→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1688, 05 (partie 1)
Taille
62.00 Mo
Format
Nombre de pages
350
Source
Année de téléchargement
Texte
r-i4a-i,t
A PARIS,
AV PALAIS,
ON donnera toûjours un Volume
nouveau du Mércure Galant le
premi ericur de chaque Mois, & on
le ven dra,Trente sols relié en Veau,
ô; Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais,dans la
Salle des Merciers, à la Justice.
T.GIRARD,auPalais,danslaGrande
Salle, à l'Envie.
Et MICHEL GUEROUT, Court-neuve
duPalais, au Dauphin,
f
M. DC. LXXXVIll, -
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
LAVIS.
QVelques prieres qu'on aitfaites
jtt.fl'I:à present de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Mémoiresqu'onenvoyepour
le Mercure, on ne laisse pas d'y minquer
toujours.Cela estcause qu'ily a
de tempsen temps quelques-uns de
ces Memoires dont on nese peutfervir.
On reïtere la mesme priere de
bien écrire ces noms, en sorte qu'on
ne s'y puisse tromper. On ne prend
aucun argent pour les Mémoires
,
&
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour, pourveu qu'ils ne
desobligent personne, & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prieseulement
ceux qui les envo),ent,(-,- sur
tout aux qui n'écrivent que pour
faireemployer leurs noms dansl'article
des Enigmes, d'affranchir leurs
Lettres de port, s'ils veulent qu'on
fajfe ce qu'ils demandent. C'estfort
peu de chose pour chaque particulier,
le tout ensemble est beaucoup pour
un Libraire.
Lesieur Guerout qui debite presentement
le Mercure , a rétably les
ihofcs de miniere qu'il efi toûjours
impriméau commencementde chaque
?lJois. Il avertit qu'al'égard des
Envois qui sesont à la Campagne,
il ferapartir les paquets de ceux
qui le chargeront de les enveyeravant
que l'on commence à veudre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufii'ursjours en chemin, Paris ne
laijfcrapis d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilsoit arrivé dans
les Villes éloignées
,
mais aussiles
Villes ne le recevront passi tard
quelles faisoientauparavant. Ceux
qniselesontenvoyer par leurs Amis
sans en charger ledit Guerout, s'exposentà
le recevoirtoûjourssorttard
par deux raisons. La premiere, pmrce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendresi-tostqu'ilestimprimé,
outre qu'illeseratoujours quelques
jours avant qu'on en fasse le
débit; & l'autre
, que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont Ütl, eux
quelques autres à quiilsleprostent,
ils rejettent la faute du retardement
sur le Libraire
, en disant que la
vente n'en a commence que sort
avant dans le mois. On évitera ce
retardementpar la voye dudit sieur
Guerout,puis qu'ilse charge defaire
les paquets luy-mesme, de lesfaire
porter à la poste ou aux Messagers
sans nul interest, tantpour les Particuliers
que pour les libraires de
Province, qui luy auront donné leur
IldreJlè. ilfera la mesme choji generalement
de tous lesLivres nouveaux
quow luy demandera,soit qu'il les
debite
, ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires, sans en prendre
pour celadavantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
.!:!.uand ilsé rencontrera qu'on demandera
ces Livres à lafin du mois, illesjoindra au Mercure, afinde
n'en fairequ'unmesmepaquet. Tout
celafera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'prt
content.
-1,- cillieit~l71
MAY1688.
E ne vous diray rien
de particulier du
Roy au commencement
de cette
Lettre, mais ce qu'il a fait
depuis un mois pour autoriser
une Fondation qui n'auroit
pû subsister
,
s'il ne l'avoit
confirmée, vous mar- ;
quera la bonté de ce Grand
Prince, & la consideration
qu'il
- a pour les personnes
d'une veritable pieté, L'affaire
est fort singuliere , & je ? fuis feur que vous n'avez jamaisentendu
parlerd'aucune
chose semblable. Il n'y a pas
long temps qu'on a publié
une Declaration contre toutes
les Fondations de la na-
- ture de celle qui fait le sujet
de cet Article, comme estant
contraires à l'usageduRoyaume
,quand elles se font sans
Lettres patentes. Sa Majesté
a fait paroistre en cela une
justefermeté, &telle que la
doit avoir un Souverain qui
eil obligé de maintenir tous
les droits de sa Couronne.
Elle n'a pas laissé cependant
de faire grace à une Famille,
mais le cas est si nouveau,
qu'on ne doit pas s'étonner
qu'un Roy Tres- Chrestien ait
bien voulu y avoirégard.
Voicy ce que c'est.Messire
Loüis de Menou, Seigneur
de Boussay,Genilly
,
& autres
lieux, aprés avoir servy
dans les vieux Corps dés sa
plus grande jeunesse, & donné
des marques de son courage
en plusieurs Sieges, se
retira du service, & se maria.
Il eut sept Enfans, trois garçons,
& quatrefilles,& estant
demeuré veuf, il sentit que
Dieu l'appelloit aux Ordres
sacrez. Il ne put resister à
cettevoix. Il sefit Diacre,&
outre les septEnfans qu'il
avoit
,
se voyant l'Aisné de
plusieurs Freres & Soeurs au
nombre de trente-trois
,
le
zele qui l'animoit luy fit
prendre le dessein de fonder
un Monastere. Il en par la à
Mr de Bouthillier, pour lors
Archevesque de Tours ,qui
luyen donna la permission
fous le bon plaisir de Sa Majesté.
Aussi-tost il acheta une
maison appellée la Bourdilliere,
dans la Paroisse de Genilly,&
il y mit sept de ses
Soeurs, dix de ses Nieces, &
ses quatre Filles. Je croy, Madame,
qu'il n'y a aucun Convent
en France, où l'on trouve
un si grand nombre de
Religieuses
, toutes Parentes
si proches, Soeurs,Nicces, &
Cousines Germaines.Comme
par les Lettres d'établissement
M. de Menou s'estoit
reservé la nomination de la
Prieure, il presenta pour la
premiere fois sa Soeur aisnée, ;
qu'il tira du Monastere de la
Virginité, où estoit alors Abbesse
Madame du Port Royal,
Soeur de Mr l' Archevesque de
Paris. Cette illustreAbbesse,
aprésl'Obedience de Mr de ;
Cisteaux donnée en forme,
permit que laReligieusenommée
allast commencer l'établissemeent,
que Mrde Menou
a fait avec de grands frais,
dans le seul dessein
, qu'une
aussi grande Famille que la
sienne, ne degenerast en rien
des vertus de sesAncestres, &
que ses Filles, ses Soeurs-, &
ses Nieces, chantassent toutes
ensemble les loüanges de
Dieu. Il a d'ailleurs son Fils
aisné marié, qui ayant sept
Filles, en a déja mis pl ufieurs
Pensionnaires dans ce mesme
Convent, qui est desservy par
un des Freres des sept Soeurs
Religieuses. Il est Abbé de
S. Mahé en Bretagne, & ce
qui est remarquable, M de
Menou a encore deux Freres
& un Fils Prestres, de forte
qu'on a vû trois Freres servir
à l'Autel à la Profession d'une
de leurs Nieces, & un Fils
officier pendant le Service
chanté par sept Soeurs, quatre
Filles, & dix Nieces. Leur
Maison est originaire du Perche,
& fut transplantée en
Touraineil y a prés de quatre
siecles, par une alliance
prise dans la Maison de Boussay,
dont le Seigneur nommé
Jean avoit une Fille unique,
qui fut mariée à un Colard de
Menou. Ses Descendans sont
encore aujourd'huy Seigneurs
de Boussay, & c'est où les
les Aisnez de la Maison de
Menou resident. On y trouve
des Grands- Maistres des Arbalestriers,
des Ambassadeurs
en Espagne & en Angleterre,
des Amiraux de France, des
Chambellans, des Premiers
& Grands Maistres d'Hostel
des Reines, un Gouverneur
des Enfans de France,& des
Chevaliers de l'Otdre. Mrde
Menou ayant appris depuis
peu de temps que la Declaration
du Roy rendoit nulles
toutes les Fondations pareilles
à celle qu'il avoit faite dés
l'année 1662. presenta un Placet
à SaMajesté, pourlafup.#-
plier tres - humblement de
vouloir luy accorder desLettres
patentes, avec la place de
Coadjutrice pour sa Fille aînée,
Religieuse dans ce Monastere
, & qui est âgée de
trente-quatre ans. Quoy que
le Roy eust refusé de pareilles
graces à beaucoup de personnes,
l'esprit de toute une Famille
si unanimement d'accord
pour se consacrer àDieu,
fut une raison si. forte, que
comme rien ne luy plaist tant
que la pieté, il voulut recompenser
celle de M. de Menou,
en luy accordant les Lettres
patentes, & la Coadjutorerie
qu'illuy demandoit. Le cas
est si surprenant, que je crois
vous faire plaisir, en vous envoyant
une copie de ces Lettres.
Envoicy les termes.
LDOieVuI,S par la Grace de
Roy de France &
de Navarre
,
ajout,prefins&
avenir, Salut. Nostrecher &
bien amé Loüis de ^JMenou>
TDïacre•> Sr de Bonjjay
,
Genilly
& autres lieux; nousa fait
remontrerquedesirantsuivre les
traces de ses Ancestresqui ont
rendu de grands services
, &'
remply les Charges les plus cor.~
siderablesdenostre Estat ; ledit
Exposant animé de leurexemple
seroitentré à nostre service dés
l' âge de ré.. à 17+ans3 & aprés
avoir servy dans nos vieux
£orps} & s'estre trou'Vé.¡n plusieurs
Sieges) ilse seroit retiré
dans le lieu de sa naissance
,

il auroit contractémariage, lequel
estantdepuis dissous, ilse
seroit
veu l'aisné de plusieurs
Freres & Soeurs,dont le nombre
auroit esté de trente-trois, @r
Pere desept Enfans,entre autres
de quatre FdlesJ &estant d'ailleursportéd'unsaint
zele ilauroit
concept le dessein de fonder
un Monastere pour s'y retirer &'
se consacrer à Dieu avec toute
sa Famille, ce qu'il auroit executé
dés l'année 1661, @J auroit
etabl-Yt,fondé un Prieuré conventuel
de Religieuses de l'Ordre'
de Cistéauxdans son Chateau
de la Bourdilliere
,
Paroisse dudit
Genilly
,
Diocese de Tours
danslequel Prieuréil auroit mis
sept de ses Soeurs, quatre deses
Filles& dix de ses NicCtS,&
auroit à cet effet donnéledit
Château de la Bourdilliere,les
Prez
,
Vignes& Terres qui en
dependent , avec la Métairie
des Houches de revenu annuel
de 400. livres
, & auroit fait
élever dans l'Eglise dudit Château
un grand Autel, & construire
un Choeur pour tenir cinquante
à soixante Religieuses,
&fourny tous les Vases feâcrez
& Ornemens devaleurconsiderable,
&les meubles necessaires
àladiteEglise
conventuelle,
à la
charge par ledit Convent de recevoir
gratuitement certainnombre
de Religieuses, & de nommer
par ledit Exposant &es
Successeurs Seigneurs de Boussay,
portant le nom de Menou, la
Prieure , toutesfois & quantes
que cetteDignitéviendroit à vaquer,
laquellefondation & établissement
il auroitsoûmisàl'autorité
du y Archevesque de
Tours, auquel le droit de Provision
& collation de ladite Prieureauroitestéreservé,
ainsi qu'il
appert , tantpar l'acte depermis
sion dudit y Archevesque du
18. Avril1662. que parl'acte de
fondation &dotation passepardevant
Aucour,Notaire Royal
àLochesle30. Oélobre audit an, cy-attachéfous le contrescel de
nostreChancellerie; mais d'autant
que ledit Exposantaurcit
depuis reconnu que sa Fondation
ne
pouvoitsubsitsernefiantpoint
autoriséepar nos Lettres.Patentes
, & que la reserve du droit
de nomination audit Prieuré
pour luy &sesSuccesseurs estoit
contraire aux droits de nostre
Couronne ,&là l'usage de
nojhg Royaume, il auroitrenoncé
& de son bon gré;) j-ranche libre volonté
, nous auroit
cedé , quitté
,
transporté tout le
droit que luy &sesSuccesseurs
pourioient avoir denommerauditPrieuré
,consentant C nous
suppliant d'agréer que dorénavant
j vacation en allenant de
quelque maniéré quecefoitr la
nomination&presentation nom
en appartienne & à nos Successeurs
Rois? suinvantl'Aile sur
ce pajje pardevant Moussinot&
Jousle
3
NotairesApostoliques à
Paris le I. du present mois iéS2,
aussi cy-attachésous nostre contrescel
; en forte que n'y ayant rien
ausurplusdansladite fondation
que de louable & de pieux, ledit
Exposant pour la rendre
ferme & fable
, nous a ireshumblement
faitfnppliel de la
vouloiragréer&confirmer,&
luy accorder nos Lettres sur ce
necessaires.A ces causes voulant
favoriser le pieux & louable
dessein de L'Exposant,contribuer
à la plus grandegloire de Dieu,
@J participer aux Prieres &
Oraisons, que les Religieuses dudit
Consent font nuit £srjcur>
& les obliger de les augmenter
pour nostre prosperité, la paix (£p'
grandeurdenostreEtat;NOUS,
en acceptant ladite cession &
transport
, avons de nostre grace
speciale
3
pleine puissance & autoritéRoyale,
agréé,confirmé&
autorisé,& par ces presèntes jtgnées
de nostremain,agréons,
confirmons & autorisons ledit
établissementJfondation & dotation
audit Prieuré conventuel
dans
dans le Château de la Bourdilliere,
à la rejetnje du droit de nomination
de la Prieure qui nous
appartiendra à toujours
, & à
nos Successeurs Rois
, & au Sr
Archevesque de Tours & ses
Successeurs le droit de Provision
& Collation. Voulons au surplus
(Sf nous plaist que ladite
Fondationfoitexecutéefélon si
forme teneur;& que lesdites
Religieuses& celles qui leur
succederont audit Convent,joüis
sent des mesmes droits,immunitez&
prievileues dontjoiïij]en:,
ou doiventjouirles Monajleres
de fondationRoyale
, & vivr*
--- selon la Réglé5 Discipline &
Institut de leur Ordrt sous lajuridiction
de l'Ordinaire
,
sans
qu'ellestpuijpnttjlre troublées
ny inquiétées sous quelque pretexte
que ce soit. Et à cette
fin de nostre mesme grace &' autoritéRoyale
,nous avons amorty
& amortissons par cesdites
presentes à perpetuite les jvnds
des Terres & heritages ou sont - à present l'Eglise
,
lieux claustraux
,*
Fardins, Aletaîî-ie
les places que ledit Exposant&
ledit Convent (frf les Religieuses
ontsa t depuis ledit établissement
de la valeur de 20800. livres,
pour en jouirparelles, gr celles
4jui leur succederont audit Consent
franchement C. quittement
,sans qu'elles soienttenuës
de nous payer & à nos Successeurs
Rois aucune finance ny
indemnité, dontà quelque Jômme
quelle puisse monter, nous
leur en avons fait & faisons
donparcespresentes, à la C'hlige
de payer
les
droits d'indemnité
& autres devoirs dont les
fonds& héritagespeuventestre
tenus envers autre que Nous. Si
donnons mandementa nos amez
&feaux Conseillers, les Gens
t':'nans nostreCour de parlement
de Paris; GrandConseil,Chambre
des Comptes,Cour desAides
audit lieu, President & Tréseriers
Generaux de France à
Tours, & à tous nos autres
Fusticiers dr Officiersqu'il appartiendra,
que ces presentes ilsfassent
registrer
, &de leur contenu
joüir & user lesdites Religieuses
& celles qui les succederont audit
Consent pleinement, paisiblement
er perpetuellement,cessant
&faisant cesser tous troubles
& empeschemens au contraire.
Car tel est nostre plaisir,
& afin que cefoit choseferme
0*fiable à toûjours,nousavons
fait mettre nostre Scel à cesdites
presentes.Donné à Versailles au
mots d'Avrill'an de Grace 1688.
&de nostreRegne le quarantecinquiéme.
SignéLOX)ISy&
plus bas, par le Roy, PHELIPPEAUX.
Messieurs les Grands Vicaires
de l'Evesché de Soissons
n'oubliant rien pour seconder
les pieuses intentions de
Sa Majesté, dont le zele est
venu à bout de réunir tous
ses Sujets dans une mesme
Religion, ont ordonné des
Assemblées, &étably des
Conferences dans tous les
Doyennez de ce Diocese,pour
remedier aux abus de ceux
qui suppriment les Reglemens
& les Ordonnances
Ecclesiastiques. Ils president
eux-mesmes à ces Affembiées
,
& l'ouverture s'en
fit le Jeudy 22. du mois
passé
,
dans l'Eglise Collegiale
de Saint Vast de Soifions.
On commença par la
Mdie du Saint Esprit
> que
M. Perrein chanta solemnellemert
, en qualité de
Grand
- Doyçn de la Chrestienté.
M.Guirard
,
Provençal
, Prieur de Bonneville,&.
,-
Curé en chef de Saint Geor- gedeGun,y.
prescha sur la
dignité des Prestres, & prit
pour son texte,
Super Cathe
dram Moysi sederunt Scriboe&
Phari(.t;. Il fit voir la difference
du Sacerdoce de l'ancienne
Loy, & de celuy de
la Loy rouvelle
,
& les preuves
qu'il en apporta, car.c des
Auteurs prophanesque des
Saints Pères,(atisnrcni fort
tout son Auditoire. Il dit
que les Prestres estoient les
Images de la fainteré du Sauveur
du monde,les dépositaires
desaverité, les coheritiers
de sa puissance, & que
comme les branches &les
fruits ont toûjours rapport à
l'arbre qui les a produits,ils
devoient songer combien
l'obligationd'estre saints leur
estoit indispensable, puis
qu'ils estoient les fruits & les
branches de l'arbre de Sainteté
, de Verité & de Puissance.
Aprés avoir marque en
passant l'abus qui s'estoit introduit
dans l'Eglise,parles
moeurs corrompuës de quelques-
uns de ses Ministres,qui
comme les Prestresde l'ancienne
Loy portoient la sainceté
sur leur front, & l'iniquité
dans leurs coeurs ,
il
ajoûta qu'ilestoit persuadé
qu'il parloità des personnes
qui navoient embrassé le
joug du Seigneur, que pour
s'acquitter dignement des
fonctions de leur Ministere)
& pour communiquer leurs
vertus aux ames fidelles, semblables
à ces Fleuves qui trouvant
de nouvelles pentes, &
se faisant avec le temps un
nouveau canal, vont arroser
d'autres campagnes, sansrien
perdre de l'abondance ny de
la pureté de leurs eaux,quoy
qu'ilsayent changé de lit &
de rivage. Il les exhorta à estre
toujours Sainrs, à instruire les
Peuples par leurs bons exempIes,
à prescher la vérité par
la vérité mesme? qui devoit
estre gravée dans leurs coeurs,
,,&à autori ierleur pui ff.1nce)
par la pureté de leurs actions,
& parune pieté simple & sincere,
qui les empese heroit d'imiter
certains Cabalistes, qui
se faisant, aux dépens mesme
de leur Ministere,uneréputation
d'estréexacts,couvroient
leurs passions tous une apparence
& un rafinement de
dévotion , sous un air extérieur
dereferme, pour arri-
-
ver plusfacilement à leur fin,
& surprendre l'approbation
dumonde. Ce Sermon estant
finyj M. Moreau., Grand Archi
diacre & Grand Vicaire,
fit un beau discours aux EcfdeÍia-
fiiques
,
dans lequel aprés
avoir donné de grandes
loüantes au zele de M. de
Bonneville, il les exhorta de
pratiquer ce qu'il avoit dit,
leur faisantvoir que l'observanceexacte&
fidelle de ce
qui pouvoit maintenir la Religion
dans sa pureré, dépendoit
des bons exemples, &
de la bonne conduite des Prêtres.
Aprés cela on sit la lecture
des Reglemens tant anciens
que nouveaux, & ces Assemblées
se doivent continuer
dans les autres Doyennez.
Sa Majesté a donné à M.
le ComteDesmarets laCharge
de Grand Fauconnier de
France,vacante par la mort
de M. le Comte Desmarets
son Pere.C'est une grace d'autant
plus considerable, qu'il
n'en avoit point la survivance,
& qu'il n'est pas encore
en âge de pouvoir servir.
Elle l'a aussigratifié du Gouvernement
de Beauvais, &
de la Lieutenance du Beauvoisis
, vacans par la mesme
morr. Quoy que cet exemple
de bonté ne foit pas une
assurance pour tous ceux qui
possedent de grandesCharges,
que les mesmes avantages feront
accordez à leurs Enfans,
il doit les porter à bien fer..
vir pour s'en rendre dignes,
puis que le Roy rend toujours
justice au mérité & aux
services. Le jour que cette
Charge fut donnée, on entendit
toute la Cour retentir
des loüanges de ce Grand
Monarque.
Vous vous souvenez des
Prieres 3c des Festes publiques
que l'on fit l'année derniere
pour le restablissemenr de sa
lancé.Je vous en ay entretenuë
fort au long dans une
Lettre Extraordinaire. Plusieurs
n'en sont pas demeurez
à ces Prieres
, & il y en a beauqui
ont fait des Fondations
pour rendre les mesmes gra..
ces à Dieu tous les ans. Mr le
Curé,&" Mrs les Marguilliers
de S. Roch sont de
ce nombre, & le Samedy,
premier jour de ce mois, ils
firent chanter un Salut avec
unemagnificence où rien ne
fut oublié. Il yeut une excellente
Musique
, & on eue
leplaisird'y entendre les plus
belles voix de France. L'amour
qu'on a pour le Roy y
attiraune.si grande-foule de
Peuple, que toute l'Eglise se
trouva remplie. On pria pour
luy avec le zele & la ferveur
ordinaire.
Si chacun souhaite à ce
grand Monarque une vie
pleine des prosperitez dont il
cft digne, chacun exerce aussi
son talent à le loüer
,
& je
fuispersuadé qu'on a plus
fait d'Ouvrages à sa gloire,
qu'on n'en a fait pour tous
les Rois ses Predecesseurs. Le
desir de luy presenter un.
Poëme à fait adresser à Mr le
Duc de Montausier les Vers
que vous allez lire. Ils ont
de Mr l'Abbé Maurnenet;
Chanoine de Beaune, qui
luy estoit inconnu, & qui ne
pouvoit faire un choix plus
judicieux pour le dessein qu'il
avoit, cet IllustreDuc estant
toûjours prest à servir les
gens de Lettres qui ont du 4
méritai
A M. LEDUC
DE MONTAUSIER.
Rnement des beaux Arts, &
de toute la France,
.Zai pris soin de former les moeurs
de son Dauphin ;
Fameux esprit dont L'éloquence
S'ouvre dans tous les coeurs un glorieux
chemin.
Montausier, c'est à toy que maMufe
s'adresse,
Sûre que tu chéris les Filles du Fermesse
Elle ose se , promettre un favorable
acceSj
Daigne jetter les yeux sur cepetit
ouvrage,
S'ilpouvoit meriter l'honneur de ton
suffragr,
Il auroît Assiz desuccés, IJ- le ne viens pas piqué,d'un inte.
restsordide
.co;tJlcrer à LOVIS & messoins, &
mes Vers;
Epris d'une gloiresolide
le viens luy rendre hommage tvcc
tout l'Vnivers.
Cependantà l'afpecl d'une Muse
empreJfle,
Desadroits Couitisans la Troupe interessée
N'oseaupieds deson Trôr.eaccowpa~
gner nos pas.
Où chercher un Patron dans le siecle
où noussommes ?
il est de grands esprits, il 11 de
fçavtwshommes,
Maisil nefiplus de11-
Cent VevjijiuiteuYspleins d'unefoiter
audace
Etourdissent /.t Cour de leurs fades
Chansors
, Et ces avortons du Ps.rïi^jjc
Ont firme le p.iffge aux dignes
Noiin<Jfûns.
Le bel art de rimer si noble, d-si.
fiiblimc
N'estplus dU rang des Arts qu'on
vante, & qu'onestime
,
VnAitetrpcroifi-il
,
oncherche à
l'éviter.
Toy qui cannois le prix d'un si divin-
Ungtge ,
Rare & fameux Genie, ouvre-moy
ce pttjfage)
.Zuesinçteje n'ose tenter.
Ma Muse surtes pas fidellement
guidée,
De l'Att-gttfte LOVIS voulant faire
un tableau,
Prendrasursonfront une idée
jOiùpajfe ce que l'Arteutjamais de
plus beau.
Apres cette faveur
,
paisable d- satisfaite
Elle ira méditer au fond de sa retraite
,
Et moissonnerdesfleurs dans lesacré
Vallons
LOVIS occupera tous les soinsdesa
veine,
Et pour mieux celebrer ce Héros de
la Seine,
TuserassonseulApollon.
L'Abbaye de S. Antoine,
Chef d'Ordre considerable
estant devenue vacante par la
mort de Messire Antoine
Payn, homme d'un mérité
singulier, on s'assembla le 20.
de Mars dernier, pour choisir
celuy qui luy devoit succeder,
& le choix tomba sur
Messire George Paul de Maulevrier
de Langeron, Prere
de M. l'Abbé de Maulevrier
de Langeron, Aumônier de
Madame la Dauphine, & Dépduotnét
des Etais de Bourgogne,
la Famillecft d'unedistinction
tres -
considerable
dans le Royaume. M. BoucliUj
Intendant de Dauphiné,
setrouva dans l'Assembléeen
qualité de Commissaire du
Roy, & fit un discours tout
plein d'esprit, & digne de
sonMinistere, Cetteélection
ayant esté agrée par Sa Majesté,
on benit M. l'Abbé de
Maulevrier le 26. du mois
passé, dans l'Eglise Cathcdrale
de Saint Maurice de la
Ville de Vienne. La Cérémonie
se fit par Meilire Henry
de Villars, Archevesque,&
les Abbez assistans furent M.
Argoud, Doyen de la Cathedrale,
& M. de Lcilîn»
homm-e-- -tr-ès-q- ua-lissé dans,le !Dauphiné. M. Bouchu, In- tendant un grand nombre
de Personnes tres-considerablesy
furent presens, & elle
- fut faite avec un grand ordre
& beaucoup de pompe. Ily
avoit prés de quarante Religieux
de l'Ordre, presque tous
Supérieurs Le jour preced ent,
l'Abbé Geneial avoit receu
les visites de la Noblesse &
des Magistrats, & le soir toutes
les fenestres avoient esté
remplies d'illuminations, accompagnées
du bruit de plusieursBcctes,
& de quantité
de fusées qu'on fit jouer, en
forte que la joye avoir paru
générale.
La pieté du Roy éclate par
tout. On a rétably par son
ordre l'Eglise du Prieuré de
Saint Romain,que les Hereriques
avoient presque entièrement
démolie, & la Bénédiction
en fut faite le troisiéme
Dimanche de Caresme,
par Mrl'Vesque de Poitiers
en presence de M. Foucault,
Intendant de Justice en Poirou)
& d'un grand nombre
de Personnes de qualité. Mr
l'Abbé Belamont, Mission
naire,,
naire ,
prescha sur cette ceremonie,&
prit pour texte ces
paroles du Pseaume 101. In
conveniendo populosin Urlum, ~u
Reges ur serviant Domino.
Voicyquel-fut, son exorde;
vous jugez bien qu'il n'oublia
pas à parler du Roy.
Aprèsqu'il eut expliqué son
texte en ces termes, Lors - que
les Princes & les Peuples de la
Judée
,
delivrez de la captivité
deBabylone,s'assemblerent dans
Sion pour servir le Seigneur,
il continua de
-
cette forte:
C'estoit cette esperance qui joutenoit
le Peuple d'Israel captif
en Babylone qu'il y auroit
quelque jour un temps de grue:
& de misericorde
,
où Dieu content
de ses travaux ~& de sa
penitence,romprait les chaisnes
de sa captivité
>
le rameneroit
dans la Judée
,
rétabliroit son
culte dans le Temple, ~& le mettroit
en possession de la Terre
promise.
Dans cette attente qui le consoloit
de toutes les peines, ce
Peuple impatient ne cessoit de
luy dire: Dieu Eternel, faites
éclater vostre puissanee en
faveur de Sion; la compassion
que vous aurez de vostre Peuple
fera reverer vostre laine
nom à toutes les Nations;
tous les Rois de la terre craindront
vostre puissance, &
quand vous aurez reparé les
brèches de Sion, & que vous
aurez fait misericorde à vostre
Peuple, vosEnfans délivrez
de leurs chaisnes, feront
par tout retentir les
loüanges du Seigneur, qui
les a regardez de sa sainte demeure
; ils diront en tous
l ieux
,
le Seigneur a regardé
du Ciel en terre pour écouter
les gemissemens des captifs.
& pour retirer des fers ceux
quin'attendent que la mort,
afinqu'ils annoncent le nom
du Seigneur dans Sion? & sa
louange dans Jerusalem, &
c'est alors que les Rois & les
Peuples assemblez se rejoindront
dans vostre Temple,
pour y chanter ensemble les
louanges du Seigneur.Psal.101.
T>ieuJe laissa fléchir à leurs
prieres , ~& quand ce Peuple penitent
eut satisfait à ftA, justice ,
par une servitude de soixante
&dix années, il appella Cyrus,
dit le Prophete Evangelique, &
illuy dit, Vous estes le Pasteur
de mon Peuple, & vous
accomplirez ma volonté en
touteschoses. Ce fera par
vous que je rebaftiray Jerusalem,
& que je rétabliray mon
Temple, je vous conduiray
par la main pour assujettir
les Nations, je vous donneray
le bras de ma puissance,
& je mettray.les Rois en
fuite devant vous,afin que
vous sçachiez que je fuis le
Seigneur, & qu'il n'yen aura
jamais d'autre.Isai. 44.~cr45.
Aussilorsque ce Princenjdinqueurde
l'yjjjyrie
,
devenu l'instrument
de la gloire ~& de la
volonté de Dieu,sevit en posJeJJîon
de ce Royaume
,
il crut
qu'ilestoitobligé de procurer la
gloire de celuy qui distribue les
Couronnes, & qui donne les
Royaumes à son gré, Hæc dicit
Cyrus Rex Persarum, omnia
regna terræ deditmihi
Dominus Deus coeli, & præcepit
mihi ut ædificarem ei
domum in Jerusalem. Le
Dieu du Ciel& de la terre qui
m'a donné tous ces Royaumes,
m'a commandé de rétablir sa
gloirej& de fairebastir son
Temple en Jerusalem: & aussitost
il delivra les Juifs de la captivité
de Babylone, & il les
renvoya dans la Judée, pour
accomplir la volonté du Seigneur
er de leurDieu, & rebastir le
Temple, & les murs de Jerusalem.
Mais quand le Temple fut
basty
, & que le Peuple d'Israel
en fit la dedicace, il fallutprendrepour
en faire la Fefie. @r la
Ceremonie ,des Prestres imma*
culez,
,
sans reproche @r sans
tache, Sacerdotes sinemacula,
& voluntatem in lege Dei
habentes, qui portassent la Loy
de Dieugravée dans lefond de
leurs coeurs. On en fit la lecture
aux Enfans d'Israël, &
tout le Peuple y répondit,les
unspar des cris d'allegresse &
pardes acclamations, les autres,
par des gemissemens & -
par des larmesdetendresse;
& de çe bruit confus de prieres&
de loüanges, d'acclamations
& de gemissemens,
il ne se fit qu'une feule voix
qui loüoit la misericorde Ôc
la magnificence du Seigneur.
C'est la belle peinture que l'E->
crituresaintenous en fait. Esdras
3. -
Comme l'Apostre nous apprend
que tout ce qui se passoit dans
l'ancienne Alliance, n'estoit que
lafigure de ce que le Sauveur du
monde unique Mediateur du
Nouveau Testament
,
doit accomplir
dans son Eglise, nous
voyons aujourd'hui dans nostre
grandMonarque
, & dans toutes
les Terres de son obeijjance>
lavéritéde toutes ces figures,&
lacccmphfjement de cet Oracle.
Il n'yaura plus alors qu'une
feule Bergerie, & qu'unmesme
Pasteur. Le Seigneur des
Batailles dità LOUIS LE
GRAND, Vous elles le Pasteur
de mon Peuple & vous
accomplirez ma volonté en touteschoses,
ce fera par vous que
je rétabliraymagloire, & que
je rassembleray tous mes Enfans,
dans mon Eglise,je vous conduiraryparla
main, je vous donneray
le bras de ma terreur &
de ma force, pour assujettir les
Nations;j'abattray devant vous
les plus hautes Puissances
, &
tous mes ennemishumiliez àvos
pieds, garderontun religieux silence,
mais je veux quevous rétablissiez
la gloire demon nom
dans toutes les Provinces de vostre
obeissance, &que vous rassembliez
tous les Enfans de mon
El/Ife dans l'unitéd'unmesme
culte& d'une mesme Religion.
Aussi
, mes Freres
, voyonsnous
que quand ce Prince toûjours
victorieux& toujours magnanime
,
voulant épargner le
sangde ses Sujets, eut donné la
Paix à l'Europe envieuse de Jk
gloire
,
conspirér contre luy,
Siluit terra à conspectu illius,
plus auimé du zele de la Maison
de Dieu, que de l'amour de sa
propre grandeur, il appliqua tous
ses regards &toutesses pensées
à rendre à Dieu l'hommage &
le tribut de tantde gracesrépandües
dans sa Personne & dans
son Regne. Il crut que ses Victoires
ne seroient pas accomplies,
siDieuneregnoit dans les coeurs
qu'il asoumis à sa puissance,&
qu'il estoit indigne du Filsaisné
de l'Eglise, de voir en sa Famille
des Freresdivife^ ,des Sujets
révolté% dans un Royaume
tres-Chrestien, Omnia regna
terroe dedit mihi Dominus
Deus coeli & terræ, & ipse
præcepit nlihi
, ut ædificarem
eidomum in Jerusalem,
Le Dieu du Ciel de laterre,
quim'a donné tant deProvinces
& tant de Peuples à (rouverner.,
m'a commandé deluy bastirson
Temple; je ne dis pas seulement,
mes Freres, ce Temple materiel
où nous sommes assemblez, qui
èra toujoursl'ouvrage desa ma-
:nific(nce) & le monument de
sa pieté royale, mais les Templesnjivans
où le S.Esprit a choisi
à demeure.Dieuveut que je les
'étahliJfe dans la Foy de leurs
Peres3 et qu'estant le Pasteurde
on Peuple ( carc'est la plusglo-
"ieuse qualité des Monarques et
les Prestres, de gouverner le
Peuple de Dieu, comme un
Paftettr fait ses brebis, de
le défendre
, & diriger dans
la voye du Salut.) je rassemble
mes Brebis dans l'unité
d'un mesme culte et d'une mesme
Eglise. In convenicndo
populos in unum &c. afin
que tous ensemble nous meslions
nos Prieres & nos voeux,nos
loüanges & nos gemissemens
,
nos acclamations et nos larmes,
& qu'on dise de nous, jusques
à la fin de tous les siecles, comme
il est dit des Ensansd'Israèl>
Congregatus est populus,
quasi vir unus ; le Peuples'est
assemblé comme un seul homme,
n'ayantqu'unmesme coeur,dr
dqiut'une mesme volonté, ou comme
le Fils de Dieu dansl'Evangile,
il n'y aura plus qu'une
mesme Bergerie & qu'unmesmePasteur.
Pour accomplir un sipieux et
si v tjkdejpin
, nous avions
besoin d'un Pontife qui fust
saint. innocent,sans foüillure,
separé des Pecheurs,et qui
portant la Loy de Dieu toûjours
éaite dans ses oeuvres > comme
un Décalogue vivant
,
la fifi
legner dans tous les coeurs, qui
la persuadest également par ses
paroles & par ses a{!;;;-ns
> &
lqeus il'insinuant dans les esprits
plusrebelles et lesplus durs
par des lumieres vives, douces,
& victorieuses tout ensembley
preparast les vojes duSeigneur,
&luyjvrmafl un Peuple agréa
ble et parfait,Parare Domino
plebem perfectam. Hé pouvions-
nous, mes Freres, en demander
à la Providence Divine?
un plus immaculé dans
toutesa conduite, plus éclairé de
Dieu dansses drjjeins} plus constant
dansson zele
, plus charitable,
& plus compatissant à
nos foiblesses
? & pour tout
dire dans unseul mot,plus remply
de l'esprit, de la doctrine &
de la pieté de S. Hilaire vostre
Evesque,comme il en est le digne
Successeur ?
Foibles instrumens de la misericorde
de Dieu dans les tra''
Vaux Apostoliques y nous avons
répandu la semence de vie
,
selon
la mesure de la grace qui
mous a esté donnée
,
toûjours
les larmes dans les yeux , par
le peu de succés l'inutilité de
nos travaux; Euntes ibant &
flebant
, mittentes femina
sua, C'-esi avous> Monseigneur,
que cette gloire est reservée, @J'
puis que le Pontife est bailyde
Dieu pourréunirtoute l'EgJifi
ensa personne
,
Plebsadunara
Episcopo, comme la definit S,
Cyprien3& que r
éünissant toute
l'Eglise en sa personne
,
il est le
mediateur entreDieu & son
Peuple
, pour presenterà Dieu
les voeux ,
les Sacrifices, & les
Prieres deson Peuple, Ut offerat
dona & Sacriifcia,etrapporter
au Peuple lesgraces deson
Dieu, nous avons lieu de croire,
Monseigneur, qu'estant donné
de Dieu à ce grand Diocese dans
lejour desamisericorde & desa
grâce5 c2r secondé des foins &
des travaux infatigables de l*IllustreMinistre
qui a voulunous
honorer de sa presence
,
siéclairé
&si vigilant,si exemplaireet
sicapable degouverner les Peupies.)
et de manier l'autorité
Souveraine du plusgrandRoy
du Monde> vous repandrezune
telle abondance de lumiere et
de graces dans l'ame des nouveaux
Convertis de cette Ville
qu'estant t vaincus par une autorité
aussi doucedr aussibienfaisante
que la vostre
, vous
remporterez leurs coeursaux
pieds de vos Autels comme les
fruits de la moisson) pourenfaire
une offrande au Seigneur, Ë,7
qu'on pourra dire de vous , ce
que l'Eglise chante des Apostres.
Venientes autem venient
cum exultatione, portantes
manipulos suos.
J'entire un bon augure dela
matiere que je traite & qu'ils
m'ont demandée, le Calice que
nous benissons n'est -il pas
communion du Sang du Sau-
&
veur ,
& le Pain que nous
rompons ,
n'est-il pas la participation
de J. C. Car nous
ne sommes tous qu'un pain,
& qu'un corps, nous qui participons
à un mesme pain.
Fajje le Ciel que cet jiugujie Sacrement
qui nous a divisezdepuis
deux censcinquante ans,nous
réunissse pour j-amais ! Hé,que
jeserois heureux,mes Freres, si
expirant en cette Chaire, je
pouvois consacrer les derniers accens
de ma voix àvous en
bien
persuader.
Dans la Lettre particuliere
que je vous envoyay il y a
un an, du Voyage du Royà
Luxembourg, je vous décrivis
la situation de Mont-
Royal, qu'il a trouvé à propos
de faire bâtir sur les Terres
de son obeïssance à quelques
lieuës de cette fameuse
Ville, par laprise de laquelle
il a voulu terminersesglorieuses
Conquestes
>
& comme
resoudre aorir & achever
ce que ce Monarque a
ï-efolurfont presque toûjours
une mesmechose, cette Place
s'estant trouvée en estat d'avoir
un Gouverneur, Sa Majesté
a nommé Mr le Comte
duMontal,Lieutenant General
de ses Armées, à present
Gouverneur de Maubeuge,
cy-devant de Charleroy
,
& auparavant deRocroy,
pour remplir ce poste.
Sa valeur & son experience
dans le mestier de la Guerre
sont si connuës
,
& je vous
enay parlé tant de fois, qu'il
n'est pas besoin que je vous
en dise davantage pour vous
apprendre qui cit Mr du
Montal. Le Gouvernement
de Maubeuge qui depuis la
Paix est devenu unePlace tresconsiderables
a esté donné à
Mr le Marquis de Gourney,
Maréchal des Camps & Armées
du Roy. Pour juger de
son merite, &de son sçavoir
faire dans le Mestier dont
il semesle,il ne faut qu'examiner
l'importancede la Place
qu'on luy confie. On peut
faire le mesme jugement de
Mr des Bordes, Lieutenant
Colonel du Regiment de
Navarre) puisque le Roy luy
a donné le Gouvernement de
Landau, qui est une Place
forte, &des plusestimées du
Royaume. Mr desBordes a
passépar tous les degrez de la
Guerre, & son merite & sa
valeur l'ont fait parvenir aux
premiers emplois. -
Mr le Marquis de Courtenvaux
dont je vous ay souvent
parlé lors qu'il portoit
le nom de Comte de Beaumont
,
fous lequel il a fait
quantité de belles actions en
Hongrie, où il s'est trouvé
dans toutes les occasions éclatances
& dangereuses, aprés
s'estre aussî beaucoup
diflinçué
distingué contre les Turcs
en Pologne, aestéreceu
Mestre de Camp du Regiment
de la Reyne
,
sur la démission
volontaire de Mr le
Marquis de Crenan
,
Gouverneur
de Casal. Je vous ay
déja dit que Mr de Courtenvaux
avoir esté receu en survivance
de la Charge de Capitaine
des Cent-Suisses de la
Garde du Roy, &je vous apprens
aujourd'huy qu'il a déja
servy en cette qualité,& que
Mr de Louvois son Pere, est 1
revenu dés le commencement
de ce mois, du Voyage
qu'il a fait pour le service
Roy sur les Fronrieres d'Al.
lemagne. Je dis Voyage,
à cause du grand éloignement
des lieux où il a -eH:é)
& parce que ce seroit un fort
grand Voyage pour un autre;
mais il semble que ce n'ait
esté qu'une promenade pour
luy. Je ne vous dis point qu'il
a toûjours esté en action,
qu'il dînoit dans une Place
forte, & qu'il couchoit dans
une autre ; qu'il visitoit les
Fortifications, & faisoit reveuë
des Troupes; qu'il y
ccoutoit des Deputez de toutes
les Places des environs
qu'il y regloit mille affaires,
& quesouvent pendant la
journée, ilfaisoit encore la
mesme choie dans d'autres
Places que dans celles où il
s'arrestoit pour disner
, ou
pour coucher. On se figure
tout cela de ce Ministre , & l'on connoistson activité&
son zele pour le service du
Roy.
On a quelquefois des tentations
de curiosité qu'il est
dangereux de satisfaire ; l'Historiette
en Vers que je vous
envoye en est une preuve.
Elle est de MrNadal de Pni--
tiers, Auteur des deux Fables
que vous avez leuës avec
plaisir dans mes autres Lettres
; l'une duRossignol&de
la Linote,&l'autre del'Asne,
.& de l'Avare.
LE TROP CURIEUX MARY, DVne Femmejeune&jolie
L'Epoux avoit cettefolie
D'avoir le coeur delicat&jaloux,
chosepropre à gaster les fiaifers Us
plusdoux.
Il voulut penetrer ce qu'elleavoit
dans l'ame
Siparhasardelleefroitbienfemme>-
Commesouventelle en juroit, -
A rebuterdessoins qu'un Amant
luy rendroit.
Certain Voisin de bonne mine
Prenoitplaisirà lavoirquelquefois.
Comme il avoit l'humeur enjoüée &
badine
il craignoit qu'elle n'eujl sur luy
fixéfin choix
Pour quelque amour à la sourdine,
C'estoitpendantle Carnaval
LajeuneEpouse aimoit le Bal
Le MaryCYUL,UÙÏIS Li delicatesse
J>)uesur la moindre chose ilsefaisoit
sans ceffi
,
J^uc ces endroits ne luy plaisoient
Jïue parce qu'ilsautorisoient
L'enjoûment& le badinage,
Et pensa que pour dcmefkr
Lepanchant d'uncoeurjeune &peutestre
volage,
Au bal
-
luy-mesme il feroit bieiï
d'aller.
Desa Moitié qu'onpria dtinefee,
Sous l'équipage & l'habit d'un
Berger
Il resolut de tenter la conqueste,
HeuratxJifis douceurs nepouvaient
l'engager,
A consentir auxfins desa requeste.
JIpart, suit de son coeur le conseil
imprudent
Etfait toucher chez l'Intendant.
EjlilntJejÙndtt de Carrosse,
il trouve une Assemblée aussi belle
que grosse.
C'est-là qu'en regardant mille jeunes
Blondins.
Jjhii font valoirteurs air badins
> Etdontà s'occuper les mains toûjours
trop prestes
Alloient aux petites conquestes,
Des Maris Jiftjets aux accidenssacheux
il craint lesort malencontreux.
Dans les transportsdeson ame jalouse
Ponrs'éclaircir deson destin,
Tremblantil vase mettre auprés de
son Epouse,
Et luy dit qu'il estle Voisin;
Il en avoit la taille & pouvoit le
paroi(ire.
La Belle qui l'avoit averty de ce Bal
Sousriten levoyant & croit lereconnoistre
,
Vn teldebutpour le Mary va mal,
Son rôlé à joüer l'embarasse.
Du Voisin par elle attendu
Il prend mal à propos la place,
Ellefoufirit, tout estperdu.
L'esprit trop occupé d'une pareille
attente
EEttddeessoonnccoeoeuierrbblelejféfuivantlafeule
pente,
San, mieux examiner s'il ne la
trompe pas, [ tendre,
D'un air doux
,
Cilrreffint &
Elle reçoit mon homme, çrpuis luy
dit tout bas,
Vous vous estesbienfaitattendre.
19"e vous menagez mal ces donx
momens, belal !
Quelques charmans objets qui s'offrent
à ma veuë ,
A peine encor du Balje mefuis apperceuë.
Sans vous. Vn aimable embaras
L'empeschedepoursuivre
Je
elle se
taist soupire,
Et par un soupirsi charmant,
Ne disant rien, elle croit dire
Tout ce qui peut satisfaire un
Amant.
J>)uel coup & quelsujet de rage
Pour le pauvre Mary Ji vivement
blessé!
D'une voix composée & d'unsouris
forcé [nage,
Ilsoutenoitfortmal cefatal person-
Jjhtandsur le point d'en sçavoir
davantage
Sa mainfitje nesçay comment
Aux yeux de sa Moitié briller un
Diamant,
Desf<»Xqu'elle trahit le mjèrab!e
/{lge.
C'estpour la détromper,
Ce Bijou reconnu venant à la fraper
Elle se doute du mistere.
Dans cette extremité commentsortir
d'affaire?
Tous deux embarrassez confus,
S'expliquoient seulement par un
sombresilence
,
Lors que l'Epouxfut pris à danser;
unrefus
Auroitblessélabien-seance.
Vous pouvez vous imaginer
cf¿tt't! ne dansa fas en cadence,
chtfl dansson desordre aisée à pardonner.
Pendant ce temps l'Epouse à fuir
estprompte, ( honte,
Elle quitte le Bal & va cachersa
Il ne futpas long-tempssansl'aller
retrouver;
Iltgrz, ce qui dut arriver.
Vous,quepeut embarquer enpareil
fratagême
Vne délicatesse extrême,
Maris,voilà pour vous un avis
important.
D'une jeune Moitié si le coeur in..
constant
Vous donne de l'inquiétude,
Ilvaut mieux demeurer dans quelque
incertitude
cf<!!,e de vous éclaircir, puis qu'il en
couste tant.
Etpuis, contresesfeux c'esten vain
qu'onse ligue,
Elle scaura toujours ménager une
intrigue ;
Vosseins neserviront quepourvous
mieux tromper.
C'estparun tendre ameur, c*est par
sa complaifinnce £>u'onpeutarreficrl'irtconfiance
D'un icune coeur qui cherche à
s'échaper.
Voilà le vrayremede,& ie n'enscais
point d'autre
Pour fixer sa legereté.
Souvent leur infidélité
Vient d'avoiréprouvé la vostre.
Comme rien ne vous touche
davantage que les Ouvrages
solides
,
le discours
qui fuit ne peut vous estre
que tres-agreable
, & par sa
matiere, & par l'érudition
dont il est remply. C'est une
courte replique à un Livre
imprimé à Francfort, & qui
n'a paru quesur la fin de l'année
derniere dans lequel on
pretend justifier la fuite des
Ministres de France dans les
Pays Etrangers, & répondre
enmesme temps à un Imprimé
,
dont je vous fis part
dans ma Lettre du mois de
itilllct1,686. -
cEst un des malheurs de
nostre siecle qu'on ne
sçauroit assezdéplorer de
trouver des personnes se
piquentd'esprit & debon
sens,& qui veulent néanmoins
faire passer les veritez les plus
constantes pour des questions
problematiques, introduisant
par ce moyen une espece de
Pyrronisme dans la Religion
Chretienne, qui a la vérité
immuable pour son objet,
& dont la Foy divine qui luy
fert de fondement inébranlable,
ne permet pas aux ve
ritables fidelles de tourner à
tousvents de doctrine,sélon
l'expression de S. Paul. Afin
donc d'éviter ce Piege si dangereux,
& pour répondre
juste aux raisons qu'on apporte,
par lesquelles on prétend
justifier la fuite des Ministres
de France, il ne faut
que lire avec un peu d'attention
la Lettre que S. Augustin
a écrite à Honorat,où il
explique fort nettement&
fort solidement la liberté
qu'on fait tant valoir,qui a
esté donnée par le Sauveur
dumonde, à tous les Pasteurs
en la personne des saints Apostres,
lors qu'il leur a permis
de s'échaper d'une Ville où
ilsseroient persecutez, & de
seretirerdans une autre, car
cette permission ne se doi
entendre précisément,qut
quand les peuples qu'on est
obligé d'assister & d'instruire,
se sont eux-mesmesabsentez;
ou bien, ce qui est remarquable,
& qui vient bien à
nostre sujet, quand on attaque
directement les seuls Pasteurs,
& non pas tout le
trou peau. Alors il est à propos
de prendre la suite, &
c'estuser d'une fainte prudence,
& d'une loüable précaution,
de chercher à conserver
le troupeau par la retraite
duPasteur, lors qu'il
ne le peut sauver ny par sa
presence
, ny par la mort.
C'est pourquoy le grand Saint
Athanase, qui s'estoit si souvent
exposé genereusement à
tant de dangers pour le service
de l'Eglise, fut enfin
obligé de quitter son peuple
pour un temps seulement,
parce que c'estoit à sa propre
personne que ses ennemis en
vouloient, &qu'il estoitluy
fculle but de toutes leurs calomnies
& de leurs perseculoins.
Mais quand le danger
est commun au Pasteur & au
troupeau, c'est alors qu'il faut
tenir ferme, c'est alors qu'il
ne faut point abandonner le
terrain, & c'est alors qu'il
faut faire paroistre son courage
intrepide &sa gcnerosité
pastorale en s'exposant
aux perils & à la mort mesme,
s'il est necessaire.C'estaussi
dans cette veuë que le Pape
Nicolas remontra autrefois à
Humtfride,Evesque de Teroüanne,
sur la plainte qu'il
luy avoit faite des injures
qu'il recevoit des Normands,
que le bon Pilote ~dort faire
paroistre davantage son habileté
& sa vertudurant les plus
-fortes tempestes, que quand
laMer est calme & tranquille.
Mais sans nous éloigner
dela doctrine de S. Augustin
~contenuë dans cette Lettre
admirable que nous avons
déja citée, où il marque en
quel cas les Evesques ne doivent
point quitter leurs peuples
dans les incursions des
Barbares, telle qu'estoit alors
celle des Vandales en
Afrique;écoutons ce que dit
cet incomparable Dodteur sur
cette matiere. Craignons dae)
avantage, dit-il, que les pierres
vivantes quisont les Fidelles,
ne perissent par nojlreabsence
, que non pas que les pierres
mortes des édificesmatériels
ne soient brûléesennostre presence.
Craignons davantage que lesmembres du Sauveur ejiant
priver de la vie spirituellene
meurent, que non pas que les
membres de nostre corps eslans
opprimez par la violence ennemie)
nesoienttourmentek.Nous
voyons encore un exemple
illustre de cette generosité
Episcopale en la personne de
Synese
, Evesque de Ptolemaïde,
qui parmy les ravages
delaProvince de Cyrene
en Egypte, saccagée par les
Barbares, se trouva si éloigné
de s'enfuir
,
qu'il declare,
Que lors que les Ennemisseront
entrez dans la Ville, ce fera
alors qu'il courraàl'Autel,qu'il
demeurera en saplace dansson
Eglijc? qu'il se mettra devant
les tres-Saints Vases des Eaux
baptismales ; qu'il embrassera,
les sacrées Colomnes, qui flutiennent
la tres-pure tus*
fainte Table; qu'il y fera assis
vi-vant. & qu'ilys/e- racouché
mort; qu'en qualitédeMinistre
~&deSacrificateur de Dieu;, il
est deson devoir de luy sacrifier
sa vie. Ce font ses propres
paroles,je n'y ajoûte rien,
de peur de les affoiblir.
Les Evesques les plus célébres
de l'Eglise ont eu les
mesmes sentimens. S. Ambrosse
dit à son peuple qui
apprehendoit qu'il ne se retirast
de la Ville de Milan:
Vous. avez, eu peur que je ne
voulusse vous abandonner, &
<:lUt disirant pourvoir à ma
seureté particuliere, jenemanquasse
à la vostro ; mais vous
avez bien pu reconnoistre parce
que j'avois écrit, que je ne pouvoir
avoir intention de quitter
l'Eglise, puisque je crains plus
le Seigneur du monde que l'Empereur
dece siecle. Saint Denis,
Evesque d'Alexandrie, declara,
au rapport d'Eusebe,
que quoyqu'on l'eneustfort
sollicité, il ne voulut point
quitter son Eglise
~durait
la
persecution de Decius, &
dans un siecle plus approchant
du nostre, S. Maxime,
jEvefcpe de Mayence,ayant
elle chassé sept fois de son
Eglise, y retourna autant de
fois.
C'est ce zele ferme & vigoureux
quiafait rentrer les
saints Apostres dans les Synagogues
d'où on les avoit
chassez
avec opprobre, &
qui a fait endurer le Martyre
à tant de saints Pasteurs
, qui ont mieux aimé mourir
que d'abandonner leur troupeau,
jusque-là qu'on compte
jusqu'à trente-trois Papes
qui tous successivement les
uns aprés les autres ont enduréla
mort pour ce sujet,
& qui ont combattu genereusement
pour la querelle
de Dieu. Combat, dit S. Bernard
, où le Sauveur a esté le
Spectateur&le Combatant,puis
cjuil a fortifié le coeur des plus
foibles en disant,Prenez, courage,
siay vaincu le monde. C'est
ence combat,ajoûte ce devot
Pere, où ny le BUfié ny le
Mort ne serontfrustrez du gain
de la viêloire3 pourveu seulement
qu'ils ne fuyent point,
car c'est la seule fuite qui leur
peut faire perdre la couronne
de la gloire, qu'on ne peut
perdre en mourant dans le
lieu
lieu ducombat
,
mais bien
en fuyant le champ de bataille.
Prions Dieu, dit S. Jean
Chrysostome, que nous n'entrions
point en tentation
, &
que quand elle se presentera ,
nous la supportionsgenereusement,
car bien loin que la
charité Chrestienne puisse
bpaernmdoenttnreerà unEvesque d'a.
son troupeau
dans le temps de l'adversité
& de l'orage, nousvoyons
qu'elle a mesme fait quitter
les Monasteres & les Solitudes
à un Religieux & aux
Anachoretes, pour servir l'Eglise
dans ses necessitez pressantes.
Saint Antoine nous
en fournit un exemple signalé.
Cet illustre habitant
des deserts, cet homme tout
celeste qui fuyoit si fort le
commerce des hornmes,abJn.
donna sa chere Solitude durant
la persecution de l'Empereur
Maximin,& tout brûlant
du desir du Martyre, il
s'enalla dans la Ville d'Alexandrie,
où il consoloit les
Chrestiens, & les conduifoic
au supplice, & bien loin de
se déguiser, comme font les
Ministres, il prit une robe
blanche, afin de se mieux
faire distinguer, & d'estre
reconnu pour Chrestien.Saint
Athanase le fie forcir de son
Desert pour confond re la sagesse
des Philosophes, & il
Popposa comme une forte
digue pour arrester le torrent
impetueux de l'Arianisme.
Theodoret raconte en son
Histoire des Peres, qu'un ~Solitaire
nommé Aphraates
,
voyant le trouble que l'Emdpaenresur
Valensavoit excité
l'Eglise,sortit de son
Hermitage
, & rencontrant
unjourceTyran qui demanda
ce quefaisoit ce Moine dans
le monde, il le rendit confus
par la fage réponse qu'il
luy fit, en disant, Qu^il y
estoit venu pour éteindre le
feu qu'il avoit mis dans la
Maison de Dieu. Le mesme
Theodoret rapporte que
durant la persecution des
Ariens, l'Evesque Acacius
fit sortir de sa grotte un Solitaire
nomme Julien, en luy
disant, que puis qu'il enduroit
tant de travaux pour l'amour
de Dieu, il ne luy pouvoir
rendre un fervicc plus
agreable que de secourir son
Eglise en sa necessité.
Si lln Chrestien ne doit
p'aafsflircetgioarnder d'un oeil sec
deson Frere; si,
felon S. Paul, il doit porter
son fardeau, & enfin, s'il doit
entrer dans ses peines, compatir
à sa dou leur, & comme
lecharitable Samaritain,
mesler le vin avec l'huile,
pour guerir
-
ses playes,que
dirons-nous du Prestre &du
Levite impitoyables qui pasfenr
leur chemin sans estre
touchez de compassion, &
sans approcher du Malade?
Que dirons-nous deces faux
Paileurs desames, qui estant
chargez de leur conduite,
s'enfuyent dans lespaysétrangers,
& qui au lieu d'encouragerlesfoibles
par leur exemple
& par leur presence,
le contentent de leur faire
des discoursàperte deveuë,
& de les regarder de loin
avecdes Lunetes d'approche,
pour ainsi parler ?
1 MoysefutappelléleLiberateur
du Peuple de Dieu,
parce qu'il quitta leDesert,&
qu'ildescendit dans l'Egypte
poursecourir ses Freres; ôç
Josuéest appellé Sauveur,
parce qu'il se mit à la teste
des Israëlites, passa le Jourdain,
& les mit en possession
de la Terre promise. L'exil
où l'on conduisoit fous bonne
escorte nos saintsPontifes
&nos saints Evesques pendant
les persecutions de l''Eglise
les empeschoitquelquefois de,
consoler &: de secourir leur
troupeau; & les payséloignez
où ils estoient souvent
releguez, leurostoienttoute
forte de communication avec
leurs peuples,& ne leur laissaient:
en partage que les peines
& les larmes Mais il n'en
est pas ainsî du bannissement
desMinistres de la France ;
car quoyqu'on les en ait
challèz, on ne leur a ppoint
cfté la liberté d'y revenir, &
d'y rentrer quand ils vou-
<:Iront, s'ils ont assez d'amour
pour leurtroupeau,& assez
de bravoure pour s'exposer à
une severe punition. Ils ne
sont pointgardezà vene; on
ne leur fait aucune violence
dansleur exil volontaire, &
ilsont toute la terre où ils
peuvent demeurer eh toute
liberté, au lieu que nos saints
Evesques estoient enfermez
dans des pays sauvages &
presque inhabitez,oùZDon les
accabloit de travail, & où la
vie leur estoit une peine.
Mais tout au contraire, les
Ministres sont dans des Provinces
abondantes, & dans
de gras pasturages où ils vivent
commodement, & où
rien ne leur manque, à ce
-
qu'ils disent eux-mesmes.
Aprés cela peut-on sans injustice
comparer l'exil glo-
:rieux & honorable de nos- Evcfques, au bannissement
honteux& méprisable des
Minitres de France, & peuton
mettre en paralelle ce qui
fait la peine du vice, avec
la juste recompense qui est
due à la vertu? L'un est la
gloire & le triomphe de
la verité, & l'autre est le
chastiment du mensonge, ôc
la punition de l'Heresiec3. Où
est donc ce zele heroïqueàtout
entreprendre & à tout
souffrir, qui fait le caractere
des Saints de l'EgliseCatholigue?
Est-il reduit à compoter
en repos dans un Cabinet
une foule de Lettres Pastorales
dont, on accable les
Nouveaux Convertis, & par
lesquelles on leur parle de
loin comme par des Sarbacannes?
Faut-il que le troupeau
soit exposé à la misere;
comme on le pretcnd faussement,
pendant que le timide
Pasteur est à sonaise? Il cilbien
facile,dit le proverbe,
«à-un homme sain de consoler
un Malade
, & il est
aussi facile à un Ministre fugitif
de consoler son Eglise
pretenduë amio-ee.Qu'on en
dise ce que
l'on voudra, ces
faux Pasteurs fugitifs & mercenaires
ne font que des lâr
ches,qui en fuyant la peine
& évitant le combat,veulent
joüir de la, gloire du
trjolnilhe) mais ils trouveront
leur portrait au natuiel
que le Prophete Zacharie a
fait au chap. n. verf. 16. & 17.
& les peines dont ils font
menacez s'ils ne font leur devoir.
En voila allez pour parer
tous les coups qu'on nous
porte, & pourdétromper les
foibles & les ignorans. Je finis
par une remarque judicieuse
d'une personne bien sensée,
eui dit,que ce qui l'aaffermie
dans la Foy Catholique, c'est
latimidicé des Ministres, &
de voir que ceux d'entre les
Protestans qui embrassent de
bon Coeur la Religion Catholique,
Apostolique & Romaine
l le font par un principe
de conscience, & pour assurer
leur salut, vivant avec
beaucoup d'édification, au
lieu que la pluspart des Catholiques
Romains qui se
font Protestans, le font par
un principe de libertinage &
de débauche,pour vivre plus
au large selon les sentimens
dela nature corrompuë, comme
font les Préstresapostats,
&les Moines défroquez.
1 Je ne vous dis rien de ce
discours. Il est difficilequ'on
ne s'en laisse persuader, puis
que ce nveft point l'A uteur
qui parle & qu'il n'est remply
que de citations, & de citations
incontestables.Ainsi
l'on ne peut avoir aucun
doute de la verité des choses
qu'il veut prouver. Cette matiere
me fait souvenir d'une
Lettre dont la copie m'"si:
tombée entre les mains. Elle
est d'un fort habile-homme
qui écrivant il y a quelquetemps
à un de ses Amis, sur
ce que cet Amy ne pouvoir
ajoûter foy à l'Auteur des
Nouvelles de la republique
des Lettres,lors
qu'il
rapportoit
que le nombre des Temples
des Pretendus Reformez
en France,montoit il y a fix*
ans à 844. celuy des Ministres
actuellement en Charge
a 1zop. outre 164. qui navoient
plus d'employ
,
& celuy
des personnes à 564240.
Vous demandez,luydit-il,
comment Calvin auroit pû faire
pour attirer à luy tant de gens
au milieu d'un Royaume Catholique,
maisrien de cela ne vous
doit surprendre.Il a estéfacile à
ce Chefde Sefie , de faire de
grands progrés en peu de tÎttlps.
Il avoit de la finesse, de l'ambition
, & de l'éloquence. Il contoitaux
esprits foibles
3 que les
peines & les servitudes à quoy
on estoitsoumis dans la Religion
Catholique n'estoient pasnecessaires
pourfesauver, ~& que les
deux jours d'abstinence de chaque
semaine ,
le Caresme~&les
autres jours de jeûne, l'obligation
d'entendre la Messe tous les
Dimanches&toutes les festes:I
~&sur tout la necessité de s'accuser
soy-mesme dt ses peclJeZ
, ~&
de les déclarer intelligiblement à
un homme qui nous impose quelquefoisdetres-
rudes penitences,
:jloirnt d'un usagequiriaïoit
~pas de solide fondement. Comme iln'yarien deplusnaturel~&
deplus doux que la liberté, (gr
pe l'on croit volontierscequ'on
mhaite
,
les simples,les lâches
::;les li bertinsse laisserentaisément
persuaderparCalvin
; en ueur de l'affranchissement de
T qu'ilappelloitpenibles~& ~inities
ferrvitudes
> & ce fut par
l'avantagequ'il tira deces di}:
positions~& decesfacilitez, qu'il
fcrmayqu'il'vrojftfsa Secte.
jidmire^ sur cela le plaisant
nom quelle prit, de Religion
Reformée ;~&jugezsielle ne
se devoitpasplûtost appeller Religion
Relâchée. Calvin n'en
demeura pas là.Voyantqu'on
aveit encore de la répugnance à
croirequeNostre-Seigneurfust
en personnedansl'Eucharistie,
parce que les apparences en dementent
la verité ,
il enseigna
qu'ilyestoit, mais feulement en
figure; & considerant que s'il
n'interessoitlesPrinces dans
Jes erreurs ,
elles manqueroient
deprotection,~& nef,roient-qu-t
desprogréssans durée, il prescha,
aussi-tost que toute l'autorité ~&
tous les biens de (E[)ifi a.tr_l
tenoient aux puissànces Temporelles,~&
qu'ellesn'avoient qu'à
s'en emparer, & à ne plus reconnoistre
de Pape. Ainsi ses
discourspleinsdeflaterie,~& de:
deception,firent que lesPrinces
Ci les Peuples trouverent leur
compte dans sa pernicieusedoctrine
, ce qui futcause qu'ils
l'embrasserentengrand nombre,
& qu'elle a eu le grand cours
qui vous surprend. Il estoit à la
veille de s'augmenter beaucoup
davantage
,
si nostre Auguste
Monarque n'eust pris foin de s'y
opposer
, en faisantinstruire les
Abusez; car comme l'assujetissement
dessens & de l'esprit
,
est
un doublemartire,ilseroitsans
doute arrivé que la partie lâche
~& libertine de ce Royaume auvoitentrainé~&
corrompu l'autre.
Calvinavoulu immortaliser
son nom, & plûtost que de ne
pas faire parler de luy
,
il a
mieux aimemettre de toutesparts
le feu de la discorde dans l'Eglise
du Seigneur, mais graces àDieu @J au Roy , ce feu est
éteint en France; ceux qui en
estoient embrasez ont ouvert les
yeux a la vérité
j & repris le
sacre joug qu'eux ou leurs Peres
avoient imprudemment sècoüé,
&touslnftn ont esté rangera
leur devoir par les mejnies voyes,
dont le Sauveur du Monde Je
'èr'vit a l'égard de S. Pierre &
de S.Paul,je veux dire,parla
douceurou par la crainte. Cette
beureuse révolutionest digne
d'unRegneaussi admirable 3cjue
7CIuy deLOVISLE GRAND;
maisparmy ces merveilles celleàdoit
teniry ce mesemble le prenierrang
,comme la plus utile,
ra plus agreable. la plusglorieusê.
Rome en a allume des
Feux de jaye ,
Vienne&Ma.--
Jri¡/ s'en réjouirent; &siquelquesPuissances
n'en font pas
contentes >
cen'est pas d'aujourd'huy
que les prosperitez de ce
Royaume les font murmurer. El..
les ne preschent que l'esprit de
tolerance quellesfoudroient bien
ïnspirer à noflre pieux Monarque.
Il n'y a pasrenoncépour le
reprendre; lesfuites en font trop
dangereuses ; le libertinage des
<3 Calvruinistes est tropattirant,&
onnepourvoit mieuxfaire, que
defaire cesserle pernicieux exemple
de tant d'âmes perverties..
,La charité & la politique de
mandaient également l'union
des Sujets de Sa Majesté dans
la bonne creance, comme dans
l'obeissance& dans la fidelité.
On peut connoistre par le
nombre des Mmistres & des
Protestans du Royaume dont
ilest parlé dans cette Lettre,
combien le Roy a travaillé
pour la gloirede Dieu & pour
l'interest de l'Eglise. Ceux
qui gardent leur premiere
Religion dans le coeur> ou
qui chancellent encore dans
leur nouvelle creance, pourront
tirer de grandes utilitez
de cette lecture, les uns pour
découvrir l'erreur ou ils font
s'ils veulent y faire une serieuse
reflexion
»
&: les autres
pour s'affermir dans ce qu'ils
ont protesté de croire.
Tout ce qui regaide le
triomphe de la Religion Catholiquemeritant
d'estre
connu, je dois rendre justice
au zele de Mr l'Abbé de
Revol
)
Bachelier en Theologie
de la Faculté de Paris,
qui s'cft raieadmirer à Lyon
par les Discours Moraux &
instructifsqu'il y prononça
les trois derniers jours du
Carnaval
Carnaval de cette année dans
l'Eglise de la Propagation de
lafoy. CesDiscours étoient
sur le paralelle de l'Heresie &
du libertinage, & il n'oublia
pas de marquer la prudente
conduite que le Roy avoic
tenuë dans la conversion des
Prétendus Reformez. Il fit
voir dans le premier qu'il
n'y peut avoir de veritables
lumieres que dans la Religion
Catholique, & que la
sainteté est l'unique moyen
de conserver ces lumieres
que la foy nous donne, comme
au contraire elles font détruites
par le peché. Il ht connoistre
dans le second que les
desordres, &,- les déreglemens
duLibertin répondent parfaitement
aux erreurs de l'Heretique,
& dans le troisiéme
il expliqua la cause de l'aveuglement
terrible des &des uns
autrcs)ce que Dieu fait , pour nous en retirer
, & à.
quoy nous engagel'obligation
que nous luy avons de
ce qu'il veut bien luymesme
prendre foin de nostre
conduire, pour nous faire
ouvrir les yeux à la vcrité.
Apres avoir dit le premier
jour dans ion Exorde que ce
que les Prophetes avoient
predit, en disant qu'il n'y
auroit plus qu'un Troupeau
&, qu'un Pasteur, Ce trouvoit
accomply de nos jours, que
les Freres n'interrogeroient
plus leurs Freres, & ne les
prieroient plus de leur montrer
la voyc du Seigneur,
parce qu'elle feroit connue
de tous, & qu'ayant esté tous
témoins du. grand Miracle
qui s'estoit fait, nous n'avions
pu que l'admirer
?
& rendre
desactions de graces immortelles
à la bonté de nostre
Dieu, qui avoitregarde avec
des yeux de compassion les
miseres dans lesquelles nous
languissions depuis si longtemps;
ecfld nousajoûta-t-il,
de reconnoistre aussi ce que nom
devons 4 LOUIS LE
GRAND de la puissaucedu
quel ils'etfJervy pour nous procurer
ce bonheur qui doitfaire
désormais toute
-
nostrefélicité,
Çcjl en tenant dans cetteocca- si
fion laplace de ilfoyfe,, que ce
Princeestdevenu aimable à
Dieu & aux hommes >&sa
verge qui a changé tout le
Royaume en tfappanttHerefiè.0
nous paroist plus admirable que
lors que nous l'avons veu comme
un autre Hercule»avec la Mafsuë
de ses Armes toujours redoutables
, faire trembler les extremitez
de la Terre , ou par sa
fag,effi comme unautre Salomon,
attirer des personnesd'un Pays
qui jusquesalors n'estoit connu
que par son nom, pour admirer
danssa Peysonne des qualitéz ) dont sa réputation, toutegrandequ'elle
est
,
n'avoit faitdans ces
Pays reculez que de legerespeintures&
des crayonsgrossiers. Mr
l'Abbé de Revol accompagnatoutce
qu'il dit de raifonnemens
solides & de
fporertuevqeuseconvalncantes , en
si lesames touchées
d'un veritable desir de se
convertir y trouverent dequoy
profiter pour leur fanctification
,
les Curieux & les
Esprits forts furent instruits
de ce qu'il y a de plusconsiderable
dans la Religion, &
entendirent decideravec
beaucoup de netteté & de
force la pluspart des Controverses
que nous avons eues
jusqu'à present contre les
Heretiques. Il donna surtout
«^egrandes consolations à
tous les nouveaux Convertis
qui entendirent ces trois Discours,
lors qu'il leur dit le
troisiémejour ; Vous n'avez
envifiagêjufiqua vojîre réünion
à l'Eglise les choses que d'une
maniere toute differente de celle
dont elles sont, & pour parler
avec un autre Aveuglequi estoit
vostre figure dans cet estat pitoyable
,
les hommes qui marchoientvous
ont paru des arbres;
mais enfin après que le divin
Sauveur a mis de la bouë sur
vos yeux, c'ejl à dire,qu'ilveus
afait connoistre vos égaremens,
vous vous
esteslevez vous
vous estes lavez dans les eaux
salutaires de la Penitence,
vojlreaveuglement est entierement
dissipé. Vous rjlÚ'{ des
Brebiségarées
,
mais le Sauveur
de nos ames vous a prisessurses
épaulés pour vous ramener dans
saBergerie. Vous (fiiez autant
de Drachmes perduës, mais il a
neversé toute fit AdaiJe-n
,
allumé tous sesflambeaux pour
vous retrouver. Vousn'estiez
pas les Enfans du Royaume,
mais il veut vousfaire asseoir
avec Abraham, IJaac (Ji Jacob.
Vousestiez errans&vagabonds,
mais il vous appelle à sa vigne
& à ces Nocesfacrées qu'il celebre
à la sainte Table avec les
ames Fidelles. Enfin vous ejlie^
desEnfans prodigues, qui vous
estiez éloignez de la Maison de
njojlre Pere
,
qui vousefîi(%abandonnezau
libertinage
> &
quiaviez malheureusement dis-
Jipé toutes les graces qui'l vous
avoit faîtes,.maisvous nave^
pas plutost reconnu qu'il n'y avoitrien
desolide dans la Religion
que vous profifJie,<
, &
quifust capable de contenter des
personnesde bongoust ;vous ne
luy avezpas plutost témoigné la
sois ardente que vous aviez
dei,uoflrcfalut,& la faim de la
justice qui vous pressoit ; vous
ne luy avez pas plûtost demandé
son pain surnaturel
, & qui
est quotidien a ses Eleus
; Vous
ne vous esses pas plûtoflhur-:iliez.
devant luy t)!!r reconnoistre
vojïrefaute3 nue prenantcompassion
de vos nuseres & de l'état
déplorable dans lequel vous
languissiez, ilvousa ern!¡r,[r'{
tendrement arepare les pertes
que vousaviezfaites pendant
vovofiflrreeéléol'og, novent. Il a
rfnc' .1,~!cn t li commandé qu'ontras revestist
de vostre premiereétole
, a
voulu que toute saMaisonfust
ans la joye , parce qu'il avoit
'couttJrédes Enfans qu'ilcroyoït
erdus> voyoit vivans ceux
u'il regardoit comme morts.
Ainsi qu'un autre Jacob, après
voirappris l'estat glorieux de
on ci)r Fils Joseph, qu'il avoit
ru devoré par les Bestes sauvares,
le Sauveur du Monde vous
voyant retirez de la gueule
beantedu Dragon Infernal,n'a
presque plus de tendresse que
bour vous. %r°pts esses venus les
ddeerrnnieiresrs il veut que vous tL'OUS
remplissiez les premieres places
dansson caur. Ily a long-temps,
que nous travaillons
, & nous
ferons bien-heureux si nostre rccompense
égale la voctre; mais
noctre oeiln'est pas méchant,
farceqqe nostre Dieu ect bon
X? misericordieux. Nous ne
femmes pas indignez avec le
Frere du Prodigue, qu'il njous
fzffi des graces que nous n'avons
jamaisressenties ; nous
flauons que les derniersEnfans
d'un Homme luy font toujours
lesplus chers, que plus une c-host
a coûtéde peine, plus on la tient
precirufl. Comme Rachel l'Eglise
paroissoit cterile, lors qu'elle
itproduit ces thers Benjamins, dont la pyoduÛionest un pur
set de la bonté de nostreDieu,
yavoit long-temps qu'elledeandoit
cesEnfansàsonEpoux.
nfin.ellt les a conceus par l'oration
du S. Esprit. Elle a des
eurélong-temps dans la tris-
Je que luy causoientles tran-
,ées desonenfantement sPiri.
et, nous-serions injustesde
vouloir priver de la joye
eta une Femme d'avoirmis au
onde un seul homme; lesbiens
iils recevront ne diminueront
is lesnostres. Nostre Héritage,
urectrepartagéaveceux,n'en
ra pas moindre, nous dirons
tascher
, que comme nostre
éloignement de Dieu par l
péché,ne luy avoitpas causé un
moindre déplaisirqueceluy de
nos Freres Errans, par leur
apostasies de la Foy 3nojln
retourà la grace donne aux
Saintsune joyequiapproche du
celle quaressentie toute la Cou
Celeste de leur réünion à l'E
gliss
Les affaires des Venitien
avec les Turcs font tant de
bruit, & on parle si souven
des Places qu'ils ont reprifc
sur ces Infidelles, qu'il es
difficile que la nouvelle Cart
faite par le Pere Coronelli,
Cofinographe delaRepublique
,
n'excite de la curiosité.
Ce Pere est fort connu en
France, par les Globes qu'il a
faits pour le Roy, & dont je
vous ay entretenuë en plusieurs
Lettres. La nouvelle
Carte dont je vous parle, contienr
lcRoyaume deDalmatie,
divisé en Comtez & en Territoires.
Il y a aussi la Province
de Bossine, avec une partie de
sa Croatie,& la Morlaquie.Les
personnes quise connoissent
en bonnes Cartes,verrontaisémeut
que celle-cy doit estre
préferée à toutes celles qui
ont paru de ces pays-là. On
ne trouvera sur aucune les
divisions particuliers de la
Dalmatie que vous y verrez.
II yen a qui ont donné à ceux
de Raguse la grande Isle de
Curzola, qui appartient aux
Venitiens, & tous les Geogdreaphes
ont cru que les Isles
Cazza & Cazzola estoient
aux Venitiens, quoy qu'elles
soient possedées par ceux de
Raguse, ainsi qu'on pourra
le remarquer sur cette Carte.
Il y auroit encore beaucoup
d'autres choses à dire si l'on
vouloit entrer dans le détail
de tout ce que l'on voit sur
celle-cy, & qui n'est point
sur les autres. Les Sçavansqui
aiment la Geographie ancienne
,feront bien-aises de
trouver icy les noms anciens
des Isles, Montagnes, Rivieres
: & des Villes dont il est
parlé dans les anciens Auteurs.
Ces noms anciens el:
tant joints aux modernes,
donnent tout d'un coup un
paralelle de la Geographie
ancienne avec la moderne;
& afin que l'onne confonde
point ce qui est ancien, on
en a marque les noms d'une
Etoile, ce que l'on ne trouve
point aux noms modernes, &
parce moyen on satisferaégalement
les Sçavans,&ceux qui
ne recherchent que la Geographie
moderne. On a observé
la mesme chose dans la
grande Carte du Royaume
de Hongrie,en quatre feüilles
, dont je vous ay parlé
dans ma Lettre du mois d'Octobre1687.
On l'a rimpriméedepuispeu
avec plusieurs
augmentations. Le Pere Coronelli
estant à Venise pendant
que l'on a gravé cette
Carte de Dalmatie à Paris,
n'a pû corriger une faute qui
s'y efl: glissée dans quelques
exemplaires, & dont jevous
avertis. C'est touchant la
Ville de Clin. LeGraveur en
ayant entendu parler, parce
que les Nouvelles publiques
en font souvent mention,&
ne trouvant point cenom
sur la Carte du Pere Coronelli,
a cru bien faire de
l'y ajoûter, ainsi qu'elle est
sur lesCartes gravées en Franck
ce & en Hollande ; mais il
s'est trompé en cela, puisque
l.e v,eri-table nom de cette Place
est Cbnin
>
& non pas Clin,
comme l'a mandé le Pere
Coronelli. C'est pourquoyil
faut effacer la Ville de Clin
qui est prés de la Riviere de
Cetina en Dalmatie, &vous
trouverez la Ville de Chnin
dans laBossine sur la Frontiere
de Dalmatie & de la
Croatie, prés de la Riviere
de Cherchaou Kcrlça,& c'est
la mesme que le Vulgaire a
nomméemal à proposClin.
Elle est appellée en Latin Tinia.
Il y aun Evesché Suffragant
de Spalato, & que l'on
appeloitaussi en Latin Tininienis-&
Cro-vatiensis Episc1opatus.
On trouve unedescription
& un plan gravé de
cette Place, dans
la
dcfcrlption
de la Morée du Pere
Coronelli, page 118. de l'Edition
in folio faite à Paris en
1687. Cette Carte,& toutes
les autres de ce Pere, se
débitent à Paris chez Jean
Baptiste Nolin, sur leQuay
de l'Horloge duPalais, proche
de la rue du Harlay
?
à
l'Enseigne de la Place des Victoires.
On y vend aussi une
Carte de France du mesme
Auteur,laquelle, quoy cjus
d'une feüille, est tres-particularifée,
curicufe
?
nouvelle,
& fort estimée à la Cour.
Un Cavalier, aussi spirituel
que galant,ayant envie de
connoistre une belle Dame,
dont le merite faisoit bruit
dans une Ville où il arrivoit,
découvrit qu'elle estoit aimée
d'un Officier que son
employ retenoit dans son
Regiment. Il feignit d'en
estre Amy, & d'avoir esté
chargé de luy dire bien des
choses de sapart. Illa vit sur
ce pretexte ,
& en fut receu
agreablement. La loüangene
déplaist jamaisaux Belles. Il
en donna beaucoup à la
Dame, & ayant remarqué
qu'il ne luyavoit pas dépleu.,
en disant qu'ilevoit pris une
commission dangereuse, puis
qu'elleavoit des yeux tout
propres àdiviser les meilleurs
A mis,illuy envoya le lendetnain
lesVersquewus allez
lire. -
A MADAME. DE vostre Amant absent vous
peignant les ennuis,
sçavez-vous, belle Iris, quepour
mon coeur je tremble,
Jhfaufen bien-tostilneressemble?
Fidelle à l'amitiéie fais ce que ie
puis,
JPmr ne trahir en rien celle qui nouj
assemble,
Mais ie sens trop ,
bêlas! en l'estat
où iefuis,
Jj)ue vous nous broüillerez, en*
fernbk.
Jeme suis acquitté de ce que ïay,
promis;
Vous parlantdesesmaux, que pottvois-
ie plusfaire?
Jjluand ie cherche à remplirce tendre
ministère,
Faut-il quevos beaux yeuxa qui
tout estfournis,
pOlir sçavoir trop bien l'Art àe
plaire,
Atus
NousfaJlè l'un l'autre erin.,,ei,ii-?

Pouriugerde son feu ïen% r-sg.tra,\ty -
les charmes,
I'estois chargé de cet employ,
Mais aussi-tost que ie vous voy ,
Pour mon repos quelles alarmes !
Vosyeux d'assiz méchante foy
N'ont faitd'abord rendre les armes.
clvuren ce iour,
Où si l'amitiéfait naufrage,
Pour m'indemniser du naufrage,
Souffrez, qu'en vous faisant ma
cour,
le retrouve un autre avantage
Dans les biens que promet l'amour.
Voicy les noms de plusieurs
personnes confidcrahies,
dont la mort estarrivée
le mois passé. Messire Alexandre
de Vieuxpont, Marquis
dudit lieu, Seigneur de
Saintine & de Sainte Vaubourg.
Il estoit de l'ancienne
Famille de Vieuxpont en
Normandie, qui porte d'ar-
-
gent à dix Annelets de zueules>
3.3.3.& c> I. Elle a possedéla
Baronnie de Neufbourg, les
les Seigneuries de Vieuxpont,
Courville, Chailloüé,la Mothe,
la Forest, Trocy, Bussy,
Villepreux
,
Basemont, Besanville,
Messes, Fatouville,
Escorpin, Poisle, S. Pierre,
le-Viger? Quesnay-Doublet,
& la Ringerie. La pieté de
Gautier, Sire de Neufbourg,
le porta à fonder le Prieuré
de Courville. Son Fils Yves,
Sire de Vieuxpont & de Courville,
1. du nom, vivoit en
l'an 1109. Il eut trois Fils,
Yves, Robert, & Guillaume
de Vieuxpont) qui donnerent
des preuves de leur courage
en chassant l'Anglois de leur
Terre de Courville. Jean,Sire
de Vieuxpont Courville, &
Chailloüé,épousa Jeanne de
Vendosme. Il en eut Yves
IV. dunom,Sire deVieuxpont,
Courville & Chailloüé,
puis Baron de Neufbourg,
Chambellan du Roy Charles
VI.lequel épuufa Blanche
d'Harcourt) de l'illustreMaison
des Comtes d'Harcourt,
Fillede Philippesd'Harcourt,
Sire de Bonnestable.Son Contrat
de Mariage du 14.Mars
1400. porte qu'elle eut en dot
trois cens livres de rente en
bonne & suffisante assiete de
terre, & trois mille francs
d'or, dont on luy en bailla
mille la veille de ses épousailles.
Laurent, Sire de
Vieuxpont & de Courville,
Baron de Neufbourg, leur
Fils aifu6, fut aussi Chambellan
duRoy Charles VII.
Il se maria en 1442. à Marie
Husson, Fille duComte de
Tonnerre, dont il vint un Fils
Jean de Vieuxpont, Baron de
Neufbourg,& une Fille Jeanne
de Vieuxpont Femme de
Jean de la Haye, Seigneur de
HorotJ dont descendent les
Seigneurs de Flotemanvilledu-
Monçel
, & lesSeigneurs
de Breauté. Jean de Vieuxpont,
Baron de Neufbourg,
Sire de Vieuxpont Se de
Courville
,
épousa en 1479,
Françoise de Roncherolles,
de la Famille des Barons du
Pont Saint-Pierre,dont font
venus deux Fils, Laurent &
Jean de Vieuxpont, qui ont
fait les branches des Barons
de Neufbourg, & des Seigneurs
de Vieuxponr. De
Laurent de Vieuxpont? Baron
de Neufbourg, Fils aiiilé.,
est descendu Alexandre de
Vieuxpont, Baron de Neufbourg
,Vice-Amiral de Bretagne,
lequel épousa en 1593..
Renée de Tournemine,Fille
de Jacques de Tournemine,
Marquis de Coëtmur,&de
Lucrece de Rohan, dont il
ne luy resta que trois Filles-
L'aisnée
,
Loüise de Vieuxpont,
épousa Guy de Rieux
Sire de Sourdeac ; la seconde,
Renée de Vieuxpont ,
épousa
JeanBaptiste de Crequi, Baron
de Bernieules; & latroisiéme,
Catherine de Vieuxpont
, suivant la destination
6c la volonté de son Pere,
épousa Henry de Vieuxpont,
son Coufin, Sire & Baron de
Vieuxpont, qui descendoit
de Jean, Sire de Vieuxpont,
Se ce mariage donna la naissance
à Messire Alexandre,
Marquis de Vieuxpont qui
vient de mourir. Il y a une
autre branche de cette Famille
des Seigneurs deChailloüé,
descenduë de Guillaume
de Vieuxpont, Seigneur
,
de Chailloüé
?
Fils puisné de
Blanche d'Harcourt. Il en est
venu pl usieurs personnesconsiderables
dans l'Eglise &
dans l'Epée, &: enrreautres, Jean de Vieuxpont, Seigneur
de Chailloüé, qui se maria à
Marie d'Annebault, Soeur
de Jean d' Annebault, Cardinal
Ôc Evesque de Lizieux,
& de Claude d' Annebault,
Maré1chal & Amiral de Fra1n.1-
ce. De ce mariage vint Guillaume
de Vieuxpont
,
Seigneur
de Chailloüé,qui eut
cinq Fils d'un merite particulier
,
sçavoir ; Gabriel de
Vieuxpont , Seigneur de
Chailloüé, Chevalier de l'Ordre
du Roy, premier Gentilhomme
de la Fauconnerie
de France ; Jean de Vieuxpont
, Evesque de Meaux en
1603; Auffrey de Vieuxpont
Seigneur de Messes; Gilles
de Vieuxpont, Chevalier &
Grand Hospitalier de Malthe
, Commandeur de la
Croix en Brie & d'Orléans
& Pierre de Vieuxpont, Seigneur
de Fatouville
,
Escorpin,
Champauber & Poisle.
MessireAdrien de Croissy
,
Seigneur de Chaumont,
Bougy & le Teil. Il estoit
premier Chambellan de son
Altesse Royale, Monsieur
,
Frère unique du Roy.
Messire Gation, Coiiite
de Gassion
,
Lieutenant General
des Armée du Roy, où
il a servy avec avantage. Sa
Famille qui est une des anciennes
de Bearn, s'est renduë
considerable par les grands
Hommesqu'elle a donnez.
La memoire de l'Illustre Jean
de Gassion, qui fut fait Maréchal
de France en 1643. ne
sçauroit perir après les actions
extraordinaires qu'il a fai tes.
Il fut tué à la Bataille deLens
le 2.Octobre 1647. Plusieurs
Presidens au Mortier? Procureurs
Generaux, & Conseillers
au Parlement de Pau
de cette Famille, y ont fait
paroistre avec grande gloire
leur capacité extraordinaire,
Gassion porte écartelé au premier
& quatrième d'azur, à
laTour donjonnéed'or, audeuxiéme
d'or au pal de gueules de
quatre pîeces,au troisième d'azur
à l'arbre d'or, au Lionpassant
de mesme.
Messire Jacques Goury. Il
estoit Abbé de Blasîmont.
Sa Famille a donné pl ufieurs
Maistres,Correcteurs & Officiers
à la Chambre des Compres
de Paris. Goury porte J'azur
à trois Bandes d'or.
- Dame Catherine de Ver.
ton. Elle estoit Veuve de
Messire Charles de Montleart
Marquis deRumont.La
Famille de Montleart est ancienne.
Messire Thibault de
Montleart>eftoitMaiftre des
Arbalétriers de France fous
e Regne de S. LOUIS) & fut
'un des Grands Seigneurs
(lui assisterent au Parlement
l'Arrest qu'il rendit à la
Chandeleur del'année 1260.
Marguerite de Montleart ésoit
en l'année 1340. Veuve
de Jean
,
SiredlÂrablay. Elle
fut une Fille? Marguerite
d'Arablay
, qui épousa Philippes
de Courtenay
,
Seigneur
de la Ferté Loupiere,
dont vintMarguerite de
..-A)urtenay ,
Femme de Raoul
de Bouteiller
, Seigneur de
Montespilloüer
, d'où descendent
les Bouteillers de
Senlis, Comtes & Marquis
de Moucy.
Messîre Antoine le Fevre,
Seigneur de la Barre, Lieutenant
General des Armées du
Roy. Il a rendu plusieurs fervices
considerables, tant en
ses Intendances que dans les
emplois qu'il aeus sur Mer. Il
estoit Frere de M le Commandeur
de la Barre, Se Fils
de feu Mre Antoine le Fevre
Seigneur de la Barre, ConseillerauParlement
de Paris,
& Prevoit des Marchands depuis
l'année 1650. jusqu'en
1654. Il a laissé une Fille mariée
à Messîre Theodoric Sevin
, Seigneur de Quincy,
Prcfident en la secondé
Chambre des Enqueftes du
Parlement de Paris.
Messire Julien le Bret
,
Seigneur
de Flacourt? Millaubourg
,
Fourieux & Vert.
C'estoit le Pere de Messire
Pierre Cardin le Bret, Seigneur
de Flacourt,receu en
1676. Maistre des Requestes,
après avoir esté Conseiller au
Grand Conseil. Il est Intendant
de Justice en Lionnois.
Decette Famille estoit Messire
Cardin le Bret
,
celebre
avocat General au Parlement
de Paris, fous le Regne de
Henry le Grand.
MessireJean-Baptiste Amelot,
Seigneur de Bisseüil)
Maistre des Requestes, mort
le Jeudy Saint dernier 15.
Avril en sa belle Maison de
la Vieille ruë du Temple,
qu'il avoit fait bâtir, & qui
est fort estimée pour la delicatesse
de l'Archiretrure
qu'il y a fait observer. Ilfaisoit
beaucoup de charitez,&
estimoit fort les gens de Lettrès.
Il est mort âgé de Soixante
& seize ans. Je vous entretins
de sa Famille dans ma
Lettre de Janvierdernier,
quand je vousappris la mort
de Dame Charlotte Brulart
sa Femme, qui mourut subitement
le jour des Rois. Ils
ont laissé trois Filles. L'aisnée,
Dame Marguerite-Françoife
Amelot
, a épousé
Messire Charles le Bourgoing
, Marquis de Saul in,
Coulanges sur Yonne,Charantonnet,
Chanlevrier,Lucy
&Licheret,d'une Famille de
Nivernois, originaire d'Allemagne.
Il est Fils de Messire
Jean le Bourgoing
,
Marquis
de Pauline de Dame Suzanne
de Montmorency
>
élevée
Fille d'Honneur de laReyne
Marie de Medicis
,
Fille de
Pierre de Montmorency, Seigneur
de Laureffe
?
Chevalier.
de l'Ordre du Roy) Gouverneur
du Perche. La seconde
Fille est Dame Jeanne Amelot,
Religieuse en l'Abbaye
Royale de SaintAntoine des
Champs lez Paris ,-
&la troisiéme,
Dame Charlotte-An- :
gelique Amelot, Femme de
MessireJean-BaptistedeDefsand
,
Marquis de la Lande,
Coloneld'un Regiment de
Dragons.
MrCourtois, celebre Docteur
en Medecine de la Faculté
de Paris, où il avoit
beaucoup de pratiques. Il
estoit Professeur Royal en
TUniverfité de Paris.
Marc-Antonio Justiniani,
Doge de Venise
, mourut le
2.3. de Mars dernier. Ilfut en-
'terré le lendemain en l'Eglise
des Religieux de l'Obfervance
de Saint François de la
Vigne. Quelques jours après
onfit sesObseques dans celle
de SaintJean & de Saint Paul,
oùfont les Religieux Dominicains
; ensuite tous les
Gentilshommes Venitiens au
dessus de trente ans s'assemblerent
dans la grande Sale
du Conseil
,
où le Generalissime
Morosini fut éleu Doge
tout d'une voix. Je ne vous
parleray point des Cérémonies
qui s'obsetvent en ces
sortes d'élections
,
puis que
je vous en fis un détail fort
ample il y a quatre ans, lors
que Justimani fut éleu. A l'é
- gard du nouveau Doge, vous
verrez les services confiderables
qu'il a rendus à sa Patrie,
dans la Lettre que Mr Chaffe-
, bras de Cramailles a écrite à
Mr du Chesne, dontle nom
est si connu par lesOuvrages
considerables dont luy & feu
Mrdu Chesne son Pcre ont
enrichinostre Histoire.
A Mr DUCHESNE,
-
Surl'Election du Doge -
-
de Venise.
IE répons presentement aux
trois peints dont nostre Amy t feuhfaite aejireinformé auJujet
de l'Election du nouveau Doge
de Venise, qui fut faite le troisiéme
jour d'avril dernier
,
par le Corps de la Noblesse assemblédans
la Salle du Grand
Conseil; le premier, quelle est
sa Famille
, & qui estsa Personne
; le second
,
où s'étend le
pouvoir du Doge, & quelle est
proprement sa fonction; et le
.-troirléme-)quelle sorte d'habit il
porte dans les Ceremonies publiques.
Cette Famille de Morosini
ouMoresini, dont le nom ne
veut dire autre chose qu'amour,
tendresse cm complaisance, est
une des douzeplusanciennes de
Venise,qu'ils appellent communément
FamillesElectorales,
ou Familles des douze Apostres,
dontestoient les douze Tribuns
qui éleurent le premier Doge,
Paul-Luce Anafesto, en l'année
637. Ceux de cette Famille
ruiennentoriginairement de l'Ef
.c/a'Vonie.llsJe retirerent à Mantouë
dans le temps que les Barbaresravageoient
le
Pais» &
ensuiteilsvinrent s'établir à
VeniÇe
,
ou ils ont pessedé de
grandsbiens
) &paru avec honneur
& éclat5ayanttoujours
esté dans lespremiers e"!plois.@f
dans les plus grandes Dignitez.
Ils ont donnétrois Doges à la
Republique. DominiqueMorosini,
éleu Doge en 1148. défit un
grand nombre de Corsaires qui
venoientsaccager Ancone ; illes
rendit captifs e-vec leur Commandant
Guiscardo, & obligea
plusieurs Villes à payer tribut
à la République. Ce fut luy qui
fit élever le superbe Clocher de
SaintMarc avec plusieursautres
Edifices d'importance. Il eut
deux Fils, tous deux Généraux
d'Armée.MarinMorisini,Doge
en 12+8. remit la Ville de Padouè'
fous
fous l'obeissance de la Republique,
après en avoir chassé le
TyranEsselin; & MichelMorosini
,
Doge en 1383. qui mourut
quatorze mois aprésson élection,
fitplusieurs Ordonnances
pour abolir les assassinats & les
meurtres qui estoient devenus
fort communs.
Ily a eu encore de cette Famille
plusieurs Cardinaux, Patriarches,
Evesques, Generaux
d'Armées, & autres personnes
illustres, qui ont rendu des fernsices
considerables à la République
; entre lesquels on peut
compter Thomas Morosini, Cardinal,&
PatriarchedeConstantinople;
Pierre Morosini
,
Cardinaldelacreation
de Gregoire
XII. MarcMorosini, Simon
Morosini
3
Nicolas Morosini,&
Jean-FrançoisMorosini, Ev-fque
& Patriarche de Venise.
AndréMorosini fut commis par
le Sénatpour écrire l'Histoire de
Venise. Le Bienheureux Jean
Morosini vivoitau dixièmesiecle.
Ilse retiraenunHermitage
en Gascogne avecson proche parent
PierreOrseolo
,
qui f rendit
Religieux après avoiresté
Doge. Il mena une vie toute
saintedurant plusieurs années,
&obtintaprés de la République
tljle de Saint George Majeur,
à un mille de Venise
,
où ilfondaleMonastere des R,eli~
gieux Benedictin,quipasse pour
un des plus beaux qui soit en
xtoute xl'Italie. Nous avons encore
de cette Maison plusieurs
PrincessesxDames qui sefont
renduéo,recommandables par leur
vertu, par leur pieté,& par
les grandes alliancesquelles ont
contractées.
Dea Morosini contracta alliance
avec Nicolas Trono, qui
fut Doge en x1471. Morofina
Morosinifut Femme deMarin
Grimant, Doge en zIf)J. Thomase
Morosini épousa au troisiéme
siecleEstienne, héritier
d'Andrésecond xRoy de Hongrie,
&(iffut Mere d'André troisiéme,
surnommé le Venitien, élu aussi
Roy de Hongrie en izpo. C'estoit
une Princesse aimée &cherie
de chacun, & qui xse rendit
capabled'entrer dans le secret
des affaires les plus importantes.
Elle entretint une correspondance
&une amitiéparticulière entre
la RépubliquedeVenise & le
Royaume de Hongrie, & obtint
d'AndrésonFilsïinvejliture de
la Principauté des Morlaques
pour Albert Morosini son frere,
qui se qualisot encore Duc d'Es
c/o~~ Comte de Bossine
& pour en confirmer la memoire
x la postérité ce Prince changea
laface deses Armrsien une bande
de mesme xxail. l'Ecu cantonne
d'une Croix d'argent en champ
de gxeules, quisont les Armes de
Morlaquie.SesDes ont
toujours continue lemesme
fon„
Le Doge qui vientd'estre élu lappelle FrançoisMorosini. Il
tft le crnt..huitilme Doge de Ven¡
fi. La Republique connoissant
sa probité&sacapacité, l'envoyaausecours
de Candie pour
commander en qualité de Gene- -
rahjjime ; il s'y comporta avec
toute la prudence imaginable,
quoy qutlafortune luyfusst entièrement
opposée
, en forte qu'-
aussi-tost qu'il futretournéa Venise
,
le GrandConseil créa une
Dignitésurnumeraire de Procurateur
dont il le revcjlit pour
faireconnoistre qu'il eiloitentièrement
content de sa conduite,
ce qui n'avoit point encore esté
pratiqué jusqu'alors. En tannée
1684.la Républiques'estant unie
avec l'Empereur & le Roy de
Pologne
, pour faire la guerre
tous trois ensemble contre les
Turcs, la Républiquequisçavoit
dé,a par experience de quoyestoit
capable le Procurateur Morosini,
le crea une seconde fois GeneraliJFme
deses Armées ,~& l'envoya
du costé de la Morée pour
repoujjer par Mer cet Ennemy
commun tlttChriftianfme, durant
que l'Empereur & le Roy
de Pologne ledevoient attalqeuuerr
en mesmetemps chacun de
costé. C'ejllà qu'il a fait
voirdequelle utilité il estoit à
laRepublique
,
ayantsoumis à
l'Etat Venitien un nombre infiny
de Places dans la Morée.
Aussile Sénatia~uii recompensé
de plusieurs marques d'honneur,
toutes particulières & extraordinaires.
Il a éluAmbassadeur
Extraordinaire en Pologne le
Sieur Angelo Morosini son Parent
; il a fait le Sieur Laurent
Morosini son Frere, chevalier,
($? a voulu que ce titrefustattaché
à l'aisné desa Famille aper-
~pétuité,qu'il jouist de tous les
honneurs qui doivent suivrecette
Dignité. Il adonneàson Neveu
une dispense d'âge pour entrer
dans le Senat,& l'afaitdepuis
Conseiller,quoy qu'iln'eustpas
l'âge requis. Ilafait elever un
Buste en Bronzedanslagrande
Salle du Conseil des Dix à sa
memoire,avec des trophées&des
Cartouches, ~Ù une inscription
qui marque que cet honneur luy
a eslé rendu de sonvivant; ~&
enfin le Corps de la Noblesse l'a
ilevé au souverain degré oùil
ait pu monter, en le choisissant
~pourson,Chefpourson Capitaine.
Ce n'est pas là leseul
exemple où les Doges se soient
trouvez à l'Armée. En 1380. le
Dorre AndréContarinise trouva
en
personne à la fameuse Bataille
qui se donna contre les Genois;
& le Doge François Eri^XP
voulut allerluy-mesme commander
l'Armée contre les Turcs à
tâte de quatre-vingt ans, mais
la mort le surprit en 1645.
dans le temps qu'il se preparaita
partir.
A l'égard dn second Article
que vous me demandez, quel est
lepouvoirduDoge, il nefaut
pas croire que son pouvoirsoit
absolu dans son Etat comme celuy
d'un Roy dans son Royaume.
Toute l'autorité de la Republiquereside
dans le corps de
la Noblesse dont le Doge n'efi
que le Chef & le Superieur,
comme le coeur est la première
& la principale des parties qui
composent la machine du corps
humain.Ilestétablypouravoir
l'oeil que chacunse tienne dans
son devoir & faJfè la fonction
de sa Charge & de son Employ,
afin de conserver par ce moyen
l'union parfaite de ce Corps.
C'eflpourcjuoj-il a droit d'entrer
en connoissancede tout ce qui se
pàjje dans la Republique, ~& de
voir si les Loix y sont gardées
& observées;mais il n'en peut
pasfaire de nouvelles, ny changer
ou alterer celles qui font
déja établies. Il peut aller quand
ilveut à tous les Conseils & à
tous les Tribunaux, mais il ria
que sa voix comme les autres
Gentilshommes sans y pouvoir
presider en Maistre & en Souverain,
& s'il trouvoit quelque
Magistrat qui ne rendist pas
exactement la justice, ou qui
passast les bornes deson pouvoir,
il seroitobligé de s'en plaindre
1
<5
au Sénatsansoser prendre l'autorité
de
le
punir de luy mesme.
Cependant on luya donné toutes
les marques exterieures de Principauté
& de Souveraineté,
comme une espece de recompense
des peines ~& des fatigues qu'il
rJ1 obligé de prendre.-' On luy
parle toujours découvert, ~& il
nese découvre pour personne, si
cen'est pour les Cardinaux qtrt
vont aux Audiences
, & pour
les Princes du Sang. Toutes les
Monnayesse battent fous son
nom; les Lettres que la Republique
envoye s'écrivent au nom
du Doge,on luy adresse de mesme
toutes celles que l'on écrit à la
Republique, & l'on publie en
son nom toutes les Loix & toutes
les Ordonnances.
L'habit dont il estvestu dans
les fonctions publiques, qui est
le troisiéme point dont vousfoubaite^
d'estre informé, est de 14
derniere magnificence. J'eus la
curiosité il y aquatre ans estant
à Venise, de le faire dessiner de
la maniere queje vous l'envoye.
La longueVeste à grandes manches
qu'il porte est d'Etoffe d'or,
de mesme que le Manteau Ducal
où sont attachez plusieurs
gros Boutons de vermeil doré.
L'hermine qui l'si au haut du
Manteau sur les Epaules
,
l'si
unefourureblanche, mouchetée
de noir. Elle est composée de
plusieurs Peaux de certains petits
Amimaux qu'on trouve en Asis:
vers le Pont, qui font d'une
blancheur a ~ébloüir,&ont
eulement le bout de a queue
noir. OÏ les appelle Mus
Ponticus, Souris du Pont. La
Ceinture s'attache avec une
Boucle d'or ou de Pierreries. Les
Souliers & les Gans font d'ecarlate
rouge. La Coiffe qu'il a
sous son Bonnet, est de Toile de
Lin fort fine,&se termine en
deux pointessur les oreilles. Elle
represente le Diadême que portoient
les Empereurs qui n'estoit
cependantqu'une Bandelette qui
leur entouroit la teste, & le
Bonnet est d-EfOjfi etor comme
la Peste, & luy sert de Couenne.
Sa forme de corne qui
luy. a fait prendre le nom de
Corne Ducale, a donné occasion
aux Curieux d'en rechercher
l'origine.
Les uns pretendent quelle
vient des Rois de Parthe, &
en fontvoir de pareilles sur les
Médaillésantiques. D'autres
disent qu'elle est aujjl ancienne
que le monde, & que les Rois
dr les Prestres s'en servoient
dans l'ancienne Loy, alléguant
à ce sujet ce Verset du premier
Livre des Rois au second
Chapitre;DabitImperum Regi
Cuo, & [ub!iffiabit cornu
Christi sui. D'autres rapor
tent que le Roy Pepin voyant
que le Doge ne portoit sur luy
aucunemarqueextérieure defit,
Dignité,détacha la Manche
d'une Veste,&la mit sur la
Tecte du Doge en forme de Bonnet.
Ce qu'ily a de certain,
cess qu'elle estoit ilya cinq cens
ans presque toute droite & en
forme de Piramide un peu arrondiesur
le haut,& peut-être
que ceux qui l'ont inventée ont
voulu imiter laMitre Episcopale
ou la Thiare Pontificale,
pour donner à entendreau Peuple
que la vénération qu'il est
obligé d'avoirpoursonPrince,
doit estre toute fainte & toute
sacrée, comme estant commandée
de Dieu.
Outre cette Corne Ducale
qu'ilporte dans les Ceremonies
publiques;, il y'enaune autre
toute d'Or &de Pierreries que
l'on conserve dans le Trpfôr de
Saint Marc,& que l'on met
sur la Teste du Doge le jour de
(On Couronnement. Le Diamant
qui est à l'extremité f0 sur la
pointe, est un present que le Roy
Henry III.fita la République
àson retour de Pologne.
Comme vous estes extrêmement
curieux,j'ay ajoutéà la Figure


e je vous envoye, un morceau
Pavé de l'Eglise de Saint
Marc de Venise qui est tour de
Mosaïque; il està l'entrée de la
pisée ducostede l'Evangile,
est une des Prophéties du faeux
Abbèloachim qui en
lOit pris la conduite. Vous y
errez deux Corqs qui portent
long Baton, où un Renard
attache & pendu par les
eds. Il a voulu representer les -
ux Rois de FranceCharles
III. & Louis XII. qui firent
rtir de l'Etat de Milan le
uc Louis Sforce usurpateur
,
,inee remply de tant desubtihte%
& de finesses qu'on la
toujours comparéà un Renard.
Vous me paroissez trop,
farisfaite de l'Epithalame que
je vous envoyay la derniere
fois, pour ne me pas obliger
à vous faire part de ces autres
Vers dumesmeAuteur,c'est
à dire, de Mr Diereville)
dont je n'avoispas alors
appris le nom. Ils ont esté
faits pour la mesme personne,
&sont comme une suite
de l'Epithalame.
REPROCHES A UNE
jeune Mariée. AImable iris, quels changt.
mens,
On trouve dans ces lieux après vo- streHymenée!
On n'entend plus cesInstrumens
J>)uivousfaisoientpassersans ennuy
la journée,
Dontlestons variété&toujours r4.
vissans,
Autrefois enlevoient nos sens.
Vofire voix ne faitplus l'agreable
mélange
Jj)ui rendoitces concertssi doux.
Jihy qu'un tel silence estétrange !
On ne vous connoist plus chez,
vous.
On voit que vostre heureux Epoux
Occupe vostre esprit sans ceffi
,
Vous nefiwge%^qu'à. sa tendresse.
Et vous n'avez plus rien pour
nous.
9-
Rien ness durabledans la vie,
Ces chants harmonieux quibormient
vos desirs
,
Cessent de faire vos plaisirs
Depuis qu'ad'autres jeux vostre
amour vousconvie.
Ainsi les Rossignols sous des feüillages
verds
Font retentir dans un boccage
Le bruit de leurs charmans concerts
Avant que l'Hymenlesengage;
Mais dés qu'ils en portent lesfers
ils ne sontplusentendre leur ramag-
e.1
Comme nous ces petits Oijeaux
Veulent multiplier leur estre ;
Etlors qu'en leur, Petits l'amour les
fait renaistre,
Ils prennent tout le jour pour eux
dessoins nouveaux, Et tous ces soins ne vont qu'a les
repaistre.
Ces petits Chantres de nos bois,
'!p!!'i tenoient a leurs chants nostre
oreille appliquée,
Occupent à chereher& porter la bequée
Les momens qu'ilsmettoientà chanter
autrefois.
Vous navez, pas encor de pareils
j'oins à prendre,
A quoy passez-vOlu vostre temps? il fuittoujours;tâchezde rendre
De vos bontez pour nous nos desirs
plus cantens.
N'aviez-vous des talens que pour
l'heureux Silvandre?
Vous pouvez avec luy contenter vo- stre amour,
Passer dans ce plaisir les nuits toutes
entières;
Mais Accordez à nos prieres
Du moins quelques momens du
jour.
Est-il un plusjuste partage?
Pourquoy nous priver d'un tel
bien ?
Si vous reglez ainji vojlrc- temps ,&
le Jlen,
N'aura t-il pas sur nous toujours
trop d'avantage ? 9
Du temps pasé le lfateursouvenir
Nous fait plaindre nostre disgrace
;
Nousregretons eeluy quipttffè.
Et
Et nous craignons encor plus l'avenir.
Pour dissiper ces cruelles alarmes,
Retenez, tous vos Insirumens;
Et ces petits delassemens
Vous ferontretrouveren amourplus
de charmes.
Ily va de votre interest.,
C'est pour vostre plaisir autant que
pour le nostre;
Enjin"ce plaisir ne nous plaist
Jjhtautant qu'il peut faire le
vofire.
TouchezdoncvostreClavessin,
Ee faites-nous encor admirer une
main
Qui fit en fie donnant, tout le
bonheur d'unautre.
On trouve de jour en jour
des maniérés plus faciles pour.
enseigner en tort peu de
temps, tout ce qui regarde
les Arts
,
& les Lettres. Il
semble que l'esprit de l'homme
augmente toujours, puis
qu'onvient à bout presentement
de faire comprendre en
peu de mois, ce qui demandoit
autrefois des années entieres.
On va encore plus
loin. On fait qu'un homme
se rendhabile de soy-mesme,
& sans le sécours d'un Maistre,
dans ce qu'il veutsçavoir,
soit-pour les Langues,
soit pour les Sciences. Il
vient de paroistre une nouvelle
Methode pour apprendre
la Langue Italienne de
cette maniere. Elle est de Mr
Veneroniinterprete du Roy
en cette Langue; il a déjà
fait une Grammaire,& un
Dictionnaire qu'on estime
fort.
Je vous ay entretenuë dans
une autre Lettre des Exercices
publics qui se font tous les ans
dans l'Ecole Royale des MaistresChirurgiens
Jurez de Paris
pour satisfaire à la Fondation
de feu M Biaienfe. Mr
Dalibour,treshabile dans sa
Profession» s'est acquitté fu*
la fin du mois passe du Cours
d' Anatomie, ou il a fait voir
qu'on ne peut aller plus loin
pour la delicatesse de cet Art.
Mr Meurisse, dont on connoistl'exactitude
& l'adressé,
a esté aussichoisi pour faire
celuy des Opérations.Le Discours
qu'il fit en le commençane
satisfit extrêmement
une nombreuseAssemblée
quil'alla entendre.
Il y a long-temps que je
ne vous parleplus de Conversions,
le zele du Roy ayant
agyavecunsi grand saccés,
que tout son Koyaume est
devenuCatholique.Ceuxqui
professent une Religion contraire
, & que quelque avanture
y fait rencontrer, trouvent
aussi-tost des personnes
charitables qui s'interessent
pour le salut de leurs ames.
Mle Bailly Colbertavoitun
Domeftque Mahometan appellé
KaJa) qui avoit esté pris
par les Grecs, & qu'il avoit
acheté à Malthe. Il employa
beaucoup de gens pour travaillera
leconvertir,& comme
ilsne purent vaincrel'obstination
qu'il leur montra
ille mitenfinentre les mains
deMr l'Abbé de Maurepas.
Cet Abbé luy fitsi bien connoistre
les veritezincontestables
du Christianisme,
qu'en estant demeuré persuadé,
il demanda leBaptesme.
Il le receut dans l'Eglise
de Saint Eustache,où ilvoulut
aller, quoy qu'il fust assez
malade, pour pouvoir sedispenser
de sortir. On n'a jamais
vu un zele plus ardent
que celuy qu'il sir paroistre
pour la Religion qu'il embrassoit.
Il mourut quelques
jours aprés, & conferva la
mesme ferveur jusgu'à son
dernier moment.
Le - 12. de ce mois le Roy
donna audience aux Deputez
des Etats de Bretagne, & ils
y furent conduits par Mr de
Saintot, Maistre des Ceremonies.
Mrle Duc de Chaune
, Gouverneur de la Province
,
les presenta à Sa Masesit,
entre les mains de laquelle
ils eurent 1 honneur
de remettre le Cahierque le
Roy donna à Mr le Marquis
de Croissy, Ministre& Secrétaire
d'Etat. Mr de Coëtlogon,
Evesque de S.Brieu,
porta la parole,& fit un trèsbeau
Discours.Ilroula sur
ce que toutes les Provinces
tâchoient à l'envy de distinguer
leur zele pour Sa Majesté
, & quela Bretagne n'avoit
jamais cedé à aucune
dans les sentimens de soumission
& de fidélité, qui
estoient deus aunsi grand
Prince. Ces Députez furent
ensuite conduitsà l'audience
de Madame laDauphine, &
le lendemainils l'eurent de
Monseigneur le Dauphin.
Depuis les Gouvernemens
donnez par le Roy, dont je
vous ay parlé au commencement
de cette Lettre, celuy
de Nismes a esté donné à Mr
Lozier, Brigadierd'Infanterie,
Quoy que ce Gouvernement
ne soit pas sur la Frontiere,
il y a quelques années
qu'il est devenu tres-important
,
& l'on peut juger par
la consequence dont ilest,
du mérite de celuy qui en a
esté pourver.
Mr de Chanterenne, qui
commande unBataillon dans
leR:cglment Dauphin, aesté
fait Gouverneur d'Alais. Ce
Commandant ne vous peut
estreinconnu, après ce que
jevous en ay dit en plusieurs
occasions.
Mr de la Haye, cy devant
Lieutenant de Roy de Charleville
3
a eu dans le mesme
temps le Gouvernement de
S. Hippolite. Vous voyez par làque le Roy ne recompense
que des personnesdignes de
segraces, & qui se les sont
attirées par leurs services.
Sa Majesté a aussi donn* e
une pension conifderable à
Mademoiselle deBiron. Elle
estoit premiere Fille d'honneur
de Madame la Dnnphu
>ne> & doit époufer M. le
Marquis de Nogaret. Je vous
en diray davantage quand le
mariage fera consommé.
Je vous envoye un Air
nouveau de la composition
de MademoiselleVailly, qui
l'a apprise d'un des plus habilesMaistres
d'Italie. Les paroles
sont de feu Mr Gueret,
Avocat au Parlement. Il est
mort depuis unmois.C'estoit
un des plus beaux esprits de
ce siecle. Le journal des Audiences,
le Parnasse Reformé.
& plusieurs autres Ouvrages
qu'il a donnez au Public, parlent
assez à sa gloire.
ZD
AIR NOUVEAU.
LE Printemps ramené en ces
lieux
Les Amours, les Ris, & les Ieux,
Et redonnneoàunrouscchlalmep:s une beauté
Mais pour jouir de cesappas , EtgOitjJLY lesplaisirs d'uneJatfonsi
sibelle,
il fil/droit tjJre heureux,~& je ne
le fuis pAi.
Rien n'est si à la mode que
la Musique, & c'est aujourd'huy
la passion de la pluspart
des honnestes gens, &
des personnes de quaHce;mais
peu y réussissent comme Madame
la Dauphine. Cette
Princesse apprend à chanter
depuis cinqousix mois, avec
un succés surprenant. Ellea
la voix d'une grande douceur,
tres-legere,fort étendues & le
gozier du monde le plus flexible.
Ellesçait parfaitement ce
qu'elle chante? & c'esttoûjours
avec le mesmeesprit & lamesme grace qui accompagnent
tout ce quel le fait. Voilà
ce qui manque à la pluspart
de ceux qui se mêlent de chanter
, il faut de l'ame, & une
expression juste; c'est ce qui
nes'acquiert point, & que la
naissance donne. Madame la
Dauphine a l'oreille admirable,
& naturellement sure,
en forte qu'elle chante parfaitement
en partie,à deux,
à trois, &avec l'accompagnement;
tout luy est égal, Airs
& Scenès d'Opéra
,
Airs de
Lambert,duCamus, du vieux
Boisset & autres avec les doubles.
Elle a choisi Mr Matho
qui elt de la Musique du
Roy, pour avoir l'honneur
de luy montrer. Il avoit déja
une grande réputation pour
sa voix, pour sa maniere de
chanter, & pour la fciencc
dans la Musique;& ce que
je viens de vous apprendre,
acheve de persuader de son
mérité. Il donna l'année derniere
un divertissement en
Pastorale ,qui fut chanté à
Marly devant le Roy,& à
Versailles dans les Appartemens,
avec un applaudissement
general. C'est ce qui a fait souhaiter de l'entendre,
encore cette année. Il a réussi
de mesme. Sa Musique est
extrêmement gracieuse
y
&
: de bon goust; tout en est
1 fort travaillé & bien suivy : son chant touche,sa simphonieest
bien entenduë &
ses Choeurs sont agreables &
bien remplis. Mr Morel qui
est de la Musique du Roy,
& Vaiet de Chambre de Madame
la Dauphine, avoit fait
les paroles, qui ont beaucoup
plu par le naturel avec lequel
il travaille.
J'ay à vous apprendre la
mort de Mr l'Abbé de Furetiere.,
arrivéele14. de ce
mois. Comme il avoit de
grands differens avec Mrs de
l'Academie Françoise, il donna
un Blanc figné à ML le
Curé de. Saint Eustache, lors
qu'il s'acquitta il y a fort peu
de temps, du devoir de Chrestien
dans la quinzaine de
Pasques, On a lieude presumer
d'un homme qui estoit
mourant,que ce Blanc signé
donnoit pouvoir à M de
S Eutlache, de l'engager à
telles réparations qu'il auroit
jugé à propos de luy faire
faire pour marquer le repentir
qu'il avoit des outragesoù il
s'estoit emporté dans ses Factums
contre tout le Corps
de l' Academieen general, de
contre beaucoup de Particuliers.
L'affaire qui a donné
lieu à l'exclusion dontil s'est
plaint, a fait tant de bruit,
que vous ferez bien-aise d'en
sçavoir les circonstances. Je
ne sçaurois vous en mieux
instruire, qu'en vous faisant
part d'une Lettre qu'un de
mes Amis, revenu de Province
depuis un mois? m'a
remise entre les mains. Elle
luy fut écrite il y a un an ou
environ,c'est à dire, dans le
temps qu'ondéclara les Faétunls
de Mr l'AbbédeFuretiere
)
Libelles diffamatoires.
Elle est de Mr l'Abbé ,"
Tallemand l'Aisné, premier ;
Aumônierde Madame.C'est
un des plus anciens de l'Académie
; & comme il a toûjours
esté juste & Cage, quoy
qu'il ait eu part aux- invectives
de Ml'de Furetiere,il
vous fera aisé de connoistre
qu'il a dit les choses sans
passion, & c'est ce qui vous
cii fera voir la vérité.
A MONSIEUR D. N. LA lecture que je, fis ily a
deux ou trois jours de quelqueChapitres
de laRépublique
des Lettres, touchant l'affaire
de l'Abbé de Furetiere contre
JlfcJJIcurs de l*Academie Françoise,
me fit remarquer qu'elle
n'est pas bien connue. Elle fait
beaucoup de bruit, mais l'on
enparle d'unemaniere si bizarre,
que je vois bien qu'iln'y a
que ceux qui y font interejje%
qui ensçachent quelque chose de
certain.C'estcequim'engageà
vous en faire un ample détail,
m'imaginant bien que dans un
lieu aussi éloigné que la Province
oùvous estes ,vousn'en pouvez
avoir rien apprisqueconfusement,
J'entray dans cette Illustre
Compagnie le. & je puis
vous assurer qu'il ne s'yest rien
fait de considerable que je ne
l'aye ajfe^ exactement observé.
L'Academie se tenoit alors à
l'Hostel Seguier, & l'on s'afsembloit
dans la Chambre de Mr
de Prieusac, ancienConseiller
d'Etat. D'abordcen'estoit que
le Lundy de chaque semaine
,
mais en ce temps-là on prit le
Mercredy & le Samedy. Les
choses 6s'y passoient avec assez
peu d'application. Onyarrivoit
à l'heure que l'on vouloit, &
l'on en sortoitde meîc. 01. de
Mc"z.eray s'estoitemparé duDictionnaire,
quiavioitesté abandonné
depuis la mort de Mrde
Vaugelas,personne ne s'estant
voulu chargerd'en faire le Ca-
;ne'Va.(, c'estàdire, d'en apporter
les mots faits, pour les corriger
ensuite,soitqu'on cherchastàs'en
épargner la peine,soit quon attendistque
l'on en fustpriédans
lesformes. M.1dwpeUm entre
autres, cflûit- tres-capablede
cet employ
, mais il a-,t-oitta Pucelle
en teste,&neustpas voulu
s'embarasser de la composition
du Dictionnaire aussifacilement
•quelestM1dejîfc%eray> pIi
ne plaignit point sa peIne., cF
ne desesperoit pas d'entirer
un jour quelque utilité. Il Mc
souvient que l'an refaisoit alors
la lettreC, &je puis dire que
cette lettre fut beaucoup mieux
faite que celles qui estoient resstées
dans, les Ecritsde xJM1 de
Vaugelas, ce qui se peut voir
par lacomparaisondes unes &
des autres. Il setrouva quelqu'-
un qui fournit beaucoup dephrases
qui augmentèrent & embellirent
leDictionnaire, de sorte
qu'on peut dire qu'il est changé
en mieux depuis ce Temps-là.
On revit ensuitel'A,& leB
Ces lettres seroient en meilleur
estat qu'elles ne font ,si Mr de
Mezeray eust esté d'unehumeur
un peu plus accommodante
,
dr
ne sefustpoint entesté du Canevas
qu'il nous présentoit. Ceux
quil'ontconnu, & quisçavent
combien ilavoit d'obstination à
soûtenirce qu'il avoit avancé}
&sur tout,quand il s'agissoit
des façons de parler dontil s'estoit
servy danssonHistoire,
tomberont d'accordqu'il estoit
bien mal-aiséque nostre Dictionnaire
qui se trouvoit entre ses
mains,nes'enressentist un peu.
On avoit beau alleguer de bonnes
nes raisons? il les tournoit en
raillerie, dr si toutes les voix
estoient contre luy
,
il trouvoit
le moyen de les éluder, en n'écrivant
en qualitédeSecretaire,
que ce qu'illuysembloitàpropos.
On a travaillé encore entierement
sous sa main jusqu'à ce
quon ait esté transporté au Louvre
, &que prévoyant la longueur
du Dictionnaire, on a étably
jusqu'àtroisBureaux, qui
enfin ont esté réduits à deux.
J'avoüeray icy que depuis que
Mr Colbert a fait donner des
Jettons, on a esté un peu plus
exact à venir à l'heure, quon
n'estoit, mais il est pourtant
vray que ce font les mesmes personnes
qui composoient les Bureaux
d'auparavant, qui composentceux
d'aujonrd bujy, &
sans doute nous aurions achevé
l'S, quenous revoyons comme le
reste des lettres quisont déjafaites,
si nous n'avions eFé interrompus
par les affaires que nou:, asuscitées l'Abbé de Furetiere,
qui depuis qu'ilest entré dans
la Compagnie
, a toûjours eu de
mauvaises intentions pour elle.
Ily a plus de vingt ans qu'il
s*avifa de vouloir estre Academicien,
&comme il avoit que-,
ques Amis, &qu'il nerencontra
guere de Compétiteurs
,
il fut
receu à l'Academie. Sa malignité
ne nous estoit pas connue
On croyoit qu'elle ne s'étendoit
que sur les Procureurs & autres
gens de chicane, contre qui il
avoitfait des Satyres. Il ejlnjray
qu'ilavoit imprimé son Roman
Bourgeois
, que peu de personnes
ont eu la patience de lire,
&dont on n'auroitjamais parlé
sanssa Lettredédicatoire auBoureau.
Un esprit si mal tourné
auroit du nous faire peur,siony
avoit fait les reflexionsqu'ony
devoitfaires mais au l'uu d'en
juger comme il jattoit3 on interpreta
tout favorablement,&l'on
crut que c'estoit un avantage
d'avoir un homme si singulier,
quisçavoit milleparticularitez,
sinon du beau monde
, au moins
de la Bourgeoise; mesme son
Epistre au Bourreaufut regar-
Jée comme unegenereuse censure
de la pluspart des Epistres dedicatoires.
Il a vescu parmyJes Confreres
assez bonnestementdu moins en
apparence, durant dix ou dowçe
années. Il a lú quelquefois des
Versà la reception des nouveaux
Academiciens. C'estoit ordinairement
quelques Fables & quelques
Apologues, qui recevoient
alfeK d'applaudissement. Il ne
loüoitjamais les autres; mais
aujji ne paroissoit-il pas trop enteflg
de ses Ouvrages. On dit
qu'il a faitquelques paraphrases
sur les Paraboles du Nou~
veau testament. Jen'endiiay
rien, parce que je ne les ay pas
lûës. Ses manieres n'estoient ny
douces ny arrogantes,& comme
il avoitla veuë assez mauvaife3
cela estoit carisè qu'ilparoipjoit
moins civil,&salüoit moins
ceux qu'il rencontroit. Cela faisoit
aussi que quand il tenoitle
Cahier, il l'approchait si prés de
sa bouche qu'on ne le pourvoit
entendre, ce quiobligeoit la
Compagnie à le faire recommencer.
Ils'en mettoit en colere,&
quelquefois en une si mécb*nte
humeur>ouiljettoit tout là-, &
écrivoitsouvent le contraire de
ce qu'on luy avoit dit.
Il arrivaenfin au grand malheur
du Dictionnaire, que Mr
de Jlezeray se trouva malsatisfait
de ses Confreres
,
sur ce
qu'ils luy firent plusieurs fois de
suiteeffacertoutes le.s Phrases
qu'il avoit apportées, &que l'on
ne trouvoit point nonseulement
du bel ufagc,, mais mesme de
l'usage aprouvé parmi le Peuple.
Il estoit pourtant pçrfîfude
qu'il les avoitconsacrées en les
mettant dans son Histoire. MI,
de Furetiere se plaignoitainsique
luy de ce qu'on nyvouloit passai- 'e re entrer plusieurs mots des Arts,
qui en auroient fait, à ce qu'il
disoit? toute la beauté& toute
larichesse. Ces deux hommesne
cessoient deseplaindre. L'unfaisesit
voirunCahier où l'on avoit
effacé toutes les façons de parler,
qu'il avoitrecueillies ehez tous
Jes Compères,& dans tous les
Quartiers dei'a Ville, sans mêmeoublier
celuy des Halles; er l'autre,
de ce qu'onavoit rejette les
pui curieux Termes de la Chicane
,
de la Greve, du Port au
Foin,&de la PlaceMaubert.
Leur mécontentement les allia
etroitement, & ils conjurerent
ensemble contre le Dictionnaire
de /'Academie.
Mr de Mezeray dans le dépit
qu'ilavoitde voirtantde belles
manieres de parler perduës, pour
lesquelles ilavoit tantsué, &
si inutilement, asouvent menacé
qu'il seroit un Dictionnaire
cent fois plus beau
,
(!}r qui ne
seroit composé que des choses que
nous n'avions pas voulu recevoir
; C- M. de Furetiere en
protestant contre L'ignorance des
Academiciens, a dit hautement,
qu'il en feroitvoir un cent fois
plusutile,& qui contiendroit
les Termes lesplus curieux de tous
les Arts. Ces discours ont éstére-
,gard,-K
comme des menaces en
l'air, & comme des plaintes
frivoles de personnes trop amoureuses
de leurs propressentimens.
Mr de Mczjrayejlant mort,
on jugea à proposd'envoyer quelqu'un
des Académiciens en sa
Maison,pourvoir si dans ses
Papiers on n'en trouveroitpoint
quiregardaientnostre Travail,
M.I'AbJ,é de la Chambre &M.
l'Abbé de Furetieres'offrirent
d'y aller3 &s'y estant transportez,
ils nous raporterent qpùils
ny'avaientpointtrouvéla Lettre
P. dontnous estions en peine, &
que nous croyions avoir esté confondue
avec une
infinitéd'au
tres Papics,quim:ï«'<!cnt
dansles Ci:-vibres du 'D/f';Ít;,
inttresî cach:,•;of.ta dei'occa-
Csihoanmsabnrsesr'.eu-n1appcericceust,&la
s'emparaderoutes lesf^ilhs
s'empara de toutes lcs f';;illfS
que Mr de Mezeray, comme
Secretaire de l'Académie, avoit
soin de retirer de chez le Sieur,
Petit Libraire,àmesure qu'on
les imprimoit. Si-tost qu'il s'en
futsaisi, il conceut le vajle
dessein de son Dictionnaire univerjll;
Jur toutaprèsqu'ileut
acheté des heritiers du Sieur de
Margane un Dictionnaire des
Arts, que cet Avocat avoit
composé,&sur lequel il avoir;
travaille plus de quarante ans
Avec ce Dictionnaire, &ce qui
estoitimprimé de celuy de tAcademie
qui alloit jusques à tM.J
& les Manuscritsqu'il a trou-
'Vez chezMrde Me'{cra'} touchant
les autres Lettres, Mr de
Furetiere crut estre en pouvoir
defaire un Dictionnaireuniversel,
lequelfourniroit tous les
mots communs de la Langue,
par le moyen de celuy de l'Acadïmicy
qui estoit entreses mains,
&ceux des Artspar lemoyen du
Dictionnaire du SieurMargane
qu'ilvenoit d'acheter à juste
prix. Par là il pretendoit faire
cinq grandsVolumes, dont il
tireroitdegrosses sommes, ce qui
luy serviroit à payerses Creanciers
les plus pressez, & àsubsisterhonorablement,&
luyferoit
acquerir une grande reputation.
Pour parvenir asesfins,il avoit
besoind'un Privilege. Il s'adressa
à MonsieurleChancelier
le Tellier, qui le renvoya à Mr
Charpentier, un desExaminateurs
de Livres que l'on imprime,
& auquel ce Chancelier
avoitdit qu'il renvoyeroit tous
les Dictionnairesàexaminer,
de peur que cela ne fifl tort à
celuy de l'Academie
,
laquelle
fort long-temps auparavant avoit
obtenu un Privilege
, portant
qu'aucun Dictionnaire
purement François ne pourroit
tftte imprimeque vingt ans après
que le sien auroit esté achevé.
& cela pour beaucoup de raisons,
& entre autres pour mettre
en repos l'esprit du Sieur Petit
son Libraire, qui faisoit beaucoup
de frais pour l'impression
de cet Ouvrage. M. de Furetiere.
demanda à M. Charpentier un
Certificat pourson Dictionnaire
îles Arts, & comme il ne luy
montra qu'uncertain nombre de
Cahiers, où il n'expliquoit aucun
des mots ordinaires, M.
Charpentier luy donna une attestation,
par laquelle il approuvoitson
Dictionnaire, dont le
Titre ne regardoit d'abord que
les Arts, &auquel M. de Furetiere
insera ensuite une ligne
qui ajouste
,
Les mots communs
de la Langue. Ce Privilege
ne fut pas si-tostobtenu
que le Sieur Perit Libraire de
l'Academiel'ayant appris, nous
vint avertir que M. de Furetierefaisoit
imprimerunDictionnaireFrançois,
contre le Privilege
exclusifde l'Académie. M.
Charpentierexpliquaàla Compagnie
la maniere dont ilavoit
ésté surpris. On seplaignit à M.
de Furetiere, & cependant les
Officiers qui estoient M. Racine
Directeur, & M. Boyer Chancelier,
laiserent passer tout le
temps de leur Magistraturtsans
y donner d'autre ordre que d'exborter
M. de Furetiere, de renoncerau
desseinqu'ilavoit formé
de faire un Dictionnaire, où
apparemmentilfroitentrerbeaucoup
de choses qui feroient tirées
du nostre. C'estoit ainsiquel'usage
& la prudence demandoient
1u.1on en usast. On tâcha d'abord
a gagner les gens par des remontrances,&
fila justice&leurobstination
les ont fait ensuite pouf,
fer davantage, ce n'est qu'après
avoir empployé les voyes de douceur.
Enfin l'affairealla siloin
que M. de Louvois en ayant ejlé
instruit, en parla chez luy à ceux
qui composentl'Academie des
Medailles, dontfont Ad. Abbê
Tallemant le jeune, M. Charpentier,
M. Quinaut, & depuis
quelque temps Adzs Racine
& des Preaux avec qutl.,
lq'Auecsadaeumtriees qui ne font pas de
Françoise. Quelques
jours aprés,M.l'Abbé
Tallemant
le jeune ayantraporté le discours
de M. de Louvois a quelquesuns
de la Compagnie avant que
tout le mondefustvenu, on le
priad'en parler en pleine AjJcmblée,
puis que les Officiers garaoient
le silence M. de Furetiere
s'ytrouva, & ce futensa
presence que M. labk Tallemant
le jeune dit ce qu'il avoit
appris, à quoy M. de Furetiere
répondit entresesdentssansvouloir
s'expliquerentierementt.La
rencontre des Fesses de Aloel,
me donna lieu deluydire qu'apparemment
il ne laisseroit pas
pafferdesibons jours, sans nous
restituer ce qu'ilavoit pris de
nostre Dictionnaire. M de Benserade
luydit quelque chosed'approchant.
c,,U- Boyer, M. le
Clerc, M. de la Fontaine en
firent à peu prés de même. M.
Charpentier, M. Quinaut,
M. d'Aucourt,M.Perraut, M.
de La'Vau, M. Renier, & M.
Doujat, luy remontrerent le tort
qu'il avoit. Il les écouta sans
leur temoigner aucun chagrin de
leurs remontrances, mais ilsemble
qu'il les ait distinguez de
tous les autres, puis qu'il les à
particulierement a ttaquez dans
ses Factums.
La Direction de M. Racine
estantfinie, M, le PremierPresidentfut
Directleur. M. de Furetiere
crût par là avoir trouvé
une graude protection,sefondant
sur l'amitié de M. de Gone, qui
demeure chez M. le Premier
Presisdent, En effet ilsengagerent
cet Illustre Magistrat malgréfes
grandes occupations, à venirà
L'Academie, à laquelle ilproposa
que pourvû quon suspendist la
plainte qu'on avois dessein de
faire à M. le Chancelier de la
surprise duSceau,ilacommoderoit
toutes obojes. On y consentit.
On nomma quatre personnes du
Corps qui se rendirent à [on:
Hôtel
,
&M.le Premier Pre.
sident efiantdemeuréconvaincue
que l'Abbé de Furetiereavoiti
tort, dit ; Que jusque-là ill'a—
voit connu pour homme des
mauvais goût,mais qu'il cornmençoit
à le connoistre pour
homme de mauvaise foy. M.
de Furetiere ne voulut point
executer ce quavoit prononce
M, le Premier President, qui
estoit de nous rendre ce qu'il nous
avoitpris, & de s'en tenir au
Dictionnaire des Arts. Il voulut
soutenir son Privilege
,
il nous
fit pluseurschicanes, maisenfin
on Privilegefutrévoqué par
feu e,/I1. le Chancelier le Tellier,
Dans-cetemps-làj onemploya
toutessortes de moyens pour le
faire revenir à soy, & pour
l'obliger de renoncer aux pretentions
quilavait toujours defaire
imprimerJon Dictionnaire. Plutjïeurs
personnes de l'Academie
luy parlerent, & Mrs Racine
& des Preauxfes meilleursamis,
se servirent du pouvoir qu'ils
croyoient avoir sur son esprit,
maisils n'enpurent obteniraucune
chose
, & comme on vit
qu'au lieu de changer de proccdé
il avoit écrit une Lettre au Roy
à la teste desesEssais, où ily a
beaucoup de choses pleines de mépris
pour la Compagnie., dr de
peu de respect pourfon Auguste
Protecteur, dont il se dit, Le
tres-affectionné serviteur, &
le signe ainsi, on jugea apropos
de s'assembler (&f de voir
lil estoit destituable
,
le tout
estant soumis à la volonté de
Sa Majesté, La Compagnie
s'eslans-t'r-o' uvée as/s-remblée au
nombre de vingtselon les Statuts,
onfit un Scrutin
,
($f il se trouvé,
dans la Boëte où l'on met les
boules pour le Scrutin, dix-neuf
boules noires, uneseule blancbe.
Ensuite ceux qui efloient
en charge en ce temps-là portèrent
leurs memoires au Roy tou~
chant les raisons de la destitution
de l'Abbé de Furetiere.
On vouloit d'abord ajouter à
ces Mémoiresplusieurschoses
touchant sa conduite, mais14
Compagnie trouva ce détail indigne
d'elle3&se contenta dû
faire dire asazjiïdajessé,quoutra
les raisons particulieres qu'ont
dvoit de se plaindre de Mr dl\'
Furetiere
,
onpouvoit encore âF
feurer que ce n'estoitpas un homme
dans l'ordre. Sur quoy SA
Majestérépondit avec cette
presence d'espritqui l'accompagna
toujours, que nous ne devions paj
l'avoir receu, s'il estoittel qui
nous le disions.) à quoy Mr Ro'{,,:
qui estoit present
>
répliqua
avec beaucoup de refPeEl, qu,:
nous ne le connoissons poinx
alorsi
alors, comme nous l'avonsconnu
depuis. On dit que le Roy
parlant de cette affaire à un Aca-
-
demicienqui est delaCour, cet
Académicien repondit à SA
MAIESTEqu'il ne croyoit pas
xjue la destitution de l'Abbé de
Furetiere fût bien faite, parce
qu'il auroit fallu avertir les
AcadémicienspardesBillets, ce qu'ilnesçavoit pas qu'on eust
fait.Apparemment il n'avoitpas
receu son Billetd'avertissement,
comme tous les autres chez qui
on l'avoit porte. Ce discours
>
quoy que fait sans aucun mauvais
dessein, ne laissa pas de
produire un mauvais effet, &
suspendit ce que nous demandions
à sa zjiïldjcfté c'est a dir-e
la permission de remplir la place
que nous venions de juger vacante.
Cependant Mr defurctierefit
courirunLibelleinjurieux
contre les treize qui luy avoient
fait des remontrances à L'Acadet.
;?nie.Ce Libellefut donned'abord
en Manuscrit. Mr des Preaux
nous le communiqua à tous, dr
l'on ne croyoit pas que son Auteur
s'oubliast jamais assez pour
le faire imprimer. On lefitvoir
à la Cour, & l'on ditmesme que
l'on en leut quelquechoseau Roy.,
Cela don-na-de-la-cu-riosité au1 x.J
Courtisans, de la vanitéà M" de
Furetiere, &de laifitisfîélion
àceux quiseignant deleblânzer,
le faisoientvaloirsous mains &
s'interessoient à sesloüanges.
Depuis ce temps-là, de
Furetiere a donné des EjJais,
pour faire voir ce que doit eflre
unjoursonDictionnaire,&l'on
peut dire
»@'que dans ces Essaisil
riy a presquerien de raisonnable.
que cequ'ila tirédu Dictionnaire
de l'Academie, Cependant cela,
luy fait honneur dans le monde,
parcequ'onne voit pas les endroits,
ou-' il apris ce qu'il a de
meilleur
, & il efl.-d"a(Tez méchantefoy,
pour direunjour,s'il
cg encore vivant quand nous
serons paroistre nostreDictionnain
, que c'est de luy. que nous
avons pris tout ce que nous avons
debon. Je jie finirois jamais sije voulois
refiter,toutes les calomnies qu'il
profere contre l*Académiey(yJur
toutcontreles treize qui la composent
ordinairement. Ellessont
si exageréesquellessedétruisent
d'ellesmesmes.Alegard du général
iln'auroitrien à dire, sion
luyestoitlesreproches de la longueur
desonTravailla,aquoyMr
¡;,Abbé Reniera repondu amplement
dansles écrits qu'il a presentt7,'
à Mr leChanceliersans les
Jettons qu'il frondesanscesse &
dontilestoitaussi curieux qu'aucun,
de fil Confreres, puis qu'il
venoit toujours une heure avant
les autres,sicen'est qui'lfe veuilleexcuser
en disant, qu'il ne
venoità l'Academie de si bonne
heure que pour transcrire le Dictionnaire
dontil n'avoit pointencore
les feuilles>&qui ne sont
ensa possession que depuis la mort
de Vlir deMe;ceray, comme jé¡
l'ày déja dit.
Cependantlaplusgrande injure
qu'il dise,c'estque l'on estjettonnier,
ne s'apercevantpasqu'il temoigne
par là avoir quelque regret
aux.Jettons, & qu'il louë
lesgens qu'il pense blasmer; car
pouravoir des jettons ilfauttravailler,
&s'ilyaquelquechose
de bon dans le travail,iln'apartient
qu'a ceux qui ont esté ajjiausi
En effetles autres Académiciens,
bien que par leur mérité particulier,
ilssoienttousfort loüables,
éstant regardez comme Académiciens,
ne lesontpas tant que ceux
qui s'appliquentjournellement Travail, au & leshonneurs qu'il
faitaux premiers, sont plûtofi
des reprochesque que des louanges*
Je n'entreray point dans les
raisons qui luy ont fait épargner
ceux qu'il n'apointnommez dans
[essatyresJe vousdirayseulement
queMrdeBoucherat,presentement
Chancelier, de France, aprèsl'avoirvoulu
inutilement reduireà
se contenter au Dictionnaire des
termes des Arts, pour lequel on
aeu tout de nouveau quelques
conférences avec luy che^M* le
PresidentdeMesmes, n'en a plus
voulu entendre parler, de
sorte que MI" les Magistrats
indignezdevoir qu'ilcontinuoità
publierses invettivescontre tout
le Corps engeneral, & enparticuliercontre
les treize qu'ilavoit
déja attaqueront donnéune Sentence
à la requisition de t5I1.1t
Procureur du Roy,parlaquelleses
Factums ont rfié declarez libe/lts
diffamatoires
, avec défendesde
lesdébiterSousles peinesportées
par la Sentener,dont on aveu des
aopiesajjichées par toute laVille.
Voilà, zWonf>urçt que je puis
vous manderpour vous instruire
des choses corne ellessesontpassées
dans lapure verité. Au reste vous
trouverez que ma maniere d'écrire
est toute opposée àla sienne.Je
riavancerien quineSoitveritable
Cque je ne prouve, au litll\'
qu'il s'est accoustume à ne dire1*
aucun mot de vérité, ce qui fil
peut voir par les contradictions
qu'on trouve dans ses écrits, C.,
par les faux bruits qu'il fait
répandre, comme de dire que
le Chancelier à reconnu qu'il
avoit raison, mais que pour le
bien de
la
paix, il sortiroit de
l'AcademieFrançoise,àcondition
qu'on luy donneroit une place
danscelle des Sciences, où il au.).
roit mille écus de pension. Ces
fortes de bruits, toutfaux qu'ils
sont, ne laissent pas de trouver
des dupes. qui les croyent3 &' il
ne luy importeguerequ'on le coM*
vainque defaux, pourvuqu'on
le laisse vivre
,
quil ne paye
pdoetinotustes dettes, & qu'il médise
le genre humain.
Je croy, Madame, que cette
Lettre vous satisfera entierementsur
lavérité du demeslé
qui a fait parler de tant de
manieres différentes depuis
que Mr de Furetiere s'est
brouilléavec Mlsde l'Academie
Françoise. Il estoit Preftre,
& ce caractere devoit
l'obliger à prendre une conduite
aussi moderée& aulïï
sagequeceux quicomposent
cet illustreCorps ont fait.
La Satyre rejoüitassez ordinairement,
lesgens desin-
'tetfcjfez> mais comme il est
difficilequ'on n'y fasse entrer
quelques traits de medisance,
parce qu'oncherche bien
plus à contenterle goustdu
Lecteurqu'àl'instruire de la
verité de beaucoup de choses,
dont bien souvent il n'est
pas (ort necessaire qu'il soit,
informé, cela est cause que
l'on ne donne pas toûjours à
l'Autheur les mesmes loüanges
qu'on donne à l'Ouvrage.
A l'égard de ce que dit Mr
l'Abbé Tallemant l'aisné
,
que sil'on peut reprocher
quelque chose à l'Académie,
c'est feulement la lenteur de
son travail, lcs" raisons de
cette lenteur qu'il est impossible
d'éviter,fontexpliquées
avec tant d'esprit dans l'un
des Dialogues de la seconde
partie des Dialogues Satypiques
@r'VYo"raux que le sieur
Guerout debite depuis un
mois, qu'il n'y a personne
qui aprés en avoir fait la lecture
ne demeure convaincu
qu'un Dictionnaire cft un>
ouvragequi nele peutfaite
sans beaucoup de temps, &
que la difficulté en augmente,
plus il y a d'habiles gens qui
s'enmeslent. Je ne suis pas
surpris de l'estime que vous
me marquez pour cette seconde
partie des Dialogues
Moraux.J'ay entendu dire
à un de nos Illustres qui a le
meilleur goust pour les bonnes
choses, &le plus de reputation
pour les belles Lettres, }\
que celuy qui est entre Pediode
& Polymathe,est dans
son genre tout ce qu'on peut 1.
souhaiterquefoitunouvrage• fouhaiterquefoitwiouvraole
de cette nature. Pediode eflr
un homme qui passe sa vie
dans les plaisirsdes honnestes
gens, & qui pretend contro
les maximes d'un Sçavant
que toute la science necef
faire à l'homme est celle qU:'J
se trouve dans le Livre du
bon sens, &qui aprend à fair
l'accommodementde ses pasfions
& de sa raison, sans outrer
les unes, nyavilir l'au,
tre.
Il y a longtemps que vousçavez
par les Nouvelles pu
bliques que la maladiedeM
l'Electeur de Brandebourg
faisoit craindre pour sa vie.
Le peu de succésqu'eurent
lesderniers remedesque l'on
employa pour l'en tirer, luy
ayant fait voir qu'il ne devoitplus
songer qu'à mourir
il se fit porter au Conseille
7. de ce mois, & aprèsavoir
remerciéses Ministres du
zele & de la fidélitéqu'ils
avoient toujours montrée
ppoouurrssoonnsseerrvviiccee,,ilillle~ssex- e~-
horta de demeurer dans les
mesmes sentimens pour le
Prince Electoral son Fils qui
luy devoit succeder, & auquelildonna
plusieurs inftrustions,
luy recommandant
de reconnoistre l'amour
de ses fidelles Sujets.
On le rapporta ensuite dans
sa Chambre où il eut un long
entretien particulier avec ce
mesme Prince,qui s'étant mis
à genoux receut sa Benediction.
Il mourut deux joursaprés,
âgé de 69.ans,&envisagea
ce dernier moment avec
une grande fermeté. Brandebourg
est un Pays d' Allcmagne,
avec Titre de Marquisat
& Electorat de l'Empire. Il
estsitué enrre la Prusse,la Pomeranie
,
le MeKlebourg, la
haute & baffe Saxe, le Duché
de Brunsvicwick&la Lusacc,,
Berlin estla Ville Capitale
sur le Havel comme Brandebourg
, qui est aussi une
Ville. La domination de cet
Eletteur est considerable.
Elle s'étenddepuisle Duché
de Clcves jusqu'à cctuy de
Prusse , éloignez l'un de lau^
tre de deux cens lieuës 'd'Al.-
lemagne, mais sesEtatsne
sont pas unis,Il est grand
Chambellan de l'Empire, 3s"
a sontang à main droite du
Duc de Saxe. Il porte le
Sceptre devant l'Empereur,
&lorsqu'illuy nrd auFet tin le devoir de Grand
Chambellan,il court àcheval
depuisl'entrée de laSalle
juiques au Buser,& après y
avoir pris le Bassin,l'Eguiere
& laServierce,ilretournede
la mesme forte, descend de
cheval>ôc donne à laver à
l'Empereur.Dans l'ordre des
Assemblées il est le penultiéme
desEle£bcurs>depuis
que l'on acréé le huitième'
Eléctorat.Le Brandebourg
receut lenom de Mucheou
arqtiifat, lorsquel'Empereur
Henry l'Oiseleur yétablitdes,
Marquis ou Gouverneurs
vers l'an 927. TLmpereur
Sigismond venditce
Marquifait en1411.à F-redcriç
IV. Burgrave deNuremberg,
qui fut, déclaré Electeursux
ans aprés au Concile de
Constance. Frédéric sonFils.
dit aux dents de fer, sousmit
laPomeranie ,& après
avoir perdu deux Fils qu'il
avoit eus de Catherine de
Saxe,illaissal'Electoratà
Albert sonFrere qui mourut
Il en 1486. Jean son Fils fur-
1 nommé le Grand, & le-Cices
ron Germanique, à cause de
la grandeur de sa taille & de
son éloquence, fut pere de
Joachim I. qui excellant en
la connoiflaiice des Langues,
desMathématiques, de l'Actrologie
& de l'Histoire
, sonda l'Universitéde Francfort
sur l'Oder. Son zele fut
grand pour la Religion Catholique.
Elizabeth, Fille de
Jean Roy de Danemark -
sa
femme s'estoit laissée infecterde
l'Heresie de Luther,
& elle n'évita laprifon où il5
avoit resolu de l'enfermer,
qu'ense retirant en Saxe. Ileut

pour Fils Joachim II. qui luivit
la Religion de saMere,
mourut empoisonné par
un MedecinJuif en 1571. Il
cut pour successeur JeanGeorge
son Fils, qui citant mort
en 1598. laissa l'Electoratà
JoachimFrideric. Celuy-cy
le garda dix ans, & fut Pere
de Jean Sigismond
, qui en
u;r4' introduisitdans ses Etats
la Doctrine de Calvin,
que tous les Successeurs ont
suivie. Ilépousa Anne,Fille
ainée d'A lbert FrédéricDuc
dePrusse,& de Marie Eleo:.t
nor de Cleves, & erreufc
GeorgeGuillaume qui mourut
à Konisberg dans la Pruste
en1640.laissant d'Elizabeth
Charlotte Fille de Frédéric
IV. Electeur-Palatin,Frédéric
Guillaume.C'est celuy
dont je vous aprens la mort.
Il épousa en 1646.Louise
Henriette de .NaÍfau,FJle de
Frederic Henry Prince d'Orange,
& d'AmalieComtesse
de Soim,&: il en a eu entre
autres enfans Charles Emile
né en 1655.& mort à Strasbourgen1674.
Frédéric Guil-
ZD
4
laumenéen1657&Louisqui
mourut l'année derniere
Cette Ekétrice estanrmorte,
le 15Juin 1667.il prit une
secondé alliance un an aprc>
avec DorotéedeHolsace,
Fille de Philippes Duc de
Holface Glucksbourg ,&.
veuve deChristian Louis,
Duc de LunebourgZell. Il
en a laissé plusieursEnfans,
Philippes Guillaume, né en
1669. Albert Frédéric en
1672 CharlesPhilippes en
1673. & quelques Filles. FrédéricGuillaume,
presentement
Eleveur,épousa le 2.3.
Aoust 1679. ElizabethHenrietre,
Fille de Guil laume
Landgrave de Hesse Cassel &
de Heduvige Sophie Soeur
del'Electeur son Pere. La
Maison deBrandebourgafait
les branchesde largendomde'
Culembach, d'Anspac,&de
Voitgland. La premiere &la
derniere sont éteintes. Jean-
George, Electeur de Brandebourgs
eutentre autres Ensans
d'Elizabethsa troisiéme
Femme, Fille de Joachim
Eineil:, Duc d'Anhalt, Christian,
Marquis de Culembach
& de Bareith dans la Francon-
ie; & Joachim Ernest, Marquisd'Anspach.
Christianlaissa
deuxFils,Erdman- Auguste,
& George Albert Le premier
mourut en 1651 laissant de
Sophie de Brandebourg Chriftiaif
stian Erncft, qui en 1662. épousa
Ertmude-Sophie, Fille
deJean- George Il. Duc Ôc
Electeur de Saxe. Le second,
sçavoir George-Albert,épeusa
en 1651.Marie-Elizabeth
d*Holface> Filledu Duc Philippes,
dontlia eu Erd man-
Philippes, & Chriftian- Henry.
Quantà JoachimEçneft,
Marquis d'Anspachilépousa
Sophie de Solms, dont il eut
Albert qui apris deuxaluances
;la premièreen 1642. avec
LoünseHenriette,Fille de
Loüis
-
Fiederic DucdeWirtemberg.
Comte de Montbelliar,
morte en 16$<y.&la
seconde avec Marguerite-Solphic
d'Ottinghen. Il a des
Enfans de l'une & de l'autre.
Nousavons perdu icy pen>-
dant cemois quelques Personnes
considerables) dont
voicy les noms. Mademoisfelle
Judith de
*
Pons. Elle a
esté Fille d'honneur de la feuë
Reine Mere du Roy.De cette
Maison estoient Raimond de
Pons, CardinaleEvesque de
Lificux en 1230. Pontus de
Pons, Evesque de Saintes en
1213. Geoffroy de Pons, Eves
quedeMaillezais.Renaut de
Pons , Vicomte de Cartac.
Sire de Pons, Ribera, &
Blaye,avoit le commandement
des Gensdarmes du Roy
en 1345.Antoine Sire de Pons,
Comte de Marennes, surfait
| Chevalier des Ordres du Roy
en1578. Il estoitCapitaine des
: cent Gentilshommes de la
Maison de Sa Majesté.De
celle de Pons sont venus les
Comtes de Marennes,Barons
de Mirambeau;Marquis dé
la Caze, & Barons deTors;
du surnom dePons.
MessireLouis de Montigny
, Marquisde Congés.Il
estoit Capitaine & Gouverneur
du Palais & Jardin royal
des Tuilleries,Son PereFrançois
de Coligny,&sonAyeul
Gabriel de Montigny,avoient
eulemesme Gouvernement.
Le Roy vient de le donnerau
Fils de MrleMarquis deCongisson
Frere, qui cft le plus
ancien Capitaine aux Gardes.
Dame Françoise Doujat.
Elle avoit épousé en premieres
NocesMessire Jean Scarron,
Seigneur de Mandiné,
Loigne , &Bois- Larcher,
Maistre d'Hostel du Roy. &
en secondes Noces Messire
PierreLarcher, Seigneur des
Boullay, Lieutenantau Regiment
des Gardes Françoiles.
Dame Françoise-Estienne
des Belles. Elleestoit Femme
-de MessirePhilippes deMoucy,
Seigneur de Courainc &
deMignault, ProcureurGeneral
au Bureau des Finances
en la Généralité de Paris.
Messire Jean-CharlesOlier,
Aumônier du Roy. Il estoit
Abbé de Foreltmontier. Sa
Famille a donné divers Officiers
desCours Souveraines;
,: Le Pere Mourgues, Jesuite
qui est aussigrandOrateur
qijp fameux Poëte & habile
Mathématicien, a donné de
nouvelles preuves de son éloquence
pour la Chaire par
ses Pred ications faites le Caresme
dernier, dans laChapelle
Royale des Penitens
piejis de laVille de Toutouse
dans laquelle il avoit fait
auparavant avec beaucoup de
succés l'Oraison funebre de
Monsieur le Prince, qui estoit
de cette Confrerie.Elleest des
plus illustres du Royaume.
& vpus n'en douterez pas
quand jevousauray appris
q\# le Roy, & Monsieur se firent
aussi,Penitensbleus à
leur passage parToulouse,
daps letemps du Mariage de
Sa Majesté. t\ts.n "t':. "î
Mrs les Curez de Paris semblent
de jour en jour redoubler
leur zele pour le salut des
ames qui leur sontcommises,
&rien neparoissant plus utile
que les Missions, par les fruits
vilibles que l'on en retire;
Mrl'Abbé de la Pérouse, à la
priere de M le Curé de Saint
Paul, en commença une dans
sonEgliseleDimanchede
ce mois, avec plusieurs Da4
éteurs de la Maison dé Sorbonne.
On y fait tous les jours
quatre Sermons. Le premier
cft fait à quatre heures du
matin par M l'AbbéCordelle,
Curé de Sainte Geneviève
des Ardens; le sécond à dix
heures, par M l'Abb. de la
Perouse, Doyen de Savoye ;
le troisiéme, par Mr l'Abbé
GaUior, Sous- Penitencier de
rEgnfc de Paris, & le quatrié$
me, par Mr l'Abbé Gedoin,
célébré par le grand
nombre de Missions qu'il a
déjàfaites. Ces exercices continueront
jusques au jout
de Saint Jean-Bapriste.
Mr le Comte de Jarnac,
Lieutenant de Roy enGuyenne,
aépousedepuispeuMademoiselle
deGuimené. Il est
del'illustre Maison de Chabot,
qui a donné entre autres
PhilippesChabot, Comte de
Bufançois & de Charny, Seigneur
de Brion,Chevaliet des
Ordres de S. Michel & de la
Jaretiere
,
Amiral de France,
Gouverneur de Bourgogne &
de Normandie; Antoine Chabot,
Grand-Prieur de France;
Guy Chabot, Seigneur de
Jarnac, Chevalier de l'Ordre
de S. Michel, Gouverneur de,
la Rochelle, dont le courage s'estsignaléaufameux combat
qu'il fit en champclos
contre le Seigneur delaChateigneraie
; Leonor Chabot,
Grand Ecuyer de France ,
Comte deCharny, mort en
1497; François Chabot, Mar.,
quis de Mirebeau, Comte de
CharnyChevalier des Ordres
du Royen 1585. & Jacques
Chabot, Marquis de Mirebeau,
Comte de Charny,
Chevalier des Ordres du Roy
en 1527, Cette Maison de
Chabot qui porte d'or à trois
cbabots de gueules, eu alliée
aux Maisons de Lorraine, Luxembourg,
Melun, la Rochefoucault.
Rochecheüart, Coligny,
de Vergy, d'Aumont,
Eltiffac? Silly, Saulx-TavanncSî
GoufEer. Mademoiselle
de Guimené estFille de Charles
de Rohan, Duc de Montbason
Pair de France, Comte
de Rochefort & de Montauban,
& de Jeanne-Armande
de Schomberg,Fille &
Soeur des Maréchaux de France
de ce nom, & petite Fille
de Lcüis de Rohan? Prince
de Guimené,Duc de Montbazon
,Chevalier des Ordres
du Roy, Pair & Grand-Veneur
de France,mort en 1667.
Elleapour Frétés M l'Abbé
de Rohan,&M' le Prince de
Montauban ; & Mesdemoiselles
deRohan & de Montauban
font ses Soeurs.
Messire Pierre de Bragelongne,
President aux Enquellesdu
Parlement de Bretagne
, s'estmarié dans le
nieûne temps. Il a épousé
Madmoifelle deGaumont,
Niéce defeu M. deGaumont,
Conseiller à lasecondeChambre
des Requeiles du Palais.
Il est de la Familledes de Braglelongne
,
si connuë par les
services que ceux qui en
font ont rendus au Roy.Son
Frere est Messire Nicolas de
Bragelongne,cy
-
devant Tresoriergénéral
des Guerres, &
à present Tresorier général de
FranceàParis. Leur "crépies
re de Bragelongne, & leur
AyeulHierômede Bragelon.
gne ont esté Tresoriers generaux
de l'ordinaire des Guerres.
De Bragelongne porte
de gueules à la faced'argent,
chargéed'unecoquille de fable,
accompagnée de trois, moletes
d'éperon d'or.
La fidélitél'exactitude &
le zele dans les services que
l'on rend au Roy ne demeurent
point sans recompense.
C'estce quiafait mériter à Mr
de Blair une Pension de deux
mille francs dqnc Sa Majesté
l'a gratifié depuis quinze
jours avec l'agrément qui
fuit ses biens-faits. Mr de
Blair est President au Mortier
du Parlement de Mets, &
la réputation qu'il s'est acquise
dans les fonctions de
cette importante Charge :t'
engage tousceuxquile connoissent
às'interesser dans
les graces qu'il reçoit.
Je vous ay si souvent parlé
de l'Academie de Mr de Bernardy,
que vous ne serez pas
fâchée d'enapprendre des
nouvelles
,- vousentrouverez
qui luy sont avanrageuses
dans la Lettre que je vous en-
Voye
,
& qui m'est tombeé
entre les mains depuis peu de
jours.
AM. LE.
«I' Lieutenant General des Arméesdu
Roy, & Gouvert.
neur pourSa Majesté env—
sA Paris ce 30. Avril1688,. cachant comme je fais.*
Monsieurl'interest que <vouk
,. - -. ptene% à l'Académie de jeu Mr
de Bernardy, & que vos sagen
conseils n'ontpas peu contribué
à la rendre une des plus célébrée
de l'Europe & aujourd'huy la
meilleure de Paris, je me crois 0<
kligé de vous appr endre l'heureux
estat où elle se trouve a present
par les soins & l'assiduitéde
de Mr de Bernardyson Neveu
'q>ui luy asuccedé danscet em- & qui ayant jusquesicj
Juinjy 1rs traces de cet Jlluflrc
Defunt, ( *ppuyedu^ele& des
soins de alr deChateau-Neuf)
goutte avecplaisirle fruit deson
travail, voyant que sareputation
augmentede, jouren jour.
Jevous avois deja mande que
lebon ordreel"exaélitudc q'uon
':j fait obflrlJerJ autant pour les
¡ bonnes moeurs que pour les exercices,
luy avoientattiréunnombre
considerable de gens de LA
premiers qualité,&quelles'cjloït
mesme beaucoupélevée au deJJus
des autres maigre le mensonge,
& la calomnie, dontses ennemis
s'estoientservispour la deflruire.
Vousjçave^ auss que les dépenses
excessives que ce Chefavoit
faites en Chevaux la rendoient
lamieux montée de Paris; ainsi
Monsieur, vous naurez pas de
peine à croire que dou'{£ de ses
plusanciens Gentilshommes,partage%
en deuxQuadrillesont extrêmement
satisfaitle Public
dansunCarrousel qu'ilsfirent le
jr. de ce mois; Il commencça par
line Çourse deTestes. A/" les
Marquis de Saint.Martin, de
Coëtlogon, £A%erac,tkMire~
montJ deLoftange, de Chappes,
.cumpQfiitnJ la premiere,~C M*\
les zJMarquis du TZoudrày»
Monpensier* de Rotelin ydcRcminelo,
deDromeny
,
de Sdpi4.
6<^T de Tonrneminefaisoient lasecondé*
M.le Marquis de Chap-.
pesy FilsJe M. le Duc d',Ausmont
, & de M.Loftange eu*
rent tavantage dans la premiers;
er dans la fécondé M.de Dromeny,
remporta leprix qui estooit
uneEpée d'argentavec une riche
soignéed'or. Ils coururent enquitte
lu baguepour l'autre prix.
ipi estoit le portrait du Roy en
émail sans une boëte d'or dont
le tour estoit enrichy de gras
Diamans tenant à une chaine
d'or, M. de Miremont, sous-
Doyen de ïAcademie> emporte
ce prix quiluyfut long-temps
disputé pàr.;H. s de Rotelin&
de Revinelo.Ilmeseroit difficile
de vous marquer ceux quise
-dijiingucrerit leplus;iln'yen»
eut pasun qui ne signalast son
adresse ,~&qui n'emportast la
bague deux outrois fois, avec
une grâcequi charmatoute 11f
Compagnie quifuttrèsnombreux
; ce, quoyque de lapart des Chef
on neufl invitépersonne
,
à cause
de l'inconstance du temps. Ces
Jou'{c Cavaliers monterent ensuite
un ,'Che'Vtll chacun,qu'ils
firent manier augrédes plus
habiles,&tout lemonde avoüa
qu'il estoit fort rare de voir ensembledouzeGentils-
hommes
aufft bienfaits&auJJi adroits.Je
nevousparle point delamagnificence
qui éclatoitsureux&sur
leurs Chevaux ; ilsuffit de vous
dire quesansavoirégardàla depense
ils n'apliquerent leur induprit
qu'à la rendre agreablea &
dans cet estat vous jugez bien,
MonfteurJ queles loïangesdrles
applaudijjemens ne manquèrent
pas. Deux joursaprès cette festes
M. de Bernardy partit en pojle
de cette Ville, ou il n'estde re..
tourque depuis huit jours. Com.
me personne riasceufort dessein;
son absence qui alarma beaucoup
ses amis, leur fit croireavecraison
qu'ellen'avoitestécausée que
par le projet d'un mariage, -AUqdueelle
Roy Itry fait Fhonneur
s'interesserpar la connoissance
que quelques personnesdupremier
rangluy ont donnée deson
merite. Depuisson retour,il a
éjjocié avec luy M. de Roquesort
neveu de Ai.du Plessis qui
ternit une des Academiesde
Paris. Les Connoisseursscavent
quesonéquipageestoit le meil,
leur après celuy de l'Academie
dont le vous parle, Imagine^
vous de quelle importance doit
tftrt à presentceluy de M. de
Bernardy; on ne parle icy d'autre
chose. Si vous venezbien-tost
à Paris, commevous me lefaites
esperer, vous avouerquilriy
a que le Roy ou les Princes de
son Sang, qui jruijfent avoir un sigrandnombre de beaux & de
bons Chevaux
, & il ne tien*
draqu'à vous a)estre le témoin
del'adresse de cettebelle Noilejje
dans un autre Carrouselpour lequel
on s'exerce de nouveau, &
éjue l'on seradans la Placedu
Fort (jui apartientacettemaison,
tP* où vous alvek pris les premieresteinturesde
laguerre dans
laquelle vous vousestes rendusi
considerable parvostre valeur&
vostre conduite.Jesuis,Monsieur,
avec tOUst l'estimequi vous est
deuë,vostre &c.
Il faut vousparler des
modes. LesHabits des Hommes
se fonttoûjours de la
mesme maniere, & ont
la mesme taille tant lesCulotes,
que les, Juste-au-corps, +j
- excepté
excepte que les Iuste-aucorpsfont
un peu plusétroits
par en bas. Les manches font
encore en botte &: beaucoup
plus courres qu'à l'ordinaire;
les
f
pates des Juste-au-corps,
iie font pluschamarées bizar.
rement, elles font toutes
unies avec un grand Bec chamaré
de deux larges Galons
d'or> & d'un petit Galon
l'argenten bas au milieu; &
mtant au bas de la patte sur
te devant du Juste-au-corps.
Ces Galons font tous forts
beaux & legers, & onnefait
mere d'Habits sansorou argent.
Tous ceux d'été sont;
de petite Etoffe rayée comme
Tiretaine de Bavicre, Etami—
ne, Droguet de couleur de:
Musq & d'argent ou d'on
rayé. On garnit ces Habits
de Boutonnières d'orqui sonfaites
d'une petite Nom
pareille avec des Houpes
partie en Graine & partie dtil
Fil d'or, L'on met de ces
Boutonnières sur les manche
& autour, & aux Bouton
nieres qui font autour, le
Houpes sontsi grandes qu'o
diroit qu'il y a une Frang
d'or autour des manches? i,
qu'elle est posée par coupons.
Les Vestes font d'Etoffes d'or
ou d'argent: tres riches, &
bordées de petit Galon d'or
ou d'argent. On met sur
quelques Habits un Galon
d'or ou d'argent fort leger
sur les tailles. On fait pour
des Personnes de haute qualité
des Habits brodez d'une
broderie à petit point d'or &
de foye qui paroist estre de
FI urs naturelles. Cette broderie
est des deux costez;elle
cft tres legere & de bon gouil:)
&haute
de
deux petits doigts.
On porte force Boutons à
olives avec des Houpes d'or,
d'argent & de foye. LesAmadis
font extrémement larges
vers lecoudecar ils accompagnent
, la manche du
Justeau-
corps. Beaucoup de gens
n'en portent point. Les Culotes
sont chamarées ou brodées
au costé & au devant
des poches; elles ne sont plus
différentes du juste-au-corps.
& le tout est de mesmeétofse.
On porte les Noeuds de
Cravate toujours avec force
rubans. L'usage des Noeuds
d'épee recommence, &
mesme quelquesgens de
qualité se ~fonuJ faire des
manches rondes relevées avec
des rubans 5c desNoeuds
d'épaule, on se sertde basde
foye assortis à l'Habit. On
ne porte point de Baudriers,
les Manteaux d'écarlatte bondezde
petits Galons d'or font
toujours à la mode. On en va
faire avec une pate bordée de
gros Boutons d'or. LesChapeaux
sont de Castor avec
une Plume blanche & un petit
bord, &ceux quine por-
Lteensstepoint de plume ont une
noireavec une Boucle
de Pierreries ou des Cordons
d'or. Ceux qui ont des Pierreries
fines portent beaucoup
plus de Lesses.Quant aui
Chapeaux ils font toujours
d'une moyennegrandeur, &
chacun en prend de proportionnez
à l'air de sonvisage.
Les plus beaux sont de pur
Caftorde Canada,accommode
à lamaniéréd'Angleterre,
on les fait de Castor le plus
ras & le plus gras qu'il est
possible, & sans y mesler JUcune
autre matiere. Ceux qui
se trouvent au Mousquetaire
, rue Saint Honoré, me
paroissent fort estimez, &je
les ay ouy beaucoup vanter
( Quant aux Habits de Femmes,
on ne fait plus de Sultanes
justes) par ce que ces
fortes d'Habits demandent
une taille d'une finesse extraordinaire;
celles qui ontcette
taille peuvent en porter
avec un ply derriere & juste
devant. Il faut que la manche
pend e derriere beaucoup
par le bas
,
& qu'ellesoit relevée
par devant. On fait
presentement des Habits
qu'on nomme Vestales.Ils
font fermez par devant; le
parement en est fort large en
haut., &va en diminuant par
le bas delaraille. On garnit
ces Veitalesavec desBoutons
à queuë d'or ou d'argent. Les
manches de ces fortes d'Habits
sont longues, & vent
jusju'au coude, elle ontune
petite botte de deux doigs, &
font relevées par devant dans
leplydu bras, avec un double
bordé au dessus des pareremens
de Galon d'or ou
d'argent sélon l'étoffe. Il ya
des manches à la Royale relevées
à trois endroits avec
des gances & des Boutons.
Ces forces de manches se mettent
avec des manchettes,
carelles sont courtes. On
fait encore des Manteaux
nommez Habillez avec un
ply devant & deux derrieré.
Tous les Habits le font d'etoffes
de toutes couleurs
rayées de tissu d'or. Ces
étoffes se vendent depuis six
iusqu'àvingtfrancs. Ce sont
1des gros de tours, taffetas,
gaze & autres Etoffes de foye.
Les grisettes sont d'étamine
rayée, & on borde tous ces
habits d'un Galon d'or où
d'argent. Les -Iupes ont tou- joursdes rayes en cerceau, &
entre lesrayes des Galons d'or
larges d'un petit doigt. On
a commencé à voir quelques
Sultanes chamarées de point,b~
au lieu de Boutonnières d'argent.
Les Dames portent avec
les Sul tanesdes manches de
dessous fort riches justesau
bras,&boutonnées devant &,
derriere, onles nomme Amadis,
qui est l'ancien nom de
celles deshommes. Les manches
plates sefont dedeux
tiers de tour avec une dentelle
deFil de different point
fort fin, ces dentelles sort
fort hautes. On nomme ces
manches EYigageantcs. Les
Coiffures font fort élevées
surle devant,on les appelle
des rayons. Les cheveux tapez
sans estre frisez d la hauteur
d'un grand demy-pied, se,
nomment" des cheveux en
palissade,& quand ces Coeffures
sontornées d'épingles
de Diamans, on les nomme
firrnainent
, & le plus gros
Diamant est appelle l'Etoile
du Berger. Il y en a qui ne
mettent que deux épingles
de Diamans du costé droit,
& un croissant au milieu des
cheveux,je n'en aypû sçavoit
laraison. Les Bonnets [ont
fort courts de l'oreille
,
ils
découvrent les jouës, &
avancent sur le devant de las
teste, Cela se nomme Cossy
fure en sortie.LesFontanges
en font les rayons, on y em-..
ploye un ruban large qui est
nouveau. Il est de deux
grands doigs rayé d'un costé,
&non de l'autre, on nom-»*
me ces Rubans Boiteux. On
enmet detoutes couleurs&
en quantité. La Nompareille
commence aiifli à redevenir
à la mode. Les Soulliers foni:/.
de riches étoffes d'or & d'argent>
ou d'etoffe de soye de
differentes couleurs, chama-
&z de petit galon d'argent,
ou de nompareille. Ils sont
oujours à l'Angloise, & plus
courtsd'undoigt qu'à l'ordinaire.
On porte des Eventails
en maniere de la Chine, avec
ses Maisons à la mode du
)ays & dont; les fenestres
ont transparentes. Elles font
remplies de quantité de figues
de la Chine d'hommes &
le femmes,on,les nomme
les Lotg-hrttec:. La Couturiere
où ilme paroist que toutes
es fortes de'modes pour les
labirs delEeïhmjessetrouvent
bleaubisll)eCftMe Vagnard. Elle
un si grand nombre
de personnes de qualité :
qu'on pourroit dire qu'elle
fait des habits à toutes les
Dames dela Cour,si c'estoit
une chose ponibic. Me Char.,
pentier
>
Ni de Villeneuve &
Medu Creux, sont aussi rbrix
mode, & elles ont plus dCI;
besognequ'elles n'en peuvenir
faire. Les premières Sultaneontesté
faites par deux Filles
nommées les Demoiselle:
Fillion, & elles y ont si bien
réüssi,que toutes les personn
nes qui se piquentde bofli
goust en ajustement, n'en
ontvoulu que de leur façon
; de forte qu'elles y ont
fait une grosse fortune. Ce
n'est pas que les bonnes Couturieres
n'enayent fait depuis
ce temps-là,& qu'e les nayent
aussielletrouvées bien. Il y
a encore beaucoup d'autres
1.
fameusesCouturières a Paris.
celles que je vous viens de
nommer ne suffiroient pas
,
pour les peribnnes distinguées.
Ceux qui ont expliqué la
premiere Enigme du mois
passe sur les Mouchettes, en
ont trouvé le veritable sens.
Ce font Mri Clervault, Lieutenant
Particulierd'Angoulesme
; Brochet de la rue de
Bussy;B. G. L. des Roziers;
le Petit Aristote de la rue des
Amandiers; le Chefdes Mécontens
de la rue de Hautefeüille;
l'Oiseau le plus indiffetent
de la mesme rue; le
beau Leclerc de la rue des
Lombards, & sa charmante
Nanette dela rue de la Verrerie
; les deux Gendres de la
trop Fieredu chapeau rouge,
de la rue dos Lombards; le
fidelleAmant de la belle Recluse
de la Communauté de
Sainte Agnés; Fanchon l'Amoureuie
de l'indifferente
Nannette; le Perroquet Medecin
de la rue du Battoy ; la
charmante Roze de la rue du
Meurier , & le plus mécontent
des Amis; la belle Sçonoscenteche
non teme ilnero
Speco ch'è là giù ; il Pïdùcay}
amorosoilaSocietàItalianadella
strada Simonno il Franco ; le
Reformateur de la Langue
Françoise, du quartier de la
Place-Maubert; le Grand-
Maistre de l'Ordre de la Garasse,
residant à Troyes: 1"Abbé
de la Riviere de Loire; la
Veuve dont la prudence égale
lapieté; l'aimable G.G. de
'la rue S. Denis dePoitiers;
M. L. L. la plus Solitaire de
la rue S. Christophle ; M. A.
'-G. Lasch. Beline deTendron,
de laVallée des Renards. ':
Le vray mot de la seconde
'\èftoit leCafé, & elle a esté
expliquée par Mrs Godin de
îaJorïciere,Amantfidelle de
'la belle Angloise de Nevers; d'Atys&sa grosseVoisinede
larue duFour:le C' Daubigny
; Gille Ignace de Potsionne;
Tamiriste de laruede
la Cerisaye; le Fils de la charmante
Manon de la Porte de
çBufTy ; le Squelette de la rue
des deuxEcus, seul Amant
de la grosse Mcrc;rAfpirant
de la gloire rue de la belle-
Croix d'Argenton; la Teste
noire de l'Oratoire, le Chevalierdes
Maronniers de la
rue de l'Arbre mort; l'Amant
desolé duquay dela Meg fierie
; le Lievre de la Forest
d'Orleans. Mlles Constants de
la ruedesProuvaires;l'Amie
de la grosseVoisine de la rue
duFour; la charmante Julie ;de.la Place-Maubert.
Voicy les noms de ceux
quiontexpliqué l'une & l'autre
Enigme dans leur vray
sens, Mlj de la Richardiere,
rue de la Lingerie:Digeon de,
la Eontaine des Blancs-manteaux
: L. Bouchet ancien
Curé de Nogent-le-Roy:Morel
d'Apremont ; le Peintre
à la Place-Maubert: les quatre
inseparables de la rue S.
Pierre de Caën: l'Amy de
Lepinay-Buret: le plus petit
des Pages du Roy de la rue des
deux Ecus;le Directeur des
Ephemerides: l'Administrateur
duCalendrier des Pages
ide Fly: le grand Sabarier du
mesme pays: lesInseparables
separez de la porte Beauvais
d Amiens; le Coufin de la
plus belle affligée de la ruë
Marpalude Roüen: l'Amant
de l'aimable Vitréaife de S.
Malo: les Melancoliques du
bord de l'eau; le vieilJanot
de la rue Nostre-Dame; Erejuquin
; l'Amy de la treille;
le Cavalier au poil & à la
plume de Meaux:la plus proche
Voisinede la nouvelle
Place Royale de Poitiers:
les belles oreilles Filliot de
l'aimable Gaudonde la ruë
C. S.C.les Martyrs du Cerf
volant de la Place aux Chaise
les Vivans du Grand Turc.
le Faux passionné du mesme
lieu: l'executeur dutestamen
de Gargantua: les deux Artichaux
parlans du Quay de lac
Megisserie: le Parrain à bar be
verte,&laMere d'Apollon
de la Ville de Chartres, Mtfdemoiselles
de Greffonville*
de Cussé ,.&, delaPavane: les
deux Soeurs du Port S. Landry
: laBlondine
,
Soeur du
plalus petit des Pages du Roy.
belle & aimable Solitaire
delagrange leRoy : la charmante
Clarice de lavieillerue
du Temple: la Touragellc
devenuë Parisienne:Loüison.
Machine,de laBenardiere;
les deux Nymphesfidelles&
la belie Blonde du quartier de
latendresse: l'agreableFayanciere
de la rue Sainte AvoyCt
la Constance de la rueQuinquempoix
à l'eau sanspuits:
la Spirituelle à l'Anagramme,
Je techangeray ,deVillefrancheenBaujolois:
lanouvelle
Mariée de la rue S. Denis: la
Brune compagne,Fille unique
du Saint de la porte de
=Parisi l'Henriere des rares
qualirez de la défunte AngiI-=
bert ; la petite Academie de
Musique de la rue du Bouloir:
la belle laForest de la rue des
la Ferronnerie , & sa grosse &;
graffeVoisînej la Dame ge-:o..
nereufe & bonne Amie de la
ruedesMagots.
," Je vousenvoye deux Enigmes
nouvelles. La premiere:
est de Lizandre, & l'autre dc~î ,'Rozelinde.
ENIGME.
ENIGME.
LHomme quiseul discourt, d'un
airsiplein dappas,
Estseulaussi qui nous donne la
vie.
davantage est petit, qu'il ne s'en vantepas,
Puis qu'en nous la donnantellenous
est ravie.
Mais quoy que nous soyonssipeu
de temps au jour,
Nousavons l'art de beaucoup dire.
Nous parlons de peine &d'amour
,
Nous expliquons ce qu'on desire.
Belle Clione, un grand nombre
de gens, - A vostre Cour nousfont pttroijlrt.
Ah,que leurs coeursseroient contens
Si vousnous donniez aussil'estre!
.5
Bien-tost on ne nous verroitplus,
, Les unsferoient mourir les autres,
< Etlajoye auroit le dessus,
Nos desirs deviendroientles vôtres,.
AUTRE ENIGME. LEsort m'assujetit à de grindes,
miseres.
Bien qu'ilsoit aJlùré que mes Soeurs
& mes Freres
Non fit*s que moyn'aurontjamais
etEnsans>
On n'en voit pas mes biens ny mes
travaux moinsgrands.

Pôrte-faix mal payezdes peines
quej'endure
,
Esclave d'un Tiran qui mefrappe&
quijure,
Toujours lesfers aux pieds
, toujours
la corde au COlI, (Ott.
Le plussouventje vay je nesçais
le n'y vaispas à l'étourdie,
Serviteur à l'empressement.
Malgré le poidssous quije plie,
I) vais d'un pas égal, & toujours
gravement. -
, Dans les jours de Ceremonie
le ne manque pas d'ornemens,
Les pluies
,
l'or, la broderie
-
Entrent dans mes ajuflemens>
Maisjecomptepour rienleplus bel
équipage,
Lanudité me plairoit davantage.
Mademoiselle d'Orléans étant
il y a quelques jours
à sa Maison de Choisy avec
Mademoiselle de Nantes,&
Madame de Montespan
,
&
voulant prendre avec elles le
plaisir de la promenade,elle
crut qu'ellenepouvoir le rendre
plus agreable qu'en allant:
voir les plus belles Maisons
des environs. Ainsielleallaà
Fremont voir celle de Mr le;
Chevalier de Lorraine, & elles
y fut receuëavec une magnificence
digne du Maistre de:
ce beau lieu,& du genereux
fang dont il efi: sorty Peut
de joursaprés,cette Princesse
allaàVilleslix avec lamesme
Compagnie chezMFieu bet,
qui répondit de tout son pou -
voir à l'honneur qu'il reçut
de la visite de ces Princesses.
Le regale-qu)illeur fit fut au ssi
superbe que bien entendu,
demarqua sa joye & son bon
goust. Elles en furent si satisfaites
qu'elles luy donnerent
mille loüanges
,
& en
ont parlé plusieurs fois depuis.
J'oubliay le mois passé à
vous dire que Mrle Marquis
deMongon,d'une desmeilleures
Maisons d'Auvergne,
& Commandant d'un Regiment
de Cuirassiers,avoit épouséMademoiselled'Heudicourt
,Fille de 1v1tle Marquis
d'Heudicourt
,
grand Louvcnei
de France
,
& de la
Famille dont estoit M Sublet
, Seigneur deNoyers Baron
de Dangu enNormandie,
& Secretaire d'Etat mort en
1645.Fondateur duNovitiat
des Jesuites
, au Fauxbourg
Saint Germain. Le Roya
toujours beaucoup estimé
cette Maison. Il donnoit depuis
plusieursannées mille
écus de PensionàMadame la
Marquise d'Heudicourt
,
&
il l'augmenta de mille écus il
y a trois ou quatre mois. Sa
Majesté donna aussi il y a un
an mille écus de Pensionâ
Mademoiselle d'Heudicourt
qui vient d'épouser Mt de
Mongon, & lûy promit de
faire plus pour elle quand elle
semarieroit. :>
Je vousay déja mandé par
quelles
:
raisons & de quelle
manicre ce Prince, toûjours
remply de bonté pour ceux
qui l'ont bien servy, donna
la Charge de President au
Mortier au Fils de feuM de
Mesmes. Ce President avoit
une Pension de deuxmille
écus,&leRoy ne se lassant
pointde faire des graces aux
personnes qu'il en juge dignes
,vient de donner cette
mesmePensionàM le Preddent
de Mesmes, avec les
mesmesagremens,&lesmesmes
marques d'estime qui accompagnerent
le don qu'il
luy fit de Il Charge, c'està
dire d'une maniere si obligeante
qu'on n'y peut rien
ajoûter.
,
SaMajesté estant dans une
parfaite fanté, a fait un voyage
à Maintenon, pour visiter
les travaux du Canal de la
Riviere d'Eure.Ce Prince partir
de Versailles le 21. de ce
mois. Le 22. il visita les travaux,
& le lendemain il fit la
reveuë des Troupes, qui furenttrouvéestres-
belles&en
-
tres- bonestat. Elles sont sous
| la conduite de Mrle Marquis
r d'Uxelles
jours , quis'acquite tou- de l'employ de General
en ce Camp, avec tout
y l'ordre &: toute la magnifi-
I cence qu'il demande. Le24.
F Sa Majesté alla à la chasse,&
vit les Dragons & les Bombard
iersà son retour. Elle fut
saluée par Monseigneur qui
estoit à la teste du Regiment
Dauphin.Onnepeut rien ajoûteràla
beautéceRegiment
:aussi ceux qui en ont
soin n'oublient-ils rien pour
soutenir dignement le nom
qu'il porte. LeRoy qui fut
fort content de l'avoir trouvé
en si bon estat, le témoigna
en termes tres-obligeans
à M. le Comte de Longueval
qui en en Colonel,& qui
fert dansce mesmeCamp en
qualité de Brigadier general.
Ce Comte tient une table
aussi delicate que magnifique,
oùles Personnes les plus distinguées
qui ont elle dece
voyage,ont souvent mangé,
& plusieurs mesme ont logé
: chez luy. On avoit fait joüer
deux Mines le matin exercer pour les Mineurs. Le Roy
arriva le ly. à Versailles. Il
chassa à son retour, & se pro-
! mena dans le Parc,ce qui marque
qu'il est revenu de Maintenon
avec la mesme santé
qu'il estoit party pour y aller.
Voicy un Sonnet que le Pere
TessierJesuite fit il y aquelquetemps,
sur les travaux que
ce Monarque a estévisiter.
AU ROY.
R oj le plus grand desRois,vostre
fameux Ouvr.re
Se deit faire admirer
, la Posterité,
Et Maintenon prévoit que l'immortel.

FcrA de Jon Canal le fupevbe avantage
, s
Trente m.:Ue Soldatsredoublent leur
courage,
Etsuivent les proiets de Vostre Maiestê.
La Nature avec l'art conspire à la
beauté
D'unChesdoeuvre où les Dieuxsemblent
luy rendre borieîjyge.
Neptune offre ses Eaux, Minerve
ses Soldats;-• On abaisse les Monts ,
ontcomble les
: lieux basi :.
EtMarsBen ceteemplloyiviienntseceond.er
Ponts,Ecluses,Bassini, Arcades&
Canaux , Et vosfaits triomphans que la va(rllr:
couronne ,
Surp assedes Cesars la gloire & les
travaux.
Comme les Mémoires que
je reçois ne sont pas toûjours
entierement justes, je dois,
vous avertir de quelque
fautes qui se font glisées dans
ma Lettre de Mars, à l'occasion
de la mort de feu Mrle
Marquis de Feuquieres. Je
vous ay dit qu'il avoit laissé
plusieurs Fils d'une Soeur de
feu M le Duc de Roquelaure.
Feu Madame la Marquise
deFeuquieres estoitde
la maison de Gramont Soeur
de feu M le Mareschal de
Gramont du second lit. La
mere de ce Mareschal estoit
de Roquelaure, & la mere
de Madame de Feuquieres
estoit de Montmorency Bouteville.
Madame la Comtesse
de Rebenac n'est point une
Comtesse Allemande,comme
je vous l'ay dit, mais une
Heritiere de Bearn
,
de la.
Maison d'Esquille. Celuy
des Fils de feu Mr de Feuquieres,
qui est Colonel, est
le mesme que celuy qui est
Gouverneur de Verdun. On
voit des Titresdésl'onzième
Siecle, parmy lesquels il y en
a un d Ancelot de Pas Chevalier
l'an 1071. qui fontconnoistre
que cette Maisonest
beaucoup plus ancienne que
Troillart de Pas dont je vous
;:).y parlé dans la mesme Lettre.
Il est vray que ceux de
cetteMaison n'ontpris le
nom de Feuquieres, que dans
le14. Siecle.Celuy qui ÍepQLta
le premier fut Jean de Pas
qui épousa Jeanne, heritiere
de Feuquieres,la Terre de Pas
en Artois,&c la plus grande
partie des biens de cette Maison
crant passez en ce temps
là dans
celle
de Heilly par le
mariage d'Alix de Pas, avec
Iean Sire de Heillv.
Je vous envoyay la derniere
fois les armes de Phelypeaux
mal blasonnées.Phelypeaux
porte ecartelé, au 1. 4.
d'azur semé de bassinets ou
Feursàquatrefeuilles d"or, au
franc canton d'hermines. Au 2.
& 3,d'argentàtrois lezards
montant de Sinople au naturel,
pofe^en pal;,éJ1.
: JeVOUS envoye la seconde
partiede l'Histoire de Mahomet
IV, dans laquelle vous
trouverez tout ce qui s'est pas
fé de plusparticulier lors qu'il
aesté deposé.La lecturevous
en doitestred'autant plus
agreableque la premiere vous
déja pleinement instruite
des manieres du Pays, de la
sîtuationdes affaires, & des
caracteres de ceux dont il est
parlé dans cette Histoire.
Quoy que celle-cy soit beaucoup
plus curieuse) parce
qu'elle est plus du temps,
j'auray tout lieu d'estre satisfait
,
sielle vous plaist autant àvous&à vos amIS;, qu'a
fait la premiere. le suis,Ma.
dame, Vôtre &c.
A Paris ce 31. May 168I.
TABLE.
T A B L1EL
Conferences établiesparMrsles
VicairesGeneraux de Soifsons
, avec un Discours prononcé
sur le sujetde ces mesmes
Affimblées. 2,9
Chargede Grand Fauconnierde
France donnée par le Roy
au fils de M. le Comte des Marets.36
Ceremonies faites dans l'Eglise
S,Roch, en execution d'une
fondationfaite pourleRoy.38
Epistre en Vers à M- le Duc d.
Moutausier. 40
- Ceremonie établie, pour élire&
pour benir. M. l'Ah/;é de
Ài<xuUyrierLangeron3nonj~
TABEE.
,
meal'Abbaye de S. Antoine ,
Chefd'OrdreenDauphïné.+ï
Autre Ceremonie faite apres le
rêtablissement fait par l'ordre
du Roy, de l'Egltfe du Prieuré
de S. Romain en Poitou, que
les Heretiques avoient presque
entierement demolie,avec
un extrait du Sermon presché
sur ce sujet par M. l'Abbé
de Belamont. 49
Gouvememens donnez par le
Rojy. fy
M-le Marquis de Courtenvaux
estreseu Mestre de Camp du
Regiment de la Reine. jz
Retour du *voya$e queM, de
Louvois à fait pour le ferTABLE.
Vice du Roy. 73
Le trop curieux Mary, Histoire,
7''-
RepliqueauLivre imprimé à
Francfort,touchant la Jitite
des Ministres de France dans
les Pays Etrangers. 84
Extrait d'une Letire très-curieu
se, 133
Discours moraux prononcez à
Lion
, par M. l'.Abbé de Revel.
izo.
Nouvelle Carte duPere Coronelli
, contenant le Royaume de
Dalmatie divisé en Comtez,
&Territoires. 73/
Galanterie*
1^.1
TABLE.
Morts. itf
Lettre tres-curieuse touchant la
mort du dernier Doge de Venisè)
àj l'électiondu nouveau.
163
Reproches à unejeune Marie*.igg
NouvelleMethode pouraprendre
la LangueItalienne. 193.
Exercicespublicsfaits à l'Ecole
Royale de Chirurgie. IJr3
Conversiond'unMahometan 199
Audiancedonnéepar le Roy aux
Député% des Etats de Bretagne.
199
Autres Gouvernemens donnez
parsa Majesté.200
Mortde Mrl'AbbédeFutetiere^
table,
avec une Lettre de Mrl'Abbé
Tallemand l*ainé3 contenane
un ample ~&curieux détail de
- tous les dfmeLe'{ qu'il a eus
avec Messieursde l'Academie rfanfoisi. los
Autres Morts. 1-54 - Prédications du Pere de Mourgues
2"
Mfijjion* 2/i
Mariages. 273
Ponfiondonnée à Mr le President
de Blair. 278
-Lettre contenant plusieurs Particulariteztouchant
l'Aca-
,demie de Mr de Bernardi
avec un Carrousel qui s'y est
fait. 2S0
T A B LE.
Modesnouvelles iSS
Article des Enigmes. 313
Mademoiselle d'Orleans va voir
la Maison de Ad1 le Cbevavalier
de Lorraine
,
~$ celle
de Mr de Fieubet. 316
Mariage de Mr leMarquis de
Mongon. 317
Pensions données par leRoy. ~379
LaFigure du Doge doit regarder
la page~/&<|.
L'Air qui commence par, Le
Printemps ramene ences liiux;.doic
regarder la page 204.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le