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Fur.
511
m
1698.5
Eur. 511 ?
1698,5
Mercure
<36624560690010
<36624560690010
Bayer. Staatsbibliothek
33
-
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
ΜΑΥ 1698.
MADRARIS , i
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle
du Palais, àù Mercure Galant ,
O
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin,
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juſtice.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant
M. DC . XGVIIL
Avec Privilége du Roy.
Bayerische
Stage
bibliothek
Munchen
ck ck k
C
હું મારી
AVIS.
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employer
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercare , on ne laille par
d'y manquer toujours . Cela eft caufe
quily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On reitere la meſme
priere de bien écrire ces noms , en
Torte qu'on ne s'y paiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourvèN
qu'ils ne defobligent perfonne &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
A VIS.
I
prie feulement ceux qui les envoyent
(ur tout ceux qui nn'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes d'affranchir
leurs Lettres de pore s s'ils veulent
qu'on falle ce qu'ils demendent,
C'est fort peu de chofe pour chaque
en de chalis
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
• Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercare , a rétabli les
chofes de maniere , qu'il est comin
qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font a la Campagnes
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris në
taiſfera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
longtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ; mais auſſi
cesVilles ne le receveront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavant Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'exposent
à le recevoir toujours fort
sard par deux raifons . La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foiu de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprimè,
vutre qu'il lefera toujours qnelquet
jours avant que l'on en faffele
debit , & l'autre, que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont là eux & quel·
ques autres à qui ils le preftent , ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
rerardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'ilfe charge de faire
A iij
AVIS.
lespaquets lay-mefme, & de les faire
porterà la Pofte ou aux Meffagers,
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, on qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que
le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il ſe rencontrera
qu'on demandera cès Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme par
quet. Tout cela fera execuiè avec
we exactitude dont on aura lieu
d'eftre content.
MERCVRE
GALANT
MAY 1698 .
Uoy que le grand
nombre de rejoüiffances
faites pour la
Paix dont je vous ay envoyé le
détail , m'empêche de rentrer
dans cette matiere , je
fuis obligé de vous faire re-
A iij
8 MERCURE
marquer que je ne vous ay en.
tretenuë que des principales
,
& qu'il n'y a pas un Bourg , ny
même un Chafteau dans le
Royaume , où la joye des Peuples
n'ait éclaté par des feux
publics . Cela fait voir la jufte
reconnoiffance
qu'ils ont des
bontez du Roy , qui par un
pur mouvement de cet amour
paternel qui l'a toujours engagé
à ne chercher que leurs
avantages , a bien voulu renoncer
à fes Conqueſtes
pour
affurer leur repos , & augmenter
leur bonheur , puis qu'ils
ne manquoient de rien dans
GALANT.
S
le temps même où l'on voyoit
l'Etat attaqué par la plus grande
partie des Puiffances de
l'Europe. On a beau parlér
d'une grandeur d'ame fi furprenante
, & luy donner les
plus grands éloges ; il eft certain
que l'on n'en dira jamais
affez.
Je ne vous préviendray point
fur la Lettre que vous allez
lire. Elle eft d'un fort habile
homme , dont je vous en ay
déja envoyé plufieurs fur differentes
matieres . Le fujet.
squ'il traite dans celle- cy doit
exciter voftre curiofité.
7
10 MERCURE
A MONSIEUR ...
DE LA CRAINTE
qu'on a aufujet de l'Equinoxe.
ON
}
N'n'eft pas toujours de
même avis , Monfieur ,
dans la converfation . Je l'éprouvay
dernierement fur le
fujet des Jumeaux , & je l'ay
éprouvé depuis fur celuy de
l'Equinoxe . La faifon en fir
parler , & quelques uns voùlurent
en faire un Ennemy
déclaré conrre la Santé. Je ne
fus pas de ce fentiment ; car
GALANT. II
je vous avoue que l'Equinoxe
ne me fait pas plus de
peine que la Canicule. Vous
vous fouvenez de ce que je
vous ay écrit autrefois de la
Canicule , & vous allez voir
que je fuis encore moins frapé
de l'Equinoxe. Il eft vray
que la Medecine en fait une
frayeur aux gens ; mais comme
je ne ſuis point partiſan de
ecette Faculté, je ne la crois
pas davantage fur cet article
que fur l'autre. Voicy donc ,
pour ainfi dire , fon principe
Equinoxial . L'une & l'autre
variation du Soleil, Les Solſtices,
12 MERCURE
particulierement celuy de l'Eſté,&
les Equinoxes , fur tout celuy de
l'Automne , font , dit on ; fort
dangereux durant dix jours. Hip
pocr. Livre de l'Air , des Eaux
& des Lieux , S'il falloit déferer
icy à l'autorité d'Hippocrate
, il faudroit auffi avoir
peur de la Canicule , durant
laquelle il défend de faire aucun
remede ; mais puis qu'on
eft revenu de l'illufion qu'on
fe faifoit de cette Etoile , on
ne doit pas eftre moins en
repos fur l'Equinoxe. En effet,
quel mal peut faire l'Equinoxe?
Il tire fon nom du Cercle
GALANT 13
Equinoxial, l'un des grands
Cercles que les Philofophes
regardoient avec un refpect
diſtingué , comme eftant , fe
lon eux , celuy qui eftoit le
Siege & le Trône du premier
Moteur, d'où il gouvernoit
le monde. L'Equinoxe artrive
dans le Printemps , aifon
la plus temperée & la plus
faine de toutes. Fernel , Mede-
D cin moderne , qui va du pair
avec les Anciens , dit du Prin
temps. Ver omnium temporum
faluberrimum. Lib . 1 de Form.
orig Laraifon qu'il en donne,
c'eft qu'il anime tour par le
14 MERCURE
2
retour du chaud. Vere calor
omnibus redit , & il ne manque
pas d'alleguer ces beaux Vers
du fecond des Georgiques.co
Tum Pater omnipotens facun
kanadis imbribus æther,
30
Conjugis in gremium latè def.
-Tscendit , omnes hom si &
Magnus alitmagno.commiftus
corpore foetus.
Avia tum refonant avibus
pisqa virgulta canoris, bo
Alors l'air, qui eft tout-puiſſant,
s'incorpore par les playes avec la
terre fon épouse , & ces deux
grands Elemens fejoignent enfem•
ble , nourriffant enfuite tous les
GALANT:
fruits. Les arbriffeaux fuuez à
l'écart retentiffent du chant des
oifeaux. Après cela , comment
l'Equinoxe , qui eft l'Aurore
du Printemps , feroit - il funefte
? Il eft le vray point de fanté
à la terre. La terre avoit efté
auparavant fort maltraitée de
$ ' Hiver. Lefroid , la pluye , &
divers autres frimats facheux,
l'avoient privée de fa beauté
& de fa force. Elle eftoit dans
la langueur , & preſqu'à la
mort. L'Equinoxe luy ramenant
le Printemps , luy rend
fa beauté & fa force , luy rend
fanté&la vie.Pourquoy l'E-
.
16 MERCURE
quinoxe feroit il mortel pour
le genre humain, lors qu'il eft
un principe de vigueur pour
Ja terre, la mère commune des
hommes ? Quel eft le Signe du
Zodiaque auquel le fait l'E.
quinoxe: N'eft ce pas le Belier,
animal qui par fa gayeté eft un
fimbole de joye . Il annonce le
113
Printemps , où la Nature com
mence d'eftre riante . Ileftoit
confacré à Jupiter, qui en cutle
nom d'Amnon , idée jointe à
un nom de bonté & de fecours .
Jupiter, difent les Tireurs d'origines
, juvans pater. Le Be
lier fervit autrefois de victime
GALANT. 17
falutaire à délivrer de la pelte
la Ville de Tanagre , comme le
rapporte Paufanias , dont il de
vint un
fanté. Un plus grand exemple ,
Il fut la victime qui fauva la vie
à Ifaac . Ainfi l'Equinoxe qui
naift dans le Belier , y trouve
des influences falutaires. L'Equinoxe
fait l'égalité du jour
& de la nuit , en quoy il n'y a
rien qui ne foit de bon augure.
Plutarque dir dans la
Vie de Solon , que c'eſtoir un
de fes mots. L'égalité ne caufe
point la guerre. Il lemble donc
qu'il ya fujet de croire , que
May 1698 .
Hieroglyphique de
B
18 MERCURE
fi noftre fanté dépend quelquefois
du temps , fon égalité
que fait l'Equinoxe , ne doit
pas luy faire de préjudice.
Peut-il mettre la paix entre la
jour & la nuit , & faire naiftre
la guerre entre les humeurs du
corps ? Hippocrate que j'oppofeà
Hippocrate, dit au livre
du Regime , L'Equinoxe, temps
fort doux , un temps doux & favorableà
la fanté, on le defire,
bien loin de le craindre. On
en flate les malades lors qu'il
arrive , comme d'un remede
quiles doit foulager. Mais,dira-
t-on, ne vous alarmez - vous
GALANT. 19.
point du changement de fai
fon qui le fait par l'Equinoxe?
Au contraire , je m'en réjouis
, comme quand aprés la
pluye vient le beau temps
car c'eſt un changement en
mieux , c'eft le Printemps qui
vient aprés l'Hiver. Quoy
qu'il en foit , me direz vous,
on craint le commencement
du changement. Je répons
encore que c'eft felon la nar
ture duchangement. Lorsque
la fanté commence à chan
ger , on craint ce changement
qui tend à la maladie ,
mais lors que la maladie.com.
Bij
20 MERCURE
'
mence à changer , on ne craint
pas ce changement qui tend
à la ſanté. Tel eſt le changement
lors de l'Equinoxe.Ceft
celuy de la faifon facheufe ,"
qui eft fuivi de la faifon agréa
ble. Au refte , s'il falloit craindre
tout changement de
temps , & qu'il fuft de foy
dangereux ,il faudroit le crain
dre tous les mois , car le Soleil
entre chaque mois dans un
nouveau Signe , & la Lune y
change quatre fois de face.Il
faudroit le craindre tous les
jours de l'année , car il n'y en
a pas un où le Soleil n'avance
GALANT 21
2
où ne décline de deux minutes
; & la Lune y a auffi fon
croiffant & fon declin. Ainfi,
de quelque cofté qu'on fe
tourne, on ne voit rien dans
l'Equinoxe qui menace ; & il
y a de l'injuftice de l'accufer
d'eftre contraire à la fanté.
Cependant on en étend le
danger jufqu'à dix jours, comme
fi les dix premiers jours.
de l'Equinoxe eftoient des
jours climateriques , ou au
moins des jours noirs, où l'on
doit fe tenir fur les gardes , &
le bien précautionner. Un
premier Prefident , homme
22 MERCURE
d'ungrand merite, difoit quel
quefois que ces jours de l'Equinoxe
aufquels il avoit de
Fattention , ne fe paffoient
point fans qu'il en fouffrift de
l'alteration en fa fanté ; mais
il le difoit dans l'eftat d'une
fanté ruinée depuis plufieurs
années , par des fimptomes
extraordinaires , qui luy cauferent
enfin la mort , laquelle
même n'arriva pas dans l'Equi
noxe. Pour revenir au terme
declimaterique, il ne s'applique
qu'aux années ; & les jours
noirs , atri dies , comme parloient
les Anciens , n'ont point
H
GALANT :
23
s 4.
eu , que je fache , l'Equino
xeparmy eux. Alexander ab
Alexandro , ce critique Napolitain,
à qui Balzac ne pouvoit
fouffrir ce double nom
d'Alexandro , fait un dénomebrement
de plufieurs tours
s noirs , liv. ch . 20. mais il
n'y met point les jours de l'Equinoxe.
Ces dix premiers
jours de l'Equinoxe , font de
beaux jours , des jours de
fleurs,des jours d'Hyacinthes ,
e d'Anemones , deViolettes , de
Renoncules &c. Ces cou.
leurs de pourpre , de blanc ,
de bleu , de rouge , & c. ne
24 MERCURE
font pas propres à marquer de
noir ces jours- là. Le nombre
de dix ne merite pas non plus
une note fatale , puis que c'eft
un nombre parfait. Cum vero
decas , dit Macrobe dans le
Songe de Scipion , qui & ipfe
perfectiffimus numerus eft. A quoy
on peut ajoûter , qu'il n'y a
pas dix jours de l'Equinoxe ,
car l'Equinoxe n'a pas cette
latitude , puis qu'il a déja elté
remarqué qu'à chaque jour &
à chaque nuit il y a un progrés
ou une diminution de deux
minutes : ainfi dés le lende
main l'Equinoxe eft paffé . Il
en
GALANT 25
3
0
a
re
៥ .
én eft à peu prés comme du
Plein-mer qui dure fort peu
par le moyen du réflux , qui
n'eft pas long- temps fans faire
retourner les flots . Comme il
y a deux équinoxes, on en veut
particulierement à celuy de
l'Autonne ; mais ce qu'on a
dit en general défend l'un &
l'autre , & leur fert également
de bouclier. Cet Equinoxe a
aufi fon utilité. Si l'équinoxe
duPrintems eft l'équinoxe des
fleurs , celuy de l'Autonne eft
l'équinoxe des fruits . Flore
préfide fur l'un , & Bacchus
fur: l'autre. Heeft vray que le
May 1693 .
26 MERCURE
jour commence à croître aprés
l'équinoxe du Printemps,
& qu'il diminue aprés celuy
de l'Autonne , mais cette diminution
n'est pas fenfible
durant dix jours ; & la Saiſon
n'eft pas foible puifqu'elle
meurit le fruit de la vigne par
ſa temperature , o gravida
munera vitis amat . Enfin la Balance
, qui eft le Signe auquel
fe fait cet équinoxe , n'a rien
de finiftre , puifque c'eft le
Signe de la juftice , & la regle
du poids. Il femble melme
que quelque temperament
qu'on defire pour la Santé ,
GALANT. 27
ad
foit le temperament de poids ,
que les Philoſophes nomment
temperamentum ad pondus, foit te
temperament de juftice qu'ils
nomment temperamentum
njuftitiam , dont l'un égale les
e quatre premieres qualitez
T pour eftre en équilibre, & l'au
tre les accorde , l'un en fais
une proportion aritmétique ,
& l'autre une proportion geo .
métrique , on le peut efperer
le de l'équinoxe de la Balance.
Il eft conftant que cet équinoxe
de la Balance rend auffi .
le jour égal à la nuit, Libradies
fomnique pares ubi fecerit horas ,
-
n
e.
"
Cij
29 MERCURE
dit Virgile. CetteBalance donc
qui met l'ordre dans le temps ,
ne peut pas cauſer du trouble
dans la conftitution
du corps.
Le repos , dit Platon dans fon
Timée , est dans l'égalité. Les
Aftronomes
difent que l'équateur
fert de mefure à l'irregularité
que caufe l'obliquité du
Zodiaque ; on ne peut pas
penfer que l'équinoxe qui fe
fait dans ce Cercle ferve à déregler
le temperament de
l'homme. Il me refte de répondre
à deux objections que
je me fais moy- mefme . L'une
eft tirée du nom d'Equinoxe ,
GALANT. 29
nom qui femble eſtre de mauvais
prefage , puis qu'il vient
de la nuit ; mais la nuit n'a
pas toutes les idées finiftres ,
puifqu'elle eft le temps du repos.
C'eft melme dans la fai.
fon de l'équinoxe que le fommeil
eft le plus doux , & que
le regne de Morphée , pour
ainfi dire, eft le plus paisible.
Deplus, s'il y avoit quelque
chofe à dire au terme d'équinoxe,
qui vient du Latin, il eft
corrigé par le serme Grec qui
vient du jour , ifemerie Diverfité
de noms qui procede de
la differente maniere de com-
C iij
30 MERCURE
mencer le jour ou à minuit
ou à midy. L'autre objection
eft tirée d'un paffage de Catulle
, jam cæli furor Equino-
Etialis. Là le Poëte fait le Ciel
orageux & cruel dans l'équinoxe.
Voicy ce que c'eft que
cette rigueur , qui eft moins
fondée fur l'équinoxe , que fur
ce qui arriva en ce temps- là.
Catulle eftant party de Bithynie
, fut obligé de s'arrefter
dans la Troade à caufe de fon
Frere, qui eftoit tombé ma
Jade , & qui fut fi malade qu'il
en mourut. S'il allegue icy
l'equinoxe , ce n'eſt pas com-
A
GALANT.
31
me la cauſe de la mort de fon
Fresc , mais comme le temps
auquel elle arriva , car la maladie
qui avoit précedé l'équinoxe
, fut la veritable caufe
de la mort du frere de Catulle.
Enfin c'eft la manière des
Poëtes , lorfqu'il arrive quelque
accident funefte, de s'en
prendre au jour , à la nuit , à
la faifon que cela arrive , & de
les en accufer , non qu'ils les
en croyent coupables ; mais
parce que c'est le temps où
ce malheur eft arrivé . C'eft de
la forte qu'en uſe Virgile ,
Qais-cladem illius noctis , quis fu.
C iiij
32 MERCURE
nera fano dExplice? Quelle langue
pourroit exprimer le ravage & le
massacre de cettefunefte nuit? Illius
noctis , n'eft pas la cauſe de la
ruïne de Troye , mais c'eft le
temps, le periode de fa defo
lation, Cependant c'eſt cette
nuit , que Virgile marque , &
c'eft- là qu'il s'écrie fi lamen ,
tablement C'est dans le mef.
me fens que Catulle remarque
icy l'équinoxe , & qu'il s'en
plaint comme d'une trifte épo
que de la mort de fon Frere.
Il faut dire le vray , l'homme
a un corps naturellement fra
gile & mal fain, ce qui le rend
GALANT. 33
.
malade vient moins du dehors
que du dedans. Mais foit qu'
on ne connoiffe pas ce de
dans ,foit qu'on vueille dimi
nuer la frayeur qu'on en a
car la frayeur s'augmenteroit,
difant que la cauſe eft interne ,
l'équinoxe vient à propos pour
fuppléer au défaut de la fcien
ce du dedans , & pour fervir à
foulager l'efprit de l'homme,
qui s'imagine que le mal n'é .
tant pas enraciné dans le
corps, & n'eftant qu'externe,
paffera avec l'équinoxe . Je fuis
&c. Le 25. Mars , l'équinoxe
de cette année 1698. ayant efté
le 20. Mars.
34 MERCURE
Les Sçavans me fçauront
fans doute fort bon gré de
leur faire part de quelques
legeres Critiques , touchant
des Notes qui ont efté faites
depuis peu fur Pline. Si la ré
ponſe, qu'il y a fujet de croire
qu'on y fera tomber entre mes
mains , je vous l'envoieray, ne
devant point prendre de parry
dans ce genre de combat, que
l'on a toûjours permis aux .
gens de Lettres.
GALANT. F
AU R. P. HARDOUIN,
de la Compagnie de Jefus.
Mon
On R. Pere.
Je me trouvay
il y aá huir
jours chez un de mes amis ,
qui avoit beaucoup
d'eftime
pour vous , puifqu'il failoit
votre panegyrique
. Je fuivis
librement fon parti , eftant attiré
par fon diſcours , & par
reputation que vous vous êtes
acquife dans le monde ; &
comme dans la fuire des
loüanges qu'il faifoit de vôtre
Reverence , il me parla du
la
26 MERCURE
Pline que vous avez fait imprimer
, & fur lequel vous de
viez avoir fait quelques notes,
je conçûs alors de la joye de
voir un Ouvrage , que les
grands hommes de ce fiecle
& des precedens n'ont regar
de qu'avec admiration . Il ne
fut pas bien difficile de voir
ce Livre, puifqu'il eftoit dans
un Cabinet prés de la Cham .
bre où nous avions difné . Aprés
que l'on eut mis les cinq
Tomes fur la table , je les ou
vris les uns aprés les autres
affez précipitamment
, & j'en
vis affez pour en connoître la
GALANT. 37
beauté & l'ordre , & pour en
remarquer
les Tables qui
font fort amples & bien diftinguées.
Je pris enfuite tout le tems
qu'il falur pour en lire une
e ou deux pages. Je tombay par
hazard fur l'endroit de Pline ,
où il parle des Huitres , qui
eft dans le quatrieme Tome ,
au Livre 32, à la fection 21. &
alors je fus ravy de joye d'avoir
rencontré ce paffage ,
parce que nous avions mangé
à difner de Huitres Verres ,
qui eftoient fort douces , fort38
MERCURE
caillées & fort-tendres ; & je
disà mon amy que fans doute
vous m'apprendriez quelque
chofe fur ces poiffons,puifque
vous yfaifiez quelques remar
ques ; mais je fus fort furpris
d'y lire des chofes dont nous
voyons le contraire dans cette
Province , & je m'écriay qué
vous aviez eu de fort mauvais
memoires.
Vôtre Reverence me per
mettra , s'il luy plaift , de hiy
montrer qu'on l'a trompée fur
cela, & de luy dire qu'elle n'a
pas entre quelque fois dans
le fens de l'Auteur. J'ofe me
GALANT. 39
$
C
e
e
promettre qu'elle recevra en
bonne part , felon fon caratere
ordinaire
, les remarques
que je feray , puifqu'elle fera
bien aife , ce me femble , de
reconnoistre l'erreur , s'il y en
2 , ou qu'elle aura la bonté
de me relever, fi je me trompe .
Mais pour entrer en matiere
, je fuivray le Texte de
Pline dans le difcours qu'il
fait fur les Huitres , & j'exaymineray
enfuite ce que vous
dites fur les paffages , où vous
faites quelques obfervations,
Nôtre Auteur nous fair
d'abord remarquer que les
1
40 MERCURE
Huitres que l'on pêche en
mer font petites & minces , &
qu'elles ont peu de chair , ce
qu'il veut dire par ces mots.
Pelagia parva & rarafunt , fur
quoy vous faires une remarque
en difant Quæ in alto èfcopulispetuntur.
Vous voulez fans
doute marquer par- là , que ce
font ceux que l'on pêche à la
drague fur des rochers , infolide
vado , comme il le dit enfuite
, quand elles font vaga
bondes , & que les lieux fur
lefquels elles font érrantes ne
font pas de difficile accez pour
y recevoir la drague , car de
GALANT. 40
croire que vous parliez . de
celles qui font attachées au
rocher comme vos termes
feniblent le marquer , il n'y a
pas lieu de le penfer , puil
qu'il n'y a point de drague
capable de les en arracher ;
il faudroit un marteau & en-
: core aller au fonds de l'eau
pour lé faire .
Pline compare donc icy les
Huitres éloignées de la côre
• qu'il nomme Pelagia , & qu'il
dit plus bas , quia minora in
alto reperiantur, avec celles que
l'on pêche dans la mer pres
de la côte , ce qu'il apelle in
May 1098.
f
1.
D
42 MERCURE
vado , à deux ou trois pieds
de profondeur parmy des doucins,
comme il l'écrit. Gaudent
dulcibus aquis ac ubi plurimi influunt
amnes ; & c'eſt â baſſe
mer que l'on voit fortir des
fources d'eau douce, qui rendent
les Huitres meilleures
que celles que l'on pêche plus
loin : ce que l'experience nous
montre icy par le gouft agréable
& par la délicateffe qu'ont
les Huitres des villages de
Niceil & de Loficres prés de
cette Ville , aux côtes defquels
l'on voit réjaillir fur les
baffes de la mer quelques
GALANT. 43
fources d'eau douce .
Pline écrit enfuite, Gran.
defcunt faderis quidem ratione
maxime,fedprivatim circa iniita,
aftaris multo lacte pragnanria 3 .
arque ubi fol penetrat in vada.
On doit faire ainfi la con-
Aruction de ces paroles pour
entrer dans la penfée de l'Auteur.
Oftreagrandefcunt exfideris
= ( lune ) quidem ratione maxime ,
71 fed privatim circa initia aftans
ex malo lacte pregnantia oftrea
grandefcunt , où l'on voit que
grandefcunt fert aux deux memebres
du difcours , & qu'au leecond
il eft fous- entendu par
Dij
44 MERCURE
une ellipfe fort- commune à
Pline. Grandefcunt n'est donc
pas feulement employé dans
le premier membre , mais
auffi dans le fecond.
Cela eftant ainfi expoſe , il
eft aisé d'en faire la traduction
. Les Huitres croiffent
( en Europe ) au plein de la
Lune , & ( dans les Indes Orientales
) au renouveau , mais
elles croiffent encore au mois
de May & de Juin en quelque
état que foit la Lune , lors
qu'elles font en lait , & que le
Soleil échauffe l'eau de la
côte.
GALANT: 45
♫ Vous dites für ce paffage
ces paroles. Tum meliora effe ,
fuaviora , utilioraque tradidit Athenæus
, c'est à dire , qu'elles
font au mois de May & de
Juin beaucoup meilleures que
dans une autre faifon , qu'-
elles font plus agréables , au
gouft, & qu'elles plaiſent plus
à l'estomach ; mais nous experimentons
icy le contraire,
& il ne faut pas qu'une autorité
prévale fur la verité que
nous découvrons tous les ans ."
Mais pourquoy parler icy
de la bonté des Huitres , puifque
Pline ne traite que de leur
D iij
46 MERCURE
accroiffement, qui eſt au mois
de May & de Juin beaucoup
plus confiderable que dans
une autre faifon c'eſt qu'ayanc
alors beaucoup d'humeurs ,
elles croiffent auffi beaucoup
plus dans leurs valves , & enfuite
dans leur chair . Pourquoi
donc dire qu'elles font meilleures
au commencement de
l'êté, plus agréables au gouſt
& plus utiles à l'eftomach ,
puilque nous fçavons, le contraire
, comme j'ay dir , car
c'eſt alors que ces poiffons fe
preparent à multiplier leur efpece
, & qu'eftans pleins de
GALANT. 47
femence , ils deviennent maigres
, fades au gouſt , def
agréables à la bouche, & contraires
à l'eftomach ; ce que
Pline confirme en difant nec
falivafua lubrica, qu'il ne faut
pas que l'Huitre foit en lait
pour eftre bonne , prenant le
mor de falive pour le lait des
Huitres.
Si vous aviez confulté les
Vendeurs de marée & les Ecailleurs
d'Huitres de Paris ;
pour fçavoir fi au mois de
May ou deJuin ils en vendent ,
ils vous auroient répondu qu'il
ne s'en pêchoit point alors ni
48 MERCURE
dans la Manche , ni au païs
d'Aunis , non plus qu'en An
gleterre où l'on fait d'expref
fes deffences d'en pêcher alors
á Clocheſter, où elles font les
meilleures de tout le Royau
me. Ces mefmes perſonnes
vous auroient encore appris
qu'il n'y avoit que dans les
mois qui portoient des R.
dans leur nom , où elles fuffent
bonnes & caillées , felon le
petit Vers Latin , que quel
ques-uns difent icy.
•
Menfibus erratis vos oftrea
manducatis .
Aleft vray que dans les
grandes
GALANT.
49
1
grandes
chaleurs des
quatre
mois de l'êté nous
mangeons
icy des
Huitrats . C'eſt
ainfi
que l'on apelle les petites Hoi .
tres
Vierges,
grandes
comme
un écu blanc , que l'on détache
de la
roche , ou que l'on
pêche
ailleurs . Leur âge ne
leur
permettant
pas de produire
, elles ne font pas
pleines
de lait ,
comme les
grandes ;
mais fans
doute vous
n'avez
pas pris garde
à tout cela,
puifque
vous
parlez
fans diltinction.
>
Pline nous marque enfuite
le lieu où il s'en pêche de
May 1698 .
E
So MERCURE
bonnes , & comme elles dois
vent eſtre formées pour eſtre
excellentes , ce qu'il dit de la
forte. Neque in luto capta , neque
in arenofis , fed folido vado :
Spondylo brevi atque non carnofo,
nec fibris laciniofo , fed tota in alva
. Je l'interprete ainfi. Les
Huitres que l'on pêche fur la
bouë & fur le fable ne font
pas eſtimées , mais ſeulement
celles qui font fur le rocher.
Elles doivent avoir la chair
courte & épaiffe, exempte de
fable , & eftre toutes entieres
ensre leurs valves , qui ne doivent
être ni rompuës ni denteGALANT:
51
lées. Ce paffage , mon Reve.
rend Pere, qui me paroit fort
difficile, ne vous a pas femblé
tel , puifque fans hefiter vous
prenezspondylus pour
le gros
ligament de l'Huitre , qui
affujettit les deux valves , &
qui eft divifé en deux parties
Contigues , car vous écrivez ,
Spondylus inOftreis, aliterà Græcis
Trachelos appellatur, callus fcilicet
interiar ac folidus. C'est donc
ce cal ou ce ligament interne
qui a la partie de devant plus
blanche & plus molle que
celle de derriere , que, Pline
apelle Spondyle , & vous Tra-
E ij
52 MERCUR E
chele. Examinons ce que vous
dites.
Spondylus eft nn mot qui
entre toutes fes fignifications
marque une Vertebre de l'Epine
du dos dans les animaux ,
& principalement celles du
col , parce qu'elles tournene
plus que les autres , c'eſt pour
cela que les Latins les ont apellées
Vertebra, à vertendo. C'est
auffi un bois rond percé, que
nos femmes mettent au bout
de leur fuſeau pour le rendre
plus pefant quand il eſt trop
leger , & qu'elles nomment
virole ou pefon , mois emGALANT.
53
pruntez du Latin , où l'on
trouve Verticillum & Pondufculum
.
Cela eftant expliqué de la
forte, voyons ce qui fait tourner
dans l'Huitre, c'eſt à dire,
ce qui la fait ouvrir & fermer,
& puis examinons les trois
fentimens que l'on peut
mer fur cela.
for-
1. Les uns croyent que fpon .
dyle eft le tendon & le gros
Fligament de l'Huitre .
2. Les autres penſent que
ce foit le dehors de l'Huitre
qui eft auprés du dos des valves
, qui merite ce nom.
E iij
54 MERCURE
3. Les troifiémes fe perfua
dent que c'eft la chair de
l'Huitre.
Examinons prefentement
laquelle de ces opinions eft la
plus veritable.
I. Si Spondylus dans le premier
ſentiment eft le gros IIgament
qui joint les valves
de l'Huitre , c'eft à dire , la
partie qui les fait ouvrir &
fermer , comme vous le penfez,
il ne doit pas eftre court,
mais long, puifque s'il eft de
cette premiere figure , l'Huitre
fera petite , & ne fera pas
dans la perfection pour eftre
GALANT. $5
"
:
mangée. D'ailleurs Pline ne
veut pas que ce ligament foir
charnu , mais il l'eft naturellement
, & par fa fubftance
it eft une chair ligamenteufe
ou glanduleufe , qui ne
change jamais enfin il ne
doit pas eftre coupé , rompu
ny dentelé , mais cette partie
ne l'est jamais . Ajoûtez à cela
que & le spondyle ou le Trachele
de l'Huitre eft le cal interae,
comme vous le dites , c'eſt à
dire , le gros ligament qui ouvre
& ferme les valves , comment
eft- ce que le cal des Bur--
gauds à pourpre fera leur co-
E iiij
16 MERCURE
quille & leur couverture ,
comme vous l'écrivez enfuite .
à la fection 41 Púrpurarum ,
callus , dites vous, operculum feu
integumentum vocat Ariftoteles
libs. de Hift anim. Epicalym.
ma, c'est ce que je ne conçoit
point. Il faut donc que le pon..
dyle de Pline , foit un autre
partie dans l'Huitre , puiſque
je ne trouve pas dans fon gros
ligament ce qui convient au
Spondyle de ce Poiſſon .
A
II. Si fpondylus dans la feconde
opinion eſt le col de
1Huitre par dehors , toutes
les marques qu'en donnePline
3
GALANT. 57
en feront la diftinction , car fi
c'eft fon col , c'eft à dire , la
partie qui fuit le dos où elle
s'ouvre comme en charniere,'
& où fes valves font attachées
par un ligament àreffort, cette
fignification pourroit avoir
quelque vray femblance, puifqu'il
eft reffort que fi cette
partie eft courte , comme dit
Pline , l'Huitre fera épaifle ; fi
elle n'eft point charnuë , l'Huitre
n'aura pas efté bleffée &
ne montrera pas fa chair par
fon ouverture; fi elle n'eft pas
dentelée , ce fera une Huitre
à la drague , qui aura roulé fur
$8 MERCURE
le rocher à quelques pieds
d'eau, & qui ne fera ni brute ,
ni inégale ni picquante , comme
font celles que l'on pêche
en haute mer , qui parce que
le fonds de l'eau n'a fouvent
point de mouvement , n'ont
pas perdu à caufe de cela toutes
leurs pointes ni leurs inégalitez
, & par confequent ne
font pas fi bonnes que les
autres, par la raiſon qu'en apporte
Pline , dans ces termes,
Opacitas cohibet incremenļum,&
triftitia minus appetunt cibos ,
parlant des Huitres que l'on
pêche en haute mer , & les
GALANT. 59
comparant à celles que l'on
prend dans l'eau prés de la
côte .
III. Si fpondyle dans le der
niere fentiment eft la chair
de l'Huitre , ce qui eft le plus
vray-femblable , elle doit être
courte , groffe & épaiffe , ce
qui eft une marque de fa bonté
, comme Pline le dit icy ,
Spondyle brevi , & ailleurs . Pracipua
vero habentur in quacum
5 que gente fpiffa craffitudine potius
quam latitudine , plus groffes &
plus coutes que larges & lon
1 gues car files coquilles de
Huitre font courtes & épaif60
MERCURE
fes , la chair du Poiffon le fera,
auffi , le dedans fuivant la conformation
du dehors . Je parle
ici de la chair caillée de l'Hui .
tre qui occupe le derriere de
ce poiffon , puifque celle qui
eft au devant n'eft pas de cette
nature. Ce ne font que cinq
membranes couchées les unes
fur les autres , en forme de
fraifes qui repondent au mefentere
des animaux parfaits ,
car on y remarque une infinité
de veines lactées qui finiffent
à la partie molle du
gros ligament qui fait fans
doute la fonction de glande.
GALANT. 65
Si fpondylus eft donc de la
chair de l'Huitre , comment
veut- on qu'elle ne foit pas
charnue ? Cela femble impof
fible. Nefaudroit- il point lire,
non arenofo , au lieu de non car.
nofo , qui ne fait nul fens , par
tranfpofition d'un c à
une
&
peu prés femblable àounties,
car vous fçavez bien , mon
Reverend Pere, ce qui fe paffe
parmy les Copiftes & chez
les Imprimeurs . Cependant
ce n'est qu'une conjecture que
je fais icy , qu'il ne faut pas
alleguer fans autorité ; mais
comme vous avez beaucoup
62 MERCURE
de Manufcrits de Pline , vous
pourriez vous donner la peine
de nous éclaircir fur cela .
D'ailleurs l'Huitre pour être
bonne ne doit pas eftre den
telée, c'eft a dire , que les extremitez
de les valves doivent
eftre entieres , de peur qu'ê
tant rompues, elle n'ait perdu
foneau , ou squ'elle n'ait pas
efté rongée ny bleffée par
quelque Poiffon aux extremi
tez de fa fraife , ce que Mart
rial femble confirmer en par
dant ainsi.
Rofos repentifpondylos finu condic
Le coquillage fermepromp
GALANT: ·63
tement fes valves , quand il
fent qu'un poiffon luy ronge
la chair.
" J'ajoûte à cela que Petrone
met les Huitres & les autres
coquillages parmy les aliments
qui contribuent à l'a
mour, puifqu'il veut que l'on
mange pour ceteffet des Huitres
crues fans fauffe & fans
apprêt . Cochlearum finejure cervicibus
, dit - il , ce qui revien
droit bien à ce que vous dites
que Spondyle eft le meſme que
Trachele parmy les Grecs ; par
ce que Cochlearum cervices dans
Petrone eft proprement la
64 MERCURE
chair des Huitres ou des autres
coquillages. Cependant
je ne croy pas que parmy les
Grecs il y ait aucun Auteur ,
qui ait apellé Spondylos du nom
de Trachelos , fi l'on en excepte
Athenée , qui nomme ainſi la
chair des Burgauds à pourpre.
Il eft donc évident que
cervices parmy les Latins eft la
mefme chofe que ſpondylos &
Trachelos parmy les Grecs , &
qu'ils fignifient tous trois la
chair des Huitres .
Pline ajoûte encore ces mots
pour une bonne qualité de
l'Huic es, ac tota in alvo , c'eſt
GALANT: 65
1:
pas à dire , qu'elles ne foient
rompuës , mortes ni corrompuës
, parce que dans cette,
occafion la chair des Grandes
fort de leurs coquilles, aulieu .
qu'elle y demeuré , quand.
elles font vivantes & bien
fermées...
Pline pourfuit . Addunt Pe
ritiores notam, ambiente purpureo,
↓ crinefibras . Sur cela vous dites,
¡ Cirrum lividum, hoc eft, purpurei
coloris Martialis appellat, & vous
en cirez ce vers..
Et oftreorum rapere lividos cirros .
Vous voulez donc par là ,
que Cirros lividos de Martial ,
May 1698 .
F
66 MERCURE
& purpureo crine de Pline ,"
foient la mefme choſe. Puis
vous ajoûtez que vous fouciez
fort de ce que dit Sau
maife , & de ce que publient
fur cela les Interpretes de Martial.
Quid Martialis interpretes
in hunc locum , fçavoir fur le
vers de Martial que j'ay cité ,
Quid Salmafius dicat in Solinum
nonlabore . Mais fans doute,
mon Reverend Pere, que vous
auriez mieux fait de ne pas
mépriser les fentimens de ces
gens - là , & de ne faire pas
dire a Martial ce qu'il n'a iamais
eu deffein d'écrire , car
GALANT: 67
en bonne foy, il n'y a que les
aveugles qui ne peuvent juger
des couleurs , & qui confon .
dent la couleur olivatre, ou de
plomb , lividus color , avec le
pourpre rouge ou violet , pur
pureus color, qui font des cou
leurs fort differentes , appliquées
a deux diverfes parties
des Huitres , dont ces deuxi
Auteurs parlent , car Martial
entend par lividos cirros , un
petit cercle qui borde l'extré
mité interne des deux valves
B
de l'Huitre, qui eft de couleur,
d'ardoife dans les Huitres de
ces mers, & qui approche fort
Fij
68 MERCURE
de la couleur du plomb ou de
l'olive , aulieu que Pline veut
parler de la petite mouffe
rouge qui croift tout autour
des Huitres dans la mer Méditerranée
, ce qui en marque
la bonté , parce qu'elles ne
font pas fort éloignées du
bord de la mer, où cette herbe
naît . Nous en voyons quelque
fois dans ces mers de cette
façon , & je croy que c'eft
ainfi qu'il faut expliquer Pline ,
puifque les Huitres n'ont pas
d'elles mefmes des filets
mouffus , à moins qu'ils ne
naiffent fur leurs coquilles .
GALANT: 69
Pline appelle Caliblephara,
les Huitres qui ont toutes les
marques de bonté , dont il
fait le dénombrement . Vous
interprétez ce mot quafi pul
cris genis. Mais Genis, eft- il un
mot que l'on doive attribuer
aux Huitres ? Pour moy j'en
doute fort, & je dirois plutôt,
pulcris valvis , que je tradui .
rois par des Huitres polies &
belles à voir , fuivant l'étimo .
logie du mot ; car les Huitres
à la drague, qui ont efté roulées
fur le rocher pour l'agitation
de l'eau d'une riviere
qui fe décharge dans la mer,
70 MERCURE
comme font celles que l'on
pêche vers l'lfle de la Dive à
l'embouchure de la Riviere
de Marans , font devenuës
polies , comme les cailloux de
la côte,quelque inégaux qu'ils
fuffent auparavant
.
On pourroit encore dire
que Calliblepharum eſtant un
fard d'antimoine , dont les
femmes fe fardoient autrefois
lesyeux , ou plutôt les fourcils
pour les rendre plus noirs , &
mieux faits , & pour paroistre
plus belles , a voulu appliquer
ce meſme nom aux Huitres ,
qui font plus agréables à voir,
GALANT. 71
quand elles font polies. C'eft
ce fard que Petrone appelle
fupercilium : que Tertulien &
Saint Cyprien nomment Pulvis
niger , Arnobe , Tertulien ,
Juvenal , fuligo : & c'eft auffi
avec ce fard que Jefabel dans
l'Ecriture , fe farda pour plaire
à Jehu.
D'ailleurs je doute fort que
vous ayez mieux réüffi que
Pline, en appellant ces mefmes
Huitres Callipharata , aulieu
de Calliblephara dont Pline
fe fert. Pour moy, je fçay bien,
que Callipharata eft un mot
barbare , puifque je ne l'ay pû
72 MERCURE
trouver dans les Auteurs Grecs,
& qu'il ne vous eft pas permis
, fans eftre blâme , d'inventer
un mot dans une Langue
qui vous eft étrangere ,
non plus que dans la vôtre ,
à moins qu'il ne fût fort ex-.
preffif, & enfuite approuvé par
l'ulage
Enfin Pline dit fur la fin de fon
difcours touchant les Huitres .
Addiditque luxuriafrigus obrutis
ànive ,fumma montium & maris.
ima mifcens. On doit faire ainſi
la conftruction de ce paffage .
Luxuria addidit frigus oftreis
obrutis à nive, mifcens fumma negotia
GALANT :
73
+
gotia montium & ima negotia
maris. Ce que je traduis ainfi.
La Friandife a inventé le moyen
de faire rafraichir les Huitres en
les couvrant de neges . Pour cela
elle a eu l'adreffe de mefler ce que
l'on trouve fur lefommet des mon.
tagnes , avec ce qu'on rencontre
dans le fonds des mers ; c'eſt à
dire , de mefler de la nege
avec des Huitres , & d'en faire
des Huitres à la glace . Vous
penfiez que Pline eftoit fort
obfcur dans cet endroit , &
vous avez voulu l'éclaircir par
une notte que vous y avez
faite , mais il me femble que
May 1698.
G
17
74 MERCURE
yous n'eftes pas entré dans la
penſée de l'Auteur , car vous
faites dire à Pline, ce qu'il n'a
pas eu la penſée d'écrire. Voici
vos termes. Nives e fummis
montium jugis petitas cum aqua
marina , qua pafcuntur oftrea in
wado mifcens , c'eſt à dire , ſi je
le traduis bien , en meſlant la
nege que l'on prendfur le haut des
montagnes avec l'eau de la côte de
la mer , ou des viviers de laquelle
les Huitres fe nourriffent . Quelle
adreffe feroit ce - là de mefler
de la nege avec l'eau de la
mer ? En quoy conſiſteroit la
friandile des Romains que
GALANT
75
Pline blâme icy? Ne voudriez
vous point dire qu'on méloit
dans l'eau du bord de la mer
ou des eſtangs falez où il y a
des Huitres , quelques char
retées de nége pour rafraichir
l'eau dont ces poiffonsfe
nourriffent, ce que je ne penſe
pas , & ce que pourtant vos
termes fignifient ? fiìob á gist
Voilà , mon Reverend Pere
ce que j'avois à vous écrire
furce paffage de Pline Si vous
wrouvez que je vous aye fatis
fait , je vous prie de me le té
moigner , & nonobftant les
incommoditez de mon age &
Gij
76 MERCURE
les occupations de la Medecine
, j'employeray
quelques
heures de la nuit pour vous
plaire , feuilletant vôtre Pline
fur quelques endroits de ma
Profeffion . S'il m'eſt échappé
quelques paroles qui manquent
de refpect , je vous prie
de ne pas croire que je l'aye
fait à deffein Cela m'eſt ar
rivé , comme à ceux qui difputent
enſemble avec cha
leur , & qui cependant ne laiffent
pas d'eftre bons amis ,
Je fuis , M. R. Pere , &c.
VENETTE , Medecin du Roy,
A la Rochelle le 28. Octobre 1697.
1
GALANT. 7773
7 n
Il n'y a rien de plus agréable
que la converfation , mais
pour y eftre reçû avec plaifir
il faut s'examiner avec foin ,
& voir fi l'on n'a point les défauts
dont il eft parlé dans la
Satyre que je vous envoye ,
Elle eft de M'Hebert de Châ-
Leau - Thierry.
A Madame de ***
LA
A Converfation eft un com
merce aimable' ,
Quandjoignant comme vous l'utile
à l'agréable ,
On connoit ce qu'on vaut fans trop
de vanité ,
Et qu'on montre par tout de la
docilité.
Mais je ne puis fouffrir ces gens dont
l'ignorance
78 MERCURE
N'a pour le foûtenir qu'une fotte
arrogance ,
Et qu'on voit tous les jours faire les
connoiffeurs ,
Decider hardiment , s'ériger en Cenfeurs
,
En un mot s'aveuglant d'une vaine
manie
Pretendre que tout cede à leur foible
genie.
La difpute contr'eux n'eft jamais de
faifon ,
Ne les pas applaudir c'eſt choquer
la raiſon ;
Ils penfent avoir feuls le bons fens
en partage ,
Mécontens d'un chacun , ennemis
de l'uſage
Sans ceffe on les entend contredire
& blâmer •
Ils font piquans , chagrins , prefts à
GALANT.
79
tour reformer .
Prétend-t-on par hazard entâmer
une hiftoire ,
Ils en font feuls inftruits , fi l'on veut
les en croire ,
Quelque démangaifon qu'on ait de
Ils
la conter ,
prennent la parole , il les faut
écouter ;
Pour débiter des riens ils impofent
filence ,
Et des plus modérez laffent la pa .
tience.
Ils parlent brufquement , on diroit à
leur ton
Que ce font des Docteurs qui nous
font la leçon .
D'autre part un Sçavant qui croit
que l'art de plaire
Eft de toûjours briller , & jamais ne
fe taire ,
Giij
80 MERCURE
Oubliant de répondre aux chofes
qu'on luy dit ,
Ne fonge tout au plus qu'à montrer
de l'efprit.
Impatient d'abord de le faire connoiſtre
,
•
Il ôte le plaifir aux autres de paroiftre
,
Et fatiguant chacun par fes beaux
fentimens ,
Perd le fruit attendu de fes raifonnemens
,
Car pour eftre goûté , la plus fûre
maxime
N'eft pas par fes difcours de briguer
de l'eftime ,
N'eft pas tant de donner du luftre à
ce qu'on dit ,
Que de faire trouver aux autres de
l'efprit .
Un Purifte d'ailleurs , efclave de
l'uſage ,
GALANT. &
Ne produit rien d'heureux par fon
fade langage.
Il ne rifqueroit pas la moindre expreffion
,
Deuft- elle eftre l'objet de l'admi
•
ration .
Il parle proprement , mais à chaque
parole
Sa morne attention déconcerte &
défole ;
Et pour affecter trop la réguliarité ,
Il rebute chacun par fa fterilité.
Un difeur de Phebus dédaignant
le vulgaire
Fait prendre à fon genie un effor
temeraire ..
S'imaginant parler le langage des
Dieux ,
De fens froid il débite un fatras
ennuïeux
;
De grands mots affommans , d'épi82
MERCURE
tetes forcées ,
Un galimatias de phraſes entaffées ,
Et de tout fon beau dire unique
Admirateur ,
S'acquiert la qualité d'impertinent
Parleu.r
On ne parle en effet que pour fe
faire entendre.
A quoy fert un beau mot que l'on ne
peut comprendre ?
Il est d'autres défauts , dont l'incongruité
Ne dégoûte pas moins de la fociété.
J'aperçois Philemon qui brufque .
ment approche ,
le bon fens , & la raiſon en
Et
porte
poche
,
Car à peine entre-t- il en converfation
Qu'il veut que l'on défere à ſon
opinion ,
GALANT. 83
Et pour tout fondement il parie , il
affure.
Pour peu que l'on contefte , il fe
tourmente , il jure ,
Vingt Louis bien comptez font tous
tes fes raifons.
Le facheux Dotilas fait des com
paraiſons ,
Qui choquent le bon fens,les moeurs,
la bien-feance .
Il ne fçait point avoir d'égard , de
déference ;
Il est defobligeant , fatirique , indifcret
;
A peine parle-t- il que chacun a fon
fait :
Atifte eft à l'affuft de la moindre
parole ,
Rire, turlupiner , badiner c'eft fon
rôle ,
Il croit trouver par tout de lafubtilité,
84 MERCURE
Et pas un mot n'échappe à favivacité ;
Mais de ce bel efprit la plus grande
fineffe
N'eft que fatuité, fauffe délicateffe ,
Qu'on aperçoit d'abord , & quelque
fois on rit
De la pointe, & fouvent d'Arifte qui
la dit ,
L'infolent Antiphon parle avec
non -chalance .
Il eſt reveur , abſtrait , amateur du
filence.
Avec tout fon efprit il n'a point
d'agrément ,
Et n'écoûtant pas bien il répond
fottement.
Le fterile Cleon pour toute gen;
tilleffe ,
Pour tout fond , ne fait voir qu'un
peu de politeffe ,
En termes different repete ce qu'on
dis.
GALANT. 85
Soûrit à tous momens , & fans ceffe
applaudit.
Mais je voudrois en vain par ma
foible cenfure ,
Reformer les défauts dont je fais la
peinture.
C'eft de vous qu'on attend cet important
effet ,
Vous eftes en cet Art un modele
parfait.
Tout ce qui regarde la con-
Efervation de la fanté eft à rechercher.
M'Pujol , Medecin
de Saint Ybars en Foix , ayant
efté prié de dire fon fentiment
fur une matiere des plus importantes
de la Medecine ;
voicy la Réponse qu'il a faite,
86 MERCURE
A Monfieur ***
MONSIEUR,
Suivant la Lettre que vous
m'avez fait l'honneur de m'écrire,
vous fouhaittez fçavoir
s'il faut purger dans le commencement
des Fiévres continuës
, & vous voulez que je
Vous marque par ma Réponſe
que vous attendez , dites - vous ,
avec impatience , quel eft
mon fentiment là deffus . Vous
fçavez Monfieur, que c'eft un
vieux Procés , qui eft encore
à juger , entre les Anciens &
GALANT. 87
les Modernes , & je croy qu'il
durera tout autant de temps,
qu'il y aura desMedecins dans
le monde , parce que tout eft
en contreverſe dans l'Ecole ;
& comme les matieres qu'on
y traite , ne font pas de foy ,
ileft permis à chacun de pren
dre le party que bon luy fem
ble. Trahit fua quemque opinio.
D'ailleurs lesPartifans de l'une
& de l'autre Secte croiront
toûjours , qu'ils ont eu tous
de juſtes vûës , & qu'ils ont
tous & bien penſé & bien é
crit . Enfin les autoritez &
les raiſonnemens ne man88
MERCURE
queront pas de part & d'au
tre , pour foûtenir & faire
valoir fon opinion . Ainfi ,
Monfieur
, comme cette entrepriſe
eft audeffus de mes
forces , je ne feray pas affez.
témeraire
pour prononcer
fur
une matiere aufli importante
,
auffi difficile , & aufli delicate
pour la pratique que celle -là.
J'en renvoye la decifion & le
jugement
à ceux qui font
d'une plus profonde érudi
tion , d'une plus vafte penetration
, & d'un plus jufte dif
cernement
que moy . Je me
Contenteray
, pour fatisfaire à
GALANT 89
vôtre queſtion , de vous faire
part de mes fentimens , en
qualité feulement de voſtre,
bon & ancien ami. Inter ami.
cos omnia funt communia, sol
Je dis done , fans aucune
prevention , qu'il ne fauc
jamais purger dans le commencement
des Fiévres con
tinues accompagnées de violens
redoublemens
, parce!
que les humeurs font cruës ,
à moins que la matiere ne
foit turgente. C'eſt la doctri .
ne & la methode folide du
divin Hipocrate aphorifm. 22.
fect . 1. où il dit, concocta medi.
May 1693.
H
90 MERCURE
cari acque moveri non cruda , neque
in principiis , modo non turgeant
, plurima verò non turgent.
c'est à dire , il faut évacuer les
bumcurs cuites &non pas les cruës,
non dans les commencemens , àmoins
qu'elles nefoient extremement agi.
rées , & fouvent elles ne le font
pas.
Si un Medecin defintereffé
reflechit ferieulement fur l'im
portance de cet Aphorifme ,
il tombera d'accord avec moi,
qu'on ne peut parler plus clai
rement , que parle Hipocrate
par ce texte, fur l'uſage qu'on
doit faire de la purgation dans
GALANT:
و ا
les maux violens qui nous
attaquent. Son expreffion eft
nette , fimple , naturelle , &
fans aucun embarras , quoy
qu'il y ait aujourd'huy bien
des gens , qui enviſagent ce
paffage d'une autre maniere
bien differente & qui luy
donnent un fens fort écarté ,
& une explication fort éloi
gnée de la penſée de ce Grand
Homme en y attachant des
nuages , des écueils & de grof.
fes difficultez , qui font dans la
verité de pures chimeres & des
eftres de raiſon , entia rationis
fiétuia. Il feroit à foûbaitter ,
Hij
92 MERCURE
( fi cela fe pouvoit ) que ce
Prince de la Medecine , pour
faire ceffer toutes ces difputes
, que je prevois éternelles,
revinft des champs Elifées ,
pour nous dire luy mefme
quela efté fon veritable ſentiment
il eft à prefumer qu'il
decideroit en faveur des Anciens
.
•
Ce même Genie , dans l'Aphorifme
24 de la même fection
, nous apprend qu'il ne
faut que rarement fe fervir
des Purgatifs dans le commencement
des maladies aiguës
, & que quand on le fait;
GALANT. 93
on ne le doit pas faire fans de
grandes raifons. In acutis , ditil
, morbis raro , & in principiis ,
medicinis purgantibus uti , & hoc
cum præmeditatione faciendum.
Difons donc que la purgation
qu'on ordonne dés le
commencement des Fiévres
aiguës , eft indiquée par la
feule turgence , & par la feule
furie des humeurs . C'eft ce
que noftre illuftre Hippocrate
explique admirablement
bien, Aph 10. fect . 4. par ces
paroles , Medicari in acutis , fi
materia turget , eadem die , tardare
enim in talibus malum eft.
H iij
94 MERCURE
Ilfaut , dit-il , purger le même
jour dans les maladies fort aiguës,
fi la matiere eft turgente , ou émuë,
car il eft mauvais de remettre le
purgatif au lendemain. La raiſon
que Galien , ce fidelle Interprete
, en donne dans le Com
mentaire , eft , fi l'on ne
a
que
purge pas promptement ces
matieres qui tendent à fortir,
& qui font en mouvement , il
eft à craindre que les forces
du malade ne s'abattent , &
que les humeurs qui font fort
agitées , ne s'arreftent fur
quelque partie noble , & n'y
caufent quelque funefte acci ,
dent.
GALANT.
୨୮
Il paroift maintenant par
tout ce que je viens de dire ,
que comme il eft fort extraordinaire
que cette turgence
I paroiffe dans le commen
cement des Fiévres conti-
- nuės , auffi eft. il fort extra-
= ordinaire d'employer les remedes
purgatifs dans leur
naiffance. Concluons donc
que pour la réüffite de la pur
gation il faut attendre la co.
ction des matieres vicieuſes ,
á laquelle la nature travaille
dans ce temps , qu'on appelle
j'eftat de la maladie , comme
L'enſeigne Galien
de Crif
3 .
96 MERCURE
cap . 5. C'eft à dire que pour
purger le malade avec fruit ,
il faut que la Fiévre ait confi
derablement diminué . Cela fe
jukifie par un paffage authen
tique du grand Hippocrate ,
lib, de Med . purg, comme il
s'enfuit. Quicumque à fort bus
febribus coripiuntur , iis medica
menta purgantia dare non oportet,
donec remiferit morbus . Ceux,
dit il , qui font travaillez de
grandes fièvres , n'uferont d'aucun
pnrgatif , que la maladie
ne foit dans le déclin, c'eſt à dire,
dans le dernier des quatre di
vers temps generaux qu'on
obferve
GALANT.
97
obferve dans toutes les maladies
qui ne font pas mortelles
,& qu'on appelle communement
, Augment , Etat , &
Déclinaison , qui font diftinguez
par les fignes de la crudité
& de la coction , qui paroiffent
dans les excremens ,
comme dit Galien lib . de .
Temp. morb. cap. 3. & lib. i ..
de Crif.
Ajoûtons , s'il vous plaiſt , à
= ces grandes autoritez trois
A puiffantes raifons , qui vous
convaincront pleinement de
la verité de mon hypotheſe.
Premierement , afin qu'on
May 1698 ,
I
98 MERCURE
.
purgatif produife de bons
effers , il a befoin de trois
chofes , fçavoir , des forces de
la nature , de l'obeiffance des
humeurs morbifiques
, & de
l'ouverture des conduits qui
puiffent le porter dans le bas
ventre. Que fiune de ces conditions
vient à manquer , ſon
action eft empêchée , & tour
ne au defavantage du malade.
Ad quamcumque fauftam evacuationem
tria concurrunt, natură
vegeta , humores ad purgantia
fequaces , & vaforum libertas.
Or je trouve que dans le com
mencement.des Fièvres conGALANT:
99
tinuës , la nature n'eft pas
obeiffante , parce qu'elle eft
crue , & par confequent fort
tardive à fe mouvoir ; par
là elle réfilte puiffamment à
l'irritation du purgatif. D'ail
leurs , nous remarquons que
la plufpart des parties qui font
contenues dans les premieres
voyes , font farcies d'obftructions
confiderables , qui ſervent
d'obſtacle au paffage du
pargatif & des humeurs viciées
; de maniere que le fang
eftant beaucoup chargé d'im
puretez & de fes propres fumées
par le defaut de la tranf-
I ij
LCO MERCURE
que
piration , il le porte comme
un torrent par tout le corps
avec plus d'impetuofité qu'à
l'ordinaire , & paflant par les
vaiffeaux obftruez , il eft contraint
de s'y arrefter , de s'y
épaiffir , & de les boucher davantage
; ce qui fait les
obftructions qui s'y rencontrent
, en font beaucoup augmentées
. Cela fuppofé , je dis
que le purgatif qu'on donnera
dans le commencement
des Fiévres continuës , fera ou
minoratif, ou erredicatif; s'il
eft minoratif, il remuëra les
humeurs excrementeufes fans
GALANT. lõi
évacuer , n'ayant pas affez de
force pour rompre les digues
qui s'opposent à lon mouvement
& à fon action , & par là
le malade tombera dans des
tranchées de ventre , dans des
inquietudes & des évanouiffemens
terribles . Galien , dont
la ſcience eft auffi profonde
que fa methode eft admirable,
parle fort clairement de
tous ces fymptomes lib . 4:
tu. San. c. 5. en ces termes.
Dejectio in is , quibus plurimi
crudi humores in venis funt , tormina
, cruciatufve circa umbili
cum&toffiones creat , animique
I iij
102 MERCURE
deliquia , quo fit ut etiam omnes
anguftas vias obftruant , per quas
id quod medicamentum dejicit
ferri ad alvum debeat , itaque nes
ipfi educuntur , & aliis funt im
pedimento .
En effet , la précaution , dit
un habile Praticien , qu'on
doit prendre avant que de pur
ger, eft d'humecter& d'ouvrir,
afin que le medicament ne
trouvant point d'embarras ,
agiffe plus puiffamment, plus
promptement , & avec moins
de douleur. C'est pourquoy
Hip. dit Aph. 9 fect . 2. Quo.
*um corpora purgare voles , ea
GALANT. 103
fluxilia reddere oportet.
J'ajouteray avec un judicieux
Auteur , que le remede
minoratif fait à peu prés fur
les parties du corps , par oùil
paffe , le même effet que l'éperon
au cheval , puifque de
le cheval va plus
le Cavalier luy
même
que
vîte,
lors
que
a donné
un
feul
coup
d'éperon
& qu'il
regimbe
& ſe
mutine
lors
qu'il
luy
tient
longtemps
l'éperon
fur
le ventre
; auffi
le purgatif
follicite
.
t-il par
Les
premieres
irrita
.
tions
les
parties
par
où
il eft
porté
, à le décharger
des
ex-
I iiij
104 MERCURE
cremens qui fe rencontrent;
mais lors qu'il fejourne trop
longtemps , pour eftre foible,
comme eft le minoratif, il en-
Alâme ces mêmes parties , &
rend les humeurs qu'il échauf
fe & deffeche , mal propres à
l'évacuation ; de forte qu'il
purge , ou tres -peu , ou point
du tout , & fatigue extraordinairement
le malade.
Que fi le remede eft erra
dicatif, il ne fçauroit feparer
les humeurs corrompuës,mê
lées , confondues & engagées
dans la maſſe du fang , fans y
exciter une plus grande ferGALANTA
105
mentation, & un mouvement
plus rapide ; de forte qu'il feroit
à craindre que le fang
eftant alors devenu plus
bouïllant & plus impetueux ,
n'embrafaft les parties , ou ne
fift fur quelqu'une d'elles des
dépofts confiderables , ce qui
mettroit le malade dans un
danger évident de perir, commel'expérience,
qui eft le plus
folide fondement de la Mede .
cine , nous l'apprend tous les
jours .
En effet , je vis il y a envi
ron quinze mois un homme
, qui eftant attaqué d'une
106 MERCURE
Fiévre continue , tomba dans
une Pleurefie , à caufe que le
fang avoit esté extraordinairement
agité & rarefié par la
violence d'un purgatif qu'on
duy avoit donné , de maniére
que ce fang n'ayant pas eu
affez d'espace pour circuler
librement dans les vaiſſeaux ,
il en ouvrit les orifices , par
où s'épanchant ſur la Pleure ,
ily engendra la pleurefie. Cer
épanchement le fait de même
que celuy de l'eau , laquelle
eftant fur le feu dans un grand
vaiffeau, & en petite quantité,
ne laifle pas de fe répandre
GALANT 107
par fes bords , pouffée & fublimée
par la violence de cet
Element . Mais ce qu'il y eut de
plus déplorable pour ce pauvre
Malade, c'eft que la force
du mal l'emporta , malgré
tous les remedes qui furent
I ordonnez dans la confulte
où je fus appellé , pour emporter
cette inflammation , &
pour remettre le calme & la
tranquillité dans la mafle du
fang .
Deuxièmement , nous re
marquons que dans le com .
mencement des Fiévres con
tinuës , les Malades font ors
108 MERCURE
dinairement travaillez d'un
flux de ventre , lequel aulieu
de les guerir, ou pour le moins
de leur donner quelque fou
lagement , les jette dans un
pitoyable eftat , & fi un habileMedecin
fufpendoit alors,
en vûë de ce flux, les remedes
necellaires pour combattre la
cauſe de la Fiévre, il eft certain
qu'ils mourroient . Cependant
fi on devoit purger dans
le commencement des Fiévres
continues , il faudroit
dans cette conjoncture tout
oublier , laiſſer agir la nature
& en attendre la guerifon de
GALANT. 109
E ces Malades , ce qui n'arrive
= pas pourtant, parce que cette
évacuation n'eſt pas faite par
le mouvement de la nature ,
mais plutôt par la malice des
humeurs , qui l'irritent viol
lemment , & la contraignent à
les expulfer. C'eft le ſentiment
de Galien com.aph . 22.fect . 4.
où il parle comme il s'enfuit
file Malade eft atteint de
quelque Aux de ventre , il ne
rejette pas ces matieres en vûë
que la nature fe décharge pour
le foulagement
du pauvre af
fligé ; mais ce font des fymptomes
des difpofitions contre
110 MERCURE
i
nature , qui font dans noſtre
corps , car il eft impoffible
que du temps que la nature
eft preflée par les cauſes mor
bifiques , & qu'il y a crudité
d'humeurs
, il furvienne aucune
évacuation qui foit avanta
geufes pour le malade. Il
faut que la coction fe faffe
plûtoft , & enfuite la fepara
tion des bonnes & des mé
chantes humeurs , & en dernier
lieu l'excretion
; mais quand
aprés la coction de la maladie,
quelque mauvaiſe humeur eft
jouée de hors par la nature ,
pour lors l'évacuation de ces
GALANT. HI
matieres décharge le corps ,
& le foulage beaucoup. Et fur
la fin il dit. Comme dans le
commencement
d'une mala
die les fignes de la crudité
paroiffent toûjours , il eft im->
poffible que l'évacuation
des
humeurs ne foit mauvaife.
Cumin morbi principiofemperfine
cruditatis figna , omnino ut tum
mala non fit ejufmodi humorum
1 vacuatio , fieri non poteft. Or
comme le Medecin eft obligé
d'étudier la nature & d'imiter
fa conduite dans les chofes
qu'elle fait bien , que rectè
natura fiunt, in artis operibus ca
112 MERCURE
medicus imitari debet , il ne ſera
pas fi imprudent de pref
crire une purgation dans le
commencement des Fiévres
continues , puifque les éva
cuations que la nature fait
dans ce mefme temps , font
Lymptomatiques & tres- pré
judiciables au malade.
C'eft icy où un Medecin
doit jouer de tête ; c'eft icy
où il a befoin de prudence &
de penetration , pour décou
vrir les caufes de ces évacuations
, & pour le déterminer
jufte , touchant le choix des
remedes qu'il doit employer
GALANT. 113
cx-.
& mettre en ufage , & c'eſt
dans cette occafion qu'on
peut fe fervir fort à propos
des quatre beaux mots , qui
font contenus dans le premier
aphorifme d'Hippocrate ,
perimentum periculofum , judicium
difficile. L'affaire eft de la der-
Diere confequence , puifqu'il
s'agit du rétabliffement de la
fanté , qui eft le premier &
l'unique bien de ce monde.
Je vous diray fur ce fujet , qu'il
yrat fort peu de temps qu'un
Bourgeois de mon voiſinage,
âgé de quarante ans , eftant
attaqué d'une Fiévre con
May 1698. K
114 MERCURE
tinue, acompagnée d'un cours
de ventre , fut purgé le quatrième
jour de la maladie par
l'ordre de fonMedecin , avec la
rhubarbe & le jalap ; mais le
Aux devint fi abondant par la
violence de ce purgatif, qu'il
mourut le quinziéme , & toutes
les mesures qu'on prit pour
l'arrefter ou pour le moderer,
furent courtes & inutiles .
Troifiémement , comme la
faignée remedie à la plethore,
de mefme auffi la purgation
remedie à la cacochymie , fuivant
cet axiome. Cacochymia
debetur purgatio , ficut Plethora
GALANT:
115
vena fectio. Or la cacochymie
qui eſt dans le fang , ne peut
pas eftre emportée par le pur
gatif ordonné dans le com
mencement , parce que la ca
cochymie dans les Fiévres
continues , n'eft autre chofe
que le fang melme, qui par la
putrefaction quitte peu à peu
la forme de fang , & fe rend
incapable de nourrir les par
ties du corps, fi bien que par la
force de la chaleur maturelle ,
il doit eftre preparé , adouci
& feparé des autres humeurs
nourricieres , n'eftant pas en
érar , a reſtantumellé avec les
Kij
116 MERCURE
autres , d'eftre vuidé par au
cun remede purgatif. Ainfi
nous avons lieu de con.
clure que cette cacochimic
n'a befoin d'eftre purgée
qu'aprés les fignes de la co.
ction & dans le declin de la
maladie , & fi on en ufe autrement
, on expofe le Malade
à un grand nombre d'accidens
& de dangers, aufquels il fera
tres difficile de remedier
, puif.
que les humeurs alimentaires
font tellement mêlées & confonduës
avec les excremen
.
teufes, que celles- cy éluderont
l'action du purgatif , ou bien
GALANT. 117
(
les uns & les autres feront emportées
au grand préjudice du
Malade par fa trop grande
operation , & cette grande irque
ritation le remede aura
excitée dans la maffe du fang ,
augmentera confiderablement
la Fiévre , & les ſymptômes
deviendront plus fâcheux.
Aprés toutes ces autoritez
invincibles , & toutes ces rai
fons demonftratives , fecondées
de l'experience
, je perfifte
toûjours à conclure , qu'il
faut purger les humeurs cuites,
& non pas les druës . Ceda
M8 MERCURE
funt medicamenta, non cruda ,
que in principiis ,&C.
ne-
On peut former fur ce que
je viens d'établir deux objections.
La premiere eft , que fi
on ne purge pas dans le commenceinent
des Fiévres continuës
, on ne purgerà dans
aucun temps , parce que fi on
attend la coction des humeurs
vicieuſes , qui ne ſe fait que
dans la vigueur , on ne peut
purger que dans le declan.
Cependant dans le declin la
purgation eft inutile, puis que
Galien 3. de Crif. c . s . affund
que le malade ne meurt jag
GALANT: 119
mais dans ce temps -là . Nullum,
dit il ,fane eft, vigore elapfo,
me quidem judice , mortis pericu
lum.
Pour répondre à cette objection
, il faut fçavoir qu'aprés
que les humeurs corrompues
ont efté mitigées ,
adoucies , digerées & feparées
du bon fang par la nature ,
elle les pouffe au déhors par
une crife falutaire. Or il y a
deux fortes de criſes , une parfaite,
qui évacue entierement
toutes les matieres impures ,
& l'autre imparfaite, qui n'en
vuide qu'une partie . Cela poſe,
120 MERCURE
il me femble qu'il n'eft pas
difficile de répondre à cette
objection , en difant que fi la
crife à efté parfaite , ( ce qui
n'arrive que fort rarement )
il n'eft pas neceffaire de purger
le malade , puiſque tout
a efté évacué , comme enſei .
gne Hyp , aph. 20. fect. 1. Qua
judicantur judicatafunt inter
grè , neque movere aliquid five,
medicamentis five aliter irritando,
Jed finere , c'est à dire , quand la
crife fe fait ou qu'elle eft entierementfaire,
il nefaut rien remüer,
ni innover , ni par medicamens
ni autrement , mais laiffer agir la
nature ;
GALANT: 121 ,
nature ; & cette crife eft le
pronoftic de la prochaine
fanté. Que fi la crife eft imparfaite
, il faut en mefme
temps fecourir la nature , &
purger le malade , de crainte.
que les humeurs peccantes
qui restent dans le corps , ne
caufent de rechutes en fe re:
meflant au levains , qui n'ont
pas efté vuidez, comme dit le
mefme Oracle aph. 12. fec. 2.
Quæ relinquntur in morbis a ju
dicatione , recidivas facere confueverunt.
C'est à dire , les reftes
des mauvaiſes humeurs qui
ont efté laillées après une crife
May 1698.
L
i22 MERCURE
les
lorf
imparfaite
, ont coutume
de
caufer des rechûres. Ainfi Galien
a raifon de dire que
malades fontàl'abri de la mort
dans le declin de la maladie ,
& fa raifon eft , parce que
que la nature eft victorieuſe
,
& qu'elle a triomphé
des matieres
pourries , il eft necef
faire que le malade fe conferve,
ubi ipfa natura dominatur
dit Gal. ac fuperavit , hominem
fervari neceffe eft. Le fçavant
Mercurial
eft de mefme fentiment
lib . s . de feb , chap. 4.
Character , dit- il , proprius decli.
mantis morbi , eft victoria ipfius
GALANT.
323
naturæ fupra morbum ; victorum
aliquem concidere poteſt partam
victoriam , non videtur rationi
confentaneum.
Last suuts
La deuxiéme objection eſt
prife d'Hipocrate , qui femble
ordonner la purgation dans
le commencement desFiévres
aiguës , aph. 29. fect. 2. par
ces paroles . Cum morbi inchoant,
fi quid videtur movendum, move;
cum vero confiftunt ac vigent, me.
lius eft quietem habere! Quand les
maladies , dit- il , commencent , remue
ce qui te femblera bon de remüer
, mais quand elles font dans
leur vigueur, il eftmienso de lès
Lij
124 MERCURE
laiffer en repos . La raifon eft ;
parce que la nature qui eſt
pendant la vigueur occupée
à cuire les matieres vitieuſes,
ne doit pas eftre détournée
de fon action par aucun remede
purgatif. Je répons à
cette objection , qui n'eft pas
plus confiderable que la premiere,
que cet Aphorifme doit
eftre entendu de la feule fai
gnée,non pas de la purgation
En effet la laignée eft le plus
-prompt , & le plus feur de tous
les remèdes qu'on peut & qu'-
on doit employer dans le
commencement des Fiévres
GALANT 125
continues , puifqu'elle ôte la
plenitude du fang , qui opprime
les forces, qui fuffoque
les efprits , & bouche les
vaiffeaux, d'où prend la naif
fance la pourriture des humeurs
. D'ailleurs elle appaife
fa trop grande effervefcence,
elle foulage les obſtructions
des vifceres , & rafraichit toute
l'habitude ducorps Enfin c'eft
elle qui met la nature qui ge
mit fous le faix de cette pleni.
tude , en état de fe débaraffer
de cout ce qui la furcharge,
comme dit Gal. liv. 2. meth.
med. chap. 15. Levata namqué
Liij
126 MERCURE
quæ corpus regit natura , éxone,
sataque eo quo velut farcina pre
mitur , longe facilius quod reli
quum eft , vincet ; itaque proprii
muneris haud oblita concoquit,
quad concoqui eft habile , & excernet
quod poteft excerni.
Que fi la purgation eftoit
preferée à la faignée , ce feroit
vouloir éteindre le feu avec de
l'huile, puifque l'operation du
plus leger purgatif feroit ca
pable de troubler toute l'oeco
nomie du corps , & d'y cauſer
un incendie general , qui ne
finiroit qu'avec la vie.
Difons donc qu'il eſt imGALANT.
127
>
que
poffible de trouver un remede
plus prompt, plus feur, & qui
convienne mieux à la guériſon
de la Fiévre continue
la faignéez faite avec circonf
pection & reiterée avec mo
deration , felon la violence
de la Fiévre & de fes fympto
mes,& felon que les forces du
Malade le permettront , fans
felquelles on doit s'abftenir
& de la faignée & de la pur
gation , viresfunt primum indi
cans
La reiteration de la taignée
eft abfolument neceffaire ,
afin que la nature eftant en
L iiij
128 MERCURE
partie délivrée de fon enne
my , qui faifoit de fon mieux
pour la détruire , s'occupe
uniquement à la coction du
refte des mauvaises humeurs,
qui entretiennent la Fiévre, &
par là les aperitifs , les dia,
phoretiques & les purgatifs ,
agiront beaucoup mieux ,
feront plus doucement leurs
effets , defquels on ſe ſervira
en temps & lieu , felon la pente
& la dfpofition que les humeurs
auront à paffer par les
differentes
parties du corps .
Voilà , Monfieur , quel eft
mon ſentiment touchant l'u-
"
&
GALANT. 129
fage qu'on doit faire de la pur .
Fgation dans le commencement
des Fiévres continuës,
Je fuis feur qu'il ne fera pas
du goût de beaucoup de Mo-
#dernes , qui font prevenus
d'une pratique contraire, mais
• qu'importe- t- il , amicus Plato,
amicus Ariftoteles , fed magis an
mica veritas ? Les grandes experiences
que j'ay faites avec
un favorable fuccés , depuis
trentet- rois ans,que j'ay l'hon
neur d'exercer la Medecine ,
fur un tres - grand nombre de
Malades de toute qualité, que
jay traitez , me confirment
139 MERCURE
puiffamment dans cette me
thode fi judicicufe & fi bien
fondée d'Hipocrate , & je fuis
fortement perfuadé que fous
la conduite d'un fi fage & ex,
perimenté Pilote , on peut fe
promettre ( de quelques tem,
peftes que la mer foit agitée)
d'arriver heureufement au
Port. Je finis cette Lettre ca
yous affurant que je fuis avec
beaucoup d'eftime & de fin
cerité , Monfieur , Vôtre &c.
PUIOL , Medecin
Mr. de Betoulaud , dont
Vous avez vû plufieurs Ouvra
Induf
GALANT: Y3
ges , a envoyé à Mademoi
felle de Scuderi
pour le Roy
une Agathe antique , où la
corne d'Abondance
eft gravée.
Certe pierre du Sceau
d'Amalthée
eft tres rare , &
les plus fçavans Antiquaires
conviennent
qu'elle eft du
temps d'Alexandre
fecond ,
Roy de Syrie , qui gagna une
Bataille proche de Tir contre
Demetrius
, dont il conquit
le Royaumé
. Cette double
corne d'Abondance
, où l'on
voit des coquilles
pourprées
& des fleurs entremellées
, eft
tres-curieufe , & vous prouve132
MERCURE
3
rez la Fable dont M'de Betoulaud
l'a
accompagnée , fort
ingenieufe & fort agreable.
Le tout a efté tres- bien receu
de Sa Majesté.
LE SCEAU D'AMALTHE'E .
N
O loin de la Dordogne , &
de fon beau rivage ,
Séleve en un cofteau couronné
d'un bocage,
Un Palais de rocher à l'honneur de
LOUIS ,
Monument éternel de fes faits
inouïs.
Damon qui l'a creufé , rempli d'un
noble zele ,
Dont fon coeur eft épris pour fa
gloire immortelle ,
GALANT. 133
Y rêvant depuis peu fous des Orangers
verts ,
Que ce beau lieu défend des plus
rudes Hivers ,
Fut furpris tout-à coup d'y voir un
vafe antique ,
D'une fçavante Fée ouvrage magni.
fique.
Un fefton de Laurier à des épis
mêlé;?
Entouroit par
felé.
le haut le marbre ci-
Au deffous fur un fond plus poli
qu'une glace ,
Qui du refte du vale occupoit tout
l'efpace ,
Dés mille ans cette Fée en caracteres
d'or
Avoit gravé ces mots qui s'y lifent
encor ,
Et qui de la façon dont nos Quatrains
s'écrivent,
34 MERCURE
Forment tout alentour les douz
Vers qui fuivent .
C
i
3
Sន
Au temps où Damon trouvera
Sous ce roc le Sceau d'Amalchée,
L'abondance alors regnera
Avec la Paix fi fouhaitée.
2
Les beaux Arts feront honerez ,
Et les neuf Filles de Memoire
Monteront fur des chars dorez
Au brillant Palais de la Gloire,
2 i.
LOUIS par les puiffans efforts
Ayant calmé la Terre & Onde,
Ne s'occupera plus alors
Qu'à faire le bonheur du Monde.
12 .
Damon à peine cut lû que dans le
méme inftant
Il enfonce fa main dans le vafe colatant
,
GALANT. 139
Et par l'heureux hazard qui le comble
de joye EA
Il y trouve auffi toft le Sceau qu'il
vous envoye ,
Et qui , chere Sapho , va paroistre à
vos yeux ,
Comme un riche prefent de l'Olimpe
des Dieux .
Remettez-le à Louis . Le Sceau de
l'abondance
Ne peut eftre qu'aux mains du Heros
de la France, com
Qui connoift vos vertus , qui cherit
les beaux Arts ,
Qui des rares Efprits dans fon Empire
épars ,
Et de biens & d'honneurs couronne
le merite ,
Et ramene les jours & d'Auguste &
de Tite.
36 MERCURE
REPONSE
De Mademoiselle
de Scuderi à
L
M'de Betonlaud,
A Fable du Sceau d'Amal
thée
Eit tres noblement inventée..
On ne peut mieux en peu
motsalobro
:
de
Louër le plus grand des Heros.
Dans laPaix comme dans la guer-
- audire ,
P
De l'aveu de toute la Terre ,
Il fçait fe diftinguer par la Religion.
Il ne connut jamais la fauffe ambi-
2. tion .
Si l'on écrit au vray ſa mervillcuſe
Hiftoire ,
GALANT
137
On le verra pour le bien des Mor
tels ,
Mépriler au pied des Aurels
Les plus rares faveurs de l'aimable
Victoire.
Mais en vain aprés vous je veux me
fignaler ,
Je ne parleray plus quand vous voudrez
parler.
ven v x.. door in
Les Vers qui fuivent font
de la même
Mademoiſelle de
Scuderi à M de
Betoulaud ,
au fujetd'une Ode qu'il a faite
fur la Paix.
May
1698.
・
.
Soncines f... I
M
138 MERCURE
MADRIGAL
.
Damon
, quand
vous louez lé DA
Roy ,
Sans comparaifon
mieux que
moy ,
Je n'en ay point de jaloufie.
J'aime fa gloire en un tel point ,
Qu'en lifant vos beaux Vers mon
ame fut ravie
Que vous fiſſiez fi bien ce que jene
fais point ;
Mais pour me confoler de mon
manque d'adreffe ,
Je voudrois , je vous le confeffè,
Que ce parfait Heros , qu'admire
l'Univers ,
Fuſt content de mon coeur plutot
que de mes Vers.
GALANT. 139
Il n'y a rien de plus curieux
que la Relation que vous allez
lire. Je vovs l'envoye de la
maniere que je l'ay receuë .
LA VILLE D'ANTRE
découverte en Franche-
Comté , en 1697.
Daul
eftoient du temps
Exquatre grandes Villes
qui
des Romains dans le Pays des
Sequanois , à prefent la Franche
-Comté , il ne teftoit que
la Ville de Befançon qui fuft
connue. Les trois autres , fçavoir
Aciftma, Equeftris , Aven
Mij
140 MERCURE
ticum , eftoient perduës. C'eft
cette derniere qui vient d'e
tre découverte . Elle s'appel
loit Avanche on Avantre , &
par corruption Antre , com .
me on appelle encore à pre
fent l'endroit où elle eftoit
fituée. C'eft entre 45. & 46.
degrez de latitude , comme
Prolomée , qui en parle en
plufieurs endroits , l'a remar
qué. Une tradition du Pays ,
auffi obfcure qu'ancienne ,
porte qu'il y a eu autrefois une
Ville dans l'endroit où eft preſentement
un Lac appellé le
Lac d'Antre. Les ruines qu'on
8
GALANT: 141
y voit , & les Medailles qu'on
y trouvoir , en difoient auffi
quelque chofe , mais on n'en
fçavoit pas davantage , & le
temps achevoit de tout effa-
- cer.
Le Pere Duneau , Jefuite ,
qui découvrit il y a deux ans
l'ancienne Ville d'Alaune en
Baffe Normandie , eftant allé
au Lac d'Antre , pour voir ce
qui en eftoit , a entierement
découvert la Ville d'Antre , &
la tirée de l'oublioù elle eftoit
enfevelie depuis plus de douze
fiecles.
Cette Ville eft fituée entre
142 MERCURE
Saint Claude & Moirans, dans
la Franche-Comté . C'est une
ancienne Ville des Gaules , que
les Romains avoient élevée ,
d'une maniere extraordinaire
par quatre raifons . La premiere
, parce que c'eftoit la
demeure des Preftres & des
Druides Sequanois , le centre
& le gouvernement de la Re
Jigion du Pays. La feconde ,
parce qu'il y avoit des mines
d'or & de plomb. La troifiéme
, parce qu'elle eftoit le
grand paffage de l'Italie fur
le Rhin & dans la Gaule Belgique
par Genéve , Naniua ,
GALANT 43
Dortam , Gets & Moirans. Et
Ja quatrième , parce que les
Sequanois eftoient parmy les
Gaulois , un Peuple des plus
belliqueux & des plus confiderables
, qui s'eftoit fort dif
13
tingué à la priſe de Rome , &
dans les guerres des Gaulois
contre les Romains , dont au
graport de Strabon, ils eftoient
les grands ennemis , ne pouvant
fuporter le joug de leur
Empire. Ily avoit au Lac deux
Temples, un grand & un petit.
Le grand eftoit quarré , & le
petit eftoit rond. Le grand
eftoit d'Odre corinthien. La
144 MERCURE
corniche eſt encore entiere
de la plus belle ftructure
Romaine qui ait jamais
efté. Elle a vingt- deux toifes
de longueur. Le Temple étoit
foûtenu de deux rangs de
groffes colomnes de marbre
blanc & de marbre gris , qui
aproche du granit d'Egipte..
Le fondement & les gros
murs qui foutiennent la cor
niche , font tous de groffes
pierres fans ciment, liées avec
du plomb fondu & des cram
pons de fer. Le Portique du
grand Temple , eft large de
douze toifes..
Le
GALANT. 145
२
Le petit Temple eft tout
bafty de petites pierres , à la
I referve de l'entrée qui eft de
gros quartiers & d'une autre
ftructure. L'Autel fubfifte encore
, il eft fait en forme de
cipe & de pilier quarré.jat
Chacun de ces Temples a
fon enceinte de murailles
conformes à fa figure , celle
da Grand eftant quarrée &
l'autre ronde. Ce petit Tem
#ple rond eftoit pavé de marbre
, avec un mafticage épais
de deux pieds fous le pavé.
L'on atrouvé dans l'un & dans
l'autre de ces Temples du
*May 1693.
N
146 MERCURE
Serpentin d'Egypte , du Gra .
nit, du Jafpe & du Marbre de
toutes façons, de Narbonne &
de Genes.
Le grand Temple eſtoit dédié
à Mars & à Auguſte enfemble
, comme il paroift par
cette infcription qui refte ,
Marti e Auguſto
.
Ce Temple fut baſty par
les foins de Petronius Metellus
, Gouverneur des Sequanois
, comme on le lit dans la
mefme Infcription .
On aprend par une autre
Infcription, que ce fut par les
ordres d'Agrippa , & fes Inf-
{
GALANT. 147
1
criptions font les ſeules qui
nous reftent.
Le petit Temple eftoit probablement
confacré à Jupiter,
parce qu'on y a trouvé la Sta
tuë , & il y a apparence que
c'eftoit le Temple particulier
du Grand Prêtre ou du chef
des Druides .
Prés du Portique du grand
Temple , il y a un Theatre en
demy cercle de la mefme
Structure que le Temple. Le
Theatre , tous les Acteurs &
l'endroit des machines , regardent
la Colline où l'on a
voit élevé des terraffes pour
Nij
148 MERCURE
les Spectateurs qui y pou
voient eftre contenus au nom
bre de plus de quinze mille,
L'Orchestre a quarante fix
toifes de longueur & trentetrois
de largeur.
On voit par ce Theatre ,
qui eft d'une structure admi.
rable & d'une fort vafte écens
due , qu'il y avoit au Lac d'An.
tre un College cù l'on inftrui
foit la Jeuneffe Sequanoiſe
dans tous les exercices de Religion
& de Litterature, & que
c'étoit la retraite des Druydes
qui demeuroient dans les forefts
, ainfi que Cefar & Pling
GALANT 149
- l'ont écrit. Il y avoit auffi de
grands bâtimens pour les Prê
#tres. L'enceinte en eft vafte
comme d'une grande Ville ,
dont une partie paroît encore
avec des restes de la muraille
en plufieurs endroits.
हैं .
Le Lac qui eft à preſent
plus bas & hors de l'enceinte,
Umeftoit pas du temps des Romains.
Ce n'eftoit qu'un ma
rais par où les eaux s'écouloient
, aprés avoir fervy aux
victimes & aux autres ufages
du Temple. La preuve de cecy
eft que les Aqueducs pour
l'écoulement des eaux , & les
N iij
150 MERCURE
✓
•
chauffées des Romains paroif.
fent encore. Les colonnes qui
font dans le Lae ne font que
de grands arbres de cette
chauffée. Ce Lac s'eft formé
par la cheute des terres &
des rochers d'en haut qui ont
fermé le paffage aux eaux
pendant quelque temps , ce
qui eft encore arrivé de nos
jours , & qui ont ruïné les
Chauffées & les Aqueducs.
C'est pour cette raifon que ce
Lac a peu d'eau , & beaucoup
de boue. La Ville d'Antre
eftoit fituée un quart de lieuë
plus bas que le Lac au cou-
+
GALANT HནI་
T
chant, CetteVille eftoit quarree
, ayant demy lieuë de lon
gueur & autant de largeur.
Sa longueur tient depuis les
Puits Bonnery , jufqu'au def
fous du Village qui s'apelle
les Villars , c'eſt à dire les reftes
de la Ville , Sa largeur
prend du milieu de la côte du
Lac d'Antre ,jufque fur la roche
vive qui regarde le Château
de Moirans , où il y avoit un
chemin qui alloit à certe For
tereffe. On ne peut difcon
venir de cette grandeur , puifqu'on
trouve des bâtimens
en cet endroit, & que les mu
Niiij
152 MERCURE
railles de la Ville y paroiffent
On voit par là qu'elle eftoit
autrefois plus grande que n'ct
à prefent celle de Lyon .
Le Pont des arches a fub
fifté, & a paru de tout temps.
Il y a environ vingt - cinq ans
que des Païfans découvrirent
une partie de la Fonderie , le
reffe eftoit inconnu .
On vient de découvrir en
tierement le Pont & la Fonderie
le Palais du Gouverneut
Romain, le Prêtoire , les Hal
les, un Temple, les Bains pu
blics , une Place publique ,
une Porte de la Ville , défen
GALANT. 153.
duë de deux Tours avec un
Corps de Garde ; tout cela de
groffes pierres liées avec du
plomb & du fer, ce qui mon
tre que cette Ville eftoit fortifiée
d'une maniere extraordinaire.
Il y a audeffus du Palais
du Gouverneur des veſtiges
d'une Citadelle qui do
minoit fur toute la Ville. Le
Pont des arches , c'eft à dire ,
des Arcs , parce qu'il eft fait
en Aqueduc foûtenu de plu
fieurs Arcs unis enfemble , eft
du plus beau Romain , & d'une
ftructure extraordinaire de
groffes pierres liées avec du
154 MERCURE
plomb & du fer. Ce Pont fer
voir pour la communication
de la Ville, qui estoit des deux
côtez de la petite Riviere
d'Heria , & pour conduire les
caux dans la Fonderie , afin
de laver les terres des mines,
Il n'eft pas fi haut ni fi long
que le Pont du Gard , L'en
droit par où les Gens de pied
paffoient, eftoit pavé de mar.
bre couvert de Galeries , qui
regardoient tout du long , &
qui eftoient foûtenues par de
grands Piliers de marbre,dong
le bas , à la hauteur d'appuy,
eftoit incrusté de marbre &
GALANT . Iss
de jafpe fur du maſtic de la
derniere beauté . Elles fe font
confervées pendant plus de
dix-fept fiécles , & on en a
apporté à Besançon des morceaux
qu'on voit au Medaillier
du College des Jefuites.
Depuis le Pont juſques aux
Villages qui en font à demylieuë
, il y a des deux coftez du
ruiffeau une terraffe large de
huit toiles , qui fervoit de pro
menade. Elle eft toute de
grands quartiers . On a taillé
le roc en plufieurs endroits ,
& on voit encore des aqueducs
qui portoient l'eau dans
16 MERCURE
les Fontaines de la Ville , &
dans les Bains publics , & qui
l'emportoient. Le Canal eft
pavé deffous , avec de grandes
pierres polies qui rendoient
l'eau encore plus claire. On
trouve en haut d'autres terraf
fes pour les bâtimens , pour
les rues, & pour les jardins.
A la fource du ruiffeau qui
vient du lac d'Antre , & au
commencement de la terraffe,
il y a un beau baffin pour recevoir
l'eau, & pour la porter
dans un aqueduc du Pont . Ce
baffin eft pavé d'un mafticage
fi dur , qu'aprés dix- fept fic-
·
14
GALANT, 157
"
cles on n'en peut rien avoir,
Si néanmoins ce maltic eft
expofé à l'air pendant trois
jours , il fe réfout en pouffiere
La Fonderie eft éloignée de
cent pas du Pont des arches .
Elle eft , comme le Pont , de
groffes pierres & de la plus
belle ftructure Romaine. On
ne croit pas que les Romains
ayent bâti une plus belle &
plus vafte Fonderie dans les
Gaules . Le premier étage fubfifte
encore. Il y a plufieurs
Appartemens , les uns pour
fondre les métaux , & d'autres
pour battre la monnoye , le
2
158 MERCURE
tout de marbre avec des pein
tures au dedans . On y a trouvé
plus de quatre quintaux de
plomb , avec beaucoup de
craffe d'or. On dit communé.
ment dans tout le Pays qu'on
y a trouvé plufieurs lingots
d'or , & que beaucoup de fa .
milles s'y font enrichies. Ce
qu'il y a de certain , c'eſt qué
les Romains n'euffent jamais
fait un édifice fi fuperbe pour
des mines de plomb feulement.
Il eft à croire que le
nom de Chriſopolis , Ville d'or,
qu'on a donné à Besançon ,
cftoit celuy de la Ville d'AnGALANT.
9159
tre. Auffi la Ville de Belançon
n'at elle efté appellée de ce
nom , que fort tard , & depuis
que la Ville d'Antre a efté dé
* truite & dans l'oubly.
La Ville d'Antre n'eftoit pas
ſeulement fortifiée de murail
les & d'un grand nombre dé
Tours , avec une forte Citadelle
au milieu ; mais elle
i eftoit encore défenduë par
troisFortereffes qui fermoient
le paffage. L'une eftoit fur la
cime du rocher du Lac d'An
tre. Les deux autres eftoient
le Chasteau de Gerre , & le
Chasteau de Moirans. Le
160 MERCURE
Chafteau de Moirans eftoir
de ftructure Romaine , bâry
par les ordres de Jules Cefar,
pour fermer aux Suiffes le
paffage de la Gaule, Les fortifi
çations de ce Château étoient
d'une vafte étendue. Elles
s'élevoient d'un cofté contre
la roche vive , & de l'autre
juſqu'à l'Egliſe de Moirans .
On ne pouvoit ainfi paffer
dans la vallée que par les for
tifications & par la barriere
du Chateau . La grande Tour,
d'une hauteur prodigieule
,
eftoit octogone en dehors ,
& ronde en dedans , entourée
GALANT: 161
de quantité d'autres Tours ,
& de trois enceintes de fortifications
& de murailles. L'E
glife de Moirans a efté bâtie
des débris d'une Tour qui
eftoit au deffus . On reconnoiſt
auſſi dans plufieurs mai
fons de la Ville , des pierres &
de grands quartiiers.
+
o Le Chafteau de Gerre fut
bafty enfuite du temps d'Augufte
, au confluent des Rivieres
de Bienne & d'Heria, lors
qu'on fortifioit la Ville d'Antre
, & c'est pour cela qu'elle
eftoit d'un plus beau Romain,
& d'une structure encore plus
May 1693 .
162 MERCURE
belle que celle du Chaſteau
de Moirans .
"
La Ville d'Antre a efté fac
cagée & brûlée , comme il eft
à croire , par Attila , l'an 452.
lors que ce Prince Barbare
paffa des Gaules , où il avoit
efté battu par Actius , en
Italie pous affieger Aquilée ,
qu'il prit & ruina , ainfi que
Milan & Pavie ; aprés quoy
menaça Rome , & donna occafion
, felon le fentiment de
-quelques uns , à l'établiſſement
de la République de
Venife. On voit par là que
T'Hiftorien qui a écritqu'Attila
#
GALANT 163
entra enitalie par la Pannonie,
a pû ferromper , & que ceux
qui ont écrit le contraire femblent
avoir plus de raifon.
On ne peut douter que la
Ville d'Antre n'ait été brûlée;
la plupart des pierres eftant
calcinées , outre qu'on trouve
encore par tour du charbon
& des reftes de poutres brû
lées.
Onreconnoit par un autre
endroit qu'Attila a détruit
cette Ville. C'est qu'on y croy.
ye des Medailles de tous les
Empereurs Romains jufques
à fon temps, & qu'on n'y
O ij
164 MERCURE
trouve rien de nos Rois , ny
de ceux de Bourgogne , qui
occuperent le pays peu de
temps aprés. On voit au Medaillier
du College de Befançon
les Medailles qu'on y a
trouvées,dont la plufpart font
d'Augufte , de Vefpafien &
de Conftantin. Stebo
Il y avoit un Evêché dans
la Ville d'Antre , dont l'Evê
que a figué au fecond Concile
de Mafcon en $88 . Il s'appelloit
Marius. Le Pere Sirmond
'croit que c'eſt luy qui a porté
fon Siege à Laufane , qu'on
démembra du Diocefe de Ge
GALANT: 165
neve , & c'eft pourquoy Laul
fanc eft encore Suffragant de
Befançon , comme eftoit A
vanche. Lyon & Besançon
partagerent enfuite le Diocefe
d'Antre , ce qui fait que
Saint Claude eft du Dioceſe
de Lyon , & Moirans de celuy
de Befançon. ¿
Heft étonnant qu'on ait
demeuré pendant plus de
-douze fiecles à déterrer cette
Ville.Ce qui peut y avoir con-
Tribué , c'eſt que les Auteurs
qui d'ordinaire fe copient les
uns les autres fans critiquer
& fans rien examiner , ont
166 MERCURE
toujours pris Avanche pour
une Ville de Suiffe ,
Suiffe , fans prendre
garde à ce que Ptolomée
marque qu'il y avoit deux
Villes de ce nom , l'une en
Suiffe & l'autre dans le
pays des Sequanois , Aventi
sum Helvetorum , Aventicum
Sequanorum ; aprés quoy on
ne peut douter qu'il n'y ait eu
deux Villes de ce nom , l'Au
teur défignant même leurs
differentes fituations de latitude
& de longitude , D'ail
leurs , Gontran, Roy de Bour,
gogne , ayant aflemblé à Maſ
con l'an 188. tous les Evêques
GALANT. 167
de fon Etat , Marius , Evêque
d'Avanche , ne s'y feroit pas
trouvé , s'il avoit efté Evêque
de Suiffe , la Suiffe n'eftant
pas des Etats de Gontran ; à
quoyil faut ajoûter qu'Avanche
en Suiffe prés de Fribourg
n'a point d'Evêché. Ce мarius
done qui fut appellé au
Concile de Mafcon , eftoit
Evêque d'Avanche dans la
Franche- Comté , qui eftoit
alors des Etats de Gontran. ¿
On prie les Sçavans & les
Curieux d'envoyer leurs réflexions
fur cette découverte,
afin d'achever de tout recon .
168 MERCURE
noiftre & de tout éclaircir .
Un grand monde va voir à
prefent cette découverte de
tous les lieux circonvoiſins .
Auffien'y a t il aprefque rien
dans le Royaume , de plus
grand , ny de plus curieux en
fait d'antiquité.
tion g'a
Vous ſçavèz , Madame,
vous qui avez tant regretéfeu
M de Santeul , mort à Dijon,
qu'il y fut inhumé en l'Eglife
Abbatiale de Saint Eftienne,
& que fon corps ayant
efté revendiqué depuis par
Mrs les Chanoines de Saint
Victor
GALANT. 169
1
Victor de Paris , à la recommandation
de Monfieur le
Prince , il fut apporté au commencement
de cet Hiver ,
dans leur Eglife. C'eſt ce qui
a donné lieu aux Vers que je
vous envoye , de la compofi ,
tion de M' Moreau , Avocat
General en la Chambre des
Comptes de Dijon . Ils ont
eſté tres favorablement reçus
de Son Alteffe Sereniffime,
à qui l'Auteur les a envoyez.
*
Eux illuftres Citéz difputent
pour Santeuil
DE
Comme fept autrefois le firent pour
Homere ,
May 1698.
P
•
10 MERCURE
Et jaloufes d'avoir fa cendre & fon
Cercueil ,
L'une & l'aurre à l'envi s'en décla
rent la Mere.
Ceft , dit l'une , en mon fein qu'il
a receu le jour.
C'eft , dit l'autre , pour moy qu'a
parlé fon amour ,
Chagrin de tes mépris ſon coeur te
defavouë ;
Content de mes bienfaits en mou,
rant il me louë
Me choifit pour fa Mere & fe
nomme mon Fils .
Pour éprouver leurs coeurs , & fon
der leurs efprits,
La derniere Piece en Vers La
tins que Mr de Santeul compofa à
Dijon quelques jours avant (a mort,
avoit pour titre, Santolius Burgun
dus.
GALANT. 170
Un grand Prince prudent & fage,
D'un genie admirable , ainſi que
valeur ,
La
Entre elles de Santeul propofe ce
1 partage ;
Donne à Dijon le corp donne à
Paris le coeut.
D'abord l'ame d'amour & de chagrin
émuë ,
Dijon s'eft récrié , dans ſa juſte dou
leurs
Non , je veux tout ou rien , un par
tage me tuë.
Quoy ? pourrois- je voir fans mourir
Cette divifion fatatale ?
Ah , plûroft que de la fouffrir,
Que le corps & le coeur , tout foit à
ma Rivale,
A ces mots qui marquoient un vray,
redentiment ,
Pij
172 MERCURE
Du vray coeur maternel on connoist
la tendreffe ,
Et le grand Prince alors fit par fon
ponjugement ) s
D'un fecond Salomon éclater la fas
gefle .
Il paroift depuis peu de
jours un recueil d'excellens
Vers Latins , de la compofition
de M' l'Abbé Feydit. Il
eft intitulé , Tombeau de M' de
Santeul, & toutes les Pieces
qui le compofent font l'éloge
de ce fameux Poëte , dont les
Hymnes qui fe chantent dans
L'Eglife , & qui font d'une
beauté achevée, conferveront
GALANT. 173
le nom jufqu'à la confommation
des Siecles. Ce recueit
qui fe vend chez la Veuve de
Robert le Nain , rue du Foin,
proche Saint Yves , finit par
une Piece qui a pour titre ,
Luctus Academia Gallicana de
morte Santolii. Elle eft fort à
l'avantage de Mrs de l'Academie
Françoiſe, mais bien plus
de Mr l'Abbé Feydit , qui y
fait voir , comme dans toutes
les autres , combien fon heureux
genie pour les Vers Latins
, le rend digne de louer
un auffi grand Poëte que Mr
de Santeul.
Piij
174 MERCURE
Mr Pivain a mis en Airles
Vers de la premiere Strophe
d'une Ode de Mademoiſelle
des Houlieres , que je vous ay
envoyée entiere depuis un an.
Ils conviennent fort à la faifon
, & vous ne ferez pas fa
chée de les entendre chanter
dans voftre Province .
AFR NOVUEAU.
LE
E plus beau des mois
Remplit noftre attente .
La terre eft riante.
Déja dans nos Bois.
Le Roffignol chanté ;
Déja les moutons
GALANT. 173
Paiffent les herbettes »
Et fontmille bonds
Au fon des Mufeties.
Ces Vers qui marquent fi
bien les premiers plaifirs qu'
on goûte au Printemps , donnent
lieu de fouhaiter que
cette belle faifon duraft cou
jours ; mais quel avantage
pourroit- on tirer de ce qu'elle
a de plus agreable , fron manquoit
du plus grand des
biens ? Il confifte en la Santé,
dont vous allez entendre l'E
loge.
Piiij
176 MERCURE
ELOGE DE LA SANTE,
Charmante Santé,
Que ta prefence aimable
Eft un bien defirable ?
Quelle felicité
Dei'avoirpour partage
En tout temps , en tout age ?
Efil d'autre bonheur
Dans le cours de la vie
Qui doive faire envie ,
Et chatouiller le coeur ?
Le luxe , l'abondance.
Le fçavoir , l'éloquence ,
'Les amours , les honneurs
Le brillant des grandeurs ,
Et la faveur des Princes,
Sont des prefens bien minces.
Un monceau de trefors ,
GALANT. 177
Vne grande lignée ,
Et la beauté du corps
D'une Femme bien née,
Ont- ils des biens fans toy ?
Quand ceferoit un Roy,
Si la douleur l'accable ,
Je le tiens miferable ;
Et les bienfaits divers
Qu'accorde à la nature
L'Auteur de l'Vnivers,
La charmants verdure
Qui renaift tous les ans
Au retour du Printemps
Ce qu'il produit de rare
Pour recréer nos fens ,
Tout ce qui les répare
Quand ils font languiſſans ›
Et ce que fa largeffe
Répand fur nous fans ceffe ,
Peut-il eftre compté
Comme un bien defirable ,
3
178 MERCURE
Sans ta prefence aimable,
O charmante Santé.
Ce qu'on écrit de Strasbourg
du 25. du mois paflé , eft fort
extraordinaire. Une Chattey
a fait deux petits Chats &
deux petits Doguins , mafle &
femelle , tout d'une ventrée,
Ces petits Doguins ont tout
de cet animal juſques au cry,
à l'exception des pattes , des
oreilles , & de la queuë , qu'ils
ont du Chat , & ce qu'on trou
ve de plus particulier à cette
forte de monftruofité , fi l'on
peut parler ainsi , c'eft que la
maifon où cette Chatte a fait
#
A
GALANT: 179
fes petits , eftant éloignée
de plus de cinq cens pas de
toutes celles de Strasbourg ,
où il y a des Doguins , on prétend
que ce ne peut eftre par
voye de copulation que la
Chatte a engendré ces deux
efpeces de Monftres , ce qui
fait croire qu'ils font un effet
l'imagination , ou d'un ref.
fouvenir de cet Animal dans
le temps qu'il a conceu . La
Chatte continuë de nourrir
les deux Doguins depuis un
mois qu'elle les a faits. On
verra dans la fuite fi contre
l'ordinaire des monftres , qui
de
180 MERCURE
n'engendrent pas , ceux cy;
qui font mafle & femelle , ne
produiront point une espece
particuliere.
Je vous envoyay le mois
paffé des Vers fur plufieurs
coups de Tonnerre que l'on
avoit entendus extraordinai
rement , en un jour où le
grand froid donnoit ſujet de
fe plaindre. Voicy ce que
porte la Lettre d'un Officier
qui eft aux Ifles de Sainte
Marguerite , & qui a écrit pref
que dans le même temps .
Le Tonnerre tomba icy le zo.
Avril à midy & un quart, &tua
GALANT.
181
7
un Soldat , en bleffa deux , qui
eftoient dans une Guerite depierre,
qu'il rafa jufqu'aux fondemens . H
paffa la mer , & à une lieuë de là
il tuadeux Femmes & unValet,
qui revenoient du moulin avec un
cheval chargé de farine. Le che
valfut déferré de trois pieds , fans
qu'il receuft aucun autre mal. Mon
Tambour eft un des Soldats blef-
Sez. Son chapeau a efté brûlé entiè
rement , auffi- bien que fes cheveux
du costé gauche jufques à l'oreille.
Il avoit une veste de drap , & un
jufte au corps de toile par deſſus .
bien boutonné. Cette vefte & la
chair ont efté brûlées , fans que
la
18 MERCURE
chemiſe ny le juſte- au corps ayent
efté touchez. Le troifiéme Soldat
a eu le visage brûlé ésor.
ché , mais fans aucun mal aux
yeux. Les trois Chateaux ont efte
sout à fait brulez On croit que
le Soldat mort a efté affommé du
débris de la voûte de la Guerite,
car il avoit la teste toute fracaffée.
On tira les trois Soldats de
deffous les pierres ; l'un mort ,
deux évanouis. Mon Tambour nè
fait comment s'eft paffée la chofe.
It dit qu'il n'a ny entendu le Ton .
nerre , ny vû le feu.
7
Le Roy informé du merite
GALANT. 183
de Madame d'Arcuffia du Re,
veft , Religieufe à Hyeres de
l'Ordre de Cifteaux , luy ayant
fait l'honneur de la nommer
il y a deux ans , à l'Abbaye
de Montfion de Marseille, du
mefme Ordre, dont l'Abbeffe
avoir efté élective & perpétuelle
, cette Dame choisit un
jour du mois paffé , pour fe
faire benir. On fit la ceremonie
dans l'Eglife des Peres
Jefuites , qui des plus belles
de Marſeille , celle du Monaftere
n'eftant point aflez fpatieuſe
, pour recevoir tout le
grand monde qui devoir s'y
184 MERCURE
trouver. On prit foin de la i
parer extraordinairement , &
d'orner l'orner l'Autel de
quantité de Vafes remplis des
plus belles fleurs de la ſaiſon ,
& de l'éclairer de mefme de
plufieurs Luftres aux Armes de
M l'Evêque de Marſeille , &
de Madaine l'Abbèſſe . Un
Trône eftoit dreffé à côté de
l'Autel pour ce Prélat avec un a
grand Fauteuil au milieu. Un
autre Fauteuil eftoit placé vis
à vis au bas des dégrez fur une
petite eftrade , pour l'Ab
beffe qu'on devoit benir, avec
deux autres un peu plus bas
'GALANT. 185
1
& plus reculez , pour les Affif
tantes. Sur les neuf heures du
matin , cinquante Dames des
plus qualifiées vinrent en
Chaize au Monaftere , qui
eft prés du Cours , pour pren . !
dre Madame l'Abbeffe & pour
l'accompagner. Cette Dame :
les ayant receuës avec beauco
coup d'honnefteté , le mit :
auffitot en Chaize , les Car- ;
roffes n'eftant point en uſage
amarfeille àcaufe de l'inégalité
du terrein, & que les rues font :
la plufpart fort eftroites . Elle
fe rendit à l'Eglife des Peres
Jefuites , fuivie de quelques
May 1698.
quclqu
186 MERCURE
unes de fes Religieufes , de
plufieurs autres de divers Or
dres , & de tout ce nombreux:
cortege de Dames. Les Vio
lons & les Hautbois las regalerent
à fon entrée d'une piè
ce qui fentoit la Fefte , & qui
ne pouvoit qu'inſpirer beaucoup
de joye à toute la Com.
pagnie. Eftant arrivée à l'Au
tel au travers d'une infinité de..
peuple, dont elle eut peine à
percer la foule , elle fe mit
aprés une courte Priére dans
la place qui luy avoit eſté deftinée
, ayant à fes côtez Madame
d'Arcuffia l'Esparron fa
"
GALANT 187
4
Tante, Abbeffe du Monaftere
des Auguftines d'Aubaigne ;
& Madame d'Arcuffia du Re
veft fa foeur , qui luy fervirent
d'Afliftantes. M' l'Evêque de
Marteille parue en mefme
temps à l'Autel vêtu Pontifi
calement , & aprés quelques
Priéres , il recita les Litanies
des Saints, pendant lefquelles
certe Abbelle demeura toû
jours à genoux derriere luy, la
face profternée contre terre ,
n'ayant qu'un carreau pour
appuyer fa tête. Les Litanies
& quelques autres Oraifons
finies , M l'Evêque s'eftane
Q ij
188 MERCURE
aflis dans fon Fauteuil , Ma
dame d'Arcuffia fit Profeffion
de foy entre les mains , avec
tant de fermeté & de model.
tie , qu'elle s'attira les yeux &
l'admiration de tout le mon
de ; aprés quoy ce Prélat luy
donna la Bague , la Croix , &
la Croffe. Elle eftoit affife fur
fon Fauteuil , le viſage tourné
contre le peuple , à qui cette m
cerémonie parut d'autant plus
nouvelle, qu'elle n'avoit point
efté pratiquée à Marseille depuis
bien des fiécles . M' l'Evêque
celébra enfuite la Meffe
qui fut chantée en Muſique.
GALANT: 189
A l'offrande , Madame l'Ab
beffe s'approcha de l'Autel ,
accompagnée de fes deux Affiftantes
, qui luy mirent en
main deux gros Flambeaux
ou eftoit attaché l'écuffon de
fes Armes, qu'elle prefenta l'un
aprés l'autre , Madame fa foeur
tenant toûjours la Crofle à fon
côté. Elle communia des
mains de l'Evêque. Ce Prélat
l'eftant allé prendre à la fin
de la Meffe , la mena au devant
de l'Autel , la faiſant affeoir
dans fon propreFauteuil,
où elle demeura pendant le
Te Deum, qu'il entonna. Il fut
190 MERCUR
E
chanté par la Mufique de l'O
pera, mêlée au fon des Inſtru
ments. L'on s'empreffa en
fuite d'aller baifer les mains
de cette nouvelle Abbeffe ;
qui s'en retourna en fon Mo.
naftere dans le mefme ordre
qu'elle eftoit venue , fi ce n'eft
que fon cortege fe trouva en :
core plus nombreux . La porte
fut ouverte à tous ceux qui
eurent la curiofité d'y entrer,
& on y donnaun magnifique
repas à plus de cinquante per
fonnes de l'un & de l'autre
fexe.
La maifon d'Arcuffia eft
A
GALANT: 191
originaire du Royaume de Na,
ples , defcendant des Ducs
d'Amalphi , dont elle a eu la
Souveraineté depuis l'an 830)
jufques à 1086. Elle s'eft toûjours
alliée à celle des Ducs
de Naples , jufqu'à ce qu'ils
furent chaffez par les Normands
, qui fe rendirent Maî
tres de tout ce pays - là . Elifee
d'Arcuffia eft le premier dont
Hiftoire ait fait mention . Il
eut pour fils Panzelle , Seigneur
de Capri , & Amiral de l'Armée
Navale de l'Empereur
Federic ; & la iffa Jacques , qui
époufa une fille de la mailon
192 MERCURE
de Maramalda , & fut Comte
de Monervina & d'Altamura.
Celui cy fut Secretaire &
Grand Chambellan de Jeanne
Reine de Naples , & Comtefle
de Provence. Ce fut vers l'an
1375 auquel temps il vint s'établir
à Marſeille . Ce Comte
Jacques fit hommage à ſa maitreffe
de l'Ile de S. Geniez,
que nous apellons aujourd'huy
les Martigues , érigée en
Principauté , & tombée dans
la maifon de Vandôme, Cette
Princeffe luy permit & à tous
les fiens , de battre monoye
Il fonda la Chartreufe de
Capri ,
to
GALANT. 193
Capri, à laquelle il donna huit
cens écus d'or de rente , fomme
tres- confiderable en ce
temps-là. Il eut pour fils Fran-'
çois d'Arcuffia & Jannoccia.
Ce dernier époufa Laudane de
Sabran , fille unique de Guillaume
de Sabran , frere & he
ritier de S. Elzear , Comte
d'Arian , & Baron d'Anfoüis ,
François eut de Morelte, Com .
teffe de Balbe, Loüis qui mou
rut à Tourves dont il eftoit
Seigneur ,laiffant de Catherine
Caftelane trois fils , & trois
filles . François fon fils épouſa
Madelaine d'Esclapou , Vi
May 1698 . R.
194 MERCURE
Comteffe d'Efparron vers 1480
Celui-cy fut le premier S
d'Efparron , & pere de Jean ,
qui d'Honorade de Seguiran
eut Gafpard. Le Roy François
premier donna a ce dernier
l'Office de Juge Royal de For
calquier , gratis , & le fit Con
feiller Clerc au Parlement de
Provence , avec permiffion de
fe marier. Il épousa Margue
rite de Glandeve , qui luy
donna pour fils Charles d'arcuffia
, de Capres , Seigneur
d'Efparron , de Pallieres , &
du Reveft ; qui fut Gentil
homme de laChambre duRoi.
GALANT 195
Il a écrit un Livre de Faucon
nerie , & il époufa Marguerite
de Fourbin , dont il eut deux
fils , François & Jean- Baptiſte,
qui ont fait les deux branches
d'Efparron & du Reveft , Fran
çois du Reveft fut marié aveo
Loüife de Blancart . Jean- Bap
tifte fon fils luy fucceda , &
époufa Loüife de Beauffer ,
qui luy laiffa plufieurs enfansi
Pierre l'ailné a épousé Blanche
Cypriani, dont il a des enfans.
Jean - Baptifte d'Arcuffia du
Reveft , fils de Charles d'Ef
parron a efté Premier Procu
reur du Pays , Charge tres
Rij
196 MERCURE
confiderable en Provence, of
l'on n'élit que des Gentils
hommes du premier ordre ,
pofledans desFiefs nobles dans
la Province. Il avoit époufé
Marie du Puget Barbentane ,
dont il a eu trois fils , Charles,
Melchior , Commandeur de
Beaulieu , & Sextius auffi Che,
yalier de Malte . Charles du
Revesta eu pour femme Mar
the d'Antoine. Il eft Pere de
Madame l'Abbeffe de Montfion.
Jofeph fon fils aifné, avoit
épousé Madelaine de Be
gon , fille de M² de Begon,
M'
cy- devant Intendant des Ga
GALANT. 197
leres , & maintenant Intendant
de Juftice & de Marine
à Rochefort. Heft mort Lieutenant
de Galere à la Campagne
d'Alicante , en 1691. & a
laiffé deux fils . Cette Abbeffe
a encore un Frere Chevalier
de Malthe , auffi Lieutenant
de Galere , qui fert avec beau
coup de diftinction. Arcuffia
porte d'or à une fafce d'azur , ac
compagnée de trois Arcs de fleche,
de gueules , mis en pal , deux en
chef & un en pointe,
Les Ouvrages de Mademoiſelle
l'Heritier vous ont
Riij
198 MERCURE
fait connoiftre fon merite.
Je ne puis vous donner une
preuve plus glorieufe pour
elle de l'estime qu'ils luy one
fait acquerir par tout , qu'en
vous difant que M les Lan
terniftes de Toulouſe luy ont
donné une place dans leur
Société. Voicy en quels ter
mes font conçuës les Lettres
de reception qui luy one efté
envoyées en Velin pour l'y
admettre.
P Endant que l'Academie Fran
çoife , l'ornement de la Capitale
du premier Royaume de
GALANT: 199
monde , employe fes fameux talens
à perfectionnerl'Eloquence &
la Poëfie pendant qu'elle fait
paroiftre fon zele pour fon incom .
parable Monarque , la Compa
gnie des Lanterniftes , excitée
par un fi bel exemple , s'applaudit
deftre particulierement confacrée
à l'honneur de LOUIS le Grand,
Protecteur des Rois & de la Re.
ligion , luy par qui les Sciences &
les beaux Arts fleuriffent mefme
dans le fein de la Guerre, toujours
entreprise avec juftice , fourenne
avec-fuccés , & finie avec gloire ,
C'est dans cette vue qu'on s'applique
à affembler des Perfonnes
Rij
200 MERCURE
capables de contribuer àl'exécution
d'un figlorieux deffein ; comme a
l'esprit & le merite eft non feule
ment de tout Pays , de tout âge
de toute condition , mais encore de
Four Sexe, cette Compagnie eftant
convaincue de l'exacte probité , de
l'érudition polie des autres bril
lantes qualitez de Mademoiselle
l'Heritier de Villandon , de Paris;
la reçoit aujourd'huy quatrieme
du mois de Novembre mil fix cens
quatre- vingt -feize , pour eftre re
connue du nombre de ceux qui la
compofent , efperant que
de Lanternifte acquerra un jour
dequoy mieux répondre à la dignité
le Titre
↳
T
GALANT: 201
du fujet qui va remplir la Place
adjugée , en vertu des prefentes
= Lettres données à Toulouse , l'an ,
I jour & mois qu'on vient de
= marquer
.
■
ARNAUD LABORIE , Secre
taire des Lanternistes .
Vous voyez par la datte de
= ces Lettres que la modeftie
à de Mademoiſelle l'Heritier
luy a fait cacher jufqu'à prefent
, un honneur qu'elle
eftoit fi digne de recevoir , &
que fes Amis ont eu befoin
den furprendre une copie.
Elles eftoient accompagnées
de cette autre Lettre pour
202 MERCURE
elle , de la part de M les DE
Lanterniftes.
A Mademoiselle l'Heritier,
MAdemoiselle ,
Jamais nôtre Compagnie
n'a eu plus de bonheur qu'en
vous choififfantnt pour eftre du
glorieux nombre de ceux qui
la compoſent. Ce choix eft
plus glorieux pour elle que
pour nous. Son intereft particulier
s'y rencontre , & le
beau commerce de vos talens
& de vos lumieres , eft d'une
élevation & d'un fecours
qu'on ne fçauroit affez efti
GALANT. 203
mer. Auffi pour mieux nous
affurer cet honneur & vous
attacher plus fortement à
nous > on vous envoye vos
Lettres de reception . Ne foyez
pas furprife , Mademoiſelle ,
d'y voir voftre Eloge en fipeu
de mots. Il feroit fort difficile
de le mettre dans toute fon
étenduë. Comment dépeindre
une foule d'excellentes
qualitez réunies en voftre
Perfonne, plus propres à eftre
gravées fur le Bronze qu'é
critesfur du Velin ; Comment
O faire un jufte Portrait de la
netteté & de la policeffe de
rala
"
204 MERCURE
The
voftre ftile , ' de la vivacité de
vos expreffions , de la beauté
de vos pensées toûjours nouvelles,
de vostre érudition pro
fonde & dégagée , de cette
grande facilité que vous avez
a bien écrire , de ce gouft fin ,
& de ce naturel heureux qui
donnent à vos écrits tout l'agrément
& toute la delicateffe
poffible ? Et fur tout comment
relever les difpofitions merveilleufes
de vostre coeur
cette bonté , cette droiture ,
& cette vertu heroïque , qui
yous diftinguent dans tout vôtre
Sexe , & qui vous attirent
e
GALANT. 205
de fameux & de folides ap
plaudiffemens Tous ces differens
avantages & cent autres
que l'on pourroit ajoû.
ter , demandent une plume
plus habile que celle qui explique
les tentimens d'une
Compagnie enchantée de votre
merite. Ne vous repentez
pas d'y eftre , vous y trouverez
dequoy fatisfaire voſtre plus
douce inclination . Vous ver
rez dans le coeur de vos Confreres
, Mademoiſelle , un zele
ardent pour le Roy , & une
conftante application à faire
célébrer la gloire d'un Heros
2 c6 MERCURE
e vous
que vous aimez avec tant de
tendreffe, & fçavez
louer avec tant d'efprit. Cette
feule confideration
vous ren
dra noftre Société plus agréa
ble , & vous fera recevoir avec
plus de joye les témoignages
de fincerité , d'empreffement
& d'eftime avec lesquels nous
fommes , Mademoiselle , Vos
très , &c .
ARNAUD - LABORIE , Se
cretaire des Lanterniftes.
S
GALANT 207
REPONSE
De Mademoifelle l'Heritier
Mrs de la Compagnie
des Lanternistes
:
MESSIEURS,
L'honneur que je reçois
par le titre glorieux dont vous
avez daigné me parer , fait
naiſtre en moy des fentimens
bien oppoſez. Je fuis comblée
de joye de me voir admiſe
dans une Compagnie auſſi
celebre que la voſtre ; mais en
même temps je fuis faifie d'u
ne juſte crainte de ne pouvoir
208 MERCURE
remplir avec fuccés rous les
engagemens attachézsàtulad
place diftinguée dont voftre
choix vient de m'honorer,
Comment trouver dans mon
efprit des lumieres affez vives
pour eftre dignes d'eftre unies
avec les voftres ? Comment y
trouver un fçavoir & une po
liteffe propres à entrer en fo
cieté avec une troupe d'Hom
mes choifis , auffi remplis
d'une folide delicateffe que
d'une brillante érudition? D
Non , Meffieurs , quelques
efforts que je faffe pour
m'élever
au deſſus de mon genie,
GALANT. 209
je ne pourray jamais occuper
qu'avec confufion da place
que vous m'avez donnée , ſi
heureux commerce que j'au
ray avec voftré fçavante Com
pagnie , nel me communique
des clartez qui me mettent en
eftat de la remplir dignement.
Hoeft à prefent de vostre gloire,
Meffieurs, de me commu
uniquer ces clartez. J'apporteray
de ma part tout l'empref
fement & toute l'attention
imaginable à les recevoir, &jer
n'oublieray aucuns foins pour
atteindre au bonheur de reffembler
un jour en quelque
May 1698.
S
210 MERCURE
D
forte au brillant Portrait que
vous avez voulu faire de moy,
dans l'élégante Lettre que
vous m'avez fait l'honneur de
m'écrite. Ce Portrait eft fi
bien touché , tous les traits en
font fi nobles , fi fins & fi de 1
licats , qu'on eft au defefpoir
de n'y voir de reffemblance
que dans les couleurs qui font
employées àpeindre un coeur
penetré de reconnoiffance
par les bontez de voſtre illa -
ftre Compagnie . Ses lumieres
font toujours fi feures , qu'on
pourroit croire qu'elle les a
peu confultées en me choiGALANT.
271
10
fiflaut pour m'affocier avec
no elle.
Heftvray que dans ce choix
elle a plus cherché à faire une
grace qu'à rendre juftice ;
mais cependant comme rien
n'échape à fa penetration , on
doit le perfuader qu'elle n'a
pas fait cette grace fans reflexion.
Voulant me tenir compre
d'un panchant que je dois
à la nature , certe docte Com
pagnie a pluroft & envilagé
l'inclination que j'ay pour les
fciences & les beaux Arts, que
les progrés que fay faits dans
ces nobles exercices. Ouy mel
Sij
122 MERCURE
fieurs , vous avez fceu que je
connois tout le prix de la ver
tu & du fçavoir . Vous avez
fceu quels honneurs je leur
rens fans ceffe , & enfin l'ad .
miration & le zele que j'ay
pour le merite m'ont tenu lieu
de merite auprés de vous ,
perfuadez que vous eftes, que
lors qu'on le cherit avec pal
fion , on fait tant d'efforts
pour en acquerir , qu'on ne
manque guére de réüffir dans
un fi beau deffein .
C'eft fur cette idée , Mef
fieurs , que vous m'avez admi
fe dans votre fameufe Allem
GALANT. 213
1
blée , malgré la tirannie d'un
ufage dont le caprice ſembloic
en exclure mon Sexe . L'inju
tice de cet ufage le détruit
chaque jour d'elle - même , &
fans que nous avons cherché
à nous révolter contre fes
loix , les folides lumieres & les
rares talens qu'on a vû briller
en ce fiecle dans d'illuftres
Femmes , ont prouvé avec
éclat que le Ciel leur prodigue
quelquefois les dons de
l'efprit & de la feience auffi
liberalement qu'aux Hom .
mes.
•
Nectaignez donc pas ,Mef
214 MERCURE
feurs , qu'on s'étonne de vo
Atre choix par rapport à mon
Sexe . On ne pourra en eftre
furpris qu'en examinant les
talens qui me manquent.
Mais je vous l'ay déja dit , j'ef
pere les aquerir par l'heureuſe
liaifon que j'autay avec vous.
C'est alors qu'uniflant des lu
mieres que j'auray puilées
dans votre docte Societé au
zele naturel & ardent que j'ay
pour le Roy , je celebreray la
gloire de ce Heros d'une mapiere
qui me fera enfin trou
ver digne de la place que vous
m'avez donnée dans votre
비
GALANT
215
illuftre Compagnie.
Quel touchant plaifir pour
moy , d'entrer dans tous les
foins empreffez qu'elle fe don
1 ne pour établir des concerts
où les Mufes puiffent chanter
- éternellement les vertus & les
grandes actions d'un Conque.
3 rant , dont la moderation peut
feule égaler les Triomphes , &
qui ne cherche qu'à faire res
gner la Paix , malgré la rapidité
dont la Victoire eft attachée
à le fuivre!
1
Que ne m'eft - il permis ;
Meffieurs ,de pofſeder dés aujourd'huyles
talens que je me
216 MERCURE
Alate d'acquerir avec le temps
dans vostre fçavant commer.
cel! Que j'aurois de joye de
tracer un Tableau de toutes
les nobles & brillantes idées
qui fe prefentent à mon imagination
! Que j'aimerois à
peindre la fageffe , la valeur ,
la generofité , la bonté, la pru
dence & l'exacte juſtice d'un
Monarque mille fois plus
grand par fon coeur que par
fon rang , quoy que l'Univers
le regarde comme le plus puif
fant de tous les Roise :
Mais je fens que je fuccomberois
dans un projet fi hardy.
Ouy,
GALANT: 217
Ouy , Meffieurs , quand j'aurois
appris par voftre fecours
à me fervir des plus riches ornemens
de l'Eloquence , je ne
à pourrois encore executer un
fi grand deffein qu'en trem
blant.
J'impofe donc filence à mon
zele , mais en l'empêchant de
parler fur un fi beau fujer , je
laiffe un libre cours à fa voix
pour applaudir à la noble ap
plication que vous avez à faire
celebrer la gloire du Heros
à qui il s'est dévoüé. ⠀⠀
Quand voltre fcience pro
fonde & vos heureux talens
May 1698 . T
T
218 MERCURE
Mel
ne vous diftingueroient pas
autant qu'ils font entre les
plus celebres Sçavans , je fe
rois toûjours charmée d'eftre
d'une Compagnie qui s'eft
impole un devoir fi jufte & fi
glorieux . Jugez donc ,
fieurs , quels font mes fentimens
quand je pense aux bril
lantes qualitez que vous mê
lez au zele paffionné que vous
Davez pour le Roy . Ces refle
xions me font fentir avec une
vivacité inexprimable tout
prix de voftre bienfait , &
m'engagent à eftre toute ma
vie avec une auffi fincére rel
GALANT. 219
connoiffance , qu'nne parfaite
eftime , Meffieurs , Voftre ,
e & c .
Le vray merite manque rarement
à eftre
recompenfé , &
l'avanture dont je vais vous
faire part en est une preuve.
Une Dame d'une fort grande
vertu, demeurée Veuve à trenteans
, fe trouva preſque fans
bien par le defordre que la
mort de fon Mary mic dans
fes affaires . Elle avoit épousé
un Gentilhomme
d'une naiffance
affez diftinguée , à qui
destenvieux avoient fufcité de
fâcheux procés , qu'il avoit
Tij
220 MERCURE
toûjours foutenus fans les
bien entendre , par le credic
qu'il avoit auprés de ſes Juges.
Il fallut aprés fa mort s'ac
commoder avec les Parties
& une fort belle Terre dont
il joüiffoit , fut enfin aban
donnée à fes Creanciers
, pour
fauver ce qui luy reftoit d'ail
leurs , qui confiftoit en fort
peu de chofe. L'accommode
ment fut fait par l'avis & par
les foins d'un Amy du Gentil
homme , qui prit fortement
les interefts de la Veuve , &
qui ne trouva que ce feul
moyen de luy procurer quel
GALANT. 121
que repos. Il eftoit tres- riche
& tres- genereux , & pour faatisfaire
l'ambition de fa fem-.
me , il permettoit malgré luy
qu'on luy donnaft le nom de
Marquis. C'eftoit un elprit
hautain. Elle aimoit le jeu &
la dépenſe , & il n'y avoit jamais
affez de plaifirs pour elle .
Son Mary avoit beaucoup à
fouffrir de cette hauteur , qui
n'eftoit point de fon caracte-.
re, mais il s'en plaignoit inutilement.
Sa complaifance
pour un Pere imperieux , â qui
le nom qu'elle avoit de riche
heritiere avoit fait vouloir
T iij
222 MERCURE
cette alliance , l'avoit obligé
d'y conſentir , & on n'avoit
jamais vû deux humeurs fi
oppofées. Le Marquis l'avoit
douce & obligeante, & rien ne
luy faifoit un plus grand plai
fir , que l'occafion de faire du
bien. Auffi fa bourfe ouverte
en tout temps pour la Veuver
de fon Amy , luy épargnoit de
grands embarras où elle feroit
tombée fans le fecours :
qu'elle en recevoir. Cepen.
dant il n'y avoit rien de plus
defintereffé que les fervices
qu'il ne fe laffoit jamais de luy
rendre. Il ne la voyoit que
GALANT. 223
dans les temps où il croyoic
qu'elle avoit befoin de luy , &
il luy recommandoit fur tou-.
tes choles l'éducation d'une
Fille de fept à huit ans , que
fon Mary luy avoit laiſſée, & à
laquelle il difoit qu'il vouloit
fervir de Pere . Elle meritoit
les foins qu'il en prit , & il les
prit avec d'autant plus d'ardeur
qu'il fe voyoit lans enfans
& fans efperance d'en avoir.
Tous les traits eftoient for-
6 mez avec un certain brillant
qui faifoit connoiftre que ce
feroit une fort belle perfonne.
La douceur qui fe trouvoit rés
Tilij
224 MERCURE
pandue fur fon vilage , s'éten
doit fur fon humeur , & quoy.
qu'elle fuft encore dans l'enfance
, la vivacité de fon efprit
ne laiffoit pas de paroiftre.
Elle n'avoit aucune inclination
qui ne la portaft à ce qui
eftoit louable , & en cultivant
un naturel fi heureux , il y
avoit dequoy faire quelque
chofe d'achevé. Comme le
Marquis aimoit la Mufique
avec paffion , & qu'il luy trouvoit
beaucoup de voix , il choi
fit les meilleurs Maistres pour
luy apprendre à chanter & à
bien toucher le claveffin. Elle
GALANT: 225
y réuffit parfaitement , & elle
Of n'avoit pas encore dix ans qu'-
on la regardoit comme une
merveille. Elle eut le même .
avantage pour la danſe , & fi
la fortune luy euft efté auffi
favorable que la nature , on
I peut dire qu'elle n'auroit eu
rien à defirer . Sa Mere de fon
cofté contribuoit beaucoup ,
& par fon exemple , & par fes
leçons , à la rendre digne d'el.
le. Ce n'eftoient que fenti
mens de vertu & de fageffe
qu'elle cherchoit à luy infpirer
, & elle n'avoit qu'à imiter
fa conduite , pour marcher en
226
MERCURE
fureté. Point d'air ·coquer ,' ,
point de
prefomption
ridicu
le . Tout eftoit reglé , & il n'y
avoit point à craindre de faire
un faux pas dans une fi bonne
école . La Belle avoit déjà at-.
teint dix - sept ans , & tous
ceux qui
trouvoient moyen
d'avoir
quelque accés chez
elle , luy
donnoient mille
loüanges fur les belles quali
tez. Les vifites n'y cftoient
permiles
qu'autant
qu'elles
doivent l'eftre pour faire ap
percevoir le merite d'une jeune
perfonne à qui la beauté
& les
agrémens
doivent tenir
GALANT. 227
12.
lieu de bien. On n'y fouffroit
point d'affiduité qui fuft remarquable
, & ceux que l'on
recevoit de temps en temps ,
n'avoient pas de peine à voir,
que pour s'acquerir quelque
privilege particulier il falloit
parler de mariage. Ce fut ce
qui engagea un de fes Adorateurs
des plus taciturnes à luy
déclarer la paffion . Il eftoit
charmé toutes les fois qu'elle
chantoit devant luy , ou qu'
elle joüoit du Claveffin ; &
comme il ne brilloit pas dans
la converfation , il la prioit
fort fouvent de luy donner ce
228 MERCURE
plaifir , afin de n'avoir qu'à
écouter. La froideur qu'elle
luy marqua fur la déclaration
ne l'étonna point . L'amour le
preffoit , & fans plus perdre de
temps il s'adreffa à la Mere ,
qui trouvant en luy de quoy i
établir fa Fille avec beaucoup
d'avantage , luy répondit affez
favorablement ; mais elle eut
-beau faire fes efforts pour la
faire entrer dans les raifons
qui la portoient à agréer ſa
recherche. Cette charmante
perfonne la fupplia de ne ſe
laiffer point ébloüir fi fort par
le bien , qu'elle youluſt luy
GALANT 229
faire époufer un homme fort
mal fait , & qui n'avoit point
d'efprit. La Mere qui estoit
trop obligée au Marquis
pour prendre aucune réfolution
fur une affaire de cette
importance fans le confulter,
luy parla de l'occafion qui fe
prefenoit pour l'établiſſe
ment de fa Fille , le priant de
prendre fur elle un pouvoir de
Pere, pour l'empêcher de refufer
unParti qui luydevoit eſtre
avantageux. Il eut une converfation
particuliere avec la
Belle, qui luy dit en foupirant
qu'une des fortes raiſons qui
230 MERCURE
portoient la Mere à vouloir ce
mariage , & la feule qui pou
voit l'obliger à y confentir ,
s'il luy marquoit qu'il le fou .
haitaft , c'eftoit pour ceffer de
duy eftre à charge , puis que
le malheur de leurs affaires
les avoit réduites à abuſer
fouvent des bontez qu'il avoit
pour elles ; mais que voulant
faire fon devoir dans quelque
genre de vie qu'elle fe vift
forcée d'embraffer , elle ſentoit
bien qu'avec le Mary que
luy deftinoit fa Mere , elle vivroit
dans un fupplice continuel
, puifqu'il n'avoit rien
GALANT: 231
qui fuft capable de toucher
lon coeur , & que ce ne feroit
qu'avec d'extrêmes efforts
qu'elle vaincroit le dégouſt
que luy donnoient les mauvaifes
qualitez. Le Marquis
n'eut pas befoin d'un plus
long difcours , pour applaudir
à la Belle fur le refus de l'Amant
en queſtion . Il connoiſ
foit trop par fa propre experience
quelle peine on trouve
dans le mariage où il n'y a
point de rapport d'humeur .
Non - feulement il luy confeilla
de congedier l'Amant , mais
bien loin de fe laffer de luy être
232 MERCURE
utile , il l'affura qu'il prendroit
luy même le foin de la marier,
& que ce ne feroit jamais qu'à
une perfonne qui feroit felon
fon coeur. Il eft inutile de mara
quer quels furent les remer
cimens de la Mere & de la
Fille. On pria l'Amant de ne
plus fonger au mariage qui
avoir flâré fon efperance , &
l'on ufa mefme de plus de referve
à recevoir les autres
: vifites qui pouvoient marquer
quelque deffein , afin qu'il pa
ruft que le destin de la Belle
dépendoit uniquement des
foins du Marquis à luy choi
10
TO
4
GALANT. 233
fir unEpoux. Illuy témoignoit
toûjours la tendreffe d'un vray,
Pere ,&.comme il n'avoit pas
péu contribué à la faire deve .
nir auffi accomplie qu'elle paroiffoit
à tout le monde , il
jouilloir avec beaucoup de
plaifir des applaudiffemens
qu'elle recevoit par tout.
Deux ans fe pafferent de cette
forte . Elle s'eftoit fait quantité
d'Amies d'un
3
ungue,qu'elle rang diffort
fou
vent , & ce fut chez l'une d'el
les qu'aprés qu'elle eut chanté
quelque temps & joué du
claveffin , avec là grace qui
May 1693.
V
234 MERCURE
l'accompagnoit en toutes
chofes , un jeune Cavalier de
Province qui s'y trouva, en
fut tellement charmés qu'il
ne put s'empêcher de luy mar
quer dans les termes les plus
forts l'admiration qu'il avoit
pour elle. Il les fit avec tout
l'efprit imaginable , & la Belle
qui l'avoit fort vif& fort delis
cat , reçut les douceurs d'une
maniére qui luy fit connoiftre
que quand on eftoit fair comme
luy , on fe failoit écouter
fans peine. Le Cavalier ne
ceffa point de l'entretenir que
lors qu'il falut abfolument
A
•
GALANT. 239
qu'ils fe féparaffent , & ayans
appris qui elle eftoit , il alla
chezielle dés le lendemain .
Cet sempreffement ne dépluc
pas. Sile Cavaliers'eſtoir ſonth
vivement touché du merita
de la Belle dés cette premiere
vûe , la Belle avoit este préves
nue pour luy dan fentiment
favorable , & fans qu'on y fift
reflexion , comme il prit gouft
à la voir , on luy fouffrit dess
vifites plus frequentes qu'on
ne les fouffroit à d'autres . Elles
devinrent infenfiblement troph
affidues , ce qui obligea lab
Mere à le prier deles modever.
Vij
236 MERCURE
C'eftoir fouhaiter une choſe
jufte ; mais il avoit trop d'a.
mour pour y pouvoir confen .
tir. Il le déclara Amant tour
de bon , fit cent proteftations
à la Mere & à la Fille , & les
pria inftamment de luy accor
der un peu de temps pour
pouvoir gagner l'efprit d'un
Oncle fort riche , dont il
eftoit l'un des Heritiers , les
affurant que quand même il
ne pourroit en venir à bout ,
ce qu'il avoit pourtant ſujet
d'efperer , il ne laifferoit pas
de conclurre fi elles vouloient
fe contenter du bien qu'il pof
GALANT 237
fedoit par luy-même. Ileftoic
trop bien dans leur efprit pour
n'obtenir pas ce qu'il deman
doit. Sa negociation ne dura
que quinze jours , aprés quoy
il vint leur dire , transporté de
joye , que fon Oncle ayant
efté informé du merite de la
Belle , approuvoit la paffion ,
& qu'il devoit au plutoft les
en venir affurer luy - même.
Cette nouvelle donna une extrême
joye à la Mere & à la
Fille , qui à leur tour deman .
dérent quelques jours au Ca.,
valier pour conferer de l'affai
re avec un Ami dont elles ne
238 MERCURE
pouvoient les diſpenſer de
prendre confeil Dés le foit
même la Mere envoya prier le
Marquis qu'elle puit le voir le
lendemain.Il ne vint chez elle
que trois jours aprés , & la rai
fon qu'il en aporta , ce fut qu'il
avoir voulu auparavant eftro
affuré d'une chofe qui regar
doit lesinterefts de la Belle, &
dontil feroit venu luy rendre
compte, quand même on n'au
roitpoint eu à luy parler. Ila
joûta qu'il lui avoit enfin trouvé
un Amant qui la mettroit
en eftat de vivre contente , &
qu'il ne pouvoit douter que
GALANT 239
ce qu'il venoit d'arrefter pour
elle, ne fatisfit autant fesdefirs
qu'il en reffentoit de joye.
Ces paroles mirent tout à
coup un trouble extraordinaire
dans l'ame de la Mere & de
la Fille . Elles femblerent avoir
perdu la parole , & commencérent
à fe regarder avec un
étonnement inconcevable!
Le Marquis qui devoit eftre
furpris de leur embarras , leur
demanda pourquoy ce filencé
lorfqu'elles avoient à répondre
fur la propofition qu'il leur
faifoit , & que d'ailleurs , A jil
eftoit venu pour apprendre de
240 MERCURE
la Mere en quoy elle avoit be
foin de fon fervice . La Merc
pric un con fort ferieux , & dit
qu'il ne falloit plus fonger à
ce qu'elle avoit voulu luy faire
fçavoir , puifqu'il avoit enga
gé la Fille à prendre un Mary
qu'il feroit injufte qu'elle refufaft
aprés les foins qu'il s'é
toit donnez pour le choiſir,
& fur ce qu'il répondit que ce
n'eftoit pas luy qui fe devoit
marier , & qu'il ne fuffifoit
pas qu'il fut content fi la
Belle ne l'eſtoit auffi de fon"
cofté , on luy ayoüa l'engagement
que l'on avoit pris à
l'égard
GALANT. 241
l'égard du Cavalier , dont on
luy fit une peinture tres avantageufe.
Le Marquis raffura la
Belle , en luy diſant qu'il ſeroit
faché de la contraindre ;'
& que
fi les chofes eſtoient
telles qu'on le prétendoit , il
donneroit volontiersles mains
à fon mariage , mais qu'il la
4 prioit avant que de prendre
un engagement plus fort , de
yoir l'Amanc qu'il luy avoit
E deftiné , qu'il l'ameneroit le
lendemain fous prétexte de
luy faire entendre une belle
voix , & que peur eftre elle
trouveroit en luy des qualitez
May 1698.
X
243 MERCURE
f
qui l'engageroient à luy accorder
la préference . La Belle
luy dit que s'il vouloit la laiffer
dans la liberté du choix , il luy
feroit un fort grand plaifir de
ne luy point faire recevoir une
vifite qui ne pouvoit que
l'embaraffer, puis qu'elle eftoit
affez obligée au Cavalier pour
ne luy point manquer de paro
le; mais fa priere n'eut aucun
pouvoir fur le Marquis . Il demeura
obftiné dans fa demande
, & êtant venu lui dire le len
demain que celuy qu'il vou
loit luy faire voir devoir arri
ver dans un moment , il la
t
GALANT
243
pria de prendre fa belle hu.
meur , & de foutenir comme
elle devoit le bien qu'il avoit
dic d'elle. La
répugnance qu'
elle avoit à fouffrir cette vifi-
#te l'ayant fort déconcertée ,
elle le fut beaucoup davantage
en voyant entrer le
Cavalier qu'elle aimoit . Elle
courut au devant de luy pour
l'obliger à s'en retourner , afin
de s'épargner l'embarras d'avoir
auprés d'elle deux Amans,
pour qui elle devoit également
fe contraindre ; mais le
Marquis fe mettant à rire , &
prenant le Cavalier par la
E
2.
X- ij
244 MERCURE
main , demanda à cette aima
ble perfonne , fielle le croyoit
affez rempli de defauts pour
meriter les refus. Elle demeu,
ra dans une ſurpriſe inexprimable
, ne ſçachant fi elle ne
rêvoit pas , & s'il ſe pouvoit
qu'on luy parlaſt tout de bon?
Le miftere fut bien- toft déve
lopé. Le Cavalier eftoit Neyeu
du Marquis , & en commençant
à s'attacher à la
Belle , il n'avoit point ſceu
que fon Oncle prift affez d'intereft
en elle pour la regarder
comme la Fille. Le Marquis
d'ailleurs ignorant l'attacheGALANT.
245
ment de ce Neveu, avoit efté
fort furpris quand il luy avoit
fait demander fon confentefe
marier avec la
-ment pour
Belle . Il luy en auroit fait vo
lontiers la propofition luymême
, s'il l'avoit cru difpofé
à n'écouter que fon inclination.
Son deffein avoit efté de
tout temps , de donner une
fomme confiderable à cette
Fille adoptée , & l'occafion
s'offrant de luy faire épouſer
fon Heritier , il l'avoit acce ,
ptée avec plaifir. Il avoit feu
lement exigé de luy de ne
parler qu'en general , & fans
x iij
246 MERCURE
le nommer, du confentement
que luy accordoit fon Oncle,
afin de pouvoir jouïr de l'em
barras de la Belle , qui luy dé
claroit par là les fentimens dè
fon coeur. Le Cavalier eftoit
Fils d'une des Soeurs du Mar
quis , & avoit acheté dans la
Province une Charge qui luy
donnoit un affez beau rang.
La Belle l'y fuivit fans répu
gnance , & vit avec luy dans
une union qui la rend une
des plus heureules perſonnes
du monde,
Si tous les hommes font
GALANT
247
fenfibles aux preſens qui leur
font faits , ils le font encore
beaucoup davantage lors qu'
ils leur viennent d'une perfonne
qui leur fait honneur,
mais ils doivent eftre au comble
de leur joye lorfqu'ils en
reçoivent d'un Souverain , qui
ne fait rien qu'avec choix , &
que ce Souverain prévient
leurs fouhaits . C'est ce qui
vient d'arriver à Mr Molé Prefident
au Mortier , & Petit fils
du Garde des Sceaux de ce
ce nom . Le Roy luy avoit
donné il y a quelque temps
une difpenfe d'âge , pour M
X iiij
248 MERCURE
Molé fon Fils , de Confeiller
au Parlement. Il n'avoit point
éncore acheté de Charge , &
comme il s'en eft trouvé une
dont Sa Majesté a pu difpofer,
il l'a donnée à ce même Fils .
On peutjuger par là combien
il y a de gloire & d'avantage
à fervir le Roy avec zele &
avec fidelite , puifqu'il recom
penſe dans les enfans les fervices
que luy ont rendu les
bifayeuls .
Il paroift depuis peu un
Livre fur une matiere affez
nouvelle , & qui n'a jamais efté
traitée à fond. Ileft intitulé ,
4
GALANT: 249
1
#
De la Modeftie des Poftulantes ,
contre l'abus des parures à leur
Prife d'habit . L'Auteur de cet
Ouvrage eft M' Heron , Prêtre
Docteur en Theologie de
Ela Faculté de Paris , Aumônier
de la feuë Reine , & Treforier
de la Sainte Chapelle
Royale du Bois de Vincennes .
11 l'a dedié à Meſdames de
la Chaife , Abbeffes de Cuffet
en Auvergne , de Marfigny en
Bourgogne , & de Saint Me.
nou en Bourbonnois , ce qui
fait voir que cette famille n'eſt
point attachée au monde , &
qu'elle aime la retraite. L'Au
し
250 MERCURE
teur de cet ouvrage dit dans
La Preface qu'il n'y a pas d'apparence
que le Titre qu'il a choifi dé
plaife auxperfonnes quifçavent que
lamodeftie des Filles Chreftiennes ne
confiftepas feulement à avoir de la
douceur , de la retenuë , & de la
moderation , mais qu'elle confifte
encore dans la fimplicité de leurs
habillemens , e de tout leur exterieur.
Il ajoute , que pour détruire
l'abus dont il s'agit , il afallu découvrirfon
origine ,faire connoistre
les maux qu'ilproduit ou qu'ilpeut
produire ,
que les Religieufesypourroient apporter.
Ce livre le vend chez
indiquer les remedes
GALANT: 25t
Simon Benard , rue Saint Jac
ques , aux Armes du Roy & de
la Ville, & au Compas d'or.
On ne s'eft pas contentéde
faire des réjouiflances extraor
dinaires dans toutes les Villes
du Royaume, à la publication
de la Paix , accompagnées de
V toute la magnificence & de
toute la profufion qui pouvoir
marquer le zele de ceux qui
ont voulu témoigner leur
joye.Plufieurs particuliers ont
fait des Ouvrages d'efprit , &
des defcriptions de Festes ,
qui auroient beaucoup di
yerti fielles avoient efté exe252
MERCURE
curées. Celle qui a esté faite
par M' le Chevalier de Blegny
eft des plus ingenieuſes , & a
pour titre , La Fefte du Parnaffe
, ou leTriomphe de l'Himen
de la Paix . Elle eft remplie
de Vers faits pour eftre chantez.
Il y a beaucoup d'inven
tion , & tous les Perfonnages
qui conviennent au lieu où
fe paffe cette Fefte , yfoutiennent
parfaitement leur caractere.
Cet Ouvrage qui a efté
imprimé à Angers , ſe vend à
Paris chez Laurent Doury ,
ruë Saint Jacques , au Saint
Efprit.
GALANT. 253
$
"
M de Fer vient de mettre
au jour fon Amerique. Elle
eft de la mefme grandeur que
la Mappemonde , que l'Europe
, l'Afie & l'Afrique qu'il
a données ces années dernie
res. Elle eſt dreffée fur les
nouuelles obſervations , c'eſt
à dire qu'il y a de grands changemens
& plufieurs additions.
La Bordure eft hiftoriée &
tres- curieufe , auffibien que la
defcription qui eft autour.Elle
eft remplie des nouveautez
dont font mention nos der.
niers Voyageurs. Avant cette
Carte & depuis un an le meſ,
24 MERCURE
M' de Fer a donné au public
l'Afrique , le Duché d'Anjou ,
le Plan de Fontaine- Bleau &
de la Foreft, les Plans, Profils
& veuës de Rifwick , le nouveau
canal d'Orleans & celuy
de Briare, le Livre de la Rela.
tion de M ' de Gennes au đét
troit de Magellan , & la Carte
de France felon les dernieres
obfervations , & le traité de
Rifwick. Le tout fe debite
chez l'Auteur dans l'lfle du
Palais, fur le Quay de l'Horloge
à la Sphere Royale.
M' Chevillard , Hiftoriographe
de France , vient de
GALANT. 255
mettre au jour une grande
Carte de tous les Papes & Cardinaux
François de naiffance ,
de ceux qui ont efté nommez
par nos Rois , & de ceux qui
ont poffedé des Archevêchez
& Evêchez en France jufqu'à
E prefent . On y voit leurs noms,
qualitez , Armes &Blaſons, l'année
de leur création,lenom du
Pape qui les a créez , & l'année
de leur mort , avec les ornemens
& les marques des Digni
tez qu'ils ont poffedées. Il demeure
toûjours ruë neuve N.
Dame , chez un Apoticaire ,
vis - à - vis les Enfans trouvez.
M' de Maffeville qui nous
256
MERCURE
2
a déja donné
trois petits Vo
lumes
in douze
de l'Histoire
Sommaire
de Normandie
, vient
d'en publier
le quatrième
. Il
contient
tout ce qui s'eft paflé
de plus memorable
dans cette
Province
depuis
l'année
1380.
jufqu'en
l'année
1498 c'eſt à
dire depuis
le Regne
de Char
les VI . jufques
à la mort de
Charles
VIII, ce qui comprend
le Regne
de quatre
Rois,
L'Auteur
a eu foin d'yramaffer
comme
dans les autres, quan,
tité de chofes
curieufes
, &
l'on y trouve
les principales
demandes
qui furent
faites à
GALANT. 257
la Pucelle , lors qn'on luy fit
fon Procés à Rouen. Ce Livre
ya efté imprimé chez P. Ferrand
& A. Maurry rue S. Lo ,
prés le Palais , & tous les quatre
Volumes fe debitent à Pa
ris chez Michel Brunet , dans
la grande Sale du Palais.
..
a
Vous devez avoir appris la
mort de Meffire Antoine Pier
re de Grammont, Archêvéque
de Befançon , qui en cette
qualité eftoit Prince de l'Em
pire . Il eft extremement res
grettépour fa douceur ,fa pieté
& fatcharité , ayant toûjours
mené une vie veritablement
May 1698.
Y
to
258 MERCURE
Apoftolique. Il avoit quatre.
vingt-quatre ans , & il y avoit
déjà quelque temps qu'il avoir
perdu l'ufage de la veuë, dont
il ne luy reftoit qu'autant qu'il
luy en faloit pour avoir la confolation
de dire la Mefle , ce
qu'il faifoit tres- fouvent. Il
eftoit Chanoine de l'Eglife de
Besançon & Confeiller au Par
lement , lorsqu'il fut élu Archêvéque.
Sa Maiſon eft une
des plus illuftres de la Province
alliée à celles de Poitiers , de
Beaufremont , d'Achey , de
Roye , de la Baune S. Amour,
de Vaudrey , & à pluſieurs au→
•
GALANT: 259
tres, M le Comte & M le
Marquis de Grammont font
fes Neveux , ainfi que l'eftoit
MileChevalier de Grammong
qui fut tué il y a quelques années
. On fçait avec quelle
diftinction ils ont toûjours
fervy le Roy , & les bien faits
de S.M.répandus fur toute leur
Maifon , font des preuves inconteftables
de leur meritę.
Ml'Archêvéque de Belançon
laiffe encore un néveu. C'eſt
M' l'Evêque de Philadelphie ,
Haut Doyen de l'Eglife metropolitaine
de Belançon , & cydevant
Maitre des Requeſtes
و ت
I
Y ij
260 MERCURE
A
du Parlement du Comté de
Bourgogne. C'eſt un parfaite
ment honnefte homme , génereux
, magnifique , & fort
apliqué aux fonctions Epifcopales
, qu'il rempliffoit avec
toute la piété & la majeſte
qu'elles demandent , depuis
que M ' l'Archêvéque n'eǹoit
plus en eftat de les faire par
luy -mefme.
Voicy les noms de quelques
autres perfonnes mortes depuis
ma derniere Lettre.
Nicolas Tavernier , Preftre
, Lecteur & Profeffeur
du Roy en la Langue GrecGALANT:
261
que , ancien Recteur en l'U
-niverfité de Paris , Sous- Principal
du College Royal de
Navarre , & Doyen de la Tribu
de Beauvais en la Nation
de Picardie. Il avoit prés de
quatre - vingt ans . Le Roy a
nommé en fa place pour Profeffeur
en Langue Grecque ,
M' Pienud , Profeffeur de la
Seconde du College d'Har
court.
Jean Gorillon , Seigneur
de Courcouffon , de Quetotrain
, & autres lieux , maiſtrè
d'Hoftel ordinaire du Roy. Il
avoit quatre- vinge huit ans,
262 MERCURE
7
&avoit épousé Marie de Montrouge
, Soeur du défunt Eveque
de Saint Flour, dont il a
eu entre autres Enfans ; M
l'Abbé Gorillon , & N. Goril
lon , Epouſe de Jacques Doumengin
, Seigneur d'Elize ,
Auditeur des Comptes , Pere.
& Mere de N Doumengin ,
Veuve d'Adrien - Jofeph Henin,
Confeiller de la Premiere
des Enquestes , & de N. Dou
mengin , Epouſe de Jacques
Barbery de Saint - Conteſt,
Confeiller de la Troifiéme des
Enquestes.
Dame Madeleine Françoile
10
GALANT. 263
de Raity , Epoufe de Louis.
François de Lameth , Comte
de Buffy , Seigneur de Prefles
& autres lieux . Elle eft morte
dans un âge fort peu avancé.
Dame Catherine Bauyn ,
Veuve de Pierre Brulart , Mar
quis du Brouffin , du Ranché,
Ela Moriniere , Marcé, & autres
lieux ; cy- devant Efcuyer or
dinaire du Roy, dont elle laiſſe
une fille unique. Elle eftoit
fille de M Bauyn Confeiller au
Parlement , & de Marguerite
Boucherat,foeur deM'le Chancelier.
M' Brulart du Brouffin
fon mary mort au mois d'Oc
264 MERCURE
tobre 1693. eftoit fils de Louis
Brulart S du Brouffin & de
Ranché, & de Madeleine Col.
bert de Villacerf, & petit fils
de Pierre Brulart , Secretaire
d'Etat , & de Madeleine Chevalier.
Le P. Cefar Jofeph de la
Tremoille Jefuite , mort dans
fa foixante & dixième année.
Il eftoit fils de Philippes de
la Tremoille , Marquis de
Royan , & de Madeleine de
Champrond
Dame Marie Gargant. Elle
eftoit veuve de Jean François
de Guenegaud , Seigneur des
Broffes
GALANT. 265
0
Broffes , Confeiller du Roy ,
Maiſtre ordinaire en fa Chambre
des Comptes .
La Reverende Mere Dame
MartheLefcalopier, Religieufe
de la Grande Regle de S. Benoift
, au Monaftere de la
Ville-l'Evêque de Paris, morte
agée de cinquante cinq ans,
Elle eftoit foeur de Gafpard
Lefcalopier , Confeiller de la
Premiere des Enqueftes , &
tante de Celar- Charles Lefcalopier
, Confeiller de la Troi
fiéme des En queſtes.
Meffire Charles de la Rochefoucault
- Marfillac , Abbé
Ꮓ May 1698.
266 MERCURE
·
de la Chaife Dieu de Fonte
froid , & de Molême . Il eftoit
frere de M' le Duc de la Ro
chefoucault , Pair de France,
Prince de Marfillac , Chevalier ,
des Ordres du Roy , Grand
Maistre de la Garderobe de Sa
Majefté, & Grand Veneur de
France.
Mr Converfer , Abbé de
Sully , en Berry, & Curé de S.
Germain en Laye.
Il eft glorieux à ceux qui
embraflent une profeffion , de
s'y diftinguer affez pour faire
connoiftre leur nom par tou
te la terre. C'est ce qui eft
GALANT. 267
arrivé à Mademoiſelle de
Champmellé , qui vient de
mourir. Elle s'eftoit fait ad ,
mirer à Paris für trois Theatres
François , où elle a roujours
receu de fi grands ap .
plaudiffemens , qu'il femble
qu'elle ait commencé par où
les autres finiffent . Elle a joüél
dioriginal tous les premiers :
ralles de la plufpart des Tragedies
de l'illuftre M ' Racine . :
Ainfi l'on ne doit pas s'éton
ner fices Pieces , qui ont tou- !
jours merité les louanges qu'
elles recevoient du, Public , t
ont paffé pour des Chef d'ocu
Z ij
268 MERCURE
vres , puis qu'elles eſtoient
également
belles , & bien
jouées .
Vous avez fceu que dans
le Traité de Paix conclu à Rif
wic fur la fin de l'année der
niere , & dont le Roy regla
luy- même les conditions dans
le memoire qu'il fit delivrer
au Mediateur , Sa Majesté eur
la bonté d'y comprendre Monfieur
le Duc de Lorraine , &
d'accorder à ce Prince la pof
feffion de ce Duché , dont le
Prince Charles de Lorraine ,
fon Pere , n'avoit pas jouy ,
ce Duché ayant eſté cedé au
GALANT 269
Roy par fon Grand- Oncle,
Cependant
ce Monarque
, que
rien ne pouvoit contrain
dre à rendre un Etat qui fe
trouvoit à fa bienfeance , a
voulu faire voir par un defin
tereffement
fi genereux
, qu'il
eft accoutumé à faire de
grandes chofes, & qu'il en entre
dans tous fes Traitez de
Paix , lors qu'il luy plaift de
pacifier l'Europe ; & comme
Sa Majefté joint les manieres
obligeantesà fes gracesdésqu'
une fois Elle a réfolu d'en fai
re, Elle avoit ordonné que lors
que Monfieur le Duc de Lor-
Z iij
270 MERCURE
raine pafferoit à Strasbourg ,
on luy readift les mêmes honneurs
qu'on rendroit à ſa Perfonne.
Ainfice Prince ya efté
receu au bruit de cent trois
grofles pieces de Canon , &
toute la Garnifon, tant Cavalerie
qu'Infanterie , eftoit fous les
armes . Il a efté
complimenté,
tant par le Clergé , & par tous
les Corps , que par la Nobleffe
de la Bafle Alface , & regale
par M' le Marquis de Huxelles
, de même que tous les Sei
gneurs Lorrains qui s'eſtoient
rendus à
Strasbourg , pour
avoir l'honneur de le faluer,
GALANT 271
Ce Prince y coucha , & y fut
diverty le foir par la Come
Edie Italienne. Il alla le lendemain
à la meffe à la Cathef
drale , & fit le tour de la Ville
pour en vifiter les fortifications.
Il vit auffi la Citadelle ,
& fut encore regalé à dîner
par M' le Marquis de Huxelles.
Ce Prince avant que de
partir de Strasbourg , yreceut
cinquante millé écus , que le
Roy luy fit toucher. Je ne
vous dis rien de cette action ,
parce que j'aurois trop à vous
en dire , & que celles de cerve
2 nature font particulieres à ce
Z iiij
272 MERCURE
Monarque. On voulut don
ner une eſcorte à Monfieur le
Duc de Lorraine au fortir de
Strasbourg , mais ce Prince la D
refula , en difant qu'il n'appren
hendoit rien fur les Terres deFran
ce,& il alla coucher à Saverne, C
où il fut régalé par M ' le marquis
de Chamarante.
M' Dreux , Marquis de Brefé,
a épousé depuis quelques
jours la Fille de M'Chamillard,
Intendant des Finances.
Il s'eft fait deux autres mariages
prefque dans le même
temps . L'un de M'le Marquis
de Jaurillac,Neveu de M ' d'Af
2
GALANT: 273
S
gueffeau , Confeiller d'Etat ,
avec Mademoiſelle Tournier
de la Motte ; & l'autre de Mr
Doubler, Secretaire des Com,
mandemens de S. A. R. Monfieur
, avec Mademoiſelle le
Gendre , dont la Soeur aînée
a époufe Mr Croifat , l'un
des Receveurs Generaux de
Guienne .
Mr le Comte de Grandpré ,
Governeur de Stenay , & Ne
veu de Mr le Maréchal de
Joyeuſe , a traité de la Charge
de Lieutenant General de
Champagne , fur la démiſſion
de Mr le Duc d'Atry.
274 MERCURE
Mle Comte de Portland,
Ambaſſadeur Extraordinaire
d'Angleterre a eu Audience
de congé du Roy , avec les
mefmes Cérémonies qui s'é,
toient pratiquées à la premiere
Audience , excepté qu'il y
fat conduit par m'le PrinceCa
mille de Lorraine , fecond fils
de м ' le Comte d'Armagnac ,
GrandEcuyer de France , & que
M' le Comte de Marfan l'avoit
accompagné à fa premiere
Audience. Ce Ministre qui
doit
demeureticyencore quel
ques jours pour voir les maifons
de plailance qui font au ,
r
1
GALANTA 272
tour de Paris, s'eft acquité de
fon employ avec beaucoup
d'éclat , de magnificence , &
d'efprit ; & il y a eu tous les
agrémens que peut fouhaiter
un Ambaffadeur dont la per
fonne eft agréable .
1
Le mot de l'Enigme du mois
paflé eftoit Le Fauteuil. Ceux
qui l'ont trouvé ſont le Comte
de Gourlot; l'Abbé d'Aguern,
Chanoine de S. Corantin ,tous
deux de Quimper ; l'Abbé Co.
Jaffe de la ruë de la Huchettes
l'Abbé de S. Dominiques; lé
Comte de Simianes & Lugar
276 MERCURE
;
Chabort & Gravel , le jeune
Comte d'Argence ; l'Abbé
Micaud de Lyon ; De la Chine
de la rue Dauphine ; Pepican
Treforier à Poitiers ; Barni &
Baugirau Avocats de Salis ; le
Févre Me Ecrivain ruë Gueria
boiffeau le petit Moufle ;
Martin de la ruë Ste. Catherine
; le charmant Subftitut de
l'Ile ; & le petit Pouleau ; Ta→
mirifte de la ruë de la Cerifaye
& toute la Famille. J. Barder
& D. Pleffis de l'Hôpital ge
neral du Mans ; l'Ange Tute
laire du Beau de la ruë de l'E
charpe, l'Ameriquain de la rue
GALANT. 277
Poulettiere ; Jean- Juſtin Bou
tteville Ydraled ; d'Hartancourt
de Chartres ; le Chevaher
des мaronniers de la ruë de
la Monnoyes Danielle Chin
Procureur fifcal à Eglegny
proche d'Auxerre . Mademoide
Coutance de la rue S. Martin
, de Blois ; la Precieufe der
la Cour du Château ; Javore
1 Ogier , de la rue de Riche.
lieu ; Mamie , chez de la
Motte , devant la Compagnie
des Indes Orientales ; Souris ,
du coin de la rüe aux Fers; la
jolie Veuve , de la rue de Richelieu
, du coin des Quinzo
178 MERCURE
vingts ; la fidelle Tourterelle
du Bois d'Qrmeffon ; la Vettale
de la Tour de Billy , la
Belle de la rue de Verneuil ;
la Belle brune de la rue de lai
Verrerie la Belle de la Rent
contre de S. Lo ; la Profidente
étrangeres , de la rüeSimon le
Franc la toute charmante
Brune , de la fleur de Lis , dei
la rüe S. Jacques ; l'Amant fidelle
de la belle mimy Venus
retrograde ; la Sçavante : Jam
vote de la rue du Harlay .
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye cit d'un jeune
GALANT
279
:
homme de la premiarequalisé.
O
ENIGMË, SI
I
N
m'entendit avant que
de paroistre
Etpour me donner à connoiftre ,
Ilfalut meformer un corps.
Ma couleur ordinaire cft la couleur
des morts,
Fay quelque part en chaque
rôle
;
Je tiens à l'un & l'autre Pôle.
En un même moment
Fe fuis dans le repos & dans le
mouvement;
Mais leplus bel endroit de ma rare
puiffance,
280 MERCURE
Qui me met au deffus de la Divi
nité,
Eft de pouvoirdés ma naiſſance
Borner l'éternité.
S
Peut eftre voudra t- on fçavoir
Si j'habite la terre ou l'onde.
Quand on voudra me venir
voir,
Ma demeure eft au bout du
monde.
Je vous envoye une feconde
Chanſon . L'Auteur des Vers
prend le nom de l'Ombre des
Tuileries , & ils ont efté mis
en Air par Mr l'Abbé de Poiffi .
GALANT. 281
AIR NOVUEAU.
de
quoy Roffignols amoureux ,
vous plaignez vous ?
Si vous aimez , vous aimeZqui
vous aime ;
Vous ne foupire peint qu'on ne
faffe de même ,
Les rigueurs ne font que pour
nous.
Roffignols amoureux, de quoy vous
plaignez vous ?
TaifeZ vous, indifcrets¸ménageZ
mieux vos flames,
Du fort de nos Bergers ne foyez
point jaloux ;
Sans qu'il en coute aucun trou
ble à vos ames ,
May 1698.
A a
282 MERCURE
Vous goutez de l'amour lesplaifirs
les plus doux.
Roffignols amoureux , de quoy vous
plaignez- vous
Mr le Cardinal de Bonzi
arriva icy le 21. de ce mois ,
& defcendit au Convent des
Peres Feüillans de la rüe S.
Honoré , où il a choiſi ſa de.
meure pour fatisfaire à ſa piété
& à fon repos . Le lendemain
il alla faluer le Roy à fon lever
au Château de Meudon ,
& Sa Majesté le receut avet
les mêmes bontez qu'Elle luy
-a luy toujours marquées. Il
retourna le25. à Verfailles , &
GALANT 283
fe trouva au lever , à la meſſe
& au diſner du Roy , chacun
le congratulant fur fa fanté.
Le même jour il alla à Saint
Cloud , où Monfieur luy fit
Thonneur de l'entretenir long
temps. Le Roy luy a donné à
Verlailles un appartement des
plus beaux & des plus commodes.
On m'a affuré que mr le
Marquis de Chapelennes que
j'ay amis au nombre des
Morts dans ma Lettre du
mois de Mars , eft encore
plein de vie , Je veux croire que
celuy dont j'avois receu cette
A a ij
284 MERCURE
nouvelle a efté trompé fur un
faux avis ; mais cette erreur
fera cauſe qu'à l'avenir je feray
plus circonfpect fur les Memoires
qui me viendront de
perfonnes inconnuës . Je fuis,
Je vous feray part le mois
prochain d'un Difcours qui a
efté fait fur la Révolution des
Saifons , & vous parleray du
mariage de M' le Marquis de
la Valliere avec Mademoifelle
de Noailes, n'en eftant pas pre.
fentement bien inftruit pour
vous en rien dire Je fuis , Madame
, voſtre , &c .
A Paris ce 31. May 1698.
522522 SSSS 252 2552
TABLE.
Prelude.
De la crainte qu'on a ausujet de
10
34
l'Equinoxe.
Critiques touchant les Notes qui
ont esté faites depuis peu fur
Pline.
Satyre furla Converfation. 77
Sentiment de Mr Pujol fur une
731 des plus importantes matieres
de la Medecine.
Fable.
85
134
Réponse à cere Fable par Mademoifelle
de Scuderi. 32136
' TABLE.
4
Relation touchant la Ville d'Antre
découverte en Franche-
Comie, 139
Dispute pour le corps de Mr de
Santeul.
168
Tombeau de Mr de Santeul. 172
Eloge de la Santé
Nouveau Monftre.
Effets du Tonnerre.
176
178
180
Ceremonie faite à Marseille, 182
Reception de Mademoiselle l'Heritier
à l'Academie des Lan
ternifles de Touloufe.
Hiftoire.
198
5218
Charge donnéepar le Roy. 249
De la modeftie des Poftulantes
contre l'abus des parüreş à leur
TA ALE
prife
d habit
. 248
La Fefte du Parnaffe, ou le triom
~? phe de l'Amour & de la Paix.
+
253
Carte de l'Amerique .
Quatriéme Volume de l'Hiftoire
Sommaire de Normandie, 256
Morts. 257
Reception
de Mr le Duc de Lor.
raine à Strasbourg.
Mariages.
268
272
Mr le Comte de Grandpré eft
pourvu de la Chargede Lieute
nant General de Champagne.
273
-Audience de congé donnnée au
Comte de Portland. 274
TABLE.
Article des
Enigmes. 279
Retour de Mr le Cardinal de
Bonzi.
Articles
refervez.
282
284
L'Air qui
commence par,
Le
plus beau des mois, doit regarder
la page 174 .
L'Air qui
commence par Roffignols
amoureux , doit regarder
la page 281.
Xxx
CATALOGUE DES
LIVRES
nouveaux qui fe vendent chez
MICHEL
BRUNET ,
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1. l. 16. f
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12. 1. l. 16. f.
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Bourgogne, 12. 2. vol. 3. 1.12.f.
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d'Elizabeth Reine d'Angleterre , 12. par
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écrites de Chaudray, 12. 2.
La vie de Scaramouche, où font fes bons mots ,
fes hiftoires plaifantes & agreables , 12.
1. l . 16. f.
Converfations nouvelles fur divers fujets , par
Mademoiselle Scudery, 2. vol. 4. 1.
La Reine de Lufitanie, 12.3. vol. 4. 1. 10. f.
Syroés & Mirame , Hiftoire Perfane, 12. 2. v.
13. 1. 12. f.
Les mots à la mode & des nouvelles façons
de parler , avec des Obfervations fur di verfes
manieres de s'exprimer , par M. Cailler de
l'Academie Françoife, 11. 1.1. 16.r.
Du bon & du mauvais taſage dans les manieres
de s'exprimer , des façons de parler
Bourgeoifes
, & en quoy elles font differentes
de celles de la Cour , fuite des mots à la
mode , par le même, 12. 1. 1.16. f..
Les Poëfies de Malherbe avec les Obfervations
de Ménage, Nouvelle Edition , 12. 3. l.
Converfations
Academiques , tirées de l'Academie
de M. l'Abbé Bourdelot , par le Sieur
le Gallois,
Le Comte d'Amboiſe , par Mademoiſelle
Bernard,
12. 2. vol. 3. l.
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2. vol. 3. l. 12. L.
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-
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LE DAUPHIN.
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du Palais, àù Mercure Galant ,
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N donnera toûjours un Volume
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premier jour de chaque mois , & on le
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la Salle des Merciers , à la Juſtice.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant
M. DC . XGVIIL
Avec Privilége du Roy.
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ck ck k
C
હું મારી
AVIS.
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employer
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercare , on ne laille par
d'y manquer toujours . Cela eft caufe
quily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On reitere la meſme
priere de bien écrire ces noms , en
Torte qu'on ne s'y paiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourvèN
qu'ils ne defobligent perfonne &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
A VIS.
I
prie feulement ceux qui les envoyent
(ur tout ceux qui nn'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes d'affranchir
leurs Lettres de pore s s'ils veulent
qu'on falle ce qu'ils demendent,
C'est fort peu de chofe pour chaque
en de chalis
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
• Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercare , a rétabli les
chofes de maniere , qu'il est comin
qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font a la Campagnes
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris në
taiſfera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
longtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ; mais auſſi
cesVilles ne le receveront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavant Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'exposent
à le recevoir toujours fort
sard par deux raifons . La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foiu de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprimè,
vutre qu'il lefera toujours qnelquet
jours avant que l'on en faffele
debit , & l'autre, que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont là eux & quel·
ques autres à qui ils le preftent , ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
rerardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'ilfe charge de faire
A iij
AVIS.
lespaquets lay-mefme, & de les faire
porterà la Pofte ou aux Meffagers,
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, on qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que
le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il ſe rencontrera
qu'on demandera cès Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme par
quet. Tout cela fera execuiè avec
we exactitude dont on aura lieu
d'eftre content.
MERCVRE
GALANT
MAY 1698 .
Uoy que le grand
nombre de rejoüiffances
faites pour la
Paix dont je vous ay envoyé le
détail , m'empêche de rentrer
dans cette matiere , je
fuis obligé de vous faire re-
A iij
8 MERCURE
marquer que je ne vous ay en.
tretenuë que des principales
,
& qu'il n'y a pas un Bourg , ny
même un Chafteau dans le
Royaume , où la joye des Peuples
n'ait éclaté par des feux
publics . Cela fait voir la jufte
reconnoiffance
qu'ils ont des
bontez du Roy , qui par un
pur mouvement de cet amour
paternel qui l'a toujours engagé
à ne chercher que leurs
avantages , a bien voulu renoncer
à fes Conqueſtes
pour
affurer leur repos , & augmenter
leur bonheur , puis qu'ils
ne manquoient de rien dans
GALANT.
S
le temps même où l'on voyoit
l'Etat attaqué par la plus grande
partie des Puiffances de
l'Europe. On a beau parlér
d'une grandeur d'ame fi furprenante
, & luy donner les
plus grands éloges ; il eft certain
que l'on n'en dira jamais
affez.
Je ne vous préviendray point
fur la Lettre que vous allez
lire. Elle eft d'un fort habile
homme , dont je vous en ay
déja envoyé plufieurs fur differentes
matieres . Le fujet.
squ'il traite dans celle- cy doit
exciter voftre curiofité.
7
10 MERCURE
A MONSIEUR ...
DE LA CRAINTE
qu'on a aufujet de l'Equinoxe.
ON
}
N'n'eft pas toujours de
même avis , Monfieur ,
dans la converfation . Je l'éprouvay
dernierement fur le
fujet des Jumeaux , & je l'ay
éprouvé depuis fur celuy de
l'Equinoxe . La faifon en fir
parler , & quelques uns voùlurent
en faire un Ennemy
déclaré conrre la Santé. Je ne
fus pas de ce fentiment ; car
GALANT. II
je vous avoue que l'Equinoxe
ne me fait pas plus de
peine que la Canicule. Vous
vous fouvenez de ce que je
vous ay écrit autrefois de la
Canicule , & vous allez voir
que je fuis encore moins frapé
de l'Equinoxe. Il eft vray
que la Medecine en fait une
frayeur aux gens ; mais comme
je ne ſuis point partiſan de
ecette Faculté, je ne la crois
pas davantage fur cet article
que fur l'autre. Voicy donc ,
pour ainfi dire , fon principe
Equinoxial . L'une & l'autre
variation du Soleil, Les Solſtices,
12 MERCURE
particulierement celuy de l'Eſté,&
les Equinoxes , fur tout celuy de
l'Automne , font , dit on ; fort
dangereux durant dix jours. Hip
pocr. Livre de l'Air , des Eaux
& des Lieux , S'il falloit déferer
icy à l'autorité d'Hippocrate
, il faudroit auffi avoir
peur de la Canicule , durant
laquelle il défend de faire aucun
remede ; mais puis qu'on
eft revenu de l'illufion qu'on
fe faifoit de cette Etoile , on
ne doit pas eftre moins en
repos fur l'Equinoxe. En effet,
quel mal peut faire l'Equinoxe?
Il tire fon nom du Cercle
GALANT 13
Equinoxial, l'un des grands
Cercles que les Philofophes
regardoient avec un refpect
diſtingué , comme eftant , fe
lon eux , celuy qui eftoit le
Siege & le Trône du premier
Moteur, d'où il gouvernoit
le monde. L'Equinoxe artrive
dans le Printemps , aifon
la plus temperée & la plus
faine de toutes. Fernel , Mede-
D cin moderne , qui va du pair
avec les Anciens , dit du Prin
temps. Ver omnium temporum
faluberrimum. Lib . 1 de Form.
orig Laraifon qu'il en donne,
c'eft qu'il anime tour par le
14 MERCURE
2
retour du chaud. Vere calor
omnibus redit , & il ne manque
pas d'alleguer ces beaux Vers
du fecond des Georgiques.co
Tum Pater omnipotens facun
kanadis imbribus æther,
30
Conjugis in gremium latè def.
-Tscendit , omnes hom si &
Magnus alitmagno.commiftus
corpore foetus.
Avia tum refonant avibus
pisqa virgulta canoris, bo
Alors l'air, qui eft tout-puiſſant,
s'incorpore par les playes avec la
terre fon épouse , & ces deux
grands Elemens fejoignent enfem•
ble , nourriffant enfuite tous les
GALANT:
fruits. Les arbriffeaux fuuez à
l'écart retentiffent du chant des
oifeaux. Après cela , comment
l'Equinoxe , qui eft l'Aurore
du Printemps , feroit - il funefte
? Il eft le vray point de fanté
à la terre. La terre avoit efté
auparavant fort maltraitée de
$ ' Hiver. Lefroid , la pluye , &
divers autres frimats facheux,
l'avoient privée de fa beauté
& de fa force. Elle eftoit dans
la langueur , & preſqu'à la
mort. L'Equinoxe luy ramenant
le Printemps , luy rend
fa beauté & fa force , luy rend
fanté&la vie.Pourquoy l'E-
.
16 MERCURE
quinoxe feroit il mortel pour
le genre humain, lors qu'il eft
un principe de vigueur pour
Ja terre, la mère commune des
hommes ? Quel eft le Signe du
Zodiaque auquel le fait l'E.
quinoxe: N'eft ce pas le Belier,
animal qui par fa gayeté eft un
fimbole de joye . Il annonce le
113
Printemps , où la Nature com
mence d'eftre riante . Ileftoit
confacré à Jupiter, qui en cutle
nom d'Amnon , idée jointe à
un nom de bonté & de fecours .
Jupiter, difent les Tireurs d'origines
, juvans pater. Le Be
lier fervit autrefois de victime
GALANT. 17
falutaire à délivrer de la pelte
la Ville de Tanagre , comme le
rapporte Paufanias , dont il de
vint un
fanté. Un plus grand exemple ,
Il fut la victime qui fauva la vie
à Ifaac . Ainfi l'Equinoxe qui
naift dans le Belier , y trouve
des influences falutaires. L'Equinoxe
fait l'égalité du jour
& de la nuit , en quoy il n'y a
rien qui ne foit de bon augure.
Plutarque dir dans la
Vie de Solon , que c'eſtoir un
de fes mots. L'égalité ne caufe
point la guerre. Il lemble donc
qu'il ya fujet de croire , que
May 1698 .
Hieroglyphique de
B
18 MERCURE
fi noftre fanté dépend quelquefois
du temps , fon égalité
que fait l'Equinoxe , ne doit
pas luy faire de préjudice.
Peut-il mettre la paix entre la
jour & la nuit , & faire naiftre
la guerre entre les humeurs du
corps ? Hippocrate que j'oppofeà
Hippocrate, dit au livre
du Regime , L'Equinoxe, temps
fort doux , un temps doux & favorableà
la fanté, on le defire,
bien loin de le craindre. On
en flate les malades lors qu'il
arrive , comme d'un remede
quiles doit foulager. Mais,dira-
t-on, ne vous alarmez - vous
GALANT. 19.
point du changement de fai
fon qui le fait par l'Equinoxe?
Au contraire , je m'en réjouis
, comme quand aprés la
pluye vient le beau temps
car c'eſt un changement en
mieux , c'eft le Printemps qui
vient aprés l'Hiver. Quoy
qu'il en foit , me direz vous,
on craint le commencement
du changement. Je répons
encore que c'eft felon la nar
ture duchangement. Lorsque
la fanté commence à chan
ger , on craint ce changement
qui tend à la maladie ,
mais lors que la maladie.com.
Bij
20 MERCURE
'
mence à changer , on ne craint
pas ce changement qui tend
à la ſanté. Tel eſt le changement
lors de l'Equinoxe.Ceft
celuy de la faifon facheufe ,"
qui eft fuivi de la faifon agréa
ble. Au refte , s'il falloit craindre
tout changement de
temps , & qu'il fuft de foy
dangereux ,il faudroit le crain
dre tous les mois , car le Soleil
entre chaque mois dans un
nouveau Signe , & la Lune y
change quatre fois de face.Il
faudroit le craindre tous les
jours de l'année , car il n'y en
a pas un où le Soleil n'avance
GALANT 21
2
où ne décline de deux minutes
; & la Lune y a auffi fon
croiffant & fon declin. Ainfi,
de quelque cofté qu'on fe
tourne, on ne voit rien dans
l'Equinoxe qui menace ; & il
y a de l'injuftice de l'accufer
d'eftre contraire à la fanté.
Cependant on en étend le
danger jufqu'à dix jours, comme
fi les dix premiers jours.
de l'Equinoxe eftoient des
jours climateriques , ou au
moins des jours noirs, où l'on
doit fe tenir fur les gardes , &
le bien précautionner. Un
premier Prefident , homme
22 MERCURE
d'ungrand merite, difoit quel
quefois que ces jours de l'Equinoxe
aufquels il avoit de
Fattention , ne fe paffoient
point fans qu'il en fouffrift de
l'alteration en fa fanté ; mais
il le difoit dans l'eftat d'une
fanté ruinée depuis plufieurs
années , par des fimptomes
extraordinaires , qui luy cauferent
enfin la mort , laquelle
même n'arriva pas dans l'Equi
noxe. Pour revenir au terme
declimaterique, il ne s'applique
qu'aux années ; & les jours
noirs , atri dies , comme parloient
les Anciens , n'ont point
H
GALANT :
23
s 4.
eu , que je fache , l'Equino
xeparmy eux. Alexander ab
Alexandro , ce critique Napolitain,
à qui Balzac ne pouvoit
fouffrir ce double nom
d'Alexandro , fait un dénomebrement
de plufieurs tours
s noirs , liv. ch . 20. mais il
n'y met point les jours de l'Equinoxe.
Ces dix premiers
jours de l'Equinoxe , font de
beaux jours , des jours de
fleurs,des jours d'Hyacinthes ,
e d'Anemones , deViolettes , de
Renoncules &c. Ces cou.
leurs de pourpre , de blanc ,
de bleu , de rouge , & c. ne
24 MERCURE
font pas propres à marquer de
noir ces jours- là. Le nombre
de dix ne merite pas non plus
une note fatale , puis que c'eft
un nombre parfait. Cum vero
decas , dit Macrobe dans le
Songe de Scipion , qui & ipfe
perfectiffimus numerus eft. A quoy
on peut ajoûter , qu'il n'y a
pas dix jours de l'Equinoxe ,
car l'Equinoxe n'a pas cette
latitude , puis qu'il a déja elté
remarqué qu'à chaque jour &
à chaque nuit il y a un progrés
ou une diminution de deux
minutes : ainfi dés le lende
main l'Equinoxe eft paffé . Il
en
GALANT 25
3
0
a
re
៥ .
én eft à peu prés comme du
Plein-mer qui dure fort peu
par le moyen du réflux , qui
n'eft pas long- temps fans faire
retourner les flots . Comme il
y a deux équinoxes, on en veut
particulierement à celuy de
l'Autonne ; mais ce qu'on a
dit en general défend l'un &
l'autre , & leur fert également
de bouclier. Cet Equinoxe a
aufi fon utilité. Si l'équinoxe
duPrintems eft l'équinoxe des
fleurs , celuy de l'Autonne eft
l'équinoxe des fruits . Flore
préfide fur l'un , & Bacchus
fur: l'autre. Heeft vray que le
May 1693 .
26 MERCURE
jour commence à croître aprés
l'équinoxe du Printemps,
& qu'il diminue aprés celuy
de l'Autonne , mais cette diminution
n'est pas fenfible
durant dix jours ; & la Saiſon
n'eft pas foible puifqu'elle
meurit le fruit de la vigne par
ſa temperature , o gravida
munera vitis amat . Enfin la Balance
, qui eft le Signe auquel
fe fait cet équinoxe , n'a rien
de finiftre , puifque c'eft le
Signe de la juftice , & la regle
du poids. Il femble melme
que quelque temperament
qu'on defire pour la Santé ,
GALANT. 27
ad
foit le temperament de poids ,
que les Philoſophes nomment
temperamentum ad pondus, foit te
temperament de juftice qu'ils
nomment temperamentum
njuftitiam , dont l'un égale les
e quatre premieres qualitez
T pour eftre en équilibre, & l'au
tre les accorde , l'un en fais
une proportion aritmétique ,
& l'autre une proportion geo .
métrique , on le peut efperer
le de l'équinoxe de la Balance.
Il eft conftant que cet équinoxe
de la Balance rend auffi .
le jour égal à la nuit, Libradies
fomnique pares ubi fecerit horas ,
-
n
e.
"
Cij
29 MERCURE
dit Virgile. CetteBalance donc
qui met l'ordre dans le temps ,
ne peut pas cauſer du trouble
dans la conftitution
du corps.
Le repos , dit Platon dans fon
Timée , est dans l'égalité. Les
Aftronomes
difent que l'équateur
fert de mefure à l'irregularité
que caufe l'obliquité du
Zodiaque ; on ne peut pas
penfer que l'équinoxe qui fe
fait dans ce Cercle ferve à déregler
le temperament de
l'homme. Il me refte de répondre
à deux objections que
je me fais moy- mefme . L'une
eft tirée du nom d'Equinoxe ,
GALANT. 29
nom qui femble eſtre de mauvais
prefage , puis qu'il vient
de la nuit ; mais la nuit n'a
pas toutes les idées finiftres ,
puifqu'elle eft le temps du repos.
C'eft melme dans la fai.
fon de l'équinoxe que le fommeil
eft le plus doux , & que
le regne de Morphée , pour
ainfi dire, eft le plus paisible.
Deplus, s'il y avoit quelque
chofe à dire au terme d'équinoxe,
qui vient du Latin, il eft
corrigé par le serme Grec qui
vient du jour , ifemerie Diverfité
de noms qui procede de
la differente maniere de com-
C iij
30 MERCURE
mencer le jour ou à minuit
ou à midy. L'autre objection
eft tirée d'un paffage de Catulle
, jam cæli furor Equino-
Etialis. Là le Poëte fait le Ciel
orageux & cruel dans l'équinoxe.
Voicy ce que c'eft que
cette rigueur , qui eft moins
fondée fur l'équinoxe , que fur
ce qui arriva en ce temps- là.
Catulle eftant party de Bithynie
, fut obligé de s'arrefter
dans la Troade à caufe de fon
Frere, qui eftoit tombé ma
Jade , & qui fut fi malade qu'il
en mourut. S'il allegue icy
l'equinoxe , ce n'eſt pas com-
A
GALANT.
31
me la cauſe de la mort de fon
Fresc , mais comme le temps
auquel elle arriva , car la maladie
qui avoit précedé l'équinoxe
, fut la veritable caufe
de la mort du frere de Catulle.
Enfin c'eft la manière des
Poëtes , lorfqu'il arrive quelque
accident funefte, de s'en
prendre au jour , à la nuit , à
la faifon que cela arrive , & de
les en accufer , non qu'ils les
en croyent coupables ; mais
parce que c'est le temps où
ce malheur eft arrivé . C'eft de
la forte qu'en uſe Virgile ,
Qais-cladem illius noctis , quis fu.
C iiij
32 MERCURE
nera fano dExplice? Quelle langue
pourroit exprimer le ravage & le
massacre de cettefunefte nuit? Illius
noctis , n'eft pas la cauſe de la
ruïne de Troye , mais c'eft le
temps, le periode de fa defo
lation, Cependant c'eſt cette
nuit , que Virgile marque , &
c'eft- là qu'il s'écrie fi lamen ,
tablement C'est dans le mef.
me fens que Catulle remarque
icy l'équinoxe , & qu'il s'en
plaint comme d'une trifte épo
que de la mort de fon Frere.
Il faut dire le vray , l'homme
a un corps naturellement fra
gile & mal fain, ce qui le rend
GALANT. 33
.
malade vient moins du dehors
que du dedans. Mais foit qu'
on ne connoiffe pas ce de
dans ,foit qu'on vueille dimi
nuer la frayeur qu'on en a
car la frayeur s'augmenteroit,
difant que la cauſe eft interne ,
l'équinoxe vient à propos pour
fuppléer au défaut de la fcien
ce du dedans , & pour fervir à
foulager l'efprit de l'homme,
qui s'imagine que le mal n'é .
tant pas enraciné dans le
corps, & n'eftant qu'externe,
paffera avec l'équinoxe . Je fuis
&c. Le 25. Mars , l'équinoxe
de cette année 1698. ayant efté
le 20. Mars.
34 MERCURE
Les Sçavans me fçauront
fans doute fort bon gré de
leur faire part de quelques
legeres Critiques , touchant
des Notes qui ont efté faites
depuis peu fur Pline. Si la ré
ponſe, qu'il y a fujet de croire
qu'on y fera tomber entre mes
mains , je vous l'envoieray, ne
devant point prendre de parry
dans ce genre de combat, que
l'on a toûjours permis aux .
gens de Lettres.
GALANT. F
AU R. P. HARDOUIN,
de la Compagnie de Jefus.
Mon
On R. Pere.
Je me trouvay
il y aá huir
jours chez un de mes amis ,
qui avoit beaucoup
d'eftime
pour vous , puifqu'il failoit
votre panegyrique
. Je fuivis
librement fon parti , eftant attiré
par fon diſcours , & par
reputation que vous vous êtes
acquife dans le monde ; &
comme dans la fuire des
loüanges qu'il faifoit de vôtre
Reverence , il me parla du
la
26 MERCURE
Pline que vous avez fait imprimer
, & fur lequel vous de
viez avoir fait quelques notes,
je conçûs alors de la joye de
voir un Ouvrage , que les
grands hommes de ce fiecle
& des precedens n'ont regar
de qu'avec admiration . Il ne
fut pas bien difficile de voir
ce Livre, puifqu'il eftoit dans
un Cabinet prés de la Cham .
bre où nous avions difné . Aprés
que l'on eut mis les cinq
Tomes fur la table , je les ou
vris les uns aprés les autres
affez précipitamment
, & j'en
vis affez pour en connoître la
GALANT. 37
beauté & l'ordre , & pour en
remarquer
les Tables qui
font fort amples & bien diftinguées.
Je pris enfuite tout le tems
qu'il falur pour en lire une
e ou deux pages. Je tombay par
hazard fur l'endroit de Pline ,
où il parle des Huitres , qui
eft dans le quatrieme Tome ,
au Livre 32, à la fection 21. &
alors je fus ravy de joye d'avoir
rencontré ce paffage ,
parce que nous avions mangé
à difner de Huitres Verres ,
qui eftoient fort douces , fort38
MERCURE
caillées & fort-tendres ; & je
disà mon amy que fans doute
vous m'apprendriez quelque
chofe fur ces poiffons,puifque
vous yfaifiez quelques remar
ques ; mais je fus fort furpris
d'y lire des chofes dont nous
voyons le contraire dans cette
Province , & je m'écriay qué
vous aviez eu de fort mauvais
memoires.
Vôtre Reverence me per
mettra , s'il luy plaift , de hiy
montrer qu'on l'a trompée fur
cela, & de luy dire qu'elle n'a
pas entre quelque fois dans
le fens de l'Auteur. J'ofe me
GALANT. 39
$
C
e
e
promettre qu'elle recevra en
bonne part , felon fon caratere
ordinaire
, les remarques
que je feray , puifqu'elle fera
bien aife , ce me femble , de
reconnoistre l'erreur , s'il y en
2 , ou qu'elle aura la bonté
de me relever, fi je me trompe .
Mais pour entrer en matiere
, je fuivray le Texte de
Pline dans le difcours qu'il
fait fur les Huitres , & j'exaymineray
enfuite ce que vous
dites fur les paffages , où vous
faites quelques obfervations,
Nôtre Auteur nous fair
d'abord remarquer que les
1
40 MERCURE
Huitres que l'on pêche en
mer font petites & minces , &
qu'elles ont peu de chair , ce
qu'il veut dire par ces mots.
Pelagia parva & rarafunt , fur
quoy vous faires une remarque
en difant Quæ in alto èfcopulispetuntur.
Vous voulez fans
doute marquer par- là , que ce
font ceux que l'on pêche à la
drague fur des rochers , infolide
vado , comme il le dit enfuite
, quand elles font vaga
bondes , & que les lieux fur
lefquels elles font érrantes ne
font pas de difficile accez pour
y recevoir la drague , car de
GALANT. 40
croire que vous parliez . de
celles qui font attachées au
rocher comme vos termes
feniblent le marquer , il n'y a
pas lieu de le penfer , puil
qu'il n'y a point de drague
capable de les en arracher ;
il faudroit un marteau & en-
: core aller au fonds de l'eau
pour lé faire .
Pline compare donc icy les
Huitres éloignées de la côre
• qu'il nomme Pelagia , & qu'il
dit plus bas , quia minora in
alto reperiantur, avec celles que
l'on pêche dans la mer pres
de la côte , ce qu'il apelle in
May 1098.
f
1.
D
42 MERCURE
vado , à deux ou trois pieds
de profondeur parmy des doucins,
comme il l'écrit. Gaudent
dulcibus aquis ac ubi plurimi influunt
amnes ; & c'eſt â baſſe
mer que l'on voit fortir des
fources d'eau douce, qui rendent
les Huitres meilleures
que celles que l'on pêche plus
loin : ce que l'experience nous
montre icy par le gouft agréable
& par la délicateffe qu'ont
les Huitres des villages de
Niceil & de Loficres prés de
cette Ville , aux côtes defquels
l'on voit réjaillir fur les
baffes de la mer quelques
GALANT. 43
fources d'eau douce .
Pline écrit enfuite, Gran.
defcunt faderis quidem ratione
maxime,fedprivatim circa iniita,
aftaris multo lacte pragnanria 3 .
arque ubi fol penetrat in vada.
On doit faire ainfi la con-
Aruction de ces paroles pour
entrer dans la penfée de l'Auteur.
Oftreagrandefcunt exfideris
= ( lune ) quidem ratione maxime ,
71 fed privatim circa initia aftans
ex malo lacte pregnantia oftrea
grandefcunt , où l'on voit que
grandefcunt fert aux deux memebres
du difcours , & qu'au leecond
il eft fous- entendu par
Dij
44 MERCURE
une ellipfe fort- commune à
Pline. Grandefcunt n'est donc
pas feulement employé dans
le premier membre , mais
auffi dans le fecond.
Cela eftant ainfi expoſe , il
eft aisé d'en faire la traduction
. Les Huitres croiffent
( en Europe ) au plein de la
Lune , & ( dans les Indes Orientales
) au renouveau , mais
elles croiffent encore au mois
de May & de Juin en quelque
état que foit la Lune , lors
qu'elles font en lait , & que le
Soleil échauffe l'eau de la
côte.
GALANT: 45
♫ Vous dites für ce paffage
ces paroles. Tum meliora effe ,
fuaviora , utilioraque tradidit Athenæus
, c'est à dire , qu'elles
font au mois de May & de
Juin beaucoup meilleures que
dans une autre faifon , qu'-
elles font plus agréables , au
gouft, & qu'elles plaiſent plus
à l'estomach ; mais nous experimentons
icy le contraire,
& il ne faut pas qu'une autorité
prévale fur la verité que
nous découvrons tous les ans ."
Mais pourquoy parler icy
de la bonté des Huitres , puifque
Pline ne traite que de leur
D iij
46 MERCURE
accroiffement, qui eſt au mois
de May & de Juin beaucoup
plus confiderable que dans
une autre faifon c'eſt qu'ayanc
alors beaucoup d'humeurs ,
elles croiffent auffi beaucoup
plus dans leurs valves , & enfuite
dans leur chair . Pourquoi
donc dire qu'elles font meilleures
au commencement de
l'êté, plus agréables au gouſt
& plus utiles à l'eftomach ,
puilque nous fçavons, le contraire
, comme j'ay dir , car
c'eſt alors que ces poiffons fe
preparent à multiplier leur efpece
, & qu'eftans pleins de
GALANT. 47
femence , ils deviennent maigres
, fades au gouſt , def
agréables à la bouche, & contraires
à l'eftomach ; ce que
Pline confirme en difant nec
falivafua lubrica, qu'il ne faut
pas que l'Huitre foit en lait
pour eftre bonne , prenant le
mor de falive pour le lait des
Huitres.
Si vous aviez confulté les
Vendeurs de marée & les Ecailleurs
d'Huitres de Paris ;
pour fçavoir fi au mois de
May ou deJuin ils en vendent ,
ils vous auroient répondu qu'il
ne s'en pêchoit point alors ni
48 MERCURE
dans la Manche , ni au païs
d'Aunis , non plus qu'en An
gleterre où l'on fait d'expref
fes deffences d'en pêcher alors
á Clocheſter, où elles font les
meilleures de tout le Royau
me. Ces mefmes perſonnes
vous auroient encore appris
qu'il n'y avoit que dans les
mois qui portoient des R.
dans leur nom , où elles fuffent
bonnes & caillées , felon le
petit Vers Latin , que quel
ques-uns difent icy.
•
Menfibus erratis vos oftrea
manducatis .
Aleft vray que dans les
grandes
GALANT.
49
1
grandes
chaleurs des
quatre
mois de l'êté nous
mangeons
icy des
Huitrats . C'eſt
ainfi
que l'on apelle les petites Hoi .
tres
Vierges,
grandes
comme
un écu blanc , que l'on détache
de la
roche , ou que l'on
pêche
ailleurs . Leur âge ne
leur
permettant
pas de produire
, elles ne font pas
pleines
de lait ,
comme les
grandes ;
mais fans
doute vous
n'avez
pas pris garde
à tout cela,
puifque
vous
parlez
fans diltinction.
>
Pline nous marque enfuite
le lieu où il s'en pêche de
May 1698 .
E
So MERCURE
bonnes , & comme elles dois
vent eſtre formées pour eſtre
excellentes , ce qu'il dit de la
forte. Neque in luto capta , neque
in arenofis , fed folido vado :
Spondylo brevi atque non carnofo,
nec fibris laciniofo , fed tota in alva
. Je l'interprete ainfi. Les
Huitres que l'on pêche fur la
bouë & fur le fable ne font
pas eſtimées , mais ſeulement
celles qui font fur le rocher.
Elles doivent avoir la chair
courte & épaiffe, exempte de
fable , & eftre toutes entieres
ensre leurs valves , qui ne doivent
être ni rompuës ni denteGALANT:
51
lées. Ce paffage , mon Reve.
rend Pere, qui me paroit fort
difficile, ne vous a pas femblé
tel , puifque fans hefiter vous
prenezspondylus pour
le gros
ligament de l'Huitre , qui
affujettit les deux valves , &
qui eft divifé en deux parties
Contigues , car vous écrivez ,
Spondylus inOftreis, aliterà Græcis
Trachelos appellatur, callus fcilicet
interiar ac folidus. C'est donc
ce cal ou ce ligament interne
qui a la partie de devant plus
blanche & plus molle que
celle de derriere , que, Pline
apelle Spondyle , & vous Tra-
E ij
52 MERCUR E
chele. Examinons ce que vous
dites.
Spondylus eft nn mot qui
entre toutes fes fignifications
marque une Vertebre de l'Epine
du dos dans les animaux ,
& principalement celles du
col , parce qu'elles tournene
plus que les autres , c'eſt pour
cela que les Latins les ont apellées
Vertebra, à vertendo. C'est
auffi un bois rond percé, que
nos femmes mettent au bout
de leur fuſeau pour le rendre
plus pefant quand il eſt trop
leger , & qu'elles nomment
virole ou pefon , mois emGALANT.
53
pruntez du Latin , où l'on
trouve Verticillum & Pondufculum
.
Cela eftant expliqué de la
forte, voyons ce qui fait tourner
dans l'Huitre, c'eſt à dire,
ce qui la fait ouvrir & fermer,
& puis examinons les trois
fentimens que l'on peut
mer fur cela.
for-
1. Les uns croyent que fpon .
dyle eft le tendon & le gros
Fligament de l'Huitre .
2. Les autres penſent que
ce foit le dehors de l'Huitre
qui eft auprés du dos des valves
, qui merite ce nom.
E iij
54 MERCURE
3. Les troifiémes fe perfua
dent que c'eft la chair de
l'Huitre.
Examinons prefentement
laquelle de ces opinions eft la
plus veritable.
I. Si Spondylus dans le premier
ſentiment eft le gros IIgament
qui joint les valves
de l'Huitre , c'eft à dire , la
partie qui les fait ouvrir &
fermer , comme vous le penfez,
il ne doit pas eftre court,
mais long, puifque s'il eft de
cette premiere figure , l'Huitre
fera petite , & ne fera pas
dans la perfection pour eftre
GALANT. $5
"
:
mangée. D'ailleurs Pline ne
veut pas que ce ligament foir
charnu , mais il l'eft naturellement
, & par fa fubftance
it eft une chair ligamenteufe
ou glanduleufe , qui ne
change jamais enfin il ne
doit pas eftre coupé , rompu
ny dentelé , mais cette partie
ne l'est jamais . Ajoûtez à cela
que & le spondyle ou le Trachele
de l'Huitre eft le cal interae,
comme vous le dites , c'eſt à
dire , le gros ligament qui ouvre
& ferme les valves , comment
eft- ce que le cal des Bur--
gauds à pourpre fera leur co-
E iiij
16 MERCURE
quille & leur couverture ,
comme vous l'écrivez enfuite .
à la fection 41 Púrpurarum ,
callus , dites vous, operculum feu
integumentum vocat Ariftoteles
libs. de Hift anim. Epicalym.
ma, c'est ce que je ne conçoit
point. Il faut donc que le pon..
dyle de Pline , foit un autre
partie dans l'Huitre , puiſque
je ne trouve pas dans fon gros
ligament ce qui convient au
Spondyle de ce Poiſſon .
A
II. Si fpondylus dans la feconde
opinion eſt le col de
1Huitre par dehors , toutes
les marques qu'en donnePline
3
GALANT. 57
en feront la diftinction , car fi
c'eft fon col , c'eft à dire , la
partie qui fuit le dos où elle
s'ouvre comme en charniere,'
& où fes valves font attachées
par un ligament àreffort, cette
fignification pourroit avoir
quelque vray femblance, puifqu'il
eft reffort que fi cette
partie eft courte , comme dit
Pline , l'Huitre fera épaifle ; fi
elle n'eft point charnuë , l'Huitre
n'aura pas efté bleffée &
ne montrera pas fa chair par
fon ouverture; fi elle n'eft pas
dentelée , ce fera une Huitre
à la drague , qui aura roulé fur
$8 MERCURE
le rocher à quelques pieds
d'eau, & qui ne fera ni brute ,
ni inégale ni picquante , comme
font celles que l'on pêche
en haute mer , qui parce que
le fonds de l'eau n'a fouvent
point de mouvement , n'ont
pas perdu à caufe de cela toutes
leurs pointes ni leurs inégalitez
, & par confequent ne
font pas fi bonnes que les
autres, par la raiſon qu'en apporte
Pline , dans ces termes,
Opacitas cohibet incremenļum,&
triftitia minus appetunt cibos ,
parlant des Huitres que l'on
pêche en haute mer , & les
GALANT. 59
comparant à celles que l'on
prend dans l'eau prés de la
côte .
III. Si fpondyle dans le der
niere fentiment eft la chair
de l'Huitre , ce qui eft le plus
vray-femblable , elle doit être
courte , groffe & épaiffe , ce
qui eft une marque de fa bonté
, comme Pline le dit icy ,
Spondyle brevi , & ailleurs . Pracipua
vero habentur in quacum
5 que gente fpiffa craffitudine potius
quam latitudine , plus groffes &
plus coutes que larges & lon
1 gues car files coquilles de
Huitre font courtes & épaif60
MERCURE
fes , la chair du Poiffon le fera,
auffi , le dedans fuivant la conformation
du dehors . Je parle
ici de la chair caillée de l'Hui .
tre qui occupe le derriere de
ce poiffon , puifque celle qui
eft au devant n'eft pas de cette
nature. Ce ne font que cinq
membranes couchées les unes
fur les autres , en forme de
fraifes qui repondent au mefentere
des animaux parfaits ,
car on y remarque une infinité
de veines lactées qui finiffent
à la partie molle du
gros ligament qui fait fans
doute la fonction de glande.
GALANT. 65
Si fpondylus eft donc de la
chair de l'Huitre , comment
veut- on qu'elle ne foit pas
charnue ? Cela femble impof
fible. Nefaudroit- il point lire,
non arenofo , au lieu de non car.
nofo , qui ne fait nul fens , par
tranfpofition d'un c à
une
&
peu prés femblable àounties,
car vous fçavez bien , mon
Reverend Pere, ce qui fe paffe
parmy les Copiftes & chez
les Imprimeurs . Cependant
ce n'est qu'une conjecture que
je fais icy , qu'il ne faut pas
alleguer fans autorité ; mais
comme vous avez beaucoup
62 MERCURE
de Manufcrits de Pline , vous
pourriez vous donner la peine
de nous éclaircir fur cela .
D'ailleurs l'Huitre pour être
bonne ne doit pas eftre den
telée, c'eft a dire , que les extremitez
de les valves doivent
eftre entieres , de peur qu'ê
tant rompues, elle n'ait perdu
foneau , ou squ'elle n'ait pas
efté rongée ny bleffée par
quelque Poiffon aux extremi
tez de fa fraife , ce que Mart
rial femble confirmer en par
dant ainsi.
Rofos repentifpondylos finu condic
Le coquillage fermepromp
GALANT: ·63
tement fes valves , quand il
fent qu'un poiffon luy ronge
la chair.
" J'ajoûte à cela que Petrone
met les Huitres & les autres
coquillages parmy les aliments
qui contribuent à l'a
mour, puifqu'il veut que l'on
mange pour ceteffet des Huitres
crues fans fauffe & fans
apprêt . Cochlearum finejure cervicibus
, dit - il , ce qui revien
droit bien à ce que vous dites
que Spondyle eft le meſme que
Trachele parmy les Grecs ; par
ce que Cochlearum cervices dans
Petrone eft proprement la
64 MERCURE
chair des Huitres ou des autres
coquillages. Cependant
je ne croy pas que parmy les
Grecs il y ait aucun Auteur ,
qui ait apellé Spondylos du nom
de Trachelos , fi l'on en excepte
Athenée , qui nomme ainſi la
chair des Burgauds à pourpre.
Il eft donc évident que
cervices parmy les Latins eft la
mefme chofe que ſpondylos &
Trachelos parmy les Grecs , &
qu'ils fignifient tous trois la
chair des Huitres .
Pline ajoûte encore ces mots
pour une bonne qualité de
l'Huic es, ac tota in alvo , c'eſt
GALANT: 65
1:
pas à dire , qu'elles ne foient
rompuës , mortes ni corrompuës
, parce que dans cette,
occafion la chair des Grandes
fort de leurs coquilles, aulieu .
qu'elle y demeuré , quand.
elles font vivantes & bien
fermées...
Pline pourfuit . Addunt Pe
ritiores notam, ambiente purpureo,
↓ crinefibras . Sur cela vous dites,
¡ Cirrum lividum, hoc eft, purpurei
coloris Martialis appellat, & vous
en cirez ce vers..
Et oftreorum rapere lividos cirros .
Vous voulez donc par là ,
que Cirros lividos de Martial ,
May 1698 .
F
66 MERCURE
& purpureo crine de Pline ,"
foient la mefme choſe. Puis
vous ajoûtez que vous fouciez
fort de ce que dit Sau
maife , & de ce que publient
fur cela les Interpretes de Martial.
Quid Martialis interpretes
in hunc locum , fçavoir fur le
vers de Martial que j'ay cité ,
Quid Salmafius dicat in Solinum
nonlabore . Mais fans doute,
mon Reverend Pere, que vous
auriez mieux fait de ne pas
mépriser les fentimens de ces
gens - là , & de ne faire pas
dire a Martial ce qu'il n'a iamais
eu deffein d'écrire , car
GALANT: 67
en bonne foy, il n'y a que les
aveugles qui ne peuvent juger
des couleurs , & qui confon .
dent la couleur olivatre, ou de
plomb , lividus color , avec le
pourpre rouge ou violet , pur
pureus color, qui font des cou
leurs fort differentes , appliquées
a deux diverfes parties
des Huitres , dont ces deuxi
Auteurs parlent , car Martial
entend par lividos cirros , un
petit cercle qui borde l'extré
mité interne des deux valves
B
de l'Huitre, qui eft de couleur,
d'ardoife dans les Huitres de
ces mers, & qui approche fort
Fij
68 MERCURE
de la couleur du plomb ou de
l'olive , aulieu que Pline veut
parler de la petite mouffe
rouge qui croift tout autour
des Huitres dans la mer Méditerranée
, ce qui en marque
la bonté , parce qu'elles ne
font pas fort éloignées du
bord de la mer, où cette herbe
naît . Nous en voyons quelque
fois dans ces mers de cette
façon , & je croy que c'eft
ainfi qu'il faut expliquer Pline ,
puifque les Huitres n'ont pas
d'elles mefmes des filets
mouffus , à moins qu'ils ne
naiffent fur leurs coquilles .
GALANT: 69
Pline appelle Caliblephara,
les Huitres qui ont toutes les
marques de bonté , dont il
fait le dénombrement . Vous
interprétez ce mot quafi pul
cris genis. Mais Genis, eft- il un
mot que l'on doive attribuer
aux Huitres ? Pour moy j'en
doute fort, & je dirois plutôt,
pulcris valvis , que je tradui .
rois par des Huitres polies &
belles à voir , fuivant l'étimo .
logie du mot ; car les Huitres
à la drague, qui ont efté roulées
fur le rocher pour l'agitation
de l'eau d'une riviere
qui fe décharge dans la mer,
70 MERCURE
comme font celles que l'on
pêche vers l'lfle de la Dive à
l'embouchure de la Riviere
de Marans , font devenuës
polies , comme les cailloux de
la côte,quelque inégaux qu'ils
fuffent auparavant
.
On pourroit encore dire
que Calliblepharum eſtant un
fard d'antimoine , dont les
femmes fe fardoient autrefois
lesyeux , ou plutôt les fourcils
pour les rendre plus noirs , &
mieux faits , & pour paroistre
plus belles , a voulu appliquer
ce meſme nom aux Huitres ,
qui font plus agréables à voir,
GALANT. 71
quand elles font polies. C'eft
ce fard que Petrone appelle
fupercilium : que Tertulien &
Saint Cyprien nomment Pulvis
niger , Arnobe , Tertulien ,
Juvenal , fuligo : & c'eft auffi
avec ce fard que Jefabel dans
l'Ecriture , fe farda pour plaire
à Jehu.
D'ailleurs je doute fort que
vous ayez mieux réüffi que
Pline, en appellant ces mefmes
Huitres Callipharata , aulieu
de Calliblephara dont Pline
fe fert. Pour moy, je fçay bien,
que Callipharata eft un mot
barbare , puifque je ne l'ay pû
72 MERCURE
trouver dans les Auteurs Grecs,
& qu'il ne vous eft pas permis
, fans eftre blâme , d'inventer
un mot dans une Langue
qui vous eft étrangere ,
non plus que dans la vôtre ,
à moins qu'il ne fût fort ex-.
preffif, & enfuite approuvé par
l'ulage
Enfin Pline dit fur la fin de fon
difcours touchant les Huitres .
Addiditque luxuriafrigus obrutis
ànive ,fumma montium & maris.
ima mifcens. On doit faire ainſi
la conftruction de ce paffage .
Luxuria addidit frigus oftreis
obrutis à nive, mifcens fumma negotia
GALANT :
73
+
gotia montium & ima negotia
maris. Ce que je traduis ainfi.
La Friandife a inventé le moyen
de faire rafraichir les Huitres en
les couvrant de neges . Pour cela
elle a eu l'adreffe de mefler ce que
l'on trouve fur lefommet des mon.
tagnes , avec ce qu'on rencontre
dans le fonds des mers ; c'eſt à
dire , de mefler de la nege
avec des Huitres , & d'en faire
des Huitres à la glace . Vous
penfiez que Pline eftoit fort
obfcur dans cet endroit , &
vous avez voulu l'éclaircir par
une notte que vous y avez
faite , mais il me femble que
May 1698.
G
17
74 MERCURE
yous n'eftes pas entré dans la
penſée de l'Auteur , car vous
faites dire à Pline, ce qu'il n'a
pas eu la penſée d'écrire. Voici
vos termes. Nives e fummis
montium jugis petitas cum aqua
marina , qua pafcuntur oftrea in
wado mifcens , c'eſt à dire , ſi je
le traduis bien , en meſlant la
nege que l'on prendfur le haut des
montagnes avec l'eau de la côte de
la mer , ou des viviers de laquelle
les Huitres fe nourriffent . Quelle
adreffe feroit ce - là de mefler
de la nege avec l'eau de la
mer ? En quoy conſiſteroit la
friandile des Romains que
GALANT
75
Pline blâme icy? Ne voudriez
vous point dire qu'on méloit
dans l'eau du bord de la mer
ou des eſtangs falez où il y a
des Huitres , quelques char
retées de nége pour rafraichir
l'eau dont ces poiffonsfe
nourriffent, ce que je ne penſe
pas , & ce que pourtant vos
termes fignifient ? fiìob á gist
Voilà , mon Reverend Pere
ce que j'avois à vous écrire
furce paffage de Pline Si vous
wrouvez que je vous aye fatis
fait , je vous prie de me le té
moigner , & nonobftant les
incommoditez de mon age &
Gij
76 MERCURE
les occupations de la Medecine
, j'employeray
quelques
heures de la nuit pour vous
plaire , feuilletant vôtre Pline
fur quelques endroits de ma
Profeffion . S'il m'eſt échappé
quelques paroles qui manquent
de refpect , je vous prie
de ne pas croire que je l'aye
fait à deffein Cela m'eſt ar
rivé , comme à ceux qui difputent
enſemble avec cha
leur , & qui cependant ne laiffent
pas d'eftre bons amis ,
Je fuis , M. R. Pere , &c.
VENETTE , Medecin du Roy,
A la Rochelle le 28. Octobre 1697.
1
GALANT. 7773
7 n
Il n'y a rien de plus agréable
que la converfation , mais
pour y eftre reçû avec plaifir
il faut s'examiner avec foin ,
& voir fi l'on n'a point les défauts
dont il eft parlé dans la
Satyre que je vous envoye ,
Elle eft de M'Hebert de Châ-
Leau - Thierry.
A Madame de ***
LA
A Converfation eft un com
merce aimable' ,
Quandjoignant comme vous l'utile
à l'agréable ,
On connoit ce qu'on vaut fans trop
de vanité ,
Et qu'on montre par tout de la
docilité.
Mais je ne puis fouffrir ces gens dont
l'ignorance
78 MERCURE
N'a pour le foûtenir qu'une fotte
arrogance ,
Et qu'on voit tous les jours faire les
connoiffeurs ,
Decider hardiment , s'ériger en Cenfeurs
,
En un mot s'aveuglant d'une vaine
manie
Pretendre que tout cede à leur foible
genie.
La difpute contr'eux n'eft jamais de
faifon ,
Ne les pas applaudir c'eſt choquer
la raiſon ;
Ils penfent avoir feuls le bons fens
en partage ,
Mécontens d'un chacun , ennemis
de l'uſage
Sans ceffe on les entend contredire
& blâmer •
Ils font piquans , chagrins , prefts à
GALANT.
79
tour reformer .
Prétend-t-on par hazard entâmer
une hiftoire ,
Ils en font feuls inftruits , fi l'on veut
les en croire ,
Quelque démangaifon qu'on ait de
Ils
la conter ,
prennent la parole , il les faut
écouter ;
Pour débiter des riens ils impofent
filence ,
Et des plus modérez laffent la pa .
tience.
Ils parlent brufquement , on diroit à
leur ton
Que ce font des Docteurs qui nous
font la leçon .
D'autre part un Sçavant qui croit
que l'art de plaire
Eft de toûjours briller , & jamais ne
fe taire ,
Giij
80 MERCURE
Oubliant de répondre aux chofes
qu'on luy dit ,
Ne fonge tout au plus qu'à montrer
de l'efprit.
Impatient d'abord de le faire connoiſtre
,
•
Il ôte le plaifir aux autres de paroiftre
,
Et fatiguant chacun par fes beaux
fentimens ,
Perd le fruit attendu de fes raifonnemens
,
Car pour eftre goûté , la plus fûre
maxime
N'eft pas par fes difcours de briguer
de l'eftime ,
N'eft pas tant de donner du luftre à
ce qu'on dit ,
Que de faire trouver aux autres de
l'efprit .
Un Purifte d'ailleurs , efclave de
l'uſage ,
GALANT. &
Ne produit rien d'heureux par fon
fade langage.
Il ne rifqueroit pas la moindre expreffion
,
Deuft- elle eftre l'objet de l'admi
•
ration .
Il parle proprement , mais à chaque
parole
Sa morne attention déconcerte &
défole ;
Et pour affecter trop la réguliarité ,
Il rebute chacun par fa fterilité.
Un difeur de Phebus dédaignant
le vulgaire
Fait prendre à fon genie un effor
temeraire ..
S'imaginant parler le langage des
Dieux ,
De fens froid il débite un fatras
ennuïeux
;
De grands mots affommans , d'épi82
MERCURE
tetes forcées ,
Un galimatias de phraſes entaffées ,
Et de tout fon beau dire unique
Admirateur ,
S'acquiert la qualité d'impertinent
Parleu.r
On ne parle en effet que pour fe
faire entendre.
A quoy fert un beau mot que l'on ne
peut comprendre ?
Il est d'autres défauts , dont l'incongruité
Ne dégoûte pas moins de la fociété.
J'aperçois Philemon qui brufque .
ment approche ,
le bon fens , & la raiſon en
Et
porte
poche
,
Car à peine entre-t- il en converfation
Qu'il veut que l'on défere à ſon
opinion ,
GALANT. 83
Et pour tout fondement il parie , il
affure.
Pour peu que l'on contefte , il fe
tourmente , il jure ,
Vingt Louis bien comptez font tous
tes fes raifons.
Le facheux Dotilas fait des com
paraiſons ,
Qui choquent le bon fens,les moeurs,
la bien-feance .
Il ne fçait point avoir d'égard , de
déference ;
Il est defobligeant , fatirique , indifcret
;
A peine parle-t- il que chacun a fon
fait :
Atifte eft à l'affuft de la moindre
parole ,
Rire, turlupiner , badiner c'eft fon
rôle ,
Il croit trouver par tout de lafubtilité,
84 MERCURE
Et pas un mot n'échappe à favivacité ;
Mais de ce bel efprit la plus grande
fineffe
N'eft que fatuité, fauffe délicateffe ,
Qu'on aperçoit d'abord , & quelque
fois on rit
De la pointe, & fouvent d'Arifte qui
la dit ,
L'infolent Antiphon parle avec
non -chalance .
Il eſt reveur , abſtrait , amateur du
filence.
Avec tout fon efprit il n'a point
d'agrément ,
Et n'écoûtant pas bien il répond
fottement.
Le fterile Cleon pour toute gen;
tilleffe ,
Pour tout fond , ne fait voir qu'un
peu de politeffe ,
En termes different repete ce qu'on
dis.
GALANT. 85
Soûrit à tous momens , & fans ceffe
applaudit.
Mais je voudrois en vain par ma
foible cenfure ,
Reformer les défauts dont je fais la
peinture.
C'eft de vous qu'on attend cet important
effet ,
Vous eftes en cet Art un modele
parfait.
Tout ce qui regarde la con-
Efervation de la fanté eft à rechercher.
M'Pujol , Medecin
de Saint Ybars en Foix , ayant
efté prié de dire fon fentiment
fur une matiere des plus importantes
de la Medecine ;
voicy la Réponse qu'il a faite,
86 MERCURE
A Monfieur ***
MONSIEUR,
Suivant la Lettre que vous
m'avez fait l'honneur de m'écrire,
vous fouhaittez fçavoir
s'il faut purger dans le commencement
des Fiévres continuës
, & vous voulez que je
Vous marque par ma Réponſe
que vous attendez , dites - vous ,
avec impatience , quel eft
mon fentiment là deffus . Vous
fçavez Monfieur, que c'eft un
vieux Procés , qui eft encore
à juger , entre les Anciens &
GALANT. 87
les Modernes , & je croy qu'il
durera tout autant de temps,
qu'il y aura desMedecins dans
le monde , parce que tout eft
en contreverſe dans l'Ecole ;
& comme les matieres qu'on
y traite , ne font pas de foy ,
ileft permis à chacun de pren
dre le party que bon luy fem
ble. Trahit fua quemque opinio.
D'ailleurs lesPartifans de l'une
& de l'autre Secte croiront
toûjours , qu'ils ont eu tous
de juſtes vûës , & qu'ils ont
tous & bien penſé & bien é
crit . Enfin les autoritez &
les raiſonnemens ne man88
MERCURE
queront pas de part & d'au
tre , pour foûtenir & faire
valoir fon opinion . Ainfi ,
Monfieur
, comme cette entrepriſe
eft audeffus de mes
forces , je ne feray pas affez.
témeraire
pour prononcer
fur
une matiere aufli importante
,
auffi difficile , & aufli delicate
pour la pratique que celle -là.
J'en renvoye la decifion & le
jugement
à ceux qui font
d'une plus profonde érudi
tion , d'une plus vafte penetration
, & d'un plus jufte dif
cernement
que moy . Je me
Contenteray
, pour fatisfaire à
GALANT 89
vôtre queſtion , de vous faire
part de mes fentimens , en
qualité feulement de voſtre,
bon & ancien ami. Inter ami.
cos omnia funt communia, sol
Je dis done , fans aucune
prevention , qu'il ne fauc
jamais purger dans le commencement
des Fiévres con
tinues accompagnées de violens
redoublemens
, parce!
que les humeurs font cruës ,
à moins que la matiere ne
foit turgente. C'eſt la doctri .
ne & la methode folide du
divin Hipocrate aphorifm. 22.
fect . 1. où il dit, concocta medi.
May 1693.
H
90 MERCURE
cari acque moveri non cruda , neque
in principiis , modo non turgeant
, plurima verò non turgent.
c'est à dire , il faut évacuer les
bumcurs cuites &non pas les cruës,
non dans les commencemens , àmoins
qu'elles nefoient extremement agi.
rées , & fouvent elles ne le font
pas.
Si un Medecin defintereffé
reflechit ferieulement fur l'im
portance de cet Aphorifme ,
il tombera d'accord avec moi,
qu'on ne peut parler plus clai
rement , que parle Hipocrate
par ce texte, fur l'uſage qu'on
doit faire de la purgation dans
GALANT:
و ا
les maux violens qui nous
attaquent. Son expreffion eft
nette , fimple , naturelle , &
fans aucun embarras , quoy
qu'il y ait aujourd'huy bien
des gens , qui enviſagent ce
paffage d'une autre maniere
bien differente & qui luy
donnent un fens fort écarté ,
& une explication fort éloi
gnée de la penſée de ce Grand
Homme en y attachant des
nuages , des écueils & de grof.
fes difficultez , qui font dans la
verité de pures chimeres & des
eftres de raiſon , entia rationis
fiétuia. Il feroit à foûbaitter ,
Hij
92 MERCURE
( fi cela fe pouvoit ) que ce
Prince de la Medecine , pour
faire ceffer toutes ces difputes
, que je prevois éternelles,
revinft des champs Elifées ,
pour nous dire luy mefme
quela efté fon veritable ſentiment
il eft à prefumer qu'il
decideroit en faveur des Anciens
.
•
Ce même Genie , dans l'Aphorifme
24 de la même fection
, nous apprend qu'il ne
faut que rarement fe fervir
des Purgatifs dans le commencement
des maladies aiguës
, & que quand on le fait;
GALANT. 93
on ne le doit pas faire fans de
grandes raifons. In acutis , ditil
, morbis raro , & in principiis ,
medicinis purgantibus uti , & hoc
cum præmeditatione faciendum.
Difons donc que la purgation
qu'on ordonne dés le
commencement des Fiévres
aiguës , eft indiquée par la
feule turgence , & par la feule
furie des humeurs . C'eft ce
que noftre illuftre Hippocrate
explique admirablement
bien, Aph 10. fect . 4. par ces
paroles , Medicari in acutis , fi
materia turget , eadem die , tardare
enim in talibus malum eft.
H iij
94 MERCURE
Ilfaut , dit-il , purger le même
jour dans les maladies fort aiguës,
fi la matiere eft turgente , ou émuë,
car il eft mauvais de remettre le
purgatif au lendemain. La raiſon
que Galien , ce fidelle Interprete
, en donne dans le Com
mentaire , eft , fi l'on ne
a
que
purge pas promptement ces
matieres qui tendent à fortir,
& qui font en mouvement , il
eft à craindre que les forces
du malade ne s'abattent , &
que les humeurs qui font fort
agitées , ne s'arreftent fur
quelque partie noble , & n'y
caufent quelque funefte acci ,
dent.
GALANT.
୨୮
Il paroift maintenant par
tout ce que je viens de dire ,
que comme il eft fort extraordinaire
que cette turgence
I paroiffe dans le commen
cement des Fiévres conti-
- nuės , auffi eft. il fort extra-
= ordinaire d'employer les remedes
purgatifs dans leur
naiffance. Concluons donc
que pour la réüffite de la pur
gation il faut attendre la co.
ction des matieres vicieuſes ,
á laquelle la nature travaille
dans ce temps , qu'on appelle
j'eftat de la maladie , comme
L'enſeigne Galien
de Crif
3 .
96 MERCURE
cap . 5. C'eft à dire que pour
purger le malade avec fruit ,
il faut que la Fiévre ait confi
derablement diminué . Cela fe
jukifie par un paffage authen
tique du grand Hippocrate ,
lib, de Med . purg, comme il
s'enfuit. Quicumque à fort bus
febribus coripiuntur , iis medica
menta purgantia dare non oportet,
donec remiferit morbus . Ceux,
dit il , qui font travaillez de
grandes fièvres , n'uferont d'aucun
pnrgatif , que la maladie
ne foit dans le déclin, c'eſt à dire,
dans le dernier des quatre di
vers temps generaux qu'on
obferve
GALANT.
97
obferve dans toutes les maladies
qui ne font pas mortelles
,& qu'on appelle communement
, Augment , Etat , &
Déclinaison , qui font diftinguez
par les fignes de la crudité
& de la coction , qui paroiffent
dans les excremens ,
comme dit Galien lib . de .
Temp. morb. cap. 3. & lib. i ..
de Crif.
Ajoûtons , s'il vous plaiſt , à
= ces grandes autoritez trois
A puiffantes raifons , qui vous
convaincront pleinement de
la verité de mon hypotheſe.
Premierement , afin qu'on
May 1698 ,
I
98 MERCURE
.
purgatif produife de bons
effers , il a befoin de trois
chofes , fçavoir , des forces de
la nature , de l'obeiffance des
humeurs morbifiques
, & de
l'ouverture des conduits qui
puiffent le porter dans le bas
ventre. Que fiune de ces conditions
vient à manquer , ſon
action eft empêchée , & tour
ne au defavantage du malade.
Ad quamcumque fauftam evacuationem
tria concurrunt, natură
vegeta , humores ad purgantia
fequaces , & vaforum libertas.
Or je trouve que dans le com
mencement.des Fièvres conGALANT:
99
tinuës , la nature n'eft pas
obeiffante , parce qu'elle eft
crue , & par confequent fort
tardive à fe mouvoir ; par
là elle réfilte puiffamment à
l'irritation du purgatif. D'ail
leurs , nous remarquons que
la plufpart des parties qui font
contenues dans les premieres
voyes , font farcies d'obftructions
confiderables , qui ſervent
d'obſtacle au paffage du
pargatif & des humeurs viciées
; de maniere que le fang
eftant beaucoup chargé d'im
puretez & de fes propres fumées
par le defaut de la tranf-
I ij
LCO MERCURE
que
piration , il le porte comme
un torrent par tout le corps
avec plus d'impetuofité qu'à
l'ordinaire , & paflant par les
vaiffeaux obftruez , il eft contraint
de s'y arrefter , de s'y
épaiffir , & de les boucher davantage
; ce qui fait les
obftructions qui s'y rencontrent
, en font beaucoup augmentées
. Cela fuppofé , je dis
que le purgatif qu'on donnera
dans le commencement
des Fiévres continuës , fera ou
minoratif, ou erredicatif; s'il
eft minoratif, il remuëra les
humeurs excrementeufes fans
GALANT. lõi
évacuer , n'ayant pas affez de
force pour rompre les digues
qui s'opposent à lon mouvement
& à fon action , & par là
le malade tombera dans des
tranchées de ventre , dans des
inquietudes & des évanouiffemens
terribles . Galien , dont
la ſcience eft auffi profonde
que fa methode eft admirable,
parle fort clairement de
tous ces fymptomes lib . 4:
tu. San. c. 5. en ces termes.
Dejectio in is , quibus plurimi
crudi humores in venis funt , tormina
, cruciatufve circa umbili
cum&toffiones creat , animique
I iij
102 MERCURE
deliquia , quo fit ut etiam omnes
anguftas vias obftruant , per quas
id quod medicamentum dejicit
ferri ad alvum debeat , itaque nes
ipfi educuntur , & aliis funt im
pedimento .
En effet , la précaution , dit
un habile Praticien , qu'on
doit prendre avant que de pur
ger, eft d'humecter& d'ouvrir,
afin que le medicament ne
trouvant point d'embarras ,
agiffe plus puiffamment, plus
promptement , & avec moins
de douleur. C'est pourquoy
Hip. dit Aph. 9 fect . 2. Quo.
*um corpora purgare voles , ea
GALANT. 103
fluxilia reddere oportet.
J'ajouteray avec un judicieux
Auteur , que le remede
minoratif fait à peu prés fur
les parties du corps , par oùil
paffe , le même effet que l'éperon
au cheval , puifque de
le cheval va plus
le Cavalier luy
même
que
vîte,
lors
que
a donné
un
feul
coup
d'éperon
& qu'il
regimbe
& ſe
mutine
lors
qu'il
luy
tient
longtemps
l'éperon
fur
le ventre
; auffi
le purgatif
follicite
.
t-il par
Les
premieres
irrita
.
tions
les
parties
par
où
il eft
porté
, à le décharger
des
ex-
I iiij
104 MERCURE
cremens qui fe rencontrent;
mais lors qu'il fejourne trop
longtemps , pour eftre foible,
comme eft le minoratif, il en-
Alâme ces mêmes parties , &
rend les humeurs qu'il échauf
fe & deffeche , mal propres à
l'évacuation ; de forte qu'il
purge , ou tres -peu , ou point
du tout , & fatigue extraordinairement
le malade.
Que fi le remede eft erra
dicatif, il ne fçauroit feparer
les humeurs corrompuës,mê
lées , confondues & engagées
dans la maſſe du fang , fans y
exciter une plus grande ferGALANTA
105
mentation, & un mouvement
plus rapide ; de forte qu'il feroit
à craindre que le fang
eftant alors devenu plus
bouïllant & plus impetueux ,
n'embrafaft les parties , ou ne
fift fur quelqu'une d'elles des
dépofts confiderables , ce qui
mettroit le malade dans un
danger évident de perir, commel'expérience,
qui eft le plus
folide fondement de la Mede .
cine , nous l'apprend tous les
jours .
En effet , je vis il y a envi
ron quinze mois un homme
, qui eftant attaqué d'une
106 MERCURE
Fiévre continue , tomba dans
une Pleurefie , à caufe que le
fang avoit esté extraordinairement
agité & rarefié par la
violence d'un purgatif qu'on
duy avoit donné , de maniére
que ce fang n'ayant pas eu
affez d'espace pour circuler
librement dans les vaiſſeaux ,
il en ouvrit les orifices , par
où s'épanchant ſur la Pleure ,
ily engendra la pleurefie. Cer
épanchement le fait de même
que celuy de l'eau , laquelle
eftant fur le feu dans un grand
vaiffeau, & en petite quantité,
ne laifle pas de fe répandre
GALANT 107
par fes bords , pouffée & fublimée
par la violence de cet
Element . Mais ce qu'il y eut de
plus déplorable pour ce pauvre
Malade, c'eft que la force
du mal l'emporta , malgré
tous les remedes qui furent
I ordonnez dans la confulte
où je fus appellé , pour emporter
cette inflammation , &
pour remettre le calme & la
tranquillité dans la mafle du
fang .
Deuxièmement , nous re
marquons que dans le com .
mencement des Fiévres con
tinuës , les Malades font ors
108 MERCURE
dinairement travaillez d'un
flux de ventre , lequel aulieu
de les guerir, ou pour le moins
de leur donner quelque fou
lagement , les jette dans un
pitoyable eftat , & fi un habileMedecin
fufpendoit alors,
en vûë de ce flux, les remedes
necellaires pour combattre la
cauſe de la Fiévre, il eft certain
qu'ils mourroient . Cependant
fi on devoit purger dans
le commencement des Fiévres
continues , il faudroit
dans cette conjoncture tout
oublier , laiſſer agir la nature
& en attendre la guerifon de
GALANT. 109
E ces Malades , ce qui n'arrive
= pas pourtant, parce que cette
évacuation n'eſt pas faite par
le mouvement de la nature ,
mais plutôt par la malice des
humeurs , qui l'irritent viol
lemment , & la contraignent à
les expulfer. C'eft le ſentiment
de Galien com.aph . 22.fect . 4.
où il parle comme il s'enfuit
file Malade eft atteint de
quelque Aux de ventre , il ne
rejette pas ces matieres en vûë
que la nature fe décharge pour
le foulagement
du pauvre af
fligé ; mais ce font des fymptomes
des difpofitions contre
110 MERCURE
i
nature , qui font dans noſtre
corps , car il eft impoffible
que du temps que la nature
eft preflée par les cauſes mor
bifiques , & qu'il y a crudité
d'humeurs
, il furvienne aucune
évacuation qui foit avanta
geufes pour le malade. Il
faut que la coction fe faffe
plûtoft , & enfuite la fepara
tion des bonnes & des mé
chantes humeurs , & en dernier
lieu l'excretion
; mais quand
aprés la coction de la maladie,
quelque mauvaiſe humeur eft
jouée de hors par la nature ,
pour lors l'évacuation de ces
GALANT. HI
matieres décharge le corps ,
& le foulage beaucoup. Et fur
la fin il dit. Comme dans le
commencement
d'une mala
die les fignes de la crudité
paroiffent toûjours , il eft im->
poffible que l'évacuation
des
humeurs ne foit mauvaife.
Cumin morbi principiofemperfine
cruditatis figna , omnino ut tum
mala non fit ejufmodi humorum
1 vacuatio , fieri non poteft. Or
comme le Medecin eft obligé
d'étudier la nature & d'imiter
fa conduite dans les chofes
qu'elle fait bien , que rectè
natura fiunt, in artis operibus ca
112 MERCURE
medicus imitari debet , il ne ſera
pas fi imprudent de pref
crire une purgation dans le
commencement des Fiévres
continues , puifque les éva
cuations que la nature fait
dans ce mefme temps , font
Lymptomatiques & tres- pré
judiciables au malade.
C'eft icy où un Medecin
doit jouer de tête ; c'eft icy
où il a befoin de prudence &
de penetration , pour décou
vrir les caufes de ces évacuations
, & pour le déterminer
jufte , touchant le choix des
remedes qu'il doit employer
GALANT. 113
cx-.
& mettre en ufage , & c'eſt
dans cette occafion qu'on
peut fe fervir fort à propos
des quatre beaux mots , qui
font contenus dans le premier
aphorifme d'Hippocrate ,
perimentum periculofum , judicium
difficile. L'affaire eft de la der-
Diere confequence , puifqu'il
s'agit du rétabliffement de la
fanté , qui eft le premier &
l'unique bien de ce monde.
Je vous diray fur ce fujet , qu'il
yrat fort peu de temps qu'un
Bourgeois de mon voiſinage,
âgé de quarante ans , eftant
attaqué d'une Fiévre con
May 1698. K
114 MERCURE
tinue, acompagnée d'un cours
de ventre , fut purgé le quatrième
jour de la maladie par
l'ordre de fonMedecin , avec la
rhubarbe & le jalap ; mais le
Aux devint fi abondant par la
violence de ce purgatif, qu'il
mourut le quinziéme , & toutes
les mesures qu'on prit pour
l'arrefter ou pour le moderer,
furent courtes & inutiles .
Troifiémement , comme la
faignée remedie à la plethore,
de mefme auffi la purgation
remedie à la cacochymie , fuivant
cet axiome. Cacochymia
debetur purgatio , ficut Plethora
GALANT:
115
vena fectio. Or la cacochymie
qui eſt dans le fang , ne peut
pas eftre emportée par le pur
gatif ordonné dans le com
mencement , parce que la ca
cochymie dans les Fiévres
continues , n'eft autre chofe
que le fang melme, qui par la
putrefaction quitte peu à peu
la forme de fang , & fe rend
incapable de nourrir les par
ties du corps, fi bien que par la
force de la chaleur maturelle ,
il doit eftre preparé , adouci
& feparé des autres humeurs
nourricieres , n'eftant pas en
érar , a reſtantumellé avec les
Kij
116 MERCURE
autres , d'eftre vuidé par au
cun remede purgatif. Ainfi
nous avons lieu de con.
clure que cette cacochimic
n'a befoin d'eftre purgée
qu'aprés les fignes de la co.
ction & dans le declin de la
maladie , & fi on en ufe autrement
, on expofe le Malade
à un grand nombre d'accidens
& de dangers, aufquels il fera
tres difficile de remedier
, puif.
que les humeurs alimentaires
font tellement mêlées & confonduës
avec les excremen
.
teufes, que celles- cy éluderont
l'action du purgatif , ou bien
GALANT. 117
(
les uns & les autres feront emportées
au grand préjudice du
Malade par fa trop grande
operation , & cette grande irque
ritation le remede aura
excitée dans la maffe du fang ,
augmentera confiderablement
la Fiévre , & les ſymptômes
deviendront plus fâcheux.
Aprés toutes ces autoritez
invincibles , & toutes ces rai
fons demonftratives , fecondées
de l'experience
, je perfifte
toûjours à conclure , qu'il
faut purger les humeurs cuites,
& non pas les druës . Ceda
M8 MERCURE
funt medicamenta, non cruda ,
que in principiis ,&C.
ne-
On peut former fur ce que
je viens d'établir deux objections.
La premiere eft , que fi
on ne purge pas dans le commenceinent
des Fiévres continuës
, on ne purgerà dans
aucun temps , parce que fi on
attend la coction des humeurs
vicieuſes , qui ne ſe fait que
dans la vigueur , on ne peut
purger que dans le declan.
Cependant dans le declin la
purgation eft inutile, puis que
Galien 3. de Crif. c . s . affund
que le malade ne meurt jag
GALANT: 119
mais dans ce temps -là . Nullum,
dit il ,fane eft, vigore elapfo,
me quidem judice , mortis pericu
lum.
Pour répondre à cette objection
, il faut fçavoir qu'aprés
que les humeurs corrompues
ont efté mitigées ,
adoucies , digerées & feparées
du bon fang par la nature ,
elle les pouffe au déhors par
une crife falutaire. Or il y a
deux fortes de criſes , une parfaite,
qui évacue entierement
toutes les matieres impures ,
& l'autre imparfaite, qui n'en
vuide qu'une partie . Cela poſe,
120 MERCURE
il me femble qu'il n'eft pas
difficile de répondre à cette
objection , en difant que fi la
crife à efté parfaite , ( ce qui
n'arrive que fort rarement )
il n'eft pas neceffaire de purger
le malade , puiſque tout
a efté évacué , comme enſei .
gne Hyp , aph. 20. fect. 1. Qua
judicantur judicatafunt inter
grè , neque movere aliquid five,
medicamentis five aliter irritando,
Jed finere , c'est à dire , quand la
crife fe fait ou qu'elle eft entierementfaire,
il nefaut rien remüer,
ni innover , ni par medicamens
ni autrement , mais laiffer agir la
nature ;
GALANT: 121 ,
nature ; & cette crife eft le
pronoftic de la prochaine
fanté. Que fi la crife eft imparfaite
, il faut en mefme
temps fecourir la nature , &
purger le malade , de crainte.
que les humeurs peccantes
qui restent dans le corps , ne
caufent de rechutes en fe re:
meflant au levains , qui n'ont
pas efté vuidez, comme dit le
mefme Oracle aph. 12. fec. 2.
Quæ relinquntur in morbis a ju
dicatione , recidivas facere confueverunt.
C'est à dire , les reftes
des mauvaiſes humeurs qui
ont efté laillées après une crife
May 1698.
L
i22 MERCURE
les
lorf
imparfaite
, ont coutume
de
caufer des rechûres. Ainfi Galien
a raifon de dire que
malades fontàl'abri de la mort
dans le declin de la maladie ,
& fa raifon eft , parce que
que la nature eft victorieuſe
,
& qu'elle a triomphé
des matieres
pourries , il eft necef
faire que le malade fe conferve,
ubi ipfa natura dominatur
dit Gal. ac fuperavit , hominem
fervari neceffe eft. Le fçavant
Mercurial
eft de mefme fentiment
lib . s . de feb , chap. 4.
Character , dit- il , proprius decli.
mantis morbi , eft victoria ipfius
GALANT.
323
naturæ fupra morbum ; victorum
aliquem concidere poteſt partam
victoriam , non videtur rationi
confentaneum.
Last suuts
La deuxiéme objection eſt
prife d'Hipocrate , qui femble
ordonner la purgation dans
le commencement desFiévres
aiguës , aph. 29. fect. 2. par
ces paroles . Cum morbi inchoant,
fi quid videtur movendum, move;
cum vero confiftunt ac vigent, me.
lius eft quietem habere! Quand les
maladies , dit- il , commencent , remue
ce qui te femblera bon de remüer
, mais quand elles font dans
leur vigueur, il eftmienso de lès
Lij
124 MERCURE
laiffer en repos . La raifon eft ;
parce que la nature qui eſt
pendant la vigueur occupée
à cuire les matieres vitieuſes,
ne doit pas eftre détournée
de fon action par aucun remede
purgatif. Je répons à
cette objection , qui n'eft pas
plus confiderable que la premiere,
que cet Aphorifme doit
eftre entendu de la feule fai
gnée,non pas de la purgation
En effet la laignée eft le plus
-prompt , & le plus feur de tous
les remèdes qu'on peut & qu'-
on doit employer dans le
commencement des Fiévres
GALANT 125
continues , puifqu'elle ôte la
plenitude du fang , qui opprime
les forces, qui fuffoque
les efprits , & bouche les
vaiffeaux, d'où prend la naif
fance la pourriture des humeurs
. D'ailleurs elle appaife
fa trop grande effervefcence,
elle foulage les obſtructions
des vifceres , & rafraichit toute
l'habitude ducorps Enfin c'eft
elle qui met la nature qui ge
mit fous le faix de cette pleni.
tude , en état de fe débaraffer
de cout ce qui la furcharge,
comme dit Gal. liv. 2. meth.
med. chap. 15. Levata namqué
Liij
126 MERCURE
quæ corpus regit natura , éxone,
sataque eo quo velut farcina pre
mitur , longe facilius quod reli
quum eft , vincet ; itaque proprii
muneris haud oblita concoquit,
quad concoqui eft habile , & excernet
quod poteft excerni.
Que fi la purgation eftoit
preferée à la faignée , ce feroit
vouloir éteindre le feu avec de
l'huile, puifque l'operation du
plus leger purgatif feroit ca
pable de troubler toute l'oeco
nomie du corps , & d'y cauſer
un incendie general , qui ne
finiroit qu'avec la vie.
Difons donc qu'il eſt imGALANT.
127
>
que
poffible de trouver un remede
plus prompt, plus feur, & qui
convienne mieux à la guériſon
de la Fiévre continue
la faignéez faite avec circonf
pection & reiterée avec mo
deration , felon la violence
de la Fiévre & de fes fympto
mes,& felon que les forces du
Malade le permettront , fans
felquelles on doit s'abftenir
& de la faignée & de la pur
gation , viresfunt primum indi
cans
La reiteration de la taignée
eft abfolument neceffaire ,
afin que la nature eftant en
L iiij
128 MERCURE
partie délivrée de fon enne
my , qui faifoit de fon mieux
pour la détruire , s'occupe
uniquement à la coction du
refte des mauvaises humeurs,
qui entretiennent la Fiévre, &
par là les aperitifs , les dia,
phoretiques & les purgatifs ,
agiront beaucoup mieux ,
feront plus doucement leurs
effets , defquels on ſe ſervira
en temps & lieu , felon la pente
& la dfpofition que les humeurs
auront à paffer par les
differentes
parties du corps .
Voilà , Monfieur , quel eft
mon ſentiment touchant l'u-
"
&
GALANT. 129
fage qu'on doit faire de la pur .
Fgation dans le commencement
des Fiévres continuës,
Je fuis feur qu'il ne fera pas
du goût de beaucoup de Mo-
#dernes , qui font prevenus
d'une pratique contraire, mais
• qu'importe- t- il , amicus Plato,
amicus Ariftoteles , fed magis an
mica veritas ? Les grandes experiences
que j'ay faites avec
un favorable fuccés , depuis
trentet- rois ans,que j'ay l'hon
neur d'exercer la Medecine ,
fur un tres - grand nombre de
Malades de toute qualité, que
jay traitez , me confirment
139 MERCURE
puiffamment dans cette me
thode fi judicicufe & fi bien
fondée d'Hipocrate , & je fuis
fortement perfuadé que fous
la conduite d'un fi fage & ex,
perimenté Pilote , on peut fe
promettre ( de quelques tem,
peftes que la mer foit agitée)
d'arriver heureufement au
Port. Je finis cette Lettre ca
yous affurant que je fuis avec
beaucoup d'eftime & de fin
cerité , Monfieur , Vôtre &c.
PUIOL , Medecin
Mr. de Betoulaud , dont
Vous avez vû plufieurs Ouvra
Induf
GALANT: Y3
ges , a envoyé à Mademoi
felle de Scuderi
pour le Roy
une Agathe antique , où la
corne d'Abondance
eft gravée.
Certe pierre du Sceau
d'Amalthée
eft tres rare , &
les plus fçavans Antiquaires
conviennent
qu'elle eft du
temps d'Alexandre
fecond ,
Roy de Syrie , qui gagna une
Bataille proche de Tir contre
Demetrius
, dont il conquit
le Royaumé
. Cette double
corne d'Abondance
, où l'on
voit des coquilles
pourprées
& des fleurs entremellées
, eft
tres-curieufe , & vous prouve132
MERCURE
3
rez la Fable dont M'de Betoulaud
l'a
accompagnée , fort
ingenieufe & fort agreable.
Le tout a efté tres- bien receu
de Sa Majesté.
LE SCEAU D'AMALTHE'E .
N
O loin de la Dordogne , &
de fon beau rivage ,
Séleve en un cofteau couronné
d'un bocage,
Un Palais de rocher à l'honneur de
LOUIS ,
Monument éternel de fes faits
inouïs.
Damon qui l'a creufé , rempli d'un
noble zele ,
Dont fon coeur eft épris pour fa
gloire immortelle ,
GALANT. 133
Y rêvant depuis peu fous des Orangers
verts ,
Que ce beau lieu défend des plus
rudes Hivers ,
Fut furpris tout-à coup d'y voir un
vafe antique ,
D'une fçavante Fée ouvrage magni.
fique.
Un fefton de Laurier à des épis
mêlé;?
Entouroit par
felé.
le haut le marbre ci-
Au deffous fur un fond plus poli
qu'une glace ,
Qui du refte du vale occupoit tout
l'efpace ,
Dés mille ans cette Fée en caracteres
d'or
Avoit gravé ces mots qui s'y lifent
encor ,
Et qui de la façon dont nos Quatrains
s'écrivent,
34 MERCURE
Forment tout alentour les douz
Vers qui fuivent .
C
i
3
Sន
Au temps où Damon trouvera
Sous ce roc le Sceau d'Amalchée,
L'abondance alors regnera
Avec la Paix fi fouhaitée.
2
Les beaux Arts feront honerez ,
Et les neuf Filles de Memoire
Monteront fur des chars dorez
Au brillant Palais de la Gloire,
2 i.
LOUIS par les puiffans efforts
Ayant calmé la Terre & Onde,
Ne s'occupera plus alors
Qu'à faire le bonheur du Monde.
12 .
Damon à peine cut lû que dans le
méme inftant
Il enfonce fa main dans le vafe colatant
,
GALANT. 139
Et par l'heureux hazard qui le comble
de joye EA
Il y trouve auffi toft le Sceau qu'il
vous envoye ,
Et qui , chere Sapho , va paroistre à
vos yeux ,
Comme un riche prefent de l'Olimpe
des Dieux .
Remettez-le à Louis . Le Sceau de
l'abondance
Ne peut eftre qu'aux mains du Heros
de la France, com
Qui connoift vos vertus , qui cherit
les beaux Arts ,
Qui des rares Efprits dans fon Empire
épars ,
Et de biens & d'honneurs couronne
le merite ,
Et ramene les jours & d'Auguste &
de Tite.
36 MERCURE
REPONSE
De Mademoiselle
de Scuderi à
L
M'de Betonlaud,
A Fable du Sceau d'Amal
thée
Eit tres noblement inventée..
On ne peut mieux en peu
motsalobro
:
de
Louër le plus grand des Heros.
Dans laPaix comme dans la guer-
- audire ,
P
De l'aveu de toute la Terre ,
Il fçait fe diftinguer par la Religion.
Il ne connut jamais la fauffe ambi-
2. tion .
Si l'on écrit au vray ſa mervillcuſe
Hiftoire ,
GALANT
137
On le verra pour le bien des Mor
tels ,
Mépriler au pied des Aurels
Les plus rares faveurs de l'aimable
Victoire.
Mais en vain aprés vous je veux me
fignaler ,
Je ne parleray plus quand vous voudrez
parler.
ven v x.. door in
Les Vers qui fuivent font
de la même
Mademoiſelle de
Scuderi à M de
Betoulaud ,
au fujetd'une Ode qu'il a faite
fur la Paix.
May
1698.
・
.
Soncines f... I
M
138 MERCURE
MADRIGAL
.
Damon
, quand
vous louez lé DA
Roy ,
Sans comparaifon
mieux que
moy ,
Je n'en ay point de jaloufie.
J'aime fa gloire en un tel point ,
Qu'en lifant vos beaux Vers mon
ame fut ravie
Que vous fiſſiez fi bien ce que jene
fais point ;
Mais pour me confoler de mon
manque d'adreffe ,
Je voudrois , je vous le confeffè,
Que ce parfait Heros , qu'admire
l'Univers ,
Fuſt content de mon coeur plutot
que de mes Vers.
GALANT. 139
Il n'y a rien de plus curieux
que la Relation que vous allez
lire. Je vovs l'envoye de la
maniere que je l'ay receuë .
LA VILLE D'ANTRE
découverte en Franche-
Comté , en 1697.
Daul
eftoient du temps
Exquatre grandes Villes
qui
des Romains dans le Pays des
Sequanois , à prefent la Franche
-Comté , il ne teftoit que
la Ville de Befançon qui fuft
connue. Les trois autres , fçavoir
Aciftma, Equeftris , Aven
Mij
140 MERCURE
ticum , eftoient perduës. C'eft
cette derniere qui vient d'e
tre découverte . Elle s'appel
loit Avanche on Avantre , &
par corruption Antre , com .
me on appelle encore à pre
fent l'endroit où elle eftoit
fituée. C'eft entre 45. & 46.
degrez de latitude , comme
Prolomée , qui en parle en
plufieurs endroits , l'a remar
qué. Une tradition du Pays ,
auffi obfcure qu'ancienne ,
porte qu'il y a eu autrefois une
Ville dans l'endroit où eft preſentement
un Lac appellé le
Lac d'Antre. Les ruines qu'on
8
GALANT: 141
y voit , & les Medailles qu'on
y trouvoir , en difoient auffi
quelque chofe , mais on n'en
fçavoit pas davantage , & le
temps achevoit de tout effa-
- cer.
Le Pere Duneau , Jefuite ,
qui découvrit il y a deux ans
l'ancienne Ville d'Alaune en
Baffe Normandie , eftant allé
au Lac d'Antre , pour voir ce
qui en eftoit , a entierement
découvert la Ville d'Antre , &
la tirée de l'oublioù elle eftoit
enfevelie depuis plus de douze
fiecles.
Cette Ville eft fituée entre
142 MERCURE
Saint Claude & Moirans, dans
la Franche-Comté . C'est une
ancienne Ville des Gaules , que
les Romains avoient élevée ,
d'une maniere extraordinaire
par quatre raifons . La premiere
, parce que c'eftoit la
demeure des Preftres & des
Druides Sequanois , le centre
& le gouvernement de la Re
Jigion du Pays. La feconde ,
parce qu'il y avoit des mines
d'or & de plomb. La troifiéme
, parce qu'elle eftoit le
grand paffage de l'Italie fur
le Rhin & dans la Gaule Belgique
par Genéve , Naniua ,
GALANT 43
Dortam , Gets & Moirans. Et
Ja quatrième , parce que les
Sequanois eftoient parmy les
Gaulois , un Peuple des plus
belliqueux & des plus confiderables
, qui s'eftoit fort dif
13
tingué à la priſe de Rome , &
dans les guerres des Gaulois
contre les Romains , dont au
graport de Strabon, ils eftoient
les grands ennemis , ne pouvant
fuporter le joug de leur
Empire. Ily avoit au Lac deux
Temples, un grand & un petit.
Le grand eftoit quarré , & le
petit eftoit rond. Le grand
eftoit d'Odre corinthien. La
144 MERCURE
corniche eſt encore entiere
de la plus belle ftructure
Romaine qui ait jamais
efté. Elle a vingt- deux toifes
de longueur. Le Temple étoit
foûtenu de deux rangs de
groffes colomnes de marbre
blanc & de marbre gris , qui
aproche du granit d'Egipte..
Le fondement & les gros
murs qui foutiennent la cor
niche , font tous de groffes
pierres fans ciment, liées avec
du plomb fondu & des cram
pons de fer. Le Portique du
grand Temple , eft large de
douze toifes..
Le
GALANT. 145
२
Le petit Temple eft tout
bafty de petites pierres , à la
I referve de l'entrée qui eft de
gros quartiers & d'une autre
ftructure. L'Autel fubfifte encore
, il eft fait en forme de
cipe & de pilier quarré.jat
Chacun de ces Temples a
fon enceinte de murailles
conformes à fa figure , celle
da Grand eftant quarrée &
l'autre ronde. Ce petit Tem
#ple rond eftoit pavé de marbre
, avec un mafticage épais
de deux pieds fous le pavé.
L'on atrouvé dans l'un & dans
l'autre de ces Temples du
*May 1693.
N
146 MERCURE
Serpentin d'Egypte , du Gra .
nit, du Jafpe & du Marbre de
toutes façons, de Narbonne &
de Genes.
Le grand Temple eſtoit dédié
à Mars & à Auguſte enfemble
, comme il paroift par
cette infcription qui refte ,
Marti e Auguſto
.
Ce Temple fut baſty par
les foins de Petronius Metellus
, Gouverneur des Sequanois
, comme on le lit dans la
mefme Infcription .
On aprend par une autre
Infcription, que ce fut par les
ordres d'Agrippa , & fes Inf-
{
GALANT. 147
1
criptions font les ſeules qui
nous reftent.
Le petit Temple eftoit probablement
confacré à Jupiter,
parce qu'on y a trouvé la Sta
tuë , & il y a apparence que
c'eftoit le Temple particulier
du Grand Prêtre ou du chef
des Druides .
Prés du Portique du grand
Temple , il y a un Theatre en
demy cercle de la mefme
Structure que le Temple. Le
Theatre , tous les Acteurs &
l'endroit des machines , regardent
la Colline où l'on a
voit élevé des terraffes pour
Nij
148 MERCURE
les Spectateurs qui y pou
voient eftre contenus au nom
bre de plus de quinze mille,
L'Orchestre a quarante fix
toifes de longueur & trentetrois
de largeur.
On voit par ce Theatre ,
qui eft d'une structure admi.
rable & d'une fort vafte écens
due , qu'il y avoit au Lac d'An.
tre un College cù l'on inftrui
foit la Jeuneffe Sequanoiſe
dans tous les exercices de Religion
& de Litterature, & que
c'étoit la retraite des Druydes
qui demeuroient dans les forefts
, ainfi que Cefar & Pling
GALANT 149
- l'ont écrit. Il y avoit auffi de
grands bâtimens pour les Prê
#tres. L'enceinte en eft vafte
comme d'une grande Ville ,
dont une partie paroît encore
avec des restes de la muraille
en plufieurs endroits.
हैं .
Le Lac qui eft à preſent
plus bas & hors de l'enceinte,
Umeftoit pas du temps des Romains.
Ce n'eftoit qu'un ma
rais par où les eaux s'écouloient
, aprés avoir fervy aux
victimes & aux autres ufages
du Temple. La preuve de cecy
eft que les Aqueducs pour
l'écoulement des eaux , & les
N iij
150 MERCURE
✓
•
chauffées des Romains paroif.
fent encore. Les colonnes qui
font dans le Lae ne font que
de grands arbres de cette
chauffée. Ce Lac s'eft formé
par la cheute des terres &
des rochers d'en haut qui ont
fermé le paffage aux eaux
pendant quelque temps , ce
qui eft encore arrivé de nos
jours , & qui ont ruïné les
Chauffées & les Aqueducs.
C'est pour cette raifon que ce
Lac a peu d'eau , & beaucoup
de boue. La Ville d'Antre
eftoit fituée un quart de lieuë
plus bas que le Lac au cou-
+
GALANT HནI་
T
chant, CetteVille eftoit quarree
, ayant demy lieuë de lon
gueur & autant de largeur.
Sa longueur tient depuis les
Puits Bonnery , jufqu'au def
fous du Village qui s'apelle
les Villars , c'eſt à dire les reftes
de la Ville , Sa largeur
prend du milieu de la côte du
Lac d'Antre ,jufque fur la roche
vive qui regarde le Château
de Moirans , où il y avoit un
chemin qui alloit à certe For
tereffe. On ne peut difcon
venir de cette grandeur , puifqu'on
trouve des bâtimens
en cet endroit, & que les mu
Niiij
152 MERCURE
railles de la Ville y paroiffent
On voit par là qu'elle eftoit
autrefois plus grande que n'ct
à prefent celle de Lyon .
Le Pont des arches a fub
fifté, & a paru de tout temps.
Il y a environ vingt - cinq ans
que des Païfans découvrirent
une partie de la Fonderie , le
reffe eftoit inconnu .
On vient de découvrir en
tierement le Pont & la Fonderie
le Palais du Gouverneut
Romain, le Prêtoire , les Hal
les, un Temple, les Bains pu
blics , une Place publique ,
une Porte de la Ville , défen
GALANT. 153.
duë de deux Tours avec un
Corps de Garde ; tout cela de
groffes pierres liées avec du
plomb & du fer, ce qui mon
tre que cette Ville eftoit fortifiée
d'une maniere extraordinaire.
Il y a audeffus du Palais
du Gouverneur des veſtiges
d'une Citadelle qui do
minoit fur toute la Ville. Le
Pont des arches , c'eft à dire ,
des Arcs , parce qu'il eft fait
en Aqueduc foûtenu de plu
fieurs Arcs unis enfemble , eft
du plus beau Romain , & d'une
ftructure extraordinaire de
groffes pierres liées avec du
154 MERCURE
plomb & du fer. Ce Pont fer
voir pour la communication
de la Ville, qui estoit des deux
côtez de la petite Riviere
d'Heria , & pour conduire les
caux dans la Fonderie , afin
de laver les terres des mines,
Il n'eft pas fi haut ni fi long
que le Pont du Gard , L'en
droit par où les Gens de pied
paffoient, eftoit pavé de mar.
bre couvert de Galeries , qui
regardoient tout du long , &
qui eftoient foûtenues par de
grands Piliers de marbre,dong
le bas , à la hauteur d'appuy,
eftoit incrusté de marbre &
GALANT . Iss
de jafpe fur du maſtic de la
derniere beauté . Elles fe font
confervées pendant plus de
dix-fept fiécles , & on en a
apporté à Besançon des morceaux
qu'on voit au Medaillier
du College des Jefuites.
Depuis le Pont juſques aux
Villages qui en font à demylieuë
, il y a des deux coftez du
ruiffeau une terraffe large de
huit toiles , qui fervoit de pro
menade. Elle eft toute de
grands quartiers . On a taillé
le roc en plufieurs endroits ,
& on voit encore des aqueducs
qui portoient l'eau dans
16 MERCURE
les Fontaines de la Ville , &
dans les Bains publics , & qui
l'emportoient. Le Canal eft
pavé deffous , avec de grandes
pierres polies qui rendoient
l'eau encore plus claire. On
trouve en haut d'autres terraf
fes pour les bâtimens , pour
les rues, & pour les jardins.
A la fource du ruiffeau qui
vient du lac d'Antre , & au
commencement de la terraffe,
il y a un beau baffin pour recevoir
l'eau, & pour la porter
dans un aqueduc du Pont . Ce
baffin eft pavé d'un mafticage
fi dur , qu'aprés dix- fept fic-
·
14
GALANT, 157
"
cles on n'en peut rien avoir,
Si néanmoins ce maltic eft
expofé à l'air pendant trois
jours , il fe réfout en pouffiere
La Fonderie eft éloignée de
cent pas du Pont des arches .
Elle eft , comme le Pont , de
groffes pierres & de la plus
belle ftructure Romaine. On
ne croit pas que les Romains
ayent bâti une plus belle &
plus vafte Fonderie dans les
Gaules . Le premier étage fubfifte
encore. Il y a plufieurs
Appartemens , les uns pour
fondre les métaux , & d'autres
pour battre la monnoye , le
2
158 MERCURE
tout de marbre avec des pein
tures au dedans . On y a trouvé
plus de quatre quintaux de
plomb , avec beaucoup de
craffe d'or. On dit communé.
ment dans tout le Pays qu'on
y a trouvé plufieurs lingots
d'or , & que beaucoup de fa .
milles s'y font enrichies. Ce
qu'il y a de certain , c'eſt qué
les Romains n'euffent jamais
fait un édifice fi fuperbe pour
des mines de plomb feulement.
Il eft à croire que le
nom de Chriſopolis , Ville d'or,
qu'on a donné à Besançon ,
cftoit celuy de la Ville d'AnGALANT.
9159
tre. Auffi la Ville de Belançon
n'at elle efté appellée de ce
nom , que fort tard , & depuis
que la Ville d'Antre a efté dé
* truite & dans l'oubly.
La Ville d'Antre n'eftoit pas
ſeulement fortifiée de murail
les & d'un grand nombre dé
Tours , avec une forte Citadelle
au milieu ; mais elle
i eftoit encore défenduë par
troisFortereffes qui fermoient
le paffage. L'une eftoit fur la
cime du rocher du Lac d'An
tre. Les deux autres eftoient
le Chasteau de Gerre , & le
Chasteau de Moirans. Le
160 MERCURE
Chafteau de Moirans eftoir
de ftructure Romaine , bâry
par les ordres de Jules Cefar,
pour fermer aux Suiffes le
paffage de la Gaule, Les fortifi
çations de ce Château étoient
d'une vafte étendue. Elles
s'élevoient d'un cofté contre
la roche vive , & de l'autre
juſqu'à l'Egliſe de Moirans .
On ne pouvoit ainfi paffer
dans la vallée que par les for
tifications & par la barriere
du Chateau . La grande Tour,
d'une hauteur prodigieule
,
eftoit octogone en dehors ,
& ronde en dedans , entourée
GALANT: 161
de quantité d'autres Tours ,
& de trois enceintes de fortifications
& de murailles. L'E
glife de Moirans a efté bâtie
des débris d'une Tour qui
eftoit au deffus . On reconnoiſt
auſſi dans plufieurs mai
fons de la Ville , des pierres &
de grands quartiiers.
+
o Le Chafteau de Gerre fut
bafty enfuite du temps d'Augufte
, au confluent des Rivieres
de Bienne & d'Heria, lors
qu'on fortifioit la Ville d'Antre
, & c'est pour cela qu'elle
eftoit d'un plus beau Romain,
& d'une structure encore plus
May 1693 .
162 MERCURE
belle que celle du Chaſteau
de Moirans .
"
La Ville d'Antre a efté fac
cagée & brûlée , comme il eft
à croire , par Attila , l'an 452.
lors que ce Prince Barbare
paffa des Gaules , où il avoit
efté battu par Actius , en
Italie pous affieger Aquilée ,
qu'il prit & ruina , ainfi que
Milan & Pavie ; aprés quoy
menaça Rome , & donna occafion
, felon le fentiment de
-quelques uns , à l'établiſſement
de la République de
Venife. On voit par là que
T'Hiftorien qui a écritqu'Attila
#
GALANT 163
entra enitalie par la Pannonie,
a pû ferromper , & que ceux
qui ont écrit le contraire femblent
avoir plus de raifon.
On ne peut douter que la
Ville d'Antre n'ait été brûlée;
la plupart des pierres eftant
calcinées , outre qu'on trouve
encore par tour du charbon
& des reftes de poutres brû
lées.
Onreconnoit par un autre
endroit qu'Attila a détruit
cette Ville. C'est qu'on y croy.
ye des Medailles de tous les
Empereurs Romains jufques
à fon temps, & qu'on n'y
O ij
164 MERCURE
trouve rien de nos Rois , ny
de ceux de Bourgogne , qui
occuperent le pays peu de
temps aprés. On voit au Medaillier
du College de Befançon
les Medailles qu'on y a
trouvées,dont la plufpart font
d'Augufte , de Vefpafien &
de Conftantin. Stebo
Il y avoit un Evêché dans
la Ville d'Antre , dont l'Evê
que a figué au fecond Concile
de Mafcon en $88 . Il s'appelloit
Marius. Le Pere Sirmond
'croit que c'eſt luy qui a porté
fon Siege à Laufane , qu'on
démembra du Diocefe de Ge
GALANT: 165
neve , & c'eft pourquoy Laul
fanc eft encore Suffragant de
Befançon , comme eftoit A
vanche. Lyon & Besançon
partagerent enfuite le Diocefe
d'Antre , ce qui fait que
Saint Claude eft du Dioceſe
de Lyon , & Moirans de celuy
de Befançon. ¿
Heft étonnant qu'on ait
demeuré pendant plus de
-douze fiecles à déterrer cette
Ville.Ce qui peut y avoir con-
Tribué , c'eſt que les Auteurs
qui d'ordinaire fe copient les
uns les autres fans critiquer
& fans rien examiner , ont
166 MERCURE
toujours pris Avanche pour
une Ville de Suiffe ,
Suiffe , fans prendre
garde à ce que Ptolomée
marque qu'il y avoit deux
Villes de ce nom , l'une en
Suiffe & l'autre dans le
pays des Sequanois , Aventi
sum Helvetorum , Aventicum
Sequanorum ; aprés quoy on
ne peut douter qu'il n'y ait eu
deux Villes de ce nom , l'Au
teur défignant même leurs
differentes fituations de latitude
& de longitude , D'ail
leurs , Gontran, Roy de Bour,
gogne , ayant aflemblé à Maſ
con l'an 188. tous les Evêques
GALANT. 167
de fon Etat , Marius , Evêque
d'Avanche , ne s'y feroit pas
trouvé , s'il avoit efté Evêque
de Suiffe , la Suiffe n'eftant
pas des Etats de Gontran ; à
quoyil faut ajoûter qu'Avanche
en Suiffe prés de Fribourg
n'a point d'Evêché. Ce мarius
done qui fut appellé au
Concile de Mafcon , eftoit
Evêque d'Avanche dans la
Franche- Comté , qui eftoit
alors des Etats de Gontran. ¿
On prie les Sçavans & les
Curieux d'envoyer leurs réflexions
fur cette découverte,
afin d'achever de tout recon .
168 MERCURE
noiftre & de tout éclaircir .
Un grand monde va voir à
prefent cette découverte de
tous les lieux circonvoiſins .
Auffien'y a t il aprefque rien
dans le Royaume , de plus
grand , ny de plus curieux en
fait d'antiquité.
tion g'a
Vous ſçavèz , Madame,
vous qui avez tant regretéfeu
M de Santeul , mort à Dijon,
qu'il y fut inhumé en l'Eglife
Abbatiale de Saint Eftienne,
& que fon corps ayant
efté revendiqué depuis par
Mrs les Chanoines de Saint
Victor
GALANT. 169
1
Victor de Paris , à la recommandation
de Monfieur le
Prince , il fut apporté au commencement
de cet Hiver ,
dans leur Eglife. C'eſt ce qui
a donné lieu aux Vers que je
vous envoye , de la compofi ,
tion de M' Moreau , Avocat
General en la Chambre des
Comptes de Dijon . Ils ont
eſté tres favorablement reçus
de Son Alteffe Sereniffime,
à qui l'Auteur les a envoyez.
*
Eux illuftres Citéz difputent
pour Santeuil
DE
Comme fept autrefois le firent pour
Homere ,
May 1698.
P
•
10 MERCURE
Et jaloufes d'avoir fa cendre & fon
Cercueil ,
L'une & l'aurre à l'envi s'en décla
rent la Mere.
Ceft , dit l'une , en mon fein qu'il
a receu le jour.
C'eft , dit l'autre , pour moy qu'a
parlé fon amour ,
Chagrin de tes mépris ſon coeur te
defavouë ;
Content de mes bienfaits en mou,
rant il me louë
Me choifit pour fa Mere & fe
nomme mon Fils .
Pour éprouver leurs coeurs , & fon
der leurs efprits,
La derniere Piece en Vers La
tins que Mr de Santeul compofa à
Dijon quelques jours avant (a mort,
avoit pour titre, Santolius Burgun
dus.
GALANT. 170
Un grand Prince prudent & fage,
D'un genie admirable , ainſi que
valeur ,
La
Entre elles de Santeul propofe ce
1 partage ;
Donne à Dijon le corp donne à
Paris le coeut.
D'abord l'ame d'amour & de chagrin
émuë ,
Dijon s'eft récrié , dans ſa juſte dou
leurs
Non , je veux tout ou rien , un par
tage me tuë.
Quoy ? pourrois- je voir fans mourir
Cette divifion fatatale ?
Ah , plûroft que de la fouffrir,
Que le corps & le coeur , tout foit à
ma Rivale,
A ces mots qui marquoient un vray,
redentiment ,
Pij
172 MERCURE
Du vray coeur maternel on connoist
la tendreffe ,
Et le grand Prince alors fit par fon
ponjugement ) s
D'un fecond Salomon éclater la fas
gefle .
Il paroift depuis peu de
jours un recueil d'excellens
Vers Latins , de la compofition
de M' l'Abbé Feydit. Il
eft intitulé , Tombeau de M' de
Santeul, & toutes les Pieces
qui le compofent font l'éloge
de ce fameux Poëte , dont les
Hymnes qui fe chantent dans
L'Eglife , & qui font d'une
beauté achevée, conferveront
GALANT. 173
le nom jufqu'à la confommation
des Siecles. Ce recueit
qui fe vend chez la Veuve de
Robert le Nain , rue du Foin,
proche Saint Yves , finit par
une Piece qui a pour titre ,
Luctus Academia Gallicana de
morte Santolii. Elle eft fort à
l'avantage de Mrs de l'Academie
Françoiſe, mais bien plus
de Mr l'Abbé Feydit , qui y
fait voir , comme dans toutes
les autres , combien fon heureux
genie pour les Vers Latins
, le rend digne de louer
un auffi grand Poëte que Mr
de Santeul.
Piij
174 MERCURE
Mr Pivain a mis en Airles
Vers de la premiere Strophe
d'une Ode de Mademoiſelle
des Houlieres , que je vous ay
envoyée entiere depuis un an.
Ils conviennent fort à la faifon
, & vous ne ferez pas fa
chée de les entendre chanter
dans voftre Province .
AFR NOVUEAU.
LE
E plus beau des mois
Remplit noftre attente .
La terre eft riante.
Déja dans nos Bois.
Le Roffignol chanté ;
Déja les moutons
GALANT. 173
Paiffent les herbettes »
Et fontmille bonds
Au fon des Mufeties.
Ces Vers qui marquent fi
bien les premiers plaifirs qu'
on goûte au Printemps , donnent
lieu de fouhaiter que
cette belle faifon duraft cou
jours ; mais quel avantage
pourroit- on tirer de ce qu'elle
a de plus agreable , fron manquoit
du plus grand des
biens ? Il confifte en la Santé,
dont vous allez entendre l'E
loge.
Piiij
176 MERCURE
ELOGE DE LA SANTE,
Charmante Santé,
Que ta prefence aimable
Eft un bien defirable ?
Quelle felicité
Dei'avoirpour partage
En tout temps , en tout age ?
Efil d'autre bonheur
Dans le cours de la vie
Qui doive faire envie ,
Et chatouiller le coeur ?
Le luxe , l'abondance.
Le fçavoir , l'éloquence ,
'Les amours , les honneurs
Le brillant des grandeurs ,
Et la faveur des Princes,
Sont des prefens bien minces.
Un monceau de trefors ,
GALANT. 177
Vne grande lignée ,
Et la beauté du corps
D'une Femme bien née,
Ont- ils des biens fans toy ?
Quand ceferoit un Roy,
Si la douleur l'accable ,
Je le tiens miferable ;
Et les bienfaits divers
Qu'accorde à la nature
L'Auteur de l'Vnivers,
La charmants verdure
Qui renaift tous les ans
Au retour du Printemps
Ce qu'il produit de rare
Pour recréer nos fens ,
Tout ce qui les répare
Quand ils font languiſſans ›
Et ce que fa largeffe
Répand fur nous fans ceffe ,
Peut-il eftre compté
Comme un bien defirable ,
3
178 MERCURE
Sans ta prefence aimable,
O charmante Santé.
Ce qu'on écrit de Strasbourg
du 25. du mois paflé , eft fort
extraordinaire. Une Chattey
a fait deux petits Chats &
deux petits Doguins , mafle &
femelle , tout d'une ventrée,
Ces petits Doguins ont tout
de cet animal juſques au cry,
à l'exception des pattes , des
oreilles , & de la queuë , qu'ils
ont du Chat , & ce qu'on trou
ve de plus particulier à cette
forte de monftruofité , fi l'on
peut parler ainsi , c'eft que la
maifon où cette Chatte a fait
#
A
GALANT: 179
fes petits , eftant éloignée
de plus de cinq cens pas de
toutes celles de Strasbourg ,
où il y a des Doguins , on prétend
que ce ne peut eftre par
voye de copulation que la
Chatte a engendré ces deux
efpeces de Monftres , ce qui
fait croire qu'ils font un effet
l'imagination , ou d'un ref.
fouvenir de cet Animal dans
le temps qu'il a conceu . La
Chatte continuë de nourrir
les deux Doguins depuis un
mois qu'elle les a faits. On
verra dans la fuite fi contre
l'ordinaire des monftres , qui
de
180 MERCURE
n'engendrent pas , ceux cy;
qui font mafle & femelle , ne
produiront point une espece
particuliere.
Je vous envoyay le mois
paffé des Vers fur plufieurs
coups de Tonnerre que l'on
avoit entendus extraordinai
rement , en un jour où le
grand froid donnoit ſujet de
fe plaindre. Voicy ce que
porte la Lettre d'un Officier
qui eft aux Ifles de Sainte
Marguerite , & qui a écrit pref
que dans le même temps .
Le Tonnerre tomba icy le zo.
Avril à midy & un quart, &tua
GALANT.
181
7
un Soldat , en bleffa deux , qui
eftoient dans une Guerite depierre,
qu'il rafa jufqu'aux fondemens . H
paffa la mer , & à une lieuë de là
il tuadeux Femmes & unValet,
qui revenoient du moulin avec un
cheval chargé de farine. Le che
valfut déferré de trois pieds , fans
qu'il receuft aucun autre mal. Mon
Tambour eft un des Soldats blef-
Sez. Son chapeau a efté brûlé entiè
rement , auffi- bien que fes cheveux
du costé gauche jufques à l'oreille.
Il avoit une veste de drap , & un
jufte au corps de toile par deſſus .
bien boutonné. Cette vefte & la
chair ont efté brûlées , fans que
la
18 MERCURE
chemiſe ny le juſte- au corps ayent
efté touchez. Le troifiéme Soldat
a eu le visage brûlé ésor.
ché , mais fans aucun mal aux
yeux. Les trois Chateaux ont efte
sout à fait brulez On croit que
le Soldat mort a efté affommé du
débris de la voûte de la Guerite,
car il avoit la teste toute fracaffée.
On tira les trois Soldats de
deffous les pierres ; l'un mort ,
deux évanouis. Mon Tambour nè
fait comment s'eft paffée la chofe.
It dit qu'il n'a ny entendu le Ton .
nerre , ny vû le feu.
7
Le Roy informé du merite
GALANT. 183
de Madame d'Arcuffia du Re,
veft , Religieufe à Hyeres de
l'Ordre de Cifteaux , luy ayant
fait l'honneur de la nommer
il y a deux ans , à l'Abbaye
de Montfion de Marseille, du
mefme Ordre, dont l'Abbeffe
avoir efté élective & perpétuelle
, cette Dame choisit un
jour du mois paffé , pour fe
faire benir. On fit la ceremonie
dans l'Eglife des Peres
Jefuites , qui des plus belles
de Marſeille , celle du Monaftere
n'eftant point aflez fpatieuſe
, pour recevoir tout le
grand monde qui devoir s'y
184 MERCURE
trouver. On prit foin de la i
parer extraordinairement , &
d'orner l'orner l'Autel de
quantité de Vafes remplis des
plus belles fleurs de la ſaiſon ,
& de l'éclairer de mefme de
plufieurs Luftres aux Armes de
M l'Evêque de Marſeille , &
de Madaine l'Abbèſſe . Un
Trône eftoit dreffé à côté de
l'Autel pour ce Prélat avec un a
grand Fauteuil au milieu. Un
autre Fauteuil eftoit placé vis
à vis au bas des dégrez fur une
petite eftrade , pour l'Ab
beffe qu'on devoit benir, avec
deux autres un peu plus bas
'GALANT. 185
1
& plus reculez , pour les Affif
tantes. Sur les neuf heures du
matin , cinquante Dames des
plus qualifiées vinrent en
Chaize au Monaftere , qui
eft prés du Cours , pour pren . !
dre Madame l'Abbeffe & pour
l'accompagner. Cette Dame :
les ayant receuës avec beauco
coup d'honnefteté , le mit :
auffitot en Chaize , les Car- ;
roffes n'eftant point en uſage
amarfeille àcaufe de l'inégalité
du terrein, & que les rues font :
la plufpart fort eftroites . Elle
fe rendit à l'Eglife des Peres
Jefuites , fuivie de quelques
May 1698.
quclqu
186 MERCURE
unes de fes Religieufes , de
plufieurs autres de divers Or
dres , & de tout ce nombreux:
cortege de Dames. Les Vio
lons & les Hautbois las regalerent
à fon entrée d'une piè
ce qui fentoit la Fefte , & qui
ne pouvoit qu'inſpirer beaucoup
de joye à toute la Com.
pagnie. Eftant arrivée à l'Au
tel au travers d'une infinité de..
peuple, dont elle eut peine à
percer la foule , elle fe mit
aprés une courte Priére dans
la place qui luy avoit eſté deftinée
, ayant à fes côtez Madame
d'Arcuffia l'Esparron fa
"
GALANT 187
4
Tante, Abbeffe du Monaftere
des Auguftines d'Aubaigne ;
& Madame d'Arcuffia du Re
veft fa foeur , qui luy fervirent
d'Afliftantes. M' l'Evêque de
Marteille parue en mefme
temps à l'Autel vêtu Pontifi
calement , & aprés quelques
Priéres , il recita les Litanies
des Saints, pendant lefquelles
certe Abbelle demeura toû
jours à genoux derriere luy, la
face profternée contre terre ,
n'ayant qu'un carreau pour
appuyer fa tête. Les Litanies
& quelques autres Oraifons
finies , M l'Evêque s'eftane
Q ij
188 MERCURE
aflis dans fon Fauteuil , Ma
dame d'Arcuffia fit Profeffion
de foy entre les mains , avec
tant de fermeté & de model.
tie , qu'elle s'attira les yeux &
l'admiration de tout le mon
de ; aprés quoy ce Prélat luy
donna la Bague , la Croix , &
la Croffe. Elle eftoit affife fur
fon Fauteuil , le viſage tourné
contre le peuple , à qui cette m
cerémonie parut d'autant plus
nouvelle, qu'elle n'avoit point
efté pratiquée à Marseille depuis
bien des fiécles . M' l'Evêque
celébra enfuite la Meffe
qui fut chantée en Muſique.
GALANT: 189
A l'offrande , Madame l'Ab
beffe s'approcha de l'Autel ,
accompagnée de fes deux Affiftantes
, qui luy mirent en
main deux gros Flambeaux
ou eftoit attaché l'écuffon de
fes Armes, qu'elle prefenta l'un
aprés l'autre , Madame fa foeur
tenant toûjours la Crofle à fon
côté. Elle communia des
mains de l'Evêque. Ce Prélat
l'eftant allé prendre à la fin
de la Meffe , la mena au devant
de l'Autel , la faiſant affeoir
dans fon propreFauteuil,
où elle demeura pendant le
Te Deum, qu'il entonna. Il fut
190 MERCUR
E
chanté par la Mufique de l'O
pera, mêlée au fon des Inſtru
ments. L'on s'empreffa en
fuite d'aller baifer les mains
de cette nouvelle Abbeffe ;
qui s'en retourna en fon Mo.
naftere dans le mefme ordre
qu'elle eftoit venue , fi ce n'eft
que fon cortege fe trouva en :
core plus nombreux . La porte
fut ouverte à tous ceux qui
eurent la curiofité d'y entrer,
& on y donnaun magnifique
repas à plus de cinquante per
fonnes de l'un & de l'autre
fexe.
La maifon d'Arcuffia eft
A
GALANT: 191
originaire du Royaume de Na,
ples , defcendant des Ducs
d'Amalphi , dont elle a eu la
Souveraineté depuis l'an 830)
jufques à 1086. Elle s'eft toûjours
alliée à celle des Ducs
de Naples , jufqu'à ce qu'ils
furent chaffez par les Normands
, qui fe rendirent Maî
tres de tout ce pays - là . Elifee
d'Arcuffia eft le premier dont
Hiftoire ait fait mention . Il
eut pour fils Panzelle , Seigneur
de Capri , & Amiral de l'Armée
Navale de l'Empereur
Federic ; & la iffa Jacques , qui
époufa une fille de la mailon
192 MERCURE
de Maramalda , & fut Comte
de Monervina & d'Altamura.
Celui cy fut Secretaire &
Grand Chambellan de Jeanne
Reine de Naples , & Comtefle
de Provence. Ce fut vers l'an
1375 auquel temps il vint s'établir
à Marſeille . Ce Comte
Jacques fit hommage à ſa maitreffe
de l'Ile de S. Geniez,
que nous apellons aujourd'huy
les Martigues , érigée en
Principauté , & tombée dans
la maifon de Vandôme, Cette
Princeffe luy permit & à tous
les fiens , de battre monoye
Il fonda la Chartreufe de
Capri ,
to
GALANT. 193
Capri, à laquelle il donna huit
cens écus d'or de rente , fomme
tres- confiderable en ce
temps-là. Il eut pour fils Fran-'
çois d'Arcuffia & Jannoccia.
Ce dernier époufa Laudane de
Sabran , fille unique de Guillaume
de Sabran , frere & he
ritier de S. Elzear , Comte
d'Arian , & Baron d'Anfoüis ,
François eut de Morelte, Com .
teffe de Balbe, Loüis qui mou
rut à Tourves dont il eftoit
Seigneur ,laiffant de Catherine
Caftelane trois fils , & trois
filles . François fon fils épouſa
Madelaine d'Esclapou , Vi
May 1698 . R.
194 MERCURE
Comteffe d'Efparron vers 1480
Celui-cy fut le premier S
d'Efparron , & pere de Jean ,
qui d'Honorade de Seguiran
eut Gafpard. Le Roy François
premier donna a ce dernier
l'Office de Juge Royal de For
calquier , gratis , & le fit Con
feiller Clerc au Parlement de
Provence , avec permiffion de
fe marier. Il épousa Margue
rite de Glandeve , qui luy
donna pour fils Charles d'arcuffia
, de Capres , Seigneur
d'Efparron , de Pallieres , &
du Reveft ; qui fut Gentil
homme de laChambre duRoi.
GALANT 195
Il a écrit un Livre de Faucon
nerie , & il époufa Marguerite
de Fourbin , dont il eut deux
fils , François & Jean- Baptiſte,
qui ont fait les deux branches
d'Efparron & du Reveft , Fran
çois du Reveft fut marié aveo
Loüife de Blancart . Jean- Bap
tifte fon fils luy fucceda , &
époufa Loüife de Beauffer ,
qui luy laiffa plufieurs enfansi
Pierre l'ailné a épousé Blanche
Cypriani, dont il a des enfans.
Jean - Baptifte d'Arcuffia du
Reveft , fils de Charles d'Ef
parron a efté Premier Procu
reur du Pays , Charge tres
Rij
196 MERCURE
confiderable en Provence, of
l'on n'élit que des Gentils
hommes du premier ordre ,
pofledans desFiefs nobles dans
la Province. Il avoit époufé
Marie du Puget Barbentane ,
dont il a eu trois fils , Charles,
Melchior , Commandeur de
Beaulieu , & Sextius auffi Che,
yalier de Malte . Charles du
Revesta eu pour femme Mar
the d'Antoine. Il eft Pere de
Madame l'Abbeffe de Montfion.
Jofeph fon fils aifné, avoit
épousé Madelaine de Be
gon , fille de M² de Begon,
M'
cy- devant Intendant des Ga
GALANT. 197
leres , & maintenant Intendant
de Juftice & de Marine
à Rochefort. Heft mort Lieutenant
de Galere à la Campagne
d'Alicante , en 1691. & a
laiffé deux fils . Cette Abbeffe
a encore un Frere Chevalier
de Malthe , auffi Lieutenant
de Galere , qui fert avec beau
coup de diftinction. Arcuffia
porte d'or à une fafce d'azur , ac
compagnée de trois Arcs de fleche,
de gueules , mis en pal , deux en
chef & un en pointe,
Les Ouvrages de Mademoiſelle
l'Heritier vous ont
Riij
198 MERCURE
fait connoiftre fon merite.
Je ne puis vous donner une
preuve plus glorieufe pour
elle de l'estime qu'ils luy one
fait acquerir par tout , qu'en
vous difant que M les Lan
terniftes de Toulouſe luy ont
donné une place dans leur
Société. Voicy en quels ter
mes font conçuës les Lettres
de reception qui luy one efté
envoyées en Velin pour l'y
admettre.
P Endant que l'Academie Fran
çoife , l'ornement de la Capitale
du premier Royaume de
GALANT: 199
monde , employe fes fameux talens
à perfectionnerl'Eloquence &
la Poëfie pendant qu'elle fait
paroiftre fon zele pour fon incom .
parable Monarque , la Compa
gnie des Lanterniftes , excitée
par un fi bel exemple , s'applaudit
deftre particulierement confacrée
à l'honneur de LOUIS le Grand,
Protecteur des Rois & de la Re.
ligion , luy par qui les Sciences &
les beaux Arts fleuriffent mefme
dans le fein de la Guerre, toujours
entreprise avec juftice , fourenne
avec-fuccés , & finie avec gloire ,
C'est dans cette vue qu'on s'applique
à affembler des Perfonnes
Rij
200 MERCURE
capables de contribuer àl'exécution
d'un figlorieux deffein ; comme a
l'esprit & le merite eft non feule
ment de tout Pays , de tout âge
de toute condition , mais encore de
Four Sexe, cette Compagnie eftant
convaincue de l'exacte probité , de
l'érudition polie des autres bril
lantes qualitez de Mademoiselle
l'Heritier de Villandon , de Paris;
la reçoit aujourd'huy quatrieme
du mois de Novembre mil fix cens
quatre- vingt -feize , pour eftre re
connue du nombre de ceux qui la
compofent , efperant que
de Lanternifte acquerra un jour
dequoy mieux répondre à la dignité
le Titre
↳
T
GALANT: 201
du fujet qui va remplir la Place
adjugée , en vertu des prefentes
= Lettres données à Toulouse , l'an ,
I jour & mois qu'on vient de
= marquer
.
■
ARNAUD LABORIE , Secre
taire des Lanternistes .
Vous voyez par la datte de
= ces Lettres que la modeftie
à de Mademoiſelle l'Heritier
luy a fait cacher jufqu'à prefent
, un honneur qu'elle
eftoit fi digne de recevoir , &
que fes Amis ont eu befoin
den furprendre une copie.
Elles eftoient accompagnées
de cette autre Lettre pour
202 MERCURE
elle , de la part de M les DE
Lanterniftes.
A Mademoiselle l'Heritier,
MAdemoiselle ,
Jamais nôtre Compagnie
n'a eu plus de bonheur qu'en
vous choififfantnt pour eftre du
glorieux nombre de ceux qui
la compoſent. Ce choix eft
plus glorieux pour elle que
pour nous. Son intereft particulier
s'y rencontre , & le
beau commerce de vos talens
& de vos lumieres , eft d'une
élevation & d'un fecours
qu'on ne fçauroit affez efti
GALANT. 203
mer. Auffi pour mieux nous
affurer cet honneur & vous
attacher plus fortement à
nous > on vous envoye vos
Lettres de reception . Ne foyez
pas furprife , Mademoiſelle ,
d'y voir voftre Eloge en fipeu
de mots. Il feroit fort difficile
de le mettre dans toute fon
étenduë. Comment dépeindre
une foule d'excellentes
qualitez réunies en voftre
Perfonne, plus propres à eftre
gravées fur le Bronze qu'é
critesfur du Velin ; Comment
O faire un jufte Portrait de la
netteté & de la policeffe de
rala
"
204 MERCURE
The
voftre ftile , ' de la vivacité de
vos expreffions , de la beauté
de vos pensées toûjours nouvelles,
de vostre érudition pro
fonde & dégagée , de cette
grande facilité que vous avez
a bien écrire , de ce gouft fin ,
& de ce naturel heureux qui
donnent à vos écrits tout l'agrément
& toute la delicateffe
poffible ? Et fur tout comment
relever les difpofitions merveilleufes
de vostre coeur
cette bonté , cette droiture ,
& cette vertu heroïque , qui
yous diftinguent dans tout vôtre
Sexe , & qui vous attirent
e
GALANT. 205
de fameux & de folides ap
plaudiffemens Tous ces differens
avantages & cent autres
que l'on pourroit ajoû.
ter , demandent une plume
plus habile que celle qui explique
les tentimens d'une
Compagnie enchantée de votre
merite. Ne vous repentez
pas d'y eftre , vous y trouverez
dequoy fatisfaire voſtre plus
douce inclination . Vous ver
rez dans le coeur de vos Confreres
, Mademoiſelle , un zele
ardent pour le Roy , & une
conftante application à faire
célébrer la gloire d'un Heros
2 c6 MERCURE
e vous
que vous aimez avec tant de
tendreffe, & fçavez
louer avec tant d'efprit. Cette
feule confideration
vous ren
dra noftre Société plus agréa
ble , & vous fera recevoir avec
plus de joye les témoignages
de fincerité , d'empreffement
& d'eftime avec lesquels nous
fommes , Mademoiselle , Vos
très , &c .
ARNAUD - LABORIE , Se
cretaire des Lanterniftes.
S
GALANT 207
REPONSE
De Mademoifelle l'Heritier
Mrs de la Compagnie
des Lanternistes
:
MESSIEURS,
L'honneur que je reçois
par le titre glorieux dont vous
avez daigné me parer , fait
naiſtre en moy des fentimens
bien oppoſez. Je fuis comblée
de joye de me voir admiſe
dans une Compagnie auſſi
celebre que la voſtre ; mais en
même temps je fuis faifie d'u
ne juſte crainte de ne pouvoir
208 MERCURE
remplir avec fuccés rous les
engagemens attachézsàtulad
place diftinguée dont voftre
choix vient de m'honorer,
Comment trouver dans mon
efprit des lumieres affez vives
pour eftre dignes d'eftre unies
avec les voftres ? Comment y
trouver un fçavoir & une po
liteffe propres à entrer en fo
cieté avec une troupe d'Hom
mes choifis , auffi remplis
d'une folide delicateffe que
d'une brillante érudition? D
Non , Meffieurs , quelques
efforts que je faffe pour
m'élever
au deſſus de mon genie,
GALANT. 209
je ne pourray jamais occuper
qu'avec confufion da place
que vous m'avez donnée , ſi
heureux commerce que j'au
ray avec voftré fçavante Com
pagnie , nel me communique
des clartez qui me mettent en
eftat de la remplir dignement.
Hoeft à prefent de vostre gloire,
Meffieurs, de me commu
uniquer ces clartez. J'apporteray
de ma part tout l'empref
fement & toute l'attention
imaginable à les recevoir, &jer
n'oublieray aucuns foins pour
atteindre au bonheur de reffembler
un jour en quelque
May 1698.
S
210 MERCURE
D
forte au brillant Portrait que
vous avez voulu faire de moy,
dans l'élégante Lettre que
vous m'avez fait l'honneur de
m'écrite. Ce Portrait eft fi
bien touché , tous les traits en
font fi nobles , fi fins & fi de 1
licats , qu'on eft au defefpoir
de n'y voir de reffemblance
que dans les couleurs qui font
employées àpeindre un coeur
penetré de reconnoiffance
par les bontez de voſtre illa -
ftre Compagnie . Ses lumieres
font toujours fi feures , qu'on
pourroit croire qu'elle les a
peu confultées en me choiGALANT.
271
10
fiflaut pour m'affocier avec
no elle.
Heftvray que dans ce choix
elle a plus cherché à faire une
grace qu'à rendre juftice ;
mais cependant comme rien
n'échape à fa penetration , on
doit le perfuader qu'elle n'a
pas fait cette grace fans reflexion.
Voulant me tenir compre
d'un panchant que je dois
à la nature , certe docte Com
pagnie a pluroft & envilagé
l'inclination que j'ay pour les
fciences & les beaux Arts, que
les progrés que fay faits dans
ces nobles exercices. Ouy mel
Sij
122 MERCURE
fieurs , vous avez fceu que je
connois tout le prix de la ver
tu & du fçavoir . Vous avez
fceu quels honneurs je leur
rens fans ceffe , & enfin l'ad .
miration & le zele que j'ay
pour le merite m'ont tenu lieu
de merite auprés de vous ,
perfuadez que vous eftes, que
lors qu'on le cherit avec pal
fion , on fait tant d'efforts
pour en acquerir , qu'on ne
manque guére de réüffir dans
un fi beau deffein .
C'eft fur cette idée , Mef
fieurs , que vous m'avez admi
fe dans votre fameufe Allem
GALANT. 213
1
blée , malgré la tirannie d'un
ufage dont le caprice ſembloic
en exclure mon Sexe . L'inju
tice de cet ufage le détruit
chaque jour d'elle - même , &
fans que nous avons cherché
à nous révolter contre fes
loix , les folides lumieres & les
rares talens qu'on a vû briller
en ce fiecle dans d'illuftres
Femmes , ont prouvé avec
éclat que le Ciel leur prodigue
quelquefois les dons de
l'efprit & de la feience auffi
liberalement qu'aux Hom .
mes.
•
Nectaignez donc pas ,Mef
214 MERCURE
feurs , qu'on s'étonne de vo
Atre choix par rapport à mon
Sexe . On ne pourra en eftre
furpris qu'en examinant les
talens qui me manquent.
Mais je vous l'ay déja dit , j'ef
pere les aquerir par l'heureuſe
liaifon que j'autay avec vous.
C'est alors qu'uniflant des lu
mieres que j'auray puilées
dans votre docte Societé au
zele naturel & ardent que j'ay
pour le Roy , je celebreray la
gloire de ce Heros d'une mapiere
qui me fera enfin trou
ver digne de la place que vous
m'avez donnée dans votre
비
GALANT
215
illuftre Compagnie.
Quel touchant plaifir pour
moy , d'entrer dans tous les
foins empreffez qu'elle fe don
1 ne pour établir des concerts
où les Mufes puiffent chanter
- éternellement les vertus & les
grandes actions d'un Conque.
3 rant , dont la moderation peut
feule égaler les Triomphes , &
qui ne cherche qu'à faire res
gner la Paix , malgré la rapidité
dont la Victoire eft attachée
à le fuivre!
1
Que ne m'eft - il permis ;
Meffieurs ,de pofſeder dés aujourd'huyles
talens que je me
216 MERCURE
Alate d'acquerir avec le temps
dans vostre fçavant commer.
cel! Que j'aurois de joye de
tracer un Tableau de toutes
les nobles & brillantes idées
qui fe prefentent à mon imagination
! Que j'aimerois à
peindre la fageffe , la valeur ,
la generofité , la bonté, la pru
dence & l'exacte juſtice d'un
Monarque mille fois plus
grand par fon coeur que par
fon rang , quoy que l'Univers
le regarde comme le plus puif
fant de tous les Roise :
Mais je fens que je fuccomberois
dans un projet fi hardy.
Ouy,
GALANT: 217
Ouy , Meffieurs , quand j'aurois
appris par voftre fecours
à me fervir des plus riches ornemens
de l'Eloquence , je ne
à pourrois encore executer un
fi grand deffein qu'en trem
blant.
J'impofe donc filence à mon
zele , mais en l'empêchant de
parler fur un fi beau fujer , je
laiffe un libre cours à fa voix
pour applaudir à la noble ap
plication que vous avez à faire
celebrer la gloire du Heros
à qui il s'est dévoüé. ⠀⠀
Quand voltre fcience pro
fonde & vos heureux talens
May 1698 . T
T
218 MERCURE
Mel
ne vous diftingueroient pas
autant qu'ils font entre les
plus celebres Sçavans , je fe
rois toûjours charmée d'eftre
d'une Compagnie qui s'eft
impole un devoir fi jufte & fi
glorieux . Jugez donc ,
fieurs , quels font mes fentimens
quand je pense aux bril
lantes qualitez que vous mê
lez au zele paffionné que vous
Davez pour le Roy . Ces refle
xions me font fentir avec une
vivacité inexprimable tout
prix de voftre bienfait , &
m'engagent à eftre toute ma
vie avec une auffi fincére rel
GALANT. 219
connoiffance , qu'nne parfaite
eftime , Meffieurs , Voftre ,
e & c .
Le vray merite manque rarement
à eftre
recompenfé , &
l'avanture dont je vais vous
faire part en est une preuve.
Une Dame d'une fort grande
vertu, demeurée Veuve à trenteans
, fe trouva preſque fans
bien par le defordre que la
mort de fon Mary mic dans
fes affaires . Elle avoit épousé
un Gentilhomme
d'une naiffance
affez diftinguée , à qui
destenvieux avoient fufcité de
fâcheux procés , qu'il avoit
Tij
220 MERCURE
toûjours foutenus fans les
bien entendre , par le credic
qu'il avoit auprés de ſes Juges.
Il fallut aprés fa mort s'ac
commoder avec les Parties
& une fort belle Terre dont
il joüiffoit , fut enfin aban
donnée à fes Creanciers
, pour
fauver ce qui luy reftoit d'ail
leurs , qui confiftoit en fort
peu de chofe. L'accommode
ment fut fait par l'avis & par
les foins d'un Amy du Gentil
homme , qui prit fortement
les interefts de la Veuve , &
qui ne trouva que ce feul
moyen de luy procurer quel
GALANT. 121
que repos. Il eftoit tres- riche
& tres- genereux , & pour faatisfaire
l'ambition de fa fem-.
me , il permettoit malgré luy
qu'on luy donnaft le nom de
Marquis. C'eftoit un elprit
hautain. Elle aimoit le jeu &
la dépenſe , & il n'y avoit jamais
affez de plaifirs pour elle .
Son Mary avoit beaucoup à
fouffrir de cette hauteur , qui
n'eftoit point de fon caracte-.
re, mais il s'en plaignoit inutilement.
Sa complaifance
pour un Pere imperieux , â qui
le nom qu'elle avoit de riche
heritiere avoit fait vouloir
T iij
222 MERCURE
cette alliance , l'avoit obligé
d'y conſentir , & on n'avoit
jamais vû deux humeurs fi
oppofées. Le Marquis l'avoit
douce & obligeante, & rien ne
luy faifoit un plus grand plai
fir , que l'occafion de faire du
bien. Auffi fa bourfe ouverte
en tout temps pour la Veuver
de fon Amy , luy épargnoit de
grands embarras où elle feroit
tombée fans le fecours :
qu'elle en recevoir. Cepen.
dant il n'y avoit rien de plus
defintereffé que les fervices
qu'il ne fe laffoit jamais de luy
rendre. Il ne la voyoit que
GALANT. 223
dans les temps où il croyoic
qu'elle avoit befoin de luy , &
il luy recommandoit fur tou-.
tes choles l'éducation d'une
Fille de fept à huit ans , que
fon Mary luy avoit laiſſée, & à
laquelle il difoit qu'il vouloit
fervir de Pere . Elle meritoit
les foins qu'il en prit , & il les
prit avec d'autant plus d'ardeur
qu'il fe voyoit lans enfans
& fans efperance d'en avoir.
Tous les traits eftoient for-
6 mez avec un certain brillant
qui faifoit connoiftre que ce
feroit une fort belle perfonne.
La douceur qui fe trouvoit rés
Tilij
224 MERCURE
pandue fur fon vilage , s'éten
doit fur fon humeur , & quoy.
qu'elle fuft encore dans l'enfance
, la vivacité de fon efprit
ne laiffoit pas de paroiftre.
Elle n'avoit aucune inclination
qui ne la portaft à ce qui
eftoit louable , & en cultivant
un naturel fi heureux , il y
avoit dequoy faire quelque
chofe d'achevé. Comme le
Marquis aimoit la Mufique
avec paffion , & qu'il luy trouvoit
beaucoup de voix , il choi
fit les meilleurs Maistres pour
luy apprendre à chanter & à
bien toucher le claveffin. Elle
GALANT: 225
y réuffit parfaitement , & elle
Of n'avoit pas encore dix ans qu'-
on la regardoit comme une
merveille. Elle eut le même .
avantage pour la danſe , & fi
la fortune luy euft efté auffi
favorable que la nature , on
I peut dire qu'elle n'auroit eu
rien à defirer . Sa Mere de fon
cofté contribuoit beaucoup ,
& par fon exemple , & par fes
leçons , à la rendre digne d'el.
le. Ce n'eftoient que fenti
mens de vertu & de fageffe
qu'elle cherchoit à luy infpirer
, & elle n'avoit qu'à imiter
fa conduite , pour marcher en
226
MERCURE
fureté. Point d'air ·coquer ,' ,
point de
prefomption
ridicu
le . Tout eftoit reglé , & il n'y
avoit point à craindre de faire
un faux pas dans une fi bonne
école . La Belle avoit déjà at-.
teint dix - sept ans , & tous
ceux qui
trouvoient moyen
d'avoir
quelque accés chez
elle , luy
donnoient mille
loüanges fur les belles quali
tez. Les vifites n'y cftoient
permiles
qu'autant
qu'elles
doivent l'eftre pour faire ap
percevoir le merite d'une jeune
perfonne à qui la beauté
& les
agrémens
doivent tenir
GALANT. 227
12.
lieu de bien. On n'y fouffroit
point d'affiduité qui fuft remarquable
, & ceux que l'on
recevoit de temps en temps ,
n'avoient pas de peine à voir,
que pour s'acquerir quelque
privilege particulier il falloit
parler de mariage. Ce fut ce
qui engagea un de fes Adorateurs
des plus taciturnes à luy
déclarer la paffion . Il eftoit
charmé toutes les fois qu'elle
chantoit devant luy , ou qu'
elle joüoit du Claveffin ; &
comme il ne brilloit pas dans
la converfation , il la prioit
fort fouvent de luy donner ce
228 MERCURE
plaifir , afin de n'avoir qu'à
écouter. La froideur qu'elle
luy marqua fur la déclaration
ne l'étonna point . L'amour le
preffoit , & fans plus perdre de
temps il s'adreffa à la Mere ,
qui trouvant en luy de quoy i
établir fa Fille avec beaucoup
d'avantage , luy répondit affez
favorablement ; mais elle eut
-beau faire fes efforts pour la
faire entrer dans les raifons
qui la portoient à agréer ſa
recherche. Cette charmante
perfonne la fupplia de ne ſe
laiffer point ébloüir fi fort par
le bien , qu'elle youluſt luy
GALANT 229
faire époufer un homme fort
mal fait , & qui n'avoit point
d'efprit. La Mere qui estoit
trop obligée au Marquis
pour prendre aucune réfolution
fur une affaire de cette
importance fans le confulter,
luy parla de l'occafion qui fe
prefenoit pour l'établiſſe
ment de fa Fille , le priant de
prendre fur elle un pouvoir de
Pere, pour l'empêcher de refufer
unParti qui luydevoit eſtre
avantageux. Il eut une converfation
particuliere avec la
Belle, qui luy dit en foupirant
qu'une des fortes raiſons qui
230 MERCURE
portoient la Mere à vouloir ce
mariage , & la feule qui pou
voit l'obliger à y confentir ,
s'il luy marquoit qu'il le fou .
haitaft , c'eftoit pour ceffer de
duy eftre à charge , puis que
le malheur de leurs affaires
les avoit réduites à abuſer
fouvent des bontez qu'il avoit
pour elles ; mais que voulant
faire fon devoir dans quelque
genre de vie qu'elle fe vift
forcée d'embraffer , elle ſentoit
bien qu'avec le Mary que
luy deftinoit fa Mere , elle vivroit
dans un fupplice continuel
, puifqu'il n'avoit rien
GALANT: 231
qui fuft capable de toucher
lon coeur , & que ce ne feroit
qu'avec d'extrêmes efforts
qu'elle vaincroit le dégouſt
que luy donnoient les mauvaifes
qualitez. Le Marquis
n'eut pas befoin d'un plus
long difcours , pour applaudir
à la Belle fur le refus de l'Amant
en queſtion . Il connoiſ
foit trop par fa propre experience
quelle peine on trouve
dans le mariage où il n'y a
point de rapport d'humeur .
Non - feulement il luy confeilla
de congedier l'Amant , mais
bien loin de fe laffer de luy être
232 MERCURE
utile , il l'affura qu'il prendroit
luy même le foin de la marier,
& que ce ne feroit jamais qu'à
une perfonne qui feroit felon
fon coeur. Il eft inutile de mara
quer quels furent les remer
cimens de la Mere & de la
Fille. On pria l'Amant de ne
plus fonger au mariage qui
avoir flâré fon efperance , &
l'on ufa mefme de plus de referve
à recevoir les autres
: vifites qui pouvoient marquer
quelque deffein , afin qu'il pa
ruft que le destin de la Belle
dépendoit uniquement des
foins du Marquis à luy choi
10
TO
4
GALANT. 233
fir unEpoux. Illuy témoignoit
toûjours la tendreffe d'un vray,
Pere ,&.comme il n'avoit pas
péu contribué à la faire deve .
nir auffi accomplie qu'elle paroiffoit
à tout le monde , il
jouilloir avec beaucoup de
plaifir des applaudiffemens
qu'elle recevoit par tout.
Deux ans fe pafferent de cette
forte . Elle s'eftoit fait quantité
d'Amies d'un
3
ungue,qu'elle rang diffort
fou
vent , & ce fut chez l'une d'el
les qu'aprés qu'elle eut chanté
quelque temps & joué du
claveffin , avec là grace qui
May 1693.
V
234 MERCURE
l'accompagnoit en toutes
chofes , un jeune Cavalier de
Province qui s'y trouva, en
fut tellement charmés qu'il
ne put s'empêcher de luy mar
quer dans les termes les plus
forts l'admiration qu'il avoit
pour elle. Il les fit avec tout
l'efprit imaginable , & la Belle
qui l'avoit fort vif& fort delis
cat , reçut les douceurs d'une
maniére qui luy fit connoiftre
que quand on eftoit fair comme
luy , on fe failoit écouter
fans peine. Le Cavalier ne
ceffa point de l'entretenir que
lors qu'il falut abfolument
A
•
GALANT. 239
qu'ils fe féparaffent , & ayans
appris qui elle eftoit , il alla
chezielle dés le lendemain .
Cet sempreffement ne dépluc
pas. Sile Cavaliers'eſtoir ſonth
vivement touché du merita
de la Belle dés cette premiere
vûe , la Belle avoit este préves
nue pour luy dan fentiment
favorable , & fans qu'on y fift
reflexion , comme il prit gouft
à la voir , on luy fouffrit dess
vifites plus frequentes qu'on
ne les fouffroit à d'autres . Elles
devinrent infenfiblement troph
affidues , ce qui obligea lab
Mere à le prier deles modever.
Vij
236 MERCURE
C'eftoir fouhaiter une choſe
jufte ; mais il avoit trop d'a.
mour pour y pouvoir confen .
tir. Il le déclara Amant tour
de bon , fit cent proteftations
à la Mere & à la Fille , & les
pria inftamment de luy accor
der un peu de temps pour
pouvoir gagner l'efprit d'un
Oncle fort riche , dont il
eftoit l'un des Heritiers , les
affurant que quand même il
ne pourroit en venir à bout ,
ce qu'il avoit pourtant ſujet
d'efperer , il ne laifferoit pas
de conclurre fi elles vouloient
fe contenter du bien qu'il pof
GALANT 237
fedoit par luy-même. Ileftoic
trop bien dans leur efprit pour
n'obtenir pas ce qu'il deman
doit. Sa negociation ne dura
que quinze jours , aprés quoy
il vint leur dire , transporté de
joye , que fon Oncle ayant
efté informé du merite de la
Belle , approuvoit la paffion ,
& qu'il devoit au plutoft les
en venir affurer luy - même.
Cette nouvelle donna une extrême
joye à la Mere & à la
Fille , qui à leur tour deman .
dérent quelques jours au Ca.,
valier pour conferer de l'affai
re avec un Ami dont elles ne
238 MERCURE
pouvoient les diſpenſer de
prendre confeil Dés le foit
même la Mere envoya prier le
Marquis qu'elle puit le voir le
lendemain.Il ne vint chez elle
que trois jours aprés , & la rai
fon qu'il en aporta , ce fut qu'il
avoir voulu auparavant eftro
affuré d'une chofe qui regar
doit lesinterefts de la Belle, &
dontil feroit venu luy rendre
compte, quand même on n'au
roitpoint eu à luy parler. Ila
joûta qu'il lui avoit enfin trouvé
un Amant qui la mettroit
en eftat de vivre contente , &
qu'il ne pouvoit douter que
GALANT 239
ce qu'il venoit d'arrefter pour
elle, ne fatisfit autant fesdefirs
qu'il en reffentoit de joye.
Ces paroles mirent tout à
coup un trouble extraordinaire
dans l'ame de la Mere & de
la Fille . Elles femblerent avoir
perdu la parole , & commencérent
à fe regarder avec un
étonnement inconcevable!
Le Marquis qui devoit eftre
furpris de leur embarras , leur
demanda pourquoy ce filencé
lorfqu'elles avoient à répondre
fur la propofition qu'il leur
faifoit , & que d'ailleurs , A jil
eftoit venu pour apprendre de
240 MERCURE
la Mere en quoy elle avoit be
foin de fon fervice . La Merc
pric un con fort ferieux , & dit
qu'il ne falloit plus fonger à
ce qu'elle avoit voulu luy faire
fçavoir , puifqu'il avoit enga
gé la Fille à prendre un Mary
qu'il feroit injufte qu'elle refufaft
aprés les foins qu'il s'é
toit donnez pour le choiſir,
& fur ce qu'il répondit que ce
n'eftoit pas luy qui fe devoit
marier , & qu'il ne fuffifoit
pas qu'il fut content fi la
Belle ne l'eſtoit auffi de fon"
cofté , on luy ayoüa l'engagement
que l'on avoit pris à
l'égard
GALANT. 241
l'égard du Cavalier , dont on
luy fit une peinture tres avantageufe.
Le Marquis raffura la
Belle , en luy diſant qu'il ſeroit
faché de la contraindre ;'
& que
fi les chofes eſtoient
telles qu'on le prétendoit , il
donneroit volontiersles mains
à fon mariage , mais qu'il la
4 prioit avant que de prendre
un engagement plus fort , de
yoir l'Amanc qu'il luy avoit
E deftiné , qu'il l'ameneroit le
lendemain fous prétexte de
luy faire entendre une belle
voix , & que peur eftre elle
trouveroit en luy des qualitez
May 1698.
X
243 MERCURE
f
qui l'engageroient à luy accorder
la préference . La Belle
luy dit que s'il vouloit la laiffer
dans la liberté du choix , il luy
feroit un fort grand plaifir de
ne luy point faire recevoir une
vifite qui ne pouvoit que
l'embaraffer, puis qu'elle eftoit
affez obligée au Cavalier pour
ne luy point manquer de paro
le; mais fa priere n'eut aucun
pouvoir fur le Marquis . Il demeura
obftiné dans fa demande
, & êtant venu lui dire le len
demain que celuy qu'il vou
loit luy faire voir devoir arri
ver dans un moment , il la
t
GALANT
243
pria de prendre fa belle hu.
meur , & de foutenir comme
elle devoit le bien qu'il avoit
dic d'elle. La
répugnance qu'
elle avoit à fouffrir cette vifi-
#te l'ayant fort déconcertée ,
elle le fut beaucoup davantage
en voyant entrer le
Cavalier qu'elle aimoit . Elle
courut au devant de luy pour
l'obliger à s'en retourner , afin
de s'épargner l'embarras d'avoir
auprés d'elle deux Amans,
pour qui elle devoit également
fe contraindre ; mais le
Marquis fe mettant à rire , &
prenant le Cavalier par la
E
2.
X- ij
244 MERCURE
main , demanda à cette aima
ble perfonne , fielle le croyoit
affez rempli de defauts pour
meriter les refus. Elle demeu,
ra dans une ſurpriſe inexprimable
, ne ſçachant fi elle ne
rêvoit pas , & s'il ſe pouvoit
qu'on luy parlaſt tout de bon?
Le miftere fut bien- toft déve
lopé. Le Cavalier eftoit Neyeu
du Marquis , & en commençant
à s'attacher à la
Belle , il n'avoit point ſceu
que fon Oncle prift affez d'intereft
en elle pour la regarder
comme la Fille. Le Marquis
d'ailleurs ignorant l'attacheGALANT.
245
ment de ce Neveu, avoit efté
fort furpris quand il luy avoit
fait demander fon confentefe
marier avec la
-ment pour
Belle . Il luy en auroit fait vo
lontiers la propofition luymême
, s'il l'avoit cru difpofé
à n'écouter que fon inclination.
Son deffein avoit efté de
tout temps , de donner une
fomme confiderable à cette
Fille adoptée , & l'occafion
s'offrant de luy faire épouſer
fon Heritier , il l'avoit acce ,
ptée avec plaifir. Il avoit feu
lement exigé de luy de ne
parler qu'en general , & fans
x iij
246 MERCURE
le nommer, du confentement
que luy accordoit fon Oncle,
afin de pouvoir jouïr de l'em
barras de la Belle , qui luy dé
claroit par là les fentimens dè
fon coeur. Le Cavalier eftoit
Fils d'une des Soeurs du Mar
quis , & avoit acheté dans la
Province une Charge qui luy
donnoit un affez beau rang.
La Belle l'y fuivit fans répu
gnance , & vit avec luy dans
une union qui la rend une
des plus heureules perſonnes
du monde,
Si tous les hommes font
GALANT
247
fenfibles aux preſens qui leur
font faits , ils le font encore
beaucoup davantage lors qu'
ils leur viennent d'une perfonne
qui leur fait honneur,
mais ils doivent eftre au comble
de leur joye lorfqu'ils en
reçoivent d'un Souverain , qui
ne fait rien qu'avec choix , &
que ce Souverain prévient
leurs fouhaits . C'est ce qui
vient d'arriver à Mr Molé Prefident
au Mortier , & Petit fils
du Garde des Sceaux de ce
ce nom . Le Roy luy avoit
donné il y a quelque temps
une difpenfe d'âge , pour M
X iiij
248 MERCURE
Molé fon Fils , de Confeiller
au Parlement. Il n'avoit point
éncore acheté de Charge , &
comme il s'en eft trouvé une
dont Sa Majesté a pu difpofer,
il l'a donnée à ce même Fils .
On peutjuger par là combien
il y a de gloire & d'avantage
à fervir le Roy avec zele &
avec fidelite , puifqu'il recom
penſe dans les enfans les fervices
que luy ont rendu les
bifayeuls .
Il paroift depuis peu un
Livre fur une matiere affez
nouvelle , & qui n'a jamais efté
traitée à fond. Ileft intitulé ,
4
GALANT: 249
1
#
De la Modeftie des Poftulantes ,
contre l'abus des parures à leur
Prife d'habit . L'Auteur de cet
Ouvrage eft M' Heron , Prêtre
Docteur en Theologie de
Ela Faculté de Paris , Aumônier
de la feuë Reine , & Treforier
de la Sainte Chapelle
Royale du Bois de Vincennes .
11 l'a dedié à Meſdames de
la Chaife , Abbeffes de Cuffet
en Auvergne , de Marfigny en
Bourgogne , & de Saint Me.
nou en Bourbonnois , ce qui
fait voir que cette famille n'eſt
point attachée au monde , &
qu'elle aime la retraite. L'Au
し
250 MERCURE
teur de cet ouvrage dit dans
La Preface qu'il n'y a pas d'apparence
que le Titre qu'il a choifi dé
plaife auxperfonnes quifçavent que
lamodeftie des Filles Chreftiennes ne
confiftepas feulement à avoir de la
douceur , de la retenuë , & de la
moderation , mais qu'elle confifte
encore dans la fimplicité de leurs
habillemens , e de tout leur exterieur.
Il ajoute , que pour détruire
l'abus dont il s'agit , il afallu découvrirfon
origine ,faire connoistre
les maux qu'ilproduit ou qu'ilpeut
produire ,
que les Religieufesypourroient apporter.
Ce livre le vend chez
indiquer les remedes
GALANT: 25t
Simon Benard , rue Saint Jac
ques , aux Armes du Roy & de
la Ville, & au Compas d'or.
On ne s'eft pas contentéde
faire des réjouiflances extraor
dinaires dans toutes les Villes
du Royaume, à la publication
de la Paix , accompagnées de
V toute la magnificence & de
toute la profufion qui pouvoir
marquer le zele de ceux qui
ont voulu témoigner leur
joye.Plufieurs particuliers ont
fait des Ouvrages d'efprit , &
des defcriptions de Festes ,
qui auroient beaucoup di
yerti fielles avoient efté exe252
MERCURE
curées. Celle qui a esté faite
par M' le Chevalier de Blegny
eft des plus ingenieuſes , & a
pour titre , La Fefte du Parnaffe
, ou leTriomphe de l'Himen
de la Paix . Elle eft remplie
de Vers faits pour eftre chantez.
Il y a beaucoup d'inven
tion , & tous les Perfonnages
qui conviennent au lieu où
fe paffe cette Fefte , yfoutiennent
parfaitement leur caractere.
Cet Ouvrage qui a efté
imprimé à Angers , ſe vend à
Paris chez Laurent Doury ,
ruë Saint Jacques , au Saint
Efprit.
GALANT. 253
$
"
M de Fer vient de mettre
au jour fon Amerique. Elle
eft de la mefme grandeur que
la Mappemonde , que l'Europe
, l'Afie & l'Afrique qu'il
a données ces années dernie
res. Elle eſt dreffée fur les
nouuelles obſervations , c'eſt
à dire qu'il y a de grands changemens
& plufieurs additions.
La Bordure eft hiftoriée &
tres- curieufe , auffibien que la
defcription qui eft autour.Elle
eft remplie des nouveautez
dont font mention nos der.
niers Voyageurs. Avant cette
Carte & depuis un an le meſ,
24 MERCURE
M' de Fer a donné au public
l'Afrique , le Duché d'Anjou ,
le Plan de Fontaine- Bleau &
de la Foreft, les Plans, Profils
& veuës de Rifwick , le nouveau
canal d'Orleans & celuy
de Briare, le Livre de la Rela.
tion de M ' de Gennes au đét
troit de Magellan , & la Carte
de France felon les dernieres
obfervations , & le traité de
Rifwick. Le tout fe debite
chez l'Auteur dans l'lfle du
Palais, fur le Quay de l'Horloge
à la Sphere Royale.
M' Chevillard , Hiftoriographe
de France , vient de
GALANT. 255
mettre au jour une grande
Carte de tous les Papes & Cardinaux
François de naiffance ,
de ceux qui ont efté nommez
par nos Rois , & de ceux qui
ont poffedé des Archevêchez
& Evêchez en France jufqu'à
E prefent . On y voit leurs noms,
qualitez , Armes &Blaſons, l'année
de leur création,lenom du
Pape qui les a créez , & l'année
de leur mort , avec les ornemens
& les marques des Digni
tez qu'ils ont poffedées. Il demeure
toûjours ruë neuve N.
Dame , chez un Apoticaire ,
vis - à - vis les Enfans trouvez.
M' de Maffeville qui nous
256
MERCURE
2
a déja donné
trois petits Vo
lumes
in douze
de l'Histoire
Sommaire
de Normandie
, vient
d'en publier
le quatrième
. Il
contient
tout ce qui s'eft paflé
de plus memorable
dans cette
Province
depuis
l'année
1380.
jufqu'en
l'année
1498 c'eſt à
dire depuis
le Regne
de Char
les VI . jufques
à la mort de
Charles
VIII, ce qui comprend
le Regne
de quatre
Rois,
L'Auteur
a eu foin d'yramaffer
comme
dans les autres, quan,
tité de chofes
curieufes
, &
l'on y trouve
les principales
demandes
qui furent
faites à
GALANT. 257
la Pucelle , lors qn'on luy fit
fon Procés à Rouen. Ce Livre
ya efté imprimé chez P. Ferrand
& A. Maurry rue S. Lo ,
prés le Palais , & tous les quatre
Volumes fe debitent à Pa
ris chez Michel Brunet , dans
la grande Sale du Palais.
..
a
Vous devez avoir appris la
mort de Meffire Antoine Pier
re de Grammont, Archêvéque
de Befançon , qui en cette
qualité eftoit Prince de l'Em
pire . Il eft extremement res
grettépour fa douceur ,fa pieté
& fatcharité , ayant toûjours
mené une vie veritablement
May 1698.
Y
to
258 MERCURE
Apoftolique. Il avoit quatre.
vingt-quatre ans , & il y avoit
déjà quelque temps qu'il avoir
perdu l'ufage de la veuë, dont
il ne luy reftoit qu'autant qu'il
luy en faloit pour avoir la confolation
de dire la Mefle , ce
qu'il faifoit tres- fouvent. Il
eftoit Chanoine de l'Eglife de
Besançon & Confeiller au Par
lement , lorsqu'il fut élu Archêvéque.
Sa Maiſon eft une
des plus illuftres de la Province
alliée à celles de Poitiers , de
Beaufremont , d'Achey , de
Roye , de la Baune S. Amour,
de Vaudrey , & à pluſieurs au→
•
GALANT: 259
tres, M le Comte & M le
Marquis de Grammont font
fes Neveux , ainfi que l'eftoit
MileChevalier de Grammong
qui fut tué il y a quelques années
. On fçait avec quelle
diftinction ils ont toûjours
fervy le Roy , & les bien faits
de S.M.répandus fur toute leur
Maifon , font des preuves inconteftables
de leur meritę.
Ml'Archêvéque de Belançon
laiffe encore un néveu. C'eſt
M' l'Evêque de Philadelphie ,
Haut Doyen de l'Eglife metropolitaine
de Belançon , & cydevant
Maitre des Requeſtes
و ت
I
Y ij
260 MERCURE
A
du Parlement du Comté de
Bourgogne. C'eſt un parfaite
ment honnefte homme , génereux
, magnifique , & fort
apliqué aux fonctions Epifcopales
, qu'il rempliffoit avec
toute la piété & la majeſte
qu'elles demandent , depuis
que M ' l'Archêvéque n'eǹoit
plus en eftat de les faire par
luy -mefme.
Voicy les noms de quelques
autres perfonnes mortes depuis
ma derniere Lettre.
Nicolas Tavernier , Preftre
, Lecteur & Profeffeur
du Roy en la Langue GrecGALANT:
261
que , ancien Recteur en l'U
-niverfité de Paris , Sous- Principal
du College Royal de
Navarre , & Doyen de la Tribu
de Beauvais en la Nation
de Picardie. Il avoit prés de
quatre - vingt ans . Le Roy a
nommé en fa place pour Profeffeur
en Langue Grecque ,
M' Pienud , Profeffeur de la
Seconde du College d'Har
court.
Jean Gorillon , Seigneur
de Courcouffon , de Quetotrain
, & autres lieux , maiſtrè
d'Hoftel ordinaire du Roy. Il
avoit quatre- vinge huit ans,
262 MERCURE
7
&avoit épousé Marie de Montrouge
, Soeur du défunt Eveque
de Saint Flour, dont il a
eu entre autres Enfans ; M
l'Abbé Gorillon , & N. Goril
lon , Epouſe de Jacques Doumengin
, Seigneur d'Elize ,
Auditeur des Comptes , Pere.
& Mere de N Doumengin ,
Veuve d'Adrien - Jofeph Henin,
Confeiller de la Premiere
des Enquestes , & de N. Dou
mengin , Epouſe de Jacques
Barbery de Saint - Conteſt,
Confeiller de la Troifiéme des
Enquestes.
Dame Madeleine Françoile
10
GALANT. 263
de Raity , Epoufe de Louis.
François de Lameth , Comte
de Buffy , Seigneur de Prefles
& autres lieux . Elle eft morte
dans un âge fort peu avancé.
Dame Catherine Bauyn ,
Veuve de Pierre Brulart , Mar
quis du Brouffin , du Ranché,
Ela Moriniere , Marcé, & autres
lieux ; cy- devant Efcuyer or
dinaire du Roy, dont elle laiſſe
une fille unique. Elle eftoit
fille de M Bauyn Confeiller au
Parlement , & de Marguerite
Boucherat,foeur deM'le Chancelier.
M' Brulart du Brouffin
fon mary mort au mois d'Oc
264 MERCURE
tobre 1693. eftoit fils de Louis
Brulart S du Brouffin & de
Ranché, & de Madeleine Col.
bert de Villacerf, & petit fils
de Pierre Brulart , Secretaire
d'Etat , & de Madeleine Chevalier.
Le P. Cefar Jofeph de la
Tremoille Jefuite , mort dans
fa foixante & dixième année.
Il eftoit fils de Philippes de
la Tremoille , Marquis de
Royan , & de Madeleine de
Champrond
Dame Marie Gargant. Elle
eftoit veuve de Jean François
de Guenegaud , Seigneur des
Broffes
GALANT. 265
0
Broffes , Confeiller du Roy ,
Maiſtre ordinaire en fa Chambre
des Comptes .
La Reverende Mere Dame
MartheLefcalopier, Religieufe
de la Grande Regle de S. Benoift
, au Monaftere de la
Ville-l'Evêque de Paris, morte
agée de cinquante cinq ans,
Elle eftoit foeur de Gafpard
Lefcalopier , Confeiller de la
Premiere des Enqueftes , &
tante de Celar- Charles Lefcalopier
, Confeiller de la Troi
fiéme des En queſtes.
Meffire Charles de la Rochefoucault
- Marfillac , Abbé
Ꮓ May 1698.
266 MERCURE
·
de la Chaife Dieu de Fonte
froid , & de Molême . Il eftoit
frere de M' le Duc de la Ro
chefoucault , Pair de France,
Prince de Marfillac , Chevalier ,
des Ordres du Roy , Grand
Maistre de la Garderobe de Sa
Majefté, & Grand Veneur de
France.
Mr Converfer , Abbé de
Sully , en Berry, & Curé de S.
Germain en Laye.
Il eft glorieux à ceux qui
embraflent une profeffion , de
s'y diftinguer affez pour faire
connoiftre leur nom par tou
te la terre. C'est ce qui eft
GALANT. 267
arrivé à Mademoiſelle de
Champmellé , qui vient de
mourir. Elle s'eftoit fait ad ,
mirer à Paris für trois Theatres
François , où elle a roujours
receu de fi grands ap .
plaudiffemens , qu'il femble
qu'elle ait commencé par où
les autres finiffent . Elle a joüél
dioriginal tous les premiers :
ralles de la plufpart des Tragedies
de l'illuftre M ' Racine . :
Ainfi l'on ne doit pas s'éton
ner fices Pieces , qui ont tou- !
jours merité les louanges qu'
elles recevoient du, Public , t
ont paffé pour des Chef d'ocu
Z ij
268 MERCURE
vres , puis qu'elles eſtoient
également
belles , & bien
jouées .
Vous avez fceu que dans
le Traité de Paix conclu à Rif
wic fur la fin de l'année der
niere , & dont le Roy regla
luy- même les conditions dans
le memoire qu'il fit delivrer
au Mediateur , Sa Majesté eur
la bonté d'y comprendre Monfieur
le Duc de Lorraine , &
d'accorder à ce Prince la pof
feffion de ce Duché , dont le
Prince Charles de Lorraine ,
fon Pere , n'avoit pas jouy ,
ce Duché ayant eſté cedé au
GALANT 269
Roy par fon Grand- Oncle,
Cependant
ce Monarque
, que
rien ne pouvoit contrain
dre à rendre un Etat qui fe
trouvoit à fa bienfeance , a
voulu faire voir par un defin
tereffement
fi genereux
, qu'il
eft accoutumé à faire de
grandes chofes, & qu'il en entre
dans tous fes Traitez de
Paix , lors qu'il luy plaift de
pacifier l'Europe ; & comme
Sa Majefté joint les manieres
obligeantesà fes gracesdésqu'
une fois Elle a réfolu d'en fai
re, Elle avoit ordonné que lors
que Monfieur le Duc de Lor-
Z iij
270 MERCURE
raine pafferoit à Strasbourg ,
on luy readift les mêmes honneurs
qu'on rendroit à ſa Perfonne.
Ainfice Prince ya efté
receu au bruit de cent trois
grofles pieces de Canon , &
toute la Garnifon, tant Cavalerie
qu'Infanterie , eftoit fous les
armes . Il a efté
complimenté,
tant par le Clergé , & par tous
les Corps , que par la Nobleffe
de la Bafle Alface , & regale
par M' le Marquis de Huxelles
, de même que tous les Sei
gneurs Lorrains qui s'eſtoient
rendus à
Strasbourg , pour
avoir l'honneur de le faluer,
GALANT 271
Ce Prince y coucha , & y fut
diverty le foir par la Come
Edie Italienne. Il alla le lendemain
à la meffe à la Cathef
drale , & fit le tour de la Ville
pour en vifiter les fortifications.
Il vit auffi la Citadelle ,
& fut encore regalé à dîner
par M' le Marquis de Huxelles.
Ce Prince avant que de
partir de Strasbourg , yreceut
cinquante millé écus , que le
Roy luy fit toucher. Je ne
vous dis rien de cette action ,
parce que j'aurois trop à vous
en dire , & que celles de cerve
2 nature font particulieres à ce
Z iiij
272 MERCURE
Monarque. On voulut don
ner une eſcorte à Monfieur le
Duc de Lorraine au fortir de
Strasbourg , mais ce Prince la D
refula , en difant qu'il n'appren
hendoit rien fur les Terres deFran
ce,& il alla coucher à Saverne, C
où il fut régalé par M ' le marquis
de Chamarante.
M' Dreux , Marquis de Brefé,
a épousé depuis quelques
jours la Fille de M'Chamillard,
Intendant des Finances.
Il s'eft fait deux autres mariages
prefque dans le même
temps . L'un de M'le Marquis
de Jaurillac,Neveu de M ' d'Af
2
GALANT: 273
S
gueffeau , Confeiller d'Etat ,
avec Mademoiſelle Tournier
de la Motte ; & l'autre de Mr
Doubler, Secretaire des Com,
mandemens de S. A. R. Monfieur
, avec Mademoiſelle le
Gendre , dont la Soeur aînée
a époufe Mr Croifat , l'un
des Receveurs Generaux de
Guienne .
Mr le Comte de Grandpré ,
Governeur de Stenay , & Ne
veu de Mr le Maréchal de
Joyeuſe , a traité de la Charge
de Lieutenant General de
Champagne , fur la démiſſion
de Mr le Duc d'Atry.
274 MERCURE
Mle Comte de Portland,
Ambaſſadeur Extraordinaire
d'Angleterre a eu Audience
de congé du Roy , avec les
mefmes Cérémonies qui s'é,
toient pratiquées à la premiere
Audience , excepté qu'il y
fat conduit par m'le PrinceCa
mille de Lorraine , fecond fils
de м ' le Comte d'Armagnac ,
GrandEcuyer de France , & que
M' le Comte de Marfan l'avoit
accompagné à fa premiere
Audience. Ce Ministre qui
doit
demeureticyencore quel
ques jours pour voir les maifons
de plailance qui font au ,
r
1
GALANTA 272
tour de Paris, s'eft acquité de
fon employ avec beaucoup
d'éclat , de magnificence , &
d'efprit ; & il y a eu tous les
agrémens que peut fouhaiter
un Ambaffadeur dont la per
fonne eft agréable .
1
Le mot de l'Enigme du mois
paflé eftoit Le Fauteuil. Ceux
qui l'ont trouvé ſont le Comte
de Gourlot; l'Abbé d'Aguern,
Chanoine de S. Corantin ,tous
deux de Quimper ; l'Abbé Co.
Jaffe de la ruë de la Huchettes
l'Abbé de S. Dominiques; lé
Comte de Simianes & Lugar
276 MERCURE
;
Chabort & Gravel , le jeune
Comte d'Argence ; l'Abbé
Micaud de Lyon ; De la Chine
de la rue Dauphine ; Pepican
Treforier à Poitiers ; Barni &
Baugirau Avocats de Salis ; le
Févre Me Ecrivain ruë Gueria
boiffeau le petit Moufle ;
Martin de la ruë Ste. Catherine
; le charmant Subftitut de
l'Ile ; & le petit Pouleau ; Ta→
mirifte de la ruë de la Cerifaye
& toute la Famille. J. Barder
& D. Pleffis de l'Hôpital ge
neral du Mans ; l'Ange Tute
laire du Beau de la ruë de l'E
charpe, l'Ameriquain de la rue
GALANT. 277
Poulettiere ; Jean- Juſtin Bou
tteville Ydraled ; d'Hartancourt
de Chartres ; le Chevaher
des мaronniers de la ruë de
la Monnoyes Danielle Chin
Procureur fifcal à Eglegny
proche d'Auxerre . Mademoide
Coutance de la rue S. Martin
, de Blois ; la Precieufe der
la Cour du Château ; Javore
1 Ogier , de la rue de Riche.
lieu ; Mamie , chez de la
Motte , devant la Compagnie
des Indes Orientales ; Souris ,
du coin de la rüe aux Fers; la
jolie Veuve , de la rue de Richelieu
, du coin des Quinzo
178 MERCURE
vingts ; la fidelle Tourterelle
du Bois d'Qrmeffon ; la Vettale
de la Tour de Billy , la
Belle de la rue de Verneuil ;
la Belle brune de la rue de lai
Verrerie la Belle de la Rent
contre de S. Lo ; la Profidente
étrangeres , de la rüeSimon le
Franc la toute charmante
Brune , de la fleur de Lis , dei
la rüe S. Jacques ; l'Amant fidelle
de la belle mimy Venus
retrograde ; la Sçavante : Jam
vote de la rue du Harlay .
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye cit d'un jeune
GALANT
279
:
homme de la premiarequalisé.
O
ENIGMË, SI
I
N
m'entendit avant que
de paroistre
Etpour me donner à connoiftre ,
Ilfalut meformer un corps.
Ma couleur ordinaire cft la couleur
des morts,
Fay quelque part en chaque
rôle
;
Je tiens à l'un & l'autre Pôle.
En un même moment
Fe fuis dans le repos & dans le
mouvement;
Mais leplus bel endroit de ma rare
puiffance,
280 MERCURE
Qui me met au deffus de la Divi
nité,
Eft de pouvoirdés ma naiſſance
Borner l'éternité.
S
Peut eftre voudra t- on fçavoir
Si j'habite la terre ou l'onde.
Quand on voudra me venir
voir,
Ma demeure eft au bout du
monde.
Je vous envoye une feconde
Chanſon . L'Auteur des Vers
prend le nom de l'Ombre des
Tuileries , & ils ont efté mis
en Air par Mr l'Abbé de Poiffi .
GALANT. 281
AIR NOVUEAU.
de
quoy Roffignols amoureux ,
vous plaignez vous ?
Si vous aimez , vous aimeZqui
vous aime ;
Vous ne foupire peint qu'on ne
faffe de même ,
Les rigueurs ne font que pour
nous.
Roffignols amoureux, de quoy vous
plaignez vous ?
TaifeZ vous, indifcrets¸ménageZ
mieux vos flames,
Du fort de nos Bergers ne foyez
point jaloux ;
Sans qu'il en coute aucun trou
ble à vos ames ,
May 1698.
A a
282 MERCURE
Vous goutez de l'amour lesplaifirs
les plus doux.
Roffignols amoureux , de quoy vous
plaignez- vous
Mr le Cardinal de Bonzi
arriva icy le 21. de ce mois ,
& defcendit au Convent des
Peres Feüillans de la rüe S.
Honoré , où il a choiſi ſa de.
meure pour fatisfaire à ſa piété
& à fon repos . Le lendemain
il alla faluer le Roy à fon lever
au Château de Meudon ,
& Sa Majesté le receut avet
les mêmes bontez qu'Elle luy
-a luy toujours marquées. Il
retourna le25. à Verfailles , &
GALANT 283
fe trouva au lever , à la meſſe
& au diſner du Roy , chacun
le congratulant fur fa fanté.
Le même jour il alla à Saint
Cloud , où Monfieur luy fit
Thonneur de l'entretenir long
temps. Le Roy luy a donné à
Verlailles un appartement des
plus beaux & des plus commodes.
On m'a affuré que mr le
Marquis de Chapelennes que
j'ay amis au nombre des
Morts dans ma Lettre du
mois de Mars , eft encore
plein de vie , Je veux croire que
celuy dont j'avois receu cette
A a ij
284 MERCURE
nouvelle a efté trompé fur un
faux avis ; mais cette erreur
fera cauſe qu'à l'avenir je feray
plus circonfpect fur les Memoires
qui me viendront de
perfonnes inconnuës . Je fuis,
Je vous feray part le mois
prochain d'un Difcours qui a
efté fait fur la Révolution des
Saifons , & vous parleray du
mariage de M' le Marquis de
la Valliere avec Mademoifelle
de Noailes, n'en eftant pas pre.
fentement bien inftruit pour
vous en rien dire Je fuis , Madame
, voſtre , &c .
A Paris ce 31. May 1698.
522522 SSSS 252 2552
TABLE.
Prelude.
De la crainte qu'on a ausujet de
10
34
l'Equinoxe.
Critiques touchant les Notes qui
ont esté faites depuis peu fur
Pline.
Satyre furla Converfation. 77
Sentiment de Mr Pujol fur une
731 des plus importantes matieres
de la Medecine.
Fable.
85
134
Réponse à cere Fable par Mademoifelle
de Scuderi. 32136
' TABLE.
4
Relation touchant la Ville d'Antre
découverte en Franche-
Comie, 139
Dispute pour le corps de Mr de
Santeul.
168
Tombeau de Mr de Santeul. 172
Eloge de la Santé
Nouveau Monftre.
Effets du Tonnerre.
176
178
180
Ceremonie faite à Marseille, 182
Reception de Mademoiselle l'Heritier
à l'Academie des Lan
ternifles de Touloufe.
Hiftoire.
198
5218
Charge donnéepar le Roy. 249
De la modeftie des Poftulantes
contre l'abus des parüreş à leur
TA ALE
prife
d habit
. 248
La Fefte du Parnaffe, ou le triom
~? phe de l'Amour & de la Paix.
+
253
Carte de l'Amerique .
Quatriéme Volume de l'Hiftoire
Sommaire de Normandie, 256
Morts. 257
Reception
de Mr le Duc de Lor.
raine à Strasbourg.
Mariages.
268
272
Mr le Comte de Grandpré eft
pourvu de la Chargede Lieute
nant General de Champagne.
273
-Audience de congé donnnée au
Comte de Portland. 274
TABLE.
Article des
Enigmes. 279
Retour de Mr le Cardinal de
Bonzi.
Articles
refervez.
282
284
L'Air qui
commence par,
Le
plus beau des mois, doit regarder
la page 174 .
L'Air qui
commence par Roffignols
amoureux , doit regarder
la page 281.
Xxx
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LIVRES
nouveaux qui fe vendent chez
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M. le Noble. 1. l. 16. f.
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écrites de Chaudray, 12. 2.
La vie de Scaramouche, où font fes bons mots ,
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1. l . 16. f.
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Mademoiselle Scudery, 2. vol. 4. 1.
La Reine de Lufitanie, 12.3. vol. 4. 1. 10. f.
Syroés & Mirame , Hiftoire Perfane, 12. 2. v.
13. 1. 12. f.
Les mots à la mode & des nouvelles façons
de parler , avec des Obfervations fur di verfes
manieres de s'exprimer , par M. Cailler de
l'Academie Françoife, 11. 1.1. 16.r.
Du bon & du mauvais taſage dans les manieres
de s'exprimer , des façons de parler
Bourgeoifes
, & en quoy elles font differentes
de celles de la Cour , fuite des mots à la
mode , par le même, 12. 1. 1.16. f..
Les Poëfies de Malherbe avec les Obfervations
de Ménage, Nouvelle Edition , 12. 3. l.
Converfations
Academiques , tirées de l'Academie
de M. l'Abbé Bourdelot , par le Sieur
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Le Comte d'Amboiſe , par Mademoiſelle
Bernard,
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