjou,
en fortit faute de pofterité
maſculine , par le mariage
d'Yoland d'Anjou , Fille du
Roy René , & d'Ifabelle de
Lorraine , avec Ferry de Lorraine
, Comte de Vaudemont,
Cadet de cette illuftre Maifon,
& ce mariage faiſant rentrer
le Duché de Lorraine
dans cette Famille , réunit
Decembre 1699.
S
210 MERCURE
les deuxBranches Ainée & Ca
dette enſemble. Elles ont continué
la pofterité jufqu'à aujourd'huy,
& les deux Duchez
de Lorraine & de Bar n'en ont
point efté ſeparez. L'on voit
dans cette Carte une Ligne
de ving fix degrez de gene
ration & de confanguinité
depuis Federic I. jufques
S. A. R. Monfieur le Duc de
Lorraine, dont le jeune Prince
fón Fils , né le 26. Aouft dernier
, fait le vingt - feptiéme
degré. On y voit auffi un Pennon
genealogique , orné des
ornemens Ducaux , avec les
GALANT. 211
fupports tels que les porte
la Maifon de Lorraine . De
vinge. fix degrez , commençant
à S. A. R. Madame Eliza
beth Charlotte d'Orleans
Epouſe de Monfieur le Duc
de Lorraine , jufqu'à Beatrix ,
Soeur du Roy Hugues Capet ,
Epoufe de Federic I. Duc de
Lorraine , l'on diftingue ceux
qui ont efté Ducs de Bar par
leur Manteau . On n'en a point
mis à ceux qui n'ont point por
té cette qualité , finon aux
trois premiers Ducs de Lorraine
Mozelane Federic I.
Theodoric , & Federic II . L'on
Sij
212 MERCURE
voit encore dans la même Car
te les changemens des Armes
de Lorraine , tant par celuy
des pieces , que par celuy des
alliances ; je dis le changement
des pieces , parce que les
anciens Ducs de Lorraine
Mozelane portoient d'argent
au Cerf de gueules , fommé
d'or , & prefentement ils portent
d'or à la bande de geules ,
chargée de trois Allerions
d'argent , les ayant changées
depuis. Il y a des Auteurs qui
attribuent ce changement à
Godefroy de Bouillon , Roy
de Jerufalem. Ils difent , qu'é
GALANT. 213
tant au Siege de cette Ville , il
enfila trois Aiglettes d'un ſeul
trait de fléche , & que cela
donna lieu à ce changement
d'armoiries - de la Maiſon de
Lorraine. René , Duc de Lorraine
& de Bar , prit les Alliances
d'Yoland d'Anjou , fa Mere
, pofant le fur tout des ar
mes de Lorraine. Il époufa
Philippe d'Egmont , & fon
Fils Antoine , Duc de Lorraine
& de Bar , augmenta celles de
fa mere Philippe d'Egmont .
Depuis ce temps , la Maiſon de
Lorraine n'a point change . Ils
ont porté party de trois coupez
214 MERCURE
d'un , qui font huit quartiers ;
au premier de Hongrie , au
fecond de Naples - Sicile ; au
troifiéme de Jerufalem ; au
quatrième d'Arragon , qui
font quatre Royaumes en
chef , foûtenus de quatre
Duchez en pointe ; le cinquié
me & premier de la pointe ,
d'Anjou , le fixiéme de Gueldres
le feptiéme de Juliers ;
le huitiéme de Bar , & fur le
tout de Lorraine .
Ledit S' Chevillard nous a
auffi donné depuis peu les
Grands . Maiftres de France
juſques à Monfieur le Prince ,
GALANT: 215
qui eft prefentement revêtu
de cette grande Charge , qui
eftoit dans la premiere Race
de nos Rois , dits Merovin
giens , celle de Maire du Pa .
lais. Dans la feconde , dite
des Carolovingiens , ceux qui
poffedoient cette même Charge,
prirent le Titre de Comtes
du Palais, de Comtes de Paris,
& de Ducs des François , la
qualité de Maire ayant efté
fupprimée , & ſous la troifié
me Race , dite des Capetiens ,
cette qualité de Comte du Palais
fut auffi fupprimée , & cel
le de Grand Maistre de Fran216
MERCURE
ce , ou de Souverain Maistre
d'Hoftel de la Maifon du
Roy, fut attribuée à ceux , qui
ont efté reveftus de cette dignité,
avec quelque difference
pour l'autorité de ces anciennes
Charges. Je vous ay dit
dans ma Lettre du mois d'Octobre
dernier , qu'il y faifo.t
travailler ; elle eft prefentement
achevée , & il travaille à
d'autres Ouvrages qui feront
plaifir au Public Il demeure
toûjours à Paris , ruë neuve
nôtre Dame .
Mile Noble , dont plufieurs
ouvrages vous ont fait connoiftre
GALANT. 217
noiftre le caractere , vient
de nous donner un Livre
nouveau fous le titre de l'Avare
gencreux. C'eſt la continuation
des Promenades &
Avantures Galantes , dont
vous avez vû les commencemens.
Celles de l'Avare dont
je vous parle , renferment
deux Hiftoriettes , dont l'une
eft intitulée , le Mort marié,
& l'autre , le Faux Rapt. Le
Perfonnage de M Sifflotin
qu'il introduit , eft extré
mement divertiffant. Les expreffions
dont il fe fert pour
Decembre 1699..
*
T
2:8 MERCURE
le bien dépeindre , ont quel
que chofe de fi vif & de fi plai
fant , qu'on voudroit toûjours
entendre parler de luy. Ce
livre le vend chez le S de
Luyne , Libraire au Palais
dans la Salle des Merciers , à
la Juſtice .
Le Sieur Florent le Comte ,
Sculpteur & Peintre à Paris , à
fair imprimer le troifiéme &
dernier volume de fon Livre,
intitulé Cabinet des fingularite
d'Architecture , Peinture , Scul
pture& Graveure , ou Introdu,
ction à la connoiffance des plus
beaux Arts figurez fous les TaGALANT
219
bleaux , les Statues & les Eftam
pes . Ce troifiéme volume contient
VIJO .
Tout ce qui le peut dire des
François Illuftres , par rapport
à la Vie des anciens Peintres
de ce Royaume , & des jugemens
qu'ils ont faits fur les
Ouvrages les uns des autres-
Ce qui regarde quelquesau
tres Peintres Etrangers , dont
la fuite des deux précedens
volumes n'avoit pas permis à
l'Auteur de parler .
La Defcription exacte des
Tableaux , & autres pieces de
Sculpture & de Gravure de Mis
Tij
220 MERCURE
del Academie Royale , qui ont
elté expofez publiquement
dans la grande Gallerie du
Louvre , pendant le mois de
Septembre de l'année 1699 .
Un Catalogue exact des
Portraits des Sadelers .
Tout ce qui fe peut dire en
general des Graveurs de toures
les Nations ; de la Graveu
re , & des differentes fuites
d'Estampes.
Les Catalogues bien difpofez
ez par. matieres & par Mar
ftres , de tout ce qui a efté
gravé d'aprés Raphaël & d'a
prés M' le Brun.
GALANT: 220
Ce livre fe debite chez l'Auteur
, rue S. Jacques , proche
la Fontaine Saint Benoist , au
Chiffre Royal , & dans la mê
me rue chez les Sieurs Eftienne
Picart , Graveur du Roy ,
au Bufte de Monfeigneur , prés
les Mathurins , & Nicolas le
Clerc , prés les Mathurins , à
Image Saint Lambert , qui
demeuroit cy . devant fur le
Quay des Auguftins , prés
T'Hoftel de Luynes.
Le gouft des Contes des
Fées n'eft point encore paffe ,
& l'on en trouve un nouveau
chez le S˚ Guignard , Libraire,
Tiij
222. MERCURE
rue Saint Jacques , intitulé le
Portrait qui parle . Il eft dedié à
Madame laPreſidente deMef
me . C'eſt tout ce que je vous
en diray , car le pouvoir des
Fees
es n'ayant point de bornes ,
vous ne devez vous attendre
' à des avantures extraordi-
A
qu'a
naires ; mais ce qu'on trouve
chez le même Libraire , & qui
ne peut eltrelû avec trop d'attention
, c'eftun livre nouveau
intitulé le commencement
de la
Sage ? L'Ecriture
nous apprend
qu'il confifte
dans la
crainte du Seigneur
, & com.
me on ne peut le craindre
GALANT. 223
fans prendre foin de fuir le
peché , cette fuite du peché
eft la matiére qui eft traitée
dans ce livre . Le Pere de Corbeville
, Jefuite , qui en eft
l'Auteur , en a formé trois
Chapitres , divifez chacun en
huit paragraphes . Le premier
Chapitre traite du Peché par
rapport à l'homme , le fecond
en traite par rapport à Dieu ,
& le troifiéme , par rapport
aux peines qui le luivent . Les
Paragraphes font courts , mais
pleins de folides.veritez , &
qui font auffi propres à facisfaire
l'efprit par la beauté des
Ti
224 MERCURE
penfées , qu'à porter l'ame à
pratiquer la vertu par l'horreur
que le Peché doit don
ner.
M ' le Comte d'Oñate mou.
Fut à Madrid le s . du mois
palé. Il eftoit Grand d'Eſpagne
, Chevalier de la Toifon
d'or , premier Gentilhomme
de la Chambre , & Grand-
Maitre des Poftes . Le feu
Comte d'Oñate , fon Pere ,
avec les mêmes honneurs ,
avoit esté . Viceroy de Naples
, aprés avoir efté Ambaf-
Ladeur à Rome. Le dernier
GALANT. 223
mort avoit épousé la Soeur du
Prince de Ligne , Grand d'Ef
pagne , Chevalier de la Toi.
fon d'or , Prince de l'Empire ,
Souverain d'Amblife & de Fa.
gnoles , Gouverneur de Limbourg
, & Capitaine General
des Armées du Roy d'Efpa
gne. Cette Veuve eft Soeur
auffi par confequent du Prince
de Ligne , Marquis de
Mouy qui eft en France ,
à qui Henry premier Prince
du Sang de Lorraine , Marquis
de Mouy , a laiffé ge
neralement tous fes biens ,
aux conditions expreffes de
226 MERCURE
porter fon nom , couleurs
& armes , ( ce Henry de Lor.
raine eftoit Frere de Louife de
Lorraine , Grande Mere de
M' le Marquis de Mouy qui
luy a fuccedé. Ileft Fils du feu
Prince de Ligne , Viceroy de
Sicile , Gouverneur de Milan ,
Chef du Confeil d'Espagne
,
& de feue Claire Marie de Naf
fau , soeur du Prince de Naf
fau , Aîné de la Maiſon de
Naffau , & par là fort proche
Parent du Roy Guillaume ,
Roy d'Angleterre . Les Prin
ces de Ligne font Princes par
eux- mêmes , & il y a cent ans
GALANT, 227
1
queTEmpereur Rodolphe II.
accorda les honneurs
, rangs ,
& prerogatives des Princes de
Empire , à Lamoral , Prince
de Ligne , pour luy & pour les
fiens , Aînéz & Caders , mâles
& femelles , à perpetuité . Ce
Titre parmy d'autres diftinc
tions de certe illuftre Famille ,
porte expreflément que le
Titre de Grand d'Espagne &
les plus grands honneurs de
principauté & d'élevation ,
font d'un temps immemorial
dans cette Maiſon , & que le
Collier de la Toifon d'or y el
hereditaire.
228 MERCURE
*
Mademoiſelle de Stafford
a épouſé au commencement
du mois paffé à Saint Germain
en Laye. M' Plowden ,
Sous- Gouverneur de Monfieur
le Prince de Galles . Elle
eft Fille de Mr Stafford , Con.
trolleur de la Maifon du Roy
d'Angleterre , Niéce de Milord
Stafford , qui a épousé
Mademoiſelle de Gramont ,
& Petite Fille du Comte Staf
ford , décapité à Londres, pour
la Religion Catholique , le.
quel en épouland Theritiere
de la Maiſon de Stafford , fur
obligé d'en prendre le nom ,
**
GALANT. 229
1
au lieu de celuy d'Howard ,
propre nom de fa Maiſon ,
connue pour eftre des plus il
luftres d'Angleterre , & alliée
en France à celles d'Illiersd'Entragues
, & de du Bofc
Normanville , par la branche
des Ducs de Norfolk , qui eft
en poffeffion depuis plus d'un
fiecle de la Charge de Grand
Maréchal d'Angleterre , & a
eu un Cardinal fous le Ponti
ficat de Clement X.
Voicy un Cantique que
vous trouverez du temps ,
puiſqu'il eft fur la naiſſance du
230 MERCURE
Sauveur du monde. C'eſt un
fruir des pieufes Reflexions
de Mademoiſelle de Scudery.
Les paroles en ont efté milos
en air,par M. l'Abbé de Poiff ,
& je vous les aurois envoyées
gravées, fi on me les avoit don
nées quelques jours plutoft.
CANTIQUE.
Venez Enez , Divin Enfant , Maitre
de l'Univers ,
Par qui les Cieux nous font
ouverts , 19
Venez recevoir noshommages ,
GALANT. 271
Qui pafferont dans tous les
âges.
Des plus fimples Bergers vous
aimez les prefens
Autant que ceux
des Rois , d'or ,
de myrrhe d'encens.
Recevez donc un coeur fincere ,
Qui ne veut penser qu'à vous
plaire ,
} 2
Pour vous témoigner fon amour,
Et meflerfesfoibles louanges
Au celefte concert des Anges ,
Jufqu'à fon dernier jour.
M'l'Abbé de Bofquillon , de
l'Academie Royale de Soif
fons , eftant fort Amy de Ma
232 MERCURE
demoiſelle de Scudery a travaillé
à ſon imitation fur cette
même matiére. Les Stances
que vous allez lire font de luy.
SUR LA NAISSANCE
DU SAUVEUR DU MONDE.
TE Ciel ceffe d'eftre en colere ,
Et le Sauveur paroift enfin ,
Tout eft prodige en ce Myſtére ;
Celuy qui nous nourrit , afaim.
Le Verbe garde lefilence ;
Le Createur de l'Univers
Naift dans lefein de l'indigence ,
En butte àmille maux divers:
GALANT 233
Celuy qui commande aux Tem
peftes ,
Qui vole fur l'aile des vents,
Cherche azile parmi les beſtes
Contre les injures du temps.
200
Quittant un Trône de lumiere
Dane Creche ilfaitfon berceau,
Ilferéduit dansla pouffiere,
Méprife comme un vermisseau.
Homme vain icy tour repre he
Qu'il fautrenoncer à l'orgueil;.
Néani fuperbe , à cette Creche
Vienste brifer , c'est son écueil.
Decembre 16991
234 MERCURE
Voicy les Edits & les De
clarations du Roy qui ont paru
depuis ce que je vous en
ay envoyé dans ma Lettre du
mots paffe, van slogandind
Declaration portant fuppreffion
des Capitaineries des
Challes , à l'exception de celles
mentionnées en ladite Des
claration . Donnée à Fontainebleau
le iz . Octobre 1699 .
Declaration concernant les
Commillaires des Guerres.
Donnée à Marly le 3. Novembre
1699:
Declaration concernant les
Receveurs des Amendes des
GALANT 235
Parlemens , Chambres des
Comptés , Cours des Aides ,
& autres Cours , Sieges Prefidiaux
, Bailliages , Senechauffées
& Sieges Royaux. Donnée
à Fontainebleau le 17.
Octobre 1699,
Edit du Roy, porrant créa
tion d'Offices de Confeillers
Gardes Scels. Donné à Verfailles
au mois de Novembre
1696.
Edit portant création de
Procureurs du Roy, Greffiers,
Commiffaires & Huiffiers de
Police Donné à Versailles au
mois de Novembre
1699.
Vij
236 MERCURE
Arreft du Confeil d'Etat di
Roy , qui regle les droits de
Marc d'Or , Sceau , & autres
pour l'obtention des provi
fions des Offices de Lieutenans
Generaux de Police ,
créez par Edir du mois d'OEtobre
1699 des Procureurs de
Sa Majefté , des Greffiers , des
Commiffaires & des Huiffiers
pour la Police , créez par autre
Edit du mois de Decembre
enfuivant , & qui regle auffi
les frais de reception defdirs
Offices. Du 29: Novembre
1699
.
Arreft du Confeil d'Etat
GALANT. 237
du Roy , qui leve la furléance
accordée en 1689. aux Com
munautéz , tant pour le paye
ment que pour la liquidation
de leurs droits , & ordonne à
Fégard des Villes & des Communautez,
dont les dettes ont
efté liquidées par des Arrefts
du Confeil , qu'elles feront
payées conformement aufdits
Arrefts , & que celles dont
les detres n'ont pas efté liqui
dées , & celles créées depuis
ladite liquidation , feront ve
rifiées. Du 17. Novembre
1699.
Declaration du Roy , cont
#38 MERCURE
cernant le Receveur des
Amandes du Parlement. Donnée
à Versailles le premier
Decembre 1699.
*
Arrest du Confeil d'Etat du
Roy, portant que les Proprie.
taires des Rentes au denier
dix- huit , qui auront negligé
de recevoir leur rembourle
ment , ou de convertir lesdites
Rentes en autres au denier
vingt , feront rembourſez par
le Garde du Trefor Royal, à
commencer du premier Janvier
1700 en efpeces de 14 livres
le Louis d'or , & à 3.livres
12. fols l'Ecu , nonobftant la
GALANT 239
diminution portée parl'Arceft
du Confeil duro. Novembre
dernier. Du premier Decem
bre:
1899,7m2snot
ab
darristada Confeil d'Etat du
Roy pour le Remboursement
des Rentes au denier dix huit
conftituées en vertu des Edits
des mois de Novembre 16891
Mars 16912 & Avril 16928 (Du:
premier Decembre 1699
Declaration du Roy , portant
défenſes aux Capitaines des
Vaiffeaux d'embarquer des
Nouveaux Catholiques. Don
née à Versailles le 5. Decem
bre 1699 1
240 MERCURE
Arreft du Confeil d'Etat dir
Roy , qui ordonne que les
Créanciers des Proprietaires
des rentes au denier 18. faifres
réellement , & les heritiers be
neficiaires qui voudront faire
la converfion defdites rentes
entelles au denier vingt , s'af→
fembleront pour convenir en
tr'eux des moyens de faire
ladite converfion. Du & De
cembre 1699 : Dat Fundac
Declaration
du Roy , qui
confirme & maintient la
Communauté des Procureurs
de la Cour du Parlement de
Paris , dans la réunion des
droits
GALANT . 241
droits
attribuez aux Charges .
de
Contrôleurs de dépens ,
pour en jouir hereditairement
.
en payant la fomme de cent
mille livres. Donnée à Ver
failles le 5.
Decembre 1699.
· Edit du Roy , portant créa
tion de trois millions de livres
de rente au denier vingt , &
qui permet aux proprietaires
des rentes &
augmentations
de gages au denier dix- huit ,
de les convertir en rentes au
denier vingt. Donné à Verfailles
au mois de Decembre-
1699.
Edit du Roy ,
portant fup-
Decembre 1699.
X
242 MERCURE
preffion des Greffiers des
Cours & Justices Royales , &..
réunions des droits des Greffes
au Domaine. Donné à Ver
failles au mois de Decembre
1699.
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy, qui ordonne les droits
qui feront levez fur le Beurre
& le Fromage. Duis . Decem.
bre 1699.
Edit du Roy , portant créas
tion de deux millions de lis
vres de rentes au denier vingt.
Donné à Verfailles au mois
de Decembre 1699.
"
Tarif arrefté entre la Fran.
GALANT 243
ce & la Hollande , avec la ratification
dudit Tarif. Du 8.
Decembre 1699.
Extrait de l'Ordonnance
faite en l'an 1577. touchant le
commerce des grains.
Je vous ay parlé de la mort
de M' de Boucherat , Chancelier
de France , & de la pompe
funebte de fon Convoy , il
faut vous entretenir preſentement
du Service folemneľ
qui fut fait pour le repos de
fon ame , le Vendredy 11. de
ce mois, dans l'Egliſe de Saint
Gervais , fa Patoiffe. La dés
Xij
244 MERCURE
coration occupoit toute l'E
glife , la Chapelle des Dames
eltant dans le Choeur , & le
Maufolée dans la Nef. L'Autel
où l'on celebra la Meffe
eftoit fous le Crucifix à la
feparation de la Nef & du
Choeur , dont on avoit ofté la
clofture de forte que du
Choeur on voyoit toute la ceremonie
.
;
L'ornement de la Nefeftoit
uniforme , ayant deux Ordres
l'un fur l'autre. Le premier
eftoit compofé de pilastres de
dix. huit pieds de haut , ifolez
& ornez de bas reliefs de
GALANT . 245
Bronze , fous une corniche ,
fur laquelle il y avoit des fo
cles portant les attributs de
la Chancellerie , & des tym .
pans ornez de teftes de mort
& d'ürnes. Le fecond Ordre
avoit des pilaftres aufli ornez
de bronze, portant la derniere
corniche , qui montoit juf
qu'aux feneftres . Il Y avoit
deux lez de velours , ornez de
larmes d'argent de relief; fçavoir
, le premier fous la.premiere
corniche en maniére de
pente ; & le fecond dans le
deuxième ordre en maniere
de quadres bordant fes pilaf-
X iij
246 MERCURE
tres & fa corniche , & dans ces
quadres eftoient placées les
armoiries de M' le Chancelier.
Toutes les corniches & les
tympans eftoient bordez de
flambeaux. lly avoit à chaque
pilaftre trois girandoles de
bronze à cinq branches , portant
des lumieres , & les teftes
de mort qui estoient aux tympans
, portoient chacune une
girandole . Toute l'Architecture
eftoit de marbre , & tous
les ornemens de bronze . Dans
tous les intervales des pilaftres
ifolez fous la premiere corni
GALANT. 247
che, eftoient des balcons pour
placer les perfonnes invitées
au Service , & au - deffous des
balcons eftoient deux rangs
de fieges qui regnoient tout
autour de la Nef, en forte que
toutes ces places remplies , &
sous ces balcons qui estoient
en amphitheatre , augmen
toient la pompe.
Le Maufolée eftoit au milieu
de la Nef. Le premier plan
eftoit un quarré long avec des
piédeftaux de quatre piés &
demy de haut, ceintrez à oreilles
, rentrant dans le plan fur
les angles , avec des marches
X iiij
248 MERCURE
pour intervalles, furquoy étoir
pofé un grand Socle de cinq
pieds de haut , orné de plufieurs
moulures , & d'une gorge
, enrichi d'Ornemens de
Bronze. Ily avoit quatre gran
des Confoles polées fur la
gorge du Socle , portant qua
tre Grifons , qui tenoient d'une
patte un Cartouche , où
les chifres de Mle Chancelier
étoient gravez , & qui ſoû ,
renoient un Tombeau magni.
fique de Marbre noir , orné
d'agrafes , de teftes de mort ,
& de girandoles de bronze fur
toutes les faces , & les angles
GALANT . 249
avec des flambeaux aux girandoles
. Sur ce Tombeau eftoit
la reprefentation avec un poële
fort riche , bordé d'hermine
, furquoy l'on avoit mis la
Robe de Chancelier , le cordon
de l'ordre , une Couron
ne Ducale , le Mortier & les
deux Maffes . Il y avoit fur
chacune des faces du grand
focle un reffaur formant un
piédeftal, orné d'une armoirie
de bronze , portant la Caffette
des Sceaux pofée fur un car
reau , avec les Maffes , la Cou
ronne , & le Mortier de Changelier.
Il y avoit auffi quatre
(250 MERCURE
*
-Figures de fix pieds de haut
fur les grands piédeſtaux à
oreille , reprefentant des Vertus
; fçavoir , la Juſtice , la
Vigilance , la Religion , & la
Prudence , & l'une de ces quatre
Figures avoit à les coftez
des candelabres de bronze ,
portant des Couronnes de
Duc avec cinq lumieres . Les
piedeftaux & le grand focle
eftoient ornez de bas reliefs
de bronze. Ceux du grand
focle reprefentoient
les quatre
âges : fçavoir , pour le pre
mier le Bon Genie qui prend
foin de l'enfance , & luy mon
GALANT: 241
tre le chemin du Temple de
la Vertu ; pour le fecond , un
jeune homme dans une elpe
ce de Bibliotheque, où étoient
auffi plufieurs inftrumens uti
les aux Sciences , pour le troifiéme
les Charges qu'a remplies
M' le Chancelier , reprefentées
par un Magiftrat fur
fon Siege de Juftice , ayant à
fes coftez la Juftice & la Pru
dence; & pour le dernier âge ,
fa mort figurée par un Ange ,
qui le prefente au Ciel. Toutes
les principales moulures
du Maufolée eftoient bordées
de lumieres , & les quatre de,
252 MERCURE
grez , de chandeliers avec des
cierges. Le Dais qui couronnoit
le Tombeau , eftoit fort
élevé orné de campanes
d'or , fur un fond noir avec
deux chifres , & une armoirie
fur chaque cofté , & des fif

tons d'étofe noire tout autour
ornée de larmes d'argent , le
fond du dais eftoit herminé ,
avec quatre bouquets de plu
mes blanches , mouchetées de
noir , aux quatre coins.
L'Autel , comme il a efte
remarqué d'abord , efloit ſous
le Crucifix , où il s'estoit resté
que les deux colomnes de la
GALANT
253
clofture du Choeur , avec la
Corniche. Ces deux colomnes
eftoient ornées de plufieurs
girandoles & medailles de
bronze en bas reliefs , & de
grands rideaux qui tomboient,
en feftons aux coftez des co
lomnes , & de lumieres dont
toute l'Architecture eftoit
bordée . On voycir au trayers
de cet Autel celuy du Choeur ,
qui eftoit illuminé juſqu'à la
voûte.
Toute cette décoration con;
venoit àun lieu propre à met
tre un Tombeau. La difpofition
en eftoit fimple & de
254 MERCURE
&
bon gouft ; cependant elle ne
laifloit pas d'avoir quelque
chofe de fort grand , parce
qu'il n'y avoit point de petites
parties. M' Berrin , Défignateur
ordinaire du Cabinet du
Roy , a feul inventé tout ce
qui regarde le Maufolée & la
décoration de la Nef & du
Choeur , & a bien voulu fe
donner le foin de le faire execurer
11 fe trouva une infinité
de perfonnes à cette ceremo.
nie , à laquelle affifterent un
grand nombre de Prelats . M
l'Evefque de Conftance cele . '
bra la Meffe en habits PontiGALANT.
255:
ficaux , & l'Oraifon funebre
fut prononcée par le Pere de
la Roche, Preftre de l'Oratoi
ré , avec l'entiere , fatisfaction
de tous ceux qui l'entendi.
rent.
"
Les Rois ayant de tout
temps donné des Penfions
aux Princes de leur Sang pour
foutenir la grandeur de leur
naiffance , & S. A. S. Monfieur
le Duc d'Anguien fetrouvant
en âge de recevoir cette gra
tification de Sa Majefté , Elle
vient de luy donner cent wille
livres de penfion.
Voicy l'Extrait d'une Lettre
256 MERCURE
de l'Ambaffadeur de Maroc,
qu'on a vû icy depuis peu de
temps. Elle eft adreſſée à un
de les Amis , à Paris .
De Miquénez 25. Sept. 1699.
Vous aurez que nous avons
trouvé en noftre Pays une:
maifon fous terre , baftie en la
maniere d'une Eglife , & dans
une de fes Chapelles nous avons
trouvé trois Figures de marbre
blanc , en forme humaine , dont
une reßemble à un Roy affis fur
un Trône de marbre ,
ce Trone. Les Chronologiftes
nous ont aſſuré que c'eftoit un Roy
attaché
GALANT . 257
de ce Pays, appellé MalicChabab
du temps du premier Paganisme, il
ya environ quatre mille ans ,
du
temps qu'Abraham vivoit . Lafeconde
figure eft celle d'un autre Roy,
appelle Dahamas Les Historiens
prétendent que ce Roy Dahamas
eft le Fils de Malic Chahab. Ces
Figures font déja à la Cour de
Miquenez , où nous les avons
fait porter auffuoft que nous les
avons découvertes. Nous ne cefferons
point de creufer autour de
certe maifon , ou Eglife , & dans
ees Chapelles , & fi nows décou
ions quelque choſe ſemblable,
nous ne manquerons pas de vous
Decembre 1699. Ý

458 MERCURE
en donner avis , principalement,
fi ce font des Monumens des an
ciens Chreftiens ;
fçait.
· Dieu le
Comme Monfieur le Duc
de Lorraine partit le mois
paffé , dans le temps que je
finiffois ma Lettre , je ne pus
vous entretenir au long de
fon départ. Le premier jour
de ce mois , ce Prince eftant
forti de table le foir , entra
dans les Appartemens du Palais
Royal , & il y prit congé
des Dames , dont la plupart
avoient eul'honneur de fouper
avec luy dans HA
m.gnifique
m
GALANT 259
repas que 3. A. R. venoit de
luy donner. Monfieur le Duc
de Lorraine embraffà enfaité
Monfieur le Duc de Chartres,
& comme ces deux Princes fe
ferroient rendrement l'un &
l'autre , Monfieur qui eftoir
preſent , ſe récria , En verité
cela me fait un vray plaifir , car
ils font tous deux mes Enfans ,
& toute l'aflemblée remarqua
que cestendres & réciproques
embraffades , touchérent tellement
Monfieur
, qu'il s'en
fallut peu qu'elles ne luy tiraffent
des larmes de joye.
Monfieur le Duc de Lorraine ,
Y ij
260 MECURRE
aprés avoir quitté Monfieur
le Duc de Chartres , joignit
Monfieur , fe courba profondement
, & l'embraffa . Mon
fieur le releva , & aprés l'avoir
tenu quelque temps ferré entre
fes bras , il le conduifit
dans l'Appartement qu'occu
poit ce Prince , qui recondui
fit enfuite Monfieur dans le
fien , où les embraffades de
ces deux Princes ayant recom
mencé , tous ceux qui les vi
rent furent charmez de cette
tendreffe , & des honneftetez
qu'ils fe firent. Ce Prince laiffa
plufieurs lettres pour Mada
GALANT. 261
me la Ducheffe Royale de
Lorraine , datées de differens
jours, & qui devoient luy eftre
rendues chacune le jour de fa
date. Il prit cette précaution
afin qu'elle le cruft toûjours à
Paris , & pour faire mieux réüf
fir cette innocente tromperie ,
il avoit commencé à luy écrire
tous les jours , dés qu'elle fur
attaquée de la petite verole . »
Ce Prince partit environ à
une heure & demie du matin ,
M ' Dibagnet , qui a eu l'honneur
de le conduire jufqu'à
Bar , marchoit devant avec un
Poftillon fuivi de quelques
&
262 MERCURE
Pages de Monfieur , avec des
flambeaux ,quiprecedoient la
Chaife où eftoit Monfieursle
Duc de Lorraine. Elle eftoit
fuivie de trois autres Chaife's
dans lefquelles eftoient les
principaux Officiersdence
Prince , il y en avoit quelques
uns à cheval à coté de fa
Chaife ; il renvoyadės Pages
de Monfieur
à la premiere
Fofte.
je ne vous dis point le mois
paffe que le Roy avoit fait pre.
fent à ce même Prince d'une
tenture de Tapiflerierchaufféé
d'Or de la Manufacture des
GALANT. 263
Gobelins , reprefentant les
Batailles d'Alexandre- Cette
Tapiflerie a prés de foixante
aunes de tour , ainfi on peut
juger de fa valeur
par fa beau
té, par le grand nombre depic
ces qu'elle contient , & par fa
richeffe. Ce preſent convient
à un grand Prince , & fur tout
aprés que le Roy luy a done
né un Lit extremement ri
che.
Il feroit difficile d'exprimer
combien Monfieur le Duc de
Lorraine a efté penetré des
bontez de Sa Majesté &
de les manieres engageantes
264 MERCURE
puifqu'on remarqua que ce
Prince laiffa couler des lar
mes lorfqu'il dit adieu à ce
Monarque. Tous ceux qui
ont eu l'honneur de l'entretenir
deux ou trois fois ne s'en
font jamais feparez fans fe
trouver attendris .
- Monfieur le Duc deLorraine
qui avoit donné à M' le Mar
quis de la Fare, auffitoft apres
fon arrivée à Paris , une bague
d'un prix tres confiderable ,
parce qu'il avoit efté en Lore
raine de la part de S. A. R. le
complimenter fur l'heureuſe
naiffance de Monfieur le Duc
de
GALANT. 265
de Bar , laiffa en partant de
Paris une lifte de preſens , pour
eftre donnez aprés fon départ
à ceux dont il avoit pris la
peine d'écrire luy - même les
noms , & à qui il eftoit bien
aife de marquer fa reconnoil
fancepour l'attachement qu'ils
avoient eu auprés de fa perfonne
, & pour les fervices
qu'ils luy avoient rendus pen
dant fon féjour à Paris.
A M' Matarel , premier
Maiftre d'Hoftel de Monfieur,
& qui avoit toûjours tenu ma .
tin & foir une table de douze
couverts pour les principaux
Decembre 1699.
IN
266 MERCURE
Seigneurs Lorrains , une Bague
d'un gros brillant.
A M Lutel , Controlleur
General de la Maifon de Mon>
hieur , qui a eu l'honneur de
fervir ce Prince à table , une
Bague d'un diamant àfacettes.
A M' d'Ifigny , Ecuyer de
main , qui a toûjours eu l'honneur
de l'accompagner , une
Bague d'un diamant àfacettes .
A M l'Abbé des Rabines ,
qui a efté fort affidu auprés de
ce Prince , dans tous les lieux
où il pouvoit remplir les fonc
tions d'Aumônier , une par
faitement belle Montre , ave
GALANT. 267
une chaifne d'or.
A M Larcher , Clerc de
Chapelle , un prefent proportionné,
Aux fept Offices de Monfieur
, trois cent Louis d'or.
A l'Ecurie , deux cent Louis
d'or.
Aux Huiffiers de Chambre ,
cent Louisd'or.
A l'Opera , cent Louis d'or.
Aux Comediens
du Roy "
cent Louis d'or.
M' Dibagnet, qui a eu l'honneur
de le conduire jufqu'à
Bar, a eu un tres beau Dia-
2
mant.
Zij
268 MERCURE
Si ce Prince a efté charmé
du Roy, & des maniéres honneftes
de toute la Cour , on
peut dire qu'il en a remporté
une eftime generale , & que
bien que fort jeune encore ,
il n'a pas fait un faux pas pen .
dant tout fon féjour en France.
Ainfi , rien n'auroit manqué
à la fatisfaction
de ce Prince ,
fi la petite verole n'euft point
furpris Madame la Ducheffe
Royale , trois jours aprés fon
arrivée. Cette Princeffe ne
portera aucune marque de ce
mal , en quoy elle doit beaucoup
à la tendreffe de MadaGALANT.
269
me , qui n'a pas voulu la quit
ter , & qui s'eft enfermée
avec elle. Madame de Lenoncourt
, Dame d'Atour de Madame
de Lorraine , s'y eft auffi
enfermée , & cette Princeffe
luy a donné fon Portrait enir
chy de diamans . Elle a fait les
prefens fuivans aux Femmes
de Chambre qui l'ont fervie
pendant la maladie.
A Mademoiſelle Petit , fa
premiere Femme de Chambre
, une Boucle de diamans,
A Mademoiselle Zingue
une Croix de diamans .
A Mademoiſelle d'Inville ,
Z iij
270
MERCURE
une Croix de diamans .
A Mademoiſelle le Blond ;
une Boucle de diamans.
A Mademoiselle Levrier
une Croix de diamans .
A Mademoiſelle de la Foffe,
une Boucle de diamans.
A Mademoiſelle Ambroise ,
une Croix de diamans.
Voicy les noms des perfon
nes confiderables de l'un & de
l'autre Sexe , mortes depuis
ma derniere Lettre.
Dame Françoiſe le Gros ,
Veuve de Meffire Pierre Mar-2
tin , Seigneur de LaubardeGALANT.
271
mont. Elle avoit épousé en
premieres Nôces , Meffire
Jean de Bragelongne , Maiſtre
des Requeftes , Intendant en
la Generalité d'Orleans.
Meffire Anne Jules de Gontaud
de Biron , Marquis de
Brifambourg.
Dame Catherine de Matignon
, Epoufe de Charles de
Lorraine , Comte de Marfan ,
Chevalier des Ordres du Roy,
& auparavant Veuve de Jean-
Baptifte Colbert , Marquis de
Seignelay , Miniftre & Secretaire
d'Etat. Elle eft morte à 38 .
ans , & laiſſe quatre Garçons
Z iiij
272 MERCURE
du premier lit , & deux du
fecond , qui font Claude de
Lorraine , appellé le Prince
du Pont , & Jacques , Cheva
lier de Lorraine. Elle eftoir
accouchée d'une Fille avant
que de mourir , & cette Fille
eft morte depuis . Madame la
Comteffe de Marfan eftoit
Fille de Henry de Matignon ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
Comte de Thorigny & de
Montmartin , Marquis de
Lonré, Baron de la Luthumiere
, мeftre de Camp du Regiment
Royal de Cavalerie , &
Lieutenant General pour Sa
GALANT. 278
Majefté en Baffe Normandie ,
& de Marie Françoife le Tel .
lier , Dame de la Luthumiere ,
& de Galteville , petite Fillet
de François de Matignon ,
Comte de Thorigny & de
Gaffe , Marquis de Lonré ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
Lieutenant General pour Sa
Majefté en Baffe Normandie,
& d'Anne Malon de Bercy , &
arriere petite Fille de Charles
de Matignon , Comte de
Thorigny , Prince de mortagne
, aufli Chevalier des Ore
dres du Roy , Gouverneur de
Cherbourg , & pareillement
274 MERCURE
Lieutenant General pour Sa
Majeſté en Baffe Normandie ,
& de Leonore d'Orleans , Baronne
de Gaffé , laquelle eftoit.
Fille de Leonor d'Orleans ,
Duc de Longueville , & de
Marie de Bourbon , Comteffe
de Saint Paul , & Ducheffe
d'Eftouteville.
(
&
Meffire Jacques Amelot ,
Seigneur de Chaillou , Confeiller
d'Etat ordinaire
Doyen des Maiftres des Requeftés.
Il avoit eſté auparavant
Confeiller au Grand
Confeil , & avoir épousé Masie
- Valence Lefcuyer , Fille
GALANT. 275
de Pierre Lefcuyer , Seigneur
de Chaumontel & de Loüife,
Godefroy , dont il a entre- autres
enfans Jean Denis - Michel
Amelot , Seigneur de
Chaillou , Confeiller aux Requeftes
du Palais , puis Maiſtre
des Requeftes . Cette Famille
eft une des meilleures de la
Robe , dont il y a eu depuis
longtemps plufieurs Officiers
dans les
Compagnies Supe
rieures.
Dame Loüife
Bourgoin
Epoule de Meffire Antoine
le Mairat , Seigneur de No
gent , Maistre des Comptes,
276 MERCURE
Elle laiffe plufieurs enfans , &
étoit Fille de Louis Bourgoin,
Seigneur de la Grange Baſteliere
, Maitre des Comptes ,
& Soeur de Lambert Bourgon
, Conseiller de la premiere
Chambre des Enqueftes
, & de feuë Marie Bourgoin
, Epoufe de Nicolas let
Vaffeur , Seigneur de Saint
Vrain , Prefident en la Cour
des Aides.
Dame Loüife Guerin , Veuve
de Meffire Claude Bouchu ,
Marquis de l'Effart , Comte de
Pont de voyle , Seigneur de
Loyly & autres lieux , ConGALANT
277
*
feiller d'Eftat ordinaire . Elle
laiffe pour Enfans N. Bouchu
Marquis de l'Effart , Maiſtre
des Requeftes , Intendant de
Grenoble , cy devant Confeiller
au Parlement de Mets
Leonard Anne Bouchu , Confeiller
en la feconde des Enquettes
, & M.l'Abbé Bouchu
.
Dame Denize Celliere
Veuve de Meffire Guillaume
de Keffel , Maiftre des
Comptes.
Dame Anne Daniau de
Saint- Gilles , Veuve de Meffire
Gabriel Damours , Con278
MERCURE
feiller au Parlement.
Meffire Adam Brulare , Abbé
de Puifieulx .
M' Mr Carrel , Receveur ge
neral des Finances en la Generalité
de Paris . Il laiffe deux
fils ,l'un Prefidenten laChambre
des Comptes de Roüen ,
"& l'autre Confeiller au Parle
ment de Paris .
Meffire Henry Guichard
du Vouldy , Abbé de Noftre-
Dame de la Chapelle aux
Planches , Chanoine de l'Eglife
de Troyes. Il eſtoit d'un
âge peu avancé,& Frere puilné
de M le Baron du Vouldy ,
GALANT. 279
Gentilhomme Ordinaire de
la Maiſon du Roy.
Meffire Blaife Lorencher ,
Licentié de Sorbonne , Aumô
nier de feuë S. A. R. Mademoifelle
, & Ancien Chanoine
de l'Eglife de Paris . Il étoit
Frere de feu M ' Lorenchet ,
Avocat General de la Feuë
Reine , & Oncle de Philbert
Lorencher , à preſent Chanoine
de l'Eglife de Paris,
M' Boucot , Receveur des
Domaines , Dons , Octrois &
Fortifications de la Ville de
Paris. Il laiffe entr'autres enfans
Jacques Bougot , fon Fils
280 MERCURE
aîné, qui eft revétu de fa Chargc
.
Le mot de l'Enigme du
-mois paflé étoit , un Parquet
d'Allumettes. Ceux qui l'ont
trouvé font ; M's Bordier le
Fils , du coin de la rue Baſtille ;
le Fort , Chirurgien à Sarlat ;
Bardet de l'Hofpitaldu Mans;
Charles l'Anglois , Madame
de Natouchi , ruë de Verneüil
; la Dame de la ruë de
Savoye & fon Alliée ; Mademoiſelle
Javote Ogier , du
coin de la rue de Richelieu ;
Mademoiſelle Bajolet de la
rue des vieux Auguſtins
GALANT. 2gr
Faimable Cavalier du quartier
de Saint Germain de l'Auxerois
; la belle indifferen .
te Loüifon des galeries du
Louvre, la nouvelle paroiffienne
de S. Mederic de la ruë
Jean pain molet ; l'aimable
indifferente
de la Ruelle de
Saint Laurens ; l'aimable Fanchon
de la ruë Saint Honoré
pres la rue du Roulle ; Tami
Bifte de la rue de la Cerifaye
Le charmant
Chevalier de la
Ville du Mans , les aimables
Solitaires de la rue d'Orleans,
Faux - bourg S. Victor , & leur
voifin Alcidon.
Decembre 1699.
A a
282 MERCURE
L'Enigme qui fuit eſt aſſez
propre à exercer le talent de
vos Amies.
ENIGME
ENtre tout ce qui doit vous
eftre neceffatre ,
Sije n'ay pas le premier rang
Fy tiens un des premiers , &fuis
dépofitaire ,
Ala vie , à la mort , du petit
du grand ,
On connoift mon ufage aux qua✈
tre coins du monde ,
Et
quoy quejeferve aux mora
tels ,
GALANT 283
lez
de
TIBLIOTHE
LYON
LE
28
MER CUR H
Pl
GALANT. 283
Mon fervice s'étend jufque fur
les Autels.
Ce quejefuisprovient d'une coef
fure blonde ,
Et l'on voit quelquefois le fatal
Inftrument
Dufuperbe Ixion , par un doux
mouvement
Aider àqui l'arrache , & le fecours
de l'onde ,
Y contribuë également .
Je finis par des paroles que
Mile Camus a mifes en Air.
AIR NOUVEAU.
LOin de moy ,fier Amour, ne trowble
plus mes fens ,
Aa ij
184 MERCURE
Ceffe d'eftre toujours le Tyran de
ma vie
Pourquoi rens - tu l'adorable
Silvie
,
Si peu fenfible à mes cruels
tourmens ?
Ah! que n'ai je comme elle une ame
indifferente !
Que j'aurois de plaifir à me vanger
de toi !
Si fa beauté me foùmet à ta loi,
Barbare , appaife au moins maflame
devorante..
Le Roy a donné l'Abbaye de
Saint Pierre fur Dive , à Ml'Abbé
de Chamilly,
Celle de Sainte- Croix , à Mr l'Ab-.
bé d'Argentré .
Celle de Noftre- Dame de l'Epau
à M. l'Abbé de Treffan .
GALANT. 285
Celle de Saint Martin de Luyrion ,
à M l'Abbé de la Roche-Jaquelin
Aumônier de Madame la Ducheffe
de Bourgogne.
Celle de Noftre - Dame de la
Chapelle aux Planches , à Mrl'Ab--
bé de Viantais.
Celle de Font-Morigny , à Mr
l'Abbé Flamand .
Celle de Silvanes , à Mr l'Abbé
de Cabanes,
Celle de la Reolle en B'gorre , à
Mr l'Abbé de Chaftilalion .
Le Prieuré de la Bajoffe , à M
l'Abbé du Croc .
L'Abbaye de Montmartre, à Madame
de Bellefond .
L'Abbaye d'Alais , à la Soeur Dau--
phine de Vauguay ..
La Prevofté d'Alais, à Mr l'Abbé
de Morets..
286 MERCURE
C Je remets au mois ptochain à
Yous parler d'une Lotterie , qui regarde
les Pauvres de l'Hôpital de
Toulouſe. Je fuis , &c .
Paris , ce 31 Decembre 1699.
BIBLIO
Du
LYON
#
1893
TABLE.
P Reinde
Sonnet.
Infcriptions.
Nouvelle & curieufe Differtation fur le
commencement du Sieclefutur.
Morts.
Madriganx
82
97
Vers addreffez à Mademoiſelle de Scudery.
99
Difcoursprononcé à l'ouverture du Prefidial
d'Agen.
101
L'Adieu au monde , Epitre en Vers . 127
Madrigal.
Fefte galante des trois Helenes.
132
135
Hiftoire.
177
Carte du Comté& Duché de Bar,
105
L'Avare Genereux.
Troisiéme Volume du Cabinet des fingu
217
TABLE.
1
laritez d'Architecture
Sculpture & Gravehre.
Nouveaux Contes des Fées.
Second Article des Morty.
Mariage.
Scudery.
Peinture
218
221
224
228
Cantique composé par Mademoiselle de
Stances
Arrefts , Edits & Declarations.
230
23212
234
Servicefolemnel fait pourfeu M le Chancelier
avecladefcript; duMauſolée.243
Lettre de Miquenez . 256
Nouvelles particularitez du départ de
Monfieur le Duc de Lorraine , avec une
lifte des Prefens faits par ce Prince
-par Madame in Ducheffe Royale de
Lorraine.
Troifiéme Article des Morts..
Enigmes.
Benefices donnez par le Roy..
158
275
280
280.
L'Air qui commence par , Monde trom
peur, efperance mortelle , page 1340
L'Air qui commence par , Loin de moy .
fier Amour , page 284.
THEAKE
BIBLIO
LYON
189
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le