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Eur.
511
m
1699.1
Eur
. 511 m
16991
Mercure
<36624505710019
<36624505710019
Bayer. Staatsbibliothek
¿?
1
L
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JANVIER 1699.
A PAR 5;
Chez MICHAL BRUNET , Grande Salle
du Palais, au Mercure Galant,
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant
M. DC. XCIX.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
Munchen
kok kick
Ο
AVIS.
Velquesprieres qu'on ait faites
jusqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercare , on ne laiſſe pas
d'y manquer toujours . Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. Ox
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourves
qu'ils ne defubligent perfonne , &
pu'il n'y ait rien de licentieux . On
A ij
AVIS .
priofeulement ceux qui lesenvoyent,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes , d'affranchir
lears Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent.
C'eft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout enſemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere , qu'il est toujours
imprimé au commencement de chas
que mois . Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le MercaTC
AVIS.
longtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ; mais auffi
cesVilles ne le receveront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavani Ceuxqui
fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , l'expofent
à le recevoir toûjours fort
sard par deux raifons . La premiere ,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fuoft qu'il eft imprime,
outre qu'il le fera toujours quelquet
jours avant que l'on en faffe le
debit , & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont iù eux & quel·
ques autres à qui ils le prefent , its
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fore
avant dans le mois . On évitera ce
rerardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'ilfe charge defaire
A iij
AVIS.
lespaquets lay-mefme, & de lesfaire
porterà la Pofte ou aux Meffagers,
fans nul intereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mesme choſe generalement
de tous les Livres nowveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
da mois, on les joindra au Mercare,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
ane exactitude dont on aura liem
d'eftre content.
MERCVRE
CALANT
JANVIER 169 9 .
O
N vous a dit vray ,
Madame , lors qu'on
vous a mandé que le
Roy avoit deftiné cinq cens
mille livres pour faire élever
un Autel magnifique dans le
Choeur de la Metropolitaine
A
iiij
8 MERCURE
de Paris, afin de fatisfaire au
Voeu du feu Roy , qui avoit
réfolu d'y employer trois cens
mille livres . Ce Monarque a
ordonné dans le même temps
qu'on travaillaft à la nouvelle
Chapelle de Versailles . Elle
eftoit déja fort avancée avant
la guerre qui vient de finir ;
mais ce Prince voulant qu'elle
foit plus magnifique , a fait
faire de nouveaux defleins , fur
lefquels on a commencé à
travailler. Ce grand Roy, qui
aprés ce qui regarde l'Eglife ,
n'a rien qui le touche plus
que ce qui peut eftre utile à
GALANT 9
fes Sujets , & faire fleurir les
Arts , à caufe de la gloire &
des avantages qu'en retire la
Nation , a réfolu d'établir des
fonds pour faire travailler aux
Manufactures des Gobelins.
Voila comme il eft fans ceffe
occupé de foins, qui femblent
ne fe pas laiffer joüir du repos
qu'il a procuré à toute l'Eu-
1ope .
Quoy que le titre du Traité
qui fuit doive exciter voſtre
curiofité, le nom de M ' de la
Fevrerie , qui en eft l'Auteur ,
ne contribuera pas peu à vous
10 MERCURE
donner de l'empreffement
pour cette lecture .
LE SOLDAT
DANSEUR ,
ου
Les merveilleux effets de la
TARENTOLE
CE
E n'eft point pour faire
icy l'efprit fort , mais je
ne tuis pas grand admirateur
de beaucoup de chofes qui
furprennent , & qui arreſtent
les Curieux . Les merveilles de
GALANT. IE
la Nature meritent bien l'attention
du fage & de l'honnefte
homme ; mais l'entefte .
ment qu'on a fur ces matieres
rend fouvent extravagans
&
ridicules les plus raifonnal
& les plus judicieux .
Les Sçavans n'admirent
rien , parce qu'ils examinent
tout , les ignorans admirent
tout, parce qu'ils n'examinent
rien. Les Philofophes qui courent
aprés les prodiges , comme
les Devots aprés les mira.
cles , donnent tout à la Nature
, & rien à la Magie ; le
peuple au contraire attribuë
12 MERCURE
tout à la Magie , & rien à la
Nature.
Pour fçavoir qu'une chofe
fe fait naturellement , on n'eft
pas plus fçavant à l'expliquer.
C'est dans le quo modo que con.
fifte tout le lecret & tout le
mistere ; quo modo auffi caché
dans la Phyfique que dans
la Theologie. On devroit
donc le contenter d'examiner
le fait , & non pas vouloir
l'expliquer , du moins quand
il faut avoir pour cela recours
à la fympathie & aux cauſes
Occultes. Emanations de corpufcules
, tranſplantations de
maladies , vertus magnetiGALANT.
13
ques , termes miſterieux des
nouveaux Philofophes , qui
impolent au peuple , & qui
luy font croire qu'on fçait ce
que l'on dit , mais où il n'entend
rien , & qui eft l'artifice
d'une orgueilleuſe
ignorance ,
En effet , cette Philofophie
eft comme la Theologie miftique
, pleine d'erreur & de
galimatias , oùles plus grands
Maiftres ne s'entendent
pas
eux - mêmes .
La Phyfique occulte & la
Magie naturelle font pour
moy des Terres Auftrales ,
dont les Relations me paroif
14 MERCURE
fent entierement fabuleuſes ,
& auſquelles je n'ajoûte non
plus de foy dans les Livres que
fur la Carte. Je fçay de quoy
l'Art & la Nature font capables
, mais convaincu de l'illu-
Lion des fens , de l'erreur de
l'efprit , & de la malice du
coeur humain , je doute de la
pluſpart des choſes que l'on
me dit , & même de celles
que je voy. Je laiffe donc aux
autres à tirer ce voile impenetrable
dont Dieu nous a
cache les fecrets de la Nature,
& ce qui fe paffe dans l'intetieur
des hommes , dont il
GALANT.
s'est réſervé àluy feul la connoiffance.
Ainfi j'abandonne
ce langage qui m'eſt inconnu,
• pour parler plus fimplement
d'un faic , qui à la verité eſt
tout merveilleux , mais meanmoins
qui n'eft pas nouveau
dans la Nature. C'eft d'un
homme piqué de la Tarentole
, qui a caulé l'admiration
de tous ceux qui l'ont vû en
ce pays , où il a efterravaillé
de plufieurs accés pendant
qu'il y a demeuré . Mais avant
que d'entrer en matiere , je
croy qu'il eft à propos de
m'expliquer fur le choix que
16 MERCURE
j'ay fait du mot de Tarentole,
dont je me fers à l'exclufion
de tous les autres , car on eft
fort partagé là- deffus .
Mathiole , Ambroise Paré,
le Traducteur des Meditations,
hiftoriques de Camerarius
, le Pere Poncy , & quelques
autres Dictionnaires
claffiques difent Tarentule ,
du mot Latin Tarentula Cependant
Pomponace , Medecin
de Mantouë , qui a écrit
en certe Langue , luy a laiſſé
fon origine Italienne, dans un
chapitre il parle de ces infecte
vulgari mafio Tarentola
GALANT. 17
7
appellatur, dit il , mais il ajoûte ,
ut aiunt vulgo , Tarentelle.
Comme les Italiens aiment
les diminutifs , il y a de l'apparence
qu'ils préferent Tarentelle
à tous les autres . Meyffonnier,
qui en qualité de Medecin
du Roy & de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , devoit
parler poliment , & dans
les termes de l'art , dit tou .
jours Tarente dans fon Traité
des Maladies extraordinaires ;
mais cet Auteur a auffi pcu
d'autorité dans le langage
que dans la Medecine. Son
Atile vieux & moifi le rend
B
Fanvier 1699.
18 MERCURE
barbare , quoy qu'il n'ait publié
fon Livre qu'en l'an 1659 .
Renaudot , dans le dernier
Tome de fes Conferences du
Bureau d'Adreffe , dir toujours
Tarentole . D'Ablancourt
dans fa Traduction de Marmol
, dit Tarentule , & Richelet
dans fon Dictionnaire , appuyé
fur fon autorité , foutient
que les plus habiles
hommes difent & écrivent
ainfi . Cependant Furetiere ,
dans fon Dictionnaire a dit
Tarentole , en quoy il n'a pas
efté delavoüé de l'Academic
Françoife , puis qu'elle a déGALANT.
19
cidé en faveur de ce dernier
mot. Enfin beaucoup de gens
dans la converſation , & même
des plus polis , difent Ta.
rentelle , mais je ne l'ay vû écrit
dans aucun Auteur que dans
Pomponace , comme je viens
de le remarquer. Quelquesuns
de nos vieux Ecrivains difent
avec le peuple , Tarende ,
qui eft barbare.
Enfin ,
Où la Langue eft feconde , elle eft
trop arbitraire,
C'eft là fon bizarre deftin ;
Taentelle est joli , Tarensule eft
Latin
,
Bij
20 MERCURE
Tarende eft bas populaire.
Tarente non plus ne vaurguere,
Tarentole eft meilleur , & malgré
Richelet ,
Content d'avoirfur la matiere
L'autorité de Furetiere ,
Pour luy je décide tout net
Avec l'Academie entiere.
Venons maintenant au fait
dont il est question . Dans
une recruë du Regiment de la
Mare , qui fervit an Camp de
la Hogue aptés le Siege de
Namur , il se trouva unSoldat
de la Poüille en Italie , qui a
cfté piqué de la Tarentole,
Il s'appelle Dominique Cerdere.
GALANT. 21
C'est un homme d'environ .
trente ans , d'une taille mediocre
, les cheveux noirs , le
teint plombé , la mine baffe ,
la phifionomie Italienne ,
mais nette , & qui n'a rien
d'égaré dans les yeux , ny fur
le vifage. Il a du bon lens ,
& ne manque pas d'efprit . A
le voir marcher on remarque
qu'il va bien à pied , en effet ,
c'eft le Coureur du Regiment-
Ceux qui s'y connoiffent remarquent
auffi qu'il a de la
difpofiion àla danfe , & on
n'a pas besoin de ſes chauffons
pour s'en appercevoir , car il
22 MERCURE
en porte toujours quand il
fait beau, & fur tout quelque
temps avant que de tomber
de fon mal . Il en a esté pris
plufieurs fois à la Hogue ;
mais je ne parleray point de
ces accés , que je n'ay pas vûs ;
je me contenteray
de rappor
ter celuy qui luy elt arrivé à
Coutance
,où il a cité en quartier
d'hiver , dont je fuis témoin
oculaire , & dont je fçay
toutes les particularitez .
Quelques joursravant la
Saint Martin de l'année 1697.
il ſe trouva plus triſte qu'à
l'ordinaire
. Le foir précedent
GALANT 23
de ce jour - là , comme it
paffoit devant une Auberge ,
il entendit des Violons qui luy
cauferent de l'émotion , & qui
avancerent lọn accés . Lors
qu'il fut arrivé chez fon ho
fte , il luy en parla , & le pria
de ne le pas abandonner. Ilfe
promena quelque temps , ne
voulant point fouper , & s'alla
coucher. Il ne dormit point
toute la nuit , pendant laquelle
, & la matinée , il eut quelques
vomiflmens , mais qui
n'avoient rien d'extraordinai .
re pour leur qualité ; car ce
n'eftoient que les alimens
24 MERCURE
qu'il avoit pris le jour précedent,
& dont la digeſtion avoit
efté troublée par la fermen .
tation du venin qui commençoit
à fe faire. Mais il faigna
du nez avec tant d'abondance
, que le fang en rejallit de
l'autre cofté de la muraille de
fa chambre dans une diſtance
confiderable. Il en rendit auffi
par la bouche , & aprés beaucoup
d'agitation & d'inquietude
, il tomba fur les onze
heures du matin dans un affoupiffement
, ou plûtoft dans
un eftat de mort qui furpric
tous les affiſtans .
Un
GALANT:
25
3
i
Un de fes Camarades qui
connoiffoit fon mal , & qui a
foin de luy dans ces occafionslà
, eut recours au remede ordinaire
, qui eft la Mufique ,
mais il eut de la peine à trouver
des Violons ; car ceux de
la Ville , outre qu'ils craignoient
de n'être point payez ,
croyoient qu'on le moquoit
d'eux de les faire jouer pour
un mort ; mais un Tambour
du Regiment qui jouë un
peu du Violon , commença à
préluder , & ayant enfin ratra.
pé l'air de la Tarentole , qui
plaift davantage à Domini-
Fanvier 1699 .
C
26 MERCUKE
que , le pretendu mort don
quelques fignes de vie . C'eſt
une danfe facile , qui eft devenue
ficommune
en France
que tous les Baladins ont d
coutume de la danfer dan
leurs Balets , fous le nom de ,
Danfe de la Tarentole
. Mais
elle rcndra la memoire de Dominique
immortelle
à Coutance
; car il n'y a point d'enfant
en cette Ville qui ne
l'ait apprife , & qui ne ſe faffe
un plaifir d'en étudier tous les
pas & tous les geftes ; en forte
qu'ils femblent eftre tous de
petits Tarentoles
eux- mêmes
བས་ ས
GALANT: 27
tant ils l'imitent parfaitement.
L'Aide Major du Regiment
, qu'on avoit averty ,
eftant venu le voir , promit
aux Violons qu'ils feroient
payez , & pour eftre
plus commodement , il fit
transporter le malade au Jeu
de Paume de la Ville , lieu tout
propre à un Balet qui devoit
durer trois jours & trois nuits ,
car telle eft la longueur de
fes accés , & où toute la Ville
fe trouva dans une affluence
extraordinaire. C'eftoit quelque
chofe de fingulier de voir
C ij
28 MERCURE
un homme comme un mort
que l'on porte en terre , ſuivi
d'une Ecole de Violons .
D'abord qu'il fut arrivé on
le coucha fur une paillaffe , où
il fut quelque temps preſque
fans chaleur & fans mouvemeat
; mais enfin réveillé par
la Symphonie, & à la vûë d'un
Miroir qu'on luy preſenta plu
fieurs fois , & qui luy faifoit
plaifir,il commença à remuër
un peu le pied ; enfuite le mouvement
s'augmente , & les
deux pieds paroiffent égale
ment agitez , Il tire & ralonge
les jambes , il étend les bras
GALANT. 29
mais d'un mouvement qui n'a
rien de convulfif , & qui ſuic
celuy des pieds , & la cadence
des Violons. Enfin il tourne
la tefte , il ouvre les yeux ,
& accompagne l'action des
bras & des pieds. Le mort
reffufcite , & le leve avec tout
l'air & toute la grace d'un
beau Danfeur . Rien de farouche
& d'égaré dans le vifage,
l'air compofé & gracieux ; car
comme je l'ay déja dit , cet
homme -cy a beaucoup de dif
pofition à la danfe , quoy qu'il
affure qu'il n'y entend rien
du tout hors de fes accés .
C iij
30 MERCURE
Mais je m'arrefte trop à décrire
une chofe où tant d'Auteurs
ont fait paroiftre leur
éloquence , car je n'en fçache
aucun qui n'ait pris plaifir à
toucher cet endroit . Enfin ,
Maitre Dominique fe leva ,
& ouvrit fon Balet de la Tarentole
, dont voicy l'appareil
& la décoration .
Sur une table placée dans
le milieu du Jeu de Paume ,
on voyoit un miroir, quelques
fleurs , des branches de verdure
, des rubans , & plufieurs
épées nuës . Luy en chemife
fale & enfanglantée , les bras
GALANT . 31
Hécouverts jufqu'au coude , &
es manches retroufféees , un
bonnet de nuit fort gras &
fans coiffe , fa culote , fes bas ,
& les efcarpino qu'il avoit pris
leux jours auparavant , comne
par preffentiment. En cet
équipage il fit le tout d'un
grand cercle de monde qu'il
avoit fait ranger , avec une
gravité Espagnole ; car à fa
contenance fiere & ferieufe ,
on voit bien qu'il s'imagine
eftre quelque chofe de grand
& d'illuftre , tout petit & mal
fait qu'il eft. Un Curieux luy
fait la queftion de ce qu'il
C iiij
32 MERCURE
croit eftre ; mais comme il
affecte toujours de dire qu'il
ne fe fouvient de rien , il n'a
point répondu là deffus .
En faifanr le tour de l'Af
ſemblée en dedans , il baifa le
pied droit prefqu'à tout le
monde fort refpectueule.
ment , mais fans parler. Il vint
aprés en trepignant confulter
le Miroir avec plufieurs inclinations
du corps , & en mur
murant quelques paroles ,
enfuite il choifit les Soldats
avec lesquels il vouloit danser ,
car pendant les trois jours il
en prit peu d'autres , & poiut
GALANT.
33
du tout de femmes ni de filles,
ce qui eft digne de remarque.
Il prend les Camarades à danfer
fans leur rien dire , mais il
leur prefente à chacun une
épée fort civilement & de
bonne grace, aprés avoir confulté
le miroir dans lequel il
croit voir la Tarentole qui l'a
piqué, qui luy ordonne toutes
chofes , & fans laquelle il n'oferoit
rien faire ; ce qu'il eft
facile de conjecturer à luy voir
faire tout fon manege. Toutes
les épées diftribuées , dont le
nombre n'est point limité ,
mais qu'il n'augmente , ny ne
34 MERCURE
diminue jamais pendant les
trois jours qu'il danfe , parce
que ce font toujours les mêmes
, il change les Acteurs ,
mais le nombre n'en eft point
reglé , non plus que celuy des
épées. Cela fait , il le met à
danfer dans les formes . Je ne
décriray point cette danfe ,
dont j'ay déja parlé fous le
nom de Danfe de la Tarento .
le ; car encore bien qu'il danſe
à d'aurres airs & d'autres branles
, ce font toujours les mêmes
geftes & les mêmes figures.
A joindre auffi qu'il en
revient toujours à la prima
1
GALANT.
35
fonnate , c'est à dire , au branle
de la Tarentole , quand les
Violons veulent changer. Il
ne paroiſt ny joye ny trifteſſe
fur fon vifage , mais toujours
cer air concerté , une jufteffe
d'oreille & de cadence merveilleufe
, car fi les Violons ne
font pas d'accord , ou fi quel
que corde vient a rompre, cela
le fait tomber en foibleffe.
Il en eft de même s'il voit
quelque couleur , ou quelque
perfonne qui luy déplaift . Il
pouffe des cris de temps en
temps , les uns excitez par la
douleur qu'il reffent dans la
36 MERCURE
fermentation du venin de la
Tarentole , les autres par le
foulagement qu'il reçoit de la
Mufiqne & de la danfe , ou par
le plaifir que fon imagination
prévenue fe- figure dans cet
exercice auquelil croit exceller.
S'il apperçoit quelque
ruban dont il aime la couleur
, il le va prendre , le coupe
par morceaux , & le mange;
mais il le prend d'une maniere
honnefte , & comme en
le demandant fans emportement
& fans violence .
Quand il en voit d'autres de
certaine couleur , qui appaGALANT.
37
remment luy déplaiſt , il poulle
un grand cry , & tombe par
terre , en forte qu'il faut l'ofter
pour le faire revenir. Quelquefois
il fe taillade le bras ou
la main avec fon épée, en fuce
le fang , & la playe eftincontidentguerie.
D'autres fois il
la fait plus grande , coupe des
cheveux de les Camarades , ou
des fiens , qu'il met dans un
verre avec fon fang qu'il ava
le. Il fe p rce les jouës avec
des aiguilles , qu'il y laiffe attachées
, comme font les Char
latans. Il fe met auffi la pointe
de fon épée ſous le menton,
38 MERCURE
ou dans le flanc , & la fait plier
le pommeau contre terre.
Enfin aprés avoir fait plufieurs
fingeries de cette nature
, & danfé environ deux
heures plus ou moins , durant
lefquelles il fe fait titer fou
vent les jambes , il va confulter
fon miroir en faifant plufieurs
reverences , & en proferant
quelques paroles comme
au commencement . Ir evient
danfer , & reprendre l'épée
du premier auquel il l'a
donnée ; à quoy il ne manque
jamais dans toutes les repriſes,
où il obferve toujours exacteGALANT.
39
>
ment le même ordre. Il retourne
encore confulter le miroir,
& revient danfer, & reprendre
l'épée du fecond , & ainfi des
autres jufqu'au dernier CC
qui fignifie qu'il va finir la
danſe . Il fait un écart , & fe
jette comme un tourbillon
fur fon lit , on le couvre , & il
y demeure quelque temps
pour le délaffer plus ou moins,
felon la difpofition où il fe
trouve. On luy donne du vin ,
quelques oeufs frais , des fruits
ou d es confitures ; & comme
il est foulagé dans cet intervalle
il parle de bon lens , &
40 MERCURE
s'entretient avec tout le mon
de , non pas de ce qu'il vient
de faire, dont il ne fe fouvient
point , mais de toute autres
choſes. Cet intervalle eft plus
ou moins long ,felon que l'accés
a efté foible ou violent , &
qu'il a efté foulagé par la danfe
& par la Mufique .En ceffant
la danfe il marque fouvent
aux Violons la temps qu'ils
auront pour ſe repofet, qui eft
d'ordinaire d'une heure ou de
deux. Le temps qu'il danfe &
celuy qu'il fe repofe eft fort
égal & compaffé. Le foir précedent
du troifiéme jour qu'il
GALANT. 41
devoit estre gueri , il dit qu'
finiroit le lendemain à trois
heures aptés midy , ce qui arriva
comme il l'avoit preferit.
Il faut remarquer que les trois
jours que dure fon accés ne
font pas entiers , & qu'il com.
pte à la maniere des Ancions;
car foit que l'on commence
dés fon indifpofition jufqu'à
la fin de la maladie , on trouvera
trois nuits entieres , mais
non pas trois jours complets.
Il fut pris le Dimanche au foir,
& il eftoit delivré le mercredy
à trois heures aprés midy.
Fanvier 1699.
D
42 MERCURE
Quoyquele commencement
de l'accés ne fe doive prendre
à la rigueur que du moment
qu'il tombe en pafmoifon
, & que la danſe & les
inftrumens rendent fon mal
reglé & periodique ; & en ce
cas il ne dure que deux nuits
& deux jours & demy; durée
qui est toujours la mefme
dans tous les Symptômes de
fon mal.
Aprés donc qu'il s'eft repofe
quelque temps , & qu'il
s'aperçoit qu'il va retomber
dans l'affoupiffement, les vio:
lons recommencent à jouer .
GALANT.
43
Il fe releve , on luy tire un peu
les jambes pour les dégourdir
, & il danfe de la mefme
maniere qu'il a fait auparavant
avec plus ou moins de
temps & de ceremonies , car
foit laffitude , ou qu'il s'ennuye
de ce manege , toute
: cette mommerie eft plus ne-.
gligée & diminue peu à
peu
vers le dernier jour ; ce qui
peut arriver auffi du mal qui
le travaille moins , & de les
forces qui diminuent . Il finit
donc jufte fur les trois heu
res aprés midy du troifiéme
Our comme il l'avoit dit , un
A
Dij
44 MERCURE
peu abatu & fatigué , avec
une certaine honte fur le vifage
comme ont d'ordinaire
les perfonnes qui tombent de
l'Epilepfie , où mal caduc ,
& qui luy dura quelques jours.
On difoit qu'au fortir de fon
accés il couroit par la campagne
, & faifoit quatre on
cinq lieuës d'une viteffe furprenante
, mais cette fois il fe
contenta de faire quelques
tours par la Ville avec les camarades,
d'un pas ordinaire, &
comme de coutume . Il ne s'eft
paffé autre chofe en luy juſ
qu'à fon départ de CoutanGALANT
:
45
ce qui fut deux mois aprés,
qu'il n'eftoit pas encore toutà
fait remis , & qu'il menaçoit
bien-toft d'une rechute.
En effet on a dit mefme qu'il
en avoit esté repris fur la route
avec tant de violence ,
joint à la fatigue du chemin,
qu'il en eftoit mort ; mais ce
bryit n'a pas efté confirmé.
J'ay peut eftre obmis icy
quelques circonstances que
d'autres ont remarquées , ou
mieux examinées que moy ;
mais outre que je n'ay pas pû
tout voir ; chacun voit les mêmes
choſes bien differément .
46 MERCURE
Cependant je crois n'avoir
rien oublié d'effentiel dans
cette relation , & que ceux qui
ont veu tout ce qui s'eft paffé
en feront contens . D'ailleurs ,
pour éviter les repetitions &
les redites , il y a bien des
choſes que je rapporteray
dans leut ordre , & qui feront
mieux en place lorfque je parleray
des qualitez de la Tarentole
, de les effets & des
remedes qui font propres
contre fon venim , dans les
autres parties de ce Diſcours,
qui n'eft pas un fimple recit
d'un évenement particulier
,
GALANT : 47
mais une affez ample differ-
3 tation fur cette matiere, à la .
quelle cette Hiftoire a donné
lieu .
Une chole fi furprenante ,
& fi nouvelle fervit longtcmps
d'entretien à toute la
Ville , Chacun en parloit & en
raifonnoit à la maniere, les
grands & les petits , les fçavans
& les ignorans. Les uns
traitoient cela de mommerie,
& de badinage; les autres de
magie & de fortilege , & la
plufpart foutenoient qu'il n'y
avoit rien que de naturel.
Mais je demande lefquels
48 MERCURE
eftoient les efprits forts ,
ou les efprits foibles ? La
queſtion eft difficile à refoudre.
Pour moy, je ne remarquay
aucune difference en ce
cas entre le peuple & les Sçavans
, car il ne fe trouva
point d'efprits foibles . Pref
que tout le monde fit l'efprit
fort , & comme s'il avoit
lû dans le livre de la nature.
Il n'y en eut aucun qui ne femblaft
eftre de la Poüille & de
la Ville de Tarente , à les entendre
parler & pertinemment
de la Tarentole , & de
fes merveilleux effets . Tous
difoient
GALANT: 49
1
I.
E-
3
مر
f.
it
C.
1.
7.
7.
difoient , cela eft naturel , fans
mefme vouloir regarder la
piqueure du Soldat , que pref..
que perfonne ne fe miten
peine de voir & d'examiner.
J'avoue moy mefme que je
n'eûs pas cette curiofité; mais
par une raifon bien differente
de celle des autres , & que je
ne fuis pas obligé de dire icy.
Cependant je voudrois à prefent
l'avoir veuë , car il difoit
qu'elle eftoit toûjours.en-
Alée avec un peu de douleur.
avant qu'il fut pris , & pen.
dant ion accés. ab
D'où venoita la pénétra
Fanvier 1699.
E
50 MERCURE
tion & la docilité du peuple
en cette rencontre , luy qui
met toujours de la diablerie
dans les chofes extraordinai.
res , & qu'il nepeut comprendre
? Qui le portoit à croiret
facilement qu'un homme qui
fe perce les bras & les jouës ,
qui boit fon fang , qui man
ge des rubans & des cheveux ,
qui guerit une playe fur le
champ avec fa falive , qui
confulte fans ceffe un miroit:
devant lequel il fe profterne ,
& profere des paroles , qui
prefente des fleurs à la Ta
rentole qu'il s'imaginey voir,
GALANT: ST
C
5.
qui croiſe plufieurs épées
avant & aprés qu'il a danfé ,..
qui aprés avoir confulté ce
miroir , découvre ceux qui
nerveulent pas danſer avec
lug en quelque lieu qu'ils
foient cachez , qui obligeoir,
disje , le peuple ignorant à
croire que tout cela le fait
naturellement & fans artifices
Mais , difoit on , il ne demande
rien , il ne prend point
d'argent. S'il eftoit Charla.
tan ou Sorcier, il ne le donneroit
pas en vain tant de peines
: Belleraiſon , & bien digne
du peuple ! Que gagne un
.
E ij
52 MERCURE
Berger comme a esté celuycy
, à faire aux paffans mille
petits tours de malice dans la
campagne : Les pretendus
Sorciers , & les Magiciens
font gueux & miferables ; contents
du plaifir qu'ils ont à
faire des malefices , & à fe
rendre redoutables au vul .
gaire dont ils recherchent
l'applaudiffement & l'admiration
.
Quelques Ecclefiaftiques
plus fcrupuleux vouloient
auffi qu'il y euft de la magie
, de l'enchante ment ou
de la poffeffion du malin eſ.
GALANT:
53
prit au fait de Dominique ,
& leurs conjectures n'eftoier t
pas fans vray.femblance. Ils
rappelloient dans leur memoire
tout ce qu'ils avoient lû ou
entendu dire fur ce fujer. Les
Sorciers , difoient - ils , n'ontils
pas leurs danfes ordinaires
& particulieres? Certains bran .
les & certains fons qu'ils affe-
Etent plus que d'autres , &
qu'on peut appeller le Branle
des Sorciers , qui eft en rond
& dos à dos . Le Demon nc
peut il pas auffi les faire danfer
en cadence , n'euffent.ils
jamais appris ? Et même Bo-
E lij
14 MERCURE
quet aflure , que , fuffent - ils
boiteux & perclus de leurs
membres , ils danſent auffi legerement
au Sabat que les
plus difpos , & qu'ils font les
premiers à exciter & à inviter
les autres à la danfe , foit
que la graiffe dont ils fe frotent
leur donne cette agilité,
& redreffe & dégourdiffe leurs
corps , ou que le Demon leur
communique cette difpofition
par fa prefence. Quoy
qu'il en foit, ils danfent au
fon des Inftrumens , furtout
de la Flûte & du Hautbois ,
dont le Diable joue luy mê
GALANT.
སྙ
5
3
me, à ce qu'ils difent , quoy
qu'il y en ait entre eux de
commis exprés pour cela ,
icar le Bal du . Sabat eſt auffy
dans les regles.
Les Magiciens & les Sor-
>ciers dans leurs charmes öz
dans leurs conjurations , fe
fervent de miroirs & de vaſes
pleins d'eau, qu'ils confultent,
& dans lesquels ils pronon.
cent des paroles avec des fignes
& des grimaces . On a
-même, fait un art de deviner
par le moyen de l'eau , où lon
obferve les mêmes ceremonies
que fait le Soldat . Kirker
E iiij
16 MERCURE
dit que les Tarentoles proférent
bas queiques paroles ,
comme fi c'eftoient des charmes
, veluti incantare ; & il
ajoûte comme une chofe digne
d'admiration , qu'il y en a
qui ne repolent jamais , s'ils
n'ont la main dans un vafe
plein d'eau ; c'eft pourquoy
ils fouhaitent avec empreffement
de voir dans les lieux où
ils danfent des vales pleins
d'eau , ornez de fleurs & de
branches de verdure , comme
les autres de miroirs , qu'ils
environnent auffi de fleurs &
de feüillages , ainsi que fait
Dominique.
GALANT. 57
2
S
Les Sorciers , difoient encore
ces Docteurs , quand ils
font au Sabat , donnent leurs
cheveux au Demon en forme
d'offrande , & pour arre de
leur pact avec luy . Ils les coupent
en petites parties , qui
meflées avec les exhalaifons
de la terre , compofent ce
qu'on appelle la Grefle des
Sorciers,dans laquelle Boquer
a remarqué qu'on trouve ordinairement
de petits poils .
Enfin ils ajoûtoient que les
poffedez ne fe fouviennent
de rien de tout ce qu'ils ont
dit ou fait pendant leurs ac18
MERCURE
58
cés ,non plus que les Tarentoles.
Ils reprennent , comme
eux, leur premiere tranquillité
, & le retrouvent au même
eftat qu'ils eftoient aupara-
Vant , comme s'ils n'avoient
¡posnteſtéagitez ny tourmen.
tez. Il entre dans les uns &
dans les autres beaucoup de
Thumeur mélancolique , d'où
vient que leurs vomiffemens,
car ils en ont de furieux ,font
fi extraordinaires
, foit pour
les matieres , ou pour les cou .
leurs ; car ils rendent la
par
bouche & par bas des fils , des
toiles d'araignées , des che
GALANT.
59
1-
1 :
no
2.
1 !
1.
&
5,
C
veux , des aiguilles , des pierres
& des papiers . La danfe &
la Mufique font auffi un four
verain remede pour les Poffer
dez & les Demoniaques
, &
qui chaffe les malins Efprits
des corps , auffi bien que le
venin de la Tarentole. Enfin
il feroit facile de faire un long
parallele de la maladie des uns
& des autres ; car on peut dire
que la Tarentole eſt le dernier
des Infectes , & que ceux qui
en font piquez approchent
fort des Poffedez & des Energumenes
, excepté que leurs
mouvemens font plus regu
1
60 MERCURE
liers , & leurs couvulfion's
moins violentes , fur tout
quand ils font d'un caractere
mélancolique , timide & fuperititieux.
Mais ce ſeroit outrer
cette matiere , qui eft
d'ailleurs âffez abondante ,fi je
rapportois icy tout ce qu'on
difoit fur ce fujet.
Quelques Devots plus fimples
, difoient que c'eftoit une
punition divine , ou quelque
maladie de Saint ; car comme
dit Renaudot, le peuple ignorant'attribue
toujours les accidens
extraordinaires
à quelque
Divinité. Ils fondoient
GALANT. 61
כ מ
leur opinion fut une hiftoire
tapocriphe , que quelques Auteurs
rapportent fur la Tarentole
de la Poüille . Ils difent.
que Dieu chaſtia par là l'irreverence
& la dérifion de queljques
Payfans envers le Saint
Sacrement que l'on portoit à
un malade . Le Preftre indigné
de leurs danfes & de leurs poftures
indécentes qu'ilsconti
nuoient toujours , leur déclara
de la part de Dieu qu'ils
danferoient toute leur vie ,
comme la Tarentole , dont
ils furent auffi toft piquez ,
avec des fymptomes extraor
70
62 MERCURE
dinaires , & depuis ce temps.
là ces Infectes furent venimeux
, & piquerent tous les
hommes aux environs de Tarente
, où l'on prétend qu'ils
n'eftoient pas nuifibles auparavant
; ce qui donna la curiofité
à un Évêque du Milanois
d'éprouver ce miracle, &
de voir fi le venin de la Tarentole
avoit le mefme effet fur
les Etrangers qui n'eftoient
pas coupables de l'impieté des
Tarentins'; mais à fon dam , il
en reconnut là fauffeté ; car
il fut piqué , & danſa comme
les autres, avec tous les mêmes
1
GALANT. 63
1.
3.
Ser.
symptomes , donc il penfa
mourir.Il s'appelloir Guinzati,
& eftoit Evêque de Poligna
no.Il n'avoit pas lû que lesserpens
quifont aubord de l'Eu
phrate , bien au contraire de
ce qu'il penfoit de la Tarentolenepiquent
que les Etran
& gers , & ne font point de mal
aux Naturels du pays. On a
cru longtemps que les Vipa
res n'avoient aucun: venin à
douze lieuës à la ronde de
l'Archevêché de Tolede , par
ce qu'un Archevêque de cet
te Ville leur avoit ofté le pou
voir d'envcnimer ceux qu'el
-
64 MERCURE
les mordoient ; mais toute la
Cour d'Espagne en fut defabufée
par le fameux M' de
Charas , quien fit l'experience .
devant elle fur plufieurs de ces
Viperes . Aldroandus a remar
qué qu'avant l'an 878.lesAraignées
n'eftoient point nuifi.
bles & mortiferes en France ,
non plusqu'à prefent ; mais que
cette année-là elles cauferent
dans tout le Royaume une
mortalité & une défolation
furieuſe . Si cette contagion
avoit continué , & ne fe fuft
pas diffipée par la temperatu .
re & la bonté de l'air , nous ne
GALANT. 65
a
3.
1.
i.
e
с
1
ferions pas moins à plaindre
que les peuples de Naples &
de la Poüille, & peut - eftre que
l'araignée Françoiſe feroit aufli
celebre que la Tarentole ou
Phalange d'Italie ; car qui
doute qu'elle n'euft changé
de nom dans la ſuite , & paſſé
pour une espece d'Araignée
differente des autres , dont on
cult attribué la caufe à quelque
punition divine.
Camerarius ... je fens bien
que je deviendray ennuyeux;
dans la neceffité où je fuis de
citer tant d'Auteurs , les delicats
fur noftre Langue , qui
Janvier 1699.
F
66 MERCURE
traitent de pedantiſme &
d'impoliteffe toutes les citations
de cette nature , qui ne
font pas renvoyées à la marge ,
& envelopées d'ingenieufes
circonlocutions , auront fans
doute à fouffrir dans la fuite
de ce Diſcours , où ils en ver
ront encore plufieurs autres
plus barbares ; car cette ma
tiere demande des preuves lit
terales & fimplement dédui
tes, qui ne dépendent pas de
mon choix. Le Lecteur veut
icy connoistre les Auteurs par
leur propre nom , & n'admet
point de témoins travestis &
GALANT. 67
3.
05
[C
es
2.
e
C
produits coftierement ; outre
que je n'ay pas la liberté de
charger les marges du Mercure
de citations , comme
dans un autre Livre.
Enfin je hais dans ledifcours
L'artifice & les vains détours.
D'unefauffe délicaseffe,
Et je n'approuve point unare ,
Qui faitjouër dans une piece
Les Acteurs à Colin maillars.
Cela foit dit ferieulement une
fois pour toutes ; j'ay cru devoir
prendre cette précaution
contre les Puriftes , & même
contre les Sçavans qui lifene
le Mercure .
Fij
68 MERCURE
Camerarius , dis je , a re
marqué dans fes Meditations
hiftoriques , que de certains
Maniaques d'Allemagne & des
Pays bas , qu'il compare à des
Coribantes , furent attaquez
d'une manie que le vulgaite
appelle le Mal Saint Avite, ou
Saint Modefte. Ils faifoient des
fauts & des gambades , & n'eftoient
gueris qu'au fon des
Inftrumens . Ces Malades danfeurs
s'eftant attroupez l'an
1973 Coururent les bords du
Rhin & de la Meufe , comme
autant de Furies . Cet Auteur
ajoûte qu'on voyoit encore
GALANT. 69
CS
es
Ci
te
Ci
t
es
D
n

de fon temps fur une monta .
gne proche de Ravensbourg ,
Ville de Suaube , une Chapelle
fondée de Saint Avite ,
où ces Danfeurs venoient tous
les ans le jour de fa Fefte pour
eftre gueris ; mais depuis qu'
on leur en a défendu l'entrée ,
tous ces Fanatiques le font
diffipez. On vit en France
prefque dans le même temps
une autre troupe d'hommes
& de femmes , fautans & danfans
, qu'on cut de la peine à
réprimer. Ils avoient l'imagination
fi fafcinée , qu'ils
croyoient le baigner dans un
3
70 MERCURE
$
Acuve de fang qui couloir autour
d'eux . On ajoûtoit enfin
à toutes ces hiftoires force
miracles , vrais ou faux , qui
n'avoient guere de rapport à
la Tarentole ; mais c'est ainsi
qué la pluſpart du monde rai
fonne en l'air fur les chofes
qu'il ne connoift pas.
Il vint à Coutance en ce
temps-là un Homme d'affaires
, Italien , fort judicieux , &
qui a beaucoup d'efprit ; mais
de ces efprits forts dont je
parle à l'entrée de ce Difcours,
qui croyent auffi peu aux prodiges
de la Nature , qu'aux
GALANT 71

C
į
e
miracles de la Grace ; quitantoft
luy donnent tout , & tan,
toft ne luy donnent rien . Il
traita l'histoire de Dominique
& de la Tarentole , de bagatelle
, & comme une maladie
mélancolique
, affez ordinaire
en quelques contrées d'Italie ;
en forte que felon luy , un
Tarentin , quia l'imagination
frapée de la Tarentole , luy
attribuë bien des merveilles,
qui ne font que dans fon idée,
& fe donne bien des mouvemens
bizarres , qui font plûtoft
l'effet de fon humeur mé-
Lancolique , que du venin de
72 MERCURE
cet Infecte. Ce n'eft pas que
ce poiſon , qui eft froid de fa
nature , & qui fimpathiſe avec
la mélancolie , n'y contribuë
beaucoup , & ne faffe faire à
une perfonne de cette humeur-
là des chofes furprenan
tes ; car on ne peut pas nier
qu'il n'y ait des Tarentoles &
des Phalanges venimeux qui
piquent les gens , & que ceux
qui en font piquez , de quel
que Nation qu'ils foient , n'aiment
la Mufique & la danſe,
& qu'ils ne faffent des chofes
extraordinaires
; ce feroit nier
qu'il eft jour en plein midy.
J'avoue
GALANT.
73
1
J'avoue que cette maladie
vient en partie du climat &
du temperament, mais caufée
par le venin de la Tarentole,
qui remuë & qui dérange
toute l'oeconomie de la perfonne
qui en eft piquée, com.
me tous les plus fçavans Medecins
en demeurent , d'ac
cord .
Voilà à peu prés l'opinion
qu'on avoit d'une maladie fi
extraordinaire , & dont on
n'avoit jamais entendu parler
en cette Ville ; mais comme
ce n'eft pas affez d'avoir rapporté
le fait , il faut encoreen
Fanvier 1699.
G
74 MERCURE
examiner la caule , & dire ce
que c'est que la Tarentole, &
les lieux où elle le trouve, Je
tâcheray de le faire voir dans
la feconde partie de ce Difcours.
Je vous envoye une Tradu
ction nouvelle de la neuviéme
Ode du troifiéme Livre d'Ho
race, qui a déja cu grand nom .
bre de Traducteurs . Celle- cy
eft de M' Caunette , Avocat
de Niſmes .
GALA NT:
1
IMITATION
De l'Oded'Horace, qui commence
par , Donec gratus eram
tibi.
T
DAMON.
Andis que mon amour rempliffois
ses defers
Avant les injuftes caprices ,
Et qu'à fuir mon Rival in trouvois
des delices ,
Rien ne pouvoit égaler mes plai -
firs.
SILVIE.
Lors
que
wies
tu n'aimois
que
Sil
Gij
76 MERCURE
Et
que nul autre objet n'avõit ſçu
te charmer ,
Je voyois les Dieuxfans envie,
Et je bornois ma gloire au plaifir
de t'aimer.
DAMON.
Olinde maintenant me tient fous
fon empire;
Je fuis aveuglement fes loix ,
Rien ne peut égaler les doux fons.
de fa Lire ,
Ny les juftes accens de fa divine
Voix
Fe mourrois mille fois pour elle
En fignalant mes nouvelles amours
,
Si je çavois que la Parque
¡¡cruelle
GALANT. 77
Confentift par ma mort d'épargner
fes beaux jours.
SILVIE.
Tirfis & moy brulons d'une ardeur
mutuelle
,
Noftrefoy dois eftre éternelle ,
Et cette ardeur a pour moy tant
d'appas ,
Queje m'eftimerois heureuſe,
•Si je pouvois par une mort affreufe
Garantir pour jamais ce Berger
du trépas
.
: DAMON.
Mais fije rallumois maflâme,
Sije quittois cette jeune Beauté,
Pour te donner
encoremon coeur
& mon ame,
Giij
8 MERCURE
Me pardonnerois-tu mon infidelités
SILVIE.
Quoy que le plus beau jour du
monde
Soit encore moins beau que mon
nouvel Amant ,
Quoy quel'on te voye en ai .
mant
Plus leger qu'une feuille , & plus
changeant que l'onde,
F'aimeroismieux teredonner ma
foy,
Et vivre & mourir avec toy.
Je vous aydéja parlé de quelques
receptions de ChanoiGALANT:
79
3
1
E
1
nes honoraires , qui le font
faites dans l'Eglife deS.Martin
de Tours , de celle de M'I'Evêque
d'Angers , du 6. Janvier
1673. & de celle de M' le Cardinal
de Furftemberg , du 4.
Juiller 1696. En voicy une de
M l'Evêque de Poitiers , qui
allant prendre poffeffion de
fonEvêché,vint àTours le s.du
mois paffé,vificer le Tombeau
de Saint Martin , & fe fit recevoir
Chanoine de cette celebre
Eglife , à l'exemple de les
Prédeceffeurs. Meffieurs du
Chapitre eftant informez du
temps de fon arrivée , envoye-
' ,
Giiij
80 MERCURE
rent au devant de luy M'I'Ab:
béle Loyer , Chanoine & ancien
Chantre , & M l'Abbé
Millon , auffi Chanoine & Prevoft
d'Oe , pour l'inviter à
defcendre avec M' fon Frere , &
toute fa fuite , dans la maifon
'de M'l'Abbé Pallu , Chanoine
& Prevoft de Mahier dans la
même Eglife , & Frere de feu
'M'l'Evèque d'Heliopolis , qui
en avoit efté Chanoine , &
pour la memoire duquel M'
de Poitiers & le Chapitre de
Saint Martin ont une veneration
particuliere. M'l'Evêque
de Poitiers y eftant arrivé, fut
GALANT . 3
1
auffi- toft vifité par M' de Miromenil
, Intendant ; & M
l'Abbé de Galliczon , Chanoine
& Chantre , avec fept
&
autres Députez du Chapitre,
luy fit à peu près ce compli
ment.
MONSEIGNE CONSEIGNEUR.
L'honneur que nous avons de
vous poffeder dans le Cloiftre de
Saint Martin , eft une fuite de
celuy que vos Prédeceffeurs nous
ont fait de prendre le titre de Chas
noincs de fon Eglife . Ce titre que
tant d'Evêques & de Princes ont
82 MERCURE
recherché comme une marque de
diftinction er de pieté, eſtoit dû
aux Succeffeurs de Saint Hilaire
par les Enfans de S. Martin , fon
Difciple Nous qui en cette qualité
avons l'honneur d'appartenir au
Difciple , nous avons toujours iâ.
ché par nos déferences ¿nos refpects
, de reconnoiftre dansles Suc .
ceffeurs du Maiftre , non -feule-
・ment la protection dont ils nous
ons honorez dans tous les temps ,
mais auffi les obligations que
glorieux Saint Martin , & dans
fa perfonne les Eglifes des Gaules ,
dont il aesté l'undes Apoftres , one
eu au grand Saint Hilaire . Cele
GALANT.
83
d
for
41
4.
C.
pendant nous n'avons jamaisfait
éclater noftre reconnoiſſance avec
deplus grandsfentimens de refpect
dejoye que nous le faisons aujourd
huyenvers un Evêque , qui
par une conduite éclairée , e par
une pieté toujours exemplaire.
merité de remplir la place de ce
grand Docteur de l'Eglife . Nous
ne vous parlerons point des honneurs
que nous avons rendus à vos
illuftres Prédeceffeurs . Gautier de
Bruges , Simonde Cramand, Juvenal
des Urfins , Patriarche
d'Antioche , & à tant d'autres,
ny des bontez qu'ils nous ont té
moignées, lors qu'ils font venus
84 MERCURE
comme vous , Monfeigneur , vifi.
ter le Tombeau de Saint Martin ,
pour prendre leur rang de Chanoine
honoraire , & recevoir le
double efprit de zele & defcience
du Difciple du Maiftre. Nous
venons apprendre vos diſpoſitions
pour l'ordre de cette ceremonie , contens
fi nous pouvons par nos refpects
& nos voeux meriter les bonnes
graces du digne Succeffeur du
grand Saint Hilaire , en vous
recevant aujourd'huy folemnelle .
ment dans cette ancienne Eglife
dont le Roy prend avec bonté te
titre de Protecteur d'Abbé,
dont vous voulez devenir l'un
GALANT. 85
des principaux ornemens & des
plus fermes appuis
Mi de Poitiers répondit
avec beaucoup
d'honnefteté,
aprés quoy on prit des mefu
res pour la ceremonie , dont
vous pouvez voir le détail en
E partie dans ma Lettre de Février
1693. Elle fut telle que le
temps de fon arrivée le permit.
Le Chapitre le receut ,
logea & traita à la maniere
accoutumée
. A fon entrée
dans l'Eglife M'l'Abbé de мagni
, Doyen , qui joint un
rand merite à beaucoup de
86 MERCURE
naiffance , luy rendir à la refte
du Clergé , qui eft cres nom.
breux , tous les honneurs polfibles
, & le complimenta avec
beaucoup d'éloquence fur fon
élevation à l'Evêché de Poitiers
, ſur la conduite qu'il a
.euë de deux Princes , & fur fa
longue & édifiante retraite au
Seminaire des Miffions Etrangeres
de Paris. Ce Prelar fir
un tres- beau remerciment en
Chapitre , où à l'ordinaire il
préta le ferment , & prit l'habit
de Chanoine . Il s'étendit
fur la veneration qu'il avoit
toujours cue pour une Eglife
1
GALANT 87
fi illuftre , foit par fes prétieuſes
Reliques, foit pour fon
antiquité & la nobleffe , le ré.
joüiſſant d'entrer dans la confraternité
& l'amitié d'une
Compagnie qu'il avoit toujours
honorée tres particulie
rement. Mile Chantre le mic
en poffeffion & l'inſtalla , &
M' l'Abbé Hebert, Chanoine
Ponctaire , luy preſenta,la diftribution
ordinaire pour fon
affiſtance à l'Office . On peut
voir la forme de ces rece-
+ ptions d'Evêques , Chanoines
d'honneur de Saint Martin de
Tours , dans ce qu'a écrit
88 1
MERCURE
de la fienne Guillaume le Maire
, Evêque d'Angers ; de l'année
1291. & qui eft imprimé aus
dixiéme Tome du Spicilege ,
à la marge des Statuts du
Dioceſe d'Angers . Les Evêques
ont coutume d'y Offcier.
als
Je vous diray feulement.
que fous le nom de Chanoine.
d'honneur , on entend des
perfonnes qui font infcrites
fur les Tables d'une Eglife de
Chanoines , comme y ayant
une Prebende , ou du moins
un rang diftingué qui eft une
grace , ou reconnoiffance , ou
GALANT. 89

une fuite de leur préeminence
dans l'Eglife ou dans l'Etat.
Il y a de ces Chanoines dans
les Eglifes de Saint Jean de
Latran , de S. Pierre de Rome,
de Milan , de Tolede ; de
Compostelle , d'Aix la- Chapelle,
de Cantorbery , & dans
quelques grandes Eglifes du
Royaume ; mais il n'y en a
point de plus confiderables ,
ny peut eftre en figrand nom
bre que dans celle de Saint
Martin de Tours , où aprés le
Pape l'on compte les Archevêques
de Sens & de Bourges ,
les Evêques d'Angers , de Poi-
Janvier 1699.
H
90 MERCURE
tiers , de Liege , & depuis
quelques années en la perlonne
de M' le Cardinal de Furf•
remberg, les Evêques de Stra
ſbourg , & dans celles de Mrs
de Laval & de Saint Valier, les
Evêques de Quebec.Bernard ,
Chanoine du Pui , dans fon
Traité des Chanoines , met
'de ce nombre les Archevê.
ques de Jerufalem , de Cologne,
& de Maience. On y
peut ajoûter plufieurs Abbez
, Dignitez & Chanoines
d'Eglifes , affociées ou
confederées. Parmy les perfonnes
laïques , aprés le Roy,
GALANT.
97
3.
FS
d,
0
l'on y compte les Ducs de
Bourgogne d'Anjou , de Bourbon
, de Bretagne , de Vandôme
, de Nevers, les Comtes
de Flandre , de Dunois , de
Douglas , les Barons de Preuïl
ly , les Seigneurs de Partenay ,
&c. Ils font tous Chanoines
nez, y ayant d'autres Evêques
& perfonnes illuftres qu'on y
reçoit aufli Chanoines hono .
raires , lans faire mention de
leurs Succeffeurs.
Voicy quelques particula
ritez touchant les premiers.
Parmy quelques unes des plus
celebresentréesou receptions,
Hij
92 MERCURE
on remarque celle du Pape
Urbain II . du 23. Mars , quatriéme
Dimanche de Carême,
qui affembla le 16. un Concile
dans la même Eglife en 1096 .
ou ſelon une autre maniere
de compter , dont on voit des
exemples dans la Diplomatique
, en 1097. Celles de Pafchal
11. le quatrieme Dimanche
de Carême 24. Mars 1108 .
& d'Alexandre III. le 12 mars ,
Fefte de laSubvention deSaint
Martin en 1163. Ces Papes y
celebrerent la Meffe . Le Cardinal
Alexandrin , Legat &
Neveu du Pape Pie V. vine
GALANT.
93
dans cette Eglife , & fut traité
par le Chapitre le 6. Février
1574. & avec luy le Nonce ,
l'Evêque de Mandes , & plufieurs
perfonnes diftinguées.
ROIS.
On trouve dans le Rituel
de cette Eglife , vers l'an 1220 .
l'ordre de la ceremonie qui fe
pratique à la reception de nos
Rois en qualité de Chanoines
& d'Abb z Seculiets , comme
on peut voir dans l'extrait
rapporté par Brodeau fur les
Arrefts de Louet, & le ferment
qu'ils y font , eft dans une formule
écrite en caracteres d'or,
CN
94 MERCURE
de fix censans , ou plus. C'eſt
ainfi que dans la fuite le Roy
Louis VIII. a efté receu en
prefence deJean , Roy de Jerufalem
, en Septembre 1223.
Saint Louis en preſence de la
Reine Blanche, fa мere , le zo.
Février 1227.
Philippes le Long en 1317.
Charles le Bel , fon Frere ,
un peu avant le 1 Decemcembre
1323 .
I
Le 1. Decembre il aſſiſta à
la Tranflation du Chef de
Saint Martin , pour laquelle
il avoit écrit au Pape Jean
XXIL
GALANT.
95
Charles VI. le 26. Novembre
1391
Charles VII. lc 8. Novembre
·1423
Louis XI. en Novembre
1469
Charles VIII. en Janvier
1484
François I. le 21. Aouſt 1516 .
Henry II. le 6
May 1551
Charles IX . le 21. Novembre
1565
Henry 111. le 19. Mars 1589
Henry IV. le 26. May 1598
Louis XIII. le 21. Juiliec
1614
Louis le Grand, le 17. Juillet
1650
96 MERCURE
"
Le Roy ayant differé le ferment
accoutumé jusques à fa
Majorité , l'y préta folemnellement
le 12. Mars 1652 .
DAUPHINS.
Le Roy Jean voulut que
Charles V. fon Fils , alors Dauphin
, qu'il faifoit Duc de Tou.
raine , fuft receu Chanoine de
cette Eglife comme luy , en
1363.
Charles VII encore Dau
phin & Regent du Royaume,
fut receu Chanoine , & préca
le même ferment que le Roy,
Dimanche de
·le 30. Mars ,
Quaft modo 1 421.
Ducs
GALANT. 99
1
1
Ducs de Bourgogne.
Le Chapitre ayant inftitué
les Ducs de Bourgogne
Chanoines , Eudes s'obligea
luy & fes fucceffeurs en 1215.
de prêter le ferment de fidefité
à cette Eglife en plein
Chapitre, ou entre les mains
d'un Député. Hugues ſon fils
fut receu & fit lefermenten
Chapitre le 19. Aouſt 1234.
Robert le préta à Paris entre
les mains d'un Chanoine député
le jour de la Pentecofte
10. Juin 1302. Philippes le
Hardy fut receu à la maniere
de fes Predeceffeurs un jour
Fanvier 1699.

I
1 98 MERCURE
de la Tranflation de Saint
Martin 4 Juillet 1373. & prit
encore place au Choeur en
cette qualité à la reception
du Roy Charles VI . en 1391.
Le Chapitre ordonna en 1467.
qu'on feroit un Service à la
mort de Philippes le Bon ,
qui comme il est écrit , eftoit
doublement Chanoine de
cette Eglife , à raifon de fon
Duché de Bourgogne , & du
Comté de Flandres,
Comtes & Ducs d'Anjou
En 887. felon la Chronique
de Tours , Ingelger , Comte
d'Anjou , pour avoir rapporté
GALANT. 99
J
d'Auxerre le Corps de Saine
" Martin, fut inftitué Chanoine
& Treforier par le Chapitre
qui donna de grands Fiefs ,
magnis feudis , aux Barons
qui avoient accompagné ce
Comte , entr'autres aux Seigneurs
d'Amboile , de Puifar ,
de Baugency , de Semblançay
,de Chasteau Gontier , de
1 Montrefor , & c. La Prebende
eftoit accordée au Comte
& à fes Succeffeurs , dont qua.
tre furent comme luy enrer-
› rez à Saint Martin. Il eſt marqué
que Foulques le Bon fon
petit Fils, & l'un de ces qua-
I ij
100 MERCURE
tre, s'eftant fait recevoir , vi
voit avec les Chanoines ; &
chantoit fouvent au Choeur
veſtu comme eux. Foulques
Rechin , affiftant à l'entrée
d'Urbain II. dont nous avons
parlé , le Pape luy donna la
Fleur d'or qu'il avoit portée
dans cette Ceremonie , & que
le Comte garda precieuſement
pour eftre portée par
luy & les Succffeurs les Dimanches
des Rameaux. On
voit dans fon ancienne nori.”
ce Foulques fon Fils , & depuis
Roy de Jerufalem , s'humiljer
devant le Tombeau de
GALANT IOT
J
3
=
Jaint Martin en preſence de
Ranaldus, Evefque d'Angers,
& de l'Evefque de Vefca en
Espagne.
e : Artus , Comte de Brera.
gne,après avoir pris poffeffion
du Comté d'Anjou , ſe fit recevoir
Chanoine , felon la
Coutume , au temps de Pâques
1220. more debito Chron.
Turon. On trouve Charles
de Valois , Comte d'Anjou ,
receu avec le Roy Charles le
Bel fon Frere en 1223. Louis
II. Duc d'Anjou & Roy de
Sicile & de Jerufalem , futreceu
en 1401. René Duc d'An-
I iij
102 MERCURE
jou & Roy de Sicile , le z .
Mars, Mercredy des Cendres
1459. François , Frere du Roy
Henry III . fut receu comme
Duc d'Anjou le 28 Aouſt
1576 On le qualifie auffi dans
l'acte de reception , Duc de
Touraine , de Berry , d'Alen,
çon, & Comte du Maine.
Ducs de Bretagne
,
Le Chapitre fit Chanoine.
Pierre, Duc de Bretagne , & fes
Succeffeurs
, un Mardy 19.
Aouft 1455. Ce Prince promit
à fa reception de donner
des ornemens à l'E .
glife .
1
GALANT. 103
£
01
i
IN
D
7
Comtes & Ducs de Vendôme.
C Louis de Bourbon, Comte
de Vendôme , quiavoît eſté
prifonnier en Flandres , aprés
fa délivrance , & d'autres
graces qu'il reconnoiſſoit devoir
à l'interceffion de Saint
Martin , fe fit homme lige de
fon Eglife , luy & fes Succef
feurs. Il fat receu en 1413. &
s'obligea de donner chaque
année un mare d'argent à cetté
Eglife , & fes Succeffeurs
d'en donner un à chaque
changement de Seigneur.
Jean de Bourbon fon Fils ,
Comte de Vendôme , donna
-S
I liij
104 MERCURE
fix écus d'or pour ce marc
d'argent , fit le ferment d'homme
lige , en mettant comme
fon pere les mains fur le Chef
de Saint Martin , & fut receu
un Vendredy 23. Février 1448..
de melme que Charles de
Bourbon Duc de Vendôme le
19. Février 1526. Antoine de
Bourbon , Duc de Vendôme ,
& Pere d'Henry le Grand, fe
fit recevoir le 9. Decembre
15.48 . Le Roy de Navarre fon
Beaupere , & Jean de Lorraine,
Cardinal Diacre du titre
de Saint Onufre , Archevêque
de Narbonne , prirent avec
GALANT. 109
of
1
luy le Surplis & l'Aumufle ,
7. qu'il prit encore depuis à la
reception d'Henry II . Cefar.
Duc de Vendôme fut receu
le 26. Novembre premierDi
manche de l'Advent 1633. On..
voit le Marc d'argent qu'il
donna , où d'un côté fes Armes
font gravées , & de l'autte
Saint Martin à cheval.
Ducs de Bourbon .
Jean II. Duc de Bourbon,
demanda à . cftre receu Chanoine
à la maniere de fes Predeceffeurs
, & le fut en effet
un Samedy Saint 1. Avril
1458.
106 MERCURE
Comtes Ducs de Nevers.
Hervé, Comte de Nevers , fut
receu Chanoine , & obligea
fes Succeffeurs en 1216. de
faire le ferment de fidelité de
la même maniere qu'Eudes ,
Duc de Bourgogne , y avoit
obligé les fiens , felon Coquille
qui en fait mention
en fon Hiftoire de Nivernois
Ce Traité fut renouvellé avec
Robert de Flandres Comte
de Nevers , & en 1300 , avec
Louis Fils de Robert. Ainfi
Philippes, Comte de Nevers,
Fils de Philippes le Hardy,
Duc de Bourgogne , fut res
GALANT: 107
ceu avec ce ferment , & inftallé
au Choeur auprés de fon
Pere en même temps que
Roy Charles VI . en 1391. On
trouve la reception d'un autré
le
Comte de Nevers du 3. Juin
1446. Celle d'Engilbert de
Cleves , auffi Comte de Nevers,
le 22. Juillet 1565.&quel.
ques uns des Ducs qui luy
ontfuccedé , d'un qui eftoit
François de Cleves en 1547.
de Louis de Gonzagues, Prince
de Mantouë Pair de France
, un Dimanche 23. Octobre
1588. & de Charles de Gon.
zagues de Cleves l'11. Fé
vrier 1616.
108 MERCURE
Comtes de Dunois.
Dés l'année 1264 , Jean 'de
Chaſtillon , Comte de Blois ,
qui estoit auffi Comte de Dunois
, eft regardé comme bienfaicteur
, & il obtine du Chapitre
un Anniverſaire qui fe
fait encore. Le Chapitre , un
Samedy 11 Septembre 1464.
fit Chanoine Jean d'Orleans ,
Comte de Dunois , & fes Succeffeurs
, à la manière des autres
Chanoines Princes de la
Maifon Royale , more aliorum
Dominorum Principum regalis
profapia Canonicorum , à condition
qu'ils préteroient à leur
GALANT. 109
reception le ferment ordinai
re des Princes , des Ducs & des
Comtes Chanoines de cette
Eglife. Ce Comte de Dunois
fonda quelques Anniverſaires
. Un Duc de Longueville ,
Comte d'Eu , prit comme
Chanoine le Surplis & l'Aumuffe
avec Antoine de Bourbon
, à la reception de Henry
II. en 1551.
4
Ce même Jean d'Orleans
avoit déja efté receu Chanoine
les. de Janvier 1459. comme
Seigneur de Partenay ,
dont le Roy luy avoit donné
la-Seigneurie , vacante par la
110 MERCURE
mort d'Artus , Due de Bretagne
.
Comtes de Dunois , Barons
de Preuilly.
Archibaude Duc de Touraine
, le fut auffi le 17. May
1424. en qualité de Comte de
Douglas en Ecoffe , & un Efchinard
, Seigneur de Preüilly,
en 1208.Les Barons de Preüilly
portoient l'Etendart de Saint !
Martin fous les Comtes d'Anjou
.
Parmy les Perfonnes dont
le Canonicat n'eft point atta-...
ché à leur dignité , on peut
placer Odon 11. Evêque de
GALANT. I
'
Bayeux , qui fut receu Confrere
, in focium & fratrem , en
1271 Jean le Meingre,dit Boucicaud
II . du nom ; Maréchal
de France & Gouverneur de
Gennes pour le Roy Charles
VI . créé Chanoine le 17. Aouft
1406. & encore à prefent Mef
fire Louis Milon , Evêque de
Condom , qui a esté auparavant
Chanoine prébendé. On
trouve un Jean de Montaigu ,
Grand Maistre de la maiſon
de Charles VI . dont le Frere a
efté Archevêque de Sens, qui
eft feulement affocié avec fa
Femme aux Prieres de cette
·
112 MERCURE
Egliſe , en 1408. ainſi que
quantité d'aucres. Ces particularitez
font tirées par extrait
d'unc Lettre écrite par M
l'Abbé de G. Chantre de
cette Eglife , à M ' l'Abbé de
Da.... en 1696. au fujet de la
reception de M' le Cardinal
de Furftemberg. On y obferve
que Charles - Quint en 1520 .
fut receu Chanoine de Saint
Servais de maftric , comme
Duc de Brabant, le 12. Octo
bre , d'Aix- la- Chapelle le 23.
pendant la ceremonie de fon
coutonnement en qualité de
Roy des Romains , & en 1519 .
GALANT 113
de Saint Piere de Rome & de
Saint Jean de Latran , lors qu'il
t fur couronné Empereur , &
que les Empereurs eftoient
receus en l'Eglife de Milan ,
C comme Rois d'Italie ; que l'Arrehevêque
de Cantor bery
donna à Henry 11. Roy d'Angleterre
, & aux Evêques fes
Suffragans , des Prebendes
dans fon Eglife , à la charge
qu'ils les doteroient , & les feroient
deffervir, On peut auffr
lire ce qui en eft écrit au pre
mier chapitre des Preuves de
l'Eglife Gallicane , dans la
Difcipline Ecclefiaſtique du
Fanvier 1699.
K
114 MERCURE
P. Thomaffin , part . 4. & dans
le Traité des Ducs & des :
Comtes de France, de feu M
d'Auteferre , liv. 1. chap. 12.
& c.
2
Vous etes de trop bon
gouft pour ne pas trouver les
Vers que vous allez lire , dignes
d'eftre approuvez de
tous ceux qui s'y connoiffent.
Je ne puis vous dire qui en eft .
l'Auteur, mais il eft à fouhaitér
que celuy qui les a faits .
veuille s'appliquer fouvent à
exercer le talent heureux qu'il :
a pour la Poëfic.
GALANT.
115
SUR LA VIEILLESSE.
J Ene le
ne le fçay que trops dans
coursdu bel âge,
Quand la nature ardente échauffant
nos defirs ,
Nous rendfi propres aux platfirs
,
Nest malaise d'eftre fage.
"Cependant malgré tant d'at..
traits
Onnepeut trop le dire lefaire^
connoiftie ;
è
En ce temps là mèmè il faut
l'eftre ,
Kij
116. MERCURE
On l'on court grand danger de ne
l'eftre jamais.
Iln'est pas vray que lavicilleffe
Ramene chez nous le bon fens.
Ce que l'ony
l'on y voit defageffe
N'eft que l'effet de la foibleffe,
Qui rendfes defirsimpuiflans.
En vain elle paroift renoncer aux
delices
Qui firent autrefois fon crime
fon erreur.
Rendez à tous fes fens leur premiere
vigueur,
Vous verrez anffi- tost revivre
tousfes vices.
GALANT. 117
C'eftà tort qu'un vicux débauché
Sur quelques vains regrets fonde
fon efperance.
Ce remordsdont il est touché
N'est qu'une fauffe penitence,
Quifans expierfon offense,
Ne fert qu'à punirfon pechs.
Dans les pleurs qu'on luy voit
répandre
Pour les crimes qu'il a commis,
Quifait s'ilfe repent des plaifirs
qu'il a pris ,
Ou s'il regrette ceux qu'il nefau
Loit plus prendre?
118 MERCURE
Le Pecheur qui tranquillement
Attend à revenir de fon égarement
-Qu'ilfoit au bout defacariere,
Se trompe malheureusement.
C'est une grace finguliere
Que Dieu ne fait que rarement.
Quoy que M' Jaillor , Geographe
ordinaire du Roy , ne
fe foit jamais fervi des voyes
publiques pour donner du
poids à fes Ouvrages ,fon Atlas
François , en deux grands volumes
, dédié au Roy , & qu'il
a cu l'honneur de luy prefenGALANT.
119
?
ter depuis quelques jours , eſt
d'une trop grande confideration,
pour priver les Curieux
de fa connoiffance. Le premier
volume contient les quatre
Parties du monde , tous les
Royaumes & Etats fouverains
de l'Europe , & plufieurs Cartes
particulieres de ces mêmes
Etats, au nombre de quatre-
vingt- onze. Le fecond vo
lume contient les Cartes generales
& particulieres de la
haute & baſſe Allemagne , au
nombre de foixante & quatre.
Il a donné encore au public
depuis peu plufieurs grandes
120 MERCURE
Cartes , en fix feuilles chacune
; fçavoir le Monde , l'Eu-,
rope , l'Afie , l'Affrique , l'A
merique , la France , la Flan -
dre , la Savoye, le Piedmont ,
& plufieurs autres, Ceux qui
les verront n'auront pas de
peine d'en faire la difference
d'avec celles qui ont paru juf;
qu'icy , tant pour l'exactitude :
que pour la beauté de la gra-,
veure. Mr Jaillot vend le tout
en gros & en détail , dans fa
maifon proche les Grands
Auguftins , aux deux Globes,
avec privilege de Sa Majeſté.
Te
GALANT: 121
Je me difpenferay aujourd'huy
de vous rien dire à l'avantage
du Livre intitulé ,
Reflexions fur le Ridicule , de
Ml'Abbé de Bellegarde , puis
que la quatrième Edition ,
que le S Guignard , Libraitė
de la tue Saint Jacques , vient
d'en faire , prouve allex l'eftime
que le Public a pour fes
Ouvrages. Je vous diray feulement
que ces quatre Editions
ont esté faites dans l'efpace
de deux aus , & que cette
derniere, qui eftbeaucoupaug.
mentée, contient quantité de
chofes nouvelles, qui ne font
Fanvier 1699.
L
722 MERCURE
point dans les trois premieres .
Il eft impoffible d'imprimer
un Livre tant de fois en fi peu
de temps , s'il n'eft du nombre
de ceux qui plaisent à tout le
monde. On trouve dans ce
luy- cy l'utile mellé avec l'a
gréable; & comme difficile
ment on apperçoit les défauts
fans avoir envie de s'en corriger
, il y a beaucoup à esperet
de cette lecture pour ceux qui
la voudront faire de bonne
foy, & fans le flater.
Le même Libraire vient
auffi de douner une troifiéme
Edition du Livre intitulé ,
GALANT 123
¡
Lettres fur toutes fortes de fujets,
avec des avisfur la maniere de les
écrire , des réponses fur chaque
efpece.de Lettres . Le recueil en
a efté mis dans l'ordre où il
eft par feu M' de Vaumoriere,
dont le merite eft fi connu
par les beaux Ouvrages
qu'il nous a laiffez. On ne
peut douter du fuccés qu'a
cu ce recueil , aprés le prompt
debit qui s'eft fait des deux
premieres Editions , que le
Sieur Guignard en a faites.
Celle-cy a efté reveuë & augmentée
de plufieurs Prece
pres, & d'ungrand nombre del
Lij
124 MERCURE

Lettres , & on peut dire qu'il
ne reste guere de chofes à defirer
pour la perfection de cet
Ouvrages , puis qu'il y a des
réponses fur tous les fujets , ce
qui eft d'autant plus important,
qu'il ne fuffit pas de fça
voir bien tourner une Lettre
fi on ne fçait répondre précifément
au caractere de celles
que l'on reçoit. M ' de . Vaumoriere
avoue dans la Préface
qu'il a faite , quand ce recueil
a commencé à paroistre la
premiere fois, que la plufpart
des Lettres qu'il contient , ne
font pas de fa façon ; qu'il ca
GALANT. 125
à tiré pluſieurs de nos bons
Auteurs , & raccommodé
beaucoup d'autres par leur
fecours.
Il paroift encore depuis peu
un Livre nouveau intitulé ,
L'honnefte Homme e le Scelerat
, dont la matiere eft d'exa
miner pour réuffir dans le
monde , & faire fortune , il eft
plus avantageux de s'attacher
aux maximes des honneftes
gens , que de marcher dans
la voye des Scelerats. L'Aus
teur , qui a déja donné au Public
quatre volumes des agré
wens & des chagrins du Ma-
Liij
126 MERCURE
riage , diverſifiez par quantité
d'hiſtoires galantes , introduit
dans ce nouvel Ouvrage A.
gathandre & Cacopiste. Le
premier foutient le parti de la
vertu , quoy que les actions
honneftes & les plus loüables
qu'il a faires dans la vie, ayent
efté fort mal récompenſées .
L'autre prend le parti contrai
re , & pretend qu'avoir de
l'honneur en habile homme
du fiecle , c'eft fe donner toutes
fortes de mouvemens &
de peines pour amaffer du
bien , dans la veuë d'en tirer
les honneurs & les avantages
GALANT 127
qui accompagnent
les richefles
, & qu'avoir de la bonne
foy , c'est en avoir feulement
les apparences ; c'est à dire ,
chercher à fe faire confiderer
dans le monde par les dehors
d'une grande probité , & faire
donner par là les fots dans les
Panneaux qu'on tend à leurs
biens, ou aux fervices que l'on
a befoin de tirer d'eux. Il y a
des peintures fort vives dans
l'hiftoire d'Agathandre
, & je
fuis perfuadé que vous ferez
fort contente de celle que l'on
y fait des Femmes qui font
profeffion de tenir des Jeux
L iiij
128 MERCURE
de Lanfquenet chez elles .
Tour leur manege y eft admirablement
dépeint. Ce Livre
fe vend chez le S'Michel
Brunet , dans la grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
Vous avez cu raiſon de
vous plaindre de ce que je
vous ay écrit les deux derniers
mois fans vous parler, de la
mort de M' de Courcelles ,
arrivée à Toulon le 24. Octobre
dernier , dans la quatre
vingtiéme année . Pour repa
rer cet oubli , je vous parleray
amplement de luy & de fa
2
GALANT. 129
Famille , dont j'ay eu le temps
de m'informer. Il avoit trois
Freres , dont il eftoit le fecond.
L'Aîné s'appelloit Jean de
Remi , Seigneur de Montigny,
qui fe retira des Troupes aprés
s'eftre marié. Les deux aurres
eftoient Pierre de Remi , Seigneur
de la Frefnoye , major
de la Ville de la Baffée , qui a
ofté tué, & Pierre Louis , Che
valier de Remi , Lieutenant
Colonel du Regiment de Furftemberg.
Celuy dont la mort
donne lieu à cet Article , s'ap
pelloit Daniel de Remi , Seigneur
de Courcelles , Malang
130 MERCURE
drin , le Bocq - Efdeline , Baron
de Rouvray prés Forge en
Normandie , Lieutenant General
des Armées du Roy , &
Commandant pour Sa Majefté
dans les Ville & Fortereffe
de Toulon .
Ha paflé plus de foixante
années dans le fervice , ayant
commencé par une Enſeigne
au Regiment de Navarre. En
1638. il le trouva au Siege de
Hefdia , & à celuy d'Aire ; en
1639. on le fit Capitaine au mê.
me Regiment , & il eftoit au
Siege d'Arras , En 1641, il eftoic
à la Bataille de Sedan , où M²
GALANT:
137
le Comte de Soiffons fut tué:
En 1642. ce Regiment fervit
en Italie , fous les ordres de
Mr le Comte d'Harcour , &
il en fut tiré en 1654. Il eut la
Lieutenance deRoy deThion.
ville en 1669. & Sa Majesté luý
ayant donné l'option d'une
Compagnie aux Gardes Françoiles
, ou le Gouvernement
de Canada , il accepta le der
nier; & y alla avec un déca
chement de mille hommes.
Comme il trouva cette Colo.
nie prefte à tout quitter , à
caufe des infultes continuelles
que luyfaifoient les Sauvages,
132 MERCURE
il réfolur de leur faire la guer
re , & alla les chercher toujours
fur la neige , qui eftoic
haute de plus de trois pieds ,
jufqu'à plus de quatre cens
lieuës de Quebec. Il mir le feu
à leurs habitations , & les con
tcaignit de fe retirer encore
à plus de cinquante lieuës au
delà , ce qui les obligea de
députer un Ambaffadeur au
Roy pour demander la Paix ,
qui fut bien- toft aprés traitée.
Cela mit un fr grand calme
en Canada, qu'aprés environ
neuf ans de gouvernement, il
y laiffa plus de trente mille
GALANT.
133
Communians , au lieu de quatre
mille qu'il y avoit trouvez.
M' le Maréchal de Turenne ,
qui confideroit beaucoup M
de Courcelles , fit entendre au
Roy qu'il ferviroit auffi bien
en France qu'en Canada ; d'où
ayant efté rappellé , Sa Majo
fté luy donna le Gouverne
ment de l'lfle de Ré & du Fort
de la Prée en 1674. & à la fin
de la même année il fut fair
Commandant dans la Citadelle
d'Arras . En 1676. on le fir
Gouverneur de Bouchain , où
il tint les Places de Valencien
nes & de Cambray tellement
7
134 MERCURE
1
bloquées, qu'on peut dire que
cela fut caule de leur reduction
, puis qu'il battit & enle
va tous les Convois qu'on y
vouloit faire entrer. Enfin en
1679. il fut fait Commandant
des Ville & Forts de Toulon.
Ileftoit fi courageux & fibras
ve , que le plus grand Gladiateur
de fon temps , nommé
Avaucourt, qui avoit faitplus
de trente combats , fans avoir
jamais efté battu ny defarmé,
eftant venu le trouver, luy fic
une querelle , & l'appella en
duel. Ils fe battirent, & Avau <
court ayant receu deux coups
GALANT. 139
d'épée , & fe voyant defarmé,
demanda la vie , quoy qu'avec
beaucoup de peine . Ce com
bat fit grand bruit dans les
armes & dans la Province. It
avoit époulé Mademoiselle
d'Abaucour , Fille de M' de
Rouvray d'Abaucourt, Briga
dier des Chevaux legers de.la
Garde du Roy , d'une des plus
anciennes Nobleffes de Fran
ce, dontil a eu quatre Enfans,
fçavoir Louis de Remi , Abbé
de Courcelles ; Claude de Re
mi , Page du Roy en la grande
Ecurie , & deux Filles qui ne
font point mariées . La Maiſon
126 MERCURE
d'Abaucourt eft de Picadie
& porte d'argent àl'Aigle déployé
de Gueules. M' d'Abaucourt a
fervi pendant cinquante cinq
années fans diſcontinuer
ayant commencé à l'âge de
quinze ans , qu'il eftoit Enfei .
gne au Regiment de Genlis ,
&alla à la Bataille d'Avein en
1635. En 1636. il eftoit à la dé
fenfe du paffage de la riviere
de Somme , en 1638. au Siege
de Saint Omer, & à la fin de
la Campagne , il fe trouva au
Siege du Catelet , qui fur pris
d'affaut en 163 9. au Siege
d'Aire , & en 1640 , à celuy
GALANT. 37
d'Arras , où il fut bleffé lege
rement à la jambe ; en 1641-
au Siege de Bapaume , où il
eut fes habits brûlez par le
feu d'artifice que les Ennemis
jettoient, en 1642. à la batail .
le de Sedan . Mi de Saint Mars
Grand Ecuyer de France , luy
ayant donné une Lieutenance
dans fon Regiment, il alla à la
conquefte de Perpignan , où
leb feu Roy Louis XII fe
trouva , & marcha à Colliou
re , où il fut bleſſé d'un coup
de pique & de moufquer.
Aprés avoir efté guery , il fur
Capitaine ; & enfuite le Re
Fanvier 1699 M
138 MERCURE
giment ayant efté caffé , il de
manda de l'employ au Roy ,
qui luy donna une penfion de
cinq cens ecus , & à choiſir de
fe mettre dans les Moufque:
taires, où dans les Chevaux le
gers Il prit le dernier parti , &
fut dangereufement bleſſé à la
Bataille de Lens en 1648. &
au Combat du Fauxbourg S.
Antoine en 1652. d'un coup
de moufqueton au travers du
corps. Il a toûjours fervyavec
beaucoup de diftinction juſ
qu'en 1691. qu'il n'a pû ſup
porter les farigues de la Cam
GALANT. 139
pagne . M' de Rouvray eft
Frere Cader de Mr d'Abaucourt
, Lieutenant de Roy de
Saint Quentin , qui a com.
mencé à fervir en 1637. par
une Cornette au Regiment
de Lenoncourt . I alla aux Il
Sieges d'Aire & de Heldin .
En 1640, il eftoit à celuy d'Arras
, il fut fort bleffé & fait
prifonnier à la Bataille de
Hondecourt , & a toûjours
fervy avec beaucoup de reputation
& de valeur . M de
Ligneres,fon Capitaine, ayant
efté fait Colonel de ce Regi
ment, & enfuite Gouverneur
1.
Mij
140 MERCURE
de la Ville de Saint Quentin,
luy donna une Compagnie
de Cavalerie qui eftoit à S.
Quentin , d'où feu M' le Maréchal
de Gaffion le tira pour
l'incorporer dans fon Regiment
qui eftoit des plus braves
des armes. Après la mort
de ce Maréchal qui arriva en
1643. ce Regiment fut divifé
dans quatre Regimens & m²
d'Abaucourt renvoyé à Saint
Queutin avec la Compagnie,
& peu aprés il fut fait major
de la Ville , enfuite Lieute
nant de Roy , & en 1646. ik
époufa la veuve de m' le mar
M
GALANT: 141
quis d'Estournelles , qui eftoit
Colonel du Regiment du
Roy de Cavalerie . De ce ma
riage font forties cinq Filles.
La premiere avoit épousé en
premieres nopces Mi le Marquis
de Montigny , Maréchal
de Camp , qui fut tué à la Bataille
de Saint Denis que M
le Prince d'Orange donna à
M' de Luxembourg , & en
fecondes , elle a épousé Mile
Marquis de la Bretefche ,
Lieutenant General des Ar--
mées du Roy , & Gouverneur
de Hombourg , qui a eu une
jambe coupée d'une bleffure..
-
142 MERCURE
La feconde a époufé M de
Prom le-Roy , des plus anciennes
Nobleffes de Picardie.
La troifiéme a esté mariée
à M' le Comte de Ximenes
, auffi Lieutenant General
des Armées du Roy , Gouverneur
de Maubeuge & Colonel
de deux Regimens d'Infanteric
dont l'un eft
Royal Rouffillon étranger.
La quatriéme a épousé Mª
de Blanc - Buiffon de la
Vrilly , donc le grand - pere
eftoit Chevalier de l'Or
dre du Saint Esprit , & la cinquiéme
M de Marteville ,
GALANT 143
Lieutenant Colonel du Regiment
de Cavalerie de M' le
Maréchal de Villeroy.
i La Sorbonne a coutume
tous les ans de nommer un
Prieur pour la Licence . L'é
lection s'en fait au mois de
Juine, un peu aprés la Fefte
de Saint Pierre. Elle jetta les
yeux l'année paffèe for M
l'Abbé & Prince de Rohan
de Soubife. Son choix fut
fuivy de l'applaudiffement
de tout le monde : Jamais
Prieur ne porta plus
loin le merite qui doit le dif
tinguer dans cette fonction. Il
144 MERCURE
commença par un Panegyri
que qu'il fit à la loüange du
Roy. Son fujet fut , qu'il n'y
eut jamais de Heros f
Louis
par
grand que
l'éclat
de fes belles actions , tant dans
la Paix que dans la Guerre
& que jamais l'Univers
n'a
porré un Prince plus Religieux
par le zele qu'il a té .
moigné à deffendre
les Autels
de fon Dieu. Il fit un détail
fi relevé de ces exploits ex
traordinaires
que la poſtericé
aura peine à croire , que jamais
l'Eloge du Roy ne parut
plus beau , & plus touchant
que
GALANT 145
que dans la bouche de ce jeune
Abbé. Tout ce que nous
avons de Sçavans dans Paris
qui furent prefens à cette
grande action , avouerent què
l'éloquence jointe à la Majefté
de la prononciation dans
une des plus belles Affemblées
du monde avoit ce jourlà
triomphe. On y vir affifter
tout ce que l'Eglife a de plus
illuftre , Ms les Cardinaux
d'Eftrées , de Janſon , de Coiflin,
M'T'Archevêque de Paris ,
Ml'Archevêque de Rheims ;
Provifeur de Sorbonne , M
l'Archevêque de Rouen , &
Fanvier 1699. N
146 MERCURE
plufieurs autres Archevêques
& Prelats. Enfin tout ce qu'il
y a de plus diftingué à la Cour
& à la Ville fe fit un merite
d'y affifter.
M l'Abbé de Soubi
ze aprés avoir ouvert la Theſe
qu'on appelle ordinairement
Sorbonique , qui fur foure.
nuë par le P. Bordeaux Cordelier
, parla en vers fur le
Répondant d'un cour fi aiſé ,
& fi grand , qu'il n'y cut per
fonne qui ne fut ravi de
l'entendre parler avec tant
d'érudition fur toutes fortes
de fujets.
GALANT 147
La Licence de Sorbonne fe
trouva trés honorée d'avoir à
la tefte un Prince d'une Maifon
fi illuftre , fur tout d'un
merite fi extraordinaire. Mª
Fiot , Preftre Bachelier en
Theologie de cette mefme
Licence, pénétré d'une fecrete
& particuliere eſtime pour
M'l'Abbé de Rohan,luy confacra
des Vers latins qu'il fit
à fa gloire. Il eftoit fi remply
de la beauté du Panegyrique
qu'il avoit entendu prononcer
, que fans fonger à celuy
qu'il fe propofoit de louer ,
il redit en vers , ce que cC
Nij
148 MERCURE
Prince avoit composé en pròfe
à la gloire du Roy. Ces vers
ont efté traduits en François
par D. Jerôme d'Ogerdias ,
Religieux de Cluny nommé
par le Roy à l'Abbaye de S. છે
Waft de Moreuil , & Bachelier
de la Licence.
Le Prieur de Sorbonne ou
vre toutes les Thefes appellées
Sorboniques , depuis le
commencement du mois de
Juillet jufqu'à la fin du mois
de Novembre. Il difpute tous
les jours contre le Répondant
l'espace de trois ou quatre
heures confecutives fur neuf
GALANT. 149
des principales queſtions de
la Theſe. Au milieu de la difpure
, il prononce un petit
difcours à la loüange de celuy
qui fcutient. Les Con
noiffeurs peuvent juger du
travail. M' l'Abbé de Rohan
n'a pas manqué une feule
Thele dans tout fon cours.
Les Eloges differens qu'il
compofoit tous les jours fe,
lon le merite & la naiffance
de ceux à qui il parloit , ont
furpris tous ceux qui fe mêlent
des belles Lettres. On
n'a jamais mieux parlé Latin
à Rome. Les particuliers , qu'il
Niij
10 MERCURE
a loücz fi dignement eftoient
comblez de ſes manieres genereufes
& bienfaifantes , qui
eft le vray caracteres des Princes.
Les Spectateurs eftoient
ravis de voir cette inépuifablefource
d'Eloges nouveaux,
& de difputes differentes ,
dont l'efprit de tout ce qu'il a
eu d'Auditeurs , eft encore
agréablement rempli.
Enfin malgré une violente
indifpofition , qui le faifit un
peu avant que de fermer la
derniere Thefe appellée Sorbonique
, il vient de terminer
fa carriere par un fecond Dif
GALANT. 151
cours à la gloite du Roy, dont
on n'a point eu d'exemple
chez les Sçavans pour la nouveauté
du deffein , & pour
l'execution de Pouvrage.
Dans la premiere partie de
fon Difcours , il a fait voir
le Roy comme un homme
particulier , & a montre que
dans cet état , feparé de fa
Couronne & de fon Sceptre,
c'eftoit le plus grand homme
qui ait jamais efté. Dans la
feconde Partie, le Roy y pá
roiffoit comme le plus heu
reux de tous les Peres.
On n'eut jamais tant de fa.
Niiij
152 MERCURE
tisfaction que de l'entendre
parler en même temps des
vertus particulieres & domestiques
d'un grand homme,
& d'un pere tres heureux.
11 fit à cette occafion une def
cription de Marly qu'on trou
va charmante. Il entra dans le
dérail de mille choſes agréables
qu'il traita admirablement
bien.Ilparla de l'accés fa
cile & familier que S. M. donnoit
à ceux que fa bonté vou
loit bien appeller dans ces
lieux aimables . Il s'étendit fur
les louanges de Monfeigneur,
le Dauphin ; il étala les heu .
GALANT. 153
reux exemples que fon auguf
te Pere luy infpiroit inceffamment
, fon grand coeur , fa
bonté prévenante , & tour ce
qu'on admire dans ce Prince ,
Fils d'un Pere tel que Louis le
Grand. Il toucha enfuite agreablement
le caracteredes
trois jeunes Princes ; il s'are
reſta ſur Monſeigneur le Du
de Bourgogne, & fit connoif
tte la vivacité de ſon eſprit ,
la prefence de fon Jugement,
& fur tout cette grande ame
que luy infpire le Roy dans la
la tendreffe de fes embrafle.
mens. Il pafla enfuite à l'Elo14
MERCURE
ge de Monfieur , Frere untque
de S. M. & le fit d'une
maniere qui rappella auffi.
toft dans la penſée des Au
diteurs toutes les plus illuftres
actions de ce grand Prince ,
& fur tout ce qui luy attire.
Feftime & le refpect de tout le
monde.Il n'oublia pas les bel
lesqualitez demonfieur le Duc
de Chartres ; il en fit un portrait
fi beau qu'on fentoit en
foy- mêmeun fecret plaifir de
voir une image de la venera
tion qu'il s'eft acquile dans
tous les coeurs .)
Tout le monde fortit fi faGALANT
159
tisfait de ce dernier Difcours ,
que l'admiration où chacun
eftoit faifant rapeller les beau
tez du premier, on ne faifoit
que fe recrier fur les extraordinaires
talens que m ' l'Ab
bé de Rohan avoit fccu joindre
à une fi haute naiſſance.
La Sorbonne députa des
Docteurs de fon Corps & de
fa Societé , pour aller témois
gner à м le Prince de Soubi
ze la maniere éclatante dont
M' l'Abbé de Rohan fon Fils
s'étoit acquitté de la fonction
de Prieur. Il n'eſt pas moins
difficile de fe fouvenir d'un
156 MERCURE
pareil exemple , qu'il eft diffr
cile de fe fouvenir d'un pareil
Prieur de la Licence de
Sorbonne .
Mc Fiot ,Bachelier de la prefente
Licence , dont je viens
de vous parler , fit encore un
Poëme Latin à cette occaſion
fur M l'Abbé de Soubife , qu'il
diftribua à toute l'Affemblée,
& qui fut fort eftimé . Il fir graver
une vignette toute allego.
rique , à lateſte ſon Ouvrage.
Le deffein reprefente une Hydre
, dont les teftes qui vomiffent
feu & flammes , s'elancent
contre cette Tour miſte,
GALANT .
157
rieufe de l'Ecriture, qui eftoit
armée de mille boucliers ; fis
gure de la Sorbonne , qui combat
perpetuellemeni l'Here
fie , éblouie & confondue par
l'éclat des rayons qui fort de
ces mêmes Boucliers , dans le
principaldefquels les Armes du
Roy reprefentées , offrent auffi
tôt à l'efprit l'Hercule qui s'eft
le plus opposé à ce monftre . La
Religion paroit élevée ſur un
nuage. Elle invite la Prudence
Chreftienne , la Temperan;
ce & la Science fainte , à joindre
un bouclier qu'elles foutiennent
, où font marquées
18 MERCURE
des Armes de M' l'Abbé de
Soubile , avec les autres qui
font attachez à cette Tour ,
figure de la protection partiouliere
que l'Eglife fe promer
de fa vertu & de fa fcience.
Enfin deux Genies paroiffent
offrir , mais en vain , tout ce
que le Monde a de plus éclatant
pour les Princes , comme
des Victoires , les Triomphes ,
des marquesdediftinction , que
la naiffance jointe à la valeur
peut legitimement efperer ,
pour détourner ce Prince de
fe confacrer entierement à
d'Eglife . Cela eft figuré par des
GALANT. 159
Sceptres , des Couronnes , des
Bâtons de Commandant , des
Trophées d'Armes , &tout ce
que le Peintre a pû ajoûter
pour feconder le deſſein de
l'Auteur. Dans la lettre grife,
qui eft la premiere Capitale
de l'Ouvrage , on reprefente
deux Amours , qui fe donnent
la main. Ils ont chacun ua
Sceptre & une Couronne . La
draperie du premier eſt ſemée
de Fleurs de Lis , & celle du
fecond d'Hetmines
, pour marquer
l'alliance de nos Roisa
vec l'illuftre Mailon de Rohan
, qui eft auf alliée à pref
160 MERCURE
.
que toutes les Couronnes de
l'Europe. Ce deffein a efté
executé par le Sieur Dieu , &
gravé par le S Mariette.
Voicy la traduction des der.
niers Vers Latins de M' Fior .
Elle eft du même Dom Jerô .
me d'Ogerdiàs , Religieux de
Cluni , que je vous ay déja
nommé.
QUels -applaudiffemens
font retentir
ce lieu ,
Qu'à la fainte doctrine éleva Riche
lieu ?
N'en foyons point furpris ; Armand
qui fuit la trace
GALANT 161
Des genereux Rohans , des Herbs
de la race ,
De l'Augufte Louis fait l'éloge écla
tant ,
Et le fuccés répond à ce qu'on en
attend .
Un Prince de fon Roy doit publier
la gloire ,
Faire à tout l'Univers refpe&ter fa
menioire:
Loin d'icy , du Parnaffe indignes
nourrifions. [ chanions
Louis eft au deffus de vos foibles
Toy feul , aimable Prince , en cette
augufte fefte ,
Peux ceindre de lauriers une fichere
teſte.
Daigne donc te charger du glorieux
employ ་
De louer ce Heros d'un air digne
de toy.
Janvier 1699.
O
162 MERCURE
Montre tous fes hauts faits à la race
future ;
Dis- luy,comme au mépris du fang,
de la nature ,
On vit cent Roisliguez l'aiffaillir à la.
fois,
I
pofer
des
loix
.
Comme
il
fçut
les
dompter
, leur
im
.
Chante
,
quand
ils
penfoient
penetrer
nos
frontieres
,
3
De leurs nombreux Soldats les défaites
entieres.
Sous fon bras foudroyant que de
Forts abattus

Et combien de lauriers teints du
fang des vaincus !
Mais
que dis-je ? Onit'oüit publier
ces merveilles ,
Lorfque de cent Prelats tu charmois.
les oreilles ,
Quand a vive éloquence enleva
tour à tour
GALANT 163
Et la Pourpre Romaine, & la Ville,
& la Cour.
Tu leur fis voir Louis comme un
nouvel Alcide
[perfide ,
- Pour étouffer un culte , & profane &
A la fatale erreur porter cent coups
mortels ,
Perdre ce Monftre affreux , & vanger
nos Autels.
L'Enfer en vain gemit par mille cris
funebres ,
Cette Hydre trouve à peine afile en
fes tenebres p
Loin de ce vafte Empire en des lieue
pleins d'horreas.
Louis aselegué los venin , fa foreur;
Mais afin d'arrefter tous les maux de
la guerre, [ ferre ,
Ce Heros i terrible à la mer , à la >
Pret à sarmer toujours pour le Ciek
outragé ,
O ij
164 MERCURE
Sufpend fon bras vainqueur dés qu'il
le voit vangé ,
Luy.mefme il fe defaime, & par cet- `
te victoire
Il calme l'Univers , & le comble de
gloire.
Sa valeur , fa bontê t'offiitent tous
ces.traits
Do&te Abbé , pour le peindre orné
de mille attraits,
La Bretagne fur toy fonde fon efperance
¿
Tes Anceftres toujours feront chers
à la France ,
i
Qui ne dédaigna pas d'allier autrefois
Aux Hermines lcs Lis , les Rohans !
à nos Rois .
се
Quand le fort ne t'euft pas donné ce
rang fublime ,
Ton efprit élevé , le grand coeur qui
c'ansme , .
GALANT. 165
Ta probité , ta foy , tant de tares
vertus ,
T'euffent de nos réfpects attirê les
tributs.
Ces préludes heureux font autant de
prélages
Qu'on doit te rendre un jour les
plus pompeux hommages ,
Lors qu'au facré College affis avec
éclat ,
On t'y vetra briller en augufte Prelat
,
Et qu'au bien de l'Eglife appliquant
tour ton zele
$
Tu feras toujours preft à t'immoler:
pour elle.
Les Ecoliers du College
d'Harcourt , où M ' l'Abbé de.
Soubife a demeuré ju'qu'icy ,
166 MERCURE
& d'où il lort pour aller au Seminaire
de Saint Magloire
jufqu'à ce qu'il ait pris le Bonnet
de Docteur , ont encore
pris part à cotte derniere action
, par plufieurs Difcours
Latins & en d'autres Langues
qu'ils ont efté luy faire. Voicy
celuy qui fut prononcé par
M de Lavaiffe , Ecolier de la
troifiéme Claffe de ce College
, Fils de M de Lavaiffe ,
Maréchal de Camp des Armées
de Sa Majesté , & Gou
verneur du Fort. Louis fur le
Rhin .
"
GALANT. 167
Mon
ONSEIGNEUR ,
Ne feroit ce pas abuſer du favorable
accueilque vous cuftes la
bonté de nous faire , lorfque nous
cafmes l'honneur de vous rendre
nos hommages aprés la premiere
action que vous portastes avec
tant d'éclat en Sorbonne , & ne
feroit cepas en même temps avoir
trop de confiance en noftrefoibleffe
, que derevenir une feconde fois
vous offrir nos Eloges & les com
fondre avec les acclamations publiques
que vous venez de rece
voir avec tant de justice deso
168 MERCURE
té la France ? Ony , fans doute ,
Monfeigneur , ce feroit trop préfumer
de nous mêmes ; auffi n'estce
pas là lè veritable motif qui
nous amene. Nos voix font trop
foibles pour pouvoir entreprendre
de vous louer. Eh ! comment cet
te entrepriſe ne feroit elle pas au
deffus de nous , puifqu'elle eft audeffus
des plus grands .Maiftres ?
En effer , Monseigneur , pour
pouvoirdignement parlerde vous,
ilfaudroit eftre auffi éloquent que
vous, & quel est celuy qui peut
fe flatter d'atteindre à cette haute
perfection que vous avezfait pa ..
roiftre dans votre dernier Dif
cours
GALANT: 169
coursfur noftre invincible Mo.
marque ? Nous ne fommes icy que
de foibles échos de ce que nous en .
tendons dire dans le monde de l'excellence
de voſtre mérite. Onpublie
par tout que jusqu'icy les Orateurs
les plus confommez n'avoient fait
qu'ébaucher le Portrait de Louis
le Grand, que vous feull'avez
beureusement commencé, & que
vous l'avez encore plus beuren.
fement finy Penetrez de l'estime
de l'admiration
de vos gran .
des qualitez , nous venons icy ,
peus eftre avec trop d'indifcretion
de semerité , mais pouſſez par
deax paffians bien differentes, vous
Janvier 1699.
P
170 MERCURE
temoigner noftre joye & noftre
douleur , noſtre joye , d'entendre
de toutes parts éclater le triom.
phe de voftre gloire ; noftre dou
leur , d'eftre au moment de perdre
le bonheur de votre prefence qui
faifoir tous nos plaiſirs dans ce lieu
où nous fommes éleveZ Plus
nous avons reffenty les doux effers
de voftre affabilité, de vostre bienweillance
, plus nous reffentons
aujourd'huy les regress & la
crainte de nous voir bien toftpri.
vez d'un afpect anffifavorable
auſſi avantageux pour nous que
le nostre. Le Jouvenir que nous
confer verons tres cherement de vộ
conferverons
GALANT:
171
Bre illuftre perfonne , adoucira en
quelque façon l'amertume de nos
chagrins. En jettant la venëfur
ceste retraite que vous aviez choi,
fie pour vos études , nous vous y
croironstoújouos renfermé, & ans
ceffe nous regarderons cet endroit
comme le fejour facré dela fageſſe
de la veritable éloquence. C'est
là, nous dirons nous fouvent en
nous- mêmes , qu'un jeune Prince
iffu dune Famille Royale , aformé
ce digne Portrait duplus grand
de tous les Rois.
Cesfentimens , Monfeigneur,
feront une partie de nos confola .
tions. Nous efperons qu'elles fe.
Pij
172 MERCURE
ront bien teft parfaites par lajoye
que nous aurons de voir un jour
vos vertus entierement couronnées.
Puiffe le Ciel remplir inceffamment
nos cfperances. Ce font les
voeux ardens finceres,refpectueux,
que fait à Voftre Grandeur la Fesneffe
de cefameux College , qui au.
ra eu la gloire de voir élever dans
fonfein unPrince de qui la naiffan
ce le merite doivent faire un
jour l'ornement de toute l'Eglife.
Ml'Abbé de Rohan eftant
tombé malade à la veille de
prononcer fon fecond Panegirique
du Roy , donna beaucoup
d'inquietude à tous
GALANT.
173
ceux qui s'intereffoient à fa
gloire , & fi toft que fa fanté
commença à revenir , M Nadal,
zelé pour tout ce qui le re
garde , luy en témoigna la joye
par ces vers.
PRince . voftre convalefcence
Va diffiper nos plus vives douleurs.
En vain le Ciel cuft pu s'attendrir par
nos pleurs ,
Nous ne nous Batons point icy que
faclemencé
Ait exaucé les voeax que formoient
mille coeurs
Dans fes decrets fi la Bonté fuprê
ше
A ménagé de fi précieux jours,
Si du mal qui vous preffe elle arrefte
le cours ,
Piij
174 MERCURE
C'est un foin que le Ciel fe deovit
luy- melme .
Glorieux inftrument de fes vafte..
defieins ,
Le deftin de l'Egliſe eſt en vos jeunes
mains ,
Non que de voftre fort vous cuffiez
à vous plaindre ,
Si maintenant alloit s'éteindre
De vos jours le brillant flambeau ;
Prince , de vos deftins le cours eft
affez beau.
Quels travaux n'en ont point confa
cré la memoire ?
De vos vertus déja le monde est
convaincu ,
L'envie eft étouffée , & vous avez
vêcu
Trop peu pour nous , affez pour voftre
gloire.
Dans les excés de vos foins redoublez
GALANT IS
On vit par la douleur vos efprits ac
cablez,
Un feu feditieux done la flamme
de la Marine , & м ' le
Breton ceux de l'ordinaire des
Guerres & de la Ville.
Le Pape a fait une Promo,
tion de deux Cardinaux dans
un Confiftoire extraordinairement
affemblé, qu'il tint le
19 du dernier mois. Le pre
mier eft Monsignor Jacques-
Antoine Morgia , Milanois
de l'Ordre des Barnabites ,
& depuis quelques années A
Pour le
comcu chacun alors implorant
la
juſtices
is
D: les
jours
tetranchez
offie le facrifice
,
649
Pij
174 MERCURE
C'est un foin que le Ciel fe deovit à
luy -melme ,
Glorieux inftrument de fes vaftes
defieins ,
Le deftin de l'Egliſe eft en vos jeu
nes mains
Non que
de voſtre fort vous cuſſiez
à vous plaindre ,
Si maintenant alloit s'éteindre
Devos jours le brillant flambeau ;
Prince , de vos deſtins le cours eft
affez beau.
Quels travaux n'en ont point confa
cré la memoire ?
De vos vertus déja le monde eft
convaincu ,
L'envie eft étouffée , & vous avez
vêcu
Trop peu pour nous ;
ftre gloire.
affez pour vo-
Dans les excés de vos foins redoublez
GALANT. 175
On vit par la douleur vos efprits ac
cablez.
Un feu feditieux dans la famme
eu
chacun alors
implorant la
justice
D: les jours
retranchez offie le fa
crifice ,
Piiij
176
MERCURE
Et
portant
jufqu'à luy ſes
douloureux
accens .
}
be a
fait
fumer
leur
[ dou
Louis vous occupoit , & non point a
Vos efforts répondoient alors à fès
miracles.
GALANT.
177
Ainfi jadis rendant de celebres ora◄
cles ,
Ces organ
vene pour le
commencement de cette année
, au Balancier Royal de
la Monnoye des Medailles ,
178 MERCURE
dont vous fçavez que Mª de
Launay eft Directeur. Aisfi
urpris
tiet aai343
du Trefor Royal & des Ga
es; M Mauger , de ceux de
xtraordinaire des Guerres
GALANT. 179
& de la Chambre aux deniers
; M' Heupiere celuydu
Jetton de la Marine , & м ' le
Breton ceux de l'ordinaire des
Guerres & de la Ville.
Le Pape a fait une Promo
tion de deux Cardinaux dans
un Confiftoire extraordinairement
affemblé, qu'il tint le
19 du dernier mois. Le premier
eft Monfignor Jacques-
Antoine Morgia , Milanois
de l'Ordre des Barnabites ,
& depuis quelques années Archevêque
de Florence Il avoit
efté Precepteur du Prince de
Tofcane , & enfuite Theolo
180 MERCURE
gien du grand Duc , La Congregation
des Barnabites à
Thonneur de donner toujours
des Precepteurs aux Princes
de Toſcane , & des Theologiens
aux grands Ducs. Monignor
Morigia eft de la noble
& ancienne Famille des MO.
rigia de Milan , qui a donné
à l'Eglife deux Saints Martirs ,
Saint Nabor & Saint Felix.
Les Barnabites reconnoiffent
pour un de leurs Fondateurs
Jacques Antoine Morigia ,
dont Monfignor Morigia qui
eft aujourd'huy Cardinal , eft
petit Neveu. Sa Sainteté a déGALANT.
181
claré dans le Confiftoire que
le Pere Morigia auroit le
Pas devant tous les Cardinaux
qu'elle avoit faits dans
fa premiere Promotion du 12.
Decembre 1695 parce qu'elle,
l'avoit refervé in Petto , pour
eftre en chef de tous ces nouveau
Cardinaux. Le fecond
Cardinal fait dans cette der.
niere Promotion , eft Monfi
gnorPaolucci, de Forli Evêque ,
deFerrare. Ileftoit revenu de
puis peu de fa Nonciature
extraordinaire de Pologne..
M Chevillard , Hiftoriographe
de France , vient de
182 MERCURE
$
"
mettre au jour deux Cartes des
Chevaliers de l'Ordre du Saint
Efprit. La premiere eft com.
pofée de tous les Chevaliers
créez par le Roy Henry II.
depuis l'Institution de cer
Ordre , le dernier jour de l'an
1578. jufques à fa mort, La
feconde eft de tous les Che
valiers de ce même Ordre
créez par le Roy Henry IV .
depuis fon avenement à la
Couronne , jufqu'à fa mort.
On voit dans cette derniere
les habillemens d'un Chevalier
Profés , & d'un Chevalier
Novice. Cette Carte fera fui,

+
GALANT.
183

vie de trois autres qui feront ,
la premiere , des Chevaliers
créez par le Roy Louis XIII.
& les deux autres de ceux que
Louis le Grand à créez , ce qui
fera cinq Cartes qui contiendront
les noms , qualirez , ar
mes & blafons de tous les
Chevaliers , Commandeurs &
Officiers de l'Ordre du Saind
Efprie , depuis l'Institution juf
ques à préfent. MuChevillard
a eu honneur de donner ces
Cartes au Roy , à qui il fut prefenté
par M le Maréchal de
Boufflers. I prefenta en même
remps à Sa Majesté un livre de
Sand
184 MERCURE
toutes les Cartes de fes Ouvra
ges de Blafon & d'Hiftoire
qu'il a données au Public . Ce
Livre eftoit compoſé de qua-.
torze Cartes , ĺçavoir :
1. Le Tableau de l'honneur,
ou Abregé methodique de la
Science du Blafon. 31
2. Les Papes & Cardinaux,
François de naiffance , ceux
qui ont cité nommez par nos
Rois , & ceux qui ont poffedé,
des Archevêchez & Evêchez
en France .
3. Le Conclave où a eftéélû
Pape Innocent XII. & les additions
des Cardinaux qu'il a
faits depuis
.
GALANT 185
4 Le Clergé de France comme
il eftoit en 1691 , avec les
additions.
5. La ligne directe de la
Maifon de Bourbon , & le
Pennon genealogique
des
Vinge quarriers d'Alliances
depuis Anne de Ruffic , Fem
me de Henry I. Roy de France,
jufques à Madame la Dauphi
ne.
6. Les grands Senefchaux
& Conneftables de France.
7. Les Chanceliers & Gardes
des Sceaux de France , de
puis Saint Louis .
C.
8 Les Marefchaux de Fram .
Janvier 1699
186 MERCURE
ce , depuis le Roy Philippe Auguſte.
9. Les Grands Amiraux de
France & Generaux des Galeres
, avec les Pavillons de toutes
les Nations.
10. Les Chevaliers des Ordres
du Saint Eſprit , créez par
le Roy Henry III.
11. Les Chevaliers des Ordres
du S. Efprit créez par le
Roy Henry IV.
12. Les Grands Maiftres de
Malte.
XUE
13. Les Secretaires d'Etat
depuis le Roy Henry II . qui les
reduifit au nombre de quatreGALANT.
187
14 Le Parlement de Paris
comme il eftoit en 1693 & les
additions depuis ce temps -là.
Sa Majesté voulut bien fai
re l'honneur au S'Chevillard,
de fouffrir qu'il luy expliqualt
toutes ces Cartes les unes aprés
les autres. La maniere
avec laquelle elle acceptance.
prefent , marque bien la farist
faction qu'Elle a receue de
tous ces Ouvrages. Toute
la Cour en a auffi marqué
beaucoup à l'Auteur n'y
ayant perfonne parmy ceux
qui la compofent , qui n'y loie
intereffe , ou par luy melme,
Q ij
188 MERCURE
ou par fes Anceftres , fans par
ler des alliances . Le même
Aureur va donner auffi de fuite
dix feuilles d'additions au
Livre de la France Chreftien
ne, qu'il fit imprimer in quarto
1693. & qui par cette addition
fera parfait jufqu'à preſent. i
Le Sieur Colombat , Li
braire rue Saint Jacques , aut
Pelican , debite depuis peu un
Livre fort inftructif & fort
agreable. left intitulé Ens
tretiens fur les Contes de Fées g
fur quelques autres ouvrages du
temps , pour fervir de preſerva.
if contre le mauvais ' gouft , dé
GALANT. 189
dié à Meffieurs de l'Academie
Françoife . Cet ouvrage confif
te en cinq entretiens où l'on
examine la plupart des Livres
novveaux . Perfonne n'y
eft nommé , & l'Auteur de
celuy- cy qui ne fe nomme
point auffi , ne ſe propofe que
d'engager ceux qui veulent
devenir Auteurs à fe rendre
capables dé faire de bons ou
vrages. La Critique qu'il
fait de ceux qui ont paru depuis
quelque temps eft judi
cieufe , & peut fervir à recti
fier le mauvais gouft du
Siecle .
190 MERCURE

Le même Libraire vient
encore de donner au Public
une nouvelle Traduction de l'Imi .
tation de Jefus Chrift , plus ample
que toutesdes Traductions precedentes
, avec les notes d'Horf
tius , dédiées à Monseigneur le
Duc de Bourgogne, Cette Traduction
eft de M' l'Abbé de
Bellegarde. Elle eft enrichie
de notes & d'une introduction
à l'Imitation , qui fait
voir l'efprit & le caractere de
ce Livre tout divin , afin qu'on
en prenne bien l'esprit . C'eft
ce qu'on ne trouve dans aucune
des Traductions qui ons
#
GALANT. 191
paru avant celle la.
Il paroift
auff depuis
peu
un Livre intitulé
Tarifgeneral
de multiplications
& de divifions
,
par lequel on trouve la folution
des Regles
de l'Arithmetique
.
Cet ouvrage
, neceffaire
aux
Financiers
, aux Banquiers
,
aux Marchands
& à toutes
fortes
de perfonnes
, eft dédié
à M d'Argenfon
, par le
S'le Clerc , Maistre
Ecrivain
Juré Expert , pour les verifi .
cations
des écritures
& Arith
meticien
, qui en eft l'Auteur
.
Il eſt divisé
en deux parties
:
La premiere
, qui eft une Pré-,
712
192 MERCURE
facerailonnée , apprend de la
maniere de fe fervir du Tarif
dont il s'agit , & renferme les
Regles les plus neceffaires de
l'Arithmetique , tant pour les
perfonnes engagées dans le
commerce,que pour cellesqui
font employées dans lesFinances
. La 2 partie comprend
le Tarif. Pour faciliter l'in
telligènce des regles de la premiere
partie , l'Auteur aprés
avoir donné les définitions
des Regles & des nombres
qui fervent de fondement à
FArithmetique , fair plufieurs
remarques . La premiere, pour
connoiftre
GALANT.
19.3.
-1.
connoiftre le produit des li
vres & des fols , ou des au-³
tres chofes quipeuvent tomber
dans le Tarif. La feconde,
pour expliquer de quelle
maniere fe fait la réduction
des petites fommes aux plus
grandes , & des plus grandes
aux plus petités . Dans la troifiéme
, il fait un détail des
fractions & des divifions qui
fe rencontrent dans fon Livre.
La quatrieme a pour
objet la multiplication , elle
renferme quatre obfervations
tres- difficiles , mais expliquées
ſi nettement que
Fanvier 1699 .
R
194 MERCURE
toute la difficulté en eft levée
, enforte qu'il n'y a perfonne
qui par le fecours de
cette explication & des exemples
qui la confirment , ne
puiffe faire de femblables obfervations.
La cinquiéme res
marque roule fur la divifion,
elle comprend auffi plufieurs
obfervations expofées avec
la même netteté que celles
de la precedente . La Regle
de Trois fait le fajet de la
fixieme remarque , & comprend
neuf oblervations qui
ont pour exemples diverfes
fortes de propofitions de
GALANT. 195
nombres. La feptiéme remarque
fait connoiftre la Regle
de Compagnie ou de fociété,
Bla huitième & derniere remarque
comprend vingt fix
demandes avec leurs repent
fes fur des fujets tres - curicax.
L'Auteur, qui par une longue
experience s'eft acquis une
connoiffance exacte , nonfeulement
de l'Arithmetique,
mais encore de toutes les difficultez
qui fe rencontrent cha
que jour dans le calcul , a cru
les applanir par ce Tarif qui
eft compofé avec beaucoup
d'exactitude. La feconde par-
Rij
196 MERCURE
tie de ce Tarif eft imprimée
par colomnes divifées en plufieurs
quarrez. Les deux premieres
lignes paralleles qui
font au haut de chaque page ,
renferment le prix de la cho
fe , ou la marchandiſe , ou le
prix de la chofe même. Les
colomnes perpendiculaires
bornées par deux lignes paralleles
donnent le prix de la
chofe, foit en livres , foit en
deniers. Les onze premiers
nombres de chaque premiere
colomne finiffant à la feconde
, fervent pour multiplier le
prix de cette même chofe par
GALANT: 197
livres marqué par L. par fols
marqué par S. & par deniers
marqué par D Les nombres
depuis onze jufqu'à vinge ne
I
la - multiplica
donnent
que
tion
par livres
& fols . Depuis
le
nombre
zo on
augmente
.
par dixaines
jufques
à 100. &
par too. depuis
ce même
nom
.
bre jufques
à celuy
de 1000 .
& depuis
ce dernier
par 1900.
jufques
à 20000.
& tous
ces
divers
nombres
depuis
20000
.
ne produilent
que
des livres
marqué
par L. Comme
l'Au .
teur
ne fe fert dans
les Colomnes
quede
nombres
com.
2 Reijo
198 MERCURE
plets , il a eu foin d'ajouterà
la fin de chaque page du recto
les fractions du premier nom,
bre proposé dans la même
page ; Scavoir les la le
le les de le & le
12
A la fin du même Tarifon
trouvera diverſes colomnes
pour fçavoir à quoy la dépense
quel'onfait parjour monte par
an , comme auffi à quoy la dé,
penſe que l'on fait par an peur
aller par jour; & pareillement
connoistre ce que valent la
pinte du muid de vin , de demiqueuë
, foit de vin , ou cau de
vie , le boiffeau de grain & autres
choles femblables par
GALANT. 199

proportion à ce qu'a couré (le
muid , la demy queuë de vin
& Eau de vie , que celuy de
grains , & la divifion de quelque
fomme que ce foit à un
nombre de 160. Officiers qui
ont bourſe commune. Ce
Tarif fe vend chez l'Auteur,
rue Saint Antoine , au coin
de la ruë Tifon , & chez Auguftin
Befoigne , dans la
grande Salle du Palais , vis - àvis
la Cour des Aides-
Il paroift depuis peu un autre
Livre nouveau intitulé le
grand Canon de l'Eglife Greque,
compofé il y a plus de mille ans
Riiij
200 MERCURE
#
par Saint André de Jerufalem,
Archevêque de Candie Il contient
une des plus belles &
des plus éloquentes prieres
de l'Office Grec , où l'ame follicite
le pardon de les pechez
par de grands fentimens de
penitence , & s'anime à la vertu
par les Hiftoires de la Sainte
Ecriture , avec le Canon
du pecheur qui a recours à
la Sainte Vierge. C'est une
Vetfion paraphrazée du Gréc
& ornée de quelques notes
par M Chevillier , Docteur
& Bibliothequaire de la Maifon
& Societé de Sorbonne .
Les Grecs ont dans leur OffiGALANT.
201
ce Ecclefiaftique des Hym
nes qu'ils appellent Canons ,
parce qu'ils font compoſez
avec quelque regle & quel
que alfujetiffement . C'eftune
elpece de Poëfie ou de Profe
mefurée , faite exprés pour
le chant de l'Eglife , qui con
fifte dans le nombre des fyl
labes , & dans la cadence de
quelques mots. Ils les divifent
en Odes ou Cantiques , & le's
Odes en tropaires que nous
pouvons appeller Strophes ,
dont il y en a quelques unes
qui portent differens noms ,
& avec lefquelles ils meflent
202 MERCURE
4
Cercaines Prieres qui ont differens
titres , comme fait l'Eglife
Latine quia dans fes Of
fices des Antiennes , de Répons
, des Traits , des Verfets
& c. Ils nomment celuycy
le grand Canon , à cauſe
quil contient beaucoup plus
de Strophes que les autres
Canons . lly en a encore une
raifon : c'est qu'il est plein d'é
rudition , qu'il eft pathetique,
& touchant , & tres capable
de remuer les coeurs . On
trouve dans la Preface du Livre
dont je viens de vous parler
, de plus longues explicaGALANT.
203
tions du grand Canon . Elles
font remplies de chofes trescurieuſes.
Ce Livre fe debite
chez Nicolas Couterot , ruë
Saint Jacques aux Cicognes.
Le même Libraire vend un
Livre intituléTraité de la longue
wie , dans lequel, par des principes
nouveaux de Medecine, on donne
des moyens certains pour conferver
longtemps la fanté. Le titre de
ce Livre doit exciter d'autant
plus de curiofité , que le defir
de vivre longtemps eft naturel
à tous les hommes
malaiſé de bien expliquer ce
que c'est que ce Livre. Ainfi
left
204 MERCURE
le faut lire pour le bien
comprendre . Voicy le Juge .
ment qu'en a porté M ' Bourdelot
tres fameux
S
t
l'orde
edecin
.
Fay lú par de Monfeigneur
le Chancelier le Traité de
la longue vie. Si on le confidere
dans le fens moral & allegori.
"que , on en jugera avantageufe.
ment , puis qu'il eft vray que la
pureté des moeurs , à laquelle Au.
teur exhorte, eft le plus feur moyen
pour arriver à une belle vicilleſſe ;
mais fion l'examine en Phyficien,
on en jugera tout autrement ;
car il condamne les maximes de
la Medecine les mieux eftablies ,
GALANT: 205
rejette la faignée , & les purgaifs
, n'admet contre les maladies
qu'un feul unique reme,
de, qu'il appelle fuccedanée , on
fubfticut du fruit de vie.
Je ne puis porter un autre
Jugement de cet ouvrage que
celuy qu'en a fait un homme
auffi éclairé & auffi eftimé
que M' Bourdelot .

Il eft arrivé une chofe fort
finguliere , qui merite les reflexions
des Sçavans . M' le
Duc , Chirurgien celebre de
Paris , & fameux Accoucheur,
fut mandé leis . du mois paffé,
pour accoucher une Femme
206 MERCURE
âgée de vingt- deux ans , &
groffe de fon premier enfant,
Cette Femme eſtant devenuë
aveugle vers le milieu de la
groſſeffe , n'avoit pas laiſſé de
parvenir au dernier terme ,
nonobftant toutes fes incom.
moditeż. M' le Duc fe mic en
devoir de l'accoucher , & re .
connut peu de temps aprés ,
que fon enfant eftoit mort.
Le travail le trouva & difficile
, qu'ayant pris la tefte pour
le tirer , elle fe détacha du
corps , & ainfi de toutes les
autres parties ; mais une cho
fe qui n'eft peut- eftre jamais
GALANT 7 207
arrivée , c'eft que dans le mo
ment qu'il tira le corps de cet
enfant , il fortit de la matrice
de la Mere une flamme de feu,
tirant fur le violet , qui s'éleva
& s'écarta dans toute la circonference
du lit. Ce prodige
ne peut pas eftre révoqué en
doute , puis qu'il s'y trouva
plus de dix perfonnes dignes
de foy , qui en rendront té.
moignage au Public.
Le13 . du mois paffé , le Roy
donna une Declaration , qui
porte , que le defir qu'avoit en
Sa Majesté de voir tousfes Sujets
réunis dans la Religion Catholi
208 MERCUKE
Teque,
Apoftolique & Romaine,éta.
blie & obfervée fi religienfement
depuis tant de fiecles dans fon
Royaume , l'ayant obligée de
voquer parfon Edit du mois d'Q.
ctobre 1685. ceux par lesquels les
Rois fes Predeceffeurs , & nom.
mément le Roy Henry IV . deglorieufe
memoire , avoient efté obli
gez par les defordres arrivez fous
leurs regnes
,
de tolerer la Religion
Prétendue Reformée , Elle
avoit vú avec une grande fatis
faction , la plus grande partie de
fes Sujets , qui y estoient engagez,
rentrer dans lefeindel Eglife , dont
leurs Peres s'eftoientfeparez dans
GALANT. 209
4
le dernierficcle ; mais qu'encore que
l'augmentation des foins & des
travaux que Sa Majeſté avoit eflé
contrainte de fupporter pendant
·la derniere guerre , n'eust pas affoibli
l'attention qu'elle donnoit à
la perfection de ce grand ouvrage,
neanmoins comme ceux dont Elle
eftoir obligée de fe fervir pour l'exe
cution de fes ordres dans les Provinces
, occupez de tant de chofes
differentes , dont ils avoient efté
charge depuis quelques années ,
n'avoient pu avoir la même vigilance
fur ce fujer , Elle apprenoit
avec déplaifir que des Miniftres
qui estoient cy - devant dans le
Janvier 1699. S
210 MERCURE
Royaume , meſmé quelques.
uns de fes Sujets plus endurcis
dons leurs erreurs , abuſant dans
cette conjoncture de lafoibleſſe
de la legereté des autres les avoient
flatez d'efperances vaines , qui en
avoientfait relâcher quelques uns
desbonnes difpofitions où ils eftoiènt
•auparavant ; & que comme Elle
ne fouhaitoit rien avec plus d'ar.
deur , que de voir dans fon entiere
-perfection un deffein qu'elle a enrepris
pour la gloire de Dieu, eg
pour lefalut d'un fi grandnombre
de fes Sujets , Elle a cru qu'elle
devoiry donner de nouveaux foins
dans ce temps de Paix , pour dé
GALANT 211
tromper ceux que ces illufion's one
pú abufer. A ces cauſes , Sa Majefte
déclare qu'Elle veut &
qu'il luy plaiſt , que fon Edic
du mois d'Octobre 1685. portaat
révocation de celuy de
Nantes, & autres faits en confequence
, foient executez ,
failant iteratives défenfes à
tous les Sujets de faire aucun
exercice de la R. P. R. dans
toute l'étenduë de fon Royaume
, de s'affembler pour cet
effet en aucun lieu , en quelque
nombre , & fous quelque
prétexte que ce puiffe eftre , de
recevoir aucuns Miniftres , &
Sij
212 MERCURE
d'avoir aucun commerce avec
eux directement ou indirecte .
ment . La même Ordonnance
pourvoir à l'inftruction de
ceux qui font rentrez dans le
fein de l'Eglife Catholique &
de leurs Enfans , & les maintient
dans leurs biens , en fatisfaifant
aux devoirs de la Reli .
gion .

Le 29. du mefme mois , Te
Chapitre de l'Eglife Royale de
la Ville de Saint Quentin donna
fon Mandement au fujet
de cette Declaration de Sa
Majefté. Cette Eglife , dont
l'antiquité eft affez connue ,
GALANT 213
a toujours marqué beaucoup
de zele pour tout ce qui regarde
la Religion . Auffi a- t- elle
eu de grandes prérogatives ,
confirmées par Bulles des Papes
, Concordats , & Arrests
contradictoires des Confeils
des Rois. Son Clergé eft tresnombreux
, & confilte en cinquante
fix Chanoines , & plus
de cent Chapelains . Tous les
Canonicats font à la nomination
du Roy , qui en eft le
premier Chanoine . Voicy les
termes de fon Mandement.
214 MERCURE
No
OUS Doyen , Chanoines
Chapitre de l'Eglife
Royale & Proepifcopale de Saint
Quentin en Vermandois : Atous
Curez & Fidelles de noftre Furifdistion
, Salut . Jamais Prince
na merité le Nom de Grand à
plus jufte titre , que nostre auguste
Monarque, Cette grandeur ne
vient pas tant du nombre de fes
Conqueftes , que du zele ardent
qu'il a toujours fait paroiftre pour
ramener dans le fein de l'Eglife
Catholique , tous ceux de fes Sujets
, dont les Peres s'estoient fe
parez dans le dernier Siecle. Élle
GALANT.
215
vient de cette foule , innombrable
de Converfions qui fe font
faites par fes ordres , par fes
foins , par fes liberalise ; ayant
ramené beureusement à l'Eglife
plus d'un million d'ames , par
un prodige auffi grand que celuy
qui sira autrefois plus de fix cens
mille hommes d'Egipte , & tout
cela fans violence , fans armes,
bien moins par la force de fes
Edits , que par la sagesse de fa
conduite , & par fa pieté exemplaire.
Les Eloges des premiers &
des plus faints Empereurs
nous fourniroient point de termes
qui puffene aßez noblement ex-
"
ne
216 MERCURE
primer la gloire que ce grand
Prince s'eft acquife , en prenant
l'intereft de la Religion ; plus glo .
vieux que ces Rois defuda , loüez
à la verité dans les Saintes Ecritures
, d'avoirfait regner la Jutice
, reformé les Loix , triomphé
de leurs Ennemis , mais blâme
en même temps de n'avoir pas
aboli les Sacrifices qui fe faifoient
fur la Montagne. Verumtamen
excelfa non abftulit. Combien
d'Autels ont efté élevez à l'hon .
neur deJefus Chrift & à la gloire
de Dieu ? Combien d'Eglifes
ont eftéouvertes rétablies dans
leur premier éclat par lesfoins de
ce
GALANT.
217
ce pieux Monarque ? Tousjours
attentif aux interefts de la Re-
Ligion , que n'a - t - il point fait
pour la relever dans les lieux
où elle eftoit abatuë , pour l'étendre
au delà des Mers dans
les lieux où elle efloit inconnue ,
pour la faire triompher dans
Fun & dans l'autre monde ?
Ce grand Prince , le Protecteur
de la vraye Religion , le Deftruteur
de l'Herefie, le
Reftaurateur
des Autels, a mieux aimé expoferfon
Eftat aux incommoditez
d'une guerre eftrangere , que d'y
fouffrir à jamais une Secte eftablie
par la revolte . Il femble
Janvier 1699. T
Th
218 MERCURE
qu'il n'ait combatu & triomphé
que pour Dieu, & lefruit qu'il
tire de la Paix , nous fait affez
connoistre quel eftoit leprincipal
but de fes Victoires , n'ayantfini
la Guerre , lors mefme qu'il en
pouvoit tirer de plus grands avantages
, que par l'empreffement
qu'il avoit de donner tous
Les foins auprogrés de la Religion
, fuivant les mouvemens.
de cette pietéfincere dont il donne
tous lesjours tant de preuves
éclatantes , parfon affiduité aux
devoirs de cette mefme Religion,
parfon exactitude à en obferver
Les regles , et par le digne choix.
GALANT .
219
de fes
principaux Miniftres.
Ainfi pour feconder de noftre
part les pieux deffeins de ce
grand
Monarque , & mesme
pour obeir
exactement aux ar
ticles énoncez dans fa Declaration
que vous avez publiée par
noftre ordre Nous vous mandons
&
ordonnons de travailler
avec tout le zele & l'attention
poffible à l'inftruction & au fa.
Lut des Fidelles foumis à noftre
Furifdiction , & qu'il a plu à
Dieu de confier à voftre condui
te , de les inftruire des myfteres
de noftre fainte Religion & des
Regles de la Morale Chreftienne ,
Tij
220 MERCURE
& d'apporter encore des foins
plus particuliers pour l'inftruction
de ceux qui font reünis à la
Religion Catholique , Apoſtolique
Romaine , qui peuvent fe
rencontrer dans vos Paroiffes.
Ce Mandement a efté fait
par M. de Vernage, Chanoine
de la meſme Eglife . Le
Chapitre l'avoit chargé de le
faire , & il l'a fini par ces mots.
Nous vous mandons en outre )
vous exhortons de redoubler vos
voeux & vos prieres , pour obtenir
du Ciel qu'il répande avec
abondance fes benedictions en
faveur d'un Prince qui fe les
GALANT. 221
attire par des actions fi utiles à
La Religion , & que l'on regardera
tousjours comme la fource
defes profperitez , t) le comble
de fa gloire.
Voici les noms de quelques
perfonnes confiderables,
mortes depuis ma derniere
Lettre.
Henry Albert de Coffé ,
Duc de Briffac , Pair de France
, mort le 29. du mois paffé
en fa cinquante- quatrième
année , dans fon Château de
Briffac , aprés avoir reçû tous
fes Sacremens , & donné toutes
les marques poffibles de la
Tiij
222 MERCURE
plus fincere penitence . Il étoit
Fils de Louis de Coffé Duc
• de Briffac , Pair de France
& de Dame Marguerite de
Gondy , Fille de Henry de
Gondy Duc de Rets , Pair de
France , dont le Pere Char
les de Gondy Marquis de Belle
- ifle avoit époufé Antoinet
te d'Orleans , Fille de Marie
de Bourbon heritiere d'Eftouteville
. Le public eft affez informé
de l'antiquité & de la
grandeur de l'illuftre Maiſon
de Coffé. L'hiſtoire nous a
prend que dez le tems de Philippes
fecond , furnommé AuGALANT.
223
gufte , quarante- uniéme Roy
de France en 1180. Fiacre de
Coffe poffedoit la Charge de
Premier homme de Logemens
de la Perfonne du Roy ,
qu'on appelle aujourd'huy
Grand Marêchal des Logis.
Le Roy S. Louis étant allé en
la Terre -fainte pour faire la
guerre aux Infidelles ; Roland
de Coffé fut un des principaux
Seigneurs, qui l'accompagnerent
dans ce voïage : &
il y termina glorieuſement fa
vie.On fçait encore que Charles
VI. entre les plus grands
Capitaines de fon Royaume
T iiij
224 MERCURE
choifit Ancelin de Coffé pour
General d'une Armée de
12000. chevaux , que ce Prince
envoya en Italie au fecours
de Loüis , Duc d'Anjou , Roy
de Sicile , dont Thibaut de
Coffé fut enfuite grand Ecuyer
, & en même tems Gou
verneur de la Ville d'Angers ,
& Commandant en la Province
d'Anjou . Le nom de
Coffé n'a pas été moins il-
Iuftre dans les derniers fiecles
que dans les precedens.
René de Coffé Chevalier de
l'Ordre du Roy , quatrième
Fils de Thibaud , eut des em
GALANT. 225
plois encore d'une plus grande
confiance , puiſqu'il eut
l'honneur d'être confecutivement
Gouverneur de Henry
II . & de François II . qu'il accompagna
en Eſpagne lorfque
François I. les y envoya
en ôtage. Artus de Coffé, Seigneur
de Gonnor, Comte de
Secondigny Fils de René , &
Frere puifné de Charles , appellé
Marêchal de Briffac
Chevalier des Ordres du Roy ,
Confeiller d'Etat , Grand Pannetier
de France , & enfin
Marêchal de France , fut
aufli Lieutenant General de
226 MERCURE
Normandie , Gouverneur de
la Ville de Mets & Lieutenant
General du Païs Meffin .
Charles fon Frere aîné fut
Lieutenant General au Gouvernement
de Picardie en
l'abſence du Roy de Navarre
Oncle de Charles IX . II
fut pareillement Gouverneur
de Mariembourg & du Païs
des Ardennes , & fut nommé
General de l'Armée Françoi
fe en Piedmont , où il défit
l'arriere Garde de l'Armée
puiffante que commandoit
alors le Duc de Jeffé au nom
de Charles-quint.Ce fut Louis
-
GALANT.
227
de Coffé leur Bifayeul qui
fous les Rois de Sicile , obtint
le Gouvernement
de la
Ville & du Château de Naples
, & y foûtint tres longtems
avec peu de forces une
puiffante armée ennemie , &
parvint enfin à la dignité de
Conneftable
du même Royaume
de Naples . Jean de
Coffé leur ayeul ne fe rendit
pas moins recommandable
par quantité de belles actions
qui luy firent meriter
la dignité de Conneſtable
de
Naples , comme auffi celle de
grand Senechal d'Anjou : il
228 MERCURE
fut auffi Gouverneur de Provence.
Thimoleon de Coffé,
Comte de Briffſac , eſt au deffus
de toute loüange , ayant
non feulement delivré Malthe
affiegée & preſque ruinée
par les Turcs, à qui il fit
honteufement lever le Siege
à la venue du fecours qu'il y
mena , à fes propres dépens ,
mais encore par une infinité
de belles actions & de victoires
qu'il remporta , n'étant
encore âgé que de vingt- trois
ans. Enfin les Seigneurs de
Coffe ont toujours été hono
rez par les Rois d'une fuite
GALANT. 229
continuelle d'honneurs, charges
& dignitez : pluſieurs d'entr'eux
ayant eftéfuceffivement
grands Pannetiers & grands
Fauconniers de France , Lieutenans
Generaux des Armées,
Gouverneurs des Provinces
d'Anjou , de Touraine , du
Maine, de Provence , de Normandie
, de Picardie , Berry,
Païs Blaifois , Païs Chartrain ,
Païs Meffin , Vandomois
Châtelraudois & Oudannois :
Gouverneurs de plufieurs im
portantes Villes , comme Pa
ris , Orleans, Mets , Mariembourg
& autres. Un d'entr
230 MERCURE
eux a dignement remply la
Charge de grand Aumônier
de France. Deux ont auffi efté
Colonels de l'Infanterie
Françoife : un autre Colonel
General de la Cavalerie legere
de France : un autre enco
re Grand- Maître de l'Artillerie
; & trois ont obtenu par
leurs grandes actions la digni
té de Marêchal de France. Le
dernier fut Charles de Coffé
II. du nom , honneur qu'il avoit
merité par un grand nombre
de Victoires
remportées
fur les Allemans , les Italiens,
les Anglois , les Flamans &
GALANT. 231
les Eſpagnols , en quoy il fe
montra digne Fils de Charles
de Coffe I. du nom auffi
Maréchal de France , & defigné
à la dignité de Conneftable
, & qui à la bataille qui ſe
donna au Siege de Perpignan ,
luy feptiéme regagna l'Artillerie
dont les ennemis s'étoient
faifis , & fit admirer la
grandeur de fon courage à la
retraite de Landrecy , où il fut
trois fois pris , & trois fois recous
, ayant par fa valeur garanti
l'Armée où le Roy étoit
en perfonne.
Il ne faut pas oublier que
232 MERCURE
la Maifon de Coffe n'eft pas
moins illuftre par fes grandes
Alliances , qu'elle l'eft par un
nombre infini de grands Emplois.
Non feulement elle a
contracté des Alliances en
France avec les Maifons de
Beaumont le Roger , de Melun
, de Montejean , de Sillé-
Leguillaume , de Vallée de
Fay, de Reftron , de Harcourt,
de Beauveau , de la Rata de
Sanfay , de Quels , de Boify
de Montmorency , de Bretagne
dite Daçigné & de Rohan
; mais encore en Italie où
un Seigneur de Coffé s'étant
marié
>
GALANT. 233
y
marié au Royaume de Naples
pendant qu'il étoit au ſervice
de la Maifon d'Anjou , y for
ma une Famille illuftre , qui
fubfifte encore aujourd'huy,
& dont le Chef eft le Duc de
Sainte Agathe. Toutes ces
choſes obligerent le feu Roy
d'ériger au mois d'Avril 1611.
le Comté de Briffac en Duché
Pairie en faveur de Charles
de Coffé II . du nom , Chevalier
des Ordres du Roy
Conſeiller d'Etat , Lieutenant
General pour le Roy en Bretagne
, Marêchal de France ,
& premier Duc de Briffac &
Fanvier 1699.
V
234 MERCURE
Pair de France , qui eut pour
Fils , François , Pere de Louis
dont étoit Fils Henry Albert
qui vient de mourir , & Thimoleon
, dont eft iffu Artus
Thimoleon de Coffé grand
Pannetier de France , Colonel
du Regiment du même
nom .
Mr le Duc de Briffac dont
je vous apprens la mort , avoit
époufé en premieres noces ,
Gabrielle Loüife de Saint
Simon , Fille de Claude , Duc
de S. Simon , Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roy,
& de Diane Henriette de BuGALANT.
235
dos Marquise de Portes ; &
en fecondes , Elizabeth de
Vertamont , Soeur de M. le
Premier Preſident du Grand
Confeil , & Fille de Michel
de Vertamont , Maistre des
Requeſtes , & de Marie d'Aligre,
Fille du Chancelier de ce
nom , remariée depuis à M.
le Marefchal d'Eftrades.
Mr Defmadrits . Il eſt
mort d'apoplexie , mal fort
ordinaire cette année , extremement
regreté pour ſes belles
qualitez, de tous ceux qui
l'ont connu. Il eftoit Intendant
de Juftice & Police à
V ij
236 MERCURE
Dunkerque & à Ypres , &
avoit eu auparavant plufieurs
emplois dont il s'eftoit tresbien
acquité , ce qui l'avoit
rendu digne de ce dernier. Il
avoit épousé une Fille de M.
Foulé de Prunevaux Maiftre
des Requeftes. Elle eftoit Soeur
de M³ de Martungis, Ambaſſadeur
de France en Danemarc.
Il n'y a point d'Ami plus effentiel
qu'eftoit Mr Defmadrits.
Dame Elizabeth le Feron ,
Veuve de Meffire Charles
Dailly , Duc de Chaulnes ,
Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , & Lieu
GALNAT. 237
tenant General de fes Camps
& Armées , cy - devant Gouverneur
de Bretagne & de
Guienne , & plufieurs fois
Ambaffadeur à Rome ; & au
paravant Veuve de Jacques
Efthuer de Cauffade,Marquis
de S. Maigrin, LieutenantGeneral
des Armées du Roy , &
Capitaine General Comman
dant en Chefen Catalogne ,
Capitaine Lieutenant des
Chevaux- Legers de la Garde
du Roy , & de ceux de la Garde
de la Reine - Mere , lequel
fut inhumé par ordre du Roy
en l'Abbaye de S. Denis en
238 MERCURE
1
France.Elle eft morte fanspof
terité. Elle eftoit fille de Dreux
le Feron , Confeiller au Parle
ment , & de Barbe Servien , &
petite Fille de Raoul le Feron ,
Seigneur d'Orville & de Louvre
en Parifis , Maistre des
Comptes, & d'Elizabeth Hen
nequin.
Mr Noüet , ancien Avocat
au Parlement. Il eftoit
originaire du Pays du Maine
qu'il avoit quitté dez fa jeuneffe
pour s'attacher au Bareau
, où il s'eftoit rendu re
commandable par fon appli
cation laborieuſe , par la vivaGALANT.
239
cité & la penetration de fon
efprit, & par une connoiſſance
generale du Droit, & fur tout
dans les Matieres Beneficiales
où il eftoit toûjours confulté.
Il eftoit de plufieurs Conſeils
& entr'autres de celui du fceau
de la grande Chancellerie de
France , de l'Affemblée du
Clergé , de ceux de plufieurs
Cardinaux , Archevêques &
Prelats , de celuy de l'Ordre de
S. Benoift , de la Maifon de S.
Cyr , dans tous lefquels il s'eftoit
attiré une eftime egale à
celle qu'il avoit acquife au Palais
qui le regrette autant qu'il
240 MERCURE
le confideroit. Sa pieté & fa
probité le rendoient d'ailleurs
tres- confiderable . Auffi fa memoire
a - t- elle efté honorée
dans fonConvoy en l'Eglife S.
Eftienne du Mont fa Paroiffe,
par la preſence de cinq de
Meffieurs lesPrefidents àMortier
qui conduifoient le deuil,
de plufieurs Confeillers de la
Cour, de Meffieurs les trois A
vocats Generaux , de quantité
d'autres Magiftrats de differentesCours
, & de prés de trois
cens de fes Confreres . Il avoit
époufé Jeanne de Maffac , Fille
de defunt Guy de Maffac
habile
GALANT. 241
habile Avocat , dont il laiffe
plufieurs Enfans,& entr'autres
un Fils auffi Avocat , qui bien
qu'il n'ait pas encore trente
ans , s'eft diftingué depuis
pluſieurs années dans le Bar,
reau par fa capacité & fon
Eloquence. Tous les differens
Confeils où le pere avoit eſté
fon merite , ont
appellé par
continué le Fils dans les mêmes
Emplois.
Dame Marguerite de la
Fare. Elle eftoit Veuve de
Meffire Jacques Chevalier
Comte Davejan, tres- eftimée
par fa yertu & la pieté , & par
Fanvier 1699.
X
2142
MERCURE
pour
fon zele pour la Religion &
la converfion des Pretendus
Reformez. Elle avoit
quatre-vingt-quatre ans, & ef.
toiulbere de M. le Comte Da
vejan ,Maréchal des Camps & i
Armées du Roy , Gouverneur
de l'Ordre de S.Louis, & Lieutenant
Colonel du Regiment
des Gardes. Cette Maifon eft
tres -ancienne & illuftrée dans
le Languedoc.
Vous avez raifon de dire
qu'en vous parlant des Enfans
de feu Mode Louvois à l'oc
cafion de la mort de Mada
me la Chanceliere le Tellieri
A
GALANT. 243
j'ay oublié de vous parler de
Marguerite le Tellier l'une des
Filles qui en 1694. époufa
M de Neuville Duc de
Villeroy , Pair de France ,
Colonel du Regiment Lion
nois , & Lieutenant General
des Provinces de Lionnois
Forets , & Beaujolois , fils
de M le Duc de Villeroy
Pair , & Marechal de France:
Ainfi jay deu vous dire que
feu Mt de Louvois avoit laiffé
fix enfans , & non pascinq.
M. le Marquis de Villacerf,
aprés avoir eu l'honneur de
fervir le Roy cinquante- trois
X ij
244 MERCURE
ans en divers emplois , & dans
les Charges de premier Mailtre
d'Hoftel de la feuë Reine,
& de Surintendant
des Bafti
mens de Sa Majeſté , a donné
fa demiffion
volontaire
de
cette derniere , que fa fanté
troublée par des infirmitez
prefque continuelles
, ne luy
permettoit
plus d'exercer
avec l'exactitude
& les foins
qu'il a tousjours
apportez
pour l'execution
des ordres de
fon Prince , le zele de ce Marquis
luy faifant facrifier fes
propres intereſts & ceux de fa
famille , pluftoft que de caufer
GALANT.
245
le moindre retardement aux
affaires du Roy. Sa Majefté.
en confideration de fes longs
fervices , l'a gratifié d'une
penfion de douze mille livres ,
& a donné à M. Manfard ,
Infpecteur General des Bafti
mens , Intendant & premier
Architecte , la Charge dont
joüifſoit M. de Villacerf, fçavoir
de Surintendant & Ordonnateur
de fes Baftimens &.
de fes Jardins , ainfi que des
Arts & Manufactures Royales
, avec la direction des Académies
de Peinture , & de
Sculpture , & de celle qui a
X iij
246 MERCURE
efté eftablie à Rome par fa
Majefté. Feu M. Manfard ,
fon Oncle maternch , un
des plus fameux Architectes
de fon fiecle , l'ayant élevé
dans la connoiffance des
beaux Arts , & jugé digne
de porter fon nom , il chan
gea celuy d'Ardoüin en cé.
luy de Manfard , & fit de fi
grands progrés dans l'Architecture,
qu'il fut bientoſt em
ployé pour les ouvrages du
Roy , & parvint en peu de
temps à la Charge de premier
Architecte de fa Majefté . Il
fit baftir la grande & petite
GALANT 247
Efcurie de Verſailles , qui font
l'admiration de tous ceux qui
les voyent. Je ne parle point
d'une infinité d'autres ouvrages
dans toutes les Mai-
?fons Royales qu'il n'a pû que
i faire orner & rétablir. Il fut
pourveu de la Charge d'Intendant
des Baftimens , & a-
-prés la mort de M. de Louvois
on le choifit pour celle d'Inf
pecteur à la place de M. de
Villacerfpar la promotion de
ce Marquis à la Charge de
Surintendant que poffedoit ce
Miniftre. Le Roy l'a enfin
-nommé à cette Charge ainfi

X
iiij
248 MERCURE
J
que je viens de vous le mar
quer , & ce choix a efté d'autant
plus applaudi , que la Surintendance
des Baftimens &
des Arts convient parfaitement
à un homme élevé dans
la connoiffance de tout ce qui
les regarde. Il fçaura par luy
mefme diftinguer le merite, &
ne fera pas obligé de s'en rapporter
à d'autres pour la diftribution
, des ouvrages qui
concerneront toutes les Maifons
Royales , & il y a mefme
lieu de croire qu'il ſçait mieux
de quoy chaque ouvrier eft capable
qu'ils ne le fçavent eux
X
GALANT. 249
mefmes. C'eft ce qui a fait
admirer le choix du Roy qui
fçait donner à chacun ce qui
luy convient. La plupart des
perfonnes de diftinction à la
Cour & à Paris , comme tout
ce qu'il y a de plus illuftre
dans les Arts, ont efté voir M.
Manfard,qui les a receus avec
une modeftie & une affabilité
dont ils ont efté charmez. İL
a prefté ferment entre les
mains de fa Majeſté & a donné
quatre cens piſtoles aux
Officiers de la Chambre.
Je ne vous fais point de
détail des ceremonies obfer
250 MERCURE
a
vées à l'entrée & à la premiere
audience de Milord Jerfey ,
Ambaffadeur Extraordinaire
d'Angleterre . Je vous ay desja
fait plus de cinquante defcrip.
tions pareilles , & les nouvelles
publiques imprimées en
font tous les jours remplies.
Je vous diray feulement que
tout le paffa a l'ordinaire, qu'il
n'y avoir rien de plus magnifique
que les Pages de l'Ambaffadeur
, que l'or & l'argent
n'eftoit pas épargné fur leurs
habits , que fon compliment
fut fort applaudi, qu'il a beaucoup
d'efprit & d'érudition ,
GALANT. 251
qu'il aime les gens de lettres,
& que Madame l'Ambaffadrice
fa femme a eu audience
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , qui luy a fait
l'honneur de la baiſer , ainſi
qu'ont fait le Roy, Monfeigneur
, Meffeigneurs les Princes
Enfans de France , Monfieur
& Madame.
Je vous tiens parole fur ce
que je vous ay promis de vous
parler des Edits du Roy & des
Arrefts du Confeil d'Eftat.
Trois de ces Arreſts ont efté
donnezpendant ce mois. Le
premier eft du 13. & ordonne
252 MERCURE
a
conformément à l'Arreft du
Confeil du 6. May dernier ,
Que les conteftati nṣ & contraventions
qui feront faites à la
regie & perception des Droits
de la Ferme generale du Con
trolle des Actes des Notaires et
des petits Scels ,feront inftruites
jugéesfommairementpendant
deux années par les Sieurs Intendans
& Commiffaires départis
pour l'execution des or
dres de Sa Majesté dans toutes
les Provinces & Generalitez du
Royaume, fauf l'appel au Con
feil avec defenfes aux Juges
.
ordinaires à tous autres penGALANT
253
dant ce temps , de prendre aucune
connoiffance de ces droits , à
peine d'interdiction de leurs
Charges, & de nullité des Actes
& Jugemens qui pourroient eftre
rendus par euxfur ce fujet.
་ Le fecond eft du 17. Il porte
Que les Officiers des Sieges qui
reffortiffent nuement aux Cours
Superieures
, aufquels on n'a
point tenu compte des fommes
qu'eux ou leurs predeceffeurs
ont payées pour lepreft de leurs
Offices en execution de la Declaration
de 1692.fur la finance des
augmentations de gages
attribuez par celle du 27 .
à
eux
Octom
254 MERCURE
bre 1693. feront receus au droit
annuel en reprefentant des originaux
des quittances de ces
fommes , au Treforier des Reve
nus Cafuels.
Le troifiéme Arreft du Con
feil d'Eftat du Roy , qui eft du
20. ordonne qu'à commencer
du premierjour de Févrierprachain
jusqu'au dernier jour du
mois d'Avril enfuivant, il nefe
ra levéaux entrées du Royaume
furlesfromagesesbeurres étran
gers , autres que ceux de Hollan '
de , que trente fols par centpefant
, & fur les Saumonsfalez
que huit liv. parfix Hambourgs
GALANT. 255
ou buit Baril's. Cet Arreft marquela
bonté du Roy qui fçachant
que les fruits , legumes
& autres denrées , dont on a
couftume d'ufer pendant le
Carefme, font trop rares , pour
pouvoir fubfifter commodement
pendant ce temps- là , fi
Sa Majesté n'accorde des fa-'
cilirez qui en attirent une plus
grande quantité juſques au
Printemps prochain , a voulu
pourvoir par là au foulage.
ment de fes Peuples .
Il a paru depuis peu un Libelle
, imprimé fans nom d'Auteur
ny d'imprimeur, fans pri256
MERCURE
vilege ny permiffion , & intitule
Probleme Ecclefiaftique
à
Mr. l'Abbé Boileau de l'Archevefché
, à qui l'on doit croire, de
Meffire Louis Antoine de Noailles
, Evefque de Châlons en 1695.
ou de Meffire Louis Antoine de
Noailles , Archevefque de Paris
en 1696. Meffieurs les Gens du
Roy ayant eſté informez que
cet Ecrit fe repandoit dans
Paris par des voyes indirectes,
font entrez & M. Dagueffeau
, Avocat General,
portant la parole , ont dit à la
Cour
, que l'Auteur de cette
Piece , dont le titre feul eft une
injure,
,
GALANT. 257
2
injure , entreprend d'y faire un
paralelle odieux de deuxLivres,
Tun approuvé, & l'autre cenfuré
par M. Archevefque de Paris ;
le premier dans le temps qu'il
eftoit encore Evefque de Chalons
, depuis que pour le biengeneral
de l'Eglife , & pour le bon -
heur particulier de ce Diocefe ;
lapieté & lafageffe du Roy l'ont
élevéà la dignité d'Archevefque
de la Capitale defon Royaume.
Qu'aprés avoirfait une comparaiſon
fi injurieufe , celuy qui
a composé ce Libelle , fe refcrie ,
qu'il n'eft pas poffible d'ac
corder enfemble l'Evefque &
Fanvier 1699.
*
Y
258 MERCURE
l'Archevefque. Il appelle en
jugement non feulement la Foy,
& la Religion ; maisfi l'on ofe.
le dire , laraifon mesme & la
fageffe de ce Prelat , qu'il accufe
tantoft d'herefie && tant f de
variation. D'un cofté , il infinuè
qu'on te doit envifager comme
un Archevefque , qui merite
d'eftre mis au nombre des Heretiques
convaincus d'une do-
Atrine abominable , & impie,
comme un des plus declarez
Janfeniftes qui ayent jamais
efté, digne d'eftreplacé à la tefte
de cette Secte , & de l'autre il
le reprefente comme un Prelat
GALANT
259
d'une doctrine chancelante , incertaine
, contraire à elle- mefme,
comme un fuge qui approuvè ce
qu'il doit condamner , & qui
condamne ce qu'il a sprouvé
Heretique quand il approuve
temeraire quand il condamney
également incapable de conftancè
, & dans le parti de l'erreur,
dans celuy de la verité.
Que c'est ainsi que pendant
que M. l'Archedefque de Paris
donne rous les jours à l'Eglife
desgagesprécieux de la fainteté
& de l'uniformité de sa doctrine
, par celle de fa vie , un fimple
Particulier,fans caractere ,fans
Y ij
260 MERCURE
pouvoir , & peut - eſtre fans cipacite
, s érige un tribunal fu
perieur à celuy d'un grand Ar
chevefque , & qu'au lieu de recevoir
fes decifions avec défe
rence , il veutfe rendre fuge des
Fuges mefme de la Foy.
Que quelque refpect qu'ils
ayent pour la perfonne du Prelat
, que l'on attaque avec tant
d'indignité , ils ne craindront
point de dire , qu'un intereft en
core plus grand , un motifplus
preffant & plus élevé , excite
leur zele en cette occafion.Lepu
blic demande par leur bouche
que la Cour , depofitaire de la
GALANT 261
Juftice Souveraine d'un Roy, qui
s'honore moins de ce nom , que du
titre augufte de Protecteur de
l'Eglife , employe toute l'autorité
qu'il luy plaift de confier à fes
premiers Magiftrats , pour reprimer
enfin la licence criminelle
que l'on fe donne depuis quel
que temps , de femer adroitement
des écrits injurieux à la
dignité Epifcopale ; Libelles ve
ritablement feditieux , dont l'u
nique but eft de troubler lapaix
de l'Eglifes de renouveller temerairement
ces difputes dan
gereufes que la prudence du
Roy a beureufement profcri
262 MERCURE
A
tes defes Eftats , de divifer le
Paſteur & le troupeau ; de decrier
l'un , de recolter l'autre ,
de rompre ces liens de ref
pect , d'eftime , de confiance ,
qui fontun des plasfolidesfon
demens de la puiffance Ecclefia
flique,cumple desua mad
Que la voye dont onfefert
pour répandre us écrits , eft
auffi criminelle que les écrits mes
mes. Les plus fages précautions
des Loix , la vigilance la plus
infatigable de leurs Miniftres
font étadées par lafacilité que
Lon trouve d'envoyer des Li
belles dans des Paquets cache
GALANT 263
tez, où l'on diftribue , s'il eft
permis de parler ainsi , le pois
fon tout preparé. Quelques efprits
éclairez le rejettent , mais
combien y en a- t-il de foibles ,
de prevenus , de mal inten
tionnez , qui les reçoivent avis
dement ?
Qu'ils ignorent quels font
les Auteurs & les Complices de
ce myftere d'iniquité , es que
tout ce qu'ils en peuvent dire
prefentement , eft , qu'un Arche
vefque du Caractere de celuy qui
eft l'objet d'une fi noire calomnie
, ne peut avoir d'autres ennemis
que ceux de l'Eglife. Mais
264 MERCURE
filaperfonne du Coupable eft en
care inconnue , fon crime eft tou
jours certain. Le Libelle porte avecfoy,
fa conviction , fa condamnation
, & la Justice peut
imprimer dés- à -prefentfur l'ou
vrage , une note d'infamie , qui
rejailliffe un jour fur le front
de fon Auteur. Les Empereurs
Romains ont crû que le feu devoit
confumer les Libelles diffamat
ires , pour abolir ,
étoit poffible , & pour effacer
jufqu'au fouvenir de ces ouvra
ges de tenebres. La Cour , qui
a imité plufieurs fois la fainte
falutaire feverité de ces
Rois,
sil
GALANT
265
Rois , encore p encore plus utiles que rigoureuſes
, ne le fçauroit faire
dans une conjoncture plus importante
, que celle qui fe pre-
Sente aujourd'huy ,
puiſqu'il
s'agit d'arrefter ce torrent de Li
belles temeraires qui ont inon
dé noftre Siecle d'aßeure
L'honneur & le
respect qui eft
deu aux
Superieurs
Ecclefiaftiques
; de faire exercer
l'autorité
de leurs
jugemens , & pour
dire encore
quelque chofe de
plus ,
d'affermir par un exemple
éclatant la paix & la tranquillité
de l'Eglife.
Mrs. les
Gens du Roy
ayant
Fanvier 1699 .

266 MERCURE
enfuite demandé à la Cour ,
qu'il luy pluft d'ordonner que
ce Libelle diffamatoire fuft
laceré & bruflé en la Cour
du Palais au pied du grand
Efcalier , par l'Executeur de
la Haute-Juſtice , elle en donna
fon Arreſt le 10. de ce mois,
avec deffenfes à tous Librai
res & Imprimeurs , de l'impri
mer , vendre & debiter , & à
toutes perfonnes de le diftribuer
, foit manuellement, ou
en l'envoyant par la Pofte
dans des Paquets.
Je ne fçay fi je ne vous ay
point un peu trop promis ,
GALANT. 267.
quand je vous ay marqué dans
ma derniere Lettre , que je
donnerois tous les mois la fituation,
des Affaires de l'Eu-s
rope. On ne peut dire pendant
la Paix toutes les veritez
qu'il eft permis de découvrir
de fes Ennemis pendant la
Guerre. Il eſt dangereux
auffi de vouloir trop penetrer
, & de croire qu'on peut
juger du dedans des Affaires
quand on n'en connoiſt que
le dehors. Je fçay qu'on voit
tous les Mois beaucoup de
raifonnemens politiques fur
l'état des Affaires de l'Euro-
Z ij
268 MERCURE
pe ; mais aprés tout ce ne font
que des raifonnemens
, qui
n'étant
fondez
que fur des
conjectures
, & fouvent
fur des
apparences
trompeufes
, contiennent
plus de faufleteż que
de chofes veritables
. Ceux qui
s'attachent à examiner ces :
raiſonnemens qui ébloüiſſent
d'abord , connoiffent que ce
qu'on a publié comme veri
table dans un Mois , eſt preſ
que toûjours détruit dans le
Mois fuivant , & qu'en matiere
´de Politique tous ceux qui
donnent leurs fentimens au
Public s'accordent fort rareGALANT.
269
ment. Ainfi quand je vous
entretiendray tous les Mois
de la fituation de Affaires de
l'Europe , je ne vous diray rien
de ce qui fe paffe dans l'inte
rieur du Confeil des Souve
rains. Je vous parleray feulement
de la fituation exterieu
re qui ne peut bleffer aucu
ne Puiffance Souveraine , &
qui ne laiffera pas de vous en
faire voir un tableau en ra
courcy , dont le tout enfemble
fera plaifir , & où l'on ne
laiffera pas de trouver une ef
pece de nouveauté. Je com
mence par celuy de la France.
Z iij
270 MERCURÈ
Quoique
mon but
ne lo
point de faire icy l'Eloge d
Roy , je ne laiffe pas de voir
avec plaifir qu'on ne sçauroit
faire connoiftre la fituation
où se trouve aujourd'huy la
France, fans parler de ce Prince
prefque dans tous les endroits
qui doivent former cet
article , les Peuples ne pouvant
être heureux ou malheureux
dans un Etat où les Rois
font veritablement
Rois , que
felon qu'ils font gouvernez
par
ces Monarques , le corps ne
pouvant fe porter bien quand
la tefte qui le fait agir le gou-
4
GALANT.
271
verne mal. Le Roy en reglant
luy- mefme les conditions de
la Paix , a rendu la France
fuperieure & redoutable à tous
fes ennemis enfemble , puifqu'elle
a fait feule ce qu'ils
n'ont pu faire dans le temps
qu'ils eftoient unis. S. M. qui
tient inviolablement les paroles
qu'elle donne ,a fait goûter
a les Sujets les fruits de la
Paix fitoft qu'elle a efté publiée
, en leur ôtant la Capitation
. Ceux qui payoient l'Uftencille,
s'en font auffi trouvez
dechargez. Les Reformes
fe font faites d'une maniére
Z iiij
272 MERCURE
bien avantageufe pour les
Troupes , puifque tous les Colonels
, Capitaines , & Lieu
tenans reformez font entrez
avec demi - paye dans les
Troupes qui reftent en pied ,
& que les meilleurs Soldats
ont auſſi eſté incorporez dans
les Regimens où leurs Officiers
font reformez , à la place
de ceux qui manquoient ,
parce que l'on n'avoit pas fait
de Recrues depuis longtemps
, deforte que de toutes
les grandes Armées du Roy ,
les feuls Soldats les moins en
état de fervir fe trouvant caf
GALANT. 273
féz , le Roy fe voit par là les
plus belles & les meilleures
Troupes du monde , avec un
auffi grand nombre d'Offciers
qu'il en avoit pendant
la Guerre , qui au premier
ordre , s'il en eftoit befoin
pourroient en trés peu de
temps remettre leurs Regimens
& leurs Compagnies fur
pied .
-
Sa Majefté a fait voir par
le Camp de Compiegne
que la France n'eftoit pas
épuifée , puifqu'il ne s'eft
peut eftre jamais veu enfemble
autant de Troupes
274 MERCURE
aufli belles & auffi leftes. Pendant
qu'elles traçoient une
image de la guerre aux premiers
Princes du monde , le
Roy de Maroc fçachant que
le Roy n'a jamais menacé
inutilement , ſongeoit à luy
demander la paix. On a cru
par celle que ce Prince a don 、
née à l'Europe , que les frontieres
de la France feroient af
foiblies en quelques endroits
à caufe des Places qu'il avoit
bien voulu rendre ; mais elles
deviendront plus fortes qu'auparavant
par celles qu'il fait
baftir fur les Terres , & qui
GALANT. 275
pourroient eſtre plus facilement
défenduës fi elles ef
toient attaquées. Cependant
dans le temps que ces fortifications
s'élevent,le Roy fans
faire aucune impofition nou
velle ny aucune affaire qui
augmente fes revenus, s'acquite
tous les jours de la plus
grande partie des dettes qu'il
a faites pendant la guerre , &
diminue les rentes qu'il eftoit
obligé de payer à un denier
trop haut, ce qui ne l'empel
che pas de faire fleurir les Arts,
& de faire élever une fuperbe
Chapelle à Verfailles , aprés
276 MERCURE
avoir fait un preſent de cinq
cens mille livres pour decorer
le Maiftre Autel de la Me
tropolitaine de Paris . I ne
s'eft point démenti touchant
l'unité de Religion dans fon
Royaume , & toute la Ligue
n'ayant pu faire changer la
fituation de la Religion en
France , il vient de nouveau
de faire voir fa fermetéfur ce
fujet par fes nouvelles Ordonnances.
Le dérangement des
faifons ayant rendu le bled
rare , dans la plus grande par
tie des Eftats de l'Europe , le
Roy eft tellement entré dans
GALANT. 277
tous les moyens qui pouvoient
empefcher qu'il ne devinft
aufli cher en France qu'il a
efté & qu'il eft encore dans
quelques , Eftats , que Sa Majefté
a reüffi dans fon deffein.
Le prix mefme commence à
baiffer, & dans peu il diminuera
davantage à caufe de la
grande quantité que ce Prin
ce enfait venir de toutes parts,
& des vaiffeaux qu'il a preſtez
pour le tranfport de celuy
que quelques Compagnies
ont achepté hors du Royaume
, qui fe trouve dans une fi
heureufe fituation, que jamais
278 MERCURE
F
l'argent n'y a efté moins rare,
tant les prifes faites fur les Ennemis
pendant la Guerre y en
ont fait entrer ; enforte que
chacun en trouvant à bon
compte ,il n'y a point d'affaire
qui periffe faute de ce fecours.
Je parleray le mois prochain
de la fituation des autres
Eftats , & lorfque j'en auray
donné une idée generale , je
marqueray chaque mois ce
qu'il y fera arrivé de changement.
Quant aux modes , je
me trouve obligé d'en remettre
l'article au mois prochain ,
& quand j'auray fait connoître
"
GALANT. 279
l'eftat preſent de tout ce qui
les regarde , je feray voir chaque
mois le changement que
le temps y apportera .
L'Académie de M. les
Lanterniftes de Touloufe , a
propofé de nouveaux Bouts
rimez à la gloire du Roy. Ces
Bouts rimez font
Temple. Ample.
Cours.
Fours.
Secours . eAmours.
Contemple. Exemple,
Bataillons . Pouvoir.
Sillons. Declare.
Repare. Espoir.
280 MERCURE
Les Sonnets feront toûjours
accompagnez d'une Priere en
quatre Vers pour le Roy, &
d'une Sentence. Les Auteurs
mettront leur Seing couvert
& cacheté au bas de leurs
Sonnets , ou dans une Lettre
feparée , le tout fous la mef- :
me enveloppe & rendu franc
de port chez Mr. Seré , prés
la Place de Roaix à Touloufe
, huit Jours avant la S.Jean.
On avertit que les Sonnets
qui feront en petits vers ou à
rimes compofées , ne pourront
prétendre au Prix . On
veut des Vers Alexandrins
Heroiques ,
GALANT. 28
pres
Heroiques , comme plus proà
la dignité du Sujet.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eft le Clou de girofle.
Ceux qui l'ont trouvé font
M's du Pleffis Capitaine au
détachement de la Marine en
Canada, De la Cofte , Pinot .
Imprimeur , & Mergé de la
ruë S. Severin , tous deux de
Troyes. Bardet & du Pleffis du
Mans. Matiere Juré Porteur
de grains. Anne Maubert de
Troyes. Les trois Soeurs de
devant S. Simon de Bordeaux
.
942
La
nouvelle
Enigme que
A a
Fanvier 1699.
282 MERCURE
je vous envoye , vient du meſ
me lieu que la derniere.
ENIGME.
Je viens dela Foreft, ou je viens
de la Mer
Petit ougrandje mefais eftimer.
J'ay ma maiſtreffe & point de
maistre 3
Et fifimple que je puiffe eftre ,
Mes joursfont affez fortunez
Pourplier fous les loix de l'aimable
Sylvie.
Et de plus ils font deſtinez
Pour eftre enfa priſon quand il
Luyprend envie.
GALANT. 283
Amantfais comme moy, respecte
fes apas,
Jefuis prés des beautez , mais
je n'y touche pas.
Je viens d'apprendre què
M' de Barentin , Maiftre des
Requeftes , a efté nommé à
l'Intendance de Donkerque
& d'Ypres. Le choix du Roy
pour un employ de cette nature
, eft pour luy un grand
éloge. Il eft fils de feu M Bas
rentin , Prefident au Grand
Confeil , qui a fait bruit par
fon efprit & par ſes Haran-
A a ij
284 MERCURE
gues à Sa Majeſté. Je ſuis ,
Madame , voltre , &c .
AParis , ce 31. Janvier 1699.
AD DITION.
Les Marchands & Ouvriers
qui ont quelques modes nouvelles
, concernant les habil
lemens de l'un & de l'autre
fexe ; les meubles & generalement
tout ce qui eft fujer à la
mode,font priez d'en envoyer
des memoires ', à mesure qu'ils
mettront des modes au jour ,.
chez le fieur Brunet Libraire,
dans la grande Salle du Palais.
GALANT. 285
L'avis qu'on en donnera au
public, ne contribuera pas peu
à leur faire avoir un prompt
debit de leurs marchandifes..
TABLE
Prelude Relude
Des merveilleux eftats de la
Tarantole , Hiftoire. Iά
Imitation de l'Ode d'Horace ,
75
qui commence par Donec
gratus eram tibi.
Articles touchant les Chanoines
bonoraires de S. Martin de
Tours avec le complimentfait
à Mr. l'Evefque de Poitiers
TABLE.
le jour qu'ilfut reçu à cette
dignité.
Vers fur la Vieilleffe.
78
Atlas François , & autres ouvrages
de Mr. Gaillot. 118
4. Edition des Reflexions fur le
ridicule. 121
3. Edition des Lettrèsfur toutes
fortes de fujets.
L'honefte homme ) le fcelerat.
Mort.
123
125
128
Panegyrique du Royfait en Sorbonnepar
Mr. l'Abbé de Sou
bife , avec plufieurs particu .
Laritez concernant cette action,
& mefme quelques onTABLE.
arages faits & prononcez à
cette occafion.· 143
Nouvelle Promotion de deux
Cardinaux. 179
Cartes des Chevaliers de l'Ordre
du S. Efprit.
Fait
fingulier.
Declaration du Roy.
179
205
207
Mandement donné au fujet de
cette Declaration.
Morts.
212
* 22F
Demiffion volontaire de Mr. de
243
Villacerf.
Mr. Manfard , nommé Surintendant
des Baflimens du
·Roy
245
Entrée du Milord Ferfey , Am
TABLE
1
baffadeur Extraordinaire
d'Angleterre
.
Edits du Roy
249
251
Arreft du Parlement contre un
Libelle diffamatoire. 2255
Situation des Affaires de la
France . 266
NouveauxBouts rimez des Lan
terniftes de Toulouſe.
Enigme.
278
282
M. Barentin eft nommé à l'Intendance
de Dunkerque:
Addition
2831
284
Avis pour placer les Figures.
Les Fettons doivent regarder la
page 177 actin
CATALOGUE DES LIVRES
Nouveaux qui fe vendent chez MICHEL
BRUNET , au Palais , à l'enſeigne du Mer.
cure Galant. 1699.
LE
'Honnefte homme & le Scelerat, 12. 1.1. 16. f.
Les Soeurs Rivales, Hiftoire galante, 12.1.1 . 16.f.
Converfations für l'excellence du beau fexe ,
dédiées aux Dames , 12. 2. vol.
3. l. 12. f.
Les differens Caracteres des femmes du Siecle,
avec la defcription de l'amour propre , 12. 1. 1. 16.f.
L'Idée ou le Caractere de l'honnête homme,
dédiéau Roy, 12.
7
-
11. 16.C
La Promenade de Verlaille , ou Celanire , Nouvelle
hiftorique , par Mlle Scudery, 12 , 1.1.16.f.
La Vie du Taffe, 12.
Extrait de Platon, 12.
1.1.16 f
1.l.§.f
1.1.16.
Granicus , ou l'Ile Galante , Nouvelle hifto
tique, 12.
3.1.
Les Poëfies de Malherbe , avec les obfervations
de Ménage , nouvelle édition . 12.
Les plus belles Lettres Françoifos fur toutes
fortes defujets , par Pierre Richelet , 12. 2. vol.
4.1. 10.f.
1.1.16.1.
Hiftoire des Princes illuftres , 12.
Pratique curieuſe , ou les Oracles des Sibylles
pour le divertir en Compagnie, troifiéme édition
augmentée d'une feconde Partie , fur de nouvel
Les Questions qui n'ont point encore parų į 12.
Les Chanfons de Mr de Coulange , 12. 2. voli
4.1
.
Les
Contes
des
Contes
par
Mademoif
. de
la
Force
, 12.
2. vol.
3. 1. 12, f.
Le
Degoût
du
monde
, par
M... 12. 1. 1. 16 f.
Les Mémoires de Madame la Comteffe D .....
dans lefquels on verra , que tres-fouvent il y a
beaucoup plus de malheur que de déreglement dans
la conduite des femmes , 12. 2. vol. 3. 12, f.
Les malades de belle humeur , ou Lettres divertiffantes
écrites de Chaudray, 12.
+
2.1.
La Vie de Scaramouche
, où font fes bons
mots,
fes Hiftoires
plaifantes
& agreables
, 12. 1. l. 16. f.
Converfations
nouvelles
fur divers
fujets
, par
Mademoiſelle
Scudery
, 2. vol.
La Reine
de Lufitanie
, 12..3
. vol.
Syroés & Mirame, Hiftoire Perfane, 12. 2 .
4. l.
4.10.f.
vol.
3.1.12
.f.
Les Mots
à la mode
, & des nouvelles
façons
de
parler
, avec
des Obfervations
fur diverfes
manieres
de s'exprimer
, par M. Cailler
de l'Academie
Françoife
, 12 .
I. 1. 16. f.
Du bon & du mauvais
Ufage
dans
les manieres
de s'exprimer
, des façons
de parler
Bourgeoifes
,
& en quoy
font
Cour, fuite des Motsaerentes de celles de la
la mode, par le même , 12
1. l. 16. f.
Converfations Academiques , titées de l'Acade
mie de M. l'Abbé Bourdelot , par le fieur le Gallois'
, 12. 2. vol. 3.1.
Le Comte d'Amboife , par Mademoiſelle Bernard
, 12. 2. vol .
3. L
Lettres
nouvelles
& curieufes
de M.
B. 12.
2 .
vol
.
3.1
. 12.f Hiftoire de Hollande depuis la Tréve de 1609.
a finit Grotius , jufqu'à nôtre temps , par Mong
fieur de la Neuville , 12. 4. vol . 8.1.
Hiftoire de la Monarchie Françoife fous le Regue
de Louis LE GRAND , contenant ce qui s'y
eft paffé de plus remarquable depuis 1643. juf
qu'à prefent , par M. de Corneille de l' Academie
Françoife , in 12. 3. vol . 5.1.8. f
Les Memoires de M. de Saint-Evre mont , contenant
diverſes avantures qui peuvent fervir d'inf
truction à ceux qui ont à vivre dans le grand
monde , in 12. 4. vol . 8.1.
Les Contes & Fables de M. le Noble , Ouvrage
enrichi de Figures en taille -douces , 12. 2.
vol.
4. 1.
Mylord Courtenay ou Hiftoire fecrette des pre- mieres Amours d'Elifabet d'Angleterre
, par M. le Noble , in 12. 1. l. 16. f.
L'Hiftoire des Religions de tous les Royaumes
du monde 12. 3. vol. 3.1 12 f.
L'Illuftre Moufquetaire , Nouvelle Galante
12. 1. 1. 5. f.
La Vie de l'admirable Chevalier d'Induftrie
Dom Gufman d'Alfarache , enrichi d'un grand
nombre de figures en taille -douces, 12. 3. vol . 6.1 .
Hiftoire des Revolutions de Suede , où l'on
voit les changemens qui fon arrivez dans ce Royaumé;
au fujet de la Religion & du Gouvernement ,
[2.2. vol. 3.1. 12. f.
C
Metamorphofe d'Ovide en Vers , par M. de
Corneille de l'Academie Françoiſe , avec les figures,
12.3. vol. 9.1.
Arliquiniana , ou les Bons Mots , les Hiftoires
plaifantes & agreables , recueillies des Converfations
d'Arlequin , 12. Seconde Edition augmen-
I , l . 16. f.
Tome 2. fous le titre de Livres fans
1. 1. 16. f.
τές ,
Nom
, 12.
1
"
Les Paroles Remarquables , les bons Mots , &
les Maximes des Orientaux , 12 .
12.
1, l . 16. f
Le Duc de Guife , furnommé le Balafré
1.1.16.f.
L'Ambaffade de M. de Saint - Olon en Maroc ,
enrichi de figures , 12 . 1. l. 16. f.
La découverte des Myfteres du Palais , où il eft
traité des Parties en general , des Intendans des
Grandes Maifons , des Procureurs , Avocats , Notaires
& Huiffiers , 12. 1.1. 10. f.
Hiftoire de France , depuis Pharamond jufqu'à
prefent. 12. 10. vol.
12.
18. I.
Portraits Serieux ,, Galands & Critiques ,
1. l. 16.f.
Memoires de M. d'Angoulefme , 12. 1. 1 .
10.
f
Traduction de M. de Martignac.
Les Oeuvres de Virgile , latin-françois , 12.
3.vol.
Les Oeuvres d'Horace , 12. 2. vol.
6.1.
4.1.
Les Satyres de Juvenal &Y de Perfe , 12. 2.1.
De M. Felibien
10. f.
Entretiens fur les Vies & les Ouvrages des plus
excellens Peintres , Anciens & Modernes , 4. 2.
vol.
12. 1.
Recueil Hiftorique de la Vie & des Ouvrages
des plus celebres Architectes , 4. 3. I. 10. f.
Defcription des Peintures faites pour le Roy ,
avec une Defcription fommaire du Chateau de
Verſailles, 12 . 2. I.
Dictionnaire des Arts & Sciences , ou Principes
de l'Architecture , avec figures , 4.
Oeuvres d'Ettmuller.
12. 1.
Pratique generale de la Medecine de sout le
Corps humain , 8. 2. vol.
6.1.
Pratique fpeciale du même Auteur , fur les
maladies propres des hommes , des femmes , &
des petits enfans , avec des Differtations du même
Auteur fur l'épilepfie , l'yvreffe , le mal Hypocondriaque
, la douleur Hypocondriaque , la corpulence
, & la morfure de la Vipere, 8:

Les Inftituts de Medecine , 8,
3.1.
3.1
La nouvelle Chirurgie Medecinale & Raifonnée
, avec une Differtation fur l'infufion des liqueurs
dans les vaiffeaux , 12. 1. l. 1o. f.
La Pharmacopée Raifonnée de Schroder , commentée
par Ettmuller. §. 2. vol.
Methode de confulter & de preferire les formules
de Medecine , 8...
7.1.
3.
Ouvrages de M. l'Abbé Gouſſaul , Conſeiller ais
Parlement.
Le Portrait de l'honnefte Homme , 12. 1. t.
10. f.
-De l'honnefte Femme , 12. 1. 1. 10. f.
Les Confeils d'un Pere à fes Enfans fur les divers
états de la vie . 12.
1.1. 10. L.
Oeuvres de M. de Fontenelle , de l'Academie Frangoifes,
nouvellemens rimprimées & augmentées.
Nouveaux Dialogues des Morts , 12. 2. vol.
3.1. 12.f
Jugement de Pluton fur les deux Parties des
nouveaux Dialogues des Morts , in 12. 1. 1. 16. f.
Entretien, fur la pluralité des Mondes , in 12.
4. l. 16. f.
Hiftoire des Oracles , in 12. 1. 1. 16.f.
Poëfies Paftorales , avec un Traité de la Naure
, de l'Eglogue , & une Digreffion fur les
Anciens & les Modernes , augmentées d'un Recueil
(
2. I. de Poefies diverfes & galantes , in 12.
Lettres Galantes de M. le Chevalier d'Her ..
in 12. 2. 1.5.f.
De Mademoiselle de la Force.
Hiftoire fecrete de la Maifon de Bourgogne
12. 2. vol.
3. 1. 12.
Hiftoire de Marguerite de Valois , Reine de
Navarre , foeur de François Premier , 12. 2. vol.
Guftave Vafa , 12. 2 , vol.
Livres d'Affortimens,
3. 1. 12.f.
3. 1. 12. f
Les Oeuvres de Moliere , 12. 8 vol . 15. 1.
de Racine , nouvelle édition , 12. 2.
vol.
de Corneille , 12. 10. vol.
de Scarrón , 12. 10. vol.
6. 1.
20.I.
15. 1.
L'Arithmeticien Familier , enſeignant la maniere
d'apprendre fans Maiftre l'Arithmetique en fa perfection
, 12.
1.1. 16. f
2.1. 10.f.
Nouvelle Methode du Blafon , du Pere Meneftrier
, enrichi de figures , 12 .
Les Satyres de Perfe , avec des Remarques de
M. le Prefident de Silvecane , 12 .
cois.
Latin - Fran-
1.l. 10. f.
1. 1. 10. f.
Journal de Voyage de Siam , de M. l'Abbé de
Choify, 12 .
L'Ariofte Moderne , ou Roland le Furieux , 12.
vol.
Hiftoire de la feuë Reine d'Angleterre , 8.
6. 1.
2. 1. 10. f.
Oeuvres de Voiture , 12. 2. vol.
3.1.
Memoires de la Reine Marguerite, 12.1.1. 10. f.
Hiftoire du Gouvernement de Venife , de M.
Amelot de la Houffaye , 8. 2. vol.
S.l.
On trouve chez le même Libraire , toutes les
douveautez qui s'impriment à Paris. 1699.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le