1
p. 281-283
SONNET sur l'abjuration d'une jeune Demoiselle.
Début :
Qu'entends je, sage Iris, quel astre salutaire [...]
Mots clefs :
Abjuration, Cieux, Enfer
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texteReconnaissance textuelle : SONNET sur l'abjuration d'une jeune Demoiselle.
SONNET
fur l'abjuration d'une jeune
Demoiselle.
Qu'entends je ,ſage Iris , quel
Decembre 1715. Aa
282 MERCURE
-aftre Salutaire
S'applique à t'élever aufuprême
onheur ? :
Dicu ne ſemble icy bas répandre
falumiere,
Que pour te couronnerdes dons de
Sa faveur.
Så main qui prend plaisir à
regler ta carriere
Te découvre un afylte
clipfe l'erreur ;
ouse-
2
C'estdans ce facré tieu qu'au pied
du Sanctuaire ,
Ton ame en ſe lavant recouvre
Son Pasteur.
* Convent des Nouv. Catholiques.
4
GALANT 283
C
Ainfidans tes deſſeins fa bonté
intereffe
Car à peine ce Dieu voit briller.
ta fageffe ,
Que fa grace auſſi tost vient dffiller
tesyeux.
Ton retour, aux Enfers replonge
l'heresie ,
Et portant ta vertu juſques au
fein des Cieux ,
Taßûre pour jamais une immortelle
vie.
Du feu Bachelier en droit.
fur l'abjuration d'une jeune
Demoiselle.
Qu'entends je ,ſage Iris , quel
Decembre 1715. Aa
282 MERCURE
-aftre Salutaire
S'applique à t'élever aufuprême
onheur ? :
Dicu ne ſemble icy bas répandre
falumiere,
Que pour te couronnerdes dons de
Sa faveur.
Så main qui prend plaisir à
regler ta carriere
Te découvre un afylte
clipfe l'erreur ;
ouse-
2
C'estdans ce facré tieu qu'au pied
du Sanctuaire ,
Ton ame en ſe lavant recouvre
Son Pasteur.
* Convent des Nouv. Catholiques.
4
GALANT 283
C
Ainfidans tes deſſeins fa bonté
intereffe
Car à peine ce Dieu voit briller.
ta fageffe ,
Que fa grace auſſi tost vient dffiller
tesyeux.
Ton retour, aux Enfers replonge
l'heresie ,
Et portant ta vertu juſques au
fein des Cieux ,
Taßûre pour jamais une immortelle
vie.
Du feu Bachelier en droit.
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2
p. 657-664
SUITE de la Réponse à la Lettre sur la gloire des Orateurs et des Poëtes.
Début :
L'Éloquence de la Chaire et du Barreau sont d'une si grande utilité, [...]
Mots clefs :
Éloquence, Poètes, Orateurs, Chaire, Discours, Racine, Christianisme
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Réponse à la Lettre sur la gloire des Orateurs et des Poëtes.
SUITE de la Réponse à la Lettre sur
la gloire des Orateurs et des Poëtes.
L'Eloquence
de la Chaire et du Bary
reau sont d'une si grande utilité
qu'on a une obligation infinie à ceux qui
veulent bien y employer leurs talens ; il
n'en est pas de même des Poëtes , et
quelque préference que vous vous effor-
Bv
ciez
658 MERCURE DE FRANCE.
ciez de donner à Racine sur M. Flechier,
dans l'endroit où ils peignent tous les
deux la puissance du souverain Maître
de l'Univers , je crois que le Discours a
plus fructifié que le Poëme , et si l'un
paroît plus élevé que l'autre , c'est que
les pensées ne sont pas précisement les
mêmes , et que la Chaire de verité qui ne
souffre rien d'enflé , rien d'empoulé , rien
d'allambiqué , ne permettoit pas au sçavant
Evêque de Nîmes , de donner dans
le Phebus ; d'ailleurs on conviendra que
ces images monstrueuses d'un Dieu , tendent
plus à surprendre , qu'à émouvoir
à frapper l'esprit , qu'à toucher le coeur
et à effrayer l'Auditoire , qu'à le convaincre
de la Puissance divine.
Pour fasciner les yeux du Lecteur , vous
analisez les chefs- d'oeuvres des plus grands
Maîtres de la Poësie , vous mettez en oeuvre
tout ce qu'on peut imaginer de speeleux
pour étayer un sentiment ruineux,
et je vois bien qu'on ne pourroit vous
convaincre ' de l'hereticité de votre opinion
, qu'avec l'autorité des exemples ;
mais comme le grand nombre que j'aurois
à citer , si je ne voulois jamais finir ,
m'effraye ; j'ai fermé les yeux sur une
infinité d'éloquens Ouvrages que nous
voyons sortir de l'Académie Françoise
comme les Ruisseaux de leur source
و
et
$
AVRIL 1731. 659
y
et je me suis borné à ce qui suit.
Un de nos Rois qui marchoit à la tête
de son armée , voyant l'Ennemi et l'heure
du combat s'approcher , fait une Harangue
à ses Soldats. J'en appelle au jugement
des fameux Poëtes de l'Antiquité ;
n'invoqueroient-ils pas toutes les Puissances
du Parnasse pour faire parler dignement
ce grand Prince ? Oui , sans doute ,
ils le prépareroient par un talia fatur ou
par quelque chose d'équivalant , à circonstancier
l'approche de l'Ennemi , sans
oublier le son bruyant des Trompettes,
ni l'éclat que leurs Armes reçoivent de
la refléxion du Soleil ; après avoir promené
les Soldats dans tous les endroits
signalez par leurs anciennes Victoires , ils
les reconduiroient au Champ de bataille ,
où par une exageration fastueuse de l'honneur
qu'ils ont d'avoir le Roi à leur tête
et des récompenses qu'ils en peuvent attendre
, ils employeroient tout le tems
du combat à les haranguer. Que ces Nourrissons
des Muses , qui font descendre
leurs Héros dans un détail trop poëtique,
apprennent de ce grand Roi, à ne plus
dégrader l'Eloquence héroïque , il parle
moins qu'eux , et il dit davantage ; écou
tons comme il s'explique. Voila l'Ennemi,
Vous êtes François , je suis votre Roi. Quelle
dignité quelle majesté ! quelle sublimité
B vj tous
660 MERCURE DE FRANCE
tous les Poëtes ensemble feroient de vains
efforts pour nous donner quelque chose
qui approchât de ce Discours ; jamais si
peu de paroles n'ont renfermé un si grand
sens , et cette citation ne vous laissant rien'
à desirer , Monsieur , je me contente de
renvoyer les curieux aux Oraisons Funebres
de M. Flechier , aux Plaidoyers de
Patru , aux Oeuvres de S. Evremont , aux
Caracteres de la Bruyere , et à mille autres
Ouvrages de ce genre , qui préconisent
d'eux- mêmes l'Eloquence , et dont
les beautez frappantes font assez son
éloge.
و J'avoue Monsieur , à la honte du
Christianisme , que l'on fréquente plus
volontiers les Jeux et les Spectacles que
la Maison du Seigneur , et qu'on s'y plaît
davantage ; le fruit qu'on en tire est cependant
bien funeste , et nos Pieces comiques
dont une intrigue amoureuse est
toûjours le mobile , soüillent l'ame , énervent
l'esprit , et corrompent le coeur de
quiconque n'a pas assez de discernement
pour voir que la verité y est toûjours fardée
, et que le crime y prend un caractere
d'héroïsme qu'on ne doit
dre avec la vertu .
pas confon-
Cet abus vient encore de ce qu'on veut
être touché à la Comedie , et se plaire
au Sermon ; si on y assistoit dans un autre
esprit
AVRIL. 1731. 661
esprit , on sortiroit sain et sauf du Spectacle
, et on rapporteroit toûjours de l'Eglise
un exterieur content , un coeur penetré
, un esprit docile et une ame exemte
de soüillure ; la Chaire même et le Bareau
, ont des Sujets capables de nous dédommager
de toute la Poësie du monde ,
il ne faut pas un si grand effort de la raison
pour leur rendre cette justice.
L'indigence des Poëtes n'enrichit certainement
pas leur Panegyrique , et le
langage du Renard de la Fable à l'aspect
d'un Raisin qu'il desire et qu'il ne sçauroit
avoir , contribuë fort peu à leur justification
; il est plus vrai de dire que la
Poësie n'est utile aux Poëtes qu'autant
qu'ils le sont eux-mêmes au Public. L'Eloquence
rend, au contraire , l'Orateur
puissant et recommandable , parce qu'elle
sert à tout. Elle s'occupe aux interêts de
la Religion et à ceux de l'Etat , elle s'attache
à la Campagne aussi- bien qu'au Cabinet
, elle préside aux Etats , elle opine
dans les Conseils de Guerre ,va au combat,
et elle a plus de part au gouvernement
des Royaumes et au Ministere , que les
Ministres mêmes.
les
Jugez après cela si ce n'est pas compromettre
gens d'esprit et de bon gout ,
les Héros et le beau Sexe que de se vanter
de leur suffrage dans une aussi mauvaise
cause,
662 MERCURE DE FRANCE
se . Je suis persuadé qu'ils desavoüent unanimement
votre Lettre , les Dames y ont
sur tout un interêt fort sensible , la Poësie
en fait des portraits grotesques où la
vraisemblance est si peu gardée , que
leur merite seroit encore inconnu , si une
Prose élegante n'avoit pris soin de peindre
le beau Sexe tel qu'il est , c'est- à-dire,
joignant à toutes les
du graces corps les
plus puissans charmes de l'esprit , et cet
usage du monde qu'il faut avoir pour
être parfaitement éloquent , n'étant autre
chose que le commerce des Dames , j'ose
assurer qu'elles prennent plus de part à
la gloire des Orateurs qu'à celle des
Poëtes.
A Dieu ne plaise cependant que j'aye
intention de dégrader la Poësie , je sçais
trop l'estime qu'ont eu pour elle de tout
rems les hommes les plus illustres , mais
je suis bien aise de vous apprendre que
Fes Orateurs étoient si distinguez parmi
les Grecs et les Romains , qu'on faisoit
faire souvent des images , des Statuës et
des Inscriptions à leur honneur , que
leur mérite étoit une voye de parvenir
à tout , même au souverain pouvoir , et
qu'ainsi tout le crédit qu'avoient les Poëtes
à la Cour des plus grands Princes ,
peut s'entendre de l'honneur qu'ils recevoient
le plus souvent de ceux que ?
PE
AVRIL. 173.1 . 663
l'Eloquence avoit élevez à la souveraineté
.
Au reste on peut encore juger de l'éclat
des Orateurs pour l'importance des
personnages que l'on compte parmi eux,
comme les Cesars , les Scipions , les
Gachques , et tant d'autres Romains illustres
d'ailleurs par les plus grands exploits .
La Chaire retentit aussi tous les jours du
nom respectable des Chrisostômes , des
Ambroises , des Gregoires et des saints
Prédicateurs , dont l'eloquence victorieuse
a ravagé tant de consciences , subjugué
tant d'esprits et conquis tant d'ames.
La France enfin nous fournit assez de
preuves , et sans aller plus loin , nous
voyons les trois premiers emplois du
Royaume si bien distribuez , qu'on diroit
que l'Eloquence elle même en estrevêtuë,
Episcopat , le Ministere et les Charges
de Magistrature n'ont rien de trop élevé,
et à quoi ne puisse parvenir un homme
éloquent ; les Poëtes , au contraire , re
sont jamais que des Poëtes , ils n'ont de
rang , de crédit et d'autorité qu'au Par
nasse , tout leur bonheur consiste dans-
Festime qu'on fait d'eux lorsqu'ils s'en
rendent dignes ; et ce prétendu langage
des Dieux , que vous ne pouvez préconiser
qu'avec celui des hommes, c'est-à- dire,
sans le secours de l'Eloquence dont votre
Lettre
664 MERCURE DE FRANCE
Lettre est un modele parfait , suffit pour
faire respecter un talent qu'on ne sçauroit
attaquer qu'en l'opposant à lui - même
; pour moi , Monsieur , qui n'ai d'autre
mérite que le zele , je m'estimerai
très-heureux si le desir que j'ai eu de
vous desabuser , peut vous persuader de
l'estime particuliere avec laquelle j'ai
l'honneur d'être , &c.
J. G. Duchasteau , Bachelier en Droit.
la gloire des Orateurs et des Poëtes.
L'Eloquence
de la Chaire et du Bary
reau sont d'une si grande utilité
qu'on a une obligation infinie à ceux qui
veulent bien y employer leurs talens ; il
n'en est pas de même des Poëtes , et
quelque préference que vous vous effor-
Bv
ciez
658 MERCURE DE FRANCE.
ciez de donner à Racine sur M. Flechier,
dans l'endroit où ils peignent tous les
deux la puissance du souverain Maître
de l'Univers , je crois que le Discours a
plus fructifié que le Poëme , et si l'un
paroît plus élevé que l'autre , c'est que
les pensées ne sont pas précisement les
mêmes , et que la Chaire de verité qui ne
souffre rien d'enflé , rien d'empoulé , rien
d'allambiqué , ne permettoit pas au sçavant
Evêque de Nîmes , de donner dans
le Phebus ; d'ailleurs on conviendra que
ces images monstrueuses d'un Dieu , tendent
plus à surprendre , qu'à émouvoir
à frapper l'esprit , qu'à toucher le coeur
et à effrayer l'Auditoire , qu'à le convaincre
de la Puissance divine.
Pour fasciner les yeux du Lecteur , vous
analisez les chefs- d'oeuvres des plus grands
Maîtres de la Poësie , vous mettez en oeuvre
tout ce qu'on peut imaginer de speeleux
pour étayer un sentiment ruineux,
et je vois bien qu'on ne pourroit vous
convaincre ' de l'hereticité de votre opinion
, qu'avec l'autorité des exemples ;
mais comme le grand nombre que j'aurois
à citer , si je ne voulois jamais finir ,
m'effraye ; j'ai fermé les yeux sur une
infinité d'éloquens Ouvrages que nous
voyons sortir de l'Académie Françoise
comme les Ruisseaux de leur source
و
et
$
AVRIL 1731. 659
y
et je me suis borné à ce qui suit.
Un de nos Rois qui marchoit à la tête
de son armée , voyant l'Ennemi et l'heure
du combat s'approcher , fait une Harangue
à ses Soldats. J'en appelle au jugement
des fameux Poëtes de l'Antiquité ;
n'invoqueroient-ils pas toutes les Puissances
du Parnasse pour faire parler dignement
ce grand Prince ? Oui , sans doute ,
ils le prépareroient par un talia fatur ou
par quelque chose d'équivalant , à circonstancier
l'approche de l'Ennemi , sans
oublier le son bruyant des Trompettes,
ni l'éclat que leurs Armes reçoivent de
la refléxion du Soleil ; après avoir promené
les Soldats dans tous les endroits
signalez par leurs anciennes Victoires , ils
les reconduiroient au Champ de bataille ,
où par une exageration fastueuse de l'honneur
qu'ils ont d'avoir le Roi à leur tête
et des récompenses qu'ils en peuvent attendre
, ils employeroient tout le tems
du combat à les haranguer. Que ces Nourrissons
des Muses , qui font descendre
leurs Héros dans un détail trop poëtique,
apprennent de ce grand Roi, à ne plus
dégrader l'Eloquence héroïque , il parle
moins qu'eux , et il dit davantage ; écou
tons comme il s'explique. Voila l'Ennemi,
Vous êtes François , je suis votre Roi. Quelle
dignité quelle majesté ! quelle sublimité
B vj tous
660 MERCURE DE FRANCE
tous les Poëtes ensemble feroient de vains
efforts pour nous donner quelque chose
qui approchât de ce Discours ; jamais si
peu de paroles n'ont renfermé un si grand
sens , et cette citation ne vous laissant rien'
à desirer , Monsieur , je me contente de
renvoyer les curieux aux Oraisons Funebres
de M. Flechier , aux Plaidoyers de
Patru , aux Oeuvres de S. Evremont , aux
Caracteres de la Bruyere , et à mille autres
Ouvrages de ce genre , qui préconisent
d'eux- mêmes l'Eloquence , et dont
les beautez frappantes font assez son
éloge.
و J'avoue Monsieur , à la honte du
Christianisme , que l'on fréquente plus
volontiers les Jeux et les Spectacles que
la Maison du Seigneur , et qu'on s'y plaît
davantage ; le fruit qu'on en tire est cependant
bien funeste , et nos Pieces comiques
dont une intrigue amoureuse est
toûjours le mobile , soüillent l'ame , énervent
l'esprit , et corrompent le coeur de
quiconque n'a pas assez de discernement
pour voir que la verité y est toûjours fardée
, et que le crime y prend un caractere
d'héroïsme qu'on ne doit
dre avec la vertu .
pas confon-
Cet abus vient encore de ce qu'on veut
être touché à la Comedie , et se plaire
au Sermon ; si on y assistoit dans un autre
esprit
AVRIL. 1731. 661
esprit , on sortiroit sain et sauf du Spectacle
, et on rapporteroit toûjours de l'Eglise
un exterieur content , un coeur penetré
, un esprit docile et une ame exemte
de soüillure ; la Chaire même et le Bareau
, ont des Sujets capables de nous dédommager
de toute la Poësie du monde ,
il ne faut pas un si grand effort de la raison
pour leur rendre cette justice.
L'indigence des Poëtes n'enrichit certainement
pas leur Panegyrique , et le
langage du Renard de la Fable à l'aspect
d'un Raisin qu'il desire et qu'il ne sçauroit
avoir , contribuë fort peu à leur justification
; il est plus vrai de dire que la
Poësie n'est utile aux Poëtes qu'autant
qu'ils le sont eux-mêmes au Public. L'Eloquence
rend, au contraire , l'Orateur
puissant et recommandable , parce qu'elle
sert à tout. Elle s'occupe aux interêts de
la Religion et à ceux de l'Etat , elle s'attache
à la Campagne aussi- bien qu'au Cabinet
, elle préside aux Etats , elle opine
dans les Conseils de Guerre ,va au combat,
et elle a plus de part au gouvernement
des Royaumes et au Ministere , que les
Ministres mêmes.
les
Jugez après cela si ce n'est pas compromettre
gens d'esprit et de bon gout ,
les Héros et le beau Sexe que de se vanter
de leur suffrage dans une aussi mauvaise
cause,
662 MERCURE DE FRANCE
se . Je suis persuadé qu'ils desavoüent unanimement
votre Lettre , les Dames y ont
sur tout un interêt fort sensible , la Poësie
en fait des portraits grotesques où la
vraisemblance est si peu gardée , que
leur merite seroit encore inconnu , si une
Prose élegante n'avoit pris soin de peindre
le beau Sexe tel qu'il est , c'est- à-dire,
joignant à toutes les
du graces corps les
plus puissans charmes de l'esprit , et cet
usage du monde qu'il faut avoir pour
être parfaitement éloquent , n'étant autre
chose que le commerce des Dames , j'ose
assurer qu'elles prennent plus de part à
la gloire des Orateurs qu'à celle des
Poëtes.
A Dieu ne plaise cependant que j'aye
intention de dégrader la Poësie , je sçais
trop l'estime qu'ont eu pour elle de tout
rems les hommes les plus illustres , mais
je suis bien aise de vous apprendre que
Fes Orateurs étoient si distinguez parmi
les Grecs et les Romains , qu'on faisoit
faire souvent des images , des Statuës et
des Inscriptions à leur honneur , que
leur mérite étoit une voye de parvenir
à tout , même au souverain pouvoir , et
qu'ainsi tout le crédit qu'avoient les Poëtes
à la Cour des plus grands Princes ,
peut s'entendre de l'honneur qu'ils recevoient
le plus souvent de ceux que ?
PE
AVRIL. 173.1 . 663
l'Eloquence avoit élevez à la souveraineté
.
Au reste on peut encore juger de l'éclat
des Orateurs pour l'importance des
personnages que l'on compte parmi eux,
comme les Cesars , les Scipions , les
Gachques , et tant d'autres Romains illustres
d'ailleurs par les plus grands exploits .
La Chaire retentit aussi tous les jours du
nom respectable des Chrisostômes , des
Ambroises , des Gregoires et des saints
Prédicateurs , dont l'eloquence victorieuse
a ravagé tant de consciences , subjugué
tant d'esprits et conquis tant d'ames.
La France enfin nous fournit assez de
preuves , et sans aller plus loin , nous
voyons les trois premiers emplois du
Royaume si bien distribuez , qu'on diroit
que l'Eloquence elle même en estrevêtuë,
Episcopat , le Ministere et les Charges
de Magistrature n'ont rien de trop élevé,
et à quoi ne puisse parvenir un homme
éloquent ; les Poëtes , au contraire , re
sont jamais que des Poëtes , ils n'ont de
rang , de crédit et d'autorité qu'au Par
nasse , tout leur bonheur consiste dans-
Festime qu'on fait d'eux lorsqu'ils s'en
rendent dignes ; et ce prétendu langage
des Dieux , que vous ne pouvez préconiser
qu'avec celui des hommes, c'est-à- dire,
sans le secours de l'Eloquence dont votre
Lettre
664 MERCURE DE FRANCE
Lettre est un modele parfait , suffit pour
faire respecter un talent qu'on ne sçauroit
attaquer qu'en l'opposant à lui - même
; pour moi , Monsieur , qui n'ai d'autre
mérite que le zele , je m'estimerai
très-heureux si le desir que j'ai eu de
vous desabuser , peut vous persuader de
l'estime particuliere avec laquelle j'ai
l'honneur d'être , &c.
J. G. Duchasteau , Bachelier en Droit.
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Résumé : SUITE de la Réponse à la Lettre sur la gloire des Orateurs et des Poëtes.
Le texte traite de la comparaison entre l'utilité et la gloire des orateurs et des poètes. L'auteur met en avant l'éloquence de la chaire et du barreau comme étant d'une grande utilité, contrairement à la poésie qui, bien qu'elle puisse surprendre, ne touche pas nécessairement le cœur. Il compare un discours de Racine à un sermon de M. Flechier, estimant que ce dernier a eu plus d'impact. L'auteur critique les poètes pour leur tendance à utiliser des images monstrueuses et à fasciner les lecteurs avec des détails superflus. L'auteur illustre son propos en citant l'exemple d'un roi haranguant ses soldats avant une bataille, montrant que la simplicité et la dignité du discours royal surpassent les ornements poétiques. Il renvoie aux œuvres de Flechier, Patru, Saint-Évremond, et La Bruyère pour illustrer l'éloquence. Le texte aborde également la fréquentation des spectacles et des jeux plutôt que des lieux de culte, soulignant les effets néfastes des pièces comiques sur l'âme et l'esprit. L'auteur affirme que l'éloquence est plus utile et puissante, servant la religion, l'État, et le gouvernement, contrairement à la poésie qui n'enrichit pas son panégyrique. L'auteur mentionne l'importance des orateurs dans l'histoire, citant des figures illustres comme les Césars, les Scipions, et des saints prédicateurs. En France, les emplois élevés comme l'épiscopat, le ministère, et la magistrature sont accessibles aux hommes éloquents, tandis que les poètes restent confinés au Parnasse. Enfin, l'auteur exprime son désir de persuader son interlocuteur de l'estime particulière qu'il porte à l'éloquence, tout en reconnaissant la valeur de la poésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 21-24
REFLEXIONS.
Début :
Les faux amis sont comme les faux braves ; ils vous abandonnent toujours [...]
Mots clefs :
Amour, Personne, Aimer, Beauté, Homme, Réflexions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS.
REFLEXIONS.
LEs faux amisfontcomme les fauxbra
ves ; ils vous abandonnent toujours
dans le befoin.
La beauté eft comme l'aprêt dans les
marchandiſes ; elle s'évanouit dans l'uſage
que l'on en fait,
Toute paffion violente eft folie , puifqu'elle
affoiblit les forces de l'entendement.
L'amour & la domination ne veulent
point avoir de collegues .
Un homme vraiment méchant ne fait
jamais à moitié une méchante action .
Le naturel des femmes eft de vouloir
tout & ne vouloir rien , c'est- à- dire que
leur volonté fe laiffe emporter à tous les
objets qui leur femblent beaux , bons ou
nouveaux , mais fans s'attacher à un feul
folidement , de forte que quand quelque
chofe fe préfente à leurs yeux , elles en
deviennent épriſes , ſemblables en cela à
22 MERCURE DE FRANCE
ces malades qui defirent tout ce qu'ils
n'ont pas , & ne fe foucient nullement de
ce qu'ils ont.
C'est une fouveraine prudence que de
fçavoir nous plaire en ce que la néceflité
nous rend inévitable.
La beauté n'est peut- être qu'une opinion
de celui qui la juge telle .
Les poltrons & les amans font extrêmement
fujets à l'hyperbole.
La préfence de la perfonne aimée eft
T'un des plus fouverains remédes que la
trifteffe puiffe recevoir .
Les amans , les plaideurs & les écoliers,
ne mefurent pas le tems comme les autres
hommes , mais felon l'impatience de la
paffion qui les poffede.
La fortune & l'amour fe mocquent de
la prudence.
Celui qui veut donner de la peine à
autrui , s'en prépare la plus grande partic.
Rien n'eft peut-être plus amufant que
de toujours faire des projets pour fe marier
, mais il faut dans bien des cas fe
der de conclure.
garde
Ce n'eft pas aimer véritablement que
cacher quelque chofe à la perfonne aimée .
Celui qui voit ce qui eft aimable fans
Faimer , manque d'efprit ou de courage .
JUILLET.
1749. 23
On doit plus confidérer l'honneur de
l'objet aimé, que la fatisfaction de celui
qui aime,
L'amour flate toujours fes malades d'efpérance.
La jeuneffe & la beauté ont une ſympapatie
qui n'eft pas petite .
Tout eft bon , & tout eft mauvais , regardé
par differens côtés .
11 eft des perfonnes dont le mépris ne
fçauroit offenfer.
Une coquette & une prude font égale
ment à craindre.
La chicanne eft comme la protectrice
des méchans & le fleau des bons .
Il faut bien aimer pour aimer fon rival,
Il vaut beaucoup mieux n'avoir jamais
eu de félicité , que d'en être privé.
Le mariage , felon les uns , eft le tombeau
de la liberté , & felon d'autres , la
ceffation de l'esclavage.
Un véritable ami eft prefque auffi rare
qu'une jeune perfonne conftante.
Un bon écolier eft comme un bon fonds
où tout profite & vient en maturité.
Un homme nouvellement tiré de l'extrême
mifere & parvenu à une fortune ,
quoique médiocre , eft très-fouvent dans
le cas de fe méconnoître .
24 MERCURE DE FRANCE.
Perfonne ne méprife davantage, que ceux
qui véritablement font méprifables.
L'amour eft de toutes les paffions la plus
pardonnable.
Un homme fenfé & généreux ne fera
jamais confifter le beau d'une entrepriſe
dans les difficultés qui s'y rencontrent.
Ce n'eft point la charge , telle qu'elle,
puiffe être , qui doit honorer celui qui
la poffedes c'est à lui à faire honneur à la
dignité qu'il remplit,
Il faut ne faire un choix gueres aimable ,
pour pouvoir aimer fans avoir de rivaux .
Tour ne refpire à préfent que la légereté.
La conftance , en quoi que ce foit ,
a l'air trop bourgeois.
Par M. Pigeon , Bachelier en Droit en
'Univerfité de Caen.
LEs faux amisfontcomme les fauxbra
ves ; ils vous abandonnent toujours
dans le befoin.
La beauté eft comme l'aprêt dans les
marchandiſes ; elle s'évanouit dans l'uſage
que l'on en fait,
Toute paffion violente eft folie , puifqu'elle
affoiblit les forces de l'entendement.
L'amour & la domination ne veulent
point avoir de collegues .
Un homme vraiment méchant ne fait
jamais à moitié une méchante action .
Le naturel des femmes eft de vouloir
tout & ne vouloir rien , c'est- à- dire que
leur volonté fe laiffe emporter à tous les
objets qui leur femblent beaux , bons ou
nouveaux , mais fans s'attacher à un feul
folidement , de forte que quand quelque
chofe fe préfente à leurs yeux , elles en
deviennent épriſes , ſemblables en cela à
22 MERCURE DE FRANCE
ces malades qui defirent tout ce qu'ils
n'ont pas , & ne fe foucient nullement de
ce qu'ils ont.
C'est une fouveraine prudence que de
fçavoir nous plaire en ce que la néceflité
nous rend inévitable.
La beauté n'est peut- être qu'une opinion
de celui qui la juge telle .
Les poltrons & les amans font extrêmement
fujets à l'hyperbole.
La préfence de la perfonne aimée eft
T'un des plus fouverains remédes que la
trifteffe puiffe recevoir .
Les amans , les plaideurs & les écoliers,
ne mefurent pas le tems comme les autres
hommes , mais felon l'impatience de la
paffion qui les poffede.
La fortune & l'amour fe mocquent de
la prudence.
Celui qui veut donner de la peine à
autrui , s'en prépare la plus grande partic.
Rien n'eft peut-être plus amufant que
de toujours faire des projets pour fe marier
, mais il faut dans bien des cas fe
der de conclure.
garde
Ce n'eft pas aimer véritablement que
cacher quelque chofe à la perfonne aimée .
Celui qui voit ce qui eft aimable fans
Faimer , manque d'efprit ou de courage .
JUILLET.
1749. 23
On doit plus confidérer l'honneur de
l'objet aimé, que la fatisfaction de celui
qui aime,
L'amour flate toujours fes malades d'efpérance.
La jeuneffe & la beauté ont une ſympapatie
qui n'eft pas petite .
Tout eft bon , & tout eft mauvais , regardé
par differens côtés .
11 eft des perfonnes dont le mépris ne
fçauroit offenfer.
Une coquette & une prude font égale
ment à craindre.
La chicanne eft comme la protectrice
des méchans & le fleau des bons .
Il faut bien aimer pour aimer fon rival,
Il vaut beaucoup mieux n'avoir jamais
eu de félicité , que d'en être privé.
Le mariage , felon les uns , eft le tombeau
de la liberté , & felon d'autres , la
ceffation de l'esclavage.
Un véritable ami eft prefque auffi rare
qu'une jeune perfonne conftante.
Un bon écolier eft comme un bon fonds
où tout profite & vient en maturité.
Un homme nouvellement tiré de l'extrême
mifere & parvenu à une fortune ,
quoique médiocre , eft très-fouvent dans
le cas de fe méconnoître .
24 MERCURE DE FRANCE.
Perfonne ne méprife davantage, que ceux
qui véritablement font méprifables.
L'amour eft de toutes les paffions la plus
pardonnable.
Un homme fenfé & généreux ne fera
jamais confifter le beau d'une entrepriſe
dans les difficultés qui s'y rencontrent.
Ce n'eft point la charge , telle qu'elle,
puiffe être , qui doit honorer celui qui
la poffedes c'est à lui à faire honneur à la
dignité qu'il remplit,
Il faut ne faire un choix gueres aimable ,
pour pouvoir aimer fans avoir de rivaux .
Tour ne refpire à préfent que la légereté.
La conftance , en quoi que ce foit ,
a l'air trop bourgeois.
Par M. Pigeon , Bachelier en Droit en
'Univerfité de Caen.
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